Auteur Sujet: Doutch écrit aussi, un peu... [Texte : Marche vespérale]  (Lu 2488 fois)

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« Réponse #15 le: mercredi 08 juillet 2020, 09:32:03 »
Pour leur monde, il est assez effectivement difficile de redonner tout le contexte, déjà car l'univers est pré-existant et très développé, et ensuite parce que ce récit ne s'y prête pas. Après, j'ai tout de même essayé, sans non plus faire de leçon d'histoire, de décrire les situations pour qu'on puisse avoir une idée globale de ce contexte, même si on n'en comprend pas tout. Car oui, ce n'est finalement pas très important de connaitre la trahison de Perenolde, ou les tenants et aboutissants du Fléau, à partir du moment où on comprend que ça a eu un gros impact sur leurs vies, et donc sur leurs décisions de cette soirée. Bon, après, ok, c'est tout de même mieux d'avoir une idée du lore, que ce soit celui de Warcraft ou celui de notre guilde, mais j'ai un peu essayé de faire pour que ce soit lisible sans.

Et oui, il semblerait qu'ils soient devenus finalement plus qu'amis (c'est pas pour rien que cette soirée RP me tient à cœur, et que j'ai tenu à la retranscrire, ce qu'il s'y est passé est vraiment une étape dans le développement de nos persos respectifs... et ça aurait pu se passer tout autrement !). Mais comme le dit la phrase finale de cette partie, ça ne va peut-être pas être simple.

En tout cas merci, ça me fait vraiment plaisir d'avoir un retour  :miou:
« Modifié: mercredi 08 juillet 2020, 09:47:11 par Doutchboune »

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« Réponse #16 le: jeudi 09 juillet 2020, 12:04:39 »
Merci, c'est toujours intéressant de savoir comment un texte a été écrit, dans quelles circonstances etc. C'est gentil de me répondre. Je trouve que tu as bien dosé la mise en place de l'univers. On n'a pas besoin de savoir ce qu'est le Fléau, du moment qu'on comprend que c'est une menace importante (comme le fléau Ganon). Ça fait longtemps que vous jouez ces deux personnages ?

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« Réponse #17 le: jeudi 09 juillet 2020, 13:10:10 »
Ça fait bien longtemps qu'on joue ces personnages. Le mien a été créé il y a un peu plus de 7 ans, et le sien, je ne sais pas exactement, mais un peu plus (ptet un ou deux ans). Et ils se connaissent depuis 7 ans, puisque j'ai créé mon perso dans l'objectif de rentrer dans cette guilde. Mais bon, du coup, la suite !

La Fête du Feu
partie 3

   Il la regarda tendrement, ce qui eut pour effet de faire refluer ses soucis. Sur un ton amusé, il lui répondit :

   - Eh bien, je ne pense pas prendre Kothran et Lomah comme modèles, mais je dirais que s’ils ont réussi… Et puis, tu es plus fine que Lomah, et moi plus subtil que Kothran, tu ne crois pas ?
   - Encore à manquer de respect à tes supérieurs, s’esclaffa-t-elle !
   - Evite juste de te faire rajeunir dans un corps de seize ans. Ou d’exploser dans ta chambre du Beffroi.

   Adelheidy rit à l’évocation des mésaventures de leur ancienne Chambellane, expériences qu’elle ne comptait vraiment pas vivre un jour.

   - Je n’y tiens absolument pas, tu peux d’ores et déjà être rassuré.
   - Je t’en saurai gré. Je doute que l’expérience soit plaisante, remarqua-t-il.
   - Je ne veux jamais savoir ! dit-elle avec véhémence.
   - Nous sommes bien d’accord, alors, conclut-il.

   C’était étrange de repenser à ces événements qui avaient eu lieu des années auparavant, dans leur ancienne place forte, à quelques encablures de la cité où ils se trouvaient actuellement. Aujourd’hui, Lomah avait quitté leurs rangs pour vivre des jours heureux dans son manoir familial, à deux quartiers d’ici. Les événements qui avaient amené leur officier à changer de corps avaient été tragiques, cependant, ce soir, elle préféra en rire. Elle lui dit donc, l’air faussement soucieux :

   - Mais qui sait… peut-être pour faire enlever ces vilaines cicatrices…

   Elle regarda vers son épaule, où la balle l’avait touchée quelques soirs plus tôt. Masquée sous le bandage s’y trouvait une imposante cicatrice, souvenir permanent de l’épieu maudit qu’elle avait reçu dans la forêt drustvari. A l’époque, déjà, c’était l’homme contre lequel elle était appuyée qui l’avait veillée et soignée. Se doutait-il à ce moment-là qu’ils s’embrasseraient à la lueur du grand brasier de la fête du Feu ?

   - Les tiennes ne te barrent pas le visage, mais au moins, elles te donnent un peu de caractère, dit-il en touchant machinalement le bandeau qui cachait son œil mort. Il ne faut pas oublier que même si tu t’occupes de l’intendance, tu es une féroce guerrière de l’Ost Pourpre avant tout.
   - Hé, on est tous sensés savoir se battre, non ? rétorqua-t-elle. Et éventuellement pouvoir se prendre des épieux par surprise dans la forêt drustvari…
   - Exactement. Savera te dirait que les cicatrices sont les médailles des vrais guerriers, ou quelque chose de très martial dans le genre, dit-il sur un ton affecté.
   - Mouais, hésita-t-elle, ce n’est pas toujours esthétique quand même. Toutes ces robes que je ne peux plus mettre ! acheva-t-elle sur un ton évaporé pas très convaincant.
   - Ça ne t’a pas empêchée d’être une fantastique gourgandine sur scène.

La flatterie libéra en elle une bouffé de chaleur. Il fallait bien reconnaître qu’elle avait adoré interpréter le rôle de Béatrice dans la pièce qu’ils avaient jouée quelques semaines plus tôt, à Boralus. Et que la robe qu’elle avait portée pour l’occasion ne couvrait pas grand-chose. Un peu gênée à ce souvenir, elle opta pour la technique qu’utilisait le plus souvent l’homme en face d’elle dans de telles situation : l’exagération.

   - C’était le rôle de ma vie !
   - Ou peu s’en faut, sourit-il, à ceci près que Daïne aurait pu te faire avaler tes dents si on l’avait laissée faire.

   Solÿn se mit à rire, et elle se remémora la séance de répétition, où la naine, tellement investie dans son rôle, avait manqué d’insulter et frapper sa supérieure quand elle avait découvert que le personnage joué par cette dernière était une traîtresse qui souhaitait apporter la ruine au royaume dirigé par le protagoniste qu’elle interprétait. La jeune femme rit à son tour, et sa voix en portait encore les échos quand elle parla.

   - J’avoue, j’ai eu un peu peur à la répétition, dit-elle en serrant la main du barde un peu plus fort.
   - J’aurais fait rempart de mon corps frêle, affirma-t-il, vantard.

