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Communauté => Créations Artistiques => Littérature, Fictions => Discussion démarrée par: Great Magician Samyël le vendredi 16 mars 2007, 17:47:07

Titre: La Tour du Rouge : [Random | Très court] Sans titre #1
Posté par: Great Magician Samyël le vendredi 16 mars 2007, 17:47:07
La Tour du Rouge.

Ou les écrits du Great Magician Samyël.


La Tour s'élève au milieu d'une plaine poussiéreuse battue par les vents. Elle n'est pas très grande et a connu des jours meilleurs. Seul son toit d'ardoises rouges, en flèche, la distingue des autres tours de ce genre. La porte d'entrée est modeste, un unique anneau de fer l'orne. Le battant s'ouvre en grinçant mélancoliquement sur ses gonds, révélant une unique pièce abandonnée et obscure, sentant le vieux parchemin et l'encre. Un escalier en colimaçon au centre permet d'accéder aux différents niveaux, où des centaines de volumes pourrissent sur des étagères trop pleines. Un panneau, fixé au sol par quatre clous rouillés, se dresse à côté de l'escalier. Dessus est inscrit :


"Bonjour, ami voyageur.
Fais comme chez toi.
Il y a des sièges à chaque étage, et les domestiques se feront une joie de te fournir tout ce que tu demanderas.
Attention toutefois, il est interdit d'emmener un ouvrage.
Le chien pourrait devenir méchant.
Bonne lecture."

#Sommaire.

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Trilogie du Triangle
-Fan Fic Zelda-


-The Legend of Zelda : Triangle de Pouvoir : [ACHEVÉ]

Triangle de Pouvoir est un chassé-croisé de destins et de personnages hauts en couleur dans une Hyrule revisitée et totalement refaçonnée. Oubliez ce que vous saviez de la Saga, et découvrez un monde de tromperie et d'héroïsme mal placé, où personne n'est vraiment ce qu'il semble être. [Dark Fantasy]


#Table des matières.

(Liste des personnages principaux, contient du spoil pour qui n'aurait pas achevé la lecture de la première partie.) (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg312861.html#msg312861)

-PREMIÈRE PARTIE-

Prologue -Tarquin- (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg304023.html#msg304023)
I -Le Chien- (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg304372.html#msg304372)
II -Kaepora- (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg304530.html#msg304530)
III -Malon- (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg304653.html#msg304653)
IV -Le Chien- (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg304849.html#msg304849)
V -Linebeck- (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg305104.html#msg305104) /!\ Présence de scènes explicites
VI -Tarquin/Le Chien/Malon- (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg306201.html#msg306201)
VII -Kaepora- (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg308686.html#msg308686)
VIII -Dumor- (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg308912.html#msg308912)
IX -Le Chien/Saria/Malon/Le Chien/Ishtar- (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg309064.html#msg309064)
X -Le Chien- (1ère partie) (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg309898.html#msg309898)(2e partie) (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg312548.html#msg312548)

-DEUXIÈME PARTIE-

XI -Feena- (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg312861.html#msg312861)
XII -Lars- (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg313783.html#msg313783)
XIII -Malon/Ishtar/Tarquin- (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg316927.html#msg316927)
XIV -Linebeck- (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg317238.html#msg317238)
XV -Kaepora- (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg317462.html#msg317462)
XVI -Tarquin- (1ère partie) (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg318749.html#msg318749)(2ème partie) (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg320600.html#msg320600)
XVII -Linebeck- (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg320917.html#msg320917)
XVIII -Feena- (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg327235.html#msg327235)
XIX -Kaepora- (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg335622.html#msg335622)
XX -Le Tournoi- (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg348442.html#msg348442)

FIN


-The Legend of Zelda : Triangle de Haine :  [EN COURS]

Triangle de Haine est le deuxième volet de la trilogie du Triangle. Alors qu'Hyrule s'embourbe dans la crise et la guerre civile, les nations voisines ourdissent des plans d'invasions qui risquent de sonner le glas de la nation Hylienne. [Dark Fantasy]


#Table des matières.

-PREMIÈRE PARTIE-

Prologue -Keeta- (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg351737.html#msg351737)
I -Feena- (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg353321.html#msg353321)
II -Roy- (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg353382.html#msg353382)
III -Mikau- (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg376952.html#msg376952)


-La Pièce d'Argent : Prologue au Triangle de Pouvoir : [NOUVELLE]

Ecrit à l'occasion du concours d'écriture 2012 organisé par Krystal pour le premier tour, ce court texte se place dans le même univers que la Trilogie, et relate des évènements antérieurs au début de Triangle de Pouvoir. Il est recommandé d'en faire la lecture après avoir achevé Triangle de Pouvoir. [Dark Fantasy]

Texte intégral (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg348445.html#msg348445)


-Tarquin le Tambourin : [NOUVELLE]

Sans être vraiment un prologue à la Trilogie, Tarquin le Tambourin (Initialement écrit pour le concours de l'Hyrulo-Vision organisé par GdO) n'en reste pas moins le texte fondateur de l'univers du Triangle. On y retrouve le personnage de Tarquin Qu'un-Oeil (bien que dans une version différente) ainsi que quelques thèmes évoqués dans la Trilogie. Le texte est un peu vieux, mais je pense qu'il peut être intéréssant pour ceux qui sont curieux de savoir d'où est venue la Trilogie. [Récit]

Texte intégral (http://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,2326.msg119787.html#msg119787)

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[align=center]Le Cycle du Rouge[/align]



Livre I : La Fin du Rêve.



Chapitre 1: Solanéa. (Première Partie)


L’automne arrivait doucement, la bise s’intensifiait, et les arbres se paraient de couleurs plus chaudes. Pourtant, si loin dans le sud, sur la petite île de Solanéa, l’été était encore bien présent. Le Soleil tapait fort et l’on  paressait à l’ombre. On tondait les moutons, pour récupérer la laine Solanéene, prisée par les grandes dames du Nord, du Continent.
Solanéa n’était pas bien grande, pour certain un simple îlot comparé à l’immensité du Continent. Il y avait sur cette île, un petit village reculé, perdu à la pointe méridionale de l’île, niché en haut d’une falaise et bordé d’une forêt de sapins. Ce n’était guère qu’un hameau, composé d’une dizaine de maisons. On appelait ce lieu la Dent d’Ours, en raison de sa position géographique. A dire vrai, seuls les gens de l’île connaissaient la Dent et les gens du Continent l’avaient depuis longtemps oubliée.

Il y avait donc une forêt de sapins, en bordure du village. Une forêt aux arbres serrés, où régnaient l’obscurité et l’humidité et avait de ce fait acquis la réputation d’être hantée par quelques esprits. Il fallait également faire attention car le bois se finissait sans crier gare sur un à-pic vertigineux à flanc de falaise qui vous entraînait vous briser sur les rochers.
Et malgré tout cela, nombre de voyageurs venaient arpenter les sentiers à peine dessinés de cette forêt. Parmi eux, se trouvait un jeune garçon, originaire de la Dent. Il ne devait avoir que six ans, ou pas loin, mais il vagabondait dans la forêt sans crainte ni peur, peut-être par inconscience… ou par courage.
En ce temps, le trafic maritime avait fortement évolué et les navires charriaient avec eux les rumeurs de la guerre, et nombre de réfugiés cherchant abris à Solanéa. Parmi eux se trouvait un homme d’âge mûr, vêtu d’une robe ample et auburn. Avec lui cheminait une jeune femme, très belle de visage et aux manières douces. Si fait, ils avaient entendus parler de la Dent de l’Ours et c’est vers ce lieu qu’ils se dirigeaient d’un pas pressé, quoique sûr. Ce faisant, ils pénétrèrent dans la forêt qui bordait la Dent. L’homme rassura sa compagne d’un murmure et ils pressèrent leur âne qui rechignait à entrer. Ils progressèrent quelques instants sans rien croiser, et au bout d’un moment ils s’assirent sur le tapis de mousse qui recouvrait le sol du bois et ils firent un repas de pain et de fromage.
-Vous qui êtes entrés en mon domaine, vous qui ne craignez pas mon courroux, acquittez-vous du droit de passage ou rebroussez chemin dans l’instant, fit soudain une voix surgie de nul part.
Elle se voulait forte et menaçante, mais le son était si aigu qu’on devinait la candeur de l’enfance. L’homme se leva, ramassa son bâton de marche et leva son autre main, souriant.
-Je vous demande pardon, messire, mais nous ignorions que cette forêt était vôtre. Nous ne sommes que de simples voyageurs sans argent et nous ralliions la Dent de l’Ours. Montrez-vous, messire, et nous pourrons parler.
Un buisson s’agita un peu à l’écart du sentier qu’ils suivaient. Un petit garçon en sortit. Il était de taille moyenne pour son âge. Ses cheveux, d’un rouge sombre comme le sang séché, lui arrivaient aux épaules en mèches indisciplinées. Son regard vert intense et résolu fixait le voyageur dans les yeux. Il était habillé d’un vêtement en toile grossière et portait au côté un long bâton droit, à la manière des chevaliers, qui devait lui peser vu qu’il se penchait un peu vers la droite.
-Je suis le Maître de la forêt, un chevalier de premier ordre, mais vous pouvez m’appeler Samyel.
L’homme s’inclina avec un sourire.
-Messire Samyel.
-Vous voulez passer …
-C’est exacte Messire.
-Messire Samyel, le corrigea-t-il. Il vous faut vous acquitter d’un droit de passage.
-Nous n’avons pas d’argent, Messire Samyel.
-Je ne vous en ai pas demandé.
-Que voulez vous, messire Samyël ?
-Battez vous contre moi.
-C’est impossible. Je ne suis pas un guerrier, messire Samyël.
Le garçon s’assit sur une souche, un peu à l’écart du sentier. Son regard intense ne quittait l’homme. « S’il avait été plus vieux, je l’aurais cru s’il m’aurait dit être chevalier », pensa-t-il. Il y avait dans son regard un éclat, une flamme de bravoure, et, malgré son très jeune âge, on l’aurait cru capable d’affronter n’importe quel adversaire.
-Dans ce cas enseignez moi quelque chose, reprit le garçon.
-Que voulez vous savoir, messire Samyël ?
-N’importe. Du moment que c’est quelques chose que je ne connaisse pas ni votre nom.
-J’ai 31 ans.
-J’en suis heureux.
-Me laisserez vous passer, messire Samyël ?
-Non.
-J’ai remplis votre condition.
-Certes non.
-Je vous ai appris quelque chose.
-Je ne le pense pas.
-Je vous ai dit mon âge, et j’aime à penser que vous ne le connaissiez pas, messire Samyël.
-Si, répondit le garçon.
-Et comment cela ?
-Je suis magicien. Ne vous l’avais-je point dis ?
-Je ne pense pas.
-Dans ce cas vous me devez une faveur.
-Pourquoi cela ?
-Je vous ai appris quelque chose. Il est donc normal que vous me donniez quelque chose en retour.
L’homme sourit devant l’intelligence poignante de l’enfant.
-Permettez moi d’insister, messire Samyël, mais comment avez vous fait pour connaître mon âge, comment vous y êtes vous pris ?
-Et bien c’est simple. Je vous ai jeté un envoûtement.
-Vraiment ? Quel genre d’envoûtement ?
-Un magicien ne révèle jamais ses secrets.
-C’est exact. Maintenant que je sais que nous sommes confrères, je me permets donc de ne plus vous donner du messire.
Le garçon en resta un moment interdit. 
 -Vous êtes magiciens ?
-C’est encore exacte.
-Vous êtes le premier que je rencontre. Mais n’allez pas croire que vous m’impressionner, je suis chevalier !
-Je n’en ai jamais douté un seul instant (et en un sens, c’était vrai…).
-Dans ce cas enseignez moi la magie.
-Je ne le puis.
-Pourquoi ?
-Je ne sais même pas si vous êtes apte à pratiquer les Arts.
-Je le suis.
-Comment le savez vous ?
-Je le sens.
-Intéressant. Il faudra que nous en reparlions dans un futur prochain. Vivez vous à la Dent ?
-Oui. Enfin non. J’habite la petite maison au bord de la falaise, tout au sud du village, avec Grand Père.
-Parfait. C’est là bas que nous nous rendons, ma femme et moi, pour emménager.
-Dans ce cas vous pourrez tenir votre promesse et vous me parlerez de la magie.
-Sans problème. Puis-je poursuivre notre route ?
-Oui.
Le mage remercia l’enfant et repris le petit sentier qui zigzaguait entre les arbres. Lorsque sa compagne voulut le suivre, le garçon l’en empêcha en lui barrant le chemin avec son bâton.
-Désolé, mais vous n’êtes pas encore autorisée à passer.
La femme parut surprise au début, puis adressa à Samyël le même sourire doux qu’aurait eu une mère pour son fils.
-Enseignez moi quelque chose, où battez vous contre moi, comme vous préférez.
Elle le prit alors dans ses bras, et le serra contre son cœur, tendrement. Le garçon en perdit tous ses moyens, et lorsqu’elle se sépara de lui, il resta debout, interdit. Le couple repartit, et lui resta ainsi un moment.
Il ne le savait pas encore mais il venait d’apprendre une chose fondamentale.[/list]
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Ganon d'Orphée le vendredi 16 mars 2007, 17:48:59
Je dois dire que ce cycle est très très bien. Vraiment je conseille aux membres de le lire, c'est très bien écrit et l'histoire vous emporte au fur et à mesure de son avancement.

Vraiment, beau boulot Samyël !
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Prince du Crépuscule le samedi 17 mars 2007, 12:55:59
C'est très bien écrit, Samyël, c'est un début très prenant et prometteur pour la suite, j'apprécie la manière dont tu plantes le décor et l'intrigue, le calme avant la tempête si l'on préfère. Je ne trouve pas ton style lent et lourd, mais je ne suis pas un très bon exemple pour juger de cela, puisque je lis beaucoup! Moi je me serais même plus appesanti sur la description, dans la retranscritption d'ambiance, quelques membres en sont témoins! ^^ Tu mènes bien le dialogue, en le faisant progresser de manière intéressante et attachante, tes personnages se démarquent dès le début, surtout Samyël, car c'est le héros bien évidemment, lui conférant une prestance et une personnalité attrayantes dès le départ. J'aurais quant à moi plus insisté sur les perceptions sensorielles et le toucher des senteurs narratives, ou alors glisser ces notions poétiques qui me sont chères, mais là n'est que mon style, je ne puis t'y contraindre, et puis j'aime bien ton récit comme il est.

C'est drôle, mais j'ai une légère impression de retrouver dans tes écrits une part à la Ganon d'Orphée, je vous trouve assez similaires, comme dans la situation initiale sur une île isolée, l'enfant vivant paisiblement loin de la guerre avec un membre autre que ses parents, le vieux magicien qui débarque sur l'île... Franchement, il faudrait que tu lises la fiction de Ganon d'Orphée, Samyël, je t'y invite fortement que tu puisses en juger de toi-même, d'autant que c'est très bien écrit et prenant! J'ai hâte de voir comment cela se démarquera, comment l'intrigue évoluera et de la manière dont tu la dépeindras, j'attends la suite avec une certaine impatience, cher confrère! Je conseille aux membres de lire ce début de fiction, c'est très plaisant! Bonne continuation, Great Magician Samyël!:)
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le samedi 17 mars 2007, 18:09:49
Merci à vous deux pour vos commentaires ^^

Ganon d'Orphée le confirmera, j'ai écrit ce chapitre avant que lui même n'écrive le début de son histoire Fortune, que j'ai lu ^^
Pour ma part, j'avoue m'être inspiré d'autres auteurs pour le début de mon histoire, en particulier Ursula.K.Leguin (une auteur americaine que j'adore^^). Et en plus, mon "vieux mage n'a moi", il a que 31 ans ^^

Place mnt au récit, avec la suite et fin du chapitre 1^^


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Chapitre 1: Solanéa. (2e partie.)


Le mage s’appelait Rirjk et sa femme Erika. Ils étaient tous deux originaires d’un petit royaume, loin dans le Nord. Si elle ne parlait pas beaucoup, lui répondait volontiers à toutes les questions qu’on lui posait.
Ils s’installèrent dans la petite hutte qu’habitait avant la veuve du tanneur, un tout petit peu à l’écart du village. . Celle-ci était morte de vieillesse, un matin d’automne, mais on avait découvert le corps qu’une semaine plus tard… La pauvre avait quitté ce monde seule et ignorée de tous…
Sur Solanéa, toutes les maisons étaient faites de torchis et de chaume, des denrées qu’on trouvait en abondance sur l’île. La Dent ne comptait que six maisons, quatorze âmes et quelques têtes de bétail. 
La femme de Rirjk, Erika, était enceinte et arrivait à son terme aussi ne tarda-t-elle guère à donner naissance à son fils. Ils le nommèrent Erik.
Dès qu’il le pouvait, Samyel se rendait chez eux, conformément à la promesse de Rirjk.
-Tu dois t’acquitter de ta dette, lui dit un jour le jeune garçon, deux ou trois jours après leur rencontre.
Rirjk alluma un feu dans le petit âtre de pierre qu’il avait construit. Puis il y mit à cuire deux lapins qu’il avait achetés et dépecés la veille.
-Très bien, fût sa réponse. Que veux-tu savoir ?
Le garçon resta un moment pensif. Il voulait tout savoir tout de suite ! Peu avant sa venue, il s’était débarbouillé à la fontaine claire qui coulait dans «sa » forêt. Et grâce à cela, Rirjk put s’émerveiller de la couleur des cheveux de l’enfant, jusque là cachée par la crasse. Un magnifique rouge sombre, semblable au sang séché….
-Parle-moi de ce que je dois savoir.
Encore une fois, Rirjk s’étonna agréablement de la finesse d’esprit de Samyel.
-Fort bien. Hum… par où commencer ? (il sortit un fin morceau de craie d’une des nombreuses bourses suspendues à la cheminée par des clous.) Fais tourner les lapins ! Bon ! Tout d’abord, tu dois savoir que l’Art se divise en sept disciplines distinctes, avec quelques ramifications pour certaines. (il commença à écrire des mots à même le sol ; Samyel s’en émerveilla car c’était la première fois qu’il voyait des lettres)
Il désigna l’un de ces mots.
-Ce sont des symboles magiques ? C’est un enchantement ?
Rirjk rejeta la tête en arrière et partit d’un grand éclat de rire. Il ébouriffa les cheveux du garçon   .
-Non, Non, rien de tout cela. C’est ce qu’on appelle «l’Ecriture ». Tu vois, chaque symbole, c’est une lettre. ( il désigna la première lettre d’un des mots) Ça, c’est un « A ».
-Aaaaa… prononça Samyel avec un rictus comique.
-Voilà ! Là, c’est un « L », ici un « T » etc… De fil en aiguille ça donne A-L-T-E-R-A-T-I-O-N. Grâce à l’Ecriture, on peut… comment expliquer… s’exprimer, au  travers d’un support visuel.
Émerveillé, mais ne saisissant pas encore toute l’ampleur de ce système, Samyel enchaîna les questions :
-Combien y-a-t-il de lettres ? Doit-on les écrire dans un ordre précis ? Comment s’écrit mon nom ?
-Holà ! Holà, calme ta fougue. Regarde. Tu as oublié les lapins. Ils vont mal cuire.
Samyel s’empourpra et bredouilla une excuse. 
-Les réponses à tes questions viendront avec le temps. Pour l’instant, réintéressons nous à nos sept Disciplines.
Le temps était doux, et le feu émettait une agréable chaleur. Dans le lointain, on entendait les cloches d’un troupeau de moutons.
-La magie se divise donc en sept disciplines, sept branches qui forment un tout, qu’on appelle l’Art ; la magie. Ici (il pointa avec sa craie l’un des mots qu’il avait écrit), nous avons l’Altération. Pour ne rien te cacher, c’est la discipline que l’on considère comme « vulgaire ». Beaucoup de mages se refusent à la pratiquer, sous prétexte qu’elle est indigne d’eux…
Rirjk n’avait pas l’air de porter ces hommes dans son cœur.
-Pourtant, enchaîna-t-il,  c’est une des discipline la plus difficile à maîtriser dans les niveaux supérieurs.
-Quelle est sa nature, à quoi sert-elle ?
-Une très bonne question. J’y venais. Par définition, c’est l’art d’influencer la matière pour modifier la réalité présente. Je sais, c’est pleins de termes compliqués mais arrête de me regarder avec ces yeux là. Concrètement, avec cette discipline, je peux changer la réalité de ce morceau de craie pour en faire quelque chose de nouveau.
Pour illustrer son propos, il prononça deux mots de pouvoir, et la craie dans un crépitement chargé d’énergie visible, se modifia et pris la forme d’un petit homme, de la taille d’un pouce. Samyël, éberlué, s’était reculé en rampant, instinctivement.
-Et bien, messire Chevalier, je pensais que rien ne vous faisait peur ?, rappela ironiquement Rirjk.
Son amour propre reprit le dessus et Samyël se rapprocha de nouveau.
-Hum…, non, non, bien sûr que non. Un moment d’égarement, sûrement.
Rirjk sourit.
-Ce n’est qu’une des propriétés de l’Altération. On peut, et c’est à cause de ça qu’on la qualifie de la sorte, on peut aussi créer des illusions, en déformant la réalité de l’air.
Le gamin hocha la tête, sans vraiment comprendre.
-La deuxième discipline, c’est l’art de l’Evocation, ou de l’invocation, les deux termes s’emploient. C’est l’art « d’appeler »… des choses.
-Quels genres de choses ?
-Mm…. Beaucoup de choses… Des animaux, des esprits de la nature, des…
Rirjk s’apprêtait à dire quelque chose mais se ravisa au dernier moment.
-Je suis désolé, mon garçon, mais je ne peux pas t’apprendre grand chose sur le sujet. Moi même je ne la pratique pas… Enfin, la leçon est finie pour aujourd’hui.
-Ho, non ! S’il te plaît, j’ai encore beaucoup de questions !
-Et moi j’ai faim, et voilà justement ma douce et tendre qui revient. Tu manges avec nous ?

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Etant donné que le texte est plus court, j'en profite pour placer une nouvelle que j'avais écrite pour un concours organisé par NicO l'année dernière. Elle met en scène un personnage, Falenz (se prononce Fa-Lé-N-Ze), qui apparaîtra dans le Cycle, beaucoup plus tard^^ (cependant, ce n'était qu'une version d'essaie de ce perso sur le plan psycologique). j'en dis pas plus... J'attends vos avis ^^ (hey une dernière chose, l'action ne se passe pas dans le monde de Samyël)
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Falenz

-Plus de puissance !, hurla Falenz pour se faire entendre dans la tourmente. Bâbord toute ! Canonniers ! A vos pièces !
Une agitation frénétique régnait sur le pont du Nostradamus II. Un bruit sourd se fit entendre tandis que des planches étaient littéralement arrachées du pont. Autour du l’immense vaisseau, une tempête se déchaînait, vrillant le ciel alentour d’éclaire. Des vents d’une extrême violence ballottaient le navire comme un fétu de paille, et cela malgré la puissance impressionnante de ses réacteurs.
Falenz s’accrocha au bastingage pour éviter de passer par-dessus bord –et une belle chute de plusieurs kilomètre avec.
Une deuxième détonation rugit dans le lointain. Une bref lueur éclaira les cieux agités, fonçant vers le Nostradamus. Une explosion ébranla le massif vaisseau et un homme se retrouva avec la moitié supérieur du corps en moins.
-On nous tire dessus Capitaine !, rugit le timonier.
-J’avais remarqué Mr Smith !, répliqua Falenz.
D’un regard noir, le capitaine sonda la masse de nuages, cherchant un ennemie sur qui décharger les réserves de munitions de son bateau.
Une tempête lumineuse éclata devant ses yeux, l’aveuglant. Un rugissement du diable lui vrilla les tympans.
-Captinaiiiiiiine !!! Baissez vous ! Vite !
L’enfer se déchaîna sur le pont du Nostradamus.

Il viendra du ciel…
Cette phrase tournait et tournait dans la tête de Denna.
La jeune femme reporta son attention sur la carte qu’elle étudiait. Bien qu’elle y soit habitué, l’immensité du monde qui l’entourait la terrorisait toujours. Sa ville n’était qu’un grain de poussière dans l’univers !
-Quelque chose te tracasse, denna ?, demanda une voix grave.
Se soustrayant à l’emprise quasi hypnotique du parchemin, elle leva la tête. L’homme qui lui avait parlé se nommer Uriel. Enfin, se nommait Uriel.
Un spectre immatériel lui rendit son regard. De couleur bleu transparent, l’hologramme avait l’apparence de l’homme de qui il avait reçu la mémoire.
-Voulez vous que nous changions de registre ? Qu’est-ce qui vous ferez plaisir ? Mon programme contient nombre de sujet. Voulez vous étudiez les épopées homérique ou bien un peu d’histoire de l’art ?
-Homérique ? Qu’est-ce que cela veut dire ?
Un léger soubresaut parcouru Uriel. Il pencha un peu la tête et une voix de machine sortit de sa bouche.
-Erreur programme, erreur programme. Question non prise en compte. Changez de requête. Effacement des fichiers système dans dix secondes… neuf…
-C’est bon c’est bon ! Changement de requête !
L’hologramme ferma les yeux. Il y eut un léger bip.
-Je suis votre fidèle serviteur. Que puis-je faire pour vous agréer ?
Denna tapota son stylo contre sa lèvre inférieur pendant quelques instants, pensive.
Il viendra du ciel…

-Eteignez moi ce feu !, tonna Falenz tout en retirant sa chemise en flamme.
L’incendie se propageait comme une traînée de poudre. Plusieurs matelots avaient trouvé la mort, instantanément carbonisés.
Le navire volant fit une embardée, sous la poussé d’un vent particulièrement violent, ce qui lui permit d’éviter de justesse un tir ennemi. Le bref flash que la détonation dispensa permit à Falenz de localiser le vaisseau adverse.
-canonnier, à vos pièces !, ordonna-t-il.
Les canons alignés le long du bastingage furent rapidement en état de marche. Leurs servants les chargèrent en boulet qu’ils enflammèrent avec de l’huile.
-Visez ! Feu !
Les obus s’élancèrent vers leur cible à une vitesse hallucinantes. Depuis sa position et malgré la tempête qui diminuait sa vue, Falenz estima les dégât plutôt important.
Se retournant vers ses hommes, il avisa ceux subît par son propre navire.
Les flammes continuaient de dévorer le pont fait de planche en bois tandis qu’elles n’entamaient pas la coque en alliage. Cette dernière était l’aboutissement de plusieurs années de travaux intensifs de la part des mineurs de Kharkag, des nains qui vouaient leur vie au culte des Dieux Machines.
-Mr Smith ! Quatre vingt dix degrés bâbord ! Armez l’Obusier de proue ! Et éteignez moi ce feu !
Aussitôt, les hommes s’exécutèrent.

-Quelque chose te tracasse, Denna ?, demanda Uriel de sa voix grave.
Ses yeux vides d’émotions fixaient la jeune fille qui s’était levée pour observer quelque chose par la fenêtre.
-La tempête sera bientôt sur nous, constata-t-elle.
De lourd nuages d’orages avançaient lentement vers la ville, obscurcissant tout ce qu’ils recouvraient. De temps à autre, de brefs éclats lumineux –qu’elle prenait pour des éclairs- illuminaient le ciel obscure.   
-Je reviens !, lança Denna à l’hologramme tout en empruntant l’escalier qui menait au rez-de-chaussée.
Ses parents se tenaient sur le seuil de leur maison, fixant les cieux l’air inquiet.
-‘man, ‘pa ! Qu’est-ce qui ne va pas ?
Les deux adultes se tournèrent vers leur fille.
-Tu as entendu parler de ces pirates des cieux venus de Westmarch ?
-Ceux qui ont traversé Bilka et Myridion en ligne droite sur un navire à la pointe de la technologie volé au Gouvernement ?
-C’est ça. Et bien figure toi que ton père pense qu’ils sont en ce moment même en train de livrer bataille à une frégate de l’armée.
Cette information parut étonner la jeune fille.
-Mais d’après le dernier rapport ils auraient dû se trouver près de Sandrosis !
Pour toute réponse, son père lui tendit une petite longue-vue. Portant la lunette à son œil, Denna la dirigea vers la source des présumés éclaires.
Elle repéra aussitôt l’énorme bâtiment en feu. Sur sa coque était peint deux dents pointus, de chaque côté de la proue et son nom était inscrit en lettre capitale rouge : Nostradamus II.

L’Obusier était la plus grosse pièce d’artillerie encore jamais conçu pour un navire volant. Fixé à l’avant du vaisseau, sur un plaque tournante lui assurant une mobilité optimale, ce canon était capable de tirer des obus de plus de cinquante millimètres à une vitesse maximale de deux cent kilomètre heure. De plus, un ingénieux système de plaque coulissantes permettait de tirer à répétition avec un intervalle de deux à trois secondes entre chaque coup.
Les yeux rivés sur le bâtiment ennemie, Falenz supervisait la mise en place du canon.
-Chargez cinq boulet de trente ! Visez leurs réacteurs, si nous les immobilisons les aborder nous sera facile !       
Depuis la dernière salve, aucune riposte n’avait été tiré du camp adverse. Cela rassurait le capitaine du Nostradamus car cela signifiait qu’ils leur avaient sûrement détruit plusieurs canons.
Ses hommes s’affairaient toujours à endiguer l’incendie. Cela s’avérait plus difficile que prévus à cause du vent qui renforçait le feu. S’ils ne parvenaient pas très vite à enrayer la catastrophe, le pont risquait de s’écrouler.
Et ça, il ne pouvait ce le permettre !
Quelque chose tira sur son bras et le visage exsangue de la vigie lui apparut. Aussitôt, Falenz su que quelque chose n’allait pas car il avait rarement vu son officier dans un tel état.
-Que se basse-t-il Mr. Zarok ?
L’homme pointa son doigt vers le navire ennemie.
-Notre ennemie est un Capitaine Corsaire…
Falenz jura entre ses dents serrés.
Un Corsaire ! Il ne manquait plus que ça !
Se reconcentrant sur la bataille, il constata avec satisfaction que le feu était maîtrisé petit à petit.
-Obusier chargé capitaine !, cria un homme de la proue.
-Parfait ! Visez leurs réacteurs ! A mon commandement… Feu !
Les canonniers enclenchèrent la mise à feu. Les boulets partirent comme des flèches.
Des explosions se firent entendrent tandis que des trous impressionnants se formaient dans la coque du navire ennemi.
Une ovation salua cette performance.

Denna se remémora sa visite à la Voyante du village, quelques heures plutôt.
-Comment sera l’homme que j’aimerais ?
-Il viendra du ciel, c’est tout ce que je vois.
La jeune fille chassa ces souvenirs.
Une détonation lui fit lever les yeux. Les deux bateaux des cieux continuaient de se battre, avançant toujours vers son village. Le Nostradamus venait d’envoyer une salve particulièrement bien centrée, qui avait visiblement infligé de lourds dégâts à son adversaire.
Les villageois s’étaient réunis sur la place du village et tenaient un conciliabule.
-Que devons nous faire ?, demanda le père de Denna.
-Il faut les abattre ! Nous avons nos propres armes !
-Mais s’ils survivent, ils descendront sur nous !
-Si l’on ne fait rien, ils survivront de toute façon !
-Parvis a raison ! Que ceux qui tiennent au village me suivent aux canons !

-Messieurs, à vos armes ! Préparez vous à l’abordage !
Pendant que son équipage s’armait, le Nostradamus avala la distance qui le séparait de son opposant.
Falenz pouvait à présent voir les combattant du Rouge de Saliblie –le vaisseau du Corsaire- qui se regroupait en ligne devant le bastingage.
Le capitaine pirate sourit : Ils étaient nettement moins nombreux !
La proue du Nostradamus percuta le flan du Rouge de Saliblie. Un tremblement furieux parcourue les deux navires tandis que le Rouge se pliait sous l’impact.
Falenz fut rapidement de nouveau sur pied.
Brandissant son arbalète de poing, il visa le premier homme qu’il vit. Le carreau partit comme le vent.
Falenz était un tireur invétéré et son trait toucha l’homme en plein entre les yeux.
Deux des ses hommes apportèrent une petite passerelle qui relia les deux vaisseaux.
Vif comme l’éclaire, Falenz sauta dessus et, tirant son épée, tua l’homme qui voulait repousser le pont. Il bondit au-dessus de son prochain adversaire et le décapita. De l’autre main, il jeta son arbalète sur l’ennemi le plus proche, qui bascula par-dessus bord. Les pirates envahissaient le pont du Rouge. Les combats éclataient partout sur le pont du navire Corsaire.
Falenz fauchait ses ennemies avec une précisions mortelle, n’accordant que quelques secondes à ses adversaires avant de les achever. Il jubilait intérieurement.
Comme cela était facile !
Soudain, un changement dans l’air attira son attention. Par réflexe, il attira son allié le plus proche devant lui, juste avant qu’un éclaire ne le frappe. Réduit à un tas de cendre pulvérulent, ce qui restait du pirate roula sur le pont puis fut emporté par le vent furieux.
« Un Psychik ! », pensa Falenz.
Des yeux il chercha sa proie. Il bondit sur le côté, évitant de justesse un autre éclaire.
Le capitaine pirate arracha son bouclier à un ennemi et fonça vers le jeteur d’éclaires. Il évita d’autres tirs surnaturels puis bondit en avant, bouclier devant le visage et épée brandit. Il sentit un résistance alors que son bouclier prenait subitement feu. Il s’en débarrassa d’une torsion du poignet et retira son épée du corps du Psychik, un homme pouvant commander aux éléments. Enfin, qui pouvait.
Une secousse particulièrement violente ébranla les navires, jetant tous les combattants au sol. Plusieurs détonations retentirent, suivit par un horrible craquement. Falenz se releva d’un bond et pâlit, assistant impuissant à la chute de son bateau, et avec lui un bon nombre de ses hommes ainsi que toute sa fortune.

Des cris de joie jaillirent de la foule massée sur la grand’place. Les canons placés à intervalles réguliers sur les fortification étaient braqués vers le ciel.
Tous les villageois regardaient avec plaisir le grand vaisseau qui chutait doucement, comme dans un cauchemar, vers le sol.
Denna ne pu s’empêcher de vomir lorsqu’elle vit les petites silhouettes qui tombaient du navire…

-Mon bâtiment…, souffla Falenz, ahurit.
Tout le monde était dans le même état d’hébétude que lui. Mais les hommes du Corsaire se reprirent vite, tout comme les pirates. Les combats recommencèrent.
Malgré les lourdes pertes dû à la chute du Nostradamus, il ne resta bientôt plus que quelques hommes pour tenir tête à Falenz et son équipage.
D’un pas furieux, il se dirigea vers la cabine du capitaine, deux hommes sur les talon. Il ouvrit la porte d’un coup de pied rageur et entra précipitamment, épée au poing.
La pièce était spacieuse et élégamment meublée. Une grande carte était étalée sur un bureau, un tapis délicat couvrait le sol et des hublots donnaient vu sur l’extérieur.
Dans une alcôve, un homme leur tournait le dos.
De taille moyenne, il caressait une statue de chat en or qui lui arrivait au niveau du torse.
Falenz pointa son arme sur lui.
-J’ai pris votre navire… Et pour la perte du mien, vous allez devoir payer de votre vie.
Le Corsaire se tourna vers lui, un sourire aux lèvres.
-Je ne vois pas de quel navire vous parlez, par contre je suis sûr d’une chose : Je ne mourrait pas seul.
Et sur ces mots il s’écarta.
Falenz écarquilla les yeux de surprise et de peur.
Une mèche sortait de la tête de la statue et elle était allumée.
Une bombe ! Le Corsaire voulait faire exploser son navire pour détruire ce qui restait des pirates !
Jurant, Falenz abattit frénétiquement son épée sur la mèche qui rétrécissait à vue d’œil. Un ting sonore répondit à son attaque. Horrifié, le pirate remarqua que sa cible était protégée par un petit tube en métal transparent –un autre alliage nain.
Faisant volte-face, il se précipita vers la sortie, tandis que le Corsaire éclatait de rire.
-Ecartez vous, bande de crétins !, hurla Falenz à ses larbins.
Comme ils ne semblaient pas comprendre la situation, il les décapita d’un coup, puis enjamba leur corps pour sortir.
Courant comme un damné, il émergea sur le pont, sous les regards de ses hommes.
Paniqué et désespéré, il chercha un moyen de sortir de ce mauvais pas. Et n’en trouva aucun. Hurlant comme un fou, il sauta par-dessus bord.
Au même moment, le Rouge de Saliblie explosa.

-Ce n’est pas la peine, soupira sa mère, il n’y plus rien ici. L’explosion était trop puissante. Personne n’aurait pu y survivre, et encore moins à une chute pareille…
Ecartant un buisson, Denna entra dans la clairière où reposaient les restes calcinés du Rouge de Saliblie. Le carnage la fit frissonner.
Des membres humains à la chair calcinée gisaient un peu partout. Des débris explosés ou encore en feu étaient profondément enfoncés dans le sol.
-Ba… ce n’est plus notre affaire… Viens, Denna, rentrons.
-Oui maman…
Alors qu’elle se retournait, un bruit attira son attention. Son cœur fit un bond lorsqu’elle s’aperçut que quelqu’un était couché dans un fourré.
S’approchant, elle découvrit un homme de grande taille, aux cheveux bruns. Une épée rougie de sang était encore dans sa main. Des branches cassées gisaient près de lui. L’inconnu remua faiblement.
Denna se jeta par terre et lui releva la tête.
L’homme rouvrit les yeux.
-ça va ?, demanda la jeune femme.
Il hocha faiblement la tête.
-Qui êtes vous ?, continua-t-elle.
-Falenz…
-Vous êtes un pirate ?
Il fronça les sourcilles, cherchant dans sa mémoire.
-Je ne sais pas, avoua-t-il.
-Ce n’est pas grave. Je vais appeler des secours. Maman ! Il y a un survivant ! Ici !
L’inconnu lui sourit tristement puis referma les yeux.
Denna aussi sourît.
Il viendra du ciel… 
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le vendredi 23 mars 2007, 18:57:42
Hop hop, petit double post discret héhé ^^ Je mets en ligne le chapitre 2!

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Chapitre 2: Grand père.



Samyël remontait la petite pente qui le ramènerait chez lui, au bord de la falaise. La senteur des sapins et de la résine qui l’entourait le mettait de bonne humeur. Il avait la tête pleine de magie, de miracles et de rêves. Rirjk lui avait ouvert la porte sur un autre monde, un monde merveilleux, et il comptait bien l’explorer ! Les lapins, bien que mal cuits par endroits, s’étaient avérés délicieux et Samyël était repus. Il s’arrêta un moment pour contempler le paysage qui s’étalait à ses pieds.
Il apercevait les villages du nord de l’île, à peine plus grands que la Dent, mais pour l’esprit simple de Samyël, qui n’avait toujours connu que la nature et la campagne, ça représentait beaucoup de monde. Le ciel était clair et il parvint à distinguer le port de l’île, le plus au nord de Solanéa. Il était installé au seul endroit où il était possible d’amarrer des bateaux, car les côtes de l’île était faites de falaises qui s’élevait jusqu’à atteindre leur point culminant, ici, à la Dent d’Ours. Elles étaient hautes d’au moins quatre cents mètres ici, mais seulement une vingtaine aux endroits les plus bas de l’île. Ce port s'appelait Gontarion. Pour Samyël, ce devait être un endroit grouillant d’animations, avec des hommes partout, affairés à retaper des bateaux, décharger les produits, commercer… Il s’imaginait un endroit merveilleux, plein de vie. Car, secrètement, et même s’il aimait beaucoup sa chère forêt, ainsi que les hautes falaises où il s’asseyait souvent pour contempler le soleil couchant embraser la mer, secrètement, il rêvait d’autre chose. D’aventures. Son esprit d’enfant l’y aidait beaucoup, stimulant son imagination.
Et puis il y avait Grand-père.
Samyël l’adorait, d’une part parce qu’il était sa seule famille, d’autre part parce que c’était un homme bon, doux, tranquille, rieur et un fabuleux conteurs. Et des histoires, il en avait tout un tas. Et un des grands plaisirs de Samyel était d’écouter son grand-père, enroulé dans une couverture, le soir près du feu, lorsqu’il lui racontait une histoire. Sa préférée était la légende d’Aegir le Brave, et de ses fidèles chevaliers. Beaucoup considéraient cette histoire comme une fable, un vieux récit bon à amuser les enfants ou être chanté par les bardes, mais son grand-père tenait un tout autre propos. Pour lui, c’était Aegir (car il croyait dur comme fer que ce personnage avait réellement existé) qui avait forgé le monde d’aujourd’hui. Et il était d’ailleurs vrai que si l’on cherchait parmi les innombrables ouvrages de la Grande Bibliothèque de la cité Royale d’Arendia, parmi quelques tomes de généalogie, l’on pouvait découvrir que l’actuel roi d’Arch’Land était de la ligné d’un certain Aegir, qui aurait vécu durant la période sombre des années onze cent du calendrier. Aegir, donc, aurait fondé l’actuel Arch’Land, et ses nombreuses baronnies, qu’il aurait attribué à ses chevaliers, une fois sa quête accomplie.
C’était de là que Samyël voulait devenir Chevalier à la court.
Mais c’était un rêve, et même si le garçon voulait vraiment le devenir, il savait au fond de lui, que c’était irréalisable. Arendia, la cité royale, était si loin, sur le Continent. Le Continent… Ce nom évoquait pour Samyël quelque chose d’inconnu et de terrifiant, une angoisse profonde qu’il ne parvenait pas à refouler. Il se traitait souvent d’imbécile, pour avoir peur pour rien, que ce n’était pas digne d’un Chevalier. Pourtant… Pourtant, chaque fois qu’il posait les yeux sur l’immense masse sombre et terrible qu’était le Continent, s’étendant sur des milliers de kilomètres à l’horizon, chaque fois qu’il posait les yeux dessus, il ne pouvait s’empêcher d’éprouver un doute, une conviction profonde… Mais ça le dépassait et il n’y prenait pas garde.
Il arriva aux abords de la hutte. Son grand-père était assis sur le perron et fixait l’horizon, avec un léger sourire sur les lèvres. Il regardait souvent vers le Nord, avec dans les yeux comme… un regret. Un peu de mélancolie ou peut être de nostalgie. Samyël ne savait pas trop.
-Grand-père, je suis rentré !, lança-t-il joyeusement dès qu’il fut suffisamment proche.
-Ha, enfin. Je t’ai attendu. Il reste de la soupe.
-Non, ça ira. J’ai mangé avec Rirjk.
-Comment va-t-il ?
-Très bien ! Il m’a parlé de la magie ! Il a transformé de la craie en un petit bonhomme ! C’était magnifique !
-Tient donc, de la magie ?
-Oui, oui ! Il est magicien, à ce qu’il dit. Il m’a parlé de sept disciplines et de l’Art.
-Et que t’as-t-il dis ?
-Heu… beaucoup de chose, mais s’était compliqué et je n’ai pas tout compris. Mais en tout cas, c’était merveilleux ! Tu crois qu’il pourrait m’apprendre ?
-hum. Sans doutes. Si tu es suffisamment poli et sage.
Samyël s’assit à côté du vieil homme et ils regardèrent l’horizon qui ne tarderait pas à se teinter d’or.
- Grand père….
-Oui ?
-Qu’est-ce qu’il y a là bas (il pointa son doigt vers le Continent) ?
-Là bas… Il n’y a rien là bas. Il y a la guerre, la mort, le malheur…
-Mais… Tu y as vécu non ?
-Oui… et je regrette.
-Raconte moi comme était ta vie là bas, s’il te plaît.
Le vieil homme garda le silence, et l’espace d’un instant, seul le chant du vent fut audible.
-Non. Je ne peux et ne veux pas. C’est la seule histoire que tu n’entendras jamais.
-Pourquoi ?
-J’essaie de l’oublier, voilà tout…
Cette nuit là, Samyël eu du mal à trouver le sommeil. Il repensait sans cesse aux propos étranges de son grand-père. Qu’y avait-il de si terrible sur le Continent ? Sûrement rien. Mais… pourquoi avait-il cette étrange sensation chaque fois qu’il posait les yeux dessus ?
Il oublia bien vite ses doutes et ses interrogations. La magie, la magie, la magie ! Ce mot tournait et tournait dans sa tête comme une douce chanson. Pourtant, même s’il se sentait instinctivement attiré par cet art, il n’en oubliait pas moins ses rêves de chevalerie, de duel et d’épée. Et c’est en pensant à cela qu’il s’endormit.

-Alors le Seigneur descendit en ces terres et Il S’adressa à nous, pauvres brebis.
La foule était massée sur la place. Il faisait froid, en raison de la bise qui venait du nord. Tout le village était rassemblé là : le tanneur, le forgeron, le tailleur, le cordonnier, les mineurs et même les bûcherons, ainsi que les femmes, les enfants et les vieillards. Tous gardaient le silence et affichaient des visages fermés.
-Ne les écoutez pas ! Aidez nous !
Le cri venait du centre de la place. Cinq croix en bois massives étaient dressées, menaçantes, et étendaient leurs ombres noires dans le crépuscule.
-Silence, engeance du Mal !
Un gantelet d’acier se leva et s’écrasa sur le visage du malheureux Todd. Il y eu un horrible craquement, et quelques dents volèrent. Le pauvre homme s’écroula sur le pavé, la bouche en sang et ne bougea plus.
Un regard bleu, froid comme l’acier, parcourut la foule. Il remarqua quelques visages choqués, d’autre larmoyant, et certains regards haineux à son encontre. Il n’en avait cure. Après tout, n’était-il pas Eratius le Juste, grand Ordonnateur du Seigneur ? Il n’avait aucun compte à rendre devant ces bouseux.
Ce qui l’ennuyait le plus, c’était que ce mage –ce démon !- était peut être mort… Non pas que cela le dérangeait, mais cela pouvait donner une image négative à la populace de la Sainte Expédition.
Eratius se pencha un peu, dans un crissement d’amure et attrapa Todd par le col. Il le secoua un peu, mais l’autre ne remua guère. Il resta un moment prostré, se demandant que faire.
-Lâchez le !, cria soudainement un brave dans la foule. Il ne vous a, ou plutôt, vous ont rien fait ! On ne vous a rien demandé. C’est vous, les monstres, et non pas ces malheureux.
Un murmure abrobatteur parcourut la masse des paysans. Eratius, qui sentait la colère lui montait à la tête, se redressa lentement. Il s’avança, traînant le corps derrière lui et s’arrêta devant le fou qui avait osé braver sa fureur.
-Vous ne voyez donc pas ?
Eratius se maîtrisait pour ne pas éclater. Il ne fallait pas faire peur à ces gens, mais leur inspirer de la confiance.
-Ces créatures… ces mages… Ils vous mentent ! Ils vous parlent de miracles mais ce sont là l’œuvre du Mal !
-Peut être est-ce le Mal, mais lui nous soigne !
-Il protége nos champs !
-Guérie nos bêtes !
-C’est vous les monstres !
Eratius senti la colère lui montait à la tête. Ces misérables… comment osaient-ils ? C’était des insultes jetées à la face du Seigneur.
Il contracta son corps, et fit le vide dans son esprit.
-Vous ne m’avez pas écouté. Vous ne m’avez pas respecté, disait-il d’une voix calme mais ô combien terrifiante.
La foule en perdit un moment de sa belle assurance.
-Vous avez ouvertement refusé les Enseignements du Seigneur, mais pire que tout… Vous l’avez insulté, humilié ! (à présent il beuglait d’une voix forte et puissante)
Une lueur de fanatisme dément s’était allumée dans son regard.
-Et pour cela, reprit-il d’une voix monocorde et très faible, vous êtes perdus, j’aurais tenté de vous sauver.
Il rejoignit son lieutenant au centre de la place et jeta Todd sur le sol.
-Crucifiez les mages, matez tout début de révolte.
-Et que faisons nous d’eux ?
Eratius tira sa lourde épée ornée du symbole du Seigneur.
-Rappelez les troupes à l’intérieur du village. Ils sont déjà perdus, le Seigneur ait pitié de leur âme.
Le lieutenant eu un sourire féroce et acquiesça.
-Nous levons le camp au crépuscule. Qu’il n’y ait pas de survivants.


Le soir était tombé. La nuit avait repris ses droits et étendu son linceul de ténèbres sur le monde. En cette saison, la nuit était ponctuée du chant incessant de plusieurs insectes estivaux : grillon, criquet… Ici, dans les hauteurs de l’île, l’air était plein de petites lucioles, qui avaient l’étrange caractéristique de se colorer de différentes teintes. Et lorsqu’elles volaient dans la nuit, cela produisait un magnifique ballet de couleurs tournoyantes qui éclairait les alentours de chaudes couleurs : bleu, vert, rouge, jaune…    
C’était le spectacle favori de Samyël. Depuis qu’il était tout petit, il passait ses soirées d’été assis dans l’herbe à observer la magnificence de la scène.
Mais ce soir là, quelque chose le dérangeait. Un petit point orangé s’était allumé à l’horizon. C’était la première fois que cela se produisait. Le garçon avait beau y réfléchir, il ne parvenait pas à donner une explication au phénomène. En tous cas, une chose était sûre, cela se passait sur le Continent…
-Samyël, rentre, il est tard !, lança son grand père depuis la fenêtre de leur petite maison.
L’enfant hocha la tête et se releva.
-Dis grand père, commença-t-il en se retournant. C’est quoi ça là…
Il vit alors quelque chose de bizarre, qui lui fit un peu peur. Le vieil homme regardait fixement le point sur l’horizon, avec les yeux écarquillés et la bouche ouverte. Il avait tout de l’homme qui a peur.
-Ainsi donc il a fallut que cela arrive ?, murmura-t-il, suffisamment fort pour Samyël l’entende.
-Qu’est-ce qui est arrivé grand père ?
-Rien, rentre à présent, va dormir.
Le jeune garçon obéit. Alors qu’il s’étendait sur sa paillasse, il entendit des bruits de courses qui se rapprochaient. Son grand père était campé sur le perron de la demeure, mais il pu apercevoir Rirjk, essoufflé. Les deux hommes tinrent conciliabule en murmurant, si bien que le jeune garçon n’entendit pas leurs paroles. Mais il sentit la tension dans leur voix. Cela dura environ une dizaine de minutes. Après cela, Rirjk repartit et son grand père rentra. Samyël faisait mine de dormir.
-J’ai parlé à Rirjk, dit soudain le vieil homme. Il accepte de te prendre pour disciple. Tu commences demain…
Ensuite, il souffla la bougie et ils se couchèrent.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Prince du Crépuscule le dimanche 25 mars 2007, 18:36:19
Eh bien, Samyël, je dois dire que ton histoire avance pas mal! ^^ C'est très plaisant en tout cas, on en apprend plus sur le méchant de ton cycle, à savoir Eratius le Juste, et sa bande de fanatiques qui sont non me rappeler un certain capitaine Tobias Brogan, chef suprême du Sang de la Déchirure, clan qui traque tous les utilisateurs de magie en prétextant leur appartenance au Mal dans le cycle L'Epée de Vérité. Mais je dois dire que j'aime bien! Aussi on en apprend un peu plus sur la magie, le mage Rirjk est attachant tout comme Samyël, de plus l'ambiance sombre et épique d'un monde en péril me plaît bien, tout comme ces mystères et l'intrigue qui se développe, l'angoisse qui se profile à l'horizon, les ténèbres qui s'appesantissent sur ces contrées fantastiques. Les dialogues sont bien construits et avancent bien, ce qui rend le texte attrayant et lui insuffle une certaine vie. L'écriture est toujours aussi juste et les effets dosés convenablement, c'est agréable à lire et accrocheur, aussi j'attends ta suite avec une certaine impatience, pour constater de la suite des évènements! ^^

Eh bien, je viens de lire ta nouvelle, et je la trouve absolument époustoufflante! Je suis transi et émerveillé, c'est vraiment du beau travail, empli d'intentions, d'effets, d'une histoire fascinante, de personnages attrayants... L'intrigue est magnifiquement dévolopée, la bataille et ce monde dont tu as inventé les règles, doublé d'une atmosphère toute guerroyante, fantastique et épique sont dépeints d'une manière très plaisante et porteuse. Je ne regrette pas d'avoir lu, sincèrement, c'est très bien écrit et intéressant! :)

Bonne continuation Great Magician Samyël! ^^
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le lundi 26 mars 2007, 18:50:42
yop yop^^ Mise en ligne du chapitre 3^^

PdC (je me permets^^), merci pour tes commentaires^^ Continue, je les adore ; )


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Chapitre 3 :  De la difficulté d’apprendre.

 
  Samyël releva la tête avec un soupir rageur. Il jeta sa plume au loin et il sentit des larmes d’impuissance lui montaient aux yeux. Il les refoula. Il en avait plus qu’assez. Il avait mal au poignet et ses doigts étaient gourds.
-C’est pas juste !, s’écria-t-il. Tu m’avais promis de m’apprendre la magie !
Rirjk regarda l’enfant avec des yeux patients et détourna son attention du manuscrit qu’il lisait pour répondre.
-Ne sois pas si impatient. C’est un passage obligé de ton enseignement. Un magicien ne peut rien faire s’il ne sait pas lire ni écrire. Maintenant reprend ta plume et remet toi au travail sinon tu n’auras pas à manger ce soir.
Samyël grommela quelque chose dans ses dents mais s’exécuta. Cela faisait deux semaines que sa formation avait commencé. Et il regrettait déjà ! De l’aube au crépuscule, il remplissait des pages et des pages de parchemin. Un jour il ne devait faire que telle lettre car son maître trouvait qu’il ne les faisait pas correctement, un autre il devait écrire les vingt six lettres dans l’ordre des centaines de fois… Et lorsque qu’il n’y avait plus de papier ou d’encre, c’est lui qui devait descendre à Vallon Brumeux, la deuxième bourgade de l’île, située à deux kilomètres plus au nord de la Dent pour acheter les fournitures. D’autant plus que Rirjk lui avait interdit de prendre le sentier, mais de s’éreinter à travers la forêt. « Un magicien doit être fort de corps et d’esprit » avait-il dit…
A cela s’ajoutait le fait qu’il devait mériter sa pitance en travaillant d’arrache-pied. Mais le pire, c’est que Rirjk ne lui avait encore rien enseigné ! Il n’avait même pas vu un seul petit éclat de magie depuis deux semaines.
Et pour couronner le tout, son grand père était complètement pour ce traitement diabolique. Le jeune garçon se demandait combien de temps il pourrait survivre à ce régime.
Cependant, au milieu de la première semaine, Erika accoucha. C’était un petit garçon que ses parents nommèrent Erik. Depuis, Samyël s’émerveillait de voir la vie aux premiers jours. Il posait plein de question à la jeune mère lorsqu’il le pouvait, auxquelles elle répondait volontiers. L’événement lui avait permis de souffler un peu car son maître avait passé plus de temps à s’occuper de son enfant que de son jeune apprenti.
Samyël se rassit sur le petit tabouret de bois et repris son travail. Cependant, sa main droite était complètement hors d’usage, il décida de ne pas se plaindre pour pouvoir manger et essaya de la main gauche. Ses débuts furent assez périlleux. Sa main tremblait toute seule et son écriture devint presque illisible. Cependant, il persévéra et en fin de journée il commença à avoir du résultat. Certes très peu, mais la différence était là.
Rirjk se pencha soudainement par-dessus son épaule pour admirer le travail de son disciple.
-hum… C’est bien ! Continue de t’entraîner avec cette main là. Lorsque tu sauras écrire aussi bien de l’une que de l’autre tu en auras fini avec l’écriture.
Cette pensée rasséréna Samyël qui travailla avec plus d’ardeur encore.
Le soir, il quittait la demeure de Rirjk pour retourner dans sa propre maison. Son grand père l’y attendait alors et lorsque le garçon n’était pas trop fatigué, il lui racontait une histoire. Après cela, il s’endormait comme une masse et son grand père le regardait dormir en souriant.      

Un jour, peu de temps après, son maître déclara que Samyël savait écrire. Après cela, il sortit un nombre impressionnant de parchemins et en étala quelques uns devant le garçon. Il les désigna ensuite un par un, indiquant les dates auxquelles Samyël les avait écrits. L’enfant en resta bouche bée. Sans le remarquer, il avait fait des progrès énormes ! D’autant plus qu’avec son entraînement des deux mains, il avait gagné en dextérité de la main gauche.
-Je te félicite, dit son maître. Tu apprends très vite. Cependant, ton apprentissage est loin d’être terminé. Il te reste encore beaucoup à apprendre. Mais que cela ne te décourage pas ! Demain, je te laisse te reposer, profite en.
Samyël se reposa donc, et il fut surpris de voir à quel point il en avait besoin. Il fit part de ses progrès à son grand père qui le félicita.
L’entraînement repris.  
Tôt le matin, Samyël se rendit chez Rirjk. Ce fut Erika qui lui ouvra, son bébé dans les bras.
-Je suis désolée Samyël mais mon mari n’est pas là. On l’a appelé tard cette nuit pour s’occuper d’un enfant malade, à Gontarion. Tiens. Il m’a demandé de te remettre ceci afin que tu le portes à Lex.
Gontarion… Le seul port de l’île, à l’extrême nord. Ainsi donc la renommée du mage s’était étendue à toute l’île ? Afin de gagner de l’argent, Rirjk utilisait ses dons afin de rendre la vie plus simple aux gens : il soignait des maladies, s’occupait des blessures, réparait des outils… Cependant, il n’utilisait sa magie que très rarement. Lorsque Samyël lui avait demandé pourquoi, il lui avait débité un discours sur l’Equilibre que Samyël ne s’était pas donné la peine de retenir –il n’y avait de toute façon pas comprit grand chose…  

Lex vivait au Vallon. C’était un petit homme, plutôt grassouillet, mais très gentil que Samyël aimait beaucoup. Ils avaient déjà cheminé ensemble plusieurs fois. Il portait en permanence un manteau en fourrure brune. Cela lui conférait un aspect un peu frustre qui déroutait la plupart des gens qui ne le connaissaient pas. Ce que Erika avait remis à samyël était un petit bout de parchemin sur lequel était juste inscrit « commande ».
Se demandant ce que pouvait bien être cette mystérieuse « commande », Samyël se mit en route pour le voyage qui allait lui prendre une grande partie de sa journée.
Il s’éloigna de la maison de son maître pour rejoindre le village d’où débutait la piste. Le village à proprement parler n’était en fait qu’un rassemblement d’une dizaine de maisons. Il possédait un petit forgeron pour répondre aux besoins courants des villageois. Le forgeron avait un fils, de sept ans l’aîné de Samyël. C’était un jeune gars robuste et musculeux, mais taciturne. On ne le voyait pas beaucoup.
A côté de leur demeure se tenait l’échoppe du tailleur. C’était un vieil homme fermé mais bon, qui avait perdu sa femme et ses deux filles au cours d’un accident.
A part cela, la populace de la Dent était uniquement constituée de bergers et de paysans. Cependant, il n’y avait presque pas d’enfants de l’âge de Samyël. Juste une fille et un garçon… Elle était plutôt mignonne, mais l’apprenti magicien la détestait, car elle ne faisait rien d’autre de le taquiner… Quant au garçon, Samyël l’appréciait, mais sans plus. C’était un jeune vif, un peu bagarreur et ils s’étaient souvent battus à deux. Cependant, depuis qu’il avait atteint ses sept années, son père le réquisitionnait pour s’occuper du troupeau familial, et donc Samyël ne le voyait plus beaucoup. Cependant, cela lui laissait le champ libre pour s’occuper des voyageurs de « sa » forêt. Même si ces derniers temps il ne pouvait plus s’occuper de cette tâche en raison de son apprentissage.
La fille, elle s’appelait Rose, était assise sur la clôture en bois à la sortie du village. Elle regarda Samyël qui arrivait avec un grand sourire. Alors qu’il passait devant elle, elle s’écria :
-Bonjours m’sieur l’Magicien !
Sur le coup, samyël rougi et jura entre ses dents. Il commença son voyage avec l’écho du rire horripilant de Rose dans son dos. Le jeune homme s’écarta très vite du sentier, comme le lui avait ordonné Rirjk. Il en profita pour admirer le paysage, car la première partie du chemin était simple, vu que ce n’était qu’une pente douce tout du long. Cependant, la remontée arrivait derrière…
Solanéa était un petit paradis de verdure. Elle était principalement composée de grands pâturages pour les troupeaux, mais quelques forêts avaient poussé çà et là. Il devait y avoir une douzaine de petits villages sur l’île. Les deux plus grands étaient bien évidemment Gontarion, le seul port de l’île et Vallon-Brumeux. A part cela, ce n’étaient que de petits hameaux de quelques dizaines d’âmes.
Solanéa avait la particularité de s’élever en altitude au fur et à mesure que l’on progressait vers le Sud. Par conséquent, si Gontarion se situé un peu au dessus du niveau de la mer, la Dent qui se trouvait à la pointe sud se trouvait à environ un kilomètre et demi d’altitude.  
Les côtes de Solanéa étaient très raides et déchiquetées, et de nombreux récifs l’entouraient, ce qui promettait une mort certaine aux malchanceux qui tombaient.
La faune se composait essentiellement de moutons, mais de nombreuses espèces d’oiseaux, des sangliers, quelques renards et de petits rongeurs avaient colonisé les bois de l’île. Quand à la flore, elle était riche et variée, et faisait le bonheur des herboristes des magiciens, bien que ces derniers temps, pas un seul n’était venu.  
Après environ une bonne heure de marche hasardeuse à travers la forêt, Samyël en émergea et combla la courte distance qui le séparait de Vallon brumeux. Quelques connaissances le saluèrent, mais la plupart des gens ne faisaient pas attention à lui. Lex vivait dans la cabane douillette un peu à l’est du Vallon, près de la falaise. Samyël frappa à la porte et après un petit moment de silence, la porte s’ouvrit sur le petit homme. Il avait l’air fatigué et il se frottait les yeux.
-Ha, c’est toi Samyël…
Silence.
-Lex ? Mon maître ne vous a pas mis au courant ?
-De quoi tu parles ?… ha si, la commande ! Ne bouge pas, je vais te la chercher…
La porte se referma et le jeune garçon entendit le fracas d’un objet en verre qui éclate sur le sol, suivi d’un juron. Peu après, Lex ressorti en tenant dans ses bras un étrange paquet enveloppé d’un linge blanc. La forme de l’objet à l’intérieur était grande, élancée, et recourbée. Samyël se demanda ce que se pouvait être. Il le prit, le cala sous son bras, remercia Lex et repris la route en sens inverse. Comme le paquet le gênait, il s’autorisa à prendre le sentier afin que les branches ne s’accrochent pas dessus.

Il pleuvait. Un orage d’été, très fort. Une silhouette sombre titubait sur le sentier. Rirjk poussa la porte de sa maison qui s’ouvrit en grinçant. Un bon feu crépitait dans l’âtre et Samyël et Erika s’occupaient du bébé. Un éclair déchira le ciel et Samyël sursauta en apercevant son maître. Il avait l’air anéanti. De profondes cernes sous ses yeux indiquaient qu’il était fatigué, ses membres tremblaient, un début de barbe recouvrait son menton et ses joues, il était trempé, mais le pire était ses yeux. Ils exprimaient une tristesse sans fin, mais il y avait une pointe de rage, d’amertume. Cela fit peur à Samyël.
-Erika, fais-moi à manger, s’il te plaît, dit Rirjk d’une voix rauque. Samyël, approche.
Le gamin obéit. Rirjk s’accroupit devant lui et posa ses deux mains sur les épaules du garçon. Puis il fixa son regard sur celui de son apprenti. C’était la première fois qu’il était aussi solennel.
-Samyël… Sache… Sache que la magie est loin d’être toute puissante. Ne te fie jamais trop à elle…
Il avait détourné les yeux, mais Samyël y avait vu des larmes.
-C’est tout ce que j’ai à te dire pour aujourd’hui. Rentre chez toi, et reviens demain. Je ne suis pas en état de t’enseigner quoi que ce soit ce soir…      
Le jeune garçon acquiesça en silence.

C’est plus tard qu’il apprit que Rirjk avait échoué à sauver une vie
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le vendredi 06 avril 2007, 20:23:01
Hi people : ) Mise en ligne du chapitre 4. A partir de maintenant, les choses sérieuses débutent, mais je n'en dis pas plus ^^ Le chapitre 5 devrait arriver dans le courant du week-end, voir fin de semaine prochaine. Enjoy!



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Chapitre 4 : Peur dans les ténèbres.



-Maître… qu’est-ce que c’est ?, demanda Samyël en levant de grands yeux interrogateurs vers son maître.
-Hé bien…c’est un arc.
Pour le jeune garçon, ce n’était rien d’autre qu’une branche de bois recourbée à laquelle on avait tendu une corde à chaque extrémité. C’était ce que renfermait le paquet de Lex. Il y avait également un carquois en cuir doublé de fourrure où une trentaine de flèches étaient rangées.
-Bon, donne moi ça, repris Rirjk en tendant la main. Tu vois, tu le tiens comme cela, tu y mets une des flèches comme ceci, tu tends la corde ainsi, tu vises… et tu relâches.
Le trait parti et se perdit dans l’herbe.
-Bon, je ne suis pas très bon. Mais tiens. La suite de ton enseignement consistera à maîtriser la pratique du tir à l’arc. Tu auras pour cela deux objectifs. Primo, tu devras tirer un sanglier et le ramener ici même. Secundo, tu devras être capable de tirer deux fois de suite au centre d’une cible. Enfin, économise tes flèches car ce sont toutes celles que tu recevras de ma part ou de n’importe qui d’autre. A partir de maintenant, tu n’auras le droit de te présenter devant moi que lorsque tu auras accomplie l’un de tes objectifs. Je te donne aussi comme consignes de devoir te débrouiller seul en journée. Par conséquent, si je te vois rôder autours du village ou près de chez moi ou de chez ton grand père, j’arrêterais aussitôt de t’initier.  Cette consigne prend fin après le crépuscule, et recommence à l’aube. Sur ce, je te souhaite bonne chance jeune disciple.
Et sur ces mots, Rirjk repartit en sifflotant, laissant un Samyël abasourdi, tentant de comprendre le flot d’informations que venait de lui débiter son maître en moins de deux minutes.
Lorsqu’il eu enfin tout compris et saisit le sens de ces paroles, il maudit son maître et son entraînement diabolique.
C’était le début de la journée, peu après l’aube. Il faisait encore un peu sombre, mais l’activité sonore de l’île avait déjà repris : bruits d’insectes, chants d’oiseaux, la mer s’écrasant inlassablement contre la falaise…
Il avait pris un solide petit déjeuner avec son maître, qui s’était totalement remis de ses émotions de la veille. D’ailleurs, Samyël aurait dû se douter de quelque chose à ce moment là : c’était la première fois que le magicien se montrait aussi généreux sur la nourriture…
Le jeune garçon soupira et saisit son arc –qui était un peu trop grand mais qui atteindrait une taille idéale lorsqu’il grandirait un peu. Il passa ensuite son carquois en bandoulière et alla récupérer la flèche que Rirjk avait tirée. Il chercha une dizaine de minutes avant de la trouver. Il se dit alors qu’il devrait faire attention afin de ne pas en perdre lorsqu’il louperait une cible.  
Il passa le reste de la journée à chercher dans les bois de quoi se faire une cible. Il dénicha de grosses branches et il ramassa quelques poignées de hautes herbes pour les lier entres elles. Cependant, il constata rapidement que ses flèches, très sommaires, guère plus que des bâtonnets taillés, ne parvenaient pas à se ficher dans le bois.
Le soir venu, il récupéra un vieux sac de blé vide qu’il bourra de paille auquel il fixa les branches grâce aux herbes. Le lendemain, il trouva une petite clairière dans la forêt où il positionna sa cible à forme humaine grâce à bâton épais.
Après cela, il décocha ses premiers traits.
Les débuts furent assez difficiles : il n’arrivait pas à tendre la corde suffisamment si bien que la flèche retombait mollement sur le sol quelques centimètres plus loin, ou bien encore que sous l’effort intense que lui demandait la corde pour rester tendue, il n’arrivait pas à viser…

En fin de journée, Samyël était épuisé. Il ne sentait plus ses bras et celui de droite était complètement rouge à cause du frottement de la corde, et ça le démangeait en plus de lui faire très mal. Il n’avait touché qu’une seule fois au but et encore, c’était dans la jambe… Des larmes de frustration et d’impuissance lui montaient aux yeux, mais il restait déterminé, prêt à montrer de quoi il était capable.
Alors qu’il ramassait ses flèches, il remarqua qu’il en avait perdu douze sur ses trente… S’il continuait à ce rythme, il viendrait rapidement à bout de sa réserve…
Le crépuscule étant tombé depuis un bon moment, Samyël se décida à rentrer.
Dans la forêt, tout était toujours plus sombre qu’à l’extérieur. Cependant, depuis le temps qu’il s’y aventurait, Samyël s’y était habitué. Ses yeux s’adaptaient d’ailleurs presque instinctivement. Alors qu’il remontait le sentier, baigné de la lumière lunaire, il entendit un bruit.
Ho, rien de bien extraordinaire, juste le léger froufroutement d’un fourré, comme lorsque le vent souffle ou qu’un animal le traverse.
Cependant, à cette époque de l’année, le vent ne soufflait quasiment plus, et la faune nocturne de Solanéa n’était composée que de chouettes à cette altitude.
Sachant cela, Samyël pris soudainement peur et s’enfonça à travers bois, à l’opposé du son. Il courut un moment, puis s’arrêta, essoufflé. Son arc qu’il avait passé en bandoulière le gênait dans ses mouvements, d’autant plus qu’il s’accrochait aux buissons.
De nouveau, le bruit.
Le cœur de Samyël s’emballa. Il avait cru distingué des yeux jaunes dans la pénombre. Aucun animal n’avait ce type d’yeux ! Son esprit s’affola, il repensa soudainement à toutes les histoires, les fables que l’on racontait sur les démons, les esprits, les racontars de paysans superstitieux…
Le bruit, plus près cette fois.
Une sourde angoisse s’empara insidieusement de lui, éclipsant sa raison. Il crut entendre une espèce de grognement, un bruit d’aille dans le noir.
Il hurla lorsque quelque chose lui frôla la jambe.
« Il y a si longtemps… »
Les paroles avaient explosé dans son esprit, masquant son regard d’un voile de douleur. Il s’écoula.
« Ceux de ton espèce… Tu vas payer pour eux… »
Chaque mot, chaque son était semblable à un coup de marteau sur son crâne. Il sentit quelque chose sur son torse, puis un éclat lumineux.
La douleur… Les ténèbres…

**

-M’sieur Jirk, m’sieur Jirk !
Rirjk leva la tête de son ouvrage. Quand allaient-ils enfin prononcer son nom correctement ?
Colin était en train de remonter le sentier en courant.
« Un brave garçon… » pensa Rirjk en refermant le livre qu’il étudiait. Colin agitait ses bras de façon frénétique «  M’sieur Jirk, m’sieur Jirk ! »
-Allons, calme-toi mon garçon, dis le mage lorsque le jeune homme se fut arrêté à son niveau, essoufflé. Raconte moi ce qui te met dans cet état.
-C’est Samyël m’sieur, il… il…
-Il… ?
-Il est mort, m’sieur !
Rirjk se pétrifia. Qu’était-il en train de lui raconter là ? Il le saisit par le collet et le souleva du sol.
-Mais qu’est-ce que tu racontes ? Explique toi ! Vite !
Colin se mit à sangloter.
-Je vous en prie, m’sieur, ne me faite pas de mal ! Je… Je remontais le sentier, comme tous les matins pour livrer mon lait, et pis j’ai vu une forme sombre, pas très loin, dans les broussailles, vous savez, dans la forêt. Alors je me suis avancé, et il était là, mort !
-Mais… Où ? Comment ? Je veux dire, tu es sûr ?
-Aussi sûr que peut l’être un homme Samyël ! Je vous le jure !
Rirjk le lâcha, et il s’effondra dans la poussière en pleurant. Rirjk rentra chez lui et en ressortit avec son bâton de marche, ainsi que quelques bourses qu’il pendit à sa ceinture.
-Conduis moi à lui, dis-t-il d’une voix calme, mais légèrement tremblante.
Colin acquiesça en reniflant, se releva en chancelant, et repartis en courant. Rirjk le suivit aussi vite qu’il pu. Ils arrivèrent bientôt à l’endroit où Colin avait laissé sa carriole pour s’enfoncer dans la forêt. Quelques personnes étaient déjà là. Lorsqu’elles virent Rirjk, elles enlevèrent leur chapeau.
Le cœur de Rirjk s’arrêta un instant lorsqu’il vit le petit corps sur le sol. Pas de doutes possibles. L’arc en bandoulière, cheveux rouges… Tremblant, il s’agenouilla près de son apprenti. Trois plaies rigoureusement parallèles barraient son torse. Cela ressemblait aux griffes d’un animal. Mais aucun animal de l’île n’avait trois doigts… Rirjk chassa ces pensées pour s’occuper de choses plus urgentes. Il posa deux doigts sur son cou. Plus de pouls. Plus de respiration non plus… Il lui ferma les yeux. C’est alors qu’il remarqua l’expression d’effroi inscrite sur son visage. Il se releva.
-Apportez le corps chez moi, je vous prie…
Les hommes présents acquièrent sans bruit, l’air grave, puis s’exécutèrent.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Prince du Crépuscule le samedi 07 avril 2007, 11:07:03
Eh bien, le début des péripéties tend à débuter, c'est très bien! L'apprentissage de la magie n'est pas chose aisée avec ce brave Rirjk, Samyël en bave on dirait. Et le pauvre qui se voit frappé par une bête sauvage et dangereuse, cette suite me plaît bien GMS (bah quoi, tu m'as bien appelé PdC! ^^). Il est un peu tôt pour que je juge, puisque ce n'est là que le départ des aventures de notre cher chevalier-magicien aux cheveux vermeil, mais ça démarre bien, c'est plaisant, et tu n'as bien sûr perdu en rien ta façon d'écrire, continue ainsi, je te surveille! :)

Mais dis moi, je me sens un peu seul à commenter ici... Bon, je sais que GdO est affairé... ^^ Mais ne te décourage pas, moi je te suis!
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le samedi 07 avril 2007, 15:39:44
Bon, je mets en ligne le début du chapitre 5 (qui est très long^^)! Un chapitre qui se veut sombre, angoissant, j'espère qu'il vous plaira. Il ouvre de plus le début des véritables hostilitées : p

PdC (vive les pseudos longs lol^^), merci pour tout tes commentaires^^ Ne t'inquiète pas, quelque soit le nombre de commentaires que je reçois, je suis determiné à aller jusqu'au bout! ^^ (mais vous pouvez quand même commenter hein!, ça fait toujours plaisir^^)



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Chapitre 5 : La bête d’Ur-Les-Ombres (première partie).


-Qu’allez vous faire ?, demanda le grand père de Samyël à Rirjk.
Le vieil homme était calme, trop calme. Il n’avait même pas cillé lorsque le mage lui avait annoncé la nouvelle.
-Vous ne devez pas être sans savoir que dans ce cas, c’est au maître qu’il revient la tâche e sauver son disciple.
-Je sais, je sais, répondis Rirjk, un brin agacé. Peut être n’en ai-je pas l’air, mais je suis Mage ! Et vous non pl…
-Nous savons tout cela. La question est : qu’allez vous faire ?
Cette question, Rirjk y avait pensé toute la nuit de la veille, alors qu’Erika préparait le corps pour l’embaument. Et la nuit il n’avait pas dormi. Mais il avait pris sa décision. Il ira jusqu’au bout, quoi qu’il lui en coûta.
-Je vais faire usage du 8ème Art, il n’est pas encore trop tard.
-Vous seriez prêt à braver l’interdit ?
-Il n’y a pas d’autre solution. Je suis prêt à payer pour ça. C’est ma faute.
Silence.
-Savez vous ce qui lui a infligé de telles blessures ?, demanda le vieillard.
-Oui. Cela me regarde aussi, j’en fais mon affaire.
Le vieil homme le regarda un instant.
-Avez vous pensé à ce qui arrivera si vous échouez ?
-Bien sûr, j’y pense sans cesse… Mais ça n’arrivera pas, vous avez ma parole de mage.
Sur ces mots, il fit voleter sa grande robe auburn et s’en détourna sur le sentier.
-Je l’espère mon ami, je l’espère…

Rirjk ouvrit la porte sans un bruit. La nuit était noire, noire comme les doutes qui hantaient le cœur de cet homme silencieux.
Erika frissonna sans son sommeil. Rirjk lui remonta la couverture jusqu’au menton. Il la regarda un instant, en souriant doucement. Puis il lui déposa un baiser sur le front. Il fit de même avec son fils.
Soudain, un éclair déchira le ciel nocturne, et une averse torrentielle éclata.
-C’est peut être mieux ainsi, murmura Rirjk.
Il ouvrit le coffre qu’il avait acheté à son arrivé sur l’île. Il en sortit le contenu : un épée courte, dans un fourreau de bonne facture, un talisman en argent, où était gravé une rune qui flamboya un instant lorsqu’il la toucha, diverses bourses de en peaux, lourdes. Alors qu’il passait l’épée à son côté, de douloureux souvenirs remontèrent à la surface. Il les refoula avec toute la volonté qu’il disposait, mais ce ne fut pas assez. Ils continuèrent de le harceler, lui renvoyant des images de son passé dont il aurait préféré ne jamais se souvenir.
-Tu connais le prix…, susurra une voix démente dans son esprit. C’est toi qui as choisi…
Une goutte de sueur perla à son front tandis qu’il fermait les yeux afin de se calmer. Il pensa à des choses agréables : la douceur d’Erika, son tout jeune fils, le rire de Samyël…
Il rouvrit les paupières, avec un regard plus déterminé que jamais. Il bloqua ses souvenirs derrière une porte de son esprit et se concentra sur la tâche qui lui incombait. Il suspendit le talisman à son cou, et accrocha les bourses à sa ceinture. Il vérifia que l’épée coulissait bien dans son fourreau, puis il se tourna vers le fond de la pièce. Le corps de son disciple gisait sous une couverture blanche. Il s’en approcha doucement, puis il se baissa. Il l’emmaillota dans la couverture et le pris dans ses bras. Il le tint un moment contre son cœur, puis il lui caressa les cheveux.
-Rassure-toi, j’arrive, murmura-t-il.
Le corps toujours dans les bras, il se dirigea vers la porte. La pluie n’avait pas cessé, et des éclaires illuminaient le ciel nocturne à intervalle régulier. Rirjk saisit son bâton derrière la porte. Il passa ses doigts sur le bois sinueux, et des runes, longtemps cachées sous la surface reparurent. Elles illuminèrent la pièce d’une chaude lumière rougeoyante.
Rirjk sourit puis franchit le seuil. L’eau glacée le cueillit aussitôt, le trempant intégralement en quelques secondes. La couverture glissa, révélant le visage pâle de Samyël. Le mage déglutit puis referma la porte. Au passage, il frôla les runes qu’il avait gravé le matin même sur le linteau: Zorund, la Défense, Lorund, le Soleil, et Ira, le Calme. Il espérait que ce serait suffisant, sans vraiment y croire. S’il avait eu plus de temps…
Il secoua la tête et d’ébroua. Il avait des choses plus importantes à faire que de se miner l’esprit avec des choses aussi futiles.
Il se mit en route dans la nuit.

Solanéa la nuit… C’était l’inverse de l’île en journée. Un lieu d’angoisse, d’ombres mouvantes, de ténèbres, de bruits inconnus émis par des choses dans le noir. La forêt, déjà peu rassurante de jour devenait un véritable lieu de cauchemar pour les âmes sensibles. Mais Rirjk n’en avait cure. Il avançait d’un pas pressé, l’œil aux aguets, sans s’occupait du reste. Il n’avait pas le temps. Il arriva bientôt dans la clairière où Samyël s’entraînait au tir à l’arc. La cible était toujours debout. Le mage en fit rapidement le tour du regard. Cela suffira.
Il déposa le corps froid de Samyël au centre. D’un coup de pied, il déracina la cible et de deux mots de pouvoir, l’envoya voler dans les hautes herbes. Il ouvrit une de ses bourses et en sortit une douzaine de bougies, qu’il disposa en cercle autour du cadavre avant de les allumer. Étrangement, la pluie ne parvenait pas à les éteindre. Loin de là. Rirjk sortie d’une autre bourse deux bâtonnets de craie, une blanche et une noire. Il dessina sur le sol deux étoiles à cinq branches des deux couleurs, qui se superposaient de manière à former une étoile à dix branches, avec Samyël au centre. Dès qu’il eu fini, un vent froid comme la mort se leva sur la clairière. Rirjk frissonna. Au bout de chacune des branches, il traça une rune différente : la Mort, l’Âme, l’Esprit, la Vie, le Cœur, la Nuit, la Lune, le Spectre, le Corbeau et le Chant Funèbre.
Chacune s’embrasa un instant avant de s’enraciner dans le sol. Le vent hurla dans les arbres.
Rirjk se positionna à l’écart. Il ficha son bâton dans le sol et dégaina l’épée. Des runes mouvantes parcouraient perpétuellement la lame. Cinq d’entre elles s’embrasèrent et se positionnèrent de façon à former : Haz’Rael, l’Honnie.
Rirjk se passa le fil de l’épée au creux du bras, et fit couler son sang au dessus de chacune des runes. Après cela, il rengaina sa lame et commença à chanter. L’averse redoubla d’ardeur. Les arbres étaient ballottés comme des herbes. Malgré cela, la voix du Mage s’éleva dans la nuit, grave, puissante, triste. C’était un très vieux chant, de ceux qui avaient été composés à l’époque Samyël Une mélopée funèbre, dans une langue depuis longtemps oubliée.
Au plein cœur de la tourmente, Rirjk ferma les yeux.
Soudain, il n’y plus rien d’autre que le silence.
Il ouvrit les yeux.
La voie lactée s’étalait devant lui dans l’air nocturne. Des étoiles que nul être humain n’avait jamais vu. Leur disposition était totalement différente de l’ordinaire. L’air, l’espace était plus sombre, comme si un voile gris y avait été apposé. Rirjk fit des yeux le tour de son environnement. Il se trouvait dans une plaine, une très grande plaine, une plaine immense. On n’en voyait pas le bout. Une herbe rase et maladive tapissait le sol, jusqu’aux rives d’une rivière aux eaux noires. De l’autre côté, ce n’était qu’un désert de poussière et de rocaille. Dans le lointain, on pouvait apercevoir la forme sombre qu’était Murmure, la ville des morts. Aucun son n’était jamais émis dans ce monde.
La Mort…
Il n’aurait jamais pensé y remettre les pieds un jour. Du moins, pas de lui même.
Son âme s’emplit d’une mélancolie profonde, trop grande. Des larmes coulèrent sur ses joues, sans raison. Le corps lourd, il se mit en marche. Ses pas ne produisaient aucun bruit, l’herbe qu’il foulait, pas plus. Ce n’était que le silence, rien d’autre. L’air était lourd, exerçait sur les corps une pression forte.
Lentement, difficilement, Rirjk avançait. Il se dirigeait vers le fleuve. S’il n’était pas déjà trop tard, c’est là-bas que devait se trouver Samyël. Dans la Mort, le Temps n’est qu’une illusion. La nuit y est perpétuelle. Difficile de jauger le temps que l’on y passe. Et pourtant, si l’on ne voulait pas y rester prisonnier à jamais, il fallait faire vite. Quelques personnes, l’air hagard, erraient de-ci de-là. Il n’avait pas vraiment de consistance, ils se contentaient de marcher, sans savoir où aller. Rirjk pria pour eux.
Il continua sa marche vers le ruban noir qu’était le fleuve à l’horizon. Soudain, il apparut devant lui.
Samyël.
Ses cheveux illuminaient l’espace autours de lui, créant un halo rougeoyant. Rirjk écarquilla les yeux. Nulle couleur ne pouvait exister dans la Mort. Il ferma les yeux un instant, face à la violence de cette image dans le monde gris qui l’entourait.
Il les rouvrit. Son disciple ressemblait à une apparition éthérée, sorti d’un rêve. Il respirait la puissance, mais une puissance tranquille, endormie. Face à cela, Rirjk pris peur.
Il l’appela, longuement, mais aucun son ne sortait de sa bouche. Samyël ne semblait pas le voir. Rirjk lui fit signe de la main.
Samyël se détourna. Il repris sa marche vers le fleuve, telle une étoile dans le ciel. Le mage le suivit, mais le jeune garçon semblait s’éloigner de plus en plus. Il le perdait.
Tout à coup, le fleuve fut devant lui. Une chape de brouillard masquait ses eaux sombres, comme un linceul. Une file d’hommes et de femmes s’étirait devant un petit ponton en bois. Ils affichaient des mines peinées, tristes. Un spectacle effroyable. Samyël se tenait devant la file, sur le ponton. Il semblait attendre. Rirjk remonta la colonne péniblement. Soudain, le son d’un carillon s’éleva dans l’air. Un son clair, vif, atrocement douloureux et plein d’amertume. Le cœur de Rirjk se pétrifia.
Le carillon continuait de sonner. Un chœur de lamentations vint s’ajouter à sa musique. Le brouillard se leva. Une embarcation noire évoluait sur le fleuve, silencieuse, inquiétante. Une grande silhouette, noire également, enveloppée d’une robe de même couleur se tenait à la proue. Elle manœuvrait une lourde rame.
Une arche en bois s’élevait sur le côté droit du bateau, face à la rive. Le carillon y était accroché. Le bateau se stoppa devant le ponton. L’arche faisait office d’entrée. La silhouette arrêta de ramer. Elle se tourna vers la file qui attendait. Un crâne grimaçant apparut sous la capuche. Ses yeux étaient comme deux puits sans fond. Elle darda un doigt squelettique sur la foule. Un murmure malsain se répandit dans l’air. On aurait dit un dialecte, mais ça vous glaçait les os, remuer les entrailles.
Rirjk repris son avancée. Il n’avait plus beaucoup de temps. Le Passeur emmenait les morts vers Murmure, leur demeure éternelle. Si Samyël monter dans le bateau, s’en était fini.
Soudain, une forme sombre apparut aux côtés de Samyël. Ce n’était qu’une masse de ténèbres, avec des ailles indistinctes Elle posa ce qui aurait pu être une patte sur les épaules du jeune garçon, qui continuait d’irradier sa lumière alentours. Deux petits yeux rouges apparurent, fixant Rirjk. Celui-ci appela Samyël.
Un ricanement s’éleva de la chose noire.
« Tu arrives trop tard, Mage… Il est à moi… Tu ne peux plus rien pour lui… »
Devant les yeux horrifiés de Rirjk, Samyël effectua un pas vers le bateau.
« Ça ne peut pas être vrai, ce n’est qu’un cauchemar, je vais me réveiller », pensait le Mage tandis que la scène se déroulait devant lui, comme au ralentit.
Tout à coup, Samyël vacilla. La lumière qui l’entourait diminua, clignota. Et il bascula dans le fleuve.
Un cri strident déchira l’air. La forme sombre se brouilla. Elle s’agitait dans tous les sens, se tordait. Elle cria de nouveau. Puis disparut.
Les yeux de mort du Passeur se fixèrent sur Rirjk. Le murmure repris. Il semblait lui être destiné. Le mage ne comprenait pas ce qui venait de se passer. Quelque chose en lui se réveilla subitement, lui faisant l’effet d’une claque. Il se boucha les oreilles pour ne pas entendre les paroles du Passeur, puis se précipita. Il se jeta dans le fleuve à son tour.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Ganon d'Orphée le samedi 07 avril 2007, 17:01:08
Voilà, entre les révisions d'Histoire et celles de Français pour mon Brevet Blanc je me permet de poster ici un commentaire, bien que je n'aie lu que les deux premiers chapitres et la moitié du troisième, ou tout le troisième ? La mémoire me fait défaut.

Commencons par les mauvais côtés et mauvais points .... Il n'y pas foule ici ^^.

Bien bien, passons maitenant aux choses positives puisqu'il n'y a pas de choses négatives. Alors premièrement l'écriture est plutôt belle, les personnages attachant (surtout le mage au nom imprononcable Rirjk), eet le monde haut en couleurs. C'est très plaisant de voir l'évolution de Samyël dans ce jolie décor !

Et secondement, enfin en français cela donne deuxièment, j'apprécie beaucoup le "mauvais" de l'histoire qui semble être un fou religieux qui se rapproche beaucoup de l'attitude des religions humaines dans les âges obscures du moyen-age.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Rodrigo le samedi 07 avril 2007, 17:28:45
Très plaisant à lire . On se laisse entrainer par les aventures du petit apprenti .Les mots sont bien choisis et on a l'impression que ça coule de source . Je trouve ton vocabulaire assez riche en expression et tu utilises des mots assez recherchés .Fais toutefois attention aux fautes d'orthographe ,sans y faire attention ,j'en ai quand meme rencontré .  Sinon sur les personnages ,je trouve Samyel sympathique mais peu charismatique . Je lui préfère son maitre qui a l'air assez classe et dont le savoir semble etre intarissable.Au niveau de l'histoire ,j'aime bien le concept d'apprenti qui s'entraine dur ,ça me fait penser aux mangas. La mort du héros montre le détachement de la vie monotone et gentille des personnages .Je suis juste déçu par le coté trop présent de la magie noire dans le dernier chapitre ,ça fait perdre un peu de charme à l'histoire je trouve . J'ai trouvé ce passage inutilement compliqué et impossible à comprendre au stade ou nous en sommes .

Voila , continue ton histoire ,c'est très bien parti . Et si tu peux ,montre la carte du monde .
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le mardi 10 avril 2007, 19:19:28
GdO===> merci^^

Floax===> Tout d'abord, merci pour le com^^ Pour les fautes, j'essaie d'en enlever un maximum, mais je suis loin d'être un expert en grammaire et en orthographe donc... ba je m'excuse pour ce point^^ Je suis content que tu aimes Rirjk (d'ailleurs, je vois qu'il a l'air plutôt populaire parmis mes quelques lecteurs :p) Pour ma part je l'aime beaucoup aussi^^ Le manque de charisme de Samyël tient du fait de son jeune âge, et de son manque d'experience de la vie, ça viendra... ; ) Pour ce qui est du chapitre 5, cela... "ouvre" en quelque sorte le début véritable du récit. Car la suite s'éloignera beaucoup de la petite vie pépère de quelques paysans sur une île reculée. Je tiens à préciser que l'ambiance générale du récit va beaucoup se noircir par la suite, désolé pour ceux qui n'aiment pas ^^' Enfin, pour ce qui est de la difficulté de compréhension de la fin de la première partie du chap' 5, je l'ai voulu. Je m'excuse si vous n'avez pas aimé. La suite directe apportera déjà quelques éléments de réponses pour eclairicir un peu tout ça^^

M'enfin, j'espère que mon histoire vous apportera toujours autant de plaisir, je m'y efforcerais^^
Je posterais la suite demain ou jeudi, voir ce week-end^^
Pour ce qui est de la carte, ce n'est pour le moment qu'une ébauche de ce qu'elle sera véritablement. Il n'y pas encore grand chose dessus, en termes de fleuves, de villes et tout le tralala. Cependant, j'y boss avec ma  cartographe attitrée (:p) donc, on fera aussi vite que possible^^
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le samedi 14 avril 2007, 14:03:34
Comme convenu, voilà la suite et fin du chapitre 5^^ Bonne lecture^^


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Chapitre 5 : La bête d’Ur-Les-Ombres. (deuxième partie)


Il pleuvait toujours, et il faisait toujours nuit. Ce furent les premières pensées qui assaillirent Rirjk lorsqu’il ouvrit les yeux. Une abominable odeur de charogne lui agressa les narines, à peine diluée par la pluie.
Il vomit.
Son corps tremblait tout seul, il se sentait épuisé, vidé de ses forces. Un horrible crissement retentit. On aurait dit des ongles raclant un tableau noir.
Rirjk releva la tête. Il remarqua que les bougies s’étaient éteintes, et que les deux étoiles à cinq branches, ainsi que les runes et le cercle avaient disparu. Une ombre plus noire que la nuit apparut alors dans son champ de vision. Elle avait vaguement forme humaine, avec des ailles déchiquetées sur les bords. Une masse de ténèbres, d’ombres. Une silhouette grotesque et difforme. Elle avait une de ses grosses pattes posées sur le torse de Samyël.
Samyël !
L’espace d’un instant, Rirjk l’avait oublié. Tout n’était pas encore très clair dans son esprit. Il se rappelait vaguement le contacte d’un élément liquide… Mais à présent tout lui revenait en mémoire. Cependant, il constata avec un sentiment mêlé de joie et d’inquiétude que, malgré qu’il soit encore inconscient, la poitrine du jeune garçon se soulevait régulièrement. Ca prouvait que Rirjk avait accompli son objectif. Mais à quel prix ?…
De nouveau, le crissement retentit. Il provenait de la forme sombre.
Un rire.
« Je te félicite, mage… » La voix parlait directement à l’intérieur de son crâne. Rirjk chancela sur ses jambes par encore tout à fait stables. Le choc mental était fort, et il usa de toute la volonté et le peu de force qui lui restait pour combattre cet assaut.
« Je ne savais que je trouverais un pratiquant du 8ème art sur cette petite île, kss kss… »
-Garde tes viles paroles pour toi démon, répliqua Rirjk avec toute la voix qu’il pu. Rend moi l’enfant.
« Toi et tes semblables, vous m’amusez beaucoup. L’enfant est à moi. C’est moi qui l’ai tué. »
-Dans ce cas je te tuerais toi.
« Je suis impatient de voir ça… Kss kss… »
Rirjk porta la main à la garde de Haz’Rael et la dégaina. Les centaines de runes qui parcouraient la lame s’embrasèrent. Le temps se figea.
-Que fais-tu ici, si loin hors les murs d’Ur-Les-Ombres finit par demander Rirjk.
« J’ai été envoyé pour l’enfant. Mais si tu veux, je peux commencer par toi… »
Rirjk glissa un regard en direction de son bâton, toujours planté dans le sol un peu plus loin. Il calcula rapidement le temps qu’il lui faudrait pour l’atteindre. La forme sombre sembla deviner ses pensées et se rua sur lui, sans un bruit, glissant dans la nuit. La vitesse et la violence de l’assaut surprirent Rirjk, qui para difficilement le coup de griffe qui visait sa tête. Au contact du monstre, des gerbes d’étincelles jaillirent de la lame. Rirjk se dégagea du corps à corps, et il tenta de lancer un sort en traçant rapidement dans l’air quelques runes. Il n’eut pas le temps. Il sauta de côté pour éviter une nouvelle attaque. Il en profita pour donner un large coup circulaire de sa lame. Le fer mordit dans les ténèbres avec une joie sauvage, vibrant de plaisir tandis que la bête hurlait de douleur, un cri terrible et horrible, qui déchira la nuit et réveilla les villages alentours.
Le monstre se replia sur lui même et s’élança dans la forêt, tentant de fuir. Sans réfléchir, Rirjk se lança à sa poursuite, toute fatigue envolée, seules restant l’adrénaline et la soif de sang que lui donnait son épée. Il courut, courut, sous la pluie, et bientôt les ténèbres de la forêt l’enveloppèrent.
Un étau glacé se referma sur son cœur, qui s’affola. La frénésie qui l’habitait s’évanouit aussitôt lorsqu’il comprit qu’il s’était stupidement piégé lui même. Il voulut faire demi tour. Une ombre passa devant lui, que suivit une vive douleur à la poitrine. Un liquide chaud lui éclaboussa le visage tandis qu’il s’agenouillait en criant sous le coup de la souffrance. Il haletait.
Le rire de la bête s’éleva de nouveau, non loin, mais sans provenance précise.
« Tu me fais rire petit homme. Tu es aussi stupide que tous tes semblables »
-Si… Silence, démon, parvint à articuler Rirjk.
Il s’aida de son épée pour se remettre debout, il chancela. Il s’adossa contre un arbre et essuya la pluie qui lui rentrait dans les yeux.
« C’est ma faute, je n’ai pas été assez prudent. » Voilà la pensée qui l’obsédait alors qu’il se savait proche de la mort –définitive cette fois. C’est peut être ce qui lui donna la force d’ordonner à ses jambes de se remettre à courir. Il sentait la présence du démon derrière lui, il entendait son abominable rire. Bientôt, la nuit s’éclaira un peu. Il s’approchait de l’orée de la forêt.
Alors qu’il croyait s’élancer sur le sentier, il s’arrêta net et adressa une prière aux dieux.
La falaise.
La falaise, là, juste devant lui. L’immensité sombre de l’océan chatoyait sous la lumière lunaire. Il était piégé.
« Au moins, c’est un bel endroit pour mourir » Se dit-il aigrement.
« Nous y voilà, mage, kss kss… »
Rirjk se retourna et fit face au monstre. Deux petites lueurs rouges s’étaient allumées là où auraient dû se trouver les yeux.
-Fais vite, démon. Je n’aime pas la douleur.
Un pâle arc de cercle s’ouvrit dans la masse sombre. Un sourire. Elle se tassa sur elle même, puis bondit. Au moment du choc, une chose incroyable se produisit. Une lumière aveuglante jaillit du torse de Rirjk, déchirant la nuit avec violence. La bête poussa un cri strident de douleur et recula vivement, se tapissant dans les ombres de la forêt. Rirjk porta une main à ses yeux pour se protéger de la vive lumière. De l’autre, il chercha sur son corps l’origine de ce prodige. Ses doigts effleurèrent des entailles assez larges, suintantes de sang, puis se refermèrent sur un petit objet métallique.
Le talisman !
Un fol espoir naquit de nouveau dans son esprit. Il arracha la chaîne qui suspendait l’artefact à son cou et la tint fermement devant lui. Le rayon de lumière balaya les ténèbres, et le démon se recroquevilla au pied d’un arbre, criant et sanglotant, réduis à l’ombre de lui même. Il implorait dans sa langue, demandant pardon, jurant sur tous les dieux qu’il se repentirait.
Rirjk le contempla un moment, l’œil dur.
-N’emploie pas des mots que tu ne comprends pas.
Il leva son épée, et embrocha la bête. Les runes sur la lame s’embrasèrent et se répandirent sur tout le corps du démon, qui hurla, se tordit, se débattit. En vain. Rirjk ferma les yeux pour ne pas assister à la scène.
Ce fut fait en quelques secondes. Lorsqu’il rouvrit les yeux, il ne restait plus que son épée, enfoncée dans le sol. Comme si rien ne s’était passé. Comme si tout cela n’avait été qu’un rêve…
Soudain pris d’une grande fatigue, il s’agenouilla et pleura en silence.

Rirjk regarda la mer avec dans les yeux de la mélancolie. La pluie avait cessé. Lui avait succédé une douce brise qui réconforta l’âme et le cœur du mage. L’aube pointait doucement, parant l’océan de couleurs miroitantes. Il sourit.
Il lui restait une chose à faire. Et tout serait terminé.
Il empoigna d’une main lourde mais ferme la poignée d’Haz’Rael. De nouveau, les souvenirs douloureux d’un passé qu’il avait oublié refirent surface. Il les ignora.
-Tu connaissais le prix, tu connaissais le prix !, susurra la même voix démente qu’il avait entendu quelques heures plus tôt –des jours !-, chez lui.
Il fixa la lame où apparut bientôt le nom de l’arme.
-Bien sûr que je le connais. Mais je l’ai payé. Au centuple. Remercie ton créateur pour moi.
Et sur ces mots, il jeta l’arme du haut de la falaise. Il la regarda tournoyer dans l’air puis disparaître sous la surface des eaux.
Avec elle disparurent les souvenirs. Libre. Il s’était enfin affranchi de son passé. Du moins il l’espérait.
Il regagna d’un pas lourd la clairière où Samyël gisait toujours. Il s’approcha de lui, mit un genou en terre et lui toucha le front. Il murmura un mot de pouvoir.
Un temps. Samyël ouvrit les yeux, ces mêmes yeux intenses qui avaient surpris Rirjk lors de leur première rencontre.
-Hum… Maître ? Qu’y a-t-il ? Quelle heure est-il ? Vous allez bien ? Pourquoi pleurez vous ? Et ce sang ? Que vous est-il arrivé ?
Le mage pris son jeune disciple dans ses bras, et éclata de rire, tandis que sur ses joues s’écoulaient doucement des larmes de joie.
-Rien. Il ne s’est rien passé. Viens, rentrons. Erika doit s’inquiéter. Aujourd’hui, tu es dispensé d’entraînement. Tu viendras chez moi. J’ai des choses à te dire. Beaucoup de choses. Oui. Beaucoup, beaucoup de choses…
-D’accord.
Main dans la main, ils entamèrent le voyage qui les ramènerait chez eux. Mais, à peine quelques pas plus tard, Rirjk s’effondra, un sourire sur les lèvres.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le mardi 01 mai 2007, 23:03:10
Yop yop^^ Voilà, après une absence de deux semaines dû au vacances, voici la suite du récit, avec la première partie du Chapitre 6! Un chapitre purement descriptif qui a pour but de décrire le monde de Samyël, ainsi que son histoire récente, dans un premier temps, puis dans la deuxième partie, se penche sur ce personnage qui apparemment plaît, j'ai nommé Rirjk^^ Bonne lecture, en espérant que cela vous plaise tjs^^
EDIT: vive les triples posts^^


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Chapitre 6 : L'approche de l'hiver. (première Partie)



-Nous serons bientôt prêts à lever l’ancre, messire.
-Fort bien. Dites aux hommes de se préparer.
Un vent froid et mordant balayait le port. C’était le début de l’hiver. La neige n’était pas encore tombée, mais ça ne saurait tarder. Le ciel était gris et bas. Ils prendraient bientôt leur quartier d’hiver. Mais il leur restait une dernière tâche à accomplir avant cela.
Solanéa.
Une petite île perdue à la pointe sud du Continent. A Des kilomètres de leur position actuelle. Le voyage leur prendrait au moins un mois, sûrement plus. Mais c’était les ordres de Sa Sainteté le Pontife d’Arch’Mark. Il le ferait.
Eratius balaya la Baie aux Sirènes de son regard bleu, tranchant comme une lame de sabre. Une agitation frénétique régnait sur les quais, et ce malgré la bise glaciale. On affrétait un énorme navire, un trois mâts, payé par les bons soins du Pontife en personne afin de faciliter les manœuvres de la Sainte Expédition. Il était suffisamment grand pour transporter cinq cents soldats, en plus de l’équipage et des nombreux rameurs nécessaires pour le maniement des lourds avirons. De petites catapultes s’alignaient le long du bastingage et un énorme pieu en bronze était dissimulé sous la coque à l’avant du navire. A la proue, une représentation en or du Seigneur Illuminant La Terre guidait ses envoyés en leur montrant le chemin de la Justice.
Eratius se sentait fière de naviguait sous cette égide. Il se recueilli un moment et adressa une prière à son Seigneur avant de se diriger vers les baraquements où étaient stationnés ses hommes. A chaque fois qu’il passait devant un honnête citoyen, celui-ci s’inclinait avec respect et prononçait la formule rituelle : « Je vous salue Messire. Puisse la Lumière du Seigneur illuminer vos pas ».    
Eratius était heureux lorsqu’il se trouvait dans sa contré natale, l’Arch’Mark. La Justice régissait la vie de chacun, et la Parole du Seigneur était respectée par tous. Et puis ici, cette engeance démoniaque qu’était la magie était bannie de ces terres sacrées. Et tout cela grâce au vénérable Pontife Arabéus II.
Eratius s’enorgueillissait secrètement du fait qu’il en était en partie responsable.
Cependant sa joie était gâchée dès qu’il songeait aux peuples Infidèles qui continuaient de pratiquer cette magie honnie, partout en dehors de l‘Arch‘Mark… Mais bientôt tout cela allait changer. Les seigneurs des baronnies et des comtés avaient juré allégeance au Pontife, instauré le culte du Seigneur, organisé des Purges et surtout renié le Roi d‘Arendia, ce pantin contrôlé par ce maudit Archimage. Il y avait bien eu certains barons, certains ducs pour se lever contre les envoyés du Seigneur.
Ils y avaient perdu la tête ou avaient rapidement fait profil bas. Tous sauf un.
Le général Kalenz de Fort-Argent. Depuis le début, il tenait tête aux hommes d’Eratius, se battant avec courage, défaisant les Armées Saintes. Le dernier des dix Chevaliers. Le dernier sur qui le roi pouvait encore compter.    
La seigneurie de Fort-Argent se situait au sud de la capitale royale d’Arendia. Elle tenait son nom du château entouré d’arbres à l’écorce d’argent qui gardait le défilé menant jusqu’à la capitale.  
Eratius pénétra dans le bâtiment où étaient stationnés ses hommes. L’ambiance était bonne, les soldats prenaient leur repas en conversant joyeusement. Si pour le paysan l’hiver était synonyme d’ennuie et de froid, pour le soldat c’était la promesse de quelques mois de tranquillité et de relatif confort. Et c’était justement ce qui motivait les hommes d’Eratius. D’autant plus que d’après la rumeur, les mers du Sud était chaudes, même à cette période de l’année.
On leva sa chope lorsqu’on aperçut le Commandeur. Eratius les salua à son tour d’un signe de main et d’un de ses rares sourires.
Quelques heures plus tard, ils embarquaient dans le brouhaha des conversations.


Rirjk fit la grimace et s’apprêta à recracher le liquide épais et malodorant. Erika posa délicatement un doigt sur sa bouche et l’obligea gentiment à tout avaler.
-La guérisseuse a dit que ça calmera la douleur, alors ne fais pas l’enfant, dit-elle en souriant.
Le mage grommela quelque chose d’incompréhensible mais s’exécuta. Il fulminait sur place. La vieille bique qui se prétendait guérisseuse lui avait ordonné de garder le lit pendant quelques jours, le temps que les plaies se referment.
Finalement, il ne s’en était pas trop mal tiré. Les plaies s’étaient avérées moins profondes que de primes abords.  
Cependant, il avait eu plus de mal à trouver une explication plausible à son piteux état de la veille, et à la résurrection miracle de son apprenti.. Il avait raconté à Samyël qu’il avait voulu grimpé à un arbre pour cueillir un fruit et était tombé, ce qui avait provoqué une amnésie partielle, et les branches lui avaient fouetté le torse, afin d’expliquer les blessures dues à sa rencontre avec le démon -épisode dont le jeune garçon n’avait curieusement gardé aucun souvenirs. Rirjk avait ensuite embobiné le reste des villageois avec un discours sur l’Equilibre, ce dont la magie était capable et ils n’avaient plus posé de question. Pour ce qui était de lui-même, il avait prétendu avoir été attaqué par un ours, le tout accompagné d’un sort de confusion de l’esprit et le tour était joué.
Mais il s’en voulait un peu d’avoir eu à mentir à ces braves gens, et surtout à sa femme. Quant au grand père de Samyël, il n’avait pas posé de question. Juste un bref hochement de tête.
Le Grand Père…
Un homme étrange, difficile à cerner, empli de mystères. Mais pourtant bon et doux, quoique sage. Lorsqu’il s’était présenté, il avait prétendu s’appeler Henry. Un faux nom, Rirjk en était sûr, sans trop savoir pourquoi. L’instinct sans doute…
Alors qu’il ressassait tout ça dans son esprit, Samyël entra dans la demeure, son arc en bandoulière. Il salua Erika à la mode mondaine du Continent, comme le lui avait appris Rirjk, incliner le buste vers l’avant, un bras sous l’abdomen, l’autre derrière le dos, en gardant la tête vers le sol.  Après quoi, il se dirigea vers le chevet de son maître. Tout comme à Rirjk, la guérisseuse lui avait bandé le torse et le bas ventre avec des bandes de tissus trempées dans une espèce de mixture censée aider à la cicatrisation. Mais elle avait comme désavantage d’empester à des lieux à la ronde…
-Bonjours maître.
-Bonjours, disciple.
Un temps.
-Vous m’avez dit hier de venir vous voir aujourd’hui, vous aviez quelque chose à me dire…, reprit Samyël.
-Ha oui, c’est exact. Prend le tabouret et installe toi. Pose ton arc là bas. Non, pas là. A côté. Bien. Hum… J’ai tellement de choses à te dire que je ne sais pas par où commencer.
-Peut être par le début mon amour, ce serait une bonne chose, intervint Erika.
-Ha oui, tu as raison, comme toujours. Merci chérie. Le début donc. Hum… Laisse moi le temps de mettre de l’ordre dans mes pensées… J’aimerais… J’aimerais te parler de moi, de ce monde qui t’entoure, et éclaircir quelques points sur ce qui est de la magie.
Samyël hocha la tête.
-Nous sommes ici sur l’Île de Solanéa, au large de la côté Sud de ce que nous appelons couramment le Continent. Ce même Continent n’est en fait rien d’autre qu’une immense étendue de terre émergée hors de la surface de l’Océan. Au nord de l’île se trouve Gontarion, notre port. Plus au nord, à l’extrémité de la Queue du Serpent -c’est ainsi que l’on homme l’extrême sud du Continent, à cause de sa forme en pointe de flèche- se trouve Port-Ebène. C’est un des grands axes de commerce maritime du monde, car c’est par là que passent tous les navires voulant se rendre d’une cote à l’autre. L’espace séparant ces deux ports est appelé le Cap Solaire. D’ailleurs, en ancien langage, Solanéa signifie littéralement la Terre du Soleil. Mais je m’égards. Tu me suis jusqu’ici?
-Oui… Oui, je crois.
-Parfait. Jusqu’à récemment, tout le Sud du Continent, de Port-Ebène jusqu’aux Montagnes de l’Infinie, n’était qu’un seul et même royaume, celui-là même qui fut fondé par Aegir durant l’âge Sombre à la suite de son combat contre Nagür le Noir et ses Seigneurs Nécromants. Mais tu connais l’histoire, ton Grand Père a déjà dû te la raconter. Le royaume était gouverné par le bon roi d’Arendia, la cité royale, qui lui-même était conseillé par l’Archimage. Afin de gérer au mieux cet immense empire, les terres furent divisées en plusieurs petits royaumes, à la tête duquel on plaça un compte, un duc ou un seigneur selon l’importance du fief. Bien évidemment les plus grandes terres revinrent aux Dix Chevaliers Servants d’Aegir et leurs lignés continuent de gouverner avec sagesse tandis que les fils jurent allégeance au roi et siègent au Conseil. Ces terres sont principalement regroupées autours d’Arendia, afin de prévenir toute attaque contre la cité mère. Il en était ainsi jusqu’à ce que le peuple du comté d‘Arch-Mark, situé dans la grande plaine d‘Arch-Land, se révolte. Un homme était à l’origine des troubles, Arabéus. Il était le créateur d’une religion basée sur la vénération d’un seul dieu, communément appelé le Seigneur. Arabéus proclamait que l’Homme se doit de se rendre maître de son destin, en destituant la place prédominante de la magie dans la vie des gens, tout bonnement en l’éradiquant, ainsi que toutes les créatures qui dépendent d’elle. (Samyël buvait les paroles de son maître, la bouche légèrement ouverte, l’air à la fois choqué et ahuri). Les Dieux seuls savent comment Arabéus parvint à convaincre autant de gens de la véracité de ses dires mais il ne tarda pas à destituer le Compte de l’époque et à prendre sa place. Arabéus était un homme dément, mais qui savait parler aux foules. Il prétendit apporter les Bonnes Paroles du Seigneur et convainquit le peuple que le Mal se tapissait derrière chaque mage, chaque magicien, derrière le moindre petit sortilège. Il mit en place les Purges, qui ne sont rien d’autre que des chasses à l’homme dont les proies sont les jeteurs de sorts. Les malheureux qui étaient pris étaient amenés en place publique où ils étaient torturés devant la foule avant d’être mis à mort. Le supplice le plus courant était le fouet, suivi d’une séance d’écartèlement. Après quoi le pauvre bougre était laissé au bon soin du bourreau qui lui arrachait les yeux avec la pointe d’un couteau consacré avant d’être pendu.
Mais Arabéus ne s’arrêta pas là. Il se proclama Pontife, et par la même chef de tout les croyants. Après avoir éradiquer la magie de son domaine, il tourna son regard vers les autres fiefs où la magie était une chose courante et où il n’était pas rare de voir un magicien à chaque coin de rue. C’est là qu’Arabéus créa la Sainte Expédition. Elle est composée des guerriers les plus pieux et les plus fanatisés. C’est une véritable armée qui n’a peur de rien, étant donné que chacun de ses soldats croie que le Seigneur veille sur eux et que rien ne peut leur arriver. A leur tête se trouve le Commandeur, le pire de tous. La sainte Expédition fut chargée de convertir les populations au culte du seigneur, tout en organisant des Purges partout où elle allait. Ses débuts furent difficiles. Aucuns dirigeants ne voulait se soumettre à l’autorité d’Arabéus. De nombreuses batailles eurent lieux, faisant beaucoup de victimes. Les armées du Pontife semblaient inépuisables, car lorsque les soldats croyants se firent rares, de nombreux mercenaires vinrent grossir les rangs, alléchés par la promesse de l’or qu’ils pourraient récupérer lors du pillage des terres. Petit à petit, l’empire d’Arabéus gagna du terrain, conquérant des terres, étendant l’influence de sa religion et des idées qu’elle véhiculait. Les peuples commencèrent rapidement à avoir peur de la Sainte Expédition. Dès qu’on voyait les étendards blancs au loin, on déposait les armes et on expulsait les magiciens hors des murs des villes. Beaucoup de seigneurs et de ducs trahirent leur serment au roi, adoptèrent la religion Seigneuriale et aidèrent à financer la Sainte Expédition. Seuls résistèrent les descendants des Dix Chevaliers Servants, fidèles à la tradition. Ils rassemblèrent une grande armée, et défièrent les forces d’Arabéus dans la grande plaine d’Arch’Land, aux portes de la capitale pontificale. La bataille dura trois jours. A l’aube du troisième, les têtes des neufs Chevaliers ayant participé à la bataille furent envoyées sous escorte au roi en personne. On nomma cette bataille les Trois Jours de la Chevalerie. A la suite de cela, l’influence d’Arabéus ne rencontra plus aucune résistance, et la race des magiciens, des gens comme toi et moi, diminua fortement en quelques années. Le dernier refuge des pratiquants des Arts se trouve désormais dans la Citadelle Blanche, à Arendia. Ce n’est autre que la seule école où l’on enseigne la magie, c’est aussi la demeure de l’Archimage, notre chef. Mis à part cela, quelques uns d’entre nous vivent encore dans leurs terres d’origines, en se cachant.
A présent, Rirjk parlait avec dans la voix de l’amertume.
-Cependant, les rêves et les plans d’Arabéus s’achevèrent brutalement lorsqu’il fut assassiné, il y de cela trois ans.  Malheureusement, son fils se révéla être un digne successeur, et il s’empressa de reprendre les activités de son père. Malgré tout, la mort subite d’Arabéus premier fit une brèche dans la foi du peuple, car si le Pontife, censé représenter le Seigneur en ces terres pouvait être tué, les pouvoirs du Dieu n’était pas aussi puissants qu’on le prétendait. C’est dans cette brèche que s’empressèrent de s’engouffrer de nombreux agitateurs, un peu partout sur le Continent. Certains royaumes trahirent une fois encore leur allégeance, renièrent les enseignement du Seigneur, et arrêtèrent de financer la Sainte Expédition Certains mages audacieux sortirent de l’ombre et prirent par au conflit.
-Et le nouveau Pontife laissa faire? demanda Samyël, subjugué par le récit.
-Bien sûr que non. Arabéus II mit à la tête de la Sainte Expedition un nouveau Commandeur. Celui-ci refit la même chose que le premier avant lui. Il parcourut le Continent, traquant les magiciens et restaurant la religion Seigneuriale. La puissance du Pontife ne tarda guère à redevenir celle qu’elle fut du temps d’Arabéus premier. Aujourd’hui, presque tout le Continent est tombé sous son joug. Seuls résistent encore Fort Argent, au Sud d‘Arendia, et Arendia elle-même. Et Solanéa, bien évidemment.
Samyël acquiesça, l’air grave. Il se sentait plus troublé qu’il ne voulait bien le reconnaître. Peut être était-ce cela l’origine de son malaise vis-à-vis du Continent…
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Prince du Crépuscule le mercredi 09 mai 2007, 22:49:07
Eh bien, eh bien... Il y a tellement de choses à dire, Great Magician Samyël (je sens que je vais encore m'égarer, moi...)! ^^ Tout d'abord, sache que j'ai autant apprécié qu'avant, ton style me plaît toujours autant, très fluide, les mots sont bien choisis, les tournures de phrase agréables, la ponctuation également, les descritions sont bien retranscrites, conférant à ton récit une dimensoin épique qui me donne toujours plus envie d'en savoir la suite. (Je sens que je vais encore m'attarder moi... ^^). J'ai beaucoup aimé le combat de Rirjk contre le démon, violent telle la tempête fait plier les navires à sa fureur, intéressant, doté d'un rythme accrocheur, avec un appel aux sens et aux images, comme pour les griffes crissant sur le tableau et les rougeoiements. Et cette magnifique retombée, pour se tourner vers un tableau crépusculaire, le soleil déclinant dardant ses rayons ensanglantés vers la mer, fidèle miroir de son agonie régalienne, se mourant dans son propre fluide vital, comme pleurant, doublé de regrets des plus sincères et profonds, alors qu'il se fait lentement, mais si douloureusement qu'il en perd son essence propre, happer par le remous du temps et des vagues... Quelle mélancolie! J'adore ce genre de thème, je crois que tu l'auras compris (Pas pour rien quand même que mon pseudo c'est Prince du Crépuscule. ^^). J'ai vraiment apprécié cette retombée, ce calme qu'habite le lendemain de tourments, même si moi j'en aurais fait trois pages (ça me fait penser à ma fiction concours tiens! Ksh! Ksh! Ksh! :) ), c'était un très bon moment, vraiment agréable, avec Rirjk voulant fuir son passé, rompre avec les angoisses tappies au fond de lui, jetant symboliquement cette épée dont on ne connaît presque rien, c'est très joli, ça me touche (en même temps, y a-t-il une chose qui ne me ravit pas ici? ^^). J'y ai distingué ta marque, tes intentions de ravir le lecteur, de le séduire au plus profond de lui-même, jusqu'à le combler entièrement de satisfaction, félicitations, c'est réussi!

Pour ta suite (et dire que je ne voulais que commenter ce passage au départ! Je me suis dit, faisons un message court, bah ouais, on vois ça hein, je suis décidément incorrigible... ^^'), j'ai également aimé la façon dont tu as introduit le personnage d'Eratius, Commandeur au service du pontife d'une secte religieuse fanatique, voulant éradiquer la magie, représentant toutes les aspérités du Continent. J'adore ce thème, mais c'est du déjà vu, comme dans La Fortune de L'Elu, par exemple, qui fonctionne exactement sur le même système (mais je pense que tu sais, puisque tu l'as lue. ^^) ou alors, encore plus flagrant dans L'Epée de Vérité, avec le Sang de la Déchirure qui a exactement la même fonction au service du Créateur et de l'Empereur Jagang, Celui qui marche dans les rêves. Enfin, il n'empêche pas que j'affectionne ce genre de personnages, qui va bientôt donner du fil à retordre aux habitants insulaires de Solanéa et en particulier à Rirjk et Samyël, je le sens déjà venir... J'ai hâte de connaître la suite tiens, et de voir comment tu te débrouilleras afin de faire évoluer ta fiction! Surtout que je sais enfin d'où vient ce cher Falenz, qui m'avait vraiment, immensémment plu, et qui n'est autre que l'un des derniers représentants d'un pouvoir juste incarnant un passé glorieux et noble, agonisant, se dressant tel le dernier obsatcle, un Chevalier de l'Ordre au service de l'archimage, déservant le Vertu que l'on ne respecte plus désormais, laissée honteusement en friche... Superbe! ;)

Encore une chose, (ouais ouais, j'ai toujours des choses à dire sur des écrits, tu voulais un commentaire? Bah fallait pas m'appeler, hein... >_>) j'ai beaucoup aimé ces passages hautement descriptifs, même si moi je ne procède pas de manière semblable (enfin chacun son style, c'est mieux ainsi! ^^), tu les manies vraiment bien, tout comme les passages sentimentaux. On en connaît désormais un peu plus sur le Continent, ses failles, son passé glorieux, son présent dont les lambeaux se détâchent peu à peu d'un souvenir mirifique, un futur incertain d'un monde qui sombre dans la démence et le doute... Tu as su insuffler toute une histoire à ce Continent qui sort de toutes pièces de ton imagintion, lui donner contenance, de la vie, comme s'il s'agissait d'un personnage à part entière. C'est un environnement en péril qui me plaît, et qui ne passionne pas que ce cher Samyël. Tu as amorcé mon désir d'élargir mes connaissances en la matière, et éveillé ma curiosité intarrissable à ce sujet.

Encore bravo, donc! (si moi je ne fais pas dans l'emphase... ^^) Voilà, maintenant tu sais, à tes dépends, ce qu'est un message dit "à la Prince du Crépuscule", long et poétique, élogieux souvent, mais réservant parfois des critiques acérées. J'espère que tu apprécieras, comme tu me l'avais demandé expressément! :)
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le jeudi 10 mai 2007, 00:07:17
Huk huk, j'ai bien fait d'attendre, je ne suis pas déçu, loin de là (je crois que je viens de voir le commentaire le plus long de ma vie, et il est pour moi X ) Nyark Nyark)

Tout d'abord, je tiens à te remercier Prince du Crépuscule (hop, une envie comme ça, de l'écrire en entier pour changer^^) pour tous tes commentaires qui me font très plaisir^^

Je suis heureux de constater que j'arrive à insufler les ambiances que j'escomptais^^ J'ai pris pour ma part beaucoup de plaisir à écrire le chapitre 5, focalisé sur l'ami Rirjk. Je suis content que tu ais pris autant de plaisir à le lire^^

Je ne mentirais pas en prétendant que je ne me suis pas fortement inspiré de l'épée de vérité pour cette nouvelle religion qui met à mal le fragile Continent^^ Malgré cela, j'ai également été influencé par les Monarchies Divines de Paul Kearney, que je vous recommande à la lecture^^

Ha, je vois que j'ai réussi à pieger ton oeil acéré de lecteur acharné huk huk (je m'aime^^). En effet, le général Kalenz de Fort-Argent n'est pas notre bon Falenz Delso, pirate convaincu^^ En effet Falenz apparaîtra bcp plus tard dans le Cycle avec notamment l'apparition d'un certain trio mais je n'en dis pas plus héhé^^

Cependant, le Continent vous réserve encore bien des surprises nyark nyark...
Nous arrivons bientôt à un tournant dans la vie de notre petit Magicien aux cheveux de flamme, et par la même, dans le récit. Mais je n'en dis pas plus, rendez vous dans le prochain chapitre héhé^^

Après avoir lu ton super commentaire, je n'ai pu m'en empêcher et j'ai fini  le chapitre 6 d'un trait^^
Une deuxième partie qui complète la première, éclaircissant un peu plus l'histoire de ce monde incertain.
Mais gare, le Destin rôde, et l'hiver approche...

Sur ce bonne lecture ; )

Ps: J'ai également changer le nom de ce chapitre, car au final, je l'ai totalement remanié par rapport à ce qu'il devait être en premiers lieux, si bien que son premier nom devenait un peu obselète^^



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Chapitre 6: L'approche de l'Hiver. (deuxième partie)



 Ce soir là, ils mangèrent dehors. Rirjk avait invité le grand père. La soirée était douce, avec une légère brise. Les fameuses lucioles Solanéènnes dansaient leur ballet lumineux dans l’air.
L’ambiance était décontractée, on parla beaucoup, on conta des histoires.
-Grand père, grand père! J’aimerais entendre la geste d‘Aegir! S’il te plaît!
-Encore? Mais tu la connais par cœur!
-C’est ma préférée!
-Oui, s’il vous plaît, intervint Rirjk. Vous racontez comme personne.
-Et bien, si vous le voulez à ce point.
Erika vint se blottir sur les genoux de son mari, leur enfant dans les bras. Samyël s’enroula dans sa couverture et s’approcha du feu. Le vieil homme se gratta la barbe un moment. Puis il leva la tête vers les étoiles, et commença à chanter d’une voix grave, puissante, qui parcouru la campagne jusqu’à Vallon-Brumeux.

Jadis,
Gouvernant les cieux et le vent,
Volaient les anciens dragons.
Jadis,
Émergeant du Chaos du Néant,
Etaient les puissants démons.

Pour la terre ils s’opposèrent,
Dans le feu ils se déchirèrent.

C’est alors qu’apparurent,
Par delà les monts,
Les hordes de Nagür,
Le noir Dragon.

Des démons il se fit allié,
Des dragons il se fit roi.
Et dans le ciel il volait,
Sombre oiseau de proie,

Et le malheur sur le monde il déversa.

Ô enfant,
Lorsque pointe la nuit,
Scrute l’horizon sans répit,
Des ténèbres jaillit l’ennui.

Ô enfant,
Reste en ces murs,
Dans la nuit rôde Nagür,
Il te cueillera comme un fruit mûr.

Le dragon était puissant,
Nord, Sud, Est, Ouest, il appela ses Servants.
Et à l’appelle répondirent les Seigneurs Nécromants.
De tous ils étaient les plus puissants.

Destruction et ruine ils apportèrent,
Et la chute des Hommes ils provoquèrent.

Ô enfant,
Toi qui attend,
Dans la nuit rôde Nagür,
Il te cueillera comme un fruit mûr.

Mais un espoir il advint,
Un champion, l’épée à la main,
Auréolé de Lumière,
Venu d’au-delà les frontières.

Aegir le Brave,
Aegir le Téméraire,
Rendons lui hommage,
Levez vous mes frères,

Nous avons un roi,
Nous avons un espoir,
Sa parole fait loi,
De son bras il nous protégera.

Dix guerriers se dressèrent,
Dix chevaliers armés,
Qui jurèrent sur la mort de leurs pères,
Qu’ensembles ils se vengeraient.

