Eh bien, que de commentaires! Je suis littéralement ravi, vous ne pouvez savoir ce que ça me fait, je ploie sous l'émotion. Mais tout de suite, répondons aux fans en furie. :niais:
Mon Mage Vermeil => Que répondre à tout ceci! Je suis comblé par tes encouragements, j'apprécie beaucoup tes compliments et ta manière de détailler ce qui t'a plu, j'en voudrais tout le temps de pareils! Que mes descriptions et surtout Aylinn te ravissent sont deux grandes sources de joie pour moi, je ne peux que te dire merci pour ce commentaire. :

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Quant à la sensation de flou des deux premiers paragraphes, c'était fait exprès justement, puisqu'il s'agit de l'épreuve en elle-même, ou en tout cas la retranscription de l'illusion que Sildinn a lancé sur sa chère élève, d'où cet émerveillement puisqu'elle a échoué et qu'elle s'est laissée bercer par de magnifiques paysages crépusculaires puis nocturnes. ^^
Nehëmah => Je sais bien que tu ne voulais pas me décourager, ne t'inquiète pas. Par contre, je n'aime pas non plus les fleurs, j'abhorre l'hypocrisie. Eh bien, j'attends que tu me parasites alors. ;p
Landeroy => ça t'a donc plu tant que ça! Je suis tout enthousiasmé par ton commentaire, merci beaucoup d'être passé ici. ^^
Pimousse => Quel honneur que ton premier commentaire concernant une fiction soit pour moi! Je m'efforcerai au mieux de continuer à te faire aimer ma fiction, pourvu que ça dure comme on dit.
... Et voici en exclusivité le deuxième chapitre! Popur ceux qui se posent la question ou qui ont le flemme de lire mes pavés de réponse, j'en suis déjà au quatrième. Voilà pour vous. ^^
Chapitre II:
Le Nid et les Brumes Des rues entrecoupées de petites allées pavées, un dédale charmant parsemé d’échoppes aux enseignes dorées et rutilantes pour attirer les bons clients, une fontaine d’allure légère et reposante des douces fraîcheurs qu’elle distillait aux géraniums colorant joliment la bordure de pierre blanche, des bancs en bois de chêne tout autour, disposés en cercle, ombragés généreusement par de beaux saules pleureurs qui étendaient leur feuillage allongé vers leur racines noueuses, Infelt était une bourgade attendrissante au premier coup d’œil, ravissant de ses charmes paisibles autant l’habitant que le voyageur, qui s’y arrêtaient bien volontiers. Reconnue pour ses vertus de calme, beaucoup de personnes trop énervées par le remue-ménage incessant de la ville y venaient faire des cures, qui consistaient en un repos de longue durée, moyennant siestes, ballades en forêt et bains dans la rivière, au bon vouloir des patients. Le mieux restait surtout de profiter de la vue imprenable et des fameux couchers de soleil, qui découpaient de leurs lueurs crépusculaires les collines boisées qui bosselaient la longue étendue herbeuse de la vallée. Un rythme paisible marquait les différentes étapes de la journée majoritairement paysanne et commerçante de la ville, les saisons y étaient douces quelles qu’elles fussent et les nuages ne venaient rarement qu’en automne ou en mars perturber le ciel d’azur, appliquant une couche sombre sur le la luminescence de l’astre. Qui aurait pu se douter que derrière des apparences aussi clémentes nombre de guerres avaient décimé en des temps reculés la bourgade d’Infelt ?