   Elle posa la tête dans le creux de son cou, y déposant un baiser au passage. Elle imagina la scène, et ne vit qu’une réponse possible.

   - Ça aurait été une mort valeureuse.
   - Bon, d’accord, je l’aurais laissé faire, admit-il. Puis je t’aurais rafistolée, comme à chaque fois.

   Il la regarda avec son air le plus angélique. Décidément, il ne pouvait pas s’en empêcher. Mais elle savait que c’était une des choses qui lui plaisait chez lui. Il était parfois très agaçant, mais au moins, il ne passait pas son temps à débiter d’ennuyeuses platitudes. Néanmoins, elle ne pouvait laisser passer ça impunément, et lui donna un petit coup dans le ventre en riant.

   - Hé, ce n’est pas ma faute, s’offusqua-t-il : elle a un gros marteau.
   - Tu-es-im-po-ssible, dit-elle en secouant la tête.
   - Mais je te fais rire en l’étant, répondit-il d’un air faussement contrit, alors pourquoi m’arrêter ?

   Elle le regarda intensément, toujours souriante. Sa voix devint aussi douce qu’une caresse.

   - T’ai-je demandé d’arrêter ?
   - Hé bien… non, répondit-il sur le même ton.

   Elle passa alors une main derrière sa tête, et s’approcha doucement, pour l’embrasser à nouveau. Il lui rendit son baiser avec tendresse. Une sensation de douceur et de bien être envahit la jeune femme, et quand leurs lèvres se séparèrent, elle se sentait comme sur un petit nuage. Contre elle, l’homme soupira.

   - Je risque d’avoir du mal à m’en passer.

   La main toujours posée sur sa nuque, elle s’écarta de son visage, et appuya son front contre sa poitrine. Dans un murmure, elle répondit :

   - Je crois que moi aussi.

   Il lui caressait doucement les cheveux, et tous les deux savouraient ce moment de tendresse. Elle ne voulait pas encore penser aux futures complications, seulement profiter de cette soirée.

   - Mais nous n’en sommes pas encore à devoir nous en passer, non ? dit-elle avec une pointe d’inquiétude dans la voix.
   - Sainte Mamie de la Lumière, non, s’exclama-t-il. Je suis altéran, pas fou. Je garderai ce souvenir précieusement dans ma mémoire, cette nuit quand je grelotterai de froid sur la chaise promise par la Connétable.

   Fidèle à lui-même, il accompagna cette déclaration de grands gestes dramatiques. Adelheidy sourit, secouant la tête, attendrie. C’était vraiment un cabotin de première, pensa-t-elle, mais elle ne s’en offusqua pas, au contraire. Ce soir, elle pouvait être un peu elle-même, et non pas l’Intendante qui devait garder une certaine distance avec ses troupes. Elle lui répondit sur un ton outré.

   - Si toute cette soirée n’avait pour but que de trouver un lit pour cette nuit, je suis très offensée !

   Elle rit alors de bon cœur, et il la regarda comme si sa remarque l’avait choqué. C’était d’ailleurs peut-être un peu le cas, mais elle n’était pas mécontente de son effet. Il prit un ton scandalisé.

   - Comment ? Adelheidy Hamar, tu es une vraie friponne !

   La jeune femme ouvrit de grands yeux innocents, battant légèrement des cils.

   - Développe, s’il te plaît, demanda-t-elle impérieusement.
   - Et la tradition dans tout ça ? Je dois d’abord aller demander ta main à ton père aux Carmines, lui proposer un prix honnête et légèrement surévalué, trinquer avec lui à notre bonheur puis t’emmener sur mon cheval fringant jusqu’au prêtre…

   Spontanément, elle éclata de rire. Elle ne souhaitait pour le moment que profiter de la nuit, et imaginer déjà officialiser quelque chose lui semblait ridicule. Elle se fit tout de même à ce moment la réflexion qu’ils n’étaient pas issus du même monde. Il venait de la noblesse, et dans la noblesse, les filles ne connaissaient pas leurs premiers émois dans une grange à foin à la fin de l’adolescence. Evidemment, même à la campagne, il fallait rester discret, on n’était pas sensé batifoler avant d’officialiser, mais personne n’était dupe, et il n’était pas rare qu’une grossesse soit la cause d’une union plutôt que sa conséquence. Mais pour lui, il semblait inimaginable qu’elle puisse déjà avoir une certaine expérience dans le domaine, même si, il fallait bien l’avouer, les occasions avaient été extrêmement rares depuis son entrée dans l’Ost. Il continua d’ailleurs sur sa lancée.

   - Je ne voudrais pas qu’on m’accuse d’avilir une femme aussi honnête et droite.
   - Je dois être trop pragmatique, assena-t-elle. Une chambre d’auberge, loin du Beffroi, c’est une occasion qui ne se présentera pas de sitôt.

   Elle le vit s’étrangler, et s’en amusa intérieurement. C’était un plaisir de lui damer un peu le pion, lui qui était toujours si sûr de lui. Ravie de son effet, elle ajouta :

   - Je sais que je ne t’arrive pas à la cheville, mais je pense que tu surestimes mon innocence. Cela étant, je peux partager mon lit uniquement pour dormir, si tu préfères.
   - Je comprends mieux les allusions à la gourgandine, maintenant, répondit-il, comme choqué.

   Adelheidy haussa les épaules. Elle continua sur son avantage, choisissant ses termes avec soin, pour jouer sur cette dualité entre son éducation et son mode de vie.

   - Je ne voudrais pas choquer ta morale.
   - Ma quoi ? fit-il, conscient qu’elle savait parfaitement qu’il n’en avait pas. Pardon, un insecte a bourdonné dans mes oreilles.

   Sa réaction la fit rire. Il y avait longtemps qu’elle ne s’était pas sentie aussi bien, à pouvoir converser sans arrière-pensée hiérarchique, à pouvoir dire ce qu’elle avait envie de dire, et non pas ce qu’elle devait dire. Il la regarda de nouveau de son air de tragédien.

   - Mais bon, s’il faut en arriver à de telles extrémités pour avoir le droit de profiter d’un lit plutôt que d’une chaise… dit-il avant de passer le revers de sa main sur son front dans un geste théâtral, je suivrai les ordres de ma supérieure.
   - Je savais que c’était l’unique but de cette soirée, soupira-t-elle en souriant.

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« Réponse #18 le: vendredi 10 juillet 2020, 01:50:55 »
On en apprend toujours plus sur eux ! Ils semblent aimer évoquer leur passé commun. Ils sont mignons, leur échange m'a fait sourire. On sent qu'ils se connaissent depuis longtemps et qu'ils s'aiment beaucoup.  :^^:

Si j'ai bien suivi, la prochaine partie sera la fin ? Je me demande comment ils vont se quitter.