Les compagnons partirent,
Loin dans le nord,
Vers de violents conflits dont-ils ne purent se départirent,

Les Seigneurs Nécromants furent vaincus,
Au prix de nombreux sacrifices,
Mais tel était le prix de la Vertu,
Quoi qu’en dise les auspices.

Alors, de la forteresse d’Ur-Les-Ombres Nagür jaillit,
Volant vers les cieux infinis.
Et Aegir le poursuivit,
Et pour l’éternité le défît.


 La dernière note du chant s’envola doucement dans l’air du soir, laissant l’auditoire sans voix, transi et émerveillé. La campagne était silencieuse, comme saisie par la mélancolie de cette geste qui racontait la fondation du monde. Un léger souffle de vent fit bruisser les hautes herbes, et les cigales se remirent à chanter. Le feu crépitait pitoyablement, attendant désespérément un combustible pour ne pas mourir.
Samyël s’était endormi, un sourire sur les lèvres. Nul doute qu’il devait rêver une fois de plus de chevalerie et de combats épiques. Erika somnolait sur les genoux de Rirjk, berçant doucement le jeune Erik.
Le magicien sourit, embrassa les cheveux de sa femme et posa son regard sur les étoiles.
-Ils approchent, dit-il.
-Je le sais.
-Vieil homme, j’ai peur. Pour ma famille, pour vous, pour Samyël, et pour moi.
-Je le sais.
-Qu’allez vous faire?
Henry ne répondit pas tout de suite. Il remit une bûche dans le feu, et contempla les flammes un moment, l’air songeur. A ce moment là, il émanait de lui l’espèce d’aura de sagesse propre aux gens d’âge et d’expérience. Mais malgré ça, le poids des ans se faisait lourdement ressentir.
-Si le destin l’a voulu ainsi, je ne m’y opposerais pas. Je ne peux que prier pour l’avenir de mon petit fils.
-Je vois…
Les deux hommes restèrent un moment silencieux, pensifs, chacun s’interrogeant sur ce que serait la vie de demain. Quelque chose allait arriver, ils le ressentaient tout comme l’ours ressent l’approche de l’hiver. Mais ils ne dirent rien. Ce n’était pas leur genre. Deux hommes solitaires, deux hommes tristes comme le monde, avec dans le cœur plus de mélancolie qu’un barde triste jouant seul dans la rue un jour de pluie.
Rirjk coucha sa femme et son fils, puis il porta Samyël le long du sentier qui menait à leur masure. Sur le pas de la porte, Henry et lui échangèrent un regard, puis, silencieusement, le magicien repartit dans l’ombre de la nuit.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Kyren le jeudi 10 mai 2007, 11:25:50
Je viens de commencer à lire les 2 premiers chapitres et j'adore c'est vraiment écrit ! La tournure que sa prend est bien ;)
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le mardi 15 mai 2007, 22:55:30
Hi people! Quelques nouveautés débarquent (bon, disons le, deux, mais c'est déjà ça^^)! Premièrement, la carte que je vous avez annoncée au début du topic (ça remonte dis donc^^). Elle est consultable depuis le premier post!^^

Deuxièment, l'arrivé d'un second récit dont j'ai repris l'écriture. Ce n'est rien d'autre que l'histoire de Falenz, le pirate. J'avoue qu'une fois l'écriture de la nouvelle "Falenz" finie, j'avais envie d'aller plus loin avec ce personnage qui me plaisait beaucoup. Durant les dernières grandes vacances, j'avais donc entrepris la conception d'un nouveau monde (son monde), ainsi qu'un scénario et tout le tralala, ce qui avait abouti à un chapitre. Sur le coup, je n'avais pas continué (flemme peut être? :niak: ) J'avoue que je l'avais un peu oublié jusqu'à ce que récemment PdC en reparle dans son dernier commentaire et qu'une amie m'en demande des nouvelles. Sur le coup, j'ai eu très envie de reprendre l'écriture, mais me connaissant, j'hésitais, de peur  que l'écriture du Cycle en soit retardée. Cependant, j'ai retrouvé ledit chapitre dans un dossier poussièreux d'un PAD, après relecture et correction, je me suis dit "alley, au diable tout ça, je me lance". Donc je poste ici le premier chapitre d'une aventure assez particulière, car se déroulant dans un monde mélant Fantaisy et S-F. Tout ça en attendant le chapitre 7 du Cycle, que j'essairais d'écrire d'ici à dimanche^^

Je n'en dit pas plus, bonne lecture^^ (j'attends vos critiques/impressions, surtout toi PdC, me déçoit pas : p *crève*)

Kyren===> comme je te l'ai déjà dit sur MSN, merci pour le comm'^^


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Falenz


Chapitre 1: Les deux parias. Le Pirate et le Psychik.

La porte s'ouvrit dans un grincement et un bruit atroce se répercuta dans la petite pièce lorsqu'elle toucha le mur de pierre froide. La lumière crue d'une torche pénétra dans la cellule, masquant le visage de l'homme qui la tenait.
-Tiens, on t'a apporté un p'tit camarade, furent les mots qui sortirent de ses lèvres. T'as qu'à lui apprendre à prendre le vent en poupe!
Un rire gras jaillit de sa gorge puis il disparu de l'encadrement de la porte avant d'y revenir en tenant quelqu'un par le bras, qu'il jeta sans ménagement sur le sol dur de la petite cellule.
La porte se referma avec le même grincement puis claqua dans un bruit infernal.
Avec la porte disparut la lumière tel un soleil disparaissant derrière une colline pour faire place aux ténèbres les plus profondes. Aucune lucarne n'apparaissait sur les murs nus, ni aucune fenêtre pourvue de barreau. Seul le noir et le silence emplissaient la pièce à la manière d'une purée de poix.
L'homme au sol, car s'en était un, se releva et tenta de sonder les ténèbres qui l'oppressaient. Ce fut en pure perte et il s'assît sur le sol humide avec un soupir fataliste.
Il avait été pris.
Pourtant, il avait œuvré avec habilité et il avait calculé les événements à la perfection. Mais un imprévu était intervenu. Il avait été reconnu. Il avait bien tenté de résister, de fuir, mais, contraint par le nombres de ses assaillants, il s'était rendu et avait été jeter ici, dans la Citadelle Aux Milles Éclats. La prison réservée aux grands criminels et qui gardait jalousement sa réputation de n'avoir jamais perdu un de ses occupants dans une tentative de fuite.
Voilà donc où se trouvait l'homme lorsqu'un craquement d'allumette se fit entendre. Une petite flamme s'alluma dans le fond de la cellule. Momentanément aveuglé, le nouveau venu ne put tout de suite distinguer les traits de son compagnon de captivité.
-Et bien, qu'est-ce que nous avons là?
La voix était grave et légèrement pâteuse, comme celle de quelqu'un que l'on vient de tirer du sommeil -et c'était probablement le cas.
L'occupant des lieux apparut sous la lumière vacillante de l'allumette. Une tête bien faite, des yeux gris pétillants d'intelligence mais qui vous glaçaient les sangs tant ils étaient froids et durs, un nez aquilin et des lèvres sèches à cause du peu d'eau qu'elles devaient recevoir. Une crinière de cheveux roux et sales lui tombant jusqu'au milieu du dos lui encadrait le visage et une barbe très bien fournie mais tout aussi sale attestait d'une longue captivité. Il avait dans les trente cinq ans.
Il plissa les yeux pour tenter de distinguer son interlocuteur, mais celui-ci n'entrait pas dans le halo rougeoyant de la source de lumière qui déjà s'éteignait.
Ils se retrouvèrent de nouveau dans le noir.
-C'est quoi ton nom?, reprit l'homme.
Il y eu un temps de silence puis le nouveau répondit:
-Lohengryn.
-Un nom de jeune pucelle ça!
Et d'éclater de rire, un rire franc et puissant qui se répercuta sur les murs de la salle.
-Je ne vous permets pas de critiquer le nom que m'ont donner mes parents (il s'était déplacer à présent, pour s'adosser au mur et le son de sa voix provenait de la droite du prisonnier roux)
-Mille pardons, je ne voulais pas vexer mon seigneur.
Le ton de la voix était plein d'ironie et d'arrogance.
Lohengryn eut un soupir blasé.
-Ce n'est pas grave, après tout, je ne peux demander la politesse à un criminel... (Il vit les yeux de son compagnon d'infortune luirent dans le noir mais ce dernier ne dit rien) Et vous? Quel est votre nom?
-Del'so. Falenz Del'so, pour vous servir mon seigneur.
Silence.
-A.. A.. Attendez, vous voulez dire que vous êtes Falenz, Le Falenz. Le pirate?
-En personne, répondit celui-ci avec une voix amusée. Heureux de voir que ma réputation tiens toujours, même après quatre ans à vivre dans cette cellule puante.
-Mais... Je... Nous... On croyait que vous étiez mort!
-Pheu! Le jour qui verra ma mort n'est pas encore arrivé. Ils vous ont fais croire ça pour rassurer la populace.
Il eut un ricanement.
-Mais approche donc, que je vois enfin à qui je parle.
Il craqua une seconde allumette, qui lui dévoila Lohengryn.
C'était un jeune homme, dans la vingtaine. Des cheveux noirs et longs et qui lui arrivaient dans le bas du dos, des yeux verts, légèrement distants et éteints mais qui reflétaient une grande intelligence. Son menton était nu et son oreille droite percée d'un anneau doré. Une petite sphère métallique tournait autour de son crâne à la manière d'un satellite planétaire.
Falenz éteignit précipitamment sa lampe improvisée et cracha de dégoût.
-Un Psychik! Je me retrouve avec un Psychik! Par les Dieux Machines de ces satanés nains, ne devaient-ils pas t'enfermer dans un de leur centre pour débiles et mutants?
-Si, mais aucun n'a voulu de moi...
Nouveau silence.
-Je crois que je vais changer d'avis sur toi. Si ils ont fais ça, c'est que t'as fais un truc grave.
-En effet...
-Allez, dis à tonton Falenz ce que t'as fais.
-Je... Je préfère me garder cette information.
-Comme tu le sens, après tout, on a tous le droit d'avoir nos petits secrets... Bon, passons aux détails pratiques. Il n"y a qu'une couchette ici, donc on dormira dessus à tour de rôle. J'espère que t'as l'esprit à tout épreuve, mon gars.
-Pourquoi cela?
-Tes prédécesseurs n'ont pas pu supporter de sentir toutes ces choses qu'on voit pas et qui grouillent de partout sur leur corps lorsqu'ils dorment par terre, ils ont demandé l'exécution directe... Par contre, toi tu n'as pas le droit de le faire.
-Pou...Pourquoi donc? (la voix de Lohengryn était tremblante sous l'effet de l'angoisse et il s'imaginait sentir sur ses bras et ses jambes des choses qui rampaient, velues, écoeurantes ou bien flasques)
-Parce que je t'aime bien, et donc tu auras le post de commandant en second sur mon navire!
-Votre navire? Quel navire?
-Celui que je posséderais lorsque je me serais échappé de ce trou. Ne vas pas t'imaginer que je compte finir mes jours ici!
Et il se retourna sur sa couchette avant de s'endormir rapidement. Le pauvre Lohengryn, lui, ne pu dormir de la nuit, victime de l'angoisse distillée par les paroles de Falenz sur ce qui occupait la cellule avec eux...

Ils ne voyaient de la lumière que deux fois par jours, à l'heure où on leur apportait leur repas (une bouillie immonde avec un peu d'eau et un petit peu de pain), Falenz économisant ses allumettes pour d'autre occasion. A force, Lohengryn s'habitua à cette obscurité quasi permanente et il parvint à distinguer les contours de ce qui se trouvaient dans la cellule, sans parvenir à en voir les détails. Falenz parlait beaucoup, souvent tout seul car Lohengryn était plutôt quelqu'un de taciturne. Malgré ses innombrables tentatives, Falenz ne parvint pas à savoir ce qui avait valu à Lohengryn son séjour à la Citadelle. Le jeune homme restait invariablement muet comme une tombe à ce sujet.
-C'était la belle vie à l'époque, commença un jour Falenz lorsque son jeune compagnon le questionna sur sa vie antérieur. J'étais un pirate, comme tu le sais, le plus redoutable et redouté du monde connu. Mon équipage était le meilleur qui soit, tous plus habiles à l'épée les uns que les autres. Et mon bateau! Il fallait le voir! La meilleur prise de toute mon existence! Un des vaisseaux volants de Merydion. Avec des canons, des réacteurs et une coque faite d'un alliage dont seul les nains ont le secret. Nous étions invisible, aussi bien dans les airs, que sur la mer ou sur terre. J'avais les femmes que je voulais, les nobles se prosternaient devant moi lorsque je venais de décimer leur armé personnelles, et j'étais riche, riche comme personne ne l'avait été avant moi. Ha, ils sont loin ces jours heureux... (sa voix était emplie de mélancolie)
-Mais... Comment vous êtes vous retrouvé ici dans ce cas?, demanda Lohengryn (même après dix jours passés avec Falenz -donc cinq nuits de cauchemars à dormir au sol-, le Psychik ne le tutoyait toujours pas).
-C'est à cause de cette garce d'Heria... La fourbe se disait éprise de moi, et dans un moment d'imbécillité de ma part, je l'ai crue. Une escouade de miliciens m'est tombée dessus alors que je partageais sa couche avec elle. Je lui ai promis de la retrouver, où qu'elle soit, une fois que je serais sorti d'ici.
L'ancien pirate décocha un sourire féroce à son compagnon de cellule, que celui-ci ne put voir dans le noir.
-Parle moi des gens de ta race, repris Falenz après un court moment de silence.
-Des Psychiks? Et bien, il n'y a pas grand chose à dire sur nous... Nous sommes ce que les gens du peuple appellent des mutants car grâce à notre esprit, nous pouvons influencer la matière, la lumière et le son. Mais chacun d'entre nous à sa spécialité.
-Ha? Je n'étais pas au courant. Et toi? Quelle est donc la tienne?
-Je peux contrôler les esprits faibles mais seulement influencer les esprits fort et je maîtrise le feu avec facilité.
-Fort bien fort bien! Tu m'aideras mieux que n'importe qui d'autre dans ta tache de second! Mais il va falloir t'enlever ce truc qui tourne autour de la tête.
-Qu'est-ce que c'est au juste?
-Je n'en sais rien. Je sais simplement que sa t'envoie des ondes contraires à celles qui te permettent d'utiliser tes pouvoirs pour justement t'empêcher de les utiliser. Je mettrais ma main à couper que c'est une œuvre de ces fichus machinistes Merydionniens!
-Tu parles de Merydion depuis que je sui arrivé, le coupa Lohengryn. Qu'est-ce? Une ville, un pays, un empire?
-Merydion... C'est la cité aux tours d'argent. Une ville comme tu n'en as jamais imaginé de pareille. Elle s'étend sur plusieurs milliers d'hectares, et ses tours d'acier et de verre émergent du sol comme de la mauvaise herbe. L'air y est métallisé et le ciel a une couleur acier également. Les gens de là bas sont très forts. Ils construisent des merveilles, comme les bateaux volants. Seuls les nains peuvent rivaliser avec eux sur ce point.
-Où se trouve cette ville?
-Sur une grande île, à l'est, par delà la mer sans retour.
-Ca a l'air chouette.
-Plus que tu ne le crois gamin. Un jour, je t'y emmènerais, je te le promets.
Lohengryn coula un regard aveugle vers Falenz. Il parlait avec une voix vibrante. Ca ne lui ressemblait pas. Le jeune homme haussa les épaules et n'y fit plus attention.
-Et... Quand est-ce que tu comptes t'évader?
-Dans deux mois.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Nehëmah le samedi 19 mai 2007, 15:16:43
Bon, ben moi j'ai pas lu l'aventure de Falenz le pirate, je me suis contenté de lire celle de Samyël. Et j'avoue que c'est une grosse déception : OU EST LA SUITE BON SANG DE NOUILLE ? :niak:
Voilà, comme j'avais bien apprécié ton texte rendu pour le concours, je me suis dit que j'irais bien faire un petit tour du côté des Cycles du Rouge histoire de vérifier les talents d'écrivain du super magicien.
Bon, donc, par où commencer ? Un héros de six ans... Moui... Ca m'a un peu surpris au début, et puis son intelligence, ses capacités, tout ça, tout ça, bon autant dire que c'est le type de héros qui m'agace quelque peu. Heureusement, y a son grand-père et Rirjk (enfin quelque chose ocmme ça, il a un nom imprononçable le bougre). La tournure des évènements notamment dans le chapitre 4 / 5 m'a fort étonné (dommage qu'il ressuscite niark niark). Du moins, je ne pensais pas trouver ce genre d'évènements dans des récits du genre.
La magie semble être le centre de gravité de toute l'intrigue, par conséquent la manière de l'amener est mystérieuse et le lecteur ne demande qu'à en apprendre un peu plus. La cosmogonie du monde semble être par ailleurs bien étudié vu les détails qui fourmillent (comme par exemple les histoires d'altitude, ça c'est excellent !).
Aussi, les ambiances savent se faire lourde et oppressante quand il le faut (la scène de résurrection pour exemple) et ça c'est cool !
Donc, voilà, si tu pouvais te dépêcher pour la suite ça serait bien aimable :niak:
Et petit autre truc : est-ce que l'histoire de Falenz sera amené à croiser celle de Samyël ? Est-ce qu'il s'agit d'histoires complémentaires ? Si oui, alors je lirais Falenz avec plaisir xD Sinon, j'ai un peu la flemme là tout de suite :niak:
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le samedi 19 mai 2007, 19:46:40
Merci nehëmah pour ce commentaire :niak: (<==c'est officiel tu m'as convertit XP)

Pour ce qui est de Samyël, certes, je te le concède, mais ce n'est que le début du récit. Il va grandement évoluer par la suite, mais je n'en dis pas plus ^^
Et pour répondre à ta question, ui l'histoire de Falenz sera ammener à croiser celle du Super Magicien comme tu dis : p Mais c'est pas pour tout de suite alors te force pas ^^

Veualà, comme promis, et puisqu'on me réclame, le chapitre 7 qui marque la fin du court prologue du Cycle :niak:



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Chapitre 7 :
 La sombre épée de la Justice.


-Erika!
Rirjk ouvrit la porte violemment. Erik se mit à pleurer. Le mage était nerveux, ses pupilles dilatées, par la peur sans doute. Il s'approcha de sa femme et la saisit par les épaules.
-Erika! Ils arrivent. Nous n'avons plus le temps, prends le bébé et cours te réfugier dans la forêt. Ils ne te trouveront pas!
Une lueur d'inquiétude brilla dans les magnifiques yeux de la jeune femme.
-Même ici, ils ne nous laisseront donc pas en paix?
Rirjk hocha la tête avec fatalité. Les souvenirs de sa fuite précipitée du Continent étaient encore bien présent dans sa mémoire.
-Allons, dépêche toi.
Erika acquiesça et pris délicatement leur fils dans ses bras. Pour le calmer, elle commença à chantonner dans une langue gutturale, mais en même temps harmonieuse.
-Et pour Samyël? Et pour Henry?
Rirjk détourna le regard. Il enrageait contre lui même. Une fois de plus il était impuissant face à ce destin qui semblait s'amuser de ses peines.
-Je vais voir s'il est encore temps de faire quelque chose.
Erika regarda son mari un moment, puis elle l'embrassa furtivement avant de s'élancer au dehors, le petit Erik dans ses bras.  Rirjk les regarda partir, une boule dans la gorge. Il resserra les pans de son manteau en peau et se mit à courir vers la demeure de son apprenti. Dans sa tête défilaient une centaines de runes, toutes plus meurtrières les unes que les autres. Il en choisit deux, qu'il lia mentalement. Tout en courant, il les traça dans l'air. Leurs contours apparurent fugitivement dans l'air glacé de l'hiver puis disparurent. Une douce chaleur se répandit dans le corps du mage, et un halo enflammé apparut autour de son poing.
Au moins, il pourrait se défendre. Il haletait déjà lorsqu'il les entendit. Pas d'erreur possible. Le cliquetis des armures lourdes et des épées était assourdissant dans le silence hivernal dans lequel était plongée Solanéa. Rirjk s'arrêta et s'adossa à un arbre. Ils remontaient le sentier en colonne. Il les compta mentalement.
Dix. Vingt. Trente. Trente sept. Beaucoup trop. Il serra les dents et commença à les suivre, sans trop savoir pourquoi. Après tout, que pouvait-il faire?


Eratius marchait du pas sûr et arrogant du conquérant parcourant son nouveau territoire. Solanéa était un succès complet. Ils avaient mis la main sur une trentaine de mages, et ils s'étaient réchauffés grâce aux feux des bûchés. Il n'y avait eu qu'un seul épisode tragique, un magicien plus leste que les autres qui avait réussi à lancer une boule de feu sur l'infortuné Roderik, avant de se jeter du haut de la falaise. Eratius ne s'en était pas formalisé. Les martyrs servaient juste sa cause, celle de son Seigneur. A la tête de ses hommes, il avait remonté Solanéa, allant de village en village, traquant le jeteur de sort comme un chien de chasse.      
 A présent ils se dirigeaient vers la demeure du dernier représentant de cette race honnie sur l'île. Un certain Djirk, comme l'avaient appelé les habitants de... Eratius ne se souvenait plus du nom. Sûrement un de ces noms stupides que ces bouseux affectionnaient tant. Griffe du Loup? Peu importait. Dans quelques instants, un autre de ces démons allait se balancer au bout du corde, tandis que lui se délecterait du spectacle.
Ils finirent enfin par sortir de la forêt. Une petite masure se dressait devant eux. Un petit vieux était assis sur le pas de la porte, il les regardait. Eratius s'arrêta à distance respectueuse, et ses compagnons firent de même. Le Commandeur plongea son regard bleu acier dans celui du vieil homme.
-Etes vous Djirk?(Eratius détestait ces noms nordiques imprononçables...)


Henry regarda les guerriers qui émergeaient de la forêt. Les reflets de leurs armures dans la lumière vive de l'hiver lui faisaient mal aux yeux. Mais c'était le cadet de ses soucis. Étrangement, il avait des regrets. Son envie de vivre s'était accentuée avec l'arrivée de sa mort. Son seul réconfort se trouvait dans la joie qu'il éprouvait de savoir que son petit fils vivrait, même sans lui. Il comptait sur Rirjk pour s'occuper de lui.
Henry posa un dernier regard sur sa chère île qui l'avait accueilli depuis bientôt cinquante ans. Il en connaissait chaque recoin par coeur, chaque arbre, chaque rocher. C'était son foyer, et il était triste d'en partir. C'était comme de quitter le logis familial pour se faire sa place dans le monde. Déchirant et douloureux.
Le guerrier en tête de file s'arrêta. Il arborait sur son plastron une croix rouge. Henry sourit. Le Commandeur en personne. C'était trop d'honneur.
-Etes vous Djirk?, demanda-t-il.
Henry sourit de nouveau. Tout se passait comme il l'avait prévu. Les villageois avaient fait ce qu'il leur avait demandé. Braves gens.
-Oui, c'est bien moi.
-Savez-vous pourquoi nous sommes là?
Henry se leva, dignement. La scène avait quelque chose de bizarre. On aurait dit une mise en scène où chaque parole aurait été apprise par coeur. Une mascarade...
-Oui, je le sais.
Le Commandeur sourit, et ses yeux bleus brillèrent d'une lueur de fanatisme dément lorsqu'il dégaina son immense épée. Ces yeux là, Henry les avait déjà vu. Mais pas chez cet homme...


Samyël leva lentement son bras pour prendre une flèche dans son carquois. Un épais tapis de neige recouvrait le sol et les arbres, nappant le paysage d'un blanc immaculé.
Les premières neiges étaient tombées environ un mois plutôt. La température avait chuté assez rapidement. C'était la période de l'année que Samyël préférait, car c'était la plus magique. Voir toute son île couverte de neige, et le silence qui y régnait... D'autant plus qu'il n'était pas du genre frileux. Alors le froid ne le dérangeait pas.
Cela faisait quelque jour qu'un immense bateau avait accosté à Gontarion. Cela avait provoqué pas mal de remous sur l'île, il y avait longtemps qu'on n'avait plus vu un navire plus important qu'un vingt cinq rames. Depuis lors, assez régulièrement, Samyël avait aperçu des feux de joie dans les villages en contrebas. Bizarrement, ce n'était jamais au même endroit, mais toujours dans un des villages un peu plus en hauteur que le précédent. Sans trop savoir ce que c'était (sûrement une coutume dont il n'avait jamais entendu parler), il redoutait le moment où ça se produirait à la Dent. C'était un malaise assez similaire à celui qui enveloppait le Continent, il ne se l'expliquait pas.
Un nuage de buée s'échappa de ses lèvres lors qu'il expira pour reprendre son souffle. Le sanglier se trouvait là, juste devant lui, à quelques mètres. Samyël le pistait depuis l'aube. En un mois, il avait fait quelques progrès au tir à l'arc. Mais c'était son premier gros gibier. Il n'aimait pas tuer sans raison alors il s'entraînait sur la cible qu'il avait construite.  Il s'était habitué au poids de l'arc, et à la façon dont il fallait tendre la corde pour avoir un tir précis. Cependant, aux vues de son jeune âge et de la taille de l'instrument, ces "réglages" n'étaient que temporaires.
Il avait également réellement commencé son initiation à la magie. Même si pour le moment il était déçu car ce n'était pas ce à quoi il s'attendait. Il n'avait toujours pas appris la moindre petite rune, la moindre petite formule. Il ne faisait que passer ses journées assis sur un rocher devant la mer, les jambes croisée, les mains sur les genoux, paumes vers le haut, à essayer de vider son esprit de toutes pensées, faire abstraction du monde. Rirjk avait appelé cela la Position du Penseur, et quand le jeune garçon se plaignait de ne rien faire, il lui disait qu'un magicien se doit d'être maître de son esprit, car la moindre seconde d'inattention pouvait lui être fatale...
Samyël en était exaspéré, car cela faisait bientôt quatre mois qu'il avait sois disant commencé à étudier mais son maître ne lui faisait faire que des exercices bizarres dont il ne voyait pas l'intérêt...
Cependant, il se rattrapait sur le tir à l'arc, car, le temps passant, il avait appris à aimer sa pratique. Lorsqu'il avait demandé à Rirjk à quoi cela lui servirait en tant que mage, son maître lui avait répondu que cela développait son équilibre et sa concentration.
Ce qu'il allait vérifier ce jour là.
Sa proie ne semblait pas avoir remarqué sa présence, et le sanglier continuait de gratter la terre à la recherche de quelque champignon qu'il aurait pu dévorer. Samyël n'avait qu'une crainte: que ses flèches ne parviennent pas à se ficher dans la chaire. Il n'avait pas encore la force de tendre l'arc au maximum et donc la puissance du tir en souffrait. Mais comme disait souvent son grand père, qui ne tente rien n'a rien.
Si il parvenait à abattre l'animal, Henry avait dit qu'ils le porteraient jusqu'au Vallon Brumeux pour que Lex découpe sa viande et confectionne des bottes pour Samyël avec son cuir. De belles bottes à boucles comme on en portait sur le Continent.
L'apprenti magicien releva doucement son arc, et encocha sa flèche, calmement. La moindre précipitation pouvait le trahir. Il banda la corde, doucement. Il positionna la flèche à hauteur de son oeil.
Soudain, le sanglier releva la tête, et agita ses oreilles comme si il avait entendu un bruit. Samyël se stoppa. Etait-il repéré? Il ne bougea pas, une goutte de sueur coula sur sa joue, malgré le froid. L'animal grogna puis sans prévenir s'élança à travers bois en mugissant. Il avait peur, c'était évident. Mais pas de Samyël, sinon il l'aurait chargé. Dans ce cas, qu'est-ce qui...
C'est alors que Samyël entendit. C'était un son comme il n'en avait jamais entendu, on aurait dit le fracas d'un millier de rochers s'écrasant du haut de la falaise. Et ça provenait de la direction de la Dent... Le jeune garçon eu alors un mauvais pressentiment, qui lui noua les entrailles. Il rangea sa flèche et s'élança en direction de son village. Il ne fit pas attention aux innombrables branches qui l'égratignèrent au passage, toute son attention étant focalisée sur ce qui se passait là-bas.
Il bondit au dessus du ruisseau qui s'était formé avec la neige et doubla l'allure. L'orée de la forêt était toute proche, et juste au delà se trouvait leur foyer. Encore un petit peu et...
Il se stoppa net. Il lâcha son arc sans même s'en rendre compte. Il n'arrivait pas à comprendre ce qu'il avait sous les yeux. Inconsciemment, des larmes lui coulèrent sur les joues.
Un énorme et profond sillon avait été creusé dans la terre. Il partait de sa maison et s'arrêtait aux premiers arbres, qui avaient été complètement déracinés et calcinés. C'était comme si quelque chose de lourd avait été traîné. Mais ça n'avait pas de sens, qu'est-ce que cela signifiait?
Samyël se précipita vers la masure en appelant son grand père. Une partie du mur avait été défoncée, et le mobilier était renversé sur le sol, comme si une lutte avait eu lieu. Au travers de ses larmes il remarqua des traces de sang par endroit, encore fraîches. Mais pas de traces d'Henry.
Il retourna dehors et éclata en sanglot tout en tombant à genoux. Qu'est-ce qu'il se passait. Rêvait-il? Non, tout cela était bien trop réel. Qu'est-ce qui avait bien pu provoqué un tel carnage?
Il releva les yeux et remarqua alors d'autres traces d'hémoglobine sur la neige. Elles fumaient encore. On pouvait également s'apercevoir qu'on avait tiré quelqu'un sur le sol, et que les traces continuaient sur le sentier qui menait à la Dent.
Samyël se remit debout et s'engagea sur le chemin, les jambes moites. Il marcha aussi vite qu'il pu et arriva finalement aux abords du village. En chemin il rencontra quelques personnes, et lorsqu'il les appela pour leur demander des renseignements, ils tournèrent la tête, ou enfoncèrent un peu plus leurs chapeaux sur leurs têtes, mais nul ne répondit. Cela ne fit qu'accentuer le malaise qui rongeait le coeur du jeune garçon. Il passa devant quelques chaumières, mais les portes étaient closes tout comme les fenêtres. Une sale ambiance régnait sur le village. Seuls les corbeaux croassaient joyeusement dans le ciel. Il arriva aux abords de ce qui servait de place, à vrai dire ce n'était que l'endroit où se situait le puit et le vieux chêne qui était mort des années plutôt lors d'un hiver particulièrement rigoureux.
C'est là que le Destin vint frapper Samyël sauvagement.


Rirjk vomit. Violemment. Le goût de la bile et celui plus métallique du sang emplirent sa bouche. Il tremblait, mais pas de froid.
Quelle sauvagerie. Quelle cruauté.
Il avait vu toute la scène, et ce malgré lui. Il aurait voulu partir, courir loin de ces horreurs, se jeter du haut de la falaise et continuer à la nage jusqu'à ce que ses forces s'épuisent et qu'il coule profondément vers un long et doux repos. Mais il était resté planté là, tétanisé, captivé par ce spectacle morbide qui s'était déroulé sur la place. Il aurait aimé fermer les yeux et boucher ses oreilles pour se soustraire à cela. Mais il n'en avait rien fait. Il n'avait rien pu faire. Il s'en voulait. Fortement.
Rirjk avait entendu la conversation qu'il avait eu avec ces hommes. C'était pour lui, Rirjk, qu'ils étaient venus, pour lui! Cette idée le rendait malade et il vomit de plus belle. Le pauvre homme avait à peine eu le temps de lancer sa boule de feu avant d'être submergé...
Samyël...
Lui pardonnerait-il un jour?


Une forme sombre se balançait doucement dans le vent, accrochée à l'arbre grâce à une corde. Samyël porta une main à sa bouche, et ses pupilles se dilatèrent. Il se sentait nauséeux, et ses jambes tremblaient toutes seules. C'était une blague, oui, une blague, de très mauvais goût, mais une blague. Hein, grand père? Après tout, pourquoi se serait-il accroché à cet arbre sinon?
Samyël parvint à sourire mais il ne se convainquait pas lui même. Il fit quelques pas et dérapa sur quelque chose de glissant. Son visage heurta le sol avec rudesse. Il se mit à quatre pattes. Pourquoi y avait-il du sang par terre? Il y en avait tant...
Il releva la tête croisa le regard aveugle de son grand père. On lui avait arraché les yeux. Son corps était zébré de coupures en tout genre. Il lui manquait trois doigts à la main gauche. Et il continuait à se balancer au bout de sa corde. Un corbeau se posa sur son épaule, et commença à picorer sa chaire.
-Va-t-en, souffla Samyël. Va-t-en. Va-t-en!
Il avait crié. Il se releva et agrippa la jambe d'Henry. Il tenta de le soulever pour le décrocher mais il était trop petit, trop faible. Au travers du rideau que formaient ses larmes, il remarqua que les habitants de la Dent s'étaient rassemblés et le regardaient, l'air sombre.
-Mais qu'est-ce que vous foutez? Pourquoi vous ne m'aidez pas? Pourquoi vous ne le retirez pas? Si ça continue il va mourir! Il va mourir! Il va... Il va...
A quoi bon? C'était trop tard.
Son grand père était mort.
Cette réalité le frappa aussi durement qu'un coup d'épée. Il glissa sur le sol et s'effondra en pleur.


Et sur Solanéa, on entendit cette peine à travers toute la campagne. Ce n'était pas un homme qui était mort ce jour là. C'était une ère.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Nehëmah le dimanche 20 mai 2007, 11:52:27
Cool un adepte de plus :niak:
Pour l'évolution de Samyël, je pense d'ailleurs que ce chapitre risque d'être un sacré virage : va-t-il diriger sa haine contre Rirjk ? Contre Eratius ? Contre lui-même ? Va-t-il développer des complexes de culpabilité, d'infériorité ? Fort à parier que cela risque d'être intéressant !
Pour Falenz, je lirai plus tard, donc, si ça ne te dérange pas :niak:

Bon, pour ce chapitre 7 plus en détail, on a un aperçu de la bonté du grand-père qui meurt en homme parfait, qui n'hésite pas à faire le sacrifice ultime pour protéger son entourage. Peut-être découvrirons-nous un jour son passé qui avait l'air plutôt chargé ?
Rirjk, lui, a certainement dû lancer sa boule de feu et faire un peu de ménage, j'espère qu'il n'a aps tué Eratius si tôt, ce serait dommage :niak:
En parlant d'Eratius, j'aime bien les brefs passages de discours indirect libre où il fait la romaque sur les prénoms "stupides que ces bouseux affectionnaient tant" ou ben sur la "Griffe du Loup". Je crois que cela prouve hautement le peu d'intérêt qu'il porte aux autres et à la nature, la magie. Une espèce d'égocentrique bien lobotomisé à la religion apparemment. Ca me plaît beaucoup ce genre de personanges j'espère que l'on découvrira plus de subtilités par la suite histoire de nuancer un peu le personnage :niak:
Bon, ben voilà, je ne crosi pas avoir grand chose d'autre à dire, si ce n'est que l'histoire semble partir pour commencer enfin ! Allez, maintenant au boulot, je veux beaucoup de chapitres rapidement car ça a tendance à m'accrocher assez bien :niak:
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Prince du Crépuscule le dimanche 20 mai 2007, 18:28:00
Hey, Nehëmah pousse-toi, c'est moi le commentateur officiel ici! :p
Non, c'est bien que tu lises ce que fait Great Magician Samyël, il le mérite entièrement! Et je suis le premier à le dire! ^^
Sinon, moi je crois que c'est Henry qui a lancé la boule de feu sur Eratius et sa bande de fanatiques dégénérés. Car il me semble (oui, c'est ça) que c'est Rirjk qui pense "le pauvre homme avait à peine eu le temps de lancer sa boule de feu avant d'être submergé.", après l'exécution.

Alors, à moi de commenter! Ouais! :) Désolé de pas l'avoir fait plus tôt, GMS (vive les pseudos longs, pas vrai? XD), je le fais tous les deux chapitres environ. Enfin bref, je tiens à préciser que j'ai lu le premier chapitre de l'histoire de cher Falenz, il m'a beaucoup plu, ça m'a l'air d'être très intéressant! Seulement, je sais pas pourquoi, mais je n'ai pas envie de connaître sa vie tout de suite, j'ai envie qu'il reste mystérieux ce personnage, et qu'il s'inserre juste dans le Cycle du Rouge, ne le savoir qu'après son arrivée... Aussi, je suis ravi de t'avoir donné l'envie, tu m'en vois heureux, d'autant que j'en profite aussi. Sinon, ce commentaire sera moins long hein, je vais pas me forcer, ça dépend de l'inspiration! ^^

Deux mots pour commencer: plaisant, ténèbres. Effectivement, j'ai beaucoup apprécié cette suite, sombre, Eratius se dévoilant toujours un peu plus dans sa folie obsetionnelle, Henry qui meurt tragiquement en voulant sauver héroïquement son petit-fils et sûrement la destinée du monde par un noble et douloureux sacrifice, c'est magnifique! Ce passage a tout de magique, d'autant qu'il fait "vrai", comme le soulignait Nehëmah avec le discours indirect libre du Commandeur, presque cynique, la douleur de Samyël, son refus de croire à la terrible réalité, avant de finir en larmes sur le pavé, des détails sinistres, des perceptions intenses... Accrocheur, la suite promet d'être intéressante, d'autant que Samyël a pris un sacré choc... Comment va-t-il évoluer, alors que les choses s'accélèrent, que le péril s'appesantit sur ce monde, tel l'orage déployant ses lourds nuages obscurs? C'est ce qu'on verra, je te fais confiance Great Magician! Et ne te presse pas, moi j'aime attendre! ;)
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Nehëmah le dimanche 20 mai 2007, 19:50:59
Ah oui, en effet, le passage s'était révélé un peu obscur je pense que la qulification "vieil" au lieu de "pauvre" aurait mieux qualifier le grand-père et éviter les confusions hypothétiques (car pauvre, bon, Rirjk n'est pas plus heureux que le grand-père... oui, bon, ensuite on dira il a toujours sa vie pour espérer, meuh bon :niak: ). "Une douce chaleur se répandit dans le corps du mage, et un halo enflammé apparut autour de son poing. " -> Cette phrase, par ailleurs, vient encore plus foutre le bordel, car pour moi il était logique qu'il fasse quelque chose avec xD Bah oui, parce que du coup ça a servi à quoi, ça ? :niak: Une simple mesure de protection ?

Bref, maintenant réponse directe à Prince du Crépuscule -> va falloir faire un peu de place :love:
Et n'écoute pas ce bonhomme, Samyël, dépêche-toi d'écrire tout en faisant en sorte que cela reste qualitativement satisfaisant, comme tu nous y as habitué :niak:
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le dimanche 20 mai 2007, 20:01:28
LoL mille pardons pour les confusions. Pour mettre tout ça au claire, c'est PdC qui a raison, c'est bien Henry qui balance la boule de feu (de mon point de vue de créateur de ce monde, c'est logique vu que si Rirjk s'y était mêlé, il ne serait plus en ce bas monde ^^).

Et Nehëmah tu as juste aussi, Rirjk ne prépare son sort qu'au cas ou.^^

M'enfin, merci à vous deux pour vos commentaires, quoi qu'il en soit. J'essairais de pas vous decevoir à l'avenir, tout en restant sur un rythme de parution d'à peu près d'un chapitre par semaine nyark nyark (comme pour les épisodes de Bleach d'ailleur : p) :niak:


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Tarquin le Tambourin.



   La lune blafarde et effacée ne parvenait pas à percer la lourde noirceur qui sourdait des ruelles labyrinthiques du Faubourg d’Hyrule tel le pus d’une plaie à vif. Le vent hivernal mordant s’engouffrait le long des pavés défoncés, à l’image d’un dieu vengeur, fauchant sur son passage les pauvres bougres jetés dehors par leurs usuriers. Les temps étaient durs. La guerre ravageait Hyrule. Les clans du Sud avait rallié le Faux Héros, suite à sa disgrâce. Cette même disgrâce qui avait soulevé les nobles et conduit le roi à sa perte. Le régent Agahnim avait beau gouverner du mieux qu’il le pouvait en attendant que la jeune princesse soit en âge de reprendre les rennes, tout allait de mal en pis. Cependant une accalmie relative, due à l’hiver, avait permis enfin au Bourg et au Château d’arborer le noir du deuil royal. Et dans le faubourg, les bandes de pilleurs, que plus rien n’arrêtait, s’étaient dispersées après de longs jours de violence et de rapines. La ville semblait endormie, pour la première fois depuis ce qui semblait à ses habitants être des années.
   
Dans une impasse un peu plus large que les autres, une troupe hétéroclite d’hommes et de femmes malingres et en haillons s’était réunie autour d’un feu de fortune, des armes misérables à portée de main. Une des femmes touillait dans une marmite cabossée en cuivre terne ce qui semblait être une soupe de viande de rat. Ils ne disaient rien ; se contentaient de se serrer, grelottant, dans l’espoir de se réchauffer un peu. Un hurlement de femme, quelque part dans le noir du labyrinthe, les fit sursauter. Il n’était guère bon de se retrouver seul dans le faubourg…
   
Pourtant, c’est un homme seul qui soudain surgit à l’orée du cercle lumineux. Seul, et vieux. Le vieillard chétif, dont la capuche rapiécée ne laissait voir qu’une longue barbe grise et miteuse, s’approcha en claudiquant, à peine supporté par sa canne en métal toute rouillée.
   -Messeigneurs, aurez-vous la miséricorde d’aider un vieil-homme?, supplia-t-il.
   Sa voix était rauque, et il tremblait de froid. D’abord réticent, le groupe finit par l’accepter, et il porta ses mains au devant des flammes avec gratitude. Le mutisme retomba rapidement sur la bande. Les miséreux observaient le vieil homme. Ils se demandaient comment il pouvait être encore en vie et surtout en possession de sa canne. Même s’il elle n’avait guère de valeur, elle faisait un bon gourdin, et par les temps qui couraient, une bonne arme pouvait faire toute la différence entre un corps chaud et un corps froid.
   
La soupe fut enfin prête. Des écuelles et des bols fendillés, cabossés, se tendirent avec avidité. Certains n’avaient pas mangé depuis plusieurs jours, et leurs yeux rendus exorbités par la maigreur brillaient de façon malsaine sous la lumière du feu. Lorsqu’ils furent tous servis, la cuisinière s’adressa au vieil homme d’une voix éraillée.
   -Yen reste un peu, papi. T’en veux?
   -Ce serait bien bon de votre part, madame, répondit-il d’une voix à peine plus forte qu’un murmure.
   Les autres ricanèrent.
   -« Madame » . L’est bien bonne c’le-là. Si tu veux bequeter, faut donner qu’qu’chose.   
   -J’ai peur de n’avoir pas grand-chose de valeur. Ma pauvre canne, peut être…
   -Même le pire des prêteurs voudrait pas d’cet’merde là.
   -Je peux peut-être vous divertir d’une histoire pendant que vous vous régalez. Vous jugerez si mes mots valent ma pitance.
   -Bah, des histoires. Qu’est-ce que ça peut nous foutre des histoires? Shangath connaissait plein d’histoires. Il est mort la semaine dernière.
   -Connaissait-il l’histoire de Tarquin le Tambourin?, demanda le vieux.
   Ses nouveaux compagnons fouillèrent un instant dans leur mémoire, mais finirent pas répondre par la négative.
   -C’est une vieille histoire. Je suis sûr que vous ne l’avez jamais entendue.
   -Bon, ça m’va, fit la femme à la marmite. Tu causes et si ça nous plaît tu peux bouffer. Reste un morceau de viande.
   -Vous êtes bien bonne madame.
   Une dizaine de visages émaciés, crasseux et creux se tournèrent vers la capuche barbue.
   -C’était il y a bien longtemps, commença le vieillard.
   -Combien?, fut-il tout de suite interrompu par un jeunot balafré.
   -Longtemps. Des dizaines d’années.
   -C’est quoi une dizaine?
   
-C’est dix. Comme les doigts de tes deux mains… Non, comme les doigts des deux mains de ton voisin. En ces temps là, Hyrule était en paix. La guerre avait cessé des années auparavant, les clans avaient juré allégeance à la couronne et les petites gens prospéraient à l’ombre des nobles, qui étaient alors bons et justes. Le Château, qui était sublime et dont les tours intactes rivalisaient d’extravagance, était un lieu de fête permanente. Les gentilshommes faisaient galamment la cour aux nobles dames pendant que les chevaliers s’adonnaient à la joute pour les bonnes grâces du roi et de sa jeune fille. De grands marchés s’étendaient sur toute la place du Bourg, où se vendaient tout ce qu’Hyrule recèle de trésors et de jolies choses. La nourriture abondait et chacun avait un toit sous lequel s’abriter.
   « Le Roi avait une troupe de saltimbanques qui régalaient sa royale suite de bouffonneries et de spectacles. Parmi eux se trouvait un jeune garçon, presque un homme fait, qu’on appelait Tarquin. Tarquin le Tambourin, parce qu’il jouait fort bien de cet instrument. C’était un garçon fort habile, tout de cabrioles, de bons mots et de vivacité. C’était un jongleur compétent, un bon lanceur de couteau et un grand cracheur de feu. Et en plus de cela, il avait cette beauté juvénile propre aux enfants, qui faisait de lui le courtisan le plus apprécié.
   
« Mais le plus grand plaisir de Tarquin était assurément de rôder dans les grands couloirs, de longer les murs dans l’ombre afin de surprendre des conversations, des ragots, des rumeurs et découvrir tous les secrets des gens. Sa passion était candide, dirigée par nulle vilénie. C’était une curiosité pure et innocente ; il ne révélait rien de ce qu’il voyait ou entendait, et s’en amusait seul.
   « Cependant, un jour, son passe-temps lui coûta cher. Flânant comme à son habitude dans les grands corridors, il approcha des appartements de la chef du clan des Faces-Rouges qui était alors en visite de courtoisie auprès de sa Majesté. Le jeune garçon voulut alors découvrir ses secrets à elle aussi. Usant de ses dons, il se faufila à l’insu des gardes dans l’antichambre et s’approcha de la lourde porte. Il avait ouï dire que la Chef était partie à la chasse avec le roi, aussi, ne se doutant de rien, Tarquin ouvrit grand la porte. Il se pétrifia quand il aperçut sur le grand lit couvert de soie le roi en personne partageant quelques étreintes passionnées avec la chef. »
   
Le vieil homme fit soudain silence. Comme il n’avait pas l’air de vouloir ajouter quelque chose d’autre, son public se fâcha.
   -Et alors? Après, qu’est-ce qui s’passe?
   -Tu peux pas t’arrêter, maint’nant qu’t’as commencé!
   Le vieillard toussa dans sa manche, une toux grasse et vilaine.
   -Vous comprenez, mes bons sires, dit-il d’une voix faible et chevrotante, j’ai la gorge si sèche, et le ventre si creux, et je suis si vieux… Je n’ai guère la force de parler.
   Les miséreux se renfrognèrent, se mirent à l’invectiver mais il resta stoïque. Une dispute à voix basse éclata au sein du groupe, qui eut pour résultat qu’on lui tendit de mauvaise grâce un bol de liquide brunâtre au dessus duquel surnageait un maigre morceau de viande filandreuse. Le vieil homme le prit avec reconnaissance, courbant la tête en remerciement, et tandis qu’il commençait à manger avec appétit, il reprit le cours de son récit.
   
-Bien sûr, le roi et la Chef aperçurent Tarquin aussitôt. Sa Majesté bondit hors du lit, parée de sa royale nudité, et s’approcha du malheureux en trois grandes enjambées furieuses. Tarquin, tout pétrifié de terreur qu’il était, n’eut pas la présence d’esprit de s’esquiver promptement. Le roi l’empoigna à l’oreille, et lui cria si fort dessus que les gardes débarquèrent dans la chambre, les armes au clair. Il manda qu’on amène le malandrin dans la cour publique pour qu’il y reçoive son juste châtiment.
   « Ainsi Tarquin fut-il traîné, sanglotant, vers les vastes étendues de pelouse verdoyante de la cour, là où se disputaient les joutes et les concours de chant. On l’y laissa sous bonne garde pendant une journée entière, sans manger ni dormir, si bien que sa peur se changea en angoisse et son angoisse en panique alors qu’il voyait un attroupement toujours plus grand se rassembler tout autour de lui, sur les bancs ou à même le sol. Les gentes dames et les gentilshommes parlaient à voix basses en le regardant, et ils riaient ou secouaient la tête d’un air réprobateur. Le pauvre Tarquin, tout candide qu’il était, ne pouvait bien sûr pas imaginer que ce dont il avait été témoin aurait pu être la raison d’une nouvelle guerre. Le roi, le fils même des Déesses par la grâce du Triangle d’Or, trompait son épouse la reine avec une de ces sanguinaires Chef du Sud, alors même que la Chef était déjà promise à un autre.
   
« Enfin parut le roi. Le rouge de la colère maculait toujours sa face ronde, et sa lourde cape brochée de rouge et d’or ondulait derrière lui comme la queue d’un serpent furieux. Il arborait à son côté une longue rapière d’argent, qui brillait, pour Tarquin, assez sinistrement dans les lumières timides de l’aube. L’assemblée fit silence, alors que deux gardes relevaient le jeune homme sur ses genoux. Le roi se tint devant lui, les yeux fous de rage, et il lui tint ces mots. « Que voici un infâme ingrat! Regardez le, avec sa face candide et ses mains promptes, sa langue habile à la flagornerie et son esprit mesquin. Il se fait aimer de vous, il vous dit mille choses des rêves et des chansons. Vous lui donnez votre confiance, vous le nourrissez et l’hébergez! Et comment vous remercie-t-il? Il rôde dans vos couloirs, chaparde mille bagatelles et, infamie répugnante par-dessous toute, vous espionne, dans votre propre maison! »
   « Le roi criait à présent, et un murmure sourd, bas et outré parcourut la noble assemblée alors qu’elle dévisageait le pauvre Tarquin. Celui-ci était abasourdi d’incompréhension devant ces chefs d’accusation faux, inventés! Il secouait la tête en signe de déni, il voulut trouver un soutien parmi ces gens qu’il amusait tous les jours, qui l’aimaient et lui offraient mille présents, mais pas un -pas un!- ne lui fit grâce d’un peu de compassion. « As-tu quelque chose à dire pour ta défense? » fit le roi. Eperdu, Tarquin bredouilla quelque chose. « Mais, votre Majesté, je… Je ne voulais pas vous voir avec la dame Face-Rouge, je vous jure je… » Le roi le fit taire d’une gifle puissante. « Regardez le! Si prompte au mensonge et à la calomnie pour s’en tirer. Mais je t’ai cerné, et tu as bien de la chance, les Déesses m’en soient témoin, que je sois assez clément pour ne pas te faire arracher la langue. »
   
« Mais au lieu de lui arracher la langue, le roi lui arracha, de sa main propre, l’œil gauche, pour expiation de ses pêchés, trahison à la couronne et abus de confiance. Ainsi, disait-il, cela le ferait-il réfléchir avant de jeter un coup d’œil alentours. Les gardes maintinrent Tarquin droit, alors que son sang, d’un écarlate morbide, jaillissait en cascade de son orbite ravagée, maculant sa tunique, son visage, et la pelouse tout autour de lui prit une teinte sombre et horrible. Tarquin pleura et hurla de douleur et d’incompréhension, mais de son dernier œil nulle larme salée, mais des larmes sanglantes. On fit dire que cela était un signe des Déesses elles-mêmes, et que le roi avait leur bénédiction.
   « Si c’est là la justice des Déesses, se dit Tarquin alors que la nuit étendait ses ombres sur lui, et le trouvait seul dans la cour désertée, alors c’est qu’elles sont bien cruelles. L’âme de Tarquin, son cœur et son esprit, se couvrirent des ombres comme d’un bandage pour panser leurs plaies. La douceur candide fit place à une noirceur maligne. Pas une dame, pas un chevalier, pas un valet ou une souillon ne vint à Tarquin pour l’aider ou lui apporter quelque réconfort. Au matin suivant, les quelques promeneurs virent qu’il n’avait pas bougé, et trouvant le spectacle fort peu approprié, firent mander des gardes qui emmenèrent Tarquin. On le fit paraître devant le roi et sa cour, et parmi ces gens se tenaient les parents mêmes de Tarquin, les saltimbanques du roi. Même eux le regardaient avec mépris et dégoût. Le roi avait fait monté l’œil arraché en pendentif, et afin d’amuser ses gens, ordonna qu’on en pare Tarquin. Le jeune homme se laissa faire ; à dire vrai il était immobile, ne disait mot et ne bronchait de rien.
   
   « Comme il se refusait à répondre aux insultes, on décida qu’il n’était plus de bonne compagnie, et on l’envoya aux cachots. Cependant, le lendemain, le surveillant découvrit sa cellule vide, la porte toujours fermée et les barreaux bien en place aux fenêtres. L’incident fit grand bruit quelques jours, mais tout le monde trouva vite de bon ton d’oublier Tarquin, à jamais. »
   Avec un grand bruit de succion, le vieillard fit un sort aux dernières gouttes de soupe. A présent largement captivé, son public dardait sur lui des regards avides, désireux de connaître la suite.
   -Et après?
   -Après? Et bien, plus personne ne revit jamais le pauvre Tarquin.
   -Ca peut pas s’finir com’ça! C’est nulle comme fin. Qu’est-ce qu’il devient?
   -Il s’est échappé de sa prison? Mais personne n’a jamais réussi.
   Un concert de question assaillit le vieil homme qui ne dit rien pendant quelques instants. Finalement, il leva les mains pour réclamer le silence.
   -Et bien, il m’est arrivé d’entendre la suite de cette histoire. Mais celui qui m’en fit récit était passablement saoul, et son propos trop extraordinaire pour qu’on y accorde quelque crédit.
   -On s’en fout de ça! Raconte!
   Le vieillard s’emmitoufla un peu plus dans son manteau car une brise plus mordante que les autres se levait.
   -Tarquin s’était bel et bien enfui de sa cellule. Comment? Personne ne le sut jamais. Il se baigna tout entier dans les douves du château, afin de laver son corps du sang qui l’incrustait. Mais il eut beau se frotter, se frotter tant qu’il le put, une goutte de sang resta sur sa joue droite, sous son dernier œil, si bien qu’on eut dit qu’il pleurait éternellement une unique larme de sang, comme un rappel à son malheur.
   
   « Tarquin voulut éprouver son habileté, mais la perte de la moitié de sa vision l’avait rendu gauche dans la manipulation des couteaux et des balles, lui avait ravi son équilibre dans il était autrefois si fier et dont tout le monde le vantait tant. Cela plus que tout le rendit amer. Il avait tout perdu, son œil, sa vie, sa famille, son habileté. Il n’était plus Tarquin le Tambourin, mais Tarquin-le-moins-que-rien. Il continua tant bien que mal à vivre au château. Il se cachait dans les recoins, découvrait des passages dérobés, chapardait en cuisine ce dont il avait besoin pour vivre. Mais chaque nuit lorsqu’il s’endormait, il ne pouvait s’empêcher de songer à ce que le monde lui avait pris, au tort qu’on lui avait fait. Son amertume grandit, et parallèlement grandirent les ombres de son âme.
   « Au fil des ans, il devint lui-même une ombre. S’il désirait n’être vu de personne, personne ne le voyait. Il grimpait aux murs aussi prestement qu’il se dissimulait à l’ombre d’un porche, se mouvait aussi vite et silencieusement qu’un chat, tant et si bien qu’une rumeur finit par éclore selon laquelle le château était hanté par un esprit revenu d’entre les morts. Tarquin, devenu homme, découvrit bien des secrets, bien des vérités sur tous et toutes. Il ne supportait plus les mensonges, ces mêmes mensonges qui lui avait coûté son œil et sa vie, alors il mit un point d’honneur à découvrir la vérité. Toutes les vérités. Mais toutes les vérités ne sont pas bonnes à entendre, et alors qu’il se nourrissait des secrets éventés, tel un monstre noir en gestation dans les entrailles du donjon, alors qu’il faisait la lumière sur les accidents qui étaient des meurtres, sur les suicides qui étaient des assassinats, sur les mensonges qui faisaient souffrir des innocents, alors la folie vint le trouver et s’empara de lui. La vie de Tarquin s’étira tel la toile d’une araignée au travers d’un inextricable entrelacs de mensonges et de vérités, de faux semblants et d’illusions, de lumière et d’ombre.    
   
   « Un jour qu’il errait du côté des appartements royaux, il fit une découverte qui le bouleversa. Il surprit une conversation entre le roi et sa femme la reine. Il pensait tout connaître des secrets de la couronne, cependant il en ignorait un, mais qui, à ses yeux, était le plus important. La reine demanda à son époux, d’un ton qui suggérait que ce n’était pas la première fois, au contraire, pourquoi il avait laissé la vie sauve au « pauvre saltimbanque borgne ». Alors le roi, que l’âge avait rendu âpre et colérique, cédant à son humeur, lui cria qu’il ne pouvait, selon les lois les plus sacrées, qu’il ne pouvait prendre la vie d’un de ses fils, aussi bâtard fusse-t-il.
   « Ecœuré, abasourdi, Tarquin prit la fuite, et resta plusieurs jours dans le noir, à penser encore et encore à ce qu’il avait entendu, de la bouche même du roi! S’il n’y crut tout d’abords pas, au fil de sa réflexion il en vint à accepter les choses, car il ne pouvait défaire la vérité. Avec amertume, il songea que sa soif dévorante l’avait, une fois encore, rendu malheureux. Mais Tarquin n’était plus le petit garçon apeuré qui avait surpris le roi en pleine infidélité. Il était à présent un homme, un homme de l’ombre que rien n’y personne ne pouvait saisir ou arrêter. Il décida que le roi son père devait payer pour ses crimes, pour tous ses crimes, et seul l’acier avait à ses yeux assez de valeur pour cela. A la nuit tombée, il se faufila dans la chambre nuptiale. Le couple royal dormait d’un sommeil paisible sur son grand lit à baldaquins et voir un visage si serein chez un homme si abjecte ne donna que plus de courage à Tarquin. Discret comme une ombre, il s’approcha de l’homme endormi et levant haut son couteau fit mine de l’égorger.
   
   « Alors, une vive et douloureuse lumière explosa dans la pièce, aveuglant Tarquin et réveillant le roi. Ce dernier, avisant l’arme que tenait l’homme, poussa un cri et le repoussa. Un fouet d’énergie rouge cingla l’air, venu du néant, et s’enroula autour du poignet de Tarquin. D’un mouvement sec il lui fit lâcher sa lame, et d’un deuxième l’amena au pied du lit, à genoux. Trois silhouettes éthérées, féminines et lumineuses, flottaient à présent dans la chambre, et c’est d’elles que sourdait la lumière. Celle la plus à gauche tenait le fouet. Les silhouettes prirent la parole chacune à leur tour, en commençant par celle au fouet. « Moi, Din, je t’interdis de lever jamais la main sur la famille royale. » « Moi, Farore, pour te punir des crimes capitaux dont tu voulais te rendre responsable, t’ordonne de servir à jamais jusqu’à ta mort la famille royale. » « Moi, Nayru, pour te punir du régicide et du parricide dont tu voulais te rendre coupable, te fais don de cet œil, afin qu’à jamais tu contemples cette vérité dont tu es tellement obsédé. » Alors les Déesses pointèrent à l’unisson un doigt sur l’homme à genoux devant elles, et Tarquin hurla de douleur en se prenant la tête entre les mains. Leur tâche accomplie, les trois Déesses s’en retournèrent aux Cieux.
   « L’Œil de Tarquin était devenu rouge, entièrement rouge, d’un rouge vif terrifiant dont seule la pupille reptilienne noire trahissait le mouvement. Alors, découvrant son visage de ses mains, Tarquin se mit à voir. Où que se porta son regard, il vit les vérités, la vérité, et le monde lui parut alors encore plus sombre qu’il ne l’était déjà. Que parle une personne, et il savait tout de suite qu’elle mentait. Et Tarquin dut se rendre vite à l’évidence : tout le monde mentait. Il n’avait plus besoin de rôder dans les couloirs et les antichambres : il lui suffisait de poser l’œil sur une personne pour la dépouiller aussitôt de ses secrets.
   
   « Ne pouvant se soustraire aux injonctions des Déesses, Tarquin servit la famille royale, mais sans jamais oublier sa haine et sa rancoeur. Ses dons furent grandement appréciés, et il devint le maître espion du roi, ainsi que son plus fidèle protecteur. Tarquin fondit un ordre nouveau qu’il forma à la dissimulation, à la discrétion et à l’assassinat. Tous ses apprentis devaient jurer une éternelle et inaltérable fidélité à la famille royale. Cet ordre prit comme blason un œil rouge surmonté des trois triangles divins et pleurant une unique larme de sang ; il prit comme nom « Sheikah », l’œil qui pleure dans l’ombre. »
   -Bah!, cracha l’un des miséreux. Tout le monde sait bien que les Sheikahs n’existent pas. Sinon, le roi serait encore en vie.
   -Ta gueule Garett! On s’en cogne de tes réflexions politiques. Nous, on veut entendre l’histoire jusqu’au bout.
   Le vieillard attendit que la dispute se calmât, puis reprit.
   
   -Les Sheikahs, et Tarquin plus particulièrement, permirent au royaume de prospérer, en déjouant les complots, en sapant les ressources des Clans et des maisons nobles au profit de la Couronne. Le roi était pleinement satisfait de son serviteur de fils, disant à qui voulait bien l’entendre qu’il avait fait une merveilleuse affaire en laissant la vie sauve à ce petit saltimbanque. Tant et si bien qu’il ne vit pas, comme tous les autres, que Tarquin préparait sa vengeance dans l’ombre, son fief. Tarquin assassinat de ses propres mains plusieurs nobles, plusieurs Chefs de clan, et par son habilité et sa capacité à manipuler la vérité, parvint toujours à faire porter l’accusation sur d’autres, en fournissant des preuves aussi accablantes que fausses. Mais qui aurait remis en doute la parole de Tarquin? Tout le monde savait qu’il voyait la vérité, toute la vérité, et que si Tarquin vous jugeait coupable, c’est que vous l’étiez. Lorsque ses propres apprentis commencèrent à le suspecter, il se débarrassa des plus gênants, mais aucun ne parvint à fournir une seule preuve l’inculpant. Alors ses disciples se détournèrent de lui, se mirent à s’en méfier, et ils l’appelèrent Tarquin le Mesquin, Tarquin le Menteur, Tarquin le Fou. Pour détourner leur attention, il leur donnait des os à ronger, tandis que dans leur dos il déformait la vérité dans ce qu’il rapportait au roi, tant et si bien que lorsque le Héros fédérateur du Sud se présenta au Château, personne ne s’était aperçu de sa cruauté, de sa vilénie, de sa fausseté. Personne, sauf Tarquin. Lui le voyait comme il était, un monstre à visage humain, avide de pouvoir. Mais Tarquin ne dit rien. Tout cela allait servir sa vengeance.
   « Conformément aux prophéties qui l’entouraient, le Héros épousa la princesse. Tarquin s’arrangea pour qu’il goute suffisamment au pouvoir pour en vouloir plus, toujours plus, et ne plus pouvoir s’en passer. Alors Tarquin le Fourbe, Tarquin le Traître, dévoila le vrai visage du Héros au monde, à l’issu d’un Tournoi factice dont il avait soufflé l’idée au roi. Apeuré, écœuré, bouillant de rage, le roi le fit tomber en disgrâce. Mais trop loin était allé le Héros, le Faux-Héros, trop de pouvoir avait-il goûté. Il ne pouvait se résoudre à tout abandonner, aussi partit-il pour le Sud et, usant de son influence, rallia les Clans sous sa bannière en vue d’assiéger la Citadelle d’Hyrule. Pendant ce temps, Tarquin tissa une toile de mensonges et de demi-vérités dans laquelle s’engluèrent les nobles et les chevaliers. Une toile si épaisse que personne n’y résista. Il monta la roi contre les nobles, et les nobles contre le roi, tant et si bien que les premiers se soulevèrent. Le jour fatidique, les portes furent trouvées ouvertes, alors même qu’elles avaient été cadenassées par les Sheikahs. Le roi fut tué par ses nobles, ainsi que la reine son épouse et leur fils le prince. La princesse avait été contrainte de fuir avec son Héros d’époux. Alors vint la question de la succession, et tous revendiquèrent la couronne. Une guerre éclata à l’intérieur même de la salle du trône, sur le corps encore chaud du roi, et la guerre civile se répandit comme un fléau de peste, alors même que les Clans marchaient vers le château.
   
   « Les Sheikahs survivants, se réunissant autour des dépouilles royales, pleurèrent autant qu’ils jurèrent. Ils jurèrent de se venger de Tarquin, de Tarquin le Faux, Tarquin le Sournois, Tarquin le Manipulateur. Mais de Tarquin, nulle trace. Comment retrouver celui-là même qui commandait au mensonge et à la vérité, à l’illusion et à la véracité? Celui qui se faisait des ombres un manteau et de la tromperie une armure? « Il faudrait avoir son œil pour le trouver », dit un jour le plus jeune d’entre eux, de dépit. Alors, le plus vieux et plus sage, eut une idée. Ils cherchèrent durant de longues semaines le fameux pendentif sur lequel se trouvait, comme un trophée macabre, l’œil arraché à Tarquin dans sa jeunesse. Celui-ci l’avait bien caché, et les Sheikahs le trouvèrent au fin fond d’un puits truffé de pièges. Mais conformément à ce qu’ils pensaient, l’œil était devenu rouge, du même rouge que celui de leur ancien mentor. Il fondirent le bijou, et changèrent l’organe en un monocle, le Monocle de la Vérité. Il suffisait de porter cet artefact à son regard pour aussitôt démêler le vrai du faux, le mensonge de la vérité, tout comme Tarquin pouvait le faire. »
   Un relent de peur plana sur l’assemblée au fur et à mesure que l’histoire approchait de son terme. La voix du vieux avait gagné en intensité, sa silhouette semblait s’être redressée et sous les ombres de sa capuche, sa bouche ridée s’agitait avec plus d’emphase.
   
   -Forts de leur nouvelle arme, les Sheikahs parvinrent à détruire l’échafaudage d’illusions que Tarquin avait forgé dans les couloirs du Château. Ils le trouvèrent au plus profond du donjon, dans des lieux que la mémoire des hommes avait oubliés. Il riait seul dans les ombres, tandis que son œil rouge semblait flotter dans les airs. Il y eut une bataille silencieuse, brutale, atroce. Tarquin était le meilleur d’entre eux, et même à plusieurs il leur était supérieur. Alors, ne pouvant le tuer, ils se résolurent à l’emprisonner. Jugeant qu’il était peu prudent de le laisser dans le donjon, les Sheikahs l’emmenèrent à l’Est, dans le grand cimetière de Cocorico, où les morts arpentent les flancs de la chaîne du Péril, une lanterne à la main. Ils le menèrent au plus profond de la crypte royale, et plus loin encore, toujours plus profondément dans les ténèbres et les ombres. Ils construisirent un vaste labyrinthe souterrain, qu’ils remplirent de pièges et d’illusions, à la manière de Tarquin, afin que nul autre qu’eux même puisse venir l’en tirer un jour. Mais ils jurèrent que ce jour n’adviendrait jamais, tant qu’il resterait au moins un Sheikah vivant. Afin de lui rappeler à jamais ce qu’il était et ce qu’il avait fait, ils lui donnèrent un tambourin. Mais il n’en joua jamais comme il en jouait avant. Il se contenta de frapper sourdement et régulièrement sur la cuir tendu. Bong. Bong.  et le son raisonne encore dans les tombes des morts. »
   
   Le vent hurla une plainte, et une terreur glacée s’empara du public. Aucun ne voulait entendre la suite, mais aucun ne parvint à dire quoi que ce soit.
   -Les Sheikahs, leur tache accomplie, firent venir des artisans afin d’ériger, non loin du cimetière, une ville nouvelle qu’ils nommèrent Cocorico également. Ils lui donnèrent comme blason le coq, qui de son chant fait venir le jour et repousse les ombres. Au centre du village, ils creusèrent un puits profond et ténébreux, dans lequel il jetèrent le Monocle de Vérité, seule clé du tombeau de Tarquin le Dément, Tarquin l’Assassin. Et au dessus du puits, ils firent bâtirent un moulin à eau, afin que jamais le puits ne se retrouve sec. Depuis ce jour, les Sheikahs montent la garde à Cocorico, attendant le retour de la famille royale. Et de Tarquin , plus personne ne parla jamais. »
   
   Le vieux acheva son histoire sur un sourire. Le vent nouveau faisait frémir sa capuche dont les ombres restaient impénétrables. Personne ne pipa mot. Le cœur battant, les miséreux attendirent. Quelques uns osèrent porter la main à leur arme.
   -Comment… Comment tu t’appelles, l’ancien?, se risqua l’un d’entre-eux.
   -Moi? On m’appelle Bongo. Bongo Bongo.
   Une rafale de vent souleva la capuche, révélant un visage horrible dont l’œil unique brillait d’un rouge malsain et pleurait une larme. Une larme de sang.
   
   -Mais, dans le temps, on m’appelait Tarquin. Tarquin le Tambourin.

   
 
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Nehëmah le dimanche 20 mai 2007, 20:09:22
Oui, oui, de ce côté-là, après relecture, il n'y a plus aucun doute, en effet, et puis s'il avait lancé ceci, Rirjk ne serait pas dans sa position, j'ai mal lu peut-être tout simplement aussi (ça arrive quoi... je lis, je lis et pouf moment de déconcentration et je loupe quelque chose d'important xD ).
Bon, ensuite si t'arrives à tenir un chapitre par semaine comme l'épisode de Bleach, en espérant que ce soit aussi bien voire mieux, ça me va parfaitement :niak:
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le dimanche 27 mai 2007, 14:40:42
Hop, me revoilà : ) Après un attente plus qu'intolérable, voici venir le chapitre 8, ou le chapitre 1 du Livre deux, comme vous voulez :niak: Un chapitre court, qui sert principalement à faire arriver un nouveau personnage. Cependant, ne vous inquiétez pas, le chapitre 9 est déjà en cours d'écriture et arrivera ce soir (mais ne comptez pas trop là dessus^^) , lundi ou mardi grand maximum^^ Sur ce, bonne lecture^^

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Le Cycle du Rouge
Livre II : Les Prémices du Mal.


Chapitre 8 : Le Roy de Solanéa.



Le valet se dirigea d'un pas vif, quoi que sûr vers la cabine qu'occupait son maître, slalomant habilement entre les matelots, les soldats et les cordages qui jonchaient le pont du navire. Il emprunta le petit escalier qui menait aux pièces inférieures du vaisseau. Il frappa à la porte de ce qui semblait être la cabine du capitaine.
-Qu'y a-t-il?, répondit une voix légèrement agacée de derrière le battant.
-Mon seigneur, nous allons bientôt débarquer.
-Ha, bien. Merci Marco. Je me prépare.
-Sa seigneurie désirera-t-elle quelque chose d'autre?
-Non, ça ira. Tu peux disposer.
Le vieux serviteur dénommé Marco s'inclina face à la porte et repartit avec l'air digne et noble des majordomes d'expérience.
L'occupant de ladite cabine n'était autre que Ferdinand D'Alembord, maître du comté du même nom. Autrement appelé Le Vieux Lyon Assoupi. C'était un homme d'âge, environ la cinquantaine, mais qui gardait une silhouette et un visage fort jeune, au point que les autres seigneurs en venaient à le jalouser. Cependant, il avait un physique quelconque, les yeux bruns et les cheveux noir courts, des traits typiques des habitants du Sud. Il arborait une moustache fine et soignée, à la manière des gentilshommes distingués, ce qu'il était à sa manière. Il s'habillait souvent d'habits simples, qu'à la cour on qualifiait "d'inappropriés". Mais il fallait le voir sur un champ de bataille, dans son armure de plaque finement travaillée où, comme sur la garde de sa fabuleuse épée, rugissait le lion qui lui avait donné son nom. Ferdinand avait jadis été l'un des guerriers les plus redoutables et redoutés de tout le Continent. Cependant, les années passant, il avait petit à petit perdu le goût du combat ou de la joute, ceci étant en grande partie dû à la guerre qui avait secoué le Continent, quelques années plutôt. Avoir dû combattre ses frères humains sur de véritables champs de batailles, théâtres de toute la sauvagerie dont été capable l'homme lui avait montré que les Codes de la Chevalerie n'étaient rien d'autre qu'une tradition maintenant oubliée. A cause de cela, et en pensant avant tout au bien de son peuple, il avait déposé les armes devant les armées d‘Arabéus, négociant la paix. Le Commandeur de l'époque s'était montré grand seigneur, ce qui avait fortement étonné Ferdinand. Il avait pu gardé son rang et son pouvoir, en contre parti il avait dû  instauré cette religion vouée à ce "Seigneur", et renfloué les caisses de la Sainte Expédition. Pour les Purges, il avait réussi à berner le Pontife en envoyant au bûcher ou à la potence des condamnés à mort, tandis qu'il envoyait les mages et autres jeteurs de sorts de son royaume vers Solanéa, ou d'autres comtés encore libres. D'ailleurs, cette attitude passive face aux armées d’Arabéus en avait surpris plus d'un, et c'est à cette période qu'il avait perdu son surnom de Jeune Lyon Flamboyant pour celui qu'il possédait actuellement. Mais il n'en avait cure. Il n'était pas du genre à s'occuper du regard des autres et le comté D'Alembord vécut heureux  et en paix quelques années, jusqu'à ce que survienne l'assassinat du Pontife, et la prise de pouvoir par son fils. Un nouveau Commandeur était alors arrivé en Alembord. Il avait remplacé Ferdinand par l’un de ces fanatiques, enrôlé de force les jeunes hommes afin de grossir les rangs des Armées Saintes, et augmenté les impôt pour payer son entretient.
Il n'avait pas fallu longtemps pour qu'une révolte éclate. Ferdinand en était d'ailleurs à la tête. C'est là bas que le lion rugit pour la dernière fois. Après une courte mais violente bataille à l'intérieur de son propre château, Ferdinand avait reconquis ses terres et bouté les religieux dehors à coup de lame d'épée. Puis, il avait réunis tous les habitants de son royaume, tous les soldats, les montures, les chariots, les vivres, les armes, les mulets, le bétail et les avait envoyés vers Arendia, avec à leur tête son propre fils, en lequel il avait une parfaite confiance. De son côté, las de la guerre, de la sauvagerie des hommes et des complots politiques, il entreprit le voyage vers Solanéa, havre de paix où ses ancêtres avaient pour habitude de venir s'installer et mener une petite vie paysanne et tranquille une fois leur temps révolu. Se faisant passer pour un riche négociant textile, il avait réussi à se rendre à Port-Ebène avec sa petite escorte, composée des ses plus vieux compagnons d'armes et amis, où ils avaient trouvé un bateau qui faisant la jonction entre le Continent et Solanéa. Ferdinand aurait aimé être là pour voir la tête que ferait le Commandeur lorsqu'il viendrait reconquérir l‘Alembord, pour ne trouver qu'un royaume vide d'âme et dépouillé de ses richesses. Le comte d’Alembord se leva de la banquette où il était assis et se rendit sur le pont. L'air frais et vivifiant de la mer l'accueillit, l'odeur d'iode vint lui chatouiller les narines.  Il s'appuya au bastingage, et admira l'île qui se profilait devant eux.
Une véritable merveille.
Rien qu'à la pensé que les hommes d'Arabéus y étaient venus trois ans plus tôt le faisait bouillir. Maudits fanatiques!


Un attroupement de curieux se rassembla vite autours du navire de Ferdinand. Depuis le départ d'Eratius, ils n'avaient plus vu de gros bateaux, et celui-ci n'en faisait pas partit. Cependant, il arborait sur sa voile l'emblème du Lyon, le blason des Alembords. On n'en avait guère vu par ici depuis quelques années. Le père et le grand père de Ferdinand étaient morts respectivement lors d'une joute et durant une partie de chasse à l'ours.
Et sur l'île on attendait le retour de cette grande famille, avec une certaine impatience. Il était vrai que les Alembords étaient réputés pour leur sagesse et leur bonté dans le tout Solanéa, et leurs conseils avisés dans les échanges commerciaux avaient toujours été bénéfiques pour l'économie de la communauté insulaire.
Ainsi accueillit-on Ferdinand avec une certaine liesse, à son grand étonnement. On le mena dans le petit manoir qu'avaient occupé ses ancêtres avant lui, l'on prépara un banquet, et on fit fête jusqu'à tard dans la nuit.
Et, les mois passant, on le sacra roi. Roi de Solanéa la Belle, et on le surnomma le Vieux Roy des Îles...
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le mercredi 30 mai 2007, 20:20:10
Hi les gens! ^x^ Avec un peu de retard, voici venu le chapitre 9! ^^
Je préfère ne pas trop me prononcer sur la date à laquelle arrivera la suite, mais ce week-end me semble raisonnable... ^^

Sur ce, bonne lecture! :)



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Chapitre 9 :  Evolution.


Rirjk se releva péniblement, son dos craqua. Il s'épongea le front, qui ruisselait de sueur dans cette chaleur suffocante et moite d'été. Il s'assit sur le petit muret qu'il avait érigé tout autours de son champ, les mains sur le manche de sa bêche. Il contempla son travaille, l'air satisfait. Les récoltes seront sûrement bonnes, se dit-il, avec un temps pareil...
Six années s'étaient écoulées depuis ce triste hiver qui avait vu la fin d'un être cher. Rirjk avait essayé de vivre au mieux, refouler sa culpabilité en s'occupant de Samyël aussi bien qu'il le put. Il l'avait pris sous son aile et éduqué au même titre que son fils. Il avait gardé un oeil constant sur lui, le regardant grandir et évoluer. Quelque chose s'était brisé en Samyël ce jour là.
Il était resté au lit durant plusieurs jours, inconscient et délirant, cauchemardant et criant. Ca avait été une épreuve difficile pour Rirjk. Il s'en était voulu encore plus. Mais un beau matin, environ une semaine plus tard, son apprenti s'était réveillé. Il était étrangement calme. Il n'avait rien dit, n'avait pas pleuré. Il avait gardé les yeux fixés sur le plafond. Ses yeux avaient changé. Ils étaient plus... distants, plus froids. Il avait perdu sa candeur, sa joie de vivre. Il ne parlait presque plus, se contentant de répondre avec la tête ou les mains. Il passait beaucoup de temps sur la falaise, là où on avait enterré Henry. Il s'asseyait sur le rebord, les jambes dans le vide, et il regardait la mer, dos au Continent. Au début, Rirjk avait eu peur qu'il se jette dans le vide, sincèrement.
 Après tout, le choc avait dû être terrible, et il n'avait que six ans!
Rirjk avait poursuivi son enseignement. Samyël ne se plaignait plus de rien, mais s'investissait beaucoup plus dans l'apprentissage des Arts. Rirjk avait été abasourdi de la vitesse à laquelle il était venu au bout de l'exercice de la Position du Penseur. Le garçon arrivait très facilement à faire le vide dans son esprit, faire abstraction du monde pour vivre dans une bulle qui l'isolait complètement. Rirjk en était personnellement incapable. De plus, ses capacités au tir à l'arc s'étaient grandement améliorées, et il était devenu le meilleur archer de Solanéa, sans le savoir. Il avait compris le lien qui unissait tous les exercices que lui avait demandé de faire son maître. La Position du Penseur  lui avait enseigné la concentration, l'apprentissage de l'écriture des deux mains avait développé sa dextérité et les bases de l'art, qui lui serviraient pour tracer les runes complexes des sorts. Et enfin, le tir à l'arc lui avait apporté de l'équilibre, de la force et la capacité d'évaluer les distances. Autant de compétences que se doit d'avoir tout magicien qui se respecte. "Un mage doit être fort de corps et d'esprit" lui disait Rirjk. Il avait sans doute raison. C'est vers l'âge de neuf ans qu'il avait appris son premier sort. Ce n'était rien d'autre qu'un tour de passe-passe qui faisait apparaître un petit globe lumineux dans la paume de sa main. A partir de cette base, Rirjk lui avait demandé de faire évoluer ce globe. Premièrement en l'agrandissant, puis l'étirant, en lui faisant changer de forme et au final en changeant sa composition par celle du feu. Samyël avait terminé la phase finale de l'exercice un an plus tard. C'était un résultat moyen. Le record étant d'environ six mois, mais selon les annales de la Citadelle, l'auteur de cette prouesse était devenu Archimage à vingt trois ans. A partir de là , Samyël avait dû commencer par apprendre une liste de runes indigeste, leurs noms plus leurs calligraphies exacte. Rirjk lui avait dit que la moindre erreur dans le tracé pouvait fausser la rune.
Avec les bases qu'il avait acquis, Samyël apprit rapidement à lancer quelques sorts communs, comme celui pour allumer un petit feu, verrouiller une porte ou autre, apposer une marque... Même si il y mettait toute sa bonne volonté, il avait du mal, et cela l'épuisait énormément, si bien qu'il lui arrivait de dormir un jour complet afin de récupérer. Cependant, il avait l'air d'y prendre goût, même si Rirjk n'avait plus vu la joie s'inscrire sur son visage depuis ce fameux jour...



La femme rousse lui tendait la main, une fois de plus. Il l'admira, une fois de plus. Sa beauté était renversante, le fait de poser ses yeux sur elle lui procurait une sensation qu'il ne connaissait pas. Il se perdit dans l'intensité de son regard émeraude, ses cils gracieux battirent plusieurs fois, lui renvoyant un regard féerique. Son front était ceint d'un fin tiare d'argent, qui retenait ses cheveux soyeux qui cascadaient jusqu'au sol, si bien qu'elle semblait auréolée d'un halo de feu. Ses oreilles ornées d'anneaux d'or étaient longues et pointues, ce qui la rendait encore plus irréelle car cela accentuait la perfection de son visage.
Les courbes de son corps étaient parfaites, à peine cachées par la tunique verte qu'elle portait. Ses gestes respiraient la grâce et la volupté, et elle possédait un port noble, telle la princesse esseulée d'un château de conte de fée. Dans sa main gauche elle tenait une longue et magnifique lance, où deux dragons, l'un d'un blanc immaculé, l'autre d'un noir de jais, s'enroulaient autours dans une étreinte mortelle.
Un rire cristallin retentit, se répercutant à l'infinie dans la nébuleuse étoilée qui les entourait. Elle lui sourit, et un soleil s'alluma dans son coeur. Il tendit la main vers elle, avec l'espoir fou et secret de pouvoir la toucher, la serrer contre lui, la garder à jamais.
Mais elle s'éloignait. Il paniqua alors, battit des bras, des jambes, pour tenter de la rattraper, mais rien n'y fit. Il la perdait. Il voulut l'appeler, mais il ne connaissait pas son nom. Le désespoir commença à le submerger.
Le rire retentit de nouveau, plus lointain. Une pensée effleura son esprit "Viens, je t'attend...". C'était comme la caresse tiède du vent de Mars, lorsque la terre se réchauffe et reprend vie. Les étoiles happèrent son image, et elle disparu.

Samyël se réveilla en sursaut, en sueur. La vue de la mer scintillante devant lui l'apaisa aussitôt. Encore ce rêve... Toujours ce rêve.  
Il perdit son regard dans l'immensité de l'Océan, et son esprit vagabonda un instant le long des vagues, tentant vainement de rattraper l'apparition de ses rêves.
"Qui es-tu?, se demanda-t-il. Cela l'intriguait, mais sans plus. Il n'avait plus le coeur à courir après des chimères. Il se releva, s'épousseta légèrement. Il ramassa son arc, le passa en bandoulière, puis il se tourna vers la pierre solitaire qui faisait face à la falaise.
-Je repasserais te voir plus tard, grand-père, murmura Samyël avant de s'engager sur le sentier.

Bill était partagé entre la joie et l'étonnement lorsqu'il vit arriver Samyël. Par moment, il lui faisait peur, avec ses long cheveux couleur de sang, ses yeux verts, éteints, qui avaient été si intenses lorsqu'il était plus petit, l'aura de tristesse et d'amertume qui l'entourait... Mais étrangement, il le fascinait. Peut être parce qu'il s'identifiait à lui, d'une certaine façon. Bill avait été comme ça aussi, lorsque sa mère était morte. Mais pas plus de deux mois. Pour Samyël c'en était déjà à sa sixième année. Il se demandait si son ami allait un jour redevenir le petit bonhomme bon vivant qu'il avait connu...
Samyël s'arrêta à hauteur de son ami, mais il ne dit rien, se contentant de fixer le sol. Bill resta sur la souche où il s'était assis pour regarder paître les moutons de son père qu'il devait surveiller.
-Hé bien, qu'est-ce qui t'amène?, le héla-t-il.
-Je ne sais pas, répondit Samyël après un temps de silence, d'une voix faible et lente. Je crois... Je crois que je vais m'asseoir avec toi, pour regarder le troupeau.
Bill le regarda d'une étrange façon.
-Si tu veux. Mais, Firjk (même après six ans que Rirjk s'était installé sur Solanéa, très peu savaient prononcer son nom correctement) ne va pas te chercher après?
Samyël fit le tour de la barrière qui délimitait l'enclos à mouton. Il enleva son arc, qu'il posa près de lui sur le sol. Puis il se laissa tomber près de bill, adossé à la souche.
-Non. Je dois aller voir Silex. Depuis que son fils est parti pour le Continent, il a besoin d'un apprenti. Rirjk m'a proposé.
Bill acquiesça. Silex était le forgeron du village. C'était un vieil homme, mais il possédait une robustesse et une musculature digne de celle d'un jeune et fringant guerrier. Il avait tendance à babiller tout seul, mais c'était un "bon gars", comme on disait au village.
Les deux jeunes garçons restèrent ainsi sans mot dire. Ils écoutaient le doux tintement des cloches que portaient les moutons.
-Tu as faim?, finit par demander Bill.
Silence.
-Un peu.
-J'ai du fromage, c'est ma mère qui l'a fait.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Nehëmah le dimanche 03 juin 2007, 21:11:05
Ben alors ! Il est où le critique officiel de Samyël :niak: ?
Bref, que dire... Je suis pas super inspiré pour commenter, d'autant qu'il ne se passe pas grand chose dans ces deux nouveaux chapitres, c'est plutôt un "constat".
on suppose que ce Ferdinand va être amené à rencontrer Samyël, en tout cas, et on voit que l'entraînement intense de Samyël, après les évènements de son passé tragique lui ont forgé une toute autre personnalité. Complètement aseptisé, il n'a plus l'éclat de la vie. C'est bien triste quand on a connu ce bonhomme de six ans vif et malin, plein de vie et de joie de vivre. Toutefois, j'attends plus complexe que ça, hein Samyël, donc me déçois pas hein :niak: (d'toute manière je pense que tu as prévu plus complexe).
Bon, à la fin par contre, je pense que c'est Erik qui répond avecu n sourire timide et non Rirjk.
Ah oui et cette scène tellement clichée de l'attaque d'une personne faible par plusieurs personnes plus fortes, ça m'a un peu agacé. Ca navigue entre le kitsch et le parodique, et l'intervention de Samyël était forcément prévisible. Là, c'étaitu n peu décevant pour le coup, tu aurais peut-être dû appuyer l'orientation du passage clairement : soit en faireu n passage carrément pathétique mais alors insister d'avantage sur la détresse d'Erik et l'arrivée héroïque de Samyël (avec un registre épique du point de vue d'Erik par exemple), ou bien un registre plus ironique. Là, ça reste en demi-teinte résultat ça fait un peu passage vu et revu seulement trente mille fois par dix mille écrivains différentes, de toutes nationnalités et époques.

Ceci dit, sur le fond, j'ai toujours envie de connaître la suite !
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le dimanche 03 juin 2007, 21:24:55
Ouais c'est vrai ça, il est mon critique là? C'est pas sérieux! :niak:

Bon, première chose, tu supposes bien ^^ Mais bon, en même temps, c'était assez logique ^^

Pour ce qui est de Samyël, bien sûr que c'est plus complexe que cela (laisse moi le temps de metre tout ça en route^^). Sinon ça ferait vraiment stéréotype du héros blasé qui a tout perdu et qui se ratache à la vie que grâce à quelques amis... :niak:

Pour ce qui est de la scène de l'attaque, je suis plus que complètement d'accord avec toi. Je n'étais pas trop inspiré quand je l'ai écris, et donc je crois que je vais la réécrire complétement ^^

(Oui, effectivement, c'est bien Erik qui répond avec un sourire timide, mille excuses pour cette petite erreur qui a sû passer les mailles du filet de la relecture :niak:)
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Prince du Crépuscule le lundi 04 juin 2007, 11:28:44
* Arrive en trombe * Me voilà! Le commentateur officiel est arrivé! Tu croyais sincèrement que j'allais te laisser la place, Nehëmah? Sûrement pas! ;)
J'ai simplement oublié de commenter, ou je l'avais lu trop tard, ou après j'avais plus d'inspiration... Hum... Ah si je m'en souviens, j'avais des choses à dire! ^^'

Tout d'abord que j'ai beaucoup aimé l'histoire du Vieux Lyon Assoupi, ensuite Roi de Solanéa, cette intrigue triste qui l'a chassé de ses terres, à cause de fanatiques au cerveau atrophié, j'espère une belle petite fuite moi... Enfin bref, c'est toi qui décide! (se souvient de Falenz et de l'assaut entre vaisseaux, le meilleur que j'aie jamais lu chez toi, mon petit mage aux cheveux écarlates! :niais:)
Donc après, jsute quelque chose qui m'a frappé concernant Samyël, son évolution sombre très bien retranscrite, bien amenée, et qui me satisfait amplement, même si c'est vrai que tout ce passage reste plutôt statique avec pas mal de clichés... J'en reparlerai après...  Eh bien tout ça combiné à Samyël m'a fait penser à Sothe, dans Fire Emblem. Tu te souviens de lui? Je le vois exactement pareil, sauf avec des pupilles et cheveux rouge sang... Une assimilation, comme ça... Dis moi si je me trompe hein, mais c'est déjà ancré dans mon esprit, je n'y peux rien, ayant déjà fait le rapprochement. Le voilà, petit, puis plus évolué... La ressemblance m'a frappé ==>Sothe petit dans Path of Radiance (http://eaichu250.superbusnet.com/feartwork/FE9-9/sothe.png) / Sothe grand dans Goddess of Dawn (http://www.generation-snes.net/Soluces/Rpg/Fire_Emblem_IV/serie/Sothe.jpg) (pour le voir mieux que dans ma signature, je l'adore! Par contre j'ai pas réussi à le trouver vraiment bien comme je voulais petit, mais tu peux te faire une idée! ^^)

Voilà, voilà, après je reviens sur l'histoire en elle-même, le petit Samyël qui a évolué pendant six ans, se recroquevillant sur lui-même, plus de bonheur, des expressions figées et froides, il ne veut plus parler, les autres le traitent de démon, mais il est un prodige en matière de magie et de tir à l'arc, attentif à l'enseignement de ce cher Rirjk qui regrette toujours... Pas mal, même si c'est du déjà vu, moi j'aime bien... Par contre c'est fou comme Erik m'a fait penser à Colin de Twilight Princess! C'en est presque hillarant! :)  Ahlàlà... Le petit timide qui se fait martyriser par les autres de son âge, ne pouvant rien faire à part pleurer et subir, attendre Samyël qui vient héroïquement le secourir... Le petit Colin, ah non, le pauvre petit Erik... Barf, je suis d'accord avec Nehëmah sur ce coup-là, franchement. Mais si t'étais pas inspiré, je te pardonne, ça arrive!

Mais ça évolue, et c'est toujours aussi bien écrit et plaisant, donc s'il fallait en passer par là, je te fais confiance GMS! (et bravo pour ta première place dans le concours de fictions! Dire que j'ai été victime du vote utile, on me l'a dit! ^^' Tu la mettras dans ta gallerie hein, ta fiction le mérite amplement! Je veux la voir trôner parmi tous tes écrits. ;)) Et vivement la suite!

PS: Tu voulais un commentaire? T'en as un, là! Pas aussi bien que celui de la page précédente (mes commentaires arrivent toujours en première page, un signe du destin?), mais te voilà satisfait, n'est-ce pas? ^^
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Nehëmah le lundi 04 juin 2007, 17:13:54
Citer
* Arrive en trombe * Me voilà! Le commentateur officiel est arrivé! Tu croyais sincèrement que j'allais te laisser la place, Nehëmah? Sûrement pas! Clin d'oeil


Je n'aurais pas cette prétention voyons :niak: !
Mais faudra faire preuve de volonté hé hé !
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le mercredi 06 juin 2007, 23:22:43
Yop, lecteurs ^^

Bon, un peu de changement ici bas^^ Tout d'abord, vous avez sûrement dû remarquer le changement de titre du Topic. Les raisons en sont fort simples: De une, c'est un titre plus général qui englobe donc tous mes écrits, et deuxièment comme il est plus court je vais pouvoir y annoncer l'arrivée d'un nouveau chapitre^^

Ensuite, retournez faire un p'tit tour du côté du chapitre neuf. J'ai complétement supprimé la scène de l'attaque d'Erik, et j'ai complétement remanier mon chapitre. Parce qu'au final, ce n'était pas du tout ce que je voulais faire^^ Maintenant, c'est mieux^^


PdC==> Merci bien pour ton commentaire^^ Sothe? Moui, m'enfin, c'est pas le personnage qui me serait venu à l'esprit, mais pourquoi pas? ^^
Cependant, j'aimerais revenir sur un point, Samyël n'est pas un prodige de magie et de Tir à l'arc^^ En tir à l'arc, étant l'un des rares archers de Solanéa, il est le plus habile de l'île. Mais le Continent grouille d'archer beaucoup plus forts que lui.^^ Pour ce qui est de la magie, je dis rien, vous verrez bien héhé^^
Sinon, lors de cette fameuse soirée MSN (t'oublies pas notre promesse, hein? ^^), quand tu m'as parlé de Madame Delacrée, je me suis rendu compte que je ne t'avais pas adressé mes plus sincères félicitations pour ton texte ^o^ J'ai adoré! Les descritpions, la pensé de cette dame face à son monde lorsqu'elle est Nature... Brrr, je m'en suis pas encore remis^^ Alors pour répondre à la question que tu m'as posée ce soir là, à savoir "Qu'est-ce que tu penses de Mme Delacrée", je te réponds "Tu me la présente quand? ^x^".
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Guiiil le jeudi 07 juin 2007, 14:25:39
Très jolie remaniement de chapitre, mais ceci à annhilé le pôvre fils de Jrick... Pourquoaaaaaaaaa????!!!!!!

Sinon je ne crois pas avoir commenté sur le forum. Et bien.

Commentaire numéro un : C'est très bien (superbe même), tes deux histoires (même si les chrétiens en prennent plein la gueule ;-P)

Commentaire numéro deux : Je préfère les aventures de Falenz (bateau volant :niais: ).

Commentaire numéro trois : A quand la suite, Saperlipopette!!! :papy:.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le samedi 16 juin 2007, 01:03:33
Buenas tardes, People! ^o^ Voici venu le temps glorieux du chapitre 10 (c'est un cap! Que dis-je, c'est une péninsule!)! Mais avant...

Guiiil===> Merci bien pour le commentaire^^ Cependant, désolé de te decevoir, mais la suite des aventures de Falenz n'arriveront pas avant un bon bout de temps, j'ai beaucoup de texte à écrire avant cela (notamment deux textes de concours :niak:). ^^

So, have fun! (Oui je sais, vous devez vous dire que c'est pas une heure pour poster un chapitre, mais il était là, tout frais tout chaud, alors j'avais pas le coeur d'attendre demain :niak:)
 


___________


Chapitre 10:  Réveil.


Six ans. Il avait attendu six longues années, ici, tapi au fin fond des abysses ténébreux de l'Océan. Six ans à se morfondre, à ressasser encore et toujours la même idée, la même envie. Six ans à devenir plus fort, repousser encore et toujours les limites de son pouvoir. Il avait une tâche à accomplir, il n'avait attendu que trop longtemps.
"Il connaissait le prix!" Ces paroles haineuses résonnèrent dans toute la mer, envoyant des ondes gorgées de pouvoir maléfique dans toutes les molécules d'eau. Des ombres indistinctes se réveillèrent, et leurs souffles titanesques firent vibrer le sol. Des bulles d'air s'élevèrent un peu partout, l'entourant.
"Il connaissait le prix!" Hurla-t-il, d'une voix déformée qui n'avait plus rien d'humain. Des cris graves et profonds lui répondirent, et la même haine les agitait. Une nageoire monstrueuse passa au dessus de lui, silencieusement. Il ne voyait pas son possesseur, mais il le sentait. Il les sentait. Les monstres des Abysses. Les titans de l'Océans, les anciens dieux.
Ils semblaient partager sa colère, et bientôt la mer se remplit de leur chant mélancolique. Le ballet qu'ils dansèrent dans les ténèbres des abîmes déclencha des tempêtes, agita les flots.
"Il connaissait le prix!" Ils reprirent sa plainte dans leur langue archaïque, perdue depuis des millénaires.
Il était venu le temps de la vengeance, l'ultime châtiment. Les pêcheurs devront payer pour leurs crimes, telle était la sentence divine. Un rayon de lumière rouge perça l'épaisse noirceur Abyssale. Un énorme oeil rouge, sans pupille s'ouvrit doucement, flamboyant d'un feu démoniaque. La bête émergea du sommeil éternel dans lequel elle était plongée. Les chants des ses fils l'avaient réveillé. Il bougea une infime partie de son corps titanesque, et le sol trembla, se fissura, une onde envoya  les eaux dans tous les sens et une raz-de-marée se leva au beau milieu de l'Océan.
La secousse qu'avait provoquée le réveil de la bête L'avait envoyé valser. Il sentit la lente danse des monstres lorsqu'ils l'effleuraient, le propulsant toujours plus haut.
"Il connaissait le prix!"  Cette unique pensé le parcourait sans cesse alors que, lentement, sûrement, il se dirigeait vers la lumière, vers son but, entouré du maelström que provoquaient les géants marins. Le rayon rouge de l'oeil infernal se braqua sur lui, et le hurlement le plus terrifiant que la terre n'ait jamais entendu explosa du fond des abîmes. L'eau de l'Océan sembla se tasser sur elle même, puis l'oeil commença à se mouvoir, avec une lenteur infinie.
Levyathan s'était réveillé.
Ses fils entonnèrent une ode à son honneur, et le remous que provoqua leur danse L'envoya vers la surface.
"Il connaissait le prix!"
 

Il était une légende qui disait que lorsque la Lune éclairait le beffroi de l'ancien temple, les Sept se réunissaient. Ho certes, personne n'y croyait cependant elle existait tout de même. C'est ce qui intriguait la Fouine. Pourquoi diable avoir inventer une légende si personne ne se donner la peine d'y croire?
La Fouine était un jeune garçon d'une quinzaine d'année, petit, fin et qui avait une tête qui ressemblait étrangement à celle d'un rongeur. Il devait son nom de Fouine à sa manie de toujours vouloir tout savoir sur tout. Il était rusé, intelligent même pour certain.
C'était donc ce mystère qu'il ne s'expliquait pas qu'il était venu élucider ce soir là. La pleine lune éclairait de sa lumière argentée le beffroi du temple. Toutes les conditions étaient remplies, selon les dires de la légende, pour que les Sept apparaissent.
La Fouine était caché derrière un petit mausolée, non loin de l'allée centrale du cimetière. Il se l'avouait sans mal, il avait la frousse. La nuit était tombée depuis un moment, il devait être aux alentours de minuit. Un vent fort et glacé soufflait sans relâche, gelant littéralement le pauvre Fouine qui commençait à se dire qu'il ferait mieux de partir. Le temple en lui même était une immense bâtisse de plus de quatre étages, construite dans un style ancien que les historiens n'arrivaient pas à reconnaître. Elle était faite tout en arcs, en flèches et en arches, finement décorés. Cependant les ornements étaient des plus dérangeants, car ils représentaient des crânes grimaçants, des diablotins dansants, des démons cornus avec des jambes de boucs... Il y avait également d'anciennes écritures gravées sur les murs, mais dont le sens échappait même aux érudits les plus sages. L'ensemble donnait quelque chose de lugubre, malsain, de jour comme de nuit.
Le cimetière était vaste, et encerclait l'ensemble du temple. Il était gardé par des statues représentant des silhouettes encapuchonnées tenant une large faux. Elles étaient au nombre de dix. Les sépultures formaient un labyrinthe hétéroclite de cairns, de tombes, de pierre tombales, de petites cryptes...
La Fouine se raidit soudainement; le grincement horrible du vieux portail retentit dans la nuit. Le jeune homme retint son souffle. Son coeur accéléra. Il n'osait pas jeter un coup d'oeil dans l'allée pour voir ce qui avait ouvert le portail.
"C'est juste une bête, ou le vent, il y en a beaucoup ce soir..." pensa-t-il pour se rassurer.
Un frisson lui parcourut l'échine lorsqu'il entendit des pas lents dans le gravier. Il se laissa glisser sur le sol, se recroquevilla et se tint la tête des deux mains. Il ne s'expliquait pas cette peur soudaine et viscérale qui lui nouait les entrailles.
Les pas s'arrêtèrent l'espace d'une seconde lorsqu'ils passèrent devant le mausolée derrière lequel La Fouine s'était caché. L'adolescent craignait que l'inconnu n'entende les battements de son coeur affolé. Il porta une main à sa poitrine, mais déjà les pas s'éloignaient, se dirigeant vers la grande arche à moitié brisée qui faisait office d'entrée. La Fouine voulait partir, quitter cet endroit maudit, oublier cette stupide légende, courir jusqu'au village. Mais ses jambes refusèrent de lui obéir.
C'est alors qu'il l'entendit. C'était un son vague, ténu, comme un appelle, très doux, caressant, cajolant. On aurait dit un murmure spectral, tant il paraissait irréel. La Fouine ne comprenait pas les mots, mais il "saisissait" le sens de ce murmure. Ce chant étrange le fascinait, le captivait et à sa grande surprise il se leva. Il fit le tour du petit mausolée et vint se placer au milieu de l'allée. Un homme en robe noire, capuche sur la tête, marchait devant lui, lui tournant le dos. Il marchait d'un pas lent, sûr et incroyablement régulier. Sans en être vraiment sûr, La Fouine était persuadé que le murmure provenait de cet homme. Il se sentait attiré par lui, captivé. D'une démarche gauche et claudicante, il s'engagea à sa suite. Ils passèrent sous la vieille arche, et entrèrent dans le temple. L'intérieur ne ressemblait pas du tout à ce à quoi s'attendait La Fouine. Il s'était imaginé un dédale de couloirs, des corridors secrets, des autels encore maculés de sang...
Au lieu de ça, ils se retrouvèrent dans une large et haute pièce, qui s'élevait sur toute la hauteur du bâtiment. Le vent s'engouffrait dans les petites fenêtres non vitrées qui trouaient les murs un peu partout, produisant un son horrible, semblable à une plainte affreuse.  Cependant, La Fouine était apaisé par le murmure bienveillant qui continuait de le guider. Sur le sol de pierre, un immense pentagramme avait été tracé avec de la peinture rouge. Dix escaliers étroits avaient été creusés dans le marbre des murs. Ils s'élevaient en spiral, jusqu'à une espèce de plateforme où de grands fauteuils finement décorés attendaient leurs possesseurs.
L'étrange homme grimpa l'un des escalier, puis pris place dans le siège qui y était associé. La lune éclairait la salle depuis un trou béant au plafond. Mais, étrangement, les sièges avaient été placés de telle façon que le visage de ceux qui y étaient assis reste dans l'ombre.
Le silence se fit soudainement sur l'endroit, une certaine solennité s'installa. Le murmure cessa également, et la Fouine retrouva ses esprits. Cependant, il ne put s'empêcher d'assister à ce qui se produisit ensuite. Un corbeau traversa le plafond pulvérisé, et décrivit un large arc de cercle à travers toute la pièce, avant de venir se poser en croassant sur l'un des neuf sièges restants. Ses petits yeux rouges se fixèrent sur la Fouine, puis le corps de l'oiseau commença à changer, à se déformer. Les pattes s'allongèrent, les ailles se changèrent en bras, le crâne s'étira, grossit. Puis, en l'espace de quelques instants, le volatile laissa la place à un homme, habillé de la même robe noire que son prédécesseur. La Fouine ne distingua pas ses traits,  cachés dans l'ombre.
Ces mêmes ombres s'agitèrent soudainement derrière l'un des fauteuils encore libre, elles prirent peu à peu une forme humain, quoiqu'aux contours indistincts. Une main d'albâtre se matérialisa sur le dossier du meuble, suivit d'un corps vêtu de noir. Le troisième venu s'installa à son tour à sa place.
Et ils vinrent l'un après l'autre, chacun d'une façon différente. Ils étaient au nombre de sept. Trois sièges restaient inoccupés.
Le murmure retentit de nouveau, mais cette fois ci il était plus fort, et il exprimait des mots, non plus des idées.
-Messeigneurs, nous voici de nouveau réunis, sous le regard bienveillant de Dame Lune. L'heure est grave. Marche-La-Nuit va nous rappeler les ordres de cette assemblée présente.
L'homme qui avait surgis des ombres se mit à parler.
-Le monde va bientôt entrer dans une phase d'évolution intense, qui pourrait signifier sa destruction. Ur-Les-Ombres est en émoi. Des déficiences dans les courants Arcaniques ont permis à plusieurs démons mineurs de se retrouver dans le monde des mortels, sans maître pour les commander. De plus, la magie dans le Sud du Continent est en voie d'extinction, suite à l'action de cette fameuse "Sainte Expédition". Et enfin, hier soir, un pouvoir immense s'est réveillé au fin fond des océans du Bout du Monde, suite à un phénomène Arcanique, mais d'origine inconnue.
Ils parlaient tous d'une voix lente, froide, monocorde, qui évoquait à La Fouine la tristesse de la mort. La scène qui se déroulait devant lui avait quelque chose de fascinant, de malsain. Mais il était contraint au rôle de simple observateur.
Ainsi donc la légende disait vrai. Ainsi donc, les Seigneurs Nécromants étaient toujours en vie.


Arkonn se dépêcha. Il était encore en retard pour le dîner. Son père allait lui passer un savon, une fois de plus. Mais avec la tempête de la nuit dernière, il avait espéré que plusieurs gros poissons s'étaient échoués sur la plage de sable fin. C'est pourquoi il l'avait arpentée sans cesse depuis le point du jour, à ce moment là, le crépuscule.
Il courait aussi vite qu'il le pouvait, essoufflé. Il n'avait jamais été féru d'activité sportive, il manquait d'entraînement. C'est pourquoi il s'arrêta un moment afin de reprendre son souffle.
Si Arkonn avait écouté son frère, qui lui disait qu'un véritable pêcheur se devait d'être fort et robuste comme un roc, alors peut être ne se serait-il pas arrêter, et il aurait ainsi éviter le coup du Destin qui lui tomba dessus.
Le dos voûté, les mains sur les genoux, il ahanait de souffrance, un point de côté lui déchirait les flancs. C'est ainsi qu'il remarqua le scintillement qui provenait du bord de mer, un peu plus loin. Intrigué, il se releva, puis marcha jusqu'à la source de cette lumière. Il s'agenouilla dans le sable humide, puis il aperçut une sorte de pierre précieuse enchâssée dans une espèce de barre métallique. Ses yeux s'arrondirent de surprise, et il pensa que grâce à ça, sa famille pourrait vivre des années et des années dans le luxe. Alléché par l'appât du gain, il s'empara de l'extrémité de la tige, puis tira un coup sec.
"Il connaissait le prix!" Le hurlement avait éclaté dans sa tête, comme gronde l'orage les soirs d'été. Le choc mental avait été violent, chargé d'énergies démoniaques. Le système neurologique d'Arkonn ne résista pas,  et ses nerfs s'enflammèrent, provoquant une douleur infernale dans tout son corps. Dans son poing fermé se trouvait la garde d'une épée finement ciselée, à la lame d'un rouge éclatant, sur laquelle des milliers de runes grouillaient sans cesse. Cinq d'entre elle s'embrasèrent et se positionnèrent de telle façon qu'un nom se forma: Haz'Rael, L'honnie.
"Il connaissait le prix!" Le nouvel assaut envoya Arkonn en arrière, ses yeux se révulsèrent, son corps se cambra tandis que sa mémoire, ses souvenirs et ses pensées se disloquèrent pour faire place à un flot de sensations, d'odeurs, le tout empli d'une haine sans bornes. Une entité démoniaque s'empara de son corps, annihila le peu de volonté qui lui restait. Le joyau sur la garde se scinda en deux, et un oeil jaune avec une pupille rouge se darda vers le Sud.
'Et pour cela, il devra payer!"
Lentement, Arkonn se remit debout. Des arcs d'énergies violets s'allumèrent autours de lui, puis disparurent. Les yeux bleus du jeune homme se changèrent en deux brasiers ardents. Puis, sûrement, l'entité se dirigea vers le Nord.
"Il connaissait le prix!"


Quelques jours plus tard, on découvrit aux portes du petit village de Verte-Colline, loin dans le Nord, par delà les Montagnes de l'Infinie le corps de La Fouine. Il n'avait subis aucune blessure, aucun coup, rien de visible. Mais sur son visage aux yeux exorbités était inscrite une pure terreur, comme personne n'en avait encore jamais vu...  

______________

Juste une petite précision, les fautes de genre sur les actions de La Fouine sont voulues. Même si il s'appelle comme ça, ça reste avant tout un homme^^

Par contre, je ne sais pas du tout quand la suite arrivera. Comme je l'ai dit un peu plus haut, je suis assez débordé en ce moment au niveau des écrits, donc je mets le Cycle en Stand-by pour le moment ^^"


BRZ: [I (dé) love U]²
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Nehëmah le samedi 16 juin 2007, 12:46:32
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La femme rousse lui tendait la main, une fois de plus. Il l'admira, une fois de plus. Sa beauté était renversante, le fait de poser ses yeux sur elle lui procurait une sensation qu'il ne connaissait pas. Il se perdit dans l'intensité de son regard émeraude, ses cils gracieux battirent plusieurs fois, lui renvoyant un regard féerique. Son front était ceint d'un fin tiare d'argent, qui retenait ses cheveux soyeux qui cascadaient jusqu'au sol, si bien qu'elle semblait auréolée d'un halo de feu. Ses oreilles ornée d'anneaux d'or étaient longues et pointues, ce qui la rendait plus encore plus irréelle car cela accentuait la perfection de son visage.
Les courbes de son corps étaient parfaites, à peine cachées par la tunique verte qu'elle portait. Ses gestes respiraient la grâce et la volupté, et elle possédait un port noble, telle la princesse esseulée d'un château de conte de fée. Dans sa main gauche elle tenait une longue et magnifique lance, où deux dragons, l'un d'un blanc immaculé, l'autre d'un noir de jais, s'enroulaient autours dans une étreinte mortelle.
Un rire cristallin retentit, se répercutant à l'infinie dans la nébuleuse étoilée qui les entourait. Elle lui sourit, et une soleil s'alluma dans son coeur. Il tendit la main vers elle, avec l'espoir fou et secret de pouvoir la toucher, la serrer contre lui, la garder à jamais.


Que dire que dire ? En relisant le chapitre 9 qui a en effet bien changé, je suis absolument tombé amoureux de cette description. Je sais pas elle est vraiment belle, les figures de style tout ça, ça colle une sacrée personnalité au personnage (sa mère ? :niak: )

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abysses ténébreuses

-> Attention, abysse est un nom masculin ! Et abysses ténébreux c'est moyen comme terme ! Allez, tu peux mieux faire :niak:

Le réveil de Levyathan (drôle d'orthographe !) est un poil confus à mon sens même si ça a l'air fait exprès :niak:

Sinon les Seigneurs Nécromants ont pas mal de classe pour les deux que l'on a pu voir (celui avec les ombres et le corbeau je crois bien ? Plus celui qui attire la Fouine...). En tout cas j'attendais un rôle plus important pour la Fouine bah c'est raté xD
Quant à Arkonn, aps de chance non plus, et je me demande le lien qu'il y a avec Levyathan.
Enfin bref, ça fait du beau monde, trois forces auxquelles devra sûrement s'opposer Samyël ? Bref j'en peux plus de cette attente, tu as tellement bien posé les bases de l'aventure que je veux que ça pète maintenant :niak:
Allez, au boulot, on s'en fiche des concours :niak: ...
Mais non je plaisante :love:
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Prince du Crépuscule le samedi 16 juin 2007, 14:47:26
T'as regardé Cyrano de Bergerac hier, toi! ;) J'adore cette suite, mon GMS chéri!

En effet, la chapitre 9 a bien changé, il s'est transposé en qelque chose de bien meilleur à mon sens, j'ai toujours aimé ces descritptions de femmes mystérieuses, belles à en mourir, inaccessibles... Une beauté froide et parfaite comme on n'en voit que dans les rêves. Même si cette descritption est très bien amenée, hélas je dois déplorer les fautes d'accord qui viennent tout gâcher (je déteste ça, j'ai essayé d'y faire abstraction! ^^'). Je ne sais pas pourquoi, mais tu en as fait pas mal dans ce passage, dommage! Sinon j'aime beaucoup, ça me refait penser à ma chère mme Delacrée tiens... (faut que je la rappelle de sa fugue celle-là! :) ). Un remaniement empreint de talent!

Et quelle suite, quelle suite! Les choses s'accèlèrent, les ombres se détachent d'un monde qui semblait fait entièrement de lumières et qui se trouble de ces démons qui surgissent du plus profond des abysses de ton imagination. J'aime particulièrement les 7 Seigneurs Nécromants, et l'ambiance que tu as amené avec eux. Ils possèdent toute la classe qui définit ce genre d'antagonistes machiavéliques, j'adore la manière dont tu as retranscris leur arrivée et cette atmosphère glauque et oppressante. Leur façon différente d'arriver, de s'assoeir sur leur siège, cette légende accomplie, des secrets sombres, cette obscurité qui s'en dégage... Brrrr! Moi qui n'aime pas trop habituellement ce genre d'ambiance gothique, là je suis comblé, avec l'église étrange et effrayante, cette noirceur, cet innocent charmé par des méloppées funestes et trompeuses, ce meutre finalement, dont on ne saura pas tout de suite les circonstances ... Absolument délicieux, j'en veux plus maintenant! Moi qui aime le mystère et ces sensations glaciales, je suis fasciné... :niais:

Ahlàlà... Et le réveil confus du Lévyathan, tout cet envirronement magique et ténébreux, sans qu'on ne sache qu'une infime partie de ce monde et de ces règles d'anciennes légendes et d'antiques fureurs démoniaques... Toutes ces allusions à la souffrance et à la terreur, cet univers d'ombres silencieuses et terribles se réveillant dans leur haine redoublée de Dieux oubliés... Et cette épée qui ma intrigué dès le départ, qui a l'air d'être la source de tous ces murmures mortels... Je ne donne pas cher de la peau de ce brave Rirjk! :conf:


Bravo en tout cas, j'ai vivement envie de connaître tous les tenants et aboutissants de ces nouveaux arrivants majeurs! Je demande la suite! ^^ Mais prends tout ton temps, mon cher Great Magician Samyël!

Bonne chance pour le concours au fait! Tu en auras besoin... Ksh! Ksh! Ksh! ^^' Moi je n'ai pas commencé, mais bon... J'espère être assez inspiré, car je n'aime pas les suites. L'affrontement sera difficile, je sens que cette finale va être très intéressante... ;)
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le jeudi 23 août 2007, 22:34:13
Hohoh, et l'GMS est arrivéééé, sans s'presséééé hééhéé!  :note:  
J'ai honte, ça fait plus de deux mois que je vous ai laissé sans nouvelles fraiches en provenance du Continent. Je vais me morfondre dans les ombres en espérants que la lumière de votre éventuel pardon salavateur vienne m'en tirer... :niak:
M'enfin, tout ça c'est du passé! La tour du Rouge a été dépoussiérée, sortie de force de la deuxième page de ce forum littérature béni où elle gisait, inerte, dans son carcan de topic en tout genre! ^^
Car oui, réjouissez vous, c'est Noël avant l'heure! (Bien en avance d'ailleurs ^^).
Le Super Magicien que je suis enfile un manteau rouge, une chapeau à grelot et une barbe blanche à la mode naine! Avec du chapitre en veux-tu en voilà plein sa hotte à merveilles! ^^

Mais tout d'abords, les réponses à vos questions ^^ (je vais aller dans l'ordre^^)

Nehëm' (tu me permets de t'appeler comme ça? ^^" C'est plus imple à écrire :niak:) ==>

Cette beauté flamboyante tout droit sortie de mon imagination n'est pas la mère de Samyël, c'est tout ce que je peux dire :niak: Wait and See... ^^

Tu es très clairvoyant :niak: effectivement le passage lié au Levyathan (le "y" c'est ma petite patte^^) est confus, mais ce volontairement, afin d'entretenir le mystère... :niak:


Citer
Sinon les Seigneurs Nécromants ont pas mal beaucoup de classe


C'est la meilleure chose que tu pouvais me dire à leur propos, je t'en remercie :niais:
Les réponses à tes autres questions viendront bien assez tôt héhé ^^
Mais ne t'en fait pas, ça va péter très prochainement héhé :niak:

(j'aime dire héhé, héhé... :niak:)


PdC <3 ==>Merci pour ton commentaire crépusculien :<3:

Sans plus tarder, le chapitre 11 ^^



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Chapitre 11 : L'épée.

Soulever. Descendre. Expirer. Inspirer.
L'odeur âcre de sa propre sueur agaçait son odorat tandis que des gouttes du liquide acide coulaient le long de son visage, sous ses aisselles et sur son tors nu. Trois lignes rosées et rigoureusement parallèles barraient son abdomen, à l'endroit où il avait accroché les branches d'un sapin lors d'une chute, six ans plutôt.
La chaleur était étouffante, et le rougeoiement infernal du métal en fusion lui brûlait les yeux. Il contracta une nouvelle fois les muscles de ses bras et tira de toutes ses forces pour actionner le lourd soufflet qui gardait la forge à température voulue. Un peu plus loin, Silex martelait consciencieusement une barre de métal encore rouge dans le but d'en faire la lame d'une épée courte. Des gerbes d'étincelles jaillissaient à chaque contacte entre le marteau et l'enclume. Silex était concentré sur sa tâche, autant qu'un homme pouvait l'être. C'était un homme d'expérience, qui avait acquis avec l'âge la patience dans son labeur. Il pouvait travailler plusieurs jours sur une seule commande, afin d'atteindre la perfection. Un véritable maître artisan.
Depuis trois semaines que Samyël s'atteler jour et nuit à activer le grand soufflet, sa musculature s'était considérablement développée, il était devenu robuste et fort, mais gardait toujours une silhouette athlétique, limite déguindée, ceci dû au fait qu'il ne mangeait plus beaucoup. Au début, il avait eu du mal à travailler convenablement, se fatiguant vite et étant obligé de s'arrêter régulièrement à cause de crampes. Le vieux Silex s'était montré très patient, lui conseillant de ne pas se forcer de trop. A présent, il pouvait actionner le soufflet toute la journée, sans être trop fatigué.
Le forgeron avait voulu le rémunérer, mais Samyël avait refusé, l'argent ne l'intéressait pas et il ne savait pas quoi en faire de toute façon. Alors au lieu de lui donner des pièces, Silex forgeait des pointes de flèches en fer, avec les surplus qui restaient toujours d'une commande. Avec ça, Samyël avait enfin pu se confectionner des flèches dignes de ce nom, qui pouvait transpercer la chaire. De plus, le poids plus important permettait un meilleur équilibre au trait, lorsqu'il était décoché.
Silex se redressa puis trempa le fruit de son travail dans le bac d'eau fraîche posé à côté de lui. La lame se refroidit instantanément dans un geyser de vapeur d'eau sifflant. Il admira le résultat, paru content de lui, puis la reposa sur l'enclume avant de s'éponger le front.
-Parfait! Je crois qu'on mérite une petite pause mon garçon. Va te débarbouiller puis rentre chez toi, on a finit pour aujourd'hui.
Samyël lâcha le manche du soufflet avec reconnaissance. Sa poitrine se soulevait au rythme rapide et saccadé de sa respiration. Il rangea les outils de son employeur -cette tâche faisait aussi partie de son travail- puis il récupéra sa chemise en coton et ses bottes, confectionnées avec le cuir d'un daim qu'il avait abattu quelques mois auparavant. Puis il sorti de la forge non sans avoir saluer Silex au passage.

Il retira son pantalon de toile, qu'il déposa à côté de ses autres affaires. Il resta un moment ainsi, nu comme à l'aube du monde, profitant de la caresse du vent sur sa peau qui rafraîchissait son corps brûlant et sal, les yeux perdus dans le fond de la marre qui lui faisait face. Puis il pénétra dans l'eau limpide, et retira le bandeau de tissu qui retenait ses cheveux en arrière. Ils lui arrivaient à présent jusqu'aux omoplates, et la magnificence de cette étrange couleur vermeille en avait abasourdit plus d'un. Cependant, à  cause de cela, certaines personnes un peu superstitieuses le prenaient pour le fils d'un démon. Il n'y faisait pas attention, détaché du monde qu'il était. Plus grand chose ne pouvait l'atteindre à présent, et d'une certaine façon cela le chagrinait, car à part la tristesse, il ne ressentait plus d'émotion. Que de la tristesse, et un peu d'amertume.
Il plongea complètement son corps dans l'eau claire, afin de le laver des souillures de la forge. Il se délecta de la sensation revigorante que lui procurait le rafraîchissement instantané de son être. Il ferma les yeux, et se contenta de rester immobile, sous l'eau, jusqu'à ce que le souffle lui manquât.  Il creva la surface doucement, et de l'eau dégoulina de ses membres. Lorsqu'il rouvrit les yeux, il n'était plus seul.
Rose, la seule jeune fille de son âge au village, lui rendit son regard, accroupie près du bord de l'eau. Samyël ne tenta rien pour cacher sa nudité, se contentant de fixer la jeune femme de ses yeux ternes et éteints.
-Je savais que je te trouverais ici, fit-elle dans un grand sourire.
Ses yeux marrons suivait avec appétit les courbes du corps de Samyël, s'arrêtant un moment sur sa virilité. Elle ne semblait pas être mécontente du spectacle.
-Qu'est-ce que tu veux?, dit l'apprenti magicien, doucement.
Elle était mignonne, mais sans plus. Ses cheveux de jais cascadaient le long de son dos et ses yeux bruns brillaient d'un éclat de malice. Elle se releva, et fit glisser les bretelles de sa robe le long de ses bras, puis le vêtement tomba complètement. Cette fois, ce fût au tour du jeune homme de la dévorer des yeux. Elle était de taille moyenne, mais sa silhouette possédaient des courbes alléchantes, bien qu'encore marquées par l'enfance. Elle frissonna sous la caresse du vent, puis le rejoignit dans l'eau. Elle s'approcha de lui doucement, provoquant un sillon d'eau derrière elle. Elle se stoppa à quelques centimètres de lui. Ils se regardèrent l'un l'autre, la première grelottante, le deuxième aussi immobile et droit qu'une statue.
-Tu as froid, fit-il remarqué au bout d'un certain temps.
-Oui, l'eau est glaciale, je ne sais pas comment tu fais pour la supporter.
Les chants des petits oiseaux forestiers les entouraient, et un rayon de soleil darda de sous la dense voûte végétale de la forêt pour illuminer le petit plan d'eau, conférant à la scène un aspect enchanteur.
Elle fit quelques pas hésitants dans sa direction, puis elle l'enlaça de ses bras. Ses seins naissants se pressèrent contre la poitrine de Samyël, répandant dans son corps une douce sensation comme il n'en avait encore jamais connu. Il sentit dans l'aine une chaleur agréable.
-C'est toi que je veux, souffla-t-elle dans son oreille.
Puis elle releva la tête et posa ses lèvres contre les siennes. Samyël se laissa faire, puis finit par lui rendre son baiser. Sans trop savoir pourquoi, il passa ses bras autours de sa taille et l'attira tout contre lui. Leurs bouches se séparèrent un instant, où ils échangèrent un long regard. Rose se perdit dans les yeux étranges et fascinant de son compagnon, puis elle lui caressa la joue d'une main tendre. Elle se réchauffait au contacte du corps brûlant du jeune homme.
Samyël était en proie à un doux mirage. Les traits de Rose s'étaient peu à peu estompés pour faire place au visage de la femme de ses rêves. Il sentait la douce caresse de sa longue chevelure rousse sur sa peau mouillée. Il entendit son rire cristallin dans sa tête, tandis qu'il se perdait une fois de plus dans la féerie de son regard vert.
Puis, mû par quelque instinct dont il ne savait rien, il l'entraîna doucement vers la terre ferme, puis il la coucha tendrement dans l'herbe satinée où ils firent l'amour pour la première fois, sous le regard vif d'un épervier perché dans l'arbre qui les couvrait de son feuillage bienveillant...  

