Auteur Sujet: [Fiction Collective] Miderlyr - Saison 2  (Lu 10611 fois)

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[Fiction Collective] Miderlyr - Saison 2
« Réponse #90 le: lundi 11 novembre 2019, 22:58:31 »
Hundwiin Drakonia III
Vétéran
Jour 7 avant la fin
Dans le labo de Sebastide
Sauvetage

     Quelques temps après l'explosion, la porte de la salle se rouvrit, Hundwiin avait peur de revoir son bourreau revenir mais ce ne fut pas elle qui entra, non. Il s'agissait de deux femmes de prime abord, mais à y regarder de plus près, la première avait des yeux rouges. Elle n'avait d'ailleurs pas l'air de lui prêter de l'attention et de l'aider. La deuxième femme ressemblait à une vieille femme mais elle n'avait pas grand chose d'humaine, il s'agissait plutôt d'une araignée. Elle portait un bras en écharpe, mais ne semblait pour autant pas mal en point. Aurait-il pu s'agir de la femme évoquée par les gardes de tout à l'heure ? Ces deux femmes se seraient-elles débarrassées de sa ravisseuse. Le draconien essaya de leur demander de l'aide malgré son état et son manque de force.
     ≪ Je... Aidez-moi... S'il vous plaît. ≫   
     La jeune femme ouvrant la marche leva les yeux au ciel, complètement indifférente à la détresse du draconien mais la femme araignée, quand à elle, s'approcha et commença à examiner Hundwiin. C'est alors que la première, continuant sa route pris la parole.
     ≪ Nous n'avons pas le temps de nous occuper de lui vieille femme. Surtout si tu veux sauver ton amie elfe.
— Cela ne prendra que quelques instants. Il n'est pas blessé, juste fatigué et retenu par ces sangles. ≫

     Sur ces mots, l'araignée commença à détacher les liens enserrant le draconien. La jeune femme quand a elle continua sa route, n'attendant pas sa compagne. Elles avaient l'air alliées mais pourtant elles n'avaient en aucun cas l'air d'accord sur leurs agissements.
     ≪ Ne lui prêtez pas attention. Disons qu'elle n'est pas très patiente et surtout méfiante. C'est un peu la force du destin qui nous fait faire chemin commun mais elle n'a pas mauvais fond, je peux vous l'assurer.... En tout cas, je ne sais pas ce que vous injecte cette femme, mais vous ne pouvez pas vous trimballer avec cette poche reliée à votre bras. Il vous faudra choisir, mais ne vous inquiétez pas, je vais vous injecter un petit stimulant qui va vous remettre rapidement sur pied. Vous n'aurez plus rien, à condition que vous me promettiez de vous reposer une fois que nous serons en sécurité.
— Daa… D'accord… Faites ce que vous pouvez faire je vous en remercie. ≫

     La femme araignée planta son dard dans le bras du draconien et injecta son "stimulant". Hundwiin reprit rapidement des forces et se releva pour s'asseoir sur le brancard et faire face à sa sauveuse. Maintenant qu'il la voyait dans son ensemble, il constata qu'elle portait une robe de belle couture retouchée. Elle disposait aussi d'un corps mi-humain, mi-araignée. Son visage était celui d'une vieille femme mais elle arborait un fier sourire et se tenait bien droite. Elle avait l'air de porter en haute estime les bonnes manières. Elle prit la parole la première.

     ≪ Pardonnez-moi, je ne me suis toujours pas présenté. Je me nomme Cheiralba. Je soignais les victimes  de la faille depuis la fracture mais nous discuterons en marchant, je suis assez pressée. En tout cas, comment vous êtes vous retrouvez là ? Il est plutôt rare de croiser des draconiens par ces temps, surtout ici dans la Faille. ≫

     Hundwiin n'avait pas l'air de bien tout comprendre, qu'elle était cette histoire d'inquisition, et ces expériences génétiques, qui était derrière tout ça et dans quel but ? Et cette femme, pourquoi était elle comme ça ? En était-elle une aussi ? Ça ne faisait que quelques semaines environ qu'il était descendu dans la faille avec ces compagnons, que c'était-il passé ? Beaucoup de question se bousculaient dans sa tête mais Cheiralba avait l'air pressée, et puis sa comparse avait mentionnée une Elfe à sauver. Hundwiin se redressa et essaya de marcher. Le stimulant lui avait fait le plus grand bien et il ne ressentait pas trop de difficultée dans ses mouvements. Il se retourna vers l'araignée et lui fit signe qu'il était prêt pour partir. L'araignée le rejoignit et ils continuèrent leur route.