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« Réponse #19 le: vendredi 10 juillet 2020, 09:31:32 »
Tu as bien suivi, la prochaine partie sera la fin. D'ailleurs, je vais la poster tout de suite, ça sera fait  :miou:

Pour la relation entre ces deux personnages, c'est plus complexe que ça. Là, ils sont dans des conditions inhabituelles (loin de leur bastion militaire, ambiance festive, tout ça tout ça...). Mais si on doit résumer, Adel a toujours trouvé Solÿn mignon, par contre, on lui a toujours dit qu'il était gay (et il ne cachait pas apprécier les hommes). Par contre, il a toujours été un cabotin, à surjouer de ses charmes, à flatter les femmes avec outrance. D'ailleurs au début, il ne s'intéressait pas spécialement à Adel, ne voyant en elle qu'une jeune recrue de plus. Par contre, il a très vite trouvé amusant de la taquiner avec des petites remarques à la limite de l'insolence, surtout quand elle a commencé à monter en grade. Et elle le tolérait, parce que, persuadée qu'il ne pouvait pas s'intéresser aux femmes, il n'y avait rien d'autre qu'une sorte de jeu agaçant. Enfin, elle le tolérait... plus d'une fois elle l'a remis à sa place, surtout une fois qu'elle est devenue sa supérieure hiérarchique, d'autant plus qu'à cause de sa jeunesse, elle se force à prendre de la distance avec les hommes de troupe de la guilde, pour gagner en autorité.

Sauf qu'en fait, Solÿn est plutôt bi, en tout cas, même s'il a plus souvent eu des relations avec des hommes, il n'a rien contre les femmes non plus (si on me laisse passer l'expression), et lui, de son côté a commencé à tomber amoureux, mettant un certain temps à se l'avouer, mais en tout cas sans qu'Adel ait le moindre soupçon. Elle de son côté aimait bien le mater, parce qu'il est quand même vachement beau, et se disait que c'était juste le plaisir des yeux, vu que pour elle, il ne s'intéressait qu'aux hommes.
A côté de ça, lui est quand même quelqu'un de très égoïste, qui va le plus souvent agir dans son intérêt propre, quitte à disparaitre parfois (et lui attirer des ennuis, c'est celui avec un poignard dans le ventre sur un des dessins de ma galerie). Pour beaucoup de choses, il n'est pas digne de confiance, et plus d'une fois Adel a dû prendre des sanctions contre lui. Et très souvent, elle s'est énervée contre lui à cause de ses impertinences, qu'il sait doser pour ne pas franchir la limite (mais tout juste).
Mais il y a quelques mois, Adel a pu se rendre compte qu'il pouvait s'intéresser aux femmes, même si elle ne voulait pas y croire, pensant qu'il la faisait encore marcher. Mais du coup, elle a commencé à cogiter, à se demander pourquoi elle le matait tant que ça, pourquoi elle se sentait toujours obligée de répondre à ses piques, tout en se disant qu'il ne cherchait qu'à jouer avec elle. Lui de son côté, vu son genre secret et réticent à se livrer, n'allait pas non plus se déclarer, même si sa façon de lui parler avait évolué.

Progressivement, suite à des échanges de plus en plus ambigus, Adel a fini par accepter qu'elle désirait cet homme, mais même lors de cette soirée à la Fête du Feu, elle ne sait pas vraiment où elle a envie que ça la mène. Elle est juste sûre qu'elle a envie de tout ce qu'elle dévoile dans ce texte. Lui de son côté (mais Adel ne le sait pas, même si moi je le sais en "meta" comme on dit pour les choses qu'on sait sur les personnages des autres, mais que nos propres personnages ignorent), est plutôt dans l'optique d'une union durable, bien qu'il sache qu'avec ses soucis persos et sa morale élastique, ça ne sera pas forcément possible.

Bon, ça fait un peu long, mais leur relation est complexe, et même ensemble, ça risque de ne pas être de tout repos, surtout une fois retrouvée la routine de la vie militaire, avec les considérations hiérarchiques, et conflits que ça pourra entrainer...

Mais bon, suite et fin, j'ai promis  :miou:

La Fête du Feu
partie 4

   Elle se laissa aller contre lui, et la lueur mouvante des flammes autour d’eux faisait danser les ombres sur leurs visages. Après un moment de silence, il reprit la parole, comme s’il exprimait à haute voix la suite de ses pensées.

   - Je crois que la décision d’Aurys aura été déterminante.

   Elle sortit de sa rêverie, et chercha quelques secondes de quoi il voulait parler. Mais elle n’eut pas à réfléchir longtemps, le fait que ce soit leur chef qui ait tranché en défaveur de Solÿn pour savoir qui dormirait sur une chaise dans le couloir faute d’avoir réservé le bon nombre de chambres s’imposa vite à son esprit.

   - De t’avoir attribué la chaise ? avança-t-elle. Oui, on peut dire ça.
   - Je note qu’il faudra symboliquement l’inviter -ainsi que la chaise- pour le mariage, déclara-t-il. Je prends la chaise comme témoin si ça te va, ajouta-t-il très vite, je te laisse la Connétable.
   - Je crois qu’on a un peu de temps avant de se poser ce genre de ques…

   Elle fut interrompue par le rire étouffé de Solÿn, et haussa un sourcil, intriguée. La voix entrecoupée de rires, il s’expliqua.

   - Désolé, je viens d’essayer de l’imaginer en demoiselle d’honneur, à attendre de recevoir le bouquet.

   Adelheidy rit à son tour. Il était vrai que l’image prêtait à sourire. La scène était fort peu probable, connaissant le passé d’Aurys, mais ça n’avait pas d’importance. Leurs rires cessèrent, et un nouveau moment de silence passa, chacun perdu dans ses pensées, goûtant la soirée. Mais l’heure tournait, et il fallait bien qu’à un moment, elle se termine. La jeune femme se tourna vers le médecin, et le regarda tendrement.

   - Allez, je crois qu’il est temps de retrouver cette auberge, et le lit qui va avec, dit-elle doucement.
   - J’ai bien fait de prendre des chambres confortables, alors, remarqua-t-il.
   - Et si tu veux seulement dormir, ce n’est vraiment pas un problème, ajouta-t-elle avec gentillesse.

   Elle posa un baiser rapide sur ses lèvres, elle mourait d’envie d’aller plus loin, mais elle ne voulait pas le forcer. Il lui remit en place une mèche de cheveux rebelle, avant de lui murmurer.

   - Ne nous mettons pas de pression.

    Elle acquiesça, résignée à faire des concessions malgré son désir. Elle lui serra la main plus fort quelques secondes, et commença à marcher en direction de l’auberge.

   - Allons dormir, alors.