-Essai encore une fois, lui demanda Rirjk.
Samyël ferma les yeux, et se concentra sur son souffle régulier et calme.
-Visualise un feu, un brasier. Imagine toi sa chaleur sur ta peau, qui t'entoure de toute part. A présent, fais lui prendre la forme d'Azerioth.
La rune flamboyante apparut dans l'esprit du jeune garçon. Une goutte de sueur perla à ses tempes.
-Tend ta main, paume vers le haut. Capte les courants de magie qui t'entourent, et puises-y l'énergie nécessaire.
Samyël les sentaient, les courants de magie. Les voies des Arcanes, comme les appelaient les mages. Ils se déplaçaient sans cesse dans l'air, invisibles à l'oeil, mais qu'on pouvait ressentir avec un entraînement spécifique. Les magiciens y tiraient leur force, leurs sorts et leurs enchantements. Chaque particule de magie provenait des voies des Arcanes. Dans certaines parties du monde, elles étaient plus ou moins fortes. Ce qui expliquait certaines variations au niveau de la puissance magique que possédait chaque individu, selon qu'il venait de tel endroit ou de tel endroit.
Mais il avait beau les sentir, Samyël ne parvenait absolument pas à s'en servir, pour lancer le moindre sort qui s'apparentait à l'un des 7 Arts. Sauf pour l'Altération. Il parvenait à lancer les sorts et enchantements provenant de cette branche-ci de la magie. Ce qui étonnait fortement son maître qui n'avait jamais été confronté à pareil cas.
Samyël baissa de nouveau le bras, en secouant la tête.
-Désolé maître, je n'y arrive vraiment pas.
Rirjk se gratta la barbe, pensif. Si son jeune élève ne parvenait pas à lancer les sorts de base, ils ne pourraient pas aller plus loin dans l'apprentissage.
-Ba, finit-il par lâcher, on ne va pas te forcer... Nous nous concentrerons sur l'Altération uniquement pour le moment.
-Bien maître.
-Dis moi.. (Rirjk plissa les yeux de manière soupçonneuse avant de continuer :) Tu as fais quelque chose de particulier aujourd'hui?
Samyël leva les yeux, pour faire mine de réfléchir.
"Il va mentir", pensa son maître, qui s'était rendu compte que le jeune homme faisait fi de la vérité lorsqu'il faisait ce petit manège là.
-Hé bien, non. Je suis allé chez Silex, j'ai travaillé, comme d'habitude... Pourquoi cette question?
-Ho non, non, rien...
Mais Rirjk la voyait bien, la petite flamme qui s'était rallumée dans son regard. Cela se sentait aussi dans son parlé, plus vif et moins monocorde. Le vieil homme sourit mais ne chercha pas plus loin, c'était très bien ainsi.
Il se retourna et se dirigea vers un petit tabouret dans le fond de la pièce, où trônait un paquet entouré de linge blanc. Rirjk s'en saisit, et vacilla un peu sous le poids. Puis il revint vers son disciple et déposa son chargement sur la table qui lui faisait face. Le paquet s'écrasa dans un "clac" sonore.
-J'ai enfin reçu ça, du Continent.
-Qu'est-ce que c'est, maître?
-De longues nuits blanches pour toi, en perspectives.
Devant le regard interrogateur de son élève, Rirjk défit le linge d'un geste théâtral, révélant huit livres entassés les uns sur les autres. Sept volumes épais reliés de cuir lourd, et un petit carnet, recouvert d'un cuir plus souple, entièrement noir. Rirjk s'y appuya nonchalamment avec sur le visage le sourire radieux de l'homme content de lui.
-J'ai eu un mal fou à me les procurer. Surtout avec ses nouvelles lois sur le transport des marchandises, plus les taxes, les frais de transports, enfin, je te passe les détails.
Une certaine excitation s'empara de Samyël, alors que ses yeux parcouraient les livres posés devant lui. En plus, ils venaient du Continent! Son maître les étala devant lui, sauf le petit carnet, dont il s'empara lestement en lui disant que celui là n'était pas pour lui, et qu'il avait l'interdiction formelle d'y toucher. Samyël acquiesçait distraitement, alors qu'il touchait le cuir des couvertures. Ils avaient tous une couleur différentes, l'un vert intitulé "De l'Art d'invoquer" par Ford le Blanc; un violet intitulé "Métamorphoses de Caïm" par Caïm et qui semblait traiter d'Altération; un bleu intitulé "Les secrets de l'Enchanteur"  par Edwyck de la Tour; un orange intitulé "La Forge de Papy Marteau" par un certain "Papy Marteau" justement, et qui semblait traiter de Méta-Magie; un blanc intitulé "les Dons des Dieux" par Monseigneur de Méhorin et qui semblait traiter de la magie Divine; un rouge intitulé "Le Grand Livre des Mots (ou des Maux)" par un anonyme et qui semblait traiter de la Rhétorique des runes et enfin un marron intitulé "lorsque la foudre se déchaîne" par Baldwyck le Flamboyant et qui semblait traiter de Tellurisme.
-Et donc, poursuivait Rirjk inlassablement, ta prochaine tâche, est de lire et de retenir l'ensemble du contenu de ces ouvrages. Si tu as des questions ou si certains passages te posent problème, n'hésite pas à me questionner, je suis là pour ça après tout. Bien, à partir d'aujourd'hui, considère qu'ils t'appartiennent!

Silex s'enfonça dans la pénombre de sa forge, un immense sourire sur les lèvres.
-Par ici, par ici!, murmurait-il, comme en transe.
Samyël le suivait sans comprendre. C'était la première fois qu'il voyait son employeur comme ça.
-Ha, la voilà! Ma plus belle pièce! J'ai travaillé dessus toute la nuit, pour les finissions.. tu sais ce que c'est...
Le vieil homme s'abaissa vers l'enclume, et saisit un objet long d'environ cinquante centimètres, enveloppé dans une pièce d'étoffe. Il le caressa d'une main rêveuse, puis leva les yeux vers son employé, avant de le lui tendre.
-Tiens, prend la. Elle est pour toi!
Samyël s'en empara, non sans jeter un regard interrogateur à Silex. En palpant l'objet, il lui sembla le reconnaître, et ses yeux s'agrandirent de stupéfaction et de joie. Fébrile, il fit glisser l'étoffe le long de l'objet, révélant petit à petit la lame brillante d'une épée en acier. "Ma plus belle pièce", avait dit Silex. Il avait sûrement raison. La lame, coupante comme celle d'un rasoir, captait chaque petit éclat lumineux et semblait donc entourée d'un halo salvateur, qui soulignait la finesse du travail qui y avait été apporté. Quelques runes ainsi que l'image d'un ours redressé sur ses pattes arrières y avaient été gravées. La poignée et la garde, simples, semblaient avoir été adaptées pour sa main.  En plus d'être parfaitement équilibrée, l'arme pesait juste ce qu'il fallait.
-Pourquoi, commença Samyël, enfin je veux dire à...
-Joyeux anniversaire mon garçon!, s'écria soudainement le vieux Silex en l'empoignant par les épaules.
Et il se mit à sautiller tout autour de lui, comme un gamin heureux.
"C'était donc ça", pensa Samyël avec un sourire.
Sur le Continent, tout autant que sur Solanéa, l'anniversaire était une fête qui existait, mais que l'on ne célébrait que dans les classes élevées où l'on avait l'argent pour. Les gens issus des basses classes de la société ne le faisaient pas, ou très rarement.
Treize ans. C'était l'âge de Samyël. A présent, aux yeux du monde, c'était un homme. C'était la première fois qu'on lui offrait quelque chose pour son anniversaire. Mais, à ce moment là, serrant l'épée contre son coeur, il se promit qu'il le fêterait tous les ans.
-Alors, elle te plaît?, demanda Silex, son grand sourire ne souhaitant apparemment pas vouloir quitter son visage.
-Oui, beaucoup, elle est magnifique...
-De mon temps, dès qu'un jeune garçon atteignait l'âge de treize ans, on lui offrait une épée. Si il apprenait à s'en servir, il devenait guerrier ou soldat. S'il la cassait, il devenait magicien, ou érudit. S'il la revendait, il devenait marchand ou artisan.
-Et vous, vous l'avez revendue?
-Oui, c'est cela même.
-Et si on voulait devenir deux de ces choses là?
Silex se gratta la joue, pensif.
-Je ne me rappelle pas avoir déjà eu  à faire à pareil cas.
-Alors je serais le premier, fit Samyël avec un sourire.
Il montra du doigt les runes gravées sur la lame.
-Qu'est-ce que ça veut dire?
-C'est ton nom, enfin, d'après ton maître. Et l'ours, c'est pour que tu te souviennes de nous, finit-il, énigmatique.
Après quoi, Silex sortit deux choppes de derrière un établi, et ils burent de la bière. Sans le savoir, le vieil homme venait de développer ce qui serait le plus gros vice du garçon, l'alcool.

Cette nuit là, il reçut la visite de Rose, qui lui souhaita un bon anniversaire, à sa façon...    

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Cependant, je reste sur mon 1/chapitre semaine, pour ne pas épuiser tout le stock d'un coup^^
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Prince du Crépuscule le samedi 25 août 2007, 20:20:50
Eh bien Great Magician Samyël, ça me fait vraiment très plaisir de te voir poster l'une de tes suites que j'apprécie tant! ^^ Je sais que tu attendais une critique de ma part, et tu me connais, je n'y manquerais pour rien au monde, surtout quand il s'agit de ta chère fiction, ton cycle rougien. :)

Avant de commencer, j'ai relu le chapitre précédent pour me remettre "dans le bain", comme on dit. Et je dois dire que j'apprécie toujours autant les effets sombres et perturbants que tu as insufflé à tes lignes. Tu as l'art de savoir exprimer les sentiments et de dégager une atmosphère, aussi oppressante soit-elle, sans artifces et maints détours, c'est propre, bien amené (malgré quelques répétitions et encore et toujours des fautes, mais je ne t'en tiens pas rigueur, d'autant qu'il y en a de moins en moins.) Enfin, j'aime beaucoup ce que tu fais, petit Mage Vermeil, autant que par l'histoire, les personnages, l'ambiance que par le style, et en cela je ne te féliciterai jamais assez et ne t'encouragerai jamais assez de continuer, le plus sincèrement du monde. ^^

Dans cette nouvelle suite tant attendue (ravi que tu aies pu autant écrire pendant les vacances, tu auras le temps de trouver de meilleures idées encore :) ) j'ai retrouvé non seulement tout ce qui m'a plu, mais aussi une réelle évolution, une progression nette après le "prélude" introductif des ombres se déversant comme un flux mortel sur le Continent. Et je tiens à dire que j'ai adoré! Certes, quelques passages sont assez "torrides" si je puis m'exprimer ainsi, mais j'admire la teneur de tout l'ensemble, c'est d'une maîtrise, d'une avancée dans les effets et sentiments escomptés absolument superbes, que j'ai beaucoup apprécié et qui m'ont littéralement séduit. Et là s'insinue enfin un peu de féminité dans ce cycle de brute ( ;) ) en la personne de Rose, la découverte des sentiments amoureux, comment tu l'as retranscrite, tout en délicatesse et gradation, jusqu'au paroxysme de la passion, dans un sulfureux moment de communion... Tu as grandement réussi tout ça, vraiment, particulièrement l'ambiance féérique avant que "la magie ne s'opère"! J'ai pris grand plaisir à la lire! ^^ Peut-être est-ce un peu brutal et osé comme entrée en vigueur de la tendresse et de l'amour, surtout dans les expressions choisies, mais je trouve que ça correspond parfaitement à ton cycle et à ta manière d'écrire, moi j'ai aimé en tout cas, c'est ce qui compte à mes yeux. :)

J'ai hâte de découvrir l'évolution de Samyël, puis le véritable départ des péripéties, dangereuses et épiques! ^^ Sa formation, son apprentissage sont toujours aussi intéressants, le voir progresser, affronter les difficultés de la magie sous nos yeux est très plaisant. Et enfin, la scène du cadeau que reçoit Samyël de la part de Silex est touchante, elle m'a véritablement plu, on ne lui souhaite que du bonheur à ce petit bout d'homme! (enfin, façon de parler! Ksh! Ksh! Ksh! j'attends aussi le vrai drame moi, la vraie aventure! :niais: ).

Arf, je me suis emporté, enfin tu commences à avoir l'habitude. ( Voilà ce que c'est que d'avoir des moments de haute inspiration, je vous jure ^^") En un mot, j'aime beaucoup, continue comme ça et ne cesse pas de nous donner autant de plaisir, mister Great Magician Samyël, je ne peux que te souhaiter de poursuivre! :)

A bientôt pour la prochaine suite j'espère, un peu avant la rentrée de préférence! ^^
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le vendredi 31 août 2007, 17:19:39
Hohoho, c'est le Géant en Vert :niak:
Finalement, la Kuvett que je suis temporairement aura poster un chapitre, dans ce haut lieu de connaissance des Arcanes (auto proclamé) :niak:
Le jour où Nehëmah rentre en plus, apparemment, si c'est pas merveilleux :niak:
Bref, contrairement à la coutume, pas de palabres aujourd'hui, va falloir attendre le retour du Magicien pour ça :niak:
Place au Chapitre 13, je vous assure, il n'est pas maudit, du moins, pas trop... :niak:



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Chapitre 12: Démonologie.



"L'essence des créatures, des familiers, des esprits et des animaux se déplacent le long des courant arcaniques. Pour les appeler, le conjurateur doit projeter son esprit dans les courants, afin de tisser un lien symbiotique avec l'essence souhaitée. Pour se faire, il doit [...] En récitant la formule appropriée, le conjurateur ouvre une brèche dans les Courants, permettant à l'essence de prendre forme dans notre monde [...] L'essence y restera un temps limité par les pouvoirs du conjurateur, la qualité des ingrédients utilisés pour le sort ainsi que d'autres facteurs trop compliqués pour le novice, qui ne seront donc pas expliqués dans ce présent ouvrage. (Voir "De L'art d'Invoquer vol II") [...]"
De L'art d'Invoquer, extrait.


"Comme le disait Bertram le Métamorphe, "Altérer, c'est l'art de changer le monde, en bien ou en mal" C'est pourquoi le novice doit garder à l'esprit que si l'Altération n'a de limites que l'imagination et le savoir de l'Altérant, toutes utilisations excessive du 2e Art sera sévèrement réprimandée par l'Enclave des Mages. Ci dessous, une rapide liste d'exemples tirés de l'Histoire à ne pas suivre : [...]
Afin de pouvoir changer la réalité d'un objet ou d'un être vivant, l'Altérant doit connaître le nom véritable de sa cible (il en va de même pour un être humain). L'Altération repose sur une unique formule que l'Altérant adapte au cas auquel il est confronté. Ci dessous, ladite formule et le nom véritable de quelques éléments de base que le novice pourra s'entraîner à Altérer: [...]
L'Altération de soi est plus complexe, dans le sens ou la formule diffère et où la capacité imaginative de l'Altérant est mise à contribution [...]
A noter que si l'Altérant reste trop longtemps sous une autre forme, la transformation devient irréversible [...]"

Métamorphoses de Caïm, extrait.


"-Je suis enchanté de faire votre connaissance.
-Cette nouvelle m'enchante.
Ce sont là des phrases que vous avez déjà dû entendre. Bien, mais, qu'est-ce que l'Enchantement? L'art d'être heureux? Certes non!
D'un point de vue purement rhétorique, c'est l'Art de conférer à un support quelconque un pouvoir magique, pour une durée définie.
Concrètement, c'est l'Art d'apposer une rune sur un objet ou une surface afin de lui allouer une capacité.
Par exemple, renforcer une construction en bois, rendre permanent l'affûtage d'une lame...
Et ce ne sont que deux exemples parmi des milliers de possibilités! [...]"

Les Secrets de l'Enchanteur, extrait.


"Bien le bonjour, ami lecteur Tu viens de franchir le pas de la porte de la forge de Papy! On m'a demandé de rédiger un volume pour vous révéler tous mes secrets... Il paraît que je me fais vieux! Enfin, arrêtons de bavasser, nous avons du boulot devant nous!
Vous voici au seuil d'un monde rempli de métal, de runes et de bière, enfin je veux dire de magie! Mais, savez-vous ce qu'est la Méta-Magie? C'est très simple, c'est l'Art combiné de la forge et de la magie! L'Art d'insuffler la vie à vos créations! C'est un travail harassant et épuisant, autan que vous soyez prévenus, mais les méta-mages sont parmi les plus reconnus! Alors persévérez, vous verrez, vous n'en tirerez que des avantages! [...]"

La forge de Papy Marteau, extrait


""Lorsque Moryack apparut à l'Archimage Cantalor, celui-ci ne se doutait pas qu'il allait devenir le premier maître de la discipline la plus noble de l'ensemble de l'Art.
-Soit fier, mage, lui dit le dieu, tu vas devenir le réceptacle de mon savoir, que je te charge de transmettre à tes disciples."
C'est ainsi que commence le Sermon de Moryack, qui n'est autre que le premier traité sur le 5e Art, la magie dite Divine, car enseignée originellement par le Dieu Moryack en personne.
Son but est le plus noble qui soit, protéger, et préserver la vie d'autrui. [...]"

Les dons des Dieux, extrait.


"La Rhétorique des runes est un art complexe, réservé aux initiés. Avant de pouvoir commencer l'apprentissage, le Rhéteur doit connaître une base de runes basiques, suivant ci après: [...]"
Le Grand Livre des Mots (ou des Maux), extrait.


Samyël referma le livre et se frotta les yeux, qu'il avait fatigués. Il venait de finir le dernier livre, l'esprit plein de formules, de runes, de règles, de lois et de mises en garde. Il avait plus apprit en une semaine de lecture intensive qu'en six ans d'apprentissage. Il n'avait pas tout retenu, mais une bonne partie. Décidemment, la lecture était une chose qu'il appréciait grandement. Il regrettait à présent la quasi absence d'ouvrages sur Solanéa.
Il remonta la couverture jusqu'au menton de Rose, endormie à côté de lui, et elle bougea dans son sommeil.
Il souffla la bougie, et les ténèbres emplirent l'intérieur de l'ex maison d'Henry, où il avait continué à vivre après la mort de celui-ci.
Il s'endormit rapidement.

-J'ai fini de lire les sept ouvrages, maître.
-Ha! Parfait, en plus tu tombes bien. Aide moi avec la charrue. Elle est coincée. Mets toi de cet côté et tire quand je te le dirais. Qu'en as-tu pensé?
-Pardon?
-Les livres.
-Ha. C'était très... instructif. J'ai appris pas mal de sorts aussi. Mais...
-Tire maintenant.
-... je n'arrive pas à les lancer...
-Pourquoi cela?
-Je ne sais pas. C'est comme à l'entraînement. Je sens que ça vient, mais rien n'y fait.
Rirjk s'arrêta un moment et regarda son disciple.
-C'est un problème. Il faudra bien que nous y remédions.
Samyël acquiesça mais, étrangement, au fond de lui il se doutait que se ne serait pas possible...
-Je suis appelé à Gontarion pour une affaire urgente, et Erika et Erik sont chez la vieille guérisseuse au Vallon, il semblerait qu'il ait prit froid. Enfin bref, je veux que tu t'occupes de la maison et du potager aujourd'hui. Je suis sûr que tu t'en sortiras très bien! A ce soir! N'oublie pas de préparer le repas surtout! Huhu!
-Maître, attendez!
Mais déjà Rirjk sautait sur le dos du cheval qui l'attendais et s'éloigner sur le sentier au galop. Samyël soupira mais se résigna.
Il commença par le potager, il fallait ramasser les légumes mûrs, déraciner les mauvaises herbes, arroser, retourner la terre... Il s'empara de la bêche en soupirant à nouveau. La journée risquait d'être longue...
Il finit son labeur tard dans l'après midi, Erika n'était toujours pas rentrée. Il rangea les outils dans la petite cabane prévue à cet effet. Il rentra ensuite en traînant les pieds, pensant à l'avance à ce qui l'attendais encore. Il s'assit un moment à la table, pour récupérer un peu. C'est alors que son regard fut attiré par le noir de la couverture d'un petit carnet, posé sur le manteau de la cheminé. Le mystérieux carnet venu du Continent, que son maître lui avait interdit de toucher. Il n'y fit pas attention mais commença à balayer l'intérieur de la maison.
Alors qu'il faisait les poussières sur la cheminé, il fit tombé le carnet par terre, qui s'ouvrit sur la première page. Samyël se baissa pour le ramasser mais il se stoppa lorsqu'il lu le seul mot inscrit à l'encre rouge sur la page.
"Démonologie"
Une certaine excitation s'empara de lui à cette lecture, doublée d'une peur insidieuse qu'il ne s'expliquait pas. Il ne savait même pas ce que cela voulait dire. ¨Passant outre l'interdiction de son maître, il s'en empara et s'installa sur la table. Il tourna la page d'une main hésitante. Des centaines de runes écrites en rouge s'alignèrent sous ses yeux. Les battements de son coeurs s'accélérèrent sans raison. Sans vraiment savoir pourquoi, il se mit à les lire à haute voix. Un grand froid s'empara de lui et il eu l'impression que des serres s'étaient refermées sur son coeur. Mais il continuait à lire d'une voix tremblante, comme hypnotisé. Il entendit alors des chuchotements autours de lui. Des voix sépulcrales qui répétaient de façon angoissante tout ce qu'il lisait. Ses mains commencèrent à trembler.
Et soudain, il sut qu'il n'était plus seul dans la maison.  
Il releva vivement la tête, et renversa sa chaise en hurlant. Là, dans l'ombre devant lui, une forme sombre était tapie, dont il ne distinguait que deux yeux ronds et jaunes, sans pupilles, qui ne cillaient jamais. Ils étaient fixés sur lui. Des yeux inquiétants, inhumains. Il se dégageait de la "chose" une aura d'angoisse, accentuée par la nuit tombante. Sans s'en rendre compte, il avait dû lire le carnet au moins trois bonnes heures.
Mais qu'avait-il fait?  
Pendant un instant, le temps sembla figé. Un des derniers rayons du soleil couchant traversa l'unique fenêtre de la maison. Lorsqu'il révéla la créature cachée dans l'ombre, l'estomac de Samyël se retourna et son coeur se figea.
"Dieux, je vais mourir", pensa-t-il instantanément.
La gueule du monstre s'écarta de façon grotesque, révélant un sourire démoniaque. Lorsque la pièce se retrouva plongée dans la pénombre, il commença à se mouvoir; semblant glisser sur le sol, épousant les formes des obstacles pour les franchir. Les pupilles dilatées par la peur de Samyël suivaient chacun de ses mouvements, comme si ça vie en dépendait. Ce qui était sûrement le cas. Des paroles commencèrent alors à emplirent son crâne; des mots dits dans une langue qu'il ne connaissait pas, aux accents gutturaux et sauvages. Et lorsque ces voix éclatèrent de rire, quelque chose dans son esprit céda. Son corps se relâcha et il sentit son pantalon s'humidifier. Il commença à rire nerveusement, comme un dément, tandis que ses yeux n'étaient plus que deux petits points verts entourés de blanc nervuré de rouge.
Une langue longue, pointue et baveuse vint lui lécher la joue et dans les yeux jaunes, à quelques centimètres de son visage, il vit le reflet de sa propre mort. Cela le révolta. Il sentit naître en lui un sentiment alimenté par la peur: l'envie de vivre. Son regard se posa sur la porte, à quelques pas de lui. Mais aurait-il le temps d'y parvenir?
"Vas-y", firent les voix dans son esprit.
Sans se poser de question, Samyël leur obéit. Il se releva précipitamment, et se jeta sur la porte, qu'il ouvrit brusquement. L'air frais de la nuit lui sauta au visage. Il se mit à courir comme un fou, rythmant sa course sur les battements de son coeur. Des éclats de rires démoniaques lui parvinrent, et en jetant un rapide coup d'oeil derrière lui, il vit que la chose le poursuivait, son sourire ignoble ne le quittant pas. Elle agitait sa grande langue dans tous les sens, produisant une vision de cauchemar. Samyël s'enfonça dans la forêt sans réfléchir. Instinctivement, il avait cru qu'elle lui fournirait un quelconque secours. Mais le monstre gagnait toujours du terrain, sautant d'arbre en arbre avec l'agilité d'un singe.
Soudain, Samyël se stoppa net.
Devant lui, l'étendue infinie et noire de l'océan. La falaise. Il s'était piégé lui même.
Il n'eu pas le temps d'y réfléchir davantage car les serres du monstres se refermèrent sur ses épaules, déchirant les chairs et s'enfonçant profondément. Il hurla en s'effondrant en avant. Il eu le souffle coupé lorsque la créature atterrit sur son dos. Elle riait. Elle riait aux éclats. Elle se délectait de la peur et de la souffrance de sa proie. D'une geste rapide et violent, elle le retourna sur le dos et sa langue vint de nouveau lui lécher le visage. Son sourire atroce démontrait une joie sauvage à l'idée de tuer. Elle leva l'une de ses serres et d'un mouvement vif et précis, trancha dans la chair. Samyël hurla de plus belle, la douleur ayant atteint son paroxysme. Il sentait son sang quitter son corps et former une flaque sous lui. Il voulut se débattre mais la créature était trop forte. Elle commença à lui labourer le torse, envoyant de petits bouts de chair et du sang dans les air. De l'écume rouge se forma dans la bouche du jeune homme, et ses yeux se révulsèrent. Il sentait sa fin venir. Il eu soudainement envie de dormir. Fermer les yeux, et échapper au cauchemar...
C'est alors qu'un rayon  de lumière blanche jaillit de la forêt et vint percuter le monstre. Celui hurla et partit rouler un peu plus loin. Rirjk émergea de l'ombre. Son regard était plus noir encore que la nuit et ses traits faisaient transparaître une colère sans bornes. Alors que la créature se relevait, son sourire envolé, le mage prit une pincée d'une poudre violette dans une des bourses suspendues à  sa ceinture. Il la jeta dans les airs et incanta rapidement. Dans un hurlement de rage, le monstre se précipita sur lui. Rirjk tendit le bras vers lui en terminant d'incanter. Une explosion de lumière secoua la falaise. Samyël ferma les yeux pour s'en protéger. Lorsqu'il les rouvrit il vit son maître balancer le corps calciné de la chose dans la mer avec son pied.
Ensuite, il se retourna vers son apprenti. Et son regard le cloua sur place.
-Maître, je...
Rirjk le prit par le col, et le releva d'un geste brusque. Les pieds à quelques centimètres du sol, Samyël regarda son maître avec un regard apeuré. Le poing de Rirjk s'abattit sur le visage du jeune homme en craquant, le renvoyant à terre. Samyël haleta sous le coup de la douleur générée par ses multiples blessures.
-Considère ça comme une leçon, dit Rirjk en tournant les talons.
Samyël ferma les yeux, en gardant l'image des bottes de son maître s'éloignant de lui...
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Prince du Crépuscule le samedi 01 septembre 2007, 17:57:32
Surprise, surprise, je viens commenter ta fiction! Original n'est-ce pas? ^^

Pour commencer dans la bonne humeur : Great Magician Samyël, si tu ne réponds pas à mes commentaires, je ne vois pas pourquoi j'en ferai, moi! Tout ce temps à tapper réduit à néant, je vous jure... Je suis vexé! ><' Non, je plaisante bien entendu, je continuerai à t'encourager et à te dire ce qui m'a plu en détail, et éventuellement à souligner certains aspects qui m'ont gêné pour t'aider, même si sur ce dernier point, je n'ai pas grand chose à redire. ;)

J'éprouve toujours autant cette soif intarrisissable de suite quand je finis de lire tes écrits, c'est rageant de ne pouvoir poursuivre cette belle épopée, palpitante au possible! Mais faire attendre les lecteurs est une bonne chose, je ne dis pas le contraire, surtout quand on ressent enfin la joie de pouvoir poursuivre l'aventure aux côtés de Samyël et de son maître Rirjk. ^^
Alors, d'une part j'ai beaucoup aimé la façon introductive dont tu as commencé ce chapitre (le treizième déjà, ça passe vite! Mine de rien, ça avance, ça avance. :) ) avec ces extraits des différents livres traitant des différentes magies, tu les a excellemment découpés et présentés, en essayant de varier les styles pour que ça paraisse plus réaliste. Moi, je te l'avoue, c'est le genre de choses auxquelles je ne penserai jamais (je leur préfère de longs poèmes laborieux et décousus que je ne sais pourquoi je continue à écrire, d'ailleurs... -_-"), et j'ai apprécié. ça ne donne qu'une dimension plus réelle à ton texte, ce genre de détail compte beaucoup pour la vraissemblance et l'apparence de maîtrise de l'auteur, également (et surtout même) que pour l'immersion totale du lecteur, fasciné par tant de travail et la minutie ingénieuse, l'inventivité de l'écrivain. D'ailleurs comme je l'avais déjà dit il y a plusieurs mois, les différentes magies et les notions auxquelles elles s'appliquent sont très intéressantes, cette nouveauté concernant cet "art" maintes fois revisité est véritablement la bienvenue. ^^

Ah! Le thème de l'interdit, de la frustration et de l'apprenti qui brise l'interdiction et les secrets auxquels ils se rapportent, c'est vieux comme le monde ça! Mais toujours aussi plaisant par contre. ça fera peut-être un peu cliché, et même si on le sentait dès le chapitre précédent que Samyël allait braver les ordres du sage Rirjk, j'aime toujours autant. Encore une fois, ça n'apportera que des catastrophes, heureusement réparées et justement sanctionnées (même si c'est un peu cruel, mais il nous faut notre dose! ;) ). Les ambiances sombres et oppressantes, faire évoluer tes personnages dans une atmosphère et des circonstances particulièrement angoissantes, terrifiantes même, te sied décidément très bien, GMS, je te félicite pour ces descriptions émotionnelles en même temps que très mouvementées. J'ai adoré! Le thème du doute, de l'oscillation de la vie et de la mort, la fuite, le danger qui vous rattrappe, une notion inconnue qui vous séduit, vous hypnotise, à lauqelle vous vous frottez et qui va se révéler (presque en l'occurence, par le miraculeux sauvetage de son maître) fatale pour le curieux (comme pour La Fouine précédemment d'ailleurs ^^), les scènes de cauchemards, d'abord figées puis rapides et mortelles, tu as merveilleusement combiné tout cela, par ton style et des termes bien choisis. :)

Qu'ajouter à cela? ça sent le roussi pour notre cher mage aux cheveux écarlates, il va se prendre une bonne fessée de la part de Rirjk, et amplement méritée, je le sens!  Bon, je crois que je t'ai assez retenu comme ça, moi qui croyait que l'inspiration ne me viendrait vraiment pas pour un commentaire aujourd'hui, comme quoi... ^^' Bonne continuation, Great Magician Samyël, continue de nous émerveiller comme ça! :niais:
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le vendredi 07 septembre 2007, 19:11:01
Plop ami(s? :niak:) lecteur(s? again :niak:)! Tout d'abords, bonne rentré! ^o^
Voilà pour le sujet qui fache! =D
Enfin, malgré ces sombres jours qui s'annoncent, le Magicien reste fidèle au poste, et c'est donc avec joie que je vous délivre votre chapitre Hebdomadaire =D Enjoy it!
Je tiens également à m'excuser pour vous avoir induit en erreur (enfin, pas moi, la Kuvett V_v), car le précédent chapitre n'était pas le 13, mais bien le 12 ='D (Oui, comme tu me l'avais dit, PdC, mais il est bien connu que les Kuvett sont butées en plus de ne pas etre matheuses... V_v" [/excuse pitoyable])

PdC==> Que dire, que dire face à ce commentaire :niais: J'en veux des pareils tout le temps :niais: Oui, j'avoue, j'aime écrire ce genre de scène glauque, c'est presque comme un pêcher mignon ^^" Pour ce qui est du cliché vieux comme le monde "interdit==>bravage==>juste retour des choses" je suis d'accord, mais d'un autre côté, tellement d'idées ont déjà étaient utilisées que c'est parfois difficile de faire que de l'original, d'où ce léger cliché hukhuk^^

Enfin bref, trêve de parlote, place au récit! Bon chapitre 13, le vrai, cette fois ; )


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Chapitre 13 : Maître...


-Erika! Dis à Rirjk que j'ai ramené le bois.
Samyël déposa son fardeau à côté de la porte, et attendit une réponse.
-Erika?
Il poussa le battant du pied et jeta un rapide coup d'oeil à l'intérieur. Personne. Sans savoir pourquoi, il eu soudainement un affreux pressentiment. Il regarda tout autours de lui, mais nulles traces de son maître et de sa famille. Tout était calme. Peut être trop. Même les oiseaux ne chantaient pas.
Il mit ses mains en porte-voix:
-Maîiitre! Erriika!
L'écho de sa voix se répercuta un instant, mais toujours aucune réponse. Il rentra de nouveau à l'intérieur, pour vérifier qu'ils n'avaient pas laissé un mot à son attention. Mais aucune trace de parchemin. C'est alors qu'il remarqua que le repas était encore sur le feu, en pleine préparation. Et ça ne ressemblait pas à Erika de partir sans l'avoir finit.
Quelque chose avait été jeté dans le foyer. Samyël saisit la pince et l'en extraya. Le carnet noir. Le carnet maudit. Le coeur du jeune garçon se glaça et il le jeta loin de lui avec répugnance. En même temps, si Rirjk l'avait mis là, c'est qu'il avait eu besoin de le cacher précipitamment.  Une peur insidieuse coula dans ses veines comme un poison sournois. En regardant bien, il remarqua que tous les ingrédients magiques de son maître avaient disparus: les poudres, les herbes, et les éléments divers. La couverture du petit Erik manquait à l'appel elle aussi. Dans l'esprit de Samyël c'était à présent clair, quelque chose ne tournait pas rond. Immanquablement, son cerveau fit le rapprochement avec les événements survenus six ans auparavant. Quand son grand père avait été...
Il ressortit en vitesse, faisant tomber la pile de petit bois au passage. Sans réfléchir, il se lança comme un dément sur le sentier, courant aussi vite qu'il le pouvait. Il distingua loin en contrebas, Gontarion, et le grand navire aux voiles blanches qui y était amarré. Maintenant il en était sûr, c'était de ce bateau qu'avaient débarqués les assassins d'Henry, six ans en arrière. Et maintenant ils venaient lui prendre son maître...
-Riiirjk!!! Eriikkaa!!
Il traversa la Dent sous les regards étonnés des villageois. Eux ne semblaient n'avoir rien remarqué. C'était possible, si les assassins étaient passés par la forêt.
Toute peur envolée, Samyël ne pensait plus qu'à une chose. Sauver Rijrk, et Erika, et Erik. Sauver sa dernière famille. Tout ce qu'il lui restait.
Ses cheveux flottaient derrière lui, formant comme une traînée de feu, lui conférant. , une allure éthérée. Il coupa par les bois pour gagner du temps. Sans prêter la moindre attention aux branches et autres buissons qui lui écorchaient le visage, les mains et les jambes au passage. Il se retrouva bientôt de nouveau sur le sentier. Il sentait l'air quitter ses poumons, ses gestes devenant de plus en plus en difficiles. Il maudit sa faiblesse et puisa dans ses réserves pour continuer. Déjà il apercevait les masures de Vallon Brumeux.
C'est alors qu'une forme sombre jaillit des fourrées en bordure du  chemin et se jeta sur lui. L'impacte lui coupa le souffle et les envoya tous deux au sol, où ils roulèrent dans la poussière.
C'était Lex.
Il se positionna sur Samyël et lui attrapa les poignets pour l'immobiliser.
-Lex? Mais qu'est-ce que tu fais?!, criait Samyël en se débattant. Rirjk! Ils l'ont pris! Ils vont le tuer! Il faut aller le sauver!
-Et comment tu feras?, lui répondit le vieil homme sur le même temps. Hein? Allez, dis moi comment tu ferais pour t'en tirer contre tous ces soldats bien entraînés et armés? Tu aurais le temps de tous les tuer avec ton arc avant de te faire prendre à ton tour, pour rien au final? Où alors tu veux les combattre avec ton épée peut être? Celle dont tu ne sais même pas te servir? Non, je sais, tu vas tous les faire frire avec une boule de feu c'est ça? J'ai raison? Oublis les, ils sont déjà morts.
-Ferme là!
Samyël propulsa son genou dans l'abdomen de Lex, qui le lâcha en grognant. L'apprenti magicien en profita pour lui assener un coup de poing qui le renvoya au sol. Ainsi ils inversèrent leur position et Samyël se retrouva sur lui.
-Qu'est-ce que t'en sais? Hein?! Dis!!
Le jeune garçon hurlait, ses yeux devenus fous scrutant les lèvres de Lex en attendant une réponse. Ses poings s'écrasaient à intervalle régulier sur le visage du vieil homme qui encaissait sans pouvoir riposter.
-Tu mens! Ils ne sont pas morts! Je vais les sauver, je vais les sauver je te dis!
Les jointures de ses doigts craquèrent et du sang commença à maculer ses articulations blanchies. Il haletait, en proie à une douleur horrible. Ses récentes blessures s'étaient rouvertes suite à ses mouvements brusques, et ses bandages étaient souillés d'hémoglobine. Ses coups se firent plus lents et plus mous.
-Tu mens... Ils ne sont pas morts. Pas morts. Pas morts... Pas eux... Ce n'est pas possible, c'est un cauchemar. Je vais me réveiller.
Lex, la mâchoire brisée, le nez cassé, les lèvres explosées, sentit des larmes s'écraser sur son visage meurtri.
-Ce n'est qu'une farce, une immonde farce. Ils vont revenir, et puis on mangera, on racontera des histoires. Héhéhé. J'ai raison, n'est-ce pas?
Le vieil homme ferma les yeux, et pris le jeune garçon dans ses bras. Il se fit violence pour pouvoir murmurer  quelque chose.
"Sois fort, petit"
Samyël rejeta la tête en arrière, et hurla de toute son âme, tandis que des flots de larmes amers se répandaient sur son visage. Lex lui prit la main, et la guida vers l'une de ses poches. Les doigts de Samyël se refermèrent sur du papier. Il l'en extirpa de là et parcourut le document des yeux. Il reconnu l'écriture soignée de Rirjk. Il la lut tout en sanglotant, puis, une fois qu'il l'eu finit, il hurla de nouveau en la déchirant.  

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J'en profite pour vous prevenir qu'il me sera à présent difficile de tenir mon délai d'un chapitre/semaine dû d'un côté à la reprise, et de l'autre par mon engagement auprès de DH (allez y faire un tour d'ailleurs, c'est le Bien °3°)
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le lundi 01 octobre 2007, 19:18:30
Je profite du bide monumental provoqué par le dernier chapitre pour embrayer sur la première partie du suivant (qui fait tout de même 4,5 pages Works :niak:).

Pas de comm'= pas  de réponses à donner, donc pas de blabla cette fois-ci, place à la lecture.


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Chapitre 14 :  Mon nom est Zackary, je suis magicien. (Première Partie)


"Samyël,
si tu lis ces mots, c'est que je suis mort, où que l'on m'a emmené. Quoi qu'il en soit, voici ma dernière volonté:
Oublie nous.
Cela vaudra mieux pour toi, comme pour tous les autres. C'est mon dernier ordre, en tant que ton maître. Je sais que nous n'étions plus en très bons termes, après l'incident de la semaine dernière. Je veux que tu saches que j'en suis désolé. J'aurais voulu m'excuser, trouver ton pardon, mais ma foutue fierté m'en a empêché. Tous les mages sont comme cela, têtus et trop fiers. Ne devient pas comme nous autres. Quoi qu'il en soit, l'encre de mes mots m'aidera à exprimer ce que j'ai toujours voulu te dire depuis ce fameux jour, il y a six ans. Alors je le fais aujourd'hui. C'est peu être lâche, mais je m'en fiche, ça n'a plus d'importance désormais.
Pardonne-moi, pour tout.
J'ai essayé de prendre la relève de ton grand père au mieux de ce que je pouvais. J'espère avoir réussi, en partie du moins. Je ne sais pas si Erika et Erik auront disparus lorsque tu recevras cette lettre; cela me fait une drôle d'impression décrire cela, alors que je les regarde dormir, juste derrière moi; mais si cela devait arriver, j'aimerais que tu ériges une stèle à leur mémoire. Pas pour moi, je n'en mérite pas. Je suis probablement déjà parti en Enfer. J'ai fais beaucoup de choses dans ma vie, et j'en regrette plus de la moitié. J'aurais aimé te raconter mon histoire, même si elle n'est pas toute rose, mais quelqu'un d'autre devra s'en charger à ma place."


L'aube rougeoyante nimbait son visage d'ombres vermeilles, et faisaient flamboyer ses cheveux. Une douce brise parcourait Solanéa en murmurant doucement, veillant sur l'île qui s'éveillait petit à petit. Quelques oiseaux matinaux commençaient déjà leurs vocalises, à l'ombre bienveillante des vieux sapins, qui écoutaient attentivement, leurs racines aussi vieilles que le Continent lui même vibrant d'un plaisir lyrique.
Un papillon se posa sur sa main, et il le regarda un instant. C'était un bel insecte, avec de magnifiques ailes jaunes et blanches. Le lépidoptère remua un instant, puis reprit son envol, planant dans le vent en pilote aguerri.
Il observa son balai aérien un moment, puis reporta son attention vers le lointain, son regard englobant la totalité de cette vieille île si chère à son coeur. Il apercevait au loin les fumées blanches des fours à pains, qui montaient en panaches virevoltants dans l'air du matin. A Gontarion, l'activité avait déjà commencé, et des hommes s'affairaient à charger et décharger des bateaux, à réparer une voile, un trou dans une coque. Insouciants et souriants à la vie. A l'est, l'Océan se parait de couleurs chaudes et miroitantes, baignant l'horizon d'un halo flamboyant.

"Il y a beaucoup de choses que je n'ai pas pu t'enseigner. Mais d'autres le feront à ma place. Du moins, si l'étude des Arts t'intéresse toujours. La Citadelle Blanche, à Arendia, t'accueillera et te protégera. La magie ne doit pas disparaître; et en tant qu'un des derniers pratiquants, tu te dois de transmettre ton savoir aux générations suivantes. L'Archimage et les Maîtres Mages te formeront; j'ai confiance en toi, tu deviendras un grand mage.
N'écoute pas ce que les faibles d'esprits pourront te dire. Les Arts ne sont pas un des outils du Mal. C'est une force bénéfique, qui doit aider le peuple, et non le détruire. A cause de ton pouvoir, les gens te craindront sûrement. N'emploie pas tes sorts pour leur donner raison. N'emploie pas ta magie à faire le mal, à détruire ou à blesser. Utilise la plutôt, pour aider les personnes autour de toi, fais en une alliée de la Justice et du Bien. C'est un don des dieux. Pas une malédiction.  
Malheureusement, nous vivons une époque où être magicien est synonyme de mort. Ne montre jamais tes pouvoirs lorsque cela n'est pas strictement nécessaire, et dans tous les cas, ne les utilise jamais contre quelqu'un. Cela influencerait d'avantage l'opinion publique.
Si tu décides de garder les livres que je t'ai offerts, sois prudents, ne les montre à personne en qui tu n'as pas une confiance absolue. Ou sinon, brûle les. Sauf le carnet. Non, le feu ne lui fera rien. Ses maléfices sont insensibles à la morsure du brasier. Enterre le plutôt, ou jette le dans l'Océan. Je ne suis plus là pour te guider, mais, surtout, quoi qu'il advienne, ne l'ouvre plus tant que tu n'auras pas les connaissances nécessaires pour le manier sans risques."


Samyël se leva, et passa son sac en bandoulière, et son arc et son carquois par dessus. Son épée pendait fièrement à son côté, battant ses hanches au rythme de sa marche. Il inspira une longue goulée d'air frais en fermant les yeux.
"Dieux, comme cette île va me manquer", réalisa-t-il soudainement.
Il rouvrit les paupières et se retourna. Il balaya l'intérieure de la maison de Rirjk une dernière fois, puis il referma la porte, tout doucement, avant de la sceller par un mot de pouvoir. Il y eu un léger déclique, et Samyël eu l'impression qu'une page de sa vie venait de se tourner, alors que se fermait cette porte.
Plus de larmes; plus de regrets; plus de chagrin. Seulement de la détermination, et l'envie de vivre. De vivre pleinement, d'en profiter.
La veille, il avait enterré les ouvrages de magie dans le petit potager que Rirjk aimait entretenir. Il n'avait pas pu se résoudre à les jeter en pâture au feu. Il avait du respect pour ces reliques d'un passé glorieux et oublié.
Il avait conservé le carnet. Enveloppé dans un linge épais et fourré au fond du sac. Mais même ainsi, il sentait les émanations démoniaques qui s'en dégageaient. Samyël avait pris le minimum, quelques affaires de rechange, ses bottes, un peu de nourriture, l'argent laissé par Rirjk et une couverture.

"Les gens qui m'ont emmené, ou tué, sont les mêmes que ceux qui ont tué ton grand père; même si tu as certainement dû t'en rendre compte. N'en conçoit pas de haine. La haine obscurcie la raison, et rend un homme malheureux. Je comprends que tu puisses êtres furieux peut être même désespéré. Mais ne cherche pas à te venger, car la vengeance entraîne la vengeance, c'est un cercle sans fin. Mais si jamais tu le souhaitais vraiment -et je ne pourrais t'en blâmer-, ne te venge pas pour moi, mais fais le plutôt pour Erika et mon fils, ainsi que ton grand père.
Ton grand père... C'était un grand homme. Maintenant que je ne puis craindre ton regard, j'ai envie de me libérer d'un fardeau qui pèse sur mon coeur et mon esprit depuis six ans. Ce jour, ils n'étaient pas venus pour Henry. Ils étaient venus pour moi, et moi seul. Ton grand père s'est sacrifié afin de me sauver la vie, et par la même celle de ma femme et de notre enfant.
J'espère que tu me pardonneras. Sincèrement.
Je vais clore cette lettre ici. Tu dois sans doutes te poser moult questions. Et je souhaite que tu en trouves les réponses.
J'ai dissimulé tout l'argent que j'ai pu amasser au cour de ses six dernières année, ainsi qu'une lettre de recommandation pour l'Archimage dans le creux du vieux pin, près de la marre.
Je t'ai aimé comme un fils, au même titre qu'Erik. J'aurais voulu que tu m'appelles "père", même si ça peut paraître égoïste. Je m'en fiche. Je suis enfin libéré de mes tourments. Je peux mourir en paix à présent.
A jamais,
Rirjk"


-Je pars Grand Père.
Samyël posa sa main sur la pierre tombale qui se dressait face à l'immensité de l'océan.
-Oui, je pars. Je quitte l'île, je vais sur le Continent. Comme toi, lorsque tu étais jeune. Tu m'as dis un jour que ton histoire serait la seule que je n'entendrais jamais. Tu te trompais. Je la trouverais. Oui, je la trouverais. Et j'écrirais une geste en ton honneur. Même si cela ne te plait pas.
Il rit doucement.
-Tu vas me manquer, Grand Père. Je ne sais pas quand je pourrais venir te voir à nouveau. Mais je le ferais. C'est une promesse. Ce n'est pas un adieu, juste un au revoir. Je vais écrire mon histoire sur les pages du livre qu'on appelle Destiné. Et je te la raconterais. Celle-là, tu ne la connais pas, hein?  (Un sourire) Je deviendrais un grand mage, et je protégerais tout les autres... Non, c'est faux. Je sais que je ne le peux pas. C'est un rêve. Mais c'est si bon de rêver; je crois que c'est la plus belle chose que tu m'aies enseigné... Merci. Et au revoir.
Samyël fit glisser ses doigt le long de la pierre lisse en une ultime caresse. Sa gorge se serra mais il ne pleura pas. Il se l'était promis.
A quelques centimètres à droite de la tombe d'Henry s'élevait un petit cairn de pierre solitaire, fait de pierres empilées. Samyël mit un genoux en terre face à lui, et adressa une prière silencieuse aux dieux, afin qu'ils veillent sur Erika et Erik durant leur voyage dans l'au delà.
Puis il se releva, remonta la bretelle de son sac sur l'épaule afin que celle-ci ne le gène pas, prit une grande inspiration et enfin s'engagea sur le sentier, qui le conduirait jusqu'à Gontarion, puis de là, sur le Continent. Il marchait d'un pas sûr et brave. Il ne regarda pas une seule fois en arrière. Il n'avait pas le temps pour avoir des regrets ou du chagrin. Il avait un but, il l'accomplirait. Ses pas le menèrent tout d'abords devant la ferme de la famille de Bill. Le jeune homme était assis sur sa souche, et mangeait un quignon de pain. Lorsque Samyël s'arrêta devant lui, il releva la tête, et tendit sa nourriture  vers son ami.
-Tiens, j'ai plus faim... T'as du courage. Partir pour le Continent... D'après ce qu'on raconte, c'est l'Enfer. Mais bon, si c'est ce que tu veux... Bon vent.
Samyël sourit, prit le pain avec reconnaissance et étreignit son ami, avant de reprendre la route, sans un mot. Il traversa pour la dernière fois la Dent d'Ours. Tout le monde dormait encore. C'était sans doute mieux ainsi. Il avait l'impression de s'éclipser comme un voleur. Il se sentait vaguement honteux. Mais le vieux Silex comprendrait. Et puis Rose... Rose était intelligente, elle aussi comprendrait. Une petite vie tranquille et heureuse l'attendait ici, sur l'île du Soleil. Elle se marierait, puis élèverait ses enfants...
Samyël se mordit la lèvre inférieure. Il n'aimait pas penser à cela car ça malmenait sa détermination. Il secoua la tête et se remit en route.

-Comment va-t-il?
La vieille guérisseuse le regarda d'un oeil morne, et haussa les épaules. Elle s'écarta de lui et sortie dehors, afin d'aller remplir sa bassine d'eau au puit.
Samyël s'approcha d'un pas hésitant du lit où gisait le pauvre Lex. Il se dandinait d'un pied sur l'autre, ne sachant trop que dire. C'était de sa faute s'il était dans cet état là, après tout...
-Lex? Tu... Tu m'entends?
Le pauvre homme respirait difficilement, une respiration sifflante et irrégulière. Il ne semblait pas s'apercevoir de la présence de Samyël
-Je... Je voulais m'excuser pour ce qui s'est passé. Je regrette sincèrement... Je voulais aussi te remercier. Pour tout ce que tu as fait pour moi. Je vais faire ce que me conseille Rirjk. Je vais aller sur le Continent; et je deviendrais un grand Mage. Je te le jure!
Le silence qui s'installa, à peine troublé par les mouvements respiratoire de Lex, mit Samyël mal à l'aise.  
-Je... Je vais te laisser, tu as besoin de repos. Adieu.
Samyël n'en était pas sûr, mais, en se retournant, il avait cru apercevoir un léger sourire sur les lèvres boursouflées de Lex.
Rongé par le remord pour ce qu'il avait infligé au vieil homme, Samyël sortit.
Lex mourut trois jours plus tard de ses blessures.

Une boule se forma dans la gorge de Samyël, et ses entrailles se nouèrent. Face à lui s'étendait l'infinité du Continent, sombre, angoissant, perdu dans les brumes, et pourtant, il ne se trouvait qu'à quelques kilomètres de sa position. Il se remémora toutes les histoires qu'il avait entendues sur ce sujet, souvent funestes et terrifiantes, et la peur qu'il inspirait à son Grand Père...
Samyël secoua la tête pour chasser ces sombres pensées. Il avait pris sa décision, c'est là qu'il se rendait. Il se fit soudainement la réflexion qu'il n'avait encore jamais été aussi loin de son village. Il se retourna, et admira quelque chose qu'il n'avait encore jamais vu, Solanéa s'élevant face à lui, et non s'abaissant pour lui délivrer une vue d'ensemble de l'île. Il leva le point vers les hauteurs, dans un geste symbolique.
Puis il pénétra dans Gontarion.  
Ses premières impressions furent déception  et émerveillement.
Déception, car le port n'était pas aussi grand que ce qu'il s'imaginait. Certes il faisait près du quadruple de la Dent mais une fois dedans, on se rendait vite compte que ce n'était pas si important que ça.
Émerveillement aussi, car malgré cela, c'était un endroit bondé de gens, de bruit, d'odeurs d'iode, d'alcool, d'épices,  du cri des mouettes et de la mer.
Samyël se faisait bousculer, écarter, piétiner parfois, mais il s'en fichait. Il était grisé par la foule, et même dans ses rêves les plus fous il n'avait jamais imaginé autant de gens réunis au même endroit.
"Et je ne suis même pas sur le Continent!", pensa-t-il avec un frisson d'excitation.
Mais sa joie fut rapidement douchée lorsque deux hommes en armes, portant des tabards rouges s'approchèrent de lui et le saisirent par les épaules.  
-C'est lui?, fit le plus petit, un homme d'un certain âge portant une petite moustache gominée.
-Aucun doute, répondit l'autre, les cheveux rouges et les yeux verts. Comme il a dit.
-Mais lâchez moi!, s'exclama l'apprenti magicien en se débattant. Qui êtes vous, qu'est-ce que vous me voulez?
Ses "agresseurs" le soulevèrent du sol et commencèrent à marcher vers la sortie du port, parallèlement à la mer. Ils avançaient d'un pas tranquille et lent, comme si rien ne les pressait.
-Le seigneur Expédition désirerait vous parler, c'est pourquoi vous êtes invité dans sa demeure.
-Expédition? Qui est-ce? Je ne le connais pas!
-Certes. Il est vrai que vous venez de loin, si je puis dire. N"ayez aucune crainte, il ne vous veut aucun mal. Il souhaite juste discuter.
-Dans ce cas lâchez moi! Je crois que je suis encore capable de faire aller mes jambes moi même!
-Mille excuses.
Les deux soldats le lâchèrent et ce fut donc sous escorte que Samyël se rendit au manoir Expédition, une bâtisse de pierre, la seule de l'île, haute de deux étages mais de superficie moyenne, située un peu à l'écart de Gontarion, sur une petite colline surplombant la Mer.
-Je... Je ne savais pas que des demeures en pierre existaient. Et puis elle est si grande..., souffla Samyël avec un air admiratif.
-Vous vous y habituerais, j'en suis sûr, répondit le vieux soldat.
Ce dernier s'avança et frappa deux coups à la lourde porte de bois massif. Ils attendirent quelques instants, puis elle s'ouvrit en grand, révélant un vieil homme qui semblait les attendre sur le pas de la porte.
-Marco, ce jeune garçon est la personne que sa Seigneurerie attend.
Le dénommé Marco posa ses yeux d'aigle sur Samyël, qui le jugèrent sur place, l'examinant, le détaillant, ce qui gêna profondément le jeune homme, car en comparaison avec le luxe des habits de Marco, il semblait sortir d'un ravin crotté. Cependant, le majordome plissa le nez, mais s'écarta pour les laisser entrer. Le deuxième soldat fit signe à Samyël d'avancer, ce qu'il fit assez timidement. Ils se trouvaient dans un petit hall, sobrement mais habilement décoré de tapisseries, de portraits et de fleurs.
-Venez, fit Marco avec un claquement sec de la langue, je vous montre le chemin.
Samyël acquiesça et s'engagea à la suite du serviteur. Ils grimpèrent un escalier qui s'enroulait doucement sur lui même, franchirent deux couloirs puis Marco s'arrêta devant une porte dénuée d'ornement. Il frappa doucement.
-Qu'y a-t-il?, répondit une voix lourde et profonde de l'autre côté du battant.
-Il est là, mon Seigneur.
-Parfait, faites le entrer, et laissez nous.
Marco fit un petit signe de tête vers Samyël et ouvrit la porte. L'apprenti magicien s'avança dans la pièce, un petit cabinet meublé avec goût, et avec, sur le mur de droite, une large fenêtre donnant sur la mer qui laissait entrer un flot de soleil.
Un homme, qui semblait avoir la trentaine, mais dont la sagesse qui brillait dans son regard donnait beaucoup plus, était assis face à lui, derrière un bureau en bois. Il rédigeait une lettre, des lorgnons sur les yeux. Lorsqu'il l'eu finit, il se relut puis plia le parchemin avant de le sceller en y appliquant son sceau -Un Lion. Puis il se laissa aller en arrière sur son siège, en jouant avec sa moustache.
-Tu es Samyël n'est-ce pas?
-Que... Comment connaissez vous mon nom?
L'homme se leva, puis se dirigea vers la fenêtre.
-Rirjk m'a beaucoup parlé de toi.
-Mon maître? Vous connaissiez mon maître?
-Oui. Il soignait ma maisonnée, mais c'était avant tout un ami. Je suis désolé pour ce qui est arrivé...
Samyël baissa les yeux, préférant ne pas ressasser ces souvenirs encore trop vifs en lui. Quand il les releva, il remarqua que son interlocuteur serrait les poings fortement.
-Je n'ai rien pu faire. Ils étaient trop nombreux...
-De... De quoi parlez-vous?
-Ces hommes... Ces démons, ils étaient au courant pour Rirjk. Je ne sais pas comment ils ont appris qu'il était toujours en vie. Ils ont débarqué ici un beau matin. Ils m'ont demandé où il vivait.
-Et vous... vous le leur avait dit?, murmura Samyël, abasourdi.
-Oui. Je n'avais pas le choix. Ils étaient environ trois cents, armés et bien entraînés. Résister n'aurait servi à rien si ce n'est faire couler plus de sang que nécessaire. J'ai n'ai pu obtenir d'eux que deux choses, qu'ils accomplissent leur besogne vite, discrètement, et loin de mon île.
-Vous... Vous l'avez vendu!, s'exclama le jeune garçon en serrant les poings à son tour, de colère.
Le seigneur Expédition se tourna vers lui.
-Crois ce que tu veux. J'ai fait ce qu'il fallait, j'ai fait ce qu'il aurait voulu que je fasse. Et tu le sais tout aussi bien que moi. Trois vies ont été prises, beaucoup plus auraient pu connaître le même sort si j'avais tenté de résister. Mais je ne t'ai pas fait venir pour parler de ce tragique événement.
Il retourna s'asseoir derrière son bureau et posa ses lorgnons.
-Je suppose qu'à présent tu vas partir pour le Continent?
Samyël tremblait; mais il n'aurait su dire si c'était de rage, de dépit ou de tristesse. Il ne voulait pas parler, mais quelque chose dans l'attitude de cet homme l'y incitait.
-Oui, c'est exact.
-Bien, je ne te retiendrais pas. Je te comprends, je crois que j'aurais fait pareil si je m'étais retrouvé à ta place. Que vas-tu faire?
-Je... Je me rends à la Citadelle Blanche, pour poursuivre mes études de magie.
-Rirjk avait de bons espoirs pour toi. Il disait que tu serais sûrement amené à jouer un rôle déterminant dans la guerre qui déchire le Continent.
-Pourquoi disait-il cela?
-Je ne sais pas. Personnellement, je ne te le souhaite pas. La guerre est quelque chose d'horrible, et je parle d'expérience. Elle ne devrait pas exister. Surtout, tu devras te montrer très prudent. Tu es probablement le dernier possesseur de magie en dehors de la Citadelle. Si cela venait à se savoir, sois certain que tu aurais le monde entier à tes trousses, tant que tu n'auras pas atteint Arendia.
-Je sais tout cela.
-Fort bien, cela nous fera gagner du temps. Rirjk disait que l'un de tes rêves était de devenir chevalier à la cour.
Samyël baissa les yeux de nouveau, ne sachant trop sur quel pied danser.
-A vrai dire, je ne sais plus. Je ne sais plus où j'en suis.
-Je vois..., répondit Ferdinand en se caressant la moustache. Quoi qu'il en soit, si tu devait être amené à rencontrer le Roi, remet lui ceci de ma part.
Le Roi de Solanéa prit alors la lettre qu'il rédigeait quelques instants plus tôt et la tendit vers Samyël. Ce dernier s'en saisit avec révérence, et la plaça délicatement dans son sac.
-Tu as une belle épée.
-Merci.
-Sais-tu t'en servir?
-Malheureusement non.
-Dans ce cas tu devrais apprendre. Parfois, une bonne lame est plus efficace qu'un tour de magie, crois moi.
-Je suivrais votre conseil.
Ferdinand sourit, la première fois depuis qu'ils discutaient.
-Le bateau pour le Continent ne va pas tarder à partir. Tu devrais te dépêcher. En sortant, Marco te remettra une bourse qui contient de quoi payer ton passage. Garde le reste, il te serra utile plus tard. Non, pas besoin de me remercier. C'est un minimum pour réparer ma faute.
Ferdinand se leva alors de son siège, et s'inclina légèrement en avant.
-Jeune Maître Samyël, ce fut un plaisir de vous rencontrer. Je caresse l'idée que lors de notre prochaine rencontre, nous parlerons d'égale à égale.
Samyël fit la révérence, mais ne comprit pas le sens des dernières paroles du seigneur Expédition Il s'apprêtait à sortir de la pièce lorsque Ferdinand le rappela.
-Il y a une dernière chose que je dois te dire. L'homme qui a tué ton grand père, ainsi que Rirjk et sa famille... Il s'appelle Eratius.
"Eratius"
Ce nom se grava en lettres capitales rouges dans l'esprit de Samyël. Une lueur étrange passa dans son regard, mais il ne se retourna pas et quitta la salle en fermant derrière lui.
Marco l'attendait effectivement, un plateau d'argent dans les mains où reposait une petite bourse de cuir.
-Si monsieur veut se donner la peine...
Le jeune homme s'empara de la bourse, salua le vieux majordome d'un signe de tête, puis s'engagea dans l'escalier et sortit du manoir.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Nehëmah le lundi 01 octobre 2007, 20:05:48
Ah, je t'avais bien dit que c'est au moment où l'on s'y attend le moins que j'apparais :niak:

Quatre chapitres d'un coup donc, de longueurs plutôt inégales. On constate que l'histoire prend une fois de plus un nouveau tournant. C'est la fin d'une période et le début d'une autre. Que dire de plus ? On meurt d'envie de lire la suite, l'action est bien préparée, et la personnalité du magicien apprenti se façonne progressivement, avec la complicité du lecteur.
Les premières amours, les interdits, l'apprentissage et le développement physique sont autant de thèmes propres à l'adolescence qui sont bien retranscrits.
Bref, je suis franchement crevé et j'ai la flemme de commenter quatre chapitres à la fois, donc je m'arrête là en espérant que ça te motive xD
Vivement le nouveau chapitre !
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Prince du Crépuscule le mercredi 03 octobre 2007, 20:48:47
Eh bien, chose promise chose dûe, d'autant que j'en ai très envie! Tu as donc droit à un commentaire de ma part, dès à présent. ^^

La première chose que je dois de te dire, c'est que l'émotion des ces deux derniers chapitres (le premier étant trop court pour que je le commente, je l'ai relu dans la foulée ^^) m'a littéralement transoprtée, d'abord par la fureur de Samyël, fou d'une amère colère causée par la perte de Rirjk, frappant à s'en faire saigner le vieil hoimme qui l'empêche d'aller à la rencontre de son très cher maître. Que c'est triste, Rirjk me manquera tellement! Tu connais ma sensibilité, et tu ne sais à quel point je le suis pour ce genre de scène, pour des adieux déchirants, ça me fait toujours un grand effet, à la fois grandiose et mélancolique, c'est si évocateur! Du moins s'il ne s'en sort pas, on ne sait jamais, je garde dans l'espoir de revoir ce vieux têtu au fil de ton fabuleux cycle, ce serait bien dommage de le perdre maintenant, même si ça signe une rupture complète du début de l'aventure et lance enfin Samyël vers de nouveaux horizons, encore plus sombres et dangereux! :)

Aussi l'idée de la longue et triste lettre de Rirjk entrecoupée de belles descriptions m'a littéralement ravi. Tu t'es beaucoup amélioré dans ce domaine, et comme j'adore ça, tu me vois tout content et émerveillé du résultat. Les évocations à la nature m'ont particulièrement plu, tu sais y faire cher Mage Vermeil pour susciter mon admiration et arrêter chez moi une émotion vibrante! :niais:
En tout cas, le petit Samyël grandit à vue d'oeil et évolue de manière très intéressante. Les thèmes du pardon posthume de son maître, de ses dernières recommandations pressées par la mort qui vient le saisir et des adieux à sa chère île de Solanéa sont vraiment bien retranscrites. Tout fuit et se meurt sur la terre paisible de son enfance, entre Lex qui meurt, sa dernière famille qui le quitte à tout jamais, l'ultime lettre mélancolique de son bien aimé maître, et enfin la confrontation dernière avec le Roi, très intéressante par ailleurs. J'aime, j'aime et j'aime! Voilà qui résumerais bien ce que je ressens sans m'étendre sur une page tout entière (même si c'est déjà fait je le crains :) ) et sans me dissiper trop et t'assommer avec un long commentaire emphatique.

Le destin de Samyël est en marche, j'ai tellement hâte de poursuivre l'aventure à ses côtés sur le Continent! Continue à me ravir toujours autant GMS, je te suis déjà tout dévoué! Parachève ce magnifique cycle que j'aime de la plus belle des façons, par ta plume que j'affectionne tant! Voilà tout ce que je souhaite pour l'avenir, et ce sera déjà beaucoup m'accorder. :<3:
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le dimanche 14 octobre 2007, 12:38:58
Hohoho, je suis de retour! :niak:

Bon, tout d'abords, je vous donne une bonne occasion de relire l'ensemble du Cycle, étant donné que toute l'histoire, depuis le premier chapitre (Dieu, ça commence à remonter!) jusqu'à maintenant a subit un gros lifting orthographique! Bon, il doit surement en rester pas mal, mais une très très grosse partie, essentiellement des fautes de frappes, d'inattentions, ou simplement de pure connerie de ma part a été corrigée! :niak:

Voilà! Je pense que ça lui a fait du bien à ce cher Cycle ^^ Tout cela pour fêter ses 50 pages word! Enfin, bientôt, je n'en suis qu'à 48 pour le moment ^^

Nehëmah==> Ca me fait plaisir de te revoir dans le coin, j'attends tes commentaires au tournant donc :niak:

PdC==> ho oui <3 Content que ce chapitre t'ai autant plu^^ Mais bon, pour le parachèvement du Cycle, tu as encore le temps :siffle:

Hé oui, le petit magicien trace doucement son petit bonhomme de chemin. Les voiles d'un bateau le conduise à présent vers le Continent si redouté...

Mais voyez plutôt ça vous même dans la fin du chapitre 14, le plus long à ce jour étant donné qu'il fait 10 pages word! :) Bonne lecture!

EDIT: et c'est donc moi qui inaugure la 4ème page de la Tour ^o^



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Chapitre 14 :
Mon nom est Zackary, je suis magicien. (2ème Partie)


Le capitaine empocha les pièces avec un regard avide.
-Très bien, nous partons dans quelques instants, il y a des cabines à l'arrière, si tu désires t'isoler où déposer ton barda.
Samyël le remercia d'un signe de tête en raccrochant la bourse à sa ceinture. Il se rendit au pont inférieur, trouva une cabine libre et y stocka ses affaires -arc, épée, sac et carquois. Il se frotta le cou en pensant à ce qui l'attendait sur le Continent. Une certaine anxiété lui nouait les entrailles, il ne savait pas pourquoi. C'était toujours comme ça avec le Continent. Il n'y faisait plus attention; il s'y était habitué avec le temps.
Samyël regarda par le petit hublot. Il ne voyait rien pour l'instant, à part les petits docks de Gontarion. Il était assez excité à l'idée de partir en mer. C'était sa première fois, et il se demandait ce que cela faisait. Sentir le roulis sous ses pieds, l'air marin sur son visage...
C'est en songeant à tout cela qu'il remonta sur le pont. Des hommes finissaient de charger les marchandises que le bateau passeur acheminerait jusqu'à Port-Ebène. Il n'y avait pas beaucoup de passager en plus de lui, peut être cinq en tout. Mais le bateau n'était pas bien grand non plus, ce petit nombre de voyageur arrangeait donc le capitaine. Selon ses dires, la traversée durait environ trois heures, avec un bon vent arrière. Et justement, une brise venue du sud soufflait depuis les hauteurs de l'île.
"Tout semble être fait pour que j'aille sur le Continent", pensa Samyël tandis que la caresse du vent effleurait son visage.
Il laissa son regard vagabonder dans le bleu étincelant de la mer. A quelques kilomètres plus au nord, perdu dans sa brume, le Continent étendait sa sombre masse partout à l'horizon. C'était une vision impressionnante pour qui n'y était pas habitué.
Samyël ferma le poing. Il était prêt. Il l'avait toujours été.

   
-Dit Jorge, t'y crois toi, à ces histoires de fantômes?
-Pff, bien sûr que non. Ce ne sont que des racontars de marins ivres. Ne te prend pas le chou avec ça.
-...
-Il n'y a rien qui se ballade sur ces mers hormis des vaisseaux composés d'équipage humains rentre toi bien ça dans le crâne.
-Oui, mais comment expliques tu la disparition de l'Intrépide II le mois dernier?
-Un tempête les aura surpris et ils se seront échoués un peu plus loin sur la côte; ce sont des choses qui arrivent.
-Oui, mais quand même! Quatorze navires en un an. Ça fait beaucoup, rien que pour Port-Ebène.
-Bon écoute Tom. Tu commences à me chauffer les oreilles avec tes prétendus fantômes. Si tu as si peur que ça, tu ferais mieux de rentrer chez tes parents et cultiver tes patates.
Samyël, accoudé au bastingage, observait le lent balai des mouettes criardes en écoutant la conversation des marins d'une oreille distraite. De quoi parlaient-ils?
-Mais je te jure que c'est vrai! C'est le fantôme du vieux Barbu, il est revenu hanter les mers pour se venger.
-Et qu'est-ce que tu en sais toi? Tu l'as vu?
-Non... Mais je le sais!
-Mais oui, et moi je suis la grande tante de l'oncle du roi.
-Fais le malin, mais tu rigoleras moins quand tu l'auras en face de toi...
-Tu vas trop loin dans tes propos, fais attention ou tu pourrais le regretter...
-Ha! Ca prouve que tu y crois toi aussi.
-Ca ne prouve rien du tout. Mais tu sais très bien qu'il n'est jamais bon de parler de malheur sur un navire... Aller, aide moi plutôt avec ce cordage, au lieu de fabuler...
L'autre marin, Tom, grommela quelque chose mais s'exécuta.
Au fur et à mesure que le temps passait, le Continent se faisait de plus en plus précis. Ils ne tardèrent d'ailleurs pas à entrer dans la chape de brume qui entourait ses côtes.  Le silence se fit sur le pont, et les marins s'activaient sans un bruit.  Le Continent avait disparu de la vue de Samyël, caché par le brouillard qui ondulait doucement sur l'eau. L'apprenti magicien avait l'impression de se trouver au coeur d'un monde devenu entièrement gris.
-Impressionnant n'est-ce pas?, dit soudainement le capitaine, qui s'était rapproché discrètement, rompant par la même l'aphonie générale.
-Oui, très, répondit Samyël sans même se retourner.
-Il n'est pas courant de voir une personne de ton âge se rendre sur le Continent.
-Je le sais.
-Puis-je te demander ce que tu vas y faire?
-Je me rends à Arendia.
-Dans quel but?
-Je... Je souhaite m'enrôler dans l'armée, mentit le jeune garçon, tandis que la mise en garde de Rirjk lui revenait à l'esprit.
-Hum, intéressant....
-Dites, qu'est-ce qu'on entend là?
-Ce n'est rien, sûrement une mouette. Avec cette purée de pois le bruit de leurs battements d'aile est amplifié, n'y fais pas attention. Tu as de la famille sur le Continent?
-Non. Du moins, je n'en ai pas connaissance.
-Dans tous les cas, sois prudent. L'Arch'Land n'est plus ce qu'il était, depuis le début de cette guerre... Surtout, ne dis jamais quelque chose qui pourrait s'apparenter à un blasphème pour ces foutus fanatiques, ils y verraient une bonne occasion de...
Voyant que le capitaine ne semblait pas vouloir continuer sa phrase, Samyël se retourna vers lui dans le but de le lui enjoindre. Ses yeux s'agrandirent alors d'horreur et de stupeur; sa bouche s'ouvrit sur un cri tandis qu'un liquide chaud s'éclaboussait sur son visage. Il tomba à la renverse.
Là où quelques instants plutôt se trouvait le Capitaine, il n'y avait plus qu'une paire de jambe. Toute la partie supérieure du corps avait disparu, sectionnée proprement à partir du bassin.  Un mini geyser de sang s'échappait de la plaie béante, et les membres, encore crispés, restaient debout. Samyël contemplait cette vision de cauchemar sans comprendre, et les souvenirs de la chose qui l'avait poursuivi dans la forêt un soir lui revinrent en mémoire. Samyël les entendaient. Les battements réguliers d'ailes géantes, cachées dans la brume. A quoi pouvaient-elles bien appartenir?
Les jambes de feu le capitaine partirent en arrière, lentement, comme dans un rêve. Lorsqu'elles touchèrent le pont dans un bruit mat, un cri perça le brouillard. Une main déchiquetée voltigea dans les airs, tournoyant sur elle même, et vint s'écraser sur Samyël. Le jeune homme la repoussa au loin avec dégoût, puis la peur franchit une fois de plus la barrière de son esprit. Ses yeux se changèrent en deux pupilles démentes qui cherchaient frénétiquement un endroit ou se réfugier. Un rire nerveux le parcourut alors qu'il rampait dans les entrailles et l'hémoglobine du capitaine.
Tout était calme sur la mer. L'on n'entendait que le vol de créatures inconnues, et les lamentations des mourants. Mais tout allait bien. Oui, tout allait bien. Il allait se cacher derrière cette caisse, là, puis il se recroquevillerait, la tête dans les genoux en attendant que cela passe. Une mauvaise passade, voilà tout. Ce n'était qu'un songe, non?
Une corne de brume résonna dans ses oreilles, mais le son était flou, indistinct. Il crût entendre des rugissements, ponctués d'hurlement d'agonie. Mais ce n'était pas son problème.
Samyël les entendaient, les choses. Il ressentait leurs pas lents et lourds à travers le bois du pont. Il entendaient leurs grandes ailles battrent en rythme.
Une main attrapa son mollet. Il leva les yeux et son regard rencontra celui d'un homme dont la peau de la partie gauche du visage avait été arrachée, laissant l'oeil pendre au bout du nerf, inerte. Le marin semblait lui dire quelque chose. Mais Samyël se refusait de l'écouter. Pourquoi venait-il l'importuner? Soudain, une forme sombre apparut au dessus du blessé. Deux petites flammeroles rouges, semblables à des yeux, étaient fixées sur lui.
Samyël aimait bien le rouge. C'était une jolie couleur. La même couleur que le liquide qui forma une traîné lorsque l'inconnu fut tiré de force dans la brume.
Samyël se mordilla le pouce en remuant d'avant en arrière. Il entendait des tambours quelque part. C'était peut être son coeur. Il battait vite. Il ria de nouveau. C'était un joli son.
Des échardes de bois lui tombèrent dessus. Il ne s'en rendit pas compte. Ce sera bientôt finit de toute façon. Il n'y avait plus beaucoup de cris.
Et puis soudain, ils n'étaient plus là. Repartis dans les brumes de la mer. Envolés.
C'était fini, enfin.
Samyël s'autorisa un sourire. Une goutte de sang coula le long de son pouce. Il agita sa main afin d'atténuer la douleur. Puis il se releva. Il y avait des gens par terre, beaucoup de gens. Et puis le pont était rouge, tout  rouge. Comme ses cheveux. Oui, ses jolis cheveux...
Et il rit.
Et rit encore.  

Il ouvrit les yeux doucement. Face à lui s'étalait l'infinie bleutée du ciel. Et sous lui un sol instable, tangible. Il sentait l'iode et l'odeur de la mer. Il voyait les mouettes qui volaient là haut, en criant joyeusement. Le vent était calme, doux.
Samyël se mit sur son séant, l'esprit encore embrumé par la sieste qu'il venait de faire. La surprise s'inscrivit sur son visage lorsqu'il constata qu'il était au beau milieu de l'océan. Sur une petite barque. Son épée, son arc, son carquois et son sac traînaient sur le fond plat. Mais que faisait-il là? Il fronça les sourcils. Que s'était-il passé? Il se rappelait avoir pris le bateau à Gontarion. Puis il y avait eu le voyage, et le Capitaine qui était venu le chercher. Et une légende, sur un certain Barbu. Mais au delà, le vide mémoriel.
Finalement, il haussa les épaules. Il avait sûrement du chuter dans l'escalier menant vers le pont inférieur, et le choc l'aurait assommé, provoquant par la même une petite amnésie. L'équipage, paniqué, aurait cru qu'il était mort et l'aurait mis à l'eau. C'était sûrement ça, il ne voyait pas d'autres explications. Mais c'était curieux qu'ils aient mis ses affaires dans la barque. Avec des rames qui plus est. Et puis, pourquoi avait-il les mains pleines de peinture rouge?
-Etrange journée, souffla-t-il en s'étirant.
Il bâilla à s'en décrocher la mâchoire, puis se retourna afin de voir s'il était proche de la côte. Sa bouche resta grande ouverte, et ses yeux s'agrandirent d'émerveillement.
Face à lui, s'étalant dans l'horizon de toute leur verdoyante splendeur, les côtes Continentales. Il se trouvait à trois ou quatre kilomètre du cap d'Ebène, mais il distinguait au premier plan l'immense cité de Port-Ebène, le plus grand carrefour maritime et commercial du monde, après Arendia. Samyël pouvait voir les centaines de navires, goélettes, galions, frégates et caravelles qui mouillaient dans les eaux du port, avec leur florilège de voiles bariolées. Plus loin, il apercevait la grande plaine de l'Arch'Land, et ses forêts géantes. Et encore plus au Nord, les deux embouchures Est du fleuve Nyr.
Cette vision avait quelque chose de magique et de rassérénant.  Les angoisses liées au Continent avaient disparues. Seul restait un sentiment d'extase et d'excitation.
Sans attendre une minute de plus, il saisit les rames et les mit en mouvement afin de se rapprocher des quais du port. Le vent charriait déjà jusqu'à lui les effluves des docks où l'on déchargeait les précieuses marchandises, venues de tous les coins de l'Arch'Land: épices, herbes aromatiques, armurerie, étoffes, oeuvres d'arts, nourriture, bois, acier, pierres précieuses, or et la liste était longue encore. Un énorme navire fendit les eaux en longeant la petite barque de Samyël. Celui-ci observa le béhémot de bois et de cordages, admirant sa voilure colorées, sa figure de proue en forme de femme aux jambes de poisson, et les fiers guerriers en armures rutilantes qui se tenaient alignés le long du bastingage.
Dieux, que c'était impressionnant.  

-Salutation Messire.
Samyël finit d'enjamber le rebord de sa barque afin de prendre pied sur les quais. Il récupéra ses affaires dans la foulée puis se retourner vers son interlocuteur. C'était un petit homme d'âge mur, vêtu d'une toge orangée; il tenait un parchemin dans sa main droite, et une plume dans la gauche. Un jeune garçon le suivait, transportant une bouteille d'encre.
-Salutation, Monseigneur, répondit l'apprenti magicien en s'inclinant légèrement.
-A l'entente de votre accent, je déduis que vous n'êtes pas Arkandéen (c'est ainsi que l'on nommait les habitants de l'Arch'Land), mais Solanéen, est-ce exacte?
-Effectivement.
L'homme esquissa un petit sourire, tout en restant extrêmement courtois, chose qui étonna Samyël, du fait de la grande différence d'âge qu'il y avait entre eux.
-Êtes vous au courant des lois sur le mouillage en vigueur dans ce port?
-Et bien... Je crois que non.
-Laissez moi vous expliquez, si vous le voulez bien.
-Je vous en prie.
-Merci. Afin de contrôler le trafique maritime, je suis dans l'obligation de vous demander nom et prénom.
-Je m'appelle Samyël. Mais je n'ai pas de nom.
-Orphelin?
-Oui.
-Que venez vous faire en Arch'Land?
-Je me rends à Arendia.
-De la famille?
-Une formation.
-Quel genre?
-Militaire.
Au fur et à mesure de leur dialogue, le commissaire Docker, tel qu'on les appelait, prenait des notes sur son parchemin.
-Je vais devoir prélever de votre pécule une taxe sur le mouillage de votre embarcation.
Le jeune garçon se retourna, et regarda son "embarcation" en se grattant la tête.
-Heu... D'accord. Combien vous dois-je?
-Tout dépend du temps que vous souhaitez laisser votre esquif ici.
-Et bien justement, je ne souhaite pas le conserver. Je continuerais mon voyage à pied.
-En êtes vous sûr? Le chemin est long jusqu'à Arendia.
-Je le sais, je suis résolu.
-Bien. Dans ce cas je suis autorisé à vous racheter votre bien, au nom de Port-Ebène, si vous le désirez.
Le commissaire sortit une petite bourse des manches de sa toge, et y prit une trentaine de piécettes en argent, tout en comptant à voix haute.
-Voilà ce que je peux vous en donner.
-Vendu, annonça Samyël avec un sourire tout en empochant la monnaie.
-A présent si vous voulez bien m'excuser...
L'homme s'inclina puis reprit sa route, toujours accompagné de son jeune page.  

Les enfants le regardaient d'un air émerveillé. Leurs petites bouches béaient d'un trop plein de joie.
Le vieil homme envoya la flamme dans les airs. Puis de l'autre main, il en fit jaillir une nouvelle. C'est ainsi qu'il commença à jongler avec le feu. Les bambins qui faisaient office de spectateurs battaient la cadence avec leurs minuscules mains potelées. Les adultes regardaient de loin. Leurs visages étaient sombres.
Magie, Blasphème.
Zackary lança alors les boules, l'une après l'autre, au dessus de sa tête. Puis il ouvrit grand la bouche, et les avala, une par une, sous les applaudissements et les rires de sa jeune assistance.
-Merci, messeigneurs, vous êtes trop bons envers moi, ria Zackary en s'abaissant dans une parodie de salut. Pour mon prochain tour, j'aurais besoin de l'aide de l'un d'entre vous. Qui est intéressé?
Des dizaines de mimines se levèrent à l'unisson à grand renfort de cris d'excitation.  Le vieil homme sourit devant la fougue de la jeunesse et en choisit un au hasard.
-Viens, approche. Voilà. Comment t'appelles-tu?... Ian? Très bien. Regardez bien les enfants. Dans un instant je vais faire...
-Pas un geste de plus, engeance!, cria soudainement quelqu'un à l'autre bout de la place.
Zackary releva la tête. C'étaient deux hommes, deux soldats. Ils portaient la livrée immaculée du Corps Expéditionnaire. L'un tenait fermement une hallebarde étincelante à bout de bras, et l'autre pointait sur lui une arbalète peu engageante. Sur leur visage se lisaient une colère intense et une détermination sans faille. En quelques secondes, le silence se fit sur la place, les gens regagnaient leur maison ou l'auberge la plus proche, afin d'assister à la scène bien tranquillement. Les mères avaient rappelé leurs enfants.
-Allons bon, qu'est-ce que c'est encore?, grommela le vieillard.
-Ne fais pas un seul geste, où nous n'hésiterons pas à faire feu! Lève les mains bien haut, et pas d'entourloupe ou on te tire comme un lapin. Voilà, c'est très bien.
Les deux miliciens s'approchèrent doucement, méfiants. Zackary les regarda approcher sereinement. Que lui voulaient-ils?
-Où est votre bâton?, demanda le hallebardier quand il fut suffisamment près.
-Mon bâton, quel bâton?
-Ne faites pas le malin avec moi, démon!
-Mais qu'est-ce que vous me voulez à la fin?, s'écria le vieil homme en pointant son index.
Les deux soldats, visiblement à cran, prirent ce geste anodin comme une incantation. Ils prirent peur. Le manche de la hallebarde cogna violement contre la tempe gauche de Zackary, qui s'effondra sur le sol en gémissant. Une botte vint le frapper au visage tandis qu'une main le saisissait au collet pour le remettre à genoux. Le vieillard, sonné, se laissa faire.  
-Comment oses-tu encore te montrer? Hein? , lui cria l'homme à l'arbalète en lui pressant l'arme sur le crâne.
Le vieil homme releva la tête et ouvrit la bouche pour parler...
-Grand père?
Deux mains s'abattirent soudainement sur les épaules de Zackary. Les yeux de ce dernier s'agrandirent de surprise. Les soldats sursautèrent et levèrent leurs armes. Un étrange gamin aux cheveux rouges s'était approché sans même qu'ils ne s'en rendent compte. Le nouveau venu fixait le vieil homme avec un regard où l'on pouvait lire la colère.
-Grand père! Qu'est-ce que tu as encore fait? (Il leva les yeux vers les deux miliciens) J'espère qu'il n'a pas causé de problème à quiconque?
-Que... Mais... Qui...
L'homme à l'arbalète reprit ses esprits et braqua son arme sur le petit fils présumé.
-Silence! Tu es un parent de ce monstre, de ce... magicien! Donc tu en es un aussi!
Les yeux du garçon d'agrandirent de surprise à leur tour, puis il éclata de rire, à tel point qu'il se tint par les côtes. Les deux missionnaires se regardèrent, décontenancés.
-Allons messeigneurs, ce vieux débris n'a pas une once de magie en lui. Vous savez, il se fait vieux, (en chuchotant) et entre nous je crois qu'il n'a plus toute sa tête. Il a besoin de se faire remarquer.
-Quoi?, s'insurgea Zackary en tentant de se relever mais il se fit remballer par son petit fils.
-Papy, je t'en pris. Je crois que tu as fait suffisamment de bêtises pour aujourd'hui. On ferrait mieux de rentrer, mamie doit s'inquiéter.
Le vieil homme grommela quelque chose mais se releva docilement.
-Messieurs...
-Attend petit.
-Qui a-t-il?
-Que fais-tu, équipé comme tu l'es?
-Je... Heu... Je...
-Fi dieux garnement! Tu n'as donc pas encore été revendre cette antiquité chez le marshal ferant? Et tu iras te débarrasser de fichu arc, tu sais très bien que je n'aime pas que tu joues avec ce genre de chose!
-Mais, Papy! C'est oncle Bill qui me l'a offert le mois dernier!
-Je n'en ai que faire, tu fais ce que je te dis! Fils de malappris!
-Je le dirais à mamie, et elle te grondera!
-Quoi? (Zackary saisit son petit fils par l'oreille) Tu oses me menacer?
-Aïe, arrête, tu me fais mal!
-Stop!, cria alors l'arbalétrier. C'est bon, circuler! Mais que nous n'ayons plus d'ennuis avec vous, ou vous y aurez bon. Vu?
-Vu.
-Vu.
-Très bien. Maintenant, disparaissez.
Petit fils et grand père ne se le firent pas dire deux fois, et ils prirent le large. Ils traversèrent un dédale de rues et d'avenus, avant de finalement se stopper sur une place bondée de monde.
-Merci, jeune homme. Je crois que je te dois une fière chandelle, fit le vieil homme, en reprenant son souffle. Comment t'appelles-tu?
-Samyël.
-Samyël...
Une lueur étrange passa dans les yeux du "grand père", qui disparut aussitôt.
-C'est un nom peu courant. Mais il est beau, soit en fière.
-Ne vous inquiétez pas pour ça... Et vous, qui êtes vous?
-Mon nom est Zackary, je suis magicien. Enchanté, jeune Samyël.
-Magicien?
Le jeune homme sourit et secoua la tête.
-Je comprends mieux pourquoi vous avez eu des ennuis. Si vous mentez à tout bout de champs sur un sujet aussi sensible...
-Je ne mens pas. Ce n'est que vérité, répliqua Zackary sur un ton sec.
Samyël leva les yeux vers son nouvel ami, et révisa son jugement lorsqu'il aperçut les flammes qui dansaient dans les yeux du vieillard avant de disparaître aussi vite qu'elles n'étaient apparues.
-Que? Mais... Vous... Je veux dire vous êtes vraiment...
-Certes il m'arrive de fabuler par moment, mais jamais je ne masquerais cette vérité. Pourquoi un homme devrait craindre de vivre car il est ainsi fait?
Il retrouva son sourire habituel.
-Mais pourquoi n'avez vous rien fait tout à l'heure?
-Hum... Qui sait? Peut être ne suis-je pas vraiment ce que dis être. Et puis après tout, je me fais vieux, je n'ai probablement plus toute ma tête, conclut-il sur un clin d'oeil entendu.
Samyël sourit.
-Mais vous avez encore l'esprit vif.
-Il est vrai. Il le faut, de nos jours.
-Que comptez vous faire à présent?
-Hum, j'avoue que je ne sais pas trop. Je vais où mes pas me guident, sans trop réfléchir. Je ne sais de quoi sera fait demain, mais cela me va très bien.
-Dans ce cas, je veux que vous m'enseigniez.
Zackary le regarda d'un air étonné.
-Que veux-tu que je t'enseigne?
-Les Arts, bien sûr, murmura Samyël tandis qu'un petit globe lumineux naissait dans sa paume, pour mourir aussitôt.
-Ho. Je vois. Très intéressant. Ainsi il reste encore de l'espoir pour nous autres.
-Il semblerait.    
-Très bien, jeune Samyël. Tu m'as convaincu, j'accepte. Tu te rendais quelque part, je me trompe?
-Non. Je vais à Arendia.
-Hum... C'est un long voyage. Quel en est le but?
-Je veux entrer à la Citadelle.
-Parfait, ainsi il en sera. Le chemin vers la capitale est long, et pendant ce voyage je m'attellerais à te préparer pour tes études. Sais-tu te servir de ton épée?
-Malheureusement non...
-Dans ce cas je t'apprendrais aussi. J'étais bon escrimeur dans ma jeunesse...
-Vraiment?
-Oui oui, je ne suis pas un aussi vieux débris que tu ne le penses.
-Excusez moi, je ne voulais pas vous insulter je...
-Silence. Ce n'est rien, "fiston", le coupa Zackary avec un nouveau clin d'oeil. Mais sache que je me montrerais un professeur sévère et intrangisant.
-Cela me convient parfaitement. Combien de temps dure le voyage jusqu'à Arendia?
-Ho, environ six mois à pied, je dirais, en gardant un rythme moyen. Ce qui nous laisse amplement le temps. Il y a quelque chose qui m'intrigue chez toi.
-Oui?
-D'où te vient cette étrange teinte des cheveux?
-Je n'en sais rien. Même mon grand père n'a jamais su me répondre.
-Je vois... Ba, sûrement un caprice de dame nature. Tu as de la chance, à ce qu'il se dit, le rouge est à l'honneur chez les dames Arendiennes. En te débrouillant bien, tu pourras passer les nuits d'hiver bien au chaud.
Zackary lui adressa un petit sourire malicieux.
-Bien, assez bavasser. Va donc m'acheter une lame pour l'entraînement. Puis nous nous mettrons en route. La Nord nous attends, jeune apprenti!


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Et c'est ainsi que ce clos la deuxième partie du Cycle. Que de chemin parcouru déjà... ^^ Et moi je vous dis à la prochaine!
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Prince du Crépuscule le dimanche 14 octobre 2007, 16:01:20
Rends-nous Rirjk! On en veut pas de Zackary, ce vil usurpateur! >.<

Non, plus sérieusement je vois quez la tradition des vieux mages, enseignant à un jeune élève plein de promesse se perpétue. Je l'aime déjà ce bon vieux Zackary, (à part son nom, j'aime pas Rirjk c'était mieux m'enfin bon ^^') et à chaque fois que je rencontre un vieillard magicien comme ça, il me fait penser à Zeddicus Zull Zorander, plus communément nommé Zedd dans un cycle qu'il me semble que tu connais. ;)

En tout cas, quand je parlais de parachèvement dans mon autre commentaire, je parlais évidemment de la finition de la deuxième partie, et non du cycle en lui-même! Oh non quelle idée, j'en suis horifié! Quer ce cycle perdure et vive très très longtemps, pour nous émerveiler encre et toujours. ^^ (Vive le Roi! lol) Que dire sinon que cette partie se clot sur de nouvelles données, sur de nouveaux personnages, sur une nouvelle aventure, un tout nouveau souffle? J'attends la troisième avec on ne peut plus d'impatience, mêlée d'excitation quant à savoir ce que notre cher Samyël deviendra. J'ai dans l'idée que ça me plaira autant sinon plus, si c'est possible. Bref, en tout cas cette deuxième partie de chapitre était vraiment excellente, et malgré sa longueur, ton talent et ton habileté narrative permettent de se fondre très rapidement dans l'histoire et de toujours vouloir tourner la page, même quand on ne peut plus hélas. Ce tournant dans ta fabuleuse fiction méritait bien l'un de mes commentaires. ^^

La première partie avec ces monstres marins était un peu confuse à mon sens, néanmoins j'ai beaucoup aimé, ça clôt parfaitement le long épisode de la vie de Samyël sur Solanéa, l'île plus si paisible que ça en fin de compte. Après, la rencontre avec le vieux Zackary était des plus intéressantes, j'ai vraiment apprécié la manière dont tu as amené ce personnage, à nous le faire découvrir puis à partager la quête de Samyël. J'attends de voir ce que ça rendra et la façon dont Zackary officiera à ses côtés, mais voyons que dire... Patience! ;)

Bravo pour ce merveilleux cycle et cette deuxième partie qui se termine sous les meilleurs hospices possibles, (je parle de la qualité bien entendu ^^) déjà presque 50 pages! Tu as toutes mes sincères félicitations pour cet avènement, et que l'inspiration ne te quitte jamais, continue ainsi cher Mage Vermeil! :)
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Nehëmah le dimanche 21 octobre 2007, 11:45:24
On est parasite ou on ne l'est pas :niak:

Quoiqu'il en soit je n'allais pas t'abnadonner comme ça hu hu.
Que dire ? Cette deuxième partie se clot avec un nouveau début. L'intrigue est relancée sur trois points :

Le premier point et le plus évident est bien entendu l'arrivée sur un nouveau continent, qui implique donc de nouvelles péripéties et sûrement l'intrusion dans le vif de l'intrigue. Cela implique évidemment de nouvelles rencotnres.

Le deuxième point est donc de nouveaux personnages, avec ce Zackarry un peu sénile et téméraire, plutôt paradoxal d'ailleurs cette caractéristique chez un vieil homme. En tout cas ce nouveau maître doit avoir des choses grandioses à lui apprendre, on peut s'attendre à un Samyël de plus en plus costaud. Seulement avec cette longue route de 6 mois j'ai peur d'une chose : c'est que tu choisisses de la développer au lieu d'en faire une ellipse. Bon, je m'explique, la développer pourquoi pas, mais si ce n'est que de l'entraînement, je préfère autant l'ellipse à moins qu'il n'y ait des choses importantes concernant l'intrigue. Mais bon, je pense que tu feras le bon choix. Après tout entre la partie une et deux plusieurs années avaient été éludées.

Le troisième point et le plus important pour moi, au final, c'est la psychologie de Samyël. Depuis sa jeunesse, le garçon enchaîne les difficultés morales, orphelin en bas âge, mort de son grand-père à 8 ans, mort de Rirjk à 13 ans, puis finalement devoir s'assumer tout seul... Avec sa fascination qui lui a toujours vallu du désespoir pour les arts diaboliques... La psychologie de notre petit magicien s'en trouve considérablement affligée. Le passage du bateau en est l'exemple même. La confusion du passage n'est que le reflet de la confusion de son esprit (ensuite je sais pas si tu l'as fait exprès mais sur le plan symbolique, ce passage maritime, d'une petite île à un grand continent sur un océan mouvementé, perturbé, on peut l'interpréter comme des problèmes d'ordres affectifs et le signe que son périple pour devenir adulte sera sans douté complité).
Bref, un petit mage qui s'enfonce toujours plus dans la folie. Je prends exemple sur un certain Arthas de Warcraft 3, mais ne sommes-nous pas en train d'assister à la montée en puissance d'un personnage pourtant attachant mais qui au final pourrait devenir une menace pour ce monde ? Ceci n'est que supposition de ma part mais j'y crois dur comme fer :niak:
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le lundi 05 novembre 2007, 13:51:45
Arf, que ferais-je sans mes deux commentateurs préférés? :love: Pas grand chose je pense :niak: En tout cas, merci à vous deux de toujours suivre mon Cycle, ça me fait plaisir! ^^

PdC==> >_<" Mayheu, il est pas vieux Rirjk, il n'a que 37 ans : ) Ha, ce bon vieux Zedd, d'ailleurs on va bientôt le retrouver, vivement le 15 : ) Et oui, 50 pages, que de chemins parcourrus (avec toi à mes côtés depuis le début en plus :love: )Mais plus encore se trouve devant moi, et je compte bien finir ce voyage! Merci encore pour tes commentaires!

Nehëmah==>Bien sûr que je vais faire une ellipse, ça me brouterait d'écrire six mois d'entraînement XD M'enfin, vous verrez bien^^ Arf, tu as l'art de me percer à jour :love: Effectivement la psychologie de Samyël a prit plusieurs coups durs, je crains pour sa santé mental. Arthas? Peut être, qui sait? :love: Affaire à suivre donc, je n'en dis pas plus :niak: Enfin, continue de parasiter cette chère tour, ça lui fait du bien :niak:

Tout d'abords, je tiens à préciser que ce post n'annonce pas mon grand come-back. Je reste toujours dans ma retraite internet, comme un hermite.

Je n'ai pas non plus de suite Cyclique à vous fournir, honte sur moi. La Deuxième Partie étant close, je prends un peu de recule par rapport au Cycle, de manière à bien réfléchir à la suite, pour donner le meilleur de moi même. J'en profite également pour écrire une oeuvre annexe. Une oeuvre qui vient se placer dans la Séquence Avatarienne, qui relate l'histoire de quelques grandes figures, vues ou non, de l'histoire du Continent. Ceci se passe donc dans le même monde que celui dans lequel évolue Samyël, mais à différente époque.

La première de ces oeuvres, Le Chevalier Argoth, prend place dans l'Age Sombre qui précède l'Avénement du grand roi Aegir. Un âge dont on ne sait presque rien, et pour cause, seules nous restent de cette période des fables ou des légendes, rien de bien précis. La plus fameuse de toutes, est bien entendue la Geste du Chevalier Argoth, écrite par l'Aventurier Sandiego Di Cadeço à son retour de voyage, et qui fera du Chevalier Argoth la figure la plus populaire du Continent, jusqu'à l'arrivée d'Aegir.

Je vous laisse donc découvrir ce début, dont j'espère que vous me direz des nouvelles...

Petite précision : Au moment où s'achève la deuxième partie du Cycle, nous sommes en 1678 du calendrier Continental. L'année 1632 correspond à l'arrivée au pouvoir d'Arabéus Ier, en Arch'Mark.
Le Haut-Pays se situe dans l'Est du Continent. Cependant, ne vous reportez pas à la carte du premier post, elle n'est plus d'actualité. Une prochaine version bientôt, j'espère... ^^


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La séquence Avatarienne

I - Le Chevalier Argoth :


Introduction.

Ce qui suit est une copie du Manuscrit « Aroogway Dëo’Darak » [Le Chevalier Argoth], écrit par l’aventurier Sandiego Di Cadeço, accusé à titre posthume de Blasphème et de démence, en l‘an 1633. Ledit manuscrit fut donc brûlé lors de la grande Autodafé de l’Arch’Mark en l’an 1634 du calendrier Continental. Il fut écrit durant l’Age Sombre qui précède l’avénement d’Aegir. Cependant, certaines incohérences historiques semblent indiquer que ce récit ne serait rien d’autre qu’une fable. Ce que semble approuver l’Archimage Cantalor dans son « Traîté d’Histoire Continentale ».

Ce présent document est la dernière copie du Chevalier Argoth, conservée en l’Enclave des Mages de la Citadelle. Merci de le restituer de suite après lecture, en prenant bien soin d’y laisser cette page de garde.

Grimh.


(https://forums.puissance-zelda.com/proxy.php?request=http%3A%2F%2Fwww.tranet.org%2Frabyrinth%2Fcamposanto%2Fother3%2Fimage%2Flizardman.jpg&hash=030f2d8c996bc627bf50b1b73f304023f8ff6e6d)


I/ L’épée du Chevalier. (Première Partie)

Il est arrivé un jour d’été, lorsque le Soleil était haut.

Je me trouvais en l’auberge du Cor Argenté, qui tirait son nom de l’instrument qui ornait la robe de la cheminée. Un fort joli instrument, d’ailleurs, que je me plaisais à regarder. L’on dit de lui que sa musique divertit les Dieux eux-même, tant son son est limpide, fluide, et joyeux, à l’image des crus du Printemps. A ma table se trouvaient quelques uns de mes amis proches, avec qui je partageais bières et ragots. L’un d’eux racontait comment sa femme avait trouvé, sous la fenêtre de leur maison, un corbeau, noir comme le jaie, raide mort. En prononçant ces mots, il fit le signe qui éloigne le mal.
« Je vous jure, gros comme ça. Avec des yeux rouges, petits et sournois, qui la fixait comme la mort, la Martine. Aussitôt, elle a crié, et j’ai bien entendu accouru. Mais que pouvais-je faire? J’ai cloué la tête de l’animal sur ma porte. J’espère que cela suffira pour tenir les démons à l’écart.
-Je paris que c’est un coup des gamins Teniers, de sacrés filous. »
J’écoutai leurs conversations d’une oreilles distraites, répondant de temps à autres à l’un ou l’autre, plus intéressé par ma bière qui conservait un peu de sa fraîcheur malgré le temps caniculaire qui s’abbatait sur la région depuis quelques jours. Le liquide ambré faisait des spirales fascinantes à la surface de ma choppe, qui me captivaient littéralement.
La chaleur me pesait et semblait ralentir le temps. J’étais, à cette époque, joueur professionnel, et je ne voyais ma vie que dans la face ronde d’un écu d’or, ou sur la figure d’un roi de carte. Compter, mélanger et distribuer étaient mes seules ambitions, ainsi que celle de gagner gros à chaque coup. La chance semblait m’avoir prit sous son aile. Je n’avais pas souvent à me plaindre de mon sort. J’habitais une fort élégante maisonée, à deux lieux de l’auberge.
Cependant, la veille de ce jour là, j’avais eu les yeux plus gros que ma main, et avait perdu presque tout mon dû. Je possédais juste assez de monnai pour payer ma bière. Ceci expliquait en partie l’état semi comateux dans lequel je me trouvais.
C’est alors qu’il apparut. Tout d’abords, personne ne fit attention. L’auberge étant assez loin de la ville, à l’orée d’un bois, cela n’étonna personne d’entendre la cavalcade d’un cheval, s’arrêtant à quelques pas des écuries. Certains commencèrent à prêter oreilles, lorsque des cliquetis d’amure suivirent.
Je n’étais assûrement pas de cela. Non, j’avais beaucoup mieux à penser à mon destin, ainsi qu’aux diverses dettes que j’avais à rembourser, alors que la fortune me faisait défaut. Ce n’est que lorsque mon bon ami Lewinsky me donna un coup de coude dans les cotes, et que je remarquai que la salle était soudainement devenu silencieuse, que je consentais à lever les yeux.
Et ce pour ma plus grande surprise.
Il se tenait debout comme un homme, un peu voûtée cependant, à ceci près que ses pattes postérieures se pliaient au niveau de l’articulation de ses griffes, laissant la plante de ses pieds dans les airs. Son armures, noire comme la nuit, était faite tout en plaques savamment agencées, de manière à conserver une grande mobilité et une protection optimale, ainsi que d’une chemise de maille, passée par en dessous. Il tenait sa longue lance au manche d’ébène de sa main gauche, et je pouvais distinguer sur ses doigts des griffes plus qu’impressionnantes. J’en conclus qu’il était gaucher. Sa queue ,longue et nue, révélant une peau d’écaille couleur de feu, remuait derrière lui, non pas d’agacement, mais dans l’intention de se ventiler. Sa tête, typiquement  reptilienne, était surmontée de quatre cornes jaunies, qui s’étiraient vers l’arrière. Ses yeux, enfin, rouge comme le sang, possédaient de très minces iris noirs, à la manière des animaux sauvages.
A son entré, plus personne n’osa bouger, ni même respirer. Le temps sembla se figer. moi-même n’en menait pas large devant cette soudaine apparition, qui avait tout l’air de sortir des Royaumes Démoniaques. Etrangement, il n’entreprit aucune action envers qui que ce fut. Il déposa sa lance sur la table mise à disposition, comme il était demandé, puis se dirigea vers le bar, sans prêter la moindre attention aux regards ahuris, effrayés, ou carrément hostiles des clients.
Dans le Haut-Pays, il est un proverbe qui dit:

« Même dans l’adversité, un aubergiste reste avant tout homme d’affaire »

Et il fut une fois de plus démontré ce jour là. Car après tout, l’étranger était un client comme un autre. Etrange certes, mais client quand même. Et le Client est toujours roi, à ce qu’on dit.
« Qu’est-ce que je vous sers, étranger? »
Michel, l’aubergiste, continuait à laver ses choppes tout en parlant.
« Biièrre… 
-Et une bière, une! »
Il avait parlé avec une voix très profonde, caverneuse. Mais pourtant, elle n’avait rien d’effrayant, comme je l’avais pensé de primes abords. Comme il n’avait pas l’air méchant, les conversations reprirent vite, tournant, bien évidemment, autours de cet étranger.
« Tu l’as vu? Il est pas humain, c’est sûr! Il vient d’où à ton avis?
-J’en sais trop rien. Sûrement qu’il a à voir avec les Sorciers.
-Ha, si vous voulais mon avis, mieux vaut ne pas trop frayer avec ces gens là. Ca apporte la malédiction.
-Pour sûr.
-Ceci dit, il n’a pas l’air bien méchant. Il a juste une… apparence frustre c’est tout. »
Et ainsi de suite. Je n’aurais pas l’outrecuidance nécessaire pour prétendre qu’il ne m’intriguait pas, ni même qu’il ne m’effrayait pas, un peu pour le moins. Cela dit, il me fascinait. Il me rappelait une lointaine époque où le vieil homme du village nous racontait des histoires autour d’un feu. 
« Ohé! ‘Diego! Tu joues? »
Perdu dans mes pensées, je n’avais pas vu qu’une partie de carte s’était engagée à ma table. Joueur de métier, je ne pus refuser pareille invitation. Tout au jeu, je ne vis pas l’étranger partir. Je me rappelle m’être dit à ce moment là «Quelle étrange rencontre ». Ho, ça, je ne savais pas encore à quelle point…

La partie fut finie tard dans l’après midi, lorsque le temps se rafraîchit et que les vapeurs d’alcool dansent la farandole dans les esprits. Je remerciais Dame Chance que cette partie ne fut qu’une simple joute amicale, car je n’avais eu presque aucun jeu. Je prenai la porte de sortie, un peu grogi et chancelant sous la pression des moultes bières que j’avais ingurgitées, saluant au passage mes amis et ce brave Michel. Je m’engageai sur le sentier, celui qui longeait le bois. Je marchais ainsi sous la lune, qui éclairait mes pas de sa lueur blafarde, perdu dans les détours tortueux de mes pensées, obstrués par des litres de liqueur. Au Nord, Khaz’Khoradan1 s’illuminait d’éclairs, comme à son habitude. Le crépuscule teintait le ciel de couleur rougeoyante, qui me rappelèrent les yeux de l’étranger.
La nuit me surprit sur la route. Mon logis n’était plus bien loin à présent. Les champs d’orge se trouvaient sur ma droite.
C’est alors que j’entendis. Derrière moi, sur le sentier. Des bruits de sabots. Instinctivement, je me retournai. Un cheval, gris pierre, colla son museau contre mon visage. Ses grands yeux noirs me fixèrent avec curiosité. Je m’écartai de lui, et levai les yeux, pour apercevoir l’étranger. Je m’apprêtais à le héler, lorsque je vis son visage, sombre, le regard fixé sur l’horizon à l’ouest, comme s’il était capable de transpercer le rideau de ténèbre qui s’était étendu sur les champs. Cette face grave et sérieuse m’inquiéta. Sans vraiment savoir pourquoi, je frissonnai. Ne faisait-il pas plus frais, tout à coup? Le cavalier fit pivoter sa monture dans le sens de son regard. J’entendis au loin, l’écho d’un éclair qui descendait en cavalant du versant sud de Khaz’Khoradan.
« La nuit est fraîche, n’est-ce pas? »
Ce fut tout ce que je trouvai à dire. Je me traitai d’imbécile. Il ne me répondit pas, bien sûr. Ce n’était pas dans sa nature. Nous restâmes ainsi encore un moment. Sans que je sache vraiment pourquoi. Peut être aurait-il mieux valu que je m’écartât pour reprendre ma route. Mais le Destin sembait avoir d’autres projets pour moi.
Le cheval renâcla. Je remarquai alors la nervosité contenue dans ses mouvements et gestes. Mon sang se glaça lorsque j’entendis les rires. Des rires comme je n’en avais encore jamais entendu chez aucun homme, ni même femme. Des rires fous, des rires déments, des rires glaçées, des rires démoniaques, des rires effroyables. Il y en avait pleins. Ils provenaient des champs d’orge, et bientôt le sol vibra sous le choc de dizaines de sabots. La nuit était épaisse, je ne distinguais rien. Mon cœur se mit à battre plus fort, alors que s’intensifiaient les rires. Je jetai un regard appeuré en direction de l’étranger. Il restait calme, le regard fixe.
« Vous… Vous entendez, n’est-ce pas? »
Il acquiesça, sans mot dire.
« Qu’est-ce que c’est? Vous savez? 
-Morrrt… 
-Mort? Comment ça mort? »
Il ne me répondit pas. Sur le flanc gauche de sa monture était attaché à la selle un écu de belle taille, dont même la nuit ne parvenait à masquer la blancheur. Nul blason ne l’ornait. L’étranger s’en saisit, calmement, passant sa main griffue au travers des encoche, puis saisissant la poignée métallique. Il prit ensuite une torche, qu’il alluma en frottant la tête huilé sur le plastron de son armure. L’étincelle que cela provoqua embrasa l’étoffe, produisant un fort halo lumineux autour de nous. Il ramassa ensuite le bras vers l’arrière, puis jeta sa torche au loin, en direction des rires. J’observais sont balai aérien, gracieux, avant qu’elle ne termine sa course sur le sol et n’embrase aussitôt l’herbe sèches. Un grand incendi ne tarda guère à se déclarer se propageant à une vitesse folle. C’est alors que je les vis. Ils étaient douze. Douze cavaliers, montées sur des destriers noirs et imposants. Ils avaient l’apparence d’hommes, grands et forts, mais la vérité était tout autre. Sous leurs casques cornus, des crânes aux orbites remplis d’ectoplasmes se tournèrent vers notre position. Malgré cela, ils continuèrent de danser, en effectuant une ronde étrange en lançant leurs montures au galop. Et ils riaient, riaient. C’était épouvantable. Avec la lumière étrange du feu, et la nature tout aussi étrange de ses cavaliers surgits de nulle part, la scène prenait des dimensions cauchemardesques
Je me rappelle être tombé, le séant dans la poussière, en implorant les dieux de me sauver. L’étranger ne voyait pas les choses de cette façon là. Il s’empara de sa longue lance, bien rangée dans une encoche de la selle prévue à cette effet. De sa main protégée par l’écu il prit les rènes, et enfonça les talons dans les flancs de son cheval. Celui-ci hennit, se cabra, puis partit, bravement, vers les apparitions. Aujourd’hui encore, cette image est vive dans mon esprit. Je revois très bien cet étrange guerrier, à l’apparence de démon, levait haut sa lance, en braillant un cri de guerre incompréhensible, mais fort comme le tonnerre, tandis qu’il fonçait vers douze revenants, en armure et équipés de lourdes épées impressionnantes sur fond d’incendie apocalyptique…
Le combat fut terrible. Ils se détachèrent du cercle, un par un, lame au clair, riant comme des diables. Le cheval de l’étranger valsait dans les airs, feintant de droite et de gauche, ruant, tandis que son cavalier balayait les attaques de son bouclier, et jouait de sa lance pour garder ses assaillants en respect. Longtemps, lentement, il les transperça, changeant leurs rires en cris de damné. Aussitôt qu’ils étaient tués, leur corps squelettique tombait en poussière, et leurs montures s’en allaient dans la nuit, hennissant comme des démons.
Et moi je restais sur la route, incapable du moindre geste devant cette scène fantastique. Le combat s’acheva aux premières lueurs de l’aube. L’incendie s’était éteint de lui-même, et, chose surprenante, personne n’était venu pour essayer de l’endiguer. Autour de l’étranger, il ne restait plus que douze petits tas. Douze épées, et douze armures. Grogi, je me relevai avec peine et m’avançai dans les champs dévastés.
« Qui êtes vous? »
Il ne répondit pas de suite. Il restait immobile, fixant le soleil qui se levait à l’Est.
« Argoth… 
-Argoth… Argoth… Qui êtes vous? D’où venez vous? »
Il attendit encore un peu, avant de se retourner vers moi. Il pointa du doigt Khaz’Khoradan, au Nord:
« Chevalllierrrr… 
-Chevalier? Vous êtes Chevalier? »
Je tombai alors au sol, réalisant avec quelle familiarité je m’adressais à lui, puis je lui saisis le pied que je baisai avec force.
« Mille pardons, Messire Argoth. Mille pardons, je ne savais pas. Puis-je faire quelques choses pour vous? »
Comme à son habitude, il prit son temps avant de répondre. Il posa sa main griffue sur ma tête -je ne pus m’empêcher de frissonner à ce contacte.
« Ecuyeerrr… »
Je me pétrifiai soudain. J’avais peur de comprendre. Pourquoi moi, pourquoi si soudainement? Je n’étais nullement noble, ni même bourgeois.
« Moi? Ho, vous m’honorez Messire Argoth mais je ne peux, mon sang n’est pas bleu et je… »
Il siffla alors, comme un lézard, mais en plus fort. Comme je devais l’apprendre par la suite, cela indiquait qu’il n’en avait cure, et que cela l’agaçait. Je m’arrêtai donc de babiller, et je commençai à réfléchir. Ce qui m’arrivait était étrange. Mais d’un autre côté cela pouvait s’avérrait salutaire. Comme je l’ai dit un peu plus haut, j’étais à l’époque sous la pression de plusieurs brigands locaux à qui je devais des dettes que je n’étais en mesure de payer. Et par conséquent je pouvais fort bien me retrouver le soir même avec une flèche plantée entre les deux yeux.
Je considérai donc ma position, et après avoir assisté à ce combat, nul doute n’était permi quant à la force de ce Chevalier. Il pouvait m’offrire protection, et son titre nous permettrait de ne jamais manquer de rien. Et à la première occasion, je pourrais fuir et recommencer ma vie ailleurs.
Du moins, c’est  ce que je me disais à ce moment là. Je ne pouvais saisir la portée de ma réponse; je ne savais encore rien de ce qui nous attendait. Ainsi, je répondis:
« Comme vous le souhaitez, Messire Argoth, je vous suivrais, en qualité d’Ecuyer  »
Dieux, si j’avais sû.
 

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1:   C’est ainsi que les habitants du Haut-Pays nommait la Chaîne de L’infini en langue ancienne. Littéralement : Les Pics du Foudroyeur.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Ganon d'Orphée le lundi 05 novembre 2007, 14:38:18
Je viens de finir de lire et ne t'attends pas à un commentaire, car je n'ai ni le talent de Pdc ni celui de Nehëmah, mais à un compliment. Car véritablement autant le texte est remarquablement bien écrit (je n'en attendais pas moins), autant l'histoire est intéressante et le dessin jolie (il est de qui d'ailleurs ? de toi ?), autant ce que je préfére c'est presque la préface et tes quelques mots sur l'histoire avant le texte x-D

Je suis épaté par ce monde magnifiquement ancré dans son histoire propre, sa géographie propre, ses héros et ses "mauvais", sa littérature, ses langues même !!!

Le fils de Tolkien, Sainteté de la Plume, serait-il parmi nous ? ;)
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Prince du Crépuscule le mercredi 07 novembre 2007, 00:45:04
Bon, arrêtons un moment de bosser et de m'épuiser, rejetons la fatigue qui m'assaille et l'insomnie qui me fait plier sous son joug cruel ces derniers temps, et employons le peu d'énergie qu'il me reste pour servir une noble cause: un pavé Crépusculien, certes plus court que certains autres, mais rien que pour toi, mon amour de Mage Vermeil! :love:

Donc avant de commencer réellement, je vais me poser pour répondre un peu. Les commentaires ne sont plus trop mon habitude, depuis une semaine c'est très long pour moi vous savez? XD
Hé, qu'est-ce que tu croyais, que j'allais te laisser en chemin mon petit Samyël? Oh! C'est PdC qui commente hein, pas un de ces freluquets à peine tombés de la dernière ondée d'automne, non mais! Et puis, j'allais pas me priver de quelque chose d'aussi merveilleux non? ;)
Mais de rien très cher, et désolé pour Rirjk (que son nom soit béni par je ne sais quelle déesse -je préfère- de ton univers, amen.), tu m'avais déjà repris au tout début, à mon premier commentaire (ça remonte hein? ^^) mais pour moi c'est un vieillard magicien ce bon bougre, et puis voilà c'est triste quoi, faudrait que la vieille Chiyo rescucite et qu'elle refasse son sort de résurrection, ce serait bien. (référence pourrie liée à l'insomnie, tu vois dans quel état je suis? Tu m'étonnes que j'écrive de ces commentaires qui durent trois plombes après, c'est la fatalité je crois que veux-tu c'est comme ça... >_>).

Enfin bref, je suis heureux d'enfin te revoir un peu, surtout pour un nouvel écrit ("pour le reste tu peux crever!" J'aurais écrit ça si j'étais méchant, mais je ne le suis pas, hein? *fait son timide comme les petites filles* Tu crois que je devrais...? *appelez l'ambulance, c'est urgent* XD). D'ailleurs, comme tu n'as pas avancé dans ton fabuleux Cycle du Rouge (t'es pas le seul, bouhouhou... T-T), je vais commenter cette fraîche nouveauté, qui ne manque pas d'intérêt! J'ai sacrifié de mes questions analytiques de littérature, de mon explication de texte en philo et de mon ô combien génial DM d'histoire pour lire ceci, je spécifie car tu devras répondre des mauvaises notes! :p

Voilà donc la première partie du pavé... *le rideau tombe, entracte*

Ah, c'était bien bon ce petit mousseux! D'Allemagne dîtes-vous? De Basse-Franconie? Je connais, c'est chouette comme endroit, d'ailleurs wissen sie, dass meine Grosseltern dort wohnen? Ja, wirklich ich bin doch nicht si dumm, um so Blöde Witze zu machen! Na ja, einfach so, ich sagte es, um Spass zu machen, sie sehen so frustriert aus. Was? Sie sind die Frau von Ganon d'Orphée? Oh, entschuldigung, ich glaube ich habe leider etwas auf'm Feuer vergessen. Auf Wiedersehen, Frau d'Orphée! Haha!... :ash: *s'éclipse*

Y a des gens je vous jure, on se demande ce qu'ils font là... V_v

Tout ça pour dire que je suis content que GdO ait posté sont deuxième commentaire ici! Les parasites, c'est pas très beau à voir et en plus... c'est collant... Brrrr *frissonne*
Enfin voilà, la vie est ainsi faite, avec son lot de bonnes/mauvaises rencontres, de gens qui n'ont rien à faire là, ou qui racontent leur vie alors qu'ils étaient venus initialement commenter aussi, si si ça existe je vous jure, mais j'en ai jamais vu encore... ;-D

(ça me fait bizarre d'écrire autant de trucs moches et inintéressants après un premier chapitre aussi épique et aussi bien présenté, je suis perclus de remords désormais. é_è)

Enfin bref, commençons au commencement! ;)
Le Chevalier Argoth... Rien que le titre et l'intitulé, comme le disait si justement et avec tant de célérité d'esprit M. d'Orphée, donnent déjà plus qu'envie de lire. Et ce dessin, cette présentation, cette manière de nousintroduire dans ton monde, comme dans une bibliothèque avec une ambiance de vieux chefs-d'oeuvre entreposés qui n'attendent qu'à ce qu'on les ouvre avec la plus extrême précaution, j'adore! ^^
Honnêtement, c'est très réussi, rien que par le contexte dans lequel tu places cette première chronique des temps anciens. Toujours ce style soigné et si prompt à dévoiler intrigue et à engager l'action, mais qui sait habilement restituer une ambiance (avec son lot de fautes et d'othographiques turbulences *rime*), atmosphère presque palpable et non dépourvue de son côté épique, de même que s'arrêter un moment pour goûter au tumulte des sentiments et des réminiscences, je ne puis qu'aimer. :) (Je fais dans le baroque en ce moment, ça se voit? ;p)

Tu m'avais déjà parlé de fables, mais je ne m'attendais pas à cela, pas à cette dimension fantastique en tout cas. Excellente surprise au demeurant! Tu es habile dans tes constructions et dans ta manière de narrer, avec un enchaînement de longues et courtes phrases, de dialogues ou descriptions puis d'un bref commentaire assez drôlesque (comme la phrase finale, poiur ne citer qu'elle ^^) ponctuées de métaphores très imagées et d'expressions qu'on dirait presque populaire, mais qui n'appartiennent qu'à toi. Et c'est en ceci que tu te révèles parfaitement amène à créer une ambiance quelque peu oubliée, restituée du fond des âges, ô combien onirique et chevaleresque. ^^ Je saisis enfin ton principal atout en terme de narration, chose qui m'avait plus ou moins échappé jusqu'à lors, comment ai-je pu être aussi aveugle? Fichtre et foutre mon graçon, tu es un talentueux conteur! Zedd n'aurait pas dit mieux. ;)
Après au niveau de l'intrigue en elle-même, je te tire la révérence, là aussi je suis impressionné. Comment suspecter, sinon par l'image (et encore, je croyais que c'était un autre personnage ou simplement une illustration d'un ennemi que le héros aurait combattu) que le Chevalier Argoth avait des ascendances reptiliennes et héroïques à la fois? J'adore! Et puis ce début, la façon dont tu fais apparaître ton héros, puis la succession d'évènements avant la bataille, la peur, le caractère lacunaire du lézard, la victoire, le renversement final... Parfait, j'attends la suite avec on ne peut plus d'impatience! Tu sais que tu m'inspires? J'ai créé un nouveau personnage après avoir lu tout ça. :<3:

Un mot encore pour conclure: continues ainsi, tu as tout le soutien Crépusculien à tes côtés et même si tu le savais déjà je te le redis, au cas où tu aurais oublié. ^^

PS: Grihm. Conte. Curieux hasard, coïncidence ou clin d'oeil? Je ne m'en suis rendu compte qu'après coup mais c'était très agréable, ça m'a ait penser aux frères Grimm, je me trompe peut-être mais je crois que ce n'était pas fait exprès. Destin, destin et influences... :)
(Rayez les bouts de phrases inutiles du début, jamais Prince du Crépuscule n'aura fait si long commentaire pour une fiction! (vous voulez que j'édite pour voir? \o/ *crève*)) Et désolé pour l'heure tardive, je vais me coucher maintenant, l'insomnie m'appelle... A bientôt! :)
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le mercredi 07 novembre 2007, 15:41:57
GdO==> Ce n'est certes pas un commentaire, mais cela m'a mis le baume au coeur :niais: Surtout la dernière phrase, quand l'on connait ton adoration pour Tolkien!^^ Merci bien donc!^^ Et je suis pareil à toi, j'adore tous ce qui est texte introductif, références extérieures etc etc Alors j'adore encore plus en faire XD

PdC==> Boudiou! Bientôt cette chère Tour va se transformer en 3615 PdC's Life (http://www.prout.com) :love: Ca me fait plaisir de voir que tu sacrifies tes devoirs à ton Mage Vermeil, merci bien :love: Par contre, pourrais-je avoir la traduction du texte allemand, où est-ce estampillé "private Joke" avec GdO? =p
C'est étonnant d'ailleurs, que tu te sois à ce point attaché à Rirjk, car à la base, ce n'était qu'un bête personnage secondaire, avec certes son importance mais voilà. ^^ Mais ça me fait plaisir et puis, qui sait? Peut être le revérrons nous un jour? :niak:
Je prends sur moi pour répondre des mauvaises notes, sois sans craintes, je rédigerais une lettre pour ça, s'il le faut :love:
Arf, les fautes :love: une grande histoire d'amour. Ceci dit, j'ai relu cette première partie plusieures fois, et j'en ai enlevé pas mal. Je m'améliore, mine de rien : p
Enfin, que dire face à ce commentaire qui me comble de joie? :love: J'e veux des pareils tout le temps, même si je sais que je me répète :love:
Quoi qu'il en soit, heureux que cette histoire te plaise, car elle me plait grandement aussi :love: Et si en plus elle t'inspire, que demander de plus? :<3:
Ha, effectivement, je n'avais pas fait moi même le rapprochement avec les frère Grimm avant que tu ne me le fasses remarquer^^ J'ai souvent tendance à l'aide de mon subconscient profond à faire des raprochements sans m'en rendre compte. Donc ce nom est d'autant plus approprié, je ne le change pas :love:

Enfin, l'histoire est loin d'être terminée, de nombreux obstacles et exploits attendent encore le Chevalier Argoth. Bon retour sur le Continent. Et bonne lecture.


