Auteur Sujet: La Tour du Rouge : [Random | Très court] Sans titre #1  (Lu 74101 fois)

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La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
« Réponse #135 le: lundi 15 février 2010, 15:13:14 »
En regardant de près l'organisation de ton nouveau post d'ouverture, j'ai constaté avec étonnement que tu avais écris de la Science-Fiction ! Etant à la fois un assez grand fan de Science-Fiction et un fervent admirateur de ton écriture, je n'ai donc pu m'empêcher de lire "Marcherêve", et, par toutes les couronnes impériales du monde passé et à venir, quelle grandeur ! Quel génie !

J'aime, et le mot est faible, cette ambiance, ce monde étrange. Tu es parvenu à nous pondre un monde de Science-Fiction, avatar d'un monde médiéval de Fantasy mais réellement futuriste, d'ailleurs les références au monde réel comme "Jésus-Christ" ou "Montjoie Saint Denis !" sont assez déroutantes, dans la continuité d'une ambiance étonnante. Une auberge dénommée "Le Gai Farfadet" dans un monde de Science-Fiction c'est assez rare, la Science-Fiction se déroulant le plus souvent dans des grandes cités futuristes de tailles planétaires, style Star Wars. Et je ne te parle pas du fait que tu places dans un monde futuriste un Duc de Bourgogne, ou des Wisigoths (avec un W et pas un V) ! Un monde très "baroque", très "patchwork", très étonnant. Une pure réussite, on retrouve aussi d'ailleurs là ton goût pour les massacres et les barbares, je me demande d'où te viens cette lubie ! Le monde est renversant, l'idée fondatrice est extraordinaire même si on n'en voit pas grand chose, voir rien du tout, dans ce début et que  les informations à propos de cela se trouvent dans ton résumé (je parle notamment du duel Faër / Babylone).

Ce personnage du Marcherêve, toute l'ambiguïté qui l'entoure, ce mystère, cette conception très étrange d'un être immatériel, c'est assez fabuleux. Et Nëlia  ( :<3: ), cette femme d'autorité obsédée par le Marcherêve !!! J'adore ce genre de personnage hanté par une obsession, surtout quand ce sont des femmes (tous des hystériques en puissance ... ^^).

Bref, bref, bref, en deux mots plutôt qu'en cent : j'adore. Et j'attends avec impatience la suite.

 [goodjob]

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La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
« Réponse #136 le: jeudi 18 février 2010, 20:00:19 »
GMS, j'adore. Ton chapitre fait assez patchwork donc ça va être très dur de détailler. Par contre, c'est curieux, j'ai du mal à éprouver de la compasion pour Lowyn, étrange, non. Par contre je suis intrigué par le Levyathan, je me demande quel rôle il va jouer dans le Cycle. En tout cas la situation devient de plus en plus catastrophique et on se demande comment Samyël va faire pour sauver l'Arch'Land.
Vivement la suite quoi.

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La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
« Réponse #137 le: lundi 22 février 2010, 17:47:14 »
Me revoilà!

Oui, je sais bien que la sauce allégée n'est qu'un prétexte pour en reprendre plus, mais quand même... dans le cas de mes commentaires, c'est meilleur pour la santé mentale et pour la consommation d'aspirine! :roll:

Donc, cette fois-ci je viens pour commenter ton nouveau projet "Le Marche-rêve", que je n'ai pas encore eu l'occasion d'évoquer au détour d'un pavé. Nous allons donc y remédier, si ce n'est pas trop demander. ;p
Alors, pour commencer, contrairement à GdO, je ne suis pas du tout épris de tout ce qui est Science-fiction, lui préférant largement la Fantasy, mais là je dois dire que j'ai été assez séduit, dans la mesure où la Fantasy est tout de même très présente dans ce récit (en tout cas pour l'instant). Et contrairement à lui, je serai plus modéré dans mon appréciation de cette nouvelle création (il a le don d'en faire des tonnes, le jet d'eau! oui, c'est moi qui dis ça, tout à fait :p), sachant que le concept des émanations historiques et l'opposition nature/culture sont loin d'être nouveaux.

Cela posé, je commencerai par dire que moi aussi j'adore cette nouvelle fiction. L'idée, même si elle repose au début sur des bribes d'inspiration éparses, est excellente et bien amenée. Je suis franchement étonné de la tournure qu'a pris ce nouvel écrit, ayant lu le premier chapitre à part, et autant dire que la surprise est agréable! Jamais je ne me serais douté que tu parviendrais à donner une telle cohérence à tes courts chapitres en partant avec l'idée floue d'un assemblage de récits divers. Le rendu est très bien géré, car en plus d'être intrigant et mystérieux, il nous promet un assortiment savoureux d'évocations historiques et légendaires que je n'attends plus que de voir figurer au menu de ta fiction!
En ce sens, le suspens est parfaitement maîtrisé, le lecteur reste dans l'attente de la suite et se demande ce qu'il va bien pouvoir se passer. Jamais je n'aurais pu deviner de moi-même en lisant les premiers chapitres la profondeur de la dualité qui a cours entre Faër, entité protectrice de la Nature, et Babylone, garante de la sauvegarde de l'Humanité, si je n'avais pas lu le résumé présent en première page. Pour tout te dire, je pensais avoir affaire à un récit fantastique avec les morts qui se réveillent et l'homme dont on ne connaît pas l'identité (le Marcherêve donc ;p) qui se ballade tranquilement parmi eux. Quant à l'opposition nature/culture, mise en avant dans un cadre légendaire, il s'agit là d'un thème que j'affectionne particulièrement, et qui est non sans me rappeler X-1999 (toujours lui, hein? =P) avec son affrontement entre les Dragons de la Terre et les Dragons du Ciel qui décidera par l'Apocalypse du sort de la Terre et de l'Humanité.

Cela dit, tu parviens à tirer ton épingle du jeu en nous relatant une histoire encore très mystérieuse mais d'emblée vivement intéressante. La réflexion proposée par la Loi de Scion a piqué ma curiosité à vif et je me demande vraiment ce que tu vas nous faire par la suite au vu de la surprise que tu as déjà provoquée dans mon esprit au fil de la lecture. De plus, pour le moment (espérons que ce ne soit qu'un début ^^), l'intrigue est rondement menée et les personnages me semblent très vrais. Mention spéciale à Nëlia, qui, comme l'a dit si justement GdO, fait honneur à sa position de scientifique obnubilée par cette créature surréaliste qu'est le Marcherêve. D'ailleurs, puisque j'en parle, comment ne pas mentionner ce dernier, moi qui adore l'ambiguïté et ce genre de manifestations puissantes et immatérielles à la fois? Le Marcherêve, de par son nom, ne va pas sans me rappeler le Dieu-Cerf à la fin de Princesse Mononoké, losque, translucide mais terriblement puissant, il marche à travers monts et plaines pour retrouver sa tête sans que personne ne puisse s'opposer à lui. Ton "personnage" me donne ce genre d'impression, d'une entité insaisissable à la recherche de quelque chose, sans revêtir toutefois la toute-puissance divine du Shishigami. Je crois que c'est avant tout son nom qui m'y fait penser, m'enfin... ^^

Pour ce qui est du mélange entre cadre futuriste et univers médiéval, je le trouve tout à fait réussi, quand bien même n'en suis-je pas particulièrement féru d'habitude. Sans répéter ce qu'a dit mon compère plus haut, j'ai été saisi par la façon dont tu as introduit toute la dimension historique et légendaire au sein de ce récit. Franchement, au détour du dialogue d'ailleurs bien réalisé entre le Marcherêve et Jean, on s'y croirait presque. J'apprécie grandement l'effet quelque peu décousu qui s'impose en filigrane entre les différents chapitre, car il suit un fil directeur honorablement tissé par tes soins. L'origine des deux puissantes entités qui s'affrontent (Faër vient de ta faërite, non? ^^) est également intéressante à souligner, enfin plus pour Babylone à propos de laquelle on s'y connait plus. La Nature vengeresse contre la Cité ressuscitée qui incarnait la débauche et l'éxubérance des aspirations de l'Humanité dans toute sa démesure... Hmm, c'est un choix judicieux j'ai envie de dire. En tout cas, il est tout à fait approprié pour ce qui est de Babylone; pour Faër, faut encore que tu nous en parles plus pour que je me forge un avis digne de ce nom. :p

Sinon, concernant l'écriture, je la trouve pas mal du tout, surtout pour les deux premiers chapitres qui sont les mieux réalisés à mon sens (mention spéciale pour le tout premier, avec son ambiance si singulière!). Le style en est fluide et agréable, je dirais même qu'on sent une certaine amélioration à ce niveau, dans la mesure où, tout en ayant conservé son tour cavalier, il se fait moins précipité que ce qu'on pouvait en voir avant. Tu temporises plus, tu nous laisses le temps de nous fondre dans l'atmosphère et les événements qui caractérisent ton récit, et ce sans jamais sombrer dans l'excès ou la lourdeur... Même si j'aurais préféré des phrases quelquefois moins hachées et plus de points-virgules, je ne vais pas chipoter: c'est très bon!

Cependant - et nous en venons au gros point noir qui vient obscurcir le tout, comme d'habitude -, je t'en conjure, relis-toi plus attentivement! J'ai presque envie de dire que tes écrits ne méritent pas que tu laisses traîner les fautes que tu commets, tant elles font tache vis-à-vis du reste. A plusieurs reprises tu as oublié des mots, tu t'es empêtré dans l'emploi de l'infinitif ou du participe passé, sans parler des bourdes coutumières qui consistent chez toi à confondre tache/tâche, hors/or, dessin/dessein... et j'en passe. De plus, j'ai remarqué deux ou trois pléonasmes, comme pour "la bataille (...) avait été aussi fulgurante que rapide.", fulgurant étant un synonyme plus recherché de rapide. Alors, certes, c'est mieux qu'avant, mais il faut tout de même veiller à être plus rigoureux. C'est pour ton bien et non par quelque sadisme puritain que je te rabâche ça, si si, absolument! Foi de moi! :niak:

Pour conclure, j'espère que tu continueras de progresser dans l'écriture de cette nouvelle au fort potentiel narratologique et conceptuel qui a su éveiller ma passion avec brio. Le contenu, tout comme le style, m'en semblent très prometteurs. Je te souhaite encore une bonne continuation et une bonne inspiration, mon Mage Vermeil, en priant pour que cette fois-ci ma lourde brique commentative t'ait rassasié au moins pour quelques jours. Cela dit ne t'en fais pas, mes pas me conduiront forcément à nouveau dans ta Tour, c'est l'évidence même.
Au plaisir! :)


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La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
« Réponse #138 le: mardi 23 février 2010, 00:19:14 »
Hey ! Comment va notre chère grosse brute armée jusqu'aux dents et barbare par dessus tout ?
Et bien, oui je passe sur ton petit topic (certes il est beaucoup plus grand que le mien, mais bon sinon je ne pourrais pas te charrier si je ne pouvais pas mentir un peu).

Alors, suite à la lecture de certains de commentaires - pour être plus précis d'un seul commentaire et encore pas en entier, je te laisse deviner lequel... - je me suis dit tente ta chance, tu verras ça sera génial. Du grand GMS, tu n'en as pas lu beaucoup, alors lis le Marcherêve. J'ai lu, et je suis revenu commenter ceci, parce que je te dois bien ça. Non ? Bon ben tant pis, au revoir alors ...

Maintenant que je suis en train de commenter (enfin je n'ai pas commencé encore), autant finir.
Le Marcherêve.
J'avoue qu'au départ je n'ai rien compris. Même si ma culture historique n'est pas grande (bouh quelle médiocrité : j'assume), je sentais bien quand même qu'il ne fallait pas exagérer, qu'il y avait une rouille dans potage (comme je suis fin quand je parle dis-moi... "Moi" roh tais-toi <- ceci est une ruse de Prince du Crépuscule pour faire paraître ses messages plus longs, il fait plein de petites parenthèses de petites dispersions ce qui fait que le texte s'allonge et s'allonge et on arrive à ces si célèbres pavés). J'ai rien compris, mais j'espérai bien comprendre par la suite ce qui s'est assez bien réalisé avec le 6ième chapitre. Là j'ai mieux compris, et je trouve l'idée totalement extraordinaire. Contrairement à ce que dit l'autre esclavagiste adoré (cher mage complice), je n'avais jamais entendu parlé de ces émanations, mis à part peut être un lien avec Final Fantasy Spirit Within et encore ça ne ressemble en rien avec des monstres d'autrefois ou à des personnages historiques. Je trouve donc que ton scénario est bien original du point de vue de l'opposition entre Histoire et Mythe. Je trouve ça même assez génial. Cela permet de tout mélanger : le bonheur en somme. Je suis convaincu que ça peut donner quelque chose de grandiose. J'ai vraiment hâte de lire la suite. Bon pour ce qui est de l'opposition entre Nature et Humanité j'avoue que là on fait mieux. Les grandes Cités me font penser à Ecoban de Wonderful days (Très bon film d'animation d'ailleurs, que je conseille à tous ceux qui ne l'ont pas vu). Quant à l'opposition entre Nature et Humanité/Technologie, cela me rappelle plus Origine (Encore un meilleur film d'animation avec une bande son à vous faire frémir ! Deux titres de Kokia absolument grandiose notamment l'intro du film qui m'a fait rêvé pendant plusieurs jours et c'est à chaque fois avec une immense joie que je le reregarde... je ne m'en lasserais jamais) où de chaque côté des forces se développent. Peut être même que les Scionistes sont à rapprocher des humanoïdes de la forêt.
En tout cas le Marcherêve est assez spectaculaire. Il a un charisme bien posé avec une part de mystère qui n'a rien à envier à celle de notre esclavagiste préféré.  J'aime cette manière de rester totalement en retrait par rapport à ce qui l'entoure. Il est calme, plat et tellement puissant. Par contre tu ne t'es pas foulé pour son physique... une cape ! Et quel nom. Voyageur deuxième du nom. Ahlalala, on dirait qu'il n'est rien alors qu'il est tout. Je confirme l'allégorie entre le Marcherêve translucide et le Dieu-cerf de Princesse Mononoké (à croire que je ne regarde que des films d'animations... ce n'est pas vrai j'ai regardé Harry Potter et le Prince de Sang-mêlé cet aprem pour la 36ième fois et demi). Cette manière d'errer comme ça et de donner une "seconde vie" à ce qu'il touche, c'est vrai que c'est assez semblable.
D'ailleurs, le Marcherêve a-t-il un but ? Voilà une question que je me pose. Pour l'instant tu nous exposes un monde. Il n'y a pas trop d'intrigue du côté de Voyageur. Néanmoins du côté de Nëlia c'est beaucoup plus clair. Elle veut le retrouver cette entité surpuissante, bon sang ! Je reconnais bien l'entêtement scientifique à trouver à chaque problème une solution (quoi ? Moi, un scientifique... oui et alors. Têtu comme une mule je suis). Elle rentre parfaitement dans son rôle de parfaite scientifique. Elle a la foi technologique et la foi scientifique. Elle est parfaite. Combien de fois ai-je pu rester sur un problème qui me tenait à cœur ? Chapeau melon et botte de cuir ?

Bon je ne ferai pas un couplet sur l'orthographe, la grammaire et la syntaxe. Tout a été dit plus haut et je suis mal placé pour te critiquer, mais j'avoue qu'il y a des fautes qui gênent, mais si ça peut te rassurer notre cher esclavagiste analphabète fait aussi des fautes dans son commentaire, alors hein ? "carde[iologue] légendaire" et quelques autres je ne sais plus haut (je l'aime bien, mais je ne vais pas le relire pour le plaisir de le dénigrer non plus, il pourrait me faire souffrir).

En tout cas je suis ravi d'avoir lu cette fiction et j'ai hâte de lire la suite !!! A très bientôt alors.

Edit : bientôt je ferai des pavés à la PDC.
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La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
« Réponse #139 le: samedi 17 avril 2010, 00:13:37 »
Salut c'est moi! (olol)

Silver ==> Content que le dernier chapitre t'ait plu, j'ai moi même pris beaucoup de plaisir à l'écrire. Je ne sais pas quand je posterai la fin de Monarque, peut être d'ici une semaine. Merci!

GdO ==> Je ne pensais pas que tu accrocherais autant à Marcherêve, ça me fait plaisir! Pour ta remarque sur l'originalité de l'univers, pour tout dire quand j'ai écris le premier chapitre je n'avais aucune idée derrière la tête. Tout est arrivé après, et paf ça a fait des chocapic comme on dit! Quant aux Wisigoth, effectivement je l'ai écrit en anglais, mea culpa  :)
En tout cas merci d'être passé ca m'a fait bien plaisir!

Raph ==> Merci pour le commentaire! La montée en puissance du récit va bientôt servir à l'explosion qui approche, je t'assure! :)


PdC ==> Je te rassure, moi aussi je ne suis pas fana de SF, plutôt l'inverse en général. Marcherêve devrait garder globalement la même ambiance du début à la fin, pas de combats de blaster au programme en tous les cas! :) Cela dit, je suis content que tu aimes tout de même j'espère que la suite ne te décevra pas. Cependant, je n'ai jamais lu X-1999 (ni aucun clamp en fait, à part le début de Tsubasa, et ça remonte!). L'une de mes inspirations clé vient plutôt de la Forêt des Mythago, oeuvre magistrale de Robert Silverberg même si seule le premier des quatre tomes est vraiment fort. C'est vrai qu'il y a un peu du dieu-cerf dans le Marcherêve. Je n'y avais pas songer avant mais maintenant que tu le dis oui. Il faut dire que j'aime beaucoup Mononoké, peut être une de mes nombreuses inspirations inconscientes. :) Pour Faër, le nom vient plutôt de Faërie (dont est aussi tiré la Faërite comme tu as judicieusement fait le rapprochement! ;) ) qui est selon Ismaël Mérindol le pays des fées. Je suis content de ce que tu dis à propos du style, car j'ai vraiment voulu donner au récit une ambiance lente et paisible. Quant à l'orthographe, désolé, j'y travaille toujours, et tu sais comme ça me tient à coeur :( En tout cas, un gros merci pour ce commentaire crépusculien comme je les aime!

Yorick ==> Lyrik va bien, et il te salut! :p En tout cas, j'ai bien rit en lisant ça : "(comme je suis fin quand je parle dis-moi... "Moi" roh tais-toi <- ceci est une ruse de Prince du Crépuscule pour faire paraître ses messages plus longs, il fait plein de petites parenthèses de petites dispersions ce qui fait que le texte s'allonge et s'allonge et on arrive à ces si célèbres pavés)" C'est tellement vrai! *Court se cacher pour ne pas recevoir les foudres du Prince* En tout cas, je suis bien heureux que tu sois venu faire un tour dans le coin, et encore plus que tu ais apprécié! N'hésite pas à revenir! De toutes les références de film animation il n'y a que Final Fantasy que j'ai déjà vu mais ça remonte un peu, je ne saurais trop te dire si ça cadre avec ma vision des émanations ^^ Quant au Marcherêve, étant le centre de l'histoire, ses aspirations seront révélées petit à petit. Merci bien pour ton commentaire en tout cas! :)



Bon, en ce qui me concerne, je n'ai pas de suite à proposer, pas encore (j'ai bien entamé le chapitre 23 du Cycle, j'ai bientôt fini le chapitre suivant du Marcherêve, je planche toujours sur le début de Monarque Tome II. Le tout arrive, ne vous inquiétez pas!), mais un nouveau projet (Encore un me direz vous!).
Et pour faire original, c'est carrément une fanfiction Zelda! Il y a des siècles que je n'avais rien écrit sur le monde de notre saga préférée (ou ex mais là n'est pas la question), mes derniers écrits dessus remontant au temps du concours de Furiouze! J'avais donc envie de revenir aux sources en quelque sorte, et c'est chose faite avec cette fanfic. Pour le speech, l'histoire se déroule dans une période chronologiquement indéfinie au niveau de la série, mais dans l'Hyrule d'OOT/MM, avec cependant des modification socio-géographiques importantes. L'histoire ne se veut pas être un pastiche et donc possède son scénario propre, reprenant pas mal de personnages connus mais changés pour quelques uns et qui n'hésite pas à bouger beaucoup de base.

Voilà, j'espère que cela vous plaira et que vous m'en direz quelques nouvelles. Amis du soir bonsoir et bonne lecture!



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The Legend of Zelda:

Triangle de Pouvoir



Prologue
-Tarquin-


   La foule rassemblée rendait méconnaissable les jardins extérieurs, de par la basse rumeur qui en sourdait, de l’amalgame des odeurs qui en devenait écœurant -surtout cette immonde fumée de friture qui s’élevait depuis les stands des marchands installés à l’extérieur du cercle humain- , les cris des enfants braillards et les notes aiguës des musiciens qui se confondaient dans un joyeux n’importe quoi sonore. Si plus de la moitié du bon peuple de la Cité d’Hyrule s’était rassemblée là, ce n’était pas par hasard. Toutes ces bonnes gens formaient un cordon autour d’une plateforme surélevée que couronnait un socle orné des trois Triangles d’Or dont jaillissait la lame d’acier scintillant d’une épée, et sa garde d’azur sertie d’or et d’argent toisait la foule comme dans une posture de défie. 
   Ce défie, Tarquin l’avait vu relevé trop de fois pour être compté. Presque tous les jours un hardi pénétrait dans le Temple du Temps, là où gisait d’ordinaire l’épée et son socle, avec l’espoir insensé de retirer l’acier du granit où il était scellé depuis des siècles. Les textes de la Loi des Trois Déesses étaient formelles : quiconque parviendrait à sortir la Lame Purificatrice hors de son tombeau minéral en deviendrait le maître, et de fait se verrait attribuer le titre de Héros, des titres de noblesse, des possessions terrestres et, bien sûr, aurait l’insigne honneur d’épouser la fille du roi et ainsi mêler son sang à celui de la royauté.
   Un doux rêve qui n’était que ça : un rêve. Les mages du Consortium Aedeptus avaient depuis longtemps statué sur le cas de cette épée. Une puissante trame de magie liait la lame à son socle, si puissante que les mages si arrogants d’ordinaire n’avaient montré aucune mauvaise volonté à déclarer tout net que cela dépassait leurs compétences. Alors les chevaliers, les reîtres, les franc-coureurs, les Lords, les fermiers, les forgerons et les artisans pouvaient bien défiler autant qu’ils le voulaient, quelqu’un ou quelque chose avait fait en sorte que cette arme ne soit plus jamais brandie et il connaissait son affaire. 
   Fendant la foule avec tellement d’habilité que personne ne semblait le remarquer, Tarquin s’approcha de la tribune des Lords, dont les gradins de bois surélevés préservaient les seigneurs et leurs dames de la populace et des désagréments qui lui étaient associés.  Non pas qu’il appréciait la compagnie de tous ces fats bouffis d’arrogance, comploteurs et sournois, mais il devait entretenir l’Intemporel de sujets sérieux, et ce dernier avait eu la folle idée de se joindre à la nuée seigneuriale. Tout en jouant des coudes, Tarquin dardait son œil unique dans toutes les directions. Si pour le peuple ce genre d’événement était source de fête et de joie, pour Tarquin et ses hommes, c’était des moments tendus et pénibles. N’importe lequel d’entre-eux pouvait cacher une dague à lancer, une sarbacane ou, pire, un parchemin de sort. N’importe lequel d’entre eux pouvait potentiellement être l’assassin du roi, et c’est ainsi que Tarquin et les siens les considéraient.
   Il constata avec satisfaction que tous ses acolytes étaient à leur poste, les yeux aux aguets. Il n’avait pas à s’en faire. En s’arrachant à la foule, il fut pris de suffocation, tant l’air pur lui fit un drôle d’effet. Il était essoufflé, et pour cela il maudit sa vieillesse et sa débilité grandissante. Mais, il fallait faire attention, ne rien montrer. La seconde suivante, il redressait le torse, inspirait une grande goulée d’air et entreprit de longer le cercle humain par l’extérieur. Personne ne faisait attention à lui,  et il se consola en se disant qu’il restait tout de même un Sheikah aguerri. En arrivant aux abords de la tribune des Lords, il débusqua l’Intemporel à l’extrémité gauche de l’édifice, apparemment en grande conversation avec Ser Sedrik, le fils cadet de Lord Darunia. Le colosse au teint de bronze et à la tunique moulante écarlate frappée du Rubis donnait l’impression de pouvoir broyer le saint homme rien qu’en le serrant dans ses bras. Et pourtant, Rauru l’Intemporel, grand prêtre des Trois et Gardien du Temple, avait une certaine carrure. Corpulent, son crâne carré et rasé que venait renforçait une rude barbe grise brossée et taillée était soutenu par un cou robuste dont la chair amollie par le poids des ans gardait une vigueur honorable. Le prêtre portait sa soutane de soie jaune d’or maintenue à la taille par une fantastique ceinture de cuir frappée des Triangles.
   Tarquin se faufila à l’insu des sentinelles par l’arrière de la tribune, escalada avec aisance la paroi de bois et se laissa choir depuis le toit derrière l’ultime rangée de banc, dans une flaque d’ombre. Personne ne le vit. Il se coula d’ombre en ombre jusqu’à se tenir tout à fait derrière l’Intemporel, sans que ni lui ni le Ser ne s’en rendent compte. Il attendit qu’ils terminassent puis s’agenouilla au côté du saint homme en murmurant.
   -Quelqu’un va sous peu mander votre bénédiction, votre Sainteté.
   S’il fut surpris par l’arrivée soudaine du Sheikah, Rauru n’en montra rien. Il répondit d’une voix basse sur un ton de conversation.
   -Vous avez des nouvelles.
   -Si fait, votre Sainteté. Il s’est mis en marche, et les clans le suivent.
   -Combien?
   -Un mois, tout au plus, s’il conserve sa vitesse. Mais si je m’en fie à ce qu’on me rapporte à son sujet, il serait homme à imposer une marche forcée par souci d’obtenir plus vite son gain.
   Le prêtre passa ses doigts légèrement boudinés dans sa barbe rêche. Un pli soucieux barrait son front.
   -Devons nous…
   -L’homme est ambitieux, et ses horizons s’étendent bien au-delà des cuisses de la princesse, si vous me permettez, votre Sainteté.
   -Vous savez que j’aime que vous me traitiez en supérieur mais vous et moi savons que ce n’est pas le cas, alors cessez vos manières, je vous prie.
   Un sourire tordit la bouche de Tarquin.
   -Je pensais que vous aimiez ça, vous autres prêtres, qu’on cajole votre égo. En tout cas, vous aimez ça quand c’est le petit boulanger qui le fait, le soir après votre service. Comment s’appelle-t-il déjà? Spike?
   -Epargnez moi vos vantardises. Je sais que vous savez tout de moi, et je ne vous cache rien. De plus, son nom est Ike et j’ai pris bien plus de plaisir encore à partager sa couche que je sais que c’est vous qu’il l’y avait mis pour m’espionner.
   Cette fois, ce fut au tour de l’Intemporel de sourire ; un sourire bref.
   -Je me suis toujours demandé, fit Tarquin en portant son attention sur la plateforme de l’épée, pourquoi c’est au roi qu’est échue cette tache alors que, clairement, ce devrait être votre office.
   -La famille royale est issue du sein même des Déesses. Sa majesté est la plus à même d’être entendue. Je ne suis que le porte-parole des Trois. A présent, taisez vous un instant.
   Tarquin recula et disparut à la vue d’éventuels observateurs. Son œil aguerri par l’expérience scrutait la foule à la recherche de tout comportement suspect, de tout visage inamical ou hostile. Vite lassé, il se concentra sur la tribune. Au premier rang, les Lords du Conseil des Sages encadraient la famille royale, le prince Nohansen Hyrule, la princesse Zelda, sa sœur aînée, et leur mère la reine Ishtark. Le petit affichait un air émerveillé, du haut de ses huit printemps, et ses grands yeux lumineux voguaient sur la mer de couleurs et de sons qui s’étendaient devant lui. Tarquin savait qu’il se faisait violence pour ne pas gigoter sur son siège comme une girouette. A sa gauche, Zelda affichait un visage neutre, comme la Lady qu’on lui avait appris à être. Son opulente chevelure d’or cascadait sur ses épaules et ses cuisses comme une rivière, et la mince tiare d’argent sertie de saphirs n’avait qu’un effet ridicule. La majorité des Ser, des menus chevaliers et quelques Lords, dont Lord Dorf lui-même, ne pouvaient s’empêcher de la dévorer des yeux, et ils auraient tout donné pour partager sa couche rien qu’une nuit. Ils étaient ceux qui avaient essayé le plus fort possible de retirer l’épée de son socle. Il fallait dire que la jeune femme était à quatorze ans d’une rare beauté -certains hardis allant jusqu’à la comparer aux Déesses elles-mêmes-, ayant emprunté toute la beauté de son père et toute celle de sa mère. Elle feignait de ne pas s’apercevoir qu’elle était le centre de tant d’attention et d’adoration, mais Tarquin savait qu’elle s’en nourrissait comme d’une bonne sucrerie, en gavait son égo et ne s’en aimait que plus. Il savait aussi qu’elle passait plusieurs heures à admirer son reflet dans son grand miroir, et qu’elle s’était même embrassée une fois.
   Le reine sa mère paraissait être son opposé. Dotée de la brune chevelure de la maison Parel, sa beauté jadis éclatante se fanait plus vite que celle de son mari qui avait pourtant deux fois son âge. La maladie la rongeait comme un chien un vieil os, et Tarquin ne pouvait que respecter et admirer la force de cette femme qui malgré tout ne délaissait aucun de ses devoirs, faisait l’effort de se montrer en public et de donner des fêtes. Les docteurs ne parvenaient pas à la guérir, et ils lui avaient annoncé avec des mines peinées qu’il ne lui restait guère plus de deux ans à vivre. Elle ne s’était montrée abattue en rien et n’en avait trouvé que plus de force. Le roi Salomon d’Hyrule son époux était pour sa part un vieillard grisonnant d’une exceptionnelle vigueur. Âgé de près de quatre-vingt ans, il n’en avait pas pour autant délaissé la chasse, l’escrime, et rentrait encore parfaitement dans son armure de cérémonie. Un ouvrage magnifique qu'il portait ce jour, et dont les massives épaulières frappées des Triangles d'Or donnait à sa carrure de guerrier un aspect titanesque. Loin d'un frêle vieillard, c'est d'un pas alerte et sûr qu'il franchit la haie d'honneur érigée par les hommes de la Garde Royale sous les vivats de son peuple jusqu'au pied de la plateforme.
   Des "Vive le Roi! Longue vie au Roi!" raisonnaient à présent avec exaltation dans le jardin extérieur, et la foule s'anima comme une bête longtemps assoupie. Tarquin se fit la réflexion que c'était là l'opportunité rêvée pour tout assassin d'en finir et de disparaître à l'insu de tous. Une certaine appréhension naquit dans le coeur de Tarquin, mais il la rejeta assez vite. Il n'avait vent d'aucun complot, d'aucune machination pour ce jour là, et en scrutant attentivement les visages des Ser et des Lords dans la tribune, il ne constata rien qui put trahir une certaine forme d'appréhension, de tension particulière, de joie excessive ou d'impatience chez aucun des loyaux vassaux du Roi. Le silence frappa l'atmosphère si soudainement que les oreilles de Tarquin en bourdonnèrent. Le roi avait posé le pied sur la première marche qui menait au socle de l'épée.
   La Cérémonie de la Grâce se déroulait tous les ans, au sortir de l'hiver et pour demander la bénédiction des Déesses pour l'année à venir. C'était une cérémonie publique, à laquelle tout un chacun était convié sans distinction de classe, de revenus, de lignage. On faisait amener le socle de l'épée dans le jardin extérieur afin que tous put assister au rituel. Autrefois, cela se faisait dans la Chambre de l'Epée, au sein du Temple du Temps, mais la population du Bourg d'Hyrule, trop importante, ne permettait plus de se réunir là bas. Le Roi devait se rendre auprès de l'Epée, l'empoigner sans chercher à la tirer, et demander la bénédiction des Déesses, dont il était le fils par le sang. On prêtait beaucoup de fonctions à la Lame Purificatrice, l'épée des légendes, et celle d'être un lien avec le Saint Royaume des Déesses en était une.
   Tarquin trouvait cette cérémonie parfaitement ridicule. Les Déesses ne répondaient jamais, et le Roi se contentait de jouer la comédie en annonçant que les Très-Hautes lui avaient envoyé un message d'abondance et de prospérité. Alors, la foule en liesse se déversait dans les rues du Bourg pour faire la fête toute la journée et toute la nuit, et l'année pouvait officiellement débuter. Pour preuve de la stupidité de cet événement, aucun mage ne daignait y assister. Il n'y avait qu'Aghanim, mais l'homme se montrait en sa qualité de Premier Conseiller. Il avait d'ailleurs troquer sa robe de mage pour une tunique pourpre et hauts-de-chausses blancs modestes mais bien coupés.
   Salomon montait les quelques marches avec une lenteur qui irritait Tarquin. Mais c'était moins un signe de vieillesse qu'un respect de l'usage. On disait que montrer trop d'empressement n'apportait que du malheur. Enfin, il se tint devant l'épée, et pour marquer le coup, entreprit de faire un tour sur lui même afin de scruter son peuple de ses yeux bleus, fermes mais justes. La populace se remit alors à l'acclamer quelques instants, puis il posa ses mains gantées d'acier sur la poignée de l'arme sacrée. Le clame revint aussitôt. Les petites gens retinrent leur souffle.
   -S'ils pouvaient se montrer aussi silencieux tous les jours, fit remarquer Lord Dumor, nous n'aurions plus grand chose à faire, nous autres Lord.
   Quelques petits rires rapidement étouffés accompagnèrent sa boutade. Il était mal vu de briser ce silence   
   -Ô Déesses!, cria le Roi d'une voix forte afin que tous l'entendît. Sang de mon sang, moi, Salomon d'Hyrule, Roi d'Hyrule, vous demande, vous implore, au nom de mon peuple, de nous accorder votre gracieuse bénédiction pour l'année à venir.
   Conformément à la coutume, le Roi cessa de parler et inclina la tête vers le sol, yeux fermés, fronça les sourcils comme s'il se concentrait.  Tarquin nota avec un certain amusement que le jeu d'acteur de son seigneur et maître gagnait chaque année en crédibilité. Mais alors, à la surprise générale, la lame de l'Epée se mit à vibrer. Le mouvement était à peine perceptible mais le son qu'il produisait l'était parfaitement. On aurait dit un son de cloche, suraigu, délicat, continu. Parallèlement au phénomène, l'acier de la lame commença à briller. Une gangue d'or pur l'enveloppa doucement, sous les yeux écarquillés de l'assistance et les murmures de l'assemblée. Tarquin lui même en décroisa les bras.
   Jamais, jamais quelque chose de la sorte ne s'était produit.  Etait-ce un présage? Un signe des Déesses elles-mêmes? Salomon, éberlué, recula promptement. Le son de cloche gagna en intensité. Dans la tribune des Lords, on s'agitait. Certains s'étaient levés, d'autres avaient agrippé les rambardes de bois, d'autres encore s'étaient figés sur leur siège, les yeux grands ouverts. Même la placide Zelda en gardait la bouche stupidement ouverte, tandis qu'à son côté son jeune frère ne se contenait qu'à grand peine, tout sourire et joie qu'il était.
   -Qu'est-ce que cela signifie?, murmura Tarquin à Rauru après s'être approché à nouveau. Je croyais que cette cérémonie n'était qu'une mascarade?
   -Toute mascarade qu'elle soit, répondit l'Intemporel d'une voix émue et étrange, elle tire son origine d'un véritable rituel religieux. Les... Les Déesses ont peut être choisi ce moment pour nous envoyer un message, un vrai message.
   La lame de l'Epée était à présent totalement couverte d'or et brillait d'une lumière aveuglante. Émerveillés, les gens la pointait du doigt, échangeaient des propos enflammés avec leurs voisins. On avait jamais vu ça!  Puis, aussi soudainement qu'il avait commencé, le phénomène s'arrêta. La lame retrouva le brillant classique de l'acier gris, un silence stupéfait retomba sur le jardin extérieur. Tous les regards convergèrent vers Salomon, dont la mine perplexe cherchait des yeux une explication. Il adressa une question muette à Aghanim, mais le Premier Conseiller secoua la tête.
   -Je.., commença le monarque d'une voix hésitante, puis plus forte. Bonnes gens d'Hyrule! Les... Les Déesses nous ont entendus! Elles nous ont envoyé ce message d'or. Un message d'or... pour un âge d'or!
   Les vivats, les acclamations, la joie et l'allégresse éclatèrent comme un fruit trop mûr tandis que Feryl, le capitaine de la Garde, aidait son seigneur abasourdi à descendre de la plateforme.
   -Ce qu'il dit est vrai?, demanda Tarquin à l'Intemporel.
   -Je donnerais beaucoup pour le savoir, Sheikah. Une chose est sûr, quoi qu'il se soit passé aujourd'hui, c'était un message du Saint Royaume. Vous savez aussi bien que moi que nulle magie des hommes ne peut altérer l'Epée. Les Déesses nous ont envoyé un message. A nous de le comprendre.
   Tarquin ne répondit rien. Il ne savait pas trop quoi penser, mais un malaise s'empara de lui qu'il ne s'expliqua pas. A présent que le Cérémonie était achevée, et dans les meilleures conditions pour le peuple, celui-ci s'en retourna vers le Bourg afin de remplir les tavernes, les auberges, les maisons de jeux ou de plaisir et se saouler jusqu'au matin. Les Lords, leurs suites et leurs hommes d'armes quittèrent la tribune, devisant entre eux de l'étrange phénomène. Rauru coula un regard derrière lui en se levant , mais Tarquin avait déjà disparu, sans un bruit.
   Tarquin n'était pas allé bien loin. Il sortit de derrière un arbre au moment même où le Roi passait devant. L'air de rien, il se mit à marcher à côté de son maître.
   -Tu es au courant de quelque chose?, finit par demander Salomon, qui ne s'en était pas encore remis.
   -Rien du tout, Majesté. Sa Sainteté n'est pas encore à même d'être formelle. Quoi qu'il en soit, selon elle cela ne peut être qu'un message du Saint Royaume, Majesté. 
   -Un message, un vrai message.. Qui l'eut cru? Mon père ne m'avait jamais parlé d'un tel événement! Je crois qu'il est assez clair, pourtant.
   -Majesté?
   -Les Très-Hautes nous annoncent une venue. Celle du Héros... Tarquin.
   -Majesté?
   -Mande notre plus rapide messager. Envoie une missive au sieur Link. Demande lui de se hâter, je ne souffrirai point de ne pas le rencontrer dans les plus brefs délais. Dis lui de précéder ses hommes, que nous lui envoyons une escorte pour le conduire dans la cité.
   -Bien, votre Majesté. Je m'en vais quérir maître Baelon sur l'heure.
   Tarquin s'esquiva et disparut dans une ombre. Il pensait comme Rauru. C'était un message. Mais la question qui turlupinait le vieux Sheikah était : quel était le contenu de ce message? Le son de la vibration pouvait être celui d'une cloche sonnant pour une célébration... ou celle d'un glas. Etait-ce vraiment l'annonce de l'arriver du Héros, comme le pensait Salomon? L'Epée allait-elle enfin être brandie à nouveau? Par ce Link?
   Tarquin s'en méfiait. C'était un homme ambitieux, dur. Jailli de nul part, ce reître avait par la seule force de son épée fédéré les Clans des plaines du sud à la Couronne. En quelques années il était devenu le nouveau héros national, et beaucoup voyait en lui le Héros de la légende, celui qui brandirait la Lame Purificatrice. Sa sanglante campagne s'était achevée quelques mois auparavant, lorsque tous les Chefs de clan lui avaient juré allégeance, et à travers lui au Roi d'Hyrule, leur ennemi de toujours. A présent il remontait vers le Bourg, à la tête d'une petite armée issue de tous les clans. Il entendait recevoir une récompense, et on lui avait déjà promis la main de la princesse, des richesses, des terres et un titre de Lord ainsi qu'une place au Conseil des Sages. Personne n'avait trouvé rien à y redire. Tarquin avait glissé un de ses espions parmi les hommes de confiance de Link. Ce qu'il lui apprenait ne lui plaisait guère, mais il ne pouvait pas changer la volonté du roi. Il n'était que le Maître des Sheikah, les espions de la famille royale, ses plus fervents défenseurs, ses hommes de l'ombre. Son avis n'avait de crédit auprès de Salomon que ce que le Roi consentait à lui accorder.
   Avec un soupir, Tarquin regagna ses appartements et fit mander maître Baelon, le haut chambellan. Il rédigea en vitesse le message convenu et le transmit au maître avec les instructions de sa Majesté. Ensuite, enfin à l'aise pour réfléchir, il s'autorisa quelques minutes de repos. Le royaume était en train d'entrer dans une nouvelle page de son histoire. Tarquin devait s'assurer que tout se passerait bien. Il retira ses vêtements de civil poussiéreux et passa une longue tunique bleu de nuit frappée de l'emblème Sheikah sur la poitrine -un oeil rouge surmonté des Trois Triangles d'Or pleurant une larme sanglante-, des hauts-de-chausses de même couleur et des bottes souples et moulantes noires. Il se coiffa d'un turban gris et peigna grossièrement sa barbe hirsute. Non qu'il était coquet, mais on lui avait prié d'être présentable lorsqu'il devait apparaître en public.
   La véritable identité des Sheikah n'était connue que de la famille royale et des Sheikah eux-mêmes. Ils vivaient au jour le jour comme serviteurs, artisans, fermiers, soldats, nobles parfois, et permettaient à Tarquin de tout connaître sur le royaume et ses habitants. Rien ne se passait sans qu'on l'informât, des infidélités conjugales des Lords , aux velléités de révolte des campagnes en passant par les magouilles du Consortium Aedeptus ou les dangereuses explorations de la Guilde des Alchimistes. Tarquin était les yeux et les oreilles de la Couronne, et en certaines occasion, sa main également. A la cour, tout le monde le connaissait, de vue tout du moins, mais bien peu connaissaient sa véritable fonction. Cependant, tous le craignaient.
   Le tirant de ses réflexions, les cris du petit Noah, jaillissant au détour d’un couloir, le prévinrent de l’arrivée de celui-ci. Lorsqu‘on apercevait le jeune prince, on ne pouvait s‘empêchait de penser qu‘il n‘avait su choisir entre sa mère et son père. Sa crinière emmêlée de cheveux était d’un châtain clair presque blond, et ses yeux vairons -vert forêt à gauche bleu océan à droite- étaient un rappel constant de sa double parenté, de même que ses oreilles, ni tout à fait en pointe, ni tout à fait rondes. Il était assez beau, mais Tarquin craignait que cette beauté ne soit dut qu’à sa condition candide d’enfant, et qu’elle finisse par disparaître avec les ans. Déjà, ses traits juvéniles commençaient à se creuser, sa silhouette à s’affiner en grandissant. Si le prince continuait à dénigrer les choses de l’épée et de la guerre au profit des livres et des connaissances, il risquait de devenir un grand échalas malingre.
   Tarquin soupira intérieurement. De toute façon cela n’avait plus d’importance, puisque Noah ne serait jamais roi. La princesse Zelda étant son aînée, c’est son époux qui hériterait de la couronne à la mort de Salomon.
   -Tarquin, Tarquin! Criait l’enfant en courant vers le susnommé.
   Celui-ci l’attendit calmement, un petit sourire aux lèvres. Il avait beaucoup d’affection pour le prince, qu’il avait quasiment élevé avec maître Baelon. La maladie de la reine s’était déclarée peu de temps après sa naissance, et elle n’avait plus la force de s’occuper d’un enfant aussi énergique et turbulent. Si maître Baelon s’occupait de l’instruction de la géographie, de l’histoire, de l’étiquette, de la littérature et des arts, et Ser Talon, le maître d’armes, de l’instruction militaire et martiale -sans grand succès-, Tarquin surveillait attentivement le prince, l’empêchant de se blesser, de commettre des bêtises, lui parlant de la politique et de ce qu’il devait observer. Noah était un petit garçon intrépide, trop énergique pour son bien, jovial et généreux. Ses ambitions ne s’élevaient, au dam de son père, pas plus haut que le titre de chevalier et encore, cela n’eut-il dépendu que de lui il serait devenu bibliothécaire, de son propre aveu.
   -Tarquin, vous avez vu cela? L’Epée! Elle….
   -Oui mon Prince, je l’ai vue, répondit Tarquin en remettant machinalement en place la tunique du prince.
   -Qu’en pensez-vous?
   -Ce que j’en pense? Et bien, j’en pense ce qu’a dit votre père. Cela annonce certainement un âge d’or heureux.
   -Maître Aghanim a dit qu’il n’aimait pas cela.
   -Et pourquoi donc?
   -Il a dit qu’on n’avait jamais vu cela auparavant, et qu’il ne fallait pas trop se faire d’idées avant que le Consortium étudie l’affaire plus avant.
   -Oui, bien sûr, le Consortium…
   Avec les nobles, le Consortium Aedeptus était la deuxième institution qu’exécrait Tarquin. Sans être officiellement une Guilde, le Collegium de magie n’en avait pas moins la mainmise sur l’ensemble du marchandage occulte dans le royaume d’Hyrule, et ses membres arrogants bouffis de leur propre puissance ne perdait jamais une occasion de se faire mousser ou d’imposer leur volonté. Tarquin avait eu le plus grand mal à placer l’un des siens au sein du Consortium. Le Premier Conseiller Aghanim était légèrement différent. Plus humble, plus discret, quoique d’une compétence redoutable. Le vieux Sheikah le trouvait presque sympathique par moment. Il n’en restait pas moins un mage et par conséquent une personne à surveiller de près.
   -J’y pense, mon Prince. N’est-ce pas l’heure de votre leçon avec Ser Talon? Il doit s’impatienter.
   Noah grimaça à l’évocation du maître d’armes.
   -Je hais cela, me battre et manier l’épée… C’est indigne d’un prince, n’est-ce?, demanda-t-il en relevant les yeux vers Tarquin.    
   -Si cela ne dépendait que de moi, ce serait très digne d’un prince. Mais ce ne l’est certainement pas aux yeux des Lords et de votre peuple, en effet. Vous devriez mettre un peu plus de volonté à l’ouvrage.
   -Mais Tarquin! A quoi cela sert-il de se battre? A être blessé et à mourir. Non merci, je préfère de loin regarder les Chevaliers de père jouter de loin.
   -Un jour vous serrez peut être amené à guerroyer, et alors vous remercierez les Déesses des leçons de maître Talon.
   -Ce n’est pas vrai!, s’emporta Noah. C’est le sieur Link qui sera roi. Moi, je n’aurai pas besoin de guerroyer. A ce propos, Tarquin…
   -Mon Prince?
   -On dit qu’il s’est mis en route, et qu’il sera là bientôt.
   Le Sheikah leva un sourcil. Peu de personnes étaient au courant, et le prince n’était pas censé en être.
   -Et comment savez-vous cela?
   -Bon, je le confesse, j’ai « un peu » écouté ce que disait sa Sainteté à Lord Dumor. Mais c’est fantastique n’est-ce pas?
   -Je suppose oui… Votre sœur va se marier, ce sera un grand événement.
   -Au diable cette idiote! Il y aura plein de vieux guerriers et de vétérans au château, ils auront des tas d’histoires à raconter!
   Tarquin sourit devant la candeur de son protégé. Lui, la présence de tant de « vieux guerriers », tous issus de clans différents et souvent rivaux, ne l’enchantait guère.
   -Savez-vous Tarquin s’il sera là lui aussi?
   -Il, mon Prince?
   -Mais oui! Vous savez! Le fameux Chien! On dit qu’il a abattu à lui seul plus de cent cinquante guerriers avec une seule main! Il serait si fort qu’il se bat avec deux marteaux de guerre à la fois et que ses ennemis implorent son pardon avant même le début des combats.
   Tarquin rit de bon cœur.
   -Il me tarde de le rencontrer dans ce cas. Je n’en savais pas tant sur lui.
   -Alors? Alors? Sera-t-il ici?
   -C’est presque certain, mon Prince. J’ai entendu dire qu’il ne quittait pas son maître d’une semelle.
   -Merveilleux! C’est merveilleux! Je suis sûr qu’il aura plein de choses passionnantes à me raconter!   
   -Je n’en doute pas mon Prince. Maintenant, filez avant que Ser Talon n’envoie la Garde pour vous chercher.
   -Vous avez raison Tarquin. Peut être que le Chien me donnera un ou deux leçons.
   -Je lui en toucherai un mot si cela vous agrée.
   -Ho oui! Merci Tarquin!
   Noah tourna sur lui-même et repartit d’où il venait. Tarquin le regarda partir avec un sourire qui s’évanouit bien vite lorsque ses vieux os se glacèrent.
   Il avait un mauvais pressentiment.
« Modifié: samedi 18 août 2012, 15:34:26 par Great Magician Samyël »

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La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
« Réponse #140 le: mardi 27 avril 2010, 18:24:21 »
Premier chapitre de cette nouvelle fan-fiction, qui ne semble guère rencontrer un succès fou ^^

Une suite du Cycle pour bientôt!

Bonne lecture.




___________


I
-Le Chien-


   Le Chien se réveilla avant l’aube. Sa main droite le faisait souffrir et la plate d’acier la rendait glaciale. Le camp était silencieux, il n’entendait que les murmures des sentinelles et les piaffements des chevaux. Il se leva de sa paillasse inconfortable et entreprit de se vêtir. Sa traditionnelle tunique blanche qui accusait la trop longue campagne, dont il fourra la manche droite dans son gantelet ; des haut-de-chausses d’équitation noirs rembourrés ; de solides bottes usées mais confortables. Il passa une chemise de mailles par-dessus ainsi qu’un tabard, blanc lui aussi, frappé de l’emblème de son maître -loup de sable sur champ sinople- qu’il boucla avec une ceinture de cuir sous laquelle il glissa une dague. Il ceignit son épée longue à sa hanche droite et souleva le rabat de sa tente et sortit.
   Il faisait encore sombre mais on pouvait distinguer de pâles lueurs à l’est. L’air était frais en ce début de printemps mais revigorant. Le camp était monté avec discipline, chaque tente s’alignant parfaitement afin de former un carré divisé par un chemin central en forme de croix. Même si les rivalités s’estompaient au fur et à mesure entre les clans, il en avait été tenu compte lors de la construction du campement. Les Faces- Rouges ne côtoyaient pas les Logres et les Janken, les Ventre-Bleus n’avaient pas pour voisins les Pieds-Noirs et les Profions, et ainsi de suite. Le Chien aimait bien l’ordre qui régnait dans les vastes cités de toile temporaires. Il trouvait cela paisible et réconfortant. Loin du chaos des combats, de la fureur des batailles.
   Il salua deux sentinelles qui se réchauffaient au coin d’un feu en préparant une bouillie d’avoine. Il reçut un salut en retour mais la discussion s’arrêta là. Le Chien était un lieutenant compétent -quoi qu’il n’avait pas officiellement ce grade- mais les hommes ne l’appréciaient guère en privé. Il le savait et ne voulait forcer personne. Il déjeuna de son avoine en silence. Manger lui était pénible, depuis qu’il ne pouvait plus se servir de sa main droite. Un coup de marteau de guerre durant une bataille lui avait détruit les os de la main, laissant ses doigts dans des angles improbables. Le coup avait également enfoncé la plate de son gantelet, la soudant quasiment à sa main broyée. N’ayant pu recevoir des soins avant longtemps, les médecins n’avaient rien pu faire. Il aurait fallu retirer le gantelet, ce qui était impossible sans couper l’ensemble du membre. Le Chien avait préféré garder partiellement sa main plutôt que de s’en voir amputer. Mais il en souffrait toujours beaucoup. Les nerfs n’avaient pas été totalement détruits, et il bougeait parfois les doigts par inadvertance, ce qui lui procurait de vives souffrances. Il avait appris à se servir de sa main gauche.
   Une fois restauré, il fit réveiller les officiers et donna des ordres pour préparer la nouvelle marche de la journée. Il fallait s’occuper des chevaux, préparer la nourriture et les chariots, commencer à démonter les tentes… Il y avait encore un peu moins d’un mois de marche jusqu’à la Cité d’Hyrule, et le sieur Link ne voulait pas rester sur les routes plus que le strict minimum. Il avait hâte de franchir les portes de la ville. Le Chien pouvait comprendre. Il arrivait en Héros, le fédérateur des Clans des plaines, et il allait prendre pour épouse la fameuse princesse Zelda. Et lorsque le roi Salomon mourrait, ce serait lui qui monterait sur le trône. Un bel avenir en perspective.
   Une fois certain que tout serait prêt à temps, il retourna dans sa tente afin de récupérer les effets qu’il devait attacher à son cheval -son grand écu et son marteau de guerre. Lorsqu’il souleva le rabat, il fut surpris de voir que quelqu’un l’attendait, assis sur sa paillasse. C’était une femme, et pas n’importe laquelle : Feena Hurlebataille, meneuse du clan de Logre, l’un des plus puissants. Elle était belle malgré ses quarante printemps révolus, mais pas à la manière des courtisanes, de par sa coquetterie ou la mise de ses cheveux. Son charme provenait de la force tranquille de ses traits, volontaires et confiants, de sa silhouette grande et svelte mais tout en muscle avec des courbes mises en valeur par le port des armures légères. Ses cheveux roux cendrés et joliment bouclés étaient retenus en arrière par un bandeau de soie noire et elle portait un pourpoint de cuir rouge à ses armes -double haches croisées cramoisies sur champ de sable-, ainsi qu’une jupe de cuir clouté du même rouge et des bottes bordées de fourrure de loup. Dans ses yeux émeraude on pouvait voir couver un feu alimenté par une grande intelligence et une ardeur guerrière sans fin. Son visage était barré d’une cicatrice qui partait du milieu de son front, mordait la racine du nez et s’achevait en haut de la pommette gauche -ses bras et ses jambes portaient également de tels stigmates, témoins d’une vie guerrière. Ses lèvres pleines étaient colorées de noir de même que ses yeux étaient soulignés de khôl, conférant une force certaine à son regard.
   Un mince sourire de prédateur étira ses lèvres lorsqu’elle vit le Chien. Celui craignit un instant qu’elle voulût le tuer, mais constata qu’elle n’avait pas ses armes fétiches -les fameuses haches.
   -Madame, s’inclina-t-il avec politesse. Votre visite m’honore. Veuillez pardonner ma grossièreté, mais n’ayant point vu vos gens au dehors je ne m’attendais pas à vous trouver ici.
   Feena s’installa un peu plus confortablement sur la paillasse, inclinant le buste en arrière en tendant les bras derrière elle et en croisant les jambes. Son sourire s’agrandit.
   -Je ne me lasserai jamais de t’écouter, Chien. Tu es bien le seul de cette foutue armée à savoir parler à une dame.
   -Madame, s’inclina le Chien. Puis-je vous être d’une quelconque utilité?
   -Je viens te prévenir.
   -Me prévenir?
   -Oui. Cet idiot de Julian t’a provoqué en duel à l’aube, avant que nous prenions la route.
   -Pourquoi cela? Je n’ai pas souvenance de lui avoir porté quelque préjudice…
   -Tu n’as rien fait, Chien. C’est moi.
   -Vous madame?
   -Oui. Ce balourd voulait partager ma couche. Je l’ai repoussé et lorsqu’il m’a demandé pourquoi, je lui ai dit que seul celui qui arriverait à te tuer en duel aurait l’honneur de pouvoir me prendre.
   Feena planta son regard dans celui du Chien. Ce dernier ne broncha pas et ne fit pas mine de s’émouvoir. Il se contenta d’incliner légèrement le buste.
   -Soit. Quelles sont les modalités de ce duel?
   -Combat à mort, les armes sont laissées au choix des combattants.
   -Bien. Veuillez dire à monsieur Julian que j’y serai.
   La femme se leva, les yeux brillants. Elle semblait apprécier la situation. Elle s’approcha du Chien, faisant mine de partir. Mais tout à coup elle propulsa son poing vers le visage de son interlocuteur. Celui-ci fit un pas sur le côté et saisit au vol le poignet de Feena. Il affichait toujours la même expression, calme et désintéressée. La chef du clan de Logre s’approcha de lui, son poignet toujours prisonnier, jusqu’à ce que leurs corps se touchent et leurs visages s’effleurent.
   -Ne me déçois pas, Chien, murmura-t-elle.
   Puis elle fit courir langoureusement sa langue le long de sa mâchoire et mordilla le lobe de son oreille avant de quitter la tente.
   Le Chien allait devoir tuer un homme. Il n’aimait pas prendre une vie sans raison, mais refuser un duel clanique signifierait passer pour un lâche et il ne pouvait pas se le permettre. Il ne se faisait guère de souci pour le combat en lui-même. Il ne connaissait pas le dénommé Julian, et s’il n’en avait pas entendu parler jusqu’à alors c’était qu’il ne devait pas être exceptionnel.
   Le camp était parfaitement réveillé à présent. On démontait les tentes, chargeait les chariots et les mules, éteignaient les feux. L’aube était déjà là. Le Chien saisit son écu et s’en équipa. Il l’avait fait adapté à son handicap en retirant la poignée de fer pour la remplacer par deux solides sangles en cuir ajustables. Il fixa le bouclier solidement sur son bras droit et prit son marteau de guerre de l’autre. Le laissant reposer contre son épaule, il sortit de sa tente et se dirigea vers le lieu du combat. Le mot avait du passer assez vite car une foule de curieux et de parieurs s’était déjà rassemblée. Le Chien aperçut son adversaire. Hurlebataille lui murmurait des choses à l’oreilles et l’homme souriait. C’était un Logre pur, il n’y avait aucun doute. De taille moyenne, puissamment bâti, les cheveux auburn et vêtu d’une armure de cuir cramoisie. Il avait dans les mains un paire de hachettes rutilantes qui semblaient parfaitement affûtées. Ses yeux verts se dardèrent sur le Chien avec un faim dévorante -mais le manchot savait que ce n’était pas la faim de tuer, mais la lubricité.
   C’était la deuxième fois que le Chien était provoqué en duel. La première remontait au début de la fédération, lorsqu’il était encore totalement valide et en un seul morceau. Un des premiers chefs à avoir plié le genou devant le sieur Link avait voulu lui disputer sa place de second. Le combat n’avait pas duré plus de deux minutes et depuis plus personne n’avait osé l’affronter. Mais les choses avaient changé. Il était manchot, et borgne à présent. Cependant il ne doutait pas de ses chances. Calmement, il pénétra dans le cercle humain et s’inclina devant Julian.
   -Je ne désire pas ce duel, dit-il, mais si vous souhaitez aller jusqu’au bout alors soit. Je suis prêt.
   L’homme ricana et l’arbitre déclara le début du combat. Le Logrien se mit à tourner autour de son adversaire, griffant l’air de ses hachettes dans le but d’impressionner le Chien. Celui-ci se contentait de pivoter sur lui-même pour garder Julian dans son champ de vision. Il ne désirait pas porter le premier coup. Julian ne tarda pas à se lasser, et dans un cri il se jeta sur son adversaire, les armes brandies. L’idiot frappa de haut en bas avec ses deux armes à la fois. Le Chien leva tranquillement son bouclier pour parer l’assaut, et tournoyant sur son pied d’appuie il porta un coup violent dans le genou gauche avec son marteau. L’articulation implosa dans un craquement qui fit grimacer le public. En criant comme un cochon à l’abattoir, le Logrien s’effondra en tenant sa jambe brisée. Le Chien écarta ses hachettes d’un coup de pied, puis sans cruauté il l’acheva en lui brisant l’arrière du crâne d’un nouveau coup précis.
   Un silence médusé s’abattit sur le campement. Sans s’émouvoir, le Chien essuya le sang qui avait giclé sur son visage avec le revers de sa manche et relevant son unique œil déclara à voix haute.
   -Nous partons dans une demi-heure.
   Conformément à la coutume, il récupéra les armes du vaincu et les glissa dans sa ceinture.
   Le voyage reprit. La colonne avalait les kilomètres à bon train. Tout autour ne s’étendait que la vaste et somptueuse plaine verdoyante d’Hyrule. On pouvait distinguer quelques hameaux à l’horizon, des bâtiments solitaires, parfois un bosquet d’arbres. Il aurait fallu voyager longtemps à l’Est ou à l’Ouest pour apercevoir un paysage différent. La plaine était le point central du pays. A l’orient s’étendait une vaste chaîne de montagnes volcaniques, le fief minier de la maison Dodongo, les Seigneurs du Péril dont les montagnes tiraient leur nom. Au pied de ces monts florissait la grande ville de Cocorico, et plus au sud poussait une forêt gigantesque et mystérieuse, territoire ancestrale de la famille Mojo. Des centaines et des centaines d’histoires et de rumeurs circulaient sur les profondeurs de ces bois, des histoires d’enfants enlevés par des fées et transformés en monstres, des contes sur des plantes parlantes et des temples en ruines. Enfin au sud de cette forêt la plaine s’étendait à nouveau jusqu’à la Grande Mer, et la Route Royale la traversait de part en part jusqu’au royaume voisin de Termina.
   A l’occident, plus au nord que la Cité d’Hyrule s’étendait une autre chaîne de montagne, plus vaste, plus haute, et perpétuellement enneigée. La fonte de ses glaciers à l’été provoquait de terribles torrents qui dévalaient les pentes glacées jusqu’à une vallée plus au sud ce qui avait donné naissance au gigantesque Lac Hylia, véritable réservoir d’eau du royaume. La famille Zora administrait ces terres, et du lac émergeaient de nombreuses rivières qui irriguaient littéralement la plaine et le royaume. La plus grosse d’entre elle avait creusé vers le sud une vallée au sein de terres rocailleuses et arides où le clan Gerudo avait élu domicile des siècles plutôt, donnant ainsi le nom de la vallée. Depuis le temps, ce clan avait été anobli par la Couronne et c’était maintenant le territoire de la famille Dragmir. Au-delà de la vallée, il n’y avait plus rien sinon un désert illimité où vivaient à ce qu’on disait les esprits des morts et des créatures terrifiantes.
   La Grande Mer bordait tout le sud du royaume et des ports avaient émergé le long de la côte au fil des décennies, mais seul Mercantîle avait su obtenir un statu international.
   L’armée remontait le long de la Route Royale, une longue route pavée et aménagée du temps des Hyliens qui parcourait l’ensemble de la Plaine et permettait de voyager relativement confortablement dans tout le royaume. Elle était assez large pour que quatre chariots avancent de front. Des ruines de tour de guet ou d’anciens fortins émaillaient le trajet, abandonnées depuis longtemps par la Couronne, car trop lointaines pour être entretenues et efficaces. De toute manière, la famille royale avait depuis longtemps perdu toute envie de reconquérir le sud de la Plaine, le territoire des clans.
   La plaine était bien assez vaste pour être partagée, et personne ne voulait se lancer dans une longue et pénible guerre afin de réclamer la suprématie de ces terres. Personne sauf le sieur Link. Personne ne savait vraiment d’où il venait, mais il avait accompli l’exploit en sept années de campagne à réunir sous sa bannière l’ensemble des clans. Sept longues années qui avaient paru interminables au Chien, même si lui-même n’avait été enrôlé qu’à partir de la seconde. A présent il aspirait à du repos et une retraite tranquille, et il espérait trouver tout cela à la Cité.
   Un après midi -une semaine avait passé environ depuis son duel contre Julian-, alors qu’il supervisait la construction du camp pour la nuit, un soldat vint le voir pour lui enjoindre de retrouver le sieur Link dans la tente de commandement. Il s’y rendit dans l’instant. En soulevant le rabat, il remarqua que l’état major au complet était réuni : Feena Hurlebataille, bien sûr, Colin le Reître, lieutenant officiel et ami d’enfance de Link, Fehnir, chef du clan des Têtes-jaunes, reconnaissable à son visage peinturluré, et d’autres menus chefs. Et bien entendu, le sieur Link lui-même.
   L’homme était assis sur un grand siège confortable derrière une table de campagne sur laquelle s’entassaient des cartes d’Hyrule. Même pour un homme il était facile de comprendre qu’il était d’une beauté à couper le souffle. Bien qu’âgé de plus de vingt-huit ans, ses traits fins et nobles gardaient une certaine candeur. Ses yeux étaient d’un bleu d’une pureté océane, mais où se lisait une grande autorité, une intelligence redoutable et une grande confiance. Sa souple chevelure blonde encadrait son visage en deux longues mèches, tandis que le reste disparaissait sous un curieux bonnet vert qui ne le quittait jamais. Ses oreilles étaient en pointe, attestant de son haut lignage Hylien. Il portait des vêtements du même vert que son blason : une tunique longue en civile, une armure de demi-plates vertes en bataille. Sa silhouette était plutôt petite, mais fine et musclée. On le devinait fort et vif, agile et dextre. Il était bon dans toutes les choses du combat, de la lance à l’épée, de l’arc aux fléchettes en passant par le bâton et la masse. Il se dégageait de lui un fort magnétisme et une sensation de puissance et d’autorité qui poussait les soldats à le suivre aveuglément et à se surpasser.
   Link releva les yeux vers son Chien, et ce dernier y lut du dégoût. De honte, il détourna le visage. Il savait qu’il était laid, et s’en désolait. Il ne voulait pas infliger à son maître de devoir subir une telle vision. Mis à part Colin, son ami, et Feena, dont il ne savait plus trop quoi penser, tous eurent un rictus de complaisance à son encontre. Il laissa coula, il n’y était que trop habitué.
   -Vous désiriez me voir, sire?, fit-il en s’inclinant.
   -En effet.
   La voix de Link était comme une mélodie. Claire, chantante, troublante, mais le Chien savait qu’elle pouvait être aussi incisive et tranchante qu’une lame affûtée.
   -Un messager à cheval est arrivé. Notre bon roi me demande expressément de chevaucher à bride abattue pour le rencontrer au plus tôt. Il me suggère de précéder l’armée, et précise qu’il a envoyé un contingent pour nous « escorter ».
   Les chefs de clan ricanèrent. Link ne leur accorda même pas un regard.
   -Et je vais m’empresser de suivre ce conseil avisé, conclut-il avec un petit sourire.
   Les chefs en eurent le souffle coupé. Avant qu’ils ne réagissent, le Chien anticipa l’ordre de son maître.
   -Dois-je rester pour assister le Lieutenant?
   -Non. Toi, tu viens avec moi. Colin aussi d’ailleurs. Fehnir, j’attends de toi que tu commandes l’armée en mon absence, mais pas en tant que Tête-Jaune mais bien en tant que mon suppléant. Si j’apprends que tu as été l’origine de troubles quelconques, tu en répondras devant moi, c’est clair?
   -Mon seigneur, s’inclina de mauvaise grâce l’intéressé.
   Tous les chefs de clan avaient ployé le genoux devant Link et tous respectaient sa force. Mais tous n’étaient pleinement satisfaits de la situation. Beaucoup étaient des hommes et femmes fiers et fougueux, qui supportaient assez mal leur nouveau statu de vassal.
   -Feena, tu viens aussi. Désigne une vingtaine des meilleurs hommes pour nous accompagner, reprit Link en se levant. Chien, assure toi qu’on nous prépare suffisamment de provisions et fait seller les meilleures montures. Je veux être parti dans deux heures. Rompez.
   Le Chien, Colin et tous les autres s’inclinèrent ou se tapèrent le poing sur le cœur et sortir sans échanger un mot. Lorsqu’Hurlebataille passa à côté du Chien, elle le bouscula brutalement de l’épaule mais ne se retourna pas.
   -Sacrée bonne femme celle-là, commenta Colin en observant d’un air rêveur le lascif balancement des fesses de la chef. Je crois que tu lui as tapé dans l’œil.
   -Si tu le dis, répondit le Chien en se détournant aussitôt.
   Il avait une mission à mener à bien.
   Sans trop savoir pourquoi, lorsque le petit groupe mené par Link en personne franchit le camp, et que la Plaine s’offrit à leur yeux dans toute son imposante splendeur, le Chien eut un mauvais pressentiment.
« Modifié: samedi 18 août 2012, 15:35:24 par Great Magician Samyël »

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La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
« Réponse #141 le: dimanche 02 mai 2010, 01:14:08 »
[align=center]II
-Kaepora-[/align]



   La Cité s’étendait sous lui, belle et blanche comme au premier jour. La foule insouciante vaquait à ses occupations ; des volutes paresseux de fumée blanche voletaient hors des cheminées et des forges ; l’éclat presque aveuglant de ce soleil de début de printemps se reflétait sur les vitres des maisons et des auberges ; le vent léger et divinement rafraîchissant s’infiltrait sous les toits d’ardoises en sifflant une ballade. Il ne se lassait jamais de survoler son foyer, de le contempler dans toute sa splendeur.
   Il rabattit ses ailes et se laissa tomber de plusieurs dizaines de mètres, vers les toits. Il venait d’apercevoir un rat blanc se faufilant sur les arrêtes des toits, et son estomac grondait. Silencieux comme la mort, il se laissa choir sur lui, et le captura dans ses serres. Il ne lui laissa pas le temps de souffrir, et tout en mangeant gardait un œil sur les passants en contrebas. Trois semaines avaient passé déjà depuis la cérémonie de la Grâce, mais l’humeur et le moral du peuple restaient au beau fixe. Il aimait bien cela.
   Repu, il reprit son envol, se laissant guider par les courants ascendants, planant langoureusement au dessus des girouettes. L’auberge de Marine semblait pleine à craquer -il pouvait entendre des rires et de la musique. Le Barda de Balder était victime de son succès ; une longue queue s’étirait devant ses portes. Une foule commençait à s’amasser sur le parvis du Temple du Temps pour l’office de l’après-midi -le père Reynald était chargé de l’accueil des prieurs. Tout respirait la vie et l’allégresse.
   Il bifurqua vers le nord et survola quelques minutes plus tard les magnifiques jardins extérieurs. Les ravages qu’avait causé la cérémonie de la Grâce avaient déjà été rattrapés par le maître jardinier, et la pelouse croissait, grasse et bien verte. Les allées ombragées s’engouffraient dans de somptueux labyrinthes floraux, de vastes parterres colorés attendaient les piqueniqueurs et les lecteurs, des bancs de marbre finement ouvragés accueillaient toute sorte d’intellectuels en quête d’un lieux calme où réfléchir. Les demoiselles marchaient bras dessus bras dessous, s’échangeant à voix basse des ragots et des rumeurs croustillants sur la Cour et en pouffaient de rire.
   Il aperçut le court Lord Dumor en pleine partie d’échec avec le beau Lord Dorf. Ceux-ci étaient deux exacts opposés,  il s’étonnait donc de les trouver là partageant un jeu. Un peu plus loin, sous les peupliers qui ombrageaient généreusement la petite mare, une prestigieuse assemblée s’amusait calmement, profitant du beau temps. Lord Darunia, ses trois fils Ser Sedrik, Ser Goro et Ser Allister et son frère Lord Darmani, Lady Ruto, Lady Saria, la fille de Lord Dumor et son frère Ser Mido, la reine Ishtar et ses enfants, la Princesse Zelda et le Prince Nohansen, étaient assis, allongés ou debout dans l’herbe fraîche et la Princesse semblait donner de sa splendide voix? accompagnée sur un air joué par Lady Saria et Lady Ruto. Il avisa au dernier moment, en dépassant les peupliers, l’énigmatique Tarquin, adossé à un arbre un peu à l’écart.
   Battant des ailes, il s’éleva au dessus des flèches du château, et craignit un instant que les gardes de faction ne tentassent de l’abattre. Mais aucun n’en fit rien, et il s’éloigna promptement de peur qu’ils ne changeassent d’avis. Son regard se porta sur l’imposante silhouette du Volcan du Péril, loin à l’Est, dont le sommet creux était auréolé d’un impressionnant rond de nuage gris. Tournoyant sur lui-même, il retourna vers la Cité, appréciant le vent caressant son plumage. Il adorait la sensation de voler, cette liberté qu’il ne pouvait avoir au sol. Avec un certain regret, il se laissa porter par les courants vers le gigantesque bâtiment de pierre blanche à l’ouest de la ville.
   Le Consortium Aedeptus. Il avait un jour aimé sincèrement son architecture de temple, avec ses hautes colonnades, ses cours ouvertes, ses cloîtres et ses longs couloirs, les fenêtres sans vitrages, les sculptures qui ornaient son front et ses flancs, ses textes en vieil Hylien gravé dans la pierre. Oui, il l’avait aimé. Mais à présent, le Collegium de magie ne lui évoquait rien de plus qu’une prison. Il piqua légèrement vers l’une des fenêtres située le plus haut, et atterrit en s’aidant de ses ailes sur le rebord de pierre. Ses yeux semblables à deux perles noires scrutèrent l’intérieur de la chambre, vaste mais austère. De nombreuses bibliothèques s’alignaient le long des murs nus, et des tables d’expérimentation jonchées de grimoires, de matériel alchimique, de composants et d’ingrédients occupaient le reste. On se demandait comment l’occupant des lieux avait réussi l’exploit de trouver un peu de place pour un grand lit confortable mais sobre. Le seul ornement visible était un impressionnant tapis recouvrant le sol de pierre froide, représentant la carte de l’Hyrule des Hyliens -autant dire une relique. Sur ce même tapis, un vieil homme doté d’un fort embonpoint se tenait assis, les jambes croisées et le dos des mains posées sur les genoux. Il fermait les yeux et semblait être dans une sorte de transe. Son visage rond et chauve inspirait tout de suite la sympathie et la confiance, jusqu’à sa longue barbe hirsute. Se peau était toute fripée et ridées, mais c’étaient les rides du rire qui se voyaient le plus. Il était vêtu d’une sobre robe brune, sur laquelle on avait discrètement cousu des motifs complexes.
   Il l’observa un court instant… et soudain il contemplait un gros hibou marron. L’animal poussa un piaillement et s’agita sur le rebord de la fenêtre. Il semblait légèrement confus. Avec un soupir, Kaepora se releva péniblement. Il avait un besoin certain d’exercice. Il avança vers l’oiseau en tendant le bras et celui-ci y sauta sans se poser de question.
   -Mon brave Gaebora, fit le vieil homme en caressant affectueusement son familier, je ne te remercierais sans doute jamais assez pour ces moments que tu me fais vivre.
   Il le déposa sur son perchoir favoris, sa plus vieille bibliothèque. Aussitôt l’oiseau de nuit entreprit de s’endormir, manifestement satisfait. On frappa à sa porte.
   -Maître Kaepora!, fit la voix étouffée de la jeune Médolie.
   -C’est ouvert mon enfant.
   La porte s’ouvrit sur une jeune fille d’une quinzaine d’années. Son visage assez mignon au nez faisant penser au bec d’un oiseau était rouge d’avoir couru à travers les couloirs. Ses longs cheveux châtains étaient attachés en queue de cheval et elle portait la robe des apprentis.
   -Et bien, qu’est-ce qui te tracasse tellement que tu t’es mise dans cet état là?, demanda Kaepora avec son doux sourire.
   -C’est… commença Médolie en cherchant son souffle. C’est l’archi-maître Exelo qui m’envoie vous chercher. Vous… Vous êtes attendu pour une session extraordinaire… du conseil des maîtres.
   Le vieil homme poussa un soupir à fendre l’âme, et la jeune fille lui adressa un petit sourire gêné.
   -Bien, je te remercie. Je m’y rends de ce pas.
   Le conseil des maîtres, qui se tenait d’ordinaire une fois par mois, se réunissait dans un salle spéciale dont l’accès n’était connu que des maîtres eux-mêmes. En y pénétrant, Kaepora avisa qu’il était, comme de coutume récemment, le dernier. Les maîtres prenaient place dans de confortables fauteuils à haut dossier autour d’une vaste table en bois ouvragé. Tous les plus grands jeteurs de sorts, ensorceleurs, enchanteurs, magiciens, mages et thaumaturges du royaume étaient là : L’archi-maître Exelo dont l’âge avancé tenait de la légende, Agahnim le Sombre, Premier Conseiller du Royaume, Vaati le Beau, Xanto le Facétieux dont le visage caché derrière un masque en fer de démon grimaçant n’avait jamais été aperçu, et le sage Sahasrahla. Parmi tous ses pairs, il n’y avait guère que Sahasrahla qu’il appréciait. Les autres n’étaient que des arrogants, des opportunistes, des comploteurs, des sournois.
   Tandis qu’il prenait sa place sans un mot entre Vaati et Agahnim, il sentait leurs regards qui pesaient sur lui. S’il n’avait pas tant aimé ses jeunes élèves et l’enseignement, il y aurait eu longtemps qu’il se serait échappé. Kaepora détestait le Consortium Aedeptus, du moins ce qu’il était devenu, et les hommes qui en étaient la cause.
   -Comment se porte votre stupide volatile?, lui demanda Vaati en tordant sa jolie bouche d’un sourire sardonique. Je me demande toujours comme il peut porter son propre poids. Il est aussi empâté que son maître.
   Vaati, dit le Beau à cause de son visage androgyne pâle aux cheveux blanc et aux lèvres carmins, était le pire du lot. Trop vaniteux, il prenait un plaisir malsain à humilier les autres dès que l’occasion se présentait. Et il était inutile d’essayer de laver l’affront par le duel : c’était le but de l’animal. Sa puissance n’avait d’égal que celle d’Aghanim, et nombreux furent ceux à périr en essayant de lui faire ravaler son orgueil. Kaepora avait ainsi assisté à la mise à mort de plusieurs de ses vieux amis et élèves adorés. Pour une raison inconnue, il semblait être sous la pleine protection de l’archi-maître. Kaepora avait résolu depuis longtemps de l’ignorer. Ce qu’il fit.
   -Bien que nous ne pouvons nier totalement ce fait, intervint Agahnim, nous ne sommes pas ici pour parler d’oiseaux.
   Agahnim était un mage respectable la plupart du temps. Appelé le Sombre non pas en raison d’un éventuel penchant pour la magie noire mais parce qu’il parlait peu et se faisait souvent discret ; il semblait tirer moins de fierté de sa magie et plus de sagesse. Il était assez grand et puissamment bâti. La majeure partie de son visage était dissimulée par une espèce de capuche rouge retenue autour du crâne par un tiare d’or ceint d’un triangle sur le front. Il s’habillait la plupart du temps d’une robe de mage rouge vif avec des motifs brodés au fil d’or symbolisant des flammes et il se chaussait de babouches du même rouge. Ses doigts épais étaient ornés de bagues diverses en argent ou en or. Enfin il arborait sur son torse un étrange emblème : on aurait dit l’emblème du Sheikah, mais celui-ci était bleu et ne pleurait pas de larme. Au lieu de cela, deux ensembles de trois triangles le flanquaient en haut et en bas, figurant, selon Kaepora, des cils.
   -De quoi parlerons-nous, en ce cas? Fit Sahasrahla en caressant sa longue barbe d’une main distraite.
   Le maître Sahasrahla avait l’apparence typique du magicien des contes. Presque centenaire, son visage n’était plus qu’un entrelacs de rides et de chaires flasques, bien que ses yeux gris restaient illuminées d’une redoutable intelligence et d’une vivacité surprenante sous ses épais sourcils gris. Les cheveux avaient depuis longtemps déserté le sommet de son crâne pour venir semblait-il se réfugier dans sa barbe emblématique dont il se faisait une ceinture. Petit et voûté, il se cachait sous une ample toge rouge sans ornement, le même rouge que la tenue d’Agahnim qui fut autrefois son élève préféré. Sahasrahla était un petit bonhomme plein d’intelligence et de sagesse, et Kaepora qui le connaissait bien n’aurait jamais pu s’imaginer la présence de la moindre once de malignité en lui.
   Xanto poussa un hurlement de rire aussi bref qu’inattendu. Il n’y avait pas grand-chose à dire sur Xanto, car personne ne savait qui il était -ou ce qu’il était. Il était grand dans des proportions presque ridicules et dissimulait son visage sous un massif masque de fer figurant une tête de démon tirant la langue. Il s’habillait de vêtements amples aux manches longues, toujours noirs, et qui suivaient parfaitement sa démarche de danseur. Xanto ne disait presque jamais rien de censé ou de cohérent, mais il s’avérait être extrêmement doué pour la magie ce qui lui avait valu sa place de maître. Kaepora ne le supportait pas, probablement parce qu’il le trouvait un peu terrifiant. Son surnom de Facétieux lui venait de sa manie de pousser régulièrement des rires tonitruants et brefs, souvent dans les moments les plus inattendus.
   -Nous parlerons, répondit Exelo sans prêter attention à l’intervention de Xanto, de l’arrivée prochaine de ce prétendu… Héros.
   Exelo était une énigme, une insulte vivante jetée à la face du temps. Âgé de plus de cent cinquante ans d’après la rumeur, il n’en avait que quarante d’aspect. Ses traits étaient durs et sérieux, ses yeux deux puits bleus de connaissance pure. Il arborait une moustache fine et tombante du même blanc que ses cheveux soigneusement coiffés en arrière. Son vêtement traditionnel était une robe légère jaune d’or agrémentée d’une ceinture écarlate. L’air autour de lui était chargé d’énergie et il exsudait de sa silhouette fine une terrifiante impression de force. Kaepora l’avait connu dans sa jeunesse comme quelqu’un de gentil et patient, mais au fil des ans l’archi-maître était devenu colérique, intolérant, recherchant sans cesse une certaine élite dont doter son entourage. Cela expliquait peut être la protection qu’il accordait à Vaati.
   -Je ne vois pas pourquoi tout le monde en fait un tel événement, déclara ce dernier en passant une main négligente dans sa fine chevelure. Je veux dire… Ce n’est qu’un bouseux qui sort de sa brousse.
   -Un bouseux qui s’essuiera bientôt les bottes sur les marches du trône, rétorqua Exelo en lissant ses moustaches.
   Vaati haussa les épaules, un petit sourire aux lèvres.
   -Et alors? Je persiste à dire que cela ne change rien. Nous ne rendons déjà pas de compte à ce vieillard de Salomon, alors pourquoi en rendrions nous à un barbare décérébré?
   -On dit l’homme puissant et ambitieux, intervint Agahnim. Il pourrait vouloir se mêler de nos affaires.
   -Quand bien même, nous n’aurons qu’à le dissuader de vouloir en apprendre plus. Ce n’est pas comme si nous ne l’avions jamais fait…
   Kaepora ne prononça pas une seule parole durant toute la durée du Conseil, et on ne le sollicita pas non plus. En son temps, le conseil s’occupait de résoudre les problèmes internes du Collegium, les altercations entre élèves, le coût d’éventuelles rénovations ou de l’organisation d’un événement particulier. Mais depuis quelques décennies, on n’y traitait plus que d’affaires politiques sordides, de la façon de garder la mainmise sur le marché de la magie et des « gêneurs » à « dissuader ». Tout cela rendait le doux maître malade, mais il ne pouvait rien y faire. Même le sage Sahasrahla était entré dans le cercle, contre son gré très certainement, et quoique Kaepora eut pu dire n’aurait rien changé à la situation. Il savait d’ailleurs pertinemment qu’il ne faisait plus partie des projets du Consortium, et que sa présence n’était plus requise que par respect du protocole.
   Les conspirateurs ne craignaient pas qu’il allât révéler quoique ce fut à quiconque. Quel intérêt aurait-il eu à faire cela? Aucun, si ce n’était celui de se mettre en danger. Non, il était plus avisé de fermer les yeux et de se concentrer sur l’enseignement.
   Malgré tout, il avait un curieux pressentiment.

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La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
« Réponse #142 le: mardi 04 mai 2010, 19:23:57 »
[align=center]III
-Malon-[/align]

   -Vous ne comprenez pas, cria Zelda, les yeux rougis de pleurs refoulés, il est intolérable que je me présente à mon futur époux habillée comme la pire des souillons, et ce minable tailleur se moque de moi! Je lui avais pourtant bien dit que je voulais des diamants, et pourtant il a mis des perles! Des perles!
   La jeune princesse arpentait la pièce d’un pas rageur, sa robe de satin bleu trainant derrière elle comme la queue d’un serpent. Ses magnifiques yeux azurs exprimaient à la fois une colère noire et un désespoir insupportable. L’objet de son ire était allongé sur le lit, une magnifique pièce en soie blanche, finement travaillée, coupée à la perfection, savamment décorée de perles blanches iridescentes.
   Une robe qui avait dû coûté une fortune, songea Malon, et qui pourtant ne serait jamais portée à cause de malheureuses perles.
   Son père avait beau avoir été anobli quelques années auparavant, elle ne pouvait s’empêcher de se soucier des choses de l’argent. Et voir un tel gâchis lui serrait le cœur. Cependant, en tant que simple courtisane, elle ne souffla mot et se contenta de continuer son ouvrage de broderie, la tête consciencieusement baissée. Croiser le regard de la princesse à ce moment là aurait été une erreur. La princesse cherchait quelque chose ou quelqu’un sur lequel canaliser sa rage, et malgré sa faible corpulence, ses gifles étaient cuisantes.
   Malon en savait quelque chose.
   -Je ne vois pas où est le problème, déclara la jeune Lady Saria en s’approchant de la fameuse robe. Ces perles seront du plus bel effet sur son Altesse.
   Zelda s’arrêta dans son mouvement et tourna le regard  vers l’impudente. Sa bouche s’ouvrit plusieurs fois, les lèvres tremblantes, comme cherchant les mots qui allaient la franchir. Finalement elle explosa :
   -Ces perles seront du plus bel effet, dites vous? Petite idiote! Qu’en savez-vous, vous, de ce qui est du plus bel effet? Peut être aimez vous vous vêtir de guenilles, mais cela n’est pas le cas de tout le monde!
   -Je ne voulais pas offenser son Altesse, s’inclina Lady Saria sans se démonter, mais il serait dommage de gâcher une si belle robe.
   Malon acquiesça en son for. Elle aimait bien Lady Saria. Elle n’avait que onze ans, mais elle était déjà d’une telle maturité! Elle était vive, et drôle, et tout le temps enjouée! D’une si charmante compagnie! Elle au moins n’avait cure de salir ses atours dans les jeux, ou de se crotter en s’écartant un peu du sentier équestre pour admirer un paysage. Et puis elle était douce et gentille avec ses gens. Malon aurait tellement été contente d’être sa suivante!
   -Une si belle robe?, répéta bêtement le princesse. J’aurais honte de vêtir ma bonne avec ça. Regardez moi cette coupe grossière, ce tissu rêche. Une véritable désolation.
   -Allons, Zelda, ne faites pas l’enfant, intervint la reine Ishtar. Cette robe vous va à ravir et ce n’est pas quelques malheureuses perles qui y changeront quelque chose. Vous la porterez un point c’est tout, et il n’y a rien à discuter.
   La mère et la fille s’affrontèrent du regard, et une tension presque palpable envahit soudain la chambre princière. L’orage n’allait pas tarder à éclater. Malon remarqua que la princesse serrait les poings de rage, que ses lèvres tremblaient et que son visage avait pâli. Les signes avant-coureurs d’une vive colère. Il n’allait pas faire bon être dans les parages.
   -Sortez…, souffla-t-elle soudain. Sortez, toutes les deux.
   -Princesse, je… voulut intervenir Lady Saria mais Ishtar la coupa aussitôt.
   -Faites ce qu’elle dit.
   Lady Saria fit une révérence pleine de grâce, et fit signe à Malon de la suivre. La jeune femme s’exécuta sans rechigner, saluant sa maîtresse et sa reine d’une rapide courbette et referma la porte derrière elle. Aussitôt on entendit les éclats de voix de la princesse qui hurlait.
   -Venez, dit Saria en lui prenant la main, éloignons nous.
   Elles longèrent en silence les fastueux couloirs de l’aile résidentielle, croisant une multitude de serviteurs, journaliers, artisans et nobles affairés à préparer le Château en vue de l’arrivée imminente du Héros. Malon suivait la petite silhouette enfantine aux cheveux verts sans rien dire. Elle était heureuse d’avoir pu échapper à la dispute entre la princesse et sa mère la reine. Leur relation s’était tendue dernièrement, et ce genre d’événements n’était hélas plus si rare. La courtisane était triste pour la reine. Elle était tellement malade, et elle devait supporter d’affronter sa petite effrontée de fille.
   Malon ne pouvait s’empêcher d’haïr sa maîtresse. C’était une petite fille trop gâtée, imbue d’elle-même, méprisante, colérique et violente. Instinctivement, elle se frotta le bras droit, là où elle l’avait frappée avec un chandelier en bronze une semaine plutôt. Par les Déesses, elle n’avait pas réussi à lui fracturer les os, mais un gros hématome violacée lui ornait dorénavant le bras. Elle espérait que lorsqu’elle épouserait le sieur Link, elle ne se soucierait plus d’elle, ou alors qu’elle l’enverrait auprès de Lady Saria, ou de Lady Ruto. Ce serait tellement merveilleux!
   Perdue dans ses pensées, elle ne se rendit compte de l’arrêt soudain de Lady Saria qu’au dernier moment et eut toutes les peines du monde à ne pas la percuter. Elles étaient devant les appartement de la jeune fille.
   -Malon, fit Saria d’un air embarrassé. Tu devrais attendre un peu avant de retourner auprès de ta maîtresse… Ce sera sans doute mieux ainsi.
   Malon n’avait pas besoin d’en entendre plus pour comprendre. Elle fit une courbette avant de répondre.
   -Madame est trop bonne.
   Elles échangèrent un sourire gêné, puis Saria disparut derrière la porte de ses quartiers. Ne sachant trop que faire pour occuper son temps, Malon entreprit de dénicher son père. Les leçons d’escrime avaient lieu dans la matinée, et Ser Talon aimait à paresser dans l’après-midi. Il devait certainement flâner quelque part entre les cuisines et les jardins.
   Malon quitta l’aile résidentielle. Le chemin le plus court pour arriver aux cuisines passait par la grande bibliothèque.  Bien qu’elle ne sût pas lire, elle appréciait la sérénité du lieu, son immensité et son odeur de vieux parchemin et de cuir tanné. Il n’y avait d’ordinaire jamais beaucoup de lecteurs, car la Cour n’accueillait pas énormément d’érudits, et que la bibliothèque royale était moins fournie et plus difficile d’accès pour les gens du commun que celle du Consortium Aedeptus.
   C’était le cas ce jour là. Il n’y avait pas un chat. Malon se hâta, mais arrivée au milieu des rayonnages, elle s’aperçut soudain qu’elle n’était pas seule. Une petite silhouette verte était assise à une table d’étude, une courte pile d’ouvrages à son côté. Elle lui tournait le dos mais Malon n’eut aucun mal à l’identifier, par l’emblème de sa maison -l’émeraude ceinturé d’or sur champ sinople-, sa caractéristique chevelure jaune-verte et l’étui à violon qui reposait sur le sol non loin de lui. Il ne faisait aucun bruit, et semblait totalement absorbé dans sa lecture…
   Ce qui était impossible puisque Fado le Faiseur de Vents était aveugle.
   Que pouvait bien fiche ici le conseiller personnel de Lord Dumor? Malon l’avait toujours trouvé un peu effrayant, avec ses yeux fermés qui semblaient pourtant tout voir, et son éternel petit sourire candide. Et puis c’était un magicien, et elle savait bien qu’il fallait rester loin de ces gens là. Le cœur battant, elle résolut de le contourner. Faisant demi tour, elle prit grand soin de ne faire aucun bruit. Elle était presque parvenue à la porte, quand une voix derrière elle la fit sursauter.
   -Chercherait-on à m’éviter, jeune fille? Ce ne serait guère poli…
   Il se tenait assis sur le deuxième rayon d’une des échelles du bibliothécaire. Il avait callé son étrange violon dans le creux de son cou et pinçait les cordes comme pour l’accorder. Malon, rougissant de honte, s’empressa de faire une courbette.
   -Monseigneur semblait très occupé, je… je ne voulais pas le déranger.
   Le sourire immuable de Fado s’agrandit un peu.
   -Bien sûr. Il eut été grossier de déranger un aveugle dans une séance de lecture. Votre éducation vous honore, mademoiselle.
   Malon aurait voulu disparaître dans le sol. Elle se faisait l’impression d’être une vraie idiote! Fado était à peine plus grand qu’elle, mais en comparaison elle se sentait minuscule.
   -Je…, voulut-elle s’expliquer mais aucune phrase intelligente ne lui vint.
   -Allons, ne vous tracassez pas pour si peu. Je vous faisais marcher. J’ai hélas l’habitude de faire fuir mes contemporains. Vous comprenez, un aveugle n’est jamais de très plaisante compagnie…
   Il prit son archet de sa main libre et le posa sur les cordes sans pour autant le faire glisser. Il semblait attendre une réponse.
   -Je… heu… A moi, vous m’êtes d’une très agréable compagnie, monseigneur.
   Fado eut un petit rire sincère.
   -Approchez, dans ce cas.
   -Mon… Monseigneur?
   -Allons, n’ayez pas peur.
   Peu rassurée, Malon s’exécuta. Fado dégageait une étrange odeur de plantes et de fleurs, qui calma la jeune femme d’une façon qu’elle ne s’expliquait pas. Lorsqu’elle jugea être suffisamment près, elle se stoppa.
   -Penchez vous.
   Elle se demanda ce qu’il comptait bien faire, mais obéit tout de même. Son rang ne lui permettait pas de faire autrement. Il tendit une main vers elle, et elle ferma les yeux en se contractant. Alors voilà, il voulait simplement la toucher… Il n’était pas différent des autres. Pendant une courte seconde, elle en fut curieusement déçue.
   Mais si Fado la toucha effectivement, ce n’était cependant pas de la façon dont elle s’y attendait. Sa main rendue calleuse par la pratique de l’instrument effleura délicatement les contours de son visage. Elle comprit tout à coup : il voulait simplement la visualiser! Elle eut un soupir de soulagement et se calma.
   Au bout d’un certain temps, Fado retira sa main et commenta :
   -Vous êtes d’une grande beauté, mademoiselle.
   Ne s’attendant pas le moins du monde à un compliment, Malon en resta un moment éberluée.
   -Je… Monseigneur est trop bon avec moi.
    -Non, je le pense sincèrement. Comment vous appelez vous, chère enfant?
   -Malon, monseigneur.
   -Ha! La fille de Ser Talon.
   -Pour vous servir, monseigneur.
   -On m’avait déjà vanté votre beauté, et maintenant que j’ai eu l’occasion de la constater de moi-même je ne peux le nier.
   Il dut sentir que l’écarlate sur les joues de Malon s’accentuait car il eut un autre petit rire.
   -Vous devriez probablement filer à présent, Malon fille de Talon.
   La jeune fille était parfaitement d’accord avec cela. Elle commençait à trouver la discussion gênante et trop étrange. Fado se releva, rangea son violon et entreprit de retourner à ses livres. Malon le regarda, et lorsqu’il disparut au détour d’un rayonnage, elle entendit sa voix raisonner dans la bibliothèque.
   -Et prenez garde à l’Ombre.
   Malon ne revit plus Fado durant plusieurs jours et elle s’en félicita. Elle apprit de la bouche de sa maîtresse (qui avait finalement décidé de garder la robe aux perles) que le Héros n’était plus qu’à trois jours de chevauchée du Château. La ville était en effervescence. Des centaines de villageois décoraient les rues avec des banderoles colorées, les maîtres artisans s’acharnaient jour et nuit afin de produire la meilleure marchandise possible à proposer au Héros et ses fidèles soldats, la Guilde des alchimiste avait été chargée de créer le plus beau feu d’artifice jamais vu… Rien n’était laissé au hasard. Par ordre du roi, il fallait absolument que tout soit parfait.
   Malon aurait aimé pouvoir se joindre aux préparatifs, mais elle était forcée de rester avec sa maîtresse, en sa qualité de courtisane. Depuis l’épisode de la robe, elle n’avait plus eu l’occasion de revoir Lady Saria. Alors, pendant que Zelda passait ses journées à essayer atour sur atour, bijou sur bijou, la jeune femme se laissait aller à une douce rêverie à propos du Héros. On le disait beau comme le jour, fort comme mille et précis comme la foudre. Partout on vantait ses prouesses et sa légende ne cessait de croître, toujours plus folle, toujours plus alléchante.
   Mais il y avait un autre homme dont on racontait les exploits, un homme caché dans l’ombre du Héros. On disait de lui qu’il était cruel comme un bourreau, laid comme un monstre, et fort comme un bœuf. Certains allaient jusqu’à dire qu’il n’était qu’un ogre que le Héros avait miséricordieusement épargné, et que depuis il le suivait partout et accomplissait toutes ses volontés. C’est pourquoi on l’appelait le Chien. Un homme qui avait voué sa complète existence au service d’un autre.
   Malon avait entendu le Prince Nohansen en parler avec une voix fébrile d’excitation. Elle ne comprenait pas pourquoi, si c’était vraiment le monstre qu’on décrivait? Quoiqu’il en fût, Malon espérait trouver parmi les suivants du Héros un beau soldat à épouser, qui l’emmènerait loin de cette vie et de cette maîtresse…
   -… Malon! Par les déesses, es-tu vraiment aussi stupide que tu en as l’air? Cria Zelda.
   Elle était penchée sur Malon, écarlate de colère. La jeune femme eut soudain peur. Perdue dans ses pensées, elle n’avait pas entendu la Princesse lui parler. Que lui avait-elle demandé?
   -Votre Altesse je…, commença-t-elle, et dans sa précipitation elle fit tomber son ouvrage de broderie de ses genoux.
   -Par les Déesses! Mais qui m’a fichue une idiote pareille?
   La gifle qu’asséna la Princesse à sa suivante envoya cette dernière au sol, la joue cuisante et les larmes aux yeux.
   -Dehors! Tu m’insupportes!
   Malon se releva précipitamment, fit une courbette en hâte et, la tête baissée, sortit. Elle courut au hasard le long des grands couloirs, les larmes brûlantes ruisselant sur son visage silencieux. Elle ne voulait plus de cette vie. Elle voulait redevenir une simple femme du peuple. Cette existence là était plus difficile, mais au moins vivait-elle heureuse alors. Personne ne la frappait à longueur de journée en la traitant d’idiote…
   … Toute éperdue qu’elle était, elle ne vit pas la haute silhouette avant de la percuter. Deux mains puissantes l’attrapèrent par les épaules, la sauvant d’une chute certaine. Relevant les yeux en bredouillant une excuse, elle se figea de peur en apercevant l’œil sanglant brodé sur le torse de l’homme.
   -Un problème, jeune fille?, demanda Tarquin Qu’un-Œil en la dévisageant, un trait soucieux barrant son front.
   On racontait toute sorte de chose sur Tarquin, le maître du légendaire Sheikah. Mais aucune n’était rassurante. On disait qu’on ne pouvait apercevoir cet homme qu’à deux moments : au cours d’un banquet officiel, ou à l’heure de mourir. Malon eut soudain peur que la Princesse n’ait demandé qu’on l’exécute pour son incompétence.  
   Baissant vivement la tête, elle répondit d’une voix tendue et trop rapide.
   -Pardonnez ma maladresse mon seigneur, j’étais… confuse.
   -Confuse? Quelque chose s’est passé?
   Il ne semblait pas vouloir la lâcher. Elle commença à trembler, malgré ses efforts pour arrêter.
   -Non mon seigneur, rien ne s’est passé, rien du tout. C’est juste que je pensais au sieur Link, à tous ces gens qui arriveront bientôt… Cela risque d’être grandiose, n’est-ce pas?
   -Oui, très certainement. Et maintenant, si tu me parlais de la vraie raison?
   Elle se glaça. Que voulait-il dire?
   -La… La vraie raison, mon seigneur?
   -Je ne sais pas ce que tu as entendu à mon sujet, jeune Malon, mais tu n’as pas à être effrayée. Je sais comment te traite la Princesse.
   Abasourdie, elle releva les yeux. Le visage de Tarquin était dérangeant, mais elle se fit violence pour le regarder dans l’œil. Elle y eut lu, à son grand étonnement, de la compassion.
   -Et si je peux te faire une confidence, elle a véritablement besoin que quelqu’un la remette à sa place.
   Il lui fit un clin d’œil, et malgré elle, malgré la peur qu’il lui insufflait, elle eut un petit rire. Il la lâcha.
   -Tu ne devrais pas courir comme ça dans les couloirs ça peut être dangereux.
   -Pardonnez moi, mon seigneur. Je ne le ferai plus.
   -Je le sais. Enfin, le plus important c’est que je t’ai enfin trouvée.
   -Vous… Vous me cherchiez, mon seigneur?
   -Tout à fait…
   L’Œil unique de Tarquin la dévisagea un long moment. Les larmes de la jeune fille recommencèrent à couler. Elle était tétanisée.
   -Vous… Vous allez me tuer?, demanda-t-elle d’une toute petite voix.
   La question dut prendre le Sheikah au dépourvu, car ses sourcils se soulevèrent en signe d’étonnement.
   -Te tuer? Quelle drôle d’idée!
   -Mais… Ce n’est pas… Ce n’est pas la Princesse qui vous envoie pour…
   -Ha! Je comprends maintenant. Non, non, rien de cela, tu n’as rien à craindre. Je n’ai aucun ordre à recevoir de la Princesse, et le bon roi Salomon ne tolérerait jamais un acte aussi odieux. Non, je te cherchais car je compte t’assigner ailleurs. Il n’y a que trop longtemps que tu as à subir les colères de la Princesse.
   Malon n’en  croyait pas ses oreilles. Avait-elle bien entendu? Cela pouvait-il être vrai, ou n’était -ce que son imagination qui lui jouait un tour?
   -Vous voulez dire que vous m’envoyez auprès de Lady Saria?
   -Non point.
   -De Lady Ruto, peut être?
   -Non plus.
   Tarquin secoua la tête.
   -Non, maître Baelon et moi avons d’autres projets pour toi, jeune Malon.
   Le vieil homme borgne eut un énigmatique sourire.

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La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
« Réponse #143 le: samedi 08 mai 2010, 12:38:43 »
Record personnel battu!

____________

[align=center]IV
-Le Chien-[/align]


   -Il a beau être le plus laid des animaux, je veux que mon Chien n’en soit pas moins présentable, avait dit Link en laissant tomber un paquet de vêtements propres aux pieds de son lieutenant officieux.  Ton odeur est infecte, va te laver à la rivière. Et coupe moi cette horrible tignasse pouilleuse, le chien d’un roi doit avoir le poil soigné.
   Ainsi le Chien revint-il au campement rasé de frais, ses cheveux noirs de jais dégoulinants d’eau et amputés de la moitié de leur longueur, les laissant reposer sur ses épaules. Les massives silhouettes de la Cité et de la Citadelle d’Hyrule les toisaient dans le noir de la nuit, leurs faces titanesques illuminées des feux de garde disposés le long des murailles. Le Chien n’avait jamais rien vu d’aussi beau et d‘aussi gigantesque, ayant vécu la majeure partie de sa vie sur la Plaine. Il était fourbu, physiquement las, il n’aspirait plus qu’à du repos, beaucoup de repos, et cela n’était plus qu’à une petite journée de marche. Ils auraient pu y être cette nuit là, mais Link avait préféré retarder leur arrivée d’un jour afin de pénétrer dans la Cité à midi pile.
   Le Chien comprenait, cela accentuerait son triomphe : toute la foule rassemblée pour acclamer son Héros illuminé par le soleil de la mi-journée. Cependant la chaleur risquait d’être vite incommodante sous les armures de cérémonie qu’avait faites faire le Héros.
   -Je vais te dire un truc moi, mon pote, fit Colin alors que le Chien s’installait près du feu pour prendre son tour de garde avec le lieutenant officiel. Tu vois ce gros truc là-bas? Ce machin avec des tours et tout le bazar? Et bien écoute moi bien : c’est un putain de nid à donzelles! On va pouvoir s’en foutre jusque là, yen a pour tous les goûts, toutes les envies! Le paradis, mon gars.
   -Si tu le dis.
   -Hé, tu sais ce qui va pas avec toi? C’est que t’es un foutu rabat-joie. Tu souris jamais!
   -Sourire me fait mal.
   -Ha… Ouais, pardon.
   -Ce n’est pas grave.
   Un silence s’installa entre eux, gêné pour Colin, naturel pour le Chien. La nuit était calme. Ils n’entendaient que le crépitement du feu, les premiers chants d’insectes estivaux, et les grognements de plaisir qui montaient des tentes. Malgré ses paroles, le Chien savait que Colin n’était pas un coureur de jupons. Il était au contraire un romantique dans l’âme. Ce n’est que par amitié pour Link qu’il l’avait suivi dans la voie de l’épée. Il espérait se trouver une gentille petite femme et faire un mariage tranquille et heureux. Le Chien l’appréciait pour cela. Il était l’une des rares personnes de l’armée de Link à être civilisé. Au fur et à mesure des années, les mercenaires recrutés au début de la campagne avaient tous fini par mourir, déserter ou prendre leur retraite, se faisant remplacer lentement mais sûrement par des hordes de guerriers des clans, des êtres brutaux, cruels et barbares.
   A vrai dire, maintenant qu’il y songeait, il n’y avait plus guère que lui, Colin, Link et Japas, ce dernier étant resté derrière. Le Chien était heureux de retrouver la civilisation. Il espérait qu’il arriverait à s’intégrer. Après tout, il n’avait connu que la guerre pendant près de sept ans…
   Sept longues années… De souffrance, de douleur, de peine… Trop de camarades morts, tués par des sauvages qui l’instant d’après étaient les nouveaux camarades… Les viols, les saccages, les flammes…
   -… Locke! Locke par les Déesses! L’appelait Colin d’une voix suffisamment forte pour attirer son attention mais à la fois assez basse pour ne pas alarmer le camp.
   Le Chien sursauta, cligna plusieurs fois de l’œil. Il se rendit compte qu’il était en sueur, et qu’il tremblait. Son compagnon le regardait avec un air inquiet, prêt à bondir pour le rattraper au cas où il tomberait.
   -Bon sang Locke! Tu vas bien?
   -Oui… Oui je… Je ne sais pas ce qui s’est passé.
   La main droite du Chien lui faisait atrocement mal. La douleur sous le gantelet pulsait à un rythme plus rapide que son cœur, et il sentait chacun de ses doigts brisés comme si les nerfs n’avaient pas été endommagés. Il grimaça, fait assez rare chez lui pour que Colin le remarquât aussitôt.
   -C’est ta main? T’as mal?
   -Oui…
   -Je peux faire quelque chose?
   -Non… Il faut juste… attendre que ça passe.
   Et cela passa, mais très lentement. Il avait l’impression que la chair de sa main était à vif et exposée au feu.
   -Tu sais, commenta Colin après un silence relativement long, je dois admettre que t’as du courage. Moi, je pense que je me la serais coupée depuis longtemps.
   Le Chien ne jugea pas nécessaire de répondre à cela.
   -Dis, Locke?
   -Hmm?
   -T’y penses parfois?
   -Penser à quoi?
   -A tous les types que t’as tués.
   Un silence.
   -Il ne faut pas trop y songer, sinon on n’en dort plus.
   -Ouais. Mais…
   -Mais tu y penses.
   -Ouais, souvent…
   -T’es un type bien, Colin, ne te fait pas trop de bile. Tu vas bientôt pouvoir laisser tout ça derrière toi, et te concentrer sur l’avenir.
   -J’espère.
   Un autre silence.
   -Locke?
   -Hmm?
   -Merci.
   -Bonne nuit Colin.
   Ayant compris le message, l’intéressé regagna sa tente. Le Chien contemplait les flammes avec son œil unique, perdu dans ses pensées. Il essayait de comprendre ce qu’il s’était produit, quelques minutes plutôt. Il n’avait jamais vécu cela auparavant.
   Absorbé par ses réflexions, il n’entendit rien venir, mais tout à coup, quelqu’un était collé à lui. Un parfum doux mais piquant de femme lui chatouilla les narines, et de longues mèches soyeuses lui caressèrent la nuque. La froide morsure d’une dague brilla sous son menton, tandis qu’un doigt fort et calleux lui parcourait le visage.
   -Je te préférais avec une barbe, murmura Feena Hurlebataille à son oreille. Ne bouge pas, où je te tue.
   Il obéit. Il comprenait cette femme de moins en moins. Il ne savait pas non plus ce qu’elle lui voulait au juste. Il sentit bientôt le contact de sa langue humide le long de sa mâchoire, remontant langoureusement vers son oreille.
   -Que me voulez-vous, madame?, finit-il par demander.
   Elle s’arrêta, et renifla de dédain.
   -Ne me désires-tu donc pas?
   -Le devrais-je?
   -Pourquoi pas?
   -Vous m’envoyez vos guerriers, vous me brutalisez, et maintenant vous me menacez d’une dague. J’ai déjà connu méthode de séduction plus sensuelle.
   Il entendit un petit rire.
   -Alors dans ce cas, disons que c’est moi qui te désire.
   -Il aurait été plus simple pour tout le monde de commencer par là.
   Feena lui tira violement les cheveux en arrière, exposant son cou. Leurs joues se touchaient, et il trouva ce contact particulièrement doux.
   -Tes manières sont trop nobles pour ton bien, Chien.
   -Je suis navré de ne pas être né dans un Clan.
   Alors qu’il s’attendait à recevoir un coup pour l’affront, elle passa ses jambes autour de sa taille, se serrant contre lui. Il constata qu’elle ne portait qu’une tunique.
   -Je ne suis donc que cela pour toi? Une barbare décérébrée?
   -J’ai passé les sept dernières années de ma vie à tuer des gens comme vous pour ensuite vous côtoyer. Je ne suis guère enclin à vous apprécier.
   -Oui… Sept années à tuer des gens « comme moi »… Dont mon compagnon, et mes deux fils.
   La pointe de la dague entailla la peau de son cou, et une mince goute de sang perla, filant le long de la lame. Il sentit un contact humide contre sa joue. Une larme?
   -J’aimerais vous dire que j’en suis navré. Mais je ne le suis hélas pas, et si je devais l’être, je passerais le restant de ma vie à m’excuser.
   La dague trembla contre sa peau, mais il ne broncha pas.
   -Vous allez me tuer?, demanda-t-il d’une voix parfaitement calme.
   -Pourquoi faire? Souffla-t-elle, émue. Priver le blondinet de son toutou apprivoisé m’attirerait quelques ennuis.
   Le Chien ne répondit pas. Il n’avait rien à répondre : c’était vrai.
   -Accepterais-tu de répondre à une question, Chien? Reprit-elle après un moment de silence.
   -Si je le peux, madame.
   -Comment t’appelles-tu?
   -Locke. Sanks Locke.
   -Et bien Locke Sanks… Puisses-tu être damné pour l’éternité.
   Sans prévenir elle le repoussa violement, et s’en fut dans la nuit , vers sa tente probablement. Le Chien ne se retourna même pas. Il massa son cou d’une main distraite. Feena Hurlebataille n’était plus une énigme. Il n’avait plus à s’en soucier.
   Le lendemain à l’aube, un messager à cheval fut envoyé pour prévenir de leur arrivée. Link et ses suivants passèrent une heure complète à revêtir les armures de cérémonie. Si celles destinées aux guerriers claniques comportaient essentiellement du cuir et de la maille, celles de Link, Colin et du Chien étaient de véritables forteresses d’acier, composées de lourdes plaques, de plusieurs couches de vêtements, d’un nombre incalculable d’attaches, de fixations, de sangles, de menues protections… Contrairement à ce que craignait le Chien, elles n’étaient pas trop lourdes, et ne limitaient pas de façon excessive leurs mouvements. Ils purent grimper d’eux-mêmes sur leurs montures caparaçonnées pour l’occasion. Quelques guerriers avaient passé la veille à polir les armes et les armures, aussi leur attirail n’arrêtait-il pas de briller, d’étinceler avec le moindre petit rayon de soleil.
   Ils voyageaient en une colonne de deux hommes de largeur. Link allait devant, flanqué de Colin, et juste derrière venaient le Chien et Feena, qui ne s’adressèrent pas une parole, et encore après les vingt deux guerriers qui les accompagnaient, armés jusqu’aux dents, tous des vétérans endurcis couturés de cicatrices -cicatrices dont il était la cause pour certaines, songea le Chien. Plus ils s’en approchaient, et plus le Chien trouvait la Cité fabuleuse. Elle semblait s’étirer à perte de vue, sur des kilomètres. Une rumeur sourde en provenait, et il pouvait distinguer dans le lointain la silhouette de la Citadelle, et plus à l’ouest celle d’un curieux mais non moins imposant bâtiment blanc.
   Bien avant qu’ils n’arrivassent en vue du pont-levis surplombant les douves claires, des dizaines de personnes, gardes et badauds, s’étaient massées sur le chemin de ronde pour les voir venir. Link commença à sourire à l’entente des premiers vivats, et ce sourire ne cessa de s’élargir au fur et à mesure de leur progression.
   Leur accueil fut bien plus fastueux que ce à quoi le Chien s’attendait. A peine eurent-ils franchi le pont-levis qu’une pluie de pétales de fleur s’abattit sur eux, que des trompettes jouèrent l’hymne de la victoire, que des centaines de personnes se pressèrent autour d’eux, riant, souriant, étreignant leurs mollets en d’affectueuses étreintes. Conformément aux consignes de Link, le quatuor de commandement saluaient la foule, et même le Chien se forçait à sourire, malgré la douleur lancinante que cela lui infligeait. Partout les gens se présentaient, dans les rues, aux fenêtres, sur les balcons, sur les toits… Le Chien n’avait jamais vu autant de personnes rassemblées au même endroit.
   Une haie d’honneur de soldats avaient été formée le long de la rue principale, celle qui menait vers la Citadelle. Le Chien apprécia d’un œil expert la tenue de ces hommes d’armes, leur port, leur équipement élaboré. Cela le changeait du cuir et des armes rudimentaires des barbares claniques. Il se rendit compte soudain que Feena avait rapproché sa monture de la sienne, presque jusqu’à se toucher. Il l’observa de biais, et constata qu’elle était nerveuse. Bien qu’elle sourît, toute cette foule l’intimidait.
   -Vous n’avez rien à craindre, lui glissa le Chien, vous êtes en sécurité ici, madame.
   Elle fit mine de l’ignorer. A présent la foule scandait des « Vive le Héros! Longue vie au Héros! », pour la plus grande joie de Link qui paradait en tête, triomphant. Il avait parfaitement les allures d’un conquérant pénétrant son nouveau fief. Et de fait, c’était le cas. Cependant, sa joie fut gâchée lorsque le peuple se mit à crier « Vive Link! Vive le Chien! ». Il se retourna sur sa selle, et foudroya son subalterne d’un regard si haineux que ce dernier baissa la tête.
   Le Chien était désolé. Il aurait voulu arranger la chose, mais il ne pouvait pas demander à autant de gens d’arrêter de l’acclamer.
   La suite de la procession se déroula sans anicroche. Link s’arrêtait de temps à autre pour bénir un nouveau né, serrer des mains, accepter un présent, mais d’arrêt en arrêt ils arrivèrent aux abords des jardins extérieurs, où un cordon de soldats empêcha la foule de les suivre. Link se retourna encore deux ou trois fois pour saluer, puis se désintéressa complètement du peuple. Son regard était fixé sur la Citadelle, son nouveau foyer, la raison de ces sept années de luttes incessantes, la récompense de tous les sacrifices, la réponse à tous ses rêves : la gloire, la richesse, le pouvoir.
   Le Chien s’émerveilla de la splendeur des jardins. Il avait l’impression que toutes les couleurs avaient été capturées et lâchées dans ce lieu. Il voyait des dizaines d’espèces de fleurs et d’arbres qu’il n’avait jamais vues, humait des parfums qu’il n’avait jamais sentis. L’espace d’un instant, la tête lui tourna, et il comprit que c’était à cause du silence, qui semblait assourdissant après la clameur de la foule. Il ferma les yeux pour mieux apprécier l’instant, et lorsqu’il les rouvrit, ils étaient devant les marches de la Citadelle, au sommet desquelles une prestigieuses assemblée les attendait.
   Le Chien avait réussi à mettre la main sur un vieux livre d’héraldique qu’il avait étudié durant le voyage vers la Cité. Aussi put-il reconnaître presque toutes les personnes présentes.
   Tout à gauche, un homme basané à la sombre beauté, grand et puissant, arborait le blason des Dragmir -L’Ambre ceinte d’argent sur champ de sable-, ce devait être Lord Dorf. A ses côtés se tenaient une femme magnifique à la longue queue de cheval rousse qu’il ne reconnut pas, et également deux jeunes femmes jumelles d’une beauté tout aussi frappante : Koume et Kotake, les sœurs de Lord Dorf. Ensuite venait l’emblème des Dodongo -Le Rubis couronné sur champ de gueule- arboré par deux hommes physiquement semblables, l’un plus vieux que l’autre, tous deux partageant le même embonpoint : Lord Darunia et son frère cadet Lord Darmani. Les fils du premier, Ser Allister, Ser Goro et Ser Sedrik, les flanquaient de part et d’autre, chacun partageant la même carrure de colosse. Ensuite venait l’Aigle d’écarlate coiffé de la Triforce royal, sous la bannière duquel se tenait le Roi Salomon, souriant dans sa longue barbe blanche, la Reine Ishtar, assise en raison de sa faiblesse, la Princesse Zelda dont la beauté était plus grande encore que la légende, et son jeune frère le Prince Nohansen -Le Chien remarqua d’ailleurs que le jeune garçon n’arrêtait de le dévisager, d’un air à la fois émerveillé et profondément déçu. Sous la bannière royale se tenaient également deux hommes que le Chien ne reconnut pas. L’un était un homme assez grand et puissant, vêtu d’une ample robe écarlate décorée de flammes dorées, le deuxième un vieillard habillé de noir dont le torse s’ornait d’un œil rouge pleurant une larme de sang. Ce vieil homme intrigua le Chien, à la façon dont il le dévisageait, mais également à cause de son apparence. En plus de ses vêtements singuliers, son visage était des plus… particulier. Il n’avait plus qu’un œil, et ce dernier était entièrement rouge, avec une pupille reptilienne noire. Sous cet œil il y avait un  tatouage d’un rouge sang symbolisant la même larme sanglante que celle de l’emblème sur le torse de l’homme.
   A la droite de l’inconnu se tenait la famille Zora -Le Saphir emmaillé d‘or sur champ azur- : Lady Ruto, dont la beauté naturelle était masquée par le voile noir du deuil, son jeune fils Lars et son air farouche, et une femme d’un âge avancé dont le bâton l’associait au Consortium Aedeptus. Enfin, venait le blason de la famille Mojo, arboré par Lord Dumor dit Le Lutin en raison de sa petite taille, son fils Ser Mido dont le visage était encore marqué par l’enfance, et sa jeune sœur Lady Saria à la fine chevelure feuille. Un quatrième individu se tenait à leurs côtés, un petit homme aux yeux fermés, à l’étrange chevelure jaune-verte et au sourire candide.
   Devant leur beauté, leurs beaux atours, leur prestance, leur élégance, leur noblesse à tous, le Chien se fit l’effet d’un rustre mal dégrossi. Il eut soudain honte de sa laideur, de ses handicaps. Il baissa la tête et se cacha derrière ses cheveux.
   Link leva le poing pour ordonner de faire halte. Ils descendirent de leurs montures, que des écuyers s’empressèrent d’emmener, et tandis que les guerriers formaient une ligne derrière eux, les trois officiers se tinrent derrière leur chef. Celui-ci tira son épée, imité par ses subalternes, puis mit un genou en terre, la pointe de son arme reposant sur le sol. Le Chien, Feena, Colin et les guerriers firent de même.
   -Moi, Link, votre champion dévoué, commença le susnommé, vous apporte humblement, votre Majesté, l’allégeance inconditionnelle des Clans des Plaines du Sud, et en gage de cette allégeance, un modeste trésor de guerre.
   Avec un sourire triomphant, Salomon d’Hyrule descendit d’une marche, et tendant le bras vers Link, déclara d’une voix solennelle :
   -Relève toi, Héros, et sois le bienvenu dans ton nouveau foyer.

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La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
« Réponse #144 le: samedi 08 mai 2010, 15:34:27 »
J'avais dis que je posterais et bien je le fais !
J'aimerais d'abord parler du Marcherève en fait. Voir même que de cette oeuvre car étant un grand amateur de Science Fiction, ce fut une grande priorité d'en lire l'intégralité.
Dès que j'ai commencé à lire je pensais sincèrement m'être trompé de recit. On était projeté en plein XVIII eme siècle (si je me trompe faites moi signe^^) et je trouvais ça curieux de voir un texte de SF dans le passé. Enfin bref, après j'ai été encore plus embrouillé avec les cadavres qui reprenaient vie après être mis en contact avec le Marcherève. Franchement à ce moment là je me suis dis c'est pas possible, c'est pas de la science fiction, je me suis trompé. Peu après on se retrouve très vite avec des humains en blouses bleues et en possession d'étranges machines (là ça commençait à être plus dans le contexte de la SF). Mais après on retourne avec notre ami Jean et son "sauveur" qui en profite pour nous apprendre ce qui se passe réellement.
Bon je vais pas non plus raconter tous ce qui m'est passé dans la tête lorsque j'ai lu chaque ligne de ton histoire aussi. L'histoire est très originale, bien que il y a certains points que j'aimerais éclaircir. Comme par exemple la mystérieuse cité de Babylone qui ré-apparait de nulle part. L'histoire de la nature là aussi, se rapproche plus selon moi, du Fantastique et de l'Heroic Fantasy plus qu'autres chose. En réalié je ne qualifierais pas ce récit de Science Fiction bien qu'il y ait plein d'éléments prouvant le contraire biensur. Ce qui caractérise la SF avant tout ce sont les objets et technologies futuristes (ici on trouve certains objets bien qu'on ignore leurs utilités, ils sont justes décrits), des mondes ou planètes inconnues (ici on pourrait supposer que le fameux monde en question est celui de Faër), des vies organiques extra-terrestres ou étrangère à l'homme. Mais par dessus tout se qui distingue la SF du Fantastique ce sont la magie, des mondes merveilleux qui sont sensés être inexistants chez un roman de SF. Pourtant ici la fantaisie et le fantastique sont partout ! Après tout je ne vais pas te faire chier avec mon point de vue et bla bla bla parce que cela dit j'ai adoré ! (bien que pour moi ça n'est pas de la SF, mais je crois que je l'ai asser répété comme ça....)
En tout cas j'attends la suite et plus particulièrement des réponses aux questions qui me sont venus à l'esprit en lisant ton histoire.
Voilà !
Si vous cliquez ici vous verrez une chose que ne vous ne comprendrez pas.
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La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
« Réponse #145 le: dimanche 09 mai 2010, 13:54:40 »
Oh my god! J'ai lu d'un seul trait ta fiction Zelda "Triangle de Pouvoir"! J'ai adoré :niais: Tu as repris les personnages de la séries pour les remodeler à ta façon, c'est tout simplement grandiose, je suis fan :niais:
C'est très bien écrit, tes personnages ont vraiment une personnalité propre à chacun et bien travaillée, bravo!
Je veux absolument la suite :niais:

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« Réponse #146 le: mardi 11 mai 2010, 19:53:36 »
(Note : Les réponses aux commentaires précédents ont été perdus lors du passage à la version 7.5 du forum.)


__________________________

V
-Linebeck-

Port-aux-Rois n’était pas exactement le genre de lieu de villégiature prisé des nobles, mais pour un honnête contrebandier comme Linebeck, c’était le meilleur endroit pour trouver du travail rapidement. Les affaires étaient florissantes ; l’hégémonie dictatoriale Ikaniene faisait de chaque ressource une denrée rare pour les peuples assujettis. Et comble du bonheur, il y avait de tout à Mercantîle, le grand port d’Hyrule. Avec un peu d’audace, quelques bourses placées dans les bonnes mains, il n’était pas difficile de forcer le blocus royal et multiplier les allers-retours pour remplir ses cales d’or et de pierreries.
Enfin, songea Linebeck en portant sa chope à ses lèvres, si tant est que le bon capitaine Keeta ne rase par Port-aux-Rois.
La Couronne ne portait pas ce repaire de pirates, voleurs, coupe-jarrets, prostituées, mercenaires et autres contrebandiers dans son coeur. Ce n’était que parce que les grandes familles de la pègre payaient volontiers un lourd impôt que le port continuait à vivre. Ce sans quoi, il aurait fallu renoncer à la carrière de convoyeur… Les autres ports de Termina avaient la malheureuse habitude d’avoir une milice, des douaniers, et d’être un peu trop regardants sur les affaires des honnêtes hommes.
Linebeck se trouvait dans la taverne dotée du nom de « La putain de la Reine », une charmante bâtisse des docks, où l’ont pouvait discuter d’à peu près tout sans avoir à faire attention. Le lieu n’appartenait à aucune des familles de la pègre, mais à un particulier, Peter Juste-Peter, aussi les escrocs indépendants pouvaient y venir commercer tranquillement. Et puis il n’y avait jamais de rixes à la Putain. Peter Juste-Peter s’en assurait personnellement.
Il n’y avait pas foule cette après-midi là. Justes les quelques ivrognes habituels. Linebeck et Tael, son jeune Premier Matelot, se tenaient accoudés au bar derrière lequel Peter Juste-Peter récurait consciencieusement ses choppes. Peter Juste-Peter était assez atypique dans son genre. De taille moyenne, ses yeux étaient étrangement bridés, et son teint jaunâtre. Totalement glabre, sa chevelure fine et noire était par contre d’une longueur vertigineuse. Il n’y avait pas grand-chose à dire sur le tenancier, car personne ne savait grand-chose. C’était Peter. C’était suffisant.
-Line, tu as de la visite, fit-il à son client comme si de rien n’était tout en continuant à récurer.
Linebeck pivota sur son tabouret, sa chope à la main. Un type malingre caché sous une ample robe noire à capuchon rabattu venait d’entrer. Les ombres de sa capuche masquaient ses traits, dont on ne voyait qu’une fine bouche molle ainsi qu’un menton pointu et chauve. L’inconnu jeta un œil à droite et à gauche, puis s’approcha du contrebandier. Peter Juste-Peter eut la délicatesse d’aller récurer plus loin.
-Capitaine Linebeck? Demanda Capuche -comme l’intéressé venait à l’instant de le nommer mentalement.
-Ca se pourrait.
-Le capitaine du Lion Rouge?
-Ca se pourrait. Me semble avoir déjà entendu ce nom là quelque part.
La bouche eut un rictus de mépris, mais l’homme prit place à côté du contrebandier. Tael avait déjà la main sur son poignard, prêt à bondir pour prévenir tout coup bas. L’entraînement de Linebeck semblait porter ses fruits.
-Et vous lui voulez quoi à ce Linebeck, maître…?
-Mon nom n’a pas d’importance. J’ai besoin d’un homme compétent et rapide pour convoyer un objet d’une très grande valeur jusqu’au Bourg d’Hyrule.
-Ca fait une sacrée trotte, surtout pour une seule babiole.
-Babiole? Ricana Capuche. Si vous aviez la moindre idée de ce que c’était…
-Et bien, je ne demande qu’à apprendre maître Mystère.
Linebeck prit une gorgée de bière. Il avait cru un instant à une proposition sérieuse, mais visiblement le bonhomme se payait sa tête. Il était contrebandier, pas coursier… Cependant, la chose relativement bombée, dont la forme rappelait un cœur de jeu de carte hérissé de piques, enveloppée dans une étoffe sale attisa sa curiosité. Il s’en dégageait comme une… énergie.
-Qu’est-ce que c’est?
-Vous n’avez pas besoin d’en savoir plus que le nécessaire, c’est-à-dire rien.
-Je déteste convoyer des choses dont je ne sais rien.
-Croyez moi ou non, vous aimeriez mieux ne pas savoir.
-Je peux?
-Allez-y.
Linebeck souleva l’étoffe. C’était un masque. Enfin un genre de masque. Il était bien trop laid pour être porté. Les yeux peints semblaient fixer le contrebandier ; une sensation très étrange et très perturbante. Linebeck trouva à l’objet quelque chose de purement maléfique. Il ne supporta la vue que quelques secondes, puis il remit le tissu en place.
-Maître Mystère, je suis contraint de…
Capuche posa soudain une bourse tellement bombée qu’elle s’ouvrit en heurtant le comptoir, révélant le chatoiement mirifique d’un amas de pierres précieuses.
-…vous dire que je serai heureux d’accepter votre proposition.
-A la bonne heure.
Capuche eut un sourire méprisant que Linebeck préféra ignorer.
-A qui dois-je remettre votre… objet?
-Mes associés du Consortium Aedeptus.
-Le Consortium, oui, je vois… Je vois…
-Ceci n’est qu’une avance pour les frais de voyage, disons. Vous toucherez le quadruple à la livraison.
-Me permettez-vous une question, maître?
-Une seule.
-Ne craignez vous donc nullement que j’essaye de vous doubler? D’après les efforts que vous faites pour ramener cette chose en Hyrule, elle doit avoir pas mal de valeur. Pourquoi croyez-vous que je ne pourrais pas la vendre pour mon propre compte?
-Capitaine Linebeck, fanfaronna Capuche, sachez qu’il nous serait très aisé de vous localiser, de vous traquer et de vous détruire si jamais vous vous avisiez de faire une chose aussi stupide. Mais vous êtes un homme malin, n’est-ce pas?
-Je pense oui. Vous savez expliquer les choses, quoi qu’il en soit.
-Bien. Contentez-vous de faire ce pourquoi nous vous payons, et rien d’autre. Nous ne nous reverrons plus.
Sans un autre mot, l’étrange petit homme sortit de la taverne. Linebeck le regarda s’en aller en remuant une gorgée de bière contre son palais.
-Capitaine, souffla Tael. Pourquoi avez-vous accepté? Je croyais qu’on s’occupait pas des trucs magiques.
-Oui, c’est exactement ce que nous faisions jusqu’à aujourd’hui. Regarde moi ça, mon petit. Regarde tout ce qu’on nous file pour transporter une babiole. Deux fois ce qu’on touche pour une cargaison de vivres ou de parchemin, et il n’y a même pas besoin de cacher les caisses, il n’y en a pas. Non, je pense que nous venons de mettre le doigt sur un marché juteux, mon petit.
Le hâlé et jeune Tael acquiesça, ses yeux brillant sous le chatoiement des pierres.
-Maintenant, file rassembler les gars. Je veux appareiller demain matin avec la marée.
Tael acquiesça et s’en fut en courant. Une longue course l’attendait, l’équipage du Lion Rouge ayant l’habitude de totalement s’éclater à travers le port. Peter Juste-Peter s’approcha de Linebeck, l’air de rien.
-Les affaires marchent?
-Tu sais ce que c’est, Pete. Les affaires, ça va ça vient…
Affichant un air neutre, Linebeck engloutit le reste de sa chope, et se levant, préleva de la bourse une gemme qui miroitait joliment. Il la posa nonchalamment sur le comptoir.
-Pour nos consommations, pour la fille que tu vas m’envoyer, et… disons pour le soutient d’un vieil ami à un autre vieil ami?
Peter Juste-Peter empocha subrepticement son dû sans cesser de récurer une tasse.
-Les amis sont là pour aider, non?
-Parfaitement.
Un sourire aux lèvres, Linebeck fourra sa nouvelle bourse -du bel ouvrage d’ailleurs- dans une poche intérieure de son manteau d’officier. Il répugnait à toucher l’objet de sa mission, mais il n’avait pas le choix. Il prit le masque, toujours emmailloté, sous l’aisselle et monta à l’étage, jusqu’à la chambre qu’il louait. Officiellement, Peter Juste-Peter ne louait pas de chambre, car comme il le disait souvent «  Je suis pas une auberge, bordel de merde. ». Mais il avait toujours un peu de place pour quelques amis. Et bien entendu, Linebeck faisait partie de ce petit cercle très restreint.
Il déposa le masque sur la commode près de l’entrée, et plaça son manteau par-dessus. Le contrebandier n’aimait pas trop les choses de magie, et celle-ci puait la magie noire. Et puis, il se rappelait du regard peint sur la surface de bois, ce regard qu’il avait imaginé être entrain de le fixer…
Pour se changer les idées, il se servit un grand verre de rhum, et s’assit sur le rebord du lit. Contrairement à beaucoup de bouibouis minables des docks, l’établissement de Peter Juste-Peter était bien entretenu, propre, en clair plaisant à vivre. Un cadre parfait pour se reposer entre deux longues périodes en mer. On frappa à la porte.
-Entre, c’est ouvert.
Une jeune femme -presque une jeune fille à la vérité- vêtue d’un corsage au décolleté révélateur pénétra dans la pièce, un air timide et légèrement effrayé sur le visage. Linebeck sourit. Ce bon vieux Pete connaissait bien ses goûts. Elle était blonde, les yeux bleus, des fesses parfaites et une poitrine certes un peu petite mais fort charmante. N’eut été l’horrible cicatrice qui barrait son visage d’une oreille à l’autre en mordant la naissance du nez, elle aurait pu devenir une courtisane de luxe. Mais Linebeck se fichait de ce genre de petit détail.
Il se déchaussa, puis toujours assis sur le bord du lit, lui fit signe d’approcher en écartant les cuisses.
-Utilise ta bouche, chérie.
La jeune putain s’approcha, le regard fuyant et dégoûté, mais elle s’agenouilla entre ses jambes sans rien dire. Ses lèvres étaient douces comme la soie et sa langue chaude et délicate. Linebeck ne put retenir un soupir de plaisir. Il caressa gentiment ses longs cheveux blonds pendant qu’elle le besognait. Mais son plaisir fut en partie gâché lorsque son regard se posa sur son manteau, et qu’il pensa à ce qu’il y avait en dessous. Il eut un frisson. Il ressentait les énergies négatives qui émanaient du masque. Les yeux horribles peints sur le masque lui revinrent en mémoire, et il eut le sentiment que, d’une manière ou d’une autre, ces yeux le fixaient, malgré le tissu qui les enveloppait, malgré le vêtement qui recouvrait le tout. Il se demanda finalement s’il avait bien fait d’accepter le marché… mais le paiement était vraiment important. Cela en valait la chandelle.
Il sentit soudain la jouissance venir. Rejetant la tête en arrière dans un râle, il empêcha la fille de se retirer et explosa à l’intérieur de sa bouches en plusieurs longs jets qui le secouèrent. La putain gémit tandis qu’un peu de semence blanchâtre coulait le long de son menton. Tremblant encore de plaisir, Linebeck lui souleva la tête en l’empoignant par les cheveux, et sans se retirer, lui intima.
-Avale, chérie.
La fille s’exécuta, non sans déglutir. Malgré sa balafre, Linebeck la trouvait d’une beauté stupéfiante. Plus il la regardait, plus son désir de la prendre s’intensifiait. Il la releva et l’assit sur ses genoux.
-Comment tu t’appelles, poupée?
-Taya, monsieur.
-Appelle moi Capitaine Linebeck.
Les doigts du contrebandier s’affairèrent sur le laçage et une minute plus tard, le corset de la fille tombait au sol, révélant sa poitrine aux seins plus gros que Linebeck n’avait imaginé, et aux tétons durcis. Le capitaine du Lion Rouge les mordilla, et tandis qu’il tripotait les fesses de sa partenaire, il sentit son pénis se durcir à nouveau.
Il lui fit l’amour toute la nuit ; il la prit dans toutes les positions, la posséda charnellement de toutes les manières qu’il connaissait, la souilla plus qu’il avait souillé n’importe quelle autre femme. Avec l’aube qui approchait, il se rendit compte que son désir ne faisait que croître un peu plus chaque fois qu’il la pénétrait. Elle ne disait presque rien, se contentant d’obéir à ses injonctions et de répondre à ses questions avec le minimum de mots. Mais Linebeck avait l’impression, la nuit s’avançant, qu’elle commençait à apprécier ce qu’il lui faisait.
Lorsque le premier coq chanta, il se retira d’entre ses cuisses luisantes pour la énième fois, épuisé, littéralement vidé. Elle ne dit toujours rien, se contentant de l’observer. Il se coucha à côté d’elle, en appuie sur un coude. Il comprit qu’il ne pourrait plus se passer d’elle rien qu’une nuit. Il caressa affectueusement ses cheveux emmêlés de semence par endroit sans dire un mot. Puis il suivit avec le doigt le tracé de la cicatrice qui lui barrait le visage. A ce contact, elle frémit, se raidit, mais laissa faire.
Linebeck se coucha sur elle à nouveau, et nicha son visage dans le creux de son cou, s’enivrant de son odeur de sueur, de sexe, de femme, et de fleur. Il l’embrassa passionnément, puis la regarda de longues minutes, tout en caressant son visage.
-Tu dois êtes une sorcière, fit-il avec un sourire. Car tu m’as ensorcelé.
Elle ne répondit pas et ne montra aucun signe d’émotion. Elle lui rendait simplement son regard, mais il ne reconnaissait pas vraiment ce qu’il y lisait.
-Je repars en mer aujourd’hui. Je vais à Hyrule, et même jusqu’à la capitale.
A l’évocation du Bourg, les yeux de Taya brillèrent.
-Ha! Je vois que tu n’y es pas insensible. C’est vrai que les charmes de la ville sont multiples… C’est un autre monde, par rapport à ce port moisi. Ha, je viens d’avoir une idée fabuleuse.
Linebeck se redressa, à califourchon sur elle, et introduisit son membre gonflé et douloureux dans sa bouche. Vraiment, il ne s’en lassait pas. Tout en parlant, il entama un mouvement de va-et-vient.
-Je vais t’emmener avec moi. Qu’est-ce que tu en penses? Je vais te racheter, et comme ça je pourrais t’avoir pour moi tout seul toutes les nuits… Oui, c’est une bonne idée. Très bonne idée même. Ne t’en fais pas, je te traiterai bien. Je t’achèterai des vêtements et des parures, et tu pourras manger à ta faim. Tout ce que je veux, c’est que tu chauffes mes draps.
Il se vida à nouveau en elle, et cette fois là il n’eut pas besoin de le lui ordonner pour qu’elle avale sa semence. Il descendit du lit, et entreprit de se rhabiller. En soulevant son manteau, le tissu qui couvrait le masque tomba partiellement, découvrant l’un des yeux de l’objet. Linebeck ne put s’empêcher d’y plonger le regard, et il sentit son cœur louper un battement. Un froid glacial s’empara de son être, et il recula précipitamment en jurant.
Vraiment, il détestait la magie.
Le Lion Rouge appareillait une heure plus tard. Le capitaine Linebeck installa sa nouvelle acquisition dans sa somptueuse cabine, où elle put se laver des impuretés de la nuit. Une fois le blocus passé, le reste du trajet jusqu’à Mercantîle était une vraie croisière, pour peu que les vents soient un minimum favorable.
« Modifié: samedi 18 août 2012, 15:37:43 par Great Magician Samyël »

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« Réponse #147 le: mardi 11 mai 2010, 21:25:19 »
Je poste juste par rapport à ton dernier chapitre (bien que je n'ai pas lu les autres^^).
En fait la banderole de mise en garde m'a fait rire. Mais c'était bien ça, c'est de la pure pornographie. Pas mal, joli coup. Je pensais pas un jour voir du porno dans Zelda.
EDIT : Cela dit un peu précoce le Capitaine.
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« Réponse #148 le: mercredi 12 mai 2010, 11:46:47 »
Nyahaaa!!! La suite :niais: Super chapitre, même si j'avais aussi lu la banderole, je ne m'attendais pas à ça lol Mais c'est très bien écrit et très mature, bravo!
Je ne connaissais pas le personnage de Linebeck (je n'ai jamais joué aux épisodes DS) mais tu lui donne déjà une profondeur psychologique interessante.
Je l'ai déjà dit, mais j'aime beaucoup le fait que tu puise des éléments dans les différents Zelda. Ca rend ton histoire tout à fait originale!
J'attends la suite :niais:

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« Réponse #149 le: mercredi 26 mai 2010, 15:43:50 »
(Note : Les réponses aux commentaires précédents ont été perdus lors du passage à la version 7.5 du forum.)


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VI
-Tarquin / Le Chien / Malon-

Tarquin avait enfin l’occasion de contempler de son œil le fameux héros, et sa clique de barbares. Le roi Salomon lui avait fait l’honneur de l’accepter sous la bannière royale, aussi n’avait-il pas eu besoin de se cacher quelque part, et pouvait par conséquent observer tranquillement.
Link le Héros semblait venir tout droit d’un conte de chevalier. Son armure de plates vertes arborant fièrement un gros loup noir sur le plastron chatoyait magistralement sous le soleil, son port était noble, altier, fier, un peu orgueilleux. Son épée était bien entretenue, et on aurait pu se recoiffer en contemplant la lame. Son visage était androgyne, mais d’une exceptionnelle beauté. Ses yeux en amande d’un bleu océan étaient empreints d’autorité, de confiance, conférant à son regard scrutateur une force bien réelle. Ses lèvres carmins aux courbes élégantes donnaient l’impression de donner plus souvent des ordres que de faire des politesses, et son nez droit ressemblait au bec d’un faucon majestueux prêt à fondre sur sa pauvre proie dans toute sa magnanime splendeur. Ses longs cheveux d’un blond de blé délicatement entretenus jaillissaient de son bonnet caractéristique en mèches ordonnées de part et d’autre de son visage. Ses oreilles, enfin, étaient en pointe, longues et harmonieuses, percées d’anneaux d’or, confirmant son ascendance Hylienne pure.
La princesse Zelda se faisait violence pour rester de marbre, comme une véritable Lady, mais il était évident qu’elle était éperdue d’admiration pour son promis. Tarquin n’était pas dupe. Son beau sourire avait un il-ne-savait-quoi de sournois, et l’éclat de ses prunelles une lueur violente qui ne seyait définitivement pas à un chevalier.
L’homme à son côté, que Tarquin identifia comme son lieutenant, Colin, était plus vulgaire. Il semblait même un peu mal à l’aise devant tant de nobles personnes. Et s’il n’était pas maigre pour autant, sa carrure paraissait inadaptée au port de l’armure lourde. Son large front était couronné d’une chevelure d’un blond délavé qui faisait comme une coupe au bol, et ses yeux d’un bleu pâle étaient fuyants, peu sûrs. Il tranchait nettement avec Link, tant par la posture que par l’apparence.
Derrière se tenait une très belle femme d’âge mûr, dont les courbes musclées étaient parfaitement moulées par son armure de cuir cérémonielle. Ses cheveux étaient roux cendré, joliment bouclés, et rabattus en arrière par un bandeau de soie noire faisaient comme une cascade de cuivre brut. Ses yeux, deux émeraudes scintillantes, faisaient écho à une longue vie de guerre et de nomadisme précaire. La longue cicatrice qui lui barrait le visage de la racine des cheveux jusqu’à la pommette droite, en mordant la racine du nez, lui conférait un air farouche. Elle dardait son regard sur l’assistance comme en un signe de défi, le corps tendu et prêt à l’action, mais Tarquin remarqua qu’elle était nerveuse. Elle n’avait jamais du venir dans une si grande ville, et en plus de cela elle était contrainte de plier l’échine devant ceux qu’elle avait combattus toute sa vie. Le vieux Sheikah la comprit. Cependant, il ne se nia pas une certaine attirance envers la guerrière, dont il ne savait même pas le nom. Il avait reconnu ses armes, les doubles haches noires sur fond cramoisi Logre, mais c’était à peu près tout.
Outre les guerriers de l’escorte auxquels il n’accorda pas une once d’intérêt, le dernier homme du quatuor de commandement retint toute son attention. C’était le fameux Chien. Et il correspondait assez bien à l’image qu’il s’en faisait : un guerrier laid et idiot. Sa carrure était relativement impressionnante, renforcée de surcroît par l’armure qu’il portait, bien qu’il restât de taille moyenne. L’épée qu’il tenait pointe contre terre était ébréchée en plusieurs endroits et encore maculée de sang trop tenace pour être nettoyé : autant de symboles d’une utilisation fréquente et soutenue. En sus de cette épée, Tarquin avait aperçu sur son cheval un marteau de guerre, et une paire de hachettes. Bien que l’homme essayait de cacher ses traits avec ses cheveux, Tarquin avait eu le temps d’apercevoir son visage. Si le Chien ne devait pas avoir plus de trente ans, les ravages de la guerre lui en faisaient paraître dix de plus. Sa face était assez horrible. Une cicatrice vilaine lui barrait le visage d’une joue à l’autre en passant par le nez, pendant qu’une seconde, parfaitement verticale, lui dévorait le côté droit, dont l’œil qui était protégé par un morceau de cuir noir grossier attaché autour du crâne par une mince cordelette. Ces deux balafres ignobles se joignaient en une croix juste sous l’orbite. Une troisième, mais moindre, accrochait le coin droit de ses lèvres et courait jusqu’à la naissance de son cou, et le faisait très certainement souffrir à chaque mouvement de la bouche. Cela expliquait son éternel air maussade et renfrogné. Bien que rasé, le bleu de la barbe s’étendait sur toute sa mâchoire, et son poil devait être dru. Ses cheveux était une masse informe de mèches noires de jais, rebelles et raides, emmêlées et coupées récemment sans talent. Le dernier signe distinctif de l’individu était sa main droite. Du moins ce qu’il en restait. Le gantelet d’acier -qui d’ailleurs jurait avec le reste de l’armure, par son éclat moindre et plus terne- était explosé, enfoncé dans la chair, et les doigts qui en partaient étaient tordus, brisés, affreux à voir. Le Chien tenait d’ailleurs son membre contre son torse, comme pour le protéger.
Tarquin avait entendu parler de cette histoire, une parmi tant de celles qui avaient déjà façonné la légende du Chien. Blessé au début d’une bataille par un coup de masse, le Chien avait attendu la fin des combats, qui vint beaucoup plus tard, avant d’aller quérir un médecin. Le sang coagulé et poisseux avait rendu impossible le retrait du gantelet, et à choisir entre la souffrance vive mais brève de l’amputation ou celle permanente et insidieuse d’une main pour toujours brisée, il avait opté pour la seconde option. Tarquin ne trouvait pas cela courageux, mais juste idiot. Le vieux Sheikah en était là dans ses réflexions quand l’homme releva brièvement la tête, et que leur deux yeux se rencontrèrent. Tarquin fut frappé par ce qu’il y vit. Au lieu de la cruauté, de la soif de sang et de la débilité qu’il y attendait, il lut de la mélancolie, de la lassitude, et une résignation servile… mais non dénuée d’une certaine intelligence.
L’échange fut bref, mais il secoua Tarquin.
Avec un sourire triomphant, Salomon d’Hyrule descendit d’une marche, et tendant le bras vers Link, déclara d’une voix solennelle :
-Relève toi, Héros, et sois le bienvenu dans ton nouveau foyer.
L’intéressé s’exécuta, un sourire non-moins triomphant peint sur le visage. Ses yeux bleus scrutèrent l’assemblée, jaugeant chacun, examinant les forces en présence. Son regard ne s’arrêta qu’une seconde sur Tarquin, et celui-ci s’en félicita. Il préférait rester dans l’ombre pour le moment.
Il ne doutait pas qu’il aurait fort à faire durant les jours à venir.

***   

Les guerriers de l’escorte furent menés à leurs quartiers où un repas copieux leur fut servi. Le Chien nota que les quartiers en question se trouvaient commodément placé près de ceux des gardes royaux, et il félicita mentalement le responsable pour cette prévoyance. On ne savait jamais à quoi s’attendre avec ces barbares.
Quant à Feena, Link, Colin, lui-même et les nobles, le chambellan, maître Baelon, les conduisit vers la grande salle de banquet, où des tables d’une longueur inimaginable avaient été dressées dans une forme en U, l’extrémité perpendiculaire aux deux autres ayant été placée sur une estrade afin de dominer les réjouissances. Le Chien craignit un instant de devoir supporter le calvaire d’un long banquet en armure, mais des serviteurs vinrent les chercher pour les mener à leur appartement respectif, où ils auraient loisir de se changer, pendant que le reste des convives arriveraient. On amena Link vers l’aile Royale, étant donné qu’il intégrerait la famille de la Couronne une fois marié à la Princesse ; Feena et Colin furent conduits dans l’aile des invités, où logeaient les grandes familles. Quant au Chien… Il fut un peu surpris mais ne s’offusqua pas lorsqu’une courtisane fit mine de l’introduire dans l’aile des serviteurs et des valets. Il se fit la réflexion qu’après tout, il n’avait pas véritablement de statu, alors cela ou autre chose…
-Attendez.
La voix, sèche et autoritaire, claqua derrière eux. La servante sursauta et se retourna vivement. C’était le vieil homme borgne et bizarre qui l’avait toisé pendant leur arrivée. Il avait vraiment une allure singulière, entre son turban blanc, sa barbe trop hirsute pour être peignée correctement, son fameux œil rouge, et sa tunique bleu de nuit sans ornement, ses hauts-de-chausses noirs et bouffants, et ses demi-bottes de cuir noires… Il se dégageait de lui une impression étrange de mystère et d’incertitude. L’Œil aguerri du Chien nota la façon dont il se déplaçait -féline, souple et silencieuse-, sa posture à la fois décontractée mais prête à tout, et les dagues qu’il dissimulait adroitement dans divers endroits stratégiques de son costume - et qu’un observateur moins expérimenté n’aurait jamais remarqué. Il nota aussi l’attitude craintive de la courtisane à son égard.
-C’est une regrettable erreur, maître Sanks. Vos appartements sont de ce côté, je vais vous mener.
Sautant sur l’occasion, la servante fit une courbette rapide et s’éloigna comme si sa vie en dépendait.
-Je ne sais pas comment cette idiote a pu s’imaginer une seconde placer une personne aussi prestigieuse que vous au même niveau que les valets. Toutes mes excuses.
-Non, vraiment, ce n’est rien, répondit le Chien. N’y pensez plus.
-A votre guise.
Le vieil homme prit les devants et le guida vers l’aile des invités. Un silence s’installa entre les deux, brisé par les cliquettements de l’armure du Chien. Celui-ci en profita pour mémoriser la dispositions des lieux, l’agencement des couloirs et des issus. Il devait reconnaître que le Château était un petit bijou de beauté et de merveille architecturale, tout en fioritures, en tapisseries splendides, en tableaux magnifiques, statues héroïques et autres colonnades. En réalité, le Chien imagina que l’endroit avait été conçu avant tout pour la vie quotidienne et la beauté plutôt que pour le souci du pragmatisme militaire.
-Excusez moi, finit-il par dire.
-Oui, maître Sanks?
-J’ai peur de ne pas avoir bien saisi votre nom, messire.
-Ho! Bien sûr. Quel grossier je fais, cette tragique erreur m’a fait perdre mes bonnes manières. Veuillez m’excuser.
-Ce n’est rien…
Le vieil homme s’inclina.
-Je suis Tarquin dit « Qu’un-Oeil ». Et ce sera, pour vous maître Sanks, simplement Tarquin. Je ne mérite aucun autre titre.
-Je vois… Je vous ai pourtant aperçu, il me semble, sous la bannière de sa Majesté.
-Cela est vrai, mais notre bon roi est trop généreux. A la vérité, je ne rends que quelques menus services à la Couronne. Comme réparer les erreurs de l’intendance.
-Je vois… répéta le Chien.
Il attendit quelques instants qu’ils reprennent leur route, avant de déclarer, sur le ton de la conversation.
-En tous les cas, vous êtes bien informés.
-Plaît-il?
-A ma connaissance, seules quatre personnes connaissent mon véritable nom… Et vous n’en faites pas partie.
Ils continuèrent à marcher sans s’arrêter. Tarquin ne broncha pas.
-Je m’étais effectivement trompé sur vous, maître Sanks, finit-il par lâcher.
-Comment cela?
-Je ne vous imaginais pas l’esprit si acéré. On dirait que les rumeurs ont pris le pas sur mon bon sens.
Le Chien eut un début de sourire, qu’il réprima aussitôt lorsque la douleur de ses cicatrices se réveillèrent.
-Je suis désolé de vous avoir trompé malgré moi, maître Tarquin. Et j’insiste, ce sera maître, rien de moins. Je me fais dans l’idée que les menus services que vous rendez ne sont pas si menus que vous ne le laissez entendre.
-Croyez ce qu’il vous plaira, maître Sanks. Nous sommes arrivés.
Le Chien jeta un rapide coup d’œil à la porte somptueuse en bois laqué. Se retournant vers Tarquin pour rétorquer, celui-ci avait disparu. Le guerrier s’étonna un court instant de ce prodige, puis finit par conclure que cela cadrait bien avec le personnage. Pressé de se débarrasser de son habit de fer, il entra.
La pièce était tellement vaste qu’il n’osait pas la qualifier de chambre. Tout lui paraissait disproportionné à l’extrême, du mobilier aux objets d’art, en passant par les tapisseries et le gigantesque lit à baldaquin. Il ne put s’empêcher de se demander à quoi pouvaient bien ressembler les chambres de l’aile royale. Dix hommes aurait pu vivre dans celle-ci sans souffrir du manque d’espace personnel.
Le Chien s’approcha du lit, et y enfonça le doigt, s’émerveilla de son moelleux. Il ne pensait pas avoir déjà dormi sur quelque chose d’aussi doux. Il défit sa ceinture et posa délicatement le fourreau de son épée contre le bord du lit. Il s’y assit pour enlever ses bottes, délacer les attaches, les sangles, retirer les lourdes pièces d’acier une par une… Une tâche ardue avec une seule main. Il les déposait au fur et à mesure sur des sièges et des fauteuils richement décorés, ne sachant trop où les entreposer ailleurs. Il savoura le plaisir d’avoir les pieds nus, la taille libre et de ne plus avoir à être constamment sur ses gardes. Il s’allongea sur le lit, et contempla la fresque peinte au plafond, représentant une scène de la création d’Hyrule par les Très-Hautes -Din, Nayru et Farore. Le Chien n’était pas un grand amateur d’art, mais il apprécia les couleurs et l’harmonie de la scène.
Il se faisait la réflexion que le matelas était simplement divin, et commençait à sombrer dans un doux sommeil, quand on frappa à la porte. Il se redressa d’un bond, sa main valide cherchant son épée. Ne la trouvant pas à son côté, il se contenta de crier :
-Entrez, c’est ouvert.
C’était une jeune femme, presque une jeune fille. Le Chien fut frappé par sa beauté naturelle et simple, sans artifice. Ses traits étaient plus grossiers que ceux de la princesse, mais d’une harmonie et d’une chaleur infiniment plus grandes. Elle n’était pas maquillée et ses longs cheveux bruns cascadaient librement dans son dos. Elle gardait les yeux verts ostensiblement baissés vers le sol, et le Chien comprit qu’elle avait peur de lui, ou n’osait le regarder. Elle tenait des vêtements pliés. Faisant une courbette, elle dit :
-Maître Baelon vous fait porter ces quelques habits, et il espère qu’ils vous siéront.
Le Chien se leva du lit, et s’approcha en quelques grandes enjambées. Il ne fit pas attention à la réaction de la servante, car il savait ce qu’il était et ne s’en formalisait pas. Il lui prit délicatement les vêtements de sa main valide.
-Merci. Vous serez aimable d’informer maître Baelon que cela m’agrée fortement.
Le Chien retourna au lit afin de les étendre, mais il sentit que la courtisane dans son dos ne semblait par partir.
-Il y a autre chose? Demanda-t-il sans la regarder, tout à son affaire.
-Je… Heu… Désirez-vous… Désirez-vous que je vous aide?
Le Chien s’arrêta, et se redressa. Cette fois là, il regarda la servante. Elle tremblait, et ses joues étaient rouges, d’un rouge de honte et d’angoisse présuma-t-il.
-Pourquoi désirerais-je de l’aide pour me vêtir? Je m’estime encore assez vigoureux pour m’occuper de cette besogne moi-même.
-C’est… je… bafouilla la fille. Je m’étais dit que… Cela était peut être… pénible… Pour votre… main et je…
Elle se tut, et des larmes silencieuses se mirent à couler le long de ses joues. Le Chien ne put s’empêcher de la trouver plus jolie encore.
-Ma main vous remercie pour votre sollicitude, mais elle s’en sortira fort bien. Merci. Je n’ai besoin de rien d’autre.
La courtisane fit une courbette et s’enfuit aussi vite qu’elle le put.
Le Chien s’en désintéressa dans la seconde. Il reporta son attention sur ses vêtements, et eut la désagréable sensation que Tarquin en savait beaucoup plus sur lui qu’il ne le pensait : c’était une version riche et finement ouvragée de ses habits habituels : une chemise blanche, des pantalons noirs, un tabard blanc frappé du blason de Link.
Ceignant son épée, il eut l’impression d’être épié dès qu’il fut dans le couloir pour se rendre à la salle de banquet.

***

Malon était mortifiée. Elle voulait mourir, de honte, de chagrin, de peur. Ce Chien… Il était plus effrayant encore que ce qu’elle en avait imaginé. Son œil terrible, ses cicatrices hideuses, ses traits durs et placides, sa main terrifiante, comme un appendice d’acier monstrueux, ses cheveux plus noirs que la plus noire des nuits…
Maudits fussent maître Tarquin et maître Baelon! L’affecter à la plaisance d’un être aussi abject, aussi vil. On lui avait bien dit de tout faire pour lui être agréable, mais lorsqu’elle lui avait proposé son aide, quand il s’était subitement arrêté, redressé pour se retourner, elle avait réellement cru qu’il allait l’embrocher avec son épée, dans l’instant. Elle s’étonnait d’être encore en vie.
Mais était-ce réellement un bienfait? Après tout, elle allait devoir le voir à nouveau, tous les jours jusqu’à ce qu’il partisse ou qu’il se trouvât une épouse - et Malon plaignait la malheureuse. Rien qu’à l’idée de ce qui l’attendait durant la nuit à venir, elle eut un haut-le-cœur et ne réprima qu’à grand peine ses vomissements.
Elle avait pénétré dans un des petits boudoirs mis à la disposition des invités, où elle pouvait pleurer tout son saoul sans être dérangée. Ses sanglots étouffés ne semblaient pas vouloir s’arrêter, ce n’était que parce que sa main tremblait de trop qu’elle n’avait pas encore tailladé son poignet avec le coupe-papier doré qui trônait à côté d’elle sur le sol.
Oui, mourir était sûrement la meilleure solution. Quand maître Tarquin lui avait fait quitté le service de la Princesse, elle en avait été heureuse, mais ce n’était que l’arracher au joug d’une esclavagiste violente pour mieux la jeter en pâture à un monstre. La mort seule pouvait la délivrer. Elle eut une pensée pour son père, son pauvre père, qui se mourrait de chagrin à coup certain. Mais qu’y pouvait-elle? Après tout, c’était un peu de sa faute à lui, si elle était malheureuse. S’il n’avait pas eu la bonne idée de se faire anoblir, elle serait encore serveuse à l’Auberge de Marine, où les gens étaient si gentils, si doux, si compréhensifs, si rieurs. Ici, dans ce maudit château, tout le monde était froid, hypocrite, venimeux! Les pierres étaient froides, les lits étaient froids, les foyers étaient froids, les portraits étaient froids, les tapisseries étaient froides, tout n’était que froidure. Elle ne voulait plus de cette vie.
Résolue, elle posa la main sur le coupe-papier. Elle remonta sa manche, la vision obscurcie par les larmes. Peu sûre quant à la méthode à employer, elle leva l’arme improvisée, pointe en bas. Mais quand elle fit mine de se planter, une main forte et calleuse s’abattit sur son poignet et d’un mouvement l’obligea à lâcher l’objet. Malon poussa un cri et releva vivement la tête.
-Quoi qu’il t’ ait fait, ce serait une erreur de gâcher ta vie.
C’était la femme barbare. Les hoquets de terreur de Malon lui restèrent en travers de la gorge, tant elle fut subjuguée par le regard cette femme. Un regard d’une force incroyable, d’une assurance qu’elle n’aurait jamais, d’une férocité de bête, et pourtant d’une intelligence redoutable. La courtisane n’avait jamais vu quelqu’un comme ça, et aucune des Lady ne possédait une aura aussi exceptionnelle. En sus de ce regard, de ces traits farouches, toute sa silhouette était une ode à la puissance et à la grâce féline et magnanime.
-Je t’ai vue sortir de sa chambre en pleurant, alors je t’ai suivie. J’ai bien fait, dirait-on.
Malon ne pouvait articuler un son, totalement tétanisée. Ses yeux n’arrivaient pas à se détacher des prunelles émeraudes de sa vis-à-vis. Feena lui lâcha le poignet et s’assit en face d’elle, dans un craquement de cuir.
-Qu’est-ce qu’il t’a fait?
-Je…
Rien d’autre ne parvint à franchir ses lèvres.
-Il t’a touchée?
-Non…
-Il t’a menacée?
-Non…
-Il t’a frappée alors?
-Non, non… Je…
Malon réalisa soudainement, et d’une certaine façon cela lui fit mal, qu’en réalité, le Chien n’avait rien fait. Rien fait qui méritât qu’elle le traite de monstre. Il avait été courtois, et ne s’était pas formalisé de sa remarque sur son infirmité. Alors, oui, il était laid, mais ce n’était pas de sa faute, après tout.
-Non, fit Malon, retrouvant l’usage de la parole, il… Il ne m’a rien fait. Rien du tout. C’est plutôt moi, à la vérité qui… Je suis une idiote.
Feena se passa une main dans les cheveux, avec un petit soupir que Malon qualifia de soulagé.
-Vous… Vous le connaissez depuis longtemps?, demanda la courtisane d’une petite voix.
La barbare eut un sourire amer.
-Plusieurs années.
-Comment vous êtes-vous rencontrés?
-Il a tué mon fils et mon compagnon.
Malon porta une main à sa bouche, honteuse.
-Pardonnez ma grossièreté, je ne savais…
-Ce n’est rien. Et puis de toute façon, ils reposent en paix maintenant. Il leur a fait l’honneur d’une belle mort, une mort de guerrier. Ils étaient tous deux sur lui, en même temps, et pourtant il les a balayés…
Feena se plongea dans ses souvenirs, les yeux dans le vague.
-Mais ne te méprend pas. Je ne le hais pas. Je le respecte. C’est un grand guerrier.
-On dit qu’il a tué plus de cent hommes.
-C’est en deçà de la vérité.
Devant le hoquet de stupeur de Malon, Hurlebataille ajouta.
-Mais ne te fie pas à son apparence. C’est… C’est un homme bon. Ce n’est pas un monstre. Juste un soldat qui s’acquitte de son devoir envers son maître.
Curieusement, ces paroles soulagèrent Malon. Elle sentait intimement qu’elle pouvait croire cette femme, et cela la réconforta. Elle lui avait sauvé la vie, après tout.
-Je… J’ai été affectée à son service, confia-t-elle.
-Alors crois en mon expérience, tu n’as rien à en craindre. Il est civilisé, et en cinq années passées à le côtoyer, je ne l’ai jamais vu toucher une femme ou se mettre en colère.
Feena se remit debout, et tendit la main pour aider la jeune femme à en faire de même.
-Bon, je dois prendre congé. Je suis attendue à ce fameux banquet.
-Oui, oui, bien sûr.
La barbare se dirigea vers la porte, et avant de l’ouvrir se retourna.
-Ha. Une dernière chose à propos du Chien. Il ne sourit jamais. En fait, ce n’est pas qu’il ne le fait jamais, c’est juste qu’il ne le peut pas.
Elle toucha ses lèvres là où Locke Sanks avait une cicatrice.
-Ho. Je vois. Je m’en souviendrai, répondit Malon en hochant la tête.
Feena fit mine de sortir, puis avant de refermer derrière elle, jeta un dernier coup d’œil à la courtisane.
-En fait, si tu dois craindre quelqu’un, crains plutôt le Héros.
La porte se ferma sans un bruit.
« Modifié: samedi 18 août 2012, 15:39:28 par Great Magician Samyël »