Auteur Sujet: La Tour du Rouge : [Random | Très court] Sans titre #1  (Lu 59286 fois)

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La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
« Réponse #15 le: mercredi 09 mai 2007, 22:49:07 »
Eh bien, eh bien... Il y a tellement de choses à dire, Great Magician Samyël (je sens que je vais encore m'égarer, moi...)! ^^ Tout d'abord, sache que j'ai autant apprécié qu'avant, ton style me plaît toujours autant, très fluide, les mots sont bien choisis, les tournures de phrase agréables, la ponctuation également, les descritions sont bien retranscrites, conférant à ton récit une dimensoin épique qui me donne toujours plus envie d'en savoir la suite. (Je sens que je vais encore m'attarder moi... ^^). J'ai beaucoup aimé le combat de Rirjk contre le démon, violent telle la tempête fait plier les navires à sa fureur, intéressant, doté d'un rythme accrocheur, avec un appel aux sens et aux images, comme pour les griffes crissant sur le tableau et les rougeoiements. Et cette magnifique retombée, pour se tourner vers un tableau crépusculaire, le soleil déclinant dardant ses rayons ensanglantés vers la mer, fidèle miroir de son agonie régalienne, se mourant dans son propre fluide vital, comme pleurant, doublé de regrets des plus sincères et profonds, alors qu'il se fait lentement, mais si douloureusement qu'il en perd son essence propre, happer par le remous du temps et des vagues... Quelle mélancolie! J'adore ce genre de thème, je crois que tu l'auras compris (Pas pour rien quand même que mon pseudo c'est Prince du Crépuscule. ^^). J'ai vraiment apprécié cette retombée, ce calme qu'habite le lendemain de tourments, même si moi j'en aurais fait trois pages (ça me fait penser à ma fiction concours tiens! Ksh! Ksh! Ksh! :) ), c'était un très bon moment, vraiment agréable, avec Rirjk voulant fuir son passé, rompre avec les angoisses tappies au fond de lui, jetant symboliquement cette épée dont on ne connaît presque rien, c'est très joli, ça me touche (en même temps, y a-t-il une chose qui ne me ravit pas ici? ^^). J'y ai distingué ta marque, tes intentions de ravir le lecteur, de le séduire au plus profond de lui-même, jusqu'à le combler entièrement de satisfaction, félicitations, c'est réussi!

Pour ta suite (et dire que je ne voulais que commenter ce passage au départ! Je me suis dit, faisons un message court, bah ouais, on vois ça hein, je suis décidément incorrigible... ^^'), j'ai également aimé la façon dont tu as introduit le personnage d'Eratius, Commandeur au service du pontife d'une secte religieuse fanatique, voulant éradiquer la magie, représentant toutes les aspérités du Continent. J'adore ce thème, mais c'est du déjà vu, comme dans La Fortune de L'Elu, par exemple, qui fonctionne exactement sur le même système (mais je pense que tu sais, puisque tu l'as lue. ^^) ou alors, encore plus flagrant dans L'Epée de Vérité, avec le Sang de la Déchirure qui a exactement la même fonction au service du Créateur et de l'Empereur Jagang, Celui qui marche dans les rêves. Enfin, il n'empêche pas que j'affectionne ce genre de personnages, qui va bientôt donner du fil à retordre aux habitants insulaires de Solanéa et en particulier à Rirjk et Samyël, je le sens déjà venir... J'ai hâte de connaître la suite tiens, et de voir comment tu te débrouilleras afin de faire évoluer ta fiction! Surtout que je sais enfin d'où vient ce cher Falenz, qui m'avait vraiment, immensémment plu, et qui n'est autre que l'un des derniers représentants d'un pouvoir juste incarnant un passé glorieux et noble, agonisant, se dressant tel le dernier obsatcle, un Chevalier de l'Ordre au service de l'archimage, déservant le Vertu que l'on ne respecte plus désormais, laissée honteusement en friche... Superbe! ;)

Encore une chose, (ouais ouais, j'ai toujours des choses à dire sur des écrits, tu voulais un commentaire? Bah fallait pas m'appeler, hein... >_>) j'ai beaucoup aimé ces passages hautement descriptifs, même si moi je ne procède pas de manière semblable (enfin chacun son style, c'est mieux ainsi! ^^), tu les manies vraiment bien, tout comme les passages sentimentaux. On en connaît désormais un peu plus sur le Continent, ses failles, son passé glorieux, son présent dont les lambeaux se détâchent peu à peu d'un souvenir mirifique, un futur incertain d'un monde qui sombre dans la démence et le doute... Tu as su insuffler toute une histoire à ce Continent qui sort de toutes pièces de ton imagintion, lui donner contenance, de la vie, comme s'il s'agissait d'un personnage à part entière. C'est un environnement en péril qui me plaît, et qui ne passionne pas que ce cher Samyël. Tu as amorcé mon désir d'élargir mes connaissances en la matière, et éveillé ma curiosité intarrissable à ce sujet.

Encore bravo, donc! (si moi je ne fais pas dans l'emphase... ^^) Voilà, maintenant tu sais, à tes dépends, ce qu'est un message dit "à la Prince du Crépuscule", long et poétique, élogieux souvent, mais réservant parfois des critiques acérées. J'espère que tu apprécieras, comme tu me l'avais demandé expressément! :)


Yuan du pays de l'amûr tûjûrs

Hors ligne Great Magician Samyël

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La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
« Réponse #16 le: jeudi 10 mai 2007, 00:07:17 »
Huk huk, j'ai bien fait d'attendre, je ne suis pas déçu, loin de là (je crois que je viens de voir le commentaire le plus long de ma vie, et il est pour moi X ) Nyark Nyark)

Tout d'abord, je tiens à te remercier Prince du Crépuscule (hop, une envie comme ça, de l'écrire en entier pour changer^^) pour tous tes commentaires qui me font très plaisir^^

Je suis heureux de constater que j'arrive à insufler les ambiances que j'escomptais^^ J'ai pris pour ma part beaucoup de plaisir à écrire le chapitre 5, focalisé sur l'ami Rirjk. Je suis content que tu ais pris autant de plaisir à le lire^^

Je ne mentirais pas en prétendant que je ne me suis pas fortement inspiré de l'épée de vérité pour cette nouvelle religion qui met à mal le fragile Continent^^ Malgré cela, j'ai également été influencé par les Monarchies Divines de Paul Kearney, que je vous recommande à la lecture^^

Ha, je vois que j'ai réussi à pieger ton oeil acéré de lecteur acharné huk huk (je m'aime^^). En effet, le général Kalenz de Fort-Argent n'est pas notre bon Falenz Delso, pirate convaincu^^ En effet Falenz apparaîtra bcp plus tard dans le Cycle avec notamment l'apparition d'un certain trio mais je n'en dis pas plus héhé^^

Cependant, le Continent vous réserve encore bien des surprises nyark nyark...
Nous arrivons bientôt à un tournant dans la vie de notre petit Magicien aux cheveux de flamme, et par la même, dans le récit. Mais je n'en dis pas plus, rendez vous dans le prochain chapitre héhé^^

Après avoir lu ton super commentaire, je n'ai pu m'en empêcher et j'ai fini  le chapitre 6 d'un trait^^
Une deuxième partie qui complète la première, éclaircissant un peu plus l'histoire de ce monde incertain.
Mais gare, le Destin rôde, et l'hiver approche...

Sur ce bonne lecture ; )

Ps: J'ai également changer le nom de ce chapitre, car au final, je l'ai totalement remanié par rapport à ce qu'il devait être en premiers lieux, si bien que son premier nom devenait un peu obselète^^



____________________


Chapitre 6: L'approche de l'Hiver. (deuxième partie)



 Ce soir là, ils mangèrent dehors. Rirjk avait invité le grand père. La soirée était douce, avec une légère brise. Les fameuses lucioles Solanéènnes dansaient leur ballet lumineux dans l’air.
L’ambiance était décontractée, on parla beaucoup, on conta des histoires.
-Grand père, grand père! J’aimerais entendre la geste d‘Aegir! S’il te plaît!
-Encore? Mais tu la connais par cœur!
-C’est ma préférée!
-Oui, s’il vous plaît, intervint Rirjk. Vous racontez comme personne.
-Et bien, si vous le voulez à ce point.
Erika vint se blottir sur les genoux de son mari, leur enfant dans les bras. Samyël s’enroula dans sa couverture et s’approcha du feu. Le vieil homme se gratta la barbe un moment. Puis il leva la tête vers les étoiles, et commença à chanter d’une voix grave, puissante, qui parcouru la campagne jusqu’à Vallon-Brumeux.

Jadis,
Gouvernant les cieux et le vent,
Volaient les anciens dragons.
Jadis,
Émergeant du Chaos du Néant,
Etaient les puissants démons.

Pour la terre ils s’opposèrent,
Dans le feu ils se déchirèrent.

C’est alors qu’apparurent,
Par delà les monts,
Les hordes de Nagür,
Le noir Dragon.

Des démons il se fit allié,
Des dragons il se fit roi.
Et dans le ciel il volait,
Sombre oiseau de proie,

Et le malheur sur le monde il déversa.

Ô enfant,
Lorsque pointe la nuit,
Scrute l’horizon sans répit,
Des ténèbres jaillit l’ennui.

Ô enfant,
Reste en ces murs,
Dans la nuit rôde Nagür,
Il te cueillera comme un fruit mûr.

Le dragon était puissant,
Nord, Sud, Est, Ouest, il appela ses Servants.
Et à l’appelle répondirent les Seigneurs Nécromants.
De tous ils étaient les plus puissants.

Destruction et ruine ils apportèrent,
Et la chute des Hommes ils provoquèrent.

Ô enfant,
Toi qui attend,
Dans la nuit rôde Nagür,
Il te cueillera comme un fruit mûr.

Mais un espoir il advint,
Un champion, l’épée à la main,
Auréolé de Lumière,
Venu d’au-delà les frontières.

Aegir le Brave,
Aegir le Téméraire,
Rendons lui hommage,
Levez vous mes frères,

Nous avons un roi,
Nous avons un espoir,
Sa parole fait loi,
De son bras il nous protégera.

Dix guerriers se dressèrent,
Dix chevaliers armés,
Qui jurèrent sur la mort de leurs pères,
Qu’ensembles ils se vengeraient.

Les compagnons partirent,
Loin dans le nord,
Vers de violents conflits dont-ils ne purent se départirent,

Les Seigneurs Nécromants furent vaincus,
Au prix de nombreux sacrifices,
Mais tel était le prix de la Vertu,
Quoi qu’en dise les auspices.

Alors, de la forteresse d’Ur-Les-Ombres Nagür jaillit,
Volant vers les cieux infinis.
Et Aegir le poursuivit,
Et pour l’éternité le défît.


 La dernière note du chant s’envola doucement dans l’air du soir, laissant l’auditoire sans voix, transi et émerveillé. La campagne était silencieuse, comme saisie par la mélancolie de cette geste qui racontait la fondation du monde. Un léger souffle de vent fit bruisser les hautes herbes, et les cigales se remirent à chanter. Le feu crépitait pitoyablement, attendant désespérément un combustible pour ne pas mourir.
Samyël s’était endormi, un sourire sur les lèvres. Nul doute qu’il devait rêver une fois de plus de chevalerie et de combats épiques. Erika somnolait sur les genoux de Rirjk, berçant doucement le jeune Erik.
Le magicien sourit, embrassa les cheveux de sa femme et posa son regard sur les étoiles.
-Ils approchent, dit-il.
-Je le sais.
-Vieil homme, j’ai peur. Pour ma famille, pour vous, pour Samyël, et pour moi.
-Je le sais.
-Qu’allez vous faire?
Henry ne répondit pas tout de suite. Il remit une bûche dans le feu, et contempla les flammes un moment, l’air songeur. A ce moment là, il émanait de lui l’espèce d’aura de sagesse propre aux gens d’âge et d’expérience. Mais malgré ça, le poids des ans se faisait lourdement ressentir.
-Si le destin l’a voulu ainsi, je ne m’y opposerais pas. Je ne peux que prier pour l’avenir de mon petit fils.
-Je vois…
Les deux hommes restèrent un moment silencieux, pensifs, chacun s’interrogeant sur ce que serait la vie de demain. Quelque chose allait arriver, ils le ressentaient tout comme l’ours ressent l’approche de l’hiver. Mais ils ne dirent rien. Ce n’était pas leur genre. Deux hommes solitaires, deux hommes tristes comme le monde, avec dans le cœur plus de mélancolie qu’un barde triste jouant seul dans la rue un jour de pluie.
Rirjk coucha sa femme et son fils, puis il porta Samyël le long du sentier qui menait à leur masure. Sur le pas de la porte, Henry et lui échangèrent un regard, puis, silencieusement, le magicien repartit dans l’ombre de la nuit.