   Ils marchèrent dans les rues de la capitale à pas lents, comme pour prolonger cette soirée le plus longtemps possible. Leurs mains ne se séparèrent pas, et la jeune femme eut même l’impression que le barde se laissait guider. Elle ne pensait pas encore aux conséquences, refusant de sacrifier son bien-être, mais il finit par rompre le silence.

   - Et, hum, comment va-t-on justifier ma présence dans ta chambre, demain matin ?
   - Tu veux vraiment dormir sur cette chaise ? demanda-t-elle en retour.
   - Quelle question ! s’exclama-t-il. Je me disais juste qu’on pourrait accorder nos violons maintenant.

   Il n’avait pas tort, autant régler ces détails pendant le trajet. Elle réfléchit à une raison crédible et qui ne soit pas inconvenante, mais elle ne trouva rien de bien évident.

   - Si tu te réveilles plus tôt et retournes sur la chaise avant que les autres se lèvent ? proposa-t-elle.
   - Me réveiller plus tôt que Balthamus ou Savera ? fit-il, dubitatif. Je ne suis qu’un homme, tu sais.
   - Pas faux, concéda-t-elle.
   - Sinon, il suffit de dire que ta chambre possède une chaise ou un fauteuil plus confortable, donc tu m’as gentiment proposé de dormir dessus ? avança-t-il à son tour.
   - Je dirai que j’ai eu pitié en te voyant grelottant, plié sur ta chaise, ajouta-t-elle.
   - Parfait. Ta grande bonté, ça ne surprendra personne, dit-il sérieusement.

   Elle haussa les épaules. Elle était quelqu’un d’altruiste, elle ne pouvait le nier, mais elle doutait quand même que ce soit suffisant pour faire passer l’idée qu’elle ait accepté le médecin dans sa chambre pour la nuit. Elle ne put s’empêcher d’ajouter :

   - Ça aurait été plus crédible si tu avais été une plante, mais bon…
   - Certes.

   Lui non plus n’était pas entièrement satisfait du plan, et il continuait à chercher une autre solution. Ils avaient atteint la porte de l’auberge, devant laquelle ils s’arrêtèrent. Elle soupira.

   - Je ne vois pas mieux, de toute façon. C’est ça ou sortir par la fenêtre, et revenir au petit-déjeuner en disant que tu as trouvé un ancien ami pour te loger, dit-elle alors que l’idée venait de germer dans son esprit.
   - J’allais le dire, rétorqua-t-il, ayant visiblement eu la même pensée qu’elle. Mais mes talents de monte en l’air sont sans doute un peu rouillés. Quoique… depuis ce voyage au manoir de Sangre…

   Il toussa, un peu gêné. Visiblement, il ne tenait pas à discuter de ce qu’avait été cette formation qu’il était allé suivre dans la demeure de leur ancienne Chambellane. Cela importait peu à Adelheidy, de toute manière, focalisée sur la soirée.

   - On verra dans quelle forme tu seras demain matin, le provoqua-t-elle en riant.
   - C’est un défi ?

Elle rit à sa réponse, les yeux brillants. Elle savait qu’il ne pourrait pas résister à sa petite bravade. Elle fit semblant de n’avoir pas fait exprès.

   - Si tu veux.
   - Tu devrais le savoir, si on m’attaque par l’égo, je ne réponds plus de rien. Connétable ou pas, crâna-t-il.
   - Comment oublier ça ? admit-elle en secouant la tête.
   - En montant à l’étage, peut-être ? proposa-t-il, un large sourire sur le visage.
   - Ah, bonne suggestion, répondit-elle.

   Après une grande inspiration, elle franchit le seuil de l’établissement, tenant toujours l’homme par la main. Ils montèrent les marches le plus silencieusement possible, et traversèrent le couloir sur la pointe des pieds alors qu’ils passaient devant les portes des chambres de leurs compagnons. Au passage, Adelheidy jeta un regard entendu vers cette fameuse chaise, et Solÿn lui fit un grand geste de dénégation. Il était hors de question qu’il passe la nuit sur ce meuble inconfortable. Dans un souffle, elle lui murmura :

   - Elle n’est pas si mal.

   Puis elle alla à la porte de sa chambre, l’ouvrit et entra en silence. Derrière elle, le médecin regardait la chaise avec compassion.

   - La pauvre, elle va se sentir bien seule, marmonna-t-il entre ses dents.

   Il hésita un instant sur le seuil, réalisant que ce pas compterait sûrement beaucoup plus que bien d’autres. Il inspira un grand coup. Sa décision était prise, il entra à son tour, et referma délicatement la porte. Il se retourna vers la jeune femme qui lui sourit doucement. Lentement, tout en tendresse, elle s’approcha de lui et glissa ses bras autour de son cou, puis vint poser ses lèvres contre les siennes. Le baiser était doux, sensuel. Il l’enlaça, les mains posées sur sa taille.

   Lorsque leurs bouches se séparèrent, elle s’écarta un peu de lui, le regardant intensément. Son cœur battait la chamade, et elle refrénait son envie d’étreindre cet homme avec passion. Sa voix laissait entendre une pointe de résignation quand elle reprit la parole.

   - Il est temps de dormir, maintenant.

   Mais ils restèrent encore un moment debout, enlacés. Ils savouraient ce moment, ultime hésitation avant de décider de ce que serait faite cette nuit. Il se pencha finalement sur elle, et l’embrassa tendrement, tout en l’entrainant délicatement vers le lit. Elle sentit une bouffée de chaleur l’envahir, se laissant guider jusqu’à la couche en resserrant son étreinte.
« Modifié: vendredi 10 juillet 2020, 09:44:05 par Doutchboune »

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« Réponse #20 le: vendredi 10 juillet 2020, 16:08:13 »
J'ai beaucoup aimé lire cette histoire, je trouve que tu as bien adapté cette discussion entre vos deux personnages. Merci pour toutes ces précisions sur leur histoire commune. Je serais curieux de savoir comment leur relation va évoluer, par la suite, et s'ils vont réussir à garder cette nuit secrète. Merci pour ce texte, j'espère en lire un autre de ta part bientôt !  :miou:

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« Réponse #21 le: vendredi 10 juillet 2020, 16:35:13 »
Merci de ton retour, il me fait très plaisir.

Pour ce qui est de savoir ce que va devenir leur relation, moi aussi je suis curieuse  :8):  Mais c'est tout frais, alors on verra bien. Et pour le moment, ils se sont pas fait gauler, mais c'est pas dit que ça n'arrive pas, plus tard.  :R

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« Réponse #22 le: lundi 31 août 2020, 18:05:24 »
Allez, je me relance, et je poste ici trois petits textes, qui racontent des tranches de vie de ma prêtresse de WoW, avant qu'elle n'entre dans sa guilde actuelle (et qui traite de ce qu'on peut appeler, dans le jargon, son background). Le recueil s'appelle Une vie simple.