     ≪ Merci infiniment Cheiralba, je vous dois la vie. Moi ainsi que ceux dont je porte la mémoire. Je vous serai éternellement reconnaissant. Si j'avais dû mourir ici, je n'aurais pas pu leur faire face... Oh pardonnez moi, je divague et je ne me suis pas présenté. Je suis Hundwiin Drakonia III, prince héritier du royaume de Draconia. Pour répondre à votre question, lorsqu'il y a quelques semaines, l'explosion a créée la faille, je suis descendu avec les plus valeureux de tous les guerriers qui se trouvaient à Miderlyr. Nous sommes descendus au plus profond de la faille afin de la refermer... Hélas mes camarades y ont tous perdu la vie mais leur sacrifice a permis de refermer la brèche et le flot incessant d'aberration qui s'en écoulait. J'ai réussi difficilement à remonter et à bout de force avant de tomber d'épuisement. J'ai ensuite été récupéré par deux hommes habillés tout en blanc et ils m'ont amené ici. Quand je me suis réveillé j'étais devant cette Sofia qui m'a attaché ici. ≫

     La femme araignée ne réagit tout d'abord pas. Elle avait l'air en état de choc. Les yeux grands ouverts à le dévisager. Elle reprit ses esprits au bout de quelques instants mais ne prit pas la parole. Elle continua son chemin et fit signe à Hundwiin de le suivre.

* * * * *

     Ils marchèrent un moment en silence. Un silence malaisant et gênant. Cheiralba décida finalement de briser ce silence.

     ≪ Écoutez-moi bien, Seigneur Drakonia, s'il faut vous appeler ainsi. Je ne sais pas si vous essayez de me mentir, mais vous aviez l'air convaincu de votre vérité. Pour le moment nous devons nous hâter. Une amie elfe du nom d'Alaïa s'est faite capturer par un scientifique du nom d'Hordefeu et il va sûrement l'utiliser pour je ne sais quelles expériences. Cet homme se terre depuis bien trop longtemps pour commettre ses méfaits si vous voulez mon avis et si je suis là, je compte bien en profiter pour l'arrêter une bonne fois pour toute. Maintenant que vous savez cela, soit vous vous rangez à nous, soit vous feriez mieux de quitter cet endroit. En tout cas je ne vais pas vous mentir, si vous restez avec nous, faites attention à vous. Nous sommes blessées toutes les deux et Hordefeu est quelqu'un de plutôt dangereux ; même si nous savons nous défendre. ≫
     À ces mots, Cheiralba affichait un léger sourire. Elle marchait fièrement devant, ouvrant la marche. Hundwiin lui réfléchissait, il ne pouvait ignorer sa sauveuse et son amie en détresse. S'il allait les aider ? Mais bien sûr qu'il allait le faire, après tout, il lui devait la vie.
     ≪ Vous pouvez compter sur mon aide Cheiralba. Je vais vous aider à sauver votre amie.
— Bien, votre aide nous sera très précieuse mais vous n'avez pas intérêt à nous faire faux bond.
— Ne vous inquiétez pas pour cela. Je vous dois la vie, je n'aurai aucune raison de faire cela.
— Bien bien. Essayons de rattraper Syl maintenant. Bien que dans son état elle soit très puissante, on ferait mieux de la rejoindre. Oh... et une fois tout cela fini, j'aurai quelque chose à vous dire. ≫

     Hundwiin imaginait que Syl devait être la jeune femme qui accompagnait la femme araignée au début. Par contre, que voulait elle lui dire, et pourquoi elle ne pouvait pas lui dire maintenant ? Néanmoins la situation pressait ils accélérèrent donc le pas afin de la rattraper.

* * * * *

     Hundwiin et Cheiralba marchaient maintenant côte à côte, ils arrivèrent dans un couloir rempli de cellules. Des personnes se trouvaient derrière, certaines hurlaient, d'autres se tordaient de douleur. Certaines n'étaient même plus humaines. La vision horrifique de cet endroit tordit les traits du visage de l'araignée en une expression de dégoût et de rage au visage de l'araignée. Décidément, elle avait l'air d'avoir un lien plus ou moins lointain avec cet endroit, ou tout du moins avec cet Hordefeu.

     Au bout du couloir, les deux compagnons aperçurent Syl. La jeune femme faisait face à une cellule. Elle haussa la voix :
     ≪ La vieille femme voudra te sauver aussi, pour sûr. Ecarte-toi ! ≫
     La serrure explosa à grands bruits puis la cellule s'ouvrit dans un grincement. Hundwiin et Cheiralba venaient d'atteindre Syl qui se retourna vers cette dernière, un sourire carnassier aux lèvres.
     ≪ Et voilà vieille femme. Une personne de plus de sauvée. Espérons que notre joyeuse compagnie arrive à temps pour sauver ton amie elfe. ≫
     Une naine sortie de la cellule, elle avait une musculature imposante ainsi que des cheveux rouges et une armure. Elle avait les yeux émeraudes et le nez cassé. Son regard croisa celui d'Hundwiin et resta un long moment à le fixer et à se frotter sévèrement les yeux afin d'être sûre de ne pas rêver. Le Draconien était tout aussi perplexe avant de s'exclamer :
     ≪ Hyldegarde ! Comment vous êtes-vous retrouvée ici ? Vous avez réussi à remonter vous aussi ? Je vous croyais morte, tout comme le reste de nos compagnons... Vous ne pouvez pas savoir à quel point je suis ravi. Si vous êtes vivante, peut-être que les autres ont pu s'enfuir aussi et sont en vie quelque part.
— Hundwiin qui aurait cru que vous auriez survécu... Alors comme ça vous aussi vous avez fini ici ? Me voilà rassurée, je pensais être la seule survivante. Cela me rassure. d'Euphorie est peut-être encore vivante quelque part... ≫

     Syl et Cheiralba échangèrent un regard étonné. La jeune femme lâcha, toujours avec un sourire carnassier :
     ≪ Regardez si c'est pas merveilleux vieille femme, ils se connaissent. La Faille est décidément trop petite...≫

     Hundwiin réalisa alors que Yoltuz n'était pas sur lui. Sa fidèle épée avait dû rester là où il fut récupéré par les deux hommes en blanc. Sans son épée il était moins puissant mais il serait toujours capable de se battre à mains nues ou de puiser dans ses forces pour utiliser le peu de magie draconique qu'il connaissait. En revanche, sa mission prioritaire allait être de récupérer son épée. Heureusement il était rassuré, personne ne pouvait s'en emparer.
Merci à Haine et Jielash pour le kit <3

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[Fiction Collective] Miderlyr - Saison 2
« Réponse #91 le: mardi 14 janvier 2020, 12:25:39 »
Cheiralba
Vétéran
6 jours avant la fin
Salle opératoire du laboratoire de Sébastide Hordefeu
Fil noir sur le cœur, fil rouge sur la gorge

Les bruits des pas de la petite troupe résonnaient le long du couloir leur donnant plus d’importance qu’ils n’en avaient réellement. Cheiralba avançait en tête, fière, mais fatiguée. Elle avait souffert un lourd tribut lors de son combat contre la jeune femme, mais l’espoir de rencontrer une dernière fois son créateur et de l’éliminer de ses propres mains étaient la meilleure des motivations pour la pousser à continuer. Bien qu’elle ne soit pas croyante, elle pria une identité quelconque pour qu’elle lui accorde assez de courage et de force pour que Hordefeu soit mis hors d’état de nuire une bonne fois pour toute. Elle ne savait pas à qui elle pouvait s’adresser, quelle divinité lui accorderait un moment, mais elle priait avec tant de conviction et de ferveur que si quelqu’un lui tendait l’oreille, alors son souhait serait forcément exaucé.

