Auteur Sujet: [Fiction Collective] Miderlyr - Saison 2  (Lu 13978 fois)

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[Fiction Collective] Miderlyr - Saison 2
« Réponse #90 le: lundi 11 novembre 2019, 22:58:31 »
Hundwiin Drakonia III
Vétéran
Jour 7 avant la fin
Dans le labo de Sebastide
Sauvetage

     Quelques temps après l'explosion, la porte de la salle se rouvrit, Hundwiin avait peur de revoir son bourreau revenir mais ce ne fut pas elle qui entra, non. Il s'agissait de deux femmes de prime abord, mais à y regarder de plus près, la première avait des yeux rouges. Elle n'avait d'ailleurs pas l'air de lui prêter de l'attention et de l'aider. La deuxième femme ressemblait à une vieille femme mais elle n'avait pas grand chose d'humaine, il s'agissait plutôt d'une araignée. Elle portait un bras en écharpe, mais ne semblait pour autant pas mal en point. Aurait-il pu s'agir de la femme évoquée par les gardes de tout à l'heure ? Ces deux femmes se seraient-elles débarrassées de sa ravisseuse. Le draconien essaya de leur demander de l'aide malgré son état et son manque de force.
     ≪ Je... Aidez-moi... S'il vous plaît. ≫   
     La jeune femme ouvrant la marche leva les yeux au ciel, complètement indifférente à la détresse du draconien mais la femme araignée, quand à elle, s'approcha et commença à examiner Hundwiin. C'est alors que la première, continuant sa route pris la parole.
     ≪ Nous n'avons pas le temps de nous occuper de lui vieille femme. Surtout si tu veux sauver ton amie elfe.
— Cela ne prendra que quelques instants. Il n'est pas blessé, juste fatigué et retenu par ces sangles. ≫

     Sur ces mots, l'araignée commença à détacher les liens enserrant le draconien. La jeune femme quand a elle continua sa route, n'attendant pas sa compagne. Elles avaient l'air alliées mais pourtant elles n'avaient en aucun cas l'air d'accord sur leurs agissements.
     ≪ Ne lui prêtez pas attention. Disons qu'elle n'est pas très patiente et surtout méfiante. C'est un peu la force du destin qui nous fait faire chemin commun mais elle n'a pas mauvais fond, je peux vous l'assurer.... En tout cas, je ne sais pas ce que vous injecte cette femme, mais vous ne pouvez pas vous trimballer avec cette poche reliée à votre bras. Il vous faudra choisir, mais ne vous inquiétez pas, je vais vous injecter un petit stimulant qui va vous remettre rapidement sur pied. Vous n'aurez plus rien, à condition que vous me promettiez de vous reposer une fois que nous serons en sécurité.
— Daa… D'accord… Faites ce que vous pouvez faire je vous en remercie. ≫

     La femme araignée planta son dard dans le bras du draconien et injecta son "stimulant". Hundwiin reprit rapidement des forces et se releva pour s'asseoir sur le brancard et faire face à sa sauveuse. Maintenant qu'il la voyait dans son ensemble, il constata qu'elle portait une robe de belle couture retouchée. Elle disposait aussi d'un corps mi-humain, mi-araignée. Son visage était celui d'une vieille femme mais elle arborait un fier sourire et se tenait bien droite. Elle avait l'air de porter en haute estime les bonnes manières. Elle prit la parole la première.

     ≪ Pardonnez-moi, je ne me suis toujours pas présenté. Je me nomme Cheiralba. Je soignais les victimes  de la faille depuis la fracture mais nous discuterons en marchant, je suis assez pressée. En tout cas, comment vous êtes vous retrouvez là ? Il est plutôt rare de croiser des draconiens par ces temps, surtout ici dans la Faille. ≫

     Hundwiin n'avait pas l'air de bien tout comprendre, qu'elle était cette histoire d'inquisition, et ces expériences génétiques, qui était derrière tout ça et dans quel but ? Et cette femme, pourquoi était elle comme ça ? En était-elle une aussi ? Ça ne faisait que quelques semaines environ qu'il était descendu dans la faille avec ces compagnons, que c'était-il passé ? Beaucoup de question se bousculaient dans sa tête mais Cheiralba avait l'air pressée, et puis sa comparse avait mentionnée une Elfe à sauver. Hundwiin se redressa et essaya de marcher. Le stimulant lui avait fait le plus grand bien et il ne ressentait pas trop de difficultée dans ses mouvements. Il se retourna vers l'araignée et lui fit signe qu'il était prêt pour partir. L'araignée le rejoignit et ils continuèrent leur route.

     ≪ Merci infiniment Cheiralba, je vous dois la vie. Moi ainsi que ceux dont je porte la mémoire. Je vous serai éternellement reconnaissant. Si j'avais dû mourir ici, je n'aurais pas pu leur faire face... Oh pardonnez moi, je divague et je ne me suis pas présenté. Je suis Hundwiin Drakonia III, prince héritier du royaume de Draconia. Pour répondre à votre question, lorsqu'il y a quelques semaines, l'explosion a créée la faille, je suis descendu avec les plus valeureux de tous les guerriers qui se trouvaient à Miderlyr. Nous sommes descendus au plus profond de la faille afin de la refermer... Hélas mes camarades y ont tous perdu la vie mais leur sacrifice a permis de refermer la brèche et le flot incessant d'aberration qui s'en écoulait. J'ai réussi difficilement à remonter et à bout de force avant de tomber d'épuisement. J'ai ensuite été récupéré par deux hommes habillés tout en blanc et ils m'ont amené ici. Quand je me suis réveillé j'étais devant cette Sofia qui m'a attaché ici. ≫

     La femme araignée ne réagit tout d'abord pas. Elle avait l'air en état de choc. Les yeux grands ouverts à le dévisager. Elle reprit ses esprits au bout de quelques instants mais ne prit pas la parole. Elle continua son chemin et fit signe à Hundwiin de le suivre.

* * * * *

     Ils marchèrent un moment en silence. Un silence malaisant et gênant. Cheiralba décida finalement de briser ce silence.

     ≪ Écoutez-moi bien, Seigneur Drakonia, s'il faut vous appeler ainsi. Je ne sais pas si vous essayez de me mentir, mais vous aviez l'air convaincu de votre vérité. Pour le moment nous devons nous hâter. Une amie elfe du nom d'Alaïa s'est faite capturer par un scientifique du nom d'Hordefeu et il va sûrement l'utiliser pour je ne sais quelles expériences. Cet homme se terre depuis bien trop longtemps pour commettre ses méfaits si vous voulez mon avis et si je suis là, je compte bien en profiter pour l'arrêter une bonne fois pour toute. Maintenant que vous savez cela, soit vous vous rangez à nous, soit vous feriez mieux de quitter cet endroit. En tout cas je ne vais pas vous mentir, si vous restez avec nous, faites attention à vous. Nous sommes blessées toutes les deux et Hordefeu est quelqu'un de plutôt dangereux ; même si nous savons nous défendre. ≫
     À ces mots, Cheiralba affichait un léger sourire. Elle marchait fièrement devant, ouvrant la marche. Hundwiin lui réfléchissait, il ne pouvait ignorer sa sauveuse et son amie en détresse. S'il allait les aider ? Mais bien sûr qu'il allait le faire, après tout, il lui devait la vie.
     ≪ Vous pouvez compter sur mon aide Cheiralba. Je vais vous aider à sauver votre amie.
— Bien, votre aide nous sera très précieuse mais vous n'avez pas intérêt à nous faire faux bond.
— Ne vous inquiétez pas pour cela. Je vous dois la vie, je n'aurai aucune raison de faire cela.
— Bien bien. Essayons de rattraper Syl maintenant. Bien que dans son état elle soit très puissante, on ferait mieux de la rejoindre. Oh... et une fois tout cela fini, j'aurai quelque chose à vous dire. ≫

     Hundwiin imaginait que Syl devait être la jeune femme qui accompagnait la femme araignée au début. Par contre, que voulait elle lui dire, et pourquoi elle ne pouvait pas lui dire maintenant ? Néanmoins la situation pressait ils accélérèrent donc le pas afin de la rattraper.

* * * * *

     Hundwiin et Cheiralba marchaient maintenant côte à côte, ils arrivèrent dans un couloir rempli de cellules. Des personnes se trouvaient derrière, certaines hurlaient, d'autres se tordaient de douleur. Certaines n'étaient même plus humaines. La vision horrifique de cet endroit tordit les traits du visage de l'araignée en une expression de dégoût et de rage au visage de l'araignée. Décidément, elle avait l'air d'avoir un lien plus ou moins lointain avec cet endroit, ou tout du moins avec cet Hordefeu.

     Au bout du couloir, les deux compagnons aperçurent Syl. La jeune femme faisait face à une cellule. Elle haussa la voix :
     ≪ La vieille femme voudra te sauver aussi, pour sûr. Ecarte-toi ! ≫
     La serrure explosa à grands bruits puis la cellule s'ouvrit dans un grincement. Hundwiin et Cheiralba venaient d'atteindre Syl qui se retourna vers cette dernière, un sourire carnassier aux lèvres.
     ≪ Et voilà vieille femme. Une personne de plus de sauvée. Espérons que notre joyeuse compagnie arrive à temps pour sauver ton amie elfe. ≫
     Une naine sortie de la cellule, elle avait une musculature imposante ainsi que des cheveux rouges et une armure. Elle avait les yeux émeraudes et le nez cassé. Son regard croisa celui d'Hundwiin et resta un long moment à le fixer et à se frotter sévèrement les yeux afin d'être sûre de ne pas rêver. Le Draconien était tout aussi perplexe avant de s'exclamer :
     ≪ Hyldegarde ! Comment vous êtes-vous retrouvée ici ? Vous avez réussi à remonter vous aussi ? Je vous croyais morte, tout comme le reste de nos compagnons... Vous ne pouvez pas savoir à quel point je suis ravi. Si vous êtes vivante, peut-être que les autres ont pu s'enfuir aussi et sont en vie quelque part.
— Hundwiin qui aurait cru que vous auriez survécu... Alors comme ça vous aussi vous avez fini ici ? Me voilà rassurée, je pensais être la seule survivante. Cela me rassure. d'Euphorie est peut-être encore vivante quelque part... ≫

     Syl et Cheiralba échangèrent un regard étonné. La jeune femme lâcha, toujours avec un sourire carnassier :
     ≪ Regardez si c'est pas merveilleux vieille femme, ils se connaissent. La Faille est décidément trop petite...≫

     Hundwiin réalisa alors que Yoltuz n'était pas sur lui. Sa fidèle épée avait dû rester là où il fut récupéré par les deux hommes en blanc. Sans son épée il était moins puissant mais il serait toujours capable de se battre à mains nues ou de puiser dans ses forces pour utiliser le peu de magie draconique qu'il connaissait. En revanche, sa mission prioritaire allait être de récupérer son épée. Heureusement il était rassuré, personne ne pouvait s'en emparer.
Merci à Haine et Jielash pour le kit <3

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[Fiction Collective] Miderlyr - Saison 2
« Réponse #91 le: mardi 14 janvier 2020, 12:25:39 »
Cheiralba
Vétéran
6 jours avant la fin
Salle opératoire du laboratoire de Sébastide Hordefeu
Fil noir sur le cœur, fil rouge sur la gorge

Les bruits des pas de la petite troupe résonnaient le long du couloir leur donnant plus d’importance qu’ils n’en avaient réellement. Cheiralba avançait en tête, fière, mais fatiguée. Elle avait souffert un lourd tribut lors de son combat contre la jeune femme, mais l’espoir de rencontrer une dernière fois son créateur et de l’éliminer de ses propres mains étaient la meilleure des motivations pour la pousser à continuer. Bien qu’elle ne soit pas croyante, elle pria une identité quelconque pour qu’elle lui accorde assez de courage et de force pour que Hordefeu soit mis hors d’état de nuire une bonne fois pour toute. Elle ne savait pas à qui elle pouvait s’adresser, quelle divinité lui accorderait un moment, mais elle priait avec tant de conviction et de ferveur que si quelqu’un lui tendait l’oreille, alors son souhait serait forcément exaucé.