***

Prise de conscience


   Une herbe verte et tendre. Un petit chien joyeux qui se précipite vers elle. Un homme de grande taille accoudé sur une barrière. Un bruit de sabots tranquilles sur les pavés. Des voix fortes et enjouées. Et surtout, son rire. Ce dernier illuminait cette superbe journée, et agrandissait les sourires sur les lèvres des adultes. Tout autour d’elle était immense, la cariole et le cheval de papa et maman, les haies fleuries qui bordaient l’immense route pavée, les maisons coquettes de la rue. Et elle roulait dans l’herbe fraiche, jouant avec la boule de poils ambulante. Et elle riait.

   Le souvenir disparut aussi vite qu’il était apparu. La jeune fille, à peine sortie de l’adolescence, se tenait en dehors de la tente médicale, à l’arrière des combats. Elle était venue prendre une pause, au milieu de l’afflux continu des blessés qui arrivaient du front. La bataille pour déloger le Fléau des ruines de la ville faisait rage, et même si l’Alliance gagnait du terrain, ses armées était fortement éprouvées.
   Elle n’avait jamais vraiment repensé aux Royaumes du Nord depuis qu’elle s’était retrouvée à vivre dans le Sud, aux Carmines. Elle était encore jeune quand ils avaient quitté ces terres, et depuis les horreurs de la Troisième Guerre, sa mère était restée mutique sur leur ancien royaume. Les souvenirs de cette ancienne vie étaient restés enfouis au fond d’elle, à tel point qu’elle pensait les avoir à jamais oubliés. Quand les images de cette bourgade pleine de vie firent surface dans son esprit, elle sentit comme une sorte de rage monter en elle. Une onde la parcourut, crispant chacun de ses muscles, des épaules jusqu’à la dernière phalange, des mâchoires aux bouts des orteils. Ses yeux se mirent à piquer, et elle les ferma avec force, laissant s’écouler des larmes de colère.
   Elle resta ainsi plusieurs minutes, envahie par la prise de conscience de ce qu’avait été réellement sa perte, lors de la chute de Lordaeron, alors qu’elle et sa famille étaient en voyage en pays hurleventin. Elle rouvrit les yeux et balaya de nouveau la ville du regard. Elle la revit telle qu’elle avait été, reconstruisant les ruines à l’aide de ses souvenirs enfantins. Une résolution nouvelle grandit en elle. Elle ne pouvait plus seulement rester à l’arrière pour soigner les blessés. Elle avait besoin d’aider au front. De détruire elle-même cette engeance morte-vivante qui avait ravagé son ancienne vie. Une flamme brûlait dans son regard, et quand elle desserra les poings, elle put voir les marques profondes que ses ongles avaient imprimés dans ses paumes.

   Elle avait dépassé son temps réglementaire de pause. Pourtant, quand elle fit demi-tour pour retourner dans la tente de l’hôpital de campagne, elle ne se dirigea pas directement vers son poste, mais alla d’un pas déterminé vers les bureaux de ses supérieurs. Elle prit une profonde inspiration avant d’entrer quand on l’y invita. Sa timidité naturelle s’était effacée devant sa résolution. Avec un regard droit et franc, toujours habité de cette lueur flamboyante, elle avisa son chef de son souhait d’aller se battre sur le front. Face à elle, le médecin se frotta le menton, observant la jeune fille, prenant son temps pour répondre à sa demande. Elle ne sut jamais ce qui avait fait pencher la balance en sa faveur. Avait-elle réussi à le convaincre ? Partageait-il ce besoin de destruction ? Pensait-il qu’une infirmière aussi instable n’avait pas sa place dans son hôpital ? Tout ce qu’elle savait, c’est qu’il avait accepté.
   Elle partit le lendemain, avec une petite troupe d’infanterie, le long des routes défoncées de l’ancienne ville, pour rejoindre la bataille. L’ampleur des dégâts, anciens comme récents, ne fit qu’attiser sa rage, et elle sentait la force de la Lumière se concentrer en elle. Elle serrait les dents, écoutant ses camarades, mais ne parlant pas. Bientôt, ils entendirent les bruits et les cris, les chocs et les lamentations. Des gradés les orientèrent vers les endroits nécessitant des troupes fraiches, et elle découvrit la réalité du front. Tout était oppressant, angoissant, tous les sens étaient assaillis par la peur et le chaos et pourtant, l’armée conservait ordre et discipline. Elle se dirigea vers la zone qui lui était assignée, et elle vit ses premiers morts-vivants.
   Sans réfléchir, elle concentra la Lumière, et la projeta sur une des créatures en face d’elle, au-delà des combattants qui se battaient au corps à corps. L’éclair lumineux embrasa le ciel, puis la goule qui était la cible. Elle avait maintes fois soigné en faisant appel à ses dons, mais, malgré une connaissance théorique de la chose, jamais elle n’avait blessé avec. Elle évacua toute sa rage en brûlant le maximum d’ennemis à sa portée, et quand la colère fut retombée, elle prit le temps de jeter un regard circulaire sur le champ de bataille. Partout les armes s’entrechoquaient, les corps s’entassaient, et très vite, elle se rendit compte que ses efforts pour éliminer leurs adversaires n’étaient qu’un énorme gâchis d’énergie. Là où les soldats tuaient trois goules, elle n’en égratignait qu’une. Mais ce fut la vue de camarades blessés sur le champ de bataille qui lui fit reprendre conscience qu’elle serait bien plus utile en reprenant le rôle qui était le sien dans cette campagne.
   Elle consacra le reste de la bataille à protéger et soigner les siens. La tâche était épuisante, et devoir choisir qui aurait la priorité lui demandait concentration et pragmatisme. Elle s’en acquitta sans hésitations, plongée dans l’urgence de la situation. A bout de forces, elle finit par se reculer, laissant la place à des troupes plus fraîches. Dans la zone de repos, un peu en retrait de la ligne de front, elle prit le temps de réfléchir à la bataille. Elle était parfaitement consciente de l’influence de sa rage et de l’adrénaline pendant le combat, néanmoins, elle ne pouvait nier avoir eu l’impression d’être à sa place, plus encore que dans l’hôpital. Devoir prendre des décisions difficiles, parfois de vie ou de mort, dans l’urgence ne l’avait pas paralysée, même si c’était éprouvant. Cependant, elle était épuisée, et elle se laissa aller à somnoler.