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I/ L'épée du Chevalier. (Deuxième partie)



Comme je m’en doutais, Messire Argoth était un Chevalier errant, sans terre ni bien, ne possédant que son écu vierge, sa monture, sa lance et son armure. Il n’avait même pas d’épée, pourtant symbole de la chevalerie. Alors que nous trotions, lui à cheval, moi à pied, vers l’Auberge du Cor une nouvelle fois, afin de se remettre des émotions de la nuit, je le lui fis remarquer.
« Sire, vous n’avez pas d’épée. »
Il me regarda et acquiesça.
« Voulez-vous que j’aille vous en achetez une au village? Le forgeron est l’un de mes amis, je pourrais avoir un prix. »
Il me fit part de son refus en secouant doucement la tête. Et je remarquai qu’il n’avait pas de heaume non plus, encore que la morphologie de son crâne pouvait expliquer cela.
Lorsque nous arrivâmes à destination, je pris les rènes de Sor‘n   -c’est ainsi que se nommait le cheval, sûrement en hommage à Shor’n, le dieu du vent et des cieux- et les attachai au poteau prévu à cet effet.
Le soleil était déjà à la moitié de son parcour, et la chaleur était déjà accablante. Je me demandai comment Messire Argoth pouvait rester aussi serein, avec sa lourde armure, noire qui plus est. Ce devait être une vraie fournaise.
« Sire, je ne voudrais pas vous offenser, mais un Chevalier se doit d’avoir une épée. Comme le Sorcier se doit d’avoir un bâton magique. 
-Je sais. »
Je l’aidai à descendre, puis seulement après je remarquai que Messire Argoth venait de parler normalement, comme un véritable humain. Sans siffler, ni allonger les mots. Craignant de le vexer je ne le lui fis pas remarquer, mais profitai de l’occasion.
« Où allez-vous vous la procurer dans ce cas, Sire?
-Siiilenceeee… »
Je me tus. Nous entrâmes à l’intérieur de l’établissement. Michel nous salua d’un geste. Mon maître resta un moment planté sur le seuil. Il semblait chercher quelqu’un qu’il trouva rapidement. Nous nous dirigeâmes vers lui, et nous asseyâmes à sa table. C’était un vieux paysan du coin, sale, le crâne chauve et ruisselant de sueur. Il ne semblait nullement effrayé de l’apparence de Messire Argoth, au contraire, il semblait heureux de le voir.
« Ho, Sire, Sire! J’ai prié les dieux pour vous toute la nuit. Et ils n’ont pas été sourds à mes vœux!
-Mais de quoi parlez vous, vieil homme?, répondis-je 
-Les Spectres! Les Spectres! Les Douze Spectres de Minuit! Ceux qui hantaient mes champs, une fois la nuit tombée, pour venir danser leur adoration aux démons! Nous n’en dormions plus, mais votre maître nous en a débarrassé! Ho, Messire, je ne sais comment vous remercier! »
Ainsi c’était donc ça. Messire Argoth était allé au devant du danger en sachant pertinemment ce qui l’attendait. En repensant à ces fameux cavaliers, je ne pus réprimer un frissonement d’angoisse, et dans le même temps je ne pouvais qu’admirer la force et le courage de mon maître.
« Nous n’avons plus grand-chose, à cause des fantômes. Mais je vois que vous n’avez pas d’épée. Je peux peut être vous aider à en trouver une. »
Messire Argoth acquiesça, pour l’inviter à poursuivre.
« Quand j’étais enfant, mon grand père me raconter souvent une histoire. Elle dit qu’au sommet du plus petit pic des Khaz’Khoradan, vit dans une grotte un grand Enchanteur. La légende dit qu’il confectionnerait une lame magique au premier héros qui sortirais vainqueur de son épreuve. Cependant, atteindre son repaire n’est pas chose aîsée, car l’on dit que de sombres créatures rôdent sur le versant des montagnes à la nuit tombée. Mais vous m’avez l’air brave et sans peur. Peut être pourriez vous essayer de trouver l’Enchanteur. »
Oui, le vieil Enchanteur du Petit Pic. Je connaissais l’histoire. Mais je ne lui accordais aucun crédit, ce n’était que fabulations de vieillards superstitieux. Du moins, l’aurais-je considéré de ce point de vue avant la nuit de la veille.
Messire Argoth se leva alors, et serra l’épaule du fermier. Puis il m’indiqua la sortie et nous quittâmes les lieux. Une fois dehors, et alors qu’il enfourchait sa monture, je lui demandai.
« Où allons nous, Sire? »
Il me considéra d’un air étonné, comme si la réponse était évidente. Il tendit le bras derrière lui, pointant du doigt la silhouettes déchiquetés des Khaz’Khoradan. Ce que je redoutais. Ainsi il avait crû à l’histoire du vieux fou. Je grimaçai; puis tentais d’en dissuader mon maître. Lorsque qu’il siffla, je me résignai.

Les Khaz’Khoradan ne se trouvaient qu’à un jour de cheval de l’Auberge du Cor Argenté, et le Petit Pic à une supplémentaire. Nous fîmes route toute la journée, ne nous arrêtant qu’à midi, lorsque la chaleur ne nous permettait plus d’avancer.
Nous traversâmes les champs, puis la campagne, et enfin nous trouvâmes à l’orée du bois de Tarask, celui où jamais personne ne s’aventure, où nul chemin n’est tracé, nul sentier dessiné. Le bois dans lequel vivait la bête de Tarask.
Il émanait de ces bois une étrange moiteur, qui vous glaçait les os et vous nouait les entrailles. Aucun animal saint n’y vivait, et on affirmait que de nombreux démons, appelés par le chant de Tarask, y résidaient, dansant la nuit au milieu des grands arbres, chantant la mort et le Mal, en échangeant maints maléfices avec les Sorciers et les Sorcières du pays.
Il y avait une source, au fin fond des bois de Tarask. Une source dont les eaux étaient si noires que nul reflet ne s’y voyait, nul poisson n’y nageait. Et dans ces eaux, dormait la Tarask. Personne n’avait jamais vu la bête, mais tous savaient qu’elle existait. La légende disait que dans l’autrefois luxuriante forêt de Disëry vivait un Magicien, bon et plus sage que le plus vieux des hommes. Il veillait sur la flore et sur la faune de son domaine, leur assurant protection et prospérité. Ce Magicien vivait seul, car malgré sa bonté, nulle femme ne l’aimait. Nul ne venait lui rendre visite, et il finit par mourir de chagrin et de solitude. C’est pourquoi un jour, une fois minuit sonnée, il se rendit à la source claire de la forêt de Disëry, et là pria les dieux de lui donner un fils. Un enfant qu’il pourrait élever et chérir, afin de ne plus jamais souffrir de la solitude. Malheureusement, le démon Daz’Raël l’entendit avant eux, et prit la forme d’un loup blanc afin de tromper le vieux Magicien. Il s’approcha de l’homme éploré, et laissa choir de sa gueule les linges d’un nouveau-né. Le vieil homme, ne voyant le mal dans la blanche fourrure de l‘animal, crû à une intervention divine et remercia mille fois, et mille fois encore le démon. Mais lorsqu’il prit le corps maigre de l’enfant dans ses bras, il remarqua alors qu’au lieu d’un beau bébé, ce n’était là qu’une créature difforme et boursouflée, parodie d’humanité. Apeuré, le Magicien noya la chose dans la source, qui aussitôt devint noir. Puis il prit la fuite. Le démon, furieux, lança à sa poursuite ses fidèles serviteurs, qui mirent le pauvre homme en pièce. Depuis ce jour, la Tarask2  hante la source, et ses pleurs, pareils à un chant merveilleux, charment les voyageurs et les attirent dans la noirceur de ses flots, où elle les dévore. La douce forêt de Disëry devint les sombres bois de la Tarask, et nul ne la traversa plus jamais. L’on dit que le Magicien, dans sa hâte, laissa derrière lui de fabuleux trésors, que la Tarask garde avec amour, en souvenir de son défunt père.
« Le chemin continue par le Sud et longe les bois, indiquai-je à mon maître »
Il secoua la tête; il semblait vouloir prendre par la forêt. Certes le chemin était plus rapide, mais seule la mort nous attendais là bas.
« Messire, vous n’y pensez pas. Aucun des guerriers, des chevaliers qui se sont aventurés par là ne sont jamais revenus! Prenons la route du Sud. Cela vaut mieux. »
Sans m’écouter, il talonna Sor’n. Je le regardais s’enfoncer sous les cimes sombres des arbres, hésitants. Ho, certes, j’aurais pu le quitter là, retourner chez moi et essayer de rembourser mes dettes. Certes cela aurait sûrement mieux valu, mais, tiré par quelque force invisible, je m’engageai à la suite de Messire Argoth. Je ne tardai guère à le rattraper, il m’avait attendu un peu plus loin. Jamais je n’ai sû pourquoi il m’avait choisi. Jamais je n’ai su ce qu’il pensait de moi. Pourtant il m’attendait, toujours, comme s’il savait que je finirais forcément par revenir vers lui. Ce que je fis à chaque fois.
Il me tendit une torche allumée, car l’obscurité s’épaississait rapidement. Sor’n, à l’aide de son buste puissant et de ses pattes robustes, traçait un chemin à travers la végétation, que je suivais d’un pas peu assuré; je regardais nerveusement partout autour de moi, m’attendant à voir surgir de derrière chaque tronc un fantôme, un démon, ou quelque monstre que ce fût. Les bois de la Tarask étaient silencieux, et nous progressâmes avec la plus grande discrétion. Il y faisait froid, très froid, et ce changement radical, après la canicule de la campagne, me surprit grandement. J’avais l’impression de sentir le souffle méphitique de la bête à chaque bouffée d’air; d’entendre des rires étouffés, des murmures étoffés, là haut, dans les ténèbres des cimes.
Messire Argoth lui, avançait, serein, calme, détendu, intouchable, comme à son habitude. Je ne pouvais que l’admirer une fois de plus.
C’est alors que nous l’entendîmes. Le Chant de la Tarask. C’était une mélopée fascinante, hypnotique, belle, douce, apaisante. Mais à quelle point triste et mélancolique. Les arbres eux même vibraient, comme répondant à cet appel. Je me souviens avoir baissé ma torche, et pivoté dans la provenance de cette complainte merveilleuse. Je n’avais plus qu’une envie, suivre ce chant, et réconforter la pauvre créature.
Le maléfice fut brisé lorsque Messire Argoth posa sa main sur mon épaule. Aussitôt, je retrouvai mes esprits. Et je me bouchai les oreilles. En vérité, le Chant de la bête n’avait rien de mélodique. Ce n’était que borborygmes, raclements, bruits fangeux et dégoûtants, viscosités sans nom. Comment avais-je pu être à ce point tromper? Une autre interrogation me vint en tête: Pourquoi Messire Argoth en était-il immunisé? Pourquoi savait-il guérir, de surcroît?
L’on dit des Chevaliers que se sont des hommes bénis des dieux, introduits sur les terres des hommes pour protéger les peuples et les rois des maléfices des entités Démoniaques. Peut être était-ce vrai après tout.
Messire Argoth me fit signe de le suivre, et nous nous enfonçâmes dans les bois vers la provenance du son, et donc de la source maudite. Étrangement, le lieu ne me paraissait plus si oppressant, ni si angoissant. Sûrement que cela avait à voir avec mon Maître. Il émanait de lui une aura de calme et de sérénité, de confiance et de force.
« Regarde, me fit-il »
Il écarta une branche d’arbre, et révéla à ma vue une petite clairière d’herbes hautes; balayée par des vent qui, en s’engouffrant dans les feuillages, produisait des bruits semblables aux plaintes de quelques malheureux. Et au fond du lieu, se trouvait une source. Quelques gros rochers recouvert de lichen et de mousse formaient les falaises miniatures d’une cascade tout aussi petite. Et à leur pied, un plan d’eau, immobile et lisse comme un miroir. Et son eau était noire, noire, d’un noir comme je n’en avais encore jamais vu.
La bête s’était tue. Tout était immobile. Tout était calme.
Messire Argoth s’avança, m’intimant d’un geste de rester à ma place. Je le regardais avancer, empli de doutes et d’angoisses. Arrivé à peu près à la moitié du chemin qui le séparait de la source, il mit pied à terre, sans prendre ni son écu, ni sa lance. Il marcha, droit et confiant, jusqu’au bord des flots.
C’est alors que Tarask apparut. Doucement, une gueule hideuse, et léonine, creva la surface. Elle surmontait un cou immense, grêle comme celui d’un poulet, mais écailleux comme le corps d’un serpent. Ses yeux fou se fixèrent sur Messire Argoth, et de sa bouche dentées de lames de poignards, sortaient miasmes et purulences, qui gouttaient dans l’eau en fumant.
« Qui ose? Qui ose pénétrer en mon domaine?
-Moi, répondit mon Maître d’une voix assurée, et pareille à celle d’un humain, comme cela lui arrivait de temps à autre.
-Et qui es-tu?  
-Je m’appelle Argoth. Je suis Chevalier.
-Chevalier? »
La bête rit, d’un rire gras et écœurant. Son cou se déplaçait le long de l’onde, sans troubler sa plate immobilité.
« Pourquoi ris-tu?
-Nombres de tes semblables se sont présentés à moi, tous prétendaient être comme toi, Chevalier. D’aucun à péri, de vouloir me défier. Et toi, Chevalier d’écaille et de maille, que me veux-tu?
-Je suis venu ici pour te défier.
-Mouharfharfharf (c’était à peu près ce que faisait Tarask quand elle riait), soit. Prépare toi à mourir.
-Ho, nul doute que je périrais face à toi. Mais regarde moi, je te pris, de plus près. Je me présente à toi sans armes ni écu. Mon destrier est plus loin. Oui, assurément tu me tuerais sans le moindre effort, et pourrais me dévorer afin d’étancher ta faim. Mais tu n’en tirerais nulle gloire.
-Je me fiche de la gloire.
-M’accorderais-tu une faveur? »
Je hoquetai de surprise. Etait-il sérieux? Tarask inclina la tête sur le côté, semblant réfléchir.
« Je t’écoute, mais fais vite, mon ventre crie famine.
-Je convoite le trésor que tu gardes. Mais pour le moment il m’est impossible de te combattre pour m’en emparer. Laisse moi franchir tes bois, ainsi qu’à mon écuyer. Je promets de revenir avant la nouvelle lune. Je te combattrais alors, et tu me tueras et me mangeras.
-Pourquoi devrais-je attendre, alors que je peux te manger tout de suite?
-Tu me trouverais indigeste.
-Et pourquoi cela?
-Car je n’aurais pas bougé, et mes muscles seront rigides et dures comme la corne. Alors que si tu accède à ma requête, je reviendrais, je te combattrais, et ma chaire sera tendre et douce comme celle d’un agneau. »
Tarask sembla considérer cette option, pesant le pour et le contre. Puis son long cou commença à s’enfoncer dans l’eau, tandis qu’elle répondait.
« Soit. J’accède à ta demande, Chevalier. Tu peux traverser mon domaine sans crainte, nul mal ne te sera fait. Mais attention, si une fois la nouvelle lune haute dans le ciel, tu n’as pas tenu ta promesse, tu seras maudit, et la meute infernale de mon père viendra te dévorer dans ton sommeil. »
Messire Argoth s’inclina, poliment, face à ce monstre épouvantable.
« Sois sans crainte, j’honorerais mon serment.
-Je te le souhaite vivement, Chevalier, je te le souhaite vivement… »
Puis la bête disparue sous la surface, sans la moindre ondulation. Messire Argoth pivota et enfourcha Sor’n de nouveau.
« Allons, Ecuyer, dépêche toi, le temps nous est compté, me dit-il »
Puis il reprit sa route, et moi derrière lui. Les Khaz’Khoradan nous attendaient.  

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2: Littéralement : "Bête Noyée"
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Ganon d'Orphée le mercredi 07 novembre 2007, 16:00:20
Hé bien, tu aurais du vivre au Moyen-Age, ainsi nous aurions à notre époque de multiples légendes estampillés Samyël, telle un légendaire Chrétien de Troyes. J'avoue que la première partie est normale, rien de bien particulier c'est juste ce chevalier sifflant qui vient dans une auberge puis paf, encore une légende (jamais vu autant de légendes moi ^^), et en plus une légende qui régle un problème cruciale : car Argoth n'a pas d'épée, et c'est très bien trouvé car un chevalier sans épée est comme un magicien sans baton magique pour citer un auteur de ma connaissance ^^.

Puis cette bête de Tarsak (on dirait que tu aime les bois sombres, car après les bois de Solenea avec les arbres sérés et les légendes ténèbreuses, on retrouve encore un bois ténèbreux ^^), la légende (+1 encore ^^) est très belle, on début on croirait que c'est une légende très naïve, puis au fur et à mesure elle devient bien trouvé puis après ... la naissance d'une nouvelle espèce de Sirène. Je ne doute pas que tu t'es inspiré du chant des sirénes pour le chant de Tarask, d'ailleurs Argoth y étant insensible me fait penser briévement à Ulysse, deux héros ^^.

Puis ce chevalier sans épée qui utilise la ruse (bon après tout sinon il se fait bouffer donc c'est compréhensible ^^) c'est malin je trouve, le chevalier Argoth est rusé, il semble donc ne pas avoir besoin d'épée. Inventerais-tu une nouvelle espèce de chevalier ? Chevaliers pacifistes, sans armes mais rusés ?

Bon, et bien vivement la suite (pour ton information, je n'ai aussi rien compris à la phrase de Pdc ^^ Pourtant je suis Germaniste).

P.S : et encore un nom "Tarsak" qui signifie quelque chose. J'avoue que cette légende me plait bien par son aspect "inscrit dans l'univers du Cycle mais indépendant".
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Nehëmah le mercredi 07 novembre 2007, 18:42:50
Ah, j'arrive enfin après mes nombreux commentaires !
Donc, donc, donc. Nous n'avons pas droit à l'histoire de Samyël... Tant pis, nous en avons une presque mieux pour compenser !

Je m'excuse d'avance du commentaire sûrement bref que je vais faire puisque j'ai déjà beaucoup donné pour les compères PDC et Gd'O (et avec GMS ça fait trois noms à rallonge qu'il est plus facile de racourcir).

Déjà le commencement : la manière d'amener l'histoire, ce que le Prince soulignait en parlant du contexte, et bien je dois avouer que c'est sacrément plaisant. Tout comme lui, je ne m'attendais pas à ce qu'Argoth soit ce lézard peu rassurant. Et c'est là-dessus que repose tout le génie ! Ce Argoth, bon sang, mais quelle classe ! T'aurais dû t'appeler Great Knight Argoth (même si GMS rend mieux que GKA) car bon sang... Un chevalier lézard c'est relativement cool (oui désolé pour le qualificatif pourri). Il déborde de classe, ce qui est d'autant plus démontré que ce brave écuyer le suite bien souvent sans raison tout en se demandant "ben zut pourquoi je le suis déjà ?". Argoth transpire la confiance, la générosité, la loyauté, l'honneur. Par ailleurs, je reste persuadé que le chevalier n'est pas forcément rusé et que sa requête présentée à la Tarask (comme dans Final Fantasy 9 ? :niak: ) n'est ni plus ni moins que d'ordre pratique. La morale de ce chevalier est à toute épreuve.
Mais alors... Avec autant d'atouts, pourquoi est-ce un lézard ? Je crois que cet Argoth cache un passé douloureux qui nous sera dévoilé en temps voulu.
Egalement, les diverses histoires qui se greffent à l'intrigue générale, elle-même greffée à ton monde si particulier donne forcément matière à l'admiration. L'histoire touchante de la Tarask notamment.
J'espère que cette histoire aura des conséquences (même implicite) sur celle du petit Samyël.

Bref, j'applaudis l'évolution de ton monde absolument maîtrisée et attends la suite de ce somptueux chevalier avec impatience !
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Prince du Crépuscule le jeudi 08 novembre 2007, 23:51:05
Ravi que mon interminable commentaire t'aie plu à ce point, ce n'était pas voulu à la base que ce soit si long, mais on ne change pas un Prince du Crépuscule je suppose, surtout quand il parle de l'oeuvre de son cher Mage Vermeil n'est-ce pas? :love:

Pour que tu comprennes (et Gd'O accessoirement, honte à lui d'ailleurs \o/), je vais traduire ce passage de mon délire (car ce n'était pas autre chose, mêlé à un enthousiasme plus que débordant et à une fatigue écrasante XD) en Allemand, dont M d'Orphée ne connaît pas les origines, et je dois dire que moi non plus... Enfin, voici que voilà la traduction:
"D'ailleurs savez-vous que mes grands-parents habitent là-bas? Mais oui, vraiment, je ne suis pas bête au point de faire de si vieilles blagues! Oh oui, juste comme ça, j'ai dit ça seulement pour amuser, vous semblez si frustrée... Quoi? Vous êtes la femme de Ganon d'Orphée? Oh, pardon, je crois que j'ai malencontreusement laissé quelque chose sur le feu. (Vraiment bête hein? XD) Au revoir, Madame d'Orphée! Haha!... :ash: *s'éclipse* "

Pitoyable je sais, j'aurais mieux fait de ne pas l'écrire, mais bon c'était une soirée spéciale on va dire... Je suppose qu'on en a rien à faire maintenant non? ;)
Et puis oui, tu m'inspires mon cher, j'ai créé un personnage (enfin plutôt à demi, puisque je savais en gros à quoi il allait ressembler) juste après avoir lu cette merveille, et quand tu connaîtras ce personnage, crois-moi tu te rendras compte que j'étais vraiment dans une soirée spéciale! ^^

Ah, et pour information, je ne sais pas si tu as remarqué, mais moi et les personnages secondaires c'est une histoire d'amour, je l'appréciais beaucoup ce cher Rirjk. Et puis n'en as-tu pas une preuve des plus flagrantes avec une certaine inconnue de mon Chant de l'Ombre hein? Non, non, tu ne la connais pas, elle se nomme Aylinn... joli prénom n'est-ce pas? ;)

Trêve de palabres, passons à un petit commentaire d'agrément (quand je dis ça, c'est toujours le moment où je m'étends le plus, je m'attends au pire ='D), parce que j'ai peur de m'épuiser au ryhtme auquel ces suites paraissent (pas que ça me dérange, juste tu me connais j'aime bien être posé tout ça ^^), et puis il y a le reste aussi. Je ne m'engage pas pour rien moi, même si je commentais déjà bien avant. ^^

Donc, que dire.... Mais que cette deuxième partie est tout aussi géniale, voire plus que la précédente! J'adore ce chevalier Argoth et son écuyer, cette histoire onirique, renvoyant à foule de références, ça me plaît au plus haut point. Je garde tout de même une préférence pour les aventures de ce cher Samyël, mais je ne m'inquiète pas trop pour ça je sais que tu poursuivras te connaissant relativement bien. Continue en tout cas, c'est tout le bonheur que je nous souhaite à tous et moi en premier! J'admire presque tout autant ta maîtrise et l'histoire de ce conte chevaleresque et original que ton Cycle du Rouge en lui-même, c'est pour dire. :)
Tu es étonnant et débordant d'imagination, ha mon instinct ne s'était pas trompé en me poussant à te lire cet heureux jour de mars je crois. Béni soit-il! Tu es tout simplement doué et tu réserves bien des surprises, certes tu as un tout autre style que moi et une autre manière d'aborder les situations et les personnages, mais c'est tant mieux! (heureusement je devrais dire, je sais pas si je te lirai dans ce cas >_> avec un brin d'orgueil je dirais que ça m'embêterais un peu de savoir que quelqu'un écrit comme moi de nos jours, enfin bref on s'en fiche, mais les divagations chez nous c'est une habitude tellement courante! :love:)

Que dire d'autre sinon que l'étendue de ton monde m'émerveille, inscrivant ses propres légendes dans d'autres mythe, eux-mêmes faisant subtilement référence à la réalité et s'insérant dans l'histoire principale? Rien, c'est génial et je ne vais pas t'assommer plus longtemps, sinon pour maintenir que cette ambiance purement épique et merveilleuse m'éblouit par son inventivité et sa maîtrise, ça sent l'inspiration brute tout ça, ces douces exhalaisons vont-elles encore me pousser à écrire jusqu'à des heures déraisonnables, comme hier et avant-hier? Ce ne serait pas judicieux, pour mon propre bien, mais que n'y suis-je poussé! Et puis ces deux personnages, ce héros débordant de classe et de sang-froid (normal pour un reptile non? ^^), cette atmosphère moyen-âgeuse... Je m'abandonnerais volontiers à me laisser voguer contemplativement dans ces eaux douces et cette légende du Tarask, c'était très beau honnêtement. Ce changement d'état, la séduction puis le repoussement, la laideur après la bauté, une certaine part d'illusion, puis la ruse du chevalier. Cette poésie faussement naïve aussi, révélant peu à peu tout sa réelle profondeur, j'en suis tout remué. :niais:

Ce ne serait peut-être que flatterie causée par mon exaltation démesurée, et je sais que je m'égare trop en ce moment sentimentalement (Aylinn, arrêtes de me déteindre dessus voyons =D), mais il me faut te le dire, et maintenant... J'en suis persuadé, tu feras un bien meilleur auteur que moi, et je suis vraiment empli de la plus grande des fiertés de t'avoir côtoyé, d'avoir pu goûter à ces oeuvres fabuleuses et d'avoir pu passer d'aussi bon moments en ta compagnie. :<3:  
Autre chose aussi... Tu me manques...
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le dimanche 11 novembre 2007, 13:39:05
GdO==>Oui, j'aime bien les bois sombres, elles ont souvent tendance à abriter moult créatures plus monstrueuses les unes que les autres, cristalisant ainsi les peurs secrètes des hommes :niak: C'est bizarre, j'ai beau avoir écrit le texte, je n'ai pas pensé une seule fois au chant des Sirènes XD Comme je l'ai déjà dit, je suis souvent aidé de mon subconscient profond qui associe des choses entre elles sans que je ne m'en rende compte :niak: Ceci dit, j'aime bien, je n'avais pas vu cela sous cet angle, mais ça me plaît :niak:

Cependant, comme Nehëmah l'a dit, Argoth ne ruse pas avec Tarask, en effet, il remet à plus tard le combat par pure nécessité, car ne possédant pas d'épée :niak:
Et effectivement, Tarask signifie quelque chose. Elle est inspirée de la Tarasque, fille du Leviathan et de la Bounge Orientale, qui vit dans les "bois noirs" de Nerluc, entre Arles et Avignon, vers le Rhône. :niak: D'ailleurs, une ville française a hérité de son nom: Tarascon :niak:

Nehëmah==>On va bientôt pouvoir monter "Le Club des Hommes de Trois Lettres" :niak:
Hé bé, ca c'est ce qu'on appelle une éloge :niak: Un grand merci donc, ça m'a fait chaud au coeur  :$
Oui, LCA aura des conséquences sur le Cycle, mais je n'en dis pas plus pour le moment :niak:

PdC==>Effectivement, je ne connaissais pas cette brave Aylinn... Tu me la présentes? :arrow:
Ne t'en fais pas, la parution de suite pour LCA devrait être plus posée à présent, j'ai sorti les deux premières assez rapidement, parce que j'ai voulu écrire un maximum avant la reprise ^^
:love: Holala, c'est trop de compliments pour moi :love: Je ne puis que dire merci :<3:
Quant à ton affirmation en fin de commentaire, permet moi d'en douter :love:

Bref, je vous sens impatients de connaître la suite, non? :niak: Alors c'est partie!


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I/ L'épée du Chevalier. (Troisième partie)


Le silence était impressionnant. Ceci était d’ailleurs d’autant plus étrange que tout autour de nous la foudre se déchaînait, les éclairs frappaient le sol en de sauvages explosions. Mais pas sur les versants du Petit Pic. Ici, tout était calme. Nul son ne venait perturber la sérénité du lieu, si ce n’était le bruit réguliers des sabots de Sor’n. Cela était sûrement l’œuvre de l’Enchanteur.
Nous grimpions avec peine, la pente était très raide, faite non de terre mais de milliers de petits cailloux qui roulaient sous nos bottes. Messire Argoth allait à pied, préférant mener sa monture par la bride plutôt que de courir le risque d’une chute.
Je ne pouvais m’empêcher d’admirer les traits foudroyants qui lardaient le ciel d’intenses lumières, sans pourtant avoir l’impression qu’ils existaient. C’était vraiment perturbant. Nous marchions en silence, de peur de briser ce silence imposant. Contrairement à ce qu’avait dit le vieil homme de l’auberge, le Petit Pic n’abritait nulle créature, pas même quelques bouquetins ou lapins.
Nous arrivâmes finalement au sommet, qui était plat. Là, nous avions vu sur tout le Haut Pays, et à l’horizon, la grande plaine de l’Arch’Land. A l’Est, l’océan. Le ciel était noir, comme toujours au dessus des Khaz’Khoradan. On disait d’ailleurs à ce propos que c’était la gueule d’une créature titanesque qui vomissait ces éclairs sur le monde.
Mais ce n’était pas là la chose la plus étrange. Devant nous, se dressait une porte. Une simple porte, à peine plus haute qu’un homme, faite de bois verni. Elle tenait dans le vide, sans murs ni sol pour la maintenir.
« Quel est donc ce sortilège!, m’écriai-je aussitôt »
Messire Argoth s’approcha. Il l’étudia un long moment, tournant autour, touchant le chambranle, le battant. Puis il me regarda, et je secouai la tête. Il frappa, doucement, sept coups.
Honnêtement, je m’attendais à ce que nous pérîmes, sous une boule de feu, un souffle glacé ou que sais-je encore. Au lieu de ça, une voix, sortie de nulle part, répondit:
« Entrez, c’est ouvert ».
Messire Argoth planta sa lance dans le sol mou, puis y attacha Sor’n. Il se saisit de son écu, puis poussa la porte vers l’intérieur. Il n’y avait rien, si ce n’était une forte lueur blanche. Sans hésiter, mon Maître s’y engouffra et disparu, en m’aillant auparavant fait signe de le suivre; ce que je fis.
Lorsque je passai dans l’ouverture, j’éprouvai une sensation étrange, comme un picotement dans tout le corps. Presque aussitôt, je me retrouvai dans une vaste salle, aux murs de pierres vertes décorés de tableaux, de tapisseries, et de moult autres choses propres aux gens de magie. Un véritable brasier brûlait doucettement dans un grand âtre, répandant une chaleur plus que bienvenue après le froid de la montagne, et nous foulions aux pieds un magnifique tapis de laine colorée, décoré d’arabesques et de symboles cabalistiques.
Dans le fond, face à nous, un homme sans âge siégeait sur un trône immense, en or et en pierreries. Il était vêtu d’une robe bleue sombre, et d’un large chapeau pointu de même couleur. Il fouraillait dans sa barbe fournie, qui lui tombait sur la poitrine. Il avait l’air intrigué, en nous observant.
« Qui êtes vous?
-Je suis le Chevalier Argoth.
-Argoth? Je ne connais pas ce royaume. Qui sers-tu?
-Personne. Argoth est mon nom.
-Tiens donc, un Chevalier Sans Terre. Voilà qui est étrange. Que viens-tu faire en ma demeure, Chevalier?
-L’on m’a parlé de vous.
-Et que t’as-t-on dit de moi?
-Que vous pourriez peut être me fournir une épée.
-Je le peux.
-Je vous le demande, donc.
-Sais-tu combien de guerrier comme toi se sont présentés à moi, tous me mandant la même chose?
-Je crains que non.
-Je dirais une bonne centaine. Tous sont repartis bredouille. Pourquoi en irait-il autrement avec toi?
-Vous seul avez la réponse.
-Certes. Je te concède cependant un avantage sur tes prédécesseurs. Tu es le seul à avoir frapper avant d’entrer. En cela tu es plus proche de ta quête que tous les autres. La politesse est une des nombreuses vertu de la chevalerie, les hommes n’ont que trop tendance à l’oublier. »
Messire Argoth s’inclina.
« Tu désires l’une de mes épées.
-Assurément.
-Fort bien. Sache cependant que mes lames ne sont faites que pour des hommes pouvant s’en montrer digne. Crois-tu être de ceux-là?
-Je le pense.
-Alors tu devras le prouver. Dans ma cave vit une bête, qui depuis trop longtemps me gène. Débarrasse m’en, et j’accéderais à ta requête. »
Mon Maître s’inclina de nouveau.
« J’ai un souci cela dit, sans vouloir vous importuner. J’ai attaché ma monture à la hampe de ma lance, et je me retrouve ainsi désarmé.
-Et tu espères donc que je vais te fournir une arme?
-C’est cela même.
-Tu es audacieux, Chevalier… Tiens, voilà pour toi.
-Un couteau?
-te plains tu?
-Non, non, mille excuses, je ne voulais pas paraître grossier. Cela me convient parfaitement. Où se trouve votre cave? »
L’Enchanteur se leva, puis se dirigea vers le mur de gauche, sur lequel il passa la main un bref instant. Une porte dérobée se révéla dans un crépitement d’étincelles mauves.  C’était une porte toute simple, sans ornements. Messire Argoth l’ouvrit, découvrant un escalier de pierre qui s’enfonçait en tournoyant dans les profondeurs de la montagne. Enfin, si toute fois nous y étions toujours. Aussitôt, des râles d’une extrême violence nous parvinrent.
« Je vous souhaite bien du plaisir, dit l’Enchanteur avec un petit sourire. »
Mon Maître hocha la tête, puis m’intima de le suivre en me jetant un regard. Il récupéra la torche qui flambait sur le mur, puis commença la descente. L’escalier était étroit, raide et glissant. Au fur et à mesure que nous nous enfoncions, les cris de la bête s’amplifiaient. Messire Argoth tenait fermement son arme de fortune, et gardait son flambeau à bout de bras pour bien éclairer le chemin.
« Messire, quel peut bien être ce monstre, pour faire pareille cacophonie, demandai-je »
Il secoua la tête sans répondre, comme à son habitude.
Je perdis vite la notion du temps. Les marches se succédaient avec une lente monotonie. Des dizaines, des centaines, des milliers. Plus nous approchions de notre but, plus la chaleur s’intensifiait. Soudain, Messire Argoth se stoppa,
« Sommes nous arrivés? »
Il me fit signe que oui. En effet, je n’entendais plus les cris de la choses. Face à nous s’étendait une très vaste salle, littéralement plongée dans les ténèbres. On n’y voyait goutte, une fois le regard en dehors de la sphère de lumière qu’émettait le flambeau.
Je la percevais. La respiration lente et puissante de la bête. Elle se tapissait dans le noir, sûrement attendait-elle le bon moment pour fondre sur nous. Malgré moi, je reculai de quelques pas. Messire Argoth agita la torche devant lui, essayant tant bien que mal d’y voir un peu plus. Sans succès. Alors il rejeta le bras en arrière, et, comme pour son combat avec les Spectres, lança loin la torchère. Elle voleta un moment dans les airs, perçant les ombres, puis retomba sur le sol nu en roulant un peu.
Le monstre, car s’en était vraiment un, était immense. J’estimais à [à] peu près deux mètre quatre vingt sa hauteur. Il possédait un long corps de serpent, couvert d’écailles verdâtres et répugnantes, suintantes une liquide ignoble et épais. Sa tête oblong se finissait par un bec d’oiseau encore maculé de sang et garni de crocs monstrueux. Ses yeux, petits et vicieux, rougeoyaient dans la pénombre. Sa queue fouettait l’air, terminée par un dard impressionnant d’où s’écoulait un poison mortel. Ses pattes puissantes étaient celles d’un aigle, et ses serres raclaient la pierre avec impatience. La bête n’avaient pas de pattes à l’avant, mais une paire d’ailles membraneuses, à la manière des chauve-souris.
Elle rugit alors, secouant les fondations de l’endroit où nous nous trouvions. Messire Argoth s’avança. Il inspira profondément, puis cria à son tour, mais ce n’était pas là le cri d’un homme, ni celui d’un monstre, mais celui d’un animal, noble et fier, sans peur ni vices. Je craignais pour mon Maître. Malgré toute sa vaillance, je doutais que sa malheureuse dague puisse entailler la peau épaisse du monstre.
Lui ne se posait pas autant de questions. Il se mit à courir vers son adversaire, son écu devant lui. Le combat s’engagea ainsi. Ce fut une lutte acharnée, brutale, nerveuse et sanglante. Messire Argoth se déplaçait vivement afin d’éviter les morsures, les griffes, les piqûres, et les flots de miasmes que la créature inhalait à chaque souffle. Il dut souvent utiliser son bouclier, qui s’endommageait un peu plus à chaque choc. Son armure également reçut de nombreux coups, qu’elle absorba. Jouant habilement de son arme, Messire Argoth infligea blessure sur blessure, entaille sur entaille, et la bête ne tarda guère à saigner abondamment, en poussant des cris de douleurs abominables. Finalement, voyant sa fin proche, elle tenta de s’envoler vers les hauteurs de la salle, pour se mettre à l’abris. Mon maître s’agrippa à l’une de ses pattes, et escalada petit à petit le corps reptilien du monstre, se protégeant de la queue empoisonnée à l’aide de son écu. Lorsqu’il fut sur sa tête, il leva haut son couteau, puis le planta avec force. La créature hurla une seule fois, et de sa gueule jaillirent des torrents de muqueuses, de boue, et d’autres choses encore plus ignobles. Puis, lentement, elle bascula dans le vide, et s’écrasa sur le sol, soulevant un nuage de poussière.
Messire Argoth était victorieux. Nous entendîmes alors des applaudissements. L’Enchanteur était là, assis sur son trône, et souriait. Nul doute qu’il avait usé de magie pour arriver ici en aussi peu de temps.
« Je suis impressionné, Messire Argoth. C’était un beau combat. Vous m’avez donné la preuve que j’attendais. Je forgerais votre épée. »
Mon Maître se tapa la poitrine du poing en s’inclinant.
« Ce monstre s’appelait Wyvern. Cela faisait des années qu’il m’importunait, saccageant ma demeure, troublant mon sommeil et dévorant mes gens. A présent tout va rentrer dans l’ordre. »
L’Enchanteur frappa dans ses mains. Aussitôt, des centaines de torches apparurent sur les murs, inondant la salle d’une lumière orangée. Sous nos yeux ébahis, ce qui n’était qu’une vaste cave vide et froide se changea en une bibliothèque somptueuse. Les grandes étagères jaillissaient des murs, les longues tables d’étude poussaient du sol, recouvertes d’un fatras de parchemins et de vieux ouvrages reliés de cuir, les alambics et les fioles colorées voletaient dans les airs pour venir atterrir dans de grands coffres finement travaillés. Un forte et plaisante odeur de papier vint rapidement agréer nos narines. Des armures décoratives s’assemblèrent d’elle-même pour venir se placer le long des murs. C’en était merveilleux, un véritable prodige de magie.
« Monseigneur, sans vouloir paraître grossier, dis-je, pourquoi ne pas vous en être débarrassé vous-même, vos pouvoirs sont immenses!
-Je ne pouvais pas. Ma magie n’avait nulle emprise sur lui. Toutes mes belles arcanes ricochaient sur son corps.
-Comment est-il arrivé ici?
-Wyvern était le fils du grand dragon Sigür, qui dort dans les profondeurs des Khaz’Khoradan. C’est lui que me l’a envoyé pour me punir d’avoir élu domicile sur son territoire. Mais n’en parlons plus, tout cela est fini à présent. »
L’Enchanteur se leva de son trône puis se dirigea vers le corps encore fumant de la bête occise. Il fit quelques gestes étranges dans les airs, et une hache énorme apparue dans ses mains, qu’il tendit à Messire Argoth.
« J’ai besoin du bec de Wyvern pour votre épée. »
Mon Maître se dépêcha de découper le précieux ingrédient à grands coups de hache.

« Du Minerai de Naïn pour une lame fine et éternellement tranchante.
De l’Alliage de roches pour sa résistance et son équilibre.
De l’or pur, pour une garde sans faille qui éclaire les ténèbres.
Un rubis pour une parure qui canalise les Arcanes.
Et de l’Ivoire de Dragon pour un manche solide et fidèle, qui guide le bras et l’esprit. »
Devant nous, sur un établi de fer, s’étalaient tous ces matériaux, plus rares les uns que les autres. L’Enchanteur les désignaient un à la fois, pour nous expliquer leur fonction. Puis il commença la fabrication. A l’aide de quelques mots de pouvoir, il fit apparaître un petit marteau duquel émanait une lueur orangée. Sa tête et son manche étaient couverts de runes et de symboles.    
Le mage travailla d’abords longuement le minerai, à grand coup de son marteau, qui projetait de nombreuses étincelles colorées à chaque choc. Tout en s’agitant, l’Enchanteur psalmodiait une lente litanie, et ses yeux se teintèrent d’orange et d’or. De ses mains experte ne tarda guère à naître une lame d’une perfection inouïe, longue d’environ un mètre soixante, fine et plate, et également acérée comme nulle autre pareille.
Fidèle à la vieille tradition, Messire Argoth ne perdait pas une miette de la fabrication de son épée -qui l’accompagnerait toute sa vie- les bras croisés.
Après quoi, l’Enchanteur fusionna l’Alliage à la lame, lui conférant une couleur un peu vermeil. La résidence de notre hôte résonnait de la lutte entre l’enclume et l’outil. Saisissant la lame chauffée au rouge à main nue sans même se brûler, le mage la refroidit dans un tonneau d’eau glacée, qui s’évapora dans une tourbillon de vapeur. Puis il prit l’or et recommença son labeur, pour lui conférer la forme stylisée de la garde, sur laquelle il greffa le Rubis qui s’illumina subitement.
Enfin, il réduit le bec de la Wyvern en une très fine poudre. A l’aide de sa magie, il l’a fit s’enrouler autour de son doigt tendu, puis il força la voix alors qu’il in[cantait]. La poudre s’assembla de nouveau, se solidifiant au contacte, adoptant la forme effilée du manche, terminée par une pointe que l’Enchanteur rehaussa d’une fine feuille d’argent. Puis il assembla chaque partie à l’aide de ses sortilèges, faisant une colle magique toute en runes qui s’unifièrent, assurant à l’ensemble une cohésion parfaite. L’épée se souleva alors d’elle-même, et vint flotter jusque dans la paume ouverte de Messire Argoth. Il l’a brandit devant lui, pour la saluer, la caressant du regard, faisant connaissance avec sa nouvelle compagne. Il plaqua la lame contre son front et ferma les yeux, selon un ancien rite de la Chevalerie, communiant avec son arme pour créer un lien symbiotique qui ne se briserait jamais.
« Quelle nom dois-je inscrire dessus? »
Messire Argoth reposa l’épée sur l’enclume, et réfléchit quelques instants.
« Arrrendia, finit-il par lâcher. »
L’Enchanteur le regarda en souriant, puis, à l’aide d’un très fin burin et du marteau, grava avec une minutie extrême deux runes, calligraphiées de fort jolie façon.
« Qu’est-ce que cela signifie?, demandai-je »
-Pureté, me répondit-on. 
-C’est un jolie nom. »
Les runes, une fois leur inscription finie, brillèrent d’une très forte lumière, puis s’apaisèrent. Messire Argoth possédait enfin une épée, et pas n’importe laquelle.

L’Enchanteur donna à Messire Argoth un fourreau qu’il créa à l’aide des écailles de Wyvern, pour lui assurer une grande résistance. Puis, sur demande de mon Maître, il lui remit également un flacon fait d’un métal magique. Messire Argoth trancha alors le dard de Wyvern, et recueillit son poison dans la fiole. Il en versa également quelque gouttes sur la lame d’Arendia, afin de la protéger de toute corrosion. Il conserva le reste dans un sac, qu’il me remit, avec également l’aiguillon de la bête, comme trophée de victoire.
« Brave Chevalier, tu m’as rendu un très grand service en occitant la bête de tous mes tourments. En cela je te serais éternellement redevable. Voici un petit cadeau, pour te remercier. »
L’Enchanteur tendit le bras vers l’écu de Messire Argoth et agita les doigts. En quelques instants, il n’y eu plus aucune traces des dommages causés par le combat. Puis une fine bande mauve emplie d’arabesques d’or colora le contour du bouclier, débutant ainsi le blason de Messire Argoth. Celui-ci s’inclina pour le remercier. Après quoi, le mage nous renvoya à la surface dans une spirale de magie. Nous franchîmes la porte solitaire dans l’autre sens, et nous nous retrouvâmes de nouveau sur les hauteurs des Khaz’Khoradan. Cependant, derrière nous, une grande tour d’ivoire s’élevait dans les nuées, où sa flèche de tuiles bleues piquait les nuages chargés de foudre. Messire Argoth récupéra sa lance, passa Arendia à sa ceinture, battant sa cuisse gauche, puis nous entamâmes la descente du Petit Pic…
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Nehëmah le mardi 13 novembre 2007, 19:45:53
Etant amorphe ce soir, telle une larve, je n'aurasi pas grand chose à dire j'en suis fort désolé :niak:
Je tiens d'abord à te préciser qu'il y a pas mal de fautes dans ce texte quand même (enfin pas non plus trois tonnes mais une petite dizaine mettons) dont la plus importante à te faire part est la suivante : "arcane" n'est pas un nom féminin malgré les apparences. On parle d'un arcane et non d'une arcane (et attention au sens, un arcane signifie un mystère et non une technique par ailleurs, même si ça peut désigner en effet un sortilège... Cependant je pense que ça vaut plus pour un sortilège interdit que pour des sortilèges rudimentaires).
A part ça un bien chouette combat, bref, efficace, en un mot : concis. Argoth est toujours aussi classe et possède enfin son épée : l'heure d'aller occire la Tarask et après ceci d'en apprendre sûrement davantage sur sa quête et son passé :niak:
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le jeudi 29 novembre 2007, 21:41:13
Comme disait un vieil ami "Un Magicien n'est jamais en retard, ni en avance. Il arrive à point nommé" , du moins, quelque chose dans le genre. :niak:

Voici donc le début de la deuxième partie de la Geste du Chevalier Argoth, rien que pour vous :niak:

Ceci dit, je ne vous cache pas que j'ai repris l'écriture du Cycle en parallèle, et que donc je pense qu'une fois cette deuxième partie d'Argoth achevée je ferais un p'tit break pour mettre la suite du Cycle... ou pas :niak: enfin je verrais, je voulais juste vous prevenir :niak:

Sur ce, bonne lecture!



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II/ Premiers exploits (Première Partie)


« Tu es revenu Chevalier.
-Je suis revenu.
-Quel est tom nom déjà ?
-Argoth. Messire Argoth.
-Messire Argoth… Et ton écuyer ?
-Je ne sais pas. »
           La réalité me frappa en entendant ces mots. C’était vrai. Mon Maître ne connaissait pas mon nom.
« Tu ne sais pas ? Hahaha… Comment peux-tu faire confiance à un homme que tu ne connais pas ?
-Je ne sais pas. »
Et moi non plus, je ne savais pas.
La Tarask s’agita dans son bassin. Ses yeux fous fixaient Messire Argoth avec appétit.
« Bien, Chevalier. Assez parler. Il est venu le temps d’honorer ton serment.
-Soit »
Mon Maître revint quelque peu sur ses pas, et enfourcha  Sor’n, qui piaffait d’impatience. Il attacha son écu à son bras, et prit sa lance dans l’autre main. Tarask étendit son cou par dessus la prairie, la souillant de l’infection qui écumait de sa gueule. Elle s’apprêtait à sortir de l’eau.
Le monstre ne ressemblait à rien de ce qu’il m’avait été donné de voir jusqu’à maintenant. Il avait six pattes d’ours, puissantes et courtes, de par et d’autre d’un corps chevalin. Sa queue de loup était hérissée de pointes acérées qui suintaient un poison mortel. Etrangement, son émergence ne troubla en rien le calme surnaturel de l’onde noire.
« Prépare toi à finir déchiqueter par mes crocs.
-J’en suis honoré »
Les adversaires se firent face un moment. Puis Messire Argoth talonna les flancs de Sor’n en poussant un cri de guerre. Il brandit haut sa lance, et passa sous la tête de Tarsak avec agilité. Arrivé à hauteur du côté droit de la bête, il y planta avec force son arme, qui se ficha dans un bruit mat. Puis il repartit au galop en sens inverse.
Tarask hurla en s’ébrouant. Elle cracha des torrents de miasmes épais qui répandirent une fumée âcre sur la clairière.
« Argoth ! »
Tout en prononçant le nom, elle chargea avec une vitesse impressionnante pour sa morphologie. Elle ondulait du corps dans son mouvement, à la manière des serpents. La bête frappa Sor’n de plein fouet, l’envoyant voltiger dans les airs. Messire Argoth retomba durement sur le sol, et roula vite sur le côté pour éviter la gueule avide qui tentait de se saisir de lui. Trouvant une occasion, il déferra Arendia, et d’un geste prompt trancha net dans la chair. Le monstre recula en hurlant, la moitié gauche de sa mâchoire pendant dans le vide, et d’où un sang obscur et épais s’écoulait lentement.
Alors que mon Maître se relevait, j’eu l’impression que l’endroit se faisait moins menaçant, moins sombre. On aurait dit que Arendia dissipait quelque peu les ténèbres.
Tarask repartit à l’assaut. Messire Argoth se jeta en avant, roula pour éviter les dents pointues, se releva et *tenta d’embrocher la bête. Malheureusement, le monstre, à une vitesse fulgurante détendit son cou comme un ressors, et parvint à capturer le Chevalier entre ses crocs. Par bonheur, l’armure de Messire Argoth était résistante, aussi ne finit-il proprement coupé en deux. S’avisant de cela, Tarask projeta sa proie dans les airs, l’envoyant voltiger contre un arbre. La force du choc fut telle que le végétal se déracina et tomba lourdement sur le sol, provoquant un vent qui fit voltiger un paquet de feuilles mortes et d’humus pourri. Messire Argoth se redressa vaillamment, sa longue queue rouge fouettant l’air derrière lui. Il releva la lame d’Arendia, se tassa sur lui même puis bondit en avant. Sprintant à une vitesse plus que rapide, il bondit au dernier moment pour éviter la mâchoire grande ouverte qui fonçait sur lui. Il se réceptionna souplement, et s’élança afin de récupérer son écu, tombé un peu plus loin sur le sol. Ainsi équipé, il se retourna et repartit batailler. Ecartant la tête de lion d’un revers puissant de son bouclier, il courut vers la flanc ainsi découvert. Cependant, la bête fit un écart, et son corps monstrueux percuta le Chevalier avec assez de force pour l’envoyer bouler dans l’herbe. Vive comme l’éclaire, la Tarask commença à enrouler son cou immense autours de la taille de Messire Argoth, comme un serpent, l’étouffant.
« Où sont donc passés ta force et ton courage Chevalier ?, susurrait la bête. Voilà donc tout ce dont tu es capable.
-Sache… Monstre… Qu’un Chevalier… ne renonce… Jamais ! »
Argoth se pencha en arrière, puis projeta son crâne avec le maximum de force qu’il put mettre dans le mouvement. L’impacte arracha un cri de douleur à Tarask, qui relâcha son étreinte, permettant ainsi à son adversaire de se dégager et de chuter au sol. Messire Argoth roula sur le côté pour se mettre à l’abri puis se releva. Les duellistes se dévisagèrent, puis d’un accord tacite chargèrent l’un vers l’autre. Alors même qu’ils allaient se percuter, le Chevalier réalisa une prouesse digne de lui. Il sauta au dernier moment, retombant souplement sur le cou tendu du monstre, puis courut le long du membre grêle. Saisissant son épée à deux mains, il bondit une dernière fois et larda le flanc découvert du monstre d’un coup d’épée fulgurant. La bête s’écarta promptement en criant. Elle essayait de couvrir la blessure de ses pattes, mais celles-ci étaient trop courtes.
Mon Maître pointa sa lame vers la tête de Tarask, et déclara :
« Je t’ai vaincu. Jure de partir et de ne jamais plus paraître sur la terre des hommes, et tu pourras vivre.
-Sois maudit, Chevalier. Toi et tous les tiens. Jamais mon trésor ne sera tien, jamais ! »
Alors Tarask bondit gueule grande ouverte. Argoth plaça Arendia bien droite devant lui, juste entre les yeux. Le salut Chevaleresque.
Puis, dans un éclair de lumière, il trancha la tête du monstre, qui partit tournoyer quelques instants dans l’air.
« Mon père viendra. Oui, il viendra. Il me vengera, Chevalier, il me vengera ! Sois en certain ! »
Et c’est ainsi que périt la légendaire bête de Tarask. Un rayon de soleil solitaire vint illuminer mon Maître, dans ton sa gloire.
Il était victorieux, une fois de plus.

« Ecuyer, aujourd’hui est un jour glorieux. J’ai vaincu l’une des bêtes les plus effroyables de la contrée. Voici le point de départ de ma légende. Oui de ma légende. Et cette légende, je veux que ce soit toi qui l’écrives. Je suis pareil à Tristïus, j’ai peur de mourir sans que personne ne me connaisse. J’ai besoin que l’Histoire se souvienne de moi. Je suis spécial. Je suis différent. C’est ce qui fait ma force. »
Je l’écoutais, captivé. Sa grandeur impalpable me fascinait. Oui, il était différent. Il était fort, il était brave, il était bon. Il était Chevalier.
« Je suis destiné à devenir un héros. Mais pour cela il me faut accomplir une quête. Une quête que nul encore n’a eu le courage d’accomplir. Par exemple, Tristïus défit le géant Kor’Gath à l’aide d’une simple dague ; Falawÿn le Mage apprivoisa le Dragon Auswÿn en lui racontant des histoires ; Galariade d’Esboni luta seul contre cent hommes dans le Défilé D’Argent et vainquit. Tous ont fait de grandes choses. Je suis le prochain.
-Messire, puis-je vous poser une question ?
-Je t’en pris.
-Quelle est votre quête ?
-Je recherche la Faërite Ecuyer. La Faërite… »
La Faërite. La Pierre des Fées. La Magy’Pierre. Le Roc des Dieux.
« Qu’en ferais-vous, Messire ?
-Je la détruirais. Et sa magie sera mienne, à jamais.
-Personne ne sait où elle se trouve.
-Je la trouverais.
-Beaucoup y ont consacré leur vie.
-J’y mettrais la mienne s’il le faut. Je parcourais le monde à sa recherche. J’ai confiance Ecuyer. J’ai confiance. »
Messire Argoth enleva sa ceinture, son armure, et posa Arendia dessus. Après quoi, il plongea dans la marre que gardait Tarask. Quant à moi je réfléchissais. Tout cela me paraissait bien étrange. Une entreprise folle et sans espoir.

Nous contemplions le véritable trésor que Messire Argoth avait remonté des profondeurs de la mare, qui était en réalité beaucoup plus profonde qu’on ne se l’imaginait. Il y avait là des bijoux, de l’or, des pierreries, de l’argent, des objets d’arts, des reliques oubliées, des armes étincelantes, épées, haches, lances, arcs, des pièces d’armures polies… Je n’avais jamais osé rêver pouvoir tenir entre mes mains le centième de tout cela.
« Ce trésor n’était pas le bon. Je ne vois trace de la Faërite, Et je suis sûr d’avoir tout rapporté.
-Qu’allons-nous faire de tout cela ?
-Je n’en ai que faire. Rien de ceci ne m’intéresse. A l’exception peut être de ces choses là… »
Messire Argoth se pencha et ramasser un arc de chêne, de bonne facture, mais pourtant rien d’exceptionnel en comparaisons de ses homologues qui se trouvaient toujours sur le sol. Mon maître remplit le carquois associé de bien curieuse façon : Il y inséra trois flèches de frêne, trois de cuivre, trois de bronze, trois d’argent et trois d’or.
« Bien, nous avons assez traîné par ici Ecuyer. Le destin nous appelle, et il ne se trouve pas ici. Prend de quoi acheter des vivres et un cheval pour toi lorsque nous ferons halte dans le prochain village. »
Alors qu’il enfourchait Sor’n, il se stoppa soudainement et regarda autour de lui.
« Regarde, me dit-il »
Le spectacle me laissa sans voix. Les sombres bois de Tarask étaient méconnaissable. Le soleil s’infiltrait avec force dans les frondaisons, baignant la clairière d’une lumière aveuglante après l’obscurité du bosquet. Les oiseaux chantaient, les insectes bruissaient gaiement, et l’on pouvait entendre le pas de plusieurs animaux dans les fourrés. La forêt de Disëry était enfin libérée de sa malédiction. L’onde noire qui servait d’antre à Tarask commença doucement à se clarifier, le phénomène se propageant comme un remous lorsqu’une pierre vient troubler la surface. L’eau qui en résulta était la plus pure qu’il m’ait été donné de voir. Messire Argoth s’en approcha, et y remplit son outre. Après quoi, il jeta le reste du trésor dedans, m’assurant mystérieusement qu’il serait bien gardé. Puis nous reprîmes la route, après que j’eus récupéré la tête de Tarask, qui alla rejoindre le Dard de Wyvern…
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Nehëmah le jeudi 29 novembre 2007, 22:03:34
Je te hais ! Je te hais presque autant que je t'aime !

Au moment même où j'allais me déconnecter je me suis permis un petit tour supplémentaire sur le forum. Bien entendu, loin de moi l'idée de trouver un chapitre supplémentaire de ce brave Argoth... Et pourtant... Mais tu n'imagines donc pas qu'à cause de ça, je suis resté une dizaine de minutes voire un quart d'heures de plus sur l'ordinateur ? Certes, le commentaire prend plus de temps que la lecture, assurément, puisque le lecteur passe du statut de passif à actif, ce qui, si l'on en croit les hautes instances, demande plus de travail et donc de temps. A préciser : les hautes instances semblent être celles de mon cerveau.

Donc voilà, je m'égare, je m'égare et Argoth ne s'égare pas, ça non. Il achève la Tarask en deux temps trois mouvements au sein d'une lutte acharnée qui aurait mérité à être plus significative, plus longue (mais pas plus anecdotique, un simple combat pour du combat n'a, à mon sens, que peu d'intérêt). Il se trouve que ce combat pour du combat a un intérêt certain : l'affirmation de la force d'Argoth. Le combat en lui-même me semblait anecdotique, du genre grands films d'action ("là, Argoth fait une roulade puis embroche Tarask") bon, ça fait un peu holywoodien mais à bien y repenser, il y avait-il d'autres choix ? Ce qui est le plus à critiquer est peut-être la rapidité du combat et un manque d'implication qui fait qu'il paraît plat et exprimé en termes purement techniques. Un peu plus de détails sur chaque action, un développement, plus de style pour expliquer que Argoth ne faisait pas une roulade pour le simple plaisir d'esquiver la Tarask mais aussi car il a choisi la roulade et non le pas de côté, par exemple. Enfin, peut-être dis-je ça car mon cerveau est parti pour s'imaginer un combat dantesque que peut-être personne (ni moi qui l'imagine) ne serait capable de rédiger. Les mots sont bien peu de choses, finalement, mais la dimension nouvelle qu'ils dépeignent est de loin plus intéressante encore.

Et voilà, je me perds en réflexions presque philosophiques (mais qui n'en sont pas) et j'oublie de dire que la quête d'Argoth est enfin éclairée par ses paroles ! De plus, l'origine du conte, à savoir le narrateur, c'est à dire l'écuyer est enfin révélé, ainsi qu'un pan de l'Histoire de ton univers. Qui sait, peut-être retrouverons-nous bientôt Le Mage Falawÿn au même titre que Le Chevalier Argoth dans cette Tour du Rouge ?

Bref, bref, que de bonnes choses annoncées, avec, toujours cependant, cette réserve sur le combat. M'enfin, que cela ne t'mepêche pas de continuer à écrire des textes de combats, il n'y a que comme cela que l'on s'améliore !
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le jeudi 29 novembre 2007, 22:49:40
Moi aussi je te hais :niak: En lisant ton commentaire, plus particulièrement la partie sur le combat, je n'ai pas pu m'empêcher d'éprouver des remords, et j'ai donc développer ledit combat un peu plus, que j'ai ensuite rajouté au texte. La nouveauté commence à partir du petit astérix en gras.

Certes après une nouvelle relecture, je l'ai trouvé également un peu maigrichon. Ceci dit, Argoth est un texte assez différent de ce qui se fait d'habitude dans la mesure ou c'est une légende racontée par un conteur, et donc dans un certain sens, j'ai trouvé logique de ne pas m'attarder sur les combats autant que je l'aurais dans le Cycle du Rouge par exemple :niak: Mais bon, j'avoue que pour un combat annoncé depuis un moment, je me suis pas trop foulé. Mea culpa :niak:

Quant au reste, j'ai déjà de nombreux projets d'écriture dans l'univers du Continent et autours de Samyël, ceci dit l'histoire du Mage Falawÿn n'en fait malheureusement pas parti =p du moins pas encore... :niak:
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Kyren le dimanche 02 décembre 2007, 20:03:38
Tout simplement magnifique ! Ca fait très longtemps que cette fiction a commencé et elle continue encore, c'est vraiment un chef d'oeuvre elle est devenue culte dans le fofo. Continue, c'est toujours aussi génial ! :yeah:
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Prince du Crépuscule le vendredi 07 décembre 2007, 00:53:07
Ahlàlà, que dire, que dire en cette heure tardive et initimiste qui une fois de plus va me plonger dans un lyrisme démesuré? Je ne sais... Ce que je sais en revanche, c'est que ce dernier chapitre m'a beaucoup plu, et celui d'avant aussi, puisque je ne l'avais pas commenté. Mais permets-moi de me concentrer sur le dernier; je dirais juste que l'affrontement entre le notre Chevalier favori et la Wyverne, les discussions avec l'Enchanteur, l'obtention de la légendaire Arendia... Tout cela est vraiment beau, c'est tout ce que je dirai au risque de répéter le scénrio qu'on a pu voir quelques messages plus haut (des messages d'agrément, vraiment trois fois rien n'est-il pas?... XD)

Alors, pour commencer je suis désolé de ne pas avoir commenté plus tôt, mais tu connais ma situation actuelle, hélas. (d'ailleurs la semaine qui vient je n'aurai même plus de connexion...) Bref, du coup je ne peux me référer entièrement au commentaire de Nehëmah, puisque je n'ai pas vu la version d'origine. Néanmoins, je dois dire que cette extension a grandement prouvé que tu l'as amélioré jusqu'à atteindre ton niveau habituel d'écriture, qui demeure d'une excellence redoutable pour mes sens de romantique en furie (PdC ou le n'importe quoi, surtout nocturne c'est encore pire ='D). Tu as su allier le trait du conteur à une narration habilement détaillée, presque romanesque, d'une dimension épique, chevaleresque véritablement merveilleuse. Je suis tombé sous le charme de ce cher Argoth et de son écuyer, comme un témoin extérieur de ce qui deviendra plus tard une légende (fabulée) du Continent. Ceci dit, je m'impatiente quant au sort de ce brave et tourmenté Samyël, pour qui je garde toujours ma préférence.  

Il n'empêche pas que ce combat final entre le Chevalier et la Tarask était de toute beauté, cet affrontement est superbement retranscrit à mon sens où tu as su préserver l'aspect un peu concis et naïf du conte mais aussi insuffler à tes lignes un épique des plus gratifiants. Moi qui suis amateur de concilliances de genre, (parole de ficeur fantastico-romantico-lyrico-dramatico-épico-tragico-poète <3) je me vois comblé d'un mélange ô combien habilement mené, même si j'aurais aimé qu'il soit encore plus long. Enfin, moi je demande toujours plus quand il s'agit de ce que j'aime, passionné comme je suis; on ne s'en doutait pas de tout manière, donc je vous le signifie. ;)
Bon après certes on s'y attendait, mais moi non plus je ne vois pas réellement d'autre issue possible sans trop alambiquer et surtout sans sortir de la dimension contée, à l'aspect un peu ancien, de ton oeuvre. Je te félicite sincèrement pour ce que tu as fait, tu m'as ravi de bout en bout, vraiment. ^^

Mais... allons dormir maintenant, je vais sûrement rêver de Samyël en perspective de ses prochaines aventures. En espérant ne pas m'être trop embrouillé suite aux brumes éparses de la cruelle fatigue, j'attends la suite avec beaucoup d'impatience. Continue comme cela, mon Mage Vermeil national, je ne puis que t'encourager dans cette voie, comme je l'ai toujours fait! A bientôt! :)
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Ganon d'Orphée le vendredi 07 décembre 2007, 22:54:28
:<3: Quel beau combat :<3:

Je dois dire que ce combat est éblouissant, contrairement à Pdc je ne le trouve pas trop court (ni trop long d'ailleurs), tout au contraire il est construit si finement (sans vaine flaterie aucune), le rythme est si bien donné que l'on suit ce combat digne d'un mythe grec à chaque pas d'un des adversaires. On commence avec au début la description de ce monstre digne d'une chimère (pour faire encore une liaison avec la mythologie grecque/latine) puis ensuite : COMBAT. On lit, on lit, on lit et de surcroît de belles phrases (c'est bien plus plaisant) et on lit, on lit et on ne s'en lasse pas. J'avais vanté tes mérites de Tolkienistes la dernière fois, ici je vais vanter tes talents primaires d'écrivains : tu donne un rythme fou à tes scènes avec des mots pas trop lourd, des phrases très fluides et un tout très plaisant à lire.

Recette du jour
Ingrédients : 1 combat depuis longtemps attendu / 1 monstre / 1 chevalier / 1 rythme décoiffant / Des retournements de situation (autant que vous le voulez, néanmoins attention à ne pas trop en mettre ou alors le taux calorique est fort. Suivez les conseils du chef-cuisinier Samyël, des retournements de situation ancrés dans la scène d'une façon très fluide) / 1 écriture légére / 1 vocabulaire adapaté et léger.

Mélangez le tout, vous obtiendrez un combat ... mythologique !!!

 :<3: Quel beau combat quand même :<3:  :<3:  :<3:

Le reste est comme toujours très bien écrit, plaisant à lire, superbe (parfait !). On attends la suite, et j'attends impatiement que les ultimes menaces du monstre se dévoilent devant nos yeux : que le père de ce Tarsak vienne !!! La Tarsak est déjà horrible, effrayante, cauchemardesque ... quelle créature infernale a pu enfanter cette chimère ? J'en frémit d'avance.

 :arrow: Bravo mon cher Samyël.

 :arrow:  :arrow:  :arrow: Et voici mon cadeau pour ce grand écrivain que tu es : mon 1000ième message servira à commenter tes magnifiques textes (et quel beau combat !!!).
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le dimanche 09 décembre 2007, 15:06:14
Plop, je profite d'un Dimanche relativement tranquille pour clore la deuxième partie de LCA. Comme annoncé dans mon avant dernier post, je fais un break avec ce récit, pour revenir sur le Cycle. Attendez vous à voir apparaître un très long chapitre 15 dans le courant de la semaine :niak: Et oui, première entorse à la règle, je ne le fragmenterais pas. Peut être qu'il en ira de même pour tous les autres. Je verrais.

Kyren=> Merci pour ce commentaire =^^= Culte sur le fofo? J'aimerais bien, mais je crois pas lol

PdC=> Ho oui, merci pour ce commentaire <3 Décidement, ce combat fait des émules, dirait-on :niak: Enfin, rassure toi, la suite des périples de Samyël arrive bientôt. :niak:

GdO=> Hé bé, quel commentaire =^^= Merci bien. Tu devrais écrire un livre sur les recettes d'hier et d'ajourd'hui, ça marcherait XD

Bref, trêve de palabres, bonne lecture!^^



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II/ Premiers exploits (Deuxième Partie)


Nous commençâmes à voyager à travers le monde en quête de la pierre. La tâche n’était pas aisée, car si tout le monde connaissait la légende, bien peu possédait des informations à ce propos. Nous quittâmes le Haut Pays, errant de villages en villages dans le but d’en découvrir un peu plus. Nous traversâmes de profondes forêts, parcourûmes de vastes plaines puis longeâmes les Khaz’Khoradan sur un bout de chemin. Un beau jour, alors que le soleil descendant à l’horizon annonçait la fin de la journée, nous nous retrouvâmes devant un étroit défilé qui s’enfonçait au cœur des montagnes. Les parois étaient si rapprochées que deux chevaux montés avaient peine à se tenir debout de front. A l’entrée du défilé, nous fîmes la rencontre d’un homme seul. Il avait établi son camp là, allumé un petit feu. Son cheval broutait l’herbe grasse un peu plus loin.
« Halte là !, s’écria l’inconnu en se redressant. Où allez-vous ? »
Comme mon Maître ne faisait mine de répondre –il s’était de nouveau emmuré dans une bulle de mutisme une fois que nous eûmes quitté la forêt de Disëry -, je le fis à sa place.
« Nous voyageons dans la contré.
-Où allez vous ?
-Là où nos pas nous porteront.
-Vous voulez traverser mon défilé.
-Votre défilé ? Et en quel honneur ?
-Le mien ! Je suis Hektor, fils de Tharn, Chevalier au service de sa majesté le roi. Par décret royal, ce défilé est mien, et quiconque voudra le traverser devra faire montre de bravoure mêlée de hardiesse, car je le défendrais au péril de ma vie. Et qui ose ainsi dénigrer ma parole ?
-Je suis Argoth, fit soudainement mon maître, fils d’Ekt…[Une tache d’encre cache la suite du mot] …valier au service de personne. Et voici mon écuyer.
-Argoth, veux-tu traverser mon défilé ?
-Que trouve-t-on au delà ?
-Nul ne le sait, car de tous les braves qui s’y sont aventurés, aucun n’en est jamais revenu. L’on dit que le dragon Sigür s’y terre, caché dans quelque grotte monumentale, et qu’il garde jalousement son trésor d’un œil ensommeillé.
-Quel trésor garde-t-il ?
-Un magot immense d’or et d’argent, d’émeraudes, de topazes, de saphirs, de rubis, de bronze, et de tout ce qu’un homme peut vouloir de richesse.
-Sais-tu si la Faërite s’y trouve ?
-Comment puis-je le savoir ? Je garde ce défilé, par le trésor du dragon. Vas-tu traverser mon défilé ?
-Non. Du moins pas pour l’instant. Nous nous reverrons, Hektor, fils de Tharn. Affûte ton épée et brique ton écu pour ce jour qui te verrat défait. »    
Nous tournâmes le dos au chevalier solitaire puis nous prîmes la route du Sud.

Le voyage se déroula sans embûche. Nous progressions à un rythme soutenu, quoique peu éprouvant. Les vastes terres reculées du Nord firent bientôt place aux terres cultivées dans grandes villes méridionales. Notre route croisa rapidement celle d’un château de pierre, qui s’élevait fièrement au sommet d’une colline, entouré d’un amas de masures. Nous poussâmes nos montures jusqu’à l’écurie d’une authentique auberge de pays, où ils reçurent soin et nourriture.
L’apparence quelque peu atypique de Messire Argoth lui valait toujours des regards de suspicion, de peur, de curiosité, plus rarement de haine. Les habitants de la bourgade ne faisaient pas exception. Lorsque nous entrâmes dans l’auberge, les conversations cessèrent aussitôt. Seuls les bruits émis par l’équipement de mon maître brisaient le silence.
« Hahaha ! Mes yeux me tromperaient-ils ? Non, je crois que non ! Vous êtes bien lui ! Vous êtes bien lui, n’est-ce pas ? »
C’était un vieil homme, vêtu d’une ample robe bleue et d’un chapeau à large bord. Il tenait un bâton de marche dans sa main droite et jouait avec sa longue barbe blanche de sa main gauche. Il s’adressait à Messire Argoth.
« Alors, êtes vous lui ?, pressa-t-il avec un sourire
-Cela dépend de l’identité de « lui », répondit mon Maître.
-Ho… Mais voyons, je parle bien sûr de ce mystérieux chevalier à l’apparence d’un démon, le Chevalier Argoth ! Celui qui leva la malédiction qui pesait sur les bois de Tarask en tuant la bête qui y vivait.
-Les nouvelles vont vite.
-Hoho, j’ai de très bons informateurs. Laissez moi vous offrir une bière. »
Quelque chose chez ce vieil homme me chiffonnait. Je n’aurais su dire quoi exactement. Nous nous installâmes à une table près de l’âtre. Nous ne tardâmes pas à être servis.
« Qui êtes vous ?, demanda Messire Argoth.
-Ho, je ne suis qu’un vieil homme, je voyage au grès du vent sans véritable but. »
Il sortit d’une petite besace une pipe en terre cuite qu’il bourra avec du tabac qu’il prit dans une blague suspendue à sa ceinture de corde.
« J’ai dit : qui êtes vous ? »
Surpris, je regardai mon maître. Il avait durci la voix, et ses yeux exprimaient une fureur difficilement contenue. Je ne l’avais encore jamais vu comme cela. Le vieil homme se stoppa. Il jeta un regard en biais à Messire Argoth, puis un sourire satisfait vint étirer le coin de sa bouche.
« Vous êtes quelqu’un d’étrange et fascinant Chevalier.
-Gardez vos compliments pour vous, vous n’avez toujours pas répondu à ma question.
-Je suis le magicien Nymérius. Le conseiller du roi. »
La stupeur qui suivit cette révélation me laissa sans voix. Un mage royal, ici ?
« Que me voulez-vous ?
-Sa majesté est très intéressée par vos récents exploits. Elle désirerait vous rencontrer.
-Moi je n’en ai pas envi. »
Cette fois, ce fut au tour du magicien de rester sans voix.
« Je n’ai que faire de votre roi. Je ne compte servir personne, quand bien même cette personne fut un roi ou empereur ! »
Messire Argoth avait élevé la voix jusqu’à crier. Ses yeux foudroyaient son interlocuteur sur place, et il semblait prêt à découper le vieil homme. Ce comportement étrange ne fit rien pour me rassurer. Très calme, le magicien tira une bouffé de sa pipe.
« Voyons, ne vous mettez pas dans ces états là. J’ai un marché à vous proposer.
-Lequel ?
-Battons nous. Si je gagne, vous viendrez avec moi jusqu’à la capitale, si je perds, je vous laisserais tranquille et vous n’entendrez plus jamais parler de moi.
-Et si je refuse ?
-Je vous changerais en lézard, à quatre pattes. Amusant n’est-ce pas ? »
Messire Argoth grogna en découvrant ses crocs impressionnants.
« Très bien, mais à une condition.
-Laquelle ?
-Si je gagne, vous me direz tout ce que savez à propos de la Faërite. »
Le magicien plissa ses yeux et réfléchis quelques instants. Il semblait prendre cela très à cœur.
« Fort bien Chevalier, j’accepte.
-Alors ne perdons pas une minute »
Messire Argoth se leva et se dirigea vers la sorti. Le duel se déroulerait donc dehors.
« Voyons, Chevalier, où allez vous ? Comment ? Un duel ? Hoho, dieux, non. Je n’aurais aucune chance. Nous nous affronterons aux Aycheks1 . »
Le vieillard fit apparaître sur la table le plateau traditionnel noir et blanc.  Des pièces en bois finement détaillées apparurent également, en ordre de bataille, au deux extrémités du plateau. Le mage désigna la place en face de lui d’un petit signe de main. Messire Argoth se rassit, de mauvaise humeur. Savait-il jouer à ce jeu ? Moi même en était bien incapable. L’on disait que les plus grands stratèges apprenaient leur art grâce aux Aycheks. La tactique et l’intelligence devaient être deux éléments importants.
« Noir commence. Je vous en pris. »
Mon maître avait les pièces sombres, le magicien les pièces blanches. J’observais avec attention ce qui allait se produire.
Les deux adversaires avancèrent leurs armées, d’abords prudemment, comme se jaugeant l’un l’autre, puis des escarmouches violentes éclatèrent de part et d’autre du plateau, une première citadelle tomba, détruite par l’espion adverse, puis vengée par un Chevalier bondissant. Petit à petit, le rythme s’essouffla, les pertes s’intensifièrent. La partie était encore serrée, ni l’un ni l’autre ne souhaitant laisser l’ombre d’un avantage à son adversaire. Le magicien fumait sa pipe en réfléchissant, tandis que Messire Argoth tapotait la garde d’Arendia. Jouant une tactique osée, Messire Argoth sacrifia un conseiller pour permettre à son ultime Chevalier de s’approcher suffisamment pour mettre le roi en échec.
« Le roi est mort, son royaume s’effondre. Noir l’emporte, annonça mon Maître. »
Le vieil homme réfléchissait, fixant le plateau intensément.
« Oui, j’ai perdu. Je n’étais pas à la hauteur. Votre dernier coup était osé, mais diablement efficace. Qui vous a enseigné ?
-Ekt… Non, aucune importance. Seul le résultat importe.
-Hum… Ici, blanc aurait pu jouer ceci, menaçant noir sévèrement.
-Mais en plaçant ce Chevalier comme cela, Noir pouvait contre-attaquer violemment.
-Oui, je n’y avais pas pensé. Vous avez une excellente lecture du jeu.
-Il est l’heure d’honorer votre engagement.
-Ha, oui… Mon engagement… La Faërite ? Laissez moi une minute pour mettre de l’ordre dans mes idées, après cette superbe partie, je me sens un peu faible. »
Messire Argoth semblait pressé d’en apprendre davantage sur sa quête, aussi parvenait-il seulement difficilement à masquer son impatience.
« Même nous autres, mages, ne savons presque rien à ce sujet. Pour beaucoup, ce n’est rien d’autre qu’une légende. Vous perdez votre temps à poursuivre une chimère.
-Cela me regarde.
-Je n’ai pas grand chose à vous apprendre à ce sujet. La Faërite est du domaine du divin. Seuls les dieux ou les anciens démons pourraient vous en apprendre plus à ce propos.
-Savez vous où je puis trouver l’un ou l’autre ? »
Nymérius en resta sans voix. Véritablement, il prenait Messire Argoth pour un fou.
« Suivez les vieilles légendes, peut être contiennent-elles une part de vérité ? J’ai entendu parler d’un autel obscur dans l’Est où l’on vénère les Anciennes Puissances2 . Vous avez l’air si sûr de vous, commencez par là. »
Mon Maître se leva, s’inclina, puis se dirigea vers la sortie. Alors que je le suivais, je remarquai que Nymérius continuait à observer le plateau de jeu en tirant une bouffée.    


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1: Outre un nom habilement modifié, le jeu d’Aychek du Continent est un peu différent de nos échecs. La première particularité vient des pièces qui ne portent pas le même nom. Ainsi la dame devient l’espion, le fou devient le conseiller, le cavalier devient le Chevalier, la tour la Citadelle et les pions les écuyers. Seul le roi reste identique. Il y a également des différences dans les mouvements des pièces et certaines autres règles.

2: Les Anciennes Puissances font références aux Démons Originels
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Nehëmah le dimanche 09 décembre 2007, 15:38:41
Boarf, tu arrives toujours au mauvais moment, décidément, tu m'as coupé dans mon processus d'élaboration sur une synthèse que je dois faire en Littérature (Quel est le sens du voyage ?, le voyage étant celui de Jacques et son maître dnas le roman Jacques le fataliste et son maître de Diderot). Heureux d'avoir entamé ma première partie et d'avoir trouvé un cheminement heureux, me voici à faire une pause et parcourir rapidement Puissance Zelda et voilà que je trouve un récit de brave Argoth. Que dire ? Ce chapitre valait le coup bien entendu, et je ne regrette pas d'avoir lâché Jacques, pour la peine.

En premier lieu, donc, un brave homme, chevalier fier, qui oppose la traversée de son défilé, apparemment davantage pour protéger ceux qui iront ou du moins pour démontrer qu'il est nécessaire d'avoir au moins sa force pour espérer survivre un tant soit peu de l'autre côté.
Ainsi, un dragon est-il caché et qui dit dragon dit forcément trésors vertigineux. Le ton est toutefois donné : Argoth y reviendra plus tard. On peut se demande si la Faërite y est cachée, mais pour une raison ce ne semble pas le cas : Argoth serait pressé de la récupérée au vu de son tempérament quelque peu explosif même s'il est pourtant doté d'un sang froid mental et physique. Il est patient, pourtant, mais pas assez pour complètement le cacher (cf : la conversation avec le mage, juste après). Ainsi, le simple fait de dédaigner cette épreuve me laisse au choix trois conséquences : la première, la Faërite ne s'y trouve pas, point. La deuxième : elle s'y trouve mais Argoth attend d'autres choses ; plus de pouvoirs ? Plus de matériel ? Enfin la troisième : elle ne s'y trouve pas mais en plus de cela Argoth n'attend rien. Ainsi, ce serait un habile procédé qui viserait à montrer qu'Argoth ne souhaite véritablement pas tous les trésors du monde, ni la gloire, mais simplement récupérer la Faërite. Même des trésors pour lesquels tout homme se damnerait n'intéressent pas Argoth.

Petit détail très intéressant : le système de la tâche d'encre, qui cache évidemment le nom du père d'Argoth. Encore une fois plusieurs hypothèses : est-ce car son père est un humain, et que nous ne le saurons pas dans ce livre, mais sûrement dans un autre livre de la Tour du Rouge ? Est-ce car son père n'est pas humain et qu'il est connu de beaucoup de mondes, et donc, qu'ainsi on lui reconnaîtrait aisément une lignée monstrueuse ? Est-ce simplement pour le suspense du lecteur ? En effet, ce dernier rencontrera peut-être le père dans d'autres histoires, encore une fois, et ne fera les liens qu'à partir de ce moment ?

Par la suite, Nymérius fait son entrée. Il tient en lui quelque chose de (Tenessee) Gandalf. La pipe, le magicien, le style grand sage... Un personnage peu intéressant, donc (et oui, je conclus par quelque chose de méchant en avançant des qualités, quelle fourberie !). Toutefois, il apprend encore deux choses : Argoth est espionné, et enfin, on s'intéresse à Argoth. Ce dernier, bien entendu, ne s'intéresse pas à la gloire et poursuit presque aveuglément son objectif premier : la Faërite.

Pour départager qui aura son avantage, une partie d'échecs subtilement renommée "Aychek" :niak: . La manière de se dérouler, tout du long comparée à une bataille est un bon retour aux sources du jeu : ce dernier éxistait en effet pour préparer des tactiques militaires, et donc des stratégies pour tuer le plus de monde possible, ou, à défaut, pour remporter des victoires sur le champ de combats. Un combat fort intéressant, donc, au moins pour le soulèvement de l'intérêt originel qu'il comporte.


Evidemment, Argoth n'est pas qu'un brave combattant il est aussi fin stratège. Que de qualités ! Son statut d'hybride compense, fort heureusement et laisse présager bien des défauts quand même, sinon, ce personnage perdrait sa saveur.
Ainsi donc le fait-on partir à l'Est, où l'on vénère les Anciennes Puissances. Est-ce un message stipulant que le communisme c'est mal ? *private joke avec moi-même*.

Bien, en tout cas, tu nous laisses sur un moment où l'action n'est pas au plus fort de son moral, par conséquent, je pense que c'est une bonne chose de repartir sur notre cher petit Samyël qui devient grand. De plus, tu t'es arrêté dans des circonstances quasiment identiques : un voyage à faire vers quelque part pour Samyël et pour Argoth. Jonglons !
Et quand t'auras fini la prochaine partie de Samyël tu nous gratifieras peut-être d'un nouveau personnage ? :niak:
Bref, j'attends toujours impatiemment la suite de ton monde !
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le mercredi 12 décembre 2007, 13:14:41
Plop ami(e)s lecteurs(trices) ^^ Voilà donc comme annoncé un peu plus haut, je reprends le Cycle là où je l'y avais laissé :niak: Que les fans du Chevalier-Lézard se rassurent, je n'abandonne pas son écriture, loin de là, mais j'ai besoin de continuer le Cycle en ce moment :niak: Votre cadeau de noël sera sûrement la troisième partie d'Argoth, soyez patients :niak:

Nehëmah ==> Tu m'excuseras auprès de ce brave Jacques donc :niak:
Je laisse tes doutes en suspend quant à ce défilé et ce qu'il s'y trouve derrière, pour laisser le mystère entier ^^
Effectivement, habile procédé que la tache d'encre :niak: Cette fois je peux répondre, ce n'est que pour laisser le suspens au lecteur, car la vérité quant aux origines d'Argoth sera révélée dans... Le Cycle! :niak: Quoi que, pas pour tout de suite, mais ça y sera ^^
Pour l'affaire Nymérius, je partage entièrement ton avis. Je ne me suis pas cassé la tête pour ce personnage, car il n'est que de second plan et sert juste à faire avancer l'intrigue. L'archétype du vieux sage/magicien me paraissait judicieux pour ce genre de personnage ^^
Effectivement, Argoth semble exempt de défauts... Mais n'est-ce pas l'une des caractéristiques des Chevaliers de jadis? Huk huk ^^ Droiture, justice, art de l'épée et de la stratégie, et une poèsie à fleur de peau pour ces dames... Enfin, je vois difficilement Argoth faire des courbettes, mais sur le principe... :niak: Voyons donc comme il évoluera, certains mystères seront levés au cours de l'histoire... :niak:
Bref, encore merci pour ce commentaire :love:

Place maintenant au texte, et bon retour sur le Continent, sortez couverts, l'hiver est rude... :niak:



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Le Cycle du Rouge

Livre III : Arendia.



Chapitre 15 : Le Général Kalenz.


Le frère en robe blanche se déplaçait aussi vite que la décence le permettait dans ce haut sanctuaire. Ses pas résonnaient doucement dans les grands couloirs du palais pontifical de l’Arch’Mark. A chaque fois qu’il arrivait au niveau d’une statue, d’une peinture ou d’une icône représentant le Seigneur, le prêtre s’agenouillait un moment, et récitait une prière, les mains jointes.
Le palais était peut être le lieu le plus beau du Continent. Erigé sur une haute colline, il surplombait l’ensemble du compté de sa bienveillante présence. L’architecture se développait autour d’un immense bâtiment principal, qui abritait les salles du culte, les bibliothèques et les appartements du Pontife. Le reste des édifices, qui s’agençaient avec merveille entre eux recelait les quartiers des moines, les réfectoires, les scriptoriums, les salles de lectures, le Saint Cimetière, les casernes de l’Armée Sainte. Les résidants et les voyageurs pouvaient rechercher la paix et la sérénité en se promenant au milieu des magnifiques jardins qui agrémentaient les chemins menant aux différentes structures. L’ensemble était ceint d’une impressionnante muraille reflétant la puissance du Seigneur et permettant de contrer toute attaque d’infidèles.
Les murs étaient construits en pierre blanche et souvent décorés de fresques à la gloire du Dieu suprême. Les hautes colonnades dorées à l’or fin s’élevaient dans les hauteurs pour soutenir les élégantes arches qui délivraient le passage entre les différentes salles. Les hauts plafonds en voûtes étaient peints de différentes scènes de culte, tout comme les riches vitraux colorés qui laissaient entrer la lumière divine à flot. Nul ne pouvait rester insensible face à la beauté mystique du palais.
Le frère arriva finalement face à la grande et lourde porte en bois massif qui marquait les appartements du Pontife. Il salua les deux gardes, qui le reconnurent et le firent entrer. Un prêtre en robe noire vint vers lui.
-Bonjours, frère. Vous désirez vous entretenir avec sa Grâce ?
-Oui, mon père. J’ai un message pour lui.
-Dites, je me ferais une joie de le lui transmettre.
-Merci mon père. Le Commandeur est arrivé.

Eratius mit pied à terre, rapidement imité par ses valeureux soldats. Une cohorte de moines vint récupérer les chevaux pour les mener aux écuries. Les hommes franchirent la grande herse relevée du palais et pénétrèrent dans les premiers jardins. Le Commandeur fit signe à ses compagnons de rejoindre les casernes pour se restaurer et se reposer après le long voyage. Quant à lui, il continua son chemin et pénétra dans le bâtiment principal. L’écho de ses pas et les cliquetis de son armure se répercutèrent dans la haute et vaste salle qui abritait une statue en bronze immense du Seigneur. Eratius s’arrêta à ses pieds, mit un genou en terre, dégaina sa formidable épée et en posa la pointe sur le sol, puis son front sur la garde, en une posture de prière.
Il pria un long moment, avec ferveur et piété, sous les regards bienveillants des moines et des prêtres. Puis, lorsqu’il se releva, un homme chétif qui semblait flotter dans sa robe vint le chercher pour le conduire chez le Pontife.
Eratius était toujours heureux lorsqu’il devait faire son rapport à Arabéus. Il était toujours fier d’énumérer le nombre d’infidèles, de magiciens, de sorcières et autres possédés qu’il avait envoyé rejoindre leurs sombres maîtres via le bûcher. Nulle pitié pour cette engeance. Seules les flammes divines de la justice pouvait en débarrasser le monde. La joie que lui procurait les cris d’agonies, les suppliques qui se transformaient bien vite en malédictions effroyables le comblait littéralement. Il ne vivait que pour ces moments de satisfaction, du devoir accompli. Il savait que depuis son Saint Royaume le Seigneur le regardait avec bienveillance, l’encourageant dans son entreprise honorable.
Il franchit à son tour la grande porte en bois, après avoir été salué par ses deux soldats en factions devant les appartements, une des tâches les plus prestigieuses auxquelles pouvait aspirer un soldat Arch’Markien. L’homme en robe noire l’accueillit, et lui fit passer l’antichambre luxueusement décorée. Eratius se baissa pour passer sous une porte un peu basse puis se retrouva dans un grand bureau, très sombre à cause des rideaux tirés devant les fenêtres. Arabéus aimait se plonger dans l’obscurité silencieuse pour mieux méditer. Le feu vigoureux qui flambait dans la grande cheminé arrivait à peine à éclairer un coin de la pièce. Le reste restait insondable.
-Bonjours, mon fils, fit soudain une voix.
Eratius s’agenouilla avec humilité. Il mesurait fort bien l’immense honneur qu’il avait de pouvoir s’adresser au Pontife en personne. 
-Bonjours mon Père.
-Quelles nouvelles m’apportes-tu, mon fils ?
-De très bonnes nouvelles, votre Grâce. Je peux affirmer que l’île de Solanéa est définitivement purgée du mal qui la rongeait.
-Fort bien, le Seigneur en soit remercié. Ferdinand D’Alembord t’a-t-il posé des problèmes ?
-Aucun, mon père. Il s’est montré très… coopératif.
-Oui, c’est un homme intelligent… Le Seigneur m’est apparu hier dans mon sommeil. Il m’a fait part des projets qu’il a pour toi, son fils le plus loyal…
Le cœur d’Eratius se réchauffa d’une infinie joie. Le Seigneur l’aimait ! Il l’appelait son fils le plus loyal ! Qu’est-ce qu’un homme pouvait vouloir de plus que cela ?
-Il veut que tu conquières Arendia pour chasser une bonne fois pour toute le mal qui gangrène le Continent.
Le commandeur se releva, et se tapa la poitrine à l’aide de son poing. Le bruit métallique du choc résonna un moment.
-Si telle est Sa volonté, alors ainsi il en sera fait. Je me mets en route dans l’heure.
-Non, mon fils. Le temps ne presse pas. Il est venu pour toi le moment d’accomplir ton Passage. Le Seigneur veut t’accompagner personnellement dans cette épreuve. Soit fier, mon fils.
Eratius retomba sur les genoux, le visage ruisselant de larmes de joie. Enfin ! Enfin ! Après tant d’années, tant d’effort… Il était enfin venu l’heure de sa consécration !

***

Samyël ouvrit péniblement les yeux. Les rafales de vent et de neiges vinrent lui cingler le visage. Le monde était blanc et gris. Au-dessus de lui, ce n’était que fureur immaculée et aveugle. Le ciel et la terre étaient connectés.
Le jeune garçon se leva sur son séant avec encore plus de difficultés. Sa couverture était rigide, glacée. Pourtant, il ne ressentait pas le froid. Tout semblait aller au ralentit. Samyël n’avait plus qu’une envie : dormir, dormir, pour l’éternité. Cependant, au fond de lui, une petite voix presque inaudible lui disait de lutter. Il fallait qu’il se relève, qu’il récupère ses affaires et se mette en route. S’il attendait de trop, il mourrait probablement dans la tempête.
Avec toute la volonté qu’il pouvait déployer, le jeune homme se mit debout. Le feu de camps n’était plus qu’un lointain souvenir, complètement recouvert de neige. Il resserra les pans de son épais manteau pour essayer de conserver un maximum de la maigre chaleur qui l’habitait encore. Il regarda autour de lui.
A sa gauche, le fleuve Nyr était complètement gelé, sa surface transformée en une glace épaisse et praticable. Il se dirigeait toujours vers le Nord, vers Arendia, presque en ligne droite. Tout autour, le bois s’étendait dans la plaine sur plusieurs kilomètres.
Samyël récupéra son sac, fourra difficilement sa couverture dedans, puis passa son arc en bandoulière et sa lame à la ceinture. Puis il se remit en route vers le nord. Ceci dit, il lui semblait oublier quelque chose. Il se souvint de quoi lorsqu’il passa devant le corps gelé et bleui de Zackary, dans le visage à moitié enseveli sous la neige avait été proprement déchiqueté. Le pantalon du vieil homme était encore sur ses talons. Samyël se demanda vaguement s’il y avait des loups dans le coin. Il n’en avait encore jamais vu de ses yeux. Cela devait être beau.

Avancer dans le blizzard était une tâche qui révélait du quasi surhumain. La haute couche de neige ralentissait vos pas, et le vent glacial s’infiltrait dans chaque ouverture pour vous emprisonner le cœur dans un carcan de glace. A chaque fois qu’il trébuchait et s’affalait sur le sol mou, Samyël s’étonnait de trouver assez de force en lui pour se relever et continuer. Zackary lui avait dit la veille qu’ils ne se trouvaient plus qu’à une journée de marche de Fort-Argent, le fief du Général Kalenz. C’était le seul itinéraire possible pour Arendia.
Arendia…
Bientôt la cité royale s’étendrait à l’horizon, au terme d’un voyage de plus de six mois à travers le vaste Continent. L’hiver avait surpris les voyageurs bien plus tôt qu’ils ne le croyaient, ralentissant leur progression et allongeant la durée de leur entreprise. Oui… Bientôt, très bientôt…

-Tu crois qu’il est mort ?
-Non, regarde, il respire.
-Il a l’air mal en point.
-Tu m’étonnes, il doit être complètement gelé. Ramenons-le au chariot. On l’emmène.
-A vos ordres, sergent !

-Hey ! Garçon ! Tu m’entends ? Ca va ?
Samyël parvint approximativement à hocher la tête. Cela ressemblait plus à un tremblement plutôt qu’à autre chose. Où était-il ? Il était allongé, et pourtant il sentait que son corps se déplaçait. Le sol était dur sous lui, il tanguait un peu. Un bateau ? Non, il n’entendait pas les bruits de la mer. Le temps s’était calmé, le blizzard était passé. Le ciel était uniformément blanc.
-Comment tu t’appelles ?
-Sssaammyalll.
Sa bouche et sa langue étaient littéralement pétrifiées par le froid. Il ne pouvait quasiment plus parler.
-Sanyal ? Tiens, c’est original comme nom ça ! Vous avez entendu Sergent ?
-Oui, j’ai entendu Tom…
-Alors, Sanyal, qu’est-ce que tu faisais tout seul sur cette route en pleine tempête ?
Samyël secoua la tête.
-Ho, excuse moi ! Attend un moment, j’ai exactement ce qu’il te faut !
Le dénommé Tom lui ouvrit la bouche, et un liquide chaud vint remplir sa gorge. Cela le réchauffait instantanément, et lorsque le breuvage dévala son œsophage, il laissa une traînée de chaleur qui fit tousser Samyël.
-Hahaha, comme je le dis toujours, un p’tit coup de gnole ça vous requinque un homme en deux secondes ! Z’en voulez Sergent ?
L’alcool avait contribué à faire repartir le cerveau de Samyël à plein régime. Une foule d’information l’assaillit : Il se trouvait dans un chariot, avec deux inconnus en armes, Zackary était mort et il ne savait pas où il était !
La panique commença à s’emparer de lui, mais il se ressaisit vite.
-Qui êtes vous ?, commença-t-il par demander.
Le sergent, qui menait l’attelage depuis le siège du conducteur, lui répondit sans se retourner.
-Nous sommes des soldats du Fort D’argent. Nous rentrons de mission.
-Fort Argent ? C’est là bas que vous vous rendez ?
-C’est ce que j’ai dit, oui.
La Providence existait-elle ?
-C’est parfait, c’est là que je me rends également.
-Qu’est-ce que tu faisais seul en pleine nature par temps de tempête ?, redemanda Tom.
-Je me rends à Arendia, avec Zackary.
-Qui est Zackary ? Il n’y avait que toi, sur la route…
-Je sais, je crois qu’il… Je crois qu’il est mort.
A présent, la scène lui revenait en mémoire, et avec tous les détails sanglants. Peut être était-ce parce qu’à ce moment là il était complètement groggy, mais étrangement Samyël n’en éprouva pas beaucoup de peine.
-Il a été dévoré par des loups.
-Ho… Je suis désolé…
Un silence pesant s’installa entre les trois hommes. Ils suivaient le cours du Nyr à une allure rapide et régulière. Le chariot était tiré par deux puissants chevaux d’attelage robuste et endurant.
-D’ où… D’où tu viens ?, demanda timidement Tom pour briser ce silence qui le rendait mal à l’aise.
-De Solanéa.
-Je ne connais… Ca se situe où ?
-C’est une petite île, tout au Sud du Continent.
-Tout au Sud ? Mais c’est à des Kilomètres, même des centaines de kilomètres !
-Oui, je sais.
Les jambes de Samyël s’en rappelaient très très bien…     
-Ba ça alors…
-On m’a dit que Fort Argent est la dernière défense d’Arendia, c’est vrai ?
La mine des deux soldats s’assombrit soudainement. Ca avait l’air d’être un sujet très sensible.
-Malheureusement oui, répondit quand même Tom sur un ton lugubre.
-Ces chiens de fanatiques… On leur ferra payer tout ça, un jour !
-Et… Vous combattez même par ce temps ?
-Non, non, bien sûr que non ! A cette période de l’année, les armées prennent du repos, ce qu’on appelle les quartiers d’Hiver, car le sol et le temps ne permettent pas de combattre correctement. C’est une règle immuable de la guerre, qu’on respecte depuis le commencement du monde !
-Mais les camps du Commandeur ne sont pas très loin du fort. Nous devons rester vigilants, ils prévoient certainement une attaque dès le début du printemps.  Quoi que, j’ai l’impression qu’ils se sont relâchés ces derniers temps.
-Après tout ce temps, peut être qu’ils renoncent !
-Cela m’étonnerait, Arabéus n’aura de cesse tant que le monde ne lui appartiendra pas.
Les deux militaires crachèrent sur le sol à l’unisson.
-Mais ils pourront essayer autant de fois qu’ils voudront, l’unique passage pour Arendia restera définitivement clos. A ce propos… (Le sergent tourna la tête et scruta attentivement Samyël, soudainement soupçonneux) Pourquoi te rends-tu là bas ?
Le jeune homme réfléchit à toute allure. Il ne savait pas trop quoi répondre. Les ultimes avertissements de Rirjk défilèrent devant ces yeux, mais ces deux hommes ne faisaient-ils pas partis de la dernière armée libre du Continent ? Ne devait-il pas leur faire confiance ?
-Je vais à la Citadelle. Pour devenir Mage.
Les yeux de ses compagnons s’agrandirent de stupeur, et des sourires immenses leur fendirent la bouche. Tom le prit par les mains, tremblant de joie.
-C’est vrai ? C’est vrai ?
-Ou.. Oui, pourquoi vous mentirais-je ?, répondit Samyël, surpris par leur réaction.
-Vous avez entendu ça Sergent ? Il reste de l’espoir ! De l’espoir !

Les paroles de Tom hantaient Samyël. Il ne se les expliquait pas. Qu’avait-il voulu dire par « il reste de l’espoir » ? Pour masquer son trouble et se calmer les idées, il but une longue rasade de cet alcool fort. Il commençait à l’apprécier. L’élixir le réchauffait, et le rendait étrangement euphorique. C’était une drôle de sensation.
-Nous y voilà… Dhaz’Dorath, Fort d’Argent…
Samyël releva la tête, et sa bouche s’agrandit de stupeur lorsqu’il aperçut le paysage qui s’offrait à lui.
La citadelle était comme un magnifique bijou d’argent étincelant qui se nichait dans un défilé étroit dont les parois rocheuses s’élevaient très haut. De part et d’autre de la route principale qui menait au pont-levis s’alignaient d’impressionnant arbres à l’écorce d’un blanc immaculé. Le fort était construit en pierre de couleur gris-clair, et alliait excellemment esthétisme et efficacité, en une perle de génie architecturale. Des meurtrières étroites fleurissaient un peu partout sur la muraille et les tours élégamment crénelées étaient surmontées d’oriflamme portant le blason de Kalenz, un arbre d’Argent sur fond rouge. Samyël pouvait distinguer des centaines de soldats sur le chemin de ronde, prêts à donner l’alerte à la moindre menace. Le jeune homme distingua également plusieurs machines de guerre dont il n’aurait su dire les noms. Des espèces d’arcs géants braqués sur la route. Il n’était pas bien difficile de s’imaginer les ravages que de telles armes pouvaient provoquer dans les rangs ennemis. Vu comme ça, il paraissait impossible de s’emparer du château. Et pourtant, Arabéus et son commandeur s’y échinaient depuis plusieurs années.
-C’est vraiment… impressionnant…, souffla Samyël, admiratif.
Remplis de fierté, les deux soldats sourirent d’un air entendu. Puis Tom brandit un drapeau rouge et l’agita au dessus de lui après s’être mis debout.
Le signal fut bien reçu, et le pont-levis commença doucement à s’abaisser dans un bruit infernal de chaîne.

Depuis le chemin de ronde, Samyël pu enfin avoir une vue plus globale du Continent, et de tout le chemin qu’il avait parcouru en six mois en compagnie du vieux Zackary –les Dieux aient pitié de son âme. Cette terre était d’une beauté saisissante, surtout couverte de son blanc manteau de neige. L’hiver était la période préférée de Samyël. Le temps de la pureté immaculée venue du ciel. Quand tout était calme, serein, spirituel. Mais d’un autre côté, cela lui rappelait la triste fin de son grand père, survenue à cette période de l’année… Déjà sept ans depuis le terrible événement. Samyël avait plus ou moins déjà fait son deuil. La tristesse et le chagrin ne lui apportaient rien, il avait appris à ne plus les éprouver. Ceci dit, quand il avait appris la capture de Rirjk, il n’avait pas été capable de retenir ces deux sentiments. Mais un nouveau s’était formé à ce moment là, la rage. Rage de vivre, rage d’exister, rage de vaincre. Devenir le meilleur. Il s’était rendu compte au cours des six derniers mois que dans ce monde seule la force avait une quelconque importance. Les faibles servaient d’esclaves ou d’exutoires aux forts, et pas l’inverse. Il n’y avait que l’argent pour rivaliser avec la force.
Lors du voyage, Samyël avait également assisté à quelques bûchers. Il avait vu des gens de sa race brûler vif en hurlant de douleur pour le seul crime d’exister en tant que magiciens. Les ecclésiastiques et les soldats fanatisés ne pardonnaient rien. Le mal devait être purger par le feu et la violence. Seule une justice expéditive pouvait préserver le peuple des « démons » qui hantaient le Continent. Ces images restaient gravées dans l’esprit du jeune magicien, et un nom venait souvent s’y transposait, un nom qu’il hurlait toutes les nuits dans ses plus sombres cauchemars, Eratius.
Devant ces sombres spectacles, Samyël avait pris une décision. Il ne pouvait supporter de vivre dans un tel monde. Il devait le changer. Mais la tâche était ardue. Il lui fallait une armée, de l’or, des terres. Il devait devenir quelqu’un. Une personne crainte et respectée, connue de tous, un héros qui délivrait le peuple oppressé. La magie l’y aiderait. Les mages de la Citadelle comprendraient sûrement également. Ils l’aideraient sans aucun doute. Puis il tuerait Eratius et son Pontife dément, et le monde serait sauvé. Grâce à lui.
Cette idée était vraiment séduisante.
Mais son esprit vif et intelligent, savait que ce n’était encore une fois rien d’autre que des rêves de gamins. Si c’était si facile, pourquoi personne ne l’avait-il déjà fait ? Non, l’évidence s’imposait. Il ne pouvait rien faire. Cette triste fatalité lui arracha un sourire ironique.
-Jeune homme ? Jeune homme ?
Une voix un peu timide le tira de ses pensées. Il se tourna vers le soldat qui lui faisait signe d’approcher depuis le pas de la porte qui menait aux escaliers. Il se dandinait d’un pied sur l’autre, visiblement gêné.
-Le général va te recevoir. Suis moi.
Samyël obtempéra. Le militaire se retournait assez fréquemment vers le jeune homme, et lançait de rapides regards sur la chevelure vermeille. Samyël ne s’en formalisa pas. Certes cela l’avait déstabilisé initialement lors de ses premiers jours sur le Continent, où tout le monde se taisait à son passage, et fixait intensément ses cheveux rouges, contrairement à Solanéa où chaque habitant le connaissait. Mais il avait apprit à ne plus y faire attention. Cependant, quand les gens insistaient vraiment, cela avait tendance à l’agacer. Samyël avait également appris que les différences rendaient les gens nerveux ou gênés, voir violents.
Ils traversèrent la cour enneigée puis pénétrèrent dans le donjon.

Une fois arrivés devant les portes de la Salle du Trône, les deux gardes en factions devant celles-ci confisquèrent les armes de Samyël en lui promettant de les lui rendre une fois l’entretient fini. Le jeune garçon comprit parfaitement qu’en temps de guerre, on ne pouvait pas laisser n’importe qui s’approcher du général juste car il prétendait vouloir devenir magicien. Puis les soldats saisirent chacun un des battants et tirèrent afin d’ouvrir un passage dans lequel Samyël s’engouffra.
La Salle était assez vaste, quoi qu’assez vide. Les murs de pierre étaient recouverts de tableaux, de blasons, d’armes finement travaillées, d’étendards et bien d’autres. Un tapis de soie rouge menait jusqu’au pied d’un grand siège sur lequel était assis le général Kalenz en personne.
Le général ne ressemblait pas du tout à l’image que s’en faisait le jeune homme. Il se l’était imaginé grands, forts, avec des bras et des cuisses comme des poteaux, un cou de taureau, le crâne rasé et un regard furieux. Un guerrier, en fait.
Or Kalenz n’était rien de ceci. De taille moyenne, il était élancé mais athlétique. Il avait des traits aristocratiques fins, qui lui conféraient une beauté surprenante, mais qui respiraient la douceur mêlée à une autorité sans appel, quoique juste. Ses yeux verts en amande fixaient son jeune invité avec un mélange de gêne et de surprise. Ses cheveux mi longs plaqués en arrière ainsi que sa fine moustache de gentilhomme étaient roux. Une couleur que Samyël n’avait encore jamais vu chez un être humain, il en avait seulement entendu parlé au travers des récits de son Grand Père. Car la rousseur était une caractéristique propre à la lignée des Hÿalenz, dont été issu le général, le dernier descendant des dix chevaliers originels qui avaient lutté au côté du roi Aegir.
Etrangement, Samyël se sentit diminué face à cet homme, qui n’avait pourtant rien d’inquiétant. Il émanait de lui une étrange aura de force sereine, d’autorité tranquille qui forçait le respect. Arrivé suffisamment près, Samyël détourna le regard et s’agenouilla.
-Général Kalenz, c’est un ho…           
-Qui es-tu ?
-Pa… Pardon ? (Samyël se sentit idiot, il bafouillait ridiculement, et son cœur cognait fort dans sa poitrine.)
-J’ai dit, qui es-tu ?
-Je m’appelle Samyël.
-Je le sais. Ma question est, qui es-tu ?
Le jeune garçon regarda son interlocuteur sans comprendre. Se moquait-il de lui ?
-Sire, je vous l’ai dit, je m’appelle Samyël.
-Oui, oui je sais tout cela. Mais un nom n’est rien d’autre qu’un nom. La chose qui m’intéresse est de savoir qui tu es. Pas qui tu prétends être.
La confusion de l’adolescent s’accentua.
-Je… Je crains de ne pas vous suivre, sire.
-Je crains de ne pas me suivre moi même… Cette guerre nous rend tous fous. Enchanté de te rencontrer, jeune Samyël. Ta venue est providentielle. Tout n’est peut être pas perdu.
-Que voulez-vous dire ?
-Quand j’étais jeune, un peu moins que ton âge, voir des garçons sillonnaient les routes pour se rendre à la Citadelle dans le but d’entreprendre des études de magie était monnaie courante. Maintenant, cela doit bien faire trente années que je n’avais plus vu quelqu’un comme toi. Au rythme ou vont les choses, la magie risque de disparaître purement et simplement. Ainsi, te voir debout face à moi, le regard déterminé et me dire avec résolution que tu t’apprêtes à devenir mage me redonne de l’espoir. Oui, tout n’est pas perdu.
Le général se leva de son siège, et avança de quelques pas. Tapotant l’épaule de Samyël, il lui fit comprendre qu’il pouvait se relever.
-Quoi qu’il en soit, pour toi, et ce sera la première fois depuis de longues années, j’ouvrirais la porte qui garde la route jusqu’à Arendia. Tu n’auras plus qu’à suivre le Nyr et tu arriveras à la capitale.
-Merci, général.
-Cessons ces règles de protocoles futiles, appelle moi simplement Kalenz. Tu ne t’en rends peut être pas compte, mais le simple fait que tu puisses contrôler les Arts, certes pour le moment de bien maigre façon, fait de toi mon égal sur le plan politique et sociale. Peut être même plus.
Samyël fut abasourdi par cette information. Jusqu’à présent il ne s’était jamais interrogé sur cet aspect de son apprentissage. D’ailleurs cela lui semblait tout bonnement surréaliste. Parce qu’il savait faire apparaître un globe lumineux dans sa main cela faisait de lui un grand de la société ?
-Ceci dit, le temps reste encore indécis, une tempête risque d’éclater avant la nuit. Reste ici ce soir prend un peu de repos. Le voyage a dû t’épuiser.

-Cela fait à peu près trente ans que je tiens ce fort contre les hommes d’Arabéus. Crois moi, il ne tombera pas de sitôt. Tant que je serais vivant en tout cas.
-Kalenz, il y a quelque chose que je ne comprends pas.
-Oui ?
-Et bien… Comment dire… Le Continent est vaste… Et… Comment se fait-il que le défilé d’Argent soit le seul endroit où les armées du Pontife puissent passer pour atteindre Arendia ?
-Car ils ont peur.
-Peur ? Peur de quoi ?
-De vieilles légendes mentionnent l’existence d’anciennes reliques magiques disséminées aux points stratégiques de la Plaine de L’Arch’Land, que les magiciens de la Citadelle pourraient réactiver pour couper court à toute tentative d’invasion.
-Et c’est vrai ?
-Bien sûr que non. Mais les gens croient ce qu’ils ont envi de croire. Et malgré toutes leurs belles paroles, ce qu’Arabéus et ses hommes redoutent le plus c’est bien évidemment la magie. C’est en partie pour cela qu’ils veulent l’éradiquer. Par conséquent, leur dernière possibilité est de passer par le Fort Argent, tenu non pas par des créatures et des boules de feu, mais par des hommes mortels équipés de fer et d’acier.
-Je vois…
Cela paraissait vraiment étrange à Samyël. Il trouvait cette histoire bancale et tirée par les cheveux. Ceci dit, les faits étaient là. Alors qu’ils avaient tout le loisir d’encercler la capitale de tous côtés, les Arch’Markiens préféraient envoyer leurs troupes s’écraser contre les hautes murailles du Fort.
-Sais-tu te servir de ton épée ?, demanda soudainement le général, tirant Samyël de ses pensées.
-Un peu, Zackary m’a enseigné les bases.
Pour souligner son propos, Samyël fit coulisser la lame hors du fourreau.

« -Vois-tu, l’art de l’épée est l’équivalent physique de la magie. C’est une manière d’être, une manière de vivre. Elle demande autant d’efforts et de concentration que l’étude magique. Cela requiert un corps fort et un esprit vif mais paisible. Dix centimètres d’acier peuvent tuer plus vite qu’un éclair ou une sphère de flammes. Maîtrise ton épée, fait tienne sa force et sa volonté, et tu seras un bon combattant. Lorsque tu te bats, tu ne dois penser à rien d’autre qu’à ton adversaire, focalise toute ton attention sur lui, observe le, analyse le, anticipe le, et bat le. Ce sont les préceptes de l’escrime. »

-Que dirais-tu de participer à quelques duels amicaux ? Avec ce froid, il faut se maintenir en forme, et l’exercice réchauffe.
-Oui, pourquoi pas. Je suis curieux de voir ce que je vaux à l’épée.
-Bien, dans ce cas suis moi.
Kalenz guida Samyël au travers des longs couloirs du Fort jusqu’à une petite cour centrale qui servait de terrain d’entraînement. Plusieurs soldats étaient à pied d’œuvre et s’affronter avec des armes émoussées. Lorsqu’ils s’aperçurent de la présence de leur général, ils s’arrêtèrent et le saluèrent en se tapant le poing sur le cœur.
-Messieurs, que diriez-vous de vous mesurer à notre invité ?
Les hommes regardèrent Samyël avec surprise, puis éclatèrent de rire.
-Bien, c’est réglé, dit Kalenz avec un sourire malicieux. L’équipement d’entraînement est par là.

« -Le physique ne fait pas tout. Un colosse de deux mètres avec des bras comme des poteaux et ne se reposant que sur sa force n’a aucune chance contre un adversaire agile. Un bon escrimeur allie force, vitesse et technique. Si tu doutes de tes muscles, sert toi de ta tête et de tes jambes. Bouge toujours, ne laisse aucune faille dans ta défense. La moindre petite brèche peut se révéler fatale. Dans le même ordre d’idée, ne laisse pas à ton adversaire l’occasion de t’attaquer. Lance assaut sur assaut, enchaîne les bottes et les feintes, sois agressif. Souviens toi toujours que lors d’un combat, tu mets ta vie en jeu. Alors défend la de toutes forces. »

Samyël posa sa main sur la garde de son épée. Il mit une jambe en avant et positionna son corps en biais. Une posture classique. Le soldat qu’il avait en face de lui, croyant avoir à faire à un gosse n’ayant jamais touché une lame de sa vie, fonça sans se soucier de rien. Sereinement, Samyël attendit le bon moment, se décala un peu puis déferra sa lame aussi vite qu’il le put, la positionnant sous le cou de son adversaire.
Le public resta sans voix. Kalenz sourit. Le soldat, médusé, recula un peu, puis s’effondra sur les fesses, regardant le jeune garçon avec des yeux ronds.
-Finalement, l’entraînement du vieux ne devait pas être si mauvais que ça, dit simplement Samyël en rengainant son arme.

« -Samyël, surtout, ne tire aucun orgueil de ton épée. Sois toujours humble. Car il y aura toujours un homme pour te dépasser et te vaincre. Si cela arrive un jour, n’en tire aucune rage, ne te blâme pas ou que sais-je encore. Prend plutôt cela comme une leçon et tire en des conclusions. C’est ainsi que tu progresseras toujours plus dans l’art de l’épée. Un bon guerrier fait davantage confiance à sa lame qu’à son habilité. En maniant longuement la même arme, le combattant tisse avec elle des liens forts qui l’aident à se battre. Changer d’épée comme de chemise n’est jamais bon. Un escrimeur peut avoir une épée forgée par le plus grand maître forgeron du monde, il n’aura aucune chance face à une lame de moindre qualité si elle est maniée par une personne la manipulant depuis de longues années. Considère ton arme non comme un outil, mais comme une entité, comme une amie. Une compagne qui t’épaule et qui t’aide. On dit que si les liens sont vraiment forts, l’esprit de l’épée apparaît à son possesseur. Met en pratique tout ce que je t’ai appris, entraîne toi régulièrement et tu deviendras un redoutable combattant. »

Transpirant abondamment, Samyël massa son épaule meurtrie. Il tomba à genoux, déclarant sa défaite. Kalenz sourit, rengaina sa lame puis aida le jeune homme à se relever.
-Ta technique est intéressante, mais tu as encore de gros progrès à faire.
Samyël acquiesça. Après s’être fait rosser proprement, le doute n’était pas permis. Il ferma un moment les yeux, et repassa mentalement le combat qui venait de se dérouler. Non, vraiment, la différence de niveau était beaucoup trop importante. 
-Est-ce que le Commandeur est fort ?
Réalisant la stupidité de sa question alors même qu’elle franchissait sa bouche, Samyël grimaça en se traitant d’idiot. Kalenz le regarda, pensif, puis perdit son regard dans le ciel.
-Oui, il est fort. Pour l’avoir vu de près, je mettrais ma main à couper que je n’aurais aucune chance contre lui en combat singulier.
Cette nouvelle dépita Samyël. Il serra le poing de rage. Eratius était très fort à l’épée ? Aucune importance, il comblerait le manque de force par sa magie. Etrangement, Samyël se mit à souhaiter de rencontrer le Commandeur en personne. Peut être pour mieux lui passer sa lame au travers du corps…
Un rictus dément tordit ses traits.
Nul ne le vit, mis à part le général Kalenz. Une boule se forma dans sa gorge, et il sentit une sueur brûlante descendre subitement le long de sa colonne vertébrale. Un étrange pressentiment le saisit alors qu’il contemplait le visage du jeune homme.
« Est-il vraiment celui que l’on attendait ? », ne pu-t-il s’empêcher de penser.
Mal à l’aise, il déclara soudainement d’un ton faussement enjoué.
-Aller, assez combattu pour aujourd’hui. Le repas doit être prêt, tu dînes à ma table ce soir. Je te présenterais à Marron, notre mage.
Samyël releva la tête. Son sourire fou avait disparu, il arborait à nouveau le visage expressif et heureux d’un adolescent normal –outre cette teinte de cheveux bizarre.
-Je ne savais pas qu’il y avait un magicien ici !
Kalenz avait-il rêvé ? Sûrement. Pourtant… Pourtant il était sûr d’avoir vu un tout autre visage quelques instants plutôt.
-Et comment aurions nous pu tenir si longtemps sans un soutient magique ?
Allons bon. Ce n’était sans doute rien. La lumière était mauvaise, cela avait dû fausser son jugement. Il devenait vieux, tout simplement…

Marron était un homme avoisinant la quarantaine, mais qui était perpétuellement agitée d’une bonne humeur contagieuse. Il remontait sans cesse ses lorgnons le long de son nez, et tenait toujours un livre, comme si c’eût été un besoin vital. Plutôt ventripotent, il se vêtait souvent d’une ample robe auburn, ne démentant pas ainsi la tradition voulant qu’une personne de magie porte une robe.
Samyël le rencontra brièvement lors de la soirée. Le mage fit un rapide détour par la salle à manger pour saluer leur hôte, puis il repartit presque aussitôt à ses livres, comme si il était sur le point de découvrir quelque chose de capital.
-Ne t’en fais pas, dit le Général avec un sourire, il est toujours comme ça. Tu auras sûrement l’occasion de le voir un peu plus tard.
Samyël acquiesça distraitement en hochant la tête. Il savourait le repas exquis, servi dans des assiettes dorées. Cela le changeait de la viande séchée, du fromage et des fruits secs qu’il avait mangé durant tout le voyage. La viande juteuse fondait littéralement dans sa bouche ; les légumes cuits à la perfection croquaient sous ses dents… Il se régala plus que de raison.
-Parle moi un peu de toi, continua Kalenz en buvant un peu de vin.
-Que voulez vous savoir ?, répondit le jeune homme en relevant vaguement les yeux.
-Je ne sais pas… Tu as de la famille ?
-Je n’ai jamais connu mes parents. Mon grand-père m’a recueilli très tôt après ma naissance et il m’a élevé seul. Eratius l’a assassiné, il y a sept ans.
-Ainsi donc il était magicien ?
-Non, pas vraiment. Il s’est sacrifié pour sauver la vie de mon maître.
-Une noble fin. Ce devait être un grand homme.
-Oui, un très grand homme. Plus grand que je ne puis l’imaginer.
-Et ton maître ? Parle moi de lui.
-Rirjk ? C’était quelqu’un de bien aussi. C’était un bon maître, il m’a élevé à la mort de mon grand père.
-Rirjk ? Tu as dit Rirjk ?
-Oui, en effet, c’est ce que j’ai dit. Il y a un problème ?
-Non, non, aucun, pardonne-moi. J’ai cru me souvenir de quelque chose, mais ce n’est pas possible. C’est lui qui t’a envoyé vers la Citadelle ?
-En quelque sorte. Du moins c’est ce qu’il me conseillait de faire dans sa lettre.
-Dans sa lettre ?
-Les Arch’Markiens l’ont enlevé il y a six mois. Il semblait s’y attendre, il m’avait écrit une lettre au cas où cela se produirait. Je ne sais pas s’il est encore en vie, quelque part…
-C’est peu probable, je sais ce que ces foutus fanatiques infligent aux gens de magie…
-Je le pense également…
Sur l’arbre auquel Henry était pendu, une deuxième silhouette apparut dans l’esprit de Samyël. La silhouette de Rirjk, se balançant doucement au bout d’une corde.
-Ton grand père avait également les cheveux rouges comme toi ?, fit Kalenz, désireux de changer de sujet.
-Non, il était brun. Personne ne sait d’où ils me viennent. Sûrement de ma mère.
-Je vois, je vois…
Le général porta sa coupe à ses lèvres, et but une gorgée de liqueur.
-Tu sais gamin, dans le fond, je t’admire. Tu es plus courageux que moi.
Samyël releva la tête cette fois-ci. Kalenz le regardait fixement, une étrange lueur dans le regard.
-Que voulez-vous dire ? 
-Tu te diriges vers une vie vouée aux études de la magie. Dans un monde devenu complètement fou et qui ne désire que son éradication. Dans quelques années, tu seras l’un des ennemis publics numéro un. Tu seras traqué, chassé, sûrement assassiné. Mais sachant tout cela, tu continues bravement ta route. Oui, je t’admire.
Une boule se forma dans la gorge de Samyël. Il n’avait jamais envisagé les choses sous cet angle. Son esprit était encore enchaîné par les grives de l’enfance. Il baissa les yeux vers son assiette. Il n’avait plus faim tout à coup. Il commença à s’imaginer que derrière chaque colonnade, chaque porte, à chaque détour d’un couloir, il y avait un homme, attendant le bon moment pour lui planter une dague entre les omoplates. Une sueur âcre glissa le long de son dos. Son futur lui parut soudainement beaucoup plus incertain.
-J’ai pris une décision, là, dans l’instant. ‘Sûrement aidé par cet excellent vin. Je te fais une promesse. Je tiendrais ce fort pour cinq ans encore, au moins. En échange, tu dois me promettre quelque chose.
-Quoi donc ?
-Lorsque tes pouvoirs auront suffisamment grandi, tu prendras part à la guerre.
Le général semblait très sérieux. Ses yeux légèrement rouges à cause de l’alcool ne cillaient pas. Il attendait une réponse. Samyël réfléchit juste un moment aux conséquences qu’aurait cette promesse. Mais après tout, dans le fond, après la mort d’Henry, pourquoi avait-il continué l’apprentissage des Arts ? Pour finir illusionniste de rue, comme le vieux Zackary ? Pour mourir pendu au bout d’une corde ou brûlé vif en place publique sous les hués d’un peuple aveuglé ? Non. Il voulait se battre. Il voulait prendre sa revanche. C’était clair comme de l’eau de roche. Nulle hésitation ne pouvait ralentir sa parole.
-Je vous le promets, général.

-Général, puis-je vous parler ?
Kalenz abaissa le bras, signalant aux sentinelles d’activer les systèmes d’ouverture de la Porte de la Lune. Après quelques instants, les lourds battants commencèrent doucement à s’ouvrir.
-Bien sûr, mon cher Marron, je vous en pris.
Le temps était radieux, le ciel d’une bleuté immaculée. Seul le froid mordant et le paysage enneigé signalaient la présence de l’hiver.
-Il y a quelque chose qui me trouble à propos de maître Samyël.
Le magicien se plaça à côté de Kalenz, et tous deux, depuis les créneaux, regardèrent la petite silhouette rougeâtre qui entamait le voyage final jusqu’à Arendia.
-Je vous écoute.
-Mon général, c’est assez difficile à expliquer. J’ai pu m’entretenir avec lui. Je ne doute nullement de ses intentions et de ses dires. Seulement, j’ai eu l’occasion de tester son pouvoir, et il m’est apparu que ce garçon ne possède aucune once de magie en lui.
Kalenz fronça les sourcils mais ne quitta pas Samyël des yeux.
-C’est faux, il a fait apparaître une sphère de lumière dans sa paume hier au dîner.
-Je le sais, et c’est justement cela la source de mon trouble.
Un silence méditatif s’installa entre les deux hommes. En contre-bas, la porte de la Lune se refermait aussi doucement qu’elle ne s’était ouverte. Quelques années seraient sûrement nécessaires avant que ses battants ne bougent de nouveau.
-Êtes vous sûr de ce que vous avancez ?
-Sûr, mon général, autant qu’un magicien peut l’être.
Sans trop savoir pourquoi, Kalenz revit dans son esprit le visage illuminé d’un sourire dément de Samyël, la veille sur le terrain d’entraînement. Il chassa cette idée d’un revers de la main.
-Mais sera-t-il apte à apprendre vos Arts ?
-Il semblerait que oui, au vue de ce qu’il est déjà capable de faire.   
-Dans ce cas oubliez vos troubles. Nous en avons moins besoin que de sang neuf dans les rangs des vôtres.
Marron acquiesça en se caressant le menton.
-A vos ordres mon général.
En silence, les deux hommes rentèrent à l’intérieur, chacun ruminant ses pensées, partagées en espoirs et incertitudes.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Prince du Crépuscule le jeudi 13 décembre 2007, 17:40:27
... Comme promis, j'ai défié certaines foudres que tu connais pour venir ici te commenter. Je suis désolé d'avoir été autant absent, ma connection ne me pardonne pas ces derniers temps, et le manque de sommeil non plus d'ailleurs. Profitons donc de ces jounées banalisées bien méritées suite au bac blanc (on devrait en faire plus souvent rien que pour cette récompense je trouve *-*) pour venir faire un tour dans l'antre de son Mage Vermeil et de ses magnifiques écrits! :<3:

Ha, eh bien! Enfin les aventures de ce cher Samyël reprennent, tu m'en vois fou de joie, je n'attendais plus que ça! Et pour l'occasion Nehëmah m'a généreusement laissé la première place derrière ce looooong post pour accueillir mon retour à bras ouvert, je t'aime toi aussi! =3 (enfin parfois seulement... les parasites, ça te suce le sang jusqu'à la moëlle et ça dissèque des souris marmotte en plus, mieux vaut ne pas trop s'y attacher... XD)

Alors, par où commencer, y a tellement à dire que j'en ai déjà oublié la moitié. Alors, première note positive, Samyël est de retour! Pas que j'appréciais pas la reptilienne compagnie de ce cher Argoth, mais bon disons que j'ai toujours gardé quelques préférences pour l'oeuvre originale et sa dimension complète, et pour les cheveux rouges aussi. ^^ Magnifique et long chapitre donc, deux qualités essentielles selon moi. Il est vrai qu'à la fin on commence à s'épuiser et à relire plusieurs fois la même ligne, mais quel bonheur! J'ai été emporté par cette suite aux nobles épopées de notre apprenti mage préféré, et à son intrusion au sein de Fort-Argent. Et pour commencer fort, outre ton style toujours aussi admirable et soigné, ce vocabulaire riche et précis et cette belle syntaxe conférant à tes écrits un grand souffle épique, comme l'herbe des grandes plaines ployant en un murmure charmé aux avances du langoureux zéphir, et se laissant totalement séduire en une vague de plaisir double, (PdC, calme tes ardeurs, on t'a retrouvé on a compris... v_v") on découvre le personnage intéressant que constitue Eratius.