Aylinn savourait chaque pas qu’elle faisait dans sa ville bien-aimée, où elle pensait avoir vécu depuis toujours, même si on lui affirmait le contraire. Elle s’y sentait chez elle, comme dans un cocon où se lover. Pourtant, chaque jour passant ne manquait pas de lui rappeler une certaine nostalgie d’un quelconque pays lointain, d’orages grandioses qu’elle avait toujours admiré et d’un ciel toujours doré. Mais Sildinn lui avait dit que ce n’était que fantaisie, que son esprit lui jouait des tours et sublimaient la vérité, comme d’habitude. Elle avançait au milieu des magasins qu’elle connaissait tous d’une démarche assurée et enjouée, avant de rejoindre la place centrale où glougloutait toujours cette fontaine près de laquelle elle s’était tant amusée. Au passage, chaque commerçant la saluait avec enthousiasme, d’un « Bonjour Aylinn ! Encore un beau matin n’est-ce pas ? » ou « Encore à vagabonder dans les rues ? Vous allez vous mettre en retard Aylinn ! Dépêchez-vous si vous ne voulez pas que maître Sildinn vous gronde ! ». Et elle leur répondait d’un signe de main ou de son sourire le plus charmeur, qui laissait plus d’un garçon de son âge pantois, le visage déformé par un ravissement béat, comme frappé par la lumière divine. On l’avait toujours vouvoyée, aussi loin qu’elle s’en souvienne ; personne n’avait voulu lui dire pourquoi d’ailleurs. Elle était très populaire, bien qu’elle ne demandât jamais rien aux autres, mais ces attentions la touchaient beaucoup.
Alors qu’elle débattait gentiment avec un vendeur d’étoffe sur le prix d’une robe, un petit rejeton vint tirer avec une douceur insistante sur l’habit d’Aylinn, lui demandant à force de coup d’oeils implorants et de plissements de front :
- Aylinn, tu viendras faire ma leçon cette après-midi ?
- Oh, désolé Morhn, mais cette après-midi je ne pourrai pas être là, fit-elle en s’accroupissant devant lui, le regard plein d’affection.
Devant sa déception plus qu’apparente, elle lui saisit la main et la frotta contre la sienne, souriant toujours :
- Je suis avec Sildinn ce soir, mais je te promets qu’un autre jour, je viendrai !
- C’est juré, pas comme la dernière fois ? questionna le blondinet, son visage s’éclaircissant soudainement, tout excité.
- C’est juré, lui souffla-t-elle avec un clin d’œil amusé, le poussant légèrement de la main pour qu’il retourne jouer avec ses amis.
Elle se releva, le regardant courir tout content, rapportant à ses amis avec un grand enjouement qu’il allait passer son après-midi avec « la belle Aylinn ». Le commerçant, qui avait suivi toute la scène avec un certain amusement, lui adressa un grand sourire :
- Vous savez vous y prendre avec les enfants, vous.
- On me l’a déjà dit, oui. Vous croyez que c’est vrai ?
- Pour sûr que c’est vrai, Aylinn, vous avez l’art d’attendrir même l’œil le plus sévère !
- Mais ça ne résout pas notre affaire, lança-t-elle en s’avançant malicieusement sur le comptoir. Cette robe alors, vous consentez à en rabaisser le prix ?
Le vendeur la considéra un moment, perplexe, puis céda finalement en soupirant :
- On ne peut rien vous refuser à vous, dites-moi.
- A qui le dites-vous, mon cher ? fit-elle dans le même élan qu’elle saisissait sa robe tant disputée, tapotant amicalement l’épaule du commerçant au passage.
Elle s’éloigna en chantonnant, sous le regard intrigué des passants. Ses chaussures claquaient sur le dallage de pierre, et résonnaient longtemps aux oreilles des garçons qui s’enivraient encore de son parfum envoûtant, saisissant au passage une infime bribe de celle qu’ils considéraient comme l’Inaccessible par excellence. Et elle qui s’en jouait toujours, naïvement, ne croyant pas qu’on puisse la désirer et ne se rendant pas compte de son succès, et qui la rendait encore plus attirante. C’est donc sous les rayons bienveillants du soleil de midi qu’elle vint chercher Sildinn, qui n’avait pas encore terminé son cours. Elle repensa à tout ce qu’elle avait pu faire en ces murs qui lui rappelaient tant de bons souvenirs. Elle laissa ses mains glisser contre la cloison de pierre, s’arrêtant par moment, songeuse, avant de pousser toujours plus loin cet instinct du palpable. Elle soulevait par moments la peinture blanche qui s’écaillait par endroit et stoppa net ses mouvements devant une petite inscription, taillée sur la paroi. Elle l’effleura du bout du doigt, puis se retourna en soupirant, refoulant son besoin pressant de retomber en enfance. Elle réalisa qu’elle était parvenue devant le panneau coulissant en bois de hêtre qui faisait office de porte pour la clase, et l’ouvrit avec légèreté, de sorte que son maître ne l’entendit pas d’abord. Elle s’épaula dans l’entrebâillement, et croisa les bras, attendant patiemment qu’il finisse d’expliquer avec ferveur et sympathie les textes laissés par les plus grands noms de l’histoire, dans un discours animé. Elle engloba la classe de son regard profond et constata que tous étaient captivés par les paroles de leur professeur. Déduisant l’heure par la position du soleil, elle décida que les enfants avaient déjà assez travaillé comme ça et se concentra un bref instant, les mains jointes, avant de rouvrir les yeux. Tous les élèves se levèrent bruyamment, rangeant avec vacarme et rires leurs affaires dans leur sac de cuir, sous le regard incrédule de Sildinn, qui n’avait nullement entendu la sonnerie.