A ses côtés, Syl la suivait machinalement avec une indifférence assez inquiétante. La personne qui contrôlait actuellement la magicienne avançait de manière détachée comme si elle savait qu’elle allait s’en sortir et qu’il fallait simplement qu’elle attende que les choses se passent. En aucun cas le sort de Cheiralba semblait lui importer. Si elle avait libéré la naine, ce n’était que pour avoir l’occasion de faire preuve de sarcasme. La femme araignée jeta un coup d’œil vers cette dernière. Elle était en pleine discussion avec celui qui s’appelait Hundwiin, un peu en arrière.  Quel duo mal assorti… et pourtant ils semblaient se connaître. Cheiralba ne regrettait pas de les avoir secourus. Qui sait s’ils pourraient être utiles. Et puis c’était dans sa nature… mais elle regrettait naturellement d’avoir potentiellement perdu du temps qui lui aurait été nécessaire pour sauver Alaïa. Il avait fallu faire un choix. Un choix dont elle devait prendre toute la responsabilité. Et quel qu'il fût, il y aurait eu des regrets.

Elle détourna son attention de ce drôle de binôme pour se concentrer sur Syl qui s’était arrêtée devant une porte sur la droite. De grande taille, elle comportait deux battants qui n’avaient pas l’air très résistants. Plus loin, le couloir continuait pour donner sur d’autres portes et d’autres couloirs, mais c’était ici que la magicienne s’était arrêtée.

    ≪ L'elfe est là. Je peux également te dire qu’elle n’est pas consciente. Un autre homme est à côté d’elle. Il semble particulièrement occupé d’esprit et on dirait qu’il ne nous a pas encore entendu arriver malgré les jacassements des deux pipelettes que tu as choisi d’amener avec nous.
— Je vois. Dans ce cas, ne perdons pas plus de temps. Je vous laisse le plaisir de faire sauter tous les verrous de cette porte.
— Ce sera avec plaisir. Recule. ≫

Il n’y eu pas d’explosion cette fois-ci, à croire que la seconde personnalité de Syl avait un peu moins le sens du spectacle. Néanmoins, les deux battants métalliques de la porte tombèrent, de manière simultanée, dans ce qui avait l'air d'être une salle opératoire créant un vacarme. La propreté relative des locaux permit à la troupe d’observer la réaction d’Hordefeu sans devoir attendre qu’un nuage de poussières se dissipe. Le chirurgien avait suspendu son geste dans le vide. Il tenait à la main droite un instrument qui serrait dans ses mâchoires une aiguille courbée reliée à un fil. Cheiralba suivit ce fil pour voir où il s’insérait. Sur la poitrine dénudée d’Alaïa se dessinait une suture en zig-zag mettant bout à bout, côté cœur, la peau d’origine de l’elfe et, côté épaule, une surface noire et brillante. Le bras ne semblait pas encore déformé, seule sa matière avait l'air d'être changée. Le corps de la jeune elfe était étendue sur une grande table centrale. Deux autres tables à roulettes se trouvaient à proximité, l'une beaucoup plus petite que l'autre. Sébastide était sur le point de terminer, mais le temps que Cheiralba fasse mine de s’approcher, le chirurgien reprit ses esprits et lâcha son instrument pour se saisir d’un autre parmi ceux qui étaient disposés de manière organisée sur la tablette à roulettes sur sa droite.

Dans la précipitation, la femme araignée n’eut le temps de voir qu’un rapide reflet, mais ce qu’il en fit ne laissait pas d’équivoque. Il s’était équipé du manche de bistouri munie d’une lame et l’appliquait sur la gorge de l’elfe en appuyant assez fort pour que sa détermination soit bien visible. Les propos de Syl ne firent que confirmer les craintes de la femme araignée.

 ≪ Voyons, vieux fou. Crois-tu que ton acte désespéré va me retenir de t'exterminer ? ≫

Hordefeu mesurait les paroles de la magicienne et, en réponse, il appuya davantage. Le fil de la lame commençait à entamer la peau, mais le chirurgien ne quittait pas des yeux le quatuor qui venait de pénétrer dans sa salle opératoire.

 ≪ Vous venez pour elle. Ne me faîtes pas croire que vous n’avez que faire de sa vie.