A ses côtés, Syl la suivait machinalement avec une indifférence assez inquiétante. La personne qui contrôlait actuellement la magicienne avançait de manière détachée comme si elle savait qu’elle allait s’en sortir et qu’il fallait simplement qu’elle attende que les choses se passent. En aucun cas le sort de Cheiralba semblait lui importer. Si elle avait libéré la naine, ce n’était que pour avoir l’occasion de faire preuve de sarcasme. La femme araignée jeta un coup d’œil vers cette dernière. Elle était en pleine discussion avec celui qui s’appelait Hundwiin, un peu en arrière.  Quel duo mal assorti… et pourtant ils semblaient se connaître. Cheiralba ne regrettait pas de les avoir secourus. Qui sait s’ils pourraient être utiles. Et puis c’était dans sa nature… mais elle regrettait naturellement d’avoir potentiellement perdu du temps qui lui aurait été nécessaire pour sauver Alaïa. Il avait fallu faire un choix. Un choix dont elle devait prendre toute la responsabilité. Et quel qu'il fût, il y aurait eu des regrets.

Elle détourna son attention de ce drôle de binôme pour se concentrer sur Syl qui s’était arrêtée devant une porte sur la droite. De grande taille, elle comportait deux battants qui n’avaient pas l’air très résistants. Plus loin, le couloir continuait pour donner sur d’autres portes et d’autres couloirs, mais c’était ici que la magicienne s’était arrêtée.

    ≪ L'elfe est là. Je peux également te dire qu’elle n’est pas consciente. Un autre homme est à côté d’elle. Il semble particulièrement occupé d’esprit et on dirait qu’il ne nous a pas encore entendu arriver malgré les jacassements des deux pipelettes que tu as choisi d’amener avec nous.
— Je vois. Dans ce cas, ne perdons pas plus de temps. Je vous laisse le plaisir de faire sauter tous les verrous de cette porte.
— Ce sera avec plaisir. Recule. ≫

Il n’y eu pas d’explosion cette fois-ci, à croire que la seconde personnalité de Syl avait un peu moins le sens du spectacle. Néanmoins, les deux battants métalliques de la porte tombèrent, de manière simultanée, dans ce qui avait l'air d'être une salle opératoire créant un vacarme. La propreté relative des locaux permit à la troupe d’observer la réaction d’Hordefeu sans devoir attendre qu’un nuage de poussières se dissipe. Le chirurgien avait suspendu son geste dans le vide. Il tenait à la main droite un instrument qui serrait dans ses mâchoires une aiguille courbée reliée à un fil. Cheiralba suivit ce fil pour voir où il s’insérait. Sur la poitrine dénudée d’Alaïa se dessinait une suture en zig-zag mettant bout à bout, côté cœur, la peau d’origine de l’elfe et, côté épaule, une surface noire et brillante. Le bras ne semblait pas encore déformé, seule sa matière avait l'air d'être changée. Le corps de la jeune elfe était étendue sur une grande table centrale. Deux autres tables à roulettes se trouvaient à proximité, l'une beaucoup plus petite que l'autre. Sébastide était sur le point de terminer, mais le temps que Cheiralba fasse mine de s’approcher, le chirurgien reprit ses esprits et lâcha son instrument pour se saisir d’un autre parmi ceux qui étaient disposés de manière organisée sur la tablette à roulettes sur sa droite.

Dans la précipitation, la femme araignée n’eut le temps de voir qu’un rapide reflet, mais ce qu’il en fit ne laissait pas d’équivoque. Il s’était équipé du manche de bistouri munie d’une lame et l’appliquait sur la gorge de l’elfe en appuyant assez fort pour que sa détermination soit bien visible. Les propos de Syl ne firent que confirmer les craintes de la femme araignée.

 ≪ Voyons, vieux fou. Crois-tu que ton acte désespéré va me retenir de t'exterminer ? ≫

Hordefeu mesurait les paroles de la magicienne et, en réponse, il appuya davantage. Le fil de la lame commençait à entamer la peau, mais le chirurgien ne quittait pas des yeux le quatuor qui venait de pénétrer dans sa salle opératoire.

 ≪ Vous venez pour elle. Ne me faîtes pas croire que vous n’avez que faire de sa vie.

— Honnêtement, sa vie m’importe peu. Si Syl était en face de toi, peut-être qu’elle t'aurait laissé une chance, mais je n’ai jamais parlé personnellement à cette elfe, tout comme le draconien et la naine. Ils veulent sûrement juste se venger de toi de les avoir enfermés. Il y aurait bien cette femme chimère que tu ne sembles pas reconnaître, qui hésiterait à risquer la vie de cette pauvre elfe déformée, mais elle semblerait qu’elle ait une dent contre vous. Si tu veux le fond de ma pensée, les abominations que tu crées ne devraient pas avoir le droit de vivre et ce ne serait que rendre service à ta victime si tu l’achevais.
— Vous ne le ferez pas.
— Dans quel monde crois-tu que l’on vit ? J’en ai plus qu’assez de partir à la rescousse de chacun et chacune. Puisque personne d’autre ne souhaite prendre de décision, je prends le risque. Je vais te faire exploser et tant pis si tu as le temps de lui trancher la gor... ≫
Cheiralba, qui avait les yeux tournés vers Sébastide et Alaïa, ne put voir, qu’alors que Syl finissait sa phrase, les yeux de la magicienne reprendre leur couleur originelle avant que cette dernière ne s’effondre. Hordefeu lui jubilait. Il ne comprenait pas ce qu’il se passait, mais de toute évidence la chance était de son côté. Il y avait un obstacle en moins. Plus qu’une naine dénutrie, un draconien engourdi par des anesthésiques et une vieille femme au corps d’araignée blessée. La seule magicienne du groupe était à terre. N’avait-elle pas dit d’ailleurs qu’il était censé connaître la vieille femme ? La surprise se rajoutait à l'hébétude dans les yeux de l'expérimentateur. Il ne semblait pas en croire ses yeux…

≪ Oh. A54, c'est ça ? Je ne t'avais pas reconnu. Il faut dire que je n'ai pas l'habitude de voir à nouveau mes créations et encore moins après si longtemps. ≫

L'homme gagnait du temps. Cheiralba en était certaine, mais elle ne pouvait pas s'empêcher de l'écouter. Une part au fond d'elle voulait comprendre. Quoi, elle ne le savait pas.

≪ Si je m'attendais à te voir ici. Tu sembles avoir bien vécu. Il faut croire que je m'étais pas tant trompé dans les dosages. J'ai le malheur de te l'annoncer, mais tu n'étais qu'un travail bâclé... Non, n'avance pas si tu tiens à la vie de cette elfe ! Votre magicienne est tombée, si tu veux la garder vivante, il va falloir d'abord m'écouter.
— Si vous comptez gagner du temps en attendant que vos sbires arrivent, je crains malheureusement qu'ils ne soient pas en état de répondre à votre appel à l'aide discret. Vous êtes acculé.
— Nous sommes alors dans une impasse. Je serai à l'abri tant que ma lame sera appuyée sur son joli petit cou. Et j'ai plus de temps que toi. Combien de temps te reste-t-il à vivre ? Tes commanditaires ont expressément demandé à ce que tu aies une vie courte. Tu le sens en toi, non ? Malgré la fougue qui t'anime, tu le sens dans ton corps. Il te supplie d'arrêter et de t'éteindre. Bientôt tu recroquevilleras sur toi-même, toi et tes petites pattes. Si cela n'avait tenu qu'à moi, je t'aurai donné une espérance de vie légendaire. Mais, je me souviens maintenant : "Nous vous demandons un outil de travail afin d'accroître notre renommée. Nous ne voulons pas un enfant qu'on devra garder toute notre vie. Quand nous aurons fait notre place parmi les marchands, alors nous n'aurons plus besoin d'elle. Une durée de vie d'une dizaine d'années tout au plus me paraît suffisant." Je ne pouvais pas et je ne voulais pas. Aujourd'hui, avec les expériences que j'ai réalisées j'ai acquis assez de connaissances pour pouvoir contrôler l'espérance de vie, mais à l'époque j'en étais incapable. Et je ne te souhaitais pas une mort prématurée. Tu étais comme une de mes filles.
— Je ne suis pas l'une de vos filles.
— Oh si ! Tu es l'une de mes filles. Chacune de mes créations est mon enfant. Votre amie, là, est une de mes créations, même si elle n'est pas finie.
— J'ai eu une famille. Ils m'ont aimé.
— Que tu es naïve... ≫

Derrière, Hildegarde et Hundwiin regardaient la scène impuissants. D'un côté ils étaient captivés par l'échange qui se déroulait sous leurs yeux, d'un autre ils préfèreraient s'en aller dans ce conflit qui ne les concernaient à peine. Néanmoins, ils se sentaient redevables et leur honneur les poussait à rester. Et puis, où auraient-ils pu aller ? Ils ne savaient même pas où ils étaient. La femme araignée et la magicienne avaient l'air de pouvoir les aider à les guider. Seulement, elles étaient coincés. Les deux compagnons voyaient bien que Cheiralba essayait de trouver une solution pour la sortir de là. Tant que la lame du bistouri menaçait la gorge d'Alaïa, elle ne pouvait rien tenter. Mis à part Syl, personne ne pouvait l'attaquer à distance et cette dernière s'était évanoui, sans aucune raison.

Hildegarde prit alors la décision s'en aller. Bien que la naine se trouvait dans son dos, elle entendait clairement ses pas s'éloigner dans le couloir. Ils furent bientôt suivis par ceux d'Hundwinn, plus lourds. Ils partaient chacun dans une direction opposée. Cheiralba avait du mal à croire qu'ils prenaient la fuite, mais il fallait se résigner. Les temps étaient durs depuis la faille et la survie de chacun importait plus que le devoir. Elle devrait se débrouiller seule.

≪ Tes amis ont l'air de ne pas trop tenir à vos vies. ≫ ne peut s'empêcher de remarquer Sébastide Hordefeu avant de reprendre son monologue.

La vieille femme n'osait pas détourner son regard du cou de la jeune elfe de peur de rater le moindre mouvement suspect qui la pousserait à agir dans la précipitation. Elle se contentait de répondre du mieux qu'elle pouvait aux remarques d'Hordefeu, mais elle l'écoutait à peine. Elle était certes venue chercher des réponses, en plus de le mettre hors d'état de nuire, mais elle savait que rien ne garantissait que ce qu'il disait était vrai. C'était probablement que des mensonges sortis uniquement dans le simple but de semer le doute dans l'esprit de Cheiralba et de lui donner une chance d'en réchapper vivant.

≪ Comment m'avez-vous créé ? Y en-a-t-il d'autres comme moi ? ≫

Des questions intéressantes... et la vieille femme comptait sur l'esprit volubile de Sébastide pour qu'il saisisse l'occasion d'exposer tout son savoir et de se laisser distraire. Pendant qu'il expliquait les différents processus existants de greffes, l'importance de l'embryogénèse, les principes de l'interspécificité, elle répondait alors de manière laconique à coup de "Je vois…", "Hum" et autres "D'accord.". Parfois elle se hasarda à répéter un mot dont elle ne comprenait pas le sens "Homonculus ? Qu'est-ce ?". Elle entretenait la logorrhée du chirurgien en espérant qu'il en oublie de maintenir son instrument appuyé sur la peau fragile d'Alaïa, mais rien n'y faisait. Rien ne faisait avancer la situation et ils perdaient du temps.

La vieille femme pouvait espérer que l'une des deux femmes endormies se réveillent, mais elle n'avait aucune idée de la cause pour l'une et elle ne savait pas combien de temps durerait l'anesthésie pour la deuxième. Pour cette dernière, si elle se fiait à ce qu'elle voyait, le réveil ne commencerait pas avant quelques heures sans un petit coup de main. La respiration était calme et régulière malgré plaie qui n'était pas encore refermée.

Alors qu'elle allait relancer la conversation sur le sujet de l'expérimentation subie par Alaïa, elle entendit alors Hildegarde revenir grâce à son ouïe plus performante que le chirurgien. Elle allait arriver par la seconde porte de la salle de chirurgie. La naine avait dû la remarquer et le sens inné de l'orientation dans les profondeurs chez cette race ne devait pas être usurpé.

Cheiralba savait très bien ce qui allait se passer. Hildegarde allait ouvrir la porte de manière plus ou moins silencieuse. Ses pas la trahirait à un moment ou à un autre. Alors Sébastide se retournerait pour connaître l'origine du bruit détachant un court laps de temps son attention des gestes de Cheiralba. Comprenant alors qu'il ne pourrait pas surveiller les deux intruses en même temps s'il ne se déplaçait pas, il tenterait soit de trouver un meilleur angle de vue. Les deux portes n'étaient pas assez éloignées pour qu'il n'en trouve pas un rapidement. C'était mieux ainsi, S'il s'était senti pris aux pièges, il aurait probablement sectionné la carotide créant une diversion suffisante pour lui donner une échappatoire. S'il n'avait pas mis en pratique cette stratégie jusqu'à maintenant, c'est qu'il espérait pouvoir s'échapper sans blesser Alaïa. Peut-être tenait-il un peu à elle.

Le scénario que Cheiralba s'était imaginé ne tarda pas à se réaliser. La seconde porte s'ouvrit dans un affreux grincement et derrière elle se trouvait Hildegarde qui essayait de se faire le plus discrète possible malgré le vacarme provoqué par la vieille porte qui n'avait pas dû être huilée depuis des années. Comme prévu Hordefeu se retourna avant de reporter rapidement son regard vers la femme araignée. Cependant cette dernière était prête à agir. Elle était bien trop fatiguée et trop loin pour pouvoir s'interposer entre Alaïa et le bistouri, mais elle avait préparé son dard. Sitôt qu'elle fut hors de vue, elle le planta dans le corps de Syl sans chercher à viser une partie du corps en particulier avant de reprendre sa position d'origine. Tant que ça agit… Elle avait réussi à ranimer sa deuxième identité avec de l'adrénaline une première fois. Avec un peu de chance, elle se réveillerait à nouveau. Elle ou la véritable Syl.

Pendant que la substance se déversait, Sébastide avait fait un pas de côté pour se trouver en face de ses deux ennemis, l'instrument toujours plaqué sur le cou de la jeune elfe. Elle n'aurait plus de carte à jouer. Hildegarde tenta de repartir par la porte d'où elle venait, mais le chirurgien l'en empêcha :

≪ Arrêtez-vous ! Ne bougez pas ! Vous m'avez fait le coup une fois, je ne me ferai pas avoir une seconde. Si vous bougez d'un millimètre, je lui coupe la gorge. Alors vous allez être bien sages toutes les deux. La plaisanterie a assez duré. Vous allez lentement vous allonger au sol, la tête face contre terre.
— Si je puis me permettre, vous nous donnez des ordres contradictoires. Doit-on ne pas bouger ou nous allonger pour que vous épargnez sa vie ? ne peut s'empêcher de dire Hildergarde avec une voix moqueuse.
— Faites la maline, vous. Allongez-vous et on verra ce qu'il arrivera à votre amie. ≫

La naine et la femme araignée s'exécutèrent de mauvaise grâce. Elles n'avaient pas le choix, mais gardèrent la tête levée pour continuer à surveiller les gestes de Sébastide. Une fois au sol, elles ne distinguaient plus ses mains cachées par les rebords de la table, mais elles savaient à la position du bras du chirurgien que la menace était toujours présente.

Pendant qu'il tenait en joug les deux femmes, il se saisit d'une table roulante qui n'était pas bien loin, laissée là pour ramener le corps de son expérience dans sa cellule une fois l'opération terminée. Il la cala contre la table opératoire et à force de tirer et de pousser Alaïa dans tous les sens, il parvint à la faire basculer sur la table à roulettes tout en gardant le bistouri en place. Il pouvait maintenant partir tout en gardant son otage, mais il n'en fit rien. Pour cela, il devait passer à côté de l'une ou l'autre des deux femmes qui se trouvaient chacune devant une porte. C'était risqué. Il prit alors le temps d'analyser la situation, mais malgré l'adrénaline qui lui donnait une perception accrue il ne s'intéressa qu'à Alaïa vaguement installée sur la table roulante, la distance qui les séparait de l'une des sorties, les deux femmes qui lui faisaient obstacle et les deux portes. L'une s'était refermée, l'autre avait ses battants au sol ce qui l'empêcherait d'emmener avec lui la jeune elfe. S'il voulait s'en sortir, il devait la laisser.

Cheiralba avait une autre perspective de la situation. Depuis l'entrée d'Hildegarde, elle attendait un changement dans le comportement de la magicienne. Une respiration plus rapide, la moindre vibration crée par un discret mouvement… N'importe quel signe. Elle avait d'abord cru que son injection n'avait pas fonctionné, mais maintenant elle le sentait arriver. Il y avait de la magie dans l'air. Les cheveux de sa nuque se hérissaient… Syl allait se réveiller...
« Modifié: vendredi 17 janvier 2020, 13:52:21 par Yorick26 »

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[Fiction Collective] Miderlyr - Saison 2
« Réponse #92 le: vendredi 14 février 2020, 14:17:40 »
Bonjour ça aura prit un peu plus de temps que prévu (oupsi), mais voilà, enfin, la suite. J'avais de quoi raconter



Syl
6 jours avant la fin
???
La volonté de l'invocatrice

    Le monde autour de moi était noir. Infini, parfaitement silencieux et juste éclairé par les quelques paillettes dorées flottant doucement autour de moi. Depuis que Thargraktrug avait disparu, je n'avais pas bougé. J'étais assise, la tête entre les mains, frottant doucement mes tempes de mes doigts. L'effet de la toxine se faisait encore sentir, tout mon corps semblait engourdit. Mes pensées fusaient néanmoins à toute vitesse et j'essayais tant bien que mal d'y mettre un peu d'ordre.
    Thargraktrug avait disparu. Le Sceau avait explosé. Il était libre. Ces trois mots représentaient l'absolue vérité et me terrifiaient.
    Voilà donc ce qu'il préparait. Tout ce temps à m'aider. À me prêter de sa puissance. C'était pour mieux fragiliser le Sceau. Et profiter de la première de mes faiblesses.
    Je maudissais mon imprudence. Ce carreau, que j'aurai pu facilement éviter. Cette puissance qu'il me prêtait, que j'ai accepté par facilité. Cette prétention, que j'avais eu plus jeune et qui m'avait tant coûté.
    Que me restait-il à faire maintenant ? Il était libre et contrôlait mon corps. Je grimaçais face à cette pensée. Un démon. Avec une enveloppe. Libre.
    Mon corps... Je relevais la tête alors que je prenais lentement conscience de la réalité. Peu importe où j'étais actuellement, ce n'était pas un lieu physique. L'effet du narcoleptique n'avait pas effet ici. C'était mon corps qui était impacté, pas mon esprit. Je n'avais aucune raison d'être diminuée ici, bien au contraire.
    Forte de cette conviction, j'entrepris de me relever. Je réussis sans peine, confirmant ma déduction. Maintenant debout, je jetais un regard circulaire : ma nouvelle perspective ne changea pas ma première vision. Il n'y avait que des ténèbres, à perte de vue.
    Je soupirais. Me voilà bien avancée. J'étais debout, certes libérée des contraintes physiques, mais toujours prisonnière ici.
    Quoique. Non. Thargraktrug était prisonnier ici. Un Sceau le retenait. Et malgré ce dernier, il pouvait voir et entendre ce qui se passait, ainsi qu'interagir en laissant filer de son pouvoir. J'avais de mon côté beaucoup plus de liberté que lui. Comment faisait-il ?
    — Thargraktrug... ?
    Ma voix était un peu rauque et mon ton plus hésitant qu'escompté. Néanmoins, le son porta jusqu'à se perdre au loin. Il n'y eut pas de réponse. Aucun changement autour de moi. Soit il ne m'entendait pas, soit il ne voulait pas me répondre. Tant pis, je me débrouillerai seule.
    Une nouvelle fois, je regardai autour de moi. Il n'y avait rien. Désespérément rien. La solution ne viendra pas de l'extérieur, j'en avais cette fois la certitude. Il me restait quoi ? Mes sens ? Je fermais les yeux, me concentrant sur mon ouïe. Il fallait bien commencer quelque part et c'était ce qui me semblait le plus simple. Pas un bruit. Tout autour de moi régnait un silence sourd et pesant. Juste écouter ne fonctionnait pas. Il fallait plus.
    Et j'avais plus. J'avais de la magie. Je puisais au fond de moi un peu d'énergie avant d'étendre mes sens et me concentrer à nouveau sur mon ouïe.

    ≪...dire qu’elle n’est pas consciente.≫

    Je sursautais, relâchant ma concentration. Contre toute attente, cela avait fonctionné. Instantanément. L'espace d'un instant, j'avais entendu d'une façon parfaitement claire une voix grave, posée, aux résonnances gutturales. La voix de Thargraktrug.
    Je fermai de nouveau les yeux afin de me refocaliser sur mon ouïe.

    ≪...ne perdons pas plus de temps. Je vous laisse le plaisir de faire sauter tous les verrous de cette porte.≫
   
    Une voix de vieille femme, emplie de force et de détermination. Cheiralba sans aucun doute. Elle semblait aller bien. C'était rassurant.

    ≪ Ce sera avec plaisir. Recule.≫

    Et elle s'était alliée avec le Thargraktrug. Ou plutôt, il avait accepté de s'allier avec elle. Que lui avait-il demandé en échange ? Pourquoi faisait-il cela ?
    Les questions se succédaient tandis que le bruit sourd résonna. Une porte s'écrasant au sol si je croyais les dires de Cheiralba. Voir. Il me fallait voir pour comprendre.
    De la même façon qu'avec l'ouïe précédemment, j'utilisais un peu de magie pour voir. Le résultat dépassa toutes mes espérances. Tout autour de moi, le monde devient blanc. Un blanc brillant et propre d'une salle d'hôpital. Cheiralba se trouvait un pas devant moi, arrêtée net dans son mouvement. Elle fixait l'homme au milieu de la salle. Celui était penché en avant sur le corps étendu sur la table d'opération, mais son regard passait rapidement d'un nouvel arrivant à un autre. Entre ses mains, un petit objet brillant qu'il appuyait sur la gorge de son patient. De sa patiente. Alaïa.

    ≪ Voyons, vieux fou. Crois-tu que ton acte désespéré va me retenir de t'exterminer ? ≫

    La voix de Thargraktrug était chargée de mépris. Le chirurgien prit quelques instants pour répondre. Quelques instants pendant lesquels il appuya davantage sa lame contre la gorge d'Alaïa. Quelques instants pendant lesquels son regard ne nous quitta pas.

    ≪ Vous venez pour elle. Ne me faîtes pas croire que vous n’avez que faire de sa vie.≫

    La voix était comme... usée. Je pouvais ressentir de la peur, de la détermination, de la fatigue et de la tristesse dans les paroles de cet homme. Il n'hésiterait pas. Il savait qu'il n'avait pas l'ombre d'une chance contre notre groupe. Menacer Alaïa était sa seule éventuelle porte de sortie, mais qu'une fois morte, plus rien ne nous arrêterait. Quoiqu'il fasse, il était perdu. Et il ne voulait pas être le seul à perdre.

    ≪ Honnêtement, sa vie m'importe peu. Si Syl était en face de toi, peut-être qu'elle t'aurait laissé une chance, mais je n’ai jamais parlé personnellement à cette elfe, tout comme le draconien et la naine.≫

    Thargraktrug n'hésiterait pas. Je ne savais pas ce qu'il faisait encore avec le groupe, ni pourquoi il continuait d'aider Cheiralba. Mais il en avait assez. Je pouvais sentir sa fureur et sa puissance monter lentement tandis qu'il continuait son discours.

    ≪ Ils veulent sûrement juste se venger de toi de les avoir enfermés. Il y aurait bien cette femme chimère que tu ne sembles pas reconnaître, qui hésiterait à risquer la vie de cette pauvre elfe déformée, mais elle semblerait qu’elle ait une dent contre toi.≫

    Jamais je ne l'avais entendu aussi loquace. Son pouvoir allait exploser d'une seconde à l'autre. Mais le chirurgien était prêt. Au moindre signe de magie, il trancherait la gorge d'Alaïa. Et aussi puissant que soit Thargraktrug, il ne pouvait rien y faire. Je ne pouvais pas le laisser faire.

    ≪Si tu veux le fond de ma pensée, les abominations que tu crées ne devraient pas avoir le droit de vivre et ce ne serait que rendre service à ta victime si tu l’achevais.≫

    — Tu ne le feras pas, affirmais-je d'une voix forte.
    Ce fut spontané, direct et assuré. Et à ma grande surprise, cela fonctionna. Contre toute attente, le démon apparut devant moi. Il rayonnait d'une aura de flammes tandis qu'il me répondit d'un ton chargé d'acrimonie.
    — Dans quel monde crois-tu que l’on vit ? J’en ai plus qu’assez de partir à la rescousse de chacun et chacune. Puisque personne d’autre ne souhaite prendre de décision, je prends le risque. Je vais le faire exploser et tant pis s'il a le temps de lui trancher la gor...
    — Non !
    Ma voix fut forte et mon ton sans appel. Il résonna dans l'infinité tandis que Thargraktrug, arrêté net, me regardait avec un air surpris.
    — Je...
    — Non laisse-moi parler. Je me suis engagée à aider Cheiralba et à sauver Alaïa. Je ne veux pas que ton arrogance ne soit la cause de sa mort.
    Je le fixais droit dans ses yeux de braise. Il s'était rapidement repris et affichait un visage sévère tandis qu'il me dominait de toute sa hauteur. Je continuai :
    — Pourquoi es-tu resté avec Cheiralba ? Pourquoi as-tu continué ce que j'avais commencé ? Tu n'avais aucune raison de le faire. Tu avais toutes les possibilités devant toi et tu as choisis celle qui, visiblement, te répugne le plus.
    Je respirai un grand coup, profitant de ces quelques secondes pour ordonner mes pensées. J'avais agit impulsivement, provoquant le démon frontalement. Et contre toute attente, il ne m'avait pas encore pulvérisée. Thargraktrug restait silencieux, me fixant les bras croisés, le visage fermé.
    — Je ne sais pas ce que tu veux. Je ne comprends pas. Au début, tu n'étais qu'une présence insistante. Je devais sans cesse prendre garde à ne pas te laisser la moindre once de terrain. Et puis, il y a eu les événements d'il y a trois ans. Et depuis, on cohabite. Tu m'aides. Trois ans, et tu n'as jamais profité d'une de mes faiblesses. Je ne suis pas dupe. Tu as eu des occasions, je le sais. Tu ne les as jamais utilisées. Au contraire. Tu m'as toujours aidée quand j'en avais besoin. Je pensais que tu avais un plan, que cela cachait quelque chose. Mais quand je constate ce que tu as fait là, pendant que j'étais inconsciente, je me permets d'en douter. Que veux-tu Thargraktrug ? Que veux-tu vraiment ?
    Il y eu un flottement. Le démon me fixait, un léger sourire sur les lèvres. Un sourire qui semblait triste, bien loin de son air provocateur. Je le fixais d'un air déterminé, attendant une réponse. Face à mon silence, il secoua la tête avant de s'asseoir tranquillement, les jambes croisées. Puis il me fit signe de faire de même.
    — Assieds-toi Sylvanyël Al'Jak. Nous avons à parler.
    J'étais estomaquée Je m'étais préparée à beaucoup de choses, mais sûrement pas à ça. Face à ma stupeur, Thargraktrug attendait patiemment. Toute la fureur et la colère qui irradiaient de lui il y a quelques instants semblaient à présent complètement volatilisées, laissant place à un calme absolu. Teinté de nostalgie. Et, pour la première fois en trois ans, il avait utilisé mon nom.
    Passées quelques secondes de surprise, je m'exécutai et m'installai devant lui. Il plongea son regard de flammes dans le mien puis il prit la parole.
   
    Et il raconta. Il raconta ce qu'il s'était passé, cette fameuse soirée d'il y a huit ans. Son combat contre mes parents. Sa défaite. Le Sceau.
    Il raconta sa rage. Sa frustration. Son envie de vengeance. Comment il passa ses premières années à déchainer sa puissance contre sa prison. À tenter, par tous les moyens de la briser. Sans jamais réussir.
    Il raconta le face à face avec Dazzrug. Pour la première fois, il eut peur. Ses chaînes le condamnaient face à son rival.  Alors il fit un pari : le pari de l'alliance. Et contre toute attente, j'acceptai. Malgré tous les risques. Malgré toutes les conséquences.
    Il raconta son espoir lorsque le Sceau s'ouvrit, sans jamais se refermer complètement. Mais son espoir se confronta très vite à une succession d'échecs. Quoiqu'il pouvait tenter, il n'arrivait pas à exploiter cette faille.
    Il raconta comment, lentement, il comprit la vraie nature du Sceau. Il n'avait pas été conçu pour être une prison. Il était la partie manquante du sortilège que je n'avais pas réussi à tisser ce fameux soir. Mais maintenant que j'avais accepté notre alliance, il se révélait. Thargraktrug était libre d'agir. Tant qu'il respectait la volonté de son invocatrice. Ma volonté.
    Et il se tut.

    Je restais silencieuse. Un picotement parcourait mes mains, mais je l'ignorais. Je digérai les informations que je venais d'apprendre. Le Sceau. Mes parents. Thargraktrug. Les pièces du puzzle se mettaient lentement en place tandis que je comprenais enfin la vérité. Tout s'expliquait.
    La sensation de picotement était devenue franchement désagréable. Au fil des secondes, elle s'intensifiait, devenant maintenant une vraie gêne.
    Comme en écho à ce désagrément, le démon sourit :
    — Il semblerait que la vieille femme ait besoin de notre aide.
    Face à mon regard interrogateur, il continua :
    — Elle tente de nous réveiller avec une de ses piqûres. C'est qu'il est temps d'y aller fillette !

Syl
6 jours avant la fin
Salle opératoire du laboratoire de Sébastide Hordefeu
La fin du combat

    J'étais allongée sur le dos. Le sol était froid et dur. Rapidement, je retrouvais conscience de mes sens et du monde qui m'entourait. L'air aseptisé. Ma gorge sèche. Ma bouche pâteuse. Mon épaule endolorie. Une respiration à ma gauche. Les grognements et le frottement de quelque chose de lourd un peu plus loin.
    Je gardais les yeux fermés, sans bouger, feignant l'inconscience. Je ne savais pas quelle était la situation actuelle, mais Cheiralba avait besoin de mon aide. Autant profiter au maximum de l'effet de surprise. Toujours sans aucun mouvement, j'utilisais la magie pour étendre mes sens et percevoir mon entourage.
    Je devinais la vieille femme allongée sur ma gauche. De l'autre côté de la pièce se trouvait une naine. Je ne savais pas comment elle était arrivée là, ni même qui elle était. Au centre, le chirurgien avait déplacé Alaïa sur un brancard tout en la menaçant de sa lame. Il allait se mettre en mouvement d'un instant à l'autre avec son otage. C'était maintenant qu'il fallait agir. Néanmoins, avant de tenter quoique ce soit, il fallait le désarmer. De façon suffisamment discrète pour qu'il ne le réalise qu'au dernier moment.
    Thargraktrug soupira.
    Ce serait plus simple de le faire exploser fillette.
    Sauf que ça ne se fait pas d'exploser les gens. Et puis, c'est la vengeance de Cheiralba, pas la nôtre. Désarmons-le veux-tu ?

    Le démon soupira une nouvelle fois, mais ne dit rien. Je sentais sa magie se concentrer au centre de la salle, en plein sur le bistouri de l'expérimentateur. Après quelques instants, ce dernier grogna, sensiblement de douleur, tandis qu'un bruit métallique résonna.
    À cet instant précis, la naine se releva. Elle avait enfin l'ouverture qu'elle guettait et elle était plus que prête à en découdre. Elle se laissa néanmoins surprendre par la rapidité d'analyse et l'absence de stupeur du chirurgien. Ce dernier projeta le brancard sur la pauvre naine avec une force impressionnante et inattendue avant de s'élancer à une vitesse surprenante et de disparaître par la petite porte. L'action avait duré une poignée de secondes. Au vue des capacités physiques de l'expérimentateur, il n'était pas impossible qu'il ait amélioré son corps.
    J'ouvris enfin les yeux. Avant de les refermer aussitôt, éblouie par la lumière.
    — Je commençais à désespérer de vous voir intervenir...
    En plissant les yeux, je devinais la silhouette de Cheiralba, accroupie à côté de moi. Elle repris la parole, toujours sur son ton un peu moqueur :
    — En même temps, il faudrait arrêter avec cette mauvaise manie de s'évanouir.
    J'eus un petit sourire. Sous son air un peu narquois, je devinais du soulagement. Elle venait de s'extirper d'une situation vraiment délicate et le dénouement était plutôt positif, si ce n'était la fuite du chirurgien.
    — Qu'est-ce que j'ai loupé ?
    — Vous êtes revenue à vous, ou c'est une troisième personnalité ?
    C'était donc ça le problème. Que s'était-il donc passé pendant mon inconscience ? Qu'avait-il... ?
    Je n'ai abîmé personne.
    Rassurant. Je pris le temps de m'asseoir avant de plonger mon regard dans celui de la vieille femme.
    — C'est bien moi Cheiralba.
    La naine nous avait rejoint, poussant tranquillement le brancard sur lequel était toujours étendue Alaïa. Elle s'arrêta un peu en retrait, comme pour nous laisser discuter. Elle semblait détachée, mais prêtait malgré tout une oreille attentive.
    La vieille femme laissa passer quelques instants, comme pour me laisser continuer. Puis, voyant que je ne reprennais pas la parole, s'en empara :
    — Je ne vous surprendrai pas si je vous demande des explications sur votre... "allié", comme il se qualifie lui même.
    Je ne pouvais pas tout lui dire. Je n'avais pas oublié Althanéa, toujours présente en ville et elle n'était sûrement pas la seule RepoussOmbre à Miderlyr. Je sentais que je pouvais faire confiance à Cheiralba, ayant elle aussi partagé son secret, mais la naine écoutait. Qui était-elle ? Je ne pouvais pas prendre le risque que certaines informations soient sues par les mauvaises personnes. Néanmoins, je ne pouvais pas laisser la vieille femme sans réponses. Cheiralba était curieuse et perspicace, elle chercherait elle même des explications, avec des conséquences potentiellement désastreuses.
    Je pris quelques secondes avant de répondre. Quelques secondes pendant lesquelles je choisis avec soin les mots que j'allais utiliser.
    — Je... C'est une entité qui a été scellée en moi il y a des années. Si au début la collaboration a été plutôt difficile, je crois que l'on commence à s'y faire.
    — Est-il conscient de ce qui se passe en ce moment ou est-il loin de tout ça et de cette situation ? J'aimerai le remercier pour son aide. J'aimerai en apprendre plus sur vous deux, mais en tout premier point j'aimerai le remercier.
    Je souris. J'appréhendais la réaction de Cheiralba, mais elle dépassait toutes mes espérances. Thargraktrug ne fit aucun commentaire.
    — Je lui transmets.
    — Merci. Merci encore à vous deux. Vous semblez exténuée et l'heure n'est pas aux confidences. Nous avons encore fort à faire. Même si nous avons arraché Alaïa des griffes de Sébastide, je ne serais pas sereine tant qu'il pourra encore pratiquer ce qu'il appelle son art. Je m'en veux de vous demander cela, mais peut-on encore user de votre bonne magie afin de le ramener à nous ?
    — Le ramener, non. Par contre, on devrait être capable de le localiser.
    — Ce serait parfait. En attendant que vous le retrouviez, je vais m'assurer de l'état d'Alaïa.
    La vieille femme se leva avant de se tourner vers le brancard. Elle glissa quelques mots à la naine, que je n'écoutais pas, ma concentration était déjà tournée vers mon sortilège.
    Ne t'embête pas fillette, le draconien le ramène.
    Quel draconien ? J'avais certes loupé des choses, mais je ne pensais pas que la traversée d'un laboratoire serait aussi riche en péripéties...
    Thargraktrug n'ajouta rien, je transmis donc l'information telle quelle. Nous n'avions plus qu'à attendre leur arrivée. Cheiralba était affairée aux côtés d'Alaïa, tandis que la naine s'était tranquillement installée contre un mur.
    Je fis de même. Mon corps avait souffert de ces dernières heures et ces quelques minutes de répit ne pouvait que me faire du bien. Plus qu'à attendre le retour du draconien escortant le chirurgien.

Fiertés ?
Citation de: Achi
Cap sensei a toujours raison.

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[Fiction Collective] Miderlyr - Saison 2
« Réponse #93 le: dimanche 23 février 2020, 16:53:11 »
Hundwiin Drakonia III
Vétéran
Jour 6 avant la fin
Dans le labo de Sébastide Hordefeu
À la recherche de l'épée

     Après une discussion de leurs aventures respectives avec Hildegarde, Cheiralba et Syl s'arrêtèrent devant une grande porte qui ne semblait pas très solide. La magicienne fit sauter les verrous et la porte tomba dans un fracas. Derrière se trouvait une salle plutôt propre qui semblait servir aux opérations. Au milieu de celle-ci se trouvait un homme, un instrument à la main, qui tenait un fil plongeant dans le corps de ce qui semblait être une elfe endormie, allongée sur un brancard. À peine eurent-ils le temps de voir la scène que l'homme s'était empressé de saisir un bistouri et de le presser contre la gorge de la jeune Alaïa. Trop fatigués pour réagir, Hundwiin et Hildegarde ne pouvaient que contempler la scène avec effroi. Syl tenta alors de dissuader, sans grand effet, Hordefeu. La magicienne prête à utiliser sa magie s'affala au sol, inconsciente. La situation était critique, seule la femme araignée faisait face au scientifique, et elle ne ferait pas le poids. Hordefeu lança une discussion avec elle, une tentative pour gagner du temps et trouver un moyen de fuir. Hildegarde lança un regard à son camarade en direction d'une porte vers le fond, ils échangèrent un long regard qui disait tout pour des guerriers comme eux.

     ≪ Hundwiin je te fais confiance, je m'occupe de la porte, toi va retrouver ton arme, on ne sert à rien ici. Pour le moment, faisons mine de prendre la fuite et d'abandonner Cheiralba. Je pars devant, dépêchons-nous, tout va dépendre de notre rapidité et du sang froid de l'araignée. ≫

     En tout cas, c'est ce qu'il comprit.

     Hildegarde partit alors dans le couloir, suivit rapidement par Hundwiin qui choisit la direction opposée. Il devait se dépêcher et trouver la sortie, il savait bien que la naine était incapable d'être discrète et qu'arriver à la porte, le plan ne marchera pas comme elle l'espère. Heureusement, le laboratoire était désert, les hommes de main ayant pour la plupart été tués ou pris la fuite.
     Le jeune draconien reprit le chemin par lequel ils étaient arrivés jusqu'à revenir dans la salle où il était retenu plus tôt. Le corps de Sophia était toujours étendu sur le sol au milieu de brancards tombés. Il se dirigea vers la porte par laquelle était arrivé sa sauveuse et tomba sur deux cadavres écrasés derrière une porte qui avait dû être explosée. Le spectacle ne serait pas très beau à voir en règle général mais pour lui, ça n'était rien par rapport à ce qu'il avait vu au plus profond de la faille. Hundwiin enjamba la porte et par la même occasion les cadavres pour finir sur ce qui semblait être une salle avec plusieurs sorties. Le draconien essaya de repérer les chemins qui semblait s'enfoncer plus bas, par chance, un seul semblait descendre. Le jeune prince décida donc de l'emprunter. Au fur et à mesure, l'odeur des entrailles se faisait sentir, montrant qu'il était sur la bonne voie. Il était temps de se dépêcher et retrouver au plus vite sa chère Yoltuz. Heureusement, il était rassuré que personne ne puisse la prendre grâce au pacte qui les relie.


* * * * *

     Après une dizaine de minutes à courir parmi ce dédale de chemins, Hundwiin parvint à retrouver l'endroit où il s'était fait capturer. Il chercha au sol sa fidèle épée jusqu'à la trouver dans un coin. Enfin. Enfin il retrouvait son épée. Avec elle il serait enfin capable de se battre et de venir en aide à Cheiralba. Que se passait-il dans le laboratoire ? Est-ce que l'araignée a pu tenir bon face à Hordefeu ? Est-ce qu'Hildegarde a réussi son plan ? Il n'avait pas le temps pour ses questions, il n'y avait pas de temps à perdre. Hordefeu semblait être un homme beaucoup trop intelligent pour se faire prendre dans le piège de la naine, et surtout, il disposait d'une otage.
     Hundwiin puisa dans le peu de force qui lui revenait pour remonter au labo, le temps pressait de trop. Faisant travailler sa mémoire pour ne pas se tromper de chemin parmi ce dédale, il arriva bientôt à l'entrée du laboratoire. Une bonne demi-heure avait dû passer depuis son départ, il espérait qu'il ne soit pas trop tard, que ses camarades ne soient pas tous mort. Ces pensées faisaient remonter son échec par rapport à ses compagnons d'infortune qui avaient trouvé la mort dans les tréfonds… Non. Non. Il ne devait pas penser à cela. Hildegarde avait survécu. C'était un signe. Un signe de garder espoir. Un signe que ses anciens camarades puissent être toujours en vie, quelque part dans la faille. Cette lueur d'espoir lui rendit quelques forces et surtout, la volonté de venir en aide à sa sauveuse.

     En entrant dans le laboratoire, il tomba nez à nez sur Hordefeu qui semblait prendre la fuite. L'elfe n'était pas avec lui. L'avait-il tué ? Et où était Cheiralba et Hildegarde ? Sans hésiter et en pensant au pire, Hundwiin dégaina son épée et barra la route du scientifique.

     ≪ Tss. Ma parole, que des gêneurs, que des gêneurs ! Toi, dégage de là. Tu te crois capable de me tenir tête ? Regarde ton état, tu tiens à peine debout. Tu es bien trop épuisé.
— Il n'en est pas question ! cria le draconien. Qu'avez-vous fait de mes camarades ?
— Oh, si tu savais… Je te rassure, elle n'a rien senti du tout. Endormie comme elle était, c'était une belle mort. Les deux autres aussi n'ont rien senti. Elles étaient bien trop faibles pour me résister, tout comme toi. Maintenant si tu tiens à la vie, laisse-moi passer.
— Il n'en est pas question ! Vous mentez ! Vous mentez forcément ! Elles ne peuvent pas être mortes. Non c'est impossible ! Vous semblez bien trop pressé de fuir.
— Laisse-moi passer imbécile ! À moins que tu préfères les rejoindre ? ≫

     Hordefeu tenta une percée, il arriva en un éclair face au Draconien et lui décrocha un coup de poing dans l'estomac. La violence de l'impact fit légèrement reculer Hundwiin. Comment ce scientifique pouvait-il être aussi fort ? Avec la fatigue, il fallait faire attention au moindre mouvement de l'homme.

     ≪ Alors mon dragonnet, on abandonne ? Tu vois bien que tu ne tiendras pas longtemps.
— Silence vieux fou. Si tu crois pouvoir me vaincre ici, tu te trompes misérablement. Rien ne se mettra en travers de mon objectif. Je ne peux pas mourir, pas tant que je ne l'aurai pas réalisé.
— Pfff. Ce que vous pouvez être saoûlant vous les Draconiens. Heureusement qu'on peut remercier les Djins de leur travail. ≫
     Ces derniers mots résonnèrent dans l'esprit du prince. Que voulait-il dire par là ? Que s'était-il passé avec les Djins ? Lors de son départ encore récent, les Djins et les Draconiens entretenaient une relation assez pacifiste et disposaient d'accords commerciaux. Non, cet homme n'était qu'une langue de serpent cherchant à le déstabiliser.
     Hundwiin prit le temps de se calmer et renforça sa prise sur son épée. Tant qu'il avait Yoltuz, Hordefeu n'avait aucune chance. Le draconien se concentra sur les mouvements du scientifique. Il allait attendre qu'il passe à l'assaut pour en finir.

     Hordefeu se lança d'un bond vers son ennemi, le prince dragon pris une grande respiration et, d'un coup d'épée, il lui trancha le bras. Dans un cri de douleur, Sébastide s'effondra au sol mettant sa main restante sur la plaie béante. Hundwiin approcha sa lame et l'appuya contre son cou. La situation était renversée et le scientifique se retrouvait dans une situation proche de ce qu'il avait fait subir à l'elfe.

     ≪ Espèce de draconien de merde, tu vas me le payer sale fils de chien ! Comment as-tu pu oser ?! Je refuse de mourir ! Je ne peux pas mourir ! Mon oeuvre, mon oeuvre n'est pas terminée ! Je dois la continuer ! J'en suis si proche ! Si proche… Hordefeu sombra en larmes.
— Sache que je me retiens de te trancher la tête. Mais je pense que certaines personnes ont plus de raison de te tuer que moi. Je vais te ramener devant elles vieux fou et tu vas payer pour toutes ces atrocités que tu as pu commettre. ≫

     Hundwiin attrapa le scientifique et le mis sur ses épaules. L'homme ne sera plus capable de rien, il était fini et ne faisait que hurler un mélange de rage et de douleur. Le draconien pris la direction de la salle d'opération en espérant tomber sur ses camarades.
     Après quelques minutes de marche, il parvint devant la porte, au sol menant à la salle opératoire. Il y découvrit Hildegarde et Cheiralba mais surtout Syl qui avait repris connaissance, autour du corps d'Alaïa.
Merci à Haine et Jielash pour le kit <3

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[Fiction Collective] Miderlyr - Saison 2
« Réponse #94 le: samedi 07 mars 2020, 17:48:33 »
Alaïa
Vétéran
Jour 6 avant la fin
Dans le labo de Sébastide Hordefeu
Le réveil


Une douleur vive s’était propagée dans tout mon corps. C’était tout ce que je pouvais ressentir, tout ce que percevais, mais je n’étais pas capable d’hurler, de communiquer, ou simplement de bouger. Petit à petit, des sons, distants, commencèrent à parvenir jusqu’à mon oreille, et une lumière, blanche et éblouissante, m’aveugla quelques instants. Je pus alors reprendre contrôle de mon corps. J’étais encore dans cette espèce de salle de chirurgie où j’avais été acheminée précédemment, aux côtés de Cheiralba, Syl, et d’une naine et d’un draconien que je n’ai pas pu reconnaître. Sébastide était attaché, faisant face au petit groupe, et ayant perdu un bras. Dès que je fus complètement réveillée, je voulu hurler, mais la douleur était si violente que je ne pus même pas respirer. Cheiralba se précipita vers moi, et je lançai vers elle un regard désespéré, tandis que des larmes coulaient le long de mes joues.
“Ne t’inquiètes pas, tout va bien se passer, dit-elle. Nous tenons Sébastide captif, tu es en sécurité avec nous.”

Petit à petit, la douleur devint moins diffuse, et tandis qu’elle se dissipait, je poussai des cris, pleurant à cause de son intensité. Mais rapidement, quelque chose me frappa : je n’étais pas capable de bouger mon bras droit, et il me faisait beaucoup plus mal que le reste de mon corps. Lentement, terrifiée par ce que j’allais découvrir, je tournai la tête vers ma droite. Mon bras… mon bras semblait être fait d’une surface noire, lisse, froide. Je portai ma main gauche sur ma bouche, et poussai un autre cri.
“M…. mon bras ?! Qu’est ce que vous avez fait à mon bras. ?”

Je me mis alors à sangloter, choquée de ce que je venais de voir.

“Je suis navrée, me dit alors Cheiralba. Tout ce que j’ai pu faire, ça a été d’achever ce que Sébastide avait commencé : j’ai recousu votre bras. Je m'engage, si vous le souhaitez, à l'amputer s'il vous répugne trop, mais je ne pouvais pas prendre cette décision à votre place. Il fallait que j'attende votre réveil… Prenez votre temps.”

Sans lui répondre, je la regardai, toujours en sanglotant, tentant d’exprimer tout ce que j’étais incapable de dire. La douleur finit enfin par se dissiper, et je me redressai, tentant de me tenir plus droite : je ne pouvais pas supporter de m’humilier davantage. Mon bras pendait, inerte, ne faisant que me rendre plus inutile encore. Je ne pouvais déjà presque pas me battre avant, j’étais à présent handicapée. Tentant encore de saisir tout ce qui venait d’arriver, je tournai la tête vers Cheiralba, et c’est en voyant son air compatissant que je compris alors ce qu’elle et Syl venaient d’accomplir.

“Vous… vous m’avez sauvée ? Mais… Pourquoi ? Pourquoi avoir pris ce risque ?
Il était hors de question de te laisser aux mains de Sébastide. Par ailleurs, il me fallait des réponses. Il fallait que je le vois, que je le questionne… “

Je me mis à tousser, fébrilement, puis je tentai de descendre de la table d’opération, aidée par Cheiralba, qui soutint mon corps. Tournant la tête vers ma gauche, je vis, posé dans une coupelle en bois sur une table encombrée par plusieurs instruments de chirurgie, le bras qu’il m’avait arraché, baignant dans une petite flaque de sang. Me retenant de pleurer à nouveau, je dirigeai un regard haineux vers Sébastide.  Celui-ci me rendit mon regard par un sourire sordide.
“Tellement de potentiel gâché, soupira-t-il alors. Si j’avais pu t’achever, tu aurais pu être l’unes de mes plus glorieuses créations…
-Qu’est ce que… qu’est ce que vous m’avez fait ?
- Là n’est pas la question, ma petite… La question est plutôt qu’est ce que tu aurais pu devenir ? Si cette expérience avait abouti, toi et moi, nous aurions pu accomplir tant et tant de choses… sans moi, tu ne seras qu’un autre monstre de foire lâché dans ce monde.
- Je… je ne comprend pas.
- Bien sûr que tu ne comprend pas. Tu n’as jamais été en capacité de comprendre.”

Cheiralba s’avança vers lui tandis que nous parlions. Elle le fixait, une expression d’intense mépris se lisant sur son visage. Alors qu’elle le fixait ainsi, je lui trouvais l’air plus digne et plus noble encore qu’auparavant. Les deux se fixèrent ainsi pendant quelques instants, l’un ayant le regard fixe, impassible, presque mort, l’autre le toisant de haut en bas, contenant visiblement toute sa colère.

“Tu ne m’as toujours rien dis depuis que je suis revenu A54. Tu semblais pourtant brûler d’impatience de me questionner tout à l’heure. Quelle est la raison de ce silence inopiné ?”

Cheiralba ne lui dit rien. Elle se rapprocha de lui, puis se pencha afin de se mettre à son niveau, puis le regardant droit dans les yeux, une expression presque apaisée mais néanmoins ferme sur le visage, elle dit :

“Je n’ai pas besoin d’en savoir d’avantage.”

Tout d’un coup, avec une violence que jamais je ne lui aurais prêté, Cheiralba se jeta sur le scientifique, le plaquant contre le sol. Elle planta une dernière fois son regard dans celui de Sébastide. Une lueur de défi brillait dans les yeux du scientifique, comme s’il défiait sa création de le tuer. Soudainement, Cheiralba découvrit son dard, et le planta dans la chair de Sébastide. Celui-ci commença à se convulser, de l’écume sortait de sa bouche. Il se mit à émettre un faible râle, mais Cheiralba laissait son dard planté dans son corps. Au bout d’une vingtaine de secondes, Sébastide cessa ses convulsions. Son corps se raidit. Il était mort. Alors, seulement, Cheiralba ôta son dard, reprit sa posture droite, puis considéra le corps qui était à ses pieds : son créateur gisait, son visage baignant dans l’écume qui sortait de sa bouche et le sang qui coulait de son bras. Me tenant à côté d’elle, je regardais ce corps avec un mélange de haine et de soulagement. Puis, je jetai un premier regard vers ces autres personnes à qui je devais la vie, puis fis quelques pas vers eux.

“Je…. je vous dois la vie.”

Je me tenais là, face à eux, misérable, baissant les yeux. Ils n’avaient aucune raison d’être venus me chercher, et il était stupide de croire que leur but principal avait été de me sauver, et je ne m’en rendais compte que maintenant. Si je n’avais pas été enlevée par Sébastide, je ne m’en serais pas sortie. Parce que je ne suis pas importante, pour personne. Pourquoi le serais je ? Je ne suis qu’une elfe faible, incapable de se battre. Et j’ai beau avoir changé, j’ai beau m’être renfermée, je suis toujours cette elfe niaise qui n’aspirait qu’à faire le bien avec ces objectifs stupides, et qui n’était même pas capable de voler correctement. Tôt ou tard, j’allais retourner à ma solitude. C’était là qu’était ma place, après tout. Toute ma vie, je n’ai aspiré qu’à attirer l’approbation ou la sympathie de quelqu’un. C’est tout ce que je peux faire. Je voulais être une bonne voleuse pour m’attirer la fierté d’Alabaross après avoir rejoint la Guilde, et je voulais par dessus tout rester près d’Öhlraj. L’un était probablement mort, l’autre m’avait abandonné. Et c’était ma destinée de perdre tous ceux en qui j’accordais ma confiance. Cheiralba, Syl… personne ne pourrait combler ce vide que j’avais en moi, parce jamais je ne pourrais être importante pour qui que ce soit. Jamais je n’aurais de valeur. Jamais je ne pourrais être utile. Au contraire, tout ce que j’avais jusque là, c’était mettre tout le monde en danger en me faisant enlever comme une idiote, et à devenir plus handicapante encore. Et même quand j’avais essayé de faire le bien, tuant des membres de la Croisade, qui sait quelles en ont été les conséquences à la surface ? Le mieux que je pouvais faire, le seul cadeau que je pouvais délivrer à ce monde, c’était de disparaître, silencieusement, dans la cave où je me terrais, après avoir quitté ce laboratoire, pour y mourir, rapidement, sans souffrance. Personne ne serait là pour me pleurer, je ne manquerai à personne. De toute manière, il n’y a jamais eu personne pour me pleurer. Suite à toutes ces réalisations, qui m’étaient parvenues grâce à ce sauvetage, j’empêchai les larmes de couler le long de mes joues, puis, me redressant, dis d’un ton froid, bien que j’ai tenté d’y insuffler toute la fausse joie que je pouvais :
“Jamais je ne pourrai vous remercier comme il se doit.
- Ne perdons pas notre temps en galanteries, dit alors la naine. “

Dès qu’elle eût fini sa phrase, elle me jeta un regard perplexe.

“Il faudrait plutôt déterminer la suite des événements.”
Merci à @Aleit pour mon avatar!

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[Fiction Collective] Miderlyr - Saison 2
« Réponse #95 le: lundi 06 avril 2020, 22:35:19 »
≪ Il faudrait plutôt déterminer la suite des événements. ≫

Les regards s'étaient tournés naturellement vers Cheiralba. La vieille femme sentit tout d'un coup son corps prendre conscience de son âge, qui plus est avait été particulièrement meurtri ces dernières heures. L'adrénaline et l'instinct de survie avaient jusqu'à maintenu en arrière la fatigue. Elle pouvait maintenant se reposer et réfléchir. Il y avait des questions qu'elle n'avait pas encore eu le temps de se poser. Ce que lui réservait son avenir en était une.

Les regards posés sur elle en disait long. Ils la considéraient à l'heure actuelle comme leur chef. Après tout, c'était elle qui avait lancé cette investigation dans les souterrains. Elle avait rencontré Alaïa et l'avait engagé. Syl les avait sauvées et les avait rejointes. Hundwiin et Hyldegarde avaient été sauvés sur le chemin. Et maintenant ? Maintenant, elle avait eu sa vengeance. Peut-être aurait-elle pu attendre un peu avant de tuer Sébastide pour lui soutirer des informations, mais elle n'avait pas pu se retenir. Il y avait cette colère, cette rage qu'elle avait enfoui au plus profond d'elle. C'était fait, mais elle regrettait. Elle qui avait passé les trois dernières années à aider les plus nécessiteux, elle avait laissé parler sa haine et ne s'était plus contrôlée. Pour tout dire, elle s'était faite peur.

≪ Je suis désolé. Je ne sais pas quoi faire ensuite. J'imagine que la première chose à faire est de sortir d'ici et de reprendre nos vies. Bien qu'elles ne soient pas très glorieuses, elles étaient tout de même moins dangereuse que ce qui nous est arrivé. Pour ma part, avec la permission d'Alaïa, j'aimerai examiner son bras et m'assurer qu'il n'évolue pas de manière anormale. J'ai vu des choses faites par cet homme qui me donnent le frisson. Je ferais tout pour que cela ne t'arrive pas.
ㅡ Je crois que… que ça va aller. Je ne suis pas sûr de vouloir être l'objet de nouvelles expériences.
ㅡ Nous ne te ferons pas de mal, intervint Syl. Nous sommes responsables de ton état et même si nous sommes venus pour te sauver, nous n'avons pas réussi à te récupérer indemne. Je ne crois pas que des expérimentations fassent partie des intentions de Cheiralba. Il s'agit d'une personne bonne et honnête de ce que j'ai pu en juger.
ㅡ Effectivement, reprit Cheiralba. Si nous ne nous soucions pas de ton sort, nous n'aurions pas tout fait pour te sauver. Tu m'as aidé à arrêter Sébastide et je te suis redevable pour milles raisons. Comme tu peux le voir, je ne suis pas tout à fait humaine non plus. Je crois que tu l'avais compris. Je suis le fruit de Sébastide, tout comme toi. Sauf que je n'ai pas vécu avant de le rencontrer. Je suis née telle qu'il m'a conçu. Et j'ai réussi à me faire une vie loin de son influence ; il n'y a donc aucune raison que tu ne puisses pas faire de même. Il est hors de question de te faire souffrir à nouveau, mais je ne peux pas, après t'avoir arrachée aux mains de Sébastide, m'arrêter à mi-chemin. Je dois garder un oeil sur toi. Au moins pour un temps. Jusqu'à ce que je m'assure que tout aille bien. ≫

Comme pour s'assurer que tout allait le mieux, gênée d'être le nouveau centre de l'attention, Alaïa mobilisa son bras. Les mouvements étaient plus fluides que tout à l'heure à croire que de minute en minute elle réapprenait à s'en servir. La peau restait noire et brillante comme l'obsidienne, mais elle semblait avoir gagné en souplesse. En voyant cela, la vieille femme ne put s'empêcher de sourire. Cela rassura un peu la jeune elfe. Ce fut cette dernière qui reprit la parole :

≪ Vous voyez ? Je me sens mieux  de minute en minute. Vos soins sont prodigieux.
ㅡ Je ne suis pas sûr que mes soins soient les seuls responsables de votre guérison aussi rapide. Je crois que cette nouvelle peau que vous avez obtenue possède un certain nombre de vertus. Notamment celle de se régénérer et de cicatriser plus vite que ce que permet une peau d'elfe normale.
ㅡ Avant qu'il ne m'anesthésie, je crois me souvenir qu'il m'avait parlé de cette peau qu'il voulait me greffer. Maintenant qu'on en parle, cela me revient peu à peu. Il a parlé d'une race, qui s'appelle l'Etrobsi. Leur peau est très résistante, mais cela compense un manque de force. Je crois qu'il voulait me rendre invincible… ou quelque chose comme ça.
ㅡ Je n'ai jamais entendu parlé de cette race. admit Cheiralba.
ㅡ Il s'agit d'êtres informes, conscient mais incapables de prendre suffisamment de consistance pour se déplacer correctement ou construire quoi que ce soit. précisa Hyldegarde. ≫

La jeune naine, qui jusque là n'avait rien dit, fut soudain le centre des attentions de tous les protagonistes. Remarquant sa fatale erreur, elle qui voulait en finir le plus vite possible et se faire discrète poussa un long soupir. Elle n'en avait pas envie, mais s'il fallait en passer par là, elle donnerait les explications que les yeux tournés vers elle semblaient réclamer.

≪ Nous avons asservi il y a bien longtemps ce peuple. Vous pouvez me juger s'il vous le souhaitez. J'aurais bien des choses à dire sur vos pratiques, ici même à Miderlyr. Bientôt on apprendra que cette Fracture est entièrement votre faute. ≫

A ces mots, Syl détourna le regard. Elle était partagée entre l'idée qu'elle ait pu contribuer à la catastrophe qui avait sévi il y a trois ans et le fait qu'elle soit obligée de retenir Thargraktrug d'étrangler la naine. Elle fixa son attention sur l'anneau finement gravé qu'elle sortit de sa poche. Elle avait presque failli oublier la mission qu'elle s'était donnée. Peut-être que ce n'était pas de sa faute. Peut-être que cela l'était et peut-être que ce ne serait pas réparable. Elle n'arrivait pas à l'accepter, mais surtout, elle ne pouvait pas rester là sans rien faire alors qu'un autre rituel de grande ampleur se tramait dans les souterrains de la ville.

≪ Nous les avons utilisés pendant des siècles comme protection. Rien ne peut les traverser, rien ne peut les scinder en deux. De leur vivant, ils ont la dureté de la pierre, mais la fluidité de l'eau. Une fois mort, ils se figent ne gardant que la première des propriétés. Parfois, nous en trouvions dans les mines, coincés entre deux rochers comme un filon d'obsidienne. Nous avons eu alors l'idée de les étouffer entre deux plaques de métal. Après avoir donné forme à ces deux plaques de métal pour façonner une fausse armure, il n'y avait plus qu'à attendre trois semaines et trois jours pour révéler l'armure la plus résistante qui soit : un assemblage d'Etrobsis morts.
On n'en trouve plus dans les Terres Bannières à présent. Leur espèce a disparu depuis des générations et leurs armures faites pour un nain ne sont souvent pas assez ajustées pour pouvoir être utilisées à nouveau. Je ne sais pas comment ce savant fou à réussir à s'en procurer un et encore moins il a fait pour tenter de le greffer à votre bras, mais s'il a réussi, c'est à mon sens un véritable don.
ㅡ Un don ? répéta l'elfe.
ㅡ Exactement. C'est cependant qu'il n'ait eu le temps de faire que votre bras. Imaginez vous un peu, recouverte de la tête au pied de cette peau noire. Ni les armes, ni la magie ne pourrait alors vous atteindre. C'est la meilleure des protections. s'enthousiasma la naine.
ㅡ C'est mieux ainsi. reprit Cheiralba. Tant que nous ne connaissons pas les conséquences de ce genre de greffe sur une elfe, il est préférable de ne pas s'emballer. Je crois avoir vu ce que cela donnait sur un humain, et il n'y a rien de bien à en tirer. Et même si, dans le meilleur des cas, une greffe de peau totale prenait, qu'adviendrait-il d'Alaïa ? Elle serait coincée dans une armure. Pourrait-elle encore respirer ? Pourrait-elle encore pratiquer la magie ?
ㅡ Je vous en prie… Cessez de parler de moi comme si j'étais une nouveauté ou une attraction. Je peinais déjà à m'accepter en tant qu'âme perdue au milieu de ces souterrains, me voilà affublée d'une nouvelle difformité. Vous parlez de moi comme si je n'étais plus une personne mais un enjeu. Vous ne valez pas mieux que ce Sébastide. Pourquoi m'avoir sauvé ? Ne vouliez-vous donc que sauver l'expérience de ce Hordefeu ? s'emporta Alaïa.
ㅡ Si, ça n'avait tenu qu'à moi… répondit discrètement la naine dans sa barbe.
ㅡ Ce n'était pas mon intention. Je te prie de m'excuser. C'est bien toi que nous voulions sauver. Toi, Alaïa. Celle qui m'a amené jusqu'ici et sans qui rien n'aurait été possible.
ㅡ Et celle qui a payé de son corps pour que tu puisses parvenir à tes fins. Si je ne t'avais pas croisé, j'aurais continué à survivre sans rien demander à qui que ce soit. C'est de ta faute ! Tout ça est de ta faute et tu ne t'en sors qu'avec une petite blessure à l'épaule. ≫

Le désespoir et la fatigue, masqué par la colère, se lisaient dans les yeux de la jeune elfe. Elle était fatigué de tout cela. Fatiguée de vivre encore et encore en attendant que le temps fasse son oeuvre. Elle ne pouvait se résoudre à se donner la mort. Ce n'était pas à elle de décider, mais elle attendait que le moment vienne. Au lieu de cela, elle héritait d'une nouvelle difformité qui, potentiellement, repoussait un peu plus son échéance.
Cheiralba s'approcha de la jeune elfe pour tenter de la calmer et de la consoler, mais sa réaction fut vive et haineuse. Elle se dégagea du semblant d'étreinte de la vieille femme et laissa sa colère s'exprimer :

≪ Lâchez-moi, espèce de monstre. Cela aurait dû être vous. Je vous déteste. Je vous hais au plus… Qu'est-ce que … ?≫

Alaïa sentit une brûlure lui remonter progressivement le long de la jambe, suivi rapidement par une sensation d'engourdissement. Elle n'avait ni vu ni senti lorsque la vieille femme avait planté son aiguillon dans son mollet. Lorsqu'elle comprit ce qu'il se passait, la jeune elfe se contenta de dire ≪ Vous m'empoisonnez. ≫. C'était un constat, mais c'était aussi un reproche. Cette phrase signifiait la fin du peu de confiance qui demeurait entre les deux femmes. Alaïa tenta de s'éloigner la femme araignée, mais au bout du second pas, ses jambes se dérobèrent sous elle et elle s'effondra sur le sol. Cheiralba fut assez proche d'elle pour qu'elle ne se brise pas le crâne dans sa chute.
Les deux femmes partagèrent leurs larmes. L'une pleurait de culpabilité, l'autre de rage. Quand la respiration de l'elfe fut plus calme, signe qu'elle s'était endormie, la femme araignée proféra des excuses :

≪ Je suis désolé, Alaïa. Cela te fait encore beaucoup trop à assimiler d'un coup. Même si tu as dormi pendant l'opération, ce n'était pas reposant. Ton corps lutte encore. Ton esprit se retourne contre ce qu'il peut et essaye de comprendre. Je ne peux pas t'en vouloir. A nous aussi il nous faut du temps. ≫

Personne autour d'elles n'osaient dire un mot. Tous avaient l'impression que ce qu'ils pourraient dire dans cette situation serait au mieux gênant, au pire déplacé. Alors ils s'abstinrent.

≪ Syl. Je te la confie. J'aimerai pouvoir l'aider, mais elle a raison. C'est de ma faute si Sébastide lui a fait cela. Je l'ai amené à lui.
ㅡ Tu sais très bien que ce n'est pas de ta faute. Cet homme est le seul responsable de tout ceci. Il est le premier à t'avoir fait souffrir. C'est encore lui qui a capturé Alaïa. C'est encore lui qui a choisit d'expérimenter sur elle. Ne t'inquiète pas, elle comprendra.
ㅡ Pas si je reste avec elle. Peut-être que si je lui laisse le temps, alors oui, elle comprendra. Mais si je reste à ses côtés, à surveiller sa blessure et que tout aille bien, elle ne verra en moins que mon sentiment de culpabilité et, par conséquent, la raison de son handicap. C'est pour ça que je te demande cela. Je sais de quoi cela a l'air. Je donne l'impression de me défausser d'une charge que je ne voudrais pas, alors que c'est le contraire. J'aimerai pouvoir l'aider, mais je crois que le meilleur moyen de lui permettre d'accepter tout cela, c'est d'être aux côtés de quelqu'un qui se soucie d'elle et en qui elle peut avoir confiance. Et je ne corresponds qu'à une seule des deux catégories.
ㅡ Madame, intervint Hundwiin, ne vous inquiétez pas pour elle. Elle saura retomber sur ses pieds. Maintenant que le Portail au fond de la Faille est fermé, Miderlyr devrait reprendre son train de vie habituel.
ㅡ Que dîtes-vous ? tiqua Syl.
ㅡ Ce n'était donc pas seulement sous l'effet du choc et de l'anesthésie. Vous pensez vraiment que la fracture a eu lieu il y a quelques semaines. comprit soudain la vieille femme.
ㅡ Bien sûr que oui. Plusieurs jours après la Fracture, nous avons formé de valeureux guerriers et nous sommes descendus à l'intérieur de la faille afin de détruire la source de tout ces monstres. Je pensais être le seul en avoir réchappé, mais la présence d'Hyldegarde prouve le contraire.
ㅡ Vous faisiez partie des Paladins de la Faille ? précisa Syl.
ㅡ Oh ! Je vois que notre renommée nous précède. Je ne pense pas que notre réputation serait faite avant que j'ai pu remonter à la surface. Surtout en si peu de temps. Mais il faut avouer que mes camarades et moi avons fait quelque chose d'admirable.
ㅡ Je suis désolé, mais je crains que ce que je vais vous annoncer vous choque. De ce qu'on sait, les Paladins de la Faille sont tous morts… il y a plus de quatre ans.
ㅡ C'est impossible. Hyldegarde, dîtes-leur.
ㅡ Hey ! Ne vous servez pas de moi pour raconter vos histoires. Je ne peux pas dire qui a raison, mais l'un se trompe forcément. Il me manque des morceaux de mémoire. Au moins quelques semaines d'après vous, plus de trois ans d'après d'autres. S'il me paraît invraisemblable d'avoir perdu les souvenirs de plusieurs années, ces deux femmes semblent d'accord. Deux avis valent mieux qu'un.
ㅡ Mais mon avis compte. Vous me connaissez, tout de même.
ㅡ Non. ≫

La réponse fut brève, mais elle ébranla le Draconien. Qui devait-il croire ? S'il ne croyait pas en lui, que devait-il croire. Il était complètement perdu.

≪ Mais, je ne comprends pas. Vous y étiez. Je vous ai vue. Il y avait Roland Vonldrann, un de vos congénères. Il y avait Madame d'Euphorie, Byleth Danilys et Wraexius Hex. Je ne me souviens peut-être plus de tous les noms. Mais je suis sûr de vous avoir vue. ≫

Le désarroi qui assaillait Hundwiin était tant palpable qu'il ne vint à personne l'idée de répondre et de lui dire qu'il se trompait. Il saisit sa tête entre ses deux mains massives comme pour l'empêcher d'exploser.

≪ Vous êtes tous fous.
ㅡ Je ne peux que parler pour moi. J'ai perdu la mémoire et peut-être nous sommes nous rencontrés. Je me souviens avoir rejoint d'Euphorie dans cette entreprise insensée qu'est de s'enfoncer dans la Faille afin de… Je ne sais pas ce que nous souhaitions faire, mais nous étions pleines de bonnes intentions. Peut-être que nous avons formé un groupe appelé les Paladins de la Faille. En tout cas, ces dames ont l'air de connaître leur existence. Je ne suis pas folle, je suis amnésique et cela me chagrine bien plus que ce que vous pouvez imaginer. S'il y a quelqu'un qui a l'air de devenir fou, c'est vous.
Imaginons… Nous nous sommes tous les deux approchés de très près de la faille. Nous souffrons tous les deux d'amnésie. Peut-être souffrons-nous des mêmes maux.
ㅡ Je ne suis pas amnésique. ≫

Hyldegarde ne répondit pas. Elle s'était déjà beaucoup trop impliqué dans cette discussion. S'en suivit alors un silence assez pesant où tout le monde assimilait les dernières informations. Cheiralba fut la première à rompre le calme apparant en se levant. Elle commença par ajuster comme elle put sa tenue. Elle était déchirée à de multiples endroits et il en manquait une grande partie. Elle essaya encore quelques instants de faire bonne figure, mais même ses talents de tisseuse ne parvinrent qu'à raccommoder quelques accrocs ici et là. Alors qu'elle secrétait quelques fils de soie nécessaires à son travail, Syl ouvrit la porte aux confidences.

≪ Vous vous souveniez de lui ?
ㅡ Absolument pas. J'étais trop petite, répondit la femme araignée sans demander de qui elle voulait bien parler. Je ne l'ai pas vraiment connu, mais mes parents… mes parents adoptifs étaient honnêtes avec moi et m'ont expliqué que j'étais le fruit d'une expérience, d'une commande. Je sais que cela peut paraître froid et impersonnel, mais je vous jure qu'ils m'aimaient. Ils m'aimaient comme un membre de leur famille. J'aurais dû mourir avec eux. Je… J'arpentais les rues de la basse-ville à la recherche d'indices sur l'assassinat de la fille de la famille Valérianne lorsque la Fracture est survenue. Depuis je me suis cachée. Comme une lâche. Je n'ai ni trouvé son assassin, ni pu venir en aide à ma famille. Je les ai abandonné.
ㅡ Ne vous en voulez pas. Nous nous sommes tous retrouvés à devoir faire des choix où il n'y avait aucun bon choix. C'est dans les pires moments que l'on fait face aux pires dilemmes.
ㅡ C'est gentil de vouloir me réconforter Syl. Je… J'aurais… Je vais bientôt mourir. Le temps s'écoule plus vite pour moi que pour vous. Je ne dois pas être plus âgée que vous deux, mesdemoiselles. Et pourtant, vous me voyez-là, devant vous comme une vieille femme usée. Si je survis encore un ou deux ans, j'aurais de la chance. Et qu'ai-je accompli pendant ces trois ans ? J'ai tenté de soigner de pauvres âmes qui ont dû succomber quelques instants plus tard.
ㅡ Vous avez arrêté cet homme fou. ≫

C'était Hundwiin qui avait interrompu la conversation. Il n'osait pas lever la tête, mais avait pensé pendant quelques secondes à autre chose.

≪ J'ai arrêté Sébastide. C'est vrai, répéta Cheiralba.
ㅡ Ce n'est pas une mince chose, confirma Syl. Ce n'était pas qu'une vengeance personnelle. C'était un monstre et vous avez bien fait. Repensez à l'homme que vous avez promis de sauver. Certes vous ne pouviez rien faire pour lui, mais combien d'autres seraient tomber entre ses griffes. Rien que parmi nous, il y en a deux qui vous doivent la vie. ≫

La vieille femme se mit à réfléchir. Peut-être avaient-ils raison après tout. Mais cela ne suffisait pas à la consoler. Il fallait qu'elle en fasse plus. Elle avait une dette envers sa famille, et elle… Sa décision était prise. Cela faisait un moment qu'elle gardait cette idée en tête, mais il fallait qu'elle le vérifie. Remotivée, elle tira d'un coup sec sur ses vêtements, se détourna de ses camarades et déclara :

≪ Je reviens. Syl, encore une fois, je vous confie Alaïa. Je sais que je me répète, mais je tiens à elle. Sans elle, je n'aurais pas pu donner un sens à ma vie. Je vais fouiller le laboratoire et je préfère ne plus être là lorsqu'elle se réveillera. Sébastide a eu depuis la Fracture plusieurs laboratoires. Il y a forcément quelqu'un derrière tout ça. D'où vient le matériel ? Comment cela a pu être construit ? Quelqu'un devait le financer et je veux savoir qui. Lui aussi mérite de mourir. Ce sera ma nouvelle quête.
ㅡ Je viens avec vous, s'empressa de dire Hundwiin derrière elle ≫

Little bit of Love