   L’annonce de la victoire la réveilla, et elle se redressa, l’esprit encore embrumé. Elle remarqua très vite que malgré ce succès, personne ne semblait réjoui. Evidemment, tout le monde était épuisé, mais gagner une bataille apportait toujours un regain d’énergie aux hommes de troupe. Elle tendit l’oreille et comprit que, alors que l’Alliance attaquait par l’Ouest, les Réprouvés faisaient de même depuis l’Est. Et maintenant que le Fléau était éliminé, les deux armées se retrouvaient face à face. Chacune était dans un grand état d’épuisement, et pour le moment, elles se regardaient en chien de faïence de chaque côté de l’ancienne ligne de front. Les humains et leurs alliés étaient conscients que leurs ennemis avaient bien moins besoin de repos qu’eux, et n’osaient pas croire en une trêve, même le temps de replacer les troupes.
   Les hommes n’eurent pas vraiment le temps de souffler, et les combats reprirent de plus belle. L’ennemi était différent, plus organisé, mais les pertes qu’il avait subies l’avait fortement affaibli. La jeune prêtresse resta pourtant en retrait. Elle était vidée de toutes ses forces, et elle savait qu’il ne servirait à rien qu’elle s’avance au combat tant qu’elle n’avait pas récupéré un peu d’énergie. Depuis la zone de repos, elle entendait les bruits des combats, les cris et les fracas des armes. Elle était attentive aux ordres des officiers, et suivait de loin le cours de la bataille. En elle, elle sentait l’espoir gonfler. Leurs troupes gagnaient du terrain, et la victoire était à leur portée.

   Un frisson glacé parcourut soudainement l’armée alliée. Chaque homme se figea le temps d’une interminable seconde, quand apparurent, au-dessus de la zone de combat, de grandes créatures ailées. Elle en avait une connaissance théorique, d’après ses cours à la Cathédrale. Ses yeux s’agrandirent d’effroi. Personne n’était jamais vraiment prêt à faire face aux Val’kyr de Sylvanas. Et sous le regard horrifié des survivants, les corps de leurs compagnons tombés au combat se relevèrent, transformés en goules décérébrées, et se jetèrent sur leurs anciens camarades, déchirant leurs chairs avec leurs griffes et leurs crocs.
   La bataille connut un tournant, et devint débâcle. Le commandement ordonna la retraite, laissant derrière eux morts et mourants, abandonnant la ville à l’engeance Réprouvée. La jeune fille était sous le choc. Elle n’était pas prête à voir une telle horreur, mais qui l’était ? Elle se replia avec le reste de l’armée, les larmes aux yeux. Tout en elle se révulsait. Elle avait toujours considéré les Réprouvés comme des ennemis, et parmi les plus retors et les moins honorables. Mais elle croyait naïvement qu’ils respectaient le libre arbitre, qu’ils ne feraient pas ce qu’ils avaient reproché au Roi-Liche. Elle venait d’être témoin du contraire, et elle en conçut une haine plus forte que tout ce qu’elle avait pu ressentir jusqu’à aujourd’hui.

   Lors de leur fuite, elle traversa à nouveau les quartiers de son enfance. Un son lointain lui rappela les jappements du petit chien. La gorge serrée, elle se fit une promesse. Elle ne laisserait pas ce crime impuni. Les morts-vivants, Fléau ou Réprouvés, tous devaient payer pour ce qu’ils avaient fait à ces terres qui avait un jour été son foyer. Ce jour-là, elle sut qu’elle donnerait sa vie pour atteindre ce but.

***

Départ


   Un rayon de lumière se détachait dans la pénombre de la grange, dévoilant un essaim de poussière qui dansait dans la chaleur estivale alors que la jeune fille se redressait. Les joues encore rouges sous ses taches de rousseur, elle semblait reprendre son souffle. A côté d’elle, le garçon était étendu, comme savourant un moment de béatitude. Ses boucles blondes se confondaient avec la paille sur laquelle sa tête reposait, et ses yeux contemplaient les vieilles poutres qui soutenaient le toit du bâtiment. De son côté l’adolescente réajusta sa robe, puis entreprit d’enlever le plus gros du foin de ses cheveux acajou. Elle observait le blondinet avec un sourire, mais son regard était presque réprobateur.

   - Tu devrais ranger tout ça, Will, avant que quelqu’un te surprenne !

   Son ton se situait quelque part entre l’amusement et le reproche. Il lui répondit d’une voix languide, se redressant sur les coudes.

   - Ça sert à quoi que tu te démènes autant si je ne peux pas plus en profiter ?

   Le regard qu’elle lui jeta valait plus qu’un long discours, et dans un grommellement, il porta les mains à sa ceinture et reboucla son pantalon. Puis il se mit assis, et reboutonna sa chemise, après en avoir secoué les pans pour enlever l’herbe séchée qui s’y était accrochée. La jeune fille se mit à genoux, à côté de lui, et retira un brin de paille de ses cheveux. Malgré le ton employé auparavant, elle lui souriait tendrement. Elle s’attardait sur son visage rond et ses yeux bleus.

   - Il fallait bien que je te laisse un souvenir impérissable, finit-elle par annoncer. Mais ça n’empêche pas qu’il vaut mieux éviter de se faire surprendre, je n’ai pas envie de me disputer avec mon père la veille du départ !

   Il lui posa une main sur le bras et déposa un baiser sur sa joue. Il se redressa, et fit la moue, la regardant d’un air triste.

   - Tu vas terriblement me manquer.

   Elle éclata d’un rire argentin, avant de le regarder en haussant les sourcils.

   - Tu parles ! Tu vas aller te consoler dans les bras de Mayleen, oui. Je ne me fais pas de souci pour toi.
   - N’empêche que tu vas quand même me manquer, répondit-il sur un ton buté. C’est pas pareil avec elle. Il marqua une pause. Tu pars tôt, demain ?

   Elle continuait à ôter le foin de leurs cheveux, machinalement. Son regard se perdit dans le vague, et sa voix était devenue lointaine.

   - Oui, je suis attendue avant midi à la Cathédrale. Et il y a quand même une bonne distance à parcourir. J’aurai juste le temps de prendre un petit déjeuner avant de partir.
   - Qu’est-ce qui a pris à ton père ? Te faire reprendre des études à ton âge ? Tu devrais plutôt commencer à penser à te caser, je suis sûr que tu peux te trouver un bon petit mari au village.

   Elle leva les yeux au ciel. Un mari ? Et puis quoi encore, elle n’avait même pas seize ans. Ce n’était pas parce qu’elle vivait dans un village rural qu’elle allait se plier à toutes leurs traditions. Avant de se retrouver ici, elle avait vécu en tant que commerçante nomade, avec sa famille, et dans ce genre de métier, on ne se casait pas à seize ans ! Mais comment pouvait-il le comprendre ? Elle soupira, avant de lui exposer sa situation.

   - Avec la mort de maman, j’ai dû interrompre mes études, bien à contrecœur, mais papa avait besoin de moi pour tenir la boutique. Il s’en est toujours voulu de m’avoir détourné de ce qu’il pense être ma voie, alors, maintenant que les affaires sont ralenties, et qu’il peut y arriver seul, il me redonne cette chance de persévérer. Elle secoua la tête. Depuis le Cataclysme, et la misère qu’il a engendrée, les clients se font plus rares.
   - Et tu préfères aller suivre des cours à la Cathédrale plutôt que de rester tranquillement ici ? A profiter du foin ?