C’est alors qu’il porta ses yeux sur son élève, arborant un grand sourire provocateur au seuil de la porte, s’écartant du battant pour laisser les enfants sortir. Elle s’approcha de lui avec toute la grâce qui l’habitait, chaque geste respirant la plus grande élégance. Une fois à sa hauteur, elle baissa légèrement la tête et lui décocha un autre de ses sourires désarmants. Sildinn, d’abord dur et surpris, puis quelque peu agacé par l’attitude irresponsable d’Aylinn, s’attendrit finalement, ses pupilles se dilatant.
- Tu sais très bien que les illusions sont dangereuses, tu t’es mal conduite, Aylinn ! Je suis et resterai intraitable à ce sujet !
- Je sais bien, et je comprends, mais la tentation était trop forte ! Et puis pour une fois que je ne suis pas en retard, vous devriez être content, non ? répondit-elle avec un clin d’œil malicieux.
- Je suppose qu’on ne peut rien te reprocher, concéda-t-il dans un soupir, en fermant la porte de la classe.
Ils quittèrent l’école, puis longèrent une route parallèle à la rue principale, bordée de tilleuls et de maisons basses au toit de chaume ou même de joncs. Aylinn marchait aux côtés de Sildinn, la tête à la hauteur du menton de celui-ci, la main accrochée à son bras. Ils parlaient peu et ne se pressèrent pas, désireux de prolonger les moments qu’ils pouvaient passer en présence de l’autre, comme allongeant le temps en le savourant pleinement, en saisissant chaque instant. Ils avaient déjà passés tant d’années à se côtoyer, à discuter ensemble, les nombreux souvenirs qu’ils avaient de leur relation étaient si heureux, que pour rien au monde ils n’auraient voulu se séparer. Tantôt éblouis par la forte lumière du soleil, tantôt obscurcis par l’ombre généreuse des grands arbres, ils finirent par sortir d’Infelt, et par la même occasion laissèrent derrière eux le chemin pavé, qui cédait à la terre maintes fois foulée des grandes plaines. Se souvenant soudain de quelque chose, Aylinn persuada son maître de rester là, pendant qu’elle irait chercher ce qu’elle avait à lui montrer. Il la regarda courir, puis l’attendit sur un banc, étant retourné légèrement sur ses pas. Il s’assoupit doucement, admirant la vue qui s’offrait à lui et pensa à l’après-midi qu’il allait passer en compagnie de son élève, au bonheur l’entourant, comme s’il ne pouvait durer.
Elle revint quelques temps après, les mains cachées dans le dos, avec son plus franc sourire. Sildinn sursauta légèrement en la voyant devant lui, toute fraîche et heureuse qu’elle se présentait à lui. Elle retint un gloussement un moment, causé par le réveil de son maître, portant sa main devant la blancheur de ses dents, puis sortit de derrière elle la robe qu’elle avait acheté tantôt, l’exhibant fièrement aux yeux de Sildinn :
- Alors, comment la trouvez-vous ? demanda-t-elle en la désignant d’un geste de la main, tout sourires.
- Sublime. Que peut-on ajouter de plus ? fit-il en lui rendant les marques sa bonne humeur.
- Je vous ai connu plus poète, même jusqu’à récemment, maître Sildinn.
- Vraiment ? lança-t-il, le front plissé, faisant mine d’essayer de se souvenir de son dernier accès lyrique.
- Oui, vraiment. Mais ça ira pour cette fois.
- Bien. De toute façon, quelque chose de plus important nous attend, je ne suis pas venu ici pour flâner.
Aylinn parut apparemment un peu déçue par cette dernière annonce, mais une curiosité plus grande encore, mêlée d’excitation, prit vite le pas sur ce premier sentiment. Ils remontèrent le chemin par lequel ils étaient venus dans la plaine ce matin, foulant les hautes herbes qui s’inclinèrent sous leur pied, dérangeant au passage une foule d’insectes dont ils ne se souciaient guère. Arrivés au même endroit où ils avaient passé la matinée, devant la rivière qui étincelait plus encore, Aylinn voulut s’asseoir au même emplacement, où l’herbe était déjà couchée. Mais Sildinn la retint par le bras avant qu’elle ne se pose à terre, sous le regard étonné de celle-ci.
- Nous avons déjà assez perdu de temps comme ça, ce matin. Tu as échoué lors de l’examen portant sur l’illusion, tu t’es laissée bercée par les images crépusculaires et nocturnes que j’ai soumises à ton esprit… Nous allons passer aux choses sérieuses maintenant.
Interloquée, Aylinn ne réagit pas quand le visage de son maître s’arrêta à moins d’un pouce du sien, l’effleurant presque. Sentant son souffle chaud sur son front, elle demeura pourtant immobile, comme si elle attendait quelque chose. Une légère bourrasque fit onduler délicatement leurs vêtements, mouvement infime dans l’apparence figée. Sildinn fixa la grande étendue verdoyante qu’il avait devant lui, son élève ne sourcillait toujours pas, comme statufiée. Et le temps s’écoulait ainsi, jusqu’à ce que son maître lui murmure :
- Le calme, le vent… Nous allons jouer avec l’ombre aujourd’hui.
D’un air entendu, Aylinn se détourna de lui et recula de quelques pas, toujours aussi concentrée, comme si le monde autour d’elle n’avait pas consistance. Sildinn, parfaitement détendu, souriait au regard isolateur de son élève en même temps qu’à la constatation de la réussite de ses leçons. Il lança d’une voix faible, mais suffisante pour qu’elle l’entende, afin de ne pas la perturber :
- Bien Aylinn, nous allons reprendre la leçon là où nous l’avons laissée la dernière fois : l’Ombre de Brume. Déjà une semaine… Tu t’en souviens ?
Cette dernière hocha imperceptiblement de la tête, plus prête que jamais.
- Alors commençons, prépare-toi bien…
Il se déplaça sur le côté, lentement, un pas après l’autre. Une légère brume l’enveloppa, brouillant ses contours, puis bientôt son être en entier. Ce brouillard s’intensifia, jusqu’à devenir une sorte de voile sombre et étrangement transparent, comme une fumerole. Sildinn marchait toujours latéralement, nimbé d’une aura floue et confuse. Sans se presser, tel un félin prêt à bondir sur sa proie, il continuait son manège intimidant. La tension monta d’un cran, un froid se déversa au milieu d’eux. Une goutte de sueur glacée perla sur le front d’Aylinn, qui restait concentrée à l’extrême, tentant de ne pas se laisser influencer par ce pressant appel qui lui commandait de fuir à toute jambe. Bientôt, sans qu’on ne pût expliquer le phénomène, un deuxième Sildinn apparut à côté de lui-même, adoptant exactement les mêmes traits et les mêmes déplacements que lui. Il était telle une image oscillante, parfaitement identique à son modèle, de telle sorte qu’on croyait qu’il s’était dédoublé. Des ombres indistinctes semblaient se détacher d’eux, comme des lambeaux. Un autre œil que celui d’un disciple dûment préparé à l’épreuve aurait vite fait de sombrer dans le doute le plus grand, et aussi le plus dangereux.
