Auteur Sujet: Doutch écrit aussi, un peu...  (Lu 382 fois)

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Doutch écrit aussi, un peu...
« le: lundi 16 mars 2020, 14:31:57 »
Bien le bonjour chères lectrices et chers lecteurs !

J'ai plus l'habitude de prendre le crayon pour gribouiller, mais il m'est parfois arrivé de m'en servir (enfin, soyons honnête, c'était plus souvent un clavier, mais passons...) pour écrire quelques lignes. La première fois, c'était inspirée par un des thèmes du concours d'écriture mené par Prince du Crépuscule il y a bientôt dix ans. La deuxième, par les thèmes d'un autre concours d'écriture, celui de Brume-Ondeblois.
Puis ensuite, je me suis mise à faire du jeu de rôle dans le jeu World of Warcraft, et avec ma guilde, on alterne entre le RP en jeu, et le RP sur forum. Résultat, j'ai beaucoup plus écrit de textes à partir de ce moment.

Du coup, j'avais il y a longtemps créé le Salon d’Écriture Occasionnelle qui a été utilisé par d'autres que moi, et j'en suis très heureuse ! Mais je me rends compte aussi que j'ai peut-être aujourd'hui matière à faire ma propre galerie de textes, même si elle ne sera pas très fournie.

Je vais y remettre ceux déjà postés dans le salon sus-décrit, plus quelques autres. Ça risque, le plus souvent, être de la fan-fiction Warcraft, puisque la plupart de mes écrits sont inspirés par mes RP de guilde.
  • Texte post-apo : une page jetée directement sur le papier, en suivant le thème du concours de PdC (2010).
  • Un autre monde : texte inspiré des thèmes du concours de Brume-Ondebois (2013).
  • Terres Médianes : première rencontre entre ma prêtresse et ma chamane de WoW (2014).
  • Allaine : petite nouvelle pour un concours dans ma guilde, où on raconte la vie d'un personnage non joueur du bastion (2017).
  • Une nuit : texte dont je n'ai pas donné le contexte, en espérant qu'il se suffise à lui-même (2019).
  • Remplir le vide : nouvelle assez longue dans l'univers de WoW, écrit uniquement à la base pour justifier le nom de ma voleuse... J'ai un peu abusé sur ce coup-là (2019).
  • Pendant ce temps : à Vera Cruz toujours du WoW, petit texte de mise en situation pour des événements qui se passent en parallèle des aventures de mon perso (2019).

N'hésitez pas à y aller de votre petit commentaire, et si besoin de votre petite question, si quelque chose vous interpelle car il vous manque une information, par exemple dans l'univers de Warcraft, pour mieux comprendre certains passages.

Comme on dit, enjoy !
« Modifié: lundi 16 mars 2020, 15:05:08 par Doutchboune »

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Doutch écrit aussi, un peu...
« Réponse #1 le: lundi 16 mars 2020, 14:33:54 »
Texte post-apocalypstique répondant aux exigences du 2e thème du concours de Prince du Crépuscule de 2010, à part pour la longueur. La page de journal, en italique, avait été écrite par PdC lui-même.



« Avril 2013, 114 jours P.-A.

Cher journal,

Que sommes-nous devenus… ? Des survivants, des réfugiés ? Ou peut-être des âmes en peine ?
Je ne saurais répondre à ces questions. Ce que je peux constater, c’est ce que j’ai sous les yeux, et ce que j’ai sous les yeux, c’est ce que toute chute occasionne : des débris. Nous avons chu. Et nous gisons, épars, partout où ce krach nous a soufflés.

Comme il avait été prévu par le calendrier maya et certains prophètes, le temps s’est arrêté en cette funeste journée du 21 décembre 2012 que nous nommons Apocalypse. Le chaos s’est déchaîné sur Terre, et nous avons tant perdu que je ne pourrais le décrire. A dire le vrai, ma main en tremble encore. En l’espace de 24 heures, tout s’est écroulé avec une violence inouïe. Fous que nous étions de ne pas croire !
Il y a encore quatre mois de ça, la fin des temps était un sujet de plaisanterie commun, et ceux qui la prédisaient, des illuminés – fous ! –.
Puis, en dépit de toutes les prévisions scientifiques, à minuit frappante, avec la précision exacte d’une machine infernale, tous les volcans sont brusquement entrés en éruption. La Terre, dont les entrailles vomissaient le feu, fut secouée de spasmes incontrôlables, entraînant les eaux démontées à suivre sa fureur aveugle. La mort était partout, absolument partout, terrifiante et implacable. Et, quand les éléments eurent achevé leur œuvre de désolation, quand les flammes s’apaisèrent dans leurs cratères égueulés et que les vagues se retirèrent dans leur nouveau lit, ils nous léguèrent un ciel uniformément gris et opaque. Le soleil dut ramener ses rayons contre lui comme des jupes trop encombrantes, et, lentement, la terre mourut, flétrie par une pollution captive dont les miasmes furent répandus par les destructions de la vindicte naturelle.