— Honnêtement, sa vie m’importe peu. Si Syl était en face de toi, peut-être qu’elle t'aurait laissé une chance, mais je n’ai jamais parlé personnellement à cette elfe, tout comme le draconien et la naine. Ils veulent sûrement juste se venger de toi de les avoir enfermés. Il y aurait bien cette femme chimère que tu ne sembles pas reconnaître, qui hésiterait à risquer la vie de cette pauvre elfe déformée, mais elle semblerait qu’elle ait une dent contre vous. Si tu veux le fond de ma pensée, les abominations que tu crées ne devraient pas avoir le droit de vivre et ce ne serait que rendre service à ta victime si tu l’achevais.
— Vous ne le ferez pas.
— Dans quel monde crois-tu que l’on vit ? J’en ai plus qu’assez de partir à la rescousse de chacun et chacune. Puisque personne d’autre ne souhaite prendre de décision, je prends le risque. Je vais te faire exploser et tant pis si tu as le temps de lui trancher la gor... ≫
Cheiralba, qui avait les yeux tournés vers Sébastide et Alaïa, ne put voir, qu’alors que Syl finissait sa phrase, les yeux de la magicienne reprendre leur couleur originelle avant que cette dernière ne s’effondre. Hordefeu lui jubilait. Il ne comprenait pas ce qu’il se passait, mais de toute évidence la chance était de son côté. Il y avait un obstacle en moins. Plus qu’une naine dénutrie, un draconien engourdi par des anesthésiques et une vieille femme au corps d’araignée blessée. La seule magicienne du groupe était à terre. N’avait-elle pas dit d’ailleurs qu’il était censé connaître la vieille femme ? La surprise se rajoutait à l'hébétude dans les yeux de l'expérimentateur. Il ne semblait pas en croire ses yeux…

≪ Oh. A54, c'est ça ? Je ne t'avais pas reconnu. Il faut dire que je n'ai pas l'habitude de voir à nouveau mes créations et encore moins après si longtemps. ≫

L'homme gagnait du temps. Cheiralba en était certaine, mais elle ne pouvait pas s'empêcher de l'écouter. Une part au fond d'elle voulait comprendre. Quoi, elle ne le savait pas.

≪ Si je m'attendais à te voir ici. Tu sembles avoir bien vécu. Il faut croire que je m'étais pas tant trompé dans les dosages. J'ai le malheur de te l'annoncer, mais tu n'étais qu'un travail bâclé... Non, n'avance pas si tu tiens à la vie de cette elfe ! Votre magicienne est tombée, si tu veux la garder vivante, il va falloir d'abord m'écouter.
— Si vous comptez gagner du temps en attendant que vos sbires arrivent, je crains malheureusement qu'ils ne soient pas en état de répondre à votre appel à l'aide discret. Vous êtes acculé.
— Nous sommes alors dans une impasse. Je serai à l'abri tant que ma lame sera appuyée sur son joli petit cou. Et j'ai plus de temps que toi. Combien de temps te reste-t-il à vivre ? Tes commanditaires ont expressément demandé à ce que tu aies une vie courte. Tu le sens en toi, non ? Malgré la fougue qui t'anime, tu le sens dans ton corps. Il te supplie d'arrêter et de t'éteindre. Bientôt tu recroquevilleras sur toi-même, toi et tes petites pattes. Si cela n'avait tenu qu'à moi, je t'aurai donné une espérance de vie légendaire. Mais, je me souviens maintenant : "Nous vous demandons un outil de travail afin d'accroître notre renommée. Nous ne voulons pas un enfant qu'on devra garder toute notre vie. Quand nous aurons fait notre place parmi les marchands, alors nous n'aurons plus besoin d'elle. Une durée de vie d'une dizaine d'années tout au plus me paraît suffisant." Je ne pouvais pas et je ne voulais pas. Aujourd'hui, avec les expériences que j'ai réalisées j'ai acquis assez de connaissances pour pouvoir contrôler l'espérance de vie, mais à l'époque j'en étais incapable. Et je ne te souhaitais pas une mort prématurée. Tu étais comme une de mes filles.
— Je ne suis pas l'une de vos filles.
— Oh si ! Tu es l'une de mes filles. Chacune de mes créations est mon enfant. Votre amie, là, est une de mes créations, même si elle n'est pas finie.
— J'ai eu une famille. Ils m'ont aimé.
— Que tu es naïve... ≫

Derrière, Hildegarde et Hundwiin regardaient la scène impuissants. D'un côté ils étaient captivés par l'échange qui se déroulait sous leurs yeux, d'un autre ils préfèreraient s'en aller dans ce conflit qui ne les concernaient à peine. Néanmoins, ils se sentaient redevables et leur honneur les poussait à rester. Et puis, où auraient-ils pu aller ? Ils ne savaient même pas où ils étaient. La femme araignée et la magicienne avaient l'air de pouvoir les aider à les guider. Seulement, elles étaient coincés. Les deux compagnons voyaient bien que Cheiralba essayait de trouver une solution pour la sortir de là. Tant que la lame du bistouri menaçait la gorge d'Alaïa, elle ne pouvait rien tenter. Mis à part Syl, personne ne pouvait l'attaquer à distance et cette dernière s'était évanoui, sans aucune raison.

Hildegarde prit alors la décision s'en aller. Bien que la naine se trouvait dans son dos, elle entendait clairement ses pas s'éloigner dans le couloir. Ils furent bientôt suivis par ceux d'Hundwinn, plus lourds. Ils partaient chacun dans une direction opposée. Cheiralba avait du mal à croire qu'ils prenaient la fuite, mais il fallait se résigner. Les temps étaient durs depuis la faille et la survie de chacun importait plus que le devoir. Elle devrait se débrouiller seule.

≪ Tes amis ont l'air de ne pas trop tenir à vos vies. ≫ ne peut s'empêcher de remarquer Sébastide Hordefeu avant de reprendre son monologue.

La vieille femme n'osait pas détourner son regard du cou de la jeune elfe de peur de rater le moindre mouvement suspect qui la pousserait à agir dans la précipitation. Elle se contentait de répondre du mieux qu'elle pouvait aux remarques d'Hordefeu, mais elle l'écoutait à peine. Elle était certes venue chercher des réponses, en plus de le mettre hors d'état de nuire, mais elle savait que rien ne garantissait que ce qu'il disait était vrai. C'était probablement que des mensonges sortis uniquement dans le simple but de semer le doute dans l'esprit de Cheiralba et de lui donner une chance d'en réchapper vivant.

≪ Comment m'avez-vous créé ? Y en-a-t-il d'autres comme moi ? ≫

Des questions intéressantes... et la vieille femme comptait sur l'esprit volubile de Sébastide pour qu'il saisisse l'occasion d'exposer tout son savoir et de se laisser distraire. Pendant qu'il expliquait les différents processus existants de greffes, l'importance de l'embryogénèse, les principes de l'interspécificité, elle répondait alors de manière laconique à coup de "Je vois…", "Hum" et autres "D'accord.". Parfois elle se hasarda à répéter un mot dont elle ne comprenait pas le sens "Homonculus ? Qu'est-ce ?". Elle entretenait la logorrhée du chirurgien en espérant qu'il en oublie de maintenir son instrument appuyé sur la peau fragile d'Alaïa, mais rien n'y faisait. Rien ne faisait avancer la situation et ils perdaient du temps.

La vieille femme pouvait espérer que l'une des deux femmes endormies se réveillent, mais elle n'avait aucune idée de la cause pour l'une et elle ne savait pas combien de temps durerait l'anesthésie pour la deuxième. Pour cette dernière, si elle se fiait à ce qu'elle voyait, le réveil ne commencerait pas avant quelques heures sans un petit coup de main. La respiration était calme et régulière malgré plaie qui n'était pas encore refermée.

Alors qu'elle allait relancer la conversation sur le sujet de l'expérimentation subie par Alaïa, elle entendit alors Hildegarde revenir grâce à son ouïe plus performante que le chirurgien. Elle allait arriver par la seconde porte de la salle de chirurgie. La naine avait dû la remarquer et le sens inné de l'orientation dans les profondeurs chez cette race ne devait pas être usurpé.

Cheiralba savait très bien ce qui allait se passer. Hildegarde allait ouvrir la porte de manière plus ou moins silencieuse. Ses pas la trahirait à un moment ou à un autre. Alors Sébastide se retournerait pour connaître l'origine du bruit détachant un court laps de temps son attention des gestes de Cheiralba. Comprenant alors qu'il ne pourrait pas surveiller les deux intruses en même temps s'il ne se déplaçait pas, il tenterait soit de trouver un meilleur angle de vue. Les deux portes n'étaient pas assez éloignées pour qu'il n'en trouve pas un rapidement. C'était mieux ainsi, S'il s'était senti pris aux pièges, il aurait probablement sectionné la carotide créant une diversion suffisante pour lui donner une échappatoire. S'il n'avait pas mis en pratique cette stratégie jusqu'à maintenant, c'est qu'il espérait pouvoir s'échapper sans blesser Alaïa. Peut-être tenait-il un peu à elle.

Le scénario que Cheiralba s'était imaginé ne tarda pas à se réaliser. La seconde porte s'ouvrit dans un affreux grincement et derrière elle se trouvait Hildegarde qui essayait de se faire le plus discrète possible malgré le vacarme provoqué par la vieille porte qui n'avait pas dû être huilée depuis des années. Comme prévu Hordefeu se retourna avant de reporter rapidement son regard vers la femme araignée. Cependant cette dernière était prête à agir. Elle était bien trop fatiguée et trop loin pour pouvoir s'interposer entre Alaïa et le bistouri, mais elle avait préparé son dard. Sitôt qu'elle fut hors de vue, elle le planta dans le corps de Syl sans chercher à viser une partie du corps en particulier avant de reprendre sa position d'origine. Tant que ça agit… Elle avait réussi à ranimer sa deuxième identité avec de l'adrénaline une première fois. Avec un peu de chance, elle se réveillerait à nouveau. Elle ou la véritable Syl.

Pendant que la substance se déversait, Sébastide avait fait un pas de côté pour se trouver en face de ses deux ennemis, l'instrument toujours plaqué sur le cou de la jeune elfe. Elle n'aurait plus de carte à jouer. Hildegarde tenta de repartir par la porte d'où elle venait, mais le chirurgien l'en empêcha :

≪ Arrêtez-vous ! Ne bougez pas ! Vous m'avez fait le coup une fois, je ne me ferai pas avoir une seconde. Si vous bougez d'un millimètre, je lui coupe la gorge. Alors vous allez être bien sages toutes les deux. La plaisanterie a assez duré. Vous allez lentement vous allonger au sol, la tête face contre terre.
— Si je puis me permettre, vous nous donnez des ordres contradictoires. Doit-on ne pas bouger ou nous allonger pour que vous épargnez sa vie ? ne peut s'empêcher de dire Hildergarde avec une voix moqueuse.
— Faites la maline, vous. Allongez-vous et on verra ce qu'il arrivera à votre amie. ≫

La naine et la femme araignée s'exécutèrent de mauvaise grâce. Elles n'avaient pas le choix, mais gardèrent la tête levée pour continuer à surveiller les gestes de Sébastide. Une fois au sol, elles ne distinguaient plus ses mains cachées par les rebords de la table, mais elles savaient à la position du bras du chirurgien que la menace était toujours présente.

Pendant qu'il tenait en joug les deux femmes, il se saisit d'une table roulante qui n'était pas bien loin, laissée là pour ramener le corps de son expérience dans sa cellule une fois l'opération terminée. Il la cala contre la table opératoire et à force de tirer et de pousser Alaïa dans tous les sens, il parvint à la faire basculer sur la table à roulettes tout en gardant le bistouri en place. Il pouvait maintenant partir tout en gardant son otage, mais il n'en fit rien. Pour cela, il devait passer à côté de l'une ou l'autre des deux femmes qui se trouvaient chacune devant une porte. C'était risqué. Il prit alors le temps d'analyser la situation, mais malgré l'adrénaline qui lui donnait une perception accrue il ne s'intéressa qu'à Alaïa vaguement installée sur la table roulante, la distance qui les séparait de l'une des sorties, les deux femmes qui lui faisaient obstacle et les deux portes. L'une s'était refermée, l'autre avait ses battants au sol ce qui l'empêcherait d'emmener avec lui la jeune elfe. S'il voulait s'en sortir, il devait la laisser.

Cheiralba avait une autre perspective de la situation. Depuis l'entrée d'Hildegarde, elle attendait un changement dans le comportement de la magicienne. Une respiration plus rapide, la moindre vibration crée par un discret mouvement… N'importe quel signe. Elle avait d'abord cru que son injection n'avait pas fonctionné, mais maintenant elle le sentait arriver. Il y avait de la magie dans l'air. Les cheveux de sa nuque se hérissaient… Syl allait se réveiller...
« Modifié: vendredi 17 janvier 2020, 13:52:21 par Yorick26 »

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