Auteur Sujet: [Petits textes en prose ou Fadaises d'Hyrule] | Xanto01  (Lu 41342 fois)

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[Petits textes en prose ou Fadaises d'Hyrule] | Xanto01
« Réponse #240 le: dimanche 12 mai 2019, 22:58:57 »
Bonsoir les Pziens, tout d'abord merci beaucoup @Chompir pour ton commentaire ! Le fait que tu trouves que j'ai bien pu retranscrire le caractère d'un Link triste et rendu amer, après avoir grandi oublié de tous, cela me fait extrêmement plaisir.

Sur ce, voici un nouveau un texte, une nouvelle fois sur l'ancien Héros du Temps.

The Hero's Fate


    Des touffes de mèches blondes, ternes et brunies par la boue, émanaient de ça et là de son bandage, jaunâtre. De petites tâches, tantôt brunes tantôt cramoisies, parsemaient l’étoffe en chanvre qui enroulait partiellement sa tête. Elle comprimait désagréablement son œil droit, bousillé par la panne d’un marteau de guerre en acier, le protégeant de la poussière et de mouches rôdant. Il secoua sa main gantée, une moue désagréable se formant sur ses lèvres gercées et égratignées. C’était à croire que ces insectes le prenaient déjà pour un mort, à l’odeur funeste et à la chair rouge exposée à vif. La grimace déformant ses traits se releva discrètement, se muant en un rictus. C’était un rictus cynique et sans raison, aussi fou que lui, marquant sa bouche des plissés du soleil qui n’avaient de joyeux que le nom. Mort. Ne l’était-il pas déjà ? Le Héros n’avait-il pas succombé pour ne laisser la place qu’à l’homme qui ne valait pas mieux que les autres ?

   Link arracha le bandeau qui enroulait sa tête comme une vulgaire momie puis porta sa main à son œil droit. Là. Sous le bout de ses doigts, il pouvait sentir le sang poisseux coller à sa peau, plaquant ses cheveux hirsutes contre son front et se mélangeant à sa sueur. C’était un mélange de guerre et de souffrance, lorsque les épées s’entrechoquaient sur le champ de bataille pour protéger son idéal. Dans ces moments-là, la fatigue et l’adrénaline parcourant chaque parcelle du corps se mêlaient à la douleur. Et lorsque la volonté fléchissait avant les os, avant le rêve qui animait sa lame, le vaincu ne pouvait que sentir des larmes salées et tièdes perler aux coins de ses yeux tandis qu’on lui passait le tranchant d’une épée sous la gorge.

    Il pressa un peu plus la pulpe de ses doigts sur sa chair, cette fois-ci contre sa paupière fermée. Pleurer, il ne le pouvait plus à présent. Son œil crevé avait emporté avec lui le peu de larmes que ses yeux, secs et dénués de joie, pouvaient encore verser. Il lui avait été dérobé d’une sublime façon, alors qu’il se redressait suite à l’une de ces roulades qu’il effectuait si fréquemment lorsqu’il se prenait encore pour un enfant de la forêt. Le fer serré avec ferveur dans ses mains, il était près à exécuter un formidable coup à revers afin de pourfendre le dos de son adversaire à travers sa cuirasse.

   Ce ne fut que trop tard qu’il comprit lequel des deux avait été pris à revers.

   Cela avait été d’une violence inouïe. Orguz, le redoutable chevalier au marteau de fer, s’était retourné à une vitesse fulgurante. L’immense marteau prolongeant son bras recouvert d’une épaisse cuirasse, voyait son métal d’un noir de jais briller sous l’éclat du soleil, prêt à s’abattre sur lui. Ce ne fut que grâce à ses reflexes que son adversaire ne put lui prendre que son œil, au lieu de lui fendre le crâne.

   Les Hyliens diraient qu’il fut épargné par le courage de Farore et que la bénédiction des Déesses à son égard foulaient encore ses pas. Des fadaises, à ses yeux, des inepties de sages. Ceux qui ne comprenaient rien diront que c’était grâce à une chance insolente qu’il était toujours de ce monde, mais c’était bel et bien le contraire. S’il était encore en vie à ce jour, c’était parce qu’il était un épéiste maudit. Condamné à errer de ça et là, sans savoir à quelle époque il appartenait. Il était tel un fantôme marchant sur la terre battue, sans qu’aucun être ordinaire ne le remarque, perdu entre un âge et un autre.

   Link pressa son index et son pouce entre les paupières défoncées de son œil, les enfonçant doucement dans son orbite, un peu plus profondément à chaque instant. Bientôt, alors le bout de ses doigts farfouillait cette horrible blessure prête à s’infecter au moindre instant,  il sentit le bord de ses ongles salis s’humidifier au contact d’un liquide tiède. Du sang. Du sang, chaud et collant, coulait de sa blessure.

   Les lèvres de l’Héros déchu s’ouvrirent, laissant transparaître un éclat de rire, froid. Vivant… Il était bel et bien vivant ! À valser avec la mort, le voilà d’autant plus vivant ! Que les Déesses voient le Héros qui put manipuler le temps à guise ! Qu’elles voient leur enfant rendu heureux par la blessure qu’un homme lui avait causé !

    Dans son euphorie, l’épéiste attrapa le casque qu’il portait sous son aisselle pour le remettre sur sa tête nue. C’était un casque de cuivre, orné de larges cornes repliées vers l’avant et recouverts par d’innombrables symboles rouges tout comme son armure. Le guerrier fou qu’il était continuera de se battre jusqu’à son dernier souffle et même au-delà. Il continuera de dresser son épée vers le ciel et d’arborer l’armure de ses pairs.

    Et comme pour le ramener à la réalité, de multiples voix s’élevèrent à travers les bois. C’étaient celles de ses compagnons d’armes, des vauriens à l‘étendard or et rouge. Brigands, voleurs, mercenaires ou chevaliers refusant le fief d’un quelconque seigneur d’une contrée lointaine. Ils étaient tous des oubliés des hommes, n’ayant plus que leur lame pour amie et la mort pour maîtresse. Les champs de bataille des guerres étaient leur foyer et le bruit tonitruant des épées contre les boucliers leur chant de joie.
 
    Alors qu’il marchait, titubant entre les arbres et protégeant son œil crevé d’une de ses mains, dont la douleur avait été ravivée par son geste fou. Et de fou, il n’y avait pas que son action. Chaque parcelle de son être transpirait la folie par tous les pores de sa peau, sentant l’amer parfum de la poisse et de la solitude.

   « Capitaine ! Capitaine ! »

    Link se retourna, sans vraiment savoir où. Son surnom, il avait fini par s’y identifier malgré toutes ces soirs autour d’un feu de camp où il grimaçait à son entente, grognant qu’il n’avait rien d’un capitaine hormis le nom et une large épée pouvant faire trembler de peur une dizaine d’hommes. Tandis que l’homme vagabondait dans ses souvenirs, un nouveau cri vint le ramener brutalement dans cette forêt sans fin.

   « Capitaine ! Où êtes-vous ? »

   Ses compagnons, où étaient-ils ? Par ici ? Par là-bas ? Sa main libre enserrant son crâne pris d’un affreux mal de tête, Link se tournait et se retournait, son épée dégainée à l’affut d’un moindre danger. Ses nouvelles traces de pas effaçaient les anciennes et l’Hylien ne savait où donner de la tête, tandis que les échos voix de ce qu’on pourrait qualifier de compagnons parvenaient à lui. Quelle était donc cette nouvelle folie qui s’emparait de lui au point où il n’en sache plus où il se trouvait ? Était-ce l’infection de son œil – ou tout du moins ce qu’il en restait – qui le faisait délirer ainsi ?