Un jour, et tout était fini. Nous ne pouvions qu’assister à notre propre déchéance, muets d’horreur.
Et aujourd’hui, que reste-t-il de la grande, orgueilleuse Humanité ? Rien. Rien que de minuscules dépôts d’une race décimée, brisée. De notre vanité, de notre odieuse technologie et soi-disant supériorité, ne subsiste qu’une honte craintive.
Pour survivre, nous avons dû nous abriter sous terre et construire des villages obscurs, dépouillés d’un quelconque espoir de revenir un jour à la surface. Ceux qui y sont restés – Dieu ait leur âme – ont succombé à l’air vicié qui y stagne, pourri comme une charogne, et leurs os gisent au-dessus de nos têtes. Combien de temps encore devrons-nous nous nourrir de vermine et de tubercules rachitiques ?

Les Hommes, dont la morgue les poussait à croire Dieu dispensable, sinon vide, se sont blottis contre le giron d’une foi superstitieuse. Le mot gloire a été banni de toutes les bouches.
Et moi, j’écris sur des lambeaux de chemise, à la lumière d’une lampe-torche dont les piles seront bientôt vides ; je m’interroge.

Sommes-nous les seuls Hommes à avoir survécu ? D’autres communautés souterraines se sont-elles formées ?

Combien de temps encore… ? »


   Ses doigts, jusque là serrés sur les restes de tissu, se décrispèrent petit à petit. Un survivant. Son regard erra autour d’elle. Nulle autre trace de son passage. De leur passage ? Non. Rien dans cette galerie sombre, faiblement éclairée par sa frontale, ne laissait croire que des Hommes étaient passés, à part cette vieille chemise, parchemin improvisé. D’après la date, cette lettre datait de trente jours, ou bien vingt-huit. Cette réflexion la fit replonger dans la réalité. Sale et soumise à sa nouvelle vie, elle ne pouvait plus se souvenir de la date exacte. Tant de jours identiques s’étaient écoulés depuis sa rencontre avec le Chef. Certes, sans lui, elle serait sûrement morte aujourd’hui, mais cela aurait-il été vraiment pire que cette vie d’esclave ?
Comme beaucoup, au début, elle pensait agir pour son petit groupe de rescapés. Ils s’étaient retrouvés, par hasard, sous un entrepôt en ruines, juste après la Grande Catastrophe. Dans un premier temps, la joie de se retrouver entre êtres humains, l’idée de pouvoir encore parler, communiquer, interagir, les avait rendus presque optimistes face à leur situation désespérée. Mais très vite, le pire de la nature humaine avait repris le dessus. Parce qu’il était le plus fort, parce qu’il criait plus que les autres, le Chef avait commencé à prendre les rênes de leurs vies à tous. Au départ, ça ressemblait à un jeu, et puis, il faut l’avouer, ils étaient tous des gens fatigués, esseulés, alors quand l’un d’entre eux se mit à prendre les décisions, ils se laissèrent faire. Samy faisait partie des ces gens là. Et aujourd’hui, elle se rendait compte, au fond de sa galerie, à rechercher de maigres racines qu’elle ne mangerait peut-être pas, qu’elle oubliait peu à peu qui elle était. On ne l’appelait plus que Samy. Et elle doutait, s’appelait-elle Samuelle, ou Samantha ?
Elle ne se souvenait plus que de Samy, et étrangement, ce sobriquet lui fit remonter un souvenir de son enfance. Elle et sa meilleure amie, deux inséparables, toujours à faire les quatre cents coups. Les autres enfants, toujours cruels, avaient affublée son amie sur surnom Scoubi. Elle se rendit compte qu’elle n’avait jamais su à quel point ceci avait attristé sa camarade. De nouveau ses yeux se posèrent sur la dure réalité de la galerie. De toute façon, elle avait perdu contact avec Scoubi –mais quel était donc son véritable prénom ?- bien avant le désastre qui avait coûté la vie à des milliards d’êtres humains. Ce souvenir d’un passé tellement lointain qu’il en était irréel la troubla. Depuis quand n’avait-elle pas pensé à elle, à sa propre vie, au lieu d’obéir à Chef ?

   Ses yeux, légèrement humides d’émotion, se reposèrent sur le morceau de tissu. Tout à son désespoir, la personne qui avait écrit ses mots paraissait libre. Il y a avait donc d’autres humains qui, malgré les difficiles conditions de vie, avaient gardé une vie décente, ou tout du moins socialement acceptable. Elle mentionnait un village. Quand elle repensa à son lieu de vie, elle senti son cœur palpiter d’une colère sourde, ivre d’un reproche non formulé. Ces autres survivants vivaient dans un lieu qu’ils pouvaient qualifier de village. Sans se créer l’illusion de petites maison troglodytes, elle imaginait tout de même un lieu ordonné, avec des sortes de pièces intimes pour chacun. Pourquoi aucun d’entre eux… Pourquoi Chef n’avait-il jamais pensé à créer ce genre de confort pour eux ? Pourquoi personne n’y avait pensé ? Ils ne faisaient que se blottir les uns contre les autres pour se tenir chaud. Quand ils n’étaient pas envoyés à la recherche de nourriture.
Samy s’agenouilla, et redressa le menton. Elle prit une grande inspiration. Jamais elle ne s’était sentie aussi humaine. Comment avait-elle pu oublier qu’elle l’avait été ? Comment… Par le pouvoir d’un seul homme, qui les avait abaissés à moins que rien, tout juste bons à aller chercher de la nourriture, à être battus quand il était contrarié. Et tout le monde, dans sa faiblesse, dans l’espoir d’avoir un peu de cette nourriture, s’était plié à ses exigences. Après avoir déshumanisé tant de monde, était-il, lui encore humain ? Se gargarisait-il de son pouvoir ? Et après tout, quel était son pouvoir ? Commander une demi-douzaine de pauvres hères, qui assuraient sa survie.
« Modifié: lundi 16 mars 2020, 15:05:34 par Doutchboune »

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« Réponse #2 le: lundi 16 mars 2020, 14:36:44 »
Texte inspiré des thèmes du concours de Brume-Ondeblois, en 2013, demandant de créer puis montrer la chute d'un univers qu'on aurait créé de toute pièce. J'ai condensé les deux en un texte que j'ai pensé un jour retravailler (je reconnais des tournures bien lourdes), mais que je n'ai jamais eu le courage de reprendre :


Un autre monde

   J’aurais aimé vivre dans un autre monde. Le vent soufflait continuellement dans les feuillets de cristal, vitrification aérienne des hautes tours de la ville,  bourdonnant à mes oreilles comme une plainte douloureuse. Ce que la plupart des gens nommait murmure, mais que je percevais comme un bruit, m’avait accompagné depuis ma première seconde, et pourtant jamais je ne m’y étais habitué. J’aurais aimé vivre dans un autre monde. Cette pensée, elle aussi, m’accompagnait depuis aussi longtemps que je puisse me souvenir, et elle le faisait encore aujourd’hui, alors que j’arpentais les longues avenues rectilignes  de la cité. Ses flèches cristallines projetaient leurs ombres, seulement interrompues par les lignes énergétiques courant au centre de la chaussée. A cette heure matinale, la circulation était faible, et le nombre de piétons que je croisai anecdotique. J’aurais aimé vivre dans un autre monde. Peut-être y aurais-je eu un travail intéressant ? Ici, il n’existait pas de travail intéressant, ou, tout du moins, on vous sélectionnait très tôt pour que ne vous fassiez que des choses qui ne vous intéressaient pas. Parfois, certains se plaignaient. Le plus souvent, ils étaient mutés. En tout cas, c’est ce qu’on nous disait, et on ne les revoyait plus. J’aurais aimé vivre dans un autre monde, mais j’étais trop lâche, trop paresseux, ou peut-être trop attaché à la vie pour essayer d’y changer quelque chose. Et puis, existait-il un autre monde ? Le mien se limitait aux frontières de cette ville, à l’extension de ce bruit entêtant. Personne ne pouvait en franchir les limites, nous disait-on, et toute entité extérieure était un ennemi.

    C’est alors que j’aperçus une tache rouge dans le ciel, comme une goutte de peinture sanglante qui serait venue s’écraser sur un couvercle transparent. Le phénomène était nouveau pour moi. Je stoppai ma marche et scrutai le ciel plus attentivement. Une autre tache apparut. Puis une autre. En quelques minutes, ce fut comme si une entité géante et supérieure avait renversé un liquide visqueux sur le ciel. Autour de moi, tout était calme, les rares autres humains présents avaient eu une réaction similaire à la mienne, et sur leurs traits aussi, se lisait l’inquiétude mêlée à l’incompréhension. Un son d’une force exceptionnelle déchira alors mes tympans, et je vis le ciel se briser, mille morceaux translucides volant en éclats. Le dôme protecteur de la ville, dont j’apprenais à l’instant l’existence, venait de céder dans un fracas assourdissant. Oui, je devais vraiment être trop attaché à la vie, car j’eus le réflexe de plonger à l’abri, contrairement, je le sus plus tard, à nombre d’autres personnes témoins de la scène. J’eus aussi de la chance, je dois l’admettre. Une plaque vitrifiée d’au moins une tonne s’écrasa à moins de deux mètres de mon abri précaire, un véhicule garé au bord de la route. Ne pensant plus qu’à ma survie, je partis en courant entre les tours, cherchant un abri fiable. Ce n’est que lorsque je trouvai cet endroit suffisamment sûr que je pris conscience de nouveaux bruits dans mon environnement, et que je me posai la question du pourquoi. Je pris alors le temps de relever les yeux au ciel. Ces sons étaient ceux à la fois de tirs et de destructions. Une myriade d’engins volants lançait sur nos majestueux édifices des traits d’énergie condensée, et une pluie scintillante d’éclats de cristal chatoyait dans le ciel. La crainte de mourir ne l’aurait pas emportée, j’aurais pu trouver ce spectacle magnifique. Nous étions attaqués. Des êtres vivant au-delà de nos frontières étaient donc effectivement des ennemis. Pourquoi, je me demandai si je le saurais un jour. Lorsque je vis des rayons d’énergie fuser du sol, je compris que notre ville était prête à contrer ce genre d’attaque. Ou du moins possédait les infrastructures pour s’en défendre.

    Mais je n’eus pas beaucoup plus le temps de m’appesantir sur cette guerre dont je ne connaissais ni les tenants ni les aboutissants. Près de moi, une onde d’énergie avait touché un de ces petits vaisseaux volants. Je vis une sorte de globe lumineux l’entourer, alors qu’il prenait une trajectoire rectiligne vers le sol. Il se posa sans douceur dans l’allée à côté de mon abri. Pétrifié de terreur à l’idée de me retrouver face à nos ennemis, je restai dans l’ombre, mais rien ne bougea plus. Les bruits des combats semblèrent s’éloigner, et derrière ses sons, je remarquai l’absence singulière mais réjouissante du chant des vitres de cristal. Sans que je n’aie rien eu à faire, mon monde avait changé. Je fus pris d’une impulsion subite et me précipitai vers le vaisseau. A travers la vitre, je vis le pilote, mort. J’ouvrai alors la porte du véhicule, en extrayais le cadavre, et m’installai à sa place. Le tableau de bord paraissait ridiculement simple : deux boutons et un manche. Je pris une profonde inspiration, affirmai ma résolution, et démarrai l’engin. L’attaque alliée n’avait endommagé que le pilote. Après un décollage quelque peu chaotique, je m’envolai vers l’horizon, loin des ruines de ces tours qui avaient accompagné ma vie jusqu’alors.

    Enfin, j’allais vivre dans un autre monde.
« Modifié: lundi 16 mars 2020, 15:05:56 par Doutchboune »

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« Réponse #3 le: lundi 16 mars 2020, 14:39:06 »
Première facfic de WoW, qui raconte la rencontre entre mon personnage principal, ma prêtresse botaniste, et mon deuxième perso RP, ma chamane draenei.



Terres Médianes


   Les éco-dômes. A chacun de ses retours en Outreterre, elle prenait le temps d'aller les explorer. Ils étaient une preuve supplémentaire pour elle que l'Outreterre n'était plus Draenor. Il restait tellement peu des forêts d'antan. Et celles-ci, à Raz-de-Néant, n'avaient plus grand chose à voir avec la végétation d'Ashran*. Elle ferma les yeux, se remémorant son monde disparu. Les odeurs, c'était surtout les odeurs qui lui manquaient. Mais, avec le temps, elle apprenait à apprécier les nouvelles. Draenor n'était plus, l'Outreterre avait pris sa place, et l'Outreterre vivait, elle aussi. De la vie nouvelle, parfois. En tout cas, à part la rumeur d'un spécimen aperçu en Nagrand mais dont l'existence n'avait jamais été prouvée, il n'y avait qu'ici, sous cet éco-dôme, que l'on pouvait trouver des crocilisques, sur ce monde ravagé. Leur cuir était une manne, d'autant plus qu'il était différent de celui que l'on trouvait sur les espèces d'Azeroth. La draenei rouvrit les yeux et les leva vers le ciel. Le dôme luisait, voile rose au dessus de sa tête. Était-il responsable ? Elle hausse les épaules. Peu importait, en fin de compte. Les crocilisques étaient là, leur cuir aussi, et ça, c'était le point intéressant.

   Un craquement non loin la fit s'arrêter net, et se concentrer sur son environnement. Elle cherchait du regard, elle écoutait de toutes ses oreilles. Il y avait quelque chose de gros, à faible distance. Peut-être la créature responsable de la piste qu'elle suivait. Avec maintes précautions, posant ses sabots silencieusement sur le sol du sous-bois, elle avançait dans la direction du bruit. Elle concentrait doucement l'énergie élémentaire au bout de ses doigts, juste assez pour pouvoir frapper en cas de besoin, mais sans pour autant attirer l'attention avec des bruits d'éclairs crépitants. Elle se méfiait surtout des lynx, qui s'étaient installés dans ces nouveaux environnements et qui y pullulaient. Mais la piste n'était pas celle d'un lynx, en fait, ce n'était pas celle d'une créature habituée aux forêts. Cette créature était peut-être plus quelqu'un que quelque chose, et cela rendait la draenei curieuse. Elle restait néanmoins méfiante, sachant pertinemment que cette personne n'était pas forcément amicale. Elle continuait sa progression, lentement, discrètement, remarqua des traces étranges, comme si les plantes avaient été touchées, manipulées, mais sans pour autant avoir été abîmées. Sa curiosité en était décuplée. La terre devenait plus meuble sous ses sabots, elle approchait donc du lac. Bientôt, elle aurait une vue dégagée, et elle serait enfin fixée sur la nature de sa proie.