Oui, l'ennemi de Samyël lui-même, celui qui a fait exécuter de sang froid son grand-père puis Rirjk (j'espère tant qu'il revienne, ta mise en doute quant à sa mort nourrit mes espoirs, je veux savoir! é_è), on en apprend plus sur lui en une belle scène dans le grand palais pontifical d'Arch'Mark, dont la belle description m'a tout de suite plongé dans le flot chrameur de tes écrits. Personnage fanatique s'il en est, imposant mais aveuglé par son fanatisme exubérant et ses fausses lumières, jouant d'ombres sur la pureté de ses convictions. Rien n'est pire que la religion pour cela, et sa totale foi en Arabéus le confirme dangereusement pour notre mage vermeil (mais non pas toi, celui que t'as créé voyons! \o/). La magie, ce noble art, est traqué de toutes parts et seule Arendia résiste à cette déferlante de folie. Il est évident que ce dernier rempart de la raison serait sa cible utlime. On a un bel aperçu de fanatisme qui se développe tout le long de ta première partie, jusqu'au point ultime où il exulte de sa consécration, au point de fondre en larmes. Encore une fois j'ai envie de le comparer à Thomas Brogan, du Sang de la Déchirure dans l'Epée de Vérité, car il est vrai que ce thème est largement repris à travers les épopées de Fantasy, mais bon j'aime et tu y réussis parfaitement, les méchants garçons de ton cycle sont parfaitement crédibles! ;)

Et voilà que la deuxième partie débute, après une grande ellipse narrative (Nehëmah, c'est à cause de toi tout ça je te hais, profondément... >w<' non je plaisante ;p) nécessaire il est vrai, même si j'aurais bien voulu quelques petits chapitres transcrivant cette longue route vers Fort-Argent. Enfin je vais pas me plaindre, mais six mois balayés comme ça, pfiou ça en fait du temps et des kilomètres racourcissant mon cycle préféré. M'enfin, ça aura permis quelque chose de grandiose, de fabuleux, d'aussi précieux que le ciel... Rirjk est vengé, et Zackary est mort! Ouaaaiiiisss!! ^o^  ... Ah non, je voulais dire, on en aura su que peu concernant ce gentil mage, c'est tellement dommage ( :p ) même si l'on pouvait aisément pressentir qu'il ne serait pas important et qu'il servirait uniquement à compléter autant que faire ce peut la formation de Samyël avant d'entrer dans la cour des grands barbus en robe. Et aussi de ne pas le laisser sombrer dans cette douce folie qui semble l'habiter, peut-être.

Bon, ensuite la rencontre avec les soldats, blabla, on en apprend un peu plus sur la situation, et surtout ils révèlent ce qui fait l'unicité de Samyël, outre ses cheveux rouges: la magie, qui est en pleine décrépitude. Encore une fois, je te félicite quant à la qualité de tes dialogues et de la narration, que tu manies à merveille. ^^
Vient la belle description de Fort-Argent, joyau d'argent serti dans les hautes falaises le ceinturant. Elle suscite autant l'admiration de Samyël que la mienne je crois. Je décèle une forte ressemblance avec Minas-Tirith d'ailleurs, j'ai pensé d'emblée à cette merveille et au film, à ces fiers remparts, ces trébuchets (remplacés par des balistes mais bon customisation samyëlienne on va dire ^^) j'ai pensé à la grandiose guerre qui allait s'en suivre, destinée que Fort-Argent lui partage en plus de son apparence (enfin c'est l'impression que j'en ai eu, je parie que c'est encore faux ce que je raconte >_>).

Puis enfin surviennent la belle rencontre avec Kalenz, une figure que j'aime beaucoup et à laquelle je me suis attaché dès que je l'ai vu (avant dans le cycle, même que je l'avais confondu je crois fufu). Je sens que ça veut dire qu'il va mourir vite, comme tous les personnages secondaires qui me plaisent plus que les autres... (alias Rirjk, Haku dans Naruto et une foule d'autres...) T-T Il en impose je trouve, il me rappelle Sildinn d'ailleurs (un peu), haut compliment que je te fais là! :)
Ils parlent de l'avenir, etc... puis la scène de l'entraînement arrive (la tirade de Kalenz sur l'épée et la rencontre de son âme même m'ont fait penser au zanpakutô de Bleach ^^), pour déboucher sur la folie incertaine de Samyël. Côté sombre intéressant au demeurant, comme un germe qui croîtrait en lui pour usurper sa raison et son statut d'apprenti classique, pour rendre dans l'original. ça me plaît et j'ai hâte de voir comment les choses évolueront! Je prédis un gros barbare sanguinaire qui s'abeuvrait du sang de ses ennemis. XD

La scène finale conclut sur la promesse de Samyël de combattre au nom d'Arendia et des utilisateurs de magie, puis sur les paroles échangées entre Marron et Kalenz en haut des remparts de la fière cité, mettant en cause les fondements du don du petit mage, alors que cet être, ultime espoir, s'en va dans la neige. :niais: ça fait très mélancolique je trouve, comme si quelque chose de terrible allait arriver, comme un bond dans le futur avant l'heure, juste avant la bataille, ou un grand regret embrassant un passé révolu bien trop tôt. Je m'égare peut-être, mais bon sans sentiments chez moi on arrive à rien, je t'offre ma propre vision des choses en des petits commentaires se résumant en deux mots: j'aime! ;)

Pour conclure... Je veux la suite! Bonne continuation GMS, j'espère que cette légère impression personnelle occupera un peu de ton temps et éclairera ce que je pense de tout cela. Bonne soirée! =D

PS: Quand j'ai commencé à écrire, il faisait encore jour, je comprends pas... :niak:
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Nehëmah le jeudi 13 décembre 2007, 21:41:01
Et bien, nous sommes civilisés, très cher confrère du forum littéraire :niak: Ainsi, c'est avec grande joie que je te laisse t'emparer de la première place du podium des commentaires pour ce tour-ci :niak: Remarque, c'est soit toi, soit moi, ; dois-je en effet rappeler que nous sommes, quasiment, les deux lecteurs réguliers de Samyël ? (et tout au moins ses deux commentateurs officiels adorés, je te laisse allègrement la première place, tu la mérites, si, si j'en suis sûr !). Bien sûr, des fois Ganon d'Orphée fait des apparitions, mais il faut approfondir les efforts :niak:
Bref. Si ça continue comme ça, je deviendrais presque pire que toi, Prince du Crépuscule, au niveau de l'égarement des commentaires. cependant, nous le faisons de deux manières différentes, ce qui fait c'est chouette (oui j'avoue j'étais pas inspiré pour finir ma phrase).

Du coup, j'en viens à m'excuser, Samyël, puisque j'ai introduit quasiment en répondant à Prince du Crépuscule xD D'ailleurs, je veux savoir si ce dernier m'aime ou me haït, puisqu'il m'a dit qu'il m'aimait, puis, plus tard, qu'il me haïssait , tout ça dans un même commentaire. Par conséquent, je doute profondément. Car comme en plus il a dit qu'il ne fallait pas trop s'accrocher aux parasites... Bon... Il a pas tort :niak: M'enfin pas grave, j'achève là ma digression refoulée et pourtant non-contenue.

Bon. Procédons à la dissection *et oui, un parasite reste un parasite*.
Que nous as-tu donc servi de bon ? Pour l'entrée, un peu d'Eratius, tout fou-fou. Ce personnage me fait penser un peu à Kefka dans Final Fantasy 6 : un illuminé qui boit les paroles de son supérieur (avant de se rebeller et de le tuer, dans une passe de folie qu'il gardera jusqu'à sa mort, une année plus tard). Bref, tu vois tout de suite le parallèle que je compte faire ? Je pense qu'Eratius est un illuminé profond, qui a une foi inébranlable, et croit trop d'ailleurs. Ben tiens, le Seigneur l'a élu... J'suis pas sûr que son dieu existe vraiment, mais il risque d'y croire vraiment, et Eratius pourrait fortement faire glisser cette relation de Dieu - croyant à Dieu lui-même. Vous voyez, la folie, c'est forcément une affaire d'inconscient qui bouffe le conscient. Et dans le conscient on retrouve des tas de saloperie du genre du complexe de supériorité, caché par une profonde humilité.
Ensuite, sûrement que tout ce que j'ai dit n'est que palabres inutiles et j'aurais tout simplement l'air d'être un psychanaliste en herbe. Bah... Normal, j'en suis un, et même pas en herbe, en graine si possible.

Là où je suis heureux et fier de moi, c'est dans ma lecture fine et perspicace du personnage de Samyël (hein ? Je me jette des fleurs ? Ben oui...). Ce que je pensais, à savoir l'évolution de sa folie, est en bonne voie. Je dirais même que ce chapitre confirme ce que je pensais, et pire encore, que ça risque d'être au-delà de mes croyances. Un Arthas en puissance ? Je ne mise même pas sur le barbare sanguinaire mais sur l'espèce de paladin déchu, ravagé par sa folie et ses doutes qui n'ont trouvé écho qu'en la facilité de destruction.
Samyël est là, au moment où tout se joue. Il a en lui les potentialités d'un futur dangereux. Il ne le sent même pas. Mais pourtant, c'est clair. Et ce qui m'a franchement mais franchement éclairé, c'est quand il s'imagine dans plusieurs années, en proie à des tueurs et tout et tout. Et puis, il veut devenir le meilleur. Il se cache cette possibilité, quoi ! Il se dit qu'il ne doit pas le faire, car il ne peut pas, comme s'il pratiquait une auto-humilité. Franchement, tout ce maelström de paranoïa et de complexe de supériorité.... Avec la référence aux cheveux rouges, je pourrais presque croire que ce brave Josef Staline, excellent dirigeant de l'URSS de 1924 à 1953 t'a inspiré, mais bon... Donc, je vois franchement Samyël devenir chef d'un Etat totalitaire, pire encore que ce peut pratiquer Eratius et ses acolytes... Une sorte de vengeance, mais en ultra-pire (ouais, terme pourri à deux balles). Par ailleurs, je crois que dans le futur, Samyël n'aura rien à envie à Eratius.
Par ailleurs, notons qu'à cette période de la vie, tout peut se jouer. Il peut se transcender tout ocmme il peut sombrer. A la manière de la famille Skywalker. Sombrer, comme Anakin, ou lutter et se transcender pour Luke. Lequel sera Samyël ?
Une dernière chose à dire, c'est que j'adore vraiment ce personnage dans le sens où c'est maintenant qu'il révèle son potentiel et que nous sommes en train de lire ses aventures tout comme nous sommes peut-être en train d'assister à l'ascension d'une terrible menace pour cet univers dans les décennies à venir. Peut-être le héros d'une histoire sera l'ennemi public numéro 1 d'une autre ? Bref, cette désagréable sensation de voir un tyrant évolué et de mettre sur le compte de son hypothétique future tyrannie, toutes les souffrances qu'il a dues endurer.

Je passe rapidement à Zackary.Bon, concrètement il a pas servi à grand chose le pépé. Je me demande même si c'est pas Samyël à la limite qui l'a tué (notamment à cause du décallage : "Samyël se demanda vaguement s’il y avait des loups dans le coin." et le ton de certitude "Il a été dévoré par des loups. "... un peu comme une sorte de mensonge). A vrai dire, ça peut paraître absurde mais je ne fais absolument pas confiance à ce mage vermeil.
Pour conclure sur Zackary; il a enseigné les rudiments du combat à l'épée de Samyël, mais c'est bien sa singulière utilité. Pour le reste, on repassera. J'avais trouvé une itnerprétation pour ce personnage maisje ne m'en rappelle même plus, signe qu'il m'a franchement marqué.

Enfin, Kalenz. Bon, n'y allons pas par quatre chemins : il se fera tuer par Eratius ou Samyël... Je sais pas, honnêtement mais je le vois mal passer le cap de ces cinq années. Au pire, il sera une perte qui fragilisera un peu plus Samyël, mais honnêtement je le vois plutôt mort que vivant. Et c'est bien dommage car il dégage un certain style, mais paraît un peu trop lisse une fois encore. Par ailleurs, le Fort d'Argent donne un petit côté Gouffre de Helm qui semble encore une fois un peu repompé. Simple clin d'oeil ? Réminiscence purement fortuite ? Faiblesse d'imagination ? J'opte plutôt pour la une et la deux, je doute beaucoup que tu sois un faible d'esprit :love:
Bref, ce qui me met sur la voie de son trépas certain, autre que par mort naturelle, c'est le fait qu'il ait vu le visage de Samyël, le véritable, celui qu'il cache, qu'il cache à la fois de son entourage mais aussi de lui-même. Kalenz a vu son visage. Un peu une sorte de malédiction. De la superstition peut-être. Mais je pense qu'il a déjà des doutes sur Samyël, confirmés par Marron (heureusement qu'il y a des personnages aux airs inutiles afin de simuler l'impression de peuplade immense :niak: xD Bon, c'est dit sur le ton cynique, mais c'est un compliment hein !). Bon, et puis le fait qu'il se pense moins fort que Eratius, c'est bien le signe d'une impuissance et donc d'une inutilité certaine. C'est à Samyël qu'il appartient de se venger d'Eratius et sûrement que le mage pourrait tuer n'importe qui pour achever Eratius.
Ce n'est sûrement pas la bonne réflexion, mais j'aime le penser.

Bon, ai-je vu d'autres choses qui méritent d'être signalés ? Ah oui, je pense comme Prince du Crépuscule, après ce qu'il en a dit ça m'a paru évident : Rirjk n'est pas mort. On ne le voit pas mourir, et son ombre plâne encore sur la fiction. Si, si, il reviendra plus tard. Et sera sûrement très fâché de voir que son brave petit Samyël est devenu un monstre fou à lier (oui là je me projette dans mes hypothèses ah ah).

Bref. Je te remercie pour cette lecture, ce fut tellement intense de retrouver Samyël dans de telles conditions ! Ca faisait un mois ou deux qu'il avait disparu mais il était toujours aussi frais... Voire plus que d'habitude... Ah... Vivement la suite !
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Red ink le dimanche 16 décembre 2007, 15:10:09
Analyse detaillée du premier chapitre :

Il y avait donc une forêt de sapins, en bordure du village. Une forêt aux arbres serrés, où régnaient l’obscurité et l’humidité et avait de ce fait acquis la réputation d’être hantée par quelques esprits. Il fallait également faire attention car le bois se finissait sans crier gare sur un à-pic vertigineux à flanc de falaise qui vous entraînait vous briser sur les rochers.


Pour la première phrase : la virgule n'est pas nécessaire mais bon tu peux la garder à la limite.

Pour la deuxième phrase : évite la répétition de forêt et utilise une belle figure de style. Par exemple : Une montagne verte où régnait une humide obscurité xD / Au fait tu as utilisé deux fois la conjonction "et", une fois cela suffit. De plus ta phrase n'a plus de sens enfin je bloque quand je la lis.

Pour la troisième phrase : Je bloque encore ><


Et malgré tout cela, nombre de voyageurs venaient arpenter les sentiers à peine dessinés de cette forêt. Parmi eux, se trouvait un jeune garçon, originaire de la Dent. Il ne devait avoir que six ans, ou pas loin, mais il vagabondait dans la forêt sans crainte ni peur, peut-être par inconscience… ou par courage.

Première phrase : "Et malgré tout cela" fait trop simple je trouve ^^ (exemple : Et malgré ces nombreux dangers)
Deuxième phrase : t'as du mal avec les virgules xD
Troisième phrase : si il vagabonde sans crainte c'est qu'il le fait sans peur, donc le deuxième adjectif est complétement inutile et ne fait qu'allourdir la phrase (oh un premier vrai commentaire xD) / Pour la fin de la troisième phrase, elle pourrait bien conclure le paragraphe mais je bloque encore une fois (exemple : Etait-ce son inconscience ou sa témérité qui guidaient ses pas ?)

En ce temps, le trafic maritime avait fortement évolué et les navires charriaient avec eux les rumeurs de la guerre, et nombre de réfugiés cherchant abris à Solanéa. Parmi eux se trouvait un homme d’âge mûr, vêtu d’une robe ample et auburn. Avec lui cheminait une jeune femme, très belle de visage et aux manières douces. Si fait, ils avaient entendus parler de la Dent de l’Ours et c’est vers ce lieu qu’ils se dirigeaient d’un pas pressé, quoique sûr. Ce faisant, ils pénétrèrent dans la forêt qui bordait la Dent. L’homme rassura sa compagne d’un murmure et ils pressèrent leur âne qui rechignait à entrer. Ils progressèrent quelques instants sans rien croiser, et au bout d’un moment ils s’assirent sur le tapis de mousse qui recouvrait le sol du bois et ils firent un repas de pain et de fromage.

Première phrase : encore une fois tu as utilisé trop de fois la conjonction "et"

Troisième phrase : 'Avec lui cheminait une jeune femme, très belle de visage et aux manières douces"
Très belle de visage ... Mouais xD (remaniement proposé (à toi de voir hein xD) : une charmante jeune femmes aux douces manières.

Dernière phrase : Encore ce deuxième "et" ><

-Vous qui êtes entrés en mon domaine, vous qui ne craignez pas mon courroux, acquittez-vous du droit de passage ou rebroussez chemin dans l’instant, fit soudain une voix surgie de nul part.
Elle se voulait forte et menaçante, mais le son était si aigu qu’on devinait la candeur de l’enfance. L’homme se leva, ramassa son bâton de marche et leva son autre main, souriant.
-Je vous demande pardon, messire, mais nous ignorions que cette forêt était vôtre. Nous ne sommes que de simples voyageurs sans argent et nous ralliions la Dent de l’Ours. Montrez-vous, messire, et nous pourrons parler.
Un buisson s’agita un peu à l’écart du sentier qu’ils suivaient. Un petit garçon en sortit. Il était de taille moyenne pour son âge. Ses cheveux, d’un rouge sombre comme le sang séché, lui arrivaient aux épaules en mèches indisciplinées. Son regard vert intense et résolu fixait le voyageur dans les yeux. Il était habillé d’un vêtement en toile grossière et portait au côté un long bâton droit, à la manière des chevaliers, qui devait lui peser vu qu’il se penchait un peu vers la droite.
-Je suis le Maître de la forêt, un chevalier de premier ordre, mais vous pouvez m’appeler Samyel.
L’homme s’inclina avec un sourire.
-Messire Samyel.
-Vous voulez passer …
-C’est exacte Messire.
-Messire Samyel, le corrigea-t-il. Il vous faut vous acquitter d’un droit de passage.
-Nous n’avons pas d’argent, Messire Samyel.
-Je ne vous en ai pas demandé.
-Que voulez vous, messire Samyël ?
-Battez vous contre moi.
-C’est impossible. Je ne suis pas un guerrier, messire Samyël.
Le garçon s’assit sur une souche, un peu à l’écart du sentier. Son regard intense ne quittait l’homme. « S’il avait été plus vieux, je l’aurais cru s’il m’aurait dit être chevalier », pensa-t-il. Il y avait dans son regard un éclat, une flamme de bravoure, et, malgré son très jeune âge, on l’aurait cru capable d’affronter n’importe quel adversaire.
-Dans ce cas enseignez moi quelque chose, reprit le garçon.
-Que voulez vous savoir, messire Samyël ?
-N’importe. Du moment que c’est quelques chose que je ne connaisse pas ni votre nom.
-J’ai 31 ans.
-J’en suis heureux.
-Me laisserez vous passer, messire Samyël ?
-Non.
-J’ai remplis votre condition.
-Certes non.
-Je vous ai appris quelque chose.
-Je ne le pense pas.
-Je vous ai dit mon âge, et j’aime à penser que vous ne le connaissiez pas, messire Samyël.
-Si, répondit le garçon.
-Et comment cela ?
-Je suis magicien. Ne vous l’avais-je point dis ?
-Je ne pense pas.
-Dans ce cas vous me devez une faveur.
-Pourquoi cela ?
-Je vous ai appris quelque chose. Il est donc normal que vous me donniez quelque chose en retour.
L’homme sourit devant l’intelligence poignante de l’enfant.
-Permettez moi d’insister, messire Samyël, mais comment avez vous fait pour connaître mon âge, comment vous y êtes vous pris ?
-Et bien c’est simple. Je vous ai jeté un envoûtement.
-Vraiment ? Quel genre d’envoûtement ?
-Un magicien ne révèle jamais ses secrets.
-C’est exact. Maintenant que je sais que nous sommes confrères, je me permets donc de ne plus vous donner du messire.
Le garçon en resta un moment interdit.
-Vous êtes magiciens ?
-C’est encore exacte.
-Vous êtes le premier que je rencontre. Mais n’allez pas croire que vous m’impressionner, je suis chevalier !
-Je n’en ai jamais douté un seul instant (et en un sens, c’était vrai…).
-Dans ce cas enseignez moi la magie.
-Je ne le puis.
-Pourquoi ?
-Je ne sais même pas si vous êtes apte à pratiquer les Arts.
-Je le suis.
-Comment le savez vous ?
-Je le sens.
-Intéressant. Il faudra que nous en reparlions dans un futur prochain. Vivez vous à la Dent ?
-Oui. Enfin non. J’habite la petite maison au bord de la falaise, tout au sud du village, avec Grand Père.
-Parfait. C’est là bas que nous nous rendons, ma femme et moi, pour emménager.
-Dans ce cas vous pourrez tenir votre promesse et vous me parlerez de la magie.
-Sans problème. Puis-je poursuivre notre route ?
-Oui.
Le mage remercia l’enfant et repris le petit sentier qui zigzaguait entre les arbres. Lorsque sa compagne voulut le suivre, le garçon l’en empêcha en lui barrant le chemin avec son bâton.
-Désolé, mais vous n’êtes pas encore autorisée à passer.
La femme parut surprise au début, puis adressa à Samyël le même sourire doux qu’aurait eu une mère pour son fils.
-Enseignez moi quelque chose, où battez vous contre moi, comme vous préférez.
Elle le prit alors dans ses bras, et le serra contre son cœur, tendrement. Le garçon en perdit tous ses moyens, et lorsqu’elle se sépara de lui, il resta debout, interdit. Le couple repartit, et lui resta ainsi un moment.
Il ne le savait pas encore mais il venait d’apprendre une chose fondamentale.


Je n'ai rien à signaler ici, quoique essaye d'aerer le texte
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le vendredi 04 janvier 2008, 20:28:33
Hop, bientôt la rentré, et toujours pas de cadeau de noël/nouvel an? Roo, c'est impardonnable :niak: Bon, pour atténuer quelque peu votre courroux justifié, voici le chapitre 16, que j'ai pris énormément de plaisir à écrire ^^
Mais avant, répondons à ces deux pavés  :bav: (à noter que c'est un compliment, hein? ^^)

PdC==> Ha Eratius, je l'aime bien celui là. D'ailleurs, pour la petite anécdote, originellement, il s'appelait Konan le bougre :niak: Mais une personne avisée de mon entourage (GdO quoi :niak:) m'a fait remarqué que ça faisait un petit décalage... Bref^^
Alors, effectivement, il ressemble assez à Thomas Brogan, je ne le nie pas, car l'épée de Vérité fait partie de mes nombreuses sources d'inspirations ceci dit, cette impression devrait s'estomper au fur et à mesure de ses apparitions, j'ai des projets intéressants pour lui, mais vous verrez ^^
Bon, je répète ici ce que je t'avais dit en privé, cette grande ellipse ne se retrouvera pas dans la version finale du Cycle. En effet, il devrait normalement y avoir quelques chapitres relatant le voyage et développant le personnage de Zackary, ainsi que leur entraînement aux armes^^ Mais pour le moment, je ne me sentais pas encore suffisament expérimenté pour écrire des chapitres comme ça tout en les rendant intéressants ^^
C'est pourquoi ça a pu paraître un peu brutale comme reprise =p
Sildinn? Effectivement, haut compliment que voilà, je t'en remercie ^^ Roo, pourquoi devrait-il forcément mourir? ^^ Je l'aime bien moi ce Kalenz...
Attention par contre, même si je reconnais que cela peut ne pas être claire, la tirade sur l'art de l'épée est en fait une leçon qu'a donnée Zackary à Samyël durant leur voyage, d'où ce découpement. Heureux que la folie grandissante de Samyël te plaise, j'avoue que je craignais que cela déplaise ou passe mal ^^ Sûrement à tord d'ailleurs =p Un gros barbare sanguinaire s'abreuvant du sang de ses ennemis...? xD J'aime bien l'image, mais ce n'est pas vraiment ce que j'ai imaginé pour lui =p
Bref, encore merci pour ce superbe commentaire :niais:

Nehëmah==>LowL, je te pardonne v_v (oui je suis de bonne humeur en ce moment xD) Toujours est-il que les sentiments d'un Prince sont souvent difficiles à interpréter... :niak: Wait and see :niak:
Je ne connais pas plus en détail ce Kefka, n'ayant joué à FF6 que très rapidement sans jamais allé plus loin qu'après le premier boss (l'espèce d'escargot =p), ceci dit, la description que tu en fais résume assez bien Eratius :) Sauf ce qui est entre parenthèse =p Comme je disais à PdC, j'ai des projets pour lui, regardons comment il évoluera ^^
Ha, j'aime quand tu t'interroges comme ça sur Samyël, ça me permet de voir comment vous ressentez les choses, et de comparer avec ce que j'ai prévu^^ C'est vraiment instructif ^^ Etant donné que ce thème est l'un des thème principal du récit, je ne dirais trop rien, je préfère que vous découvriez tout au fur et à mesure des chapitres^^ Par contre, je n'ai pas trop saisi le raprochement avec Staline et l'URSS mais c'est pas grave =p
Pour Zackary, effectivement il ne sert pas à grand chose, voir ce que j'en dis à PdC un peu plus au dessus ^^
Rooo, décidément mon brave Kalenz, personne ne croit en ta sruvie mdr Bref, je crois que c'est pas la peine de le cacher, en effet il mourra. Ceci dit je garde le secret sur les circonstances ^^
Bref, merci pour ce super commentaire *o*


Citation de: "PdC"
Je décèle une forte ressemblance avec Minas-Tirith


Citation de: "Nehëmah"
le Fort d'Argent donne un petit côté Gouffre de Helm


\o/ Faudrait vous mettre d'accord. =p Bref, c'est ni l'un ni l'autre, ma description est peut être pas assez poussée (j'ai toujours du mal pour les longues descriptions ^^"), mais l'idée que j'ai du Fort d'Argent est très éloignée et de Minas-Tirith et du Gouffre de Helm ^^ Donc Nehëmah, ni clin d'oeil, réminescence fortuite peut être (mais alors vraiment pas voulue ^^"), ni faiblesse d'imagination, quoique cela m'arrive parfois mais ce ne fut pas le cas ici :)

Quand à Rirjk... Mouahaha, doute, doute, que je t'aime. lowl Je garde cette info' pour moi, vous verrez bien   :gnark:

Red Ink==> Bon, je crois qu'on a assez parlé de ces commentaires :p

Bref, sans plus attendre, le chapitre 16 ^^ Il est possible qu'il contienne plus de fautes que d'habitude, j'avoue que je l'ai relu moins de fois que la normal^^


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Chapitre 16 : Arendia.