   Il commença à lui caresser le bras, mais quand sa main s’approcha de sa poitrine, elle la repoussa d’une claque. Elle ne lui souriait plus, et son regard était redevenu lourd de reproches.

   - Oui, je préfère essayer de faire quelque chose de ma vie, et ne pas m’enterrer dans un village de campagne sans pouvoir rien apporter à personne. Qui sait, peut-être que je reviendrai vivre ici une fois que j’aurai obtenu mon diplôme de médecin ? Si ça arrive, je ne suis pas certaine de venir te soigner le jour où tu seras malade !

   Elle se leva dans un mouvement souple, et détourna le regard vers l’échelle qui allait lui servir à redescendre. Elle avait voulu passer un dernier bon moment avant de retrouver la rigueur de l’Eglise, et il était en train de tout gâcher. Elle décida de partir avant de regretter sa décision. Elle venait de poser le pied sur le premier barreau quand il se décida à parler.

   - Allez, Adel, boude pas ! Je voulais pas te vexer, c’est juste que j‘aurais bien aimé que tu restes, c’est tout. En vrai, j’espère que tu y arriveras, et que tu seras contente de ta vie, c’est ça le principal.

   Elle le toisa du regard. Il était toujours nonchalamment assis dans le foin, ses boucles blondes cascadant sur son front. Il était mignon, et il avait bon fond, elle en était persuadée. Ses dernières paroles la firent sourire, mais elle sentit comme une boule se coincer dans sa gorge. Malgré son envie d’aller étudier et sa détermination, quitter cette vie tranquille à Comté-du-Lac n’était pas si facile. Elle tâcha de masquer son émotion quand elle lui répondit.

   - Merci, Will. Moi aussi, je l’espère.


***

Tournée hivernale


   En haut, en bas, en haut, en bas. Avec une précision de métronome, l’aiguille montait et descendait à travers l’étoffe épaisse. La jeune fille qui la manipulait était plongée dans une intense concentration. Elle aimait coudre de la sorte, ça lui permettait de vider son esprit et d’en écarter les soucis. Elle avait maintenant accepté depuis un certain temps que ses anciennes aspirations devaient être vue à la baisse, et y penser ne la remplissait plus d’amertume, seulement d’un léger vague à l’âme. Le doux parfum de fleur des bougies qu’elle avait allumées dans la pièce renforçait cette impression de cocon qu’elle s’était créée.

   - Ah, Adel, tu es là ! Oh pardon, je te dérange…

   La voix grave et enjouée de l’homme l’avait fait sursauter. Elle avait failli se piquer avec son aiguille, et elle se tournait maintenant vers lui, les sourcils froncés.

   - Papa ! Je t’ai déjà dit de ne pas me surprendre comme ça quand je couds. Si je rate mes points, la robe sera invendable.

   Son père lui accorda un sourire penaud, le ton dramatique de sa fille n’en demandait pas moins. Elle était à un âge où il était normal qu’elle cherche à s’affirmer, mais il avait du mal à ne plus voir en elle la petite fille enjouée qu’il aimait tant. Pourtant, elle avait été obligée de grandir encore plus vite depuis deux ans. Comme toujours quand il repensait à la mort de sa femme, il ressentait ce remord d’avoir empêché sa fille de suivre sa propre voie. Sa petite fille, si empathique, si douce, si prompte à manipuler la Lumière, l’avoir obligée à interrompre ses études pour qu’elle vienne l’aider à tenir la boutique… Mais il n’avait pas eu le choix, seul, il ne pouvait plus faire de tournées à travers les différents villages de la région, il n’avait plus de vêtements à vendre, seulement des fournitures, et sans l’argent de ces ventes, il n’avait pas de quoi lui payer ses études.
   La robe qu’elle était en train de coudre ferait partie du lot qu’ils espéraient écouler lors de leur prochaine tournée qui commencerait le lendemain. Le cœur de l’hiver n’était pas la saison la plus agréable pour voyager, mais c’était une des plus propices pour aller vendre des habits dans les hameaux et fermes isolées de la région. Il soupira, avant de s’adresser à sa fille du ton le plus doux qu’il pouvait.

   - Excuse-moi, ma grande, je ne voulais pas te faire peur. Je venais juste voir où tu en étais dans les préparatifs, mais il semble que tu avances bien. Ce sera prêt pour demain ?

   Elle leva les yeux au ciel, l’air exaspéré. Sa voix l’était tout autant quand elle lui répondit.

   - Évidemment que ce sera prêt à temps. Sauf si tu continues à me retarder en me faisant manquer mes points.

   Mais très vite, son regard s’adoucit, et elle sourit doucement à son père. Ses yeux s’attardèrent ensuite sur la robe qu’elle tenait sur ses genoux. La laine épaisse était douce, et son contact lui rappelait comme toujours sa mère. Ce modèle était son favori, et le premier qu’elle avait appris à sa fille. Adelheidy sentit monter en elle une bouffée de nostalgie, et sa vue se voila. Le deuxième anniversaire de sa mort était passé depuis peu, et y penser était douloureux. Elle secoua la tête, ce n’était pas le moment de s’apitoyer sur son sort, il fallait finir cette robe avant ce soir. Elle et son père avaient repris leurs vies en main, et la boutique tournait bien, c’était le principal. Il lui restait à progresser dans la confection de vêtements, à apprendre de nouveaux patrons, car même si les modèles qu’elle savait faire étaient du genre pratiques et virtuellement indémodables, elle était consciente qu’ajouter des pièces plus travaillées à son catalogue serait apprécié des clients. Et qui sait, peut-être un jour irait-elle vendre ses créations à la capitale ? Elle se retourna finalement vers son père pour lui parler d’une voix affectueuse.

   - Je ne devrais pas être si nerveuse, mais il y a cette robe à finir, les sacs à préparer, l’appartement à ranger. J’aime beaucoup ces tournées, mais être plus d’un mois sur la route, ça demande tellement de préparation…
   - Tu sais, ma chérie, je fais ça depuis très longtemps, tu devrais me faire un peu confiance, dit-il sur un ton légèrement peiné. Ta mère gérait une grosse partie de l’organisation, mais je sais quand même comment faire. Et tu es là pour m’aider, tu as hérité de son sens de la logistique, donc tout va bien se passer. Comme la dernière fois.

   Il s’approcha d’elle et lui posa une main sur l’épaule. Elle tourna la tête vers lui, et posa sa main sur la sienne. Elle avait retrouvé un sourire plus franc, et elle lui parla, les yeux pétillants.

   - On va assurer, papa ! La meilleure tournée qu’on ait jamais faite ! Il faut juste que je termine cette robe, et j’irai m’occuper des bagages.
   - D’accord, je te laisse alors. Je vais aller vérifier les attaches de notre chariot, et brosser notre jument. A plus tard.

   Il lui posa un baiser sur la tête, qu’elle fit mine de repousser, mais son sourire montrait qu’elle appréciait cette marque d’affection malgré tout. Il sortit de la pièce en refermant la porte doucement, et elle resta de longues minutes à contempler le panneau de bois, les yeux dans le vague. Depuis la mort de sa mère, elle et son père se soutenaient mutuellement. Chacun avait dû faire de nombreuses concessions, mais par amour pour l’autre, ils les supportaient avec facilité. Tant pis si elle ne devenait pas médecin comme il l’avait toujours souhaité, elle serait une formidable couturière à la place. Et puis, rien ne l’empêchait de travailler ce qu’elle avait commencé à apprendre lors de son passage à la Cathédrale. A la campagne, même quelques sorts de soin de base pouvaient aider les gens, et si elle s’entrainait, peut-être pourrait-elle tout de même soigner ceux qui en avaient besoin, à l’occasion.
   Son attention se tourna de nouveau sur la robe qu’elle était en train de confectionner. Elle avait presque terminé, mais il lui restait à faire tout de même quelques finitions. Tout en pensant à la liste des bagages, elle plongea à nouveau l’aiguille à travers l’épais tissu de laine, cousant avec précision les derniers rubans de son ouvrage.



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« Réponse #23 le: samedi 05 septembre 2020, 12:39:32 »
Et un texte non wowien pour une fois.

Marche vespérale


   Le bitume sous ses pieds reflétait les couleurs vibrantes des enseignes de la rue. L’humidité de cette pluie fine et dense nimbait tout d’un halo lumineux changeant au rythme des images qui se succédaient sur les écrans alentours. Capuche rabattue jusqu’au bas de son front, tête engoncée dans ses épaules, elle marchait d’un pas rapide, les yeux dirigés vers le sol mais le regard perdu dans ses pensées. Les gouttes d’eau ruisselaient sur son visage, mais son chaud manteau la maintenait au sec. Machinalement, ses pas la menaient en direction de son appartement, pourtant, au fond d’elle, elle n’avait aucune envie de rentrer. Retrouver la solitude de son studio, vivre sa routine, sans espoir d’en changer. Était-ce la fatigue ? Le temps ? Y avait-il une raison plus profonde ? Quelle qu’en soit la cause, elle était d’humeur morose, comme si rien ne pouvait relever les coins de ses lèvres et effacer cette moue mélancolique qui la suivait depuis des heures. La réflexion lui fit froncer les sourcils. Des heures ? Des jours, plutôt… Il y avait eu des intermèdes, des moments de sourire, des ilots de joie mais tous ces instants étaient si sporadiques, si brefs qu’ils ne faisaient que renforcer cette impression de solitude, comme des fenêtres sur un bonheur que jamais elle ne pourrait atteindre, et qui faisait finalement mal quand elle y repensait.

   La boule dans sa gorge enflait, elle avait envie de partir, marcher au hasard, vers une destination inconnue, mais ses pas étaient vissés à leur trajet habituel. Profondément en elle se trouvait ce désir de tout bousculer, d’enfin crier que rien, ou presque, de ce qu’elle vivait ne lui convenait, et qu’elle allait enfin retourner la table pour laisser s’exprimer ce qu’elle ressentait. Cette force était pourtant contenue, comme enserrée dans sa cage thoracique, emprisonnée sans espoir de sortie. Son esprit rationnel avait très vite pris le relais, n’apaisant en rien le sentiment d’oppression, au contraire. Il lui rappelait des évidences, qu’elle pouvait toujours marcher au hasard, mais pour aller où ? Que ferait-elle quand elle aurait froid, faim et sommeil ? Où trouverait-elle de quoi remplir son compte en banque ? Ces pensées étaient douloureuses, comme si une chape inamovible pesait sur ses épaules. Il était impossible de s’extraire de la réalité, il fallait vivre dans ce monde, avec ses contraintes aussi absurdes et inévitables qu’elles soient. Oppression interne, oppression externe… Sa respiration se faisait courte, difficile, la boule dans sa gorge de plus en plus enflée, l’humidité lui monta aux yeux. Battant des cils, elle redressa le menton et balaya son environnement du regard.

   Elle regardait la rue qui l’entourait comme si elle la voyait pour la première fois. Ses yeux passaient d’une enseigne à l’autre, d’un écran d’affichage aux phares des voitures qui circulaient sous la bruine. Elle discernait les silhouettes des gens qui s’affairaient autour d’elle, vivant leur vie de leur côté. Elle se demandait quels étaient leurs soucis, si sous leurs masques de normalité, eux aussi vivaient de vraies tempêtes mentales, ou s’ils traversaient l’existence sans jamais se poser de telles questions. Les nombreuses lumières jouaient sur ses perceptions, accentuant parfois les profils, émoussant parfois les angles, rendant flous certains mouvements. Tout était irréel, comme si elle avait été posée là, au centre d’une pièce close où un univers factice était projeté sur les murs. Pourtant, ses pieds continuaient leur inexorable progression vers leur but initial, sans qu’elle eût l’impression de pouvoir y remédier. Qu’est-ce qui était le plus vain ? Ce monde qui l’entourait, ou son désir d’y échapper ? Le profond soupir qu’elle poussa fut sa réponse. Bien malgré elle, elle se résigna à nouveau. Il n’y avait pas le choix, il fallait accepter, et supporter.

   Elle laissa dériver ses pensées le reste du trajet, sur ses activités de la journée, son travail, ses loisirs. Elle tenta de se projeter dans une future activité créatrice, mais ces crises avaient en général pour conséquence de tarir son imagination. Finalement, sans qu’elle ne s’en rende vraiment compte, elle avait atteint la porte de son appartement. Une fois à l’intérieur, elle ôta son manteau dégoulinant de pluie, posa son sac et prit une grande inspiration en regardant son lieu de vie. Son petit cocon, là où elle était à l’abri de toutes ces agressions extérieures, là où elle pouvait laisser son esprit penser à ce qu’elle aimait vraiment et qui était à cent lieues de ce que le monde extérieur exigeait. Elle esquissa un sourire triste, se dirigeant comme toujours vers son ordinateur, ultime bouée de sauvetage après sa bibliothèque. Ce soir, elle se coucherait tôt. Elle savait l’influence de la fatigue sur son humeur, et que dormir suffisamment était une clé pour retrouver le moral. Le moral, ou peut-être seulement la force d’affronter le monde dans lequel elle vivait et qui lui correspondait si peu. Demain, elle irait mieux. Il ne pouvait en être autrement.