   Un grand plouf la fit sursauter, et c'est d'un pas plus rapide qu'elle franchit les derniers mètres qui la séparaient de l'espace clair de la berge. Tout près, quelqu'un était tombé dans l'eau. Elle ne vit qu'une masse de cheveux acajou couler, puis revenir à la surface. La personne semblait savoir nager, mais ce serait inutile face aux prédateurs reptiliens de ce lac. D'un regard, la draenei scruta la surface, et décela, comme elle s'y était attendue, les légères ondulations de surface qui trahissaient l'avancée rapide des crocilisques. En quelques bonds, elle fut sur le bord le plus proche de l'être qui semblait un peu perdu. C'était une humaine. Un genou au sol, elle tendit la main le plus loin possible, et dit, d'un commun teinté d'un léger accent des gens de sa race :
- Vite, prenez ma main, ne restez pas dans l'eau, c'est dangereux !
   Pendant ce temps, elle continuait à concentrer son énergie. Il n'était pas question d'avoir recours à la force de la foudre tant que l'humaine était dans l'eau, mais dès qu'elle serait sortie, il faudrait agir. Les crocilisques monteraient sur la berge, elle le savait. Elle sentit alors le contact de la peau contre sa paume, et serra la main. Elle tira de toutes ses forces, hissant la femme sur la berge. Elles basculèrent toutes les deux, la draenei se retrouvant sur son séant, et l'humaine allongée à côté d'elle. Sans même lui jeter un regard, la cornue tendit le bras, et envoya un éclair dans l'eau, puis un autre. Elle scrutait la surface, en alerte, c'était tout juste si elle entendait la femme tousser à côté d'elle. Croyant voir une nouvelle ondulation, elle renvoya une salve, et attendit. Sa respiration était saccadée, mais ses yeux et ses oreilles n'avaient rien perdu de leur concentration. Le lac était redevenu calme. Les reptiles n'avaient pas assez faim pour risquer leurs écailles. Elle se laissa aller à un gros soupir de soulagement.

 
   La femme reprenait ses esprits, et après quelques instants, elle se mit à genou, à côté de sa sauveuse providentielle. Pour quelqu'un qui venait d'être en grand danger, elle paraissait plutôt calme. La draenei se demandait si c'était parce qu'elle avait l'habitude des situations dangereuses, ou si elle était seulement inconsciente. En tout cas, elle était jeune, de ce qu'elle en savait. Elle la regardait, légèrement souriante, mais avec un petit froncement de sourcils qui trahissaient une vague réprobation.
- Merci.
   La jeune femme était à la fois penaude et reconnaissante. Son sourire était sincère, et sa gratitude tout autant.
- Je suis désolée, j'ai été imprudente. Je ne suis pas sûre que je m'en serais sortie si une de ces bêtes m'avait attrapée alors que j'étais dans l'eau. Merci du fond du cœur.
- Oh, mais, c'est normal, je n'allais vous laisser vous faire dévorer devant mes yeux. Mais tout de même, cette zone est dangereuse, que faisiez-vous ici ?
   L'humaine sembla vaguement suspicieuse, et répondit d'un ton un petit peu froid :
- Je sais que vous venez de me sauver la mise, mais... je pourrais vous retourner la question.
   La draenei éclata de rire. Quelques semaines passées en Outreterre, et elle avait déjà oublié à quel point les humains étaient susceptibles. Et méfiants. Elle regarda le visage décontenancé de son interlocutrice, et, avec un sourire franc, reprit la parole :
- Je me nomme Lishaasi, et je suis trappeuse. Ces éco-dômes possèdent une faune toute particulière qui fournit un cuir d'une qualité spéciale. Surtout les crocilisques. A la base, j'étais venue ici pour chasser, mais je suis tombée sur votre piste, qui, je dois dire, m'a beaucoup intriguée... Vous faites quoi, avec les plantes ?
   La femme semblait surprise, mais sa voix s'était radoucie.
- Et bien, je suis botaniste. J'étudie les plantes, les examine, les répertorie. C'est d'ailleurs en voulant en voir une de plus près que je suis tombée à l'eau. Je savais que c'était dangereux, mais je pensais pouvoir l'atteindre.
   Elle marqua une petite pause et ajouta, dans un petit rire :
- Il s'avère que j'avais tort ! Je m'appelle Adelheidy Hamar, je viens d'Azeroth pour étudier ces fabuleuses installations.
   Elle accompagna sa phrase un large geste désignant son environnement, mais aussi le dôme au-dessus d'elles. Lishaasi fit une légère moue.
- Vous savez, ces choses éthériennes ont peut-être ramené la vie ici, mais ça n'a pas grand chose à voir avec les forêts d'antan. Enfin, j'imagine que ça n'enlève pas l'intérêt qu'on pourrait porter aux plantes qui y poussent.
- Je crois que de mon point de vue, rien ne peut enlever de l'intérêt à aucune plante, mais je ne suis pas vraiment représentative de ma race. Non, en fait, c'est surtout parce que chez moi, la terre a été corrompue, et je recherche un moyen de faire renaître la vie dessus. J'ai pensé que ces engins pourraient m'apporter une forme de réponse.
- Oh, vous venez de ces terres du Nord, prises par les... Comment c'était déjà ? Des morts-vivants, je crois.
   Adelheidy ne masqua pas sa surprise.
- Vous connaissez Azeroth ?
- Oui, je connais votre monde, j'y vis, même. Enfin, quand je ne fais pas un petit voyage dans ce qu'est devenu mon ancienne planète. Je loge dans la ville de Hurlevent, mais je me balade beaucoup, j'aime le grand air.
- Et bien, c'est surprenant de vous rencontrer ici, alors ! Je suis originaire du Nord, oui, mais depuis des années, je vis dans le Sud. Ces derniers temps, juste à côté de Hurlevent, d'ailleurs, dans le...
   La draenei redressa la tête, elle avait entendu un bruit. L'enthousiasme de la discussion lui avait fait oublier où elles se trouvaient, la jeune femme et elle. L'air soudain sérieux, elle se releva, et tendit la main pour aider Adelheidy à faire de même.
- Cette conversation est passionnante, mais nous ne devrions pas rester ici. Je connais une clairière bien plus sûre, pas très loin. Je pense que nous ferions mieux de continuer à parler là-bas.
   Une fois debout, l'humaine acquiesça, puis suivit la draenei à travers la végétation de la forêt.
« Modifié: lundi 16 mars 2020, 15:07:10 par Doutchboune »

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« Réponse #4 le: lundi 16 mars 2020, 14:41:01 »
Suite à un concours de nouvelle au sein de notre guilde, j'ai écrit ce texte parlant de la vie quotidienne d'un personnage non joueur inventé pour l'occasion, et qui évolue au sein de notre QG, un bastion militaire.


Allaine

   Quand sa mère lui avait annoncé qu’elle avait trouvé un petit boulot, elle s’était d’abord réjouie, pour leur situation, précaire, il fallait le reconnaître. Quand elle a ensuite dit qu’elle aussi devrait mettre la main à la pâte, elle avait déchanté. S’en était suivi une longue conversation, pour ne pas dire confrontation, sur ses quatorze ans bien entamés, sur sa propension à laisser sa mère faire tout le travail, et que si elle n’était pas contente, les ponts de Hurlevent pourraient peut-être mieux l’héberger, finalement. Aide-lavandière, tu parles d’un métier…
- Allaine, arrête de rêvasser et étends ce linge !
La jeune fille grommela, et reprit sa tâche ingrate. Étendre le linge de sales vieux soldats, dans une horrible bâtisse loin de la ville. Au moins, les ponts des canaux étaient proches du quartier commerçant… Elle poussa un soupir interminable puis croisa le regard consterné de sa mère. Peut-être que, dans le fond, elle aurait bien voulu admettre qu’elles avaient toutes deux besoin de ce travail, que ce ne serait probablement que temporaire, que ce n’était pas si avilissant que ça, mais rien n’y faisait.

   Depuis leur arrivée ce matin, elle avait laissé traîner ses oreilles, plus pour passer le temps que par envie de connaître les lieux et ses habitants. Elle avait compris que plusieurs lavandières s’étaient succédées, que parfois même, ce fut des membres de l’ordre qui avaient effectué cette tâche. C’était  au tour de sa mère de prendre le poste, et à elle de l’assister. Elle poussa un nouveau soupir, encore plus exagéré que le précédent, et vit du coin de l’œil sa mère lever les yeux au ciel. Celle-ci reposa le drap qu’elle portait dans le panier et regarda sa fille avec un regard légèrement contrit.
- Allaine. S’il te plaît. On ne va pas revenir sur la nécessité d’être ici, non ?
   L’adolescente se tourna vivement, faisant voler sa longue tresse de cheveux clairs.
- Pffff, c’est nul ici, y a rien, et en plus, j’ai… euh… j’ai la peau des mains toute abimée, à cause des draps mouillés !
   Dos à sa mère, elle ne vit pas le léger sourire qui anima ses lèvres. Et aucune ironie ne perçait quand elle lui répondit d’une voix douce.
- Ma chérie… Je sais ! Il y a du travail de reprisage, tu pourrais le faire. Comme ça, tu pourrais rester assise, en plein air, sans te mouiller les mains ni te fatiguer le dos.
   Les épaules d’Allaine s’affaissèrent, et son air était loin d’être réjoui quand elle se retourna lentement. Elle faillit pousser un troisième soupir, mais se retint au dernier moment. Elle ne se départit pas de sa moue boudeuse alors qu’elle hochait la tête pour accepter la tâche qu’on venait de lui confier.

   Les différentes affaires à repriser avaient été mises dans un petit panier, dans lequel elle ajouta le matériel de couture. Après avoir regardé le tout d’un air passablement dégoûté, elle le mit sous son bras et partit chercher un coin tranquille, loin du regard de sa mère, où elle pourrait travailler en paix. Elle avisa un mur de la bâtisse, ensoleillé, mais sur lequel quelques arbres projetaient une ombre synonyme de confort. Son regard se porta à peine sur les drôles de sacs remplis de paille montés sur des bouts de bois alors qu’elle choisit une place qu’elle considérait adéquate.
L’aiguille était bien en main, le fil passé dans le chas, et les trous se refermaient à un rythme tranquille. Quand même, atterrir dans ce trou, sans même un copain pour apprécier de petites pauses. Bon, elle devait bien admettre que l’odeur d’ici était plus agréable que celle de l’eau des canaux, mais le calme… Oh, ce que c’était calme. Elle était sur le point de soupirer à nouveau quand un vacarme se fit entendre.
Une voix autoritaire la fit sursauter, puis un grand bruit de casseroles qu’on entrechoque retentit. Levant les yeux, elle vit arriver des hommes et des femmes armés sur le terrain devant elle. Elle faillit se lever, mais vit très vite que personne ne l’avait remarquée. Elle posa alors son ouvrage, et regarda la scène.

   Un homme, grand et viril, semblait commander les autres. Se cheveux longs attachés en queue de cheval dansaient au rythme de ses gestes. Sa voix résonnait, forte, donnant des ordres martiaux. Du moins, le supposait-elle. Et les hommes et les femmes face à lui de lui obéir, faisant de grands gestes qui se voulaient coordonnés. Le spectacle était fascinant.Tout était si viril. Elle entrouvrit le col de sa robe. Elle n’avait pas imaginé que la journée puisse être si chaude, surtout à l’ombre. Un instant, elle pensa à son ouvrage, mais ses yeux ne pouvaient se détacher de la danse de ces hommes.
Eux aussi devaient avoir chaud, car leur instructeur leur ordonna d’ôter une partie de leur armure, avant de leur imposer de nouveaux mouvements. Oui, cette journée était caniculaire, comment expliquer sinon que certains aient totalement dénudé leur torse ? Et qu’ils transpiraient autant sous l’effort. Toute cette sueur. Ces gouttes qui glissaient sur la peau, sous laquelle de puissants muscles bougeaient au rythme de leurs contractions. Elle ouvrit son col un peu plus, décidément, qu’il faisait chaud. Elle en avait le souffle court.

   Absorbée comme elle l’était par les mouvements de va et vient des hommes, elle sursauta quand un grand coup de sifflet retentit. Le colosse viril venait de sonner la fin de l’exercice. La troupe rassembla ses affaires et partit en ordre dispersé. Allaine frissonna. Une légère brise était venue lui chatouiller le cou, et elle referma vivement son col. L’air pensif, un petit sourire aux lèvres, elle reprit son ouvrage.

   Finalement, il n’était peut-être pas si mal, ce travail.
« Modifié: lundi 16 mars 2020, 15:07:52 par Doutchboune »

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« Réponse #5 le: lundi 16 mars 2020, 14:42:59 »
Petit texte pour un public averti (mais pas de souci, c'est nettement moins explicite qu'une fic yaoi de Krystal !), dont je ne donne pas le contexte car, justement, je l'ai écrit pour qu'il puisse se passer de contexte et laisser libre cours à l'imagination sur qui peuvent bien être les personnages.


Une nuit


     Elle attendait dans sa chambre, nerveuse. Elle portait une simple robe blanche en laine, confortable et rassurante, mais la douceur du tissu ne suffisait pas à diminuer son anxiété. Immanquablement, ses ongles rejoignaient ses dents, jusqu’à les quitter quand elle se serrait les mains. Avait-elle fait le bon choix ? Avait-elle eu raison de céder à ce désir qui couvait en elle depuis de longs mois, maintenant ? La sensation de chaleur qui envahissait son corps lui clamait que oui, et qu’elle n’avait que trop tardé, mais quelque part, son puissant sens des réalités lui lançait des reproches constants. Les conséquences allaient être ingérables, les retombées, si quelqu’un apprenait ce qui allait se passer ici ce soir, seraient probablement catastrophiques, pour elle et surtout pour son image.