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La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
« Réponse #17 le: jeudi 10 mai 2007, 11:25:50 »
Je viens de commencer à lire les 2 premiers chapitres et j'adore c'est vraiment écrit ! La tournure que sa prend est bien ;)
Si vous cliquez ici vous verrez une chose que ne vous ne comprendrez pas.
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La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
« Réponse #18 le: mardi 15 mai 2007, 22:55:30 »
Hi people! Quelques nouveautés débarquent (bon, disons le, deux, mais c'est déjà ça^^)! Premièrement, la carte que je vous avez annoncée au début du topic (ça remonte dis donc^^). Elle est consultable depuis le premier post!^^

Deuxièment, l'arrivé d'un second récit dont j'ai repris l'écriture. Ce n'est rien d'autre que l'histoire de Falenz, le pirate. J'avoue qu'une fois l'écriture de la nouvelle "Falenz" finie, j'avais envie d'aller plus loin avec ce personnage qui me plaisait beaucoup. Durant les dernières grandes vacances, j'avais donc entrepris la conception d'un nouveau monde (son monde), ainsi qu'un scénario et tout le tralala, ce qui avait abouti à un chapitre. Sur le coup, je n'avais pas continué (flemme peut être? :niak: ) J'avoue que je l'avais un peu oublié jusqu'à ce que récemment PdC en reparle dans son dernier commentaire et qu'une amie m'en demande des nouvelles. Sur le coup, j'ai eu très envie de reprendre l'écriture, mais me connaissant, j'hésitais, de peur  que l'écriture du Cycle en soit retardée. Cependant, j'ai retrouvé ledit chapitre dans un dossier poussièreux d'un PAD, après relecture et correction, je me suis dit "alley, au diable tout ça, je me lance". Donc je poste ici le premier chapitre d'une aventure assez particulière, car se déroulant dans un monde mélant Fantaisy et S-F. Tout ça en attendant le chapitre 7 du Cycle, que j'essairais d'écrire d'ici à dimanche^^

Je n'en dit pas plus, bonne lecture^^ (j'attends vos critiques/impressions, surtout toi PdC, me déçoit pas : p *crève*)

Kyren===> comme je te l'ai déjà dit sur MSN, merci pour le comm'^^


_______________



Falenz


Chapitre 1: Les deux parias. Le Pirate et le Psychik.

La porte s'ouvrit dans un grincement et un bruit atroce se répercuta dans la petite pièce lorsqu'elle toucha le mur de pierre froide. La lumière crue d'une torche pénétra dans la cellule, masquant le visage de l'homme qui la tenait.
-Tiens, on t'a apporté un p'tit camarade, furent les mots qui sortirent de ses lèvres. T'as qu'à lui apprendre à prendre le vent en poupe!
Un rire gras jaillit de sa gorge puis il disparu de l'encadrement de la porte avant d'y revenir en tenant quelqu'un par le bras, qu'il jeta sans ménagement sur le sol dur de la petite cellule.
La porte se referma avec le même grincement puis claqua dans un bruit infernal.
Avec la porte disparut la lumière tel un soleil disparaissant derrière une colline pour faire place aux ténèbres les plus profondes. Aucune lucarne n'apparaissait sur les murs nus, ni aucune fenêtre pourvue de barreau. Seul le noir et le silence emplissaient la pièce à la manière d'une purée de poix.
L'homme au sol, car s'en était un, se releva et tenta de sonder les ténèbres qui l'oppressaient. Ce fut en pure perte et il s'assît sur le sol humide avec un soupir fataliste.
Il avait été pris.
Pourtant, il avait œuvré avec habilité et il avait calculé les événements à la perfection. Mais un imprévu était intervenu. Il avait été reconnu. Il avait bien tenté de résister, de fuir, mais, contraint par le nombres de ses assaillants, il s'était rendu et avait été jeter ici, dans la Citadelle Aux Milles Éclats. La prison réservée aux grands criminels et qui gardait jalousement sa réputation de n'avoir jamais perdu un de ses occupants dans une tentative de fuite.
Voilà donc où se trouvait l'homme lorsqu'un craquement d'allumette se fit entendre. Une petite flamme s'alluma dans le fond de la cellule. Momentanément aveuglé, le nouveau venu ne put tout de suite distinguer les traits de son compagnon de captivité.
-Et bien, qu'est-ce que nous avons là?
La voix était grave et légèrement pâteuse, comme celle de quelqu'un que l'on vient de tirer du sommeil -et c'était probablement le cas.
L'occupant des lieux apparut sous la lumière vacillante de l'allumette. Une tête bien faite, des yeux gris pétillants d'intelligence mais qui vous glaçaient les sangs tant ils étaient froids et durs, un nez aquilin et des lèvres sèches à cause du peu d'eau qu'elles devaient recevoir. Une crinière de cheveux roux et sales lui tombant jusqu'au milieu du dos lui encadrait le visage et une barbe très bien fournie mais tout aussi sale attestait d'une longue captivité. Il avait dans les trente cinq ans.
Il plissa les yeux pour tenter de distinguer son interlocuteur, mais celui-ci n'entrait pas dans le halo rougeoyant de la source de lumière qui déjà s'éteignait.
Ils se retrouvèrent de nouveau dans le noir.
-C'est quoi ton nom?, reprit l'homme.
Il y eu un temps de silence puis le nouveau répondit:
-Lohengryn.
-Un nom de jeune pucelle ça!
Et d'éclater de rire, un rire franc et puissant qui se répercuta sur les murs de la salle.
-Je ne vous permets pas de critiquer le nom que m'ont donner mes parents (il s'était déplacer à présent, pour s'adosser au mur et le son de sa voix provenait de la droite du prisonnier roux)
-Mille pardons, je ne voulais pas vexer mon seigneur.
Le ton de la voix était plein d'ironie et d'arrogance.
Lohengryn eut un soupir blasé.
-Ce n'est pas grave, après tout, je ne peux demander la politesse à un criminel... (Il vit les yeux de son compagnon d'infortune luirent dans le noir mais ce dernier ne dit rien) Et vous? Quel est votre nom?
-Del'so. Falenz Del'so, pour vous servir mon seigneur.
Silence.
-A.. A.. Attendez, vous voulez dire que vous êtes Falenz, Le Falenz. Le pirate?
-En personne, répondit celui-ci avec une voix amusée. Heureux de voir que ma réputation tiens toujours, même après quatre ans à vivre dans cette cellule puante.
-Mais... Je... Nous... On croyait que vous étiez mort!
-Pheu! Le jour qui verra ma mort n'est pas encore arrivé. Ils vous ont fais croire ça pour rassurer la populace.
Il eut un ricanement.
-Mais approche donc, que je vois enfin à qui je parle.
Il craqua une seconde allumette, qui lui dévoila Lohengryn.
C'était un jeune homme, dans la vingtaine. Des cheveux noirs et longs et qui lui arrivaient dans le bas du dos, des yeux verts, légèrement distants et éteints mais qui reflétaient une grande intelligence. Son menton était nu et son oreille droite percée d'un anneau doré. Une petite sphère métallique tournait autour de son crâne à la manière d'un satellite planétaire.
Falenz éteignit précipitamment sa lampe improvisée et cracha de dégoût.
-Un Psychik! Je me retrouve avec un Psychik! Par les Dieux Machines de ces satanés nains, ne devaient-ils pas t'enfermer dans un de leur centre pour débiles et mutants?
-Si, mais aucun n'a voulu de moi...
Nouveau silence.
-Je crois que je vais changer d'avis sur toi. Si ils ont fais ça, c'est que t'as fais un truc grave.
-En effet...
-Allez, dis à tonton Falenz ce que t'as fais.
-Je... Je préfère me garder cette information.
-Comme tu le sens, après tout, on a tous le droit d'avoir nos petits secrets... Bon, passons aux détails pratiques. Il n"y a qu'une couchette ici, donc on dormira dessus à tour de rôle. J'espère que t'as l'esprit à tout épreuve, mon gars.
-Pourquoi cela?
-Tes prédécesseurs n'ont pas pu supporter de sentir toutes ces choses qu'on voit pas et qui grouillent de partout sur leur corps lorsqu'ils dorment par terre, ils ont demandé l'exécution directe... Par contre, toi tu n'as pas le droit de le faire.
-Pou...Pourquoi donc? (la voix de Lohengryn était tremblante sous l'effet de l'angoisse et il s'imaginait sentir sur ses bras et ses jambes des choses qui rampaient, velues, écoeurantes ou bien flasques)
-Parce que je t'aime bien, et donc tu auras le post de commandant en second sur mon navire!
-Votre navire? Quel navire?
-Celui que je posséderais lorsque je me serais échappé de ce trou. Ne vas pas t'imaginer que je compte finir mes jours ici!
Et il se retourna sur sa couchette avant de s'endormir rapidement. Le pauvre Lohengryn, lui, ne pu dormir de la nuit, victime de l'angoisse distillée par les paroles de Falenz sur ce qui occupait la cellule avec eux...

Ils ne voyaient de la lumière que deux fois par jours, à l'heure où on leur apportait leur repas (une bouillie immonde avec un peu d'eau et un petit peu de pain), Falenz économisant ses allumettes pour d'autre occasion. A force, Lohengryn s'habitua à cette obscurité quasi permanente et il parvint à distinguer les contours de ce qui se trouvaient dans la cellule, sans parvenir à en voir les détails. Falenz parlait beaucoup, souvent tout seul car Lohengryn était plutôt quelqu'un de taciturne. Malgré ses innombrables tentatives, Falenz ne parvint pas à savoir ce qui avait valu à Lohengryn son séjour à la Citadelle. Le jeune homme restait invariablement muet comme une tombe à ce sujet.
-C'était la belle vie à l'époque, commença un jour Falenz lorsque son jeune compagnon le questionna sur sa vie antérieur. J'étais un pirate, comme tu le sais, le plus redoutable et redouté du monde connu. Mon équipage était le meilleur qui soit, tous plus habiles à l'épée les uns que les autres. Et mon bateau! Il fallait le voir! La meilleur prise de toute mon existence! Un des vaisseaux volants de Merydion. Avec des canons, des réacteurs et une coque faite d'un alliage dont seul les nains ont le secret. Nous étions invisible, aussi bien dans les airs, que sur la mer ou sur terre. J'avais les femmes que je voulais, les nobles se prosternaient devant moi lorsque je venais de décimer leur armé personnelles, et j'étais riche, riche comme personne ne l'avait été avant moi. Ha, ils sont loin ces jours heureux... (sa voix était emplie de mélancolie)
-Mais... Comment vous êtes vous retrouvé ici dans ce cas?, demanda Lohengryn (même après dix jours passés avec Falenz -donc cinq nuits de cauchemars à dormir au sol-, le Psychik ne le tutoyait toujours pas).
-C'est à cause de cette garce d'Heria... La fourbe se disait éprise de moi, et dans un moment d'imbécillité de ma part, je l'ai crue. Une escouade de miliciens m'est tombée dessus alors que je partageais sa couche avec elle. Je lui ai promis de la retrouver, où qu'elle soit, une fois que je serais sorti d'ici.
L'ancien pirate décocha un sourire féroce à son compagnon de cellule, que celui-ci ne put voir dans le noir.
-Parle moi des gens de ta race, repris Falenz après un court moment de silence.
-Des Psychiks? Et bien, il n'y a pas grand chose à dire sur nous... Nous sommes ce que les gens du peuple appellent des mutants car grâce à notre esprit, nous pouvons influencer la matière, la lumière et le son. Mais chacun d'entre nous à sa spécialité.
-Ha? Je n'étais pas au courant. Et toi? Quelle est donc la tienne?
-Je peux contrôler les esprits faibles mais seulement influencer les esprits fort et je maîtrise le feu avec facilité.
-Fort bien fort bien! Tu m'aideras mieux que n'importe qui d'autre dans ta tache de second! Mais il va falloir t'enlever ce truc qui tourne autour de la tête.
-Qu'est-ce que c'est au juste?
-Je n'en sais rien. Je sais simplement que sa t'envoie des ondes contraires à celles qui te permettent d'utiliser tes pouvoirs pour justement t'empêcher de les utiliser. Je mettrais ma main à couper que c'est une œuvre de ces fichus machinistes Merydionniens!
-Tu parles de Merydion depuis que je sui arrivé, le coupa Lohengryn. Qu'est-ce? Une ville, un pays, un empire?
-Merydion... C'est la cité aux tours d'argent. Une ville comme tu n'en as jamais imaginé de pareille. Elle s'étend sur plusieurs milliers d'hectares, et ses tours d'acier et de verre émergent du sol comme de la mauvaise herbe. L'air y est métallisé et le ciel a une couleur acier également. Les gens de là bas sont très forts. Ils construisent des merveilles, comme les bateaux volants. Seuls les nains peuvent rivaliser avec eux sur ce point.
-Où se trouve cette ville?
-Sur une grande île, à l'est, par delà la mer sans retour.
-Ca a l'air chouette.
-Plus que tu ne le crois gamin. Un jour, je t'y emmènerais, je te le promets.
Lohengryn coula un regard aveugle vers Falenz. Il parlait avec une voix vibrante. Ca ne lui ressemblait pas. Le jeune homme haussa les épaules et n'y fit plus attention.
-Et... Quand est-ce que tu comptes t'évader?
-Dans deux mois.
« Modifié: samedi 18 août 2012, 16:05:39 par un modérateur »

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La Tour du Rouge : Les Carnets du Mercenaire 7 à 10.
« Réponse #19 le: samedi 19 mai 2007, 15:16:43 »
Bon, ben moi j'ai pas lu l'aventure de Falenz le pirate, je me suis contenté de lire celle de Samyël. Et j'avoue que c'est une grosse déception : OU EST LA SUITE BON SANG DE NOUILLE ? :niak:
Voilà, comme j'avais bien apprécié ton texte rendu pour le concours, je me suis dit que j'irais bien faire un petit tour du côté des Cycles du Rouge histoire de vérifier les talents d'écrivain du super magicien.
Bon, donc, par où commencer ? Un héros de six ans... Moui... Ca m'a un peu surpris au début, et puis son intelligence, ses capacités, tout ça, tout ça, bon autant dire que c'est le type de héros qui m'agace quelque peu. Heureusement, y a son grand-père et Rirjk (enfin quelque chose ocmme ça, il a un nom imprononçable le bougre). La tournure des évènements notamment dans le chapitre 4 / 5 m'a fort étonné (dommage qu'il ressuscite niark niark). Du moins, je ne pensais pas trouver ce genre d'évènements dans des récits du genre.
La magie semble être le centre de gravité de toute l'intrigue, par conséquent la manière de l'amener est mystérieuse et le lecteur ne demande qu'à en apprendre un peu plus. La cosmogonie du monde semble être par ailleurs bien étudié vu les détails qui fourmillent (comme par exemple les histoires d'altitude, ça c'est excellent !).
Aussi, les ambiances savent se faire lourde et oppressante quand il le faut (la scène de résurrection pour exemple) et ça c'est cool !
Donc, voilà, si tu pouvais te dépêcher pour la suite ça serait bien aimable :niak:
Et petit autre truc : est-ce que l'histoire de Falenz sera amené à croiser celle de Samyël ? Est-ce qu'il s'agit d'histoires complémentaires ? Si oui, alors je lirais Falenz avec plaisir xD Sinon, j'ai un peu la flemme là tout de suite :niak:

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« Réponse #20 le: samedi 19 mai 2007, 19:46:40 »
Merci nehëmah pour ce commentaire :niak: (<==c'est officiel tu m'as convertit XP)

Pour ce qui est de Samyël, certes, je te le concède, mais ce n'est que le début du récit. Il va grandement évoluer par la suite, mais je n'en dis pas plus ^^
Et pour répondre à ta question, ui l'histoire de Falenz sera ammener à croiser celle du Super Magicien comme tu dis : p Mais c'est pas pour tout de suite alors te force pas ^^

Veualà, comme promis, et puisqu'on me réclame, le chapitre 7 qui marque la fin du court prologue du Cycle :niak:



_______________


 

Chapitre 7 :
 La sombre épée de la Justice.


-Erika!
Rirjk ouvrit la porte violemment. Erik se mit à pleurer. Le mage était nerveux, ses pupilles dilatées, par la peur sans doute. Il s'approcha de sa femme et la saisit par les épaules.
-Erika! Ils arrivent. Nous n'avons plus le temps, prends le bébé et cours te réfugier dans la forêt. Ils ne te trouveront pas!
Une lueur d'inquiétude brilla dans les magnifiques yeux de la jeune femme.
-Même ici, ils ne nous laisseront donc pas en paix?
Rirjk hocha la tête avec fatalité. Les souvenirs de sa fuite précipitée du Continent étaient encore bien présent dans sa mémoire.
-Allons, dépêche toi.
Erika acquiesça et pris délicatement leur fils dans ses bras. Pour le calmer, elle commença à chantonner dans une langue gutturale, mais en même temps harmonieuse.
-Et pour Samyël? Et pour Henry?
Rirjk détourna le regard. Il enrageait contre lui même. Une fois de plus il était impuissant face à ce destin qui semblait s'amuser de ses peines.
-Je vais voir s'il est encore temps de faire quelque chose.
Erika regarda son mari un moment, puis elle l'embrassa furtivement avant de s'élancer au dehors, le petit Erik dans ses bras.  Rirjk les regarda partir, une boule dans la gorge. Il resserra les pans de son manteau en peau et se mit à courir vers la demeure de son apprenti. Dans sa tête défilaient une centaines de runes, toutes plus meurtrières les unes que les autres. Il en choisit deux, qu'il lia mentalement. Tout en courant, il les traça dans l'air. Leurs contours apparurent fugitivement dans l'air glacé de l'hiver puis disparurent. Une douce chaleur se répandit dans le corps du mage, et un halo enflammé apparut autour de son poing.
Au moins, il pourrait se défendre. Il haletait déjà lorsqu'il les entendit. Pas d'erreur possible. Le cliquetis des armures lourdes et des épées était assourdissant dans le silence hivernal dans lequel était plongée Solanéa. Rirjk s'arrêta et s'adossa à un arbre. Ils remontaient le sentier en colonne. Il les compta mentalement.
Dix. Vingt. Trente. Trente sept. Beaucoup trop. Il serra les dents et commença à les suivre, sans trop savoir pourquoi. Après tout, que pouvait-il faire?


Eratius marchait du pas sûr et arrogant du conquérant parcourant son nouveau territoire. Solanéa était un succès complet. Ils avaient mis la main sur une trentaine de mages, et ils s'étaient réchauffés grâce aux feux des bûchés. Il n'y avait eu qu'un seul épisode tragique, un magicien plus leste que les autres qui avait réussi à lancer une boule de feu sur l'infortuné Roderik, avant de se jeter du haut de la falaise. Eratius ne s'en était pas formalisé. Les martyrs servaient juste sa cause, celle de son Seigneur. A la tête de ses hommes, il avait remonté Solanéa, allant de village en village, traquant le jeteur de sort comme un chien de chasse.      
 A présent ils se dirigeaient vers la demeure du dernier représentant de cette race honnie sur l'île. Un certain Djirk, comme l'avaient appelé les habitants de... Eratius ne se souvenait plus du nom. Sûrement un de ces noms stupides que ces bouseux affectionnaient tant. Griffe du Loup? Peu importait. Dans quelques instants, un autre de ces démons allait se balancer au bout du corde, tandis que lui se délecterait du spectacle.
Ils finirent enfin par sortir de la forêt. Une petite masure se dressait devant eux. Un petit vieux était assis sur le pas de la porte, il les regardait. Eratius s'arrêta à distance respectueuse, et ses compagnons firent de même. Le Commandeur plongea son regard bleu acier dans celui du vieil homme.
-Etes vous Djirk?(Eratius détestait ces noms nordiques imprononçables...)


Henry regarda les guerriers qui émergeaient de la forêt. Les reflets de leurs armures dans la lumière vive de l'hiver lui faisaient mal aux yeux. Mais c'était le cadet de ses soucis. Étrangement, il avait des regrets. Son envie de vivre s'était accentuée avec l'arrivée de sa mort. Son seul réconfort se trouvait dans la joie qu'il éprouvait de savoir que son petit fils vivrait, même sans lui. Il comptait sur Rirjk pour s'occuper de lui.
Henry posa un dernier regard sur sa chère île qui l'avait accueilli depuis bientôt cinquante ans. Il en connaissait chaque recoin par coeur, chaque arbre, chaque rocher. C'était son foyer, et il était triste d'en partir. C'était comme de quitter le logis familial pour se faire sa place dans le monde. Déchirant et douloureux.
Le guerrier en tête de file s'arrêta. Il arborait sur son plastron une croix rouge. Henry sourit. Le Commandeur en personne. C'était trop d'honneur.
-Etes vous Djirk?, demanda-t-il.
Henry sourit de nouveau. Tout se passait comme il l'avait prévu. Les villageois avaient fait ce qu'il leur avait demandé. Braves gens.
-Oui, c'est bien moi.
-Savez-vous pourquoi nous sommes là?
Henry se leva, dignement. La scène avait quelque chose de bizarre. On aurait dit une mise en scène où chaque parole aurait été apprise par coeur. Une mascarade...
-Oui, je le sais.
Le Commandeur sourit, et ses yeux bleus brillèrent d'une lueur de fanatisme dément lorsqu'il dégaina son immense épée. Ces yeux là, Henry les avait déjà vu. Mais pas chez cet homme...


Samyël leva lentement son bras pour prendre une flèche dans son carquois. Un épais tapis de neige recouvrait le sol et les arbres, nappant le paysage d'un blanc immaculé.
Les premières neiges étaient tombées environ un mois plutôt. La température avait chuté assez rapidement. C'était la période de l'année que Samyël préférait, car c'était la plus magique. Voir toute son île couverte de neige, et le silence qui y régnait... D'autant plus qu'il n'était pas du genre frileux. Alors le froid ne le dérangeait pas.
Cela faisait quelque jour qu'un immense bateau avait accosté à Gontarion. Cela avait provoqué pas mal de remous sur l'île, il y avait longtemps qu'on n'avait plus vu un navire plus important qu'un vingt cinq rames. Depuis lors, assez régulièrement, Samyël avait aperçu des feux de joie dans les villages en contrebas. Bizarrement, ce n'était jamais au même endroit, mais toujours dans un des villages un peu plus en hauteur que le précédent. Sans trop savoir ce que c'était (sûrement une coutume dont il n'avait jamais entendu parler), il redoutait le moment où ça se produirait à la Dent. C'était un malaise assez similaire à celui qui enveloppait le Continent, il ne se l'expliquait pas.
Un nuage de buée s'échappa de ses lèvres lors qu'il expira pour reprendre son souffle. Le sanglier se trouvait là, juste devant lui, à quelques mètres. Samyël le pistait depuis l'aube. En un mois, il avait fait quelques progrès au tir à l'arc. Mais c'était son premier gros gibier. Il n'aimait pas tuer sans raison alors il s'entraînait sur la cible qu'il avait construite.  Il s'était habitué au poids de l'arc, et à la façon dont il fallait tendre la corde pour avoir un tir précis. Cependant, aux vues de son jeune âge et de la taille de l'instrument, ces "réglages" n'étaient que temporaires.
Il avait également réellement commencé son initiation à la magie. Même si pour le moment il était déçu car ce n'était pas ce à quoi il s'attendait. Il n'avait toujours pas appris la moindre petite rune, la moindre petite formule. Il ne faisait que passer ses journées assis sur un rocher devant la mer, les jambes croisée, les mains sur les genoux, paumes vers le haut, à essayer de vider son esprit de toutes pensées, faire abstraction du monde. Rirjk avait appelé cela la Position du Penseur, et quand le jeune garçon se plaignait de ne rien faire, il lui disait qu'un magicien se doit d'être maître de son esprit, car la moindre seconde d'inattention pouvait lui être fatale...
Samyël en était exaspéré, car cela faisait bientôt quatre mois qu'il avait sois disant commencé à étudier mais son maître ne lui faisait faire que des exercices bizarres dont il ne voyait pas l'intérêt...
Cependant, il se rattrapait sur le tir à l'arc, car, le temps passant, il avait appris à aimer sa pratique. Lorsqu'il avait demandé à Rirjk à quoi cela lui servirait en tant que mage, son maître lui avait répondu que cela développait son équilibre et sa concentration.
Ce qu'il allait vérifier ce jour là.
Sa proie ne semblait pas avoir remarqué sa présence, et le sanglier continuait de gratter la terre à la recherche de quelque champignon qu'il aurait pu dévorer. Samyël n'avait qu'une crainte: que ses flèches ne parviennent pas à se ficher dans la chaire. Il n'avait pas encore la force de tendre l'arc au maximum et donc la puissance du tir en souffrait. Mais comme disait souvent son grand père, qui ne tente rien n'a rien.
Si il parvenait à abattre l'animal, Henry avait dit qu'ils le porteraient jusqu'au Vallon Brumeux pour que Lex découpe sa viande et confectionne des bottes pour Samyël avec son cuir. De belles bottes à boucles comme on en portait sur le Continent.
L'apprenti magicien releva doucement son arc, et encocha sa flèche, calmement. La moindre précipitation pouvait le trahir. Il banda la corde, doucement. Il positionna la flèche à hauteur de son oeil.
Soudain, le sanglier releva la tête, et agita ses oreilles comme si il avait entendu un bruit. Samyël se stoppa. Etait-il repéré? Il ne bougea pas, une goutte de sueur coula sur sa joue, malgré le froid. L'animal grogna puis sans prévenir s'élança à travers bois en mugissant. Il avait peur, c'était évident. Mais pas de Samyël, sinon il l'aurait chargé. Dans ce cas, qu'est-ce qui...
C'est alors que Samyël entendit. C'était un son comme il n'en avait jamais entendu, on aurait dit le fracas d'un millier de rochers s'écrasant du haut de la falaise. Et ça provenait de la direction de la Dent... Le jeune garçon eu alors un mauvais pressentiment, qui lui noua les entrailles. Il rangea sa flèche et s'élança en direction de son village. Il ne fit pas attention aux innombrables branches qui l'égratignèrent au passage, toute son attention étant focalisée sur ce qui se passait là-bas.
Il bondit au dessus du ruisseau qui s'était formé avec la neige et doubla l'allure. L'orée de la forêt était toute proche, et juste au delà se trouvait leur foyer. Encore un petit peu et...
Il se stoppa net. Il lâcha son arc sans même s'en rendre compte. Il n'arrivait pas à comprendre ce qu'il avait sous les yeux. Inconsciemment, des larmes lui coulèrent sur les joues.
Un énorme et profond sillon avait été creusé dans la terre. Il partait de sa maison et s'arrêtait aux premiers arbres, qui avaient été complètement déracinés et calcinés. C'était comme si quelque chose de lourd avait été traîné. Mais ça n'avait pas de sens, qu'est-ce que cela signifiait?
Samyël se précipita vers la masure en appelant son grand père. Une partie du mur avait été défoncée, et le mobilier était renversé sur le sol, comme si une lutte avait eu lieu. Au travers de ses larmes il remarqua des traces de sang par endroit, encore fraîches. Mais pas de traces d'Henry.
Il retourna dehors et éclata en sanglot tout en tombant à genoux. Qu'est-ce qu'il se passait. Rêvait-il? Non, tout cela était bien trop réel. Qu'est-ce qui avait bien pu provoqué un tel carnage?
Il releva les yeux et remarqua alors d'autres traces d'hémoglobine sur la neige. Elles fumaient encore. On pouvait également s'apercevoir qu'on avait tiré quelqu'un sur le sol, et que les traces continuaient sur le sentier qui menait à la Dent.
Samyël se remit debout et s'engagea sur le chemin, les jambes moites. Il marcha aussi vite qu'il pu et arriva finalement aux abords du village. En chemin il rencontra quelques personnes, et lorsqu'il les appela pour leur demander des renseignements, ils tournèrent la tête, ou enfoncèrent un peu plus leurs chapeaux sur leurs têtes, mais nul ne répondit. Cela ne fit qu'accentuer le malaise qui rongeait le coeur du jeune garçon. Il passa devant quelques chaumières, mais les portes étaient closes tout comme les fenêtres. Une sale ambiance régnait sur le village. Seuls les corbeaux croassaient joyeusement dans le ciel. Il arriva aux abords de ce qui servait de place, à vrai dire ce n'était que l'endroit où se situait le puit et le vieux chêne qui était mort des années plutôt lors d'un hiver particulièrement rigoureux.
C'est là que le Destin vint frapper Samyël sauvagement.


Rirjk vomit. Violemment. Le goût de la bile et celui plus métallique du sang emplirent sa bouche. Il tremblait, mais pas de froid.
Quelle sauvagerie. Quelle cruauté.
Il avait vu toute la scène, et ce malgré lui. Il aurait voulu partir, courir loin de ces horreurs, se jeter du haut de la falaise et continuer à la nage jusqu'à ce que ses forces s'épuisent et qu'il coule profondément vers un long et doux repos. Mais il était resté planté là, tétanisé, captivé par ce spectacle morbide qui s'était déroulé sur la place. Il aurait aimé fermer les yeux et boucher ses oreilles pour se soustraire à cela. Mais il n'en avait rien fait. Il n'avait rien pu faire. Il s'en voulait. Fortement.
Rirjk avait entendu la conversation qu'il avait eu avec ces hommes. C'était pour lui, Rirjk, qu'ils étaient venus, pour lui! Cette idée le rendait malade et il vomit de plus belle. Le pauvre homme avait à peine eu le temps de lancer sa boule de feu avant d'être submergé...
Samyël...
Lui pardonnerait-il un jour?


Une forme sombre se balançait doucement dans le vent, accrochée à l'arbre grâce à une corde. Samyël porta une main à sa bouche, et ses pupilles se dilatèrent. Il se sentait nauséeux, et ses jambes tremblaient toutes seules. C'était une blague, oui, une blague, de très mauvais goût, mais une blague. Hein, grand père? Après tout, pourquoi se serait-il accroché à cet arbre sinon?
Samyël parvint à sourire mais il ne se convainquait pas lui même. Il fit quelques pas et dérapa sur quelque chose de glissant. Son visage heurta le sol avec rudesse. Il se mit à quatre pattes. Pourquoi y avait-il du sang par terre? Il y en avait tant...
Il releva la tête croisa le regard aveugle de son grand père. On lui avait arraché les yeux. Son corps était zébré de coupures en tout genre. Il lui manquait trois doigts à la main gauche. Et il continuait à se balancer au bout de sa corde. Un corbeau se posa sur son épaule, et commença à picorer sa chaire.
-Va-t-en, souffla Samyël. Va-t-en. Va-t-en!
Il avait crié. Il se releva et agrippa la jambe d'Henry. Il tenta de le soulever pour le décrocher mais il était trop petit, trop faible. Au travers du rideau que formaient ses larmes, il remarqua que les habitants de la Dent s'étaient rassemblés et le regardaient, l'air sombre.
-Mais qu'est-ce que vous foutez? Pourquoi vous ne m'aidez pas? Pourquoi vous ne le retirez pas? Si ça continue il va mourir! Il va mourir! Il va... Il va...
A quoi bon? C'était trop tard.
Son grand père était mort.
Cette réalité le frappa aussi durement qu'un coup d'épée. Il glissa sur le sol et s'effondra en pleur.


Et sur Solanéa, on entendit cette peine à travers toute la campagne. Ce n'était pas un homme qui était mort ce jour là. C'était une ère.

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« Réponse #21 le: dimanche 20 mai 2007, 11:52:27 »
Cool un adepte de plus :niak:
Pour l'évolution de Samyël, je pense d'ailleurs que ce chapitre risque d'être un sacré virage : va-t-il diriger sa haine contre Rirjk ? Contre Eratius ? Contre lui-même ? Va-t-il développer des complexes de culpabilité, d'infériorité ? Fort à parier que cela risque d'être intéressant !
Pour Falenz, je lirai plus tard, donc, si ça ne te dérange pas :niak:

Bon, pour ce chapitre 7 plus en détail, on a un aperçu de la bonté du grand-père qui meurt en homme parfait, qui n'hésite pas à faire le sacrifice ultime pour protéger son entourage. Peut-être découvrirons-nous un jour son passé qui avait l'air plutôt chargé ?
Rirjk, lui, a certainement dû lancer sa boule de feu et faire un peu de ménage, j'espère qu'il n'a aps tué Eratius si tôt, ce serait dommage :niak:
En parlant d'Eratius, j'aime bien les brefs passages de discours indirect libre où il fait la romaque sur les prénoms "stupides que ces bouseux affectionnaient tant" ou ben sur la "Griffe du Loup". Je crois que cela prouve hautement le peu d'intérêt qu'il porte aux autres et à la nature, la magie. Une espèce d'égocentrique bien lobotomisé à la religion apparemment. Ca me plaît beaucoup ce genre de personanges j'espère que l'on découvrira plus de subtilités par la suite histoire de nuancer un peu le personnage :niak:
Bon, ben voilà, je ne crosi pas avoir grand chose d'autre à dire, si ce n'est que l'histoire semble partir pour commencer enfin ! Allez, maintenant au boulot, je veux beaucoup de chapitres rapidement car ça a tendance à m'accrocher assez bien :niak:

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« Réponse #22 le: dimanche 20 mai 2007, 18:28:00 »
Hey, Nehëmah pousse-toi, c'est moi le commentateur officiel ici! :p
Non, c'est bien que tu lises ce que fait Great Magician Samyël, il le mérite entièrement! Et je suis le premier à le dire! ^^
Sinon, moi je crois que c'est Henry qui a lancé la boule de feu sur Eratius et sa bande de fanatiques dégénérés. Car il me semble (oui, c'est ça) que c'est Rirjk qui pense "le pauvre homme avait à peine eu le temps de lancer sa boule de feu avant d'être submergé.", après l'exécution.

Alors, à moi de commenter! Ouais! :) Désolé de pas l'avoir fait plus tôt, GMS (vive les pseudos longs, pas vrai? XD), je le fais tous les deux chapitres environ. Enfin bref, je tiens à préciser que j'ai lu le premier chapitre de l'histoire de cher Falenz, il m'a beaucoup plu, ça m'a l'air d'être très intéressant! Seulement, je sais pas pourquoi, mais je n'ai pas envie de connaître sa vie tout de suite, j'ai envie qu'il reste mystérieux ce personnage, et qu'il s'inserre juste dans le Cycle du Rouge, ne le savoir qu'après son arrivée... Aussi, je suis ravi de t'avoir donné l'envie, tu m'en vois heureux, d'autant que j'en profite aussi. Sinon, ce commentaire sera moins long hein, je vais pas me forcer, ça dépend de l'inspiration! ^^

Deux mots pour commencer: plaisant, ténèbres. Effectivement, j'ai beaucoup apprécié cette suite, sombre, Eratius se dévoilant toujours un peu plus dans sa folie obsetionnelle, Henry qui meurt tragiquement en voulant sauver héroïquement son petit-fils et sûrement la destinée du monde par un noble et douloureux sacrifice, c'est magnifique! Ce passage a tout de magique, d'autant qu'il fait "vrai", comme le soulignait Nehëmah avec le discours indirect libre du Commandeur, presque cynique, la douleur de Samyël, son refus de croire à la terrible réalité, avant de finir en larmes sur le pavé, des détails sinistres, des perceptions intenses... Accrocheur, la suite promet d'être intéressante, d'autant que Samyël a pris un sacré choc... Comment va-t-il évoluer, alors que les choses s'accélèrent, que le péril s'appesantit sur ce monde, tel l'orage déployant ses lourds nuages obscurs? C'est ce qu'on verra, je te fais confiance Great Magician! Et ne te presse pas, moi j'aime attendre! ;)


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« Réponse #23 le: dimanche 20 mai 2007, 19:50:59 »
Ah oui, en effet, le passage s'était révélé un peu obscur je pense que la qulification "vieil" au lieu de "pauvre" aurait mieux qualifier le grand-père et éviter les confusions hypothétiques (car pauvre, bon, Rirjk n'est pas plus heureux que le grand-père... oui, bon, ensuite on dira il a toujours sa vie pour espérer, meuh bon :niak: ). "Une douce chaleur se répandit dans le corps du mage, et un halo enflammé apparut autour de son poing. " -> Cette phrase, par ailleurs, vient encore plus foutre le bordel, car pour moi il était logique qu'il fasse quelque chose avec xD Bah oui, parce que du coup ça a servi à quoi, ça ? :niak: Une simple mesure de protection ?

Bref, maintenant réponse directe à Prince du Crépuscule -> va falloir faire un peu de place :love:
Et n'écoute pas ce bonhomme, Samyël, dépêche-toi d'écrire tout en faisant en sorte que cela reste qualitativement satisfaisant, comme tu nous y as habitué :niak:

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« Réponse #24 le: dimanche 20 mai 2007, 20:01:28 »
LoL mille pardons pour les confusions. Pour mettre tout ça au claire, c'est PdC qui a raison, c'est bien Henry qui balance la boule de feu (de mon point de vue de créateur de ce monde, c'est logique vu que si Rirjk s'y était mêlé, il ne serait plus en ce bas monde ^^).

Et Nehëmah tu as juste aussi, Rirjk ne prépare son sort qu'au cas ou.^^

M'enfin, merci à vous deux pour vos commentaires, quoi qu'il en soit. J'essairais de pas vous decevoir à l'avenir, tout en restant sur un rythme de parution d'à peu près d'un chapitre par semaine nyark nyark (comme pour les épisodes de Bleach d'ailleur : p) :niak:


_____________________________


Tarquin le Tambourin.



   La lune blafarde et effacée ne parvenait pas à percer la lourde noirceur qui sourdait des ruelles labyrinthiques du Faubourg d’Hyrule tel le pus d’une plaie à vif. Le vent hivernal mordant s’engouffrait le long des pavés défoncés, à l’image d’un dieu vengeur, fauchant sur son passage les pauvres bougres jetés dehors par leurs usuriers. Les temps étaient durs. La guerre ravageait Hyrule. Les clans du Sud avait rallié le Faux Héros, suite à sa disgrâce. Cette même disgrâce qui avait soulevé les nobles et conduit le roi à sa perte. Le régent Agahnim avait beau gouverner du mieux qu’il le pouvait en attendant que la jeune princesse soit en âge de reprendre les rennes, tout allait de mal en pis. Cependant une accalmie relative, due à l’hiver, avait permis enfin au Bourg et au Château d’arborer le noir du deuil royal. Et dans le faubourg, les bandes de pilleurs, que plus rien n’arrêtait, s’étaient dispersées après de longs jours de violence et de rapines. La ville semblait endormie, pour la première fois depuis ce qui semblait à ses habitants être des années.
   
Dans une impasse un peu plus large que les autres, une troupe hétéroclite d’hommes et de femmes malingres et en haillons s’était réunie autour d’un feu de fortune, des armes misérables à portée de main. Une des femmes touillait dans une marmite cabossée en cuivre terne ce qui semblait être une soupe de viande de rat. Ils ne disaient rien ; se contentaient de se serrer, grelottant, dans l’espoir de se réchauffer un peu. Un hurlement de femme, quelque part dans le noir du labyrinthe, les fit sursauter. Il n’était guère bon de se retrouver seul dans le faubourg…
   
Pourtant, c’est un homme seul qui soudain surgit à l’orée du cercle lumineux. Seul, et vieux. Le vieillard chétif, dont la capuche rapiécée ne laissait voir qu’une longue barbe grise et miteuse, s’approcha en claudiquant, à peine supporté par sa canne en métal toute rouillée.
   -Messeigneurs, aurez-vous la miséricorde d’aider un vieil-homme?, supplia-t-il.
   Sa voix était rauque, et il tremblait de froid. D’abord réticent, le groupe finit par l’accepter, et il porta ses mains au devant des flammes avec gratitude. Le mutisme retomba rapidement sur la bande. Les miséreux observaient le vieil homme. Ils se demandaient comment il pouvait être encore en vie et surtout en possession de sa canne. Même s’il elle n’avait guère de valeur, elle faisait un bon gourdin, et par les temps qui couraient, une bonne arme pouvait faire toute la différence entre un corps chaud et un corps froid.
   
La soupe fut enfin prête. Des écuelles et des bols fendillés, cabossés, se tendirent avec avidité. Certains n’avaient pas mangé depuis plusieurs jours, et leurs yeux rendus exorbités par la maigreur brillaient de façon malsaine sous la lumière du feu. Lorsqu’ils furent tous servis, la cuisinière s’adressa au vieil homme d’une voix éraillée.
   -Yen reste un peu, papi. T’en veux?
   -Ce serait bien bon de votre part, madame, répondit-il d’une voix à peine plus forte qu’un murmure.
   Les autres ricanèrent.
   -« Madame » . L’est bien bonne c’le-là. Si tu veux bequeter, faut donner qu’qu’chose.   
   -J’ai peur de n’avoir pas grand-chose de valeur. Ma pauvre canne, peut être…
   -Même le pire des prêteurs voudrait pas d’cet’merde là.
   -Je peux peut-être vous divertir d’une histoire pendant que vous vous régalez. Vous jugerez si mes mots valent ma pitance.
   -Bah, des histoires. Qu’est-ce que ça peut nous foutre des histoires? Shangath connaissait plein d’histoires. Il est mort la semaine dernière.
   -Connaissait-il l’histoire de Tarquin le Tambourin?, demanda le vieux.
   Ses nouveaux compagnons fouillèrent un instant dans leur mémoire, mais finirent pas répondre par la négative.
   -C’est une vieille histoire. Je suis sûr que vous ne l’avez jamais entendue.
   -Bon, ça m’va, fit la femme à la marmite. Tu causes et si ça nous plaît tu peux bouffer. Reste un morceau de viande.
   -Vous êtes bien bonne madame.
   Une dizaine de visages émaciés, crasseux et creux se tournèrent vers la capuche barbue.
   -C’était il y a bien longtemps, commença le vieillard.
   -Combien?, fut-il tout de suite interrompu par un jeunot balafré.
   -Longtemps. Des dizaines d’années.
   -C’est quoi une dizaine?
   
-C’est dix. Comme les doigts de tes deux mains… Non, comme les doigts des deux mains de ton voisin. En ces temps là, Hyrule était en paix. La guerre avait cessé des années auparavant, les clans avaient juré allégeance à la couronne et les petites gens prospéraient à l’ombre des nobles, qui étaient alors bons et justes. Le Château, qui était sublime et dont les tours intactes rivalisaient d’extravagance, était un lieu de fête permanente. Les gentilshommes faisaient galamment la cour aux nobles dames pendant que les chevaliers s’adonnaient à la joute pour les bonnes grâces du roi et de sa jeune fille. De grands marchés s’étendaient sur toute la place du Bourg, où se vendaient tout ce qu’Hyrule recèle de trésors et de jolies choses. La nourriture abondait et chacun avait un toit sous lequel s’abriter.
   « Le Roi avait une troupe de saltimbanques qui régalaient sa royale suite de bouffonneries et de spectacles. Parmi eux se trouvait un jeune garçon, presque un homme fait, qu’on appelait Tarquin. Tarquin le Tambourin, parce qu’il jouait fort bien de cet instrument. C’était un garçon fort habile, tout de cabrioles, de bons mots et de vivacité. C’était un jongleur compétent, un bon lanceur de couteau et un grand cracheur de feu. Et en plus de cela, il avait cette beauté juvénile propre aux enfants, qui faisait de lui le courtisan le plus apprécié.
   
« Mais le plus grand plaisir de Tarquin était assurément de rôder dans les grands couloirs, de longer les murs dans l’ombre afin de surprendre des conversations, des ragots, des rumeurs et découvrir tous les secrets des gens. Sa passion était candide, dirigée par nulle vilénie. C’était une curiosité pure et innocente ; il ne révélait rien de ce qu’il voyait ou entendait, et s’en amusait seul.
   « Cependant, un jour, son passe-temps lui coûta cher. Flânant comme à son habitude dans les grands corridors, il approcha des appartements de la chef du clan des Faces-Rouges qui était alors en visite de courtoisie auprès de sa Majesté. Le jeune garçon voulut alors découvrir ses secrets à elle aussi. Usant de ses dons, il se faufila à l’insu des gardes dans l’antichambre et s’approcha de la lourde porte. Il avait ouï dire que la Chef était partie à la chasse avec le roi, aussi, ne se doutant de rien, Tarquin ouvrit grand la porte. Il se pétrifia quand il aperçut sur le grand lit couvert de soie le roi en personne partageant quelques étreintes passionnées avec la chef. »
   
Le vieil homme fit soudain silence. Comme il n’avait pas l’air de vouloir ajouter quelque chose d’autre, son public se fâcha.
   -Et alors? Après, qu’est-ce qui s’passe?
   -Tu peux pas t’arrêter, maint’nant qu’t’as commencé!
   Le vieillard toussa dans sa manche, une toux grasse et vilaine.
   -Vous comprenez, mes bons sires, dit-il d’une voix faible et chevrotante, j’ai la gorge si sèche, et le ventre si creux, et je suis si vieux… Je n’ai guère la force de parler.
   Les miséreux se renfrognèrent, se mirent à l’invectiver mais il resta stoïque. Une dispute à voix basse éclata au sein du groupe, qui eut pour résultat qu’on lui tendit de mauvaise grâce un bol de liquide brunâtre au dessus duquel surnageait un maigre morceau de viande filandreuse. Le vieil homme le prit avec reconnaissance, courbant la tête en remerciement, et tandis qu’il commençait à manger avec appétit, il reprit le cours de son récit.
   
-Bien sûr, le roi et la Chef aperçurent Tarquin aussitôt. Sa Majesté bondit hors du lit, parée de sa royale nudité, et s’approcha du malheureux en trois grandes enjambées furieuses. Tarquin, tout pétrifié de terreur qu’il était, n’eut pas la présence d’esprit de s’esquiver promptement. Le roi l’empoigna à l’oreille, et lui cria si fort dessus que les gardes débarquèrent dans la chambre, les armes au clair. Il manda qu’on amène le malandrin dans la cour publique pour qu’il y reçoive son juste châtiment.
   « Ainsi Tarquin fut-il traîné, sanglotant, vers les vastes étendues de pelouse verdoyante de la cour, là où se disputaient les joutes et les concours de chant. On l’y laissa sous bonne garde pendant une journée entière, sans manger ni dormir, si bien que sa peur se changea en angoisse et son angoisse en panique alors qu’il voyait un attroupement toujours plus grand se rassembler tout autour de lui, sur les bancs ou à même le sol. Les gentes dames et les gentilshommes parlaient à voix basses en le regardant, et ils riaient ou secouaient la tête d’un air réprobateur. Le pauvre Tarquin, tout candide qu’il était, ne pouvait bien sûr pas imaginer que ce dont il avait été témoin aurait pu être la raison d’une nouvelle guerre. Le roi, le fils même des Déesses par la grâce du Triangle d’Or, trompait son épouse la reine avec une de ces sanguinaires Chef du Sud, alors même que la Chef était déjà promise à un autre.
   
« Enfin parut le roi. Le rouge de la colère maculait toujours sa face ronde, et sa lourde cape brochée de rouge et d’or ondulait derrière lui comme la queue d’un serpent furieux. Il arborait à son côté une longue rapière d’argent, qui brillait, pour Tarquin, assez sinistrement dans les lumières timides de l’aube. L’assemblée fit silence, alors que deux gardes relevaient le jeune homme sur ses genoux. Le roi se tint devant lui, les yeux fous de rage, et il lui tint ces mots. « Que voici un infâme ingrat! Regardez le, avec sa face candide et ses mains promptes, sa langue habile à la flagornerie et son esprit mesquin. Il se fait aimer de vous, il vous dit mille choses des rêves et des chansons. Vous lui donnez votre confiance, vous le nourrissez et l’hébergez! Et comment vous remercie-t-il? Il rôde dans vos couloirs, chaparde mille bagatelles et, infamie répugnante par-dessous toute, vous espionne, dans votre propre maison! »
   « Le roi criait à présent, et un murmure sourd, bas et outré parcourut la noble assemblée alors qu’elle dévisageait le pauvre Tarquin. Celui-ci était abasourdi d’incompréhension devant ces chefs d’accusation faux, inventés! Il secouait la tête en signe de déni, il voulut trouver un soutien parmi ces gens qu’il amusait tous les jours, qui l’aimaient et lui offraient mille présents, mais pas un -pas un!- ne lui fit grâce d’un peu de compassion. « As-tu quelque chose à dire pour ta défense? » fit le roi. Eperdu, Tarquin bredouilla quelque chose. « Mais, votre Majesté, je… Je ne voulais pas vous voir avec la dame Face-Rouge, je vous jure je… » Le roi le fit taire d’une gifle puissante. « Regardez le! Si prompte au mensonge et à la calomnie pour s’en tirer. Mais je t’ai cerné, et tu as bien de la chance, les Déesses m’en soient témoin, que je sois assez clément pour ne pas te faire arracher la langue. »
   
« Mais au lieu de lui arracher la langue, le roi lui arracha, de sa main propre, l’œil gauche, pour expiation de ses pêchés, trahison à la couronne et abus de confiance. Ainsi, disait-il, cela le ferait-il réfléchir avant de jeter un coup d’œil alentours. Les gardes maintinrent Tarquin droit, alors que son sang, d’un écarlate morbide, jaillissait en cascade de son orbite ravagée, maculant sa tunique, son visage, et la pelouse tout autour de lui prit une teinte sombre et horrible. Tarquin pleura et hurla de douleur et d’incompréhension, mais de son dernier œil nulle larme salée, mais des larmes sanglantes. On fit dire que cela était un signe des Déesses elles-mêmes, et que le roi avait leur bénédiction.
   « Si c’est là la justice des Déesses, se dit Tarquin alors que la nuit étendait ses ombres sur lui, et le trouvait seul dans la cour désertée, alors c’est qu’elles sont bien cruelles. L’âme de Tarquin, son cœur et son esprit, se couvrirent des ombres comme d’un bandage pour panser leurs plaies. La douceur candide fit place à une noirceur maligne. Pas une dame, pas un chevalier, pas un valet ou une souillon ne vint à Tarquin pour l’aider ou lui apporter quelque réconfort. Au matin suivant, les quelques promeneurs virent qu’il n’avait pas bougé, et trouvant le spectacle fort peu approprié, firent mander des gardes qui emmenèrent Tarquin. On le fit paraître devant le roi et sa cour, et parmi ces gens se tenaient les parents mêmes de Tarquin, les saltimbanques du roi. Même eux le regardaient avec mépris et dégoût. Le roi avait fait monté l’œil arraché en pendentif, et afin d’amuser ses gens, ordonna qu’on en pare Tarquin. Le jeune homme se laissa faire ; à dire vrai il était immobile, ne disait mot et ne bronchait de rien.
   
   « Comme il se refusait à répondre aux insultes, on décida qu’il n’était plus de bonne compagnie, et on l’envoya aux cachots. Cependant, le lendemain, le surveillant découvrit sa cellule vide, la porte toujours fermée et les barreaux bien en place aux fenêtres. L’incident fit grand bruit quelques jours, mais tout le monde trouva vite de bon ton d’oublier Tarquin, à jamais. »
   Avec un grand bruit de succion, le vieillard fit un sort aux dernières gouttes de soupe. A présent largement captivé, son public dardait sur lui des regards avides, désireux de connaître la suite.
   -Et après?
   -Après? Et bien, plus personne ne revit jamais le pauvre Tarquin.
   -Ca peut pas s’finir com’ça! C’est nulle comme fin. Qu’est-ce qu’il devient?
   -Il s’est échappé de sa prison? Mais personne n’a jamais réussi.
   Un concert de question assaillit le vieil homme qui ne dit rien pendant quelques instants. Finalement, il leva les mains pour réclamer le silence.
   -Et bien, il m’est arrivé d’entendre la suite de cette histoire. Mais celui qui m’en fit récit était passablement saoul, et son propos trop extraordinaire pour qu’on y accorde quelque crédit.
   -On s’en fout de ça! Raconte!
   Le vieillard s’emmitoufla un peu plus dans son manteau car une brise plus mordante que les autres se levait.
   -Tarquin s’était bel et bien enfui de sa cellule. Comment? Personne ne le sut jamais. Il se baigna tout entier dans les douves du château, afin de laver son corps du sang qui l’incrustait. Mais il eut beau se frotter, se frotter tant qu’il le put, une goutte de sang resta sur sa joue droite, sous son dernier œil, si bien qu’on eut dit qu’il pleurait éternellement une unique larme de sang, comme un rappel à son malheur.
   
   « Tarquin voulut éprouver son habileté, mais la perte de la moitié de sa vision l’avait rendu gauche dans la manipulation des couteaux et des balles, lui avait ravi son équilibre dans il était autrefois si fier et dont tout le monde le vantait tant. Cela plus que tout le rendit amer. Il avait tout perdu, son œil, sa vie, sa famille, son habileté. Il n’était plus Tarquin le Tambourin, mais Tarquin-le-moins-que-rien. Il continua tant bien que mal à vivre au château. Il se cachait dans les recoins, découvrait des passages dérobés, chapardait en cuisine ce dont il avait besoin pour vivre. Mais chaque nuit lorsqu’il s’endormait, il ne pouvait s’empêcher de songer à ce que le monde lui avait pris, au tort qu’on lui avait fait. Son amertume grandit, et parallèlement grandirent les ombres de son âme.
   « Au fil des ans, il devint lui-même une ombre. S’il désirait n’être vu de personne, personne ne le voyait. Il grimpait aux murs aussi prestement qu’il se dissimulait à l’ombre d’un porche, se mouvait aussi vite et silencieusement qu’un chat, tant et si bien qu’une rumeur finit par éclore selon laquelle le château était hanté par un esprit revenu d’entre les morts. Tarquin, devenu homme, découvrit bien des secrets, bien des vérités sur tous et toutes. Il ne supportait plus les mensonges, ces mêmes mensonges qui lui avait coûté son œil et sa vie, alors il mit un point d’honneur à découvrir la vérité. Toutes les vérités. Mais toutes les vérités ne sont pas bonnes à entendre, et alors qu’il se nourrissait des secrets éventés, tel un monstre noir en gestation dans les entrailles du donjon, alors qu’il faisait la lumière sur les accidents qui étaient des meurtres, sur les suicides qui étaient des assassinats, sur les mensonges qui faisaient souffrir des innocents, alors la folie vint le trouver et s’empara de lui. La vie de Tarquin s’étira tel la toile d’une araignée au travers d’un inextricable entrelacs de mensonges et de vérités, de faux semblants et d’illusions, de lumière et d’ombre.    
   
   « Un jour qu’il errait du côté des appartements royaux, il fit une découverte qui le bouleversa. Il surprit une conversation entre le roi et sa femme la reine. Il pensait tout connaître des secrets de la couronne, cependant il en ignorait un, mais qui, à ses yeux, était le plus important. La reine demanda à son époux, d’un ton qui suggérait que ce n’était pas la première fois, au contraire, pourquoi il avait laissé la vie sauve au « pauvre saltimbanque borgne ». Alors le roi, que l’âge avait rendu âpre et colérique, cédant à son humeur, lui cria qu’il ne pouvait, selon les lois les plus sacrées, qu’il ne pouvait prendre la vie d’un de ses fils, aussi bâtard fusse-t-il.
   « Ecœuré, abasourdi, Tarquin prit la fuite, et resta plusieurs jours dans le noir, à penser encore et encore à ce qu’il avait entendu, de la bouche même du roi! S’il n’y crut tout d’abords pas, au fil de sa réflexion il en vint à accepter les choses, car il ne pouvait défaire la vérité. Avec amertume, il songea que sa soif dévorante l’avait, une fois encore, rendu malheureux. Mais Tarquin n’était plus le petit garçon apeuré qui avait surpris le roi en pleine infidélité. Il était à présent un homme, un homme de l’ombre que rien n’y personne ne pouvait saisir ou arrêter. Il décida que le roi son père devait payer pour ses crimes, pour tous ses crimes, et seul l’acier avait à ses yeux assez de valeur pour cela. A la nuit tombée, il se faufila dans la chambre nuptiale. Le couple royal dormait d’un sommeil paisible sur son grand lit à baldaquins et voir un visage si serein chez un homme si abjecte ne donna que plus de courage à Tarquin. Discret comme une ombre, il s’approcha de l’homme endormi et levant haut son couteau fit mine de l’égorger.
   
   « Alors, une vive et douloureuse lumière explosa dans la pièce, aveuglant Tarquin et réveillant le roi. Ce dernier, avisant l’arme que tenait l’homme, poussa un cri et le repoussa. Un fouet d’énergie rouge cingla l’air, venu du néant, et s’enroula autour du poignet de Tarquin. D’un mouvement sec il lui fit lâcher sa lame, et d’un deuxième l’amena au pied du lit, à genoux. Trois silhouettes éthérées, féminines et lumineuses, flottaient à présent dans la chambre, et c’est d’elles que sourdait la lumière. Celle la plus à gauche tenait le fouet. Les silhouettes prirent la parole chacune à leur tour, en commençant par celle au fouet. « Moi, Din, je t’interdis de lever jamais la main sur la famille royale. » « Moi, Farore, pour te punir des crimes capitaux dont tu voulais te rendre responsable, t’ordonne de servir à jamais jusqu’à ta mort la famille royale. » « Moi, Nayru, pour te punir du régicide et du parricide dont tu voulais te rendre coupable, te fais don de cet œil, afin qu’à jamais tu contemples cette vérité dont tu es tellement obsédé. » Alors les Déesses pointèrent à l’unisson un doigt sur l’homme à genoux devant elles, et Tarquin hurla de douleur en se prenant la tête entre les mains. Leur tâche accomplie, les trois Déesses s’en retournèrent aux Cieux.
   « L’Œil de Tarquin était devenu rouge, entièrement rouge, d’un rouge vif terrifiant dont seule la pupille reptilienne noire trahissait le mouvement. Alors, découvrant son visage de ses mains, Tarquin se mit à voir. Où que se porta son regard, il vit les vérités, la vérité, et le monde lui parut alors encore plus sombre qu’il ne l’était déjà. Que parle une personne, et il savait tout de suite qu’elle mentait. Et Tarquin dut se rendre vite à l’évidence : tout le monde mentait. Il n’avait plus besoin de rôder dans les couloirs et les antichambres : il lui suffisait de poser l’œil sur une personne pour la dépouiller aussitôt de ses secrets.
   
   « Ne pouvant se soustraire aux injonctions des Déesses, Tarquin servit la famille royale, mais sans jamais oublier sa haine et sa rancoeur. Ses dons furent grandement appréciés, et il devint le maître espion du roi, ainsi que son plus fidèle protecteur. Tarquin fondit un ordre nouveau qu’il forma à la dissimulation, à la discrétion et à l’assassinat. Tous ses apprentis devaient jurer une éternelle et inaltérable fidélité à la famille royale. Cet ordre prit comme blason un œil rouge surmonté des trois triangles divins et pleurant une unique larme de sang ; il prit comme nom « Sheikah », l’œil qui pleure dans l’ombre. »
   -Bah!, cracha l’un des miséreux. Tout le monde sait bien que les Sheikahs n’existent pas. Sinon, le roi serait encore en vie.
   -Ta gueule Garett! On s’en cogne de tes réflexions politiques. Nous, on veut entendre l’histoire jusqu’au bout.
   Le vieillard attendit que la dispute se calmât, puis reprit.
   
   -Les Sheikahs, et Tarquin plus particulièrement, permirent au royaume de prospérer, en déjouant les complots, en sapant les ressources des Clans et des maisons nobles au profit de la Couronne. Le roi était pleinement satisfait de son serviteur de fils, disant à qui voulait bien l’entendre qu’il avait fait une merveilleuse affaire en laissant la vie sauve à ce petit saltimbanque. Tant et si bien qu’il ne vit pas, comme tous les autres, que Tarquin préparait sa vengeance dans l’ombre, son fief. Tarquin assassinat de ses propres mains plusieurs nobles, plusieurs Chefs de clan, et par son habilité et sa capacité à manipuler la vérité, parvint toujours à faire porter l’accusation sur d’autres, en fournissant des preuves aussi accablantes que fausses. Mais qui aurait remis en doute la parole de Tarquin? Tout le monde savait qu’il voyait la vérité, toute la vérité, et que si Tarquin vous jugeait coupable, c’est que vous l’étiez. Lorsque ses propres apprentis commencèrent à le suspecter, il se débarrassa des plus gênants, mais aucun ne parvint à fournir une seule preuve l’inculpant. Alors ses disciples se détournèrent de lui, se mirent à s’en méfier, et ils l’appelèrent Tarquin le Mesquin, Tarquin le Menteur, Tarquin le Fou. Pour détourner leur attention, il leur donnait des os à ronger, tandis que dans leur dos il déformait la vérité dans ce qu’il rapportait au roi, tant et si bien que lorsque le Héros fédérateur du Sud se présenta au Château, personne ne s’était aperçu de sa cruauté, de sa vilénie, de sa fausseté. Personne, sauf Tarquin. Lui le voyait comme il était, un monstre à visage humain, avide de pouvoir. Mais Tarquin ne dit rien. Tout cela allait servir sa vengeance.
   « Conformément aux prophéties qui l’entouraient, le Héros épousa la princesse. Tarquin s’arrangea pour qu’il goute suffisamment au pouvoir pour en vouloir plus, toujours plus, et ne plus pouvoir s’en passer. Alors Tarquin le Fourbe, Tarquin le Traître, dévoila le vrai visage du Héros au monde, à l’issu d’un Tournoi factice dont il avait soufflé l’idée au roi. Apeuré, écœuré, bouillant de rage, le roi le fit tomber en disgrâce. Mais trop loin était allé le Héros, le Faux-Héros, trop de pouvoir avait-il goûté. Il ne pouvait se résoudre à tout abandonner, aussi partit-il pour le Sud et, usant de son influence, rallia les Clans sous sa bannière en vue d’assiéger la Citadelle d’Hyrule. Pendant ce temps, Tarquin tissa une toile de mensonges et de demi-vérités dans laquelle s’engluèrent les nobles et les chevaliers. Une toile si épaisse que personne n’y résista. Il monta la roi contre les nobles, et les nobles contre le roi, tant et si bien que les premiers se soulevèrent. Le jour fatidique, les portes furent trouvées ouvertes, alors même qu’elles avaient été cadenassées par les Sheikahs. Le roi fut tué par ses nobles, ainsi que la reine son épouse et leur fils le prince. La princesse avait été contrainte de fuir avec son Héros d’époux. Alors vint la question de la succession, et tous revendiquèrent la couronne. Une guerre éclata à l’intérieur même de la salle du trône, sur le corps encore chaud du roi, et la guerre civile se répandit comme un fléau de peste, alors même que les Clans marchaient vers le château.
   
   « Les Sheikahs survivants, se réunissant autour des dépouilles royales, pleurèrent autant qu’ils jurèrent. Ils jurèrent de se venger de Tarquin, de Tarquin le Faux, Tarquin le Sournois, Tarquin le Manipulateur. Mais de Tarquin, nulle trace. Comment retrouver celui-là même qui commandait au mensonge et à la vérité, à l’illusion et à la véracité? Celui qui se faisait des ombres un manteau et de la tromperie une armure? « Il faudrait avoir son œil pour le trouver », dit un jour le plus jeune d’entre eux, de dépit. Alors, le plus vieux et plus sage, eut une idée. Ils cherchèrent durant de longues semaines le fameux pendentif sur lequel se trouvait, comme un trophée macabre, l’œil arraché à Tarquin dans sa jeunesse. Celui-ci l’avait bien caché, et les Sheikahs le trouvèrent au fin fond d’un puits truffé de pièges. Mais conformément à ce qu’ils pensaient, l’œil était devenu rouge, du même rouge que celui de leur ancien mentor. Il fondirent le bijou, et changèrent l’organe en un monocle, le Monocle de la Vérité. Il suffisait de porter cet artefact à son regard pour aussitôt démêler le vrai du faux, le mensonge de la vérité, tout comme Tarquin pouvait le faire. »
   Un relent de peur plana sur l’assemblée au fur et à mesure que l’histoire approchait de son terme. La voix du vieux avait gagné en intensité, sa silhouette semblait s’être redressée et sous les ombres de sa capuche, sa bouche ridée s’agitait avec plus d’emphase.
   
   -Forts de leur nouvelle arme, les Sheikahs parvinrent à détruire l’échafaudage d’illusions que Tarquin avait forgé dans les couloirs du Château. Ils le trouvèrent au plus profond du donjon, dans des lieux que la mémoire des hommes avait oubliés. Il riait seul dans les ombres, tandis que son œil rouge semblait flotter dans les airs. Il y eut une bataille silencieuse, brutale, atroce. Tarquin était le meilleur d’entre eux, et même à plusieurs il leur était supérieur. Alors, ne pouvant le tuer, ils se résolurent à l’emprisonner. Jugeant qu’il était peu prudent de le laisser dans le donjon, les Sheikahs l’emmenèrent à l’Est, dans le grand cimetière de Cocorico, où les morts arpentent les flancs de la chaîne du Péril, une lanterne à la main. Ils le menèrent au plus profond de la crypte royale, et plus loin encore, toujours plus profondément dans les ténèbres et les ombres. Ils construisirent un vaste labyrinthe souterrain, qu’ils remplirent de pièges et d’illusions, à la manière de Tarquin, afin que nul autre qu’eux même puisse venir l’en tirer un jour. Mais ils jurèrent que ce jour n’adviendrait jamais, tant qu’il resterait au moins un Sheikah vivant. Afin de lui rappeler à jamais ce qu’il était et ce qu’il avait fait, ils lui donnèrent un tambourin. Mais il n’en joua jamais comme il en jouait avant. Il se contenta de frapper sourdement et régulièrement sur la cuir tendu. Bong. Bong.  et le son raisonne encore dans les tombes des morts. »
   
   Le vent hurla une plainte, et une terreur glacée s’empara du public. Aucun ne voulait entendre la suite, mais aucun ne parvint à dire quoi que ce soit.
   -Les Sheikahs, leur tache accomplie, firent venir des artisans afin d’ériger, non loin du cimetière, une ville nouvelle qu’ils nommèrent Cocorico également. Ils lui donnèrent comme blason le coq, qui de son chant fait venir le jour et repousse les ombres. Au centre du village, ils creusèrent un puits profond et ténébreux, dans lequel il jetèrent le Monocle de Vérité, seule clé du tombeau de Tarquin le Dément, Tarquin l’Assassin. Et au dessus du puits, ils firent bâtirent un moulin à eau, afin que jamais le puits ne se retrouve sec. Depuis ce jour, les Sheikahs montent la garde à Cocorico, attendant le retour de la famille royale. Et de Tarquin , plus personne ne parla jamais. »
   
   Le vieux acheva son histoire sur un sourire. Le vent nouveau faisait frémir sa capuche dont les ombres restaient impénétrables. Personne ne pipa mot. Le cœur battant, les miséreux attendirent. Quelques uns osèrent porter la main à leur arme.
   -Comment… Comment tu t’appelles, l’ancien?, se risqua l’un d’entre-eux.
   -Moi? On m’appelle Bongo. Bongo Bongo.
   Une rafale de vent souleva la capuche, révélant un visage horrible dont l’œil unique brillait d’un rouge malsain et pleurait une larme. Une larme de sang.
   
   -Mais, dans le temps, on m’appelait Tarquin. Tarquin le Tambourin.

   
 
« Modifié: samedi 18 août 2012, 16:20:20 par Great Magician Samyël »

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« Réponse #25 le: dimanche 20 mai 2007, 20:09:22 »
Oui, oui, de ce côté-là, après relecture, il n'y a plus aucun doute, en effet, et puis s'il avait lancé ceci, Rirjk ne serait pas dans sa position, j'ai mal lu peut-être tout simplement aussi (ça arrive quoi... je lis, je lis et pouf moment de déconcentration et je loupe quelque chose d'important xD ).
Bon, ensuite si t'arrives à tenir un chapitre par semaine comme l'épisode de Bleach, en espérant que ce soit aussi bien voire mieux, ça me va parfaitement :niak:

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« Réponse #26 le: dimanche 27 mai 2007, 14:40:42 »
Hop, me revoilà : ) Après un attente plus qu'intolérable, voici venir le chapitre 8, ou le chapitre 1 du Livre deux, comme vous voulez :niak: Un chapitre court, qui sert principalement à faire arriver un nouveau personnage. Cependant, ne vous inquiétez pas, le chapitre 9 est déjà en cours d'écriture et arrivera ce soir (mais ne comptez pas trop là dessus^^) , lundi ou mardi grand maximum^^ Sur ce, bonne lecture^^

___________________________

Le Cycle du Rouge
Livre II : Les Prémices du Mal.


Chapitre 8 : Le Roy de Solanéa.



Le valet se dirigea d'un pas vif, quoi que sûr vers la cabine qu'occupait son maître, slalomant habilement entre les matelots, les soldats et les cordages qui jonchaient le pont du navire. Il emprunta le petit escalier qui menait aux pièces inférieures du vaisseau. Il frappa à la porte de ce qui semblait être la cabine du capitaine.
-Qu'y a-t-il?, répondit une voix légèrement agacée de derrière le battant.
-Mon seigneur, nous allons bientôt débarquer.
-Ha, bien. Merci Marco. Je me prépare.
-Sa seigneurie désirera-t-elle quelque chose d'autre?
-Non, ça ira. Tu peux disposer.
Le vieux serviteur dénommé Marco s'inclina face à la porte et repartit avec l'air digne et noble des majordomes d'expérience.
L'occupant de ladite cabine n'était autre que Ferdinand D'Alembord, maître du comté du même nom. Autrement appelé Le Vieux Lyon Assoupi. C'était un homme d'âge, environ la cinquantaine, mais qui gardait une silhouette et un visage fort jeune, au point que les autres seigneurs en venaient à le jalouser. Cependant, il avait un physique quelconque, les yeux bruns et les cheveux noir courts, des traits typiques des habitants du Sud. Il arborait une moustache fine et soignée, à la manière des gentilshommes distingués, ce qu'il était à sa manière. Il s'habillait souvent d'habits simples, qu'à la cour on qualifiait "d'inappropriés". Mais il fallait le voir sur un champ de bataille, dans son armure de plaque finement travaillée où, comme sur la garde de sa fabuleuse épée, rugissait le lion qui lui avait donné son nom. Ferdinand avait jadis été l'un des guerriers les plus redoutables et redoutés de tout le Continent. Cependant, les années passant, il avait petit à petit perdu le goût du combat ou de la joute, ceci étant en grande partie dû à la guerre qui avait secoué le Continent, quelques années plutôt. Avoir dû combattre ses frères humains sur de véritables champs de batailles, théâtres de toute la sauvagerie dont été capable l'homme lui avait montré que les Codes de la Chevalerie n'étaient rien d'autre qu'une tradition maintenant oubliée. A cause de cela, et en pensant avant tout au bien de son peuple, il avait déposé les armes devant les armées d‘Arabéus, négociant la paix. Le Commandeur de l'époque s'était montré grand seigneur, ce qui avait fortement étonné Ferdinand. Il avait pu gardé son rang et son pouvoir, en contre parti il avait dû  instauré cette religion vouée à ce "Seigneur", et renfloué les caisses de la Sainte Expédition. Pour les Purges, il avait réussi à berner le Pontife en envoyant au bûcher ou à la potence des condamnés à mort, tandis qu'il envoyait les mages et autres jeteurs de sorts de son royaume vers Solanéa, ou d'autres comtés encore libres. D'ailleurs, cette attitude passive face aux armées d’Arabéus en avait surpris plus d'un, et c'est à cette période qu'il avait perdu son surnom de Jeune Lyon Flamboyant pour celui qu'il possédait actuellement. Mais il n'en avait cure. Il n'était pas du genre à s'occuper du regard des autres et le comté D'Alembord vécut heureux  et en paix quelques années, jusqu'à ce que survienne l'assassinat du Pontife, et la prise de pouvoir par son fils. Un nouveau Commandeur était alors arrivé en Alembord. Il avait remplacé Ferdinand par l’un de ces fanatiques, enrôlé de force les jeunes hommes afin de grossir les rangs des Armées Saintes, et augmenté les impôt pour payer son entretient.
Il n'avait pas fallu longtemps pour qu'une révolte éclate. Ferdinand en était d'ailleurs à la tête. C'est là bas que le lion rugit pour la dernière fois. Après une courte mais violente bataille à l'intérieur de son propre château, Ferdinand avait reconquis ses terres et bouté les religieux dehors à coup de lame d'épée. Puis, il avait réunis tous les habitants de son royaume, tous les soldats, les montures, les chariots, les vivres, les armes, les mulets, le bétail et les avait envoyés vers Arendia, avec à leur tête son propre fils, en lequel il avait une parfaite confiance. De son côté, las de la guerre, de la sauvagerie des hommes et des complots politiques, il entreprit le voyage vers Solanéa, havre de paix où ses ancêtres avaient pour habitude de venir s'installer et mener une petite vie paysanne et tranquille une fois leur temps révolu. Se faisant passer pour un riche négociant textile, il avait réussi à se rendre à Port-Ebène avec sa petite escorte, composée des ses plus vieux compagnons d'armes et amis, où ils avaient trouvé un bateau qui faisant la jonction entre le Continent et Solanéa. Ferdinand aurait aimé être là pour voir la tête que ferait le Commandeur lorsqu'il viendrait reconquérir l‘Alembord, pour ne trouver qu'un royaume vide d'âme et dépouillé de ses richesses. Le comte d’Alembord se leva de la banquette où il était assis et se rendit sur le pont. L'air frais et vivifiant de la mer l'accueillit, l'odeur d'iode vint lui chatouiller les narines.  Il s'appuya au bastingage, et admira l'île qui se profilait devant eux.
Une véritable merveille.
Rien qu'à la pensé que les hommes d'Arabéus y étaient venus trois ans plus tôt le faisait bouillir. Maudits fanatiques!


Un attroupement de curieux se rassembla vite autours du navire de Ferdinand. Depuis le départ d'Eratius, ils n'avaient plus vu de gros bateaux, et celui-ci n'en faisait pas partit. Cependant, il arborait sur sa voile l'emblème du Lyon, le blason des Alembords. On n'en avait guère vu par ici depuis quelques années. Le père et le grand père de Ferdinand étaient morts respectivement lors d'une joute et durant une partie de chasse à l'ours.
Et sur l'île on attendait le retour de cette grande famille, avec une certaine impatience. Il était vrai que les Alembords étaient réputés pour leur sagesse et leur bonté dans le tout Solanéa, et leurs conseils avisés dans les échanges commerciaux avaient toujours été bénéfiques pour l'économie de la communauté insulaire.
Ainsi accueillit-on Ferdinand avec une certaine liesse, à son grand étonnement. On le mena dans le petit manoir qu'avaient occupé ses ancêtres avant lui, l'on prépara un banquet, et on fit fête jusqu'à tard dans la nuit.
Et, les mois passant, on le sacra roi. Roi de Solanéa la Belle, et on le surnomma le Vieux Roy des Îles...
« Modifié: samedi 18 août 2012, 16:08:05 par un modérateur »

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« Réponse #27 le: mercredi 30 mai 2007, 20:20:10 »
Hi les gens! ^x^ Avec un peu de retard, voici venu le chapitre 9! ^^
Je préfère ne pas trop me prononcer sur la date à laquelle arrivera la suite, mais ce week-end me semble raisonnable... ^^

Sur ce, bonne lecture! :)



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Chapitre 9 :  Evolution.


Rirjk se releva péniblement, son dos craqua. Il s'épongea le front, qui ruisselait de sueur dans cette chaleur suffocante et moite d'été. Il s'assit sur le petit muret qu'il avait érigé tout autours de son champ, les mains sur le manche de sa bêche. Il contempla son travaille, l'air satisfait. Les récoltes seront sûrement bonnes, se dit-il, avec un temps pareil...
Six années s'étaient écoulées depuis ce triste hiver qui avait vu la fin d'un être cher. Rirjk avait essayé de vivre au mieux, refouler sa culpabilité en s'occupant de Samyël aussi bien qu'il le put. Il l'avait pris sous son aile et éduqué au même titre que son fils. Il avait gardé un oeil constant sur lui, le regardant grandir et évoluer. Quelque chose s'était brisé en Samyël ce jour là.
Il était resté au lit durant plusieurs jours, inconscient et délirant, cauchemardant et criant. Ca avait été une épreuve difficile pour Rirjk. Il s'en était voulu encore plus. Mais un beau matin, environ une semaine plus tard, son apprenti s'était réveillé. Il était étrangement calme. Il n'avait rien dit, n'avait pas pleuré. Il avait gardé les yeux fixés sur le plafond. Ses yeux avaient changé. Ils étaient plus... distants, plus froids. Il avait perdu sa candeur, sa joie de vivre. Il ne parlait presque plus, se contentant de répondre avec la tête ou les mains. Il passait beaucoup de temps sur la falaise, là où on avait enterré Henry. Il s'asseyait sur le rebord, les jambes dans le vide, et il regardait la mer, dos au Continent. Au début, Rirjk avait eu peur qu'il se jette dans le vide, sincèrement.
 Après tout, le choc avait dû être terrible, et il n'avait que six ans!
Rirjk avait poursuivi son enseignement. Samyël ne se plaignait plus de rien, mais s'investissait beaucoup plus dans l'apprentissage des Arts. Rirjk avait été abasourdi de la vitesse à laquelle il était venu au bout de l'exercice de la Position du Penseur. Le garçon arrivait très facilement à faire le vide dans son esprit, faire abstraction du monde pour vivre dans une bulle qui l'isolait complètement. Rirjk en était personnellement incapable. De plus, ses capacités au tir à l'arc s'étaient grandement améliorées, et il était devenu le meilleur archer de Solanéa, sans le savoir. Il avait compris le lien qui unissait tous les exercices que lui avait demandé de faire son maître. La Position du Penseur  lui avait enseigné la concentration, l'apprentissage de l'écriture des deux mains avait développé sa dextérité et les bases de l'art, qui lui serviraient pour tracer les runes complexes des sorts. Et enfin, le tir à l'arc lui avait apporté de l'équilibre, de la force et la capacité d'évaluer les distances. Autant de compétences que se doit d'avoir tout magicien qui se respecte. "Un mage doit être fort de corps et d'esprit" lui disait Rirjk. Il avait sans doute raison. C'est vers l'âge de neuf ans qu'il avait appris son premier sort. Ce n'était rien d'autre qu'un tour de passe-passe qui faisait apparaître un petit globe lumineux dans la paume de sa main. A partir de cette base, Rirjk lui avait demandé de faire évoluer ce globe. Premièrement en l'agrandissant, puis l'étirant, en lui faisant changer de forme et au final en changeant sa composition par celle du feu. Samyël avait terminé la phase finale de l'exercice un an plus tard. C'était un résultat moyen. Le record étant d'environ six mois, mais selon les annales de la Citadelle, l'auteur de cette prouesse était devenu Archimage à vingt trois ans. A partir de là , Samyël avait dû commencer par apprendre une liste de runes indigeste, leurs noms plus leurs calligraphies exacte. Rirjk lui avait dit que la moindre erreur dans le tracé pouvait fausser la rune.
Avec les bases qu'il avait acquis, Samyël apprit rapidement à lancer quelques sorts communs, comme celui pour allumer un petit feu, verrouiller une porte ou autre, apposer une marque... Même si il y mettait toute sa bonne volonté, il avait du mal, et cela l'épuisait énormément, si bien qu'il lui arrivait de dormir un jour complet afin de récupérer. Cependant, il avait l'air d'y prendre goût, même si Rirjk n'avait plus vu la joie s'inscrire sur son visage depuis ce fameux jour...



La femme rousse lui tendait la main, une fois de plus. Il l'admira, une fois de plus. Sa beauté était renversante, le fait de poser ses yeux sur elle lui procurait une sensation qu'il ne connaissait pas. Il se perdit dans l'intensité de son regard émeraude, ses cils gracieux battirent plusieurs fois, lui renvoyant un regard féerique. Son front était ceint d'un fin tiare d'argent, qui retenait ses cheveux soyeux qui cascadaient jusqu'au sol, si bien qu'elle semblait auréolée d'un halo de feu. Ses oreilles ornées d'anneaux d'or étaient longues et pointues, ce qui la rendait encore plus irréelle car cela accentuait la perfection de son visage.
Les courbes de son corps étaient parfaites, à peine cachées par la tunique verte qu'elle portait. Ses gestes respiraient la grâce et la volupté, et elle possédait un port noble, telle la princesse esseulée d'un château de conte de fée. Dans sa main gauche elle tenait une longue et magnifique lance, où deux dragons, l'un d'un blanc immaculé, l'autre d'un noir de jais, s'enroulaient autours dans une étreinte mortelle.
Un rire cristallin retentit, se répercutant à l'infinie dans la nébuleuse étoilée qui les entourait. Elle lui sourit, et un soleil s'alluma dans son coeur. Il tendit la main vers elle, avec l'espoir fou et secret de pouvoir la toucher, la serrer contre lui, la garder à jamais.
Mais elle s'éloignait. Il paniqua alors, battit des bras, des jambes, pour tenter de la rattraper, mais rien n'y fit. Il la perdait. Il voulut l'appeler, mais il ne connaissait pas son nom. Le désespoir commença à le submerger.
Le rire retentit de nouveau, plus lointain. Une pensée effleura son esprit "Viens, je t'attend...". C'était comme la caresse tiède du vent de Mars, lorsque la terre se réchauffe et reprend vie. Les étoiles happèrent son image, et elle disparu.

Samyël se réveilla en sursaut, en sueur. La vue de la mer scintillante devant lui l'apaisa aussitôt. Encore ce rêve... Toujours ce rêve.  
Il perdit son regard dans l'immensité de l'Océan, et son esprit vagabonda un instant le long des vagues, tentant vainement de rattraper l'apparition de ses rêves.
"Qui es-tu?, se demanda-t-il. Cela l'intriguait, mais sans plus. Il n'avait plus le coeur à courir après des chimères. Il se releva, s'épousseta légèrement. Il ramassa son arc, le passa en bandoulière, puis il se tourna vers la pierre solitaire qui faisait face à la falaise.
-Je repasserais te voir plus tard, grand-père, murmura Samyël avant de s'engager sur le sentier.

Bill était partagé entre la joie et l'étonnement lorsqu'il vit arriver Samyël. Par moment, il lui faisait peur, avec ses long cheveux couleur de sang, ses yeux verts, éteints, qui avaient été si intenses lorsqu'il était plus petit, l'aura de tristesse et d'amertume qui l'entourait... Mais étrangement, il le fascinait. Peut être parce qu'il s'identifiait à lui, d'une certaine façon. Bill avait été comme ça aussi, lorsque sa mère était morte. Mais pas plus de deux mois. Pour Samyël c'en était déjà à sa sixième année. Il se demandait si son ami allait un jour redevenir le petit bonhomme bon vivant qu'il avait connu...
Samyël s'arrêta à hauteur de son ami, mais il ne dit rien, se contentant de fixer le sol. Bill resta sur la souche où il s'était assis pour regarder paître les moutons de son père qu'il devait surveiller.
-Hé bien, qu'est-ce qui t'amène?, le héla-t-il.
-Je ne sais pas, répondit Samyël après un temps de silence, d'une voix faible et lente. Je crois... Je crois que je vais m'asseoir avec toi, pour regarder le troupeau.
Bill le regarda d'une étrange façon.
-Si tu veux. Mais, Firjk (même après six ans que Rirjk s'était installé sur Solanéa, très peu savaient prononcer son nom correctement) ne va pas te chercher après?
Samyël fit le tour de la barrière qui délimitait l'enclos à mouton. Il enleva son arc, qu'il posa près de lui sur le sol. Puis il se laissa tomber près de bill, adossé à la souche.
-Non. Je dois aller voir Silex. Depuis que son fils est parti pour le Continent, il a besoin d'un apprenti. Rirjk m'a proposé.
Bill acquiesça. Silex était le forgeron du village. C'était un vieil homme, mais il possédait une robustesse et une musculature digne de celle d'un jeune et fringant guerrier. Il avait tendance à babiller tout seul, mais c'était un "bon gars", comme on disait au village.
Les deux jeunes garçons restèrent ainsi sans mot dire. Ils écoutaient le doux tintement des cloches que portaient les moutons.
-Tu as faim?, finit par demander Bill.
Silence.
-Un peu.
-J'ai du fromage, c'est ma mère qui l'a fait.

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« Réponse #28 le: dimanche 03 juin 2007, 21:11:05 »
Ben alors ! Il est où le critique officiel de Samyël :niak: ?
Bref, que dire... Je suis pas super inspiré pour commenter, d'autant qu'il ne se passe pas grand chose dans ces deux nouveaux chapitres, c'est plutôt un "constat".
on suppose que ce Ferdinand va être amené à rencontrer Samyël, en tout cas, et on voit que l'entraînement intense de Samyël, après les évènements de son passé tragique lui ont forgé une toute autre personnalité. Complètement aseptisé, il n'a plus l'éclat de la vie. C'est bien triste quand on a connu ce bonhomme de six ans vif et malin, plein de vie et de joie de vivre. Toutefois, j'attends plus complexe que ça, hein Samyël, donc me déçois pas hein :niak: (d'toute manière je pense que tu as prévu plus complexe).
Bon, à la fin par contre, je pense que c'est Erik qui répond avecu n sourire timide et non Rirjk.
Ah oui et cette scène tellement clichée de l'attaque d'une personne faible par plusieurs personnes plus fortes, ça m'a un peu agacé. Ca navigue entre le kitsch et le parodique, et l'intervention de Samyël était forcément prévisible. Là, c'étaitu n peu décevant pour le coup, tu aurais peut-être dû appuyer l'orientation du passage clairement : soit en faireu n passage carrément pathétique mais alors insister d'avantage sur la détresse d'Erik et l'arrivée héroïque de Samyël (avec un registre épique du point de vue d'Erik par exemple), ou bien un registre plus ironique. Là, ça reste en demi-teinte résultat ça fait un peu passage vu et revu seulement trente mille fois par dix mille écrivains différentes, de toutes nationnalités et époques.

Ceci dit, sur le fond, j'ai toujours envie de connaître la suite !

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« Réponse #29 le: dimanche 03 juin 2007, 21:24:55 »
Ouais c'est vrai ça, il est mon critique là? C'est pas sérieux! :niak:

Bon, première chose, tu supposes bien ^^ Mais bon, en même temps, c'était assez logique ^^

Pour ce qui est de Samyël, bien sûr que c'est plus complexe que cela (laisse moi le temps de metre tout ça en route^^). Sinon ça ferait vraiment stéréotype du héros blasé qui a tout perdu et qui se ratache à la vie que grâce à quelques amis... :niak:

Pour ce qui est de la scène de l'attaque, je suis plus que complètement d'accord avec toi. Je n'étais pas trop inspiré quand je l'ai écris, et donc je crois que je vais la réécrire complétement ^^

(Oui, effectivement, c'est bien Erik qui répond avec un sourire timide, mille excuses pour cette petite erreur qui a sû passer les mailles du filet de la relecture :niak:)