-« … ainsi est-il parti depuis peu ; j’ai dépêché mon coursier le plus rapide pour vous apprendre la bonne nouvelle, votre Grâce. Salutations, Général Kalenz. »  Et le cachet est authentique, aucun doute là dessus.
Le petit cabinet où se tenait la réunion secrète devint soudainement silencieux. On pouvait presque entendre les pensées de chacun se mettre en action. Dhaltarion III, grand roi d’Arendia et de l’ancienne Arch’Land, reposa doucement la missive sur le bureau. Son visage grave ne démontrait aucune émotion, ses yeux de marbre reflétant la lueur du feu qui crépitait dans l’âtre.
-Que pensez-vous de tout ceci, mon ami ? demanda-t-il sans tourner la tête.
Nemerle, Archimage de la Citadelle Blanche, se leva du confortable fauteuil où il était assis et se mit à faire les cents pas dans la petite pièce. Sa robe blanche, symbole de son rang, froufroutait légèrement à chacun de ses gestes.
-Si cela est vrai, c’est une grande nouvelle, Mon Roi. Cela fait environ trente années que nous attendions un événement de ce genre. Un futur mage, qui n’est pas originaire d’Arendia. Cela me redonne de l’espoir, et une grande joie. Souhaitons qu’il soit digne de nos attentes.
Dhaltarion acquiesça en silence. Il ne savait pas trop quoi penser de tout ceci. Cela lui paraissait trop soudain, presque irréel. Depuis toutes ces années de guerres désastreuses, enfin peut être l’étincelle de l’espoir pouvait de nouveau s’allumer ? Le roi l’espérait. Mais il réfléchissait. N’était-ce pas aller un peu trop vite en besogne ? Oui, un jeune mage arrivait. Le premier depuis longtemps. Mais alors quoi ? Un gamin pouvait changer la face d’une guerre qui touchait presque à sa fin, là où des centaines de milliers d’autres avant lui avaient échoué, où même les pouvoirs des plus grands magiciens avaient failli ? C’était presque ridicule. Le sort en était jeté depuis pas mal de temps à présent.
L’Arch’Land n’existait plus, la magie menaçait de disparaître, et bientôt les hordes Arch’Markiennes viendraient déferler sur Arendia et détruire à coup de haches et d’épées le dernier bastion de la raison dans ce monde ravagé par la folie d’un homme et de son fils.
Un goût amer remplit la bouche du Monarque. Non, décidément, cela ne changeait strictement rien. Une fois que le Fort-Argent serait tombé, s’en serait fini. Avec ou sans ce Samyël.
Comme souvent récemment, Dhaltarion III pleura. Filibert d’Aranis, général en Chef des armées Arckendéennes -du moins ce qu’il en restait-, l’Archimage Nemerle ainsi que Markus d’Esboni, grand intendant de la famille royale Arendienne, se détournèrent pour respecter la dignité de leur roi. De tous les hommes présents, un seul garda le regard fixe : Arthurus, prince héritier d’un royaume déchu. Du haut de ses treize années, il regardait son père pleurer. Il ne le comprenait pas. Il ne comprenait pas qu’un roi puisse être aussi lâche.
Pour lui, son géniteur se contentait de se lamenter en pleurnichant. Si cela n’avait tenu que de lui, Arthurus aurait depuis bien longtemps rassemblé les dernières forces D’Arch’Land, et entreprit la reconquête de son royaume. Au lieu de rester assis sur un trône maintenant dénué de pouvoir à attendre l’inéluctable.
Cependant le jeune prince ne disait rien, il gardait ses sombres pensés pour lui même. Il n’était pas en mesure de faire quoi que ce fût. Et puis de toute façon, son père ne l’aurait pas écouté. Il ne l’écoutait jamais.
Une fois ses larmes sèches, Dhaltarion releva la tête. Il croisa le regard dur de son fils et détourna les yeux.
-Messieurs, cette entrevue est terminée. Merci de vous être levés aussi tard.
-Cette nouvelle ne pouvait attendre, le rassura Nermerle d’un sourire.
Après quoi, ils sortirent tous un par un, laissant leur roi seul dans le cabinet.
-Nermerle, commença Filibert quand ils furent dans le couloir, cela changera-t-il vraiment quelque chose ?
-Je ne pense pas.
Entendre tout haut ce que tout le monde pensait tout bas, sur un tel ton fataliste, sapa leur morale un peu plus qu’il ne l’était déjà.
-Cependant, reprit l’Archimage, attendons de voir comment tout ceci évoluera. Peut être… Peut être que les dieux ne nous ont pas oubliés. Ce jeune Samyël pourrait être celui qui ferra bouger les choses.
-Vous le pensez vraiment ?, intervint à son tour Markus d’Esboni.
Le vieil Archimage garda un moment le silence.
-Non, pas le moins du monde. J’essais juste de rester optimiste.
Derrière les trois hommes les plus importants d’Arendia, le jeune prince Arthurus serra le poing.
Plus personne ne croyait au miracle.

~~~

« Viens, je t’attends… »
Le féerique regard vert se posa sur Samyël, aguicheur. Une fois de plus il se retrouvait devant cette inconnue, tout son être tremblant de désir. Ils flottaient au centre d’une nébuleuse étoilée, silencieuse et apaisante. Samyël savait vaguement que tout ceci n’était qu’un rêve. Il l’avait fait trop souvent pour ne pas le savoir. Pourtant, il voulait s’approcher de cette femme rousse, l’enlacer, l’embrasser, lui faire l’amour. Lorsqu’il était devant elle, plus rien n’existait en dehors d’elle. Il aurait tant voulu, tant voulu pouvoir la toucher. Rien qu’une fois. Mais des mains invisibles le retenaient, l’empêchant de répondre à ses pulsions profondes.  C’était une torture, mais quelle douce torture. Il savait que bientôt elle s’éloignerait en riant, jusqu’à disparaître au delà des étoiles. C’était toujours ainsi que cela se passait.
Ses lèvres exquises s’ouvrirent en un sourire divin. Son rire cristallin se répercuta un instant, emplissant Samyël d’une fébrilité merveilleuse.
Une pensé toucha son âme et son esprit « Viens, je t’attends… ».
Puis, doucement, l’apparition s’éloigna. Samyël la regarda, désespéré, mais cette fois il trouva la force de crier :
-Quel est tom nom !?
Mais nulle réponse ne lui fut donnée, et la femme se fit aspirer par une étoile.


Le jeune homme se réveilla en sursaut, ruisselant de sueur. Il avait de nouveau fait ce rêve. C’était la première fois depuis cet après-midi où il avait appelé un démon en lisant le carnet noir. Ces six derniers mois, ses nuits avaient été remplies de cauchemars où un seul homme revenait chaque fois pour achever sa besogne : Eratius. Chaque fois, il revêtait une apparence différente, pour mieux le tromper et le tuer. Et pendant que Samyël brûlait sur un bûcher ou s’étouffait au bout d’une corde, cet homme riait de lui, son sourire dément barrant sa face cauchemardesque. Mais cette nuit c’était différent. La femme rousse lui avait de nouveau rendu visite. Sans trop savoir pourquoi, il se sentit étrangement serein. Plus qu’il ne l’avait été ces six derniers mois. Il resta un moment allongé sur le sol, sous sa couverture. Dans le ciel étoilé il cru reconnaître les traits de sa belle. Ce spectacle lui arracha un sourire. Depuis son départ de Fort-Argent, la veille, le temps s’était montré clément, il faisait même presque « chaud ». L’adolescent n’avait rencontré aucun voyageur, contrairement à son voyage avec Zackary. Cela l’étonnait à moitié. Après tout, la région était encore sous la menace de la guerre. Et le temps ne se prêtait pas à l’aventure. Cependant, la route principale était très bien entretenue, et Samyël n’avait aucun mal à la suivre.
Comme l’aube approchait à l’est, il décida de se remettre en route. Il estimait à quelques heures encore le temps nécessaire pour compléter son périple. Il se leva, s’étira, puis s’éloigna un peu du feu qu’il avait allumé pour se soulager. Lorsqu’il revint, il éteignit les flammes à l’aide de son pied. Il passa sa lame à la ceinture, chargea son sac sur ses épaules puis passa son arc et son carquois en bandoulière. Puis il reprit sa route.
Avec l’amélioration du temps, le fleuve Nyr s’était dégelé, et lorsque Samyël rejoignit sa rive gauche après un lacet du chemin, il l’entendit qui descendait la plaine vers le Sud, pour déboucher sur la mer en un delta à trois bras. Ce fleuve, Samyël le suivait depuis son arrivé sur le Continent. Il se sentit triste en se disant qu’il ne l’entendrait plus, une fois arrivé à la capitale. La rivière était devenue comme une amie, une présence rassurante. Mais enfin, enfin il touchait au but. Bientôt, il se réchaufferait aux feux de la Citadelle…


La plaine sauvage laissait place à de vastes étendues de terre cultivées, laissées un peu à l’abandon en raison de la saison. Les fermes poussaient de-ci de-là au petit bonheur la chance, sans ordre. Des clôtures sommairement montée devaient servir de délimitations entre les différents lopins de terre, et garder le bétail sur les lieux de pâturage. Auparavant, là devait pousser une formidable forêt, car de minuscules bosquets se tenaient encore fièrement un peu partout, derniers représentants des immenses bois qui couvraient le Continent dans cette région des siècles en arrière. Le Nyr traversait le paysage lentement, scintillant tranquillement sous le soleil froid de l’hiver.
L’air était glacial, le temps dégagé. Samyël soufflait perpétuellement dans ses mains pour tenter de les réchauffer. Bien en vain. Ses jambes avaient encore à peine assez de force pour le porter et le somptueux dîner de Fort-Argent n’était déjà plus qu’un souvenir pour l’estomac torturé du jeune homme. Ses provisions arrivaient à leur fin, tout comme son voyage. Derrière le petit tumulus qu’il escaladait s’étendait Arendia. Le joyau de l’Arch’Land, la cité des Rois, fondée par Aegir en personne. Des fumées blanches s’élevaient en spirale dans le ciel gris. Le soleil se levait à peine à l’Est, mais déjà semblait-il la ville était éveillée.
Samyël fit une halte, préférant attendre un peu et savourer l’instant. Il s’assit sur un gros rocher plat et froid, et porta son regard sur la Chaîne de L’infini, à l’horizon nordique. Les hautes montagnes aux pics enneigées qui marquaient la fin du sud Continental n’étaient qu’une vague silhouette obscure et floue. De bien nombreuses légendes faisaient mention des prétendus habitants des montagnes. Des géants de pierre, des lutins malicieux, de grandes forteresses sous la pierre où des êtres merveilleux faisaient fête toute l’année. Certains conteurs disaient que les montagnes abritaient les demeures ancestrales des anciens dieux -telle Adyäna, déesse de la Grâce qui bénit l’épée d’Aegir afin de la rendre invulnérable au sang corrosif de Nagür le Dragon Noir- où les héros de jadis joutaient les uns contre les autres pour obtenir les faveurs des filles des divinités. Dans le Haut-Pays, à l’Est, l’on murmurait que l’effroyable Foudroyeur qui faillit venir à bout du légendaire Argoth rôdait toujours le long des cimes glacées, faisant le tonnerre et les éclairs pour les jeter sur le monde d’en bas. Enfin, quelques aventuriers de retour de voyage affirmaient avoir aperçu les ombres immenses de quelques dragons, volant dans le ciel, très haut, retournant s’abriter dans les cavernes secrètes abritant leurs trésors mirifiques. La Chaîne de L’infini s’étendait sur plusieurs milliers de kilomètres, coupant littéralement le Continent en deux, d’Est en Ouest. Seuls deux passages avaient été creusés par d’anciennes peuplades, bien avant la venue des hommes et permettaient de pouvoir franchir les montagnes à pied, sans passer par la mer. Bien peu avait osé s’y aventurer. Les cartes dessinées par les explorateurs faisaient état d’immenses forêts de conifères vierges, du côté occidental, comme du côté oriental. Nul brave n’avait eu l’audace de défier ces contrées inconnues, et les vastes terres du Nord Continental restaient un mystère complet, que les sudistes se plaisaient à entretenir.
Samyël rêva un moment de ce qui pouvait se trouver au delà. Des créatures magiques, des aventures oubliées, d’anciens trésors et des ruines antiques. Son esprit d’enfant vagabonda quelques instants à flanc de montagnes, accompagné d’un grand sourire. Mais bientôt, la réalité, sombre et morose, le rattrapa. La lueur dans ses yeux s’éteignit et ses lèvres se figèrent. Le vent froid fit doucement voleter ses longs cheveux. Il était temps de se remettre en route.  Le jeune magicien souffla un bon coup, prit une grande bouffée d’air frais et se releva. Il marcha jusqu’au sommet de la colline. Ses yeux s’agrandirent et sa bouche s’ouvrit, d’émerveillement et de stupeur mêlées.
Les mots lui manquaient pour définir ce que son regard balayait. Arendia s’offrait enfin à sa vue, après six mois de voyage, et treize années de rêves secrets. La cité des Rois portait bien son nom. Bâtie sur un modèle octogonal, elle s’étendait sur plusieurs dizaines d’hectares. Une épaisse et haute muraille crénelée ceignait son pourtour, d’où s’élevaient régulièrement des tours de guets, surmontées d’oriflammes rouges et noires aux couleurs de l’Arch’Land et d’Arendia. Les étendards claquaient au vent, et les soldats en armures blasonnées faisaient des rondes incessantes le long du rempart. Des meurtrières étroites s’ouvraient un peu partout permettant à des tireurs d’arroser les rangs ennemis. Des mangonneaux, des balistes, des trébuchets miniatures et d’autres armes de mort s’alignaient le long des murs, couvrant ainsi la presque totalité de la plaine environnante.
Quatre portes qu’on aurait dites inébranlables gardaient ses entrées, une au Sud, une au Nord, une à l’Ouest et une à l’Est. Deux énormes avenues en partaient et se croisaient pile au centre de la ville, formant ainsi une croix parfaite. Des centaines, des milliers plutôt, de bâtiments s’élevaient de part et d’autre dans un ordre parfait. Des auberges, des échoppes, des marchés, des demeures, des forges, des boulangeries, des ateliers d’artisanat, des manoirs… Des parcs fleurissaient de-ci de là, où s’élevaient d’immenses statues en bronze à l’effigie de quelques héros de légende. Bien que le soleil ne fusse qu’à peine plus qu’un demi disque à l’horizon, les rues grouillaient littéralement de monde, une foule bariolée composée de gens déjà au travail. On allumait les fourneaux, on sortait le pain des fours, on garnissait les étalages… le tout dans un brouhaha permanent. Les avenues étaient surveillées par une milice en constant mouvement, prête à intervenir au moindre problème. Ces soldats étaient reconnaissables de loin grâce à leurs tabards rouge-vif, couleur de la maison des rois d’Arch’Land depuis le temps d’Aegir. Des gens entraient et sortaient de la cité, accompagnés de chariots remplis de marchandises diverses -blé, farine, viandes, métaux…-, et chaque allée et venue était contrôlée par les gardes en faction aux portes. Au delà du mur d’enceinte, plusieurs dizaines de chaumières, de fermes et autres masures prolongeaient la cité. Le Nyr longeait Arendia par l’Ouest jusqu’à la porte Sud. Un pont de bois avait été édifié pour permettre le passage à la porte Occidentale. Ainsi le fleuve faisait partie intégrante de la défense Arendienne et avait joué lors de nombreuses batailles un rôle déterminant.
Une colline s’élevait au Nord Ouest de la cité, sur laquelle avait été bâti le palais royal, immense et sublime bâtiment qui n’avait d’égale que le palais Pontifical de l’Arch’Mark. Le donjon s’élevait sur  plus de cinq niveaux, abritant les appartements royaux ainsi que la salle du trône, la salle des banquets, le Conseil des Chevaliers, le Hall du Souvenir où reposaient le corps d’Aegir ainsi que de tous ses descendants, la salle du trésor royal et enfin les geôles où croupissaient les hors-la-loi en attendant d’être jugés par le roi en personne. Au dehors, de vastes jardins s’étendaient tout autour de la grande propriété, faits d’allées de terre battue, de parterres de fleurs magnifiquement entretenus, de bassins où des poissons rares et précieux s’ébattaient tranquillement, de labyrinthes de haies, de bosquets touffus où l’on avait installé des bancs de marbre blanc et de sculptures finement détaillées.
Deux rues plus loin se trouvait la caserne et les baraquements des soldats en poste dans la cité, ainsi que les terrains d’entraînement et les réserves de matériel. Par endroit, de grandes tours d’argent et de nacre s’élevaient à des hauteurs vertigineuses, rivalisant de beauté et d’audace architecturale. C’était là les demeures de quelques magiciens aisés et respectés.
Samyël n’en revenait pas. Tant de beauté, tant de magnificence, tant de grandeur… Il se sentit soudain très petit, et un étrange vertige s’empara de son corps. Etourdi, il s’adossa à un arbre pour reprendre ses esprits. Tout cela dépassait ses rêves les plus fous ! Il avait trouvé Port-Ebène immense, Arendia faisait presque le double ! Et tous ces gens, ces odeurs, ces fumées… Beaucoup de choses passaient dans l’esprit de Samyël, mais la déception n’en faisait assurément pas partie. Une certaine excitation le saisit. C’était donc dans cette merveilleuse cité qu’il passerait les années à venir. Il s’avouait sans mal que cela n’avait rien de déplaisant.  Alors qu’il la parcourait du regard une dernière fois, il eut l’étrange impression que quelque chose manquait. Il scruta chaque quartier, chaque place, chaque parc, mais ne parvint pas à mettre le doigt sur l’origine de son trouble. Finalement, il haussa les épaules en se disant que ce n’était qu’un effet de son imagination. Le cœur soudain plus léger, il reprit sa route, déterminé à avaler les derniers kilomètres qui le séparaient encore de sa destination. Une nouvelle vie l’attendait là bas, une vie d’étude, de magie, de livres anciens. Il s’imagina entrain d’arpenter de vastes bibliothèques aux odeurs d’encens et d’encre ; il s’imagina rédiger des traités, des parchemins de magie ; il s’imagina vêtu de somptueuses robes de mage, déambulant dans les rues, acclamé par les foules.
« Lorsque tes pouvoirs auront suffisamment grandi, tu prendras part à la guerre. »
Sa promesse lui revint subitement en mémoire. Ne le laisserait-on donc jamais tranquille ? Pourquoi ne pouvait-il simplement rêver, et vivre en paix ? Pourquoi le Destin semblait-il s’acharner sur lui, pourquoi devait-il faire une guerre qui ne le concernait pas ?
-Pourquoi ?!, s’écria-t-il soudain.
L’écho de son cri se répercuta un instant dans l’air glacé. Les doux sentiments qui l’avaient envahi étaient partis. Seule restait une colère sourde, amère. Son regard se porta à l’Ouest, par delà les grandes forêts, vers l’Arch’Mark. Là où résidait la source de tous ses tourments, la source de toutes ses peines, de toutes ses peurs aussi. Un jour viendrait peut être où Samyël devrait partir batailler dans les plaines de l’Occident. Peut être. Sûrement jamais.
« Je te fais une promesse. Je tiendrais ce fort pour cinq ans encore, au moins. »
Cinq années ? Voilà donc tout le temps qu’il lui restait ? Enfin, il fallait être réaliste. Le Fort-D’argent ne tiendrait sans doute pas jusqu’au prochain été. Que pouvait bien faire une pauvre garnison perdue dans une forteresse isolée contre la quasi-totalité du Continent ? Une poigné d’hommes pouvait-elle réussir là où des armées prétendues invincibles avaient échoué ? Non, le général avait fait son temps. La gloire Arkandéénne n’était plus qu’un vague souvenir. Le royaume d’Aegir s’était effondré, et d’ici un an ou deux, l’hégémonie Arch’Markienne commencerait, et pour longtemps, signifiant par la même la fin de toute magie dans cette partie du monde. Un régime de terreur, basé sur une divinité unique et son pontife maléfique.
Un goût amer remplit la bouche de Samyël. Il se demanda si cela valait vraiment le coup, en fin de compte, de continuer sa quête de magie. Au bout, il ne voyait qu’une seule chose : la mort, par les flammes, ou au bout d’une corde. Renoncer, c’était vivre. Mais renoncer, c’était admettre la défaite. Alors, fallait-il continuer, ou plutôt s’abandonner tout de suite et mettre un terme à tout cela ?
Le jeune homme tira doucement son épée. Ses démons intérieurs le tiraillaient, le tourmentaient, noyant son esprit dans la confusion et le doute. Il plaça la lame sur son poignet. Il paraissait que mourir par hémorragie, c’était comme de s’endormir tout doucement. Et avec le froid, ses sens étaient émoussés…
Samyël sourit de dérision, et alors qu’il allait s’entailler les veines, son regard tomba sur l’ours gravé sur la lame. Sa résolution se brisa en mille morceaux, et il lâcha l’épée. C’était ridicule. Ridicule ! Il se faisait pitié. Est-ce qu’Henry, alors qu’il était emmené vers la potence, s’était posé des questions aussi stupides ? Est-ce que Rirjk, sachant la mort proche, s’était enfui lâchement, comme il voulait le faire à l’instant ?
Non, non et encore non. Tous deux avaient bravement affronté leur destin, regardé la mort en face. Leurs convictions n’avaient jamais faiblis, n’avaient jamais changé. Ils étaient restés les mêmes jusqu’à la fin.
Les yeux vagues, Samyël regarda une fois de plus le paysage froid. Il ne savait plus où il en était. Ce qu’il était. Ses certitudes disparaissaient les unes après les autres, aspirées dans les affres du doute. Il tomba à genoux. La rassurante présence de l’enfance avait disparu, laissée quelque part sur une île aux confins du monde. Ses rêves de jeunesse, ses envies… Tout, tout volait en éclat. A quoi bon ? A quoi bon ?
Le regard vide, il se laissa tomber sur le sol glacé. Peut être qu’en d’autres temps, il se serait mis à pleurer. Mais il avait juré que jamais plus l’eau salée ne mouillerait sa figure. Ainsi en serait-il…
Ce jour là, devant Arendia, le jeune Samyël faillit sombrer pour toujours et disparaître à jamais de l’Histoire. Les scènes épouvantables auxquelles il avait assistées repassaient en boucle dans son esprit. Henry, se balançant au bout de sa corde, le visage picoré par les corbeaux. Le vieux Zackary, dévoré par les loups. Il s’imaginait sans peine ce que Rirjk, Erika et le petit Erik avaient enduré avant de périr. Les bûchers, les potences grinçantes. Le démon qui avait failli le tuer, six mois auparavant… Enfin, un nom terrible, sans forme, qui tourbillonnait devant ses yeux, glaçant ses rêves : Eratius. Parfois, des sensations fugaces lui revenaient, les tendres étreintes de Rose, le rire du vieux Silex, les histoires du grand père… Mais jamais elles ne persistaient et très vite finissaient emportées par les cauchemars. Parfois il rêvait d’un bateau, perdu dans la brume, visité par d’effroyables créatures. Des cris de douleur, des cris de mort. Et le sang, qui se confondait rapidement avec ses cheveux…
Un sabot se tint soudainement devant les yeux perdus de Samyël. Il entendit l’animal renâcler, et un bruit de ferraille. Le jeune homme leva les yeux. Une lumière aveuglante le frappa, le faisant larmoyer. Sur le cheval se tenait un homme, vêtu d’une armure de plaques magnifique en fer blanc. Un casque rayonnant coiffait son chef et il tenait dans la main droite une lance d’arçon à laquelle flottait fièrement un étendard éclatant. Une épée fabuleuse pendait à son côté, attachée à sa ceinture.
Un Chevalier.
L’apparition tourna la tête vers Samyël. Puis, elle saisit le cor qui été ceint à son torse, et souffla dedans. La mélodie guerrière, grave et envoûtante, partit au galop courir sur la plaine, traversa les forêts, puis se perdit dans les hautes montagnes au Nord. Un autre cor rugit et Samyël aperçut, plus loin sur la prairie, un second Chevalier, en armure dorée. Solennellement, les deux hommes levèrent leurs lances, puis, d’un accord tacite, lancèrent leurs montures au galop, faisant trembler le sol. Samyël regardait la scène sans trop comprendre, captivé.
Les armes s’abaissèrent, et les écus se brisèrent. Les deux combattants furent désarçonnés, mais ils continuèrent de lutter au sol à l’aide de leurs épées. Le duel dura ce qui sembla une éternité, puis les deux chevaliers s’évanouirent, ne laissant derrière eux qu’un mince filet de fumée blanche.
Qu’est-ce que cela voulait dire ? Etait-ce une vision ? Un mirage provoqué par l’hiver ? Un message divin ?
Samyël se releva et s’épousseta.
Les doutes, les craintes, les angoisses, c’était pour les faibles.
Dans ce monde, seuls les forts survivent, seuls les forts changent leur Destiné. Seuls les faibles vivent dans la peur de l’avenir.
Le jeune homme ramassa son épée et la remit au fourreau. Un large sourire sur le visage, il reprit la route.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Prince du Crépuscule le dimanche 06 janvier 2008, 01:23:54
Bonne année à toi aussi, mon cher Samyël! ^^ (une nouvelle fois mais bon, mieux vaut plusieurs fois qu'aucune non? fufu) Oui oui, je te pardonne, une énième fois. Je vais commencer à te les vendres je crois, ce serait très lucratif... ;p
Pour Eratius, je connaissais déjà son nom d'origine, mais ça me fait toujours autant rire, heureusement que tu as changé, sinon je crois que je l'aurais trouvé (presque XD) ridicule. Ah, ravi qu'une de mes comparaisons aie été bonne concernant Thomas Brogan (mon Epée de Vérité préférée, rien que le nom Le Sang de la Déchirure, j'adore ^^), j'ai remarqué que plus on avaçait dans mes commentaires plus je disais n'importe quoi, c'est qu'une impression tu crois? ;)

Au sujet de ce cher Kalenz, si si je prédit qu'il va bientôt mourir, c'est écrit. Si je m'attache à un personnage secondaire trop vite, il meurt, c'est prouvé et efficace à chaque fois, je suis redoutable. u_u (mais alors, c'est p'tèt moi le parasite finalement? huuuuuu... .__.) Et pour Samyël et son évolution, j'attends de voir ça, bien sûr que non que ce n'est pas déplaisant ce petit côté fou (quand on connaît son maître en plus... on sait d'où viennent ses petits problèmes XD), tout ce que t'écris je m'en abreuve, je l'éponge, je le liquéfie, ça passe à la moulinette avec du persil sans aucun problème, si si je t'assure! \o/ *crève*

Nehëmah => Oui, les sentiments d'un Prince sont tellement difficiles à décrypter, surtout celui-là... Disons qu'il aime à te détester, ou qu'il déteste t'aimer, ça te va? ;p Non non je suis pas schyzo je te rassure... C'est lui qui le dit... XD


Bref, arrêtons de suite sinon je sens que l'aube va bientôt se lever pour moi, et ça ce serait pas bon... v_v' Passons au véritable commentaire, voulez-vous? ;)

Que dire, que dire? J'ai adoré ce passage de doutes, de revirements émotionnels, ce thème d'abandon... Tu sais que j'affectionne ces thèmes, d'ailleurs je crois que ça se voit bien dans chacune de mes fics, ou presque. ça m'en donne des frissons, surtout que c'est écrit par le plume vermeille de mon mage favoris, que demander de plus? ^^
Premièrement, ce passage en Arendia même, qui présente la situation d'un point de vue encore différent. Dhaltarion III représente à merveille le déclin de sa lignée et de la magie je trouve, vu comme il a l'air faible. Il est même dénigré par son fils, qui semble le mépriser royalement dans ses accès de larmes (enfin on le comprend quand même le pauvre petit roitelet. Pauvre, pauvre Arch'Land, toi qui rayonnais si fort... :/). Peut-être sera-t-il un rival pour Samyël? Allez savoir. (j'adore les intigues de cour, c'est passionnant =3) Sinon conernant Numerle et Filibert, je les connais pas assez pour me proconcer. Toujours est-il que le désespoir total semble de mise en ce nobles terres, autrefois si fières. D'ailleurs, ce qui représente le mieux leur statut, et les interrogations que suscitent le petit mage et son poids dans la bataille, serait ceci: "Il ne savait pas trop quoi penser de tout ceci. Cela lui paraissait trop soudain, presque irréel." ça m'a l'air très funeste tout ça, j'attends de voir, comme d'habitude! :)

L'autre point fort de ce chapitre, ce sont bien sûr les descriptions. Ce retour du rêve de la femme rousse d'abord, idyllique, mais presque effrayant également. Transposer ce songe mirifique, flou et inaccessible dans un firmament étoilé est vraiment onirique, la symbolique y est parfaite. J'adore! Depuis le temps, je ne l'avais pas oubliée celle-là. En plus cette petite description que tu en as faite est merveilleuse, l'ambiance est excellement restituée. Félicitations! ^^
Ensuite vient la description de la fière cité d'Arendia, que je m'imaginais bêtement selon ma propre vision, forcément longuissime avec toutes ces belles métaphores et tout ça, ce pavé Crépusculien dont vous ne sortirez jamais, je vous emprisonnerai dedans mwahaha! X3 Mais non mais non, on me brise ça, à moi. :sad: lol Non, c'est parfaitement réussi, l'heure et ce tout petit soupçon d'alcool peut-être \o/ me fait dire un peu n'importe quoi, je l'avoue, j'aurais peut-être dû commenter demain matin, ou plutôt plus tard dans la matinée vu l'heure qu'affiche mon ordi. :conf:
Hoi, donc cete description est tout simplement magnifique, toi qui m'avais fait part de tes hésitations tu l'as sublimement réussie je t'assure. Je suis impressionné de voir l'ambiance que peuvent dégager tes écrits d'ailleurs, ça en impose si tu veux mon avis, on ressent aprfaitement ce faste, ce grandiose qui étourdi ce cher Samyël. Enfin, même si moi j'aurais voulu encore plus de détails pour la royale capitale de la magie et d'une noble et ancienne lignée, ultime rempart contre les forces délirantes des fanatiques qui la menacent. Pas grave, c'est déjà si bien! ^^ En tout cas, je suis ravi de constater ce qui sépare nos deux visions des choses, tu devrais aisément te rappeler à ce dont je fais allusion je pense. ^-^

Arf, il y a tellement de choses à dire, c'est fou... Enfin, comme je te l'ai dit, j'ai particulièrement apprécié ce passage de doute, qui est encore une fois très bien écrit. J'ai bien cru le perdre ce petit bout de magicien sur qui reposent trop d'espoirs, passionné par la lecture de ce passage que j'étais. Ce flou presque commateux, qui fait mal, cette oscillation entre abandon et combat, représenté par ce mirifique combat de chevaliers blancs... C'est beau! :niais: C'est un thème qui me touche, tous ces revirements sentimentaux opposés, ces rappels funestes interposés où tout se confond, ces images vagues qui touchent profondément, cette espèce de flottemment dans lequel est ballotté Samyël, cette amertume que ces indécisions vous déposent sur la langue comme un arrière-goût de mélancolie... J'aurais presque du mal à le commenter, c'est dire! C'est impalpable, indescriptible, malgré tout ce que j'ai pu écrire dessus. Il faut le vivre, et ressentir uniquement, se laisser emporter... J'en ai des frissons, quelle sensation grisante! :)

Enfin, on en arrive au bout! (ça fait du bien quand ça finit non? Et l'aube ne s'est pas encore levée, miracle! ;p) Ce serait mentir que d'affirmer que je n'ai pas encore divagué, mais je suis sous l'emprise de forces qui dépassent votre imagination, voyez-vous, une sorte d'état de contemplation mélancoliquo-lasse doublée de fatigue et d'un tourbillon de sentiments. Faudrait que j'invente un nom... XD Bref, ce chapitre m'aura énormément plu, une fois de plus! Je ne puis qu'applaudire devant ton flamboyant talent avant d'aller me coucher. Beau travail mon Mage Vermeil, à la prochaine pour l'un de tes plaisants écrits! :)
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Nehëmah le dimanche 06 janvier 2008, 11:55:10
Ah forcément, FF6 c'est pas folichon quand on s'arrête à ce premier boss, qui déborde autant de charisme que sa carapace de chair gluante et visqueuse.
Pour le rapport à Staline et l'URSS je vais davantage expliciter, même si c'est vraiment anecdotique. "Franchement, tout ce maelström de paranoïa et de complexe de supériorité.... Avec la référence aux cheveux rouges, je pourrais presque croire que ce brave Josef Staline, excellent dirigeant de l'URSS de 1924 à 1953 t'a inspiré, mais bon... Donc, je vois franchement Samyël devenir chef d'un Etat totalitaire, pire encore que ce peut pratiquer Eratius et ses acolytes..."
Staline était paranoïaque. La couleur rouge des cheveux roux renvoie à l'étendard communiste. Bref, ce sont deux détails un peu maigrichons :niak: Quant à l'Etat totalitaire bah c'est Staline qui régnait dessus également. Bref, OSEF :niak:


Prince -> Il est tellement logique que je sois la proie de sentiments aussi complexes que je ne t'en veux aucunement :love:


Bon sans vouloir paraître dément, je tiens quand même à préciser une chose qui m'a énormément fait plaisir :

ON L'A VU !

Vous voyez pas de qui je veux parler ? Si si. Lui.

Citer
à l’Est, l’on murmurait que l’effroyable Foudroyeur qui faillit venir à bout du légendaire Argoth rôdait toujours le long des cimes glacées, faisant le tonnerre et les éclairs pour les jeter sur le monde d’en bas


Ce brave Argoth ! Serait-ce la seule chose de ce brave guerrier qui fera office de clin d'oeil ou aura-t-on droit à d'autres choses ? :$ Bref je suis heureux d'apprendre qu'Argoth terrassera un être aux pouvoirs magiques stupéfiants, et je me demande bien pourquoi, d'où la volonté de lire la suite de ses aventures ! J'adore quand on rebondit sur les éléments d'un même univers mais dans différentes oeuvres... Rah vive Argoth.

Outre ceci, que dire d'autres ? Le roi pleure et son fils lui en veut. Encore une thème que l'on retrouve assez fréquemment ; celui du prince déçu par le roi. Pourvu que je ne sois déçu ni par l'un ni par l'autre. Au pire, ce sont des personnages secondaires et dans ce cas là on ne les verra pas beaucoup (quoique le Prince du Crépuscule n'ait pas affirmé son attachement particulier à l'un d'entre eux ce qui tendrait à prouver qu'ils ne trépasseront pas).
Les trois auttres personnages de la scène n'ont pas non plus grandi ntérêt. Le seul intérêt qui s'en dégage, pour moi, est d'en tirer la profonde certitude qu'Arendia est dans la mouise. A la limite on le savait déjà. On savait aussi que beaucoup plaçaient leurs espoirs en Samyël. Ce passage aura eu le mérite de nous faire douter sur la véracité du rôle à jouer du petit mage. Ce chapitre aurait d'ailleurs dû s'appeler Arendia, ou les heures du doute.
Bref.

Samyël le voici de nouveau. C'est fascinant ! Je le vois déjà plus tard, en grand souverain établi, en train d'arrêter toutes les rousses du continent et chercher cette fille qui apparaît dans ses songes. Evidemment ils tuent toutes celles qui ne lui rappellent pas cette fille. Hum. Lui octroierais-je trop de folie ? Ou pas assez ? Bref toujours est-il que le pauvre a du mal à comprendre qu'il s'agit de sa mère. Ou de sa soeur. Mais plutôt de sa mère je pense.
Bref, toute le reste du chapitre est une véritable ode au doute, à l'hésitation ; au dilemme. Evidemment la métaphore des deux cavaliers au final nous renseigne davantage concrètement : une lutte acharnée se déroule au sein de son esprit. Je tiens à remercier mon collègue Prince du Crépuscule qui m'a d'ailleurs éclairé sur la nature de cette hallucination, dont le sens m'avait échappé. (j'avais dû mal une phrase, puisque je me suis demandé "pourquoi est-ce qu'il raconte une lutte de cavaliers maintenant ?"). Et oui, les parasites ne sont pas infaillibles, telle est la leçon du jour.

M'enfin, tout ça pour dire qu'on avance dans le personnage de Samyël. Les doutes, la confusion qui règne renseigne une fois de plus sur son aptitude à déchoir tôt ou tard. Cependant, nous n'avançons pas beaucoup dans l'histoire en elle-même. Serait-ce la métaphore d'un temps qui ne changera pas tandis que Samyël se métamorphosera ? L'allégorie de l'adolescence ? Auquel Samyël sera bien sûr confronté lorsqu'il se rendra compte que si, bien sûr, évidemment, le temps a passé et il doit faire office d'adulte et de chair à canon pour une guerre absurde.

Bref, un bon chapitre, avec une belle description également, que j'ai un peu zappée dans le commentaire, mais qui est plutôt réussie. Voilà, voilà.

Parasitage accompli. Délivre nous bientôt la suite quand même :$
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le jeudi 17 janvier 2008, 19:13:30
Hop Hop, me revoilà :) Mais non point avec du Cycle, vous m'en excuserez... Mais avec quelque chose de presqu'aussi bien: Le début de la Troisième Partie de la Geste du Chevalier Argoth *3* Mais avant, réponses aux commentaires =)

PdC==>Ha, mais Konan, ça avait un p'tit côté noble et sans peur, que je trouvais approprié et que... Bon, j'avoue, c'était naze v_v Ca servira pour le bétisier :rire:
Lowl, bon appétit alors xD Enfin, ça me rassure ce que tu me dis là :niak: Je peux donc continuer les yeux fermés =p
Et oui, rien ne va plus en Arch'Land, le roi est faible, le royaume encerclé... Bref, comme tu dis, attendons de voir :)
lol Enfin, je t'avais prévenu les longues descriptions n'ont jamais été mon fort, mais je pense m'en être sorti honorablement cette fois même si c'est vrai qu'elle aurait gagné à être plus longue et tout ça :)
(et oui, j'ai saisi l'allusion :love:)
:<3: Content que tu ais apprécié le passage du doute, j'avoue avoir pris énormément de plaisir à l'écrire moi même  :$
Bref, encore une fois merci pour ce commentaire :love:

Nehëmah==>LoL Oui, FF6 est un de mes échecs vidéoludiques, j'ai jamais réussi à accrocher xD LoL oui, bon, laisson à ce brave Josef ce qui lui appartient, hein? ;p
Et oui! Argoth s'est infiltré dans le Cycle, le coquinou :niak: Pour te répondre, sois assuré que cette rapide référence est loin d'être la seule chose d'Argoth qui apparaîtra dans le Cycle, mais je n'en dis pas plus :niak: Et je réponds à ton impatience par cette suite Argothienne ;p
\o/ Effectivement, longue vie au roi, PdC ne s'y est pas attaché xD Bref, je ne sais pas si leur destin te decevra, j'espère que non :niak: Les trois autres personnages n'ont effectivement pas d'intrêt dans cette scène, vu qu'ils en prennent plus tard. C'était juste pour les introduire :niak:
Oui, l'imagerie générée par le combat chevaleresque est volontairement floue, afin que vous puissiez l'interprêter comme bon vous semble ^^
A toi aussi, un grand merci pour ce commentaire :love:


Bien, maintenant passons à l'essentiel, le texte! =) Bon retour aux côtés d'Argoth et du brave Sandiego, et surtout bonne lecture...


________

III/VI. La chasse Infernale.
(Première Partie.)

Ainsi, comme Nymérius nous l’avait conseillé, nous guidâmes nos montures vers les étendues sauvages de l’Est du Sud. Nous laissâmes derrière nous les contrées civilisées et accueillantes, pour entrer sur les territoires maudits des Fëorés, les guerriers démons à cornes. Les douces forêts disparurent, tout comme les plaines verdoyantes ; les ruisseaux se tarirent à mesure que nous progressions, la terre devenait morne sous les sabots de nos montures, la végétation se raréfiait et le vent s’essoufflait. La peur rôdait sur ces terres, montée sur les sombres nuages qui toujours couvraient le ciel. Les éclairs déchiraient les cieux inlassablement, mais nulle pluie ne venait jamais caresser la terre sèche et maladive. Ici, tout n’était que désolation.
Les démons avaient chassé les hommes de ces contrés, et pris possession des lieux, les défigurant d’atroce façon pour que jamais la nature ne reprenne ses droits. Je frissonnai en contemplant d’un air épouvanté le paysage désolé. Derrière nous, à deux lieux à peine, j’apercevais encore la verdoyante plaine d’Arkéo’Lhan   qui me tendait les bras. Mon cœur battait, mes mains tremblaient. La poussière me brûlait les yeux et asséchait mes lèvres et ma langue. Au devant, l’Enfer nous attendait.
« Maître, je vous en pris, faisons demi tour. Seule la mort nous attend en ces funestes contrés, implorai-je »
Messire Argoth resta droit et immobile sur sa selle. Pour la première fois, je le voyais hésiter. C’était bien la preuve que rien de bon ne pouvait se trouver plus avant.
« Non »
Telle fut sa réponse, claquant dans l’air comme un coup d’épée. Puis, sans attendre, il talonna Sor’n et repartit. Moi, je ne le pus. Je n’avais pas le courage de mon Maître. Je n’avais pas sa vaillance, ni sa science de l’épée. Je n’avais pas sa bravoure sans faille, ni sa lame magique. Aussi, je fis ce que tout homme aurait fait à ma place. Je tournai brides et regagnai les terres plus accueillantes de l’Ouest.
Une flèche siffla dans les airs et se ficha dans le pommeau de ma selle. Surpris, je regardai alentours, mais il n’y avait personne. Messire Argoth était déjà loin derrière. Enroulé autour du trait, un parchemin. Je le déroulai.
« Attend moi »
Ce n’était pas signé, mais je sus de qui cela provenait. Aussi, lorsque j’atteignis la mince ligne herbeuse qui séparait l’Arkéo’Lhan des terres Fëoriennes, j’arrêtai ma monture et montai mon campement.

Ce qui suit sont les évènements qui arrivèrent en terre maudite en mon absence. Je les raconterais tels qu’ils me furent dits par Messire Argoth en personne, au cours de sa quête.
« Plus j’allais vers l’Est, plus l’acidité du vent me prenait à la gorge. La poussière s’infiltrait dans mon armure, dans mes yeux, dans ma bouche. Sor’n lui même peinait à avancer. L’ombre du Démon s’étendait sur moi, m’enserrant de ses bras putrides. »
Le brave et vaillant Sor’n finit par basculer sur le côté, lentement afin de laisser à son maître le temps de descendre. Messire Argoth récupéra son arc et son carquois, son épée et son écu. Puis il dessella sa monture et posa l’ensemble de son paquetage sur le sol.
« Ô fidèle compagnon. Je comprends ta douleur. Attends moi ici, et veille sur mes biens. Je ne serais pas long. »
Ainsi le Chevalier reprit sa route à pied, dans l’enfer desséché des terres Fëoriennes.
« Plus j’allais, plus ma cuirasse me pesait. Je ne tardai guère et m’en débarrasser, ne conservant que mon bouclier, Arendia, et l’Arc. Ma plus grande crainte était de tomber sur une tribu de Fëorés, car dans mon état je doutais de pouvoir combattre. Mais je devais continuer, car peut être que la Faërite se trouvait au bout de cette épreuve, du moins ce qui me mènerait à elle.
« Au bout d’un moment qui me parut une éternité, je fus trouvé par une bande de maraudeurs. Des cris s’élevèrent tout autour de moi, inquiétants, menaçants. C’était des hommes, mais ce n’en était pas en même temps. Ils se tenaient sur deux jambes, comme toi et moi, mais étaient voûtés, bossus. Leurs faciès hideux étaient encadrés de crinières de cheveux emmêlés et sales, grouillant de vermine immonde. Leur peau sombre et entachée se confondait avec la terre, et ils arboraient des lances grossières et des rocs, qu’ils projetaient aussi loin qu’ils le pouvaient, au vu de leur petite taille. Ils étaient vêtus de rien.
«Ils m’encerclèrent rapidement, me coupant ainsi toutes possibilités de retraite. Je ne pouvais pas les affronter, ils étaient trop nombreux. Je ne voulais pas mourir ici, car j’aurais fini seul et oublié de tous, sans gloire ni honneur, et mon squelette aurait nourri les vers putrides de terres dévastées. J’eus alors une idée. Je pris dans mon carquois l’une des trois flèches d’or que j’avais récupérées sur le trésor de Tarask. Je la fis scintiller grâce aux rayons de soleil maladifs qui parvenaient difficilement à franchir les épais nuages. Les maraudeurs arrêtèrent leurs chants de mort pour observer. Ils semblaient fascinés, et moi je priais pour que mon  plan réussisse. Doucement, j’encochai le trait, et tendis la corde de mon arc. Je visai le ciel puis relâchai la pression. La flèche partit comme le vent. Les maraudeurs, surpris et effrayés, s’enfuirent en hurlant, et moi je soupirai de soulagement.  Je savais que je n’étais pas passer loin du royaume des morts et je remerciai tous les dieux de m’avoir laissé la vie sauve. »
Messire Argoth poursuivit son périple, de plus en plus épuisé. Il finit par arriver aux abords d’un fleuve à sec, dont le pont était gardé par un homme en armure noire.
« Il était étrange. Sa cuirasse était épaisse, faite en plaques polies et lourdes, son casque, ne laissant voir que deux yeux sombres était surmonté d’une paire de corne impressionnantes. Une épée plus grande que moi était fichée en terre devant lui, et une formidable hache de bataille pendait dans son dos. Il inspirait la crainte et la peur, mais il se montra étonnamment courtois.
« -Halte là, voyageur. »
« Il parlait sans agressivité, serein, d’une voix que je qualifiais de douce et rassurante. Cela tranchait d’autant plus avec son apparence.
-Derrière ce pont s’étendent les territoires de chasse du maître des lieux. La voie est bloquée.
-Je souhaite tout de même m’y rendre. Je suis à la recherche d’un autel.
-Ce que vous cherchez se trouve bien de l’autre côté. Mais je vous répète que la voie est close.
-Qu’est-ce qui m’empêche de passer ?
-Mon épée et ma hache.
-Dans ce cas je traverserais par la rivière.
-Je vous lancerais un poignard dans le dos.
-J’irais plus loin.
-Je vous suivrais.
-Vous gardez ce pont.
-Certes, mais vous êtes la première personne à vous présenter ici depuis des siècles. »
« Des siècles ? Mais dans ce cas, la Faërite a toutes les chances de se trouver là bas !, pensais-je alors. Il fallait que je poursuive ma route, coûte que coûte. »
-N’y a-t-il vraiment aucun moyen ?
-Aucun.
-Et si je vous tue ?
-Vous pouvez essayer.
-Vous êtes fort.
-Probablement.
-J’essaierais quand bien même.
-Pourquoi vous obstinez vous ? Si vous voulez mon avis, vous avez plus de chance de survivre si vous rebroussez chemin. La nuit va bientôt tomber ; c’est bientôt l’heure.
-L’heure de quoi ?
-Il vaut mieux pour vous de ne pas le savoir ; si effectivement vous ne savez pas, ce qui serait original de la part d’un voyageur s’aventurant dans ces contrées.
-Parle.
-Non, j’en suis navré.
-Je le suis aussi. Ma quête touche à sa fin semblerait-il…
-Vous parliez d’essayer de me tuer.
-J’ai peur d’avoir plus de chance d’échouer que de vaincre.
-Vous êtes un sage.
-Qui vit ici ?
-les Fëoriens.
-En êtes vous un ?
-Non point. Je ne suis qu’un humble Chevalier.
-Vous mentez. Un Chevalier ne vit pas plusieurs siècles.
-C’est vrai. Votre sagacité vous honore, messire… ?
-Je suis Argoth, messire Argoth. Pourquoi mentez-vous ?
-Je ne vous mens pas. Mon âge est bien tel que je prétends qu’il est.
-Comment cela se fait-il ?
-J’ai renié mon roi, et pour me punir, il m’a banni ici. Le Maître m’a trouvé, et m’a octroyé l’immortalité en échange de mes services.        
-Vous ne pouvez mourir ?
-C’est cela même.
-Dans ce cas, vous combattre ce serait perdre forcément.
-Vous êtes dans le vrai, encore une fois.
-Par conséquent, si je vous bats en combat singulier, cela augmentera ma renommé ?
-En théorie oui. Mais n’oubliez pas que c’est impossible.
-Me permettez vous de la vérifier ?
-Je vous en pris. »
Messire Argoth se déchargea de son arc et de son carquois, les laissant reposer à même le sol. Il empoigna son écu et défera son épée. Le Chevalier Noir saisit sa hache dans un cliquettement métallique et se mit en position à son tour.  
« Êtes vous prêt ?, demanda Argoth.
-Je le suis.
-Très bien, alors j’arrive »
Messire Argoth s’élança, et donna un grand coup vertical qui fut paré d’un geste nonchalant. Il esquiva avec peine le revers qui suivit.
« J’abandonne.
-Déjà ?
-Vous êtes trop fort.
-Non, vous vous trompez.
-Comment cela ?
-Vous êtes trop faible.
-Non, je persiste, vous, êtes trop fort.
-Votre fierté vous aveugle messire.
-Messire Argoth.
-Si vous voulez… Allez vous partir à présent ?
-Certes non, j’ai peur de mourir durant le voyage de retour.
-Dans ce cas les dieux aient pitié de votre âme. Vous mourrez de la main du maître.
-Qui est-ce ?
-Le roi des Fëoriens.
-Il doit être terrible.
-Assurément.
-Quel est son nom ?
-Daz’Raël.
-J’ai déjà entendu ce nom.
-Alors vous savez quels dangers vous courez en restant ici.
-Ai-je une chance de le vaincre ?
-Vous seriez idiot d’essayer.
-Mes chances sont meilleures contre vous ?
-Vos chances de mourir sont égales.
-Dans ce cas, je réessaye. Etes vous prêt pour la seconde manche ?
-Venez.
-Je suis là. »
Messire Argoth repartit à la charge. Il buta de nouveau sur l’épais manche de la hache qui repoussa son assaut. La tête de l’arme fila vers lui à toute vitesse, et le Chevalier ne dût sa vie qu’à son écu, qui craqua effroyablement sous l’impact mais tint bon. Messire Argoth profita d’une légère brèche dans la défense dans son adversaire pour se fendre. Arendia scintilla soudainement, et elle traversa la lourde armure comme si c’eût été un vulgaire habit. Le Chevalier Noir reçut une blessure sévère et recula en titubant.
« Comment ?, demanda-t-il avec étonnement.
-Voyez, vous n’êtes peut être pas si invincible que vous prétendez l’être. J’ai mes chances.
-Qui êtes vous ?
-Je suis Argoth ! Messire Argoth ! Chevalier libre en quête de la Faërite. Ecartez vous de mon chemin, et je vous laisserais la vie sauve.
-La vie sauve ? Le Chevalier éclata de rire.
-Qu’y a-t-il de si drôle ?
-Ha, vous vous enorgueillissez trop vite, messire Argoth. Vous ne m’avez infligé qu’une blessure. Ma vie est loin d’être en danger. Vous mourrez avant moi.
-Vérifions, si vous le voulez .»
Le combat reprit, plus fort, plus vite. L’étrange Chevalier Noir  se battait à présent avec toutes ses forces, frappant avec des coups calculés, ne laissant aucune faille dans sa défense. Petit à petit, il repoussait Messire Argoth, qui peinait de plus en plus. D’un revers habile, ce dernier parvint à trancher le manche robuste de la Hache, forçant son adversaire à se saisir de sa lourde épée. Mais le poids important de l’arme ne sembla nullement le gêner, au contraire, son habilité s’accrue.
Le bouclier de Messire Argoth se brisa soudainement sous la violence d’un coup particulièrement barbare. Le choc paralysa son bras et le jeta à terre. Il se releva aussitôt et repartit au combat. Ses bottes et ses feintes, d’ordinaire si redoutables, ne prenaient jamais le Chevalier au dépourvu, et il les contrait avec facilité. Plus les échanges s’éternisaient, plus les chances de victoires semblaient s’éloigner. Finalement, d’un coup de botte dans le ventre, le Chevalier envoya bouler son adversaire. Il se dressa au dessus de lui, prêt à l’embrocher lorsqu’Argoth, à la vitesse de l’éclair, se remit en position et se fendit d’un geste ample, transperçant le casque et le crâne du Chevalier. La scène sembla se figer, puis tout doucement, l’homme lâcha son épée qui disparut en poussière. Un rire jaillit du casque.
« Haha ! Je te félicite, Argoth. Tu es le premier à me vaincre. Je t’en félicite. Je ne puis plus t’empêcher de poursuivre ton chemin ; va, tu as ma bénédiction mais n’oublie pas ! Le maître ne sera pas très loin… Sache que ta bravoure sera connue longtemps avant que tes ennemis t’affrontent. »
Puis, dans un soupire, son corps et son armure se brisèrent en milliers de petites billes de fer noir, avant de se disperser aux quatre vents.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Prince du Crépuscule le dimanche 20 janvier 2008, 15:52:44
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le mercredi 06 février 2008, 16:42:46
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Berduck le sheikah le lundi 11 février 2008, 17:06:43
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Link 1er le lundi 11 février 2008, 20:50:22
Samyel, je tien a te félicité! Je lis cette fiction depuis pas mal de temps mais je dois reconaître que la je ne m'y attendais pas! Je faire refuser l'entrée! Quand cracheras tu l'origine de ses pouvoirs? (ceux d'un démon a mon avis). En tous cas continu! (tien je devrai continuer ma fic moi mas bon.....j'suis pas préssé!^^)
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le mardi 12 février 2008, 12:17:12
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Prince du Crépuscule le mardi 12 février 2008, 19:35:12
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Link 1er le mercredi 13 février 2008, 17:39:09
PdC, Samyel, merci beaucoup^^ mais vous savez je suis cette fic comme quelques autres dpuis plusieurs mois mais j n'ai jamais osé participé. En tout cas j'ai bien aimé c dernier chapitre Samyel^^ Au fait tu ne serais pas fan de warcraft 3 the frozen throne par hasard? En tout cas continu j'adore! Et pour une fois j'éssarais d'être patient pour savoir d'où sortent les pouvoirs de Samyel.

PS: pourriez vous voir ma fiction (La fin des mers) que j'ai débuté il y a quelques temps? Personne ne laisse de comentaire du coup je ne sais pas ce qu'elle vaut
-_-" Et vu que ctte semaine j'ai beaucoup d travail ça serait bien qu'a la fin j'ai de quoi améliorer la fic.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Nehëmah le mercredi 20 février 2008, 16:45:00
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le samedi 01 mars 2008, 19:48:15
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Link 1er le mercredi 05 mars 2008, 17:45:53
Wow! Ça c'est ce que j'apelle un post! Bon franchement j'avoue être déçu par l'absence de suite mais j'ai bien aimé les image d'argoth (j'avoue que je ne sais qui je préfère entre lui et samyël^^). Pour te répondre sache que je suis moi aussi un grand fan de warcraft mais j'ai posé ma question parceque le moment ou les titants se réveillent(j'espère que tu ne les as pas oubliés!) ressemble énormémant a la cinématique d'intro de la campagne de The Frozen Throne, où Ilidan réveille les Nagas......tu n'aurais pas l'intention de faire un truc dans le genre par hasard?^^ Sinon, ben, a quand la suite?^^
Pour ce qui est de ta nouvelle d'abord scénaristiquement parlant: je devine des choses mais je n'en dirais plus, sinon pour ce qui est de la "morale" je crois que tu rend très bien compte de la société.
Pour ce qui est de l'orthographe....le moins qu'in puisse dire c'est que c'est moins élogieux! D'abord, tu n'a même pas comencé la nouvelle que PAF! Une faute: quant on met "une" le mot suivant et forcément féminin ou s'y acorde...donc ton "petit" doit prendre un "e" a la fin. Ensuite: tu as écrit "pour que les professeurs n'informassent pas son père", sache que le pasé simpe n'a pas sa place ici, même si c'est grammaticalement correct, il n'est pas utilisé ainsi et tu devrai mettre un présent beaucoup plus adapté --> n'informent, ça le fait mieux non? (m'a prof de français aurait vu ça tu aurais eu droit a joli cours sur les temps verbaux^^). Par contre j'ai bien aimé le coup sur le nom du groupe de musique: "Comment s'apelait-il déja?"; très habile! Il y a d'autres fautes d'accord mineures mais ça ira comme ça, je vais pas te plomber dès ma 1ere vrai critique non? :ash:

PS: Y a t-il quelqu'un ici qui pourrait me faire une bannière et un avatar?
PS2: PdC; excuse moi si tu te sens pris de cour, mais je ne voulais pas prendre volontairement prendre ta place si c'est ce que tu pense^^
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Nehëmah le dimanche 09 mars 2008, 12:56:51
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Prince du Crépuscule le mardi 11 mars 2008, 23:21:49
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le dimanche 16 mars 2008, 16:00:42
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Nehëmah le dimanche 16 mars 2008, 17:39:27
Aaaaah, enfin une suite :niak: C'est donc avec une joie non-contenue que je souhaite un joyeux anniversaire à La Tour du Rouge, et bien entendu à son illustre représentant, Samyël ! Avec pour cela des félicitations à la maman (hein ? ah... Oui, d'accord) au papa, donc ! Bravo pour cette année de braves et loyaux services, où tu nous auras fait évader et même encore !

Et oui, car il faut bien el souligner, ce nouveau chapitre n'avance peut-être pas énormément la trame (bien que dans mon sens, si, on apprend énormément de choses et Samyël parvient enfin à pénétrer dans la Citadelle !) mais pose incontestablement le cadre des chapitres à venir.

Bon sang, que de précisions, que de choses à dire... Tout renifle bon la vieillerie et la magie, tout a une bonne odeur de vécu et de tradition. Je ne sais pas si Samyël s'y plaira mais en ce qui me concerne ce serait le Nirvana. J'ai adoré en particulier la bibliothèque..; Bon sang cinq étages et absolument aucun ordre de rangement :niak: ... J'ai hâte de voir à quoi ressemblera le bibliothécaire xD A mon avis, s'il n'est pas aigre et désagréable, il devrait être bien marginal et extravagant. Quant au ptit vieux, c'est une véritable entrée en matière : direct le bâton dans la poire. De prime abord il paraît presque furieux de voir un nouveau mage, et paraît un tantinet désagréable par la suite ; est-il vraiment bien sympa ce bonhomme ? :niak: En tout cas, il sert de guide à merveille, il dirige le jeune mage avec concision et lui remplit la tête d'informations qui éveillent des désirs de connaissance.

J'adore cet endroit. La Citadelle est déjà mon endroit préféré. Un véritable ilôt d'érudition, qui possède une histoire marquante et frappée d'une certaine ferveur. J'adore, bon sang. Cet endroit où sont enterrés les sages, avec le noeud Arcanique, l'ancien terrain d'entraînement qui a ironiquement laissé place à la technologie, la philosophie stoïciste des mages... Tout est exemplaire et doit fourmiller d'anecdotes dont toi seul en a le secret :niak: J'aimerais tant lire tous les livres de cette bibliothèque  :niais: D'ailleurs, j'ai une question à ce propos : est-ce que le livre d'Argoth serait spécifiquement contenu dans cette bibliothèque ou bien cette légende est-elle connue de tous ? (il me semble que oui mais j'ai pas tout retenu :niak: ).

Bref, je susi fan. Il ne reste plus qu'un petit coup d'Argoth et je serai aux anges. Et à quand un nouveau personnage qui illustre une nouvelle époque de cet univers si personnel, si fouillé ? :niak:

En tout cas ce chapitre 19 m'a pleinement satisfait, après un an tu n'as donc pas perdu la main ! Que dis-je, tu t'es amélioré, évidemment, je constate que ton annexe est presque venue au bon moment, comme une sorte de bilan.
Longue vie à la Tour du Rouge :love:
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Prince du Crépuscule le dimanche 16 mars 2008, 19:48:43
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le vendredi 04 avril 2008, 17:19:10
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Kyren le vendredi 04 avril 2008, 17:47:23
rès bon chapitre(mème si je n'ai pas tout compris étant donné que j'ai rattrppé la série en relecture rapide...)
En tout cas je suis d'accord avec toi sur l'idée d'écrire en écoutant de la musique, contrairement à ce que certains croit ce n'est pas génant et ça peut devenir une source d'inspiration^^
Cela dit bravo continu ton histoire c'est toujours aussi plaisant à lire.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Prince du Crépuscule le mercredi 09 avril 2008, 19:52:05
Bien, puisqu'on m'a usurpé ma place qui me revenait de droit et de coeur de poster en premier sur les commentaires des fictions, moi qui voulais te réserver cette surprise et entraîner la joie de chacun, et en aval la tienne propre, puisqu'on a fait son entêté, je vais poster ici même ce qui me tient tant à coeur. Oui ici même, dans l'intimité de ta fabuleuse Tour du Rouge, en un sorte de face à face entre l'auteur que j'estime le plus en ces lieux, et le commentateur chevronné que je suis (enfin je pense ^^), ce sera des plus significatifs. :<3:
Je voulais donc te dire, et avec une certaine émotion, je ne le cache pas...

Joyeux anniversaire, mon Mage Vermeil!!

Eh oui je ne pouvais résister, et je l'ai fait! Qu'est-ce que tu ne me ferais pas faire hein? fufu ;p En écho à mes pensées enjouées, je te souhaite donc tout le bonheur et la réussite possibles pour cette nouvelle année de ta vie, déjà ponctuée d'oeuvres d'une inventivité et d'une qualité admirables et saisissantes. Mais ce que je te souhaite le plus -et cela peut sembler risible pour toi (^^), c'est une bonne inspiration, qui, même si je sais qu'elle ne te quittera jamais, tracera dans mes voeux un plus beau chemin encore pour tes superbes morceaux de littérature. :)

Une longue vie à toi et à ta plume donc, et une heureuse nouvelle année de ton existence, voici le peu et la quantité non négligeable à la fois de ce que je peux espérer pour toi, sans trop m'épancher. (ce serait dommage que tu aie mal à la tête à cause de moi, et pour ce que je voulais te dire qui plus est, je crois ;p)

Et pour ce sublime morceau de mélancolie que tu nous as offert, tu sais déjà tout ce que j'en pense, c'est vraiment du grand art, d'une sensibilité accrue et touchante, et c'est surtout merveilleusement écrit. Cette lecture, triste et dolente, m'a véritablement ému, au point de m'en retrouver tout accablé par la suite. Je ne peux qu'applaudir pareille maîtrise et beauté, surtout que je crois bien que c'est la première fois que je te vois t'épancher autant lyriquement, et donc poétiquement. Une vraie surprise qui m'a marqué, et qui ne m'a pas laissé sans éblouissement. :niais:
C'est une franche réussite en somme, le Prince du Crépuscule s'incline donc doublement devant toi, en ce jour d'anniversaire bien sûr -et en premier lieu- mais aussi pour cette magnifique fiction empreinte d'une émotivité vibrante, à laquelle j'ai été plus que réceptif. ^^

Je te souhaite donc un bon anniversaire pour clôturer ce message, en espérant que tu pardonneras sa longueur malencontreuse. :<3:

PS: En plus j'inaugure la septième page, chiffre de chance, et qui représente en plus le nombre de jours séparant les chiffres du jour de notre naissance, si c'est pas beau ça! :)
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: John Craft le jeudi 10 avril 2008, 22:09:49
Je me demande si le terme "rendre hommage" est pleinement mérité... Non, GMS, tu mérites plus qu'un hommage, tu mérites une adoration. Tu as fait... quelque chose de grandiose. Ton histoire... est magnifique, merveilleuse, admirable. La qualité de l'écrit, narratrice, l'histoire... tu nous transporte, tu nous emplis !
GMS, je te conseille de continuer. Je peux me montrer menaçant, déjà... mais aussi, et surtout, tu as quelque chose que tu n'as pas le droit de perdre. Quand on a une capacité telle que la tienne, on la nourrit. On la chérit. Et on n'a pas le droit de l'ignorer. C'est un mal. Humainement, c'est mal.
Alors, par pitié, continue.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: raphael14 le jeudi 26 juin 2008, 15:46:43
Pour remédier à la terrible culpabilité qui me ronge depuis un bon moment, car j'ai entamé ta fiction depuis déjà très longtemps et je ne l'ai même pas commentée, je pensais qu'il aurait mieux valu que j'achève ma lecture avant de livrer mes impressions. Mais après une très mûre réflexion, j'ai estimé qu'il était nécessaire de t'encourager.

Je dois dire que tu écris super bien. Dès les premiers chapitres, on sent tout de suite que tu sais écrire, tu as su créer un univers très proche du Seigneur des Anneaux et je paris que tu es fan de Tolkien, revenons à l'essentiel. Tes personnage sont très vivant, leurs attitudes sont cohérentes avec leurs caractères, et surtout ils sont très attachants. L'innocence de Samyël saute aux yeux et la tendresse presque paternelle de Rirjk aussi. Puis il y a la sauvagerie des chasseur de sorciers qui par fanatisme n'hésitent pas à assassiner des hommes des femmes et des enfants. Ce genre de comportement fait froid dans le dos. Et en parlant de frisson, quelques un de tes chapitres ne sont pas très rassurant, comme par exemple quand Rirjk va chercher son élève dans le monde des morts et quand Samyël lit le livre sur la démonologie. Les ambiances sont exceptionnellement bien rendues, ont s'y croirait. J'ai aussi apprécié la séquence avatarienne du chevalier Argoth, avec ses combat épiques contre la bête vivant dans la source ou encore le dragon qui nuit au magicien. Personnellement je ne me suis jamais ennuyé en te lisant.
Aussi vais-je ajouter quelque chose, en lisant le dernier commentaire posté par John Craft, je me suis rendu compte que tu avais l'intention d'arrêter d'écrire. Je te demande donc de continuer ta fiction, c'est pas tout les jour que je lis un truc aussi bon.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le lundi 02 mars 2009, 18:42:06
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Ganon d'Orphée le lundi 02 mars 2009, 21:48:02
Doublement parfait !
Premièrement car nous assistons aujourd'hui au retour sur cette bonne terre du sous-forum Littéraire d'un mage dont la plume magique nous manquais, une sorte de "Gandalf le Gris" de l'écriture : notre GMS le Rouge (oui je sais on dirais vaguement une référence à Tintin !).
Deuxièment car ce retour se double de la mise en orbite d'une nouvelle merveille (nous allons bientôt pouvoir renommer ce topic "La Caverne aux Merveilles", dommage il n'y aura plus que les diamants d'innocence qui pourront entrer ...). Et cette merveille ...

Cette merveile s'appelle Monarque et c'est excellent ! Il y a un maniement du narrateur interne qui frole la virtuosité, avec un niveau de langage parfois déplaisant quand on rêve des marbres de Rome, mais bon  c'est quand même agréable et surtout cela colle aux personnages qui s'approchent plus des Gaulois que des Romains.
Le style est excellent, l'histoire est excellente, les personnages sont excellents (sauf cette Araignée, arachnophobie oblige !). J'adore particulièrement Monarque et Tapinois. Nous retrouvons la même plume, excellente. Et puis l'idée de base qui revient à la fin du 5 d'un homme qui écrit dans des carnets les choses que nous lisons, cette idée aussi est excellente. Pardi, que d'excellence !

Je n'aurais qu'une chose à dire : ce Monarque est ROYAL !
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le dimanche 08 mars 2009, 17:38:12
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le samedi 14 mars 2009, 14:15:00
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: raphael14 le samedi 14 mars 2009, 18:41:53
Superbe.
J'avais déjà bien aimé le Cycle du Rouge mais là ! C'est incroyable, on reste plongé dans le récit de la première à la dernière ligne et cet effet est encore accentué par le point de vue interne et l'utilisation de la première personne. Le langage familier et l'argot ne servent qu'à rendre l'histoire plus vivante. Génial.
Vivement samedi prochain.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le dimanche 22 mars 2009, 19:03:28
Merci pour le commentaire Raphael =)
Content que ça te plaise.

Sans plus tarder, la suite, à la semaine prochaine!


_________

[align=center]8.[/align]


Un jour s'était écoulé depuis notre opération.
Je m'étais échiné sur les 15 kilomètres du retour à inventer un bobard quelconque pour ne pas donner la cassette au capitaine. Avec plus ou moins de succès. On avait réussi par un miracle démentiel à coincer 4 chevaux rescapés de l'embuscade. Fourbus comme on était, on en a profité. J'ai chevauché en tête, avec Rose. En d'autres circonstances, j'en aurais profité pour laisser traîner mes mains, mais elle avait vraiment pas le moral, et je me sentais mal de faire ça. Elle a quand même serré la main que j'avais placée sur son ventre pour la maintenir tout le long de la route. Araignée montait avec Tapinois, et leur cheval tirait une civière transportant Ken, toujours dans les vapes. Zed et Manchot partageaient un autre canasson, et enfin Ciguë faisait cavalier seul. Bière avait une répugnance extrême pour les chevaux. Je ne sais pas pourquoi, et ça ne m'intéresse pas plus que ça de le savoir. Ca lui a permis, après quelques années avec nous, de développer son endurance de façon exponentielle. Il court à côté tout le long du chemin, même au galop.
Une fois arrivés au camp, un peu avant l'aube, on a filé droit dans nos couvertures et écrasé comme des masses pendant des heures. Dans l'organisation du 6e, et même des 7, nous n'existons pas officiellement, mis à part moi, le Porte-Étendard. Nous n'avons donc aucune tâche formelle, et pouvons dispenser notre temps comme nous l'entendons en dehors des missions. Par contre, nous sommes quand même sujets aux mesures disciplinaires. Hélas.    
J'ai été le dernier à me réveiller. Hé! Je dois régénérer deux fois plus d'énergie qu'un homme normal, moi. Mais, chose surprenante, je n'ai pas été réveillé par une estafette, ou un soldat. Non, tout seul. J'ai tablé sur le fait que le capitaine était retenu ailleurs par d'importantes affaires. Ca m'arrangeait bien. Araignée m'a placé un bol d'un truc pâteux et peu engageant dans les mains. Au moins c'était chaud et ça se mangeait. Je crevais de faim. On lui avait bandé le torse pour qu'il guérisse plus vite. Il avait l'air de se porter déjà mieux. Ken s'examinait le torse avec dégoût. Il avait tout sauf la tête du type qui avait failli pouvoir faire de la corde à sauter avec ses boyaux. Ce gars est pire qu'un cafard. Rose s'entraînait contre les mannequins de bois.
"Comment vous sentez vous, ce matin, Chef?, m'a fait Araignée.
-Assez en forme pour émasculer une armée d'Orks. Dis, c'est quoi ce truc infâme?
-Goulache d'Orks sur sa jardinière de légumes frais.
-Ha, je me disais aussi."
Les fastueux repas qu'on me servait dans des couverts d'argent à Aethor n'étaient plus que de très très pâles réminiscences dans mon palais.
"Où sont les autres?
-Zed et Manchot sont partis chercher de quoi faire une fausse main à Manchot. Bière est parti faucher des céréales dans un champ qu'il a vu sur la route, pour brasser un peu de bière. Ciguë est allé trouver des herbes je sais pas où. Et Tapinois..."
Il a haussé les épaules de façon assez éloquente.
"Je suis là, a fait l'horrible petit gros barbu."
J'ai mimé une attaque cardiaque quand j'ai vu sa sale bobine.
"Des nouvelles?, lui ai-je demandé en reprenant un peu de cette immondice.
-Non. J'avais besoin de repos moi aussi."
J'ai hoché la tête. Il en fait toujours plus que nous.
"Des nouvelles de notre capitaine adoré?
-Il est là. Mais il a pas l'air de se rappeler de nous.
-Tant mieux. Espérons qu'ils nous oublient définitivement. Tapinois, tu ferais quelque chose pour moi?"
Il a pas répondu, attendant patiemment ma demande. Bon, d'accord, mon ordre. Mais les apparences sont importantes.
"Va fureter à droite à gauche, je veux savoir ce qui se dit à propos d'hier."
Il a acquiescé et s'est fondu dans la masse.
Il est revenu quelques heures plus tard, pendant que je noircissais des pages et des pages de ces carnets.
"C'est le chaos.
-Ha ouais?
-Ouais."
Il a rien dit pendant quelques minutes, mâchonnant un morceau de pain. Je le force jamais à parler. On a le temps.
"Notre stratagème a marché. Les survivants ont bien dit à Kertag que c'est le 4e qui a fait le coup.
-Combien de survivant d'ailleurs?
-Je ne sais pas exactement. Environ une dizaine."
Je me suis arrêté d'écrire un moment pour le regarder.
"Si peu?
-Faut croire que la nouvelle pestilence de Ciguë fait des miracles.
-Ouais. Vive nous.
-Kertag est allée elle même voir Ombre de Mort, avec une poignée d'hommes. Elle était furax de ce que j'ai pu entendre. Mais Ombre de Mort a été le premier étonné. Il a juré qu'il n'y était pour rien. Par contre, il a été très intéressé par la raison de notre embuscade. Kertag n'a pas été très fine sur ce coup là. Maintenant, on sait qu'il y a au moins 4 lieutenants sur le coup, dont le capitaine.
-Et donc, virtuellement ça peut être n'importe qui..."
Il a hoché la tête. Tout ceci était excellent. Pour nous bien sûr. Si il y avait eu un seul soupçon sur l'implication du 6e, le capitaine aurait fait un exemple de notre cas devant tout le monde, en disant que son régiment devait être exemplaire.



[align=center]9.[/align]


Le chaos.

Les explosions, les tremblements de terre, les cris. Cris de souffrance, d'agonie, de surprise, de rage, de surprise. C'est tout ce merdier qui m'a réveillé la nuit suivante. J'avais encore dans le cerveau les dizaines de pintes de la bière excellente brassée par l'homme du même nom. Soûl. Rond. Bref, dans la merde. J'ai repoussé Araignée qui me ronflait dans les oreilles. Beurrés, on l'était tous.
J'ai ouvert grand mes yeux ensommeillés, mais quand j'ai reçu une flèche perdue dans l'épaule j'ai vite retrouvé un semblant de lucidité. Heureusement, l'alcool abrutit les sens. J'ai pas crié. Enfin, pas trop fort. Juste assez pour réveiller mes hommes.
"Bougez vous le cul!, j'ai hurlé en les frappant avec mes bottes. On est attaqué!"
Putain, mais qui? En pleine nuit qui plus est, c'est pas fair-play. Mis à part Tapinois, qui déjà s'activait à rappeler aux autres leurs devoirs de soldat, tout le monde grognait de mécontentement. Il a fallu qu'un boulet de canon explose à dix mètre de notre position, nous envoyant terre, sable et morceaux de cadavre pour qu'ils prennent conscience de la situation. Je me suis relevé en crachant, momentanément désorienté. Mon monde tanguait dangereusement. J'ai vomi.
"Chef, qu'est-ce qu'on fait?, m'a hurlé Araignée dans les oreilles."
Autour de nous, le campement était à feu et à sang. On subissait un tir nourri d'artillerie et des pluies de flèches nous tombaient dessus.
Un sifflement strident survenu des enfers a filé vers nous.
"Au sol!, a crié Bière."
L'explosion suivante nous a envoyé des éclats d'obus assez gros pour décapiter un taureau. Ils nous ont survolé et sont allés décimer nos collègues. Assez lucide maintenant pour imaginer un début de plan, j'ai créé un bouclier réflecteur, juste assez grand pour nous protéger tous. J'ai observé la situation pendant qu'ils se foutaient des baffes pour reprendre leurs esprits. On entendait les trompes Wellmarchiennes. Mais aussi certaines des nôtres. Celle du 6e sonnait le rassemblement. D'où on était, en plein milieu du camp, la visibilité était nulle, surtout avec la fumée et le feu. Sur notre gauche, à plus de cinq cent mètres, une énorme explosion a éclairé la nuit, engendrant une immense colonne de fumée noire qui s'est élevée dans la nuit. Ils avaient du touché un magasin de poudre.
"On se tire, j'ai fait. Collez moi au cul et vous avisez pas de vous écarter si vous voulez pas crever!"
La seconde suivante ils s'agrippaient tous à moi comme des sangsues. Malgré mon état avancé d'ébriété, j'ai réussi à me repérer plus ou moins. On a filé vers la tente du capitaine, là où devait se trouver l'étendard. Des soldats paniqués se rappelaient subitement que j'étais mage, et que la bulle verte/dorée qui m'englobait devait avoir quelques propriétés de protection. Ils ont voulu pénétré dans le cercle, on les a tué nous même. Nous d'abord, les mecs. Après une éternité, on a enfin gravi la petite colline sur laquelle reposait la tente-palais du capitaine. Etant donné que ladite colline, la tente et l'environnement immédiat était encore totalement intact, j'en ai déduit que l'étendard était toujours performant. J'ai mis fin à mon bouclier.
"C'est bon, leur ai-je dit. On est en sécurité ici."
Je les ai laissés sur place et me suis engouffré dans le repaire du capitaine. A peine étais-je entré que Keringhton, le second, me fourrait l'étendard dans les mains.
"Enfin te voilà, Porte-Etendard. Le capitaine t'attend.
-Désolé d'être en retard, j'ai eu un léger empêchement, ai-je rétorqué, méchant."
Tous les gradés du 6e me haïssent, tout comme moi je les hais tout pareil. Ils sont jaloux que le capitaine me confient plus de mission qu'à eux. S'ils savaient...
Avoir la hampe de lance du drapeau entre les mains me rassure toujours énormément. Sur le champ de bataille, on vise principalement ce qui est le plus visible. Donc en général l'étendard, qui sert aussi de signe de ralliement à l'armée. Conscient du danger que représente ma fonction, j'ai tissé une toile de sortilèges profonde et super-puissante dans chaque fibre de bois et chaque microfibre de tissus. Un vrai travail d'orfèvre. Tout ce qui se trouve à cinquante mètres à la ronde est immunisé contre les flèches, le feu, l'acide, le tonnerre, les boulets de canon, les explosions, la pluie, la glace, la neige, les projectiles en tous genres (du tournevis à la petite cuillère, en passant par les châtaignes et les glands), les défections animales, l'huile bouillante, la roche, la magie, les trucs anti-magie, et j'en oublie. Malheureusement, ces protection ne sont valides que contre des choses qui arrivent de l'extérieur. Pour parer à certaines situations, j'ai ajouté une seconde couche des mêmes protections, mais pour un rayon de vingt mètres. Et enfin, si malgré tout des choses me sont balancées a moins de vingt mètre, l'étendard protège intégralement son porteur des blessures, des maladies, des brûlures, des contusions, des éclairs, des projectiles contondants et perforants, des douleurs mentales, des possessions psychiques et des sorts d'état. (Même si jusqu'à présent ces protections courte portée n'ont jamais eu l'occasion de prouver leur efficacité.) Il me semble même qu'aux premiers temps de ma fonction j'y avais mis des sortilèges offensifs. Il faudrait que je vérifie cela à l'occasion.
Seuls moi et les vétérans de Tempête du Chaos sommes au courant. Alors ils s'arrangent toujours durant la bataille pour rester près de moi tant que la charge n'a pas été sonnée. Comme vous vous en doutez, c'est mon chef-d'oeuvre, mon bébé, mon bijou. Je l'optimise chaque fois que je le peux. Le capitaine ne s'est jamais rendu compte de ce qu'il avait sous les yeux à portée de main.
Avec ça, j'avais encore pas mal de jours heureux devant moi. Hmm.
Le capitaine avait réuni sont état-major autour d'une table de campagne sur laquelle trônaient des cartes du secteur, avec de petits pions pour symboliser les forces en présence.
"Qu'est-ce qu'il se passe?, j'ai fait, nonchalant."
Tous les officiers m'ont jeté un regard mauvais. Il était clair qu'ils étaient tous extrêmement nerveux. Après tout, ils ne savaient pas que grâce à mon génie naturel leurs petits culs étaient les mieux lotis du lot. Seul le capitaine était totalement détendu. D'un autre côté, je ne l'ai jamais vu nerveux ou paniqué.
"Nous sommes attaqués, m'a répondu Moustachu, un des sergents.
-Sérieusement? Bah merde! Je croyais que... Bah je croyais que c'était le début du carnaval local quoi."
Il s'est empourpré de rage. Hu. Pas jouasses les mecs.
"Barad nous a tous bernés. En prétendant faire le mort, il a profité de notre inertie pour manigancer dans notre dos. D'après les rapports, le général Kerry mène actuellement une armée d'un peu plus de sept mille hommes contre nous, avec un contingent important d'artillerie légère et lourde, deux régiments d'archerie, de la cavalerie lourde et une cohorte de fantassin."
Je me suis mordu la lèvre. C'était pas bon.
"Barad a également profité de la confusion pour faire une sortie. Je viens de recevoir un rapport de Beryl. Il me demande des renforts."
Là, c'était carrément moche. Si Béryl, lieutenant du 7e, demandait des renforts, c'est qu'il était au bord de l'anéantissement.
"Qu'est-ce je suis censé faire là-dedans, j'ai demandé."
Quand j'ai vu tous les lèches bottes me faire de grands sourires ravis, j'ai compris que c'était pas bon pour moi.
"Prend tes hommes et va renforcer Béryl.
-OK. Combien d'hommes dois-je prendre?
-Les tiens, pas un de plus."
Mauvaise réponse. J'en ai plus que huit, mon pote.
"Tu peux disposer."
Je me suis incliné et fait mine de sortir.
"Laisse l'étendard ici. Tu n'en auras pas besoin."
J'aurais voulu pleurer.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: raphael14 le lundi 23 mars 2009, 17:07:34
Encore mieux. Je peux me contenter de ça mais bon, c'est un peu faible. Je dirais donc, car je suis légèrement pressé, que la trame de l'histoire est captivante et son développement se poursuit. Et accessoirement j'ai été hypnotisé par tes deux derniers chapitres^^. Voilà. À la semaine prochaine.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le dimanche 29 mars 2009, 20:15:06
Merci pour le commentaire Raphael, et d'être toujours au rendez-vous ^^ j'espère que la suite continuera à te plaire.

A la semaine prochaine!


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[align=center]10. [/align]
 
"C'est vous les renforts?, a beuglé Béryl en fracassant la table de campagne.
-Faut croire.
-Votre capitaine me prend vraiment pour un con!"
Il fulminait. Je le comprenais. Il morflait sévèrement, et les seuls renforts qu'on lui envoyait étaient un nabot, un muet, une femme, un manchot, un sauvage, un blond, un bridé et un Zed mort de trouille. Certes, je faisais partie du lot, et ça comptait pour beaucoup. Mais pas assez.
Béryl est du genre grand, gros, musclé, toujours engoncé dans une énorme armure de plaques, comme tous ses hommes, sur son cheval ou avec son épée dans les mains. Lui et les siens étaient une branche sectaire d'une religion du nord-est, une espèce de culte de la Lumière, et tout ce que ça comprend d'honneur, de chevalerie, de justice expéditive et de moral.
"La Lumière me vienne en aide!, a-t-il juré. Sinon, on est tous mort."
J'ai étudié la situation ici bas. Béryl avait établi son campement juste sous le pont-levis de la citadelle, de manière à intercepter toute sortie éventuelle. Malheureusement pour lui, l'artillerie lourde longue-portée de Kerry l'avait pilonné sec au début de la bataille, de manière à provoquer un merdier suffisamment grand pour permettre à Barad de sortir. Le bon roi Wellmarchien avait chargé dans le tas et pas fait dans la dentelle. Béryl avait sonné une retraire courte pour établir à quelques mètres un mur défensif pour bloquer l'avancée du roi. Pour l'instant ça se contentait d'un corps à corps prudent, mais avec les pertes importantes de Béryl, la partie semblait jouée.
"Si j'étais vous, je sonnerais la retraite et j'entraînerais le roi vers le 4e."
Il a pas compris mon sens de l'humour.
"Si il n'y avait que des hommes et des épées là en bas, ça irait, m'a-t-il dit. Mais il y a ce foutu sorcier!"
Sorcier?
Un rayon vert fluo maladif a soudain jailli de l'arrière du combat pour désintégrer une dizaine de chevaliers. J'ai dégluti. Béryl a juré et insulté tous les foutus sorciers de la terre. Tous ses prêtres avaient été tués durant la première offensive. Il n'avait plus de forces magiques. Je croisais les doigts pour qu'il ne se rappelle pas...
"Hé! Monarque, c'est ça? T'es pas une espèce de magicien toi? Si je me souviens bien, tu nous avais pas mal aidés à Kaer'Jihag."
Décidément, c'était une mauvaise nuit. J'ai hoché lentement la tête.
"Alors vas-y, c'est ton boulot."
Je me suis éloigné vers les miens, la mort dans l'âme.
"Vous avez entendu le monsieur."

Quand on est moins de dix, qu'on doit attaquer une force au moins cent fois supérieure en nombre, il faut un minimum de stratégie. On a couru vers la gauche, pour longer l'affrontement sans nous faire remarquer. C'était sûrement notre dernière intervention en tant qu'êtres vivants,  il fallait qu'on brille. Le sorcier n'était pas difficile à repérer. Aucun soldat ne voulait l'approcher à moins de dix mètres. Et il était tellement préoccupé par ses incantations qu'il ne surveillait pas le périmètre. On avait toute nos chances.
De mourir.
"Ca été un honneur de servir avec vous, Chef, m'a fait Araignée avec un sourire.
-Ouais. Plus tard les discours mélodramatiques si tu veux bien."
On s'est arrêté à environ vingt cinq mètres de la mêlée. Personne ne nous prêtait attention. Ciguë a donné avec mille précautions une petite fiole contenant un liquide rougeâtre à Bière. Celui-ci a ramassé le bras en arrière et l'a jetée de toutes ces forces sur les Wellmarchiens. Personne n'a rien remarqué avant que les premiers morts tombent par suffocation.
Et là, j'ai écarquillé les yeux de surprise, comme tout le monde à part Ciguë. Car les hommes qui tombaient sous les effets de ce nouveau gaz... Se relevaient pour attaquer leurs compagnons, alors que leurs corps pourrissaient sur place. Des cris de panique et d'horreur n'ont guère tardé à jaillir de la troupe tandis qu'un beau merdier se déclenchait. On a tous regardé le vieux muet avec effarement. J'avais déjà vu beaucoup de ce qu'il appelle "pestes" et qu'il adore confectionner et améliorer. Je n'avais en revanche jamais vu un de ces poisons allier les bienfaits de la maladie et de la nécromancie. J'avais de sérieux doute quand a l'utilisation exclusive de plantes dans cette préparation.
Comme ils ne se faisaient plus dézinguer par des éclairs et autres saloperies, et que les types d'en face mettaient moins d'ardeur à la tâche, les hommes de Béryl ont poussé leur avantage.
Je me suis retourné vers mes hommes.
"Bon. C'est ma chance. Je veux que vous restiez ici. Tous. Et c'est un ordre."
Bière et Araignée ont commencé à se lamenter pour diverses raisons.
"Vos gueules. En bas vous n'aurez aucune chance. Et je veux pas que vous mourriez pour des conneries."
J'ai pas attendu leur réponse et je suis parti. Le sorcier était totalement déconcentré maintenant. Il mettait ses talents au service de l'éradication des zombies, pendant que son roi menait la contre-offensive. Il s'apprêtait à désintégrer un cadavre ambulant qui allait lui sauter à la gorge. Malheureusement pour lui, j'ai lancé un contre-sort maison. Son trait de feu a émis une petite plainte et fait un peu de fumée. Il a brûlé un de ses charmes de protection pour se sauver la vie. Le mort est re-mort. Mais maintenant j'étais repéré. Sans perdre de temps, j'ai conjuré la foudre. Mon éclair a ricoché sur le bouclier qu'il a élevé en tout hâte pour aller rebondir sur les soldats alentours. Sa contre-attaque a pris la forme d'un de ces rayons verts. Je me suis jeté sur le côté pour esquiver, ai roulé puis ai contre-carré l'assaut suivant avec un autre éclair.
Soudain, quelque chose m'a agrippé la gorge et a cherché à me saigner comme un porc. J'ai glapi. L'ombre! La foutue ombre! J'ai jeté un regard aussi rapide que la foudre à mon adversaire pour voir qu'il profitait de son mignon pour préparer du très vilain. J'ai réussi à attraper la créature d'une main. J'ai hurlé et la boule de feu qui est sortie de ma paume l'a éjectée à plusieurs mètres. A peine quelques secondes de répit. Elle est revenue à la charge aussitôt. J'ai bougé de côté pour l'esquiver. Le sorcier continuait d'incanter. Ca allait être gros, très gros. J'ai voulu lancé une conjuration majeure sur la créature, mais mon sort ne lui a rien fait. Soudain, des bras d'argiles ont jailli du sol et m'ont attrapé les mollets et les poignets. Un cinquième a commencé à me fracasser les os. Ca faisait mal. L'ombre s'est ramassée sur elle même, prête à m'achever. Je me souviens avoir vaguement prier tous les dieux du monde pour que Tapinois ait un éclair de génie, et soit parti rechercher le coffre, maintenant que la voie était libre.
Le temps s'est ralenti, comme toujours à l'approche de la mort. J'ai vu l'ombre bondir vers moi, lentement, tandis que la main d'argile mettait un point d'honneur à me briser l'épaule droite. Mais soudain, une lance de lumière a jailli de nulle part et a perforé l'ombre en plein vol. Elle s'est retrouvée empalée par terre en moins de deux. Elle hurlait et se tordait de douleur en essayant de s'échapper. Le temps a repris son cours.
"Pour la Lumière!"
Béryl a sauté de son canasson avec élégance. Dans le même mouvement il a abattu son épée et réduit la main de terre en cendre. Il a fait le même sort aux autres qui me retenaient. Juste à temps pour que je nous protège d'un rayon vert.
"Merci Lieutenant, je lui ai fait en crachant du sang et en m'essuyant la bouche.
-Ma lance ne la retiendra pas longtemps, m'a-t-il révélé en pointant l'ombre du doigt."
J'ai hoché la tête. J'avais mal partout mais pas le temps de me plaindre. On a jamais le temps de se plaindre. Béryl et ses chevaliers utilisent un type de magie qui m'ait inconnu. Pas d'incantations, pas de composants, de gestuels compliquées... Juste des prières. Et ça marche. Il m'a fait un rempart imperméable à l'aide d'un grand bouclier de lumière qu'il a invoqué, et qui absorbait tous les maléfices du sorcier Wellmarchien. Pendant ce temps, je me suis agenouillé auprès de l'ombre. Si j'arrivais à la capturer, me suis-je dit, je pourrai l'étudier plus tard et peut être la gagner à ma cause.
Quand on est un apprenti magicien en herbe,  on vous fourre la tête d'une quantité de sorts aberrante. Et on se dit qu'on ne se servira jamais des quatre vingt quinze pourcent de l'ensemble. C'est plus ou moins vrai. Selon les préférences du lanceur de sort, l'éclair, la boule de feu, la pluie d'acide. Avec le contre-sort et deux / trois artifices perso. Mais là, j'étais confronté à un de ces cas où justement, on doit se souvenir d'un de ces sortilèges débiles que les maîtres apprennent à longueur de journée à leurs élèves. Il s'appelle Globe Lumineux de Tzeentch. Concrètement, il crée une petite boule de lumière, dans laquelle on peut mettre des choses dedans. Comme des ombres.
J'ai mis quelques secondes à me souvenir du procédé pendant que Béryl encaissait stoïquement tous les rayons verts de la création. Le sorcier devait être fou de rage. L'ombre m'a mordu pendant que je la foutais dans le globe. Saloperie. L'opération a été périlleuse mais couronnée de succès. Un cri de rage a déchiré la nuit en réponse à ma forfaiture. J'ai ricané malgré la douleur.
"Dépêche toi, sorcier, m'a fait Béryl. Mes forces s'amenuisent.
-J'ai besoin d'un peu de temps pour lui faire goûter une spécialité locale de chez moi. Tiens bon."
Il n'a pas relevé le tutoiement. J'ai fourré ma dernière acquisition, dans la même poche que la cassette, me suis-je rendu compte, et j'ai entamé une longue litanie. Du genre qui font déserter l'armée d'en face. Merde quoi, je suis un mage du 5e cercle. J'ai le droit de m'amuser un peu. Un rayon vert est passé à côté de Béryl et a failli m'arracher le visage. J'ai failli me déconcentrer mais je me suis ressaisi. La magie a afflué en moi, mes yeux se sont mis à luire d'une lueur pourpre (enfin, je crois, c'est toujours comme ça que se manifeste la mana chez moi). Je l'ai domptée, emmagasinée, puis j'ai lâché la sauce. J'ai crié au lieutenant de se décaler, ce qu'il s'est empressé de faire. Le rocher incandescent avait la taille de deux boulets de canon de gros calibre. Il a fusé vers le sorcier. Pour le petit effet, j'avais ajouté un petit sortilège qui produisait le cri d'un démon furieux. Les hommes ont hurlé, on essayé de s'enfuir. Béryl a juré et fait une prière. Moi je jubilais.
Boom.
Ma petite surprise a explosé dans une détonation qui a rendu tout le monde sourd à cinquante mètres à la ronde. Les corps ont été proprement déchiquetés, embrasés, pulvérisés, éparpillés. Une pluie de décombres, de poussière, de terre, de pierre et de morceaux de cadavres est retombée. Mais ce n'était pas fini. Mon rocher a explosé en d'autres petits rochers qui se sont éparpillés dans un périmètre restreint.
Boom, boom, boom, boom.
Privé de l'ouïe, la scène avait quelque chose de magnifique. Le pont-levis a volé en éclat, la façade sud de la citadelle a implosé et des blocs complets de pierre ont volé dans les airs. Des trombes d'eau des douves se sont soulevées, évaporées. Des cratères se sont formés. Un vrai spectacle de destruction. D'après ce qu'on m'a dit par après, le choc a été tellement violent que la bataille s'est interrompue quelques secondes. Les Wellmarchiens de Kerry ont cru que c'était un coup de leur propre petite merde de sorcier et ont redoublé d'ardeur. C'est d'ailleurs ce que tout le monde croit toujours, à part Béryl, mes hommes et les siens.
Les chevaliers du 7e ont rejoint leur chef en rang. Ils avaient été saignés à blanc mais restaient une force importante.
"Par la Lumière, a soufflé Béryl devant la scène.
-Pas tout de suite, lui ai-je répondu lentement."
Ce genre de sort, ça vous épuise un homme.
"Il n'est pas mort. Juste affaibli."
Il m'a jeté un regard qui voulait dire "Hé fiston! Il vient de se manger un météore en pleine face!". Mais quand la poussière et le calme relatif sont revenus, ils ont vu. Le nabot avait sacrifié son bras gauche en échange de suffisamment de magie pour invoquer le plus puissant cercle de protection de toute sa vie. Malgré la distance et la nuit, on avait aucune peine à voir qu'il suffoquait. Et le petite salaud avait par je ne sais quel miracle protégé son roi aussi. Les deux se traînaient comme les petits vieux qu'ils étaient. Le reste de leurs soldats déambulait, totalement hagard, un peu partout. Béryl a aussitôt envoyé quelques hommes pour les cueillir, mais comme je m'y attendais, le sorcier avait encore une carte dans sa manche. Il a produit un parchemin, et grâce à lui il s'est téléporté avec son souverain. Où? Aucune idée. Certainement pas dans le château. Le lendemain il serait infesté de soldats ennemis. Je misais sur le bon général Kerry et ses vaillants soldats.
J'ai lamentablement vacillé et me serais effondré si Béryl ne m'avait pas rattrapé au moment où je tombais.
"Foutre, garçon! C'était un sacré feu d'artifice!"
On a souri tous les deux. Je l'aimais bien, Béryl.
"Ouais. J'ai quelques gobelins parmi mes amis."
J'ai grimacé de douleur. Je ne sortais pas indemne de l'affrontement.
"Lieutenant?
-Hmm?
-Promettez moi de rien dire sur moi."
Il a soulevé un sourcil, mais a hoché la tête.
"Très bien je comprends. Je te dois bien ça. Si tu n'étais pas arrivé, on serait tous mort."
Tapinois s'est soudain matérialisé à côté de moi. J'ai été content de voir qu'il avait pris son bain annuel. C'est le moment que j'ai choisi pour m'évanouir héroïquement. Maintenant que j’y repense, j’avais toujours une flèche plantée dans l’épaule. C’est peut être ça qui me faisait mal.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: raphael14 le vendredi 03 avril 2009, 18:42:48
Oh la vache, ce que tu n'as mis ! Une scène de combat mémorable, que demander de plus ? Je vais pas m'étaler indéfiniment dans des louanges alors que tu as très bien compris que j'ai adoré. À bientôt GMS.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le dimanche 05 avril 2009, 17:14:35
Encore merci Raphael pour tes commentaires qui me font très plaisir ^^

A la semaine prochaine!


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11.
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Kerry a été repoussé. Peu après mon coup d'éclat, le 6e et le 5e avaient réussi une jonction avec le 4e et le 2nd. Appuyés par Ombre de Mort, et comme les Wellmarchiens ne comptaient plus de sorciers valides parmi leurs rangs, ils les ont écrasés. Le général a sonné la retraite et son armée s'est enfuie vers les collines. Le 5e et le 4e lui ont donné la chasse.
Malgré tout, son action n'a pas été inutile, bien au contraire. Les 7 ont méchamment mangé cette nuit là. Le 7e a été presque anéanti, le 6e a perdu un peu plus de la moitié de son effectif, tout comme le 5e. Le 4e n'a subi aucune perte. Ca c'est la donnée qui me fait tiquer. Le 2nd s'en est bien sorti, car situé le plus loin de la zone de conflit initiale. Le 1er et le 3e étaient absents, envoyés en mission plus au nord pour mater un début de rébellion et avaient donc été épargnés. Des rapports arrivés quelques jours plus tard nous ont appris que Kerry avait trouvé la mort dans les collines, que son armée avait été anéantie, mais que Barad et son sorcier n'avaient pas été retrouvés.
Moi je suis resté dans le comas quatre jours.


[align=center]12.[/align]


Quand je me suis réveillé, la première chose qui m'est venue à l'esprit a été que j'étais dans un bâtiment. Plus précisément dans l'infirmerie du château de Wellmarch, ou bien un dortoir reconverti. Des dizaines de lits superposés envahissaient toute la pièce.
J'étais aussi en forme que peut l'être un homme. Après une grosse débauche d'énergie comme celle de la fameuse nuit, un mage a besoin de beaucoup de temps pour récupérer. Je ne fais pas exception. J'ai été heureux de constater que je n'avais en réalité aucune fracture, mais pas mal de contusions. La plaie de la flèche avait déjà cicatrisé.
J'ai suivi une odeur de poulet pendant quelques minutes pour trouver le grand réfectoire, dans lequel ma fine équipe m'attendait à une table. J'ai repéré Béryl et le capitaine qui discutaient avec leurs états majors  dans le fond, à une grande table. Apparemment on faisait salle commune avec le 7e, du moins ce qu'il en restait. Je me suis dis qu'on pourrait peut être enrôler quelques uns de ces braves chevaliers dans Tempête du Chaos, voir carrément fusionner les deux unités.
Je me suis assis à ma place attitrée, et Rose m'a filé un énorme morceau de poulet rôti que je me suis empressé d'engloutir pendant qu'Araignée et Tapinois me racontait les derniers événements, décris un peu plus haut.
"Notre rôle ici va bientôt s'achever, a commenté Ciguë avec ses mains."
Sûr. Avec la déroute de Kerry, la destruction de l'armée et la prise de la Citadelle, il ne restait plus rien à Wellmarch pour se défendre.

Le roi Herald le Valeureux, nouvellement nommé à la fonction de souverain absolu de Wellmarch, est arrivé en grand cortège ostentatoire pour admirer sa nouvelle place forte et résidence. Ce nobliau de seconde zone avait su admirablement bien tirer son épingle du jeu. C'était un petit seigneur inféodé à Barad IV, mais rongé par l'ambition. Il avait fait un énorme profit de son port de commerce, sur les côtes du sud de Wellmarch, et emmagasiné une fortune suffisante à l'achat des services des 7 au complet. La suite on la connaît.
N'empêche, il a froncé les sourcils et pincé le nez lorsqu'il a vu ce que j'avais osé faire à son mââââgnifique pont-levis. J'espérais pour lui qu'il lui restait assez d'argent pour le faire rebâtir. On l'a observé depuis la muraille. Celle-là même qu'on contemplait depuis plus d'un mois.
Bizarrement, à la fin d'un forfait comme celui-là, on a jamais le sentiment du travail fini, du devoir accompli. On se demande juste où est-ce qu'on va nous envoyer la prochaine fois. Le 2nd, le 4e et le 5e campaient toujours dehors. Le 1er et le 3e devaient bientôt revenir.
En tant que sous-officier, j'ai été invité au couronnement. Une cérémonie longue, barbante, trop pompeuse. Mais j'ai pu approcher de près certaines personnes. Je me suis fait petit pour échapper au regard de Kertag Poing-de-Ruine. Bien que vieille maintenant, j'avoue qu'elle avait du être une jeune guenon pas déplaisante à regarder. Son corps toujours ferme par la pratique de l'exercice gardait des formes agréables. J'ai côtoyé Ombre de Mort de très près. A vrai dire j'étais juste à côté de lui. Il n'aime pas trop les cérémonies, alors il avait préféré se mettre dans le fond pour échapper au protocole et aux tapes dans le dos. Il fait froid dans le dos, ce type. Il était vêtu d'une ample robe de mage verte foncée, de facture simple, qui cachait sa silhouette. Plutôt grand, il se tenait droit comme un I. Sa capuche cachait le haut de son crâne, et son visage était presque entièrement couvert par un masque peint représentant un visage souriant et dérangeant. Seul son oeil droit était visible. Un oeil qu'on aurait dit jeune, bleu, et renvoyant une profonde lassitude, jurant bien évidement avec son masque. Deux mèches de cheveux blancs s'échappaient de la capuche et reposaient sur son torse.
"Monarque, je présume?, m'a-t-il demandé tout à coup."
Sa voix était un chuchotement ténu, qu'on aurait dit d'outre-tombe.
"C'est cela, ai-je répondu.
-J'ai entendu parler de vous. Il semble que je vous dois ma récente altercation avec la dame Orke."
Je sais que mon visage n'a trahi aucune émotion, mais il a ri doucement.
"Ne vous en faites pas pour cela. J'ai trouvé l'aventure amusante. Et que vous ayez réussi à survivre, en laissant derrière vous autant de morts... Démontre des aptitudes certaines."
Je ne savais pas trop quoi répondre.
"C'est un compliment?
-Je crois oui."
Au ton de sa voix, je crois qu'il a réellement souri. Pour ce que j'en savais.  
Contre mes attentes, il n'a pas parlé de la cassette. D'ailleurs, je m'étonnais de plus en plus que personne ne m'en demande des nouvelles. Il a continué à me parler. De la pluie et du beau temps. On a échangé un nombre de banalités affligeantes. C'est fou ce que deux hommes coincés dans une cérémonie mortellement ennuyante, peuvent soudain se trouver comme points communs. S'il n'avait pas été un sorcier de 2 cercles mon supérieur, si il n'avait pas été lieutenant de cette fichue compagnie, s'il n'avait pas porté un masque et s'il ne me faisait pas peur à ce point, on aurait presque pu devenir amis.
Une fois que le bon roi Herald Ier fut sorti, que toute sa nouvelle cour l'eut suivi, on a été autorisé à partir à notre tour. Alors que je m'apprêtais à le faire, Ombre de Mort m'a pressé furtivement la main.
"J'attendrai notre prochaine rencontre avec une certaine impatience, Monarque."
Il est passé devant moi et a disparu dans la foule. Moi je suis resté bête.
Ca m'arrive souvent ces derniers temps.  

Le 1er n'était plus qu'à quelques jours de marche de la Citadelle, et il était censé revenir avec les nouveaux ordres. Pendant ce temps là, nous on se tournait les pouces à nouveau. L'excitation de l'invasion était vite retombée. On avait enterré nos morts, soigné les blessés, reçu nos soldes. Et on squattait les couloirs de la Citadelle, déjà en reconstruction et en réaménagement. Les nobles du royaume défilaient à longueur de journée pour prêter allégeance au nouveau souverain. Moi je profitais de ce temps pour écrire mes carnets. Quand j'en avais marre, je rejoignais mes hommes pour jouer aux cartes, ou allait me mettre dans un coin obscur pour faire quelques examens de la cassette. Je n'ai toujours rien appris dessus, et j'avoue qu'elle me frustre. Et le capitaine ne m'a toujours rien demandé. En fait je ne l'ai pas vu depuis la bataille, ou de loin dans un couloir. J'avais décidé de remettre à plus tard le cas de l'ombre, car ça allait me demander du temps et des efforts à investir. Contrairement au coffre, et à la cassette, qu'on avait planqués dans une cache secrète découverte par Tapinois, je gardais la sphère avec moi en permanence. Je ne sais pas pourquoi. Je répugne à m'en séparer.
Avec Ken et Araignée, on s'amuse parfois à se la lancer les uns les autres.
J'avais bien essayé de prospecter un peu, mais personne ne voulait nous rejoindre. Et cela faisait une éternité que le capitaine ne m'avait envoyé personne. Avec Tapinois, on se disait que la Nouvelle Wellmarch n'allait pas faire long feu. On prédisait qu'un mois n'aurait pas encore passé après notre départ qu'une rébellion des nobles ou une invasion menée par l'Empire Zan'Harien éclaterait. Autant Barad IV était réputé pour sa poigne de fer, sa bravoure et sa force, autant Herald est connu pour son embonpoint et sa tendance à se fâcher tout rouge en oubliant qu'il est un homme.
Mais bon, ce n'est pas nos affaires. Au pire, dans un mois on devra revenir, pour le compte d'un autre noble et recommencer. Ce serait pas la première fois.


[align=center]13.[/align]


Nous revoici sur les routes. Grâce à mon génie d’essence quasi divine, j’ai réussi à réquisitionner un chariot de fourniture à l’aide d’un document officiellement faux. Bien sûr, il y a longtemps que les fournitures ont été revendues à droite, à gauche. Mais ça nous permet de voyager comme des princes, sans se taper la chaleur accablante de ce début d’été. Le capitaine n’a pas jugé bon de m’informer de notre prochaine destination. De toute façon, je pressens que la nôtre sera différente de la sienne. Maintenant que les 7 épées est redevenue un électron libre, la compagnie s’est séparée pour panser ses plaies et prospecter. Les 7 se réunissent en réalité uniquement lorsqu’un conflit d’importance nous est refourgué. En temps ordinaire, chaque lieutenant suit son propre chemin, et remplit les missions qu’on lui donne le long de sa route, quitte à demander un copain en renfort.
Ainsi s’achève la campagne du Wellmarch. Tout comme ce premier carnet. Finalement, écrire sa vie, c’est plutôt sympa.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Prince du Crépuscule le jeudi 09 avril 2009, 00:00:13
Tintiiinnnnnnn *angelots sonnant la trompette, tapis rouge, rayon de soleil, confettis* Eh oui, me voilà, moi, Prince du Crépuscule! (qui d'autre oserait faire ça? *-*)
Je suis venu te raconter ma vie ô combien passionnante illuminer ton topic de ma lumière étincelante! Ah oui, ça fait un an exactement que je ne m'étais plus manifesté ici... Il est temps d'y remédier et de recouvrer mes fonctions, tu ne crois pas? Ah, quelle tristesse, tout ce temps perdu. M'enfin c'est comme ça. Mieux vaut tard que jamais comme on dit (d'ailleurs j'ai comme l'impression que cela ne s'applique pas qu'à moi *fufu*). Bref, il fallait bien que je passe par ici. Que serait une vague de commentaires crépusculaires si elle ne venait pas ourler de son écume les côtes vermeilles? (oui, t'inquiète pas je me le mettrai bientôt mon patch, comme promis. mais juste après ça si tu veux bien. X'3)

Donc comme tu le sais, j'ai déjà lu attentivement tes premiers chapitres de Monarque, comme tu me les avais fait découvrir. Tu sais également globalement ce que j'en pense. Il est temps de se pencher plus avant sur mon ressenti vis-àvis de ta nouvelle fiction, qui marque une rupture assez radicale avec tes autres écrits. D'ailleurs je ne te cache pas que personnellement je préfère ton Cycle du Rouge (à quand Samyël le retour? tu le laisses croupir dans sa petite chambre? quel homme cruel tu fais è_é) ou Le chevalier Argoth (depuis quand n'a-t-on pas vu la faërite scintiller au juste? Même moi, doté de ma mémoire légendraire, je ne saurais plus le dire! tsssss, quelle pitié. =>) à Monarque, mais ce ne sont là que des considérations toutes personnelles et qui sont assez superflues ici puisque tu comptes bel et bien poursuivre Monarque d'après ce que tu m'as dit. Enfin, je te le signale quand même, au cas où tu ne le saurais pas: je languis de tes anciens écrits, vil mage vermeil. je te hais, je vous hais tous dans mon coeur de petit Prince frustré ;_;

Concernant Monarque maintenant, j'ai lu les 13 chapitres qui constituent ce premier "carnet". Premièrement, je suis content que tu aies trouvé un "filon" à exploiter (ce n'est pas négatif, tout au contraire :)) avec autant d'ardeur. ça me réconforte de savoir que l'inspiration ne te quitte pas et que tu entretiens toujours le brasier créatif de ton âme. A un moment, on pouvait un peu douter, avoue ;p  Bref (égarement, quand tu nous tiens *kof*) je m'intéresse de près à ton projet, même si encore une fois ce n'est pas celui que j'affectionne le plus.
Ce que j'ai pu constater tout d'abord, c'est que ce "nouveau" style de narration te convient assez bien. Pour ma part je préfère un style plus recherché, qui s'élance dans de longues descriptions tout en conservant une bonne dose d'action, avec lyrisme à foison et... oui oui, je range ma poésie tout de suite *patapé* Tu maîtrises cette forme de narration avec brio j'ai même envie de dire, même si tu l'as emprunté à Glen Cook, comme nous le savons tous les deux. Tu t'en inspires d'ailleurs librement, en reprenant sa façon intimiste et assez crue d'écrire et de léguer la plume à son personnage fictif au travers d'annales, ou dans ton cas, de carnets. Tu as également repris l'idée de la compagnie franche, mais dans une bien plus grande envergure, ce qui complique encore les "magouilles" et autres sournoiseries dont la Compagnie noire regorge, que ce soit entre adjuvants et opposants ou entre les alliés ou entre ennemis tout court. Cette complexité est intéressante, car elle renforce toutes ces tractations de l'ombre (oh oui, des trucs compliqués, j'aime! *-*)

Tu reprends aussi l'idée des surnoms qui caractérisent chaque personnage, à commencer par Monarque. Mais arrêtons-là les comparaisons toutes plates. Ce que je veux souligner avant toute chose, c'est la qualité de narration dont tu fais preuve (dans ce style tout particulier, j'entends, sale copiteur. :gnark:). En effet, on est tout de suite plongé dans l'histoire, qui nous arrive tellement directement par la voix de Monarque que c'en est déstabilisant au départ. (moins pour quelqu'un qui a lu ce que tu sais, m'enfin j'aime la politique fiction aussi <3 *meurt*) L'intensité de l'instant est nettement perceptible, sans délai, la succession d'événements comme il pourrait effectivement en arriver dans un tel monde nous laisse à peine respirer. Tout s'enchaîne rapidement, avec violence, mais cette abrupté est maîtrisée, car tu tires les ficelles derrière bien évidemment. Pour ma part, je le ressens à son paroxysme lors des batailles, en particulier dans le chapitre 10 et dans le chapitre qui relate l'attaque contre les orcs. C'est tellement prenant, ça fait tellement réaliste (note bien le mot, ça signifie à quel point nos deux styles séloignent l'un de l'autre mon GMS) qu'on s'y croirait. Honnêtement, l'histoire est captivante, j'adore tous les coups bas que peuvent se lancer les personnages entre eux. Le coup de l'étendard et du "j'aurais voulu pleurer" m'a bien fait rire par expemple. ;)

La narration en est d'autant plus réussie que (ça mérite une ovation, si si je te jure ^^) très peu de fautes viennent entacher ton récit vif, incisif. Je n'ai pu en relever que très peu effectivement, et je les ai toutes oubliées je crois bien. La syntaxe est bonne, même si évidemment dans ce cas-là c'est un peu facile... Quoiqu'il en soit, c'est un réel pas en avant, un pas de géant! Je me rappelle encore quand tu te lamentais sur tes innombrables fautes de Français. (et moi aussi, en passant, tu sais comme je suis intraitable à ce sujet X'3) Eh bien, je me dois de te féliciter, je peux affirmer en toute intégrité que tu t'es affranchi de ton vieux démon! ça se fête! *champagne* :)
Maintenant, pour ce qui est des personnages, je les aime beaucoup. En particulier Tapinois, je saurais pas trop te dire pourquoi, mais je me le représente très bien. X'D J'aime beaucoup Ombre de Mort également, ses mystères et son grand pouvoir, encore inconnu, m'attire comme un papillon de nuit à une lampe. *-* Ah, et évidemment: Monarque! Il est bien drôlatique aussi parfois, avec son pouvoir plus ou moins caché, ses jubilations mesquines, son arrogance que transpirent ses carnets et puis son côté tellement... humain. L'humanité peuplant un monde fantaisiste et brutal, mais une humanité nue et sans voile, voilà ce que tu nous offres. C'est un grand compliment, sache-le.
Cela dit, je me permets d'émettre une réserve sur ce point. Je trouve, personnellement, que pour un tel dévoilement ça manque d'émotions et qu'elles ne sont pas très variées. C'est une absence à laquelle il te faut pallier si tu veux mon avis. Mais enfin, à part ça c'est très bien dans son genre. ^^

Ainsi s'achève le petit message d'agrément d'un Prince revenu au bercail. J'espère ne pas t'avoir trop assommé, et avoir la chance de pouvoir repasser bientôt te commenter. (si tu veux toujours de mes pavés ;p) Je suis prêt à recommencer en tout cas, tire la sonnette et j'arrive tout de suite! Continue ainsi cher Mage Vermeil, malgré tout ce que j'ai pu te dire au début de ce projet, je t'encourage de tout coeur en ce sens. ;)

PS: Et puis bien sûr... Le meilleur pour la fin, n'est-ce pas? J'avoue ce n'était pas annodin que je ne t'aie pas commenté en premier, mais maintenant tu vas savoir pourquoi, si tu ne t'en étais pas déjà douté... ^^

Joyeux anniversaire, mon Mage Vermeil!
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: raphael14 le jeudi 16 avril 2009, 15:13:07
Ainsi s'achève le premier carnet de Monarque. Tu es écrivain merveilleux.
Ombre de Mort a un côté glauque et très malsain. Je dirai même qu'il fout la trouille.
Mystères et questions en attendant le deuxième carnet.
Vivement la suite :) (ça me fait penser, il faudrait peut-être que je finisse de lire Le Cycle du Rouge)
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le samedi 18 avril 2009, 18:09:52
PdC, vil coquin, je ne m'attendais pas du tout à ce commentaire, en cela il m'a fait encore plus plaisir que d'habitude =D Je te remercie², pour le commentaire et pour mon anniversaire ^^ Au risque de te decevoir, Le Cycle et Argoth vont rester de côté un petit moment encore. Je vais pas reprendre ici notre discutions sur ma source d'inspiration, nous savons tout d'eux mon point de vue ^^ Je dirais juste que je suis content que ça te plaise tout de même, et que tu ais constaté mon progrès dans l'oretograf (je m'en rends compte moi même)! Quant à ta dernière remarque sur la monochromie des sentiments etc, je dirai juste que j'en ai conscience et que... c'est fait exprès! Je ne dirai rien de plus, mais attends toi à du changement de ce côté là!
Sur ce, n'hésite pas à revenir souvent =p

Merci pour le commentaire raphael!

Avant de passer à la suite, une petite surprise de notre cher Yorrick! (Encore merci!) Une nouvelle version de la carte Continentale, actualisée et remise au gout du jour. Je dois dire que le résultat est de toute beauté et que je n'en reviens toujours pas. Je vous laisse juger  :)
http://img509.imageshack.us/img509/7326/cartegmscopie.jpg

Enfin, je tenais à m'excuser d'avoir manqué le rendez vous de la semaine dernière. Comme je partais le lundi matin à 5h du mat pour l'Espagne, les préparatifs m'ont pas mal occupé et ça m'est totalement sorti de la tête! Désolé!

Sans transition, Monarque. A la semaine prochaine!


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II /  Ashenvâle


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 Il faisait froid dans ce foutu village. Un froid à vous les ratatiner façon raisins secs. L’hiver fait toujours cet effet là dans les royaumes centraux. On a poussé nos canassons, fraîchement dérobés dans la ferme située 30 kilomètres plus à l’ouest, jusqu’à une auberge encore ouverte. Il suffisait d’envoyer Bière les parquer à l’écurie pour économiser quelques pièces de cuivre d’entretient. On est entré précipitamment car la neige recommençait à tomber.
Comme dans toutes les auberges de tous les petits villages du monde, les quelques habitués nous ont lancé des regards mauvais. On aime rarement l’étranger qui surgit en pleine nuit, avec plein de copains et armés pour partir à la guerre. Et surtout, nous formions une petite troupe singulière. Je me suis empressé de détendre tout de suite l’atmosphère en lançant un bonsoir amical. Pour prouver nos intentions pacifiques, on a déposé nos armes sur la table la plus proche. J’ai eu peur sur le moment qu’elle se brise sous le poids, mais non elle a tenu bon.
J’ai été commander assez à manger pour nous tous pendant que les hommes collaient deux grandes tables ensembles pour qu’il y ait assez de place. J’ai regagné ma petite troupe, pas mécontent de dormir au chaud ce soir.
Tempête du Chaos au grand complet, dans une petite auberge de province. Ca m’a rappelé des souvenirs. Tapinois, Bière, Ciguë, Ken, Araignée, Rose, Zed, Manchot (qui n’était plus si manchot que ça, avec son nouvel appareil gobelin) et le dernier arrivé, mon nouveau chouchou, Teknogure. Un ingénieur gobelin. Une perle de stupidité, d’ingéniosité mécanique, un ravissement des sens permanent. Mesurant quatre-vingt centimètres, pesant ses 25 kilos tout mouillé, il avait une trogne encore plus vilaine que Tapinois, avec son nez long et crochu, ses petits crocs jaunes et crasseux, ses poils de nez trop longs, ses oreilles pointues à moitié mangées et ses grosses lunettes sur ses yeux rouges.
Quand on l’a rencontré, à la fin de l’automne sur les routes du Mel-Kure, il se faisait dévaliser par une bande de malandrins des environs. Après une bataille courte et propre (Bière avait besoin d’exercice), il nous a proposé ses services. Comme ça faisait un moment qu’on avait recruté personne, et qu’il me faisait rire avec ses zozotements et sa voix stridente, je l’ai pris. Je ne le regrette pas. Il est aussi bon artificier que courageux. Pour peu qu’on lui fournisse les matériaux, il peut vous bidouiller un nombre impressionnant de machins et de trucs, de la bombe incendiaire aux feux d’artifices, en passant par des arquebuses. Il en avait d’ailleurs fabriquée une pour Ken. Un fusil de précision, avec un canon long et une lunette de visée, baptisée Fulgurator X-3. Le bridé se débrouille plutôt bien avec, il nous chasse des trucs quand on est sur les routes. Malheureusement, comme les balles coûtent chères et sont rares, il faut l’utiliser avec parcimonie. Et aussi, lorsqu’on tue des gens, on prend bien soin de leur faucher tout ce qu’ils ont de métallique : armes, bijoux, boucles de ceinture, de botte, de baudrier. On fond le tout et Tekno re-fabrique des munitions.
En sus de cet engin de mort et de destruction (j’ai vu les trous que ça laisse sur les cadavres), il avait également combiné son savoir-faire avec Ciguë, pour nous produire des petites grenades à gaz divers. Très pratiques.
Bref, une acquisition très bon marché, car la seule chose qu’il demande c’est un peu de protection et d’amour. C’est un vrai parano. Il croit que l’univers tout entier veut le tuer, et qu’un assassin se cache dans chaque ombre.
« Bon, on fait quoi maintenant?, a fait Araignée en piochant dans son lard fumé.
-Ca a l’air sympathique ici, a répondu Ken.
-De toute façon, on a plus rien à faire tant qu’on aura pas reçu de nouveaux ordres. Alors autant se reposer ici et prendre du bon temps.
-J’ai repéré une maison close, vers Kurtzïg. Ca fait pas loin à cheval. »
Hop, la décision était prise. L’aubergiste est venu nous voir avec un air maussade. Il a demandé si on voulait autre chose.
« Ca ira pour l’instant, mon brave, je lui ai dit. Nous aimerions louer ton établissement pour quelques jours. »
Il est resté sans bouger un instant. Il savait pas trop quoi répondre. Les trois pièces d’argent que j’ai faites rouler vers lui et qu’il a attrapées avec une dextérité à faire saliver un acrobate lui ont donné quelques idées.
« C’est parfait, monseigneur. Mes chambres sont à votre disposition. »
On a longtemps mangé et bu ce soir là. On venait de finir notre dernière mission. Mettre à sac une ferme, dans laquelle un riche paysan fomentait des plans contre le seigneur du coin avec des copains à lui. On a déboulé en pleine nuit, les avons surpris en plein milieu d’une petite sauterie. Hop, un coup d’épée par-ci, un éclair par-là. On a ligoté la femme et les enfants et on les a laissés dans la cambrousse environnante. J’ai mis le feu à la baraque après qu’on ait sorti les corps dehors, puis on a fauché les chevaux et on s’est barré en vitesse. Pour atterrir ici, à Ashenvâl.

Il y avait 4 chambres dans cette auberge, Au Poney Dormant. Si vous trouvez le nom ridicule, vous avez bon goût. La répartition a été assez simple à faire. Moi et Rose dans la plus grande et la plus propre ; Tapinois avec Teknogure et Ciguë ; Bière avec Ken et Araignée et les deux frères ensembles. Je me suis déshabillé avec toute l’habilité d’un homme d’expérience et je me suis glissé dans les couvertures de l’unique lit deux places. Rose m’a rejoint peu après, en sous vêtements et s’est blottie dans mes bras. Notre relation avait un peu évolué depuis le Wellmarch.
Je n’étais pas amoureux, elle non plus. Disons qu’on aimait bien se réchauffer l’un contre l’autre. Je vous rassure, nous ne comptions pas faire l’amour.


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Ashenvâl de jour... Bah c’est comme Ashenvâl de nuit. Mort. Les paysans vaquent tranquillement à leurs occupations, loin des tourments de la politique et des guerres. Ils plantent leurs patates en espérant que la récolte sera bonne cette année. Certain, plus aventureux, vont jusqu’à planter des choux. De vrais casse-cous.
Réellement déprimant comme bled. Mais bon, on était là pour se reposer en attendant la suite, on aurait été bien avec un village en pleine guerre civile.
Je me suis levé tôt le matin suivant. Le petit-déjeuner n’était même pas encore servi. Je suis sorti dehors, me suis adossé au mur blanc de l’auberge et j’ai regardé le village, tout en tripotant mon ombre dans ma poche. J’avais pris la décision de m’en occuper ces jours-ci. Quant au coffre et à la cassette... Le premier se trouve en sécurité dans une grotte à deux kilomètres au nord de Ferdbürg, un grosse ville de l’Ouest. La cassette se trouve toujours en notre possession.
Le capitaine ne m’a toujours pas reparlé ni de l’un ni de l’autre. Je crois qu’il ne sait pas qu’on a fini par récupérer le coffre, mais pour la cassette... Tout ceci était bien intriguant, mais ça m’allait parfaitement. Tapinois est venu me rejoindre un peu après.
« Ca me rappelle le bon vieux temps. Tu te souviens, dans cette auberge sur la route de Mereïne, quand on fuyait les royalistes, avec Lumdog et Gratos?
-Tu commences à parler comme un vieux, il m’a rétorqué.
-T’as raison. Mais bon, certaines périodes de ma vie me manquent.
-Comme à nous tous.
-Ha ouais? Du genre?
-Du genre avant que je te rencontre. 
-Tu me touches.
-Je t’en prie. »
Les bouseux qui passaient devant nous nous regardaient avec des yeux plus ronds que les pommes de terre qu’ils trimballaient. J’essayais de me montrer poli. Puisqu’on allait vivre quelques temps, autant vivre en bonne intelligence. Mais au bout du quatrième bonhomme je commençais à perdre patience. J’ai réalisé tout à coup que Tapinois n’était pas sanglé de son arsenal de couteaux. Ca le changeait beaucoup. Il paraissait presque abordable maintenant.
On a fini par rentrer quand on a senti le bonne odeur du petit déjeuner. Porc salé et  gruau de céréale, avec une bonne pinte de mousseuse du coin. Pas mauvaise d’ailleurs. Les autres se sont réveillés à intervalles irréguliers.
« Quartier libre les enfants, ai-je annoncé. Mais soyez sages. N’allez pas forcer sur la bonne brune locale, ni embêter votre voisin. Promis? »
J’ai reçu des morceaux de pain dans la tête en guise de réponse. L’aubergiste nous regardait avec une mine songeuse. Quelque chose semblait le tracasser. Mouais. Pas mes affaires.
Enfin, ce que je croyais.

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3. [/align]



J’ai passé cette journée là à planifier ma rencontre avec l’ombre, que je prévoyais pour le lendemain. C’est le genre de rituel qui demande du temps, de la concentration, un cadre tranquille et deux / trois bonhommes pour vous assurez de pas être dérangé. Et j’avais tout ça sous la main.
J’ai réveillé Rose et Bière aux aurores pour qu’ils m’assistent. Rose en tant qu’assistante directe, Bière en tant que bloqueur de porte. Je me suis empiffré de porc salé, de bière, d’oeufs et de beurre au petit déjeuner pour m’assurez assez de force pour l’opération. J’ai posé la sphère au milieu de la pièce et me suis assis en tailleur devant.
« C’est beau, a commenté Rose qui s’était placé à ma droite. »
En effet, c’était assez jolie. Imaginez une balle de lumière, dans laquelle virevolte une ombre plus noire que le noir. Bière s’est contenté d’un grognement et est allé prendre ses fonction devant la porte, son bon vieux hachoir entre les mains.  
Pour me donner un peu d’ardeur à la tâche, j’ai peloté Rose un moment, qui riait doucement sous mes caresses. Un jeu à nous.
« Après, elle m’a dit. »
De quoi vous motiver un homme. J’ai retroussé mes manches, mis la boule au creux de mon giron. Ouvrir la sphère et dire « Coucou! Tu veux bien devenir ma copine? » aurait été d’une débilité crasse. Je n’avais aucune expérience de ce genre de créature. Il fallait tenter une approche plus subtile. J’ai posé ma main sur la sphère et j’ai tenté de projeter mon esprit pour capter une pensée, un sentiment, un mot. A ma grande surprise, je n’ai senti qu’une peur panique. L’ombre était totalement paniquée, car elle était dans l’incapacité de remplir sa mission.
« Hé! Doucement, calme toi... » ai-je dit mentalement.
La créature a mis un certain moment avant de se rendre compte que je lui parlais. Elle s’est soudain arrêté de bouger dans tous les sens et s’est calmée.
« Voilà, c’est bien. Ne t’en fais pas, tout va bien. Tu n’as plus à t’inquiéter de ce que te feras ton maître.
-Qui êtes vous? »

La voix était indubitablement féminine et... putain, sensuelle! Ca m’a choqué.
« Je m’appelle Monarque. Et toi, comment t’appelles-tu? »
Un temps.
« Rashk’Zerig Kirdörhan. »
A tes souhaits.
« Que me veux-tu, Monarque?
-J’ai tué ton maître. (Mensonge honteux, mais judicieux. Elle s’est tout de suite apaisée un peu plus. J’ai même ressenti de la ... reconnaissance?) Je souhaiterais que l’on s’associe, toi et moi.
-S’associer? Tu veux dire m’asservir à ton tour pour me plier à tes moindres volontés. »

C’est qu’elle avait de la suite dans les idées, voyez-vous.
« On ne peut rien te cacher. Mais je pense être une bonne option.
-Quelles sont les alternatives?
-Et bien, tu peux rester dans cette petite baballe le restant de l’éternité. Je garantis les frais de logement. »

Elle a ri. Me demandez pas comment, mais c’est vraiment l’impression que j’ai eu. On est jamais trop sûr avec ces conversations mentales.
« Tu as de bons arguments, Monarque.
-J’en ai même trois énormes pour mes compagnes à deux pattes. »

Je n’ai pas la moindre idée du pourquoi j’ai sorti cette blague plus que douteuse à une ombre. N’empêche qu’elle a ri à nouveau. Je crois que je lui plaisais bien, à l’instant.
« A quoi m’emploierais-tu, Monarque?
-Ho, des choses et d’autres. Espionnage, reconnaissance, protection rapprochée, assassinat...
-Vaste programme.
-N’est-ce pas?
-Oui. Tu dis que mon maître est mort?
-Oui.
-Tu mens. Je sens encore le lien qui nous unit. Il est certes très faible, mais il est toujours là.
-Hmm. Bon, admettons que j’ai légèrement menti? »

Silence durant quelques instants interminables. J’ai même cru que le contact avait été coupé.
« J’accepte, Monarque. Mais à quelques conditions.
-Lesquelles?
-Je veux que l’on pactise. »

Aïe. Pourquoi les créatures surnaturelles veulent-elles toujours d’un foutu Pacte?
« Très bien. Autre chose?
-Nous verrons cela. Tu peux me faire sortir.
-Qu’est-ce qui me dit que tu n’essaieras pas de me tuer? »

Elle a souri mentalement.
« Je t’ai donné mon nom. Tu as déjà tous pouvoirs sur moi, si tu le désires. »
Hein, son nom? Elle voulait parlé de son baragouin guttural de tout à l’heure?
« Oui, certes. »
J’ai rompu le lien mental et repris contact avec le monde extérieur. La pièce était tellement éclairée qu’il ne pouvait être que l’après midi. Rose s’était assoupie sur le lit. Tu parles d’une assistante. Dans ce genre de confrontation, le temps s’écoule toujours différemment. Soit il nous paraît beaucoup plus rapide, soit beaucoup plus lent. J’ai profité de cette pause pour me dégourdir les jambes et faire craquer ce qui avait besoin de l’être. J’ai frotté mes yeux et baillé. J’ai ensuite fermé les rideaux pour ne pas que Liz (c’est comme ça que j’appelle mon ombre) ne souffre pas. Enfin, je n’en savais rien, mais je supposais qu’une ombre avait besoin d’obscurité pour se sentir bien.
Respirant un bon coup, quelques sortilèges sous le coude au cas où elle me jouerait un tour, j’ai ouvert la sphère. Elle en est sortie lentement, rampant sur le sol comme... bah l’ombre qu’elle est. Je me suis assis dos contre le lit, et j’ai tendue la main. Elle est venue s’y blottir en boule.
« J’ai l’impression que cela fait une éternité que j’étais là dedans.
-Ho, guère plus d’une seconde en réalité. »

Elle a ri encore. Décidément, une vraie boute-en-train.
On a pactisé. Comme condition à l’utilisation de ses pouvoirs, je ne peux lui ordonner de tuer quelqu’un. Elle peut par contre le faire de son propre gré, à condition que l’individu ou la chose en question présente une attitude hostile envers moi. Je peux l’envoyer fureter dans un rayon de 1 kilomètre seulement, mais grâce à notre nouveau lien nous pouvons communiquer mentalement. Fort pratique. Après, il y a aussi les modalités courantes et habituelles d’un pacte : Relation exclusive de la créature envers son maître, à comprendre qu’elle ne peut communiquer qu’avec moi même, et bien sûr le lien de sang. Si je me fais tuer, elle meurt. Si elle meurt pour X raison, j’agonise, mais ai une chance de survie. C’est pas très équitable, mais c’est comme ainsi. Et comme les deux partis sont heureux comme ça... Enfin est venue la question a trois piècettes.
« Quelle forme veux-tu que j’adopte? »

Je me suis demandé ce qu’elle entendait par là.
« A quoi veux-tu que je ressemble? Je peux prendre n’importe quelle apparence. Mais réfléchit bien, elle sera irréversible. »
J’étais un peu pris au dépourvu. Et là, j’ai dis la seule connerie de mon existence que je ne regrette pas. La première chose qui m’est passée à l’esprit, aidée par le son exquis de sa voix.
« Une putain de Terysford. »
(Pour la petite anecdote, Terysford est une ville du Lancaster, où j’avais eu l’immense plaisir de devoir enlever et liquider une putain qui en savait un peu trop sur les plans du prince local. La fourbe avait usé de ses charmes sur moi pour que je consente à la laisser partir. Gentleman, je m’y étais résigné mais à grand peine.)  
Et, effectivement... Elle a d’abord commencé par descendre de ma main, toujours tendue, pour retourner par terre, au centre de la pièce. Puis, lentement, elle a pris forme. Elle s’est allongée vers le haut, pour arriver à ma taille exacte. Les jambes, longues, sublimes, se sont dessinées, puis les bras, menus mais athlétiques, ensuite se fut au tour du cou et des épaules, graciles et délicates. La taille, fine juste ce qu’il faut. Une poitrine à vouloir vivre dedans, couverte par une tunique au décolleté affriolant. Et enfin le visage. Une cristallisation de mes fantasmes, je crois. Un nez divin, aquilin et volontaire, des lèvres légèrement pulpeuses et sensuelles, des cheveux suffisamment longs pour lui caresser les reins comme une cascade tumultueuse. Et des yeux. Des yeux vermeilles, démoniquement attirants et aguicheurs. Bien sûr, Liz reste une ombre, et en tant que telle possède une peau sombre, à mi chemin entre l’ébène et le violet sombre. Une peau à la texture veloutée. Je ne sais trop comment, mais, effectivement, Liz peut se matérialiser au sens littéraire du terme. Avoir une consistance propre.
Pour ne rien cacher, devant cette apparition mon petit soldat s’est mis au garde à vous. Je vivais éveillé le fantasme et le rêve de tous les sorciers pervers d’un certain âge : Posséder un démon familier ayant l’apparence de la plus belle jeune femme qu’on ait jamais vu. Elle a senti mon trouble, car elle a ri de sa voix terriblement sensuelle et s’est approchée de moi, avec son déhanché à vous faire tourner la tête. J’ai tenté de me relever. Elle m’a repoussé et je suis tombé à la renverse sur le lit. J’étais totalement hypnotisé et en proie à des sentiments confus. Elle s’est pressée contre moi, et j’ai senti ses atouts sur ma poitrine avec un délice non dissimulé. Dieux! Que c’était bon! Nos désirs respectifs l’un de l’autre se mêlaient dans une union mentale intense. Ses mains se sont glissées sous ma ceinture et j’ai poussé un soupir lorsqu’elle... Enfin vous m’avez compris. Ne pouvant lutter contre mes pulsions, je l’ai embrassée, pendant que mes propres mains découvraient son corps avec une certaine liesse.
Je serais bien allé jusqu’au bout de mes idées si il n’y avait pas eu Rose à quelques centimètres de moi et Bière derrière la porte.

« Alors?, m’a demandé Tapinois. »
C’était le dernier à me poser la question, pendant que j’engloutissais ce qu’il me semblait des tonnes de porc salé, de bouillie de céréale, de légumes et de tubercules. Je lui ai indiqué du pouce mon ombre sur le mur derrière moi. Il l’a regardée, et a sursauté légèrement lorsqu’elle lui a fait « coucou » de la main, alors que moi je portais ma fourchette à ma bouche déjà trop pleine. Liz a rigolé, mais j’ai été le seul à l’entendre.
« Bien, bien, a fait Tapinois . »
Légèrement nerveux, il a commencé à jouer avec la pointe d’un de ses couteaux. Il aime pas trop tout ce qui touche à la magie.
« Qu’est-ce que vous avez foutu de votre journée?, j’ai demandé en me rinçant la gorge à la bière.
-J’ai profité du paysage. On a un beau point de vue sur la plaine depuis une petite colline, à environ 500 mètres au sud. »
Je l’imaginais bien, petit, gros et laid, à philosopher en haut d’une colline. J’ai ricané.
« Et les autres?
-Tu ne le leur a pas demandé directement?
-Trop occupé à récupérer des forces.
-Hmm... Bière a été recruté par une vieille fermière pour pas mal de trucs physiques. Elle lui a promis une partie de sa réserve de houblon en échange. J’ai vu Araignée batifoler avec une jeune demoiselle dans les champs. La fille du chef du village je crois. Ken et la petite chiure verte font des essais pour un nouveau type de balle. Ils ont trouvé une ancienne forge abandonnée je ne sais où. Ils y ont récupéré pas mal de ferraille à recycler. Zed passe son temps à dormir, et Manchot s’est entraîné. »
Soudain, j’ai réalisé.
« Hey! Quand est-ce que Bière est partie de devant ma porte?
-Vers midi je dirai.
-Je lui demanderai encore des trucs, tiens... Et Ciguë?
-Vue la fumée orange qui s’échappe de l’herboristerie depuis ce matin, j’en déduis qu’il s’est trouvé un petit camarade de jeu. »
Hmm. J’espérais qu’il nous concoctait un petit truc sympa.  

Ils sont tous rentrés à des heures différentes, Bière le premier, Araignée le dernier. Bien sûr, ça ne plaisait pas trop à l’aubergiste, qui ronchonnait que son établissement n’était pas un moulin. Mais on s’en cognait pas mal. On paye, il se tait. C’est comme ça que ça marche en tout cas dans pas mal de royaumes.
Vu le sourire de benêt qu’Araignée m’a adressé, j’en ai conclu qu’il avait lui même conclu son affaire. Je lui ai fait une tape dans le dos.
« Bonne nuit Chef.
-Bonne nuit gamin. »
Ken et Tekno semblaient s’entendre comme larrons en foire à présent. Ils n’arrêtaient pas de parler, notamment d’un certain Fulgurator X-4, une sorte de version améliorée du modèle existant.
« On pourrait tenter un alliage p-p-plus lé-lé-léger pour gagner en vi-vitezze!
-Ouais, a répondu Ken avec un petit hochement de tête. »
Les bras croisés, tirant une gueule sérieuse comme une tombe, il semblait en pleine réflexion. Je les ai laissés à leurs affaires, et suis sorti pour mener les miennes à terme. J’ai pris à gauche, pour remonter la rue pavée qui sortait du village par le nord. En chemin, Liz s’est matérialisée sur moi. Ses cuisses enserraient ma taille, ses bras étaient passés autours de mon cou et ses mains jouaient avec ma chevelure. Je l’ai embrassée.
« Où en étions nous, maître? » elle m’a fait avec sa voix si... Hmm.
Je l’ai portée (elle ne pèse rien) jusqu’à un grand arbre, et je me suis couché dessus. On s’est fait des mamours passionnées pendant quelques minutes. Puis elle s’est glissée lascivement vers mon entrejambe. J’ai laissé faire avec délice.
Croyez moi si vous voulez, mais faire l’amour à une ombre qui ressemble à la fille de vos rêves... C’est la chose la plus dingue et la plus géniale qui me soit arrivée. Une explosion des sens, un plaisir rarement égalé. Et puis, comparé à Liz, j’étais un petit garçon naïf. Je ne sais pas où elle a appris tout ce qu’elle me fait, mais je loue tous les jours son professeur.
Cette nuit là, je n’ai pas dormi. Une nuit qui restera gravée à jamais dans ma mémoire. A l’aube, quand elle s’est allongée sur mon corps emperlé de sueur et éreinté, quand elle m’a fait son sourire malicieux, j’ai songé que si j’avais pu, je serais tombé amoureux.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: raphael14 le dimanche 19 avril 2009, 18:30:27
Super, déjà la suite de Monarque !
Un autre bon moment à lire. Ca se savoure comme du bon chocolat. J'aime bien tes nouveaux personnages : Teknogure et Liz qui je le présent vont nous donner d'autre bon moment de lecture.
En tout cas un grand moment et bravo à toi GMS.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le samedi 25 avril 2009, 22:20:27
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: silver le mercredi 29 avril 2009, 15:29:31
J'adore tous ces récits. J'ai tout récemment lu tes chef-d'œuvres.

Commençons par le début, L'histoire de Samyël est tout simplement magnifique. Un jeune homme voulant sauver des vies et vengé tout ses proches. Il ne peut faire que de l'Altération et ne semble pas pouvoir faire autre chose, son lien avec la bête est évident. Il ne pourra pas s'en défaire et il lui donnera à mon avis, un pouvoir essentiel pour sa quête. La psychologie de ce personnage me plaît énormément

J'ai adoré Henri et le courage qu'il a eu pour se sacrifier à la place de Rirjk. Il était un personnage qui a su donner le comportement adéquat à Samyël pour ce qu'il va enduré.

J'adore Rirjk qui malgré son apparente culpabilité à quand même fait face à son destin. J'espère qu'on saura un jour ce qu'il lui est arrivé.

J'était triste de la mort de Zackary, j'aurai voulu qu'il survive un peu plus longtemps. Mais je ne t'en veux pas, c'est tout de même mieux ainsi.

Maintenant, parlons d'Argoth. J'adore ce personnage, le but qu'il s'est fixé est tout simplement prodigieux. Il est très rusé et sait rester humble en toute circonstances et le courage qu'il a de faire confiance à quelqu'un qu'il ne connaît pas démontre un talent incroyable pour repérer quelqu'un de confiance.

Et pour finir, J'adore Monarque qui est très intéressant et a de vrais amis. Il fera de grandes choses pour moi. Ce personnage est tout splendide.

Je te souhaite une bonne continuation dans tes récits.

J'espère voir très prochainement l'histoire de Samyël qui reste mon préféré de tous.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le lundi 04 mai 2009, 20:18:32
Hey! Ca fait toujours plaisir de voir de nouvelles têtes dans le coin, merci Silver ^^ Cependant, au risque de te décevoir le Cycle du Rouge ne devrait pas reparaître avant un petit moment. Enfin, je sais pas. Si je me motive pour finir le chapitre 20, le petit moment pourrait se transformer en très vite... ^^

Sur ce, comme promis, la suite de Monarque! Bonne rentrée à ceux qui, comme moi hélas, ont repris les cours ce matin.


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Le lendemain, maître Tael nous a tous conviés chez lui, pendant que les hommes du village étaient partis faire une bonne vieille battue. Moi j’avais la mort dans l’âme. Manchot encore plus, après que je lui ai eu raconté nos aventures nocturnes.
Je trônais comme un prince sur le lit de Tael et, assez ironiquement, Hélène s’occupait de mon corps meurtri. Elle semblait avoir totalement oublié ce que j’avais pu faire à son John de mari dans une autre vie lointaine, maintenant que j’avais sauvé ses petites miches rebondies. J’ai grimacé quand elle a frôlé mes plaies pectorales en mettant les bandages.
« Putain, mais fais un peu attention, femme, ai-je crié. 
-Ce serait plus simple pour nous deux si tu arrêtais de gigoter comme une femme, abruti. »
Certaines personnes sont des orateurs nés, qui savent précisément où frapper pour toucher leur auditoire. Etrangement, je l’appréciais, Hélène. Elle avait du piquant.
Maître Tael se tenait un peu en retrait, sur son siège. Il fumait sa pipe avec la tête du type qui a le problème de la guerre dans le monde sur les épaules, avec celui des miséreux et de la peste noire.  
Tapinois et les autres avaient toujours un peu des gueules de déterrés. Les effets de la drogue prenaient leur temps pour se dissiper. De toute façon, avec la quantité qu’ils en avaient ingurgitée... Le petit gros, surtout, s’en voulait de s’être fait avoir. Le bon air de la campagne, ça vous change un homme, aussi petit, gros et laid soit-il.
« Bon, Tael. Il va falloir raconter maintenant. Pourquoi Zed est devenu le gros truc tout moche qu’il est maintenant? »
Voulant se donner un air mystique, la pomme de terre a tiré une longue bouffée sur sa pipe. Il a discrètement lancé une oeillade vers Araignée, qui avait sa fille Jill sur les genoux.
« Il a contracté la fièvre du changeforme. »
Coup d’oeil a Ciguë. Non, inconnu au bataillon.
« Elle fait quoi, cette fièvre?
-Comme son nom l’indique, ceux qui l’attrapent se transforment en monstres.
-Des espèces de loups-garous?
-En quelque sorte. Mais chez eux, la transformation est irréversible et permanente.
-C’est moche... Désolé pour ton frère, Manchot. »
Ils lui ont tous fait une tape sur l’épaule. Il avait l’air mortifié.
« C’est quel genre de monstre, a demandé Bière.
-Cela dépend des individus. J’en ai vu trois en tout. L’un ressemblait à un ours géant, un autre avait subit une transformation osseuse qui lui donnait un air d’araignée humaine.
-Et le troisième?
-Vous l’avez vu comme moi. »
Ho. Autant pour moi. Hélène a fini de me bander. Elle s’est assise sur le bord du lit, pour écouter la conversation. Hé mais! Pourquoi sa main frôlait mon bras?
« Ca s’attrape comment cette saloperie?
-Nous n’en avons pas la moindre idée. Les gens des environs qui l’ont attrapée menaient des vies très diverses, et n’avaient rien fait de spécial les jours avant leur contamination... »
Il m’a jeté un regard, du genre qu’on aime pas trop recevoir. De ceux qui vous disent « Attention : dans deux secondes je vais te demander d’aller à l’autre bout du monde pour tuer un dragon ».
« Cependant nous en connaissons la cause.
-Chouette.
-Un sorcier du nord est arrivé dans le compté, il y a environ deux ans.
-Laissez moi deviner, il était petit, chauve, malingre et asthmatique.
-Presque. Grand, filiforme. Un aspect de spectre. Il a gagné les faveurs des gens du coin (notez qu’il excluait Ashenvâl, tanière des gens de bien) en rendant divers services par-ci par-là. Soigner des bêtes, des blessures courantes ce genre de chose. Il a fini par rentrer dans les bonnes grâces d’Abbendas. Notre bon seigneur lui a alors légué un petit domaine pour son usage personnel. L’ancien donjon de Kerdanac. Une espèce de ruine obscène, mais qui possède toujours sa tour centrale, en plus ou moins bon état. Depuis lors, il s’est enfermé là dedans et on l’a jamais revu. Par contre, c’est à peu près à la même période que les premiers cas de fièvre se sont manifestés. Certains villages ont été totalement ravagés, mais malgré nos nombreuses requêtes, Abendas n’en a jamais eu cure. Alors, on a engagé un tueur de sorcier. »
J’ai tiqué. Il y a peu de choses dans cet univers qui m’inspire une terreur assez forte pour me faire parcourir trente kilomètres à la course, dans une alternance de forêt et de marécage. Les tueurs de sorciers en font partie. Ils n’usurpent pas leur nom.
« Un brave homme, très gentil. Il est partie pour Kerdanac, mais on l’a jamais revu. »
Ouf, je dormirai plus tranquille à présent.
« Cependant, la fièvre disparut. Jusqu’à hier...
-Et ce qui vous trouble tous, c’est que, pas de bol, ça coïncide tout pile avec notre présence sur les lieux.
-Et bien... Disons que certaines personnes jasent. 
-Ouais. Bien sûr. Je suis assez débile pour inoculer cette saleté à un des mes propres hommes, pour qu’il essaie de me bouffer ensuite! Heu, désolé Manch’. »
Tael s’est raclé la gorge. Foutus paysans.
« Vous inquiétez pas, on sera parti avant ce soir. »
Hélène s’est tournée vers moi, m’a fait un regard à tuer un mort.
« Pas question! Tu as besoin de repos.
-Silence, femme. Je ne t’ai rien demandée.
-Je m’en cogne, petit salopard de merde! Si tu fais mine de bouger je te les coupes et te les fais bouffer. »
Moi, comme toutes les personnes présentes dans la pièce, l’avons regardée avec de grands yeux ébahis. J’ai senti ma gorge se dessécher.  
« Bon, je suppose qu’on peut bien attendre un jour de plus... »
Tapinois et Ken ont ricané comme les foutus fumiers qu’ils sont.
« Messire Monarque. »
Le ton de Tael m’a rappelé à des réalités plus sombres.
« Hmm?
-Je voudrais vous demander quelque chose.
-Tant que vous avez de quoi nous payer. »
Il a paru soulagé. Il devait croire que ça allait plus difficile que ça à demander à un convalescent.
« J’ai déjà envoyé des missives aux autres villages, leur expliquant la situation. S’ils acceptent, vous recevrez cent pièces d’or à votre départ, et cent de plus lorsque vous nous ramènerez la tête du sorcier. 
-Qu... Deux... Deux cents galettes?, s’est récrié Ken.
-Ca fait combien chacun ça?
-A peu près vingt deux. »
Un silence calculateur s’est installé. Ca faisait un sacré paquet.
« D’où sortez vous ça, l’ancêtre? »
Il m’a fait un sourire énigmatique.
« C’est notre assurance spéciale « urgence. » »
Ma solde annuelle est d’environ une pièce d’or et cinquante écus d’argent.
« Vous savez faire affaires, maître Tael. 
-Pour sûr.
-Nous nous mettrons en route pour votre Ker-machin dans deux jours, après avoir touché le premier versement. Bon, trois jours, ai-je rectifié quand Hélène m’a de nouveau regardé. Pendant ce temps là, on va chercher Zed.

J’ai été assigné à résidence, en l’occurrence celle de maître Tael par mon infirmière. Les autres sont partis vaquer à leurs occupations respectives. Hélène changeait mon bandage toutes les deux heures, bien que ma blessure ne saignât déjà plus et que la douleur fût partie. Seule mon épaule me tiraillait encore un peu, mais je respectais bien mon rôle de vétéran endurci et ne le montrait pas. Je soupçonnais cette femme de prendre un certain plaisir à cette ouvrage.
Mes soupçons n’en furent plus lorsque, la nuit tombée, Tael et sa fille couchés, elle m’attacha les poignets aux pieds du lit et qu’elle me fit l’amour, contre ma volonté.


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6.[/align]



«  Tu tires une tête bizarre ce matin, m’a dit Tapinois.
-Tu veux dire que... je te ressemble un peu?
-Non. Je veux dire que... Ouais, c’est exactement ça. Tu tires la tête du type qui s’est fait violé par une femme d’environ quarante ans, dans les environs d’un mètre soixante, ronde mais pas vilaine du tout, rousse et dont tu as tué le mari. J’irai même jusqu’à dire que tu y as pris du plaisir, aux grognements gutturaux que tu produisais, et étant donné que la seconde fois tu n’étais plus attaché et que tu menais la danse. 
-Et toi tu as la tête du sale pervers qui s’est tripoté, caché dans le parterre sous la fenêtre en regardant faire. »
Il a ricané, j’ai ricané. Nous avons ricané. Liz aussi a ricané. La diablesse avait participé aux ébats, sans qu’Hélène ne le sache bien sûr, ni même Tapinois. Dieux! Quelle nuit. Je ne savais pas que tuer des hommes mariés rendait aussi heureux et comblé.  
« Quelles nouvelles?
-Aucune. Sauf qu’on semble de nouveau dans les bonnes grâces de la populace. Ils ont enterré les corps ce matin. Par contre, ils ont eu beau chercher, ils n’ont pas retrouvé la colonne vertébrale de Lang. »
On s’est regardé. On a ri. Sacré Ciguë.

J’ai passé le reste de la journée à noircir ces pages.


[align=center]7. [/align]


« On dirait que le clébard a trouvé quelque chose, a crié Ken. »
« Il a trouvé des traces de pas », m’a traduit Liz.
Je déteste chasser un truc méchant, dans une forêt, en pleine nuit, quand il neige et que ça a l’air de vouloir neiger plus. J’ai juré pour la Xième fois cette nuit là et j’ai rejoint Ken, quelques mètres plus loin. Effectivement, de belles traces. Le bridé était accroupi devant, son fulgurator à la main pendant que Teknogure avait toutes les peines du monde à ne pas se faire tracter par le chien. Une petite chiure nerveuse dont on nous avait assuré qu’elle avait le meilleur flaire à des kilomètres à la ronde. (Et le plus gros prix aussi.)
« Foutus radins de paysans pingres de mes deux, ai-je encore juré.
-Pardon chef?
-T’occupes. C’est Zed? »
Il a paru hésiter.
« J’en suis pas sûr à cent pourcents, parce que je l’ai pas vu de mes propres yeux... Mais je crois. Elles ne ressemblent à rien de ce que j’ai déjà vu. Mais leurs tailles...
-Ouais. Combien? »
Il m’a regardé. Il était nerveux et tendu.
« Moins de quelques minutes. »
J’ai relevé les yeux à mon tour. Putain de neige. Tout à coup, je me suis senti étouffé, suffoquant. J’ai cru voir des yeux rouges se faufiler entre deux troncs. J’ai resserré un peu plus les pans de mon manteau sur moi. J’aurais bien aimé avoir mon étendard. Ken s’est relevé lentement. Il s’est assuré pour la je-ne-sais-combien de fois qu’il avait bien mis des cartouches dans son fusil, et que la culasse n’était pas gelée.
« Tek. Reste bien près de nous. »
Comme si il fallait vraiment le lui dire. Il était au bord de la crise de nerf. Il serrait son pistolet si fort que j’ai cru qu’il allait le broyer.
Soudain, j’ai cru sentir une odeur familière. Mais pas moyen d’en être sûr, avec cette neige. Liz ne m’avançait pas plus. La poudreuse brouillait ses sens. Je sentais son souffle ectoplasmique dans mon cou, qui m’apaisait. Pour une fois, j’aurais adoré avoir le capitaine et ses deux milles hommes avec moi, pour me donner une tasse de chocolat et me dire que tout allait bien se passer.
« Zed, foutu salopard. Qu’est-ce qui t’est passé derrière la tête?... »
Comme pour me répondre, un cri déchirant a déchiré la nuit... Je me suis crispé sur la garde de mon épée. Mon autre main s’est mise à serrer convulsivement le parchemin d’entrave du quatrième niveau que je m’étais appliqué proprement à fabriquer ce matin. Ken a sursauté. Le chien a hurlé. J’ai cru que Tek allait s’évanouir.
« T’as reconnu le timbre de la voix?
-Non, difficile à dire. C’était plutôt loin.
-Ouais. J’espère que c’est pas un des nôtres. »
Mais qui ça pouvait bien être d’autre? Allons, Monarque. Affronte la réalité.
« Chef? Vous avez entendu? 
-Restez sur vos gardes. Je crois qu’il... »
Ken m’a foutu un coup de crosse pour m’écarter. Dans la seconde suivante, un hurlement de damné a précédé une détonation assourdissante. Le fulgurator a frappé. La bête a glapi et s’est effondrée dans la neige, abattue en plein vol. Ken a rechargé aussi vite qu’il le pouvait. J’ai toujours apprécié son professionnalisme. Le chien s’est mis à aboyer. Il tirait si fort sur sa laisse que Teknogure l’a lâché. Il a foncé droit sur le machin, qui n’était pas Zed. Probablement un cousin. Le cousin s’est soudain relevé en un éclair et a gobé le clébard comme un biscuit apéritif. Il ressemblait vaguement à un lapin humanoïde géant. Il avait deux longues oreilles de chaque côté de son crâne pointu, de petits yeux rouges et méchants et deux longues dents pointues à l’avant de la mâchoire. Il était couvert de poils, était quatre fois plus musclé que Bière et franchement pas content d’avoir un trou de dix-huit centimètres dans le torse. Mais ça ne semblait pas le gêner plus que ça.
« Ho merde, a juré Ken. »
Il l’a remis en joue, et ses bras tremblaient. Le coup est parti, mais Lapinou a bondi sur le côté, puis bondi sur Ken. Il s’est mangé un bon coup de crosse des familles. Il a tenté de mordre, mais Ken a eu le réflexe de lui mettre son arme dans la gueule pour le maintenir à distance. J’en ai profité pour lui passer mon épée en travers du corps, en essayant de sectionner sa colonne vertébrale proéminente. Je n’ai pas réussi, mais il l’a quand même senti. Dans un élan de rage, il s’est retourné et m’a balancé contre un arbre comme si je n’eus rien pesé. Mon crâne a frappé le tronc et j’ai été assommé quelques secondes. Quand je suis revenu à moi, Ken gisait au sol dans un marre de sang, et Lapinox me toisait de toute sa répugnance. Il a fait un truc qui ressemblait à un rire. Ou une quinte de toux.
Il s’est penché vers moi, canines en avant. J’ai embrassé la mort de près. Mais soudain, une série de détonations a brisé le charme de notre rencontre. Le côté droit de son visage a éclaté, et des petits fragment d’os ont volé. Il s’est redressé en hurlant de rage et de douleur, se tenant la tête comme un humain. Il a dardé son dernier oeil valide sur Teknogure, qui le tenait toujours en joue et continuait d’appuyer sur la gâchette sans se rendre compte que c’était en vain. Il s’est évanoui quand Zed bis lui a couru après. J’étais encore trop faible pour lui venir en aide. J’ai cru que c’était la fin pour lui.
Mais une cartouche perforante a fusé dans l’air enneigé. Elle a touché sa cible avec une parfaite précision. Le cou du lapin-garou s’est presque détaché du tronc et s’est mis à pendre de façon grotesque et écoeurante sur le côté de son corps. Mais la saloperie vivait encore. Ne sachant plus trop où donner de la tête, elle s’est mise à tituber vers Ken, qui rampait désespérément à l’écart en rechargeant son arme de façon frénétique.
« Hé, chéri!, j’ai hurlé en me relevant. »
Bingo, ça a marché. Pendant qu’il faisait un effort pour pivoter vers moi, j’ai pris une bombe à peste dans ma poche et je l’ai lancé. Je n’avais pas le temps de regarder ce qui était écrit sur le côté, j’ai pris la première qui m’est venue. Je l’ai guidée magiquement pour qu’elle rentre dans le corps de la bête par le trou laissé par le premier tir de Fulgurator. Il y a eu une très légère explosion, qui a soulevé la cage thoracique du lapin tout en projetant un peu de chaire et de sang. Un gaz verdâtre et volatil s’est échappé. Et le monstre s’est mis à fondre, littéralement. S’il avait pu il aurait hurlé. J’ai contemplé le spectacle écoeurant quelques secondes puis je me suis précipité vers Ken.
« Hé! Ca va? Il t’a touché? »
Il a grimacé de douleur. Son torse pissait le sang. La neige fondait en fumant autour de lui.
« Ce con... Il a rouvert ma plaie.
-Laquelle?, l’ai-je pressé.
-La grosse. La dernière. »
J’ai juré. J’ai déchiré sa chemise. J’ai vomi sur le côté.
« A ce point Chef?
-Une égratignure.
-Je vous aimais bien Chef.
-Dis pas de connerie. Je vais m’occuper de ça. Le premier qui crie est une fillette. »
J’ai plus ou moins mis les pans de peau bout à bout puis sans perdre de temps ni prévenir j’ai invoqué une flamme et j’ai cautérisé à la rude. Ce fichu bridé n’a pas hurlé. Il s’est contenté de serrer les poings à se faire saigner, à révulser les yeux, à baver de l’écume, et bouger ses jambes comme s’il était possédé.
« Vous... êtes une... fillette, Chef, il m’a dit avant de sombrer. »
« Monarque? », m’a appelé Liz. Sa voix sublime était altérée par la peur et la nervosité.
« T’en fais pas chérie, je vais bien. Tu peux aller voir ce que font les autres? »
Je l’ai attendue quelques minutes, tout en tirant le corps Tekno vers celui de Ken.
« Ce foutu gobloche m’a sauvé la vie! », ai-je soudain réalisé.
Hormis sa syncope il n’avait rien. Le monstre n’était plus qu’un petit tas liquide et fumant, ainsi qu’horriblement puant. Liz s’est matérialisée à côté de moi. Malgré ma panique, j’ai remarqué qu’elle portait un manteau de fourrure bien chaud. J’ai pensé que c’était étrange, puisqu'après tout, une ombre ne ressent pas la température?
« Je les ai perdus. »
Pas bon du tout! Je me suis mordu la lèvre en tentant de calmer le tremblement de mes mains. Un hurlement familier a retenti, plus au sud. Loin. On s’était tous dispersé, pensant n’avoir qu’un seul de ces machins à traquer. Maintenant on faisait des proies faciles. Pour ce que j’en savais il pouvait aussi bien y avoir toute une meute.
Je me suis appliqué à tracer un cercle de protection autour de mes compagnons pendant que l’ombre de mes nuits couvraient mes arrières. Puis j’ai récupéré mon épée et j’ai couru à travers bois.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: silver le lundi 04 mai 2009, 23:27:56
Tout simplement, Magnifique! :niais:

Je ne t'en veux pas de laisser le Cycle Rouge de côté, il faut te laisser le temps pour sentir l'inspiration.

Revenons à Monarque, j'adore le développement que tu lui donnes.

L'histoire est palpitante. On sent l'aspect critique de la situation.

Je n'ai qu'une chose à dire, Bravo. Je suis déjà impatient de voir la suite.

Bonne continuation.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le dimanche 10 mai 2009, 16:58:41
Plop, plop,  c'est moi, fidèle au rendez-vous ^^

Merci pour le commentaire Silver! J'espère que la suite continuera à te plaire.

Sur ce, bonne lecture, et à la semaine prochaine!


_____



[align=center]8. [/align]


Un silence de mort régnait sur la clairière. La neige tombait lentement en spirales lumineuses. On se serait cru dans un rêve, de ceux dans lesquels tout vous parait irréel. Le sang, écarlate, tranchait nettement avec la blancheur de la poudreuse, qu'il faisait fondre en se déployant.
Sans un mot, nous contemplions les corps enlacés de Manchot et son frère, Zed.


[align=center]9.[/align]



Il fallait reconnaître que l'endroit n'était guère accueillant. La tour s'élevait dans l'air lourd du soir, et sa cime enveloppée de brume transparaissait diffusément sur la lune pleine, jaunâtre et énorme. Exactement comme dans les histoires de fantômes et de magie noire. Des pans de murs plus anciens se tenaient encore plus ou moins debout, laissant imaginer l'ancienne configuration des lieux. Seul le jardin était encore reconnaissable, mais la mauvaise herbe avait tout envahi. Un fossé relativement profond avait été creusé beaucoup plus récemment autour du donjon, une passerelle en bois rudimentaire jetée par dessus. Originellement desservie par des couloirs internes, la porte qu'on avait ajoutée à sa base ainsi que les morceaux de maçonnerie plus récents donnaient une allure pittoresque à l'édifice.
"Ca a exactement la gueule que je m'étais imaginé, a commenté Araignée, lugubre."
L'ambiance était plutôt mauvaise. On avait encore la mort de nos camarades à l'esprit. On comptait faire payer ce salaud. Cependant, nous progressions en effectif réduit. En effet, j'avais laissé au village Ken, Bière et Rose, tous blessés lors de cette terrible nuit. Teknogure avait pour mission de veiller sur eux.
"Qu'est-ce qu'on fait?, a demandé Tapinois.
-Je dois m'assurer de quelque chose, ne bougez pas."
Je suis sorti du couvert des arbres, et me suis avancé prudemment vers la tour. Plus je l'observais, pour j'avais le bide qui se serrait. J'ai progressé furtivement d'une ruine à l'autre, pour rester à découvert le moins longtemps possible. Lorsque j'ai été assez près, j'ai testé les défenses de la tour. A ma grande surprise, les protections, car il y en avait bien, n'étaient nullement destinées à repousser d'éventuels visiteurs ou voleurs. Les runes courant le long des moellons étaient les composantes d'une variante d'un charme de protection contre le mal. Nous pouvions passez sans problème. J'ai fait signe à mes compagnons de me rejoindre, puis une fois regroupés nous nous sommes élancés vers la porte.
"Vous croyez qu'il sait qu'on est là?
-Sinon tu crois que tu serais encore là pour parler?"
Tapinois a crocheté la serrure en deux coups de dague. On s'est glissé à l'intérieur aussi silencieusement que possible, puis j'ai refermé la porte et mis la barre en place. Nous étions dans une espèce de grand hall, réaménagé à cet effet. Un tapis rouge plus ou moins bien entretenu courait du seuil jusqu'au fond, puis continuait sur les marches d'un grand escaliers en colimaçon qui bien sûr desservait toute la tour. Le mobilier se résumait à un porte-manteaux, auquel pendait une cape de pluie.
"Marrant. Je me faisais une idée un peu plus sombre de l'antre d'un mage noir, a commenté Araignée.
-J'avoue, a ajouté Tapinois."
L'instant suivant, j'étais au sol, bouche ouverte, corps affreusement contracté, aphone et en proie à une névralgie poignante. Sentiment affreux de ne pouvoir rien faire contre la mort en marche. Une ombre a sauté depuis l'escalier vers nous. Son sabre fin à deux mains a fendu l'air en faisait un bruit de vent. J'ai regardé la lame sans vraiment comprendre. Heureusement pour moi, Tapinois a bondi tout aussi rapidement. Ses dagues ont dévié l'arme. La silhouette est sortie de mon champ de vision restreint, et tandis que j'agonisais par terre, des bruits diffus de bataille rangée me parvenaient. Il fallait pas être super futé pour en déduire ce qu'il était advenu du tueur de sorcier.
"Attendez, a soudain fait une voix d'outre-tombe. Vous n'êtes pas comme eux.
-Qu'est-ce que tu baves, salopard, a répondu Araignée.
-Non, attendez. Je vous en prie. C'est une méprise. Nous n'avons aucune raison de nous battre."
A peine l'inconnu avait-il prononcé ces mots que je recouvrai le contrôle de mon corps. Comme toujours dans ces cas là, le monde a tourné, tangué, disparu, reparu, une douleur effroyable a embrasé chaque nerf, chaque microfibre de chaire. Mon cerveau a fondu, s'est remodelé. J'ai sombré dans l'inconscience par intermittence durant quelques secondes. Puis tout est redevenu normal. Ciguë m'a relevé, en me palpant pour m'ausculter. Je lui ai fait signe que ça allait.  
J'ai relevé la tête pour regarder notre chasseur de sorcier, peu assuré quant à ma joie de le savoir toujours en vie, pour me rendre compte qu'il était déjà mort.
"Je suis désolé de cette méprise, fit-il en replaçant son sabre à lame fine dans son dos. Comprenez, messires, les visiteurs se font rares ces temps-ci, et avec les changeformes qui rôdent au dehors, il ne coûte rien d'être prudent."
Je n'écoutais pas ce qu'il disait. Toute mon attention était focalisé sur son oeil unique et le dernier lambeau de peau qui couvrait son crâne poli, de la tempe droite à la pommette droite. Tout aussi unique, une touffe de cheveux gras blonds délavés sortait de la capuche noire pour pendre pitoyablement sur le côté. De l'autre, sur le front et jusqu'à l'oeil, la trace incrustée d'une paire de griffes dessinait deux longues lignes parallèles. Vêtu d'un ample manteau de cuir noir à capuchon qui masquait en grande partie sa silhouette décharnée, il portait également des mitaines de cuir et des bottes à moitié pourrie de même matière. Ses doigts de pieds squelettiques en ressortaient sur le devant.
Fascinant.
"Ho, mais quel hôte déplorable je fais, continuait-il (et sa voix éthérée prenait l'accent véridique de la gêne), je ne me suis guère présentée, alors même que je vous ai injustement agressés. Encore une fois vous m'en voyez désolé, messires. Je suis Jill "au long manteau". Je suis un chasseur de sorcier renommé, comptant dans son tableau des proies prestigieuses, qui m'ont valu reconnaissance et renom à travers le monde. Voyez vous, mon père lui même était un chasseur, il m'a appris le métier, qu'il tenait lui même de son père qui lui même le tenait de son père. En réalité je pourrai remonter comme cela sur au moins sept génération, car la chasse coule dans notre sang. Un sang à l'origine d'ailleurs bien intéressante, car en effet, Bertold le hardi, mon 18e bisaïeul, qui était paysan dans le Lancaster, rencontra un jour une femme fort jolie dont il s'éprit. Lui faisant la cour avec toute l'habilité qu'on nous connaît dans la famille, il l'épousa tôt, mais eut la désagréable surprise de découvrir que sa chère et tendre était en réalité une sorcière qui conjurait des démons la nuit. Éploré, il résolut de la tuer, puis une fois sa tâche achevée troqua sa fourche contre le sabre, puis fonda la glorieuse famille Belmont, chasseurs de père en fils. Tout ça pour dire que je suis désolé de vous avoir attaqués tantôt, ce fut une regrettable erreur de jugement, si vous saviez comme je m'en veux! Vous n'êtes pas blessés au moins? Aucun d'entre vous, messires? Ha! Je suis soulagé. Oui, très bien.
-Mais... T'es mort, le coupa Araignée qui, à l'instar de nous tous, regardait Jill avec des yeux ronds et la mâchoire décrochée"
Il y eut un silence gêné.
"Certes."
Son baratin m'avait embrouillé, aussi ai-je mis un peu de temps avant de trier les informations qu'il venait de nous donner. Un Belmont? Quelle chance. Tout ce qu'il avait dit concernant sa famille était vraie, ils étaient sans conteste les meilleurs, surtout dans la traque aux nécromants. Branche assez antipathique de notre vaste famille, à nous magiciens. Ensuite, une révélation m'a frappée. (Métaphoriquement parlant.)
"Tu as parlé des changeformes.
-Oui, tout à fait.
-Tu veux dire que... Enfin que..."
Il a attendu patiemment que je daigne poursuivre. Je commençais à flairer un soupçon de paranoïa dans l'air, doublé d'une mascarade hilarante.
"Je veux dire?
-Et bien que... Qu'ils... ne viennent pas d'ici? De Kerdanac?
-Ho! Grands dieux, non!"
Il a fait le signe qui repousse le mal. La chose était assez amusante, puisqu'il était lui même, certainement, issu de quelques monstrueuses manipulations occultes, et donc forcément démoniaques.
"Pour tout dire, moi même ai été envoyé en ces lieux, de mon vivant, pour procéder à la mise à mort de maître Cyfrien. Un peu comme ce soir, c'était une lugubre nuit, propice aux ténèbres. La lune était énorme et putride dans le ciel déchiré de brumes funestes, des bruits malfaisants se répercutaient sous les branchages des arbres. Alors que je chevauchais, ces abominations m'ont tendu une embuscade au sortir des fourrées. J'ai tenté de lutter pour ma survie, mais me voyant bien malgré moi impuissant à les occire, j'ai jeté mon destrier dans un grand galop, qui me porta bon an mal an jusqu'ici. J'ai appelé à l'aide, frappé comme un dément à la porte. Mais hélas, maître Cyfrien est arrivé trop tard pour me sauver de la meute hurlante. Il a certes réussi à repousser les vilains, mais c'en était fait de moi."
Vous situez le personnage? Un discours pour me pondre un simple "non". Malgré sa condition... spéciale, il m'était assez sympathique. Il incarnait un personnage plutôt original.
"Mais... Peut-être me montrè-je un peu hardi de vous demander cela à brûle pourpoint. Cependant, puis-je savoir ce qui vous amène en cette demeure, messires?"
J'ai jeté un regard à Tapinois, qui a lui même zieuté Araignée, qui lui a miré Ciguë, qui a bouclé la boucle en me fixant. La belle affaire.
"Et bien, pour ne rien cacher, on s'était mis martel en tête de venir faire la fête à ton maître, mais il semblerait qu'on nous ait enduit en erreur.
-Ho, je vois. J'en suis fort aise. Voyez vous, je ne suis guère surpris. Vous n'êtes pas les premiers à venir dans ce but. Hélas, vos prédécesseurs se sont montrés beaucoup moins compréhensifs que vous."
Il a gloussé et ses os se sont entrechoqués.
"Souhaitez-vous que je vous mène au maître?
-Ouais. On en serait ravi, même."
-Parfait! Veuillez me suivre, messires. Son étude est située au dernier étage. Faites attentions, les escaliers sont parfois un peu traîtres."
Il a pris la tête de notre petite procession, sans cesser de babiller une seconde, sur le quotidien ici à Kerdanac, la difficulté de trouver des aliments frais etc etc. Lorsque j'ai trouvé une occasion j'ai posé une question qui me dérangeait depuis un moment.
"Jill, c'est ton vrai prénom? Pour une famille aussi illustre que la tienne, ça fait un peu campagnard...
-Ah ah! Un fin observateur, n'est-ce pas? Et bien vous avez tout à fait raison, cher monsieur. Je tiens d'ailleurs à vous féliciter, vous êtes le premier à m'en faire la réflexion. Jill n'est qu'un pseudonyme, une commodité confortable. Ma véritable dénomination est Gil'Haed Perigniac Belmont. Avouez que c'est plutôt long, bien que non dénué d'un certain caractère épique.
-J'avoue.
-Ha, si vous saviez, monsieur! Ce nom est plus qu'un nom. C'est un symbole, un hymne à la bravoure, à la droiture. Car figurez vous que Gil'Haed était un héros des Premiers Temps. Son Cycle a été le premier à parcourir le monde, alors même qu'il inscrivait ses exploits à la stèle de l'Histoire. On le connaît sous de nombreux titres, tels le Tuedragons, Mangeorks, Feryn et j'en passe. Il sillonnait les contrées à la recherche d'exploits à accomplir. A force, il aurait pu devenir roi s'il l'avait souhaité, mais c'était un homme simple, au fond, un véritable héro, il préféra se retirer à l'écart du monde, une fois le crépuscule tombé sur la rivière de sa vie, et seule sa légende perdura. Quant à Perigniac...
-C'est encore long?, a demandé Tapinois avec un air mauvais, tandis qu'Araignée baillait à s'en décrocher la mâchoire.
-Ho, non. Plus trop. Voilà, c'est ici."
Nous nous arrêtâmes devant une porte banale, qui marquait la fin de l'ascension. Gil'Haed frappa avec la discrétion d'un maître de maison accompli.
"C'est ouvert, entre.", répondit une voix étouffée.
Le revenant ouvrit puis s'écarta pour nous laisser pénétrer le domaine du sorcier, le fameux Cyfrien. Qui était penché sur une collection impressionnante d'alambics, de tubes, de tuyaux, de cornues et de toutes ces choses dont se servent les alchimistes, herboristes et autres pseudo-médecins. La pièce, relativement vaste, en était littéralement bourrée. On se demandait comment un homme saint d'esprit pouvait continuer à alimenter une bougie au milieu de pareil rassemblement hautement inflammablo-explosif.
"Maître, nous avons des invités, a déclaré Gil'Haed avec une voix aussi enjouée que sa condition de mort-vivant le lui permettait, sans s'apercevoir que ces fameux invités avaient tous les mains sur leurs armes, prêts à faire un carton à la moindre entourloupe.
-Ho?"
La silhouette intégralement noire se releva, et ce que je prenais pour un homme debout affublé d'une capuche serrée n'était autre que la moitié d'un dos, qui se dressa vers des cimes rarement atteintes par l'humanité. Sans blagues, ce type est réellement grand. Au moins 2m15. Il s'est retourné vers nous sans l'effet de théâtre auquel je m'attendais. On avait peut être été mené en bateau, mais il avait bel et bien la tête du sorcier des ombres sacrifiant chaque soir une vingtaine de vierges préalablement violées à des entités sombres avec lesquelles il déjeunait chaque semaine en mangeant des nourrissons. Pour l'apéritif.
Pourtant, à bien regarder... Outre sa taille, il présentait de nombreux signes distinctifs. Son corps, longiligne et effroyablement maigre, était entièrement caché par un amas de tissus noir rigide, qui se dressait étrangement aux épaules, et qui semblait littéralement flotter dans les airs à hauteur des chevilles, lui conférant une aura sombre. Il portait des babouches dont seules les pointes transparaissaient, toutes aussi noires que ses cheveux, masse longue et pendante qui brouillait les limites de sa tête et de son corps. Le peu qu'on distinguait de son visage était un masque de tissu noir couvrant sa bouche, se terminant en pointe sur sa poitrine. Son nez était long, extrêmement pointu et fin. Enfin, ses yeux verdâtres pâles cernés de noir (J'ai tout d'abord songé à du khôl, mais en réalité ce n'est que des cernes profondes.), renvoyant une image intense de mélancolie doublée d'une peine et d'une douleur inimaginables.
J'ai frissonné en le regardant. Certes, il avait une sacrée dégaine, qui faisait froid dans le dos, mais on éprouvait de la compassion en regardant ces yeux. Un silence embarrassé s'est installé. Même le bavard Gil'Haed ne savait que dire.
"Je suis enchanté, finit par dire Cyfrien en s'inclinant légèrement."
Il avait l'air réellement gêné. Il ne fallait pas être une flèche pour comprendre qu'il n'était pas à l'aise avec les relations sociales. C'est souvent le cas des sorciers ermites. Après tout c'est pour cela qu'ils se cloîtrent dans leurs tours. Cependant il était détendu et n'avait pas l'air de se sentir menacé le moins du monde. J'ai discrètement fait signe à ma fine équipe de se détendre.
"Nous de même, ai-je répondu en lui rendant son salut. Je suis Monarque. Voici Tapinois, Ciguë, Araignée."
L'avant dernier n'était pas du tout à l'affaire. Je le voyais jeter de grands regards dans les coins, en tripotant sa machette pour s'empêcher de toucher à tout. Pour lui, une telle étude est pareil à un antre de dragon.  
"Que... Que puis-je pour vous?, a demandé le sorcier.
-On voudrait comprendre, mon gars. (Il ne s'est pas offusqué de cette appellation, du moins n'en a-t-il rien montré.) Poser quelques questions.
-Je vous en prie... Mais... Peut-être serions nous plus à l'aise au salon, pour discuter. Jill, peut être pourrais-tu faire chauffer un peu de thé?
-Avec plaisir, maître."
Gil'Haed s'est engouffré dans l'escalier d'un pas gaillard, chantonnant. Franchement, j'avais déjà rencontré plus sinistre comme revenant.
"Je vous en prie... Le salon est à l'étage du dessous..., a dit le sorcier, semblant nous indiquer l'escalier."
Son masque le rendait difficilement audible. Sa voix se résumait à un murmure soupirant. Je l'ai observé de dos durant la descente. Assez troublant, on aurait dit qu'il flottait sur l'air plus qu'il ne marchait. J'ai tenté de faire une estimation sur l'étendu de ses pouvoirs, mais sans arriver à rien de concluant. Il devait cependant avoir un certain niveau, pour avoir réussi à disperser toute une meute de ces horreurs mutantes. Il a poussé une porte ouvrant sur une pièce confortable, et chaude grâce à l'âtre qui brûlait quiètement en crépitant. Six fauteuils vieux mais moelleux entouraient une table basse d'un style un peu vieillot. Cyfrien nous a indiqué de nous asseoir en faisant de même. "Etrange", me suis-je dit. Je n'avais toujours pas vu ses mains, ni ses bras s'agiter. Vraiment perturbant. Tapinois affichait la tête patibulaire du type qui préférait tailler dans du sorcier plutôt qu'une bavette avec ce même sorcier. Araignée se prélassait dans son fauteuil en y allant de son éternel petit commentaire tandis que le vieux muet paraissait franchement déçu d'avoir quitté si vite la salle de jeu du mage.
"Donc... Monsieur Monarque... Vous disiez vouloir me poser... quelques question?..."
Sa voix, en plus d'être faible, était traînante et donnait l'impression sérieuse que parler lui était une épreuve épouvantable.
"Ouais. A propos d'un certain type de créature mutante avec des dents comme ça.
-Ha..."
J'ai attendu en vain qu'il développe un peu.
"Vous voyez ce dont je parle?
-Oui. Les changeformes...
-Les changeformes en effet.
-Et... Que puis-je faire pour vous?
-J'aimerais comprendre. Voyez-vous, maître Tael, de la petite mais sympathique bourgade d'Ashenvâl, nous a offert une petite fortune pour vous tuer, sous prétexte que vous étiez la cause de cette épidémie. Mais votre serviteur, Jill, nous a affirmé que vous n'y étiez pour rien.
-Ha. Je vois..."
Il s'est redressé un peu plus dans son siège, droit comme un I. Il n'avait pas l'air autrement plus nerveux d'avoir en face des typés payés pour lui faire la peau.
"C'est fâcheux."
Au même moment, Gil'Haed est entré avec un plateau sur lequel reposaient cinq tasses et une théière bleue marine. Il les a posé sur la table basse et s'est installé à son tour. Je suis sûr que s'il avait encore des lèvres, ce garçon sourirait à tout bout de champ.
"Je... Vous l'affirme moi même, je n'ai rien à voir là-dedans. Pour preuve... Ces créatures m'assiègent régulièrement.
-Une idée du pourquoi? Ou du comment sont-elles arrivées dans les environs?
-Non... J'ai étudié un ou deux spécimens...
-Vous en avez capturés?!
-Non... Jill a réussi à en tuer deux. J'ai étudié les corps."
Ce même Jill m'a tendu une tasse fumante sentant bon la menthe.
"J'ai noté un organisme extrêmement résistant à tout facteur létal. Outils tranchants, contondants, perforant, poisons, acides, feu... Leur vitesse de régénération est également impressionnante. Leur système interne continue de fonctionner après le décès, et un individu bien conservé peut revenir à la vie au bout de quarante huit heures. Cependant, si la tête est coupée et ou le coeur détruit, la mort est irréversible. Je n'ai hélas, pas trouvé l'agent pathogène, si tant est qu'il en existe un. L'infection se transmet de façon inconnue. Voilà tout ce que je peux vous dire."
Après ce compte-rendu, qui pour lui devait tenir lieu de discours, il s'est retiré dans un silence profond qui nous a permis de réfléchir. L'histoire se compliquait. Si ce n'était pas lui, qui?...
"Et lui?, ai-je fait en montrant Gil'Haed pour changer de sujet.
-Moi?
-Ouais. C'est vous l'auteur? La Nécromancie n'est guère tolérée, 'savez."
Cyfrien a secoué la tête en regardant son serviteur.
"Ce n'est pas mon fait... Résurrection spontanée."
J'ai failli m'étouffer avec mon thé (délicieux d'ailleurs.). J'ai regardé le sorcier avec des yeux ronds.
"Sérieusement?
-Et bien... Oui.
-Mais... Pourquoi? La Chronique ne dénombre que 4 précédents, et tous avaient soit de super-pouvoirs soit des motifs obsessionnels démentiels."
Cyfrien a porté un regard brillant sur moi. En parlant de la Chronique, je venais de révéler mon appartenance à la caste des barbus à chapeaux pointus.
"Je l'ignore. J'ai émis l'hypothèse d'un influx de mana par les canaux frontaux périphériques, si on admet que l'origine des changeformes est magique et non biologique. Le cortex proto-génétique de Gil'Haed aurait pu absorber des résidus substantiels de magie brute, qui combinés à mes propres sortilèges et la magie volée à ses victimes antérieures auraient provoqué une injonction de mana, ancrant son esprit dans son corps. Une sorte d'auto-régénération de l'âme..."
J'ai hoché la tête, pensif. J'aime parler à des gens qui s'y connaissent.
"Cela me paraît un peu tiré par les cheveux tout de même. Gil'Haed n'ayant pas été de son vivant mage lui même."
Mis à part moi et mon nouveau copain, tout le monde dans la pièce se dévisageaient avec des grands yeux perdus. Ciguë un peu moins. Je le soupçonnais de saisir quelques notions. J'allais continuer le débat, passionnant au demeurant, lorsque que le premier coup sourd a retenti. Le bruit était trop caractéristique pour être autre chose qu'une porte qu'on enfonce. Moi, Tapinois et les autres nous sommes relevés d'un bond, prêts à tailler dans le vif. Cyfrien et Belmont gardaient leur calme.
"Ce n'est rien, messires, fit le second. Ce sont les changeformes. Vous avez du les attirer avec votre odeur. Ils seront partis bientôt."
Boom, boom. Les coups se répétaient. Sans vraiment savoir pourquoi, j'eus un mauvais pressentiment. Comme nos hôtes ne s'affolaient pas, nous les imitâmes. Un hurlement de triomphe perça la nuit.
De triomphe?
Cyfrien avait entendu la même chose que moi. Fronçant l'un de ses fins sourcils, il se leva et vint se poster devant la fenêtre. Il se pencha pour mieux voir. Rien ne trahit un quelconque changement chez lui.
"Monsieur Monarque... (Sa voix était hésitante, comme si la question qu'il allait poser le peinait par avance.) Avez-vous remis la barre en place?... Dans le hall..."
Pris au dépourvu, j'ai balbutié un "heu..." avant d'envoyer Liz me chercher l'information.
"Oui."
Dans la seconde, Perigniac s'envolait littéralement vers la porte et dévalait l'escalier dans un tourbillon de cape.
"C'est fâcheux, fit Cyfrien de sa petite voix.
-Qu'est-ce qu'il y a?, ai-je demandé en me relevant, nerveux.
-La barre était le garde fou du complexe de sortilèges... En la rabaissant, vous avez... sans le vouloir, détruit toutes mes défenses. La tour est perdue."
J'ai accouru à la fenêtre pour voir à quoi on avait à faire. Ma gorge s'est desséchée en une seconde. Une marée de ces choses prenaient le repaire d'assaut! Et nous avions eu toutes les peines du monde à en envoyer 3 ad patres  dans la forêt!
"Y a-t-il une autre issu?, voulut savoir Tapinois qui malgré tout gardait la tête sur les épaules.
-Hélas... Peut être y en a-t-il une dans les catacombes... Mais je ne les ai jamais explorés... Ce pourrait tout aussi bien un piège mortel.
-Tant pis, ai-je dit. On s'en contentera."
Nous avons rejoint Jill dans le hall. Grâce à sa rapidité de réaction, la porte tenait toujours. Mais pour combien de temps? Cyfrien a soulevé un tapis miteux, révélant une trappe en bois massif avec un gros anneau en fer forgé. Au même moment, la porte explosait dans une pluie d'échardes. Une marée puante de crocs, de yeux rouges, de griffes, de peau albinos et d'oreilles pointues s'est engouffrée en hurlant comme un choeur de damnée dans la tour. Sans perdre de temps, j'ai projeté une balle de feu dans le tas. Deux individus se sont embrasés comme des torches, mais à part les arrêter quelques secondes ce n'eut aucun effet notable.
"Chiasse, ai-je juré.
-Il faudrait m'aider avec cette trappe, a dit le sorcier. je n'y arriverai pas seul."
Sa voix ne trahissait aucune peur. Araignée et moi avons accouru à son secours. La vague de changeformes s'est brisée sur trois gros rochers. Jill en a décapité trois d'un coup de son sabre long. Tapinois a engagé un corps à corps furieux, faisant danser ses dagues comme des éclairs d'argent. Ciguë quant à lui, tranchait dans la masse, sans faire de tâches. Image assez cocasse, me suis-je dit en tirant ce fichu anneau. Un grand échalas maigre comme un clou et couvert d'un seul pagne, contre une armée de monstres avec des pattes comme des poutres.
"Aller, encore un petit effort, a éructé Araignée en bandant ses muscles de plus belle."
Sous nos assauts conjoints, la trappe a fini par s'ouvrir en poussant un soupir. Un vent vicié nous a sauté au visage, en même temps que nous avisions un escalier étroit, glauque et noir comme une tombe. (ce que c'était au demeurant.) Sans perdre de temps, je me suis engouffré dedans. Araignée sur les talons j'ai couru jusqu'à déboucher sur une salle plus vaste, même si je n'y voyais rien. Les cris des mutants se sont arrêtés lorsque la trappe fut refermée par Jill. Mon coeur battait trop vite pour qu'il n'éclate pas.
"Il doit y avoir des torches, par là..., murmura Cyfrien."
Sa voix était tellement proche, et je ne l'avais tellement pas entendu s'approcher que j'ai sursauté malgré moi. Une petite flamme a éclairé sa lugubre bobine.
"Tout le monde est là?, ai-je demandé."
On me dit que oui.
"Des blessés?"
On me dit que non. L'oeil de Gil'Haed brilla lorsqu'il alluma sa propre torche. On discernait un peu mieux les environs à présent. On ne pouvait pas à proprement parler de catacombes, mais plutôt d'un petit caveau familial. Une vingtaine de cadavres embaumés gisaient dans des alcôves le long d'un couloir assez large. L'air était à peine respirable. Nous n'eûmes guère à attendre longtemps avant que des griffes plus tranchantes que des épées n'attaquent le bois de la trappe. Heureusement pour nous, ces choses n'étaient pas assez futées pour saisir la fonction du gros truc rond en métal.
"Qu'est-ce qu'on fait?, a demandé Araignée en tripotant son épée.
-On prie pour que ce tunnel ne finisse pas en cul de sac."
Jill en arrière garde, nous nous sommes enfoncé dans le tunnel, la peur au ventre. Il semblait que ce tombeau deviendrait le nôtre. A l'avant, Cyfrien a poussé un juron tellement étouffé que je ne suis toujours pas sûr de l'avoir entendu. Notre crainte se confirmait : nous étions piégés comme des rats. Le tunnel finissait sur un salle semi circulaire, ne comportant aucune alcôve, ni rien du tout en fait. Mis à part un petit autel de pierre édifié contre le mur du fond. Une monstrueuse idole y trônait. Il faisait trop sombre pour que j'en perçoive les détails.
Les mutants ont rejoints les souterrains en poussant des hurlements victorieux. Leur charge à travers le tunnel a fait trembler les fondations de la tour. Je me suis alors demandé si... Le premier a fait irruption dans notre dernière demeure. Il ressemblait à un cervidé croisé avec un gobelin. Tapinois lui a lancé une dague de jet dans le crâne, mais ça n'eut guère d'effet. Jurant, le petit homme a roulé sur le côté pour éviter un coup de griffes. Gil'Haed s'est porté à son secours en décapitant proprement le monstre. Juste après, le gros de la meute a rappliqué et ça a dégénéré en un foutoir monumental. Notre seul réconfort était que la pièce était bien trop petite pour accueillir plus d'une dizaine de mutants en sus de nous. J'ai tiré mon épée le dernier pour ma survie. Le corps à corps était confus, de par la proximité des corps, les gesticulations incessantes des monstres et les cris, ainsi que la trop mauvaise lumière. Pour maximiser mes chances, je me suis reculé jusqu'à toucher un mur du dos. Je n'avais aucune possibilité de recours magique, car il m'était périlleux de me déconcentrer ne serait-ce qu'une seule seconde. Je m'épuisais déjà rien que pour repousser deux tronches de canard cannibales. Tapinois avait été piégé au centre de la mêlée, mais pour lui c'était un plus. Dans cet enfer, sa petite taille lui donnait un avantage considérable. Il donnait l'impression de se fondre dans les ombres et de jaillir d'elles à la vitesse de l'éclair - ce qui était peut être le cas, pour ce que j'en sais. Plus réaliste, Araignée se servait d'un corps comme d'un bouclier pour repousser ses assaillants et multiplier les estocades, souvent mortelles. Ciguë tomba le premier. Malgré son habilité à la machette, il était bien trop grand et trop faiblard pour lutter efficacement. Un des mutants lui sauta sur le dos et mordit dans son cou. Muet, Ciguë ne cria pas, mais son expression fut assez éloquente. Une marée d'animaux humanoïdes le fit ployer. Un rayon de pures ténèbres fusa depuis le mur opposé au mien. Vrombissant, il traversa la masse des corps en y laissant des trous parfaitement nets et non sanguinolents gros comme des rochers. Les monstres touchés ne se relevaient pas, ou titubaient, hagards, à la recherche d'une jambe ou d'un bras, voir des deux. Ayant rempli son office, le Rayon Chaotique d'Ulfuras, car tel était le nom de ce faisceau d'anti-matière, disparu dans les limbes. Effrayé par ce revirement soudain, les changeformes poussèrent des couinements inquiets. Rasséréné, je plantai ma lame dans le coeur d'un adversaire. J'aperçus Cyfrien, acculé contre un mur. Jill lui faisait un rempart de son sabre, pendant qu'il incantait. Une sphère invisible apparut devant lui, brouillant tout ce qu'elle reflétait. Un second rayon, beaucoup plus destructeur que le premier en jaillit, ajoutant d'autant à la panique ambiante. Mais si ce régime se montrait proprement efficace, la marée mutante ne semblait pas vouloir finir. De plus en plus de poussière, remarquai-je, tombait du plafond. Mon idée me revint en tête. Elle était peut être notre seule chance de survie, mais pouvait, au contraire, accélérer notre trépas. Décidant de jouer le tout pour le tout, je fis exploser les fondations de la tour.
Le monde sombra dans la folie.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: silver le lundi 11 mai 2009, 18:47:01
Magnifique, j'adore tout simplement!

Bonne continuation!
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le dimanche 31 mai 2009, 17:24:19
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: silver le dimanche 31 mai 2009, 19:42:41
Magnifique, Superbe, Sensationnel! Je suis au septième ciel!

J'adore tous le développement de l'aventure, l'aspect critique de la situation. La révélation de ce qu'était le lieu où la tour se trouvait pour ces changes-formes.

enfin pour résumer, j'adore tout.

Vivement qu'on soit demain, j'ai hâte de voir ta surprise.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le lundi 01 juin 2009, 14:51:01
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: silver le lundi 01 juin 2009, 16:26:09
Merci beaucoup, j'adore le chapitre. Je te remercie infiniment pour ce chapitre grandiose et le retour de Samyël.

Cela faisait longtemps, ce mystère omniprésent qui réside sur ce qu'est devenu Samyël. Sa mémoire, ses déductions, l'aura de mystère qui entoure notre Samyël sont tellement d'éléments qu'on ne peut s'empêcher d'apprécier ce personnage qui ne cesse de nous étonner. J'espère qu'ils vont enfin savoir ce qui est arrivé à Samyël.

Je suis extrêmement intrigué par le personnage qui se cache sous cette partie de nom qu'est Ekt.

Vivement la suite, je suis en totale adoration du Cycle Rouge. J'ai aussi hâte de voir les prochaines aventures d'Argoth qui manque depuis le temps.

Bonne continuation.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le mardi 09 juin 2009, 19:25:42
Ha! Oui... Argoth nous manque à tous. Aux dernières nouvelles ils se battaient toujours contre quelques Fëoriens belliqueux ^^ J'espère un retour rapide... Mais wait and see. Quoi qu'il en soit, merci Silver d'être toujours au rendez-vous! =)

Suite (mais non fin) du chapitre 20 du Cycle!



______________


Chapitre 20 : L'Archimage (Deuxième partie.)


***


-Suivez moi, je vous prie.
-Excusez moi... J'attends l'Archi-Mage.
-Je le sais, je vais vous mener à lui.
-Ha!
Samyël se leva d'un bond du banc et suivit l'étrange vieil homme au bâton de chêne sorti de nul part. Ils marchèrent jusqu'à la porte Ouest. Le jeune homme se pencha un peu sur le côté, croyant pouvoir admirer un sort d'ouverture de haut niveau (après tout, c'était les appartements de l'Archi-Mage!); mais fut déçu lorsque son guide sortit une clé de fer absolument banale et la fit tourner dans la serrure.
L'homme écarta le battant et pénétra dans la pièce, suivi par Samyël. C'était une simple office, un petit bureau confortable. Des tapisseries représentant des scènes de forêts ou des panoramas éblouissants pendaient aux murs, conférant à la salle une atmosphère agréable. Un feu vigoureux brûlait dans l'âtre élégant; quelques petites bibliothèques bien fournies s'alignaient de ci de là, s'agençant de manière à ne cacher aucune partie des tapisseries. Un meuble ancien en bois doré servait de bureau à proprement parlé. Dessus reposaient une bouteille d'encre noire, une fine plume d'oie, des parchemins roulés ainsi qu'un autre à demi vierge aplani face au siège à haut dossier, probablement une affaire en cours de l'Archi-Mage. Dans le coin opposé de la pièce, un escalier en colimaçon étroit montait à l'étage, certainement vers les quartiers privés du maître des lieux. Enfin, une fenêtre trouait le mur face à la porte, incrustée dans les tapisseries. Au travers l'on pouvait voir un lac dont l'eau bleue s'irisait sous l'effet du soleil. A l'horizon, l'on devinait les silhouettes ombragées et brumeuses d'arbres en fleur. La lucarne et son panorama s'harmonisait parfaitement avec les ornements muraux, de telle sorte que l'on pouvait croire qu'ils avaient été brodés comme une extension au paysage derrière le verre. La pièce dégageait une impression de sérénité et de bien être intense, et Samyël trouva que cela cadrait bien avec l'idée qu'il se faisait du bureau d'un illustre personnage.
Cependant, il fut choqué lorsque l'homme fit le tour du plan de travail, déposa son bâton contre une bibliothèque, s'arrêta un moment pour admirer le lac en se frottant le menton distraitement, puis tira le siège et y prit place, comme si c'eut été la chose la plus naturelle du monde. Il sortit d'un tiroir une petite paire de lorgnon qu'il cala sur son nez fin. Il fronça les sourcils en s'emparant de la note semi rédigée et la relut rapidement.
-Excusez moi...
Le vieil homme écarta le parchemin, retira ses lunettes qu'il déposa sur le bureau, puis croisa les mains sur l'espace ainsi libéré.
-Oui?, répondit-il.
-Êtes vous l'Archi-Mage?
-Je suis Nemerle, quarante troisième Archi-Mage de la Citadelle, en effet.
Aussitôt, Samyël posa un genoux en terre, tête baissée, le poing droit appuyé sur le sol.
-Monseigneur, je suis navré, je ne savais.
-Voyons, voyons...
Nemerle se cala un peu plus profondément dans son siège, un coude sur le bras du meuble soutenant son menton. Un sourire amusé étira ses lèvres minces et il posa un regard pétillant de malice sur le jeune homme.
-Relève toi, jeune Samyël. Réservons cet ennuyeux et pompeux protocole pour la cour et ses illustres chevaliers, veux-tu?
-Bien sûr, bredouilla Samyël en s'exécutant.
Leurs regards se croisèrent, et face à la gentillesse de celui de l'Archi-Mage, l'apprenti magicien sentit sa tension disparaître comme sous l'effet d'un enchantement.
-Ne reste pas debout comme cela, tu vas être rapidement fatigué. Prend donc un siège.
Le jeune homme acquiesça, et tourna la tête pour en repérer un. Il ne put réprimer un sursaut de surprise lorsqu'une chaise presque identique à celle de son interlocuteur jaillit du sol, juste derrière lui. Il s'y assit, et fut agréablement surpris de découvrir son confort.
-Jeune Samyël, nous devons parler, tu le sais.
Hochement de tête.
-Je ne t'ennuierai pas avec le sempiternel baratin d'usage, je crois que tes maîtres t'ont suffisamment rabâché les règles de base de l'enseignement et de la pratique de la magie, ses dangers et la prudence qu'il est nécessaire d'avoir à ce sujet.
Nouveau hochement de tête.
-Bien. Connais tu les différents rangs qui existent au sein de notre communauté?
Samyël réfléchit un moment, puis répondit:
-Oui.
-Cite les moi, je te prie.
-Un pratiquant possédant la maîtrise d'un Art est un magicien. Celui qui possède deux maîtrises est un enchanteur. Celui qui en possède trois est un Mage. Celui qui les maîtrise tous est Archi-Mage.
Nemerle pouffa de rire devant cette dernière affirmation.
-Oui, oui, c'est ce qu'on dit, en effet... Mais tu apprendras que la vérité est quelque peu différente, haha... Tu sais donc qu'un homme, ou une femme, normale ne peut étudier que trois des Arts, selon ses affinités naturelles avec ceux-ci.
-Oui.
-C'est pourquoi la première partie de notre travail, ici, est de découvrir tes propres affinités, afin d'adapter nos enseignements à tes capacités.
-Oui.
-Tu as déjà, contrairement à la majorité des jeunes gens arrivant ici, étudié la magie. Connais-tu tes propres affinités?
-J'ai des facilités avec l'Altération.
-Qu'en est-il des autres?
Samyël marqua un temps d'hésitation.
-Il n'en est rien.
-Comment cela?
-Ils me sont... interdits.
-Peux-tu expliciter?
-Et bien... Je ne sais pas trop. Je suis incapable du moindre sort issu d'une autre école que l'Altération.
Nemerle fronça fugitivement les sourcils, mais cela n'échappa pas au jeune homme. Il sentit aussitôt que cela ne devait pas être normal.
-Nous devrons analyser cela plus avant... Altération, dis-tu?
-C'est cela, oui.
-Le Maître Sörel n'est pas présent actuellement, il devrait rentrer sous peu. C'est lui qui forme les Altérants. Il sera content, il y a bien longtemps qu'il n'a pas enseigné son Art. Surtout que... (l'Archi-Mage détailla son interlocuteur avec un regard énigmatique, mais ne poursuivit pas.) En attendant son retour, les Maîtres te testeront pour voir de quoi il retourne.
Samyël acquiesça, se demandant à quoi pouvaient bien ressembler ce Sörel et les autres professeurs.
-Ta cellule a été préparée, Taenry t'y mènera. On t'y a déposé quelques vêtements, tu es libre de les porter ou non, s'ils ne te plaisent pas. Tu peux t'adresser à un des serviteurs pour laver les tiens, si besoin est. Tu trouveras également une robe à ta taille, de couleur pourpre. Il est d'usage, mais surtout de coutume, de la porter lorsque tu étudies. Tu verras que les autres étudiants en portent de similaires mais de couleurs différentes, selon leurs propres affinités. Si tu désires t'entretenir avec moi à nouveau, présente toi à la porte, frappe deux coups, puis patiente un peu, je ne serai pas très long. As-tu des questions?
-Oui.
-Je t'écoute.
-Combien y a-t-il d'élèves, en plus de moi, actuellement?
-Hum... Une trentaine, à peu près, je dirais.
-Si peu...
-Hélas. C'est une bien triste époque en vérité, jeune Samyël. De mon temps, des centaines de jeunes gens impétueux et pleins de rêves parcouraient ces couloirs dans des brouhahas de conversation. Maintenant, tout est silencieux...
Nemerle s'abîma quelques instants dans la contemplation mentale de souvenirs teintés de mélancolie.
-Mais, il faut garder espoir, je suis certain qu'un jour tout sera de nouveau comme avant.
Samyël n'osa pas répondre. "Cinq années..."
-Tu doutes des talents du Général ; tu as tort.
Le jeune homme releva vivement la tête, surpris.
-Comment...?
-Cela fait près de trente ans que Kalenz tient son fort. Jamais il n'a faibli. Je suis confiant. S'il dit cinq ans, alors il tiendra cinq ans. Je sais ce que tu penses. C'est peu. Trop peu. Mais j'ai bien peur que ce soit le maximum que nous puissions avoir. Alors, mettons ce précieux temps à profit.
Nemerle se releva et vint se positionner face à la fenêtre.
-Sais-tu, jeune Samyël, ce que tu incarnes, pour beaucoup de gens?
-De... De l'espoir, je crois.
-De l'espoir, parfaitement. Beaucoup sont convaincus que tu es celui qui nous sauvera tous, notre bon roi également.    
-Mais! C'est impossible! Comment...
-Tu as raisons, ce sont des imbéciles heureux.
L'Archi-Mage tourna la tête et vrilla son regard dans celui-ci de son élève.
-Il faut être clair tout de suite, pour éviter que cela ne parasite tes études, Samyël. N'ait surtout pas la prétention de croire que tu sauveras l'Arch'Land d'une mort certaine. Tu ne peux rien faire contre cela, ce royaume agonise, et c'est son Destin de sombrer dans le feu dévorant de l'Arch'Mark. Ce n'est pas un drame en soi. L'Histoire Continentale a toujours été écrite dans le sang des soldats et les flammes de la guerre, ainsi que dans les runes des magiciens. Et il en restera de même pour de longues années encore. C'est dans notre nature. Le souvenir du roi Aegir s'estompe dans la mémoire des hommes, ce n'est déjà plus qu'une légende que l'on raconte aux enfants. Cependant son oeuvre a perduré de très longues années, et le Continent a connu son âge d'or sous les couleurs de l'Arch'Land, pendant plus d'un demi millénaire. C'est déjà colossal. Tu dois comprendre, jeune Samyël, que le monde tel que tu le connais est voué à disparaître. Mais ce n'est qu'une évolution, cela était probablement écrit et destiné à être ainsi...
Nemerle marqua un temps d'arrêt, pour ménager son effet.
-Tout comme il est probable qu'il soit écrit que l'Arch'Land est destiné à vaincre.
Samyël releva la tête à l'entente de ces mots.
-Que voulez-vous dire?
-Ha...
Nemerle regagna son siège dans un soupir de fatalisme.
-Probablement rien, je ne suis plus qu'un vieil homme fatigué...
-Non, non, je vous en prie, continuez.
-D'un point de vu purement tactique et militaire nous sommes fichus. Nous n'avons plus d'alliés, le commerce extérieur nous est impossible... Cependant (il se releva et regagna la fenêtre), on dit toujours qu'il faut tirer des enseignements du passé. Alors dans ce cas, qui nous dit qu'un nouvel Aegir n'apparaîtra pas? Un héros jailli de nul part...
L'Archi-Mage se laissa aller à une contemplation évasive.
-Vous sous-entendez que je pourrais être cela?
-Non, du tout. Je te dis juste que, jusqu'à ce que le sort en soit définitivement jeté, il est permis de garder un peu d'espoir, un vain et fol espoir. Cela ne changera rien, mais tu verras, la vie en sera quelque peu plus simple à appréhender positivement.
-Mais vous, y croyez vous vraiment?
Un silence.
-J'aimerais te répondre d'un "oui" vigoureux, gaillard et vibrant d'ardeur...
-Ha...
Déçu, Samyël rabaissa la tête.
-Mais moi, je suis vieux, j'ai perdu mes rêves. Toi tu es encore jeune... Alors (Nemerle lui adressa un clin d'oeil complice accompagné d'un sourire) il faudra que tu aies de l'espoir pour nous deux. Ne devient pas comme nous, jeune Samyël.
-Vous êtes la seconde personne à me dire cela.
-Ho?
-Mon maître Rirjk m'avait donné le même conseil dans sa lettre d'adieu.
-Tien donc, l'impétueux et indomptable fils du grand Nord se serait finalement assagi?
-Pardon?
-Hoho... Ce n'est rien, ce n'est rien...
L'Archi-mage retourna s'asseoir, un sourire sur les lèvres. Un silence méditatif s'installa entre les deux.
-Dites...
-Hmm?
-Vous avez l'air d'en savoir beaucoup sur moi. Plus que moi même peut être...
-J'en doute.
-...C'est pourquoi je me demandais si vous ne connaîtriez pas mes parents?
-Non. J'ai bien peur que plus personne ne le sache désormais.
-Oui...
Le jeune homme leva les yeux, pensifs. L'identité de ses géniteurs n'avait jamais été un problème pour lui. Il était simplement curieux.
-Bien, il est temps de nous quitter, à présent.
Ils se levèrent. Samyël pointa le lac du doigt, derrière le vitrage.
-Comment s'appelle-t-il?
-Lac Nul Part.
-C'est un nom étrange.
-Ce n'est pas sa véritable dénomination, je le crains. J'ai cherché ce lac durant de nombreuses années de voyage à travers les dépendances, sans jamais le trouver. La réalité de ce plan est différente de celle de l'extérieur. Notre perception en est altérée. Ce qui nous apparaît comme étant derrière une simple fenêtre peut se trouver en réalité à des lieux et des lieux; et l'inverse n'est pas forcément véritable. Les Mages de jadis possédaient des pouvoirs absolument épatants... Ho, j'oubliais presque...
Nemerle retomba sur son siège, et enfila ses lorgnons. Il récupéra le parchemin à moitié griffonné, trempa la plume dans l'encre et jeta rapidement quelques mots sur le papier. Il se relut de façon brève, roula la lettre et la scella à l'aide d'un petit ruban rouge. Il la tendit ensuite à Samyël par dessus le bureau.
-Donne cela au maître Blanc-Barbe en sortant.
Le jeune homme acquiesça et s'en saisit.
-Bonne chance, jeune Samyël.
-Merci.
Sans rien ajouter, il se retourna, ouvrit la porte et sortit.  
Sitôt dehors, il se rendit compte à quel point l'atmosphère du bureau avait quelque chose de bienfaisant, de revigorant. Samyël se promit alors que plus tard, si le destin le lui permettait, il en aurait un pareil. Relevant les yeux, il aperçut la petite silhouette trapue de Taenry, assis sur le banc du cloître. Le petit homme fumait une pipe faite d'un étrange bois noir très lisse et brillant. De petits ronds de fumée parfaits s'en échappaient à intervalle régulier, embaumant l'air d'une agréable odeur de feuille à fumer. Le maître ne remarqua pas le jeune homme, perdu dans quelque pensée. Il avait l'air tellement songeur que Samyël se sentit gêné de l'interrompre.
Il se demanda s'il devait se racler la gorge, ou faire un pas bruyant pour attirer son attention. Cependant, ce fut Taenry lui même qui lui donna la réponse en l'appelant, sans se retourner.
-Viens donc t'asseoir.
Samyël hocha la tête et s'exécuta. La quiétude silencieuse du cloître les entoura comme un châle. La Citadelle aurait pu être déserte, vide ou abandonnée qu'elle n'aurait pas été plus bruyante. Le jeune homme jeta un coup d'oeil à son voisin. Il vit alors que ce qu'il avait pris pour du bois était en réalité une espèce de minerai uniforme, noir.
-C'est de l'ébène, fit le vieillard en soufflant un nouveau rond de fumée.  
Samyël leva un sourcil, mais ne fit pas de commentaire, il commençait à s'habituer à ce que ses interlocuteurs puissent, par il ne savait quel moyen, lire ses pensées.
-Ca a un rapport avec le port?
-Ca avait.
-Plus maintenant?
Taenry mit un petit temps avant de répondre.
-Un peu après la Guerre Draconique, on a découvert d'importants gisements de cette pierre dans les falaises côtières du Sud. Ca a attiré les prospecteurs de tous les horizons, et pour faciliter son acheminement le long des côtes, on a construit le port, puis on a baptisé le cap du nom de la pierre... Mais aujourd'hui, il n'y en a guère plus, les mines ont d'ailleurs été condamnées.
Samyël hocha la tête ; il avait toujours aimé l'Histoire.
-Cependant...
Blanc'Barbe tira un bouffée avant de continuer.
-Cet ébène là vient des Khaz'Khoradan.
-Qu'est-ce que c'est?
-Les monts de l'Infini, si tu préfères. C'est ce qui rend cette pipe si authentique. Le minerai pur et finement travaillé qui la compose parvient à capter toutes les fragrances de la fumée et sublime la saveur de la feuille.
Samyël remarqua qu'une pointe de fierté, ainsi qu'une flamme de vigueur étaient apparues dans la voix du vieil homme alors qu'il parlait de sa pipe.
-Ca confère le caractère de la montagne à la douceur et l'élégance des feuilles brunes. Et pas n'importe quelles feuilles brunes! Des feuilles du comté de Bouc, rien que cela.
-Qu'ont-elles de spécial?
-Il y a bien longtemps, dans le pays de Bouc, dans la forêt du même nom, se trouvait une confrérie secrète de vieillards un peu dérangés, Ils prétendaient communier avec la nature, les animaux, et toutes sortes de fadaises de ce bord là.
-Des druides?
-Non, ceux-là n'avaient aucun pouvoir véritable. Ce n'était que des illuminés. Cependant ces illuminés avaient deux qualités. Premièrement, ils appréciaient fumer. Deuxièmement, ils étaient de fins connaisseurs et aimaient la qualité. Hélas pour eux, et heureusement pour nous, -héhé- à cette époque, on ne trouvait dans les commerces communs que des feuilles de qualité moindre. Du Château-Tobil, de la Cendre-Terre, pas mal de vieille Mandracor et, avec de la chance, quelques feuilles de Précyle. Mais vraiment avec beaucoup de chance, et quelques pièces d'or. C'était encore une époque obscure et barbare, l'art de la pipe était réservé à quelques initiés. C'est pourquoi, devant pareille aberration, nos olibrius de la forêt de Bouc se sont mis en tête de fabriquer leurs propres feuilles. A force de temps, de recherches, de travail acharné, ils parvinrent à faire pousser une nouvelle variété de feuille à fumer, une variété qui alliait la fraîcheur de l'humus, la force séculaire des vieux arbres, la quiétude des sous bois, l'ombre bienfaisante de la canopée et la force de la terre humide et pleine de vie. C'a été une véritable révolution. Tu te doutes bien que cette variété se fit rapidement un nom à travers tout le Continent. Certains amateurs faisaient des lieux et des lieux pour acheter ces feuilles. Leurs géniaux créateurs les nommèrent très sobrement Feuilles de Bouc, mais dans le milieu on les connaît plus sous le nom de Vieille Boucantine. Les fameux "druides" devinrent vite riches, ils achetèrent des terres et firent construire un château, Château-Bouc, à la lisière de leur forêt. Ils restèrent longtemps une des plus grandes forces économiques du sud du Continent, rivalisant presque avec les domaines viticoles de la famille Cadeço, au nord du Hauts Pays. Qui plus est, non contents de produire les meilleures feuilles à fumer, ils taillèrent dans le bois du chêne ayant ombragé la première récolte de Boucantine très exactement vingt-et-une pipes, qu'ils numérotèrent soigneusement. Ces pipes sont devenues légendaires. Tout le monde est d'accord pour dire que ce sont tout simplement les meilleures dans la catégorie bois. Elles se sont vendues des fortunes dignes de rois, et certains ont même tué pour en avoir une. C'était vraiment une belle époque...
Taenry leva les yeux au ciel, en tirant une nouvelle bouffée. Il réfléchit un instant, tandis que Samyël attendait patiemment la suite du récit.
-Hélas, le comté de Bouc a été ravagé durant la Guerre Draconique. Face aux armées du dragon, les druides se sont retirés dans leur forêt et ont disparu à jamais, emportant avec eux le secret de leur feuille. La Vieille Boucantine est probablement l'une des denrées les plus recherchées au monde à l'heure actuelle. Elle est restée dans les mémoires, et même l'Histoire n'a pas su délogé son arôme exceptionnelle de l'esprit des authentiques fumeurs. Et pour ajouter au drame, à ce jour, seules quatre des légendaires pipes de Bouc sont encore entre les mains des Hommes, la trois, la sept, la dix neuf et la quinze, les autres ont été détruites ou bien perdues... (Une lance d'amertume perça dans la voix du petit homme) Foutue guerre...
-Mais... La guerre draconique remonte à plus de cinq cent ans... C'est étrange qu'il reste encore ne serait-ce qu'une seule feuille, et quand bien même, depuis ce temps elle aurait perdu sa saveur, j'imagine.
Taenry lui jeta un regard brillant, et un large sourire fendit sa barbe blanche.
-Ton ignorance te fait dire des âneries. C'est justement à cela qu'on reconnaît une bonne feuille d'une mauvaise. La Boucantine, qui plus est, vieillit comme le vin, elle se bonifie avec les années, et cela grâce à la technique secrète de séchage élaborée par les maîtres herbiers de la forêt de Bouc. C'est une feuille unique, et j'ai bien peur que plus jamais l'on atteindra une telle perfection...
-Dois-je en déduire que vous êtes richissime, puisque vous en possédez, ou bien êtes-vous un assassin?, fit Samyël avec une pointe d'humour.
Blanc'Barbe partit d'un grand rire.
-Rien de cela, jeune homme. J'ai la chance d'avoir pu en acquérir une liasse dans ma jeunesse. J'en fume une par cycle de lune.
Samyël leva un sourcil interrogateur, mais se contenta de formuler dans sa tête la question qui lui vint. Comme il s'y attendait, Taenry lui répondit de lui même.
-Les cycles temporels de ce plan d'existence ne sont pas les mêmes que ceux du Continent. Cependant, il est vrai que je dois probablement être l'un des derniers chanceux à pouvoir en fumer... Il ne me manque qu'une des pipes de Bouc pour goûter à la perfection...
Alors qu'il prononçait ces mots, il se laissa aller à un soupir rêveur.
-Château-Bouc existe toujours, reprit-il après un temps. C'est une ruine à demi mangée par la forêt à présent, mais l'essentiel y est toujours, le donjon, les trois tours et quelques pans de sa muraille. Les branches et les racines du bois sont devenues des éléments essentiels de sa composition. Le chevalier qui devint maître du comté de Bouc après la Guerre ne le fit pas reconstruire. Il le laissa tel quel en hommage aux Druides. Au cas où ils reviendraient, disait-il. Les années ont passé, les champs ont poussé, le seigneur fit construire un autre château, à quelques lieux de là, mais jamais les druides ne revinrent. Beaucoup d'aventuriers et d'amateurs ont fouillé les restes de Château-Bouc à la recherche de caches de feuilles, ou du secret de leur culture. Ils ont également longuement arpenté la forêt à la recherche des herbiers, en vain. Cependant... La légende dit que les vieillards n'ont pas disparu, qu'ils sont toujours là, entre leurs arbres. Ils continuent de produire la Boucantine avec amour, dans quelques prairies secrètes. Et la fragrance douceâtre qui émane de leurs pipes emplie l'atmosphère de la forêt. On dit même que, parfois, lorsqu'un voyageur s'égare dans les bois, ils le guident vers la lisière grâce à la fumée. Et le chanceux trouverait, au pied du dernier arbre, une liasse de feuilles brunes...
-C'est une belle histoire, commenta doucement Samyël.
-Si seulement elle pouvait être vraie...
-Vous en savez vraiment beaucoup, quoique, ce doit être normale pour un amateur.
-Absolument.
Ils observèrent un temps de silence, se laissant pénétrer par l'odeur de la Boucantine. Finalement, Taenry enleva l'embout de la pipe de sa bouche, l'essuya dans un ourlet de sa robe grise et la tendit à Samyël.
-Tient, essaie, lui dit-il avec un pétillement dans les yeux.
Se rendant bien compte, après ce cours magistral, de l'honneur qui lui était fait, Samyël ne put décliner l'offre. Il essaya d'imiter le petit homme dans sa manière de faire mais celui-ci secoua la tête.
-Chacun à une approche différente de l'art de fumer. Trouve ta propre voie.
Le jeune homme hocha la tête. Contrairement au vieil homme qui tenait le tube entre deux doigts, il enserra la tête de sa pleine paume. Déjà lorsqu'il glissa l'embout entre ses lèvres, le goût minéral de l'ébène lui remplit la bouche. Des montagnes brumeuses, fières, solides et belles défilèrent dans son esprit. Puis il aspira doucement, timidement. La fumée lui emplit la bouche comme une chaude caresse. Le bruissement des feuilles raisonna dans son crâne, la saveur de l'humus et de la rosée du matin envahit sa langue et son palais. Le jeune homme ferma les yeux et se laissa envahir par ces nouvelles sensations. Son plaisir était palpable. Après quelques secondes, et à regret, il relâcha la fumée en ouvrant la bouche. Les minces volutes blanches et odorantes s'étirèrent dans les airs, puis disparurent.
Samyël rendit la pipe à son propriétaire, toujours subjugué par l'expérience.
-C'est... magique, fit-il avec un sourire.  
Blanc'Barbe hocha la tête en lui rendant son sourire. Etrangement, par cette mimique et ce qu'ils venaient de partager, Samyël sut qu'un lien s'était créé entre eux. Comme pour le confirmer, Taenry récupéra les deux choppes qui traînaient à côté de lui, ainsi qu'une outre pleine. Il remplit les godets avec le contenu de l'outre, un liquide ambré et mousseux, exaltant un arôme délicat mais ferme, et en tendit un au jeune homme.      
-A la Boucantine, fit-il en levant son verre.
-A ta réussite, répliqua Taenry en choquant légèrement leurs deux choppes.
Ils burent une longue lampée. Samyël apprécia le goût de la liqueur, légère et douce.
-C'est très bon, observa-t-il.
Le petit homme lui décocha un clin d'oeil.
-Brassage artisanale.
-Ca n'en est que meilleur.
Ils rirent un peu, puis le silence revint. Etrangement, ces silences, souvent pesants et gênants dans les conversations, prenaient tout leur sens lorsque Samyël échangeait avec le vieil homme. Il les trouvait normaux, cohérents, presque logiques. D'une certaine façon cela lui rappelait son grand-père.
-Ho!, fit-il alors qu'il se rappelait sa mission. J'ai ceci pour vous.
Il lui donna le parchemin scellé d'un ruban rouge, que Taenry prit sans poser de question. Il examina rapidement le papier puis l'enfouit dans une de ses poches avec un hochement de tête entendu.  
-Comment est le maître Sorël? demanda Samyël en prenant une autre gorgée.
Blanc'Barbe prit un moment avant de répondre.
-Je ne saurais trop te le dire. Cela dépend grandement du moment. Il est d'humeur... changeante.
-Savez vous à quel moment il sera là?
-Hmm... Dans quatre jours tout au plus. Certainement moins.
Soudain, le vieillard se releva d'un bond.
-Bien!
Il vida le contenu de sa pipe sur le sol en tapotant son poignet avec, puis la coinça dans sa ceinture. Il saisit son bâton et se tourna vers Samyël.
-Assez bavasser. Je vais te mener à ta cellule. Suis moi.
Samyël s'exécuta, mais il ne sut que faire de sa choppe encore à demi pleine. Taenry lui montra l'exemple. Il en prit une dernière rasade puis jeta le reste sur le tertre.
-Ces sacrées vieilles branches ne disent jamais non à un p'tit coup pour la route, expliqua-t-il avec un sourire énigmatique.
Samyël fit de même, quelque peu étonné d'une telle pratique, puis voulu la rendre à son propriétaire. Mais celui-ci refusa.
-Garde la. Sache qu'il est très indécent de refuser un verre qu'on te propose, aussi assure toi d'avoir toujours une choppe sous la main afin que cela ne se produise jamais.
Le jeune homme resta un moment le bras tendu. Ha bon? Ho... Pourquoi pas après tout? Suivant l'exemple de son aîné il coinça  le récipient dans sa ceinture.  

La pièce était petite, à la limite de l'exigu. Quatre murs, pas de fenêtre, une paillasse propre, un pot, une minuscule table de chevet et une bougie. Voilà ce qui composait la cellule de Samyël.
"C'est donc ici que je vais passer ces prochaines années...?", se dit-il alors qu'il la parcourait des yeux.
La pièce était vraiment petite, à peine pouvait-on y faire deux pas en largeur comme en longueur. Mais d'un autre côté, après la rudesse du sol et des pierres, ainsi que la froideur des nuits à la belle étoile, c'était un luxueux palais. Il entendit dans son dos les pas de Taenry qui redescendait l'escalier. Samyël haussa les épaules. Il déposa le carnet noir sur la table et se laissa choir sur la paillasse. C'était plutôt  confortable en fait. Se relevant sur un coude, il avisa le vêtement sombre délicatement plié posé sur sa couchette. Il tendit la main et s'en empara. Pour mieux voir, il alluma la bougie avec le briquet à amadou qui traînait à côté. L'étoffe était de couleur pourpre. C'était la fameuse robe dont lui avait parlée Nemerle. Agréable au toucher, elle n'en demeurait pas moins simple et dénuée d'ornements. Cependant, il s'en dégageait une certaine richesse, une certaine noblesse. Samyël eut soudain honte de ses propres vêtements, depuis trop longtemps non lavés, déchirés... Il les enleva avec empressement et passa la soutane. Le contact sur sa peau lui était comme une caresse ; il se sentit tout de suite différent. Un véritable mage, pensa-t-il avec un sourire. La robe possédait une capuche et ses manches étaient longues et profondes. Comme il trouvait le vêtement trop ample, le jeune homme récupéra son ancienne ceinture et la boucla par dessus, ce qui lui fit comme une tunique longue.
Il aurait aimé avoir sous la main un miroir pour s'admirer ou un broc d'eau. Il se surprit à tenir quelques poses comme un vrai mage. Il rit de lui même puis entendant son estomac grogner de mécontentement il se demanda si le dîner était pour bientôt. D'un côté il avait hâte, de l'autre il redoutait l'instant. Car il allait enfin rencontrer des apprentis comme lui, mais il redoutait son savoir trop maigre.
-Hum..., commença-t-il, un peu gêné.
Il se racla la gorge et sortit dans le couloir afin de s'assurer qu'il n'y avait personne.
-Quelle... Quelle heure est-il?, demanda-t-il finalement, en se disant qu'il devait vraiment avoir l'air idiot.
-Huit heure moins le quart et quarante trois secondes.
Samyël sursauta en entendant la voix éthérée, qui semblait jaillir de nul part et partout à la fois. A vrai dire, il n'avait jamais vraiment pensé qu'on lui répondrait. Il attendit quelques instants, histoire de voir si l'étrange voix allait parler de nouveau, mais rien.
-Quelle heure est-il?, demanda-t-il une seconde fois.
-Sept heure, quarante sept minutes et deux secondes.
-Merci!
Bien sûr, on ne lui répondit pas. Le garçon se dit que vraiment, la magie c'était quelque chose! Il profita du temps qu'il lui restait pour s'allonger sur sa paillasse et se reposa un peu.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: raphael14 le mercredi 10 juin 2009, 13:09:04
Après plus d'un an, j'ai finalement fini de lire le Cycle du Rouge.

J'ai du déjà le dire mais j'apprécie fortement Samyël car il est très humain, il des côtés sombres, très sombre même comme le prouve la présence du Jakuta dans l'esprit de ton héros. Mais il est aussi humain à cause de ses passions amoureuses ou autres.
J'ai franchement hâte de voir ce que le petit magicien va devenir. Je suis particulièrement impatient de voir les pouvoirs de Samyël se développer et surtout le voir donner aux fanatiques anti-magicien la bonne leçon qu'ils méritent.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le dimanche 26 juillet 2009, 23:43:00
Mais qui voilà? Un magicien qui surgit hors de la nuit, ho ho :note:Et de son épée, il signe d'un C qui signifie 'Cycle'!  \o/

Raphaël, merci de suivre avec assiduité les errements de cette Tour du Rouge ^^


Sur ce, voici la suite et fin du 20e chapitre du Cycle. J'espère que vous le trouverez à votre goût.

Quant à moi, je vous souhaite de bonnes vacances, et je vous retrouve à la rentrée, pour de nouvelles aventures Continentales et Monarquales!

Enjoy


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Chapitre 20 : L'Archimage (Troisième partie.)

Les éclats de voix en provenance du rez-de-chaussée tirèrent Samyël du sommeil dans lequel il s'était réfugié. Il bâilla un long moment. Il réalisa alors qu'il était encore transis de fatigue, après cet épuisant voyage et ses diverses aventures. Au final, il était bien heureux d'avoir enfin trouvé un endroit où se poser, et retrouver un rythme de vie décent. S'asseyant sur sa couchette, il se frotta le visage avec les mains pour se réveiller, puis sorti dans le couloir. On avait allumé des torches, avec la tombée de la nuit. Se disant qu'il devait être en retard pour le dîner, Samyël pressa l'allure et descendit l'escalier en colimaçon qui menait au rez-de-chaussée. Une main posée sur le mur à sa droite, il posa les pieds sur le sol du réfectoire. Un sourire tordit ses traits à la vue de la trentaine de jeunes garçons d'âges variés, mangeant en bavardant gaiement. Les Serviteurs de la Rune s'affairaient entre les longues tables, occupés à s'assurer que personne ne manquait de rien, ou ne désirait rien de plus. Samyël remarqua que même si ils semblaient tous plus ou moins rassemblés, les étudiants étaient placés par école d'appartenance. Les robes grises des invocateurs en herbe ne se mêlaient pas aux robes rouges des apprentis telluristes et ainsi de suite. Il les observa un instant, afin de s'imprégner de l'ambiance.
Un des élèves finit par le repérer. Il se pencha vers son voisin et lui murmura quelque chose à l'oreille sans le quitter des yeux. La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre à travers les rangs. Un silence glacial se répandit dans la pièce. Plus rien ne bougea, pas même les Serviteurs qui attendaient patiemment. Une soixantaine d'yeux étaient braqués sur Samyël, le jaugeant, l'étudiant, le détaillant, le méprisant. La gorge de Samyël se dessécha. Il ne s'était pas attendu à pareil accueil ni à un pareil revirement. Il s'était imaginé naïvement arriver parmi eux, qu'ils l'accueilleraient avec joie, qu'ils riraient ensemble. Mais là, il se faisait l'effet d'un étranger déplacé et non invité. Il s'avança maladroitement dans la salle, cherchant vainement un soutient parmi la masse. Il n'y avait pas non plus de maître présent. Indécis sur la conduite à suivre, Samyël décida d'essayer de briser la glace.
-Enchanté, fit-il en s'inclinant poliment. Je m'appelle Samyël. Je viens d'arriver...
La suite de son discours mourut sur ses lèvres lorsqu'il s'aperçut que ses mots n'avaient aucun effet sur ses vis-à-vis. Il ne put s'empêcher de les comparer mentalement à un troupeau de chèvres aux yeux vides. Il frissonna. Gêné de rester debout, il s'approcha de la table. Il chercha des yeux le "clan" des robes pourpres, et suffoqua presque en réalisant qu'il était le seul de sa tribu. Quelques ricanements fusèrent lorsqu'il s'assit gauchement, un peu à l'écart. Mortifié, le pauvre garçon gardait la tête baissé, se faisant un rideau protecteur de ses cheveux. Un Serviteur posa en quelques secondes une écuelle remplit de viande et de fruit, un gobelet de vin capiteux, des couverts d'argent et une serviette élégante et finement pliée en carré. Il balbutia un vague "merci" et s'empara de sa fourchette. Au moins, la nourriture était bonne.
Les conversations reprirent, feutrées, incisives. Ils étaient clair qu'il était le centre de l'attention générale. Des rires étouffés lui parvinrent, qui le blessèrent. Qu'avait-il fait pour mériter cela? Ce n'était pas du tout ce qu'il avait prévu! Il serra le poing plus fort sur son couvert, la colère montant lentement en lui. Il essaya tant bien que mal de les ignorer. Finalement, trois étudiants se levèrent et se dirigèrent vers lui. Deux grands costauds en robe rouge et un dernier, plus fin en robe noire. Ce dernier s'assit sur la table, les pieds sur le banc à gauche de Samyël. Les deux autres se placèrent respectivement à sa droite et devant lui. Ils affichaient des mines arrogantes et cruelles.
-Alors, comme ça, c'est toi, Samyël?, fit le plus fin.
Son ton hautain dégoulinant d'autosuffisance donna la nausée à Samyël. Il prit son parti de ne pas répondre. Il désirait autant que possible éviter tout contact dans un premier temps. Le type à sa droite se leva soudainement, envoya son écuelle voler à travers la pièce et l'empoigna par les cheveux. Il le força à relever la tête à regarder le jeune homme en robe noire.
-Maître Hott t'as posé une question, p'tite tête. Alors tu réponds.
Le Hott en question avait dans les vingt ans. Son sourire de triomphe s'encastrait parfaitement bien dans ses traits fins et aristocratiques encadrés par une coupe châtaine au carré. Des bagues en or et des boucles d'oreilles du même acabit ornaient ses doigts. Il s'était poudré le visage pour le rendre plus pâle et avait accentué le rouge de ses lèvres, lui conférant une allure assez efféminée. Il posa le coude sur son genou replié, et le menton sur son poing.
-Je suis Lowyn de la prestigieuse maison d'Hott. En tant que roturier, tu dois l'obéissance à ma famille, comme le veut la loi.
Les ricanements des autres élèves attisèrent un peu plus le brasier de colère qui s'enflammait en Samyël. Il détestait déjà ce Lowyn, et tous les autres. Lowyn prit délicatement le menton de Samyël entre deux de ses doigts fins et le força à le regarder, tandis que l'autre brute le maintenait par la force.
-Je t'écoute.
-Va mourir.
le ton glacial, détaché et effrayant de Samyël ramena le silence sur l'assemblée. Lowyn fut tellement surpris qu'il se recula un peu malgré lui. Il se reprit presque aussitôt en riant.
-Ludberg, il va falloir apprendre la politesse à ce chien errant.
Le larbin s'acquitta de son devoir avec zèle. il fracassa plusieurs fois le visage de Samyël contre la lourde table de chêne, jusqu'à ce que son nez saignât et qu'il s'étourdît.
-On a beaucoup entendu parler de toi par ici, mon cher Samyël. En ce moment, ils n'ont que ton nom à la bouche. "Samyël par ci, Samyël par là..." Soi disant, tu vas nous sauver!
Lowyn se tourna vers le reste des étudiants en mimant la surprise, et les autres rirent.
-Permet nous d'en douter. Quel est le sort le plus puissant que tu connaisses?
Samyël le foudroya du regard, écumant de rage. Il serra convulsivement le poing, mais ne répondit pas, humilié. Il savait que sa magie était de loin inférieure à la leur. Lowyn éclata d'un rire aigu et agaçant.  
-Regardez moi ça! Si c'est pas mignon! Le petit bouseux sort de sa cambrousse les lèvres en coeur "pour nous sauver"!
Cette remarque déclancha l'hilarité générale. Personne ne remarqua les tremblements de Samyël.
-Regardez le! Notre grand héros surgit de nul part, arborant, ô Dieux, la glorieuse livrée de pourpre!
Les rires doublèrent d'intensité.
-Mais qu'est-ce que tu crois, mon petit?, continuait Lowyn en ricanant. Tu n'es pas un héros. Tu n'es même pas un magicien. Peuh! Un Altérant. C'est bien la dernière chose dont nous avions besoin ici. Regarde. (Il força Samyël à regarder le noir de sa robe.) Ca, gamin, c'est la couleur de l'élite. Seuls les meilleurs sont autorisés à la porter. Tout ce que le pourpre de ta soutane te permet, morveux, c'est de me m'obéir. Tu n'es rien. Non. Tu es moins que rien.
Sans crier gare, Samyël bondit, dans un silence de tombeau, et son poing se fracassa comme une massue sur le visage délicat de Lowyn qui partit en arrière en glapissant de terreur. Sans perdre de temps, Samyël pulvérisa Ludberg d'un coup de crâne rageur. Le garçon, terrassé, chut au sol comme une pierre. Aussitôt, le troisième larron jaillit par dessus la table en criant, pendant que les autres élèves se levaient précipitamment en proférant des paroles véhémentes. Souple et fort de son entraînement, Samyël pivota sur un pied et cueillit son assaillant d'un coup de genou dans l'abdomen qui le fit basculer en avant. Il se recroquevilla sur le sol en gémissant et crachant.
Ivre de fureur, Samyël se mit en tête de le frapper jusqu'à la mort. Mais alors qu'il s'apprêtait à délivrer son premier uppercut, son bras partit violement en arrière et se tordit douloureusement. Il grogna et se sentit plaqué contre la table par une force invisible. Des mains le tirèrent en arrière et le jetèrent au sol.
-Tu vas regretter ton geste, chien!, fit Lowyn d'une voix froide  en tamponnant fébrilement le sang qui s'écoulait de sa lèvre tuméfiée. Tuez le!
Une tempête de pieds et de bottes le balaya. Des avalanches de coup pleuvaient, apportant leur lot de douleur. Samyël se recroquevilla pour se protéger, mais le sort continuait de lui retirer le contrôle de ses bras. Il cracha plusieurs fois du sang, cherchant son souffle en gémissant. Il ne comprenait plus ce qui lui arrivait. On finit par le remettre à genoux. Hagard il avait du mal à rester concentré. Il ne ressentait plus que les plaintes de son corps meurtri.
-Regardez moi ces cheveux!, faisait la voix de Lowyn par dessus la cohue. Ils m'écoeurent, coupez les!
Samyël sentit qu'on lui agrippait les cheveux à nouveau, qu'on les tirait en arrière . Il voulut se débattre mais ce fut vain. Dans le même temps, on lui passa un noeud coulant autour du cou, et c'est à ce moment qu'il prit peur. On lâcha ses cheveux, mais la corde se resserra contre sa trachée, l'étouffant. Son corps fut tracté vers le plafond, ses pieds quittèrent le sol. Il chercha tant bien que mal à retrouver de l'air, mais celle-ci quittait insidieusement ses poumons. Il mourrait en éructant. Et il les voyait, qui riaient, se gaussaient de lui. Dans un ultime geste de rébellion, il propulsa ses pieds en y mettant toute sa rage et ses dernières forces. Il ravagea le visage d'un étudiant plus jeune que les autres qui s'était un peu trop approché. Le garçon chuta au sol dans un silence surréaliste et ne bougea plus. Etrangement, cela ne fit qu'accroître l'hilarité des autres. Privé de tout recours, Samyël se balança au bout de sa corde en tressautant, tandis que sa conscience glissait peu à peu vers les ténèbres. Quelques étudiants lui jetèrent des gobelets de vin, en parodiant l'extrême-onction.
Il ne bougea plus.
-Il est... mort?, finit par demander quelqu'un.
-Et il ne nous manquera pas!, scanda Lowyn.
Cependant, sa joie prit soudainement fin lorsqu'une hache de jet fendit l'air et coupa avec une précision mortelle la corde de chanvre, faisant choir le corps de Samyël sur le sol.
-J'espère pour vous qu'il n'est pas mort, bande de chiens galleux et puants que vous êtes.
Les étudiants se tournèrent comme un seul homme vers l'entrée du réfectoire. La petite silhouette trapue de Taenry se découpait dans l'encadrement de la porte. La pipe aux lèvres, il foudroyait l'assemblée de ses yeux furieux. Sa barbe lui donnait un aspect monstrueux. Il avait dans la main gauche une autre arme de jet, et quelques autres passée à la ceinture. Sa main droite portait son bâton.
Lowyn lui répondit avec une arrogance assurée que ses complices étaient loin de partager. Après tout, Taenry n'était pas que le portier. Il était avant tout l'extension de la volonté de l'archimage.
-Cela ne te regarde pas, portier. Retourne donc à...
-Silence, vermine juvénile!, brailla Taenry, si fort que Lowyn perdit un peu de sa superbe.
-Pour qui te prends-tu, vieillard? Ce que nous faisons ne te concer...
-J'ai dit silence! Puteborgne de bâtard de péon noble!
Pour illustrer son propos poétique, Taenry fit montre une nouvelle fois de son habilité. La hache frôla l'oreille de Lowyn de si près qu'une de ses boucles et quelques cheveux tombèrent au col. Le jeune héritier de la maison d'Hott pâlit encore plus et déglutit.
-Et maintenant, dans vos piaules, et plus vite que ça!, gronda le vieil homme avec un regard mauvais.
Les étudiants s'exécutèrent sans se le faire redire.
-Ramassez moi ce tas de viande de Kelly. Si il ne passe pas la nuit vous aurez des problèmes avec l'Archimage.
Lowyn fut le dernier à gravir les escaliers. Auparavant, il lança un coup d'oeil à Samyël, puis un regard venimeux à Taenry et jura :
-Tu me le paieras, vieillard.
Il déguerpit quand une troisième hache fusa vers lui.
Le petit homme attendit quelques secondes puis se précipita vers le corps inanimé de Samyël.
-Dieux! Quelle barbarie. Il y a quelques années ç'aurait été impensable! Mais regardez moi ce qu'ils lui ont fait!
Samyël gisait dans une mare de vin, de sang et de bave que les Serviteurs s'attelaient déjà à éponger. Taenry les congédia d'un geste et s'accroupit à côté du corps. Les yeux révulsés et la langue pendante, il faisait peine à voir. Taenry prit son poux, et constata avec soulagement qu'il vivait encore, quoique faiblement.
La corde magique disparut dès que le sort fut levé. La trachée contractée de Samyël se dilata et se dernier reprit violemment conscience en crachant et toussant, cherchant de l'air avidement. Il regarde autours de lui d'un air halluciné.
-C'est fini, lui dit Taenry. Tu n'as plus rien à craindre.
Le jeune homme frotta ses chaire s meurtries par le chanvre en grimaçant.
-Qu'est-ce que je leur ai fait?, croassa-t-il, la gorge sèche.
-Rien strictement rien. Tiens bois ça, répondit le petit homme en lui tendant une outre de vin.
Samyël but jusqu'à s'étrangler puis jeta la liqueur au loin d'un geste rageur.
-C'est pas de ta faute, gamin, reprit Blancbarbe. Tu sais, toutes ces histoires d'espoir sur toi, d'une espèce de héros ou je ne sais trop quoi, c'est malsain. Je ne te dénigre pas, je dis juste que c'est monté à la tête de certains. Des pires, je le crains...
Samyël ne répondit pas, encore choqué par la tournure des événements.
-Lowyn de la maison d'Hott fait parti des pires. C'est un fou vaniteux, arrogant et cruel, sans vertus morales. Mais c'est hélas un fou dangereux. Comme tu l'as vu, il porte la robe noire. C'est un rhéteur runique, et pas des moindres. Ce doit être le gamin avec le plus fort potentiel que cette vieille Citadelle ait connu en plus de deux cents ans, et je sais de quoi je parle. Si tu veux un conseil, reste loin de lui. Plusieurs élèves sont déjà morts par sa faute.
-Et vous ne faites rien contre ça?, s'indigna Samyël.
Taenry leva les mains en signe d'impuissance.
-Hélas. Il est pas protégé par une lettre de cachet du roi d'Arendia. Nous sommes impuissants à la renvoyer.
-Si vous ne pouvez pas faire cela, pour l'Archimage ne le punit pas au moins?
Taenry baissa les yeux. Soudain, il paraissait indécis.
-Et bien, c'est parce que... C'est parce que...
-C'est parce que l'Archimage est faible, voilà tout, répondit pour lui Nemerle, qui se tenait subitement derrière le petit homme, en appuie sur son bâton.
Taenry ne se retourna pas, mais se mit à fourrager dans sa barbe.
-Faible?, demanda Samyël incrédule. L'Archimage n'est pas censé être le plus fort des magiciens?
-Et bien... Hmm... Je dois dire que non, pas forcément.  Cela a souvent été le cas, je te le concède, mais la fonction de l'Archimage est avant tout d'organiser la vie au sein de la Citadelle, et de conseiller le Roi. La vérité, Samyël, c'est que je suis incapable de jeter le moindre sort. Ma magie s'est éteinte il y a de nombreuses années.
-Comment est-ce possible?!
-C'est une longue histoire. En attendant, ce que maître Blancbarbe t'a dit est vrai. N'approche plus de Lowyn. Tous les autres élèves sont avec lui. Et puisqu'il t'a pris en grippe, considère que tu n'as pas d'ami. Je suis désolé.
Samyël baissa la tête, des désillusions plein celle-ci. Il avait l'impression que tout allait de travers. Il se maudit d'avoir souhaité devenir mage, maudit tous ceux qui avaient placé en lui des espoirs futiles.
-Tout à l'heure, ils ont insulté le pourpre de ma robe. Pourquoi?
-L'Alteration a perdu ses lettres de noblesse lorsque Mac Kenick Le Bouffon a découvert le moyen de produire des illusions en utilisant cet Art. Il a d'ailleurs ensuite créé la sous-école de l'illusion, ce qui a en quelque sorte démocratisé l'altération, car la rendant accessible aux plus faibles. Et tu nous connais, nous, mages. Vaniteux et trop fiers. Mais ne te méprend pas. La véritable altération, telle que tu l'apprendras ici même, égale n'importe quelle autre école. Bien, à présent, va te reposer, il est tard. Les maîtres te testeront demain.
Samyël acquiesça et se releva lentement, en lissant les plis de sa robe. Se dirigeant vers les cellules, il serraient les poings et murmura :
-Faible ou pas, ça ne m'empêchera pas de te tuer, Lowyn de la maison d'Hott.
Nemerle et Taenry firent mine de ne pas avoir entendu.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: raphael14 le mercredi 26 août 2009, 14:44:02
Une fois de plus malmené, pauvre Samyël.
Que les autres élèves sont cruels.
Lowyn a comme un faux air de Malfoy, c'est dire.
Cette scène de cruauté montre tout de même à quel point le monde est hostile à ton petit mage. Chassé de Solanéa, malmené et ces mésaventures font naître un désir de vengeance destructeur...Ca promet.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le vendredi 28 août 2009, 17:03:44
Et encore, tu n'as rien vu. Les choses sérieuses ne vont plus trop tarder à débuter! Merci pour ton commentaire ^^


Sans transition, voici le chapitre 21, qui clôt le livre III du Cycle. A bientôt!


________

Par soucis de netteté et de facilité, je glisse ici la liste des 7 Arts, avec leur place, leur couleur respectif et leur Maître ainsi que la façon d'appeler un pratiquant.

Place - Couleur : Dénomination - Maîtres - Dénomination des initiés

1er - Gris: Invocation - Dagon - Invocateur
2e - Pourpre: Altération - Sörel - Altérant
3e - Bleu: Enchantement - Az - Enchanteur
4e - Orange: Méta-magie - Bronze - Méta-magicien/Méta-mage
5e - Blanc: Magie divine - Gedon - Prélat
6e - Noir: Rhétorique des runes - Darius Quint - Rhéteur runique/des runes
7e - Rouge: Tellurisme - Joed - Telluriste


Chapitre 21 : Maître Sorël.


   
Rassemblés dans un vaste salon, quelque part dans un recoin secret de la Citadelle, les maîtres échangeaient quiètement sur l'avancée de leurs élèves respectifs, une tasse de thé fumante à la main. Au nombre de six, ils attendaient patiemment la venue de l'Archimage, ainsi que celle, non assurée, du maître Sorël. Ils portaient les mêmes robes que les étudiants, cependant elles étaient plus riches, brodées d'or et d'argent, avec des runes en filigranes.
Il n'était guère surprenant que le sujet de conversation qui les animait portât sur le jeune Samyël. En effet, conformément au souhait de l'Archimage, chacun d'eux avait testé le jeune homme dans la matinée.
-C'est dommage, disait Dagon, le maître Invocateur. Il a pourtant l'air d'un bon garçon.
-Je ne sais pas, répondit Az, le filiforme Enchanteur. Il y a quelque chose chez lui qui me déplait.
Gedon, le Prélat, et Joed, le Telluriste, acquiescèrent de concert en silence. Darius Quint, le petit Rhéteur, gardait ses pensées pour lui et les mains dans ses amples manches. Il avait encore en tête l'altercation violente dont il avait été témoin entre le jeune Samyël et son élève Lowyn. S'il n'était pas intervenu, il ne doutait pas que c'eût été d'un cadavre dont on eut parlé.
Le Maître Bronze aussi gardait le silence. Mais c'était tout simplement parce qu'il ne pouvait pas parler. Ses lèvres de bronze étaient scellées. Son don de télépathe ne pouvait toucher qu'une personne à la fois, et il n'aimait pas s'immiscer dans les esprits. Il réservait ses paroles pour le seul Archimage et ses propres élèves.
-Qu'en pensez vous, Darius?, reprit Az en buvant une gorgée de thé.
Le Maître Quint était un personnage atypique. Il était vraiment petit, arrivant à peine à l'épaule de Taenry, mais n'avait pas la carrure de celui-ci. Chétif, il cachait son corps dans son ample robe noire. Sa tête paraissait disproportionnée par rapport au reste de son anatomie. Ses cheveux, gris et bouclés, formaient un arc de cercle sur son crâne, laissant le sommet dégarni. Son nez était assez imposant, suffisamment pour supporter une paire impressionnante de lunettes bleues, qui agrandissaient ses yeux déjà globuleux. Cependant, sous ses airs ridicules et comiques, personne n'aurait remis en cause le fait qu'il était, et de loin, l'être le plus puissant vivant sous les toits de la Citadelle. Cela dit, il y avait de cela quelques années, lorsque les couloirs étaient encore encombrés de dizaines d'étudiants bavards, une rumeur circulait, disant qu'à la vérité, le Maître Sorël surclassait Darius. Les duels étant interdits entre les Maîtres, personne n'avait jamais pu trancher une fois pour toute.
Quint secoua doucement la tête, l'air peiné.
-Je ne sais pas. Certains événements extérieurs à ma volonté m'ont empêché de me faire une opinion valable. Cependant, une chose est claire : On nous fait perdre notre temps. Il est évident que ce garçon n'a aucun pouvoir.
Mis à part le maître Bronze, tous acquiescèrent.
-Bronze?, demanda Az.
-Il dit que Sorël ne l'a pas encore testé. Ce qui est vrai, au demeurant.
Les maîtres se tournèrent comme un seul homme et saluèrent l'entrée de l'Archimage. Celui-ci leur répondit d'un sourire bienveillant. Taenry Blanc'Barbe se tenait à ses côté, sa pipe dans la bouche. Gedon présenta à Nemerle une coupe de thé, que celui-ci accepta volontiers.
-Je vois que vous étiez entrain de débattre.
-Oui, Archimage. J'allais dire, reprit Quint, avec un geste fataliste, qu'il serait peut être bon de vérifier les sorts d'accès à la Citadelle.
-Rassurez vous. Taenry s'en est occupé sitôt qu'il eût fait visiter la Citadelle au jeune Samyël. Tout est en ordre. Qu'ont donné les tests?
Les Maîtres secouèrent la tête, contrits.
-Comme vous vous en doutez, répondit Dagon, ils sont nuls. Ce garçon n'a aucun pouvoir.
-Et pourtant, la barrière de sorts l'a laissé passer, fit Joed pensivement.
-Le garçon était-il en possession d'un objet, ou d'un talisman capable de brouiller temporairement les sortilèges de défense?, proposa Darius.
Taenry secoua la tête, et sa barbe suivit le mouvement.
-Rien du tout. Juste un volume original des "Sensordus Demonicas". Le troisième, il me semble.
-Un original?, s'exclamèrent de concert Az et Dagon.
-Oui. Si mes souvenirs sont bons, il appartenait à Rirjk.
-Rirjk?, fit Gedon, surpris d'entendre le nom de son ancien élève.
-Rirjk a été le maître de Samyël, expliqua Nemerle avec un sourire malicieux.
Cette révélation provoqua un certain émoi au sein de l'assemblée.
-Que devient-il?, voulut savoir Gedon.
L'Archimage leva les mains en poussant un soupir.
-Les souvenirs de Samyël m'ont appris que lui et sa femme sont tombés entre les griffes du Commandeur.
-Pauvre homme..., commenta Az en secouant doucement la tête.
-Cela dit, nous ne sommes pas ici pour discuter sur cet énergumène de Rirjk, mais bien sur le cas de Samyël. Au delà de son absence de pouvoir, que vous inspire-t-il?
-Je ne peux pas parler au nom de tous, commença Dagon, car j'ai eu la chance de le tester en premier. Il m'a fait l'effet d'être un bon garçon, attentif à défaut de doué.
-C'est aussi l'avis de Bronze, traduisit Nemerle en jetant un coup d'oeil à l'homme de métal.
-Personnellement, je ne sais pas trop, dit Az. Il y a quelque chose chez lui qui... Comment dire? Qui me met mal à l'aise.
-C'est exactement ce que j'allais dire, approuva Joed et Gedon acquiesça également.
-Darius?
Le petit homme secoua à nouveau la tête, les yeux clos et les bras croisés. Il semblait embarrassé.
-Je ne sais vraiment pas. Mon test s'est mal passé.
-Comment cela?, s'étonna Az.
-Une fois qu'il a été mis en évidence qu'il n'avait aucune aptitude pour la Rhétorique Runique, il a cédé aux sarcasmes de Lowyn d'Hott. Ils en sont venus aux mains, et...
Il se tut.
-Et Lowyn l'aurait tué si tu ne l'en avais pas empêché, finit pour lui Nemerle en se frottant le menton.
-Voilà...
-Samyël et le jeune Hott ont déjà eu un différent, expliqua L'Archimage. Lui et les autres élèves ont essayé de pendre Samyël après l'avoir humilié.
La nouvelle laissa l'assistance sans voix.
-C'est donc lui qui est responsable de l'état de Kelly?, commenta Jeod.
-Oui, lui répondit Taenry. Même pendu, il a su trouvé la force de décocher un magnifique coup de pied. Bien qu'il ne soit pas fait pour être mage, au moins il ne manque pas de ressource.
-Maître, fit Darius. Vous avez lu dans son esprit, et vous avez vu l'ensemble de son existence.
-C'est exact.
-Y a-t-il des choses que nous devrions savoir?
Nemerle resta un moment pensif, comme jaugeant ce qu'il pouvait dire, et ce qu'il ne pouvait pas.
-Et bien, comme vous le savez maintenant, Rirjk fut son maître. Cependant, Henricus de Bror semble être son grand père. Attendez, je n'ai pas fini. Je ne sais pas grand chose de ce côté là. Je ne sais pas s'il est grand père du côté de la mère ou du père. Je ne sais d'ailleurs même pas s'il est effectivement le grand père naturel. Il l'a élevé six ans, puis il s'est délibérément fait prendre par Eratius, pour sauver la vie de Rirjk.  
-Le Commandeur possède une bien sombre importance dans la vie de Samyël, commenta lugubrement Gedon.
-Oui. Je ne vous cacherai pas que le jeune Samyël nourrit des désirs de vengeance sanglante.
-Cela me paraît normal.
-Y a-t-il autre chose, Archimage?
-Rien de significatif, mentit Nemerle.
Il pensait que les autres maîtres n'avaient pas besoin de savoir que Samyël était un assassin, doublé d'un être violent et destiné à la folie, sous ses abords de bon garçon. Il ne l'avait dévoilé qu'à Taenry, en qui il avait une pleine confiance, et le dirait à Sorël, si à l'avenir il en devenait le maître. Taenry n'avait rien voulu savoir. D'une certaine façon, il s'était déjà attaché à Samyël, d'une manière que Nemerle lui avait rarement vu. Ce simple fait lui redonnait confiance. Le petit homme avait le don de jauger les gens, après toutes ces années passées à faire le portier.
-Bien, reprit l'Archimage. Si le garçon ne montre aucune aptitude pour l'Altération également, je vais l'envoyer vers la famille royale avec une recommandation. Je crois qu'il est apte à devenir au moins chevalier. Approuvez-vous?
-Cela me paraît être une sage décision, acquiesça Dagon.
Tous les autres furent de son avis.
-Sur ces entrefaites, je vais prendre congé, dit Nemerle en faisant mine de se lever.
Tout à coup, la lourde double porte s'ouvrit à la volée en claquant violement. Une rafale de vent digne d'une tempête s'engouffra dans la pièce, renversant les tasses, faisant voler les robes et les cheveux, éteignant les bougies. Une boule d'air compacte et parcourue de rotations fulgurantes se matérialisa sur le seuil, restant suspendue pendant quelques secondes. Puis le vent cessa, le calme revint, et la sphère se changea en un homme de grande stature, vêtu d'une élégante robe pourpre ornée avec goût.
L'Archimage et les autres Maîtres n'avaient pas bougé, habitués aux excentricités du nouveau venu.
-Bonjour, Sorël, l'accueillit Nemerle avec son sourire habituel.
Le Maître Altérant parcourut l'assemblée des yeux, son visage androgyne à la beauté surnaturelle renvoyant un masque de mépris hautain, d'arrogance et d'agacement. Gedon ne put s'empêcher de détourner les yeux, mal à l'aise. Darius soutint son regard sans broncher, nullement intimidé, quant à Bronze, il se contenta de le saluer mentalement. Les autres ne firent rien de particulier.
-Bonjour, Archimage, finit-il par dire.
Sa voix étant un ravissement, à la fois chantante, claire, profonde et lyrique.
-Maître, salua-t-il ensuite Taenry en se penchant révérencieusement.
Les mages ne se formalisèrent pas de ces inconvenances protocolaires. Il fallait déjà s'estimer heureux que Sorël se soit montré, et encore plus qu'il ait adressé la parole de son propre gré.
-On m'a demandé. Aussi, me voici, reprit l'Altérant en sortant d'un repli de sa robe un parchemin encore scellé du sceau de l'Archimage.
-Oui, et je te remercie de t'être déplacé.
-Le sceau est rouge... L'affaire est d'importance?
Sans attendre la réponse, Sorël marcha jusqu'au plus proche fauteuil libre et s'y laissa choir sans un bruit. Il tendit le bras derrière lui, et Gedon s'empressa de lui servir une tasse de thé.
-Tu as pris du poids, Az, commenta-t-il avec morgue.
-Je te remercie pour ta sollicitude.
L'Altérant eut un rictus ironique qui tordit joliment ses charmantes lèvres plus rouges que la moyenne.
-Et toi Darius. Toujours aussi ridicule, à ce que je vois.
Quint laissa couler l'insulte. Il savait que la meilleure façon de répondre à Sorël était de l'ignorer. Cependant, l'exercice était souvent difficile, car la verve de l'Altérant était aussi précise qu'une arbalète.  
-Sorël, appela Nemerle. Sais-tu pourquoi je t'ai fait mander?
-Non. Mais j'espère que c'est pour une bonne raison.
D'un geste flegmatique, il jeta négligemment le scellé de l'Archimage dans l'âtre où il se consuma rapidement.


Les pas vifs de Sorël raisonnaient dans les couloirs bordés des cellules des élèves. Quelques uns d'entre eux jetèrent un furtif coup d'oeil, mais se hâtèrent de refermer leur porte en apercevant la haute silhouette.
-C'est ici, indiqua Taenry en sortant son trousseau de clés.
Sorël attendit patiemment que le petit homme ouvre la cellule de Samyël puis s'y engouffra à vive allure. Il découvrit le jeune homme allongé sur sa paillasse, visiblement endormi - Ce qui à cette heure avancée de la nuit n'avait en soi rien de surprenant. Cependant, le garçon semblait délirer. Il était agité, marmonnait des choses inaudibles, et son visage était tordu par un rictus que le Maître Altérant n'aurait su définir, entre rage ardente et peur viscérale. Les traits de Sorël s'adoucirent subitement, et il s'agenouilla auprès du garçon. Il lui prit la main et approcha ses lèvres à ses oreilles.
Taenry n'entendit pas ce qu'il lui susurra, mais l'effet fut presque immédiat. Samyël se calma, sembla un moment apaisé... Puis soudain il se réveilla en criant :
-Eratius!
Perdu dans ses délires cauchemardesques, il crut avoir à faire à une apparition. Une incarnation de la Lumière telle qu'il la concevait. Il plongea sans retenu dans le mauve du regard de Sorël, hypnotisé par la beauté de cet être. Les longs cheveux, fins, soyeux et blonds, du Maître retombaient doucement sur son visage, comme un douce caresse. Les lèvres carmins, sensuelles et terriblement attirantes s'ouvrirent légèrement sous l'effet de surpris.
Sorël souffrait de la même emprise hypnotique. La mauvaise lumière avait faussé les traits du jeune homme initialement, mais à présent qu'il était éveillé, et que la lampe de Taenry éclairait son visage, il ne pouvait s'empêcher d'admirer le vert profonds de ses yeux, ses traits volontaires et virils à la limite de la maturité, et la magnificence de sa chevelure, étrangement rouges et sombres, d'une rare beauté.
Ils restèrent ainsi un moment, se charmant mutuellement. Puis leurs visages se rapprochèrent lentement...
-Sorël, appela Taenry d'une voix bourrue.
L'enchantement rompu, ils clignèrent tout deux des yeux, et Samyël se redressa en s'éloignant un peu, confus.
-Pardon, je...
-Non, ne dis rien. C'est ma faute, le coupa Sorël avec un sourire qui fit une drôle d'impression au jeune homme.
Ce dernier sentait son coeur battre à se rompre. Ses émotions dansaient la farandole, il était perdu. Qu'est-ce qui venait de se passer, là à l'instant? Il remarqua que Sorël ne lui avait pas encore lâché la main. Se surprenant lui même, il ne fit rien pour se dégager. Il trouvait ce contact... agréable. Il rougit involontairement de ces pensées, et fut heureux que la pénombre masquât sa réaction.
-Je... Qui êtes vous?, demanda-t-il d'une petite voix.
-Je suis le Maître Sorël, répondit l'intéressé. On m'a demandé, enfin, l'Archimage m'a demandé, de te tester. Je ne veux pas passer plus de temps ici que nécessaire. C'est pourquoi j'ai pris la liberté de te déranger en pleine nuit.
-Bien, je heu... Que dois-je faire?
-Nemerle m'a dit que tu avais quelques dispositions, ainsi que quelques connaissances pour l'altération. Montre moi.
Sorël lâcha la main de Samyël afin qu'il puisse correctement lancer ses sorts, mais cela peina étrangement le jeune homme. Il se releva en même temps que le maître. Sa cellule était tellement petite qu'ils étaient à peine à quelques centimètres l'un de l'autre. Sorël dégageait une agréable odeur de fleur. Le jeune homme se concentra sur sa tâche. Après son humiliation prolongée de la journée, successivement avec chacun des maîtres, il n'avait pas le droit à l'erreur. Surtout qu'il comprenait que si Sorël le refusait, il serait mis à la porte, et il n'aurait plus qu'à oublier la magie...
Il fit le vide dans son esprit, comme Rirjk, en son temps, le lui avait appris. Il se souvenait encore très bien des heures qu'il avait passé sur ce maudit rocher, face à la mer à essayer de faire abstraction du monde autour de lui. Maintenant, cela lui était aussi naturel que de respirer. A l'aide de deux mots de pouvoirs, il matérialisa une petit sphère de lumière, à quelques millimètres au dessus de sa paume ouverte. En exécutant des séries de signes avec son autre main, il la changea en une balle de feu qui crépita joyeusement. La boule s'agrandit, s'aplanit, et un visage grimaçant s'y dessina, émettant un rire spectral. Puis son sourire disparut, laissant place à une mimique de stupeur, avant de se désagréger dans un relent de fumée.
Quand Samyël reprit conscience du monde autour de lui, Sorël tapait doucement dans ses mains, un sourire ravi sur le visage.


-Je ne sais pas ce qu'il en est des autres écoles, mais le garçon a des aptitudes pour l'Altération. Je le formerai.
Nemerle acquiesça distraitement, le regard fixé sur le lac "Nul-part". Il était à la fois heureux pour le garçon, et inquiet de l'influence que pourrait avoir sur lui l'excentrique Sorël. Et vu comme le Maître pianotait impatiemment sur l'accoudoir, il doutait que l'excitation de Sorël fût purement professionnelle. Même s'il était vrai que l'Altérant n'avait plus enseigné depuis au moins sept ans - ses qualités de professeur n'étaient pas en cause, mais il n'y avait simplement plus d'élèves intéressés par le 2e Art. L'Archimage se demanda un moment avec sérieux si finalement c'était une bonne idée de laisser ces deux là ensembles. Mais d'un autre côté, il était curieux de connaître l'étendu des capacités de Samyël. Sa condition était peu courante, voire même rarissime. Il ne se souvenait pas avoir déjà rencontré un mage réceptif qu'à une seule école.
Il haussa les épaules. Après tout, la magie était imprévisible.  
-Bien, finit-il par dire en se retournant.
Sorël le fixait de ses yeux mauves, qui bien que magnifiques, mettaient l'Archimage toujours mal à l'aise.
-Quelque chose ne va pas, Nemerle?
L'Archimage prit une inspiration et raconta à Sorël ce qu'il avait déjà raconté à Taenry au sujet du garçon. Lorsqu'il eut fini, l'expression de l'Altérant n'avait pas changé.
-Cela ne te dérange pas?, demanda Nemerle, même s'il connaissait déjà plus ou moins la réponse.
Le Maître secoua doucement la tête, et sa fine chevelure suivit le mouvement avec grâce.
-Pourquoi cela le devrait-il? Nous savons tous les deux que j'ai fait des choses bien pires... Tout comme toi, ajouta-t-il.
-Oui, acquiesça l'Archimage.
La familiarité avec laquelle s'adressait Sorël à Nemerle aurait choqué n'importe quel Maître. Cependant, le vieil homme était heureux que l'Altérant continuât de le respecter encore un peu, en dépit de son impuissance magique. Il songea avec une certaine nostalgie à l'époque où l'impétueux Sorël s'inclinait devant lui et le traitait avec déférence, tout comme il le faisait encore avec Taenry. Il s'en était toujours secrètement enorgueilli. Il avait été profondément marqué par le changement d'attitude du Maître, lorsqu'il était revenu de ses propres aventures, vieilli et sans une goutte de magie. Il s'y était habitué.  
-Tu demanderas à Taenry la clé de la salle d'Altération.
-Non.
-Comment?
-Je ne compte pas rester ici. Il fait froid et ça sent mauvais, répondit Sorël en plissant élégamment le nez. Nous étudierons chez moi, dans ma tour.
-Bien, fais à ta guise. J'exige cependant un rapport régulier, disons, un par mois.
-Comme tu veux.
L'Altérant se leva de son fauteuil.
-Sorël!
Le Maître se retourna, agacé.
-Ne fait rien de... déplacé.
Un sourire malicieux répondit à l'Archimage, puis la porte de son bureau claqua, le laissant seul. Il se laissa choir sur son siège en soupirant. Il s'accorda quelques minutes avant d'emprunter la porte secrète qui menait aux appartements de Daltharion.
Pendant ce temps, Sorël retrouva Samyël dans le parc intérieur, assis sur le banc près du tertre, ses maigres possessions sur les genoux. Lorsqu'il aperçut son maître, Samyël se releva prestement.
-C'est réglé, annonça Sorël. Suis moi.
Sans attendre, il prit la direction de la bibliothèque. Samyël lui emboîta le pas sans rien dire. Mille choses s'entrechoquaient dans sa tête. Il peinait à réaliser qu'il avait finalement réussi à devenir apprenti, il se demandait comment le Maître enseignait, combien de temps cela lui prendrait-il pour devenir un mage accompli... Il préféra se focaliser sur des problèmes plus immédiats, comme de ne pas perdre de vue Sorël dans le labyrinthe de la bibliothèque.
-Attend moi ici, lui intima l'Altérant. Je dois voir Grimh, tu auras besoin de certains livres.
Samyël acquiesça tandis que Sorël disparaissait dans les étages. Pour éviter de sombrer dans ses pensées, le jeune homme se mit à arpenter les rayonnages, s'étonnant de la très grande diversité des sujets traités. Un tome en particulier retint son attention. C'était un gros manuscrit à la couverture de cuir verte. Il prenait la poussière et nul titre n'était lisible sur sa tranche. Il s'en saisit et peina à le transporter jusqu'au pupitre de lecture le plus proche tant il était lourd. Le livre claqua avec force en soulevant un nuage de particules. Samyël souffla sur la couverture pour faire apparaître le titre, frappé en lettre d'or terni.
-"Le Chevalier Argoth", lut-il à haute voix.
Sous le titre, il y avait l'image d'un personnage insolite : on aurait dit un chevalier en armure, mais il arborait une queue de reptile et des cornes. Le jeune homme s'apprêtait à l'ouvrir lorsque la main de Sorël se posa délicatement sur son épaule.
-Allons-y, dit-il. Laisse le livre là, Grimh le rangera.
Ils traversèrent rapidement la bibliothèque puis le pont anonyme qui enjambait le fleuve Mana. La nuit rendait le terrain d'entraînement effrayant, les silhouettes solitaires des nombreuses statues faisant penser à des monstres prêts à bondir.  
-Nous avons un peu de route, annonça Sorël. Nous serons chez moi à l'aube.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: raphael14 le samedi 29 août 2009, 14:24:25
Alors comment vais-je pouvoir exprimer l'étrange impression que m'a fait Sorël. Sa réaction quand il a rencontré Samyël m'a plongé dans l'incertitude. Cette scène est pour le moins...ambiguë. Mais maintenant Samyël va enfin commencer sa vraie formation d'Altérant. Ça promet. En tout cas je n'oublie rien et je continue à laisser mijoter mes remarques dans mon cerveau, ça pourrait être utile pour la compréhension.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: silver le samedi 29 août 2009, 14:26:17
Magnifique, j'aime le déroulement de l'histoire. Vivement la suite, j'apprécie Sorël et on voit que Samyël a mal vécu la disparition de ses proches.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Prince du Crépuscule le vendredi 04 septembre 2009, 16:53:56
Bonjour bonjour, eh oui c'est moi, l'el... le Prince! Tu y as a cru hein, avoue? Ou plutôt tu n'y croyais plus, à ma venue. Oui, désolé, blabla tout ça tu connais la chanson. Bref, je suis là, ce n'est plus la peine d'avoir peur. Les oiseaux chantent, l'eau ruisselle gaîment, le vent caresse le feuillage crêpu des sapins et le soleil rayonne à nouveau (mais pas pour très longtemps, je voudrais pas perdre ma principauté quand même...). Si c'est pas beau ça... Oh, ce que j'ai fumé? Mais rien, rien du tout je vous assure! C'est heu... l'humidité, oui parfaitement, ça me requinque. *toussote et écrase discrètement la substance illicite empaquetée derrière lui*

Bon, moi qui avais prié pour un retour du Cycle, je crois que mon voeu a été exaucé. Un an tout de même pour boucler le 20ème chapitre, fallait le faire! Mais comme je te connais, rien de très étonnant en fin de compte... L'important, c'est qu'il soit bel et bien achevé et qu'on puisse le savourer!
Alors, pour commencer, je ne commenterai que tes derniers posts, soit la fin du chapitre 20 et le chapitre 21, puisque je t'avais déjà fait part de mes impressions concernant les suites précédentes il y a assez longtemps de ça.

Comme mise en bouche à mon commentaire, j'ai envie de dire que je suis heureux de retrouver le Cycle, non seulement parce que j'avais envie que tu continues, mais aussi parce que la qualité est toujours au rendez-vous. Je dois dire que ces deux suites m'ont surpris, je ne m'attendais pas du tout à ce que notre pauvre Samyël se fasse ainsi rejeter par les autres élèves! Mais t'es vraiment un auteur sans coeur ma parole! (et je ne le sais que trop bien... *chouine*) Hm, c'est intéressant cet ordonnement par disciplines magiques et tout, on voit clairement qu'elles sont séparées. L'altération a vraiment perdu ses lettres de noblesse comme tu dis, j'aime bien l'explication en tout cas. Et le petit mage vermeil qui se retrouve tout seul et mal à l'aise dès le départ! C'est un peu ce que j'avais subodoré dès le départ: Samyël est un être solitaire qui a du mal avec les autres à cause de toutes les cruelles épreuves qu'il a dû endurer. Cette nouvelle solitude, quoique contre son gré cette fois, illustre très bien ce fait et servira sûrement par la suite à contribuer à la graine de folie qui a été ensemencée dans son esprit. C'est bien pensé et bien amené, un point d'appui narratif en gros. :p
Et en matière de cruauté, notre Altérant en herbe est plutôt bien servi! On voit directement qu'il suscite la haine des autres parce qu'il est spécial et aussi parce qu'on attend trop de lui; de quoi rendre certains vaniteux jaloux. Et c'est ce qui se passe avec ce Lowyn noble et pédant, qui me rappelle Malefoy comme Raph. A peine arrivé et il se fait déjà un rival sérieux, son opposé en quelque sorte, en plus d'être tarabusté de coeur joie par la suite. Je note la violence et la rage dont fait preuve Samyël, qui se défend tant bien que mal face au nombre. C'est un peu le côté chevaleresque de notre "héros" national, qui se dispute sans cesse avec son côté magicien pour le moment bien malmené. Car la désillusion est grande, tu nous l'as bien décrit!
Pour conclure sur ce chapitre, l'intervention de Taenry est appréciable, je l'aime bien ce bougre. La révélation quant à la faiblesse de l'Archi-mage (à laquelle je ne m'attendais pas du tout °°) est également intéressante en soi, car elle symbolise parfaitement l'état de décrépitude dans lequel se trouve plongée la magie. La surprise est grande pour Samyël tout comme pour le lecteur, un effet percutant. Le chef est amoindri, et cela rebondit comme par ricochets sur toute la communauté qu'il dirige, avec des élèves hargneux et pleins de morgue, du mépris, des querelles internes... C'est un thème à exploiter si tu veux mon avis, mais je te fais amplement confiance sur ce genre de sujet. ;)

Concernant le chapitre 21 maintenant, tu me vois heureux de pénétrer dans le cercle des professeurs car j'étais impatient de les connaître. Je vois avec plaisir que tu leur as tous donné un trait de caractère propre, même si nous ne les connaissons pas encore. D'ailleurs, je m'interroge... Ce Maître Bronze là, c'est qui? Je crois que je n'ai pas bien compris sa fonction, c'est une sorte de "sous-maître" de la télépathie? Merci au passage de nous avoir fourni la liste des disciplines magiques, je m'y perdais un peu. ^^;
Ce qu'on peut dire dès l'abord, c'est que Samyël fait un drôle d'effet à ces professeurs, et leur avis est mitigé. Enfin je suppose que c'est normal quand on a affaire à un cas aussi exceptionnel, qui s'est déjà battu à mort à deux reprises avec l'élève le plus talentueux du moment au sein de l'école.
Je m'intéresse plus particulièrement à la personnalité de Darius Quint, qui me semble être un drôle de bonhomme. (rien que par son physique déjà...) Son lien avec Lowyn laisse à penser qu'il dressera des barrières sur le chemin de Samyël, mais sait-on jamais ce que tu nous réserves, sale fourbe... :3
Ah, et l'événement de ce chapitre bien sûr, j'ai nommé Sorël! Ah, quel personnage celui-là! J'ai tout de suite accroché à son côté marginal et excentrique, rien que son entrée déjà, et la réaction des autres professeurs... c'était comique. ='D Un drôle d'oiseau quand même ce maître Altérant, même si je l'adore. Tu sais combien je porte les personnages ambigus dans mon coeur, et celui-là n'est pas en reste, bien au contraire. Un homme à la beauté envoûtante, féminin par l'apparence, mystérieux, plein de verve, et capricieux...

Bref, je me calme. Ah non, je ne me calme pas, puisqu'il faut à présent parler de sa rencontre avec Samyël! *-* En voici une première rencontre qu'elle est équivoque! Une scène très bien amenée par ailleurs, je me dois de le souligner. L'effet hypnotique est si bien rendu qu'on s'y croirait, et puis cette ambiguïté quoi! Mais c'est quoi cette relation, hein?! (oui, mes cachets, tout de suite...)  Ce sont deux opposés, comme deux aimants qui s'attirent l'un l'autre malgré leur différence d'âge et le fait qu'ils soient tous deux de sexe masculin. Je remarque que notre brave Samyël est lui aussi plus que réceptif à la beauté grâcieuse de Sorël... Une scène envoûtante, vraiment, et pleine de mystère comme je les aime, qui produit une forte impression. Ils manquent même de s'embrasser! Avoue que tu l'as piquée à Fufu, allez avoue! è_é *crève*
Les paroles de Sorël m'interpellent par contre, quand il affirme que cet "incident" est de sa faute. L'a-t-il hypnotisé sciemment pour parvenir à ses fins, ou au moyen d'une illusion peut-être involontaire? (il est sans gêne d'ailleurs, il fait ça devant Taenry) Quoiqu'il en soit, cette rencontre perturbe notre petit mage, et le lecteur tout pareil. On se demande d'ores et déjà ce qu'il va en ressortir, d'autant que les dires de l'Archimage confirment que le maître Altérant a quelques petits précédents quelque peu... déplacés. Comme le test de Samyël s'est conclu sur une réussite, on n'a plus qu'à attendre la suite des événements, et fébrilement s'il te plaît! On trépigne, on n'en peut plus, on se mord les doigts, on arrache le papier peint, on...! Comment ça j'en fait trop? °° *sort piteusement* Cette étrange relation maître/élève m'en rappelle une que je connais bien d'ailleurs, si tu vois ce à quoi je fais allusion. :p

Hmm... pour terminer sur ces remarques, la relation entre Sorël et l'Archimage "déchu" m'intéresse vivement. Il s'en dégage une sorte de mélancolie qui me fascine. J'aurais bien aimé connaître le véritable lien qui les a unis par le passé, tout comme les exactions qu'ils ont tout deux commises. Et comme j'apprécie ce genre de choses, mention spéciale aux petites références qui se sont glissées dans ce chapitre, comme le nom du bibliothécaire Grimh qui fait penser aux frères Grimm (d'ailleurs c'est marrant ça veut dire colère en Allemand :P) ou à un diminutif de grimoire. Oui bon là je divague peut-être, mais j'avais envie de le dire, la prochaine fois achète-moi une muselière si t'es pas content. :roll:
Et puis bien sûr il y a le vieux livre bien fourni du Chevalier Argoth, belle référence que j'apprécie! Espérons que l'oeuvre véritable sera aussi lourde que celle-ci. ^^

Bon, pour clore le commentaire, passons aux défauts récurrents. Je parle bien sûr des fautes, qui entachent ton récit par-ci par-là. "Fait" à la place de "Fais" à l'impératif, etc. Elles ne sont pas nombreuses certes, mais fais attention quand même. Le relâchement n'est pas toléré ici bas. Tu as par exemple oublié le -e final à "étendue" et à un autre mot qui se finit pareillement en -ue, entre autres fautes d'accord que j'ai pu relever. Solution? Une relecture assidue et précise. Autre faute que tu commets systématiquement et que j'avais déjà soulignée par le passé, au niveau de la ponctuation cette fois-ci: Après un point d'interrogation, un point d'exclamation ou même des points de suspension dans un dialoque, il n'y a pas besoin de mettre de virgule avant d'insérer un "dit-il" ou autres incises du genre. Par exemple tu ne dois pas écrire "-Je... Qui êtes vous?, demanda-t-il d'une petite voix." mais "- Je... Qui êtes-vous? demanda-t-il d'une petite voix."
Voilà, sinon je trouve que la fin du chapitre 21 (Evite de mettre chapitre 20 pour le chapitre précédent et chapitre 7 pour celui-ci, c'est assez dérangeant >_>) n'est pas vraiment pertinente, à tout le moins pas assez percutante, pour faire état d'une fin de Livre. On s'attend vraiment à une suite directe derrière je trouve. C'est peut-être plus une affaire de goût qu'autre chose mais enfin... on verra bien.

Sur ce, je te souhaite une bonne continuation, en espérant que ce commentaire t'ait été un minimum utile. Tu es sur la bonne voie pour nous faire vivre de (très) bons moments de lecture, et j'attends la suite avec une impatience non dissimulée et non dissimulable! Bonne inspiration à toi, vil écrivationneur. ;)
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le dimanche 27 septembre 2009, 00:32:27
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: silver le mardi 17 novembre 2009, 20:56:11
Cela faisait un moment, j'ai lu ta petite histoire. Je la trouve très sympathique personnellement, sinon je te souhaite une bonne continuation dans les autres récits et de les revoir très prochainement
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: astrid le mercredi 06 janvier 2010, 17:03:33
GMS, tu risques d'avoir une nouvelle commentatrice.

J'ai commencé la lecture du Cycle du Rouge et j'ai trouvé ton écriture fluide et très facile à lire (bien sûr, je n'ai pas lu ton dernier chapitre, restant dans l'ordre chronologique de tes écrits.). J'ai été très surprise et, la curiosité ne me faisant pas défaut, j'ai continué ma lecture sans pouvoir m'arrêter. J'ai la sincère impression de lire un roman, installée dans le canapé et dévorant tes chapitres comme un loup affamé. C'est vraiment envoûtant, c'est tout ce que je peux te dire. Evoûtant, fluide et tellement facile à lire. J'ai l'habitude de ne pas faire des commentaires à rallonge, donc, tu risques de me voir débarquer souvent  x-D .

Bref, que dire à part bonne continuation ? J'ai hâte de lire la suite !
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le dimanche 07 février 2010, 17:37:52
Hello, c'est moi. (Tin tin! (8))

Pour changer, je vous apporte une petite suite du Cycle. (Oui je sais, presque une demie année s'est écoulée depuis la dernière.) J'espère que vous l'apprécierez.

Silver ==> Merci d'être toujours au rendez-vous! J'espère que la suite du Cycle te satisfera.

Astrid ==> Hé bien, c'est toujours très agréable d'avoir une nouvelle lectrice! D'autant plus que si ma mémoire ne me fait pas défaut, tu es la première, des lectrices. :)
En tout cas, ton commentaire m'a fait extrêmement plaisir, il ne pouvait à mon sens être plus élogieux. (Le rapport à un véritable roman, notamment!)
Bref, encore merci, et j'espère que la suite t'agréera aussi.


En sus du Cycle, j'ai mis à jour mon dernier post, y ajoutant les chapitres 2, 3 et 4 de ce nouveau récit finalement baptisé Marcherêve. Je ne posterai pas les prochains chapitres sur un post complet comme celui-ci, je continuerai d'éditer le premier. Jettez-y un coup d'oeil de temps en temps ; j'essaierai de mon côté de prévenir, dans mes futurs post ou dans le titre du topic.


Ensuite, une question : Le premier tome de Monarque est achevé. Etant donné que cette histoire là n'avait pas eu l'air de rencontrer un fol enthousiasme, je vous demande si cela vous intéresserait que je post tout de même la suite.

Voilà, bonne lecture et à un prochaine fois! (Moins éloignée dans le temps, j'espère!...)



___________________

[align=center]Le Cycle du Rouge.[/align]


 Livre IV : Le Mage





Chapitre 22 : Tempête. (1ère Partie.)




L'air dans le coin droit du bureau se mit à onduler doucement, puis une porte d'énergie bleutée jaillit du néant. Sorël sortit du portail en s'époussetant. Derrière lui, on pouvait apercevoir ses appartements, richement décorés.
le Maître fit des yeux le tour de la pièce, et eut un claquement de langue agacé. L'Archimage n'était pas dans son bureau. Dans son dos, le portail disparut sans un bruit, ne laissant que quelques particules résiduelles qui se dissipèrent très vite.
-Nemerle?, appela-t-il, espérant que le vieil homme était dans ses quartiers à l'étage.
Il ne reçut aucune réponse. Bien que n'en ayant aucune envie, il se mit à chercher l'Archimage. Ses pas le portèrent à la bibliothèque, qu'il fouilla de fond en comble sans succès, puis vers les salles d'étude aux étages, sans plus de résultat. Il redescendit au réfectoire pour ne trouver qu'une salle vide. A peine eut-il fait deux pas dans la pièce que les Serviteurs s'empressèrent de lui servir un repas. Le nez de Sorël se plissa de dégoût à la vue de la pitance qu'on servait aux élèves. D'un geste il congédia les entités, qui reprirent leur place dans le fond.
-Sorël?, fit une voix familière derrière lui.
L'intéressé se retourna, et s'inclina respectueusement devant Taenry.
-Maître.
-Je suis surpris de te revoir si tôt.
-Nemerle m'a demandé de venir le voir une fois par mois, pour lui faire part des progrès de Samyël. Où est-il?
-Il va bien?, répondit Blanc'Barbe en pensant au jeune homme.
-Très bien.
-Et toi?
-Pareillement. Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas senti aussi bien, à dire vrai. C'est un véritable plaisir d'enseigner à quelqu'un d'intéressé. Et doué.
Taenry hocha la tête, l'air songeur.
-L'Archimage est en visite chez sa Majesté. Il ne sera pas là avant ce soir.
Sorël soupira de dépit. Il s'apprêtait à prendre congé et rentrer chez lui lorsque Taenry le devança.
-Puisque tu es là, viens donc boire une choppe.
-Hmm, fit Sorël, faussement pensif. J'ai bien peur que cela me rende tout mielleux de nostalgie.
Ils échangèrent un sourire entendu.
Les appartements du Portier se trouvaient dans le Hall. Une petite porte dérobée, cachée derrière un pilier et renforcée par des charmes de confusion en gardait l'accès. Si Taenry y passait sans problème, le Maître devait se baisser pour ne pas percuter le linteau. L'intérieur était assez vaste, quoique bas de plafond. La décoration était presque inexistante, à l'exception d'une fantastique hache de guerre à double tête, fixée sur le mur du fond. Le tranchant des lames était tel qu'il pouvait découper presque n'importe quoi. L'arme était tellement bien entretenue que le métal renvoyait des éclats irisés. Les deux têtes mortelles étaient liées par un morceau d'acier en forme de tête chauve et barbue, aux traits farouches. Il y avait quelques ressemblances avec la figure de Taenry, Sorël se fit la réflexion. Des arabesques avaient été ciselées dans le métal, et le manche, trop court pour un humain de taille normal, était fait d'un bois lourd, robuste et noir. Le nom de l'arme était gravé dans le bois, mais les runes qui le composaient n'étaient pas magiques : elles appartenaient à un langage que Sorël ne connaissait pas.
Le reste de la pièce était plus banal : un lit, de taille optimale pour Taenry, austère mais douillet, une solide table en bois avec deux chaises, quelques étagères où étaient entreposés des choppes de différentes formes et origines, toutes partageant une même esthétique raffinée, des pipes de différentes longueurs, des liasses d'herbes à fumer, du matériel de distillerie, des bouteilles d'alcool poussiéreuses, quelques volumes d'Histoire et de Géographie accompagnés de cartes détaillées et coûteuses proprement enroulées et enfin un mannequin de bois sur lequel était exposée une armure de très belle facture, composée de multiples pièces de plaque que Sorël aurait été bien en peine de nommer, d'une chemise de mailles robuste, d'un heaume à cornes blanchies et de bottes ferrées. La pièce d'armurerie était parfaitement bien entretenue, mais inutilisable pour la très grande majorité de la population car adaptée à la petite taille de Taenry.
Pendant que Blanc'Barbe fouillait méticuleusement dans ses bouteilles à la recherche d'un bon Méliol - seul breuvage que le palais raffiné de Sorël tolérait - l'Altérant se tint devant la hache et fit passer son doigt sur le manche, avec une certaine déférence.
-Cela fait combien de temps que tu ne l'as pas utilisée?
Taenry poussa un soupir à fendre l'âme.
-Bien trop longtemps. Si je ne prends pas garde, elle se couvrirait de poussière plus vite qu'il ne le faut pour le dire.
-Tout cela te manque?
Le petit homme ne répondit pas tout de suite, absorbé par le choix cornélien qui s'imposait à lui : une cuvée spéciale Perigniac 1423, ou un Château Karadhan 1567? Finalement, il opta pour le second tout en répondant franchement :
-Un peu. Mais je ne m'y trompe pas . C'est simplement que je suis vieux. Le passé paraît toujours mieux que ce qu'il était quand on est vieux.
Sorël haussa les épaules ; il n'était pas encore en mesure de juger. Il s'installa face au vieil homme et ils trinquèrent en silence.
-Cela me paraît tellement loin, la dernière fois que nous avons bu ensemble, commenta Sorël avec un soupçon de nostalgie.
-Oui, acquiesça Taenry. Presque quatorze ans maintenant. Je ne te cache pas que ça me manque. Et comme il n'y a plus  de nouveaux élèves ou presque qui viennent, je me sens seul. Les jeunes ne se préoccupent plus des vieux. Je ne me sens aucune affinité avec aucun d'entre eux. L'Archimage passe beaucoup de temps auprès de sa Majesté ces derniers temps, et les autres Maîtres sont trop préoccupés par leur quête de pouvoir personnel. Quant à Grimh... (Il secoua la tête.) Il n'a même plus le goût du jeu et s'est enfermé sur lui même, depuis que Lowyn a failli le tuer en faisant un de ses sales tours.
-Lowyn... Le rejeton des Hotts?
-Oui.
-Tss. Je me demande encore pourquoi on tolère des individus comme lui sous ces toits.
Taenry soupira, comme s'il partageait la même idée.
-Il est protégé par une Lettre de Cachet du roi. Nous sommes impuissants. Il n'y a guère plus que Darius qui a encore un semblant d'autorité sur lui.
-Quint…, grinça Sorël. J'ai cru comprendre que Lowyn avait eu des démêlés avec Samyël? (Son ton devint soudainement grave et sa figure sérieuse.)
Blanc'Barbe fixa un moment les profondeurs de sa choppe d'un air absent, comme s'il ressassait de vieux souvenirs. Il finit par acquiescer lentement.
-Il a failli le tuer, lors de son arrivée.
Les lèvres de Sorël se tordirent dans un rictus de colère, mais même ainsi sa beauté n'était pas altérée.
-Samyël a juré de le tuer, compléta Taenry, et de la manière dont il le dit, on aurait pensé qu'il espérait que cela se produirait.
Sorël posa le menton sur ses poings liés avec un sourire carnassier.
-A condition que je ne le fasse pas moi même. Rien que l'idée que ce sodomite blafard ait touché mon petit Samyël me dégoûte. Darius est un faible pour avoir laissé son élève libre de faire tous ses petits caprices.
Taenry nota mentalement l'expression "mon petit Samyël". Il se demanda quelle relation le maître et l'élève entretenaient, mais connaissant bien Sorël, il savait que le Maître attendrait quelques temps avant d'entreprendre quoi que ce soit. Il constata avec étonnement qu'il ressentait un soupçon de jalousie envers l'Altérant. Il se moqua de lui même intérieurement.  
-J'avoue que je ne le pleurerais pas. Mais tu connais les sanctions qu'encoure un Maître pour un tel acte.
-Oui, oui, éluda Sorël d'un geste de la main. J'y pense, quelles nouvelles de l'extérieur, depuis la dernière fois?
-Arabéus a la main mise sur toute l'Arch'Land. Ce n'est plus qu'une question de temps avant que Kalenz tombe.
-Le sang des Dix va bientôt disparaître, constata Sorël sans émotion particulière.
-Oui. J'ai pensé, la première fois que je l'ai vu, que Samyël pouvait être un fils perdu ou illégitime de la famille Hyälenz, tu vois, avec la couleur de ses cheveux. Mais mes recherches n'ont rien donné.
-Non, réfuta Sorël, de toute façon il n'a pas la noblesse et la pureté d'âme inhérentes au sang des Dix. C'est un être humain normal, ironisa-t-il, avec ses qualités et ses défauts.
-J'espère qu'au final, ses qualités se montreront plus nombreuses que ses défauts, intervint Nemerle en franchissant péniblement la petite porte de la pièce. Il avait les traits tirés, les yeux creusés et cernés. Il semblait exténué.
Sorël fit jaillir du sol une chaise de pierre, tandis que Blanc'Barbe se levait pour prendre une troisième choppe. Nemerle se laissa choir sur le siège avec un soupir d'aise.
-Tu as l'air bien mal en point, commenta l'Altérant.
-La vie à la cour m'épuise. Je ne sais pas comment font les nobles pour s'y plaire. Et puis, le jeune Arthurus commence à s'exaspérer de la passivité de son père - ce dont je ne peux le blâmer, hélas - et les deux n'arrêtent pas d'avoir des mots. Avoir à les séparer à chaque fois, c'est du sport!, conclut-il sur un petit rire.
-N'en faites pas trop, fit Taenry.
-Ne t'en fais pas. Quelques heures de repos, et je serai comme neuf.
-Qui est Arthurus, demanda Sorël qui vivait reclus depuis trop longtemps pour se souvenir de tous les mondains.
-C'est le jeune prince. Il a l'âge de Samyël, mais possède déjà un esprit acéré et un goût prononcé pour l'action. Il fera certainement un grand roi. Si tant est qu'il survive jusque là, ajouta sombrement Nemerle. Mais n'en parlons plus! Il est curieux de te revoir sitôt, Sorël.
-Je te rappelle que c'est toi qui m'a demandé de venir une fois par mois, vieil homme, répliqua l'intéressé avec agacement.
-Hein? Ha oui, exact. Je m'en souviens à présent. Un Château Karadhan?, demanda-t-il à Taenry après avoir goûté au contenu de son verre.
Le petit homme acquiesça.
-Excellent. Bien mieux que les meilleurs vins des caves royales. Entre nous, je trouve que les vins Candeciens perdent de leur lustre, au fil des ans. Ha, une des retombées de la guerre je suppose. J'espère qu'ils remonteront la pente.
-Si ça te fait rien, nous reparlerons viticulture la prochaine fois, siffla Sorël qui commençait à perdre patience.
-Oui pardon. Je t'écoute.
-Le garçon montre des aptitudes certaines pour l'Altération. Il assimile sans aucun problème les leçons.
Nemerle attendit un instant que Sorël continuât, mais comme le Maître n'avait pas l'air de vouloir ajouter quoi que ce fût, il s'étonna :
-C'est tout?
-Et bien quoi?, répliqua sèchement Sorël, visiblement agacé. A quoi t'attendais-tu après seulement un mois?
-Ha, oui, excuse moi. Bien. Je me réjouis. Ce garçon nous sera utile après tout.
A ces mots, Sorël plissa les yeux et demanda un peu trop rapidement pour que ce ne soit que de l'innocente curiosité :
-Utile à quoi?
L'archimage poussa un soupir mais fixa Sorël droit dans les yeux.
-A la guerre, voyons.
Sorël se leva si précipitamment que sa chaise tomba dans un claquement sonore. Il fixa le vieil archimage avec des yeux brûlants de colère. Taenry craignit même qu'il ne le frappât.
-Jamais, gronda l'Altérant avec une voix dure. Jamais je ne vous laisserai l'utiliser pour vos machinations.
-Tu ne peux rien y changer, Sorël, répondit Nemerle sur un ton tellement froid qu'une tension palpable envahit la pièce.
Les deux hommes se toisèrent en silence, l'un brûlant de rage, l'autre serein comme la glace.
-Et pourquoi cela, vieil homme?
-Parce qu'il a juré. Il a fait le serment au général Kalenz qu'il investirait ses pouvoirs dans la guerre, en échange d'une échéance de cinq ans.
Taenry soupira en affaissant ses épaules. Sorël claqua la porte si violement derrière lui que la hache de guerre tomba au sol.

***

-Qu'est-ce que tu fabriques, cloporte?, grinça Furoncle avec sa voix de crécelle en passant sa sale bobine par dessus son épaule.
-Ca te ne regarde pas, vermine, répliqua Samyël en l'envoyant valdinguer d'une claque.
Le petit démon familier glapit de peur et s'écrasa durement au sol. Sans perdre de temps, il se remit debout sur ses petites pattes grêles pour agonir le jeune homme d'injures qui auraient fait saigner les oreilles d'une statue. Agacé, Samyël souda les lèvres de la créature avec le sort que Sorël lui avait appris. Au moins, avec ça il avait la paix. Lorsque le Maître était là, le diablotin était déjà à peine supportable, mais depuis qu'il avait quitté les lieux, ce n'était plus vivable. Il se demanda comment Sorël pouvait supporter la présence de Furoncle.
Ce dernier, indigné et outragé voleta jusqu'au rebord de la fenêtre et bouda en remuant de sombres pensées. Avec un sourire, Samyël se replongea dans sa lecture. Un volume intéressant sur les secrets de la manipulation de l'air. Il s'étonnait de tout ce que l'on pouvait faire avec l'élément aérien. Il avait déjà hâte de pratiquer. Sa soif de connaissance et son impatience à progresser relevait presque du caractère obsessionnel. Il ne s'expliquait pas cela, mais depuis qu'il avait réellement commencé à étudier, il ne pouvait plus s'arrêter. Il s'endormait le soir en récitant des listes de sorts, rêvait d'expérimentations...
Sorël se révélait un excellent professeur. D'une infinie patience, il corrigeait son jeune élève avec gentillesse, lui enjoignant la persévérance. Il avait d'ailleurs hâte que son Maître revienne. Il se surprenait à souffrir de son absence. Lorsqu'il était à ses côtés, Samyël ne pouvait s'empêcher de ressentir de façon aiguë la proximité de l'Altérant : son odeur de fleur, la douceur de son souffle, la chaleur de son corps...
Samyël secoua la tête en rougissant légèrement de honte pour de telles pensées. Que lui arrivait-il? Il ne se souvenait pas avoir déjà ressenti cela pour quelqu'un...
Relevant les yeux de son ouvrage, il se demanda ce que faisait Sorël à cet instant...
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: silver le dimanche 07 février 2010, 17:54:26
Magnifique chapitre... Je suis en complète adoration devant ce récit au combien grandiose. Pour ce qui est de l'autre récit, je l'adore et je le lirais. J'adorerais voir une fin mais si tu n'en as pas le temps, je comprendrais.

Edit : J'ai regardé aussi les chapitres au dessus de celui de Samyël. C'est vraiment excitant, j'attends la suite avec beaucoup d'impatience.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: raphael14 le dimanche 07 février 2010, 18:59:54
Ah, enfin, enfin la suite du Cycle du Rouge.
À vrai dire ça faisait si longtemps que j'avais oublié la saveur de ton style qui je dois bien le dire savoureux. Aussi est-ce avec joie que je retrouve Samyël qui est, tout compte fait, pas si mauvais en magie.
Par contre je me pose de plus en plus de question sur la relation entre notre ami Samyël et Sorël : la façon dont il l'appelle "mon petit Samyël et la façon dont il s'emporte lorsqu'il apprend que son élève va combattre. Furiouze sort de ce corps !

En tout cas vivement la suite.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: astrid le dimanche 07 février 2010, 19:07:55
Je ne peux qu'approuver silver et Raph' : Délicieux ! Ce chapitre est super, et j'aime beaucoup tes dialogues au langage soutenu et surtout la discussion entre Sorël et Taenry au début du chapitre. Tout du moins, je trouve ton style superbe, et on en veut encore.
Bonne continuation et je me réjouis de lire la suite !
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Prince du Crépuscule le dimanche 14 février 2010, 14:35:48
A mon tour de commenter! (aujourd'hui, sauce allégée au menu <3)

Déjà, pour répondre au commentaire de mon commentaire (je sais ça commence à dater, la GMSoïde a déjà dû faire des ravages :3), la relation ambiguë maître/élève inspirée de Sorël/Samyël que j'évoquais n'est autre que celle qui unit Sildinn et Aylinn, si tu te souviens encore d'eux. Et toi? Tu pensais à qui? :p

Pour ce qui est maintenant du commentaire en lui-même, je vais commencer par reprendre ce qu'ont dit ceux qui m'ont devancé: il s'agit d'un chapitre tout à fait savoureux après tout ce temps passé sans nouvelles, en plus de constituer une ouverture tout à fait adéquate à ce quatrième livre. Quand on y regarde de près, il ne se passe presque rien dans cette introduction, qui se contente de nous rafraîchir la mémoire en ajoutant quelques faits inédits. Mais on bavait tellement d'impatience, on avait tellement soif de nouveauté, que tout passe finalement. *crève*
Blague à part, même s'il est vrai que de nombreux événements dont tu avais fait état dans le précédent livre nous sont confirmés, tu le fais avec doigté, si bien qu'on prend tout de même plaisir à lire ce premier chapitre.

J'ai pas mal apprécié la discussion entre Sorël et Taenry en particulier, elle est sympathique, tout à fait dans le ton et donne envie d'en savoir en plus. Je sais que je me répète, mais pour un énergumène comme toi ça ne fait jamais de mal: j'aime beaucoup ce Blanc'Barbe et j'attends d'en apprendre davantage sur lui.
La grâce et l'excentricité de Sorël sont également mises en avant, et cela n'est pas pour me déplaire. Le maître Altérant est toujours aussi intrigant à mes yeux, il m'a l'air de développer de drôles de relations surtout. Dans tout ce qu'il fait, j'ai la franche impression qu'il a toujours un avis ou un sentiment bien tranché, que ce soit dirigé vers la haine (Darius Quint), un respect et une amitié marquées (Taenry), ou encore un respect amoindri (Nemerle). La différence de traitement est nettement perceptible dans le dialogue entre les trois hommes, ce qui te fait un bon point. La colère excessive dont fait preuve Sorël est assez représentative du personnage d'ailleurs je pense. En tout cas elle m'a surpris et m'a plu tout à la fois, car la raison en est touchante. La confrontation entre la caractère sulfureux du maître Altérant et la placidité éreintée de l'Archimage est assez saisissante je dois dire.

Il n'empêche que, tel que tu me connais, je ne me lasse pas d'apprécier les contrastes. Sorël en est un à lui tout seul, conformément à ce que j'avais déjà souligné dans mon précédent pavé; et j'adore! Quand on compare son vain emportement et la gentillesse attentive qui lui prête Samyël, on ne peut passer à côté. Mwahahaha, ça augure de bonnes scènes bien saignantes en perspective. °w*

Bon, voilà voilà, ce sera tout pour cette fois. Je finirai par effectuer une légère piqûre de rappel au niveau des défauts récurrents qui t'encombrent, en te félicitant toutefois du nombre de fautes décroissant. Je suis impatient de pouvoir goûter à la suite, et surtout d'avoir la chance d'assister à une leçon donnée par l'élégant Sorël à Samyël. Une scène prometteuse s'il en est une! (dis-moi qu'il y en a une ou je t'étripe è_é)
A bientôt pour de nouvelles aventures! ;)

PS: Je lirai tes scènes coupées une autre fois. Quand? Je ne sais pas, mais quand ce sera fait, je ne manquerai pas de te faire part de mon avis. Sur ce, vivement la suite!
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le dimanche 14 février 2010, 15:51:32
Kikoo c'est moi.

Et en plus je ne viens pas les mains vides, vu que je vous ramène la suite du Cycle! Hohoho!

Silver ==> Merci pour le commentaire! :) A ta demande, je posterai bientôt la fin de Monarque.


Raphael ==> Non non, aucune marmotte maléfique n'a pris le contrôle de mon esprit :niak: J'espère que la suite continuera à te plaire, et merci pour le commentaire ^^


Astrid ==> Merci pour le commentaire ^^ En espérant que la suite te plaise tout autant :)


PdD ==> Le problème des sauces allégée, c'est qu'on reste sur notre faim et qu'on en reprendrait bien un peu :)
Ne t'en fais pas pour Taenry, on en apprendra plus sur lui au fil des chapitres. Encore une fois, je suis content que tu apprécies Sorël. :) C'est vraiment un personnage qui m'est important.
Quant aux scènes de leçon, bien sûr qu'il y en aura, ce serait comique sinon pour un livre qui y est dédié :p
Bref, encore merci pour ton commentaire, et moi j'attends avec impatience le prochain :p  :<3:


En attendant, voici la suite et fin du chapitre 22. A la prochaine et bonne lecture!



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Chapitre 22 : Tempête (Deuxième partie.)


Sorël s'inclina encore une fois pour remercier, puis referma la porte de l'atelier de forge doucement. Sa rage ne l'avait pas quitté, mais à présent elle battait à froid. L'Altérant était très vite redevenu maître de lui même, canalisant sa colère en énergie créative. S'il ne pouvait pas rompre le serment de son jeune élève, alors il ferait tout son possible pour en faire le meilleur, afin qu'il survécusse le plus longtemps possible. Il était frustré d'en être réduit à cela.
Il avait filé droit vers Bronze, dans le dessein de lui commander deux épées d'entraînement. L'Altérant et la statue vivante n'étaient pas spécialement proches, mais Bronze avait été heureux de transformer la demande en exercice pratique pour ses trois élèves.
C'est donc avec ses deux épées emballées sous le bras que Sorël faillit se cogner à Lowyn de la maison d'Hott. Le jeune homme se tenait bien droit, les bras croisés sur sa poitrine dans un halo d'arrogance presque palpable, sa robe noire flottant fièrement et légèrement dans la petite brise qui balayait le terrain d'entraînement. Ses lèvres étaient tordues en un rictus de mépris, qui s'accentua d'autant plus qu'il parcourait des yeux le pourpre du vêtement de Sorël. Ses yeux bruns brillaient d'un éclat de cruauté et de malveillance, doublés d'une redoutable intelligence perverse.
-Alors, commença-t-il d'une voix lente, s'exprimant comme s'il s'adressait à une personne sénile, comme ça c'est vous qui enseignez la prestidigitation à ce rat de Samyël?
-Hôte toi de mon chemin, vermine, répondit Sorël d'une voix aussi froide et doucereuse qu'une dague bien effilée.
Cela n'impressionna nullement le Rhéteur. Ils s'affrontèrent du regard pendant quelques instants ; la tension était si forte qu'on aurait pu la trancher au couteau.
-Ce ne doit pas être facile, reprit Lowyn, provocateur, d'enseigner à un idiot sans pouvoir. Au moins, il pourra toujours nous distraire un peu, au dîner.
-J'espère que tu n'as pas trop souffert, répliqua Sorël en tapotant sa lèvre inférieure, lorsque "l'idiot" t'as décimé d'un seul coup de poing.
Le jeune Hott eut un rictus de haine pure à l'évocation de cet épisode.
-Retirez ce que vous avez dit, tout de suite.
-Sinon quoi, cloporte? Tu attaquerais un Maître?
-Vous, un Maître?, railla Lowyn. Laissez moi rire. Vous n'êtes qu'un magicien de pacotille qui s'enorgueillie de faire un peu de fumée. Vous ne connaissez même pas la véritable définition du mot magie.
L'insulte arracha un sourire malsain à l'Altérant. Sa rage brûlait de nouveau pleinement en lui, exacerbée par la discussion. Il posa la main sur le mur de pierre noir, à sa gauche et susurra quelques mots de pouvoir. Une main de roc jaillit du sol, juste devant le Rhéteur, et s'enfonça rudement dans son abdomen. Surpris, Lowyn se courba en deux sous l'impact, et cracha un peu de sang. Il était si peu habitué à la douleur qu'il crut mourir. Il resta un moment à genoux, les bras croisés sur son ventre en gémissant.
-Le grand Lowyn Hott serait-il déjà face contre sol, gémissant pitoyablement, terrassé par "un magicien de pacotille"? Voilà qui est curieux.
Blessé dans sa fierté, le jeune Hott leva des yeux pleins de haine vers la figure de Sorël qui le toisait d'un regard empli de mépris et de dégoût. Sa beauté surnaturelle éclaboussait l'orgueil de Lowyn. Il serra le poing de rage. Sorël passa à côté de lui, s'éloignant vers les dépendances.
-Comment osez vous?, cracha-t-il.
Il se releva péniblement, son corps parcouru de spasmes de haine. Cependant, il mordit à nouveau et durement la poussière lorsque Sorël le frappa violement au visage avec sa botte. Lowyn poussa des gémissement aigus, son beau visage blafard baigné dans le sang qui jaillissait de son arcade sourcilière ouverte. Sa haine fondit comme neige au soleil sous l’effet conjugué de la peur et de la souffrance, souffrance d’autant plus grande que personne n’avait jamais levé la main sur lui. Il eut des haut-le-cœur en goûtant son propre sang dans sa bouche et faillit vomir. Cependant sa fierté l’en empêcha.
A travers ses larmes, il vit la silhouette sombre et brouillée du maître Altérant juste à côté de lui. Terrible, il se tenait droit dans toute son arrogante beauté, ses longs cheveux soyeux voletant dans la brise légère. Il ne disait rien, se contentant de le toiser, mais ses yeux parlaient pour lui. Le jeune Hott y lut de la haine, de la fureur, du mépris et de la folie.
Alors il comprit qu’il allait mourir ce jour là.

***

Kalenz s’affaissa dans son siège, broyant du noir en observant la dizaine de jeunes gens qui se tenait devant lui, dans leurs cottes de mailles trop grandes, avec leurs casques trop grands, leurs bottes trop grandes et leurs armes qui paraissaient dans leurs mains démesurées. Des volontaires, probablement des fermiers des environs qui avaient pris les armes familiales pour s’engager. Le général songea avec ironie qu’une dizaine d’années plus tôt, il les aurait renvoyés chez eux avec des tapes dans le dos et un verre de chocolat. A présent, ils étaient ses soldats, parce qu’il en avait terriblement besoin.
-C’est un honneur pour nous de servir l’Arch’Land, seigneur-général, dirent-ils à l’unisson en posant un genou par terre.
Kalenz faillit éclater en sanglot, mais il parvint à se reprendre.
-Je comprends, s’entendit-il répondre, et je suis honoré que vous vous joignez à moi. Je sais que vous servirez avec bravoure et hardiesse. A présent, voyez avec le capitaine Dribeck, il va vous expliquer…
Lorsqu’il fut à nouveau seul dans la Grande Salle, Kalenz, dernier descendant des Dix Chevaliers Servants du Roi Aegir, posa la tête dans le creux de sa paume et passa de nombreuses heures à maudire tout ce qu’il connaissait au monde, jusqu’à sa propre mère et son propre père.
« Cinq ans. »

***

S’il y avait bien une chose que Murad Murazim avait appris en trente années de piraterie, c’est qu’il fallait éviter comme la peste tout ce qui arborait sur ses voiles immaculées une croix rouge et sur sa proue un gus en train de lire un livre.
-La Sainte Expédition!,  glapit la vigie du haut du mât, avec une voix déformée par la peur.
Murad eut envie de lui planter son sabre en travers de la gorge. Il détestait qu’on énonce des évidences. Le terrible trois mâts Justice n’était pour le moment qu’une sombre et massive silhouette à l’horizon mais propulsé par ses centaines de rameurs, il se déplaçait à une vitesse inimaginable pour un navire de cette taille. De mémoire de pirate, personne n’avait survécu à une rencontre avec le Justice. Après tout, c’était le vaisseau personnel du Commandeur. Non seulement il était lourdement armé, mais en plus de cela il pouvait accueillir un nombre impressionnant d’hommes d’armes et d’équipage. Une confrontation directe ou un abordage revenait à peu près au même : l’annihilation pure et simple.
Murad frappa le bastingage avec rage. Le capitaine Murazim ne s’avouait jamais vaincu. Il se retourna vivement vers son équipage médusé.
-Monsieur Gallow, tribord toute. Où est passé ce bon à rien de faiseur de vents?, hurla-t-il pour réveiller ses hommes.
Tout à coup, le pont du Rouge de Salibli  fut le théâtre d’une agitation frénétique. Les deux grandes voiles carrées du galion furent levées, arborant fièrement le crâne vermeil de Murad, tandis qu’une vingtaine d’hommes s’affairèrent à charger les imposantes balistes placées le long du bastingage. Des hommes remontèrent des calles avec des réserves de projectiles, ainsi que les armes légères d’abordages, sabres, dagues, de même que de longs pieux en bois pour repousser les attaquants.
-Capitaine, fit une voix hautaine derrière Murad.
Celui-ci se retourna et toisa l’homme d’âge mûr, aux traits aristocratiques vêtu plutôt richement pour un pirate. Icabod était un magicien de province, habile dans la manipulation des vents, qui avait préféré embrasser une carrière de forban plutôt que de finir sur un bûcher. Les deux hommes se détestaient, mais ils avaient trop besoin l’un de l’autre.
-Je veux un vent d’est, le plus fort possible.
-D’est?, s’étonna Icabod. Mais cela nous entraînera vers la grande mer.
-Tout à fait. Avec un vent arrière nous irons plus vite qu’eux, car leur navire est trop lourd. Et avec tous les hommes qu’ils trimballent, ils seront à cours de vivres avant nous. Ils ne pourront pas nous talonner bien longtemps. Ce genre de vaisseau n’est pas fait pour de longues expéditions sans  ravitaillement régulier.
-Cela me semble une stratégie bien périlleuse, capitaine.
-Ouais, et ben écoute moi bien, c’est ça ou se retrouver tous par le fond. C’est toi qui choisis.
Icabod pinça les lèvres mais ravala sa réplique.
-J’espère que vous savez ce que vous faites. Vous allez nous entraîner dans des mers sur lesquelles personne n’a jamais voguées.
-Et alors? Qu’est-ce que ça peut faire? La mer c’est la mer. Qu’est-ce que tu crains? Les monstres marins? Le vieux Barbu?
Murad ricana.
-A votre guise, siffla Icabod.
Vert de rage, ce dernier se dirigea d’un pas énergique vers sa cabine où il s’enferma. Quelques minutes plus tard, alors que le Justice se rapprochait inexorablement, à tel point qu’on pouvait à présent voir des silhouettes s’affairer sur le pont, un vent digne d’une tempête balaya le Rouge depuis la poupe, gonflant ses voiles à les faire presque craquer. Le galion fit un bond en avant, projetant une grande partie de l’équipage à la renverse. Murad observa avec satisfaction les grandes gerbes d’écume que son navire laissait derrière lui, attestant de la vitesse à laquelle ils évoluaient à présent.
Cependant, il fut pris d’un étrange pressentiment lorsqu’il regarda les côtes diminuer puis disparaître à l’horizon.

***

Dhaltarion III, roi de l’agonisante Arch’Land, écoutait avec attention le rapport de son fidèle archimage à propos des progrès du garçon, le fameux Samyël. Il hochait de temps à autres la tête, sa main droite fourrageant lascivement dans sa barbe. Markus d’Esboni, le grand intendant de la famille royale, et Filibert d’Aranis, général en Chef des fantomatiques armées Arckendéennes, étaient présents eux aussi, mais ni l’un ni l’autre ne fit un commentaire.
Lorsque Nemerle eut fini, le roi se leva de son siège et alla à la fenêtre.
-Je vois, je vois…, fit-il sans cesser de tripoter sa barbe.
Il observa un moment son fils, le prince Arthurus, qui s’entraînait à l’épée avec les gardes, dans la cour. Il n’avait que quatorze ans, mais c’était déjà un homme. Grand, il avait des muscles fins, nerveux et puissants, qu’il accompagnait d’une sveltesse de coureur, faisant de lui l’un des meilleurs épéiste de la ville. Ses traits qui avaient jadis été naïfs et délicats étaient dorénavant durs, virils et marqués, quoique non dénués d’une certaine beauté fruste. Une moue colérique ne quittait jamais son visage, et lorsqu’on pouvait apercevoir ses yeux bleus sous sa tignasse de cheveux blonds, on y voyait un orage perpétuel, prêt à totalement éclater. Malgré son aspect de brute, c’était quelqu’un de bon et loyal, et en dépit du fait qu’il haïssait son père, celui-ci en était fier. Dhaltation était heureux que son fils ait hérité du caractère de sa mère plutôt que du sien. Chaque fois qu’il croisait son enfant et que leurs regards se croisaient, il avait l’impression d’être devant un miroir lui renvoyant à la figure sa propre lâcheté. Le roi savait que le prince l’accusait silencieusement de l’état actuel des choses.
Les épaules du monarque commencèrent à frémir, indiquant qu’il allait pleurer.
Les trois autres hommes se détournèrent respectueusement. Ils savaient que leur roi était un homme faible et fragile, mais à la différence d’Arthurus, ils ne le détestaient pas pour autant. C’était leur roi, leur ami et ils l’aimaient comme il était. Tous, de toute manière, se sentaient coupables de la condition du roi. C’est eux qui l’avaient élevé. C’est eux qui l’avaient trop protégé, durant une époque de paix. Nemerle avait été un professeur trop laxiste. Markus un tuteur trop gentil. Filibert un ami trop prévenant. Ils avaient vu grandir un enfant trop frêle pour porter le poids d’une couronne, trop naïf et gentil pour faire un bon politicien, et surtout trop peureux pour faire un grand roi. C’était donc leur faute. Ils avaient façonnés un monarque inapte à affronter une crise de cette ampleur. Ils n’avaient pu que contempler, impuissants, l’accumulation des erreurs,  dictées par la peur et les maladresses. Ils avaient été les artisans de leur propre défaite.
Et surtout, ils n’avaient pas eu le cran de faire la seule chose qui les aurait sauvé. Ils n’avaient pas eu le courage d’assassiner Dhaltarion pour mettre à sa place, non pas son fils, trop jeune, mais son demi-frère, Carolis. Un homme mauvais, cruel, traître et perfide, mais capable d’affronter les responsabilités de la fonction royale.
Mais il était trop tard maintenant, et le triumvirat officieux d’Arendia avait honte d’avoir ne serait-ce qu’évoqué cette possibilité.  

***

Lowyn de la maison d’Hott essaya de se relever, pleurant et gémissant sous la douleur. Mais le pied  de Sorël se posa avec violence sur son torse frêle, le clouant au sol. Il poussa un couinement suraigu.
-Tu me fais pitié. Tu n’as aucune élégance. Tu es laid. Tu n’es qu’un sodomite.
Le Maître lui cracha au visage en y mettant tout son cœur.
-Ne t’en fais pas, mon petit, continua-t-il sur le même ton froid et doucereux. Je ne vais pas te tuer…
Un sourire mauvais mais gracieux étira les lèvres carmins de l’altérant.
-… Samyël le fera.
C’en fut trop pour Lowyn. Il poussa un long et pathétique hurlement haut perché, abandonnant toute dignité. Il ne songea pas même un instant à se servir de sa magie.
-Sorël. Ecarte toi de mon élève.
L’ordre sec claqua comme un coup de tonnerre sur le champ d’entrainement. Alors même que le maître Bronze et ses élèves sortaient de la forge pour voir de quoi il retournait, Darius Quint, le petit rhéteur, se matérialisa littéralement à quelques mètres de Sorël. Comme de coutume, il paraissait serein, cachant ses mains dans les grandes manches de sa robe, mais derrière ses lunettes bleues, ses yeux se paraient d’une froide colère. C’était lui qui avait parlé.
-Darius, darius, darius…, fit Sorël sans même le regarder, ses yeux toujours rivés sur sa proie. Toujours à gâcher le plaisir des autres, à ce que je vois.
-Je n’ai que faire des plaisirs d’un fou pervers tel que toi, Lyzandre.
A l’évocation de son prénom, l’altérant tourna la tête vers son rival. Ils s’affrontèrent du regard une longue minute ; la tension était tellement palpable, la tempête tellement proche d’exploser, que Bronze intima à ses élèves de rentrer dans la forge. Il en fit de même. Il ne souhaitait pas être mêlé à ce qui allait arriver.
-Tu devrais mieux les dresser, tes chiens, déclara Sorël avec morgue. Ils aboient un peu trop fort.
-Cela me regarde. En attendant, écarte toi.
-Sinon quoi, Darius?
Il y eut un silence, qu’un vent un peu plus fort s’empressa de briser, déplaçant de petites masses de poussière sur la scène. Lowyn n’en menait pas large. Il était au bord de l’évanouissement, des suites de la perte de sang.
-Sinon je vais devoir t’écarter moi-même.
Les deux maîtres se toisèrent, et la haine qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre exsudait par tous les pores de leur peau.
-Tu veux régler ça tout de suite et maintenant, asticot?, ricana Sorël. Allons, ne me fait pas rire. Nous savons très bien qui de nous deux détruirait l’autre. Vous me lassez, tous les deux. J’allais partir, de toute façon.
Il fit mine de se retourner, mais il se ravisa, mimant quelqu’un qui se rappelle soudain de quelque chose. Tout en regardant Darius dans les yeux, il leva la jambe et abattit son pied avec force sur le torse de Lowyn. L’impact brisa quatre côtes.
Tandis que le jeune homme hurlait de douleur en crachant du sang, le maître Altérant s’en retourna chez lui, sifflotant un petit air gai. Darius Quint, lui, ne parvint pas à contrôler les tremblements de terreur de son corps.

***

Le vent avait échappé au contrôle d’Icabod, se transformant en une véritable tempête, déchaînant la mer alentour dont les vagues immenses et hurlantes s’abattait avec frénésie sur les ponts des deux navires pris dans la tourmente. Des traits de balistes franchissaient les airs déchaînés, tentant tant bien que mal de toucher leur cible.
Contrairement à ses estimations, le Justice n’avait à aucun moment perdu sa prodigieuse vitesse. Il avait pourchassé impitoyablement le Rouge de salibli par delà les mers connues et ouvert le feu malgré la tempête. Fou de rage, Murad Murazim avait ordonné de couler par le fond le navire de ces fous fanatisés. Les voiles étaient affaissées, tristement lacérées par les vents violents. Les gouvernails ne répondaient plus aux ordres désespérés des navigateurs et les lames de fond menaçaient de les faire chavirer à tout moment. Plusieurs hommes étaient déjà tombés par-dessus bord. Mais les deux capitaines n’en avaient cure. Ils voulaient du sang.
Une secousse effroyable ébranla le Rouge lorsque l’épieu de bronze fixé à la proue du Justice le perfora avec violence. Les pirates dégainèrent leurs armes, sans grande conviction toutefois. Des dizaines d’hommes en armes et armures sautèrent sur le pont arrière, et les combats éclatèrent un peu partout. Mis à part Icabod, terré dans sa cabine, personne ne se souciait du fait qu’ils se trouvaient au milieu d’une mer inconnue, à des miles et des miles de la côte.
Les soldats restés sur le Justice se mirent à tirer des flèches depuis le bastingage, sans grand résultat car les vents trop violents déviaient les traits.
Murad tira au clair le cimeterre qui avait fait sa renommée. Réunissant quelques hommes autour de lui, il mit ses fabuleux talents d’escrimeurs à l’épreuve pour tenter de repousser l’envahisseur. Le pont mouillé était glissant, les cordages renversés s’emmêlaient autour des chevilles et des paquets d’eau frappaient les hommes à intervalles réguliers, rendant difficile toute manœuvre. Murad voyait des hommes fauchés par les vagues, emportés par les eaux hurlantes vers une mort douloureuse. Le pirate jura tout en se battant. Il ne voulait pas mourir ici, pas comme ça. Loin de tout. Ces pensées lui donnèrent une force nouvelle, attisant sa rage, et il redoubla d’efforts. Ses poumons le brûlaient, il avait la gorge desséchée à cause du sel et ses yeux le piquaient, mais il progressa, péniblement, mètre par mètre.
Soudain, il fut sur le pont du Justice, une dizaine d’hommes à ses côtés. Il cligna des yeux, et un éclair illumina la scène. La suite ne fut qu’un corps à corps furieux, et Murad n’était pas certain de ne pas avoir tué un de ses hommes dans la tourmente. Il se retrouva au bout d’un moment à croiser le fer avec un homme couvert d’un casque orné d’ailles d’aigle. Ce n’était pas le Commandeur, juste un Légat. De rage et de dépit, il le décapita d’une botte audacieuse.
C’est à ce moment là que le Rouge de Salibli s’écrasa sur le pont du Justice.    

***

Le silence se fit lorsque l’étranger poussa la porte de l’auberge du Relais. Ce n’était pas que les étrangers étaient rares , puisque c’était précisément une auberge de voyageurs, mais c’était plutôt son aspect qui donnait matière à suspicion. L’homme n’était pas bien grand, à vrai dire il avait la taille d’un adolescent, mais l’armure noire polie qu’il portait lui donnait une carrure de bœuf. On ne voyait pas son visage, caché par un rideau de cheveux d’un blanc sale et il transportait une drôle d’épée à la ceinture, dont la lame était couverte d’inscriptions dansantes.
Il resta un moment sur le seuil. L’aubergiste hésita à lui dire d’entrer. Il pressentait des ennuis. Les soldats n’étaient pas rares, si près de l’Arch’Mark, mais l’étranger avait plus l’air d’un de ces mercenaires du nord, des soudards ivrognes. L’homme finit pas traverser la salle, et s’installa à une des tables du fond, le dos au mur. Les poils des clients se hérissaient à son passage, mais personne ne pipa mot. L’aubergiste remarqua qu’il semblait fixer l’autre étranger arrivé un peu plus tôt, un type d’âge mûr à la mine jovial, victime d’un peu d’embonpoint. L’homme en question dégustait son repas sans faire attention au reste de la salle.
Cependant, lorsque l’aubergiste lui apporta une nouvelle pinte de bière, il constata que l’épais voyageur suait à grosses gouttes. Pourtant la soirée était fraîche.

***

La scène avait quelque chose d’irréel. Murad Murazim, capitaine corsaire du Rouge de Salibli, regardait avec un détachement né de la fatigue son propre galion exploser sous le choc de l’impact avec le pont du Justice. Des planches de bois volèrent à côté du pirate, des échardes mouillées plurent sur lui, un cordage projeté avec force le frappa de plein fouet. Des hommes et des morceaux d’hommes chutaient autours de lui, comme dans une mauvaise histoire de monstre.
De monstre…
La réalité frappa Murad. Il se rendit compte que son bateau, son galion, était tombé du ciel. Lentement, comme dans un rêve, il tourna la tête, juste à temps pour voir une masse titanesque, plus noire que le noir, s’enfoncer à nouveau dans les flots déchaînés, là où s’était trouvé son navire. Une salve d’éclairs illumina brièvement la chose, révélant une texture écailleuse. Murazim vomit.
En chancelant, il se traîna jusqu’au bastingage, choqué par ce qui se passait. Les hommes, qu’ils furent pirates ou Arch’Markiens, couraient dans tous les sens, ou bien restaient prostrés par terre, les mains sur leurs blessures, ou au chevet d’un camarade. Le pont du Justice émit un craquement terrible, prêt à se rompre sous le poids du Rouge.
Murad se pencha en avant. Une ombre d’une taille inimaginable rôdait sous le bateau. Le capitaine n’eut même pas le temps d’implorer ses dieux qu’un pieu gigantesque et écailleux perfora le Justice, le propulsant dans les airs avec une force défiant la physique. Tout fut projeté dans un maelström d’hommes, de cris, d’eaux, de bois, d’acier. Une baliste frappa Murad dans le dos, l’envoyant un peu plus loin. D’en haut, le pirate avait une vue d’ensemble. Les vagues déchaînées cachaient dans leurs replis les circonvolutions d’une chose monstrueuse. La terreur s’empara impitoyablement de Murad lorsqu’il amorça sa descente.
Mû par un réflexe élémentaire, il parvint à adopter une position de plongeon, ce qui lui évita de mourir sous l’impact de l’eau. Beaucoup n’eurent pas cette chance. Les eaux noires et glacées happèrent le pirate comme des bras avides. Murazim se mit à ruer, en proie à une panique animale. Il sentait des choses qui crevaient la surface pour s’enfoncer dans l’eau, derniers vestiges de deux des plus beaux navires jamais construits. Le pirate entendit soudain un son horrible, couvrant la tempête et les « plouf » sonores. Il crut tout d’abord à un chant de baleine, mais c’était plus grave, plus sinistre, plus monstrueux.
Soudain, le calme se fit. Murad s’enfonçait toujours plus profond, mais les eaux étaient calmes, et les bruits s’étaient tus. Il se demanda si il était en train de mourir déjà, car ses poumons le brûlaient atrocement. Il ouvrit les yeux. L’eau salée attaqua sa cornée, mais il n’en avait cure. Il ne voyait rien. Il n’y avait que les ténèbres liquides. C’était une vision terrifiante.
Un faisceau de lumière rouge, brûlante, diabolique, creva l’obscurité, dévoilant le macabre spectacle. Des dizaines et des dizaines de corps gonflés aux yeux exorbités dérivaient funestement, plusieurs à quelques centimètres à peine de Murad. Paniqué, ce dernier voulut s’éloigner, mais il n’avait plus de forces. Il vit des silhouettes massives et sombres évoluer à la périphérie de la lumière. Il sut que ce n’était pas des requins.
Tout à coup, le faisceau se braqua sur lui, l’aveuglant. Lorsqu’il put rouvrir les yeux, il vit un œil horrible, malfaisant, démoniaque, immense, titanesque qui le regardait depuis les abysses. Le corps d’Icabod passa devant Murad, un sourire narquois déformant ses traits morts. Il semblait se moquer de Murad qui n’avait pas écouté ses mises en garde.
L’une des silhouettes passa près de lui, lui arrachant le bras gauche. Lorsqu’il hurla de douleur, de terreur et d’épuisement mental, Murad avala une stèle funéraire liquide.
Et tandis que Levyathan refermait les yeux, le chant de ses fils emplit de nouveau les profondeurs ténébreuses de l’océan.  

***

Finalement, tout se passait bien. L’étranger en armure se contentait de rester dans son coin. Il ne buvait même pas. Cependant, ce n’était pas le cas du gros homme. Il ne s’arrêtait plus, et suait de plus en plus. L’aubergiste se demanda ce qu’il devait faire. Au bout de la quatrième pinte, il avait demandé d’être réglé d’avance, et jusque là l’homme payait. C’était bon pour les affaires mais devait-il l’envoyer dans sa chambre?
Son dilemme prit fin lorsque, passablement ébréché, le gros homme se leva en titubant, le visage rougeaud et en colère. Il braqua un doigt sur l’étranger en armure et hurla d’une voix aiguë.  
-Tu ne me tueras pas, monstre!
Il joignit les mains et commença à hurler des paroles mystiques, les yeux fermés. Son visage ruisselait littéralement. Cependant, l’homme en armes ne resta pas passif. En un éclair, il se remit debout, et l’instant suivant il plantait sa lame dans le ventre de son adversaire.
Ce dernier glapit de douleur, et un sang clair éclaboussa le sol de l’auberge. Les autres clients et l’aubergiste, médusés, ne purent que regarder ce qui suivit. Saisissant le sorcier à la gorge, le mercenaire le souleva sans effort et le plaqua contre le mur, renversant chaises et tables, et planta frénétiquement son épée dans chaque centimètres carré de chair. Il fut bientôt couvert de sang, et des éclaboussures vermeilles maculaient le bois des murs et du sol, laissant des sillons écarlates qui coulaient lascivement. Le sorcier ne bougeait plus depuis longtemps lorsque le guerrier s’arrêta. Il le laissa cloué par son épée. Il ne fit plus rien, se contentant de rester devant, la tête baissée.
-Par les dieux…, bafouilla l’aubergiste, trop horrifié pour dire autre chose.
Alors l’étranger rejeta la tête en arrière et poussa un terrifiant hurlement de dépit. Puis il saisit l’aubergiste à la gorge, le soulevant, et ce dernier hoqueta de peur lorsqu’il fit face à deux brasiers démoniaques fendus d’une fine pupille rouge.
-Il connaissait le prix!, cria la chose d’une voix déformée, rauque, rappelant le frottement de la pierre contre la pierre.
Des arcs d’énergie violets commencèrent à crépiter sur son corps. L’aubergiste crut sa fin arrivée, lorsque soudain la porte de son établissement s’ouvrit à la volée, et qu’une dizaine de guerriers de la Sainte Expédition entrèrent, avec, à leur tête, le Commandeur en personne. Celui-ci tendit le bras, et un faisceau de lumière blanche et pure jaillit de ses doigts et frappa la créature, l’immobilisant instantanément.
-Par le Seigneur!, dit Eratius d’une voix forte en croisant les doigts comme pour une prière. Nous arrivons à temps. Cela ne fait que trop longtemps que nous traquions cette engeance. Regardez-la! C’est l’enfant d’un mage!
Les clients poussèrent des exclamations de stupeur et de dégoût, pendant qu’un soldat dégageait l’aubergiste de la poigne de la créature. Eratius s’approcha avec une mine de dégoût du sorcier cloué au mur.
-Regardez bien ce visage là. C’est lui qui a invoqué ce démon dans notre monde. Mais la créature s’est retournée contre le créateur.
Il secoua la tête.
-A présent, c’est terminé. Grâce aux pouvoirs que le Seigneur m’a confié, ce monstre ne pourra plus faire de mal. Emmenez cette chose, je vais tenter de la purifier par le feu de la justice. Quand à cet homme… (Il retira d’un geste rapide l’épée plantée.) Brûlez le.
-Je…, intervint l’aubergiste en se massant le cou. Je vous en prie, seigneur Commandeur. Brûlez le devant mon auberge, ainsi le Seigneur m’accordera sa bénédiction.
-Entendu. Le Seigneur récompense toujours ses enfants fidèles et aimants.
Eratius fit mine de sortir, mais il s’arrêta sur le pas de la porte. Il se retourna vers l’assemblée, puis il leva la main.
-Que le Seigneur vous bénisse.
Puis il sortit. Il rejoignit ses hommes dans le bosquet situé non loin de l’auberge du Relais. La créature était toujours paralysée. Un sourire satisfait éclaira le visage du Commandeur.
« Il connaissait le prix! »
La plainte était à peine un murmure dans l’esprit surpuissant d’Eratius, alors que ses hommes serrèrent les dents de douleur.
-Oui, il le connaissait. Tu as raison, justice doit être faite.
Eratius leva l’épée devant son visage. L’œil démoniaque qui ornait sa garde lui rendit son regard. Cinq runes se mirent côte à côte et formèrent un nom : Haz’Rael, l’Honnie.
-Continue à bien me servir, et je te donnerai ce que tu désires tant.
Avec une lueur de folie dans les yeux, le Commandeur glissa l’épée dans la ceinture du démon.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: silver le dimanche 14 février 2010, 17:42:47
Magnifique, le paradis. Je suis au septième ciel tellement c'est merveilleusement bien écrit et conté. J'adore littéralement Sorël, j'encense le passage des pirates face au Justice. Je suis complétement tombé amoureux de la scène de l'auberge. J'espère voir la suite bientôt tout comme le récit de Monarque.

Bonne continuation.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Ganon d'Orphée le lundi 15 février 2010, 15:13:14
En regardant de près l'organisation de ton nouveau post d'ouverture, j'ai constaté avec étonnement que tu avais écris de la Science-Fiction ! Etant à la fois un assez grand fan de Science-Fiction et un fervent admirateur de ton écriture, je n'ai donc pu m'empêcher de lire "Marcherêve", et, par toutes les couronnes impériales du monde passé et à venir, quelle grandeur ! Quel génie !

J'aime, et le mot est faible, cette ambiance, ce monde étrange. Tu es parvenu à nous pondre un monde de Science-Fiction, avatar d'un monde médiéval de Fantasy mais réellement futuriste, d'ailleurs les références au monde réel comme "Jésus-Christ" ou "Montjoie Saint Denis !" sont assez déroutantes, dans la continuité d'une ambiance étonnante. Une auberge dénommée "Le Gai Farfadet" dans un monde de Science-Fiction c'est assez rare, la Science-Fiction se déroulant le plus souvent dans des grandes cités futuristes de tailles planétaires, style Star Wars. Et je ne te parle pas du fait que tu places dans un monde futuriste un Duc de Bourgogne, ou des Wisigoths (avec un W et pas un V) ! Un monde très "baroque", très "patchwork", très étonnant. Une pure réussite, on retrouve aussi d'ailleurs là ton goût pour les massacres et les barbares, je me demande d'où te viens cette lubie ! Le monde est renversant, l'idée fondatrice est extraordinaire même si on n'en voit pas grand chose, voir rien du tout, dans ce début et que  les informations à propos de cela se trouvent dans ton résumé (je parle notamment du duel Faër / Babylone).

Ce personnage du Marcherêve, toute l'ambiguïté qui l'entoure, ce mystère, cette conception très étrange d'un être immatériel, c'est assez fabuleux. Et Nëlia  ( :<3: ), cette femme d'autorité obsédée par le Marcherêve !!! J'adore ce genre de personnage hanté par une obsession, surtout quand ce sont des femmes (tous des hystériques en puissance ... ^^).

Bref, bref, bref, en deux mots plutôt qu'en cent : j'adore. Et j'attends avec impatience la suite.

 [goodjob]
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: raphael14 le jeudi 18 février 2010, 20:00:19
GMS, j'adore. Ton chapitre fait assez patchwork donc ça va être très dur de détailler. Par contre, c'est curieux, j'ai du mal à éprouver de la compasion pour Lowyn, étrange, non. Par contre je suis intrigué par le Levyathan, je me demande quel rôle il va jouer dans le Cycle. En tout cas la situation devient de plus en plus catastrophique et on se demande comment Samyël va faire pour sauver l'Arch'Land.
Vivement la suite quoi.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Prince du Crépuscule le lundi 22 février 2010, 17:47:14
Me revoilà!

Oui, je sais bien que la sauce allégée n'est qu'un prétexte pour en reprendre plus, mais quand même... dans le cas de mes commentaires, c'est meilleur pour la santé mentale et pour la consommation d'aspirine! :roll:

Donc, cette fois-ci je viens pour commenter ton nouveau projet "Le Marche-rêve", que je n'ai pas encore eu l'occasion d'évoquer au détour d'un pavé. Nous allons donc y remédier, si ce n'est pas trop demander. ;p
Alors, pour commencer, contrairement à GdO, je ne suis pas du tout épris de tout ce qui est Science-fiction, lui préférant largement la Fantasy, mais là je dois dire que j'ai été assez séduit, dans la mesure où la Fantasy est tout de même très présente dans ce récit (en tout cas pour l'instant). Et contrairement à lui, je serai plus modéré dans mon appréciation de cette nouvelle création (il a le don d'en faire des tonnes, le jet d'eau! oui, c'est moi qui dis ça, tout à fait :p), sachant que le concept des émanations historiques et l'opposition nature/culture sont loin d'être nouveaux.

Cela posé, je commencerai par dire que moi aussi j'adore cette nouvelle fiction. L'idée, même si elle repose au début sur des bribes d'inspiration éparses, est excellente et bien amenée. Je suis franchement étonné de la tournure qu'a pris ce nouvel écrit, ayant lu le premier chapitre à part, et autant dire que la surprise est agréable! Jamais je ne me serais douté que tu parviendrais à donner une telle cohérence à tes courts chapitres en partant avec l'idée floue d'un assemblage de récits divers. Le rendu est très bien géré, car en plus d'être intrigant et mystérieux, il nous promet un assortiment savoureux d'évocations historiques et légendaires que je n'attends plus que de voir figurer au menu de ta fiction!
En ce sens, le suspens est parfaitement maîtrisé, le lecteur reste dans l'attente de la suite et se demande ce qu'il va bien pouvoir se passer. Jamais je n'aurais pu deviner de moi-même en lisant les premiers chapitres la profondeur de la dualité qui a cours entre Faër, entité protectrice de la Nature, et Babylone, garante de la sauvegarde de l'Humanité, si je n'avais pas lu le résumé présent en première page. Pour tout te dire, je pensais avoir affaire à un récit fantastique avec les morts qui se réveillent et l'homme dont on ne connaît pas l'identité (le Marcherêve donc ;p) qui se ballade tranquilement parmi eux. Quant à l'opposition nature/culture, mise en avant dans un cadre légendaire, il s'agit là d'un thème que j'affectionne particulièrement, et qui est non sans me rappeler X-1999 (toujours lui, hein? =P) avec son affrontement entre les Dragons de la Terre et les Dragons du Ciel qui décidera par l'Apocalypse du sort de la Terre et de l'Humanité.

Cela dit, tu parviens à tirer ton épingle du jeu en nous relatant une histoire encore très mystérieuse mais d'emblée vivement intéressante. La réflexion proposée par la Loi de Scion a piqué ma curiosité à vif et je me demande vraiment ce que tu vas nous faire par la suite au vu de la surprise que tu as déjà provoquée dans mon esprit au fil de la lecture. De plus, pour le moment (espérons que ce ne soit qu'un début ^^), l'intrigue est rondement menée et les personnages me semblent très vrais. Mention spéciale à Nëlia, qui, comme l'a dit si justement GdO, fait honneur à sa position de scientifique obnubilée par cette créature surréaliste qu'est le Marcherêve. D'ailleurs, puisque j'en parle, comment ne pas mentionner ce dernier, moi qui adore l'ambiguïté et ce genre de manifestations puissantes et immatérielles à la fois? Le Marcherêve, de par son nom, ne va pas sans me rappeler le Dieu-Cerf à la fin de Princesse Mononoké, losque, translucide mais terriblement puissant, il marche à travers monts et plaines pour retrouver sa tête sans que personne ne puisse s'opposer à lui. Ton "personnage" me donne ce genre d'impression, d'une entité insaisissable à la recherche de quelque chose, sans revêtir toutefois la toute-puissance divine du Shishigami. Je crois que c'est avant tout son nom qui m'y fait penser, m'enfin... ^^

Pour ce qui est du mélange entre cadre futuriste et univers médiéval, je le trouve tout à fait réussi, quand bien même n'en suis-je pas particulièrement féru d'habitude. Sans répéter ce qu'a dit mon compère plus haut, j'ai été saisi par la façon dont tu as introduit toute la dimension historique et légendaire au sein de ce récit. Franchement, au détour du dialogue d'ailleurs bien réalisé entre le Marcherêve et Jean, on s'y croirait presque. J'apprécie grandement l'effet quelque peu décousu qui s'impose en filigrane entre les différents chapitre, car il suit un fil directeur honorablement tissé par tes soins. L'origine des deux puissantes entités qui s'affrontent (Faër vient de ta faërite, non? ^^) est également intéressante à souligner, enfin plus pour Babylone à propos de laquelle on s'y connait plus. La Nature vengeresse contre la Cité ressuscitée qui incarnait la débauche et l'éxubérance des aspirations de l'Humanité dans toute sa démesure... Hmm, c'est un choix judicieux j'ai envie de dire. En tout cas, il est tout à fait approprié pour ce qui est de Babylone; pour Faër, faut encore que tu nous en parles plus pour que je me forge un avis digne de ce nom. :p

Sinon, concernant l'écriture, je la trouve pas mal du tout, surtout pour les deux premiers chapitres qui sont les mieux réalisés à mon sens (mention spéciale pour le tout premier, avec son ambiance si singulière!). Le style en est fluide et agréable, je dirais même qu'on sent une certaine amélioration à ce niveau, dans la mesure où, tout en ayant conservé son tour cavalier, il se fait moins précipité que ce qu'on pouvait en voir avant. Tu temporises plus, tu nous laisses le temps de nous fondre dans l'atmosphère et les événements qui caractérisent ton récit, et ce sans jamais sombrer dans l'excès ou la lourdeur... Même si j'aurais préféré des phrases quelquefois moins hachées et plus de points-virgules, je ne vais pas chipoter: c'est très bon!

Cependant - et nous en venons au gros point noir qui vient obscurcir le tout, comme d'habitude -, je t'en conjure, relis-toi plus attentivement! J'ai presque envie de dire que tes écrits ne méritent pas que tu laisses traîner les fautes que tu commets, tant elles font tache vis-à-vis du reste. A plusieurs reprises tu as oublié des mots, tu t'es empêtré dans l'emploi de l'infinitif ou du participe passé, sans parler des bourdes coutumières qui consistent chez toi à confondre tache/tâche, hors/or, dessin/dessein... et j'en passe. De plus, j'ai remarqué deux ou trois pléonasmes, comme pour "la bataille (...) avait été aussi fulgurante que rapide.", fulgurant étant un synonyme plus recherché de rapide. Alors, certes, c'est mieux qu'avant, mais il faut tout de même veiller à être plus rigoureux. C'est pour ton bien et non par quelque sadisme puritain que je te rabâche ça, si si, absolument! Foi de moi! :niak:

Pour conclure, j'espère que tu continueras de progresser dans l'écriture de cette nouvelle au fort potentiel narratologique et conceptuel qui a su éveiller ma passion avec brio. Le contenu, tout comme le style, m'en semblent très prometteurs. Je te souhaite encore une bonne continuation et une bonne inspiration, mon Mage Vermeil, en priant pour que cette fois-ci ma lourde brique commentative t'ait rassasié au moins pour quelques jours. Cela dit ne t'en fais pas, mes pas me conduiront forcément à nouveau dans ta Tour, c'est l'évidence même.
Au plaisir! :)
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Yorick26 le mardi 23 février 2010, 00:19:14
Hey ! Comment va notre chère grosse brute armée jusqu'aux dents et barbare par dessus tout ?
Et bien, oui je passe sur ton petit topic (certes il est beaucoup plus grand que le mien, mais bon sinon je ne pourrais pas te charrier si je ne pouvais pas mentir un peu).

Alors, suite à la lecture de certains de commentaires - pour être plus précis d'un seul commentaire et encore pas en entier, je te laisse deviner lequel... - je me suis dit tente ta chance, tu verras ça sera génial. Du grand GMS, tu n'en as pas lu beaucoup, alors lis le Marcherêve. J'ai lu, et je suis revenu commenter ceci, parce que je te dois bien ça. Non ? Bon ben tant pis, au revoir alors ...

Maintenant que je suis en train de commenter (enfin je n'ai pas commencé encore), autant finir.
Le Marcherêve.
J'avoue qu'au départ je n'ai rien compris. Même si ma culture historique n'est pas grande (bouh quelle médiocrité : j'assume), je sentais bien quand même qu'il ne fallait pas exagérer, qu'il y avait une rouille dans potage (comme je suis fin quand je parle dis-moi... "Moi" roh tais-toi <- ceci est une ruse de Prince du Crépuscule pour faire paraître ses messages plus longs, il fait plein de petites parenthèses de petites dispersions ce qui fait que le texte s'allonge et s'allonge et on arrive à ces si célèbres pavés). J'ai rien compris, mais j'espérai bien comprendre par la suite ce qui s'est assez bien réalisé avec le 6ième chapitre. Là j'ai mieux compris, et je trouve l'idée totalement extraordinaire. Contrairement à ce que dit l'autre esclavagiste adoré (cher mage complice), je n'avais jamais entendu parlé de ces émanations, mis à part peut être un lien avec Final Fantasy Spirit Within et encore ça ne ressemble en rien avec des monstres d'autrefois ou à des personnages historiques. Je trouve donc que ton scénario est bien original du point de vue de l'opposition entre Histoire et Mythe. Je trouve ça même assez génial. Cela permet de tout mélanger : le bonheur en somme. Je suis convaincu que ça peut donner quelque chose de grandiose. J'ai vraiment hâte de lire la suite. Bon pour ce qui est de l'opposition entre Nature et Humanité j'avoue que là on fait mieux. Les grandes Cités me font penser à Ecoban de Wonderful days (Très bon film d'animation d'ailleurs, que je conseille à tous ceux qui ne l'ont pas vu). Quant à l'opposition entre Nature et Humanité/Technologie, cela me rappelle plus Origine (Encore un meilleur film d'animation avec une bande son à vous faire frémir ! Deux titres de Kokia absolument grandiose notamment l'intro du film qui m'a fait rêvé pendant plusieurs jours et c'est à chaque fois avec une immense joie que je le reregarde... je ne m'en lasserais jamais) où de chaque côté des forces se développent. Peut être même que les Scionistes sont à rapprocher des humanoïdes de la forêt.
En tout cas le Marcherêve est assez spectaculaire. Il a un charisme bien posé avec une part de mystère qui n'a rien à envier à celle de notre esclavagiste préféré.  J'aime cette manière de rester totalement en retrait par rapport à ce qui l'entoure. Il est calme, plat et tellement puissant. Par contre tu ne t'es pas foulé pour son physique... une cape ! Et quel nom. Voyageur deuxième du nom. Ahlalala, on dirait qu'il n'est rien alors qu'il est tout. Je confirme l'allégorie entre le Marcherêve translucide et le Dieu-cerf de Princesse Mononoké (à croire que je ne regarde que des films d'animations... ce n'est pas vrai j'ai regardé Harry Potter et le Prince de Sang-mêlé cet aprem pour la 36ième fois et demi). Cette manière d'errer comme ça et de donner une "seconde vie" à ce qu'il touche, c'est vrai que c'est assez semblable.
D'ailleurs, le Marcherêve a-t-il un but ? Voilà une question que je me pose. Pour l'instant tu nous exposes un monde. Il n'y a pas trop d'intrigue du côté de Voyageur. Néanmoins du côté de Nëlia c'est beaucoup plus clair. Elle veut le retrouver cette entité surpuissante, bon sang ! Je reconnais bien l'entêtement scientifique à trouver à chaque problème une solution (quoi ? Moi, un scientifique... oui et alors. Têtu comme une mule je suis). Elle rentre parfaitement dans son rôle de parfaite scientifique. Elle a la foi technologique et la foi scientifique. Elle est parfaite. Combien de fois ai-je pu rester sur un problème qui me tenait à cœur ? Chapeau melon et botte de cuir ?

Bon je ne ferai pas un couplet sur l'orthographe, la grammaire et la syntaxe. Tout a été dit plus haut et je suis mal placé pour te critiquer, mais j'avoue qu'il y a des fautes qui gênent, mais si ça peut te rassurer notre cher esclavagiste analphabète fait aussi des fautes dans son commentaire, alors hein ? "carde[iologue] légendaire" et quelques autres je ne sais plus haut (je l'aime bien, mais je ne vais pas le relire pour le plaisir de le dénigrer non plus, il pourrait me faire souffrir).

En tout cas je suis ravi d'avoir lu cette fiction et j'ai hâte de lire la suite !!! A très bientôt alors.

Edit : bientôt je ferai des pavés à la PDC.
Comme dirait la pub : "Je l'aurai un jour, je l'aurai !"
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le samedi 17 avril 2010, 00:13:37
Salut c'est moi! (olol)

Silver ==> Content que le dernier chapitre t'ait plu, j'ai moi même pris beaucoup de plaisir à l'écrire. Je ne sais pas quand je posterai la fin de Monarque, peut être d'ici une semaine. Merci!

GdO ==> Je ne pensais pas que tu accrocherais autant à Marcherêve, ça me fait plaisir! Pour ta remarque sur l'originalité de l'univers, pour tout dire quand j'ai écris le premier chapitre je n'avais aucune idée derrière la tête. Tout est arrivé après, et paf ça a fait des chocapic comme on dit! Quant aux Wisigoth, effectivement je l'ai écrit en anglais, mea culpa  :)
En tout cas merci d'être passé ca m'a fait bien plaisir!

Raph ==> Merci pour le commentaire! La montée en puissance du récit va bientôt servir à l'explosion qui approche, je t'assure! :)


PdC ==> Je te rassure, moi aussi je ne suis pas fana de SF, plutôt l'inverse en général. Marcherêve devrait garder globalement la même ambiance du début à la fin, pas de combats de blaster au programme en tous les cas! :) Cela dit, je suis content que tu aimes tout de même j'espère que la suite ne te décevra pas. Cependant, je n'ai jamais lu X-1999 (ni aucun clamp en fait, à part le début de Tsubasa, et ça remonte!). L'une de mes inspirations clé vient plutôt de la Forêt des Mythago, oeuvre magistrale de Robert Silverberg même si seule le premier des quatre tomes est vraiment fort. C'est vrai qu'il y a un peu du dieu-cerf dans le Marcherêve. Je n'y avais pas songer avant mais maintenant que tu le dis oui. Il faut dire que j'aime beaucoup Mononoké, peut être une de mes nombreuses inspirations inconscientes. :) Pour Faër, le nom vient plutôt de Faërie (dont est aussi tiré la Faërite comme tu as judicieusement fait le rapprochement! ;) ) qui est selon Ismaël Mérindol le pays des fées. Je suis content de ce que tu dis à propos du style, car j'ai vraiment voulu donner au récit une ambiance lente et paisible. Quant à l'orthographe, désolé, j'y travaille toujours, et tu sais comme ça me tient à coeur :( En tout cas, un gros merci pour ce commentaire crépusculien comme je les aime!

Yorick ==> Lyrik va bien, et il te salut! :p En tout cas, j'ai bien rit en lisant ça : "(comme je suis fin quand je parle dis-moi... "Moi" roh tais-toi <- ceci est une ruse de Prince du Crépuscule pour faire paraître ses messages plus longs, il fait plein de petites parenthèses de petites dispersions ce qui fait que le texte s'allonge et s'allonge et on arrive à ces si célèbres pavés)" C'est tellement vrai! *Court se cacher pour ne pas recevoir les foudres du Prince* En tout cas, je suis bien heureux que tu sois venu faire un tour dans le coin, et encore plus que tu ais apprécié! N'hésite pas à revenir! De toutes les références de film animation il n'y a que Final Fantasy que j'ai déjà vu mais ça remonte un peu, je ne saurais trop te dire si ça cadre avec ma vision des émanations ^^ Quant au Marcherêve, étant le centre de l'histoire, ses aspirations seront révélées petit à petit. Merci bien pour ton commentaire en tout cas! :)



Bon, en ce qui me concerne, je n'ai pas de suite à proposer, pas encore (j'ai bien entamé le chapitre 23 du Cycle, j'ai bientôt fini le chapitre suivant du Marcherêve, je planche toujours sur le début de Monarque Tome II. Le tout arrive, ne vous inquiétez pas!), mais un nouveau projet (Encore un me direz vous!).
Et pour faire original, c'est carrément une fanfiction Zelda! Il y a des siècles que je n'avais rien écrit sur le monde de notre saga préférée (ou ex mais là n'est pas la question), mes derniers écrits dessus remontant au temps du concours de Furiouze! J'avais donc envie de revenir aux sources en quelque sorte, et c'est chose faite avec cette fanfic. Pour le speech, l'histoire se déroule dans une période chronologiquement indéfinie au niveau de la série, mais dans l'Hyrule d'OOT/MM, avec cependant des modification socio-géographiques importantes. L'histoire ne se veut pas être un pastiche et donc possède son scénario propre, reprenant pas mal de personnages connus mais changés pour quelques uns et qui n'hésite pas à bouger beaucoup de base.

Voilà, j'espère que cela vous plaira et que vous m'en direz quelques nouvelles. Amis du soir bonsoir et bonne lecture!



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The Legend of Zelda:

Triangle de Pouvoir



Prologue
-Tarquin-


   La foule rassemblée rendait méconnaissable les jardins extérieurs, de par la basse rumeur qui en sourdait, de l’amalgame des odeurs qui en devenait écœurant -surtout cette immonde fumée de friture qui s’élevait depuis les stands des marchands installés à l’extérieur du cercle humain- , les cris des enfants braillards et les notes aiguës des musiciens qui se confondaient dans un joyeux n’importe quoi sonore. Si plus de la moitié du bon peuple de la Cité d’Hyrule s’était rassemblée là, ce n’était pas par hasard. Toutes ces bonnes gens formaient un cordon autour d’une plateforme surélevée que couronnait un socle orné des trois Triangles d’Or dont jaillissait la lame d’acier scintillant d’une épée, et sa garde d’azur sertie d’or et d’argent toisait la foule comme dans une posture de défie. 
   Ce défie, Tarquin l’avait vu relevé trop de fois pour être compté. Presque tous les jours un hardi pénétrait dans le Temple du Temps, là où gisait d’ordinaire l’épée et son socle, avec l’espoir insensé de retirer l’acier du granit où il était scellé depuis des siècles. Les textes de la Loi des Trois Déesses étaient formelles : quiconque parviendrait à sortir la Lame Purificatrice hors de son tombeau minéral en deviendrait le maître, et de fait se verrait attribuer le titre de Héros, des titres de noblesse, des possessions terrestres et, bien sûr, aurait l’insigne honneur d’épouser la fille du roi et ainsi mêler son sang à celui de la royauté.
   Un doux rêve qui n’était que ça : un rêve. Les mages du Consortium Aedeptus avaient depuis longtemps statué sur le cas de cette épée. Une puissante trame de magie liait la lame à son socle, si puissante que les mages si arrogants d’ordinaire n’avaient montré aucune mauvaise volonté à déclarer tout net que cela dépassait leurs compétences. Alors les chevaliers, les reîtres, les franc-coureurs, les Lords, les fermiers, les forgerons et les artisans pouvaient bien défiler autant qu’ils le voulaient, quelqu’un ou quelque chose avait fait en sorte que cette arme ne soit plus jamais brandie et il connaissait son affaire. 
   Fendant la foule avec tellement d’habilité que personne ne semblait le remarquer, Tarquin s’approcha de la tribune des Lords, dont les gradins de bois surélevés préservaient les seigneurs et leurs dames de la populace et des désagréments qui lui étaient associés.  Non pas qu’il appréciait la compagnie de tous ces fats bouffis d’arrogance, comploteurs et sournois, mais il devait entretenir l’Intemporel de sujets sérieux, et ce dernier avait eu la folle idée de se joindre à la nuée seigneuriale. Tout en jouant des coudes, Tarquin dardait son œil unique dans toutes les directions. Si pour le peuple ce genre d’événement était source de fête et de joie, pour Tarquin et ses hommes, c’était des moments tendus et pénibles. N’importe lequel d’entre-eux pouvait cacher une dague à lancer, une sarbacane ou, pire, un parchemin de sort. N’importe lequel d’entre eux pouvait potentiellement être l’assassin du roi, et c’est ainsi que Tarquin et les siens les considéraient.
   Il constata avec satisfaction que tous ses acolytes étaient à leur poste, les yeux aux aguets. Il n’avait pas à s’en faire. En s’arrachant à la foule, il fut pris de suffocation, tant l’air pur lui fit un drôle d’effet. Il était essoufflé, et pour cela il maudit sa vieillesse et sa débilité grandissante. Mais, il fallait faire attention, ne rien montrer. La seconde suivante, il redressait le torse, inspirait une grande goulée d’air et entreprit de longer le cercle humain par l’extérieur. Personne ne faisait attention à lui,  et il se consola en se disant qu’il restait tout de même un Sheikah aguerri. En arrivant aux abords de la tribune des Lords, il débusqua l’Intemporel à l’extrémité gauche de l’édifice, apparemment en grande conversation avec Ser Sedrik, le fils cadet de Lord Darunia. Le colosse au teint de bronze et à la tunique moulante écarlate frappée du Rubis donnait l’impression de pouvoir broyer le saint homme rien qu’en le serrant dans ses bras. Et pourtant, Rauru l’Intemporel, grand prêtre des Trois et Gardien du Temple, avait une certaine carrure. Corpulent, son crâne carré et rasé que venait renforçait une rude barbe grise brossée et taillée était soutenu par un cou robuste dont la chair amollie par le poids des ans gardait une vigueur honorable. Le prêtre portait sa soutane de soie jaune d’or maintenue à la taille par une fantastique ceinture de cuir frappée des Triangles.
   Tarquin se faufila à l’insu des sentinelles par l’arrière de la tribune, escalada avec aisance la paroi de bois et se laissa choir depuis le toit derrière l’ultime rangée de banc, dans une flaque d’ombre. Personne ne le vit. Il se coula d’ombre en ombre jusqu’à se tenir tout à fait derrière l’Intemporel, sans que ni lui ni le Ser ne s’en rendent compte. Il attendit qu’ils terminassent puis s’agenouilla au côté du saint homme en murmurant.
   -Quelqu’un va sous peu mander votre bénédiction, votre Sainteté.
   S’il fut surpris par l’arrivée soudaine du Sheikah, Rauru n’en montra rien. Il répondit d’une voix basse sur un ton de conversation.
   -Vous avez des nouvelles.
   -Si fait, votre Sainteté. Il s’est mis en marche, et les clans le suivent.
   -Combien?
   -Un mois, tout au plus, s’il conserve sa vitesse. Mais si je m’en fie à ce qu’on me rapporte à son sujet, il serait homme à imposer une marche forcée par souci d’obtenir plus vite son gain.
   Le prêtre passa ses doigts légèrement boudinés dans sa barbe rêche. Un pli soucieux barrait son front.
   -Devons nous…
   -L’homme est ambitieux, et ses horizons s’étendent bien au-delà des cuisses de la princesse, si vous me permettez, votre Sainteté.
   -Vous savez que j’aime que vous me traitiez en supérieur mais vous et moi savons que ce n’est pas le cas, alors cessez vos manières, je vous prie.
   Un sourire tordit la bouche de Tarquin.
   -Je pensais que vous aimiez ça, vous autres prêtres, qu’on cajole votre égo. En tout cas, vous aimez ça quand c’est le petit boulanger qui le fait, le soir après votre service. Comment s’appelle-t-il déjà? Spike?
   -Epargnez moi vos vantardises. Je sais que vous savez tout de moi, et je ne vous cache rien. De plus, son nom est Ike et j’ai pris bien plus de plaisir encore à partager sa couche que je sais que c’est vous qu’il l’y avait mis pour m’espionner.
   Cette fois, ce fut au tour de l’Intemporel de sourire ; un sourire bref.
   -Je me suis toujours demandé, fit Tarquin en portant son attention sur la plateforme de l’épée, pourquoi c’est au roi qu’est échue cette tache alors que, clairement, ce devrait être votre office.
   -La famille royale est issue du sein même des Déesses. Sa majesté est la plus à même d’être entendue. Je ne suis que le porte-parole des Trois. A présent, taisez vous un instant.
   Tarquin recula et disparut à la vue d’éventuels observateurs. Son œil aguerri par l’expérience scrutait la foule à la recherche de tout comportement suspect, de tout visage inamical ou hostile. Vite lassé, il se concentra sur la tribune. Au premier rang, les Lords du Conseil des Sages encadraient la famille royale, le prince Nohansen Hyrule, la princesse Zelda, sa sœur aînée, et leur mère la reine Ishtark. Le petit affichait un air émerveillé, du haut de ses huit printemps, et ses grands yeux lumineux voguaient sur la mer de couleurs et de sons qui s’étendaient devant lui. Tarquin savait qu’il se faisait violence pour ne pas gigoter sur son siège comme une girouette. A sa gauche, Zelda affichait un visage neutre, comme la Lady qu’on lui avait appris à être. Son opulente chevelure d’or cascadait sur ses épaules et ses cuisses comme une rivière, et la mince tiare d’argent sertie de saphirs n’avait qu’un effet ridicule. La majorité des Ser, des menus chevaliers et quelques Lords, dont Lord Dorf lui-même, ne pouvaient s’empêcher de la dévorer des yeux, et ils auraient tout donné pour partager sa couche rien qu’une nuit. Ils étaient ceux qui avaient essayé le plus fort possible de retirer l’épée de son socle. Il fallait dire que la jeune femme était à quatorze ans d’une rare beauté -certains hardis allant jusqu’à la comparer aux Déesses elles-mêmes-, ayant emprunté toute la beauté de son père et toute celle de sa mère. Elle feignait de ne pas s’apercevoir qu’elle était le centre de tant d’attention et d’adoration, mais Tarquin savait qu’elle s’en nourrissait comme d’une bonne sucrerie, en gavait son égo et ne s’en aimait que plus. Il savait aussi qu’elle passait plusieurs heures à admirer son reflet dans son grand miroir, et qu’elle s’était même embrassée une fois.
   Le reine sa mère paraissait être son opposé. Dotée de la brune chevelure de la maison Parel, sa beauté jadis éclatante se fanait plus vite que celle de son mari qui avait pourtant deux fois son âge. La maladie la rongeait comme un chien un vieil os, et Tarquin ne pouvait que respecter et admirer la force de cette femme qui malgré tout ne délaissait aucun de ses devoirs, faisait l’effort de se montrer en public et de donner des fêtes. Les docteurs ne parvenaient pas à la guérir, et ils lui avaient annoncé avec des mines peinées qu’il ne lui restait guère plus de deux ans à vivre. Elle ne s’était montrée abattue en rien et n’en avait trouvé que plus de force. Le roi Salomon d’Hyrule son époux était pour sa part un vieillard grisonnant d’une exceptionnelle vigueur. Âgé de près de quatre-vingt ans, il n’en avait pas pour autant délaissé la chasse, l’escrime, et rentrait encore parfaitement dans son armure de cérémonie. Un ouvrage magnifique qu'il portait ce jour, et dont les massives épaulières frappées des Triangles d'Or donnait à sa carrure de guerrier un aspect titanesque. Loin d'un frêle vieillard, c'est d'un pas alerte et sûr qu'il franchit la haie d'honneur érigée par les hommes de la Garde Royale sous les vivats de son peuple jusqu'au pied de la plateforme.
   Des "Vive le Roi! Longue vie au Roi!" raisonnaient à présent avec exaltation dans le jardin extérieur, et la foule s'anima comme une bête longtemps assoupie. Tarquin se fit la réflexion que c'était là l'opportunité rêvée pour tout assassin d'en finir et de disparaître à l'insu de tous. Une certaine appréhension naquit dans le coeur de Tarquin, mais il la rejeta assez vite. Il n'avait vent d'aucun complot, d'aucune machination pour ce jour là, et en scrutant attentivement les visages des Ser et des Lords dans la tribune, il ne constata rien qui put trahir une certaine forme d'appréhension, de tension particulière, de joie excessive ou d'impatience chez aucun des loyaux vassaux du Roi. Le silence frappa l'atmosphère si soudainement que les oreilles de Tarquin en bourdonnèrent. Le roi avait posé le pied sur la première marche qui menait au socle de l'épée.
   La Cérémonie de la Grâce se déroulait tous les ans, au sortir de l'hiver et pour demander la bénédiction des Déesses pour l'année à venir. C'était une cérémonie publique, à laquelle tout un chacun était convié sans distinction de classe, de revenus, de lignage. On faisait amener le socle de l'épée dans le jardin extérieur afin que tous put assister au rituel. Autrefois, cela se faisait dans la Chambre de l'Epée, au sein du Temple du Temps, mais la population du Bourg d'Hyrule, trop importante, ne permettait plus de se réunir là bas. Le Roi devait se rendre auprès de l'Epée, l'empoigner sans chercher à la tirer, et demander la bénédiction des Déesses, dont il était le fils par le sang. On prêtait beaucoup de fonctions à la Lame Purificatrice, l'épée des légendes, et celle d'être un lien avec le Saint Royaume des Déesses en était une.
   Tarquin trouvait cette cérémonie parfaitement ridicule. Les Déesses ne répondaient jamais, et le Roi se contentait de jouer la comédie en annonçant que les Très-Hautes lui avaient envoyé un message d'abondance et de prospérité. Alors, la foule en liesse se déversait dans les rues du Bourg pour faire la fête toute la journée et toute la nuit, et l'année pouvait officiellement débuter. Pour preuve de la stupidité de cet événement, aucun mage ne daignait y assister. Il n'y avait qu'Aghanim, mais l'homme se montrait en sa qualité de Premier Conseiller. Il avait d'ailleurs troquer sa robe de mage pour une tunique pourpre et hauts-de-chausses blancs modestes mais bien coupés.
   Salomon montait les quelques marches avec une lenteur qui irritait Tarquin. Mais c'était moins un signe de vieillesse qu'un respect de l'usage. On disait que montrer trop d'empressement n'apportait que du malheur. Enfin, il se tint devant l'épée, et pour marquer le coup, entreprit de faire un tour sur lui même afin de scruter son peuple de ses yeux bleus, fermes mais justes. La populace se remit alors à l'acclamer quelques instants, puis il posa ses mains gantées d'acier sur la poignée de l'arme sacrée. Le clame revint aussitôt. Les petites gens retinrent leur souffle.
   -S'ils pouvaient se montrer aussi silencieux tous les jours, fit remarquer Lord Dumor, nous n'aurions plus grand chose à faire, nous autres Lord.
   Quelques petits rires rapidement étouffés accompagnèrent sa boutade. Il était mal vu de briser ce silence   
   -Ô Déesses!, cria le Roi d'une voix forte afin que tous l'entendît. Sang de mon sang, moi, Salomon d'Hyrule, Roi d'Hyrule, vous demande, vous implore, au nom de mon peuple, de nous accorder votre gracieuse bénédiction pour l'année à venir.
   Conformément à la coutume, le Roi cessa de parler et inclina la tête vers le sol, yeux fermés, fronça les sourcils comme s'il se concentrait.  Tarquin nota avec un certain amusement que le jeu d'acteur de son seigneur et maître gagnait chaque année en crédibilité. Mais alors, à la surprise générale, la lame de l'Epée se mit à vibrer. Le mouvement était à peine perceptible mais le son qu'il produisait l'était parfaitement. On aurait dit un son de cloche, suraigu, délicat, continu. Parallèlement au phénomène, l'acier de la lame commença à briller. Une gangue d'or pur l'enveloppa doucement, sous les yeux écarquillés de l'assistance et les murmures de l'assemblée. Tarquin lui même en décroisa les bras.
   Jamais, jamais quelque chose de la sorte ne s'était produit.  Etait-ce un présage? Un signe des Déesses elles-mêmes? Salomon, éberlué, recula promptement. Le son de cloche gagna en intensité. Dans la tribune des Lords, on s'agitait. Certains s'étaient levés, d'autres avaient agrippé les rambardes de bois, d'autres encore s'étaient figés sur leur siège, les yeux grands ouverts. Même la placide Zelda en gardait la bouche stupidement ouverte, tandis qu'à son côté son jeune frère ne se contenait qu'à grand peine, tout sourire et joie qu'il était.
   -Qu'est-ce que cela signifie?, murmura Tarquin à Rauru après s'être approché à nouveau. Je croyais que cette cérémonie n'était qu'une mascarade?
   -Toute mascarade qu'elle soit, répondit l'Intemporel d'une voix émue et étrange, elle tire son origine d'un véritable rituel religieux. Les... Les Déesses ont peut être choisi ce moment pour nous envoyer un message, un vrai message.
   La lame de l'Epée était à présent totalement couverte d'or et brillait d'une lumière aveuglante. Émerveillés, les gens la pointait du doigt, échangeaient des propos enflammés avec leurs voisins. On avait jamais vu ça!  Puis, aussi soudainement qu'il avait commencé, le phénomène s'arrêta. La lame retrouva le brillant classique de l'acier gris, un silence stupéfait retomba sur le jardin extérieur. Tous les regards convergèrent vers Salomon, dont la mine perplexe cherchait des yeux une explication. Il adressa une question muette à Aghanim, mais le Premier Conseiller secoua la tête.
   -Je.., commença le monarque d'une voix hésitante, puis plus forte. Bonnes gens d'Hyrule! Les... Les Déesses nous ont entendus! Elles nous ont envoyé ce message d'or. Un message d'or... pour un âge d'or!
   Les vivats, les acclamations, la joie et l'allégresse éclatèrent comme un fruit trop mûr tandis que Feryl, le capitaine de la Garde, aidait son seigneur abasourdi à descendre de la plateforme.
   -Ce qu'il dit est vrai?, demanda Tarquin à l'Intemporel.
   -Je donnerais beaucoup pour le savoir, Sheikah. Une chose est sûr, quoi qu'il se soit passé aujourd'hui, c'était un message du Saint Royaume. Vous savez aussi bien que moi que nulle magie des hommes ne peut altérer l'Epée. Les Déesses nous ont envoyé un message. A nous de le comprendre.
   Tarquin ne répondit rien. Il ne savait pas trop quoi penser, mais un malaise s'empara de lui qu'il ne s'expliqua pas. A présent que le Cérémonie était achevée, et dans les meilleures conditions pour le peuple, celui-ci s'en retourna vers le Bourg afin de remplir les tavernes, les auberges, les maisons de jeux ou de plaisir et se saouler jusqu'au matin. Les Lords, leurs suites et leurs hommes d'armes quittèrent la tribune, devisant entre eux de l'étrange phénomène. Rauru coula un regard derrière lui en se levant , mais Tarquin avait déjà disparu, sans un bruit.
   Tarquin n'était pas allé bien loin. Il sortit de derrière un arbre au moment même où le Roi passait devant. L'air de rien, il se mit à marcher à côté de son maître.
   -Tu es au courant de quelque chose?, finit par demander Salomon, qui ne s'en était pas encore remis.
   -Rien du tout, Majesté. Sa Sainteté n'est pas encore à même d'être formelle. Quoi qu'il en soit, selon elle cela ne peut être qu'un message du Saint Royaume, Majesté. 
   -Un message, un vrai message.. Qui l'eut cru? Mon père ne m'avait jamais parlé d'un tel événement! Je crois qu'il est assez clair, pourtant.
   -Majesté?
   -Les Très-Hautes nous annoncent une venue. Celle du Héros... Tarquin.
   -Majesté?
   -Mande notre plus rapide messager. Envoie une missive au sieur Link. Demande lui de se hâter, je ne souffrirai point de ne pas le rencontrer dans les plus brefs délais. Dis lui de précéder ses hommes, que nous lui envoyons une escorte pour le conduire dans la cité.
   -Bien, votre Majesté. Je m'en vais quérir maître Baelon sur l'heure.
   Tarquin s'esquiva et disparut dans une ombre. Il pensait comme Rauru. C'était un message. Mais la question qui turlupinait le vieux Sheikah était : quel était le contenu de ce message? Le son de la vibration pouvait être celui d'une cloche sonnant pour une célébration... ou celle d'un glas. Etait-ce vraiment l'annonce de l'arriver du Héros, comme le pensait Salomon? L'Epée allait-elle enfin être brandie à nouveau? Par ce Link?
   Tarquin s'en méfiait. C'était un homme ambitieux, dur. Jailli de nul part, ce reître avait par la seule force de son épée fédéré les Clans des plaines du sud à la Couronne. En quelques années il était devenu le nouveau héros national, et beaucoup voyait en lui le Héros de la légende, celui qui brandirait la Lame Purificatrice. Sa sanglante campagne s'était achevée quelques mois auparavant, lorsque tous les Chefs de clan lui avaient juré allégeance, et à travers lui au Roi d'Hyrule, leur ennemi de toujours. A présent il remontait vers le Bourg, à la tête d'une petite armée issue de tous les clans. Il entendait recevoir une récompense, et on lui avait déjà promis la main de la princesse, des richesses, des terres et un titre de Lord ainsi qu'une place au Conseil des Sages. Personne n'avait trouvé rien à y redire. Tarquin avait glissé un de ses espions parmi les hommes de confiance de Link. Ce qu'il lui apprenait ne lui plaisait guère, mais il ne pouvait pas changer la volonté du roi. Il n'était que le Maître des Sheikah, les espions de la famille royale, ses plus fervents défenseurs, ses hommes de l'ombre. Son avis n'avait de crédit auprès de Salomon que ce que le Roi consentait à lui accorder.
   Avec un soupir, Tarquin regagna ses appartements et fit mander maître Baelon, le haut chambellan. Il rédigea en vitesse le message convenu et le transmit au maître avec les instructions de sa Majesté. Ensuite, enfin à l'aise pour réfléchir, il s'autorisa quelques minutes de repos. Le royaume était en train d'entrer dans une nouvelle page de son histoire. Tarquin devait s'assurer que tout se passerait bien. Il retira ses vêtements de civil poussiéreux et passa une longue tunique bleu de nuit frappée de l'emblème Sheikah sur la poitrine -un oeil rouge surmonté des Trois Triangles d'Or pleurant une larme sanglante-, des hauts-de-chausses de même couleur et des bottes souples et moulantes noires. Il se coiffa d'un turban gris et peigna grossièrement sa barbe hirsute. Non qu'il était coquet, mais on lui avait prié d'être présentable lorsqu'il devait apparaître en public.
   La véritable identité des Sheikah n'était connue que de la famille royale et des Sheikah eux-mêmes. Ils vivaient au jour le jour comme serviteurs, artisans, fermiers, soldats, nobles parfois, et permettaient à Tarquin de tout connaître sur le royaume et ses habitants. Rien ne se passait sans qu'on l'informât, des infidélités conjugales des Lords , aux velléités de révolte des campagnes en passant par les magouilles du Consortium Aedeptus ou les dangereuses explorations de la Guilde des Alchimistes. Tarquin était les yeux et les oreilles de la Couronne, et en certaines occasion, sa main également. A la cour, tout le monde le connaissait, de vue tout du moins, mais bien peu connaissaient sa véritable fonction. Cependant, tous le craignaient.
   Le tirant de ses réflexions, les cris du petit Noah, jaillissant au détour d’un couloir, le prévinrent de l’arrivée de celui-ci. Lorsqu‘on apercevait le jeune prince, on ne pouvait s‘empêchait de penser qu‘il n‘avait su choisir entre sa mère et son père. Sa crinière emmêlée de cheveux était d’un châtain clair presque blond, et ses yeux vairons -vert forêt à gauche bleu océan à droite- étaient un rappel constant de sa double parenté, de même que ses oreilles, ni tout à fait en pointe, ni tout à fait rondes. Il était assez beau, mais Tarquin craignait que cette beauté ne soit dut qu’à sa condition candide d’enfant, et qu’elle finisse par disparaître avec les ans. Déjà, ses traits juvéniles commençaient à se creuser, sa silhouette à s’affiner en grandissant. Si le prince continuait à dénigrer les choses de l’épée et de la guerre au profit des livres et des connaissances, il risquait de devenir un grand échalas malingre.
   Tarquin soupira intérieurement. De toute façon cela n’avait plus d’importance, puisque Noah ne serait jamais roi. La princesse Zelda étant son aînée, c’est son époux qui hériterait de la couronne à la mort de Salomon.
   -Tarquin, Tarquin! Criait l’enfant en courant vers le susnommé.
   Celui-ci l’attendit calmement, un petit sourire aux lèvres. Il avait beaucoup d’affection pour le prince, qu’il avait quasiment élevé avec maître Baelon. La maladie de la reine s’était déclarée peu de temps après sa naissance, et elle n’avait plus la force de s’occuper d’un enfant aussi énergique et turbulent. Si maître Baelon s’occupait de l’instruction de la géographie, de l’histoire, de l’étiquette, de la littérature et des arts, et Ser Talon, le maître d’armes, de l’instruction militaire et martiale -sans grand succès-, Tarquin surveillait attentivement le prince, l’empêchant de se blesser, de commettre des bêtises, lui parlant de la politique et de ce qu’il devait observer. Noah était un petit garçon intrépide, trop énergique pour son bien, jovial et généreux. Ses ambitions ne s’élevaient, au dam de son père, pas plus haut que le titre de chevalier et encore, cela n’eut-il dépendu que de lui il serait devenu bibliothécaire, de son propre aveu.
   -Tarquin, vous avez vu cela? L’Epée! Elle….
   -Oui mon Prince, je l’ai vue, répondit Tarquin en remettant machinalement en place la tunique du prince.
   -Qu’en pensez-vous?
   -Ce que j’en pense? Et bien, j’en pense ce qu’a dit votre père. Cela annonce certainement un âge d’or heureux.
   -Maître Aghanim a dit qu’il n’aimait pas cela.
   -Et pourquoi donc?
   -Il a dit qu’on n’avait jamais vu cela auparavant, et qu’il ne fallait pas trop se faire d’idées avant que le Consortium étudie l’affaire plus avant.
   -Oui, bien sûr, le Consortium…
   Avec les nobles, le Consortium Aedeptus était la deuxième institution qu’exécrait Tarquin. Sans être officiellement une Guilde, le Collegium de magie n’en avait pas moins la mainmise sur l’ensemble du marchandage occulte dans le royaume d’Hyrule, et ses membres arrogants bouffis de leur propre puissance ne perdait jamais une occasion de se faire mousser ou d’imposer leur volonté. Tarquin avait eu le plus grand mal à placer l’un des siens au sein du Consortium. Le Premier Conseiller Aghanim était légèrement différent. Plus humble, plus discret, quoique d’une compétence redoutable. Le vieux Sheikah le trouvait presque sympathique par moment. Il n’en restait pas moins un mage et par conséquent une personne à surveiller de près.
   -J’y pense, mon Prince. N’est-ce pas l’heure de votre leçon avec Ser Talon? Il doit s’impatienter.
   Noah grimaça à l’évocation du maître d’armes.
   -Je hais cela, me battre et manier l’épée… C’est indigne d’un prince, n’est-ce?, demanda-t-il en relevant les yeux vers Tarquin.    
   -Si cela ne dépendait que de moi, ce serait très digne d’un prince. Mais ce ne l’est certainement pas aux yeux des Lords et de votre peuple, en effet. Vous devriez mettre un peu plus de volonté à l’ouvrage.
   -Mais Tarquin! A quoi cela sert-il de se battre? A être blessé et à mourir. Non merci, je préfère de loin regarder les Chevaliers de père jouter de loin.
   -Un jour vous serrez peut être amené à guerroyer, et alors vous remercierez les Déesses des leçons de maître Talon.
   -Ce n’est pas vrai!, s’emporta Noah. C’est le sieur Link qui sera roi. Moi, je n’aurai pas besoin de guerroyer. A ce propos, Tarquin…
   -Mon Prince?
   -On dit qu’il s’est mis en route, et qu’il sera là bientôt.
   Le Sheikah leva un sourcil. Peu de personnes étaient au courant, et le prince n’était pas censé en être.
   -Et comment savez-vous cela?
   -Bon, je le confesse, j’ai « un peu » écouté ce que disait sa Sainteté à Lord Dumor. Mais c’est fantastique n’est-ce pas?
   -Je suppose oui… Votre sœur va se marier, ce sera un grand événement.
   -Au diable cette idiote! Il y aura plein de vieux guerriers et de vétérans au château, ils auront des tas d’histoires à raconter!
   Tarquin sourit devant la candeur de son protégé. Lui, la présence de tant de « vieux guerriers », tous issus de clans différents et souvent rivaux, ne l’enchantait guère.
   -Savez-vous Tarquin s’il sera là lui aussi?
   -Il, mon Prince?
   -Mais oui! Vous savez! Le fameux Chien! On dit qu’il a abattu à lui seul plus de cent cinquante guerriers avec une seule main! Il serait si fort qu’il se bat avec deux marteaux de guerre à la fois et que ses ennemis implorent son pardon avant même le début des combats.
   Tarquin rit de bon cœur.
   -Il me tarde de le rencontrer dans ce cas. Je n’en savais pas tant sur lui.
   -Alors? Alors? Sera-t-il ici?
   -C’est presque certain, mon Prince. J’ai entendu dire qu’il ne quittait pas son maître d’une semelle.
   -Merveilleux! C’est merveilleux! Je suis sûr qu’il aura plein de choses passionnantes à me raconter!   
   -Je n’en doute pas mon Prince. Maintenant, filez avant que Ser Talon n’envoie la Garde pour vous chercher.
   -Vous avez raison Tarquin. Peut être que le Chien me donnera un ou deux leçons.
   -Je lui en toucherai un mot si cela vous agrée.
   -Ho oui! Merci Tarquin!
   Noah tourna sur lui-même et repartit d’où il venait. Tarquin le regarda partir avec un sourire qui s’évanouit bien vite lorsque ses vieux os se glacèrent.
   Il avait un mauvais pressentiment.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le mardi 27 avril 2010, 18:24:21
Premier chapitre de cette nouvelle fan-fiction, qui ne semble guère rencontrer un succès fou ^^

Une suite du Cycle pour bientôt!

Bonne lecture.




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I
-Le Chien-


   Le Chien se réveilla avant l’aube. Sa main droite le faisait souffrir et la plate d’acier la rendait glaciale. Le camp était silencieux, il n’entendait que les murmures des sentinelles et les piaffements des chevaux. Il se leva de sa paillasse inconfortable et entreprit de se vêtir. Sa traditionnelle tunique blanche qui accusait la trop longue campagne, dont il fourra la manche droite dans son gantelet ; des haut-de-chausses d’équitation noirs rembourrés ; de solides bottes usées mais confortables. Il passa une chemise de mailles par-dessus ainsi qu’un tabard, blanc lui aussi, frappé de l’emblème de son maître -loup de sable sur champ sinople- qu’il boucla avec une ceinture de cuir sous laquelle il glissa une dague. Il ceignit son épée longue à sa hanche droite et souleva le rabat de sa tente et sortit.
   Il faisait encore sombre mais on pouvait distinguer de pâles lueurs à l’est. L’air était frais en ce début de printemps mais revigorant. Le camp était monté avec discipline, chaque tente s’alignant parfaitement afin de former un carré divisé par un chemin central en forme de croix. Même si les rivalités s’estompaient au fur et à mesure entre les clans, il en avait été tenu compte lors de la construction du campement. Les Faces- Rouges ne côtoyaient pas les Logres et les Janken, les Ventre-Bleus n’avaient pas pour voisins les Pieds-Noirs et les Profions, et ainsi de suite. Le Chien aimait bien l’ordre qui régnait dans les vastes cités de toile temporaires. Il trouvait cela paisible et réconfortant. Loin du chaos des combats, de la fureur des batailles.
   Il salua deux sentinelles qui se réchauffaient au coin d’un feu en préparant une bouillie d’avoine. Il reçut un salut en retour mais la discussion s’arrêta là. Le Chien était un lieutenant compétent -quoi qu’il n’avait pas officiellement ce grade- mais les hommes ne l’appréciaient guère en privé. Il le savait et ne voulait forcer personne. Il déjeuna de son avoine en silence. Manger lui était pénible, depuis qu’il ne pouvait plus se servir de sa main droite. Un coup de marteau de guerre durant une bataille lui avait détruit les os de la main, laissant ses doigts dans des angles improbables. Le coup avait également enfoncé la plate de son gantelet, la soudant quasiment à sa main broyée. N’ayant pu recevoir des soins avant longtemps, les médecins n’avaient rien pu faire. Il aurait fallu retirer le gantelet, ce qui était impossible sans couper l’ensemble du membre. Le Chien avait préféré garder partiellement sa main plutôt que de s’en voir amputer. Mais il en souffrait toujours beaucoup. Les nerfs n’avaient pas été totalement détruits, et il bougeait parfois les doigts par inadvertance, ce qui lui procurait de vives souffrances. Il avait appris à se servir de sa main gauche.
   Une fois restauré, il fit réveiller les officiers et donna des ordres pour préparer la nouvelle marche de la journée. Il fallait s’occuper des chevaux, préparer la nourriture et les chariots, commencer à démonter les tentes… Il y avait encore un peu moins d’un mois de marche jusqu’à la Cité d’Hyrule, et le sieur Link ne voulait pas rester sur les routes plus que le strict minimum. Il avait hâte de franchir les portes de la ville. Le Chien pouvait comprendre. Il arrivait en Héros, le fédérateur des Clans des plaines, et il allait prendre pour épouse la fameuse princesse Zelda. Et lorsque le roi Salomon mourrait, ce serait lui qui monterait sur le trône. Un bel avenir en perspective.
   Une fois certain que tout serait prêt à temps, il retourna dans sa tente afin de récupérer les effets qu’il devait attacher à son cheval -son grand écu et son marteau de guerre. Lorsqu’il souleva le rabat, il fut surpris de voir que quelqu’un l’attendait, assis sur sa paillasse. C’était une femme, et pas n’importe laquelle : Feena Hurlebataille, meneuse du clan de Logre, l’un des plus puissants. Elle était belle malgré ses quarante printemps révolus, mais pas à la manière des courtisanes, de par sa coquetterie ou la mise de ses cheveux. Son charme provenait de la force tranquille de ses traits, volontaires et confiants, de sa silhouette grande et svelte mais tout en muscle avec des courbes mises en valeur par le port des armures légères. Ses cheveux roux cendrés et joliment bouclés étaient retenus en arrière par un bandeau de soie noire et elle portait un pourpoint de cuir rouge à ses armes -double haches croisées cramoisies sur champ de sable-, ainsi qu’une jupe de cuir clouté du même rouge et des bottes bordées de fourrure de loup. Dans ses yeux émeraude on pouvait voir couver un feu alimenté par une grande intelligence et une ardeur guerrière sans fin. Son visage était barré d’une cicatrice qui partait du milieu de son front, mordait la racine du nez et s’achevait en haut de la pommette gauche -ses bras et ses jambes portaient également de tels stigmates, témoins d’une vie guerrière. Ses lèvres pleines étaient colorées de noir de même que ses yeux étaient soulignés de khôl, conférant une force certaine à son regard.
   Un mince sourire de prédateur étira ses lèvres lorsqu’elle vit le Chien. Celui craignit un instant qu’elle voulût le tuer, mais constata qu’elle n’avait pas ses armes fétiches -les fameuses haches.
   -Madame, s’inclina-t-il avec politesse. Votre visite m’honore. Veuillez pardonner ma grossièreté, mais n’ayant point vu vos gens au dehors je ne m’attendais pas à vous trouver ici.
   Feena s’installa un peu plus confortablement sur la paillasse, inclinant le buste en arrière en tendant les bras derrière elle et en croisant les jambes. Son sourire s’agrandit.
   -Je ne me lasserai jamais de t’écouter, Chien. Tu es bien le seul de cette foutue armée à savoir parler à une dame.
   -Madame, s’inclina le Chien. Puis-je vous être d’une quelconque utilité?
   -Je viens te prévenir.
   -Me prévenir?
   -Oui. Cet idiot de Julian t’a provoqué en duel à l’aube, avant que nous prenions la route.
   -Pourquoi cela? Je n’ai pas souvenance de lui avoir porté quelque préjudice…
   -Tu n’as rien fait, Chien. C’est moi.
   -Vous madame?
   -Oui. Ce balourd voulait partager ma couche. Je l’ai repoussé et lorsqu’il m’a demandé pourquoi, je lui ai dit que seul celui qui arriverait à te tuer en duel aurait l’honneur de pouvoir me prendre.
   Feena planta son regard dans celui du Chien. Ce dernier ne broncha pas et ne fit pas mine de s’émouvoir. Il se contenta d’incliner légèrement le buste.
   -Soit. Quelles sont les modalités de ce duel?
   -Combat à mort, les armes sont laissées au choix des combattants.
   -Bien. Veuillez dire à monsieur Julian que j’y serai.
   La femme se leva, les yeux brillants. Elle semblait apprécier la situation. Elle s’approcha du Chien, faisant mine de partir. Mais tout à coup elle propulsa son poing vers le visage de son interlocuteur. Celui-ci fit un pas sur le côté et saisit au vol le poignet de Feena. Il affichait toujours la même expression, calme et désintéressée. La chef du clan de Logre s’approcha de lui, son poignet toujours prisonnier, jusqu’à ce que leurs corps se touchent et leurs visages s’effleurent.
   -Ne me déçois pas, Chien, murmura-t-elle.
   Puis elle fit courir langoureusement sa langue le long de sa mâchoire et mordilla le lobe de son oreille avant de quitter la tente.
   Le Chien allait devoir tuer un homme. Il n’aimait pas prendre une vie sans raison, mais refuser un duel clanique signifierait passer pour un lâche et il ne pouvait pas se le permettre. Il ne se faisait guère de souci pour le combat en lui-même. Il ne connaissait pas le dénommé Julian, et s’il n’en avait pas entendu parler jusqu’à alors c’était qu’il ne devait pas être exceptionnel.
   Le camp était parfaitement réveillé à présent. On démontait les tentes, chargeait les chariots et les mules, éteignaient les feux. L’aube était déjà là. Le Chien saisit son écu et s’en équipa. Il l’avait fait adapté à son handicap en retirant la poignée de fer pour la remplacer par deux solides sangles en cuir ajustables. Il fixa le bouclier solidement sur son bras droit et prit son marteau de guerre de l’autre. Le laissant reposer contre son épaule, il sortit de sa tente et se dirigea vers le lieu du combat. Le mot avait du passer assez vite car une foule de curieux et de parieurs s’était déjà rassemblée. Le Chien aperçut son adversaire. Hurlebataille lui murmurait des choses à l’oreilles et l’homme souriait. C’était un Logre pur, il n’y avait aucun doute. De taille moyenne, puissamment bâti, les cheveux auburn et vêtu d’une armure de cuir cramoisie. Il avait dans les mains un paire de hachettes rutilantes qui semblaient parfaitement affûtées. Ses yeux verts se dardèrent sur le Chien avec un faim dévorante -mais le manchot savait que ce n’était pas la faim de tuer, mais la lubricité.
   C’était la deuxième fois que le Chien était provoqué en duel. La première remontait au début de la fédération, lorsqu’il était encore totalement valide et en un seul morceau. Un des premiers chefs à avoir plié le genou devant le sieur Link avait voulu lui disputer sa place de second. Le combat n’avait pas duré plus de deux minutes et depuis plus personne n’avait osé l’affronter. Mais les choses avaient changé. Il était manchot, et borgne à présent. Cependant il ne doutait pas de ses chances. Calmement, il pénétra dans le cercle humain et s’inclina devant Julian.
   -Je ne désire pas ce duel, dit-il, mais si vous souhaitez aller jusqu’au bout alors soit. Je suis prêt.
   L’homme ricana et l’arbitre déclara le début du combat. Le Logrien se mit à tourner autour de son adversaire, griffant l’air de ses hachettes dans le but d’impressionner le Chien. Celui-ci se contentait de pivoter sur lui-même pour garder Julian dans son champ de vision. Il ne désirait pas porter le premier coup. Julian ne tarda pas à se lasser, et dans un cri il se jeta sur son adversaire, les armes brandies. L’idiot frappa de haut en bas avec ses deux armes à la fois. Le Chien leva tranquillement son bouclier pour parer l’assaut, et tournoyant sur son pied d’appuie il porta un coup violent dans le genou gauche avec son marteau. L’articulation implosa dans un craquement qui fit grimacer le public. En criant comme un cochon à l’abattoir, le Logrien s’effondra en tenant sa jambe brisée. Le Chien écarta ses hachettes d’un coup de pied, puis sans cruauté il l’acheva en lui brisant l’arrière du crâne d’un nouveau coup précis.
   Un silence médusé s’abattit sur le campement. Sans s’émouvoir, le Chien essuya le sang qui avait giclé sur son visage avec le revers de sa manche et relevant son unique œil déclara à voix haute.
   -Nous partons dans une demi-heure.
   Conformément à la coutume, il récupéra les armes du vaincu et les glissa dans sa ceinture.
   Le voyage reprit. La colonne avalait les kilomètres à bon train. Tout autour ne s’étendait que la vaste et somptueuse plaine verdoyante d’Hyrule. On pouvait distinguer quelques hameaux à l’horizon, des bâtiments solitaires, parfois un bosquet d’arbres. Il aurait fallu voyager longtemps à l’Est ou à l’Ouest pour apercevoir un paysage différent. La plaine était le point central du pays. A l’orient s’étendait une vaste chaîne de montagnes volcaniques, le fief minier de la maison Dodongo, les Seigneurs du Péril dont les montagnes tiraient leur nom. Au pied de ces monts florissait la grande ville de Cocorico, et plus au sud poussait une forêt gigantesque et mystérieuse, territoire ancestrale de la famille Mojo. Des centaines et des centaines d’histoires et de rumeurs circulaient sur les profondeurs de ces bois, des histoires d’enfants enlevés par des fées et transformés en monstres, des contes sur des plantes parlantes et des temples en ruines. Enfin au sud de cette forêt la plaine s’étendait à nouveau jusqu’à la Grande Mer, et la Route Royale la traversait de part en part jusqu’au royaume voisin de Termina.
   A l’occident, plus au nord que la Cité d’Hyrule s’étendait une autre chaîne de montagne, plus vaste, plus haute, et perpétuellement enneigée. La fonte de ses glaciers à l’été provoquait de terribles torrents qui dévalaient les pentes glacées jusqu’à une vallée plus au sud ce qui avait donné naissance au gigantesque Lac Hylia, véritable réservoir d’eau du royaume. La famille Zora administrait ces terres, et du lac émergeaient de nombreuses rivières qui irriguaient littéralement la plaine et le royaume. La plus grosse d’entre elle avait creusé vers le sud une vallée au sein de terres rocailleuses et arides où le clan Gerudo avait élu domicile des siècles plutôt, donnant ainsi le nom de la vallée. Depuis le temps, ce clan avait été anobli par la Couronne et c’était maintenant le territoire de la famille Dragmir. Au-delà de la vallée, il n’y avait plus rien sinon un désert illimité où vivaient à ce qu’on disait les esprits des morts et des créatures terrifiantes.
   La Grande Mer bordait tout le sud du royaume et des ports avaient émergé le long de la côte au fil des décennies, mais seul Mercantîle avait su obtenir un statu international.
   L’armée remontait le long de la Route Royale, une longue route pavée et aménagée du temps des Hyliens qui parcourait l’ensemble de la Plaine et permettait de voyager relativement confortablement dans tout le royaume. Elle était assez large pour que quatre chariots avancent de front. Des ruines de tour de guet ou d’anciens fortins émaillaient le trajet, abandonnées depuis longtemps par la Couronne, car trop lointaines pour être entretenues et efficaces. De toute manière, la famille royale avait depuis longtemps perdu toute envie de reconquérir le sud de la Plaine, le territoire des clans.
   La plaine était bien assez vaste pour être partagée, et personne ne voulait se lancer dans une longue et pénible guerre afin de réclamer la suprématie de ces terres. Personne sauf le sieur Link. Personne ne savait vraiment d’où il venait, mais il avait accompli l’exploit en sept années de campagne à réunir sous sa bannière l’ensemble des clans. Sept longues années qui avaient paru interminables au Chien, même si lui-même n’avait été enrôlé qu’à partir de la seconde. A présent il aspirait à du repos et une retraite tranquille, et il espérait trouver tout cela à la Cité.
   Un après midi -une semaine avait passé environ depuis son duel contre Julian-, alors qu’il supervisait la construction du camp pour la nuit, un soldat vint le voir pour lui enjoindre de retrouver le sieur Link dans la tente de commandement. Il s’y rendit dans l’instant. En soulevant le rabat, il remarqua que l’état major au complet était réuni : Feena Hurlebataille, bien sûr, Colin le Reître, lieutenant officiel et ami d’enfance de Link, Fehnir, chef du clan des Têtes-jaunes, reconnaissable à son visage peinturluré, et d’autres menus chefs. Et bien entendu, le sieur Link lui-même.
   L’homme était assis sur un grand siège confortable derrière une table de campagne sur laquelle s’entassaient des cartes d’Hyrule. Même pour un homme il était facile de comprendre qu’il était d’une beauté à couper le souffle. Bien qu’âgé de plus de vingt-huit ans, ses traits fins et nobles gardaient une certaine candeur. Ses yeux étaient d’un bleu d’une pureté océane, mais où se lisait une grande autorité, une intelligence redoutable et une grande confiance. Sa souple chevelure blonde encadrait son visage en deux longues mèches, tandis que le reste disparaissait sous un curieux bonnet vert qui ne le quittait jamais. Ses oreilles étaient en pointe, attestant de son haut lignage Hylien. Il portait des vêtements du même vert que son blason : une tunique longue en civile, une armure de demi-plates vertes en bataille. Sa silhouette était plutôt petite, mais fine et musclée. On le devinait fort et vif, agile et dextre. Il était bon dans toutes les choses du combat, de la lance à l’épée, de l’arc aux fléchettes en passant par le bâton et la masse. Il se dégageait de lui un fort magnétisme et une sensation de puissance et d’autorité qui poussait les soldats à le suivre aveuglément et à se surpasser.
   Link releva les yeux vers son Chien, et ce dernier y lut du dégoût. De honte, il détourna le visage. Il savait qu’il était laid, et s’en désolait. Il ne voulait pas infliger à son maître de devoir subir une telle vision. Mis à part Colin, son ami, et Feena, dont il ne savait plus trop quoi penser, tous eurent un rictus de complaisance à son encontre. Il laissa coula, il n’y était que trop habitué.
   -Vous désiriez me voir, sire?, fit-il en s’inclinant.
   -En effet.
   La voix de Link était comme une mélodie. Claire, chantante, troublante, mais le Chien savait qu’elle pouvait être aussi incisive et tranchante qu’une lame affûtée.
   -Un messager à cheval est arrivé. Notre bon roi me demande expressément de chevaucher à bride abattue pour le rencontrer au plus tôt. Il me suggère de précéder l’armée, et précise qu’il a envoyé un contingent pour nous « escorter ».
   Les chefs de clan ricanèrent. Link ne leur accorda même pas un regard.
   -Et je vais m’empresser de suivre ce conseil avisé, conclut-il avec un petit sourire.
   Les chefs en eurent le souffle coupé. Avant qu’ils ne réagissent, le Chien anticipa l’ordre de son maître.
   -Dois-je rester pour assister le Lieutenant?
   -Non. Toi, tu viens avec moi. Colin aussi d’ailleurs. Fehnir, j’attends de toi que tu commandes l’armée en mon absence, mais pas en tant que Tête-Jaune mais bien en tant que mon suppléant. Si j’apprends que tu as été l’origine de troubles quelconques, tu en répondras devant moi, c’est clair?
   -Mon seigneur, s’inclina de mauvaise grâce l’intéressé.
   Tous les chefs de clan avaient ployé le genoux devant Link et tous respectaient sa force. Mais tous n’étaient pleinement satisfaits de la situation. Beaucoup étaient des hommes et femmes fiers et fougueux, qui supportaient assez mal leur nouveau statu de vassal.
   -Feena, tu viens aussi. Désigne une vingtaine des meilleurs hommes pour nous accompagner, reprit Link en se levant. Chien, assure toi qu’on nous prépare suffisamment de provisions et fait seller les meilleures montures. Je veux être parti dans deux heures. Rompez.
   Le Chien, Colin et tous les autres s’inclinèrent ou se tapèrent le poing sur le cœur et sortir sans échanger un mot. Lorsqu’Hurlebataille passa à côté du Chien, elle le bouscula brutalement de l’épaule mais ne se retourna pas.
   -Sacrée bonne femme celle-là, commenta Colin en observant d’un air rêveur le lascif balancement des fesses de la chef. Je crois que tu lui as tapé dans l’œil.
   -Si tu le dis, répondit le Chien en se détournant aussitôt.
   Il avait une mission à mener à bien.
   Sans trop savoir pourquoi, lorsque le petit groupe mené par Link en personne franchit le camp, et que la Plaine s’offrit à leur yeux dans toute son imposante splendeur, le Chien eut un mauvais pressentiment.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le dimanche 02 mai 2010, 01:14:08
[align=center]II
-Kaepora-[/align]



   La Cité s’étendait sous lui, belle et blanche comme au premier jour. La foule insouciante vaquait à ses occupations ; des volutes paresseux de fumée blanche voletaient hors des cheminées et des forges ; l’éclat presque aveuglant de ce soleil de début de printemps se reflétait sur les vitres des maisons et des auberges ; le vent léger et divinement rafraîchissant s’infiltrait sous les toits d’ardoises en sifflant une ballade. Il ne se lassait jamais de survoler son foyer, de le contempler dans toute sa splendeur.
   Il rabattit ses ailes et se laissa tomber de plusieurs dizaines de mètres, vers les toits. Il venait d’apercevoir un rat blanc se faufilant sur les arrêtes des toits, et son estomac grondait. Silencieux comme la mort, il se laissa choir sur lui, et le captura dans ses serres. Il ne lui laissa pas le temps de souffrir, et tout en mangeant gardait un œil sur les passants en contrebas. Trois semaines avaient passé déjà depuis la cérémonie de la Grâce, mais l’humeur et le moral du peuple restaient au beau fixe. Il aimait bien cela.
   Repu, il reprit son envol, se laissant guider par les courants ascendants, planant langoureusement au dessus des girouettes. L’auberge de Marine semblait pleine à craquer -il pouvait entendre des rires et de la musique. Le Barda de Balder était victime de son succès ; une longue queue s’étirait devant ses portes. Une foule commençait à s’amasser sur le parvis du Temple du Temps pour l’office de l’après-midi -le père Reynald était chargé de l’accueil des prieurs. Tout respirait la vie et l’allégresse.
   Il bifurqua vers le nord et survola quelques minutes plus tard les magnifiques jardins extérieurs. Les ravages qu’avait causé la cérémonie de la Grâce avaient déjà été rattrapés par le maître jardinier, et la pelouse croissait, grasse et bien verte. Les allées ombragées s’engouffraient dans de somptueux labyrinthes floraux, de vastes parterres colorés attendaient les piqueniqueurs et les lecteurs, des bancs de marbre finement ouvragés accueillaient toute sorte d’intellectuels en quête d’un lieux calme où réfléchir. Les demoiselles marchaient bras dessus bras dessous, s’échangeant à voix basse des ragots et des rumeurs croustillants sur la Cour et en pouffaient de rire.
   Il aperçut le court Lord Dumor en pleine partie d’échec avec le beau Lord Dorf. Ceux-ci étaient deux exacts opposés,  il s’étonnait donc de les trouver là partageant un jeu. Un peu plus loin, sous les peupliers qui ombrageaient généreusement la petite mare, une prestigieuse assemblée s’amusait calmement, profitant du beau temps. Lord Darunia, ses trois fils Ser Sedrik, Ser Goro et Ser Allister et son frère Lord Darmani, Lady Ruto, Lady Saria, la fille de Lord Dumor et son frère Ser Mido, la reine Ishtar et ses enfants, la Princesse Zelda et le Prince Nohansen, étaient assis, allongés ou debout dans l’herbe fraîche et la Princesse semblait donner de sa splendide voix? accompagnée sur un air joué par Lady Saria et Lady Ruto. Il avisa au dernier moment, en dépassant les peupliers, l’énigmatique Tarquin, adossé à un arbre un peu à l’écart.
   Battant des ailes, il s’éleva au dessus des flèches du château, et craignit un instant que les gardes de faction ne tentassent de l’abattre. Mais aucun n’en fit rien, et il s’éloigna promptement de peur qu’ils ne changeassent d’avis. Son regard se porta sur l’imposante silhouette du Volcan du Péril, loin à l’Est, dont le sommet creux était auréolé d’un impressionnant rond de nuage gris. Tournoyant sur lui-même, il retourna vers la Cité, appréciant le vent caressant son plumage. Il adorait la sensation de voler, cette liberté qu’il ne pouvait avoir au sol. Avec un certain regret, il se laissa porter par les courants vers le gigantesque bâtiment de pierre blanche à l’ouest de la ville.
   Le Consortium Aedeptus. Il avait un jour aimé sincèrement son architecture de temple, avec ses hautes colonnades, ses cours ouvertes, ses cloîtres et ses longs couloirs, les fenêtres sans vitrages, les sculptures qui ornaient son front et ses flancs, ses textes en vieil Hylien gravé dans la pierre. Oui, il l’avait aimé. Mais à présent, le Collegium de magie ne lui évoquait rien de plus qu’une prison. Il piqua légèrement vers l’une des fenêtres située le plus haut, et atterrit en s’aidant de ses ailes sur le rebord de pierre. Ses yeux semblables à deux perles noires scrutèrent l’intérieur de la chambre, vaste mais austère. De nombreuses bibliothèques s’alignaient le long des murs nus, et des tables d’expérimentation jonchées de grimoires, de matériel alchimique, de composants et d’ingrédients occupaient le reste. On se demandait comment l’occupant des lieux avait réussi l’exploit de trouver un peu de place pour un grand lit confortable mais sobre. Le seul ornement visible était un impressionnant tapis recouvrant le sol de pierre froide, représentant la carte de l’Hyrule des Hyliens -autant dire une relique. Sur ce même tapis, un vieil homme doté d’un fort embonpoint se tenait assis, les jambes croisées et le dos des mains posées sur les genoux. Il fermait les yeux et semblait être dans une sorte de transe. Son visage rond et chauve inspirait tout de suite la sympathie et la confiance, jusqu’à sa longue barbe hirsute. Se peau était toute fripée et ridées, mais c’étaient les rides du rire qui se voyaient le plus. Il était vêtu d’une sobre robe brune, sur laquelle on avait discrètement cousu des motifs complexes.
   Il l’observa un court instant… et soudain il contemplait un gros hibou marron. L’animal poussa un piaillement et s’agita sur le rebord de la fenêtre. Il semblait légèrement confus. Avec un soupir, Kaepora se releva péniblement. Il avait un besoin certain d’exercice. Il avança vers l’oiseau en tendant le bras et celui-ci y sauta sans se poser de question.
   -Mon brave Gaebora, fit le vieil homme en caressant affectueusement son familier, je ne te remercierais sans doute jamais assez pour ces moments que tu me fais vivre.
   Il le déposa sur son perchoir favoris, sa plus vieille bibliothèque. Aussitôt l’oiseau de nuit entreprit de s’endormir, manifestement satisfait. On frappa à sa porte.
   -Maître Kaepora!, fit la voix étouffée de la jeune Médolie.
   -C’est ouvert mon enfant.
   La porte s’ouvrit sur une jeune fille d’une quinzaine d’années. Son visage assez mignon au nez faisant penser au bec d’un oiseau était rouge d’avoir couru à travers les couloirs. Ses longs cheveux châtains étaient attachés en queue de cheval et elle portait la robe des apprentis.
   -Et bien, qu’est-ce qui te tracasse tellement que tu t’es mise dans cet état là?, demanda Kaepora avec son doux sourire.
   -C’est… commença Médolie en cherchant son souffle. C’est l’archi-maître Exelo qui m’envoie vous chercher. Vous… Vous êtes attendu pour une session extraordinaire… du conseil des maîtres.
   Le vieil homme poussa un soupir à fendre l’âme, et la jeune fille lui adressa un petit sourire gêné.
   -Bien, je te remercie. Je m’y rends de ce pas.
   Le conseil des maîtres, qui se tenait d’ordinaire une fois par mois, se réunissait dans un salle spéciale dont l’accès n’était connu que des maîtres eux-mêmes. En y pénétrant, Kaepora avisa qu’il était, comme de coutume récemment, le dernier. Les maîtres prenaient place dans de confortables fauteuils à haut dossier autour d’une vaste table en bois ouvragé. Tous les plus grands jeteurs de sorts, ensorceleurs, enchanteurs, magiciens, mages et thaumaturges du royaume étaient là : L’archi-maître Exelo dont l’âge avancé tenait de la légende, Agahnim le Sombre, Premier Conseiller du Royaume, Vaati le Beau, Xanto le Facétieux dont le visage caché derrière un masque en fer de démon grimaçant n’avait jamais été aperçu, et le sage Sahasrahla. Parmi tous ses pairs, il n’y avait guère que Sahasrahla qu’il appréciait. Les autres n’étaient que des arrogants, des opportunistes, des comploteurs, des sournois.
   Tandis qu’il prenait sa place sans un mot entre Vaati et Agahnim, il sentait leurs regards qui pesaient sur lui. S’il n’avait pas tant aimé ses jeunes élèves et l’enseignement, il y aurait eu longtemps qu’il se serait échappé. Kaepora détestait le Consortium Aedeptus, du moins ce qu’il était devenu, et les hommes qui en étaient la cause.
   -Comment se porte votre stupide volatile?, lui demanda Vaati en tordant sa jolie bouche d’un sourire sardonique. Je me demande toujours comme il peut porter son propre poids. Il est aussi empâté que son maître.
   Vaati, dit le Beau à cause de son visage androgyne pâle aux cheveux blanc et aux lèvres carmins, était le pire du lot. Trop vaniteux, il prenait un plaisir malsain à humilier les autres dès que l’occasion se présentait. Et il était inutile d’essayer de laver l’affront par le duel : c’était le but de l’animal. Sa puissance n’avait d’égal que celle d’Aghanim, et nombreux furent ceux à périr en essayant de lui faire ravaler son orgueil. Kaepora avait ainsi assisté à la mise à mort de plusieurs de ses vieux amis et élèves adorés. Pour une raison inconnue, il semblait être sous la pleine protection de l’archi-maître. Kaepora avait résolu depuis longtemps de l’ignorer. Ce qu’il fit.
   -Bien que nous ne pouvons nier totalement ce fait, intervint Agahnim, nous ne sommes pas ici pour parler d’oiseaux.
   Agahnim était un mage respectable la plupart du temps. Appelé le Sombre non pas en raison d’un éventuel penchant pour la magie noire mais parce qu’il parlait peu et se faisait souvent discret ; il semblait tirer moins de fierté de sa magie et plus de sagesse. Il était assez grand et puissamment bâti. La majeure partie de son visage était dissimulée par une espèce de capuche rouge retenue autour du crâne par un tiare d’or ceint d’un triangle sur le front. Il s’habillait la plupart du temps d’une robe de mage rouge vif avec des motifs brodés au fil d’or symbolisant des flammes et il se chaussait de babouches du même rouge. Ses doigts épais étaient ornés de bagues diverses en argent ou en or. Enfin il arborait sur son torse un étrange emblème : on aurait dit l’emblème du Sheikah, mais celui-ci était bleu et ne pleurait pas de larme. Au lieu de cela, deux ensembles de trois triangles le flanquaient en haut et en bas, figurant, selon Kaepora, des cils.
   -De quoi parlerons-nous, en ce cas? Fit Sahasrahla en caressant sa longue barbe d’une main distraite.
   Le maître Sahasrahla avait l’apparence typique du magicien des contes. Presque centenaire, son visage n’était plus qu’un entrelacs de rides et de chaires flasques, bien que ses yeux gris restaient illuminées d’une redoutable intelligence et d’une vivacité surprenante sous ses épais sourcils gris. Les cheveux avaient depuis longtemps déserté le sommet de son crâne pour venir semblait-il se réfugier dans sa barbe emblématique dont il se faisait une ceinture. Petit et voûté, il se cachait sous une ample toge rouge sans ornement, le même rouge que la tenue d’Agahnim qui fut autrefois son élève préféré. Sahasrahla était un petit bonhomme plein d’intelligence et de sagesse, et Kaepora qui le connaissait bien n’aurait jamais pu s’imaginer la présence de la moindre once de malignité en lui.
   Xanto poussa un hurlement de rire aussi bref qu’inattendu. Il n’y avait pas grand-chose à dire sur Xanto, car personne ne savait qui il était -ou ce qu’il était. Il était grand dans des proportions presque ridicules et dissimulait son visage sous un massif masque de fer figurant une tête de démon tirant la langue. Il s’habillait de vêtements amples aux manches longues, toujours noirs, et qui suivaient parfaitement sa démarche de danseur. Xanto ne disait presque jamais rien de censé ou de cohérent, mais il s’avérait être extrêmement doué pour la magie ce qui lui avait valu sa place de maître. Kaepora ne le supportait pas, probablement parce qu’il le trouvait un peu terrifiant. Son surnom de Facétieux lui venait de sa manie de pousser régulièrement des rires tonitruants et brefs, souvent dans les moments les plus inattendus.
   -Nous parlerons, répondit Exelo sans prêter attention à l’intervention de Xanto, de l’arrivée prochaine de ce prétendu… Héros.
   Exelo était une énigme, une insulte vivante jetée à la face du temps. Âgé de plus de cent cinquante ans d’après la rumeur, il n’en avait que quarante d’aspect. Ses traits étaient durs et sérieux, ses yeux deux puits bleus de connaissance pure. Il arborait une moustache fine et tombante du même blanc que ses cheveux soigneusement coiffés en arrière. Son vêtement traditionnel était une robe légère jaune d’or agrémentée d’une ceinture écarlate. L’air autour de lui était chargé d’énergie et il exsudait de sa silhouette fine une terrifiante impression de force. Kaepora l’avait connu dans sa jeunesse comme quelqu’un de gentil et patient, mais au fil des ans l’archi-maître était devenu colérique, intolérant, recherchant sans cesse une certaine élite dont doter son entourage. Cela expliquait peut être la protection qu’il accordait à Vaati.
   -Je ne vois pas pourquoi tout le monde en fait un tel événement, déclara ce dernier en passant une main négligente dans sa fine chevelure. Je veux dire… Ce n’est qu’un bouseux qui sort de sa brousse.
   -Un bouseux qui s’essuiera bientôt les bottes sur les marches du trône, rétorqua Exelo en lissant ses moustaches.
   Vaati haussa les épaules, un petit sourire aux lèvres.
   -Et alors? Je persiste à dire que cela ne change rien. Nous ne rendons déjà pas de compte à ce vieillard de Salomon, alors pourquoi en rendrions nous à un barbare décérébré?
   -On dit l’homme puissant et ambitieux, intervint Agahnim. Il pourrait vouloir se mêler de nos affaires.
   -Quand bien même, nous n’aurons qu’à le dissuader de vouloir en apprendre plus. Ce n’est pas comme si nous ne l’avions jamais fait…
   Kaepora ne prononça pas une seule parole durant toute la durée du Conseil, et on ne le sollicita pas non plus. En son temps, le conseil s’occupait de résoudre les problèmes internes du Collegium, les altercations entre élèves, le coût d’éventuelles rénovations ou de l’organisation d’un événement particulier. Mais depuis quelques décennies, on n’y traitait plus que d’affaires politiques sordides, de la façon de garder la mainmise sur le marché de la magie et des « gêneurs » à « dissuader ». Tout cela rendait le doux maître malade, mais il ne pouvait rien y faire. Même le sage Sahasrahla était entré dans le cercle, contre son gré très certainement, et quoique Kaepora eut pu dire n’aurait rien changé à la situation. Il savait d’ailleurs pertinemment qu’il ne faisait plus partie des projets du Consortium, et que sa présence n’était plus requise que par respect du protocole.
   Les conspirateurs ne craignaient pas qu’il allât révéler quoique ce fut à quiconque. Quel intérêt aurait-il eu à faire cela? Aucun, si ce n’était celui de se mettre en danger. Non, il était plus avisé de fermer les yeux et de se concentrer sur l’enseignement.
   Malgré tout, il avait un curieux pressentiment.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le mardi 04 mai 2010, 19:23:57
[align=center]III
-Malon-[/align]

   -Vous ne comprenez pas, cria Zelda, les yeux rougis de pleurs refoulés, il est intolérable que je me présente à mon futur époux habillée comme la pire des souillons, et ce minable tailleur se moque de moi! Je lui avais pourtant bien dit que je voulais des diamants, et pourtant il a mis des perles! Des perles!
   La jeune princesse arpentait la pièce d’un pas rageur, sa robe de satin bleu trainant derrière elle comme la queue d’un serpent. Ses magnifiques yeux azurs exprimaient à la fois une colère noire et un désespoir insupportable. L’objet de son ire était allongé sur le lit, une magnifique pièce en soie blanche, finement travaillée, coupée à la perfection, savamment décorée de perles blanches iridescentes.
   Une robe qui avait dû coûté une fortune, songea Malon, et qui pourtant ne serait jamais portée à cause de malheureuses perles.
   Son père avait beau avoir été anobli quelques années auparavant, elle ne pouvait s’empêcher de se soucier des choses de l’argent. Et voir un tel gâchis lui serrait le cœur. Cependant, en tant que simple courtisane, elle ne souffla mot et se contenta de continuer son ouvrage de broderie, la tête consciencieusement baissée. Croiser le regard de la princesse à ce moment là aurait été une erreur. La princesse cherchait quelque chose ou quelqu’un sur lequel canaliser sa rage, et malgré sa faible corpulence, ses gifles étaient cuisantes.
   Malon en savait quelque chose.
   -Je ne vois pas où est le problème, déclara la jeune Lady Saria en s’approchant de la fameuse robe. Ces perles seront du plus bel effet sur son Altesse.
   Zelda s’arrêta dans son mouvement et tourna le regard  vers l’impudente. Sa bouche s’ouvrit plusieurs fois, les lèvres tremblantes, comme cherchant les mots qui allaient la franchir. Finalement elle explosa :
   -Ces perles seront du plus bel effet, dites vous? Petite idiote! Qu’en savez-vous, vous, de ce qui est du plus bel effet? Peut être aimez vous vous vêtir de guenilles, mais cela n’est pas le cas de tout le monde!
   -Je ne voulais pas offenser son Altesse, s’inclina Lady Saria sans se démonter, mais il serait dommage de gâcher une si belle robe.
   Malon acquiesça en son for. Elle aimait bien Lady Saria. Elle n’avait que onze ans, mais elle était déjà d’une telle maturité! Elle était vive, et drôle, et tout le temps enjouée! D’une si charmante compagnie! Elle au moins n’avait cure de salir ses atours dans les jeux, ou de se crotter en s’écartant un peu du sentier équestre pour admirer un paysage. Et puis elle était douce et gentille avec ses gens. Malon aurait tellement été contente d’être sa suivante!
   -Une si belle robe?, répéta bêtement le princesse. J’aurais honte de vêtir ma bonne avec ça. Regardez moi cette coupe grossière, ce tissu rêche. Une véritable désolation.
   -Allons, Zelda, ne faites pas l’enfant, intervint la reine Ishtar. Cette robe vous va à ravir et ce n’est pas quelques malheureuses perles qui y changeront quelque chose. Vous la porterez un point c’est tout, et il n’y a rien à discuter.
   La mère et la fille s’affrontèrent du regard, et une tension presque palpable envahit soudain la chambre princière. L’orage n’allait pas tarder à éclater. Malon remarqua que la princesse serrait les poings de rage, que ses lèvres tremblaient et que son visage avait pâli. Les signes avant-coureurs d’une vive colère. Il n’allait pas faire bon être dans les parages.
   -Sortez…, souffla-t-elle soudain. Sortez, toutes les deux.
   -Princesse, je… voulut intervenir Lady Saria mais Ishtar la coupa aussitôt.
   -Faites ce qu’elle dit.
   Lady Saria fit une révérence pleine de grâce, et fit signe à Malon de la suivre. La jeune femme s’exécuta sans rechigner, saluant sa maîtresse et sa reine d’une rapide courbette et referma la porte derrière elle. Aussitôt on entendit les éclats de voix de la princesse qui hurlait.
   -Venez, dit Saria en lui prenant la main, éloignons nous.
   Elles longèrent en silence les fastueux couloirs de l’aile résidentielle, croisant une multitude de serviteurs, journaliers, artisans et nobles affairés à préparer le Château en vue de l’arrivée imminente du Héros. Malon suivait la petite silhouette enfantine aux cheveux verts sans rien dire. Elle était heureuse d’avoir pu échapper à la dispute entre la princesse et sa mère la reine. Leur relation s’était tendue dernièrement, et ce genre d’événements n’était hélas plus si rare. La courtisane était triste pour la reine. Elle était tellement malade, et elle devait supporter d’affronter sa petite effrontée de fille.
   Malon ne pouvait s’empêcher d’haïr sa maîtresse. C’était une petite fille trop gâtée, imbue d’elle-même, méprisante, colérique et violente. Instinctivement, elle se frotta le bras droit, là où elle l’avait frappée avec un chandelier en bronze une semaine plutôt. Par les Déesses, elle n’avait pas réussi à lui fracturer les os, mais un gros hématome violacée lui ornait dorénavant le bras. Elle espérait que lorsqu’elle épouserait le sieur Link, elle ne se soucierait plus d’elle, ou alors qu’elle l’enverrait auprès de Lady Saria, ou de Lady Ruto. Ce serait tellement merveilleux!
   Perdue dans ses pensées, elle ne se rendit compte de l’arrêt soudain de Lady Saria qu’au dernier moment et eut toutes les peines du monde à ne pas la percuter. Elles étaient devant les appartement de la jeune fille.
   -Malon, fit Saria d’un air embarrassé. Tu devrais attendre un peu avant de retourner auprès de ta maîtresse… Ce sera sans doute mieux ainsi.
   Malon n’avait pas besoin d’en entendre plus pour comprendre. Elle fit une courbette avant de répondre.
   -Madame est trop bonne.
   Elles échangèrent un sourire gêné, puis Saria disparut derrière la porte de ses quartiers. Ne sachant trop que faire pour occuper son temps, Malon entreprit de dénicher son père. Les leçons d’escrime avaient lieu dans la matinée, et Ser Talon aimait à paresser dans l’après-midi. Il devait certainement flâner quelque part entre les cuisines et les jardins.
   Malon quitta l’aile résidentielle. Le chemin le plus court pour arriver aux cuisines passait par la grande bibliothèque.  Bien qu’elle ne sût pas lire, elle appréciait la sérénité du lieu, son immensité et son odeur de vieux parchemin et de cuir tanné. Il n’y avait d’ordinaire jamais beaucoup de lecteurs, car la Cour n’accueillait pas énormément d’érudits, et que la bibliothèque royale était moins fournie et plus difficile d’accès pour les gens du commun que celle du Consortium Aedeptus.
   C’était le cas ce jour là. Il n’y avait pas un chat. Malon se hâta, mais arrivée au milieu des rayonnages, elle s’aperçut soudain qu’elle n’était pas seule. Une petite silhouette verte était assise à une table d’étude, une courte pile d’ouvrages à son côté. Elle lui tournait le dos mais Malon n’eut aucun mal à l’identifier, par l’emblème de sa maison -l’émeraude ceinturé d’or sur champ sinople-, sa caractéristique chevelure jaune-verte et l’étui à violon qui reposait sur le sol non loin de lui. Il ne faisait aucun bruit, et semblait totalement absorbé dans sa lecture…
   Ce qui était impossible puisque Fado le Faiseur de Vents était aveugle.
   Que pouvait bien fiche ici le conseiller personnel de Lord Dumor? Malon l’avait toujours trouvé un peu effrayant, avec ses yeux fermés qui semblaient pourtant tout voir, et son éternel petit sourire candide. Et puis c’était un magicien, et elle savait bien qu’il fallait rester loin de ces gens là. Le cœur battant, elle résolut de le contourner. Faisant demi tour, elle prit grand soin de ne faire aucun bruit. Elle était presque parvenue à la porte, quand une voix derrière elle la fit sursauter.
   -Chercherait-on à m’éviter, jeune fille? Ce ne serait guère poli…
   Il se tenait assis sur le deuxième rayon d’une des échelles du bibliothécaire. Il avait callé son étrange violon dans le creux de son cou et pinçait les cordes comme pour l’accorder. Malon, rougissant de honte, s’empressa de faire une courbette.
   -Monseigneur semblait très occupé, je… je ne voulais pas le déranger.
   Le sourire immuable de Fado s’agrandit un peu.
   -Bien sûr. Il eut été grossier de déranger un aveugle dans une séance de lecture. Votre éducation vous honore, mademoiselle.
   Malon aurait voulu disparaître dans le sol. Elle se faisait l’impression d’être une vraie idiote! Fado était à peine plus grand qu’elle, mais en comparaison elle se sentait minuscule.
   -Je…, voulut-elle s’expliquer mais aucune phrase intelligente ne lui vint.
   -Allons, ne vous tracassez pas pour si peu. Je vous faisais marcher. J’ai hélas l’habitude de faire fuir mes contemporains. Vous comprenez, un aveugle n’est jamais de très plaisante compagnie…
   Il prit son archet de sa main libre et le posa sur les cordes sans pour autant le faire glisser. Il semblait attendre une réponse.
   -Je… heu… A moi, vous m’êtes d’une très agréable compagnie, monseigneur.
   Fado eut un petit rire sincère.
   -Approchez, dans ce cas.
   -Mon… Monseigneur?
   -Allons, n’ayez pas peur.
   Peu rassurée, Malon s’exécuta. Fado dégageait une étrange odeur de plantes et de fleurs, qui calma la jeune femme d’une façon qu’elle ne s’expliquait pas. Lorsqu’elle jugea être suffisamment près, elle se stoppa.
   -Penchez vous.
   Elle se demanda ce qu’il comptait bien faire, mais obéit tout de même. Son rang ne lui permettait pas de faire autrement. Il tendit une main vers elle, et elle ferma les yeux en se contractant. Alors voilà, il voulait simplement la toucher… Il n’était pas différent des autres. Pendant une courte seconde, elle en fut curieusement déçue.
   Mais si Fado la toucha effectivement, ce n’était cependant pas de la façon dont elle s’y attendait. Sa main rendue calleuse par la pratique de l’instrument effleura délicatement les contours de son visage. Elle comprit tout à coup : il voulait simplement la visualiser! Elle eut un soupir de soulagement et se calma.
   Au bout d’un certain temps, Fado retira sa main et commenta :
   -Vous êtes d’une grande beauté, mademoiselle.
   Ne s’attendant pas le moins du monde à un compliment, Malon en resta un moment éberluée.
   -Je… Monseigneur est trop bon avec moi.
    -Non, je le pense sincèrement. Comment vous appelez vous, chère enfant?
   -Malon, monseigneur.
   -Ha! La fille de Ser Talon.
   -Pour vous servir, monseigneur.
   -On m’avait déjà vanté votre beauté, et maintenant que j’ai eu l’occasion de la constater de moi-même je ne peux le nier.
   Il dut sentir que l’écarlate sur les joues de Malon s’accentuait car il eut un autre petit rire.
   -Vous devriez probablement filer à présent, Malon fille de Talon.
   La jeune fille était parfaitement d’accord avec cela. Elle commençait à trouver la discussion gênante et trop étrange. Fado se releva, rangea son violon et entreprit de retourner à ses livres. Malon le regarda, et lorsqu’il disparut au détour d’un rayonnage, elle entendit sa voix raisonner dans la bibliothèque.
   -Et prenez garde à l’Ombre.
   Malon ne revit plus Fado durant plusieurs jours et elle s’en félicita. Elle apprit de la bouche de sa maîtresse (qui avait finalement décidé de garder la robe aux perles) que le Héros n’était plus qu’à trois jours de chevauchée du Château. La ville était en effervescence. Des centaines de villageois décoraient les rues avec des banderoles colorées, les maîtres artisans s’acharnaient jour et nuit afin de produire la meilleure marchandise possible à proposer au Héros et ses fidèles soldats, la Guilde des alchimiste avait été chargée de créer le plus beau feu d’artifice jamais vu… Rien n’était laissé au hasard. Par ordre du roi, il fallait absolument que tout soit parfait.
   Malon aurait aimé pouvoir se joindre aux préparatifs, mais elle était forcée de rester avec sa maîtresse, en sa qualité de courtisane. Depuis l’épisode de la robe, elle n’avait plus eu l’occasion de revoir Lady Saria. Alors, pendant que Zelda passait ses journées à essayer atour sur atour, bijou sur bijou, la jeune femme se laissait aller à une douce rêverie à propos du Héros. On le disait beau comme le jour, fort comme mille et précis comme la foudre. Partout on vantait ses prouesses et sa légende ne cessait de croître, toujours plus folle, toujours plus alléchante.
   Mais il y avait un autre homme dont on racontait les exploits, un homme caché dans l’ombre du Héros. On disait de lui qu’il était cruel comme un bourreau, laid comme un monstre, et fort comme un bœuf. Certains allaient jusqu’à dire qu’il n’était qu’un ogre que le Héros avait miséricordieusement épargné, et que depuis il le suivait partout et accomplissait toutes ses volontés. C’est pourquoi on l’appelait le Chien. Un homme qui avait voué sa complète existence au service d’un autre.
   Malon avait entendu le Prince Nohansen en parler avec une voix fébrile d’excitation. Elle ne comprenait pas pourquoi, si c’était vraiment le monstre qu’on décrivait? Quoiqu’il en fût, Malon espérait trouver parmi les suivants du Héros un beau soldat à épouser, qui l’emmènerait loin de cette vie et de cette maîtresse…
   -… Malon! Par les déesses, es-tu vraiment aussi stupide que tu en as l’air? Cria Zelda.
   Elle était penchée sur Malon, écarlate de colère. La jeune femme eut soudain peur. Perdue dans ses pensées, elle n’avait pas entendu la Princesse lui parler. Que lui avait-elle demandé?
   -Votre Altesse je…, commença-t-elle, et dans sa précipitation elle fit tomber son ouvrage de broderie de ses genoux.
   -Par les Déesses! Mais qui m’a fichue une idiote pareille?
   La gifle qu’asséna la Princesse à sa suivante envoya cette dernière au sol, la joue cuisante et les larmes aux yeux.
   -Dehors! Tu m’insupportes!
   Malon se releva précipitamment, fit une courbette en hâte et, la tête baissée, sortit. Elle courut au hasard le long des grands couloirs, les larmes brûlantes ruisselant sur son visage silencieux. Elle ne voulait plus de cette vie. Elle voulait redevenir une simple femme du peuple. Cette existence là était plus difficile, mais au moins vivait-elle heureuse alors. Personne ne la frappait à longueur de journée en la traitant d’idiote…
   … Toute éperdue qu’elle était, elle ne vit pas la haute silhouette avant de la percuter. Deux mains puissantes l’attrapèrent par les épaules, la sauvant d’une chute certaine. Relevant les yeux en bredouillant une excuse, elle se figea de peur en apercevant l’œil sanglant brodé sur le torse de l’homme.
   -Un problème, jeune fille?, demanda Tarquin Qu’un-Œil en la dévisageant, un trait soucieux barrant son front.
   On racontait toute sorte de chose sur Tarquin, le maître du légendaire Sheikah. Mais aucune n’était rassurante. On disait qu’on ne pouvait apercevoir cet homme qu’à deux moments : au cours d’un banquet officiel, ou à l’heure de mourir. Malon eut soudain peur que la Princesse n’ait demandé qu’on l’exécute pour son incompétence.  
   Baissant vivement la tête, elle répondit d’une voix tendue et trop rapide.
   -Pardonnez ma maladresse mon seigneur, j’étais… confuse.
   -Confuse? Quelque chose s’est passé?
   Il ne semblait pas vouloir la lâcher. Elle commença à trembler, malgré ses efforts pour arrêter.
   -Non mon seigneur, rien ne s’est passé, rien du tout. C’est juste que je pensais au sieur Link, à tous ces gens qui arriveront bientôt… Cela risque d’être grandiose, n’est-ce pas?
   -Oui, très certainement. Et maintenant, si tu me parlais de la vraie raison?
   Elle se glaça. Que voulait-il dire?
   -La… La vraie raison, mon seigneur?
   -Je ne sais pas ce que tu as entendu à mon sujet, jeune Malon, mais tu n’as pas à être effrayée. Je sais comment te traite la Princesse.
   Abasourdie, elle releva les yeux. Le visage de Tarquin était dérangeant, mais elle se fit violence pour le regarder dans l’œil. Elle y eut lu, à son grand étonnement, de la compassion.
   -Et si je peux te faire une confidence, elle a véritablement besoin que quelqu’un la remette à sa place.
   Il lui fit un clin d’œil, et malgré elle, malgré la peur qu’il lui insufflait, elle eut un petit rire. Il la lâcha.
   -Tu ne devrais pas courir comme ça dans les couloirs ça peut être dangereux.
   -Pardonnez moi, mon seigneur. Je ne le ferai plus.
   -Je le sais. Enfin, le plus important c’est que je t’ai enfin trouvée.
   -Vous… Vous me cherchiez, mon seigneur?
   -Tout à fait…
   L’Œil unique de Tarquin la dévisagea un long moment. Les larmes de la jeune fille recommencèrent à couler. Elle était tétanisée.
   -Vous… Vous allez me tuer?, demanda-t-elle d’une toute petite voix.
   La question dut prendre le Sheikah au dépourvu, car ses sourcils se soulevèrent en signe d’étonnement.
   -Te tuer? Quelle drôle d’idée!
   -Mais… Ce n’est pas… Ce n’est pas la Princesse qui vous envoie pour…
   -Ha! Je comprends maintenant. Non, non, rien de cela, tu n’as rien à craindre. Je n’ai aucun ordre à recevoir de la Princesse, et le bon roi Salomon ne tolérerait jamais un acte aussi odieux. Non, je te cherchais car je compte t’assigner ailleurs. Il n’y a que trop longtemps que tu as à subir les colères de la Princesse.
   Malon n’en  croyait pas ses oreilles. Avait-elle bien entendu? Cela pouvait-il être vrai, ou n’était -ce que son imagination qui lui jouait un tour?
   -Vous voulez dire que vous m’envoyez auprès de Lady Saria?
   -Non point.
   -De Lady Ruto, peut être?
   -Non plus.
   Tarquin secoua la tête.
   -Non, maître Baelon et moi avons d’autres projets pour toi, jeune Malon.
   Le vieil homme borgne eut un énigmatique sourire.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le samedi 08 mai 2010, 12:38:43
Record personnel battu!

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[align=center]IV
-Le Chien-[/align]


   -Il a beau être le plus laid des animaux, je veux que mon Chien n’en soit pas moins présentable, avait dit Link en laissant tomber un paquet de vêtements propres aux pieds de son lieutenant officieux.  Ton odeur est infecte, va te laver à la rivière. Et coupe moi cette horrible tignasse pouilleuse, le chien d’un roi doit avoir le poil soigné.
   Ainsi le Chien revint-il au campement rasé de frais, ses cheveux noirs de jais dégoulinants d’eau et amputés de la moitié de leur longueur, les laissant reposer sur ses épaules. Les massives silhouettes de la Cité et de la Citadelle d’Hyrule les toisaient dans le noir de la nuit, leurs faces titanesques illuminées des feux de garde disposés le long des murailles. Le Chien n’avait jamais rien vu d’aussi beau et d‘aussi gigantesque, ayant vécu la majeure partie de sa vie sur la Plaine. Il était fourbu, physiquement las, il n’aspirait plus qu’à du repos, beaucoup de repos, et cela n’était plus qu’à une petite journée de marche. Ils auraient pu y être cette nuit là, mais Link avait préféré retarder leur arrivée d’un jour afin de pénétrer dans la Cité à midi pile.
   Le Chien comprenait, cela accentuerait son triomphe : toute la foule rassemblée pour acclamer son Héros illuminé par le soleil de la mi-journée. Cependant la chaleur risquait d’être vite incommodante sous les armures de cérémonie qu’avait faites faire le Héros.
   -Je vais te dire un truc moi, mon pote, fit Colin alors que le Chien s’installait près du feu pour prendre son tour de garde avec le lieutenant officiel. Tu vois ce gros truc là-bas? Ce machin avec des tours et tout le bazar? Et bien écoute moi bien : c’est un putain de nid à donzelles! On va pouvoir s’en foutre jusque là, yen a pour tous les goûts, toutes les envies! Le paradis, mon gars.
   -Si tu le dis.
   -Hé, tu sais ce qui va pas avec toi? C’est que t’es un foutu rabat-joie. Tu souris jamais!
   -Sourire me fait mal.
   -Ha… Ouais, pardon.
   -Ce n’est pas grave.
   Un silence s’installa entre eux, gêné pour Colin, naturel pour le Chien. La nuit était calme. Ils n’entendaient que le crépitement du feu, les premiers chants d’insectes estivaux, et les grognements de plaisir qui montaient des tentes. Malgré ses paroles, le Chien savait que Colin n’était pas un coureur de jupons. Il était au contraire un romantique dans l’âme. Ce n’est que par amitié pour Link qu’il l’avait suivi dans la voie de l’épée. Il espérait se trouver une gentille petite femme et faire un mariage tranquille et heureux. Le Chien l’appréciait pour cela. Il était l’une des rares personnes de l’armée de Link à être civilisé. Au fur et à mesure des années, les mercenaires recrutés au début de la campagne avaient tous fini par mourir, déserter ou prendre leur retraite, se faisant remplacer lentement mais sûrement par des hordes de guerriers des clans, des êtres brutaux, cruels et barbares.
   A vrai dire, maintenant qu’il y songeait, il n’y avait plus guère que lui, Colin, Link et Japas, ce dernier étant resté derrière. Le Chien était heureux de retrouver la civilisation. Il espérait qu’il arriverait à s’intégrer. Après tout, il n’avait connu que la guerre pendant près de sept ans…
   Sept longues années… De souffrance, de douleur, de peine… Trop de camarades morts, tués par des sauvages qui l’instant d’après étaient les nouveaux camarades… Les viols, les saccages, les flammes…
   -… Locke! Locke par les Déesses! L’appelait Colin d’une voix suffisamment forte pour attirer son attention mais à la fois assez basse pour ne pas alarmer le camp.
   Le Chien sursauta, cligna plusieurs fois de l’œil. Il se rendit compte qu’il était en sueur, et qu’il tremblait. Son compagnon le regardait avec un air inquiet, prêt à bondir pour le rattraper au cas où il tomberait.
   -Bon sang Locke! Tu vas bien?
   -Oui… Oui je… Je ne sais pas ce qui s’est passé.
   La main droite du Chien lui faisait atrocement mal. La douleur sous le gantelet pulsait à un rythme plus rapide que son cœur, et il sentait chacun de ses doigts brisés comme si les nerfs n’avaient pas été endommagés. Il grimaça, fait assez rare chez lui pour que Colin le remarquât aussitôt.
   -C’est ta main? T’as mal?
   -Oui…
   -Je peux faire quelque chose?
   -Non… Il faut juste… attendre que ça passe.
   Et cela passa, mais très lentement. Il avait l’impression que la chair de sa main était à vif et exposée au feu.
   -Tu sais, commenta Colin après un silence relativement long, je dois admettre que t’as du courage. Moi, je pense que je me la serais coupée depuis longtemps.
   Le Chien ne jugea pas nécessaire de répondre à cela.
   -Dis, Locke?
   -Hmm?
   -T’y penses parfois?
   -Penser à quoi?
   -A tous les types que t’as tués.
   Un silence.
   -Il ne faut pas trop y songer, sinon on n’en dort plus.
   -Ouais. Mais…
   -Mais tu y penses.
   -Ouais, souvent…
   -T’es un type bien, Colin, ne te fait pas trop de bile. Tu vas bientôt pouvoir laisser tout ça derrière toi, et te concentrer sur l’avenir.
   -J’espère.
   Un autre silence.
   -Locke?
   -Hmm?
   -Merci.
   -Bonne nuit Colin.
   Ayant compris le message, l’intéressé regagna sa tente. Le Chien contemplait les flammes avec son œil unique, perdu dans ses pensées. Il essayait de comprendre ce qu’il s’était produit, quelques minutes plutôt. Il n’avait jamais vécu cela auparavant.
   Absorbé par ses réflexions, il n’entendit rien venir, mais tout à coup, quelqu’un était collé à lui. Un parfum doux mais piquant de femme lui chatouilla les narines, et de longues mèches soyeuses lui caressèrent la nuque. La froide morsure d’une dague brilla sous son menton, tandis qu’un doigt fort et calleux lui parcourait le visage.
   -Je te préférais avec une barbe, murmura Feena Hurlebataille à son oreille. Ne bouge pas, où je te tue.
   Il obéit. Il comprenait cette femme de moins en moins. Il ne savait pas non plus ce qu’elle lui voulait au juste. Il sentit bientôt le contact de sa langue humide le long de sa mâchoire, remontant langoureusement vers son oreille.
   -Que me voulez-vous, madame?, finit-il par demander.
   Elle s’arrêta, et renifla de dédain.
   -Ne me désires-tu donc pas?
   -Le devrais-je?
   -Pourquoi pas?
   -Vous m’envoyez vos guerriers, vous me brutalisez, et maintenant vous me menacez d’une dague. J’ai déjà connu méthode de séduction plus sensuelle.
   Il entendit un petit rire.
   -Alors dans ce cas, disons que c’est moi qui te désire.
   -Il aurait été plus simple pour tout le monde de commencer par là.
   Feena lui tira violement les cheveux en arrière, exposant son cou. Leurs joues se touchaient, et il trouva ce contact particulièrement doux.
   -Tes manières sont trop nobles pour ton bien, Chien.
   -Je suis navré de ne pas être né dans un Clan.
   Alors qu’il s’attendait à recevoir un coup pour l’affront, elle passa ses jambes autour de sa taille, se serrant contre lui. Il constata qu’elle ne portait qu’une tunique.
   -Je ne suis donc que cela pour toi? Une barbare décérébrée?
   -J’ai passé les sept dernières années de ma vie à tuer des gens comme vous pour ensuite vous côtoyer. Je ne suis guère enclin à vous apprécier.
   -Oui… Sept années à tuer des gens « comme moi »… Dont mon compagnon, et mes deux fils.
   La pointe de la dague entailla la peau de son cou, et une mince goute de sang perla, filant le long de la lame. Il sentit un contact humide contre sa joue. Une larme?
   -J’aimerais vous dire que j’en suis navré. Mais je ne le suis hélas pas, et si je devais l’être, je passerais le restant de ma vie à m’excuser.
   La dague trembla contre sa peau, mais il ne broncha pas.
   -Vous allez me tuer?, demanda-t-il d’une voix parfaitement calme.
   -Pourquoi faire? Souffla-t-elle, émue. Priver le blondinet de son toutou apprivoisé m’attirerait quelques ennuis.
   Le Chien ne répondit pas. Il n’avait rien à répondre : c’était vrai.
   -Accepterais-tu de répondre à une question, Chien? Reprit-elle après un moment de silence.
   -Si je le peux, madame.
   -Comment t’appelles-tu?
   -Locke. Sanks Locke.
   -Et bien Locke Sanks… Puisses-tu être damné pour l’éternité.
   Sans prévenir elle le repoussa violement, et s’en fut dans la nuit , vers sa tente probablement. Le Chien ne se retourna même pas. Il massa son cou d’une main distraite. Feena Hurlebataille n’était plus une énigme. Il n’avait plus à s’en soucier.
   Le lendemain à l’aube, un messager à cheval fut envoyé pour prévenir de leur arrivée. Link et ses suivants passèrent une heure complète à revêtir les armures de cérémonie. Si celles destinées aux guerriers claniques comportaient essentiellement du cuir et de la maille, celles de Link, Colin et du Chien étaient de véritables forteresses d’acier, composées de lourdes plaques, de plusieurs couches de vêtements, d’un nombre incalculable d’attaches, de fixations, de sangles, de menues protections… Contrairement à ce que craignait le Chien, elles n’étaient pas trop lourdes, et ne limitaient pas de façon excessive leurs mouvements. Ils purent grimper d’eux-mêmes sur leurs montures caparaçonnées pour l’occasion. Quelques guerriers avaient passé la veille à polir les armes et les armures, aussi leur attirail n’arrêtait-il pas de briller, d’étinceler avec le moindre petit rayon de soleil.
   Ils voyageaient en une colonne de deux hommes de largeur. Link allait devant, flanqué de Colin, et juste derrière venaient le Chien et Feena, qui ne s’adressèrent pas une parole, et encore après les vingt deux guerriers qui les accompagnaient, armés jusqu’aux dents, tous des vétérans endurcis couturés de cicatrices -cicatrices dont il était la cause pour certaines, songea le Chien. Plus ils s’en approchaient, et plus le Chien trouvait la Cité fabuleuse. Elle semblait s’étirer à perte de vue, sur des kilomètres. Une rumeur sourde en provenait, et il pouvait distinguer dans le lointain la silhouette de la Citadelle, et plus à l’ouest celle d’un curieux mais non moins imposant bâtiment blanc.
   Bien avant qu’ils n’arrivassent en vue du pont-levis surplombant les douves claires, des dizaines de personnes, gardes et badauds, s’étaient massées sur le chemin de ronde pour les voir venir. Link commença à sourire à l’entente des premiers vivats, et ce sourire ne cessa de s’élargir au fur et à mesure de leur progression.
   Leur accueil fut bien plus fastueux que ce à quoi le Chien s’attendait. A peine eurent-ils franchi le pont-levis qu’une pluie de pétales de fleur s’abattit sur eux, que des trompettes jouèrent l’hymne de la victoire, que des centaines de personnes se pressèrent autour d’eux, riant, souriant, étreignant leurs mollets en d’affectueuses étreintes. Conformément aux consignes de Link, le quatuor de commandement saluaient la foule, et même le Chien se forçait à sourire, malgré la douleur lancinante que cela lui infligeait. Partout les gens se présentaient, dans les rues, aux fenêtres, sur les balcons, sur les toits… Le Chien n’avait jamais vu autant de personnes rassemblées au même endroit.
   Une haie d’honneur de soldats avaient été formée le long de la rue principale, celle qui menait vers la Citadelle. Le Chien apprécia d’un œil expert la tenue de ces hommes d’armes, leur port, leur équipement élaboré. Cela le changeait du cuir et des armes rudimentaires des barbares claniques. Il se rendit compte soudain que Feena avait rapproché sa monture de la sienne, presque jusqu’à se toucher. Il l’observa de biais, et constata qu’elle était nerveuse. Bien qu’elle sourît, toute cette foule l’intimidait.
   -Vous n’avez rien à craindre, lui glissa le Chien, vous êtes en sécurité ici, madame.
   Elle fit mine de l’ignorer. A présent la foule scandait des « Vive le Héros! Longue vie au Héros! », pour la plus grande joie de Link qui paradait en tête, triomphant. Il avait parfaitement les allures d’un conquérant pénétrant son nouveau fief. Et de fait, c’était le cas. Cependant, sa joie fut gâchée lorsque le peuple se mit à crier « Vive Link! Vive le Chien! ». Il se retourna sur sa selle, et foudroya son subalterne d’un regard si haineux que ce dernier baissa la tête.
   Le Chien était désolé. Il aurait voulu arranger la chose, mais il ne pouvait pas demander à autant de gens d’arrêter de l’acclamer.
   La suite de la procession se déroula sans anicroche. Link s’arrêtait de temps à autre pour bénir un nouveau né, serrer des mains, accepter un présent, mais d’arrêt en arrêt ils arrivèrent aux abords des jardins extérieurs, où un cordon de soldats empêcha la foule de les suivre. Link se retourna encore deux ou trois fois pour saluer, puis se désintéressa complètement du peuple. Son regard était fixé sur la Citadelle, son nouveau foyer, la raison de ces sept années de luttes incessantes, la récompense de tous les sacrifices, la réponse à tous ses rêves : la gloire, la richesse, le pouvoir.
   Le Chien s’émerveilla de la splendeur des jardins. Il avait l’impression que toutes les couleurs avaient été capturées et lâchées dans ce lieu. Il voyait des dizaines d’espèces de fleurs et d’arbres qu’il n’avait jamais vues, humait des parfums qu’il n’avait jamais sentis. L’espace d’un instant, la tête lui tourna, et il comprit que c’était à cause du silence, qui semblait assourdissant après la clameur de la foule. Il ferma les yeux pour mieux apprécier l’instant, et lorsqu’il les rouvrit, ils étaient devant les marches de la Citadelle, au sommet desquelles une prestigieuses assemblée les attendait.
   Le Chien avait réussi à mettre la main sur un vieux livre d’héraldique qu’il avait étudié durant le voyage vers la Cité. Aussi put-il reconnaître presque toutes les personnes présentes.
   Tout à gauche, un homme basané à la sombre beauté, grand et puissant, arborait le blason des Dragmir -L’Ambre ceinte d’argent sur champ de sable-, ce devait être Lord Dorf. A ses côtés se tenaient une femme magnifique à la longue queue de cheval rousse qu’il ne reconnut pas, et également deux jeunes femmes jumelles d’une beauté tout aussi frappante : Koume et Kotake, les sœurs de Lord Dorf. Ensuite venait l’emblème des Dodongo -Le Rubis couronné sur champ de gueule- arboré par deux hommes physiquement semblables, l’un plus vieux que l’autre, tous deux partageant le même embonpoint : Lord Darunia et son frère cadet Lord Darmani. Les fils du premier, Ser Allister, Ser Goro et Ser Sedrik, les flanquaient de part et d’autre, chacun partageant la même carrure de colosse. Ensuite venait l’Aigle d’écarlate coiffé de la Triforce royal, sous la bannière duquel se tenait le Roi Salomon, souriant dans sa longue barbe blanche, la Reine Ishtar, assise en raison de sa faiblesse, la Princesse Zelda dont la beauté était plus grande encore que la légende, et son jeune frère le Prince Nohansen -Le Chien remarqua d’ailleurs que le jeune garçon n’arrêtait de le dévisager, d’un air à la fois émerveillé et profondément déçu. Sous la bannière royale se tenaient également deux hommes que le Chien ne reconnut pas. L’un était un homme assez grand et puissant, vêtu d’une ample robe écarlate décorée de flammes dorées, le deuxième un vieillard habillé de noir dont le torse s’ornait d’un œil rouge pleurant une larme de sang. Ce vieil homme intrigua le Chien, à la façon dont il le dévisageait, mais également à cause de son apparence. En plus de ses vêtements singuliers, son visage était des plus… particulier. Il n’avait plus qu’un œil, et ce dernier était entièrement rouge, avec une pupille reptilienne noire. Sous cet œil il y avait un  tatouage d’un rouge sang symbolisant la même larme sanglante que celle de l’emblème sur le torse de l’homme.
   A la droite de l’inconnu se tenait la famille Zora -Le Saphir emmaillé d‘or sur champ azur- : Lady Ruto, dont la beauté naturelle était masquée par le voile noir du deuil, son jeune fils Lars et son air farouche, et une femme d’un âge avancé dont le bâton l’associait au Consortium Aedeptus. Enfin, venait le blason de la famille Mojo, arboré par Lord Dumor dit Le Lutin en raison de sa petite taille, son fils Ser Mido dont le visage était encore marqué par l’enfance, et sa jeune sœur Lady Saria à la fine chevelure feuille. Un quatrième individu se tenait à leurs côtés, un petit homme aux yeux fermés, à l’étrange chevelure jaune-verte et au sourire candide.
   Devant leur beauté, leurs beaux atours, leur prestance, leur élégance, leur noblesse à tous, le Chien se fit l’effet d’un rustre mal dégrossi. Il eut soudain honte de sa laideur, de ses handicaps. Il baissa la tête et se cacha derrière ses cheveux.
   Link leva le poing pour ordonner de faire halte. Ils descendirent de leurs montures, que des écuyers s’empressèrent d’emmener, et tandis que les guerriers formaient une ligne derrière eux, les trois officiers se tinrent derrière leur chef. Celui-ci tira son épée, imité par ses subalternes, puis mit un genou en terre, la pointe de son arme reposant sur le sol. Le Chien, Feena, Colin et les guerriers firent de même.
   -Moi, Link, votre champion dévoué, commença le susnommé, vous apporte humblement, votre Majesté, l’allégeance inconditionnelle des Clans des Plaines du Sud, et en gage de cette allégeance, un modeste trésor de guerre.
   Avec un sourire triomphant, Salomon d’Hyrule descendit d’une marche, et tendant le bras vers Link, déclara d’une voix solennelle :
   -Relève toi, Héros, et sois le bienvenu dans ton nouveau foyer.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Kyren le samedi 08 mai 2010, 15:34:27
J'avais dis que je posterais et bien je le fais !
J'aimerais d'abord parler du Marcherève en fait. Voir même que de cette oeuvre car étant un grand amateur de Science Fiction, ce fut une grande priorité d'en lire l'intégralité.
Dès que j'ai commencé à lire je pensais sincèrement m'être trompé de recit. On était projeté en plein XVIII eme siècle (si je me trompe faites moi signe^^) et je trouvais ça curieux de voir un texte de SF dans le passé. Enfin bref, après j'ai été encore plus embrouillé avec les cadavres qui reprenaient vie après être mis en contact avec le Marcherève. Franchement à ce moment là je me suis dis c'est pas possible, c'est pas de la science fiction, je me suis trompé. Peu après on se retrouve très vite avec des humains en blouses bleues et en possession d'étranges machines (là ça commençait à être plus dans le contexte de la SF). Mais après on retourne avec notre ami Jean et son "sauveur" qui en profite pour nous apprendre ce qui se passe réellement.
Bon je vais pas non plus raconter tous ce qui m'est passé dans la tête lorsque j'ai lu chaque ligne de ton histoire aussi. L'histoire est très originale, bien que il y a certains points que j'aimerais éclaircir. Comme par exemple la mystérieuse cité de Babylone qui ré-apparait de nulle part. L'histoire de la nature là aussi, se rapproche plus selon moi, du Fantastique et de l'Heroic Fantasy plus qu'autres chose. En réalié je ne qualifierais pas ce récit de Science Fiction bien qu'il y ait plein d'éléments prouvant le contraire biensur. Ce qui caractérise la SF avant tout ce sont les objets et technologies futuristes (ici on trouve certains objets bien qu'on ignore leurs utilités, ils sont justes décrits), des mondes ou planètes inconnues (ici on pourrait supposer que le fameux monde en question est celui de Faër), des vies organiques extra-terrestres ou étrangère à l'homme. Mais par dessus tout se qui distingue la SF du Fantastique ce sont la magie, des mondes merveilleux qui sont sensés être inexistants chez un roman de SF. Pourtant ici la fantaisie et le fantastique sont partout ! Après tout je ne vais pas te faire chier avec mon point de vue et bla bla bla parce que cela dit j'ai adoré ! (bien que pour moi ça n'est pas de la SF, mais je crois que je l'ai asser répété comme ça....)
En tout cas j'attends la suite et plus particulièrement des réponses aux questions qui me sont venus à l'esprit en lisant ton histoire.
Voilà !
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: sakuranbo le dimanche 09 mai 2010, 13:54:40
Oh my god! J'ai lu d'un seul trait ta fiction Zelda "Triangle de Pouvoir"! J'ai adoré :niais: Tu as repris les personnages de la séries pour les remodeler à ta façon, c'est tout simplement grandiose, je suis fan :niais:
C'est très bien écrit, tes personnages ont vraiment une personnalité propre à chacun et bien travaillée, bravo!
Je veux absolument la suite :niais:
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le mardi 11 mai 2010, 19:53:36
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V
-Linebeck-

Port-aux-Rois n’était pas exactement le genre de lieu de villégiature prisé des nobles, mais pour un honnête contrebandier comme Linebeck, c’était le meilleur endroit pour trouver du travail rapidement. Les affaires étaient florissantes ; l’hégémonie dictatoriale Ikaniene faisait de chaque ressource une denrée rare pour les peuples assujettis. Et comble du bonheur, il y avait de tout à Mercantîle, le grand port d’Hyrule. Avec un peu d’audace, quelques bourses placées dans les bonnes mains, il n’était pas difficile de forcer le blocus royal et multiplier les allers-retours pour remplir ses cales d’or et de pierreries.
Enfin, songea Linebeck en portant sa chope à ses lèvres, si tant est que le bon capitaine Keeta ne rase par Port-aux-Rois.
La Couronne ne portait pas ce repaire de pirates, voleurs, coupe-jarrets, prostituées, mercenaires et autres contrebandiers dans son coeur. Ce n’était que parce que les grandes familles de la pègre payaient volontiers un lourd impôt que le port continuait à vivre. Ce sans quoi, il aurait fallu renoncer à la carrière de convoyeur… Les autres ports de Termina avaient la malheureuse habitude d’avoir une milice, des douaniers, et d’être un peu trop regardants sur les affaires des honnêtes hommes.
Linebeck se trouvait dans la taverne dotée du nom de « La putain de la Reine », une charmante bâtisse des docks, où l’ont pouvait discuter d’à peu près tout sans avoir à faire attention. Le lieu n’appartenait à aucune des familles de la pègre, mais à un particulier, Peter Juste-Peter, aussi les escrocs indépendants pouvaient y venir commercer tranquillement. Et puis il n’y avait jamais de rixes à la Putain. Peter Juste-Peter s’en assurait personnellement.
Il n’y avait pas foule cette après-midi là. Justes les quelques ivrognes habituels. Linebeck et Tael, son jeune Premier Matelot, se tenaient accoudés au bar derrière lequel Peter Juste-Peter récurait consciencieusement ses choppes. Peter Juste-Peter était assez atypique dans son genre. De taille moyenne, ses yeux étaient étrangement bridés, et son teint jaunâtre. Totalement glabre, sa chevelure fine et noire était par contre d’une longueur vertigineuse. Il n’y avait pas grand-chose à dire sur le tenancier, car personne ne savait grand-chose. C’était Peter. C’était suffisant.
-Line, tu as de la visite, fit-il à son client comme si de rien n’était tout en continuant à récurer.
Linebeck pivota sur son tabouret, sa chope à la main. Un type malingre caché sous une ample robe noire à capuchon rabattu venait d’entrer. Les ombres de sa capuche masquaient ses traits, dont on ne voyait qu’une fine bouche molle ainsi qu’un menton pointu et chauve. L’inconnu jeta un œil à droite et à gauche, puis s’approcha du contrebandier. Peter Juste-Peter eut la délicatesse d’aller récurer plus loin.
-Capitaine Linebeck? Demanda Capuche -comme l’intéressé venait à l’instant de le nommer mentalement.
-Ca se pourrait.
-Le capitaine du Lion Rouge?
-Ca se pourrait. Me semble avoir déjà entendu ce nom là quelque part.
La bouche eut un rictus de mépris, mais l’homme prit place à côté du contrebandier. Tael avait déjà la main sur son poignard, prêt à bondir pour prévenir tout coup bas. L’entraînement de Linebeck semblait porter ses fruits.
-Et vous lui voulez quoi à ce Linebeck, maître…?
-Mon nom n’a pas d’importance. J’ai besoin d’un homme compétent et rapide pour convoyer un objet d’une très grande valeur jusqu’au Bourg d’Hyrule.
-Ca fait une sacrée trotte, surtout pour une seule babiole.
-Babiole? Ricana Capuche. Si vous aviez la moindre idée de ce que c’était…
-Et bien, je ne demande qu’à apprendre maître Mystère.
Linebeck prit une gorgée de bière. Il avait cru un instant à une proposition sérieuse, mais visiblement le bonhomme se payait sa tête. Il était contrebandier, pas coursier… Cependant, la chose relativement bombée, dont la forme rappelait un cœur de jeu de carte hérissé de piques, enveloppée dans une étoffe sale attisa sa curiosité. Il s’en dégageait comme une… énergie.
-Qu’est-ce que c’est?
-Vous n’avez pas besoin d’en savoir plus que le nécessaire, c’est-à-dire rien.
-Je déteste convoyer des choses dont je ne sais rien.
-Croyez moi ou non, vous aimeriez mieux ne pas savoir.
-Je peux?
-Allez-y.
Linebeck souleva l’étoffe. C’était un masque. Enfin un genre de masque. Il était bien trop laid pour être porté. Les yeux peints semblaient fixer le contrebandier ; une sensation très étrange et très perturbante. Linebeck trouva à l’objet quelque chose de purement maléfique. Il ne supporta la vue que quelques secondes, puis il remit le tissu en place.
-Maître Mystère, je suis contraint de…
Capuche posa soudain une bourse tellement bombée qu’elle s’ouvrit en heurtant le comptoir, révélant le chatoiement mirifique d’un amas de pierres précieuses.
-…vous dire que je serai heureux d’accepter votre proposition.
-A la bonne heure.
Capuche eut un sourire méprisant que Linebeck préféra ignorer.
-A qui dois-je remettre votre… objet?
-Mes associés du Consortium Aedeptus.
-Le Consortium, oui, je vois… Je vois…
-Ceci n’est qu’une avance pour les frais de voyage, disons. Vous toucherez le quadruple à la livraison.
-Me permettez-vous une question, maître?
-Une seule.
-Ne craignez vous donc nullement que j’essaye de vous doubler? D’après les efforts que vous faites pour ramener cette chose en Hyrule, elle doit avoir pas mal de valeur. Pourquoi croyez-vous que je ne pourrais pas la vendre pour mon propre compte?
-Capitaine Linebeck, fanfaronna Capuche, sachez qu’il nous serait très aisé de vous localiser, de vous traquer et de vous détruire si jamais vous vous avisiez de faire une chose aussi stupide. Mais vous êtes un homme malin, n’est-ce pas?
-Je pense oui. Vous savez expliquer les choses, quoi qu’il en soit.
-Bien. Contentez-vous de faire ce pourquoi nous vous payons, et rien d’autre. Nous ne nous reverrons plus.
Sans un autre mot, l’étrange petit homme sortit de la taverne. Linebeck le regarda s’en aller en remuant une gorgée de bière contre son palais.
-Capitaine, souffla Tael. Pourquoi avez-vous accepté? Je croyais qu’on s’occupait pas des trucs magiques.
-Oui, c’est exactement ce que nous faisions jusqu’à aujourd’hui. Regarde moi ça, mon petit. Regarde tout ce qu’on nous file pour transporter une babiole. Deux fois ce qu’on touche pour une cargaison de vivres ou de parchemin, et il n’y a même pas besoin de cacher les caisses, il n’y en a pas. Non, je pense que nous venons de mettre le doigt sur un marché juteux, mon petit.
Le hâlé et jeune Tael acquiesça, ses yeux brillant sous le chatoiement des pierres.
-Maintenant, file rassembler les gars. Je veux appareiller demain matin avec la marée.
Tael acquiesça et s’en fut en courant. Une longue course l’attendait, l’équipage du Lion Rouge ayant l’habitude de totalement s’éclater à travers le port. Peter Juste-Peter s’approcha de Linebeck, l’air de rien.
-Les affaires marchent?
-Tu sais ce que c’est, Pete. Les affaires, ça va ça vient…
Affichant un air neutre, Linebeck engloutit le reste de sa chope, et se levant, préleva de la bourse une gemme qui miroitait joliment. Il la posa nonchalamment sur le comptoir.
-Pour nos consommations, pour la fille que tu vas m’envoyer, et… disons pour le soutient d’un vieil ami à un autre vieil ami?
Peter Juste-Peter empocha subrepticement son dû sans cesser de récurer une tasse.
-Les amis sont là pour aider, non?
-Parfaitement.
Un sourire aux lèvres, Linebeck fourra sa nouvelle bourse -du bel ouvrage d’ailleurs- dans une poche intérieure de son manteau d’officier. Il répugnait à toucher l’objet de sa mission, mais il n’avait pas le choix. Il prit le masque, toujours emmailloté, sous l’aisselle et monta à l’étage, jusqu’à la chambre qu’il louait. Officiellement, Peter Juste-Peter ne louait pas de chambre, car comme il le disait souvent «  Je suis pas une auberge, bordel de merde. ». Mais il avait toujours un peu de place pour quelques amis. Et bien entendu, Linebeck faisait partie de ce petit cercle très restreint.
Il déposa le masque sur la commode près de l’entrée, et plaça son manteau par-dessus. Le contrebandier n’aimait pas trop les choses de magie, et celle-ci puait la magie noire. Et puis, il se rappelait du regard peint sur la surface de bois, ce regard qu’il avait imaginé être entrain de le fixer…
Pour se changer les idées, il se servit un grand verre de rhum, et s’assit sur le rebord du lit. Contrairement à beaucoup de bouibouis minables des docks, l’établissement de Peter Juste-Peter était bien entretenu, propre, en clair plaisant à vivre. Un cadre parfait pour se reposer entre deux longues périodes en mer. On frappa à la porte.
-Entre, c’est ouvert.
Une jeune femme -presque une jeune fille à la vérité- vêtue d’un corsage au décolleté révélateur pénétra dans la pièce, un air timide et légèrement effrayé sur le visage. Linebeck sourit. Ce bon vieux Pete connaissait bien ses goûts. Elle était blonde, les yeux bleus, des fesses parfaites et une poitrine certes un peu petite mais fort charmante. N’eut été l’horrible cicatrice qui barrait son visage d’une oreille à l’autre en mordant la naissance du nez, elle aurait pu devenir une courtisane de luxe. Mais Linebeck se fichait de ce genre de petit détail.
Il se déchaussa, puis toujours assis sur le bord du lit, lui fit signe d’approcher en écartant les cuisses.
-Utilise ta bouche, chérie.
La jeune putain s’approcha, le regard fuyant et dégoûté, mais elle s’agenouilla entre ses jambes sans rien dire. Ses lèvres étaient douces comme la soie et sa langue chaude et délicate. Linebeck ne put retenir un soupir de plaisir. Il caressa gentiment ses longs cheveux blonds pendant qu’elle le besognait. Mais son plaisir fut en partie gâché lorsque son regard se posa sur son manteau, et qu’il pensa à ce qu’il y avait en dessous. Il eut un frisson. Il ressentait les énergies négatives qui émanaient du masque. Les yeux horribles peints sur le masque lui revinrent en mémoire, et il eut le sentiment que, d’une manière ou d’une autre, ces yeux le fixaient, malgré le tissu qui les enveloppait, malgré le vêtement qui recouvrait le tout. Il se demanda finalement s’il avait bien fait d’accepter le marché… mais le paiement était vraiment important. Cela en valait la chandelle.
Il sentit soudain la jouissance venir. Rejetant la tête en arrière dans un râle, il empêcha la fille de se retirer et explosa à l’intérieur de sa bouches en plusieurs longs jets qui le secouèrent. La putain gémit tandis qu’un peu de semence blanchâtre coulait le long de son menton. Tremblant encore de plaisir, Linebeck lui souleva la tête en l’empoignant par les cheveux, et sans se retirer, lui intima.
-Avale, chérie.
La fille s’exécuta, non sans déglutir. Malgré sa balafre, Linebeck la trouvait d’une beauté stupéfiante. Plus il la regardait, plus son désir de la prendre s’intensifiait. Il la releva et l’assit sur ses genoux.
-Comment tu t’appelles, poupée?
-Taya, monsieur.
-Appelle moi Capitaine Linebeck.
Les doigts du contrebandier s’affairèrent sur le laçage et une minute plus tard, le corset de la fille tombait au sol, révélant sa poitrine aux seins plus gros que Linebeck n’avait imaginé, et aux tétons durcis. Le capitaine du Lion Rouge les mordilla, et tandis qu’il tripotait les fesses de sa partenaire, il sentit son pénis se durcir à nouveau.
Il lui fit l’amour toute la nuit ; il la prit dans toutes les positions, la posséda charnellement de toutes les manières qu’il connaissait, la souilla plus qu’il avait souillé n’importe quelle autre femme. Avec l’aube qui approchait, il se rendit compte que son désir ne faisait que croître un peu plus chaque fois qu’il la pénétrait. Elle ne disait presque rien, se contentant d’obéir à ses injonctions et de répondre à ses questions avec le minimum de mots. Mais Linebeck avait l’impression, la nuit s’avançant, qu’elle commençait à apprécier ce qu’il lui faisait.
Lorsque le premier coq chanta, il se retira d’entre ses cuisses luisantes pour la énième fois, épuisé, littéralement vidé. Elle ne dit toujours rien, se contentant de l’observer. Il se coucha à côté d’elle, en appuie sur un coude. Il comprit qu’il ne pourrait plus se passer d’elle rien qu’une nuit. Il caressa affectueusement ses cheveux emmêlés de semence par endroit sans dire un mot. Puis il suivit avec le doigt le tracé de la cicatrice qui lui barrait le visage. A ce contact, elle frémit, se raidit, mais laissa faire.
Linebeck se coucha sur elle à nouveau, et nicha son visage dans le creux de son cou, s’enivrant de son odeur de sueur, de sexe, de femme, et de fleur. Il l’embrassa passionnément, puis la regarda de longues minutes, tout en caressant son visage.
-Tu dois êtes une sorcière, fit-il avec un sourire. Car tu m’as ensorcelé.
Elle ne répondit pas et ne montra aucun signe d’émotion. Elle lui rendait simplement son regard, mais il ne reconnaissait pas vraiment ce qu’il y lisait.
-Je repars en mer aujourd’hui. Je vais à Hyrule, et même jusqu’à la capitale.
A l’évocation du Bourg, les yeux de Taya brillèrent.
-Ha! Je vois que tu n’y es pas insensible. C’est vrai que les charmes de la ville sont multiples… C’est un autre monde, par rapport à ce port moisi. Ha, je viens d’avoir une idée fabuleuse.
Linebeck se redressa, à califourchon sur elle, et introduisit son membre gonflé et douloureux dans sa bouche. Vraiment, il ne s’en lassait pas. Tout en parlant, il entama un mouvement de va-et-vient.
-Je vais t’emmener avec moi. Qu’est-ce que tu en penses? Je vais te racheter, et comme ça je pourrais t’avoir pour moi tout seul toutes les nuits… Oui, c’est une bonne idée. Très bonne idée même. Ne t’en fais pas, je te traiterai bien. Je t’achèterai des vêtements et des parures, et tu pourras manger à ta faim. Tout ce que je veux, c’est que tu chauffes mes draps.
Il se vida à nouveau en elle, et cette fois là il n’eut pas besoin de le lui ordonner pour qu’elle avale sa semence. Il descendit du lit, et entreprit de se rhabiller. En soulevant son manteau, le tissu qui couvrait le masque tomba partiellement, découvrant l’un des yeux de l’objet. Linebeck ne put s’empêcher d’y plonger le regard, et il sentit son cœur louper un battement. Un froid glacial s’empara de son être, et il recula précipitamment en jurant.
Vraiment, il détestait la magie.
Le Lion Rouge appareillait une heure plus tard. Le capitaine Linebeck installa sa nouvelle acquisition dans sa somptueuse cabine, où elle put se laver des impuretés de la nuit. Une fois le blocus passé, le reste du trajet jusqu’à Mercantîle était une vraie croisière, pour peu que les vents soient un minimum favorable.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Kyren le mardi 11 mai 2010, 21:25:19
Je poste juste par rapport à ton dernier chapitre (bien que je n'ai pas lu les autres^^).
En fait la banderole de mise en garde m'a fait rire. Mais c'était bien ça, c'est de la pure pornographie. Pas mal, joli coup. Je pensais pas un jour voir du porno dans Zelda.
EDIT : Cela dit un peu précoce le Capitaine.
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: sakuranbo le mercredi 12 mai 2010, 11:46:47
Nyahaaa!!! La suite :niais: Super chapitre, même si j'avais aussi lu la banderole, je ne m'attendais pas à ça lol Mais c'est très bien écrit et très mature, bravo!
Je ne connaissais pas le personnage de Linebeck (je n'ai jamais joué aux épisodes DS) mais tu lui donne déjà une profondeur psychologique interessante.
Je l'ai déjà dit, mais j'aime beaucoup le fait que tu puise des éléments dans les différents Zelda. Ca rend ton histoire tout à fait originale!
J'attends la suite :niais:
Titre: La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
Posté par: Great Magician Samyël le mercredi 26 mai 2010, 15:43:50
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VI
-Tarquin / Le Chien / Malon-

Tarquin avait enfin l’occasion de contempler de son œil le fameux héros, et sa clique de barbares. Le roi Salomon lui avait fait l’honneur de l’accepter sous la bannière royale, aussi n’avait-il pas eu besoin de se cacher quelque part, et pouvait par conséquent observer tranquillement.
Link le Héros semblait venir tout droit d’un conte de chevalier. Son armure de plates vertes arborant fièrement un gros loup noir sur le plastron chatoyait magistralement sous le soleil, son port était noble, altier, fier, un peu orgueilleux. Son épée était bien entretenue, et on aurait pu se recoiffer en contemplant la lame. Son visage était androgyne, mais d’une exceptionnelle beauté. Ses yeux en amande d’un bleu océan étaient empreints d’autorité, de confiance, conférant à son regard scrutateur une force bien réelle. Ses lèvres carmins aux courbes élégantes donnaient l’impression de donner plus souvent des ordres que de faire des politesses, et son nez droit ressemblait au bec d’un faucon majestueux prêt à fondre sur sa pauvre proie dans toute sa magnanime splendeur. Ses longs cheveux d’un blond de blé délicatement entretenus jaillissaient de son bonnet caractéristique en mèches ordonnées de part et d’autre de son visage. Ses oreilles, enfin, étaient en pointe, longues et harmonieuses, percées d’anneaux d’or, confirmant son ascendance Hylienne pure.
La princesse Zelda se faisait violence pour rester de marbre, comme une véritable Lady, mais il était évident qu’elle était éperdue d’admiration pour son promis. Tarquin n’était pas dupe. Son beau sourire avait un il-ne-savait-quoi de sournois, et l’éclat de ses prunelles une lueur violente qui ne seyait définitivement pas à un chevalier.
L’homme à son côté, que Tarquin identifia comme son lieutenant, Colin, était plus vulgaire. Il semblait même un peu mal à l’aise devant tant de nobles personnes. Et s’il n’était pas maigre pour autant, sa carrure paraissait inadaptée au port de l’armure lourde. Son large front était couronné d’une chevelure d’un blond délavé qui faisait comme une coupe au bol, et ses yeux d’un bleu pâle étaient fuyants, peu sûrs. Il tranchait nettement avec Link, tant par la posture que par l’apparence.
Derrière se tenait une très belle femme d’âge mûr, dont les courbes musclées étaient parfaitement moulées par son armure de cuir cérémonielle. Ses cheveux étaient roux cendré, joliment bouclés, et rabattus en arrière par un bandeau de soie noire faisaient comme une cascade de cuivre brut. Ses yeux, deux émeraudes scintillantes, faisaient écho à une longue vie de guerre et de nomadisme précaire. La longue cicatrice qui lui barrait le visage de la racine des cheveux jusqu’à la pommette droite, en mordant la racine du nez, lui conférait un air farouche. Elle dardait son regard sur l’assistance comme en un signe de défi, le corps tendu et prêt à l’action, mais Tarquin remarqua qu’elle était nerveuse. Elle n’avait jamais du venir dans une si grande ville, et en plus de cela elle était contrainte de plier l’échine devant ceux qu’elle avait combattus toute sa vie. Le vieux Sheikah la comprit. Cependant, il ne se nia pas une certaine attirance envers la guerrière, dont il ne savait même pas le nom. Il avait reconnu ses armes, les doubles haches noires sur fond cramoisi Logre, mais c’était à peu près tout.
Outre les guerriers de l’escorte auxquels il n’accorda pas une once d’intérêt, le dernier homme du quatuor de commandement retint toute son attention. C’était le fameux Chien. Et il correspondait assez bien à l’image qu’il s’en faisait : un guerrier laid et idiot. Sa carrure était relativement impressionnante, renforcée de surcroît par l’armure qu’il portait, bien qu’il restât de taille moyenne. L’épée qu’il tenait pointe contre terre était ébréchée en plusieurs endroits et encore maculée de sang trop tenace pour être nettoyé : autant de symboles d’une utilisation fréquente et soutenue. En sus de cette épée, Tarquin avait aperçu sur son cheval un marteau de guerre, et une paire de hachettes. Bien que l’homme essayait de cacher ses traits avec ses cheveux, Tarquin avait eu le temps d’apercevoir son visage. Si le Chien ne devait pas avoir plus de trente ans, les ravages de la guerre lui en faisaient paraître dix de plus. Sa face était assez horrible. Une cicatrice vilaine lui barrait le visage d’une joue à l’autre en passant par le nez, pendant qu’une seconde, parfaitement verticale, lui dévorait le côté droit, dont l’œil qui était protégé par un morceau de cuir noir grossier attaché autour du crâne par une mince cordelette. Ces deux balafres ignobles se joignaient en une croix juste sous l’orbite. Une troisième, mais moindre, accrochait le coin droit de ses lèvres et courait jusqu’à la naissance de son cou, et le faisait très certainement souffrir à chaque mouvement de la bouche. Cela expliquait son éternel air maussade et renfrogné. Bien que rasé, le bleu de la barbe s’étendait sur toute sa mâchoire, et son poil devait être dru. Ses cheveux était une masse informe de mèches noires de jais, rebelles et raides, emmêlées et coupées récemment sans talent. Le dernier signe distinctif de l’individu était sa main droite. Du moins ce qu’il en restait. Le gantelet d’acier -qui d’ailleurs jurait avec le reste de l’armure, par son éclat moindre et plus terne- était explosé, enfoncé dans la chair, et les doigts qui en partaient étaient tordus, brisés, affreux à voir. Le Chien tenait d’ailleurs son membre contre son torse, comme pour le protéger.
Tarquin avait entendu parler de cette histoire, une parmi tant de celles qui avaient déjà façonné la légende du Chien. Blessé au début d’une bataille par un coup de masse, le Chien avait attendu la fin des combats, qui vint beaucoup plus tard, avant d’aller quérir un médecin. Le sang coagulé et poisseux avait rendu impossible le retrait du gantelet, et à choisir entre la souffrance vive mais brève de l’amputation ou celle permanente et insidieuse d’une main p