     Il n’était pas trop tard pour reculer. Elle pouvait ne pas ouvrir la porte, feignant le sommeil. Elle pouvait avancer un malentendu, pour renvoyer son invité poliment, mais là aussi, elle craignait les conséquences, dans ce cas, beaucoup plus personnelles. Certes, pas de problème d’autorité, pas de bruits de couloir et autres ragots, mais ça aurait voulu dire la fin de cette relation piquante qui épiçait ses journées, l’abandon de cette occasion d’enfin remplir une partie du vide affectif qui la rongeait depuis tant de temps. Et plus prosaïquement, elle ne voyait pas comment elle pourrait gérer la frustration que le rejet de son désir immédiat engendrerait. Malgré la peur, malgré les doutes, tout son corps brûlait et palpitait d’envie longtemps inassouvie, et c’était alors qu’elle se laissait aller à cette sensation que l’on frappa doucement à la porte.

     Elle sursauta, et la panique refit surface, mais ce fut d’une voix douce qu’elle invita la personne derrière le battant à entrer. Elle sentait son cœur accélérer au fur et à mesure que la porte s’ouvrait doucement, et qu’il apparaissait. Il entra dans la chambre sans un mot, mais avec un sourire charmeur, qu’elle trouva un brin crispé, à moins qu’elle se fasse des idées. Il était toujours aussi beau. D’aussi loin qu’elle se souvenait, elle l’avait toujours trouvé agréable à regarder, mais elle n’avait jamais imaginé, jusqu’à peu, qu’il pourrait y avoir plus que de la contemplation entre eux. Cette pensée lui arracha un sourire, et elle leva les yeux vers son visage. Il venait de se retourner, après avoir refermé la porte en silence. Leurs regards se croisèrent alors qu’elle ouvrait la bouche, voulant parler mais ne sachant pas quoi dire. Elle n’eut pas à s’en soucier. Elle y vit un désir au moins égal au sien, mais aussi une étincelle de crainte, de retenue, qui la surprit chez cet homme habituellement si sûr de lui. Il y eut quelques secondes où le temps fut suspendu, puis il tendit la main et vint caresser sa joue, s’attardant sur la ligne de son menton. Irrésistiblement, leurs lèvres se rapprochèrent, et au moment où elles se rejoignirent, ce fut comme si les digues d’un barrage avaient cédé.

     Sans retenue, elle jeta ses bras autour du cou de l’homme qu’elle avait tant désiré, projetant son corps contre le sien. Ses doigts s’enfoncèrent dans ses cheveux, serrant plus intimement sa bouche contre la sienne. Ses mains à lui vinrent se plaquer contre son dos, l’étreignant avec force et passion. Leur baiser dura longtemps, temps pendant lequel leurs mains continuèrent leurs découvertes respectives. Elle explora les lignes de son dos, caressant chaque muscle de ses mains douces. Il parcourut ses courbes, dessinant les arrondis de ses hanches, de sa taille, de sa poitrine. De leurs gestes exploratoires, ils passèrent petit à petit sous les couches de tissu qui les couvraient encore, et le contact de leurs peaux fit monter leur excitation d’un cran.

     Leurs bouches se séparèrent, un instant, le temps pour leurs yeux de se rencontrer à nouveau. Ils ne montraient plus aucune crainte, plus aucun doute, seulement la flamme ardente d’un désir qui ne demandait qu’à être consumé. Sans la quitter des yeux, il la prit délicatement dans ses bras, la menant jusque sur le lit, non loin de là. Tout en le regardant, elle en profita pour déboutonner sa chemise, et défaire son pantalon. Une fois étendue sur les draps, elle entreprit de lui ôter ses vêtements alors qu’il remontait une main délicate depuis sa cheville jusqu’en haut de sa cuisse, soulevant sa robe par la même occasion. Puis, comme si le calme et la douceur avait trop durés, elle passa le bras derrière son cou et le plaqua contre elle, et l’embrassa langoureusement en lui mordillant les lèvres. La réponse ne se fit pas attendre, et il glissa ses mains le long de son corps, le dévoilant au fur et à mesure que la robe remontait. Leurs bouches se séparèrent le temps de laisser passer le vêtement, mais se retrouvèrent très vite. Totalement dévêtus, enlacés sur le lit, ils laissèrent libre cours à leurs envies si longtemps réfrénées et ce n’est que tard dans la nuit qu’ils s’assoupirent, l’un contre l’autre, épuisés mais heureux, flottants dans une bulle de félicité.

 

     Elle se réveilla en sursaut, et un coup d’œil par la fenêtre lui apprit que la nuit était bien avancée. La lune était basse dans le ciel, et inondait la chambre de sa lumière pâle. La jeune femme se mit assise contre la tête du lit, les bras autour des genoux. Son regard se posa sur l’homme à ses côtés, et elle sourit doucement. Elle savait que rien au monde ne lui ferait regretter cette nuit, même si le spectre des conséquences se faisait de plus en plus tangible. Là, maