Auteur Sujet: [Fictions] Au Seuil du pavé ~ Chapitre X (Partie 1)  (Lu 22960 fois)

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Hors ligne Prince du Crépuscule

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[Fictions] Au Seuil du pavé ~ Chapitre X (Partie 1)
« le: dimanche 30 septembre 2007, 16:02:04 »



    Bien le bonjour à tous les PZiens !
    Eh oui, il était temps me direz vous ! J'ouvre enfin mon propre topic (que certains auront attendu bien longtemps, je le sais pertinemment et je vous remercie d'ailleurs de votre infinie patience ^^), où je posterai un bon nombre d'écrits originaux, passant par de courtes fictions, des poèmes aussi, et même... une fiction à chapitres ! :) Elle promet d'être longue je vous préviens, et ceux qui me connaissent un tant soit peu comprendront l'ampleur de cette affirmation. ça fait pas mal de temps que je projetais de la commencer, et depuis quelque temps j'y oeuvre, même si des vacances agitées ont quelque peu bousculé mes projets. Enfin voilà, à mon plus grand plaisir elle avance bien, et vous pourrez la découvrir en exclusivité dans sa plus totale fraîcheur ! J'espère que mes Errances vous plairont, et que vous prendrez du bon temps à me lire. Bien sûr, j'attends vos critiques et commentaires si vous avez le courage de passer ici et de découvrir ce que je fais, ce dont je ne doute pas un seul instant. ^^

    Maintenant que ce topic est bien fourni, et au vu des plaintes que j'ai pu recevoir quant au parcours labyrinthique que serait mon topic (non non personne n'est visé, vraiment ! ;p), je vous propose un petit sommaire pour faciliter l'accès aux créations que j'ai pu entreposer ici. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !



       Sommaire

    ◊ Nouvelles
    ◊ Poésie
    ◊ Fictions

    Le Chant de l'Ombre  (Genre: Fantasy) 
    Résumé: Voici un monde en demi-teinte, entre intensité, espoir et désenchantement. L'ombre de la vérité se nimbe d'illusions... Quel destin attend donc Aylinn, jeune femme prometteuse, et Sildinn, son mystérieux maître, qui vivent si heureux dans la douce quiétude d'Infelt ? Quand les choses se mêlent de poésie et de combats, de chemins sinueux et de mystères, se dégage de l'Ombre... Un Chant.
    Au Seuil du pavé  (Genre: Fantasy) 
    Résumé: Dans un monde en pleine mutation, Rilhtie, ménestrelle au caractère difficile, va devoir composer avec les changements qui s'amorcent autour d'elle : culture, traditions, art de vivre... rien n'est épargné. Depuis la récente invasion de la grande nation voisine, tout semble en effet appelé à se transformer. Et ce n'est certainement pas le Völlnyr, son souverain, qui ira ménager ses certitudes. Comment résister face à l'inéluctable ? Comment s'adapter ? Ces questions, d'abord écartées par Rilhtie, finiront par s'imposer d'elles-mêmes. Mais est-il seulement possible d'y répondre quand, à l'image de l'avenir, son propre rôle devient si flou ?



    Pour inaugurer l'ouverture de mon topic de créations (que d'émotion ^^), je vous propose comme avant-goût de lire ou de redécouvrir la première des deux fictions pour le concours qu'a créé et organisé Furiouze - que j'ai remporté par ailleurs -, plus un petit poème épique original de ma composition que j'ai retrouvé tout récemment. Voilà, en espérant que vous passerez du bon temps dans ce lieu tout fait de sérénité et de lecture, je vous dis à bientôt et vous souhaite à tous une bonne journée! :)



    Prologue poétique


    « Aux confins des terres d’Hyrule, par les trois déesses créées,
    S’éleva un jeune homme par le peuple à jamais glorifié.
    Alors que le Mal sévissait en cette noble patrie
    Et que le bien à son joug était asservi,

    La Triforce choisit un homme pour sauver les Hyliens
    Et fit poindre en son cœur le courage de libérer les siens.
    Prenant l’épée légendaire en sa modeste main,
    Il combattit vaillamment deux jours et deux nuits
    Afin que le seigneur des ténèbres à jamais soit banni ;
    Il triompha avec peine et mourut dès le lendemain.

    Alors les déesses et les Hyliens pleurèrent leur héros
    Et sanctifièrent son nom à travers le temps et les époques ;
    En sa mémoire ils lui construisirent un temple à même le roc
    Afin que l’oubli n’efface jamais le souvenir de celui qui a donné sa vie en cadeau. »





    Et voici la fiction pour le premier tour du concours qui m'a permis de me faire connaître en terme de littérature pour certains. Il s'agit là de mon premier essai romantique, dont je suis plutôt fier vu tous les compliments qu'on m'a fait dessus (à ma grande surprise, je l'avoue ^^). N'hésitez surtout pas à me faire part de ce que vous avez aimé ou au contraire de ce qui vous a déplu, je suis ouvert à chaque commentaire, du moment qu'il est constructif bien entendu. Et tout de suite, la voici!



    Fiction concours :
    La Préciosité zeldesque
             


          Il faisait à peine jour, alors que Mme Delacrée s’était déjà accoudée, lasse, au rebord de la fenêtre de sa chambre, assise sur une chaise en bois d’ébène. Eprise de cette merveilleuse nature qu’elle semblait envier de ses yeux d’émeraude, sa respiration se faisait lente et calme, comme si elle tendait à toujours se ralentir, jusqu’à s’arrêter définitivement, signe du repos tant désiré. Emmurée dans son petit château, à l’extrémité nord-ouest de la fière et imposante cité d’Hyrule, son esprit frustré s’était réfugié derrière cette évasion contemplative, si douce à son âme délaissée. On percevait déjà le vague clapotis de l’onde des fontaines de cet immense étalage de verdure, prisonnier entre quatre grilles, caressé seulement par de pâles rayons du soleil matinal, caché par de lourds nuages gris, qui défilaient paresseusement, tellement mollement… La végétation et la faune commençaient à s’éveiller à peine, tout semblait bien silencieux aux oreilles de cette noble dame. Elle se releva en soupirant d’ennui, époussetant sa luxueuse robe de nuit de la main, d’un geste gracieux et machinal. Elle inspira longuement, sa jolie poitrine soulevant délicatement le haut de sa tenue, puis relâcha la pression pulmonaire, avec un léger bruit. Elle se dirigea par la suite vers sa porte, foulant de ses souliers de satin un tapis persan de la plus haute facture.
          Grande, dotée d’un magnifique regard qui semblait percer l’âme des hommes qu’elle approchait, Mme Delacrée avait tout pour plaire, que ce soit à ses fréquentations ou à elle-même. Possédant une superbe plastique, des courbes parfaites, un charmant visage au teint pâle, des manières des plus élégantes, elle ravissait tout son entourage, et rendait les autres femmes jalouses de son envoûtante beauté, délectable à souhait. Ses lèvres d’un rouge éclatant, semblant vouloir éclore tel le bouton de rose, contrastant avec ses exquises pommettes d’ivoire et sa chevelure châtain, finissaient de rendre cette noble épouse plus désirable que toute autre, et même la princesse Zelda, lui affirmaient ses zélateurs, le lui enviait. Les boucles exquises de sa crinière relâchée voluptueusement voletaient alors qu’elle s’engageait dans un large couloir finement décoré, parcouru de colonnades de marbre blanc et de tableaux de goût encadrés de dorures. Les pans de sa robe traînant sur le moelleux des tapisseries, produisant un doux frémissement, elle passa sa main lentement sur son cou de nacre, entrouvrant ses lèvres afin d’expulser son amertume, à nouveau. Baissant la tête de façon à fixer le sol, le regard incliné vers le bas, elle se demandait ce qu’elle faisait là de si bon matin, tandis que ses domestiques n’étaient même pas encore levés. Un voile de mélancolie passa dans ses yeux verts. Elle s’interrogeait sur son impression de solitude profonde, et surtout sur son dégoût de cette vie qu’elle menait, qui lui semblait tellement superficielle. Mais elle devait se ressaisir, car après tout elle était l’une des grandes du royaume d’Hyrule, et elle ne devait pas paraître en situation de faiblesse, sinon ces charognards auraient bientôt fait de dévorer son domaine et sa richesse.
         
         Reprenant sa marche, elle alla jusqu’au fond du couloir, le plus silencieusement possible afin de ne pas réveiller son mari, et frappa doucement à la dernière porte à gauche, assez fort pour que la personne à l’intérieur de la pièce l’entende. Une voix féminine lui répondit faiblement, et l’on perçut le bruit des habits que l’on enfilait à toute vitesse sur son corps dénudé. Après quelques minutes, une domestique d’une trentaine d’années ouvrit, et dirigea son regard encore tout ensommeillé dans celui de sa maîtresse, surprise de la voir si tôt. Cette dernière lui sourit légèrement, puis tourna les talons, tout en lui intimant de la suivre d’un geste impérieux. Arrivées dans ses appartements, la servante ouvrit un luxueux placard ciselé d’un ébéniste des plus chers de la ville, et en sortit une robe des plus magnifiques, qu’elle tendit à sa maîtresse le plus délicatement possible, comme si elle ne voulait pas la froisser. Dans ses yeux était imprimé le plus grand émerveillement qui soit, tant ce tissu était fin et splendide. C’était là un habit de la plus haute facture, du goût le plus sûr, composé par le couturier le plus estimé du royaume et même au-delà. Mme Delacrée s’en vêtit avec l’aide de sa domestique, qui noua le corset à la perfection, avec juste ce qu’il fallait pour rendre sa silhouette déjà exquise encore plus enviable, et ne pas l’étouffer. Cette robe lui plaisait beaucoup, elle était véritablement magnifique, d’un rouge éclatant, ornée d’élégantes courbures en fil d’or et de dentelle. Elle enfila ensuite ses gants en soie blancs, et attacha son éventail à son poignet. Elle s’assit sur une chaise devant son miroir, admirant son propre reflet. Comme elle avait envie de voir pâlir ses rivales devant sa beauté, toute la cour, même Link serait à ses pieds ! Elle savoura cet instant, et remercia son destin de l’avoir fait naître pleine de grâces. Elle sourit à son image, tandis que sa servante attachait un collier de diamants à son cou, mettant sa peau blanche encore plus en valeur. Sa poitrine généreuse, rehaussée par le corset, ne pouvait rendre les âmes que folles d’elle. Elle se para de boucles d’oreilles d’argent, et sa domestique lui nouait les cheveux, maintenus par une broche d’or et de perles, laissant deux accroche-cœur tomber élégamment sur son front. Quand elle en eût terminé, Mme Delacrée la congédia d’un mouvement de la main.
          Elle se leva alors, et descendit les marches de marbre qui la conduisaient aux jardins de la propriété, munie d’une grande ombrelle, et veillant à ce que sa robe ne se salisse pas. Elle s’engagea dans les allées de terre, l’air sûre d’elle. Parfois elle s’arrêtait longuement près des bassins, réfléchissant, comme hésitante, puis reprenait sa promenade, tranquillement. Elle adorait toute cette verdure, ces poissons qui nageaient paresseusement au fond des plans d’eau, les oiseaux qui s’affairaient sur les branchages vigoureux, en ce début de printemps. Oui, tout cela était d’une merveille à soulager les âmes les plus frustres, et à la fois elle éprouvait une telle mélancolie en voyant se réveiller cette nature, caressée par les timides et chauds rayons du soleil montant, qui filtrait à travers le feuillage abondant des arbres. Sans s’en rendre compte, elle s’était immobilisée, encore une fois, occupée à observer un papillon majestueux se poser de fleur en fleur, à goûter un nectar dont elle ne connaîtrait sans doute jamais la saveur. Comme ses ailes chatoyantes se mariaient bien avec les pétales subtilement colorés des pensées et des différentes jonquilles. Comme tout semblait si serein, magnifiquement harmonieux, dans toute la sagesse des trois déesses, préservé du tumulte incessant, tel le sanctuaire silencieux et solitaire ! Se sentait-elle intruse à tout cela, était-elle gênée par sa propre présence, qui venait sans doute déranger et tâcher ce tableau idéal, comme l’encre noire souille la feuille blanche ? Que voulait-elle donc s’immiscer dans cet agréable ensemble, alors qu’elle l’avait tant regardé de haut, avec mépris ? N’aurait-elle pas dû partir, et retourner auprès des siens, ces sales êtres qui se disaient pensants et affirmaient leur suprématie sur toute autre chose, alors qu’ils n’y comprenaient goutte ? Et elle, qui se targuait tant de ses traits fins et de ses goûts régaliens, n’était-elle désormais pas la plus laide, parmi toutes ces choses admirables, en vérité ?
         
         Un vent léger fit voleter ses mèches et les volants de sa robe. L’ombrelle s’échappa à ses mains, et tomba à terre, avec le bruit infime d’un claquement sec. Une feuille de hêtre passa à côté de sa joue d’ivoire, l’effleurant comme en une promesse et un gage de réconfort, poussée par le souffle d’une force invisible. Comme pétrifiée, Mme Delacrée ouvrait sur son jardin ses yeux d’émeraude ébahis, ses prunelles étaient immobiles, comme absorbées par ce spectacle tellement exquis qui se présentait à elle. Elle fixait le vide devant elle, en une contemplation des plus profondes et sincères. Jamais elle n’aurait soupçonné qu’une telle beauté résidait dans cette simplicité si évidente, si douce à son âme. Une larme, le cadeau le plus pur qu’elle pût offrir, perla à ses paupières en guise de remerciement, avant de rouler délicatement sur sa joue, et se dérober jusqu’au sol, avec un son inaudible, se mêlant à la terre, serment d’une communion nouvelle et sublime. Jamais pareille promesse n’avait été faite à une femme, jamais aucun souhait d’une telle envergure n’avait été exaucé. Aussi Mme Delacrée tomba-t-elle à genoux, stupéfaite, et tellement bien avec elle, en accord avec tout ce qui faisait le monde. Elle se recueillit, les mains jointes, sachant parfaitement qu’aucune parole n’avait de sens en un tel moment. Et cette fusion entre elle et son jardin lui paraissait si délicieuse, que le temps avait perdu de son influence sur elle, comme toute obligation humaine, et donc profane. Elle revit avec enchantement certains tableaux d’artistes inconnus, qui montraient des elfes, créatures ô combien sages et émérites, en totale harmonie avec la nature, qui brillait de tous ses feux, et qui semblait leur sourire, comme à elle à présent ; ou alors ces femmes superbes, qui chantaient d’une voix cristalline, une main sur le cœur, un oiseau posé sur le doigt, imprimant les traces de ses petites griffes. Comme tout cela l’extasiait, comme elle avait eu tort de se contenter de cette vie horriblement fade et matérielle, alors qu’elle vivait en cet instant le véritable bonheur, l’élan de son essence vers cet admirable ensemble, se confondant avec ce domaine où tout était mesuré avec la plus exacte justesse ! Elle revit sa lamentable existence désormais révolue, ses préoccupations vaines et arrogantes. Et elle les chassa d’une main, symboliquement, afin de savourer pleinement sa nouvelle vie, tellement plus enrichissante. En symbiose avec son nouveau corps, le visage éclairé par l’exaltation qui était sienne, elle savourait ce qu’elle avait gagné aujourd’hui, c’est-à-dire tout ce dont elle n’avait jamais seulement osé imaginer les délices, et qui l’acceptait en son sein désormais. N’était-ce pas là le gage d’une vie profondément meilleure, plus saine, plus avérée ? Comme tout ce qu’elle avait mené jusque là lui semblait futile et irréel, maintenant qu’elle était entourée par pareille splendeur, par cette perfection ! Elle aurait voulu s’offrir aux fleurs, aux animaux, à la terre même, et ne faire définitivement plus qu’une avec elle, avec ce qui l’enchantait comme une enfant. Elle était libre !
          Elle dansait au milieu des parterres, foulait le sol nu de ses pieds. Elle chantait, en communion avec les oiseaux, courait à travers les allées et les pelouses, enlaçait de ses bras les troncs majestueux des arbres, s’enivrait des parfums d’une promesse à peine éclose, et qui représentait tout à ses yeux, qui se révélait dans la plus pure vérité à son esprit. Elle riait aux éclats, jetant des cris au ciel, s’arrêtant auprès des fontaines pour y plonger sa tête et l’en ressortir humide, mais heureuse. Jamais elle n’avait eu à goûter un tel moment de bonheur, le paradis tendait ses bras pour l’accueillir ! Elle tira d’un coup sec sur sa broche, et la jeta dans un bassin, alors qu’elle entreprenait de gambader à nouveau parmi les branchages.
         
         Renversant le plateau qu’une servante avait oublié tantôt, elle prit la théière rose entre ses doigts, tombée à terre par sa maladresse, alors que du chocolat chaud dégoulinait sur ses habits. Elle la palpa comme s’il s’était agi d’un objet fascinant, totalement nouveau à ses yeux. Elle tourna l’ustensile en tous sens, afin d’exploiter toutes les possibilités et tous les angles de vue. Sans se préoccuper du liquide qui avait tâché sa robe, elle fut vraiment surprise par sa découverte, tentant vainement de comprendre à quoi elle pouvait bien servir, et surtout ce que faisait un tel défaut de goût, une telle immondice d’une couleur criarde selon sa perception, dans un monde si parfait, si uni ! Se concentrant un maximum, elle fronça les sourcils de mécontentement, ses pupilles se teintèrent de sa colère, et jugea la théière si déplaisante qu’elle la fracassa contre un tronc d’arbre avec hargne, se brisant en mille morceaux, qui semblèrent se suspendre un moment dans l’air, témoins immobile de la juste fureur d’une dame, avant de retomber à terre. Mme Delacrée ne porta pas attention à ces souillures qui jonchaient désormais le sol, mais fixa plutôt son regard sur le chocolat chaud qui salissait ses atours. Avec autant de curiosité, elle effleura du bout des doigts ce qui la mouillait avec chaleur. Etonnée par pareille trouvaille, elle développa un grand intérêt pour cette sensation nouvelle. Reniflant le parfum du chocolat, qui lui semblait totalement étranger, mais terriblement agréable, elle devint extatique, comme enchantée par ce délice, par cette promesse de tendresse et de saveur. Allant jusqu’au bout, poussée par son instinct qui influait toutes ses décisions, elle caressa ce qui ressemblait fort à de l’eau au toucher, mais également chaud. Sa phalange s’était teintée du marron du liquide. Interloquée, elle sentit à nouveau cette senteur suave, et mit son doigt dans la bouche, sans autre raison que l’envie profonde de découvrir. Alors, un fabuleux goût sucré envahit ses sens, ravissant ses papilles. Elle frissonna de plaisir, et rit de bonheur. Quelle extase ! Oui, cette étrange chose pouvait exister ici, elle le méritait ! Encore debout après avoir lancé la théière, elle s’assit parmi les herbes, coupées à bonne hauteur comme l’exigeait la mode du moment. Mais cela lui importait peu, tout ce qui comptait, c’était cette humeur transcendante qui l’habitait, cet état statique où tout se revêtait d’un manteau pourpre et doré, dans laquelle se réunissaient toutes les précieuses choses de ce monde. Des étoiles dans les yeux, le souffle coupé par tant de génie, elle se tint fixe mais détendue, incapable de sortir de cette torpeur, de ce moment supérieur qui était à présent le sien.
          Mais cet éblouissement se dissipa bientôt, et Mme Delacrée comprit cruellement l’envers de la chose. Elle sentit un trouble la frapper, un doute énorme sous lequel elle menaçait de se retrouver ensevelie à tout jamais. Oui, les souvenirs revenaient, et amenaient avec eux leur lot de désillusion et d’amertume. Elle ouvrit le bouche sans comprendre, trop faible pour lutter, tel l’oisillon qui tombe du nid de sa mère. Des nouvelles larmes se formèrent dans ses yeux, mais celles-là n’avaient pas cette pureté d’autrefois. Figée, manquant de défaillir, elle se sentit aspirée, happée par les crocs d’une force terrible et ténébreuse. Son âme se déchira, et ses nouvelles joies avec elles, comme le sang s’écoule de la plaie béante. Une douleur insupportable venait à assaillir son esprit et son cœur, les tourments se rapprochaient, elle le sentait. Une puissance démesurée voulait se frotter à elle, la condamner aux souffrances d’une vie humiliante et banale, l’échéance, cette notion qu’elle redoutait tant, se montra au loin, dardant sur elle ses yeux infernaux. Tétanisée, des gémissements douloureux s’échappèrent de sa gorge, la bouche grande ouverte, comme si elle tentait d’aspirer l’air qu’elle ne pouvait plus reprendre. Elle suffoqua, sur sa langue s’étaient posées les cendres d’un brasier qu’elle n’aurait plus jamais voulu connaître. Elle entrevit ce qui la rappelait à lui, cette tare qui composait autrefois son quotidien. Et alors, elle cria de toutes ses forces, des larmes de souffrance roulèrent sur ses joues. Rien, non rien ne la ferait revenir à pareille erreur ! Elle devait s’enfuir, s’enfuir très loin afin de savourer encore cette perfection ! Il fallait combattre, lutter contre cette bête féroce, lui déchirer les entrailles par tous les moyens avant qu’elle ne la réduise à jamais à l’état d’aspérité. Oui, c’était encore possible !
         
         La rage qui l’habitait n’était pas moins grande que sa peur. Sanglotante, serrant les dents de frustration, le teint encore plus blême qu’à l’accoutumée, elle recula vivement, et se mit à courir, manquant de trébucher à chaque instant, car son corps restait encore de glace, frappé par ces maux qui la terrorisaient. Un seul désir lui incombait, fuir tout ce qui touchait à son passé infect, et se réfugier dans les bras de ce tableau admirable de beauté et d’harmonie, alors que la tempête menaçait de l’emporter. Alors elle défit son corset après maints efforts, et lança ses chaussures et ses boucles d’oreille au hasard de sa course effrénée. Elle enleva sa robe pesante, soulagée de se débarrasser du leste le plus méprisable, et se fondit parmi les arbres, sa nouvelle famille d’adoption. Elle ne cessa de courir, de courir, de courir dans les bois, complètement nue, s’accordant une pause parfois afin de se désaltérer dans des mares, avant de reprendre de plus belle, telle une nymphe dans son domaine. Elle ne savait pas où elle allait, mais peu lui importait, son instinct tenait désormais ses rênes, ses mors avaient cédé, et elle alla jusqu’à perdre son ombre derrière un épais manteau de brumes. Et ses adieux à ce qu’elle était autrefois retentirent comme le cri de la délivrance, se répercutant jusque dans les plus profondes racines du plus grand des chênes, se perdant au sein des vallées, se taisant enfin sur le reposoir verdoyant… C’en était fini…
    « Modifié: samedi 28 avril 2012, 00:00:29 par Prince du Crépuscule »
    « Les gens exigent la liberté d’expression pour compenser la liberté de pensée qu’ils préfèrent éviter. »


    Hors ligne Ganon d'Orphée

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    [Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
    « Réponse #1 le: dimanche 30 septembre 2007, 16:21:02 »
    Enfin la littérature Crépusculienne trouve sa place en ce forum ^^.

    Je ne parlerais pas de Madame Delacrée qui est évidemment un texte splendide bien que très long et sans aucune discussion ce qui le rend parfois un peu lent, néanmoins c'est évidemment un chef d'oeuvre  :niais:

    Mais parlons donc ce poème, tout droit sortie de l'imaginaire Crépusculien, ceci est simplement splendide, rien à redire ! Déjà que moi j'arrive difficilement à trouver des rimes je trouve ce poème simplement magnifique  :niais:

    Je crois que tu va me faire utiliser beaucoup de smyleys dans ce genre  :niais:

    Vivement les prochains textes (que nous ne connaitrons pas ^^).

     :niais: Signé Ganon d'Orphée  :niais:

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    [Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
    « Réponse #2 le: dimanche 30 septembre 2007, 17:05:01 »
    Voilà, chose promise chose due, je post en deuxième sur ce qui va devenir dans peu de temps l'une des plus glorieuses bibliothèques de ce forum, et je pèse mes mots  :love:

    Alors, que dire, que dire? Pour moi qui n'ai pas le talent Crépusculien pour ce qui est des commentaires je ne pourrais faire transparaitre mes émotions qu'au travers de petits comm' remplis d'amour, quoique parfois (encore que...) acérés et justes.

    Tu sais déjà ce que j'ai pensé de ta "préciosité Zeldesque" :love: Je me répète peut être, mais j'ai adoré, pour moi le meilleur de tes textes dans ce que j'ai eu la chance de lire.

    Le poème est excellent, on ressent bien ta patte Crépusculienne, dans ce texte retraçant de façon si épique la tragique vie du Héros. (J'ai remarqué d'ailleurs qu'on avait une fâcheuse tendance à le faire mourir, ce brave Link : p)

    Bref, je suis déjà tout conquis à ta cause, et je ne manquerais pas de laisser des commentaires pour chacune de tes oeuvres, comme tu le fais pour mon modeste Cycle ^^

    Et c'est donc avec une certaine impatience que j'attends le reste, ainsi que ta légendaire fiction, qui l'est devenue avant même de sortir (XD) :love:
    Un gros câlin plein d'amour à Emy pour la sign!

    Hors ligne Nehëmah

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    [Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
    « Réponse #3 le: dimanche 30 septembre 2007, 21:12:09 »
    Ah, ben ça tombe bien, je l'attendais avec pas moins d'impatience que mes deux précésseurs, cette galerie, car je suis curieux de voir tes capacités à l'oeuvre dans une fiction vraiment personnelle.

    Il est indéniable que tu possèdes un grand talent, un style bien personnel, seulement j'émets une réserve.
    Beaucoup de ce que j'ai pu lire ne m'a que moyennement accroché. Depuis le temps j'ai bien entendu trouvé ce qui me gênait et ce que je vais te reprocher, est sans doute ce qui constitue tes qualités.
    C'est ainsi que je retrouve chez toi les mêmes défauts (qui me sont vraiment propres je re-précise) que chez des auteurs tels que de Balzac ou Tolkien, à savoir ces longues descriptions, certes soignées au mot près, méticuleuses, calculées, incroyablement riches, mais qui par là même deviennent longues, bien souvent difficiles à suivre, et jouant dans la surenchère.
    Ce côté "épique" que j'apprécie assez peu en général et qui ressort par ailleurs dans ce Prologue poétique, est également un défaut discutable.

    Donc voilà j'ai peur de ne pas, concrètement être apte à m'accorder à tes textes, mais j'ai envie de m'intéresser à tes récits, peut-être aurais-je le déclic ? En tout cas, mes jugements sont basés plus sur des préférences existencielles que sur de véritables défauts fondés.
    Je te souhaite donc de nourir et faire engraisser ce topic de bien jolies choses que je me permettrai bien évidemment de critiquer, que ce soit négatif ou positif.

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    Hors ligne Mlle Airas

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    [Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
    « Réponse #4 le: mercredi 03 octobre 2007, 18:45:09 »
    Honte à moi, je n'ai pas encore tout lu ta fic de concours, mais pour l'instant je la trouve vraiment excellente. Tu arrives à faire un vrai récit interessant en racontant des gestes du quotidien tout à fait banals (bien que ça ne soit pas notre quotidien à nous)
    Mais je préfère pour l'instant le poème  :<3:  vraiment magnifique, j'espère que tu en feras d'autres des comme ça, en tout cas moi j'adore.
    Oui je sais, mon commentaire n'est pas construit, je ne suis pas doué pour les critiques, mais le principal, c'est qu'on aime non? ;)

    (très joli Mme Delacrée, ça évoque le nacre des perles)

    Hors ligne Prince du Crépuscule

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    [Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
    « Réponse #5 le: vendredi 05 octobre 2007, 19:51:00 »
    Eh bien! ^^ Merci à tous d'être passés lire ou relire pour certains ces deux petits avants-goûts avant que la véritable nouveauté et objet de mon propre topic ne pointe le bout de son nez. Comme le veut la tradition, je vais vous répondre. C'est la toute première fois que je réponds à des lecteurs, je suis tout ému! Je suis tellement habitué que ce soit l'inverse! :)

    Ganon d'Orphée => Merci d'être venu commenter ce que tu connaissais en partie déjà! Ravi que le souvenir que t'as laissé cette chère Mme Delacrée soit resté aussi vif dans ton esprit et que le poème (que j'avais écrit il ya deux ans déjà il me semble, que le temps passe vite! ^^) t'aie plu lui aussi. Pour les :niais: à foison, j'espère bien qu'il vont continuer à fleurir sur mon topic, ça me fait chauf au coeur! ^^

    Mon Mage Vermeil => Si tu ne fais pas dans l'emphase toi! L'une des plus glorieuses bibliothèques de ce forum, allons donc. ;) J'espère que tu viendras souvent commenter ce que j'écris, ça me fait énormément plaisir de savoir ce qui t'a plu en particulier dans mes fictions et surtout dans celle à chapitres, comme msn n'est pas très pratique pour bien réfléchir su la question. Je souhaite que ma "patte Crépusculienne" comme tu le dis si bien continueras à te ravir, et même peut-être  plus encore, ce serait divin! :love:

    Nehëmah => Ah mon cher Nehëmah, je suis très content que tu sois venu faire un tour ici. Je sais pertinemment que tu n'aimes pas trop ma façon d'écrire et de surenchérir dans de longues phrases parcourures d'appositions et de métaphores. Crois-moi, si je me lisais sans savoir que c'était de moi, j'éprouverais la même chose que toi. Hélas, (bonne ou mauvaise chose? ^^') je ne peux me contraindre à ne pas écrire ou à épancher mes sentiments sur papier, c'est ainsi que je suis fait! ^^
    Par contre tu te trompes lourdement sur un point, si mes descritptions paraissent parfaitement maîtrisées, ce n'est qu'un leurre. Ce que j'écris, calculé? Ressemblant au style de Balzac? C'est tout le contraire, et de loin! Je n'écris que d'inspiration sans véritablement réfléchir à ce que je fais, et j'abhorre le réalisme et le naturalisme, je fais partie du camp totalement opposé, c'est-à-dire l'épanchement des sentiments et de la nautre, la romantisme en un mot. :niais:
    En tout cas, j'espérais que tu viennes ici et je suis ravi que ce soit le cas. Si tu parvenais à aimer ma fiction à chapitres, avec cette fois un véritable fond d'histoire, ce serait une grande satisfaction pour moi. C'est un défi que je me suis lancé. ;)

    Mlle Airas => Mais si, ton commentaire est construit et me fait d'ailleurs très plaisir. Encore une fois, je suis ravi que tout ça t'aie plu et tu as raison, l'important c'est que tu aies aimé. Mieux vaut tard que jamais comme on le dit si bien! ^^


    Bien, le temps est donc venu en ce début de week-end de vous faire découvrir ma fameuse fiction à chapitres dont je vous ai parlé. :) Elle se nomme... Le Chant de l'Ombre...
    Vous y décourvirez certains personnages qu'une poignée d'entre vous connaissent déjà et savent à quel point j'y suis attaché. Mais sans plus attendre, voici le premier chapitre! ^^







    Chapitre I: L'Avènement d'une Lune




          Un brin de vent léger souffla sur cette immense plaine verdoyante, parcourue de forêts sombres et attirantes, promesse d’une infinité de douceurs et d’un repos éternel. L’herbe se couchait au rythme des fluctuantes, se parant un temps d’un manteau aux reflets argentés. Le soleil se couchait déjà au-delà des collines majestueuses et des bruyères, nimbant le ciel du sang de ses rayons, se mourant dans son perpétuel tombeau avec douleur. Ce calme mystique qui se dégageait de ce tableau enchanteur faisait frémir les feuilles vigoureuses des aulnes. Les branches minces des saules se balançaient au-dessus de l’eau limpide d’un lac, semblant vouloir effleurer délicatement l’onde pure. Les murmures du vent cessèrent peu à peu, alors que l’astre du jour déclinait, entraînant avec lui l’espérance de beaucoup d’êtres, et l’extase de certains. Quelque trait flamboyant s'hasardait encore sur la crête des collines, teintant d’un vermeil décadent le versant sablonneux, embrasant l'immense étendue d'une infinie beauté, tandis qu'en son sein s'éteignait l'ultime flamme, avant qu'il ne meure, ensanglanté... Puis vint le dernier rayon, perçant les nuées, la nature parut retenir son souffle. Tout semblait tellement statique, empreint d’une mélancolie si profonde, si sincère, qu’aucun bruit n’osait plus s’élever de cette magnifique souffrance, de cette chute si régalienne.
          Alors les premiers rayons de lune dardèrent leur clarté limpide sur cette suprême unité, découpant les ombres des versants en un cortège de formes changeantes et mouvantes. L’eau s’était teintée de reflets argentés qui semblaient lui sourire tristement, mais tellement noblement, en retour. Les frêles branches s’étaient éclaircies par cette caresse nocturne, et ne tendaient plus qu’à croître jusqu’à atteindre la surface miroitante, troublée par de fines vagues. La douceur de cet ensemble se rejetait à lui-même sa force reposée et comme à demi morte, alors que la vie des ténèbres s’animait. Tout un petit peuple sortait de leurs cachettes diurnes, pour enfin s’épanouir sous le firmament délicatement étoilé. Une exquise mélopée s’exhumait de son linceul blanc de silence, alors que la lumière était encore. La torpeur silencieuse des sombres cimes s’était évanouie, par la force d’une profonde méditation qu’elle adoptait la journée. Elle avait laissé place à des murmures, graves et agréables, témoins de la sagesse sans âge qui habitait ces lieux. Le vent semblait s’être réveillé pour ajouter en harmonie à ce mariage de perfections enchanteresses. Tout, de la terre jusques aux cieux, louait l’arrivée de leur astre mélancolique et si beau, qui leur envoyait généreusement la pâleur de sa lumière en retour, et l’affection de l’originelle passion…

       - Aylinn… Aylinn !
          Un jeune homme caressait les cheveux de cette fille, lui murmurant à l’oreille. Profondément endormie, un sourire heureux déformait le coin de ses lèvres, témoin d’un rêve d’une beauté infinie. Le corps parfaitement détendu, soulevé légèrement par la main du même homme, elle semblait ne vouloir se réveiller pour rien au monde, malgré l’insistance de celui-ci. Agée d’environ une quinzaine d’année, les charmes latents qui émanaient de sa douce personne présageaient déjà une femme superbe et emplie de grâces. Déjà son visage enchantait jusqu’à son propre reflet quand elle se contemplait dans le miroir. Toute la lumière du soleil paraissait être contenue dans la pâleur délicate de sa peau, contrastant avec le jais de sa longue chevelure relâchée et le rouge de ses lèvres. Déjà son corps se faisait enviable, avec ses jambes fines et ses courbes voluptueuses. Mais ce qui la rendait encore plus aimable au regard, c’était le calme innocent et joyeux de son aura, la quiétude de ses expressions et l’infinie passion qu’on pouvait lire en elle. Une certaine naïveté peut-être, de l’insouciance sûrement, venaient compléter à ravir l’ébauche d’une fleur sur le point de s’épanouir et de distiller tous les secrets qu’elle dissimulait en elle.
          Tâchant de ne pas froisser sa légère robe d’été, faite de volants de gaze de couleurs rouge et noir, l’homme lui caressa la joue du bout des doigts, l’effleurant doucement. Ses yeux d’émeraude s’illuminèrent d’une grande amitié et de la beauté de sa jeune élève. Un sourire tendre passa sur ses traits fins, dévoilant ses dents blanches et la générosité d’âme qu’on lui découvrait sans un regard. Il écarta quelques mèches volages du visage de la jeune femme et contempla un instant le soleil qui brillait encore haut dans le ciel. Une envolée d’oiseaux s’échappa des bois tout proches, et il le suivit des yeux jusqu’à ce qu’ils ne furent plus qu’un point noir indistinct à l’horizon. Puis il soupira, et jaugea son élève avec la fierté et l’enivrement d’un maître dont l’intelligence de la pupille réussissait tout ce qu’elle entreprenait. Pourtant, il aurait dû se fâcher, elle qui n’avait pas réussi à passer l’épreuve, mais devant cet instant, il n’osait élever la voix et le briser. Il savoura encore quelques moments ce lyrisme calme qui assouvissait son âme à des désirs d’éternité, puis il la secoua légèrement, toujours avec beaucoup d’attention.
          Aylinn ouvrit doucement les yeux, ses paupières se soulevèrent lentement, dévoilant la profondeur de ses yeux d’ébène. Elle cilla plusieurs fois, comme si elle n’était pas certaine de vouloir réintégrer la réalité, puis releva légèrement le torse, dans les bras de son maître. Elle se frotta les yeux, qui brillaient d’une lueur admirative, onirique, puis riva son regard dans celui de l’homme qui la tenait par la taille. Elle sentait son souffle, quelques-unes de ses mèches lui chatouillaient le visage. Elle rougit légèrement, son teint rosissant d’une gêne tout enfantine. Sa main effleura le bras de son maître, puis elle s’arrêta net, comme hésitante, mordillant ses lèvres. Un instant de silence se fit entre eux, seul de la rivière s’élevait le frémissement des eaux sur le rocher. Puis sa voix perça cette quiétude délicieuse, sans autant la troubler, cristalline et mélodieuse comme le cours d’eau :
      - Maître Sildinn, je suis…
          Ce dernier posa un doigt sur sa bouche avant qu’elle ne poursuive.
      - Tu as échoué, Aylinn, les sentiments qui me lient à toi n’y changeront rien.
      - Je le sais maître, fit-elle en détournant le regard.
      - Comment veux-tu progresser si tu ne fais même pas un effort ?
      - Mais votre esprit est si beau, enveloppé de tant de choses poétiques… Ce coucher de soleil, cette nature ; puis cette douce mélancolie, ce rayon de lune enfin…
      - Ce n’est pas une raison, et tu le sais très bien.
          Elle s’écarta légèrement, puis sourit tendrement.
      - Vous me pardonnez, n’est-ce pas ?
      - Bien sûr…
      - Vous savez, j’ai senti jusqu’au parfum des arbres, jusqu’au miel de l’ultime rayon de soleil en votre âme. C’est en ce tombeau exquis que repose désormais l’astre céleste, noyé dans son propre sang. Et la lune qui s’élève de cette mort, qui se nourrit de ce déclin…
          Elle avança ses lèvres vers le ciel, et porta une main sur son cœur. La profondeur de son regard n’exprimait plus que l’extase qui emplissait son être, son corps se détendit encore plus, songeur.
      - J’ai vu tout cela, et même si ça faisait partie de ce que je devais endurer, il n’en reste pas moins que ce saisissement qui m’étreint en de nobles…
      - Ta poésie te perdra, Aylinn, je te l’ai toujours dit. Tu es bien trop romantique, bien trop sentimentale pour te concentrer sur la véritable difficulté.
      - Vous avez raison, comme toujours, ponctua-t-elle d’un rire lumineux.
      - Il n’empêche que je ne sais plus quoi faire de toi, c’est déjà la troisième fois…
      - Pourtant… pourtant j’essaye, maître Sildinn, mais vous me connaissez, je suis incapable de résister à pareil assaut.
      - Je le sais, cependant tu devras y remédier.
      - Oui, maître, fit-elle en le regardant joyeusement.
      - Ah, tu vas finir par me faire plier, chère Aylinn. Mais l’illusion est encore plus dangereuse si l’on s’en afflige soi-même. Retiens au moins cette leçon. Tu progresseras dans ce domaine, j’en suis persuadé. En attendant, il faut que tu résistes à l’enchantement… Si tu plies face à ce qui te ravis, que feras-tu quand tu trembleras de peur devant la cruauté des vraies illusions ?
      - Je vais y réfléchir, répondit-elle en prenant une pause faussement attristée.

          Leurs rires s’élevèrent un temps, puis s’effacèrent, laissant la place aux bruissements de la nature. Assis devant la rivière, dans l’herbe encore verte et perlée de rosée, ils profitèrent de la fraîcheur du lieu sous ce soleil d’été matinal. La plaine s’étendait à perte de vue devant eux, un pont de pierre enjambait le cours d’eau à quelques pas de là. Quelques chemins de terre la sillonnaient, pour se perdre au loin, comme sans destination véritable. Parfois un papillon bleu se posait sur la fleur jaune près de l’endroit où ils se reposaient, avant de s’envoler délicatement, à la recherche d’un autre nectar. Une autre fois, c’était un lapin craintif qui sortait du fourré. Une forêt s’étalait à leur gauche, percée de raies dorées dans l’obscurité de ses troncs resserrés. Cet océan d’arbres ne semblait jamais vouloir se finir, témoin de la force et de la magie qui habitait ses cimes verdoyantes ou porteuses de fruits colorés. Une route en sortait pour se diriger vers le pont et le traverser, pour ensuite se faufiler au milieu des herbages. Une petite bourgade sommeillait au bout, ses toits de chaume et la blancheur de ses murs se mariant parfaitement avec la riante campagne et le scintillement de l’onde. Une certaine sérénité en émanait, timide au premier abord, mais diffuse et puissante à la fois quand on ressentait toute la quintessence du lieu. On nommait cette ville paisible « Infelt ».

          L’eau limpide miroitait leur visage transi d’une sorte d’émerveillement purement contemplatif, admiratif de la nature et de sa beauté qu’elle renvoyait si bien vers le ciel. L’air pur regonflait en même temps que leur poitrine leur espérance, faisant voleter doucement leurs mèches de jais. Du coin de l’œil ils se regardèrent furtivement, puis sourirent, avant de se replonger dans l’ondée, rougissants. Lui, qui balayait au loin la ligne floue de l’infini, si mystérieusement, avec tant de noblesse dans son maintien. Ses yeux vert émeraude reflétaient la justesse avec laquelle il considérait ce monde, qui exhibait à lui toute sa tendresse et ses secrets latents. Et elle de frissonner de ce doux moment de quiétude, portant son regard sur le visage de son maître, qui ne devait sons doute pas la voir, perdu dans son égarement. Une hésitation, sa main qui effleure la sienne, un doute. Puis un élan la fit poser sa tête sur l’épaule de Sildinn, suivi d’un long soupir de contentement. La naïveté exquise de la scène fit chanter jusqu’aux oiseaux, qui s’agitaient joyeusement sur les branchages où ils nichaient. Une légère brise fendit les eaux un instant, en de multitudes petites ridules scintillantes. Aylinn ferma les yeux peu à peu, ne laissant transparaître qu’une fine raie de ses pupilles sombres. Puis elle s’assoupit avec enfance, la tête délicatement calée, les lèvres légèrement avancées, voluptueusement, vers le soleil caressant. Aucun mot n’aurait dû briser ce silence empreint du saisissement qui les drapait de son doux linceul. Plus aucune parole ne comptait à présent, l’esprit s’avilissait si bien de cette simplicité, de cette connivence avec tout ce qui composait une rare perfection, qu’il aurait été fort mal à propos de s’en défaire. Et pourtant on les rappela à l’harmonie où ils étaient plongés, abruptement, mais avec une certaine gentillesse :
      - Maître Sildinn, vous devez faire classe, les élèves vont bientôt arriver.
          Après un léger grognement et le bref recul d’Aylinn, qui rosissait de pudeur, l’intéressé hocha de la tête, puis se leva, non sans avoir posé un bref baiser sur le front de son élève. Un frisson remonta le long de son échine, puis, sans qu’elle ne s’en rende compte, son regard s’abandonna à suivre Sildinn et la mère qui l’avait appelé, retenant chacun de ses mouvements en sa mémoire. Lorsqu’ils ne furent plus qu’un point noir dans le lointain, elle expira longuement l’air comprimé dans ses poumons, et se releva ensuite, frottant sa robe légèrement humide de la rosée. Elle sourit vaguement au souvenir de cette matinée, jetant un dernier coup d’œil enchanté où elle s’était tenue plus tôt avec son maître, puis se mit elle aussi en route vers Infelt, distinguant ses toits flous à demi cachés par une colline, qui les ceinturait avec une affection pleine de bienveillance.
    « Modifié: samedi 28 janvier 2012, 21:47:34 par Prince du Crépuscule »
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    [Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
    « Réponse #6 le: vendredi 05 octobre 2007, 21:02:25 »
    Bon, c'est en aillant ce chapitre encore frais dans mon esprit, après sa relecture d'hier, que je m'en vais commenter tout ça ^^

    Tout d'abords, et comme je te l'ai déjà dit à maintes reprises, j'ai adoré. Je ne peux que me désespérer d'avoir à attendre pour la suite (et comme nos rôles sont inversés, je comprends ce que tu peux ressentir à la fin d'un chap' du Cycle   :siffle: )! Mais je tiendrais bon, et c'est avec grand plaisir que je reviendrais poster un ch'ti comm' , comme on dit dans la blogo-sphère :)

    Enfin, tout ça nous ramène donc au début du chant de l'Ombre :) Tout de suite, une magnifique description qui amène doucement à la rencontre des deux personnages principaux. Je ne peux qu'admirer, cependant j'avoue avoir du mal sur les descriptions aussi longues, j'ai tendance à m'y embourber, mais ce n'est qu'à cause de mon esprit déficient^^ Mais ça ne lui enlève en rien sa beauté, et malgré que tu dises que tu les écrits sous le coup de l'inspiration, on sent que tu les maitrise extrêmement bien ;)

    Ainsi, on en arrive tout doucement sur Aylinn. Que dire? Que dire?  :<3: Cette sublime description qui l'introduit ne peut qu'impressionner, laisser sous le charme. Ca colle tout de suite une image forte dans l'esprit du lecteur.
    Puis vient cette histoire d'épreuve, dont on ne sait rien, mais qui semble avoir laissé Aylinn dans tous ses états. Qu'est-ce que c'est? En tout cas, cela donne envie d'en savoir plus :)
    Et puis, j'aime beaucoup le parlé Lyrique de la jeune fille^^ Je sais pas, j'aime beaucoup^^

    Bref, pour un premier chapitre, ça commence très très fort^^  Je ne peux qu'attendre avec impatience la suite! <3 (j'ai l'impression de me répéter <3) Sache que je vais suivre ton chant de très très près ; )
    Un gros câlin plein d'amour à Emy pour la sign!

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    [Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
    « Réponse #7 le: vendredi 05 octobre 2007, 22:35:03 »
    Alors, alors, alors ! Procédons par étape.
    Concernant ton "émotivité littéraire", si je puis user de l'expression, je la considère, pour ma part, comme un défaut. J'entends par là que si tu ne peux maîtriser ta manière à faire de longues descriptions, certes belles, mais difficiles à suivre, ça apparaît immanquablement comme un défaut. Je contre-argumente tout de suite en disant que ça fait l'originalité de ton style, et que certains de tes lecteurs t'admirent beaucoup pour cela.
    Là où cela m'apparaît encore plus comme un défaut c'est ici :
    Citation de: "Prince du Crépuscule"
    Ce que j'écris, calculé? Ressemblant au style de Balzac? C'est tout le contraire, et de loin! Je n'écris que d'inspiration sans véritablement réfléchir à ce que je fais, et j'abhorre le réalisme et le naturalisme, je fais partie du camp totalement opposé, c'est-à-dire l'épanchement des sentiments et de la nautre, la romantisme en un mot.

    :niak:
    Bon, en effet, ça crée souvent une atmosphère très onirique, mais à mon sens bien trop lourde ^^ Si en plus ce n'est pas calibré au millimètre près, il n'est sûrement pas injuste de dire que beaucoup de choses sont une sorte de "remplissage", seulement motivé par une envie d'approfondir au mieux le propos, de mieux décrire, de mieux exposer tes sentiments, puisque cela semble être une motivation puissante dans ta vision de l'écriture. Soit, ce n'est pas un mal, j'admire, mais tout ça pour en arriver à une conclusion : il faut que tu allèges tes phrases, mon pauvre cerveau en a besoin xD
    Citation de: "Great Magician Samyël"
    Je ne peux qu'admirer, cependant j'avoue avoir du mal sur les descriptions aussi longues, j'ai tendance à m'y embourber, mais ce n'est qu'à cause de mon esprit déficient^^

    Et le sien aussi :niak:
    Je suis sûr qu'en rétrécissant un poil tes phrases, en les faisant un peu moins partir dans tous les sens (car c'est vraiment l'impression que j'en ai), en faisant ce tout petit effort de modérer un poil tes propos, ça deviendrait tout simplement à point. Entre le flou d'une imprécision et le trop d'une surenchère : le tout juste milieu qui a pour juste titre concision.
    Bon, ceci dit je ne veux pas me faire moralisateur on aurait sûrement des milliers de choses à me reprocher également, mais sans vouloir jouer à l'hypocrite, au faux modeste, au vantard ou quoi que ce soit d'autre, voici ma vision la plus pure de ce que j'en pense.
    Voyons maintenant un autre point. Le chapitre de ce Chant de l'Ombre (titre qui m'évoque par ailleurs les Chants du Crépuscules, Kveldssanger, album de neo-folk composé et interprété par le groupe Ulver, mais ça c'est pour l'anecdote).

    Bon, premièrement, le personnage d'Aylinn. Presque un idéal de la féminité. Belle, jeune, "l’ébauche d’une fleur sur le point de s’épanouir" est sûrement la phrase qui la caractérise le mieux. Il est légitime de penser que l'histoire vienne à se construire autour d'elle, et que l'on assiste justement à son évolution, à sa croissance.
    Quelque chose qui fait sourire en revanche :  "- Ta poésie te perdra, Aylinn, je te l’ai toujours dit. Tu es bien trop romantique, bien trop sentimentale pour te concentrer sur la véritable difficulté.". Cette situation, précédée de la longue phrase (coupée fort heureusement) d'Aylinn me fait énormément penser à toi, Prince du Crépuscule. Je me demande si en Aylinn on ne retrouve pas cette part si exacte de toi. Une sorte d'auto-critique ? A faire le parallèle d'Aylinn, j'ai envie de dire que toi aussi tu dois évoluer en même temps que ton personnage. Ceci reste toutefois une interprétation et ne marche bien qu'à la condition de te connaître du moins superficiellement (puisque je n'estime pas te connaître davantage ^^).
    Bref, une héroïne sensuelle, jeune, très "Crépusculienne" et qui en plus de ça hérite d'une profonde relation ambiguë avec son maître.
    Ca démarre avec cette incompréhension. je n'ai pas compris un traître mot de ce qu'ils racontent.  "- Tu as échoué, Aylinn, les sentiments qui me lient à toi n’y changeront rien.". Je ne sais même pas si c'est expliqué dans les deux premiers paragraphes du chapitre, qui m'ont paru très flou. Il en ressort une impression d'émerveillement, mais concrètement je ne saurais absolument pas les résumer (à moins de les relire). On peut peut-être mettre ceci sur le compte de mon cerveau qui est vraiment fatigué (journée fatigante, manque de sommeil...), ou tout simplement car c'est voulu ; quoiqu'il en soit, ce dialogue très intime entre le maître et l'élève suggère, tout autant que leur comportement réciproque, une ambiguïté.
    En effet, sont-ils simplement maître et élève ? Ils ont l'air d'être amants, mais en plus d'être unis par ce lien, ils sont distanciés par leur âge respectif sûrement... Cette histoire démarre pour ainsi dire sur quelque chose de relativement ambiguë, et ça c'est quelque chose qui me plaît !
    Dommage que je doive à nouveau faire état d'un défaut récurrent : la "lourdeur" des phrases. Je sais pas. Si tu aimes tant écrire ainsi, tant mieux. Mais je t'en prie efforce-toi de me faire à chaque fois une version "light pour Nehëmah" car sinon j'arrive plus à suivre  :( Ceci dit, il ne faudrait pas non plus que tu perdes toute la richesse de on texte... Mais... Juste un tout petit peu... Trop d'informations en même temps, des fois la description reste claire dans l'ensemble (le troisième paragraphe, sur la description d'Aylinn), des fois vraiment touffue (deux premiers paragraphes).

    En clair, un premier chapitre porteur d'informations très précieuses dont l'essentiel que j'en conserverai sera Aylinn, son maître et l'épreuve apparemment basée sur l'illusion, tout cela prenant place dans un petit village paumé. Pour l'instant, une situation initiale fort convenue, mais la fiction présente déjà des ambiguïtés qui annoncent clairement l'intrusion d'éléments perturbateurs imminents et, je l'espère, déstabilisant pour le lecteur !

    Voilà, je pense en avoir fini avec cela, je te souhaite de bientôt nous poster un chapitre 2, qui je l'espère, me fera vibrer à cent pour cent !

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    [Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
    « Réponse #8 le: jeudi 11 octobre 2007, 20:46:36 »
    Comme je te l'avais promis, voici mon petit commentaire avec un jour de retard.

    Ton texte est absolument ... fabuleux, magnifique et brillant  :<3: .
    Pas trés objectif comme commentaire mais comment faire pour éviter la subjectivité avec un texte qui me parle au coeur. Même si tu le sais, j'adore ce style flamboyant, riche et fantastique des époques passées ( moi bizarre absolument pas ).
    Pour les problèmes de lourdeur ( ce sont des hérétiques ce qui disent ceci ^^ ) moi je n'en trouve pas peut-être parce que que je n'essaye pas de tout comprendre à la première lecture et je me laisse glisser dans l'histoire tout en rêvassant et en chimérisant l'ensemble. Je doute qu'un autre style d'écriture puisse arriver à ce niveau là de magnificience dans les descriptions, je te dis félicitation.
    Maintenant je me tourne vers les personnages, et là aussi je les adore ( surtout Aylinn et dire qu'au début elle ne devait être qu'un personnage secondaire ). Je trouve le personnage d' Aylinn merveilleux sans doute parce qu'elle est sensible et romantique, j'apprécie ce type de personnage.

    Pour la remarque de Nehëmah, il est vrai que le début est convenu et alors, des débuts comme celle-ci j'en pourrais en lire des myriades de fois. Sinon pour le problème de lourdeur, je peux que vous conseillez de vous laissez bercer par le texte.


    Vivement le chapitre 2!

    Mille merci à Yorick pour la signature de Soren, à Kerberos pour l'avatar et la signature de Soren et à Krysta pour cette signature et avatar.

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    [Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
    « Réponse #9 le: vendredi 12 octobre 2007, 17:56:38 »
    Citer
    ( ce sont des hérétiques ce qui disent ceci ^^ )


    Même si c'est à prendre au second degré, ce type d'arguments quelque peu ad hominem n'est pas un gage de qualité.
    Quant au problème de lourdeur que l'on résout, soi-disant, en se laissant bercer (ce qui induit de la légèreté), bah c'est un paradoxe.