D’un calme froid et prédateur, l’illusionniste fixa sa victime, lui laissant croire qu’il bondirait sur elle d’un moment à l’autre, et qui pourtant éternisait à tracer un cercle autour d’elle, dressant le filet d’angoisse qui lui permettrait d’enserrer sa proie. Il occultait toute issue possible par une peur indicible qu’il distillait en elle, aucune échappatoire ne s’offrait plus à la liberté de l’oiseau en cage, qui finirait irrémédiablement par abandonner. Et lui, de l’achever. Un troisième double apparut, suivi bientôt d’un quatrième. Tout semblait si flou, si hostile ; et leur regard si menaçant, si dur, si sûr de leur victoire prochaine, qui abaissait la malheureuse personne qui leur tombait entre les griffes à moins que rien, la plongeant dans l’abandon le plus profond. Un frisson parcourut le dos d’Aylinn, mais elle ne cilla pas. Malgré ses yeux dont les paupières tressautaient nerveusement et menaçaient de se fermer à chaque instant, elle tenait bon, se refusant à l’idée de céder. Raide et immobile, elle poursuivait son agresseur du regard, les bras ballants. Mais c’était une feinte audacieuse qu’elle avait imaginé afin de tromper son maître, elle s’apprêtait à se défendre à chaque instant, même dans cette situation instable et oppressante. Cependant, Sildinn continuait de lui marcher autour, alors qu’une cinquième image se développait à ses côtés. A chacun de ses pas s’élevait un petit nuage ténébreux, comme à ceux de ses clones. L’air devint glacial, le monde oscillant alentour disparut alors entièrement à la vue de son élève, pour ne laisser place uniquement qu’à un vide profond et plus noir que l’abysse. Les barreaux de la cage venaient se refermer. Les agresseurs parurent se déplacer encore plus lentement, par mouvements ralentis, comme en une danse funèbre. L’atmosphère devint une chape de plomb, étouffante, tétanisante ; l’espoir de pouvoir s’en sortir s’envola à jamais. La gorge d’Aylinn se noua. Elle ne comptait plus les images de Sildinn, toutes confondues. Elle ne voyait que l’expression meurtrière de ses yeux et sa propre chute, qui la conduirait vers la mort ; un fort mal de tête la prit. C’était presque un miracle qu’elle tînt encore debout sur ses jambes.
Soudain, une image nette sortit de la masse flouée et des ténèbres, rapide à l’extrême, bondissant sur elle, le poing brandi en direction de son ventre. Les bras pendant misérablement le long de son corps, figée, son sort semblait scellé. Mais alors elle se ressaisit, et s’écarta d’un pas vif sur le côté juste avant qu’il ne la touche. Alors qu’il était pris par son propre élan dans son bond qu’il pensait sans appel, elle lui assena un coup rapide du plat de la main dans la nuque. Il s’écroula à terre, assommé, et ne bougea plus. Les ombres de Sildinn disparurent peu à peu. Aylinn soupira de soulagement. Prenant soudain conscience de son acte envers son maître, elle se pencha vers lui, le regard plein de remords et d’inquiétude. Elle posa une main sur son épaule, et, constatant qu’il ne respirait plus, elle se mordit nerveusement la lèvre inférieure. Elle entreprit de le retourner sur le dos, mais sans pouvoir réagir elle reçut un violent coup de poing dans le ventre, qui la projeta deux pas plus loin.
- Aoutch ! gémit-elle entre ses dents, tandis qu’elle se relevait pour faire face de nouveau.
Elle essuya le filet de sang qui coulait sur son menton du revers de la main, et reprit position. A sa grande surprise, elle ne vit plus aucun clone, le voile obscur avait disparu en même temps que la pesante menace. Devant elle se tenait Sildinn, comme elle le connaissait d’habitude, serein et bienveillant. L’hostilité de son regard et de ses gestes avait cédé au grand sourire qu’il arborait parfois quand il était particulièrement satisfait. Soulagée, son élève ne baissa néanmoins pas la garde, se rappelant des instructions qu’il lui avait donné autrefois.
- Je vois que mon enseignement t’a été profitable et a porté ses fruits, cette leçon me le montre, fit-il en s’approchant d’elle. Je suis fier de toi, Aylinn, tu as beaucoup progressé dans ce domaine ces derniers temps ! Une vraie guerrière de l’Ombre !