   Perdu comme il l’avait été durant de nombreuses années, l’homme se mit à marcher d’un pas un peu plus pressé en se fiant à la voix de ses compagnons d’infortune, la lame attachée à son dos se fracassant contre sa cuirasse de cuivre à chacun de ses pas. Bon sang ! Mais où était-il pour ne pas pouvoir retrouver ses compagnons ! Était-il si sot pour ne plus savoir retourner sur ses pas ou ces bois lui jouaient donc un quelconque maléfice ?

   À croire, qu’il se trouvait dans ces bois où il avait tant joué lorsque, encore idiot, naïf et heureux, il se prenait pour un Kokiri, l’un de ces gamins éternels. Tandis que sa douleur se faisait incessante, il courut. Il courut jusqu’à en perdre haleine, ne s’arrêtant que lorsque ses jambes commencèrent à flancher. Il resta ainsi, durant quelques instants, la tête basse et les mains enserrant ses cuisses avant de redresser la tête, pour regagner son souffle. 

   Lorsque Link leva les yeux, ils s’écarquillèrent d’eux-mêmes. Là, face à lui… C’était un lieu où il n’était jamais retourné depuis le début de sa quête en tant qu’Héros du Temps, lorsqu’il avait terrassé avec un lance-pierre ridicule un arachnide de la pire espèce, Navi lui avait dit Gohma s’il s’en souvenait bien.

   « L’arbre Mojo… »

   Ses paroles n’avaient été qu’un simple murmure tandis qu’il fit quelques pas, fébrile. L’écorce terne et grisâtre était désormais parsemée de lierre verdoyantes et de mousses, mais le temps et la végétation qui avait succédé celle de son enfance avait épargné le visage serein gravé dans le bois. Interdit, il se laissa alors tomber à genoux, ses mains gantées grattant la terre avec acharnement et la portant à ses lèvres pour l’embrasser de façon déraisonnée. Après combien de temps… après combien de temps foulait-il les terres de son enfance ? Pendant combien de temps, n’était-il pas venu ici ? Des dizaines d’années ? Plus ? Moins ?

   Link s’évertuait à porter la terre meuble qu’il tenait entre ses mains contre son plastron, à l’endroit où se trouvait son cœur. Les mains tremblantes et jointes, Link conservait sa tête penchée en avant et dirigée vers son ventre. Tandis qu’il chérissait de façon irraisonnée cette terre, ce fut avec étonnement qu’il sentit un goût salé titiller sa langue. L’épéiste écarquilla alors les yeux plusieurs fois, réalisant qu’un liquide coulait le long de sa joue gauche pour ensuite s’écraser sur l’herbe.

   Des larmes ? Au fur et à mesure qu’il le réalisait, il se mit à pleurer sans savoir pourquoi, l’émotion faisant trembler chacun de ses membres tel une brise fraiche s’abattant sur des épaules dénudées. Il pleurait sans pouvoir s’en empêcher comme si tout ce qu’il avait enfoui au profond de son être durant toutes ces années de lutte refaisaient surface.

   Il pleurait tant qu’il ne se rendit pas compte qu’il ne lui restait plus que la peau sur les os. Ce ne fut que lorsque les bracelets qu’il portait aux avant-bras chutèrent en un léger tintement qu’il le remarqua. Son œil plissé leva alors son regard d’un bleu dur vers ses mains. Si les larmes avaient beau embrouillé sa vue, celle-ci n’était pas totalement floue. Ainsi, quelle fut sa surprise quand il vit qu’il n’avait littéralement que des os.

    Link sursauta vivement, ses fesses tombant sur le sol pendant qu’il ne cessait de retourner ses mains, le contemplant dans tous les sens. Bon sang, cela faisait tant de temps qu’il n’avait pas remis les pieds ici, qu’il l’avait oublié… Cette maudite malédiction qui hantait ses bois !

   « Les adultes qui se perdent dans les Bois Perdus se transforment en Stalfos. »

   Cette légende, combien de fois Navi la lui avait raconté lorsque l’un de ces revenants armés et casqués entravait leur route ? Il se débattit, agitant ses bras dans tous les sens de façon anarchique, avant de se relever précipitamment. Quelle ironie ! Le voilà, le Kokiri sans fée, en proie à la malédiction qui frappait les Hyliens qui avaient la folie de s’aventurer dans ces bois.
Où étaient donc ceux qui le déclaraient béni par les Déesses ? Qu’ils voient donc l’épéiste maudit par les lieux qui autrefois furent sa maison, là où avait péri celui qu’il considérait comme un père ! Et qu’ils disent que le Héros du Temps, oublié de tous à travers les époques, repose aux côtés de son père, le vénérable arbre sacré.

***

    Sous sa forme de loup, accompagnée de Midona, Link arriva dans le cimetière du château d’Hyrule. Quelle fut son étonnement lorsque, une fois qu’il terrassa les nombreux Stalfos errant sur la terre rendue humide par l’orage, il découvrit cette drôle de scène. Autour d’un énorme chêne, il pouvait voir d’innombrables fantômes, tous vêtus d’une armure aux teintes rouges et or. Ils conservaient la tête vers le bas, leur regard jaunâtre et vide tourné vers une unique direction, au pied de l’arbre. Intrigué, le loup aux yeux saphir suivit alors leur regard. Là, entre les immenses racines de cet arbre millénaire, se trouvait une auguste pierre tombale. Ses bords effritées par l’érosion étaient parcourus par des lierres voraces, mais en y regardant bien on pouvait apercevoir un curieux épitaphe gravé dans la pierre.

   L’épéiste maudit repose sous l’arbre sacré.

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[Petits textes en prose ou Fadaises d'Hyrule] | Xanto01
« Réponse #241 le: lundi 27 mai 2019, 20:41:51 »
Salut la compagnie ! Aujourd'hui, je vous propose un nouveau chapitre de ma seconde sur les PZiens du forum.

Oui je sais que ça fait un bail. Oui, je sais que ça fait deux ans que le dernier chapitre a été posté. Oui, je sais que cette histoire a sombré dans les méandres du forum. Oui, je sais que c'était inespéré voir impossible mais tout le monde a le droit à un petit mais vraiment tout riquiquihiatus, non ? Oui, je sais que c'est l'excuse basique mais vous prendriez bien un bout de fic puisque vous allez lu jusque là, non ?


***

Le reflet de la rivière

    Il porta ses mains à son visage, l’éclaboussant avec des légers gestes. L’eau fraiche revigorait ses traits tirés par ses harassantes journées de marche et le doux remous du cours d’eau apaisait son esprit. L’homme leva alors la tête, les yeux fermés et l’air serein, avant d’humer les effluves que les vents amenaient dans cette épaisse forêt. Cet air
L’homme ramena ses pieds contre son corps, tandis qu’il s’appuyait contre sa garde de son épée.  C’était une lame en acier gris, au pommeau orné par un modeste laçage en cuir daim d’une teinte brunâtre – à moins qu’elle ne fût orangée dans ses premiers instants. Son large dos était calé contre un sol, au bord de l’eau, et sa tête était légèrement penchée en avant. De là où il se trouvait, il pouvait apercevoir son reflet se mouvoir sous les ondulations du liquide.

   Ses longues mèches de cheveux, attachées en une queue de cheval désordonnée, étaient éparses et hérissées telle une crinière de fauve ou il ne savait quelle bête. Des cernes apparaissaient  sous ses yeux perçants, trahissant sa fatigue et sa mâchoire, endurcie par les années, était parcourue par une courte barbe mal rasée, à l’image des vagabonds qu’il avait rencontré au cours de sa route. Un vagabond, tiens ! Voilà ce que son apparence lui reflétait !
 
   Le coin de ses lèvres se souleva en un rictus, tandis qu’il essuyait l’eau qui perlait sur sa barbe humide. À le voir ainsi, on le prendrait pour un vétéran. Il avait l’allure de ceux qui paraissaient invincible sous le soleil de plomb qui fouettait de ses rayons les vastes champs de bataille. S’il se croyait l’égal de son Dieu, celui des Arts de la Guerre et du Combat, nul doute qu’il se serait comparé à lui en se proclamant demi-dieu.