    Ensuite, il faut concevoir que l'on n'a pas la même sensibilité littéraire. Le thème de la nature, tel que l'emploie Prince du Crépuscule, est un thème qui ne me touche que très peu.
    Ceci n'enlève ni n'ajoute rien, je pense, à l'emphase du style, qui mériterait à s'alléger un poil (au moins revenir à des phrases un poil plus simples et donc plus courtes sans pour autant tomber dans la brièveté, mais je pense que croire ceci possible ne serait que mal connaître Prince du Crépuscule).
    Et il ne faut pas croire que je sois un mauvais lecteur, attention hein :niak:

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    [Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
    « Réponse #10 le: vendredi 12 octobre 2007, 18:23:42 »
    Bon, je vais répondre puisque ça me semble nécessaire. ^^
    Déjà premièrement je ne tolère pas que mon topic de fictions devienne un lieu de débat, il n'est pas fait pour ça. Alors Nehëmah je t'en prie arrête, ton post est vraiment à la limite du flood, puisqu'ici tu es censé commenter ma fiction et non le commentaire des autres, d'autant que tu avais déjà tout détaillé auparavant. Landeroy a juste voulu plaisanter, le connaissant plus particulièrement. =D

    Ensuite, je te trouve un peu cassant Nehëmah, ton long post m'a permis de faire le point sur certaines choses (mais que je n'ai pas encore corrigées, je déteste me relire, d'où peut-être cette impression de floue, qui était d'ailleurs voulue dans les deux premiers paragraphes.), mais le ton que tu as employé m'a un peu décontenancé, voire même quelque peu découragé le soir où tu l'as posté. Du genre "je la considère, pour ma part, comme un défaut", "cette situation, précédée de la longue phrase (coupée fort heureusement)". Cette dernière citation ne m'a pas fait très plaisir, surtout ce commentaire entre parenthèse très désagréable à mon sens. Il faut dire que je reçois assez mal les critiques négatives (je les prends sur moi en quelque sorte, puisque m'impliquant directement dans ce que j'écris) et que ça me décourage assez vite, mais bon quand même... ^^'

    Après comme tu l'as deviné, je ne pense pas pouvoir changer de manière d'écrire, tout simplement parce que les mots me viennent de cette façon et que j'aime les longues descriptions et les retranscriptions d'ambiance, surtout liées à la nature. Et je suis déjà trop avancé pour changer, désolé... Une version "light pour Nehëmah" ne sera pas possible, je ne le pourrais tout simplement pas, du moins pour mon plaisir. Mais pour l'histoire et la lourdeur de mes phrases, ça s'améliore après, disons que j'en suis très friand surtout pour le début. Mais c'est sûr que ça ne changera pas tellement non plus. :)

    Pour Aylinn, tu as effectivement bien deviné le sens des paroles de Sildinn à son égard. Je ne pensais pas que ce serait si évident, puisqu'au départ ça ne devait faire clin d'oeil qu'à une seule personne qui m'est très chère, mais je suis ravi que tu aies trouvé. Je ne saurais te dire pourquoi en fait, c'est ça le plus drôle. XD

    Bon, je ne me suis que trop épanché encore une fois, mais sache que tu es toujours le bienvenu ici Nehämah, ce n'était pas pour te repousser que j'ai répondu ainsi, juste pour mettre certaines choses au point. Tes commentaires, même si je les prends mal au départ, me permettent d'avoir un autre avis que la plupart des autres, et même si je n'apprécie pas trop et que c'est sans doute trop tard pour que je change, ça me fait du bien. ^^ Pour les autres lecteurs je répondrai quand je posterai le prochain chapitre, soit dans peu de temps je pense. ;)
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    « Réponse #11 le: vendredi 12 octobre 2007, 18:47:45 »
    Désolé de devoir répondre, une fois de plus, mais c'est quasi-systématique chez moi. En ce qui me concerne, justement, si, une galerie peut devenir un lieu de débat, tant que le thème central reste en liaison avec le sujet (et de ce côté-là, je ne fais ni du HS ni du flood).

    Oui, ensuite, mes posts sont cassants, c'est vrai, je m'en excuse par ailleurs, ce sont des choses qui m'échappent un peu, que j'ai un peu de mal à tempérer et que je tenterais d'adoucir avec le temps. Ceci dit, si mon arrogance peut paraître désagréable voire décourageant, je puis aussi faire des éloges en temps voulu. Donc, vraiment, je m'en voudrais de te décourager, et te rassure sur ce fait, donc... :niak:
    Ensuite, quant au fait de mal accepter les critiques négatives, bah, oui, je sais ce que c'est que d'en recevoir, mais il faut bien accepter que plusieurs jugement parfois vraiment opposés pointent le nez.
    Ensuite, quant à la "version light" il s'agissait bien entendu d'une plaisanterie encore une fois.
    Enfin bref, j'achève mon commentaire en te demandant encore de m'excuser pour mes commentaires qui peuvent être vexants à certains égards, de poster encore une fois de manière "HS" et pour t'assurer que je suis parfois bien plus chaleureux. Disons que je reste encore enfermé dans certains préjugés et m'en défaire me demandera peut-être un peu de temps.

    Voilà, de toute manière tu ne pourras pas me repousser, je suis le pire des parasites :niak:

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    [Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
    « Réponse #12 le: dimanche 14 octobre 2007, 00:47:23 »
    j'pensais pas que j'allais faire ça un jour :niak: ,mais je vais commenter une fiction =D .

    Bah, euh... que dire,je ne suis pas excellent en com.XD .

    Les descritions sont sublimes,a couper le souffle,j'en suis resté bouche bée ^^' *mais je dois avouer que j'me suis un t'it peu embrouiller parfois,du fait de leurs longueurs et de mon piti cerveau rikiki* XD . Même si je trouve que ça s'eternise un t'it peu v.v ,de l'action quoi,de l'action *crève* xD .

    Ca donne envie de lire la suite,car on ne sait pas vraiment qui est Aylinn... qui est son maitre,et quel est leur objectif .
    Bref bravo,c'est une excellente fic' ;) .

    C'est tout *je suis pas vous moi,non mais v.v *

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    [Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
    « Réponse #13 le: dimanche 14 octobre 2007, 15:01:31 »
    Eh bien, que de commentaires! Je suis littéralement ravi, vous ne pouvez savoir ce que ça me fait, je ploie sous l'émotion. Mais tout de suite, répondons aux fans en furie. :niais:

    Mon Mage Vermeil => Que répondre à tout ceci! Je suis comblé par tes encouragements, j'apprécie beaucoup tes compliments et ta manière de détailler ce qui t'a plu, j'en voudrais tout le temps de pareils! Que mes descriptions et surtout Aylinn te ravissent sont deux grandes sources de joie pour moi, je ne peux que te dire merci pour ce commentaire. :<3:
    Quant à la sensation de flou des deux premiers paragraphes, c'était fait exprès justement, puisqu'il s'agit de l'épreuve en elle-même, ou en tout cas la retranscription de l'illusion que Sildinn a lancé sur sa chère élève, d'où cet émerveillement puisqu'elle a échoué et qu'elle s'est laissée bercer par de magnifiques paysages crépusculaires puis nocturnes. ^^

    Nehëmah => Je sais bien que tu ne voulais pas me décourager, ne t'inquiète pas. Par contre, je n'aime pas non plus les fleurs, j'abhorre l'hypocrisie. Eh bien, j'attends que tu me parasites alors. ;p

    Landeroy => ça t'a donc plu tant que ça! Je suis tout enthousiasmé par ton commentaire, merci beaucoup d'être passé ici. ^^

    Pimousse => Quel honneur que ton premier commentaire concernant une fiction soit pour moi! Je m'efforcerai au mieux de continuer à te faire aimer ma fiction, pourvu que ça dure comme on dit. :)

    ... Et voici en exclusivité le deuxième chapitre! Popur ceux qui se posent la question ou qui ont le flemme de lire mes pavés de réponse, j'en suis déjà au quatrième. Voilà pour vous. ^^







    Chapitre II: Le Nid et les Brumes




         Des rues entrecoupées de petites allées pavées, un dédale charmant parsemé d’échoppes aux enseignes dorées et rutilantes pour attirer les bons clients, une fontaine d’allure légère et reposante des douces fraîcheurs qu’elle distillait aux géraniums colorant joliment la bordure de pierre blanche, des bancs en bois de chêne tout autour, disposés en cercle, ombragés généreusement par de beaux saules pleureurs qui étendaient leur feuillage allongé vers leur racines noueuses, Infelt était une bourgade attendrissante au premier coup d’œil, ravissant de ses charmes paisibles autant l’habitant que le voyageur, qui s’y arrêtaient bien volontiers. Reconnue pour ses vertus de calme, beaucoup de personnes trop énervées par le remue-ménage incessant de la ville y venaient faire des cures, qui consistaient en un repos de longue durée, moyennant siestes, ballades en forêt et bains dans la rivière, au bon vouloir des patients. Le mieux restait surtout de profiter de la vue imprenable et des fameux couchers de soleil, qui découpaient de leurs lueurs crépusculaires les collines boisées qui bosselaient la longue étendue herbeuse de la vallée. Un rythme paisible marquait les différentes étapes de la journée majoritairement paysanne et commerçante de la ville, les saisons y étaient douces quelles qu’elles fussent et les nuages ne venaient rarement qu’en automne ou en mars perturber le ciel d’azur, appliquant une couche sombre sur le la luminescence de l’astre. Qui aurait pu se douter que derrière des apparences aussi clémentes nombre de guerres avaient décimé en des temps reculés la bourgade d’Infelt ?

          Aylinn savourait chaque pas qu’elle faisait dans sa ville bien-aimée, où elle pensait avoir vécu depuis toujours, même si on lui affirmait le contraire. Elle s’y sentait chez elle, comme dans un cocon où se lover. Pourtant, chaque jour passant ne manquait pas de lui rappeler une certaine nostalgie d’un quelconque pays lointain, d’orages grandioses qu’elle avait toujours admiré et d’un ciel toujours doré. Mais Sildinn lui avait dit que ce n’était que fantaisie, que son esprit lui jouait des tours et sublimaient la vérité, comme d’habitude. Elle avançait au milieu des magasins qu’elle connaissait tous d’une démarche assurée et enjouée, avant de rejoindre la place centrale où glougloutait toujours cette fontaine près de laquelle elle s’était tant amusée. Au passage, chaque commerçant la saluait avec enthousiasme, d’un « Bonjour Aylinn ! Encore un beau matin n’est-ce pas ? » ou « Encore à vagabonder dans les rues ? Vous allez vous mettre en retard Aylinn ! Dépêchez-vous si vous ne voulez pas que maître Sildinn vous gronde ! ». Et elle leur répondait d’un signe de main ou de son sourire le plus charmeur, qui laissait plus d’un garçon de son âge pantois, le visage déformé par un ravissement béat, comme frappé par la lumière divine. On l’avait toujours vouvoyée, aussi loin qu’elle s’en souvienne ; personne n’avait voulu lui dire pourquoi d’ailleurs. Elle était très populaire, bien qu’elle ne demandât jamais rien aux autres, mais ces attentions la touchaient beaucoup.
          Alors qu’elle débattait gentiment avec un vendeur d’étoffe sur le prix d’une robe, un petit rejeton vint tirer avec une douceur insistante sur l’habit d’Aylinn, lui demandant à force de coup d’oeils implorants et de plissements de front :
      - Aylinn, tu viendras faire ma leçon cette après-midi ?
      - Oh, désolé Morhn, mais cette après-midi je ne pourrai pas être là, fit-elle en s’accroupissant devant lui, le regard plein d’affection.
          Devant sa déception plus qu’apparente, elle lui saisit la main et la frotta contre la sienne, souriant toujours :
      - Je suis avec Sildinn ce soir, mais je te promets qu’un autre jour, je viendrai !
      - C’est juré, pas comme la dernière fois ? questionna le blondinet, son visage s’éclaircissant soudainement, tout excité.
      - C’est juré, lui souffla-t-elle avec un clin d’œil amusé, le poussant légèrement de la main pour qu’il retourne jouer avec ses amis.
          Elle se releva, le regardant courir tout content, rapportant à ses amis avec un grand enjouement qu’il allait passer son après-midi avec « la belle Aylinn ». Le commerçant, qui avait suivi toute la scène avec un certain amusement, lui adressa un grand sourire :
      - Vous savez vous y prendre avec les enfants, vous.
      - On me l’a déjà dit, oui. Vous croyez que c’est vrai ?
      - Pour sûr que c’est vrai, Aylinn, vous avez l’art d’attendrir même l’œil le plus sévère !
      - Mais ça ne résout pas notre affaire, lança-t-elle en s’avançant malicieusement sur le comptoir. Cette robe alors, vous consentez à en rabaisser le prix ?
          Le vendeur la considéra un moment, perplexe, puis céda finalement en soupirant :
      - On ne peut rien vous refuser à vous, dites-moi.
      - A qui le dites-vous, mon cher ? fit-elle dans le même élan qu’elle saisissait sa robe tant disputée, tapotant amicalement l’épaule du commerçant au passage.

          Elle s’éloigna en chantonnant, sous le regard intrigué des passants. Ses chaussures claquaient sur le dallage de pierre, et résonnaient longtemps aux oreilles des garçons qui s’enivraient encore de son parfum envoûtant, saisissant au passage une infime bribe de celle qu’ils considéraient comme l’Inaccessible par excellence. Et elle qui s’en jouait toujours, naïvement, ne croyant pas qu’on puisse la désirer et ne se rendant pas compte de son succès, et qui la rendait encore plus attirante. C’est donc sous les rayons bienveillants du soleil de midi qu’elle vint chercher Sildinn, qui n’avait pas encore terminé son cours. Elle repensa à tout ce qu’elle avait pu faire en ces murs qui lui rappelaient tant de bons souvenirs. Elle laissa ses mains glisser contre la cloison de pierre, s’arrêtant par moment, songeuse, avant de pousser toujours plus loin cet instinct du palpable. Elle soulevait par moments la peinture blanche qui s’écaillait par endroit et stoppa net ses mouvements devant une petite inscription, taillée sur la paroi. Elle l’effleura du bout du doigt, puis se retourna en soupirant, refoulant son besoin pressant de retomber en enfance. Elle réalisa qu’elle était parvenue devant le panneau coulissant en bois de hêtre qui faisait office de porte pour la clase, et l’ouvrit avec légèreté, de sorte que son maître ne l’entendit pas d’abord. Elle s’épaula dans l’entrebâillement, et croisa les bras, attendant patiemment qu’il finisse d’expliquer avec ferveur et sympathie les textes laissés par les plus grands noms de l’histoire, dans un discours animé. Elle engloba la classe de son regard profond et constata que tous étaient captivés par les paroles de leur professeur. Déduisant l’heure par la position du soleil, elle décida que les enfants avaient déjà assez travaillé comme ça et se concentra un bref instant, les mains jointes, avant de rouvrir les yeux. Tous les élèves se levèrent bruyamment, rangeant avec vacarme et rires leurs affaires dans leur sac de cuir, sous le regard incrédule de Sildinn, qui n’avait nullement entendu la sonnerie.
          C’est alors qu’il porta ses yeux sur son élève, arborant un grand sourire provocateur au seuil de la porte, s’écartant du battant pour laisser les enfants sortir. Elle s’approcha de lui avec toute la grâce qui l’habitait, chaque geste respirant la plus grande élégance. Une fois à sa hauteur, elle baissa légèrement la tête et lui décocha un autre de ses sourires désarmants. Sildinn, d’abord dur et surpris, puis quelque peu agacé par l’attitude irresponsable d’Aylinn, s’attendrit finalement, ses pupilles se dilatant.
      - Tu sais très bien que les illusions sont dangereuses, tu t’es mal conduite, Aylinn ! Je suis et resterai intraitable à ce sujet !
      - Je sais bien, et je comprends, mais la tentation était trop forte ! Et puis pour une fois que je ne suis pas en retard, vous devriez être content, non ? répondit-elle avec un clin d’œil malicieux.
      - Je suppose qu’on ne peut rien te reprocher, concéda-t-il dans un soupir, en fermant la porte de la classe.
         
          Ils quittèrent l’école, puis longèrent une route parallèle à la rue principale, bordée de tilleuls et de maisons basses au toit de chaume ou même de joncs. Aylinn marchait aux côtés de Sildinn, la tête à la hauteur du menton de celui-ci, la main accrochée à son bras. Ils parlaient peu et ne se pressèrent pas, désireux de prolonger les moments qu’ils pouvaient passer en présence de l’autre, comme allongeant le temps en le savourant pleinement, en saisissant chaque instant. Ils avaient déjà passés tant d’années à se côtoyer, à discuter ensemble, les nombreux souvenirs qu’ils avaient de leur relation étaient si heureux, que pour rien au monde ils n’auraient voulu se séparer. Tantôt éblouis par la forte lumière du soleil, tantôt obscurcis par l’ombre généreuse des grands arbres, ils finirent par sortir d’Infelt, et par la même occasion laissèrent derrière eux le chemin pavé, qui cédait à la terre maintes fois foulée des grandes plaines. Se souvenant soudain de quelque chose, Aylinn persuada son maître de rester là, pendant qu’elle irait chercher ce qu’elle avait à lui montrer. Il la regarda courir, puis l’attendit sur un banc, étant retourné légèrement sur ses pas. Il s’assoupit doucement, admirant la vue qui s’offrait à lui et pensa à l’après-midi qu’il allait passer en compagnie de son élève, au bonheur l’entourant, comme s’il ne pouvait durer.
          Elle revint quelques temps après, les mains cachées dans le dos, avec son plus franc sourire. Sildinn sursauta légèrement en la voyant devant lui, toute fraîche et heureuse qu’elle se présentait à lui. Elle retint un gloussement un moment, causé par le réveil de son maître, portant sa main devant la blancheur de ses dents, puis sortit de derrière elle la robe qu’elle avait acheté tantôt, l’exhibant fièrement aux yeux de Sildinn :
      - Alors, comment la trouvez-vous ? demanda-t-elle en la désignant d’un geste de la main, tout sourires.
      - Sublime. Que peut-on ajouter de plus ? fit-il en lui rendant les marques sa bonne humeur.
      - Je vous ai connu plus poète, même jusqu’à récemment, maître Sildinn.
      - Vraiment ? lança-t-il, le front plissé, faisant mine d’essayer de se souvenir de son dernier accès lyrique.
      - Oui, vraiment. Mais ça ira pour cette fois.
      - Bien. De toute façon, quelque chose de plus important nous attend, je ne suis pas venu ici pour flâner.
          Aylinn parut apparemment un peu déçue par cette dernière annonce, mais une curiosité plus grande encore, mêlée d’excitation, prit vite le pas sur ce premier sentiment. Ils remontèrent le chemin par lequel ils étaient venus dans la plaine ce matin, foulant les hautes herbes qui s’inclinèrent sous leur pied, dérangeant au passage une foule d’insectes dont ils ne se souciaient guère. Arrivés au même endroit où ils avaient passé la matinée, devant la rivière qui étincelait plus encore, Aylinn voulut s’asseoir au même emplacement, où l’herbe était déjà couchée. Mais Sildinn la retint par le bras avant qu’elle ne se pose à terre, sous le regard étonné de celle-ci.
      - Nous avons déjà assez perdu de temps comme ça, ce matin. Tu as échoué lors de l’examen portant sur l’illusion, tu t’es laissée bercée par les images crépusculaires et nocturnes que j’ai soumises à ton esprit… Nous allons passer aux choses sérieuses maintenant.
          Interloquée, Aylinn ne réagit pas quand le visage de son maître s’arrêta à moins d’un pouce du sien, l’effleurant presque. Sentant son souffle chaud sur son front, elle demeura pourtant immobile, comme si elle attendait quelque chose. Une légère bourrasque fit onduler délicatement leurs vêtements, mouvement infime dans l’apparence figée. Sildinn fixa la grande étendue verdoyante qu’il avait devant lui, son élève ne sourcillait toujours pas, comme statufiée. Et le temps s’écoulait ainsi, jusqu’à ce que son maître lui murmure :
      - Le calme, le vent… Nous allons jouer avec l’ombre aujourd’hui.
         D’un air entendu, Aylinn se détourna de lui et recula de quelques pas, toujours aussi concentrée, comme si le monde autour d’elle n’avait pas consistance. Sildinn, parfaitement détendu, souriait au regard isolateur de son élève en même temps qu’à la constatation de la réussite de ses leçons. Il lança d’une voix faible, mais suffisante pour qu’elle l’entende, afin de ne pas la perturber :
      - Bien Aylinn, nous allons reprendre la leçon là où nous l’avons laissée la dernière fois : l’Ombre de Brume. Déjà une semaine… Tu t’en souviens ?
          Cette dernière hocha imperceptiblement de la tête, plus prête que jamais.
      - Alors commençons, prépare-toi bien…
         
         Il se déplaça sur le côté, lentement, un pas après l’autre. Une légère brume l’enveloppa, brouillant ses contours, puis bientôt son être en entier. Ce brouillard s’intensifia, jusqu’à devenir une sorte de voile sombre et étrangement transparent, comme une fumerole. Sildinn marchait toujours latéralement, nimbé d’une aura floue et confuse. Sans se presser, tel un félin prêt à bondir sur sa proie, il continuait son manège intimidant. La tension monta d’un cran, un froid se déversa au milieu d’eux. Une goutte de sueur glacée perla sur le front d’Aylinn, qui restait concentrée à l’extrême, tentant de ne pas se laisser influencer par ce pressant appel qui lui commandait de fuir à toute jambe. Bientôt, sans qu’on ne pût expliquer le phénomène, un deuxième Sildinn apparut à côté de lui-même, adoptant exactement les mêmes traits et les mêmes déplacements que lui. Il était telle une image oscillante, parfaitement identique à son modèle, de telle sorte qu’on croyait qu’il s’était dédoublé. Des ombres indistinctes semblaient se détacher d’eux, comme des lambeaux. Un autre œil que celui d’un disciple dûment préparé à l’épreuve aurait vite fait de sombrer dans le doute le plus grand, et aussi le plus dangereux.
          D’un calme froid et prédateur, l’illusionniste fixa sa victime, lui laissant croire qu’il bondirait sur elle d’un moment à l’autre, et qui pourtant éternisait à tracer un cercle autour d’elle, dressant le filet d’angoisse qui lui permettrait d’enserrer sa proie. Il occultait toute issue possible par une peur indicible qu’il distillait en elle, aucune échappatoire ne s’offrait plus à la liberté de l’oiseau en cage, qui finirait irrémédiablement par abandonner. Et lui, de l’achever. Un troisième double apparut, suivi bientôt d’un quatrième. Tout semblait si flou, si hostile ; et leur regard si menaçant, si dur, si sûr de leur victoire prochaine, qui abaissait la malheureuse personne qui leur tombait entre les griffes à moins que rien, la plongeant dans l’abandon le plus profond. Un frisson parcourut le dos d’Aylinn, mais elle ne cilla pas. Malgré ses yeux dont les paupières tressautaient nerveusement et menaçaient de se fermer à chaque instant, elle tenait bon, se refusant à l’idée de céder. Raide et immobile, elle poursuivait son agresseur du regard, les bras ballants. Mais c’était une feinte audacieuse qu’elle avait imaginé afin de tromper son maître, elle s’apprêtait à se défendre à chaque instant, même dans cette situation instable et oppressante. Cependant, Sildinn continuait de lui marcher autour, alors qu’une cinquième image se développait à ses côtés. A chacun de ses pas s’élevait un petit nuage ténébreux, comme à ceux de ses clones. L’air devint glacial, le monde oscillant alentour disparut alors entièrement à la vue de son élève, pour ne laisser place uniquement qu’à un vide profond et plus noir que l’abysse. Les barreaux de la cage venaient se refermer. Les agresseurs parurent se déplacer encore plus lentement, par mouvements ralentis, comme en une danse funèbre. L’atmosphère devint une chape de plomb, étouffante, tétanisante ; l’espoir de pouvoir s’en sortir s’envola à jamais. La gorge d’Aylinn se noua. Elle ne comptait plus les images de Sildinn, toutes confondues. Elle ne voyait que l’expression meurtrière de ses yeux et sa propre chute, qui la conduirait vers la mort ; un fort mal de tête la prit. C’était presque un miracle qu’elle tînt encore debout sur ses jambes.
          Soudain, une image nette sortit de la masse flouée et des ténèbres, rapide à l’extrême, bondissant sur elle, le poing brandi en direction de son ventre. Les bras pendant misérablement le long de son corps, figée, son sort semblait scellé. Mais alors elle se ressaisit, et s’écarta d’un pas vif sur le côté juste avant qu’il ne la touche. Alors qu’il était pris par son propre élan dans son bond qu’il pensait sans appel, elle lui assena un coup rapide du plat de la main dans la nuque. Il s’écroula à terre, assommé, et ne bougea plus. Les ombres de Sildinn disparurent peu à peu. Aylinn soupira de soulagement. Prenant soudain conscience de son acte envers son maître, elle se pencha vers lui, le regard plein de remords et d’inquiétude. Elle posa une main sur son épaule, et, constatant qu’il ne respirait plus, elle se mordit nerveusement la lèvre inférieure. Elle entreprit de le retourner sur le dos, mais sans pouvoir réagir elle reçut un violent coup de poing dans le ventre, qui la projeta deux pas plus loin.
      - Aoutch ! gémit-elle entre ses dents, tandis qu’elle se relevait pour faire face de nouveau.
          Elle essuya le filet de sang qui coulait sur son menton du revers de la main, et reprit position. A sa grande surprise, elle ne vit plus aucun clone, le voile obscur avait disparu en même temps que la pesante menace. Devant elle se tenait Sildinn, comme elle le connaissait d’habitude, serein et bienveillant. L’hostilité de son regard et de ses gestes avait cédé au grand sourire qu’il arborait parfois quand il était particulièrement satisfait. Soulagée, son élève ne baissa néanmoins pas la garde, se rappelant des instructions qu’il lui avait donné autrefois.
      - Je vois que mon enseignement t’a été profitable et a porté ses fruits, cette leçon me le montre, fit-il en s’approchant d’elle. Je suis fier de toi, Aylinn, tu as beaucoup progressé dans ce domaine ces derniers temps ! Une vraie guerrière de l’Ombre !
          Il posa une paume chaleureuse sur l’épaule encore contractée d’Aylinn, qui croyait encore à une ruse de son maître. Hésitante, elle abaissa peu à peu ses défenses, et se laissa gagner par la bonne humeur d’une réussite durement acquise.
      - Tu as bien travaillé aujourd’hui, ton attitude, ta résistance psychique et ton endurance étaient parfaites, quoiqu’un peu défaillantes sur la fin. Mais ce n’est rien, vraiment. Tu as résisté plus de trois heures durant ! Je dois dire que je suis impressionné.
          Il ponctua son joyeux discours d’une grande révérence, sa main décrivant de curieuses courbes dans les airs avant d’atteindre comiquement le sol. Elle lui fit un sourire timide, rougissant encore des louanges qu’il lui avait dédiées. Puis elle éclata d’un grand rire cristallin et enfantin, auquel se joignit son maître de bon cœur. Ils profitèrent quelques instants encore de ces accès d’hilarité, avant que Sildinn y mette fin :
      - Tu t’es encore laissée emporter par tes sentiments, Aylinn, tu es décidément incorrigible.
      - Comment ? demanda-t-elle, les sourcils arqués par la surprise.
      - Tu n’aurais pas dû te soucier de moi après ce superbe retournement de situation, ton plat de la main était un coup de maître, vraiment. Mais pourquoi toujours fléchir après ?
          Il secoua la tête.
      - Cette erreur aurait pu te coûter cher dans un véritable combat, sache-le.
      - Je le sais bien, répondit-elle après quelques moments d’hésitation. Mais j’ai eu peur pour vous et…
      - Je comprends, c’est plus fort que toi, coupa-t-il. Mais imagine qu’un ennemi s’accapare de mon apparence pour mieux te tromper, comment réagirais-tu ? Te laisserais-tu berner par tes émotions et recevoir en retour un coup fatal, ou resterais-tu à hésiter devant le dilemme qui s’offre à toi, risquant de me tuer s’il s’agissait véritablement de moi, ton esprit étant encore plongé dans la confusion de l’Ombre et du combat ? Tu ne dois pas te laisser influencer, c’est important !
          Embarrassée, tiraillée entre ses sentiments et les recommandations de Sildinn, elle se triturait les doigts, ne sachant que répondre. A peine murmura-t-elle un petit « oui », baissant les yeux au sol. Ne voulant pas causer de gêne ni de honte chez son élève, il la poussa doucement à s’asseoir avec lui, exactement là où ils avaient passé cette matinée si enchanteresse. Il lui prit le menton entre deux doigts et la força à le regarder. Il la dévisagea, elle et son teint pâle, elle et ses longues mèches plus noires que la nuit, elle et son port de tête si gracieux, elle qu’on considérait comme la beauté parfaite de la ville. Il lui murmura qu’elle n’avait pas à rougir, que c’était seulement pour son bien qu’il lui donnait ces conseils, et non pour la perturber. Il lui frotta doucement l’épaule avant de se lever et de lui tendre la main avec un grand sourire. Elle l’accepta volontiers, ayant repris toute sa jovialité habituelle. Ils cheminèrent côte à côte jusqu’en ville, où ils se permirent encore de se reposer sur un banc près de la fontaine d’Infelt.
          Le crépuscule distilla bientôt ses vapeurs roses et orangées dans les nuages qui s’accumulaient dans les montagnes, à l’est. Ces couleurs pastelles, si douces appliquées sur le bleu déjà obscurci par la nuit montante, leur tirèrent un profond soupir. Serrés l’un contre l’autre, le regard fixant le lent déclin du jour, ils ne sentaient plus la présence des quelques habitants encore affairés à ranger leurs échoppes. Leur souffle s’atténuait alors que le soleil déclinait à l’horizon, le sommeil les gagnait à mesure qu’il disparaissait douloureusement derrière la forêt, en une myriade d’éclats rougeoyants. Ils se laissaient bercer par le chant des grillons qui s’élevait de la plaine, et rêvaient, déjà. Leur sérénité était telle qu’ils se croyaient enveloppés comme dans un cocon où tout ce qui pouvait leur nuire n’avait plus sa place. Et enfin ils s’endormirent, sans que personne n’osât les réveiller et réprimer le sourire qui étirait le coin de leurs lèvres.
    « Modifié: samedi 28 janvier 2012, 19:02:31 par Prince du Crépuscule »
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    [Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
    « Réponse #14 le: lundi 15 octobre 2007, 20:53:37 »
    Serais-je le premier à commenter ?
    Tu n'as donc pas peur de mon parasitage ? Qu'à cela ne tienne :niak:

    Donc concrètement, nous sommes toujours dnas une situation initiale qui s'étire.
    On nous présente l'aspect "manipulateur" de Aylinn, qui n'hésite pas à utiliser ses charmes, se rapprochant toujours d'un idéal féminin de femme fatale. Dommage, elle n'arrive presque pas à toucher son maître, Sildinn, qui est à mon sens peu intéressant isolément. Quelque chose qui tombe bien puisqu'on ne l'a jamais vu sans Aylinn. Leur relation est toujours ambiguë, entre les rendez-vous amoureux et les scéances d'entraînement. Cet amour est-il bien légitime ? Serait-il le funèbre présage d'une tragédie à venir ? Oui, cari l faut bien qu'il se passe quelque chose, les scéances d'entraînement c'est bien joli, mais on souhaiterait des évènements bouleversifiants ! Bon je suis sûrement un grand impatient :niak:
    Si l'on peut découper le chapitre en parties, je dirais qu'il y a deux parties essentielles : la description d'Infelt, avec l'apparition d'Aylinn ; puis l'entraînement.
    La première partie est donc descriptive, avec une ambiance presque trop parfaite à laquelle vient un élément annonciateur de perturbation : " Qui aurait pu se douter que derrière des apparences aussi clémentes nombre de guerres avaient décimé en des temps reculés la bourgade d’Infelt ?". Il est probablement sûr que cette phrase n'est pas anodine et soit l'un des premiers indices, avertissements. Et oui, pourquoi pas une guerre de plus, après tout ? J'ai noté également une erreur de syntaxe et une erreur d'inattention sûrement. "Aylinn savourait chaque pas qu’elle faisait dans sa ville bien-aimée, où elle pensait avoir vécu depuis toujours, malgré qu’on lui affirmât le contraire." : attention, "malgré que" est une faute de français, enfin tu le sais sûrement. Pour l'autre faute elle a dû être corrigée entre temps car je ne la vois plus xD ("on ne peut rien vous reprocher" à la place de "on ne peut rien vous refuser").
    Pour la deuxième partie du chapitre, les descriptions sont beaucoup plus sombres et posent une ambiance qui me parle déjà plus. Les ténèbres, l'ombre, la mort... Bon ça reste modéré et raconté avec beaucoup de poésie, mais le thème m'a beaucoup plu. Les pouvoirs d'Aylinn et Sildinn sont mystérieux, basés apparemment sur des illusions... Des illusionistes, sûrement ?
    A noter aussi : l'avertissement du maître qui sonne aussi comme une ombre au tableau. Mais que va-t-il donc se passer ? :$

    En tout cas, ce chapitre 2 ne nous fera pas avancer sur l'intrigue, tout au plus nous informera avec un peu plus de précision le personnage d'Aylinn, ses capacités réelles en combat. Autrement, je n'ai pas grand chose d'autre à dire, j'attends comme toujours avec beaucoup d'impatience le prochain chapitre, et je pense commencer à me faire quelque peu à ton style. Il n'est pas exempt de fautes et mériterait sûrement une ou deux relectures mais de ce côté-là j'suis un peu pareil (bien souvent trop flemmard pour procéder à des relectures).
    Voilà.

    Monsieur Parasite :niak:

    Signé : Monsieur Parasite.