Il posa une paume chaleureuse sur l’épaule encore contractée d’Aylinn, qui croyait encore à une ruse de son maître. Hésitante, elle abaissa peu à peu ses défenses, et se laissa gagner par la bonne humeur d’une réussite durement acquise.
- Tu as bien travaillé aujourd’hui, ton attitude, ta résistance psychique et ton endurance étaient parfaites, quoiqu’un peu défaillantes sur la fin. Mais ce n’est rien, vraiment. Tu as résisté plus de trois heures durant ! Je dois dire que je suis impressionné.
Il ponctua son joyeux discours d’une grande révérence, sa main décrivant de curieuses courbes dans les airs avant d’atteindre comiquement le sol. Elle lui fit un sourire timide, rougissant encore des louanges qu’il lui avait dédiées. Puis elle éclata d’un grand rire cristallin et enfantin, auquel se joignit son maître de bon cœur. Ils profitèrent quelques instants encore de ces accès d’hilarité, avant que Sildinn y mette fin :
- Tu t’es encore laissée emporter par tes sentiments, Aylinn, tu es décidément incorrigible.
- Comment ? demanda-t-elle, les sourcils arqués par la surprise.
- Tu n’aurais pas dû te soucier de moi après ce superbe retournement de situation, ton plat de la main était un coup de maître, vraiment. Mais pourquoi toujours fléchir après ?
Il secoua la tête.
- Cette erreur aurait pu te coûter cher dans un véritable combat, sache-le.
- Je le sais bien, répondit-elle après quelques moments d’hésitation. Mais j’ai eu peur pour vous et…
- Je comprends, c’est plus fort que toi, coupa-t-il. Mais imagine qu’un ennemi s’accapare de mon apparence pour mieux te tromper, comment réagirais-tu ? Te laisserais-tu berner par tes émotions et recevoir en retour un coup fatal, ou resterais-tu à hésiter devant le dilemme qui s’offre à toi, risquant de me tuer s’il s’agissait véritablement de moi, ton esprit étant encore plongé dans la confusion de l’Ombre et du combat ? Tu ne dois pas te laisser influencer, c’est important !
Embarrassée, tiraillée entre ses sentiments et les recommandations de Sildinn, elle se triturait les doigts, ne sachant que répondre. A peine murmura-t-elle un petit « oui », baissant les yeux au sol. Ne voulant pas causer de gêne ni de honte chez son élève, il la poussa doucement à s’asseoir avec lui, exactement là où ils avaient passé cette matinée si enchanteresse. Il lui prit le menton entre deux doigts et la força à le regarder. Il la dévisagea, elle et son teint pâle, elle et ses longues mèches plus noires que la nuit, elle et son port de tête si gracieux, elle qu’on considérait comme la beauté parfaite de la ville. Il lui murmura qu’elle n’avait pas à rougir, que c’était seulement pour son bien qu’il lui donnait ces conseils, et non pour la perturber. Il lui frotta doucement l’épaule avant de se lever et de lui tendre la main avec un grand sourire. Elle l’accepta volontiers, ayant repris toute sa jovialité habituelle. Ils cheminèrent côte à côte jusqu’en ville, où ils se permirent encore de se reposer sur un banc près de la fontaine d’Infelt.
Le crépuscule distilla bientôt ses vapeurs roses et orangées dans les nuages qui s’accumulaient dans les montagnes, à l’est. Ces couleurs pastelles, si douces appliquées sur le bleu déjà obscurci par la nuit montante, leur tirèrent un profond soupir. Serrés l’un contre l’autre, le regard fixant le lent déclin du jour, ils ne sentaient plus la présence des quelques habitants encore affairés à ranger leurs échoppes. Leur souffle s’atténuait alors que le soleil déclinait à l’horizon, le sommeil les gagnait à mesure qu’il disparaissait douloureusement derrière la forêt, en une myriade d’éclats rougeoyants. Ils se laissaient bercer par le chant des grillons qui s’élevait de la plaine, et rêvaient, déjà. Leur sérénité était telle qu’ils se croyaient enveloppés comme dans un cocon où tout ce qui pouvait leur nuire n’avait plus sa place. Et enfin ils s’endormirent, sans que personne n’osât les réveiller et réprimer le sourire qui étirait le coin de leurs lèvres.