Auteur Sujet: La Tour du Rouge : [Random | Très court] Sans titre #1  (Lu 60967 fois)

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La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
« Réponse #210 le: vendredi 28 octobre 2011, 00:50:05 »
Bon, après le bide de la dernière suite de Monarque je reviens sur le Triangle. :niak: Je pense terminer la première partie de Triangle de Haine avant de repartir sur du Monarque. Ouais, je suis un mec comme ça.  :niak:

Chapitre III donc. Bonne lecture...  B)



III
-Mikau-



   Mikau poussa un juron admiratif quand, grâce à la magie de dame Laruto, la beauté de Feena Hurlebataille ressurgit de dessous la peau boursouflée et rêche comme du vieux cuir. L’épiderme retrouvait un aspect satiné et le chevalier put sentir sa douceur de bébé puisqu’il tenait l’une des mains de la guerrière dans ses paumes. Le Zora nota que la cicatrice de Feena avait disparu sous l’effet du sort ; et son absence de cheveux et de sourcils lui donnaient un air étrange.
   La magicienne se releva en poussant un soupir d’épuisement. Elle vacilla sur ses jambes et ser Roy se porta immédiatement à son secours en la prenant dans ses bras. Mikau ne put s’empêcher de noter le regard éloquent qu’ils échangèrent brièvement.
   -C’est tout ce que je peux faire, déclara Laruto d’une voix enrouée après quelques secondes de repos.
   -C’est proprement fabuleux, commenta le Sheikah en caressant le visage endormi du dos de sa main. Elle va s’en sortir?
   -J’ai guéri son corps, mais son esprit est toujours blessé, piégé dans une magie des plus noires.
   -N’y a-t-il donc rien à faire?
   Mikau jeta un regard triste à la guerrière. C’était de sa faute si elle était dans cet état. Il ne pouvait s’empêcher de s’en vouloir.
   -Elle doit remporter ce combat d’elle-même, Mikau, répondit la magicienne en posa une main familière et encourageante sur son épaule. Mais nous pouvons peut-être l’aider.
   -Parle, Laruto! Quoi qu’il te faille, je te l’apporterai dans l’heure, sur mon honneur!
   La thaumaturge ne put s’empêche de pousser un petit rire devant l’empressement du chevalier.
   -Je n’ai besoin de rien. Je peux envoyer l’esprit de l’un de vous dans le sien. Mais je dois vous mettre en garde, cela risque d’être extrêmement périlleux. Nous ne savons rien de ce qui s’y passe, et encore une fois, la magie qui a été déployée contre elle est très, très puissante. Vous pourriez y rester coincés, ou pire, mourir.
   Mikau déglutit bruyamment. Il échangea un regard avec ser Roy, et voyant que ce dernier allait se proposer, il le coupa.
   -Je vais le faire. C’est… C’est à cause de moi si elle en est là. C’est mon erreur, je dois la réparer.
   -Vous ne pouviez pas savoir que…, tenta Sanks.
   -Non. J’insiste : j’irai. Je suis moins important que vous, ser. Vous avez une guerre à mener.
   -Et vous une Couronne à protéger dans ses heures les plus sombres.
   Le Zora grimaça devant la pertinence de l’argument, mais il balaya d’un revers de la main.
   -Nous n’avons pas le temps de nous disputer à ce sujet. J’irai, et il n’y a rien à ajouter.
   -Fort bien, capitula le borgne en s’asseyant sur le lit où il avait passé son coma.
   -Je ne peux pas vous prodiguer beaucoup de conseil, reprit la magicienne avec un petit sourire contrit. Car je ne sais pas ce que vous allez affronter. Gardez en mémoire que seul votre esprit voyagera. Utilisez le à bon escient, et ramenez nous dame Feena en un seul morceau.
   -J’essaierai. Maintenant, qu’on en finisse.
   Peu rassuré, le chevalier regarda Laruto avec nervosité quand elle appliqua sa paume sur son front et ferma les yeux. Elle psalmodia quelques paroles occultes, et soudain il eut la sensation terrible que le sol se dérobait sous lui, le plongeant dans des abysses de ténèbres infinies. Il poussa un cri qui se perdit dans la nébuleuse. Sa chute devenait de plus en plus rapide, il voyait au loin le scintillement d’étranges étoiles rouges, bleues ou blanches. Des lueurs clignotaient autours de lui, puis tout disparut lorsqu’il heurta avec rudesse un sol. Le souffle coupé, il toussa pour se défaire de la poussière qui était entrée dans sa bouche, et roula sur le dos en gémissant. Au dessus de lui, il n’y avait que le noir. Impénétrable, horrible.
   Le chevalier se remit debout, rassuré de voir que son épée battait toujours son flanc. Mais quelque chose n’allait pas. Malgré l’absence évidente de source lumineuse, il n’avait aucune difficulté à voir l’étroite corniche de terre brune sur laquelle il se trouvait, flanquée à gauche et à droite d’un précipice sans fin. Levant la main devant son visage, il constata que des bandes d’ombres évoluaient lascivement à la surface de sa peau nue. Paniqué, il essaya de s’en défaire, mais sans succès. Il attendit nerveusement pendant quelques minutes, mais comme rien ne se passait, il en déduisit que ce devait être un effet du « monde de l’esprit ».
   Essayant de ne plus y penser, il se concentra sur son environnement, une main sur le pommeau de son arme. La corniche continuait aussi loin que portait son regard devant et derrière lui, disparaissant dans les ténèbres. Mais sur le côté qui lui faisait face, il avait l’impression de voir le halo extrêmement ténu d’une lueur dorée, très loin. Il se mit en marche, et bientôt ses pas se transformèrent en foulées qui se transformèrent à leur tour en course effrénée. Il avait le sentiment oppressant d’une présence, quelque part, qui l’observait et le suivait. Pourtant, chaque fois qu’il jetait un regard derrière lui, il ne voyait que la mince bande de terre brune. Affreusement sans fin.
   La lueur se fit de plus en plus forte à mesure qu’il avalait les mètres, sans aucun effort. Au bout d’un moment, il se rendit compte que la lumière provenait de Feena. La guerrière marchait devant lui sur le rebord de la corniche, les bras tendues en T comme une équilibriste. Elle tanguait, et sa démarche n’avait rien à voir avec l’assurance des acrobates. Elle donnait l’impression de pouvoir basculer à tout moment, et instinctivement Mikau comprit que si cela devait arriver, il la perdrait, pour toujours.
   Elle était vêtue d’une courte armure à jupette faite d’une sorte d’or orangé, et qui produisait la lumière. Cette lumière ne parvenait cependant pas à éclairer quoique ce fut au-delà du périmètre de la corniche. Mikau s’apprêta à l’appeler, mais il se retint lorsqu’il vit, sans comprendre, la Lame Purificatrice qui battait le flanc de la guerrière. Il savait que tout ceci n’était pas réel, n’était qu’un monde imaginaire fait des rêves et des pensées de Feena. Mais pourtant. Voir l’arme sacrée ici et de cette manière l’ébranla.
   -Dame Feena, cria-t-il.
   L’interpellée stoppa sa progression et, lentement, se retourna en prenant des précautions infinies.
   -Qui est-là?, répondit-elle en plissant les yeux.
   -C’est moi. Mikau. Mikau Zora?
   -Mikau? Par vos satanées Déesses, que faites-vous ici? Cela fait une éternité que j’erre sur ce foutu chemin, et je n’avais encore rencontré âme qui vive.
   -C’est…. Et bien… C’est compliqué. Je vous expliquerai tout, c’est une promesse, mais il faut d’abord que nous sortions d’ici, si vous le voulez bien.
   -Où sommes nous? Et… Que vous arrive-t-il?
   -Comment cela? Je ne comprends pas.
   -Regardez vos mains
   Mikau s’exécuta, pour constater avec effroi que les ombres qui le recouvraient gagnaient en intensité, lui faisant comme une seconde peau. Il sentit sa peur croître dans son cœur, gonfler, devenir tangible et jaillir de lui.
   -Mikau! Mikau ne partez pas! Revenez! Mikau!, criait Feena, quelque part, loin.
   Mais le chevalier ne l’entendait pas. Ses yeux agrandis par l’angoisse et la terreur contemplaient fixement une porte, terriblement familière. Il se trouvait dans un couloir à l’atmosphère si froide et suintante que même les innombrables torches fixées dans les appliques murales ne parvenaient à réchauffer les pierres humides.
   Comme dans un rêve, ou plutôt comme dans un cauchemar, il vit son poing s’élever dans les airs, hors de son contrôle, et frapper deux fois au battant.
   -Oui?, demanda une voix grave depuis l’autre côté. Qui est-ce?
   -C’est moi, mon seigneur. Mikau, s’entendit-il répondre avec une voix qui ne lui appartenait pas.
   -Ha. Entre.
   C’était une pièce relativement modeste. Guère plus qu’une étude. Un vaste bureau en occupait la majeure partie, et des étagères pleines de livres s’étalaient sur les murs. Seule une unique fenêtre permettait d’amener la lumière en journée, mais pour l’heure il n’y avait qu’une bougie allumée, laissant le bureau dans une pénombre épaisse.
   Lord Hamon, Zora par alliance, était penché au dessus d’une large carte de la région, fourrageant dans sa foisonnante barbe d’une main distraite. Un pli soucieux barrait son front autoritaire et ses moustaches soignées frissonnaient sous l’effet d’un agacement croissant.
   -Qu’est-ce qui peut bien t’amener ici à une heure aussi tardive, Mikau?, questionna-t-il sans même accorder un regard à son interlocuteur. Peut-être as-tu enfin trouvé une solution pour endiguer ces raids incessants sur nos villages? Quel dommage que ce soi-disant « Héros » n’ait pas encore daigné amener ses barbares dans nos parages ; ils nous seraient bien utiles pour exterminer leurs congénères riverains.
   Mikau ne savait que trop bien ce qui allait suivre. Il voulait fermer les yeux, partir, crier, mais il était tétanisé, impuissant à arrêter l’inéluctable.
   -Non, mon seigneur. Je n’ai pas encore trouvé de solution ; s’il y en a une. Quoiqu’il en soit, ce n’est pas pour parler de ça que je suis venu vous voir.
   -Tiens donc?
   Hamon se redressa pour toiser son capitaine de la garde.
   -Puis-je savoir de quoi il retourne, dans ce cas?
   Mikau prit une profonde inspiration en serrant le poing. Il sentait sa colère d’alors ressurgir doucement en lui, pendant qu’il faisait ainsi face à son beau-frère et seigneur.
   -Ma sœur, grinça-t-il.
   -Et bien quoi, votre sœur? Abrégez, Mikau. J’ai des responsabilités, moi.
   -Vous l’avez encore frappée.
   Hamon éclata de rire, son embonpoint rebondissant en tressautant.
   -Bien sûr que je l’ai frappée. Cette greluche idiote m’exaspère. Je l’ai frappée, et je la frapperai encore à l’avenir, car j’en ai tous les droits. Elle est ma femme, et donc ma possession légale, avant d’être votre sœur, chevalier.
   Mikau serra si fort le poing que ses ongles mal coupés firent couler un peu de sang dans ses paumes.
   -Osez porter encore une fois la main sur elle, et je jure que…
   -Que quoi?, le coupa vertement Hamon en retrouvant tout son sérieux et sa gravité. Essayez ne serait-ce que d’élever le petit doigt sur moi, et je vous ferais flageller en place publique avant de m’emparer de votre tête pour décorer la cheminée de la Grande salle. Vous ne m’êtes rien Mikau. Guère plus qu’un chien qui a tendance à aboyer un peu trop fort. Votre sœur m’appartient, votre terre ancestrale m’appartient. Vous n’êtes qu’un indésirable nuisible que je garde pour que votre idiote de sœur me laisse la paix et cesse de gémir. Retournez chialer dans les bras de votre catin muette dégénérée, et songez à rester hors de ma vue le plus longtemps possible. C’est dans votre intérêt. Maintenant, sortez, ou par les Trois je jure que je vous fais jeter au cachot.
   Le cœur dévoré par la rage, tremblant de haine, la vision aveuglée par des éclairs incandescents, Mikau se détourna et marcha d’un pas raide vers la porte… qu’il ne franchit pas, mais qu’il repoussa sans un bruit. Lorsqu’il fit de nouveau face au seigneur Zora, ce dernier s’était de nouveau intéressé à l’étude de sa carte.
   Le chevalier franchit la distance qui les séparait en deux pas énergique. Puis, tirant sa dague de ceinture, il en planta l’extrémité avec une force décuplée par la rage dans le dos de son seigneur souverain. Il asséna un deuxième coup, puis un troisième, et un quatrième, sourd aux cris d’agonie de sa victime et insensible au sang qui l’éclaboussait.
   -Vous parlez trop Hamon. Trop pour votre intérêt. Vous avez osé frapper ma sœur, vous avez osé dénigrer ma femme. Vous allez me le payer, je vais vous le rendre au centuple! Vous m’entendez?!
   Mikau se mit à tourner sa lame dans une plaie, partagé entre un sentiment croissant d’exaltation et celui, plus ténu, d’une horreur grandissante.
   -A moi! La Garde! On m’assassine, essaya de crier Hamon.
   -Silence, porc! Ma famille n’a plus besoin de vous. Mais ne vous inquiétez pas, je saurai diriger ma terre ancestrale, et bien mieux que vous n’auriez jamais pu espérer le faire.
   Le chevalier, succombant à une hystérie sanglante, frappa encore une fois, puis deux, jusqu’à ce que le corps chaud et poisseux de sang se changeât tout à fait en cadavre moite qui glissa lentement jusqu’à terre. Alors le Mikau du passé resta debout, interdit, frappé de stupeur en réalisant la portée de son acte, les conséquences que  cela impliquait, et la jubilation qu’il avait ressenti à assassiner Hamon ; tandis que le Mikau du présent, piégé dans cet écho de son plus noir souvenir, souffrait mille morts de la réminiscence violente de ce fragment de son histoire.
   Il en était là, indécis quant à la marche à suivre, lorsque il entendit des pas dans le couloir.
   -Père?, appela la voix ensommeillée de Lars, dont la tête commençait à apparaître dans l’encadrement de la porte. J’ai entendu du bruit, et je me demandais si…
   Pris de panique, Mikau s’élança à travers la pièce et se jeta, tête la première, contre la fenêtre, faisant éclater le verre sous l’impact. Le froid le cueillit avec rudesse, et il n’osa crier tandis que sa chute toujours plus rapide lui faisait frôler les dures falaises de Château-L’Hylia, toujours plus vite, le précipitant vers une mort certaine dans les eaux glaciales et d’un noir absolu qui clapotaient là en bas.
   Le lac referma sur lui son étreinte avec une rage et une violence qui n’avaient pas à rougir de celles qu’il avait éprouvées quelques minutes plus tôt. Le froid intense se propagea presque instantanément à travers ses os, l’engourdissant. Il sentit sa dague lui échapper, sombrant dans les abysses, emportant la seule preuve de son crime, de son parjure. Mikau ferma les yeux, laissant la mort glacée l’emporter. Il entendit un rire dans le lointain, déformé par les eaux du lac. Il laissa sa conscience s’éteindre petit à petit, le délivrant de ses souvenirs et de sa honte…
   Quand soudain une main frénétique le saisit, qu’une agitation dérangeait l’onde noir à son côté. Il fut remonter à la surface, où il cracha de l’eau en reprenant subitement conscience. Il n’était plus sur l’Hylia, mais ailleurs, dans cet endroit horrible qui git quelque part entre les dimensions, cet anti-chambre du cosmos infini où la réalité se fond avec le rêve.
   Les eaux ténébreuses se mélangeaient avec un ciel plus noir que le noir, où nulle étoile n’osait briller, de crainte d’éclairer ce que se tapissait ici, à la périphérie de la vision, ces formes inquiétantes et menaçantes qui évoluaient sous l’eau, frôlant Mikau. Mais il y avait autre chose ; une chose bien plus terrible.
   Et tandis que le rire éclatait à nouveau dans les ténèbres, moqueur, les yeux fatigués du chevalier crurent distinguer les escarpements aigus et cruels d’une montagne de noirceur tapie dans les recoins du ciel. La masse bougea. Et c’était une montagne en marche ; une montagne à face de porc. C’était un être issu de l’espace et des étoiles, venu de par delà les âges pour amener la ruine dans le royaume des Hommes.
   Et pendant qu’un cri d’agonie infinie jaillissait de la gorge de Mikau, accompagné de larmes glaçantes, l’Être s’ébroua, monolithique. Une main qui aurait pu contenir une constellation dans sa seule paume se tendit, avec l’inexorable force du Temps lui-même, vers le chevalier.
   -Ne le regardez pas!, criait quelqu’un, une voix qu‘il connaissait. Ne le regardez pas! Restez avec moi chevalier, détournez vous, écoutez ma voix. N’abandonnez pas! Tant que vous résisterez, il ne pourra pas vous atteindre! Alors de grâce, pour notre salut, luttez!
   Mikau ferma les yeux un bref instant, et quand il les rouvrit il flottait dans une nébuleuse étoilée. Un escalier d’une hauteur vertigineuse grimpait vers les nuées devant lui, et il l’emprunta. Il marcha longtemps, l’esprit vide et le cœur en paix. Lorsqu’il grimpa l’ultime degré, il se retrouva devant deux portes.
   Celle de droite ouvrait sur un chemin pavé bien droit sur lequel on avait déroulé un tapis rouge. Au bout de l’allée, il se voyait lui-même sur le trône d’Hyrule, la couronne sur le chef. Il irradiait le pouvoir, et il vit des dizaines de personnes autour de lui, l’adorant, l’aimant, exécutant toutes ses volontés. Mikau comprit que s’il empruntait ce chemin, il aurait enfin droit à ce qu’il méritait depuis tant de temps. Pourquoi devrait-il servir, alors qu’il était taillé pour diriger? Pourquoi devrait-il exécuter les basses-œuvres, alors qu’il avait le potentiel et l’intelligence pour donner les ordres?
   La porte de gauche avait un aspect pitoyable, tenant à peine sur ses gonds rouillés. Elle s’ouvrait quant à elle sur un chemin sinueux et rongé par les ronces. Au bout cette allée-là, il y avait des ombres. L’ombre des grands hommes qu’il devait servir. L’ombre des hommes dont il devait fonder la légende, au détriment de la sienne. Un œil éploré avait été gravé sur le linteau de cette porte, et il semblait regarder Mikau avec un air de défi. Mikau comprit que s’il empruntait cette voie, il serait condamné à jamais à servir, à faire les besognes d’autres, à rester en retrait et devenir un laquais.
   Ce n’était pas digne de lui. Sans une hésitation, il se dirigea vers la droite. Mais alors qu’il s’apprêtait à franchir le seuil, il trébucha sur un petit objet. Intrigué, il se pencha pour le ramasser. C’était une dague. Une dague couverte de sang frais. Mikau poussa un cri et la lâcha précipitamment lorsqu’il reconnut l’arme avec laquelle il avait sauvagement assassiné son seigneur. Relevant les yeux, il constata que son double couronné l’observait avec un sourire malsain. Des ombres épaisses rampaient sur sa peau, comme des vers répugnants, et les hommes et les femmes qui se courbaient devant lui en signe de soumissions avaient l’apparence de cadavres damnés.
   Mikau recula d’un pas. Quelle folie avait bien pu l’habiter, qu’il ait pu croire un instant pouvoir prétendre à quoi que ce soit? Il n’était qu’un vulgaire assassin. Non, pire, un parjure. Il était la honte de sa famille, un criminel qui ne méritait rien d’autre que le billot. Il n’avait aucun droit à prétendre gouverner le Royaume. Il ne pouvait que le servir, mettre pleinement sa vie à protéger le roi et le peuple, pour se racheter.
   Déterminé, Mikau franchit la porte de gauche sans un regard en arrière, sans un regret. Il s’était forgé son propre destin. Il était enfin venu le temps de l’assumer.
   -Ser?
   Une main le secouait doucement. Mikau ouvrit les yeux, l’esprit embrumé. C’était Roy Sanks qui se tenait penché vers lui, le front barré d’un pli soucieuse.
   -Ser? Vous m’entendez?
   -Oui, oui. Que se passet-il?
   -Vous vous êtes évanoui, pour une bonne minute au moins.
   -Evanoui?
   Le Zora se frotta les yeux et se redressa, portant un regard groggy autour de lui. D’abord confus, les souvenirs lui revinrent petit à petit. Il reconnaissait la chambre, il reconnaissait la femme qui dormait sur le lit. Quelque chose avait changé chez Feena. Outre l’air apaisé qui avait remplacé ses mimiques de douleur, ses cheveux avaient repoussé comme si des années s’étaient écoulées depuis qu’elle eût été brûlée. Ils s’étendaient sous elle comme une cape chatoyante parée de couleurs rougeoyantes et vives, se déroulant jusqu’au sol par-dessus le lit. Ses sourcils également avaient reparu. Plus longs, plus épais et plus broussailleux. Etrangement, loin de l’enlaidir, ils renforçaient son côté sauvage. Mikau déglutit devant une telle beauté.
   -Ai-je… Avons-nous réussi?, demanda-t-il d’une voix encore fébrile.
   -Il est encore trop pour le dire, lui répondit dame Laruto avec un sourire tranquille. Mais j’ai bon espoir.
   -Bien…
   Quelques souvenirs troubles de ses récentes et oniriques aventures revenaient à Mikau, douloureux, troublants, effrayants. Machinalement, il se caressa le flanc droit, où était tatoué l’œil éploré, symbole de son appartenance au Sheikah.
   -Quel que chose de ne va pas?
   -Non, tout va bien, ser. Je suis encore un peu… confus. Quelle est la suite des opérations?
   -Lord Dorf rassemble tous les hommes d’armes qu’il peut trouver. Nous prendrons le Consortium d’assaut au petit matin.
   -Parfait. Je n’ai qu’une hâte. J’ai des comptes à régler…
   -Moi aussi, annonça Feena qui se réveillait juste alors.
   Elle essaya poussivement de se dresser sur ses coudes, mais Mikau la contraignit à se rallonger.
   -Madame! C’est une joie de vous revoir parmi nous! Mais vous ne devriez pas forcer comme cela.
   -Ser Mikau a raison, madame, renchérit dame Laruto.
   -Bah! Je vais bien. Donnez moi quelques minutes, et je serai fin prête à trancher du barbu.
   L’entrain de la guerrière arracha un sourire à son assistance.
   -Je n’en doute pas un instant.
   -Je suis… heureux de vous savoir saine et sauve, Feena, déclara ser Roy.
   -Je ne sais pas si j’en suis aussi heureuse en ce qui vous concerne, mais il en tout cas surprenant de vous revoir sain et sauf, Chien. Ces légendes sur votre épée magique ne sont peut-être pas si fondées que ça, après tout.
   -Ser Roy est d’une vigueur exceptionnelle, intervint ser Mikau pour tenter de désamorcer une querelle.
   -Roy?
   -Je vous expliquerai.
   -Le Conseil ne va pas tarder à débuter, s’excusa ser Sanks. Je dois prendre congé. Mikau, retrouvez nous lorsque vous vous sentirez prêt.
   -Ne m’attendez pas.
   Le Sheikah attendit qu’ils soient sortis pour tourner la tête vers Feena et lui décocher un sourire.
   -Content de vous revoir parmi nous, moi aussi.
   -Et moi donc… soupira la guerrière en fixant le plafond. Je suppose que je dois vous remercier. Vous m’avez sauvé la vie. Deux fois.
   -Non, ce n’est pas nécessaire. Je… C’est de ma faute si vous vous êtes retrouvée dans cet état.
   -J’en doute.
   -De quoi doutez-vous?
   -Que ce soit votre faute.
   -Et bien si j’avais eu l’intelligence de prévoir cette attaque du Consortium, vous n’auriez pas eu à subir ces…
   -Quand bien même, si vous aviez pu prédire cette attaque, cela aurait-il sauvé le Roi? Pouviez-vous prévoir cette trahison?
   -Et bien je…
   -Je vais vous le dire moi : non, vous ne pouviez pas. Alors cessez de vous tourmenter pour chaque erreur que vous faites. Vous êtes un homme exceptionnel Mikau. Ne vous gâchez pas avec pareille considérations.
   Ils s’observèrent dans les yeux pendant une longue minute, sans mot dire.
   -Bien. Je suppose que nous nous verrons demain ; au petit matin.
   -Au revoir Mikau.
   -Au revoir, ma dame.
   Mikau sortit de la pièce le cœur à la fois léger et lourd. Allégé par les propos de la guerrière, mais alourdi car il savait que, quelle qu’ait été la monstruosité qui avaient hanté son périple dans l’esprit de Feena, elle se cachait dans les entrailles du Consortium.
   

    



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La Tour du Rouge : Triangle de Haine - Chapitre III.
« Réponse #211 le: mardi 29 novembre 2011, 16:53:57 »
Ayé, j'ai enfin luuuuu !! Et j'aime toujours autant !!!

Mais par contre, je suis au taf, donc je vais pas trop me permettre un post détaillé, juste whaaa, c'est très fort ce qui se passe. Bravo.

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« Réponse #212 le: vendredi 04 mai 2012, 23:21:45 »
Fichtre, "attention, il n'y a pas eu de réponse à ce sujet depuis au moins 120 jours." Effectivement, c'est pas mal poussiéreux dans le coin.

L'occasion donc de venir souffler un petit coup de neuf sur cette chère vieille tour, en te remerciant au passage, Doutch, pour ton dernier commentaire.  :^^:


Je vous présente mon faussement nouveau projet littéraire (puisque commencé depuis plus d'un an, bien que je n'ai réellement mis les mains dans le cambouis que depuis peu) : La Route du Nord. C'est une histoire que j'ai prévue relativement courte (Une dizaine de chapitres, peut-être un peu plus), et dans laquelle on s'attache à suivre les pérégrinations de Vizamir et Skelda de Skarg, de l'Orientir décimée jusqu'aux pavés monolithiques de la légendaire Route du Nord, en quête de... en quête de quoi, d'ailleurs? Difficile à dire, puisqu'il semblerait qu'eux-même ne le sachent pas vraiment.

Attrapez un chaud manteau, de quoi vous défendre, et venez affronter la Route...

Bonne lecture!


______________________________



-La Route du Nord-


Premier Voyage :
Le Sang Hurlant


Prologue


   Des mains épaisses la saisirent. Avant même que son esprit embrumé ne prenne conscience de son éveil, son poing s’envola et s’abattit sur une surface dure qui implosa dans un craquement et un grognement sourd. Un concert de cris et de jurons emplit l’espace confiné de la tente de peau tandis que d’autres mains s’agrippaient à ses épaules, entravaient ses bras, la ceinturaient, l’extirpaient de l’amas de fourrures dans lequel elle dormait avec sa conquête de l’avant-veille.
   Skelda ouvrit les yeux. Une demi douzaine d’hommes, ses hommes, s’échinaient à la trainer au dehors. L’un d’eux gisait au sol, se tenant la mâchoire en pleurant. Un autre tira un long couteau et égorgea la femme dont Skelda s’était repue la nuit précédente. Elle rivait sur son assassin un regard incrédule et terrorisé. Son sang clair se mit à sourdre, souillant les fourrures.
   Skelda essaya de se débattre. Un soudard lui décocha un coup de poing dans l’abdomen dont la violence la courba en deux, le souffle coupé. Le rabat de la tente fut soulevé et la lumière du jour l’aveugla. On la poussa brutalement, et elle s’affala en avant dans la boue. La bise mordante de l’aube lui glaça les os, transperçant sa peau nue. Tremblante, elle se redressa tant bien que mal et jeta un regard à la ronde.
   Une cinquantaine de guerriers formait un cercle autour d’elle, et au centre se tenait Björn, son lieutenant. Sa barbe broussailleuse voletait dans le vent, de même que ses cheveux grisonnants. Vêtu d’une armure de cuir et de maille, il dévisageait Skelda de ses petits yeux gris et froids, les pouces glissés dans son ceinturon.
   -Björn, cracha Skelda d’une voix rauque. Qu’est-ce que cela signifie?
   -Cela signifie, Khorlä, qu’à partir d’aujourd’hui je dirige ce Froëdar.
   -Par la Malemort, un duel? C’est ça que tu veux?
   -Oui, Khorlä. C’est cela que je veux.
   Pour illustrer son propos, Björn s’empara de l’épée courbe à sa ceinture et du bouclier rond maintenu dans son dos par un baudrier.
   -Une arme!, rugit Skelda, ivre de fureur.
   On lui jeta un bâton. Une stupide branche d’arbre grossièrement droite, ferrée d’aucun côté. L’écorce non taillée était raide et rêche et lui écorcha la paume quand elle s’en saisit. Elle fusilla les guerriers du regard mais aucun ne fit mine de lui tendre une arme digne de ce nom. Ils étaient trop occupés à la dévorer des yeux, s’imaginant sans doute en train de lui mordiller ses tétons rougeâtres durcis par le froid ou fourrageant dans sa toison pubienne d’or et de sang exposée à leur vue.
   -Björn!
   Une voix souffreteuse s’éleva dans le cercle et Fargson se fraya un chemin tant bien que mal. Le vieux prêtre émacié flottait dans sa robe grise en haillons et haletait abondamment, comme si le simple fait de se trouver là lui coûtait un effort important.
   -Björn, répéta-t-il, non sans avoir jeté un regard brûlant au corps de Skelda. Björn, donne lui une arme de fer. Autrement, tu offenserais les dieux, par un faux duel.
   -Je n’ai que faire de tes dieux, prêtre. A un chien, on donne le bâton. Il en va de même pour les chiennes.
   Fargson s’empourpra tandis que les soudards s’esclaffaient.
   -Alors, sinon pour les dieux, fais le au nom de ce qu’elle nous a apporté.
   -Et que nous a-t-elle apporté? Certes nous avons pillé et violé plus que n’importe quel autre Froëdar. Et après? Nous n’avons eu de cesse de saccager toutes les terres que nous foulions, laissant derrière nous des carcasses de cités que nous aurions pu gouverner et incendiant de bonnes terres que nos serfs auraient pu cultiver. Et maintenant que la moitié des nôtres a péri, cette folle sanguinaire veut nous conduire à la mort en s’attaquant à Ikerias, la ville même de l’Empereur Valter. Tout cela, au nom de sa gloire. Nos chevaux croulent sous les richesses. Je dis assez. Rentrons chez nous.
   Skelda l’avait écouté monologuer, enrageant de se faire reprocher ce qui lui avait valu son nom et son commandement. Elle cracha par terre, pleine de mépris.
   -Alors vous n’êtes que des pleutres, et c’est avec joie que je vous enverrai tous rejoindre Lorshak en sa Demeure.
   Elle chargea en poussant un cri de guerre. Mais engourdie par le froid, ses pieds glissant dans la boue, sans arme (ou peu s’en fallait), et face à un adversaire aguerri et bien équipé, elle avait perdu avant même que le combat ne fusse commencé. Björn écarta la pointe du bâton de son bouclier et accueillit la charge d’un ample mouvement du poignet. Skelda distingua un éclair d’acier miroitant puis sentit la lame mordre à pleines dents dans le côté droit de son visage. La douleur était intolérable ; le sang, son sang, était chaud en s’écoulant vigoureusement et en fumant sur sa peau.
   Elle s’effondra sur le dos, se tenant le visage des deux mains et hurlant à la mort.
   -Jetez la au bas de la colline, entendit-elle Björn. Les loups se repaîtront d’elle.
   -Björn, intervint la voix du prêtre, lointaine. Un duel doit s’achever par une mort. Les dieux l’exigent!
   -Regarde la, prêtre. Elle est déjà morte.
   Des mains la saisirent à nouveau et la soulevèrent du sol, tandis que ses cris mourraient dans sa gorge et que le monde devenait soudain entièrement noir.


Merci d'avoir lu!
« Modifié: vendredi 04 mai 2012, 23:27:49 par Great Magician Samyël »

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La Tour du Rouge : La Route du Nord - Prologue.
« Réponse #213 le: dimanche 06 mai 2012, 17:11:20 »
Je n'avais jamais pris le temps de venir par ici, lire tes oeuvres et encore moins commenter le tout. Je m'aperçois aujourd'hui que j'ai manqué beaucoup de choses.

Que dire de ce prologue ? Il est court, certes, et c'est sans doute ce qui m'a poussé à prendre quelques minutes pour le lire, mais ça a eu le mérite de retenir toute mon attention. Et sinon, quoi ajouter de plus, à part que j'ai adoré ce petit texte. L'action commence dès le début, et même si je n'ai pas lu tes précédentes fictions, ça m'a séduite et compte sur moi pour suivre ça de près. Il faudra d'ailleurs que je rattrape mon retard, un soir, avec une thermos et une couverture...

Enfin bon, si cela peut te motiver à mettre un peu plus les mains dans le cambouis, je t'encourage à continuer tout cela et de nous mettre la suite au plus vite. Et ne pas laisser ton topic plus de 120 jours aussi.  :-*
Award #1 Award #2 Award #3
Citation de: Rictus McNatret
Krystal, tu es la plus adorable pedobear du monde.
Citation de: Un paysan
20:29:59 ‹D_Y› j'ai jamais vu quelqu'un de plus machiavélique que toi
20:30:04 ‹D_Y› hannibal lecter à côté c'est chompir

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La Tour du Rouge : La Route du Nord - Prologue.
« Réponse #214 le: dimanche 06 mai 2012, 19:13:13 »
Le soir où tu as posté ce prologue, je l'ai lu d'une part par curiosité et aussi parce qu'il était bref et que du coup ça allait pas me bouffer trop de temps. Je ne l'ai pas regretté.
Bon c'est toi tout craché : des barbares puant le sang et la sueur, des scènes plutôt chaudes (quoique le coup du sexe deux femmes, tu nous l'avais jamais fait, aussi loin que je m'en souvienne), un duel, du langage cru aussi raffiné qu'une hache émoussée.
Ça promet, même s'il est un peu difficile de se faire une idée bien précise de ce que tu nous réserve. En tout cas, sois assuré que je serai plus assidu que je ne l'ai été dans le passé. Tout ce que je peux espérer c'est que ce nouveau projet ne rejoindra pas la liste de tes projets en suspend.

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La Tour du Rouge : La Route du Nord - Prologue.
« Réponse #215 le: lundi 07 mai 2012, 00:40:47 »
Wow, des gens, ça me fait super plaisir. :^^:

Boobstalinette ==> Merci d'être passée, ça me fait bien plaisir. :) Si tu souhaites te plonger dans les entrailles de la Tour, je ne peux que te conseiller de commencer par Triangle de Pouvoir, c'est, je pense, ce que j'ai produit de plus abouti, tant sur la forme que sur le fond, et il a l'avantage d'être achevé. En sus c'est aussi ce qu'il y a de plus récent, donc de plus "actuel" j'ai envie de dire. Bref, en espérant te revoir, et encore merci!

Raph ==> Ha! Je suis très heureux de te revoir dans le coin! :) Je suis bien content en tout cas que ce prologue t'ait plu, et j'espère que la suite ne te décevra pas. J'ai de bons espoirs quant à l’achèvement de ce projet, puisque l'histoire sera relativement courte, et que je sais déjà où je vais et comment. Bref, au plaisir de te revoir dans le coin, et merci pour ton passage.  :^^:

Sur ce, le début du premier chapitre. J'ai décidé, contrairement à mes précédentes publications, de morceler les chapitres, d'une part pour proposer des textes assez courts donc plus agréables à lire, je crois, et d'autre part pour ne pas grignoter mes réserves trop vite. (Puisque j'ai tendance à publier plus vite que je n'écris.)

Voilà, je n'en dis pas plus, et vous souhaite une bonne lecture!


______________________________



Chapitre premier :
La potence.
-1ère Partie-




   Des cris tirèrent Vizamir de sa somnolence. Des exclamations exaltées, en provenance de la minuscule place du village, faisaient vibrer les vitres crasseuses à côté de lui. A l’intérieur de l’auberge, les rares clients se précipitèrent dehors, avec l’aubergiste, qui ne jeta pas même un coup d’œil méfiant à l’étranger.
   Intrigué, Vizamir finit sa bière de houblon insipide et, passant son long arc en bandoulière, sortit à son tour, resserrant sa pelisse en fourrure de loup sur ses épaules maigres. Le ciel n’était qu’un amas confus de teintes de gris et de blanc, où des flocons épais et tenaces virevoltaient paresseusement, transformant petit à petit le sol en boue épaisse et salissante. Vizamir ignorait le nom de la bourgade, mais elle comportait une vingtaine de bâtisses, dont deux en pierres de construction -l’auberge et le temple- dans le style impérial le plus pur. Ces bâtiments abritaient une centaine d’âmes humbles, des fermiers pour la plupart ainsi qu’un forgeron à moitié aveugle et trois miliciens gras et épuisés qui n’avaient certainement jamais dû user de leurs glaives.
   Le village rappelait à Vizamir la centaine d’autres, similaires, qu’il avait déjà eu la « chance » de visiter en parcourant la campagne impériale. Morne, gris, froid et pouilleux. En temps ordinaires, les autochtones essayaient de lui faire la peau pour le détrousser, mais depuis que la famine et la guerre ravageaient conjointement le sud d’Ikerias, la simple vue de ses longues dagues et de son arc bien huilé suffisait à décourager les plus vindicatifs. Alors ils se contentaient d’accepter son or sans rechigner, non sans lui jeter des regards effarouchés -mais ça, il en avait l’habitude.
   Tous les habitants s’étaient rassemblés, vieux, femmes, enfants, travailleurs, autour d’un simulacre d’estrade où l’on avait installé une potence grossière. Deux miliciens tiraient un jeune enfant, terrorisé et en pleurs, par les bras, tandis que le capitaine observait la foule depuis l’estrade, remontant régulièrement ses braies que son ceinturon défraîchi ne parvenait plus à maintenir. Ses petits yeux chafouins s’arrêtèrent sur le garçon, et sa langue baveuse pourlécha ses lèvres bleuies par le froid. Ses moustaches luisaient de crasse, de part et d’autre de sa bouche molle.
   Des cris déchirants firent écho à l’excitation de la foule. Une femme en pleurs fendit la cohue et se jeta au pied du capitaine. Elle était plutôt avenante, pour le trou perdu dans lequel elle vivait, mais les bleus sur son visage et ses bras indiquaient assez que cela devait plus être un fardeau qu’un avantage.
   -Julius, je vous en conjure!, sanglotait-elle en lui baisant les pieds. Ne faites pas ça, il n’a rien fait, rien fait de mal!
   -Le citoyen Acromius l’a vu revenir de la forêt, les mains pleines de sang frais.
   -Vrai que je l’ai vu, ce sale petit démon, s’époumona l’intéressé. Aussi vrai que je vous vois maintenant. Ses yeux brillaient et il souriait comme un coquin satisfait d’son méfait.
   Le capitaine se tourna vers le garçon, qui avait déjà la corde au cou. Il tremblait, et ce n’était pas à cause du froid. Il lançait des regards suppliant à sa mère.
   -Qu’as-tu à dire pour ta défense, mon garçon?
   -C’est un mensonge!, gémit-il. Je peux expliquer!
   -Alors fais vite.
   -Je suis parti chasser dans la forêt, ça c’est vrai. Mais y avait une femme en bas de la colline Palantin. Elle était nue, et son visage saignait. C’est pour ça, le sang, je le jure, pitié!
   -Mensonge, cria quelqu’un dans la foule. Moi je dis que c’était un démon qu’il a vu, et qu’il commerce avec. Tout le monde sait que c’était un sorcier, son père au gamin. Il a ça dans le sang.
   Le reste du village approuva avec force cris, sans porter la moindre attention aux pleurs de la mère. Le capitaine Julius se caressait distraitement les moustaches, comme si tout ceci l’ennuyait profondément et que ce n’était pas son problème.
   -Je suis désolé, Shandra, finit-il par déclarer après un temps de réflexion. Mais les faits sont accablants. Messieurs.
   Les deux miliciens commencèrent à tirer sur la corde, et après un à-coup, celle-ci se serra étroitement autour du cou du garçon et il fut soulevé de terre, cherchant avidement de l’air, les yeux exorbités. La foule cria son assentiment, certains allant jusqu’à jeter des poignées de boue à moitié solide. Le supplice dura quelques interminables secondes, avant qu’une nouvelle voix, forte et claire, ne s’élève.
   -Attendez, capitaine Julius.
   Un vieil homme souriant se matérialisa devant l’estrade. Il claudiquait et s’aidait d’une canne mais son riche vêtement pourpre le désignait comme un prêtre du Temple. Les deux miliciens lâchèrent la corde et l’enfant s’écrasa face contre le bois, se recroquevillant en cherchant goulument son souffle.
   -Mon père, s’inclina Julius en lui baisant le dos de la main, c’est un honneur de vous avoir parmi nous.
   -Ce n’est rien, mon fils. Il est de mon devoir d’aider les valeureux qui combattent le Mal… quelles que soient les formes qu’il prend.
   Il jeta un regard sévère au supplicié.
   -La pendaison, c’est le sort réservé aux criminels. Il existe d’autres châtiments, pour ceux qui commercent avec les démons. Des châtiments qui plaisent au Panthéon, et éloignent le Mal.
   -Nous sommes Ses serviteurs, s’inclina à nouveau le capitaine, visiblement mal à l’aise. Que préconisez-vous, mon père?
   -La lapidation face aux murs du temple lavera son âme de sa souillure, prophétisa le prêtre.
   Il n’en fallait pas plus à la foule pour devenir hystérique. Comme une vague, elle s’abattit sur le garçon et l’emmena en direction du haut bâtiment de pierre, à l’extrémité du village. Julius les suivit peu après, avec un soupir. Seul s’attarda le prêtre, un sourire sur le visage. Vizamir se passa une main dans les cheveux, un arrière-goût amer dans la bouche. Il ne s’habituerait sans doute jamais à la stupidité des paysans, leur cruauté, et la bassesse d’âme dont étaient capable les humains. Et que dire de leurs religions, songea-t-il en voyant le prêtre claudiquer vers lui.


Merci d'avoir lu!
« Modifié: lundi 07 mai 2012, 00:49:58 par Great Magician Samyël »

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La Tour du Rouge : La Route du Nord - Chap 1 (1ère Partie)
« Réponse #216 le: lundi 07 mai 2012, 20:04:26 »
Ravi de voir que tu y mets autant d'enthousiasme. En plus le format est idéal, ça se lit rapidement mais il se passe tout de même des choses.
On suit donc Vizarim, un personnage bien énigmatique, et à travers son regard on voit à quel point le nouveau monde dans lequel tu nous plonges est aussi pourri que le royaume de Danemark, comme d'hab', j'ai envie de dire. Quoique tu fais assez fort cette fois-ci.
Je suis toujours épaté par ta capacité à t'enfoncer toujours plus loin dans le glauque : des miliciens ventripotents, un chef de la garde qui a les mains aussi propre que celles de Ponce Pilate, une femme sur lequel tout le village doit être passé (bravo l'image de la femme) et un pauvre gamin que l'on pend haut et court. Bon, je te concède que les maltraitances sur des gosses, tu avais déjà expérimenté avec le Cycle du Rouge, mais le pire reste à venir.
Quand le prêtre arrive, lumière d'espoir : un peu de sagesse dans ce monde d'obscurantisme. Je me dis que le mouflet est sauvé. J'aurais sûrement me douter de la suite, on est dans du GMS, tout de même : le prêtre enfonce encore plus le pauvre gosse, et c'est parti pour une lapidation. Quelle raclure ce prêtre. On se croirait aux heures les plus sombres de l'Inquisition.
C'est comme Orange mécanique : ce que l'on voit est juste insupportable mais on ne peut pas en détourner les yeux.
Et tu peux être sûr que je suivrais la Route du Nord (ça a l'air plus fun que Pékin Express). Peut-être avec le fol espoir d'un happy-end même si ça a l'air un peu râpé.

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La Tour du Rouge : La Route du Nord - Chap 1 (1ère Partie)
« Réponse #217 le: jeudi 17 mai 2012, 20:16:11 »
Diantre, désolé de poster aussi tard mais j'avais complètement oublié de poster la prochaine partie.  :R

Merci d'être fidèle au post Raph! Et si je puis me permettre, ce n'est pas du glauque, juste une (la?) réalité froide et lucide d'un monde impitoyable. :ange: Le parallèle que tu fais avec l'Inquisition est intéressant, en effet étant assez (énormément?) hostile envers la Religion (que je distingue de la Foi), j'ai souvent tendance à conférer aux ordres religieux que je conçois les attributs de l'Inquisition, à savoir une foi aveugle et idiote, une grande violence et un mépris total de la vie humaine. Quant à un happy-end, et bien, je ne sais même pas ce que signifie cette expression. :R M'heu j'déconne, au fond, l'écrin de noirceur dans lequel je drape mes récits et mes personnages ne sert qu'à faire briller plus encore les quelques élans de bravoure et de bonté qui transparaissent ici et là sur le gris du ciel, et étant un grand romantique dans l'âme, au final c'est un message d'espoir qu'il faut y chercher. Car tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir! Merci de ton commentaire en tout cas, en espérant que cette fin de chapitre te plaise!

Et moi je vous dis à bientôt pour le début du chapitre 2, en essayant de ne pas oublier cette fois. :astro:

Allez, bonne lecture!



_________________________



Chapitre premier :
La potence.
-2ère Partie-



-Messire! J’ai entendu parler de vous. Je suis… peiné, de vous accueillir avec un si triste spectacle, je le crains.
   -Epargnez moi votre hypocrisie, vieil homme. Vous et moi savons parfaitement que ce gosse n’est coupable de rien.
   -Tient donc?
   -Il faut plus qu’un beau sourire et un peu de sang pour invoquer un démon. Tout ce que vous avez fait, c’est rendre son supplice plus douloureux qu’il ne l’aurait été.
   La face ridée du vieil homme adopta une expression déçue.
   -Je ne m’attends pas à ce qu’un étranger comprenne nos coutumes, fit-il d’une voix sèche.
   -Ho, rassurez-vous, je les comprends parfaitement. J’ai suffisamment étudié vos cultures, dans les livres et sur le terrain.
   -Ho, alors cela vous permet de nous juger?
   -Et vous, votre robe vous permet-elle de juger l’âme de ce pauvre gosse?
   -Oui, rétorqua le prêtre. C’est un pouvoir que me confère le Panthéon.
   Vizamir secoua la tête. Il n’avait plus envie d’entendre parler le vieil homme.
   -Je n’ai plus rien à vous dire. Adieu.
   Il fit mine de s’en aller, mais le vieil homme l’attrapa par le coude avec une force étonnante.
   -Allons, allons. Je ne voulais pas vous chagriner, messire Caelach.
   Vizamir plissa les yeux et étudia plus attentivement le visage du prêtre, qui lui souriait avec un soupçon de malice.
   -Comment m’avez-vous appelé?
   -Ha! Cela vous intrigue, n’est-ce pas? Je sais ce que vous cherchez. Je peux peut-être vous aider.
   -Parlez.
   -Ho, ho! Allons, ne précipitons pas les choses. Suivez moi au Temple, je vous ferai une… proposition, qui nous sera à tous les deux profitables, croyez moi.
   Ils échangèrent un long regard. La neige avait cessé de tomber, et l’air comme le paysage était parfaitement immobile.
   -Je vous suis.
   Ils prirent la direction qu’avait empruntée la foule. Les hauts murs de pierre froide du temple apparurent bientôt à la vue de Vizamir, et les hurlements de douleur du supplicié agressèrent ses tympans. Le garçon, dénudé, avait été attaché par les poignets et les chevilles à la façade est du bâtiment, et les villageois sifflant et jurant lui crachaient dessus en lui jetant des pierres. Du sang coulait déjà entre les jointures des moellons, et certaines parties du corps avaient pris des courbes contre-natures. Personne ne remarquait, ou du moins faisait semblant de ne pas remarquer, le bon capitaine Julius qui besognait la mère à même la boue, la face rubiconde et emperlée de sueur, tandis que ses fidèles acolytes la maintenaient par les épaules, attendant certainement leur tour.
   La femme jeta un regard implorant à Vizamir qui passait près d’elle à la suite du prêtre. Il détourna les yeux et poursuivit son chemin sans un mot. Aussi triste que fusse sa condition, ce n’était pas son problème. L’intérieur du temple était plutôt spacieux, dénué du moindre ornement ostentatoire comme on en voyait souvent. Une dizaine de longs bancs remplissaient presque tout l’espace, devant une chaire en bois. Le prêtre lui fit signe de le suivre, tandis qu’il s’arc-boutait pour soulever une lourde dalle de pierre, qui aurait dû être bien trop lourde pour sa frêle carcasse. Un étroit et suintant escalier s’enfonçait dans les entrailles du bâtiment, charriant un air vicié de moisi. Vizamir fit signe à l’ecclésiastique de passer en premier et lui emboîta le pas. Il compta mentalement cent vingt trois marches avant d’atteindre le fond, une salle carrée creusée dans la terre. Des torches brûlaient sur les murs, éclairant l’endroit d’une lumière chaude et rouge.
   Trois jeunes filles, nues, étaient enchainées à des appliques métalliques vissées dans les murs. Elles paraissaient indolentes, mais lorsque Vizamir pénétra dans la pièce, elles tirèrent sur leurs chaines et tendirent leurs corps vers lui, les seins pointant, dans des gémissements lascifs. Elles étaient jolies, si on exceptait les multiples plaies qui zébraient leurs corps, signes de fouet, de scarifications et autres tortures. Toutes cependant partageaient un même air campagnard. Elles étaient probablement droguées, maintenues captives et serviles pour le bon plaisir du prêtre. Vizamir se demanda brièvement si leurs familles les attendaient, quelque part.
   Le vieil homme s’approcha de la plus proche, une brune au teint halée, et lui empauma violemment un sein. La fille réagit instantanément, tremblante de plaisir.
   -Je t’écoute, prêtre, gronda Vizamir.
   -Droit au but, hein?
   -Tu as parlé d’une offre.
   -Tout à fait.
   La fille brune s’agenouilla, et ses mains disparurent sous les robes du prêtre. Ce dernier lui caressait la tête d’un geste possessif.
   -Je peux répondre à toutes tes questions, Caelach. Je peux mettre un terme à ta quête.
   -Vous ne cessez de m’appeler Caelach. Qu’est-ce que cela signifie?
   -Cela veut dire Sang noir, dans la langue des anciens.
   -Qu’est-ce? Un titre, un nom?
   -J’ai promis de répondre à tes questions, mais un marché implique une contrepartie.
   -Parle, ordonna Vizamir.
   Le prêtre savait quelque chose, il le sentait. Il le voyait dans ses yeux, l’entendait sans sa voix. Il frémit malgré lui d’excitation, Son odorat développé captait l’odeur de la fumée des torches, les puissants relents sexuels qui émanaient des trois femmes. Il se sentit légèrement euphorique, et son sexe se durcir dans ses chausses. Il se laissa aller contre le mur, et ne bougea pas lorsque la fille la plus proche colla sa bouche contre son entre-jambe.
   L’ecclésiastique sourit.
   -Je ne désire pas grand-chose, non. Juste un peu de ton sang. Juste assez pour remplir un petit calice.
   L’excitation de Vizamir retomba instantanément, et il s’écarta d’un bond. Il retrouva ses esprits et comprit qu’il avait failli tomber dans un piège. Il percevait une nouvelle odeur dans la fumée des torches. Un narcotique que l’on faisait brûler dans les lupanars de Chizell, pour désinhiber les clients les plus retissant. 
   -C’eut été trop beau, soupira-t-il. J’aurais du me méfier.
   -Plait-il?
   -Je sais ce que vous êtes. Mais vous ne m’aurez pas. Je préfère continuer ma quête, que de m’abandonner à un démon.
   -C’est donc un refus?
   -Cela en a tout l’air.
   Les traits du vieil homme se tordirent, la peau de son visage sembla se tendre sur ses os.
   -C’est bien dommage, fit-il d’une voix caverneuse. Je t’aurais bien traité, Caelach. Je t’aurais révélé tout ce que tu veux savoir, et même plus. Je t’aurais également donné l’une des mes petites chéries. Mais puisque tu ne veux pas me donner ton précieux sang… Je vais devoir le prendre par moi-même.
   Vizamir se jeta sur le côté, sauvé par un réflexe. Une pair de pinces chitineuses claquèrent là où il se trouvait quelques instants plutôt. La fille s’était transformée en une monstruosité innommable. Ses bras avaient éclaté pour révéler des appendices acérés et crochus, sa langue pendait, longue, fine et pointue, ses jambes s’étaient couvertes d’un chaume rêche et ses pieds n’étaient plus que des sabots d’âne. Son front s’ornait d’une paire de cornes rougeâtres, et ses yeux uniformément blancs braquaient sur lui un regard d’où exsudait un appétit insatiable. Malgré son apparence repoussante, il émanait de la chose un puissant musc sexuel qui brouillait les sens. Heureusement, elle était toujours enchainée au mur. Ses pinces claquaient dans le vide, à quelques centimètres de Vizamir qui se releva en dégainant ses deux longues dagues. Il y eut un froissement d’ailes, et une silhouette massive bondit sur lui. Il roula en dessous, en profitant pour redresser ses armes. Les lames rencontrèrent une résistance et un ichor verdâtre et fumant se répandit sur le sol tandis que la chose hurlait de douleur et de colère.
   Le prêtre, reconnaissable aux lambeaux de robe pourpre qui pendaient encore sur son corps boursouflé se tassa sur lui-même, deux plaies suintantes lui barrant le torse.
   -Tu vas payer pour ça, Caelach, cracha le démon.
   Ses mains comme des marteaux s’élancèrent à sa rencontre, presque trop rapides. Vizamir leva une dague, mais les griffes de la créatures ripèrent sur la lame et continuèrent leur route jusqu’à entailler l’avant bras de Vizamir qui grogna de douleur en effectuant un désengagement. Celui-ci profita de l’élan du démon pour placer une botte haute avec son autre dague. Dans un éclair argenté, l’acier s’enfonça profondément dans l’œil gauche de la créature, aspergeant Vizamir d’humeur noirâtre et écœurante. Sans autre effet dramatique, ce qui avait été un prêtre s’effondra sur le sol, masse informe de chair boursoufflée et difforme. Vizamir dégagea son arme, avec un haut-le-cœur. Il inspecta la plaie sur son bras, mais elle se révéla peu profonde et probablement bénigne. Il se confectionna tout de même un rapide bandage pour éponger le sang avec un morceau de la robe pourpre.
   Pour éviter tout risque, il découpa proprement la tête du démon et la lâcha sur le sol où elle rebondit dans un bruit mat et visqueux. Il prit soin d’éviter tout contact avec le sang démoniaque. Un cri derrière lui le fit se retourner. La jeune fille brune, qui avait gardé un aspect humain, se tenait la bouche, le visage crispé d’horreur en fixant la carcasse du démon, et les deux démones qui gémissaient, inertes, privées de la volonté de leur maître.
   -Dieux, protégez moi, implora-t-elle en sanglotant.
   -Tes dieux t’ont déjà abandonnée, fit remarquer Vizamir d’une voix calme.
   Elle sembla alors se rendre compte de sa présence.
   -Aidez moi, je vous en supplie. Faites moi sortir d’ici, ô dieux, c’est un cauchemar! Pitié, je ferais tout ce que vous voudrez.
   Vizamir la détailla. Maintenant que les émanations sexuelles des démones s’étaient taries, et que la puanteur du démon recouvrait le narcotique, il constata qu’elle était moins belle qu’il ne l’avait cru. Il se demanda si elle avait été transformée, elle aussi.
   -Désolé, fit-il froidement. Je ne veux pas prendre ce risque.
   Elle n’eut pas le temps de crier. Il lui trancha la gorge d’un coup brusque. Elle mourut rapidement, les yeux grands ouverts. Il s’était trompé. Elle était encore humaine. Il voulut ensuite s’occuper des démones qui gisaient au bout de leurs chaines, comme frappées de stupeur, mais il se ravisa.   En venant s’enquérir de leur prêtre, les villageois pourraient ainsi voir la toute puissance de leur religion.
   L’idée lui plut et lui arracha un de ses rares sourires. Lorsqu’il ressortit du temple, le corps sans vie et difforme du garçon pendait toujours sur le mur éclaboussé de sang. Sa mère gisait non loin. Dénudée, les cuisses et les seins striées de griffures, la peau bleuie, elle ne respirait plus et devait déjà être aussi dure que du bois.
   Vizamir se passa une main dans les cheveux, en se demandant si l’hystérie dont il avait été témoin n’était pas l’œuvre du démon. Il n’était pas un expert en démonologie mais il en avait appris assez au cours de ses nombreux voyages pour savoir que le sang d’un mortel offert librement donnait tout pouvoir sur celui-ci. Il frissonna en songeant à ce qui aurait pu arriver si les drogues, naturelles et magiques, avaient été plus efficaces sur lui.
   Cette journée s’était avérée au final assez intéressante. Outre une plaie au bras, il avait récolté un précieux indice dans sa quête. Caelach. Un mot, un nom, un titre… Au moins de quoi orienter un peu ses recherches. Il lui faudrait gagner la Tour du Savoir en Ponth’Hyliän, maintenant que les bibliothèques d’Uru-Ban lui étaient interdites. Mais pour l’heure, il avait autre chose en tête.
   Le garçon avait parlé d’une femme, dans la forêt.


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La Tour du Rouge : La Route du Nord - Chap 1 (2e Partie)
« Réponse #218 le: jeudi 17 mai 2012, 22:25:30 »
Eh bien on peut dire que tu t'es encore une fois fais plaisir.
Pour commencer parlons bondieuserie. Effectivement, dans le Cycle du Rouge, la religion revêtait déjà un caractère excessif allant jusqu'au fanatisme. La religion engendre toujours des ignominies quand elle n'est plus guidée par la raison. Et tu as bien raison de distinguer la religion de la foi : la foi est une confiance aveugle proche de l'engagement et du don de soi. Le tout est de savoir en quoi on a foi.
Maintenant penchons-nous sur le nouveau texte que tu nous présentes.

Un prêtre démoniaque, une pièce secrète pleine de succubes, un gosse lapidée et une femme violée et tuée. On a bien l'écrin de noirceur nauséabonde, par contre niveau noblesse d'âme et bravoure Vizarim peut repasser. Son jemenfoutisme est sans doute normal à juger par le monde joyeux que tu présentes ; à moins qu'il ne soit blasé, tu vois ça ne m'étonnerait même pas. Quand on voit des gens se faire trucider ou subir les plus horribles sévices, ou bout d'un moment on doit finir par être vacciné. D'une certaine façon Vizarim me fait de la peine parce que devenir insensible à ce genre de spectacle c'est vraiment triste ; on a presque l'impression qu'il a renoncé à son humanité pour pas péter les plombs.
Je trouve aussi follement ironique, voire cynique, que le prêtre soit au final un démon. Ses ouailles qui ont tant de respect pour lui vont tirer une drôle de touche quand il se rendront compte qu'il était en fait un de ces démons qu'ils craignent et détestent tant.
Sinon, je ne je ne m'étendrai pas tout de suite sur le scénario étant donné le peu de données que nous avons pour le moment.
En tout cas il ne lui reste plus qu'à aller ramasser à la petite cuillère Skelda qui doit baigner dans la boue et son propre sang. Tout un programme.

À bientôt donc pour de nouvelles et folles aventures à GMSland, le pays où le soleil brille sur des prairies de fleurs des champs où volettent des papillons...ou pas.
« Modifié: jeudi 17 mai 2012, 23:14:20 par raphael14 »

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La Tour du Rouge : La Route du Nord - Chap 1 (2e Partie)
« Réponse #219 le: jeudi 17 mai 2012, 23:05:57 »
Laisse-moi deviner, tu adores foutre des gens à poils dans tes textes, n'est-ce pas ? :astro:

Enfin bon, ce premier chapitre est aussi bon que le prologue. Et oui, je n'ai pas commenté ta première partie parce que je préfère attendre d'avoir le chapitre en entier. Commenter partie par partie, ça encombrerait vite je pense. Et puis, je n'ai pas pour habitude de détailler les choses, d'étoffer mes posts, c'est pour ça qu'ils sont assez courts, t'étonnes donc pas.

Alors, que dire ? Un chapitre de "transition", qui fait suite au prologue You don't say ? d'une manière très réussie. Ce que je veux dire, c'est que ça ne va pas trop vite, tu as introduit un deuxième personnage et tu n'as pas directement continuer l'histoire de Skelda, faisant une sorte de transition. Tu as fait allusion à cette femme avec une unique phrase dans ta première partie, qui s'est perdue dans la lecture, et c'était amplement suffisant. J'ai encore beaucoup aimé, ce prêtre était un gros connard, tu tournes tellement bien tes phrases que j'ai envie de te frapper à mort pour boire ton sang afin d'acquérir ta faculté et ton vocabulaire, et j'ai aussi envie que tu postes ta suite très vite.

Ce post était court, mais il exprime très bien ce que je pense et j'espère que cela t'inciteras à ne pas poster trop tard.
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La Tour du Rouge : La Route du Nord - Chap 1 (2e Partie)
« Réponse #220 le: samedi 19 mai 2012, 23:06:33 »
Coucou petit mage. Eh oui, c'est moi, le prince. Surprise ! :astro:

Bon, aujourd'hui, pas de pavé. ça peut sembler sévère, comme ça, mais je crois que tu en connais la raison : moi, j'ai déjà lu tout ça. Et si mes souvenirs sont exacts, ça n'a quasiment pas changé depuis l'année dernière (c'est bien l'année dernière que tu m'as filé tout ça ? J'en suis plus très sûr).

Bref ; tout ça pour dire que je suis avec attention cette "nouvelle" fic' et que ça me fait très plaisir que tu continues. Comme l'a souligné Raph', tu as légèrement tendance à t'embarquer dans une foultitude de projets, donc j'espère que cette fois, ce sera la bonne. Relire ces quelques lignes s'est révélé plutôt intéressant, en tout cas. Inutile pour moi de répéter ce que je t'ai déjà dit à propos du prologue et du premier chapitre (pleure, petit poisson rouge :o), puisque tu devrais avoir tout ça dans ton historique des conversations, n'est-ce pas ? Le cas échéant, Raph' et Krys' ont déjà dit en substance tout ce que j'avais en tête, donc tu peux t'épargner la peine de fouiller dans les archives poussiéreuses de msn. De rien. :-*

Par contre, juste un petit détail : les clients des lupanars de Chizell, ils tissent quoi ? Non parce que tu dis qu'on y fait brûler des narcotiques pour les plus "retissant", alors je me demande. :R

Je taquine. Sinon, que dire à part que je suis impatient de lire la suite, avec toujours plus de pacifisme, de tolérance et d'amours pastorales ? Il me semble avoir encore une légère avance sur mes deux voisins du dessus, mais je crois que ça ne durera pas bien longtemps.

Au plaisir de te lire bientôt,

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La Tour du Rouge : La Route du Nord - Chap 1 (2e Partie)
« Réponse #221 le: mercredi 23 mai 2012, 20:05:09 »
Ha, je suis bien content de voir de l'animation dans le coin! :^^:

Raph ==> Merci pour le commentaire! Et oui, Vizamir n'est pas franchement un héros au sens où on l'entend, mais il a de bonnes excuses. Je ne sais pas si on peut dire qu'il fait de la peine, après tout c'est plutôt un type jovial au sourire facile, toussa toussa. ;D En tout cas, tu as oublié dans ta description de GMSland les cui-cui des oiseaux et les gazouillis des ruisseaux joyeux!

Boobstalinette ==> Je n'aime pas foutre des gens à poil dans mes textes, c'est eux qui se désapent tout seul, j'en peux rien. :h: Par contre je sais pas si je suis content que veuilles me frapper à mort pour boire mon sang, dit comme ça ça paraît un peu radical. M'enfin, merci pour le commentaire, et en espérant que la suite te plaise! :)

PdD ==> Vous ici! O_O Pavé ou pas, en tout cas ça me fait toujours plaisir. Et tu as raison, ce que j'ai posté n'a pas bougé par rapport à ce que tu as déjà lu il y a un an, mis à part quelques corrections orthographiques ci et là. D'ailleurs, "l'inédit", si j'ose dire, commencera pour toi dès la deuxième partie du chapitre 2. Et comme je disais à Raph, quelques postes plus haut, j'ai bon espoir de terminer cette Route du Nord, car l'histoire sera assez courte et est déjà bien ancrée dans mon esprit. :^^: Enfin, ça m'a fait super plaisir de te voir dans le coin, et n'hésite pas à repasser!


Sur ces bonnes paroles, voici la première partie du chapitre 2. Bonne lecture!

_____________



Chapitre second :
Skelda de Skarg
-1ère Partie-




   Il la trouva le lendemain.
   Vizamir avait pris la direction du plein Est, laissant derrière lui, avec un certain contentement, le village anonyme. Cette partie de l’Orientir, au sud de la troisième capital impériale, Ikerias, était aussi plate qu’une lame d’épée. C’était une vaste steppe couverte de hautes herbes malingres battues par un vent souvent violent. Quelques bosquets maigrelets, ainsi que les silhouettes diffuses de minuscules hameaux, loin sur l’horizon, venaient rompre ici et là la monotonie du paysage.
   La nuit avait surpris Vizamir avant qu’il n’eut pu trouver un endroit sûr où s’installer. Se reposant à même le sol rendu fangeux par la neige fondue, il n’avait pas osé allumer un feu, malgré le froid, pour ne pas indiquer sa position à un groupe de bandits ou, pire, une patrouille de Skargs. Au matin, sa pelisse de loup était toute raidie par le gel et ses mains tremblantes peinèrent avant de produire des étincelles avec les silex. Il se réchauffa aux flammes en déjeunant de quelques lanières de viande séchée tirées de ses maigres provisions, avant de se remettre en route.
   Il atteignit le bois une heure plus tard. Protégée par les frondaisons, la neige n’avait pas été balayée par le vent et il n’eut pas trop de difficulté à retrouver les traces de l’enfant. La forêt était parfaitement silencieuse, mais par précaution, et peut-être un peu à cause de l’anxiété que lui causaient les espaces restreints, Vizamir encocha une flèche à son arc et avança prudemment. Il humait l’air à la manière d’un chien de chasse, à l’affût de certaines odeurs caractéristiques. Celle du sang ne tarda pas à lui emplir les narines. C’était une odeur bien particulière, facilement identifiable par ses remugles cuivrés et entêtants.
   Les traces du garçon le conduisirent au pied d’une colline imposante, extrêmement pentue et lisse comme une croupe de vierge. Prenant soin de rester sous le couvert des arbres, Vizamir leva la tête pour tenter d’observer le sommet, mais en vain. Il percevait des odeurs récentes d’activité humaine : excréments, poix de torche, cendres…
   Prudent, il longea la colline où il découvrit le corps. Comme le garçon l’avait dit, elle était nue. Elle gisait sur le ventre, la tête face contre terre. Elle avait une impressionnante crinière vermeille tressée de blond, emmêlée et crasseuse, qui masquait ses traits et faisait comme une flaque autour de sa tête. Sa peau blanche, mais non bleuie, était maculée de boue et de neige sale, entaillée par endroits par sa chute. Elle était grande. A vrai dire, c’était la plus grande femme que Vizamir avait jamais vue. Presque aussi grande que lui, qui dominait sans peine l’humain moyen de deux bonnes têtes. Ses courbes avaient quelque chose de gracieux, sculptural, tout en muscles fermes et bien dessinés.
   Vizamir resta un moment dans un fourré à la regarder, guettant un signe de vie. Mais les minutes passant, il se rendit à l’évidence : elle était morte. De toute manière, le temps que le garçon ne revînt au village, et que lui-même ne la trouvât, trois jours avaient du s’écouler. Personne ne pouvait survivre aussi longtemps, nu, dans le froid.
   Il fit mine de s’avancer mais un craquement de branche, de l’autre côté du corps, le stoppa. Il se figea de stupeur lorsqu’un immense loup surgit des buissons enneigés. La bête était énorme, musculeuse à l’inverse de ses congénères malingres que Vizamir croisait parfois, dotée de crocs blancs et luisants, tellement grands qu’ils jaillissaient de sa gueule. Son pelage était plus noir que la nuit, mais son dos et le sommet de son crâne pointu semblaient faits d’argent. Ses yeux étaient rouges. Rouges comme le sang.
   L’animal s’avança, d’une démarche pesante, humant l’air, les oreilles rabattues. Sa queue remuait lentement de droite à gauche, évoquant à Vizamir les oscillations d’un pendule. Le loup s’approcha du cadavre. Il le renifla de haut en bas, lécha un peu de sang séché et poussa un grondement sonore. Alors, il vint se placer derrière la femme et, posant ses pattes de part et d’autre du torse, il la monta.
   Vizamir en oublia un instant de respirer. La scène avait quelque chose d’irréel. De là où il était, il pouvait voir le sexe luisant de l’animal pénétrer profondément le cadavre. Cela était écœurant, fascinant, morbide, excitant, contrenature et sensuel à la fois. Vizamir sentit le tempo de son cœur accélérer, alors qu’il était incapable de détourner les yeux de l’atrocité qui se jouait à quelques mètres à peine.
   D’une main incertaine, il essuya la sueur qui lui maculait le front, malgré le froid. L’occulte accouplement dura encore deux bonnes minutes. Au terme de celles-ci, le loup jeta le crâne en arrière et poussa un hurlement qui glaça les sangs de Vizamir, tandis qu’il libérait sa semence. Puis, il se retira et, grondant, il darda sur Vizamir ses yeux monstrueux. Sans attendre, ce dernier relâcha la corde de son arc. La flèche fila avec un sifflement, mais la bête avait disparu. Ahuri, Vizamir cligna plusieurs fois des yeux. Le loup s’était purement et simplement évanoui. Il n’y en avait plus trace. Il compta mentalement jusqu’à dix et jugea alors que tout danger était écarté.
   Ré-encochant une flèche, il s’approcha du corps. Il n’avait pas été victime d’une hallucination, comme il le crut un instant, car les cuisses de la femme luisaient de semence animale. Mais, surtout, elle vivait. Elle respirait ; sa poitrine compressée contre le sol se soulevait péniblement et il entendait distinctement son souffle rauque. Il caressa un moment l’idée de l’achever et de brûler le corps. Une chose était sûre : il y avait de la magie noire à l’œuvre.
   Mû par un sentiment étrange et indéchiffrable, il se contenta de la retourner sur le dos du bout de sa botte. La plaie était horrible. Une lame avait mordu le côté droit du visage, presque verticalement, traçant une ligne sanglante de chair à vif de l’arcade à la mâchoire, en passant par l’œil. Le visage de la femme n’était plus qu’un magma confus de sang, de boue et de cheveux raidis par l’hémoglobine et plaqués par la neige.
   Vizamir eut presque pitié. Presque. Avec sa carnation si blanche, ses cheveux de feu et d’or, sa stature et sa taille, la mourante ne pouvait être qu’une Skarg. Il leva les yeux vers le sommet de la colline. Il se demanda si elle avait été victime d’une embuscade tendue par ce qui restait de l’armée déliquescente de l’empereur Valter. Ou bien si elle avait été abattue par ses pairs. Cela ressemblait bien aux mœurs barbares des Skargs.
   Il songea à l’odeur de poix, de cendre. Il y avait eu un important groupe d’homme, peu de temps avant. Vizamir frissonna. Il n’était pas un couard, mais pas idiot pour autant : il n’aurait aucune chance si un Froëdar Skarg lui tombait dessus. Il retira sa pelisse, cillant sous la caresse du froid, et en enveloppa la femme du mieux qu’il put. Passant son arc en bandoulière, il souleva l’inconnue dans ses bras en grognant. Elle était lourde, mais chaude. Sa peau était presque brûlante. Vizamir songea qu’elle pouvait souffrir d’une forte fièvre. Cela était agréable, de l’avoir ainsi contre lui. Cela le réchauffait.



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La Tour du Rouge : La Route du Nord - Chap 2 (1ère Partie)
« Réponse #222 le: mercredi 23 mai 2012, 22:12:19 »
Non, mais GMS, sans dec', qu'est-ce que tu nous fais là ? Sans rire, jusqu'où tu vas aller ? Je pensais avoir tous lu dans tes textes mais là, là... Je suis pas du genre prude, mais je suis resté en bug cette fois-ci. Je me suis figé devant mon écran, la bouche entrouverte, les yeux écarquillés, me répétant dans ma tête "c'est pas vrai, il a pas osé" et ben si, tu as osé.
Pour le coup j'ai eu la même réaction que Vizarim : une bonne grosse moue de dégoût.
Le coup du délire nécrophilo-zoophile, c'est une grande première. Parce que si je ne me trompe pas ce loup noir, sans doute d'origine surnaturelle comme le souligne Vizarim, vient bien de ressusciter Skelda en la "montant". Cette scène est sans doute l'une des plus énigmatiques de La Route du Nord : Quel intérêt aurait une entité surnaturelle ou une personne la contrôlant à ranimer une chef de guerre ? Ça sent la question déterminante dans le scénario.

D'ailleurs, j'avais oublié de souligner cette extrême originalité : une barbare lubrique pourfendant et pillant, on en croise pas dans tous les univers de Fantasy...à part dans Xena. Et en plus elle semble être au goût de Vizarim. Quoique la cicatrice de l'arcane sourcilière à la mâchoire, c'est pas franchement glamour. Faut voir comment elle va réagir quand elle reprendra ses esprit
Un autre point à traiter c'est que l'on découvre plus en détail l'univers dans lequel se déroule l'action : l'empire en déroute livré aux pillage de troupes barbares ont se croirait revenu au temps des invasions barbares.

Bref un chapitre sans doute important et au final assez perturbant. Je me demande quel genre de bidule glauque tu nous prépare pour la prochaine fois, non en fait je préfère pas.

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La Tour du Rouge : La Route du Nord - Chap 2 (1ère Partie)
« Réponse #223 le: vendredi 01 juin 2012, 01:35:06 »
Raph ==> Je ne sais pas jusqu'où je vais aller, pas trop loin j'espère, je me plais bien dans le coin. :) Plus sérieusement, je suis le premier à reconnaître que cette fameuse scène est peut-être (sûrement?) too much. A vrai dire, si sur le moment, dans la "transe" de l'écriture, cela me paraissait être une idée lumineuse et pleine de sens, j'en suis moins convaincu maintenant. Je pense même la supprimer, ou au moins la remanier, si jamais je songe à faire éditer cette Route du Nord un jour. C'est pourquoi d'ailleurs, il sera assez peu fait mention de cette scène par la suite dans le texte, ou du moins du détail de celle-ci, et ce afin de me laisser de l'espace pour un éventuel remaniement du texte. Cependant, dit comme ça on pourrait croire que cette scène "nécrophilo-zoophile" comme tu le dis très bien, était "gratuite", un simple délire, mais je te rassure cela fait sens, et rien n'est jamais gratuit dans mes histoires, du moins j'essaie de tout mon coeur.

Cette résurrection surnaturelle trouvera donc sa réponse le long de la Route, comme toutes les autres questions laissées en suspens. D'ailleurs Skelda est moins à rapprocher de Xena que de Raven, l'héroïne du cycle littéraire éponyme de Robert Holdstock.

Bref, merci encore pour ton commentaire, en espérant que la suite te plaise, promis il n'y aura plus de viols démoniaques nécrophiles. ;D


Sur ce, suite et fin du chapitre 2. En vous souhaitant une bonne lecture!



___________________



Chapitre second :
Skelda de Skarg
-2e Partie-




Il s’éloigna autant qu’il le put, jusqu’à ce que ses épaules le tiraillassent sous le poids de sa charge. Il découvrit une petite clairière relativement isolée et assez bien préservée de la neige et de la boue. Il s’installa entre les racines noueuses d’un gros arbre, auquel il adossa la femme. Il ramassa des pierres pour faire un feu, qui crépitait joyeusement quelques minutes plus tard. Il jeta de la neige dans son bol, sorti de son paquetage, et la fit fondre tout en observant la Skarg.
   Il était intrigué. La scène à laquelle il avait assistée, les yeux rouges de ce loup, tout cela restait vivace dans son esprit. Vizamir tendit l’oreille, à l’affût de toute activité. Il gardait en tête qu’il se trouvait dans un territoire en guerre, et que les deux camps lui étaient relativement hostiles. Hormis les branches qui craquaient en se consumant, tout était calme. Pourtant, il plaça son arc et l’une de ses dagues à portée de main. L’expérience lui avait appris à être prudent.
   Prélevant une bandelette de tissu de sa besace, il entreprit de laver le visage de la femme. Au fur et à mesure que le sang et la boue, la crasse, s’en allaient, une face d’une beauté certaine se révélait à Vizamir. Un nez droit, des traits durs mais irrévocablement féminins, une mâchoire carrée, des lèvres pleines et légèrement mauves… Et une moitié de visage ravagée. Vizamir débarrassa avec mille précautions la crevasse de chair de ses impuretés. Il déboucha une flasque d’alcool et désinfecta la plaie. A sa grande surprise, celle-ci était déjà en grande partie cicatrisée, les tissus meurtris s’avérant plus rosâtres que rouges. Seule un peu d’humeur continuait à suinter de l’orbe oculaire pourpre fendu.
   L’idée de l’abandonner traversa une fois encore l’esprit de Vizamir. Il pouvait presque sentir la puanteur de la magie noire. Son instinct lui dictait de l’achever, de brûler le corps et d’enterrer les restes. Après de longues minutes d’hésitation, il prit sa dague, et en plaqua lentement la lame contre la chaire tendre du cou. Un coup rapide, propre. Il commençait doucement à inciser lorsqu’elle ouvrit l’œil.
   Il se figea. Cet œil le toisait avec dédain, brillant d’un défi sous-jacent, l’incitant à finir son geste pour prouver son courage. Cet œil était beau, sauvage et déterminé.
   -Achève moi, chien d’impérial, fit-elle dans un commun approximatif.
   Sa voix ne tremblait pas ; elle était aussi tranchante que l’acier, aussi sûre que l’eau vive d’un torrent. Vizamir déglutit et, lentement, il se recula.
   -Je ne suis pas un impérial, répondit-il dans la langue dure de Skarg.
   Elle parut surprise d’entendre son dialecte. Elle fronça le sourcil, et détailla son « sauveur » plus attentivement.
   -Tu dis vrai, approuva-t-elle dans sa langue. Les impériaux sont petits et ont la peau blanche.
   Vizamir se recula lentement, gardant sa lame brandie pour parer à toutes éventualités.
   -Je m’appelle Vizamir.
   -Alors donne moi une arme, Vizamir, et nous combattrons. Lorshak m’attend.
   -Ne dis pas de sottise. Tu es frigorifiée, grandement blessée, peut-être enfiévrée et certainement affamée. Je me demande même comment tu peux encore vivre.
   -Je préfère mourir debout une arme à la main qu’égorgée dans mon sommeil par un démon.
   -Un démon?
   -Tes oreilles sont pointues comme des cornes, tes yeux sont jaunes comme la mauvaise lune, et ta peau est noire comme la pénombre.
   Un maigre sourire de dépit tordit les lèvres de Vizamir.
   -Et toi, ta peau est pâle comme les brumes d’hiver, tes yeux sont verts comme le roulis de la mer, tes lèvres sont mauves comme les teintures de Balcino et tes cheveux sont rouges comme le sang et jaune comme l’or. Je peux affirmer autant que toi que tu es une démone.
   Ils se toisèrent un long moment, pendant lequel nul bruit n’osa perturber l’atmosphère.
   -Tu as raison, finit par admettre la Skarg.
   -A quel propos?
   -Je suis affamée.
   Sans même lui demander son aide, elle se releva souplement, comme si elle n’avait jamais reçu de blessure qui aurait du être fatale, et alla s’asseoir au plus près du feu, resserrant la pelisse de loup autour de ses larges épaules.
   Vizamir poussa un soupir intérieur. Il était suffisamment au fait des mœurs Skargs pour savoir que la guerrière l’avait accepté et le respectait : il n’avait rien à craindre d’elle dans l’immédiat. Il songea un instant à ce regard provocateur et intense qu’elle lui avait jeté alors qu’il pressait sa dague contre son cou. Il n’y avait lu aucune trace de peur. Juste un défi. Un défi qu’il avait perdu, en fin de compte. Quoiqu’il en soit elle n’avait absolument pas eu peur de lui, et si elle avait vu en lui un démon, elle l’avait tout de même traité en égal dès le départ.
   Cette pensée lui arracha un nouveau maigre sourire. Il était curieux et amusant de songer qu’une barbare issue d’une contrée lointaine et sauvage lui montrait plus de respect que les honorables citoyens d’un empire hautement civilisé.
   Rengainant son arme en signe de paix, il s’installa de l’autre côté du foyer, extirpant de sa sacoche des lanières de viande séchée qu’il lui passa par-dessus les flammes. Il la regarda les dévorer comme un animal, déchiquetant les lichettes avec un appétit presque brutal.
   -Tu ne m’as pas dis ton nom, fit-il remarquer.
   -On m’appelle Skelda. Skelda de Skarg.
   Le cœur de Vizamir loupa un battement. Il avait entendu parler d’une Skelda de Skarg. Une chef de guerre -khörla dans leur langue- Skarg sans pitié à la tête de la plus imposante Horde -froëdar- jamais constituée de mémoire d’homme. Skelda de Skarg, la tempête écarlate, celle qui avait mis à feu et à sang tout le sud et l’est de l’Orientir, saccageant les terres, incendiant les champs, détruisant les villes et écrasant l’armée de l’Empereur Valter. Des milliers de citoyens impériaux avaient péri sous les épées des Skargs ; des milliers d’autres s’entassaient sur les routes, fuyant vers Ikerias la capitale impériale de Valter.
   S’il s’agissait de la même Skelda, alors Vizamir était en présence de l’une des plus grandes conquérantes et guerrières de cette ère. Vizamir n’avait que faire de l’Empire des Trois, et n’éprouvait aucune espèce d’empathie pour la guerre qui déchirait l’Orientir. Il éprouvait par contre une certaine forme de respect pour les Skargs, qui, malgré un équipement plus rudimentaire et un sous-nombre total, avaient réussi à conquérir une large bande de terre civilisée. Son respect s’arrêtait là ; il n’oubliait pas que les Skarg étaient un peuple dur et cruel, aux mœurs relativement primitives et païennes.
   -J’ai entendu parler d’une Skelda de Skarg, commença prudemment Vizamir sur un ton neutre.
   -Tiens donc? Et qu’est-ce qu’on a bien pu te dire à ce sujet?
   -Le paysan qui m’en a parlé fuyait les ruines fumantes de son village, qu’elle venait de mettre à feu et à sang.
   -Alors il se pourrait bien que je sois cette Skelda de Skarg.
   -Pourtant ma Skelda de Skarg était réputée pour voyager à la tête d’une vaste armée.
   -Les temps changent, Vizamir. Parfois l’insurrection et la pleutrerie gagnent la bataille dans le cœur des guerriers, et ils en viennent à trahir leur chef. Aujourd’hui je ne suis plus que Skelda, une simple guerrière borgne et affamée perdue au cœur du territoire qu’elle a pillé et saccagé sans retenu pendant trois ans.
   -Les facéties du destin, ironisa Vizamir en reprenant une bouchée de viande séchée.
   -Sais-tu dans quelle direction est parti mon Froëdar?
   -Non. Lorsque je t’ai trouvée, il était déjà parti depuis au moins deux jours, peut-être plus.
   -Dommage.
   -Quoi donc?
   -J’ai la mort gravée sur le visage, et pourtant je marche et je respire et je mange. Lorshak n’a pas voulu de moi en sa Demeure et m’a renvoyée ici-bas. Il attend quelque chose de moi. J’espérais qu’il s’agirait de tuer ce traître de Björn et tous ces pleutres qui le soutiennent.
   Vizamir songea au loup. Skelda semblait sincère. Elle était la première surprise de se savoir vivante. Il pensa que de la magie noire avait bien été à l’œuvre, mais qu’elle en était inconsciente, et encore moins l’investigatrice.
   -Que vas-tu faire, dans ce cas?
   -C’est évident : Lorshak t’as placé sur ma route pour me sauver. Je te dois la vie, et je te suivrai jusqu’à ce que cette dette soit payée ou que mon destin m’apparaisse clairement.
   -C’est fort généreux, mais je voyage seul.
   -Ce n’est pas une proposition, Vizamir le Ténébreux. Je te briserais les genoux et te porterais sur mon dos s’il le faut.
   Vizamir soupira mais accepta sans tenter de la dissuader. Elle avait beau être affaiblie, blessée et fiévreuse, il y avait quelque chose dans son regard borgne qui lui soufflait qu’elle n’aurait aucun problème à mettre sa menace à exécution.



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La Tour du Rouge : La Route du Nord - Chap 2 (2e Partie)
« Réponse #224 le: vendredi 01 juin 2012, 08:52:08 »
Ah, tu as enfin posté la deuxième partie, je vais enfin dire ce que j'ai à dire, parce que j'ai effectivement quelque chose à dire sur ta première partie. Oui, ça m'a d'ailleurs profondément traumatisé, ce moment, et j'attendais de pouvoir m'exprimer là-dessus.

Citer
Le visage de la femme n’était plus qu’un magma confus de sang, de boue et de cheveux raidis par l’hémoglobine et plaqués par la neige.

Amagad, kom je suis choquée de ce qui est écrit là, la biologiste que je suis est indignée.
Oui, parce que l'hémoglobine est une molécule constituée de quatre sous-unités et est présente dans les globules rouges, c'est d'ailleurs elles qui leur donne cette coloration rouge. Dire que l'hémoglobine raidis les cheveux, c'est faux, car ce sont en réalité les globules rouges qui font ça. Voilà. C'est tout ce que je voulais dire.

Enfin, bien sûr que si quelque chose m'a choqué ! Découvrir que tu avais des penchants zoophiles et des fantasmes bizarres, ça choque toujours. Je savais que tu adorais foutre des gens à poils, mais là, c'est limite, hein.
Pour parler de l'histoire, à part le moment avec le loup, bah c'est super. J'ai hâte de voir la cohabitation de ces deux là, c'est pas gagné j'ai l'impression.

Tu remarqueras la puissance et la longueur interminable de mon avis sur son texte, et en lisant ça, tu seras hypnotisé pour poster la suite dès demain. Va, maintenant. 

...  ¬¬
« Modifié: vendredi 01 juin 2012, 08:53:54 par Krystal »
Award #1 Award #2 Award #3
Citation de: Rictus McNatret
Krystal, tu es la plus adorable pedobear du monde.
Citation de: Un paysan
20:29:59 ‹D_Y› j'ai jamais vu quelqu'un de plus machiavélique que toi
20:30:04 ‹D_Y› hannibal lecter à côté c'est chompir