    À cette pensée, il ôta le coude qu’il avait posé contre la garde de sa lame, l’attrapa, sortit la pointe de la lame de terre puis la contempla. De chaque côté de la gouttière de la lame, il pouvait voir son reflet. Ses yeux rouges dardaient avec ardeur l’image que sa lame lui renvoyait, remarquant ainsi à quel point il avait changé. Le voilà maintenant avec une allure de guerrier d’Aria et débarrassé de ses derniers traits juvéniles. On croirait qu’il avait quitté l’adolescence il y avait une dizaine d’années, alors qu’il y avait peu d’années.

   Ah, sa jeunesse ! Temps des regrets et des perditions, il était également le temps où il trouva sa propre voie. Teinté de rouge et dénué de doutes, c’était ce qu’il s’était juré. Il mettrait sa foi dans sa lame et sa vie dans chaque frappe, à l’instar de cette plaie errante et funeste. Le Fléau des Déesses disait-on mais, à ses yeux, elle était la première à subir ce titre. Éternelle perdue, entre sa dévotion envers leur Dieu et la quête que lui en avaient incombé d’autres – les trois Némésis -, entre la rage inhumaine qui l’animait et cette naïveté à vouloir la réprimer, entre la fièvre des combats et la quiétude d’une vie simple. Sans cesse tiraillée, sans cesse indécise, elle était une girouette qui menaçait de céder à force des vents qui la mouvaient.

   Le solitaire repensa alors au périple qu’il avait vécu au côté de ses anciens compagnons d’armes.

   « Tu as perdu… »

   Ce fut ses paroles qui s’imposèrent à lui. Les paroles d’une femme qui ne savait ce qu’elle voulait réellement, écrasée par le poids des responsabilités. Elle, à qui on l‘avait souvent comparé durant leur enfance puis leur adolescence, n’avait pu prononcer que grâce à cette chance insolente. L’hasardeux coup du destin ou la bénédiction de leur Dieu était ce qui lui avait permis de vivre jusqu’à alors. Sans quoi, elle aurait été vaincue. Elle ne devait sa victoire qu’à la lame que leur Dieu avait empoigné lors de son affrontement contre la Trinité. Ni plus ni moins.

   L’homme aux mèches hirsutes leva alors son regard vers le ciel. L’azur était parsemé de nuages, larges tâches grises, et le Soleil caressait de ses rayons les abords où il se trouvait. Les feuilles de l’arbre contre lequel il se trouvait dansaient sous le vent et filtraient la lumière du soleil qui s’apprêtait à éclairer le sol. C’était là le calme avant la tempête qui les emportera tous, un simple instant de vie, loin de cris et des pleurs. Juste une paysage pittoresque que chaque combattant imprimait dans sa mémoire avant de trépasser au combat, afin d’avoir une dernière vision d’une nature reposante.
Ses lèvres s’entrouvrirent alors, puis il demeura interdit quelques instants. S’il était resté avec elle… S’il avait emprunté ce chemin brumeux, menant à un avenir certain, nul doute qu’il serait mort. Elle l’aurait tué par sa faiblesse, son incapacité à ne pas décider avec précaution. Elle l’aurait entrainé avec elle, dans tel le fléau qu’elle était.

   Elle n’apportait rien de bon, une véritable plaie, incapable de sauver leur patrie. Que le premier qui arrive à faire rentrer du plomb dans la tête de cette imbécile, soit élevé au rang de Dieu. Stratège déplorable, infatigable girouette et sans doute une amante  exécrable. La seule chose qui lui restait était son talent de bretteuse, dont les gestes étaient anarchiques et brutaux.

   Ses traits se tirèrent à cette pensée, donnant ainsi l’impression qu’il vieillissait. Si elle ne succombait pas d’ici-là, nul doute que leurs routes se croiseraient de nouveau. La lame indécise croisa alors la lame décidée et cette fois, seul leur idéal guidera leur lame. Il portera l’avenir de son peuple et sa délivrance dans le tranchant de sa lame et si, par malheur pour elle, elle devait à s’opposer à lui, alors il la tuera tout comme cet insidieuse usurpatrice.

   Ganonpow soupira profondément. La tempête qui s’annonçait ne cessait d’obscurcir le ciel de leur vie et de leur royaume, et il fera tout ce qui est en son pouvoir pour l‘enrayer.





J'espère que ça vous a plu ! Si vous avez une quelconque remarque, je serais ravie de la connaître pour m'améliorer ^^

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[Petits textes en prose ou Fadaises d'Hyrule] | Xanto01
« Réponse #242 le: lundi 03 juin 2019, 21:04:03 »
J'ai beaucoup aimé ton texte sur l'origine de héros du temps d'échu jusqu'à ce qu'on le retrouve dans TP. Tu nous as mené du début à la fin, à découvrir petit à petit qu'il était et comment il allait finir. Toujours un temps d'avance sur l'écrit. Tout a été très bien amené, c'était très agréable à lire.

J'ai aussi lu le nouveau chapitre, je connais pas l'histoire, j'ai juste compris qu'il y avait une certaine histoire d'amour en vrai mais le jeune Ganonpow se le cache. C'est ça ? :8):
Merci à Haine et Jielash pour le kit <3

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[Petits textes en prose ou Fadaises d'Hyrule] | Xanto01
« Réponse #243 le: jeudi 02 juillet 2020, 13:10:32 »
Bonjour tout le monde !

Une nouvelle fois, je viens dépoussiérer mon topic. À croire que j'ai un cycle particulier, comme Link en fait. C'est vrai quoi, quand on y pense ! Link revêt la tunique du Héros lorsque vient le Temps pour lui de repousser le Mal tandis que moi, je poste un nouveau texte lorsque je sens que ce topic tombe dans les limbes.

Enfin, trêve de plaisanteries. Pour la petite histoire, j'ai commencé ce petit écrit hier et je l'ai terminé ce matin. À vrai dire, cela faisait un moment que je n'avais pas écrit un texte entier si je puis dire. Comme ces temps-ci je dessine beaucoup plus que je n'écris ; les rares textes que j'ai écrit ressemblent plus à de vagues extraits inachevés. Donc ça me fait plaisir de me dire que j'ai écrit un texte avec fin.

Du coup, je vous présente ce petit texte. Cette fois-ci, je ne vous dis pas de quel personnage il s'agit. Cela, dès les premières lignes, on devine dans quel jeu ce texte prend place. Quant au personnage en question, je vous laisse découvrir cela au fil du texte !








L'Ère du Renouveau




   L’Ère du Renouveau. Une ère que beaucoup croyaient impossible en ces temps troubles. Le Roi défait ; le Malin régna durant sept ans, bâtissant sa forteresse sur les ruines du château d’Hyrule. Dès lors, les monstres pullulèrent telle la peste et les habitants du Bourg fuirent vers Cocorico. Tout du moins, s’ils avaient la chance d’échapper à la prise de fer des Effrois. Seul un marchand sinistre, à l’œil rouge unique et sinistre dissimulé sous l’ombre d’une cape, s’était établi dans l’ancien Bourg lorsque tous l’avaient déserté. C’était un homme d’outre-tombe, négociant les âmes et les esprits tourmentés d’Hyrule. Enfin, pouvait-on le qualifier ainsi ? Avec cet œil troublant, il ressemblait bien plus à un monstre tapi dans les Ombres qu’à un Hylien. Quoique…

   S’il avait un monstre bien plus terrifiant que ceux qui erraient en Hyrule, c’était l’Usurpateur. Oui… Ganondorf Dragmire était un monstre d’ambition. Il était avide ; bien plus avide que les autres nobles d’Hyrule et c’était là la principale différence entre eux. Là où les autres craignaient le châtiment des Déesses, le Gerudo cherchait à s’approprier leur pouvoir à travers la Sainte Relique. C’était son ambition dangereuse qui lui avait conféré cette arrogance démesurée qui lui permit de fouler le Saint Royaume et de se voir octroyer la Triforce de la Force. Désormais, avec le pouvoir venant des Déesses et le pouvoir qu’il exerçait sur les hommes, rien ne semblait arrêter le Roi des Voleurs. Rien ne pouvait empêcher que ces sept ans de règne se prolongent pour laisser place à des décennies, voir des siècles s’il parvenait à obtenir les deux autres fragments de la Triforce. Et pourtant…

   Il y avait toujours cette lueur d’espoir aussi infime soit-elle en ces temps troubles. Une once d’espoir qui éclairait timidement l’horizon de la même manière qu’elle scintillait sur le dos de sa main. Le Renouveau était là, sous ses yeux. Il revenait d’un autre temps, d’une autre époque où le royaume prospérait sous le regard des Déesses. Et le voici désormais aguerri.  Si aguerri qu’il venait de sentir sa présence aussi discrète qu’une brise. Il avait le corps et les réflexes d’un adulte mais ses yeux bleus trahissaient sa candeur d’enfant, malgré les nombreux monstres qu’il eut déjà terrassés dans sa jeunesse. L’épée de Légende dégainée et son Bouclier à son avant-bras, il semblait sortir de ces livres contant les légendes anciennes. Il avait l’air d’un véritable Héros. Non…

   Il était ce Héros qui apportera la paix et scellera le Malin ; c’était une certitude que lui confiait son cœur. Sheik baissa légèrement sa tête et son regard s’attarda sur ce curieux objet bleu qui pendait à sa ceinture. L’Ocarina du Temps. Inconsciemment, un léger sourire vint se dessiner sous les bandages qui couvraient sa bouche. Voilà, un bon nombre d’années que Sheik n’avait pas vu cet instrument. À l’instar du Kokiri sans fée, d’ailleurs. L’attente fut longue mais le Malin ne régnera pas indéfiniment car le Héros lui fera désormais face. L’Épée de Légende et le Médaillon de la Lumière en étaient la preuve. Link était un élu des Déesses, celui qui voyageait à travers les âges entre terreur et prospérité.

   Link baissa les armes et Sheik prit la parole. C’étaient des mots simples mais qui pourtant lui brûlaient la bouche depuis si longtemps. Des mots qui prenaient leur importance, maintenant que Link était prêt.

   « J’attendais, Héros du Temps. »





EDIT : Je réponds un peu tard mais merci Chompir pour ton commentaire ! Néanmoins, vaut mieux tard que jamais non ?  Je suis contente que mon texte sur le Héros t'ait plu et que tu aies ressenti ce que je voulais transcrire ! Et pour le chapitre, t'as vu juste !

EDIT 2 : J'ai mis à jour le sommaire sur la première page, comme ça si quelqu'un veut lire un texte en particulier, il n'aura plus à faire défiler les pages du topic.
« Modifié: jeudi 02 juillet 2020, 17:20:56 par Xanto01 »

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[Petits textes en prose ou Fadaises d'Hyrule] | Xanto01
« Réponse #244 le: jeudi 02 juillet 2020, 20:40:36 »
WOW XANXAN !!! Ça faisait trop longtemps ! Ça fait trop plaisir de te revoir ! Comment que ça va depuis un an ?

Sinon j'ai lu ton texte bien sûr et j'ai beaucoup apprécié. C'est un petit texte très sympathique, bien amené parce qu'on a besoin de lire un peu pour savoir où il se passe et il décrit très bien, malgré le peu de description tout ce en quoi le royaume est en proie depuis le règne de Ganondorf. Comme quoi, rien que quelques mots et un cadre et des connaissances sur le jeu et tout suffit pour s'imaginer pleins de choses. :oui:
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« Réponse #245 le: vendredi 03 juillet 2020, 19:32:11 »
Hey @Chompir, j'espère que tu vas bien ! En premier lieu, merci pour ton commentaire ! Pour ce texte, je ne voulais pas trop donner d'indices sur le fait que Sheik soit le personnage central, d'où le fait qu'il y ait peu de descriptions. Jusqu'à ce que le nom de Sheik soit écrit la première fois, j'ai voulu donner l'impression qu'on puisse lire les pensées de Rauru qui attend dans le Sanctuaire des Sages. Mais j'ai fait une petite référence à la Triforce pour faire penser à Sheik.

Et pour ta question, j'ai eu mon petit lot de péripéties pendant un an mais sinon tout va bien !

Aussi, je profite de ce message pour vous présenter un texte que j'ai écrit aujourd'hui ! Si vous voulez un petit indice pour vous savoir de qui il s'agit, je peux vous dire qu'il s'agit d'un personnage à qui on ne donne pas souvent pas la parole. Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture, en espérant que cela vous plaise !






Le Requiem aux tambours




   C’était un air entrainant. Les premières notes se faisaient lentes, le tambour battait la mesure tel un métronome.  Les mains s’abattaient lourdement sur la peau tendue, annonçant le début de la mélodie. Deux coups, espacés, servaient à faire régner le calme. Puis un silence. Dès lors, la modeste foule se tenait en haleine. Le tambour se faisait solennel avec une lenteur exécrable. C’était le genre de morceau qui restait gravé éternellement dans une mémoire avec un rythme qui vous tenaillait les entrailles tant il était saisissant. La majorité de ceux qui l’avaient écoutée diront que c’était une musique à sensations fortes, capables d’hérisser les poils les plus infimes. Un déversement d’émotions, à l’image des chants liturgiques que l‘on entendait dans l’enceinte du Temple du Temps. Cela dit, ce rythme-là était plus intime, beaucoup plus intime. Peu de personnes en Hyrule ne pouvaient se vanter de l‘avoir écouté  et pour cause, ce chant-là était aussi bien gardé qu’un secret !
 
   Il était aussi secret que les mélodies précieusement transmises dans la Famille Royale au fil des âges. Voir même plus, après tout, ce n’était pas une musique destinée à la populace insouciante.  C’était un chant chargé de mystère et d’Histoire, à l’image de la berceuse Royale. Néanmoins, le conte narré ici n’était pas aussi doux que celui de la berceuse. C’était une musique brutale, dont les tambours et les chants pouvaient donner des sueurs froides tant ils étaient intenses. Un air ancien, d’une autre époque, qu’on entendait plus sur les terres d’Hyrule aujourd’hui. À raison d’ailleurs !

   Malgré tout, il ne cessait jamais jouer cette mélodie dans son antre avec ses compagnons. À force de l’avoir entendue, ils avaient fini par l’apprendre et avaient commencé à la rejouer. Ils l’entamaient souvent, en souvenir de leur ancienne vie. Mais de tous ces compagnons, il était celui qui rejouait cette musique le plus souvent. Tantôt seul. Tantôt accompagné. Mais la plupart du temps, il se retrouvait sans même s’en rendre compte à battre la mesure sur son précieux tambour, son trésor. Il répétait tellement que cela devint très vite une terrible obsession, de par son origine et de par la symbolique que cet air représentait aujourd’hui. Cet air qui était devenu au fil des années son hymne sacré. Un Requiem comme aucun autre puisque c’était là son propre chant d’exécution. Gravés dans sa chair meurtrie, il ne pouvait s’empêcher de le rejouer inlassablement. De façon déraisonnée, car ce glas lui rappelait le triste jour de sa mort. Il lui rappelait tout ce qu’il avait perdu et tout ce que lui restait. Une haine sans nom et des stigmates qui le faisaient encore souffrir atrocement comme lors de son agonie.

  Il n’était plus rien, si ce n’était qu’un spectre rendu haineux par la traîtrise. Un spectre condamné à jouer reclus, avec pour seul auditoire ses compagnons. Après tout, ce n’était pas comme s’il pouvait jouer pour les habitants de la surface… À ceux-là, il leur réservait de multiples tours, plus vicieux les uns que les autres.
   
   Soudain, un cri venant des hauteurs du temple. Oh, il ne l’entendait pas bien sûr mais il ressentait les légères vibrations de l’air sur la peau distendue de son instrument. Ce ne fut que lorsqu’il atterrit sur son précieux trésor qu’il le vit. À peine, plus grand qu’un moucheron. Tapi dans l’ombre, il s’avança légèrement pour mieux l’observer. Son regard flamboyant ne le trompait jamais mais pourtant il n’y croyait pas. Là ! Dans sa main ! Il y avait un autre de ses trésors ! L’un de ceux qu’il chérissait durant son vivant. Celui-là même qu’il avait créé pour permettre à son peuple de voir à travers les apparences !  Voleur ! Ne lui avait-on jamais appris à ne pas profaner la sépulture des morts ? C’était à lui, qu’il le lui rende !

   Un voleur ! Un Hylien ! C’était un Hylien ! Ce pauvre fou qui s’aventurait dans le domaine des morts, il allait le regretter…

   Cette fois-ci, il ne jouera pas pour se remémorer le jour de son exécution. Aujourd’hui, son tambour sonnera le glas de ce voleur, cet Hylien. La Créature des Ombres abattit une première main sur son instrument puis une deuxième, annonçant les premières notes de cette musique malsaine. Aujourd’hui, sera le jour de l’exécution de cet Hylien et d’Impa, cette traîtresse à leur sang. Ses mains frappèrent de plus en plus vite et la voix glaçante de ses compagnons maudits s’éleva au rythme des fracas. Ces Sheikah, aux corps mutilés par la torture et décharnés par la faim ; ces âmes si tourmentées et si avides de revanche qu’elles n’eurent jamais pu trouver le repos… Ces cadavres damnés, ces morts-vivants qui restaient prostrés sous la crainte du fouet d’acier, qu’ils se réjouissent ! Que tous ses frères et sœurs - ces Effrois dévorés par la rancœur - se réjouissent et chantent pour sublimer avec lui le Requiem aux tambours !

   Bongo Bongo battit la mesure de plus en plus forte, de plus en plus vite, puis se révéla à l’Hylien vêtu de vert. Son œil unique, seul vestige de son pouvoir lorsqu’il appartenait encore au monde des vivants, s’attarda quelques instants sur le Monocle de Vérité avant de darder du regard le petit être vert. Il n’intéressait plus à sa création. Tout ce qu’il voyait, tout ce qui lui importait, c’était ses yeux bleus, ses oreilles pointues.

   Un Hylien… Un Hylien… Un Hylien… Un Hylien… Un Élu Hylien… Il portait sur son dos la Lame Purificatrice, c’était donc un Élu Hylien. Un allié de la Famille Royale, un allié d’Impa. Un ennemi… Un ennemi qui cherchait à le terrasser lui, un mort-vivant, et qui avait sûrement occis certains prisonniers – son peuple - de ce Temple maudit. Un Hylien… Un ennemi qui voulait leur ôter à la fois Impa la traîtresse et leur vengeance.     

   Un silence d’outre-tombe régna.  Seuls les Effrois hurleurs et Bongo Bongo connaissaient la signification de cette pause brutale dans leur crescendo sinistre. Ce silence, avant la reprise du Requiem, annonçait le début d’une mise à mort.




N'hésitez pas à me faire part de vos conseils et de vos avis !








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[Petits textes en prose ou Fadaises d'Hyrule] | Xanto01
« Réponse #246 le: dimanche 05 juillet 2020, 13:12:12 »
Bonjour bonjour, je viens vous partager un nouveau texte !

Bon, en réalité, il n'est pas si nouveau que ça vu qu'il date de l'année dernière mais je n'ai pas eu l'occasion de le poster avant "ma longue pause" disons. Encore une fois, c'est un One Shot mais contrairement aux autres, il prend pour personnage central un OC. OC que je reprendrai peut-être dans une future histoire, qui sait. Sinon, j'espère que mon double post est autorisé. À vrai dire, cela fait tellement longtemps que je ne suis pas venue sur le forum que j'ai oublié le délai autorisé pour en faire un.

Sur ce, je vous partage mon petit texte, en espérant qu'il vous plaise.




La fierté du Désert




   Les pieds solidement ancrés sur le sable chaud qui brulait leurs plantes, une rangée de femmes. Ces jeunes gens, encore adolescentes, conservaient leur tête redressée fièrement vers leur instructeur ; le regard rivé sur la femme forte qui ne cessait de passer devant eux, le pas lent afin de mieux les intimider. La chaleur leur faisait tourner la tête et le traître Soleil de leur contrée, Váh Serq, fouettait de ses rayons leur dos dénudé, faisant perler sur leur peau tannée quelques gouttes de sueur.

   « Qu’est-ce qui se trouve sous vos pieds ? »

    Les jeunes gens se regardèrent entre eux, décontenancées. Les prenait-elle pour des sots ? Que voulait-elle qu’elles répondent, si ce n’était que seul le sable foulait leurs pieds aux sandales de cuir ? Quelques murmures parmi les rangs et leur nouvelle instructrice intima ces jeunes, ni guerrières ni avisées, de se taire. Finalement, ce fut une jeune fille, aux mèches rouges désordonnées et aux taches de rousseur sur son visage joufflu, qui s’avança sous les regards des autres. Le regard flamboyant sous la lueur du ciel, elle abordait un léger sourire confiant, insupportable.

    « N’est-ce pas évident ? Il n’y a que du sable. »

     Le regard qui se posa sur elle fut d’une ardeur inégalée. La jeune Gerudo leva les yeux vers la figure splendide et sévère de Nabooru. Divine. Sa crinière de flammes, négligemment relevée en une queue de cheval, léchait la peau tannée de la plus respectée d’entre toutes. Quant à son regard, d’un or plus pur que les grains de sable brûlants, elle ne pouvait que l’envier. Aussi perçant que celui d’un aigle, il semblait que le regard de Nabooru sondait au plus profond de l’âme, dans les prémices même de l’esprit. Face au regard insoutenable de son aînée, Vari avala discrètement sa salive. Visiblement, la réponse qu’elle venait de lui donner était à des lieues de ce que la Gerudo espérait. La jeune fille du Désert retint son souffle lorsque l’instructrice se pencha vers elle, ses sourcils roux froncés et ses yeux plissés sous une forme de mécontentement. Maudit soit sa tendance à toujours se faire valoir par les autres ! Si elle ne s’était pas comportée de la sorte, jamais elle n’aurait attiré l’attention de Nabooru par le pire moyen qui soit.

    Vari se rembrunît lorsque le nez proéminant de la guerrière frôla l’une de ses mèches flamboyantes. Par la Déesse du Sable… Si elle ne la scrutait pas de façon si effrayante, elle l’aurait qualifiée de divine.  Ce port altier, ses yeux brillants, ses muscles saillants qui roulaient sous une peau brillante, sans impureté… Ah, même le Temps, rongeur et envieux, ne pouvait altérer la beauté splendide de Nabooru, l’Exaltée. De toutes, elle était la seule dont le nom était suivi d’une épithète. Exaltée disait-on, car Nabooru, bien que sage d’esprit, était enivrée par la bataille.

   « Hesele, apporte-nous les cimeterres en bois. »

   Nabooru ordonna et la dénommée Hesele s’exécuta avec hâte. Les cheveux tressées, menue, la Gerudo aux yeux en amande accourait en portant sous ses coudes les deux armes exigées. Vari retint un reniflement bruyant lorsqu’elle la vit s’incliner prestement, son nez en trompette enfouie dans le sable et ses joues brunies sous l’effort de sa petite foulée. Évidemment qu’elle n’était bonne qu’à porter les armes, pensa alors la jeune fille aux tâches brunes. Aucune guerrière digne de ce nom ne pouvait se permettre d’être essoufflée après quelques foulées. C’était à se demander comment elle avait fait pour ne pas voir sa tête tranchée lors d’un combat autorisant des armes véritables.

   Ce fut la rudesse de Nabooru qui l’arracha à ses pensées.  Celle-ci avait précipité une arme en bois entre ses bras croisés avant d’empoigner la seconde, se mettant en garde. Cela intima Vari à adopter elle-même une pose offensive, plaçant le cimeterre face à elle, la tranchant de sa lame en bois formant une fine ligne entre ses deux yeux.

   La posture se voulait assurée mais elle ne pouvait dissimuler le tremblement ténu qui se propageait dans ses jambes.
Derrière la plus respectée de toutes, Vari pouvait percevoir les rires moqueurs des jeunes guerrières. Assisses sous l‘ombre et leurs épées de bois plantées dans le sol sableux,  celles qui avaient prouvé leur valeur ricanaient de sa prétendue ignorance. À croire, qu’elles se trouvaient intelligentes à glousser comme des bécasses en adhérant aux moindres dires de cette masse de muscle qui se proclamait championne.

    « Savil. Peux-tu leur dire ce qu’il se trouve sous leurs pieds ? »

    Un acquiescement bruyant puis la masse de muscles de tantôt s’avança de quelques pas, un sourire confiant aux lèvres. Grande, les cheveux courts, elle semblait être l’exacte opposée de Hesele. Ses lèvres tordues se déforment un bref instant lorsque ses yeux se posèrent sur Vari, avant de se concentrer sur Nabooru.

   « Le Sol Divin. Là où les larmes laissent la place au sang. »

   Si Vari ne se mesurait pas Nabooru, elle en aurait presque ri. Pour qui se prenait cette masse aux gros bras ? À l’entendre, elle se croirait pour la Déesse de l’arène alors qu’elle n’était qu’un gras de sable parmi tant d’autres. Elle semblait être l’une de ces têtes brulées hantant le champ de bataille, ceux qui mourraient les premiers car leur témérité incendiait leur vie. Les lèvres de la jeune Gerudo bougèrent, comme si elle s’apprêtait à répliquer à cette remarque. Cependant, avant qu’un unique son ne franchisse ses lèvres, le sabre en bois de Nabooru s’abattit sur elle.

    « Une seconde d’inattention suffit pour trancher une tête. »

    Soudain, un mouvement bref vers sa jambe puis Vari baissa son arme, bloquant tant bien que mal l’attaque de Nabooru. Comment avait-elle…? Une seconde offensive, un coup d’estoc, puis la jeune fille fit maladroitement un bond en arrière.  Et cette fut cette même maladresse qui scella ce combat. En effet, la guerrière avait bondi vers elle telle une lionne, son cimeterre se précipitant vers sa cheville. Cet unique coup avait suffit à faire vaciller Vari en arrière. Et le pire fut, que dans sa chute, elle put apercevoir un rictus agaçant sur les lèvres de Savil. Ah, se faire humilier en public… Le comble de la honte ! Surtout pour une fille qui, comme elle, aspirait à faire respecter en tant que guerrière !

   Pff… Tu parles d’une réputation… Je suis sûre que ça va me suivre toute la vie, cette chute, pensa amèrement la jeune Gerudo.

   Les fesses enfoncées dans une dune, Vari releva la tête grimaçante, tout en soufflant sur une mèche de cheveux pour l’écarter de son visage. Nabooru était déjà devant elle, son cimeterre en bois calé sur ses épaules fortes. La position de la vainqueure, admit douloureusement Vari qui se retrouvait à genoux telle une vaincue. Encore, pouvait-elle se qualifier de vaincue ? Elle avait tenu si peu de temps face à l’Exaltée ; qu’écrasée serait un terme plus judicieux. Néanmoins y avait-il un être sur cette Terre, hormis le Roi, qui soit capable de rivaliser avec Nabooru ? Même cette montagne de muscles, Savil, devait être à la traîne face à la Superbe Gerudo. Un soupir résigné, puis Vari tendit son cou, le regard fier dirigé vers la guerrière. Après tout, quitte à se prendre un coup sur le sommet du crâne, autant avoir du panache.  Pourtant, aucun coup ne vint. Le bras tendu vers elle, l’Exaltée lui présentait son sabre. Vraiment ? Elle ne comptait pas l’esquinter plus que ça ?


   « Un jour, tu comprendras ce qu’est la fierté du Désert. »


   Vari regarda un instant l’objet que lui tendait la vétérane puis s’en saisit afin de se relever. La fierté du Désert, hein ? Qui sait, peut-être qu’elle comprendrait un jour ? Pour le moment, l’heure était venue de masser ces bleus qui menaçaient de recouvrir sa peau.


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[Petits textes en prose ou Fadaises d'Hyrule] | Xanto01
« Réponse #247 le: dimanche 05 juillet 2020, 14:26:48 »
C'est 72h pour les doubles post mais ça ira pour celui là.
Cool sinon si tu vas bien !

J'ai lu tes deux textes et j'ai une grande préférence pour le premier. Tu réussie à amener l'arrivée de Bongo Bongo et toute sa haine alors qu'au début on se demande vraiment de qui il peut s'agir et de quel chant il s'agit. Tu donnes une plus grande importance au combat qu'il va dérouler avec Link et montre toute sa rancoeur qu'il a envers la famille royale qui l'a fait assassiner. C'était vraiment un texte super agréable à lire.
Pour le deuxième, il était bien sûr lui aussi excellent ! J'aime toujours autant les textes sur les guerres et entrainements Gerudo, ce peuple est juste parfait pour ces récits. :oui:
Merci à Haine et Jielash pour le kit <3

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[Petits textes en prose ou Fadaises d'Hyrule] | Xanto01
« Réponse #248 le: mercredi 08 juillet 2020, 12:05:23 »
Coucou Xanto ! ^^ J'ai lu tes textes et ils sont bien chouettes.

- L'Ère du Renouveau : Un petit texte très agréable à lire, on suit le fil des pensées de Sheik et on comprend comme elle et Hyrule ont souffert pendant toutes ces années, et le mystère est gardé jusqu'à la fin quant au protagoniste, puisque tu parles d'abord de l'état d'Hyrule de manière générale avant de te recentrer sur le personnage et sa longue attente. L'utilisation du futur dans l'avant-dernier paragraphe m'a un peu dérangé, mais ça fait sens, le fait qu'il apportera forcément la paix, que le doute n'est pas permis, c'est porteur d'espoir.

- Le Requiem aux tambours : Probablement mon préféré des trois. Au début, on ne sait pas bien de qui tu parles... C'est seulement quand tu écris les mots "exécution", "chair meurtrie", "mort"... qu'on commence à comprendre de qui tu parles. Et lorsque tu le qualifies de spectre haineux, le doute n'est plus permis sur son identité, et son nom est cité peu après. Vraiment, un très beau texte, on ressent sa souffrance, sa lassitude mais aussi son amour pour son instrument. Tu gardes ton personnage anonyme jusqu’à la fin, si bien qu'on n'a pas une image de monstre dégoûtant en tête et qu'on s'attache à lui avant de comprendre de qui il s'agit (même si je me doutais de son identité à cause du titre, c'est dommage... :niak:). Et j'adore la fin, quand tu rentres dans sa tête et qu'on le retrouve surpris de voir Link apparaître, ce qui est une belle inversion des rôles étant donné qu'il semble nous attendre dans le jeu. Les multiples allusions à la mort et le rythme de la mélodie donnent un aspect oppressant et malsain à  ce texte, ce qui colle parfaitement au temple de l'ombre et à son boss si marquant.

- La fierté du Désert : Un texte très agréable à lire, j'aime beaucoup la manière dont tu décris Nabooru. C'est une bonne idée de décrire le quotidien des jeunes Gerudos et la sévérité de leurs enseignements, et je pense que je n'aimerais vraiment pas en être une vu leur cruauté et leur violence. :oups: Si comptes refaire un texte avec ce personnage, c'est avec plaisir que je le lirai.

J'ai adoré lire tes textes, c'est chouette que tu sois revenue sur le forum et que je puisse te rencontrer !  :miou:
« Modifié: mercredi 08 juillet 2020, 12:07:22 par Anju »

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« Réponse #249 le: mercredi 08 juillet 2020, 19:58:53 »
Merci @Chompir pour ton commentaire !

Pour Le Requiem aux tambours, je voulais vraiment donner un effet de surprise en révélant l'identité de Bongo Bongo au fur et à mesure, en donnant l'impression qu'au début du texte on parle d'un joueur de tambour plus "normal". Au moment où Link apparaît, je voulais donner l'impression que Bongo Bongo se sente presque piégé par son arrivée ; qu'un Hylien(qui aide Zelda et par extension la famille royale) ose venir le tourmenter alors qu'il n'est plus que l'ombre de son vivant. Que même dans sa tombe, les Hyliens le hantaient toujours.

Pour la Fierté du Désert, je me suis juste demandée quelle serait la réaction de Nabooru si une grande gueule faisait la maligne devant elle. Je n'avais jamais écrit sur les Gerudos (autre que Ganondorf) et je me suis dit que c'était l'occasion de m'imaginer un petit bout de leur vie. Et j'ai voulu rajouter une symbolique autour du sable par rapport à la Déesse des Sables sans oublier que les Gerudos sont des fières combattantes du désert.


Salut @Anju, enchantée et bienvenue sur ma galerie ! Je suis contente que ces trois textes t'ont plu, en espérant que cela sera le cas pour d'autres !

Pour L'Ère du Renouveau, je voulais donner l'expression que plusieurs personnages puissent être le protagoniste, notamment Rauru, d'où le fait que la description d'Hyrule soit assez générale. Pour le futur, je comprends tout à fait que ça puisse te déranger, surtout que la majorité du texte est au passé donc il y a une "coupure" assez nette. Mais comme tu l'as écrit, c'était apporter une notion d'espoir du genre "ça y est il est là, il sera le futur d'Hyrule". En tout cas, merci pour la remarque, je prends note et je ferais plus attention lorsque j'utiliserais le futur de cette façon.

Pour le Requiem aux tambours, c'est vrai que le titre peut indiquer grandement l'identité du protagoniste. Je me suis fait la remarque en écrivant le texte et j'ai hésité à le changer pour que la révélation soit plus surprenante. Et puis je me suis dit que j'allais garder ce titre là vu que je le trouvais classe. :R Comme tu dis, je voulais laisser paraître son amour pour son instrument mais également son obsession pour cette fameuse musique d'exécution. Il a plus toute sa tête ( sans mauvais jeux de mots ) et j'ai pensé qu'inconsciemment, il s'est raccroché de façon irrationnelle à l'une des dernières choses auquel il a assisté en étant vivant à savoir les battements de tambour. Et au sujet de la fin, je me suis demandée ce que Bongo Bongo penserait en voyant Link et surtout comment il réagirait en voyant que c'était un Hylien. Je me suis dit qu'il pèterait littéralement un câble en le voyant, tout en ressassant les émotions et les souvenirs qui le rongent.

Franchement, j'ai adoré écrire sur Bongo Bongo ; il y a tout un mystère autour de lui. Et je me suis dit que c'était l'occasion d'écrire sur un boss parce qu'à part les éventuels grognements qu'ils font en voyant Link, ils n'ont pas beaucoup le droit à la parole.

Pour la Fierté du Désert, je me suis dit que Nabooru était sûrement une bonne d'institutrice mais qu'il ne fallait pas jouer avec ses nerfs lors d'évènements aussi importants comme une initiation, le genre de prof avec qui tout va bien mais qui ne te rate pas quand tu fais le pitre. Du coup, je voulais garder un ton assez léger avec Vari tout en sous-entendant que chez les Gerudos on ne prenait pas le combat et le désert à la légère. Et honnêtement, si c'est pour me retrouver dans une timeline avec des confits Hylien/Gerudo, je préférais ne pas en être une non plus. Sauf si je vis dans une époque tranquille haha.

Merci pour vos retours sur mes petits textes !


_____


J'ai profité également pour poster mon nouveau texte ! Cette fois-ci, on quitte l'époque d'OoT pour se retrouver dans celle de... De toute façon, vous verrez !





Souvenirs d'une épopée










    Link regarda le ciel, le scrutant de ses yeux clairs. À cette heure-ci, les nuages avaient pris une douce teinte ocre et le Soleil s’apprêtait à se dissimuler sous l’horizon pour laisser place à la Lune. Le Crépuscule. Moï lui avait dit un jour que c’était le seul instant où Hyrule et leur monde se recoupaient. À cette époque, il n’avait pas réellement compris l’ampleur de ses mots. Il s’était juste contenté d’acquiescer doucement avant de contempler à nouveau l’apaisante source de Latouane. Après tout, comment avait-il pu avoir connaissance de l’histoire de ces Bannis ? À l’époque, il n’était qu’un innocent berger de Toal, heureux de ce que la nature lui offrait. Enfant, il avait été comme tous les autres, rêvant d’aventure et de batailles dantesques. Combien de fois avait-il réveillé Iria en sursaut, un bout de bois et un couvercle de marmite à la main en guise d’épée et de bouclier ?

    Comme tous, il avait rêvé et s’était assagi en grandissant, endossant l’habit du berger en même temps que celui de l’idole des jeunes du village. Comment pouvait-il s’y attendre ? Après s’être tant exercé avec un bout de bois et une marmite dans les premières années de sa vie, il s’était retrouvé avec le fourreau de l’Épée de Légende et un Bouclier frappé des armes d’Hylia sur le dos. Sans compter la tenue du Héros ! C’était la première fois qu’il revêtait une tenue autre que celle de Toal, et quelle tenue ! D’ailleurs, Midona le taquinait souvent à ce sujet en lui disant que ces habits lui allaient bien mieux que sa tenue de paysan.

    Link sourit inconsciemment en repensant à la Princesse du Crépuscule. Midona… Comment allait-elle en ce moment ? Sans doute était-elle devenue Reine à présent, maintenant que Xanto et Ganondorf avaient tous les deux péris. Peut-être qu’à l’instar d’Hyrule, il y avait également un moment où le Crépuscule et le Monde de la Lumière se rejoignaient. Le crépuscule était perpétuel dans ce monde, alors peut-être qu’à un infime moment, les Astres scintillaient comme le Soleil qui s’apprêtait à surplomber l’aube. Le Héros du Crépuscule inspira profondément, se remémorant les épreuves qu’il avait traversées avec sa comparse.

    Ah, comme ils en avaient traversé tous les deux au cours de leur voyage ! À vrai dire, aux yeux de l’Hylien, rien que sa rencontre avec Midona avait été périlleuse. Ce petit diablotin au couvre-chef étrange et au ricanement sinistre s’était littéralement joué de lui, à prendre la forme de ses amis disparus avant de le prendre pour sa monture personnelle alors qu’elle pouvait très léviter à ses côtés. Certes, elle lui avait appris certaines techniques capitales, comme apprendre à se fier à son instinct pour déceler l’invisible ou la manière de saisir les Assassins de Xanto à la gorge pendant qu’elle les immobilisait avec ses pouvoirs. Mais dans un premier temps, elle ne le faisait uniquement pour que le loup serve à ses intérêts. Puis, au fur et à mesure qu’ils parcouraient Hyrule, vint la complicité et la confiance. Link ne savait plus si c’était lui ou sa petite comparse qui fit le premier pas vers l’autre mais les discussions se firent de moins en moins formelles et froides au fil des jours. Les premières plaisanteries firent leur apparition sous la lueur des flammes quand Link établissait un petit campement dans la plaine d’Hyrule, une fois qu’ils eurent récupéré l’Épée de Légende dans le Sanctuaire de la Forêt.

    Heureusement d’ailleurs qu’il y avait eu ces railleries. L’enjeu de leur quête était immense et c’était dans ces moments-là qu’ils pouvaient prendre une petite bouffée d’air. Ça leur aérait l’esprit lorsqu’ils en venaient trop à penser au Miroir des Ombres, Xanto et puis Ganondorf. Quand le doute les étreignait quant à l‘avenir de leur monde respectif, l‘un des deux prenait la parole pour sortir l’autre de sa torpeur et de ses pensées sombres. Le plus souvent, c’était Midona qui s’y collait car il s’y prenait de manière assez pataude pour lui arracher un rictus.

    En y repensant maintenant, Link avait l’impression d’avoir fait un long rêve éveillé. Ces longs périples, ces épreuves, ces aventures, ces rencontres, tout semblait bien trop bien grandiose pour être vrai. Comme ces histoires que l’on racontait aux enfants. Et pourtant, il était à l’image des Héros de ces récits. Il était le Héros qui faisait le lien entre le Lumière et l’Ombre, le Héros du Crépuscule. Et contrairement aux autres Héros, lui il avait porté secours à non pas une mais deux princesses. Le jeune homme originaire de Toal sourit face à cette pensée idiote. Malgré toutes ces péripéties qui l’avaient forgé, il faisait toujours preuve d’une certaine candeur parfois.

    La dernière fois que sa nature lui avait joué des tours, c’était à la fin de leur périple. Ganondorf défait, Zelda, Midona et lui s’étaient rendus dans la Tour du Jugement. La menace éradiquée, il ne restait plus qu’à retrouver son royaume pour la Princesse du Crépuscule. Ce jour-là, il l’avait admirée. Ah… Elle était resplendissante avec ses longs cheveux flamboyants qui reflétaient le Soleil du Désert.  Ce jour-là, elle leur avait souri comme si de rien n’était lorsque Zelda avait déclaré que la Lumière ne pouvait exister sans l’Ombre. C’était vrai et lui comme elle avaient acquiescé devant les dires de la Princesse d’Hyrule. Puis, Midona prit la parole.

    « La Princesse l’a dit. Tant que le miroir est là, nous nous reverrons. »

    À ces mots, il avait naïvement souri. Oui, il avait réellement cru qu’il retournerait au Crépuscule pour revoir sa cynique partenaire de temps à autre. Après tout, qui pouvait lui interdire d’utiliser le Miroir des Ombres à son avantage ? Les sages, la Princesse Zelda ? Midona et lui avaient rétabli la Lumière en Hyrule,  ils avaient risqué leur vie pour défaire Xanto puis Ganondorf. Ils pouvaient bien utiliser le Miroir pour se retrouver, on leur devait au moins ça. Et puis, quel mal y avait-il à retrouver une amie ? Aucun, se mit à penser Link simplement.

    Et pourtant, le Miroir des Ombres était brisé désormais. Il avait éclaté en un milliard de bris lorsque la larme de Midona vint s’écraser sur sa face polie. La mine du Héros avait été stupéfaite mais il n’avait pas cherché à retenir l’Altesse du Crépuscule. C’était le choix qu’elle avait fait pour préserver son royaume si le Mal d’Hyrule venait à réapparaître. Elle avait pris cette décision en tant que souveraine, tout en sachant qu’elle briserait la porte entre leurs deux mondes. Elle avait fait passé son peuple avant elle, il avait vu cette tristesse sans nom dans ses yeux quand leurs regards se croisèrent une dernière fois avant qu’elle ne soit complètement de l’autre côté.

   Link inspira une nouvelle fois, les souvenirs allant et venant, emplissant sa tête. Il était persuadé que Midona se débrouillait bien. Elle avait l’étoffe et les épaules d’une grande souveraine. Et elle était bien trop enflammée pour se laisser aller comme lui. Ah si seulement elle le voyait… Elle l’aurait sûrement secoué dans tous les sens avant de lui hurler qu’à vingt ans il n’avait pas le temps de jouer les nostalgiques comme s’il en avait cent.

   Le Héros du Crépuscule porta la main à sa ceinture, farfouillant dans sa sacoche. Il en tira un long débris fait de pierre. C’était un fragment du Cristal d’Ombre, une pièce du fragment que sa partenaire portait en guise de casque étant maudite. Le Cristal d’Ombre était toujours là en Hyrule, sous la protection des Esprits de la Lumière qui ne pouvaient le briser. Et si l’artefact était si puissant pour permettre aux Bannis d’avoir mis la main sur la Triforce, sans doute était-il aussi puissant pour  reformer le Miroir des Ombres. Seulement… Était-ce une bonne idée ? Link contempla longuement le fragment qui était entre ses doigts avant de le ranger précieusement dans sa sacoche de cuir.

    Moï lui avait dit un jour que le monde de la Lumière et celui de l’Ombre se rejoignaient au Crépuscule. Zelda lui avait dit que leurs deux mondes étaient indissociables et que l’un ne pouvait exister sans l’autre. Ils avaient sûrement raison. D’autant plus qu’il était le pont entre ces deux faces d’une même pièce, lui le Héros du Crépuscule.

    Link se leva puis grimpa sur le dos d’Epona, flattant l’encolure de la jument. Il tira ensuite les rênes, se mettant en route avec en tête une unique certitude.

   Ils se reverront un jour, il en était persuadé.










- Pourquoi Aran aime faire la fête ?
- Parce ce qu’elle Samus beaucoup

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[Petits textes en prose ou Fadaises d'Hyrule] | Xanto01
« Réponse #250 le: vendredi 10 juillet 2020, 02:20:25 »
Vraiment, merci pour tes réponses si complètes, ça fait plaisir et je suis particulièrement friande de ce genre d'anecdotes sur l'écriture d'un texte.  :miou:

Pour le titre, je pense que tu as eu raison, même s'il dévoile l'identité du protagoniste, il est très joli et correspond bien au personnage de Bongo-Bongo. C'est vraiment un très bon texte, plein d'émotions. Et c'est vrai que c'est un des rares boss de la licence sur lesquels on peut écrire, étant donné qu'il a sa propre histoire et son passé, sans que tout ne soit explicité.

J'ai oublié de le dire mais j'aime beaucoup "ta" Nabooru,  elle a un caractère bien trempé. ^^

Quant au texte, il est très agréable à lire, on sent la nostalgie de Link puis le manque de l'absence de son amie. Tu résumes bien le jeu, en tout cas, pour la relation entre Link et sa partenaire, et c'est cette relation que j'ai le plus aimé dans le jeu. Même si aujourd'hui, je n'aime plus trop TP, Midona reste un de mes personnages favoris.

Juste, si je peux me permettre, dans ce passage :

Citer
maintenant que Xanto et Ganondorf avaient tous les deux péris

Il me semble que le participe passé du verbe "périr" est "péri". Quant à la phrase finale, l'utilisation du futur m'a encore dérangé, comme tout le reste du texte était au passé, désolée...

A part ça, le court passage avec le fragment de cristal d'ombre semble présager une suite... serait-ce le cas ? Link va-t-il faire une grosse bêtise, essayer de récupérer les cristaux d'ombre ? S'il y a une suite, c'est chouette, et sinon, ce n'est pas important, ton texte se suffit à lui-même en proposant une fin ouverte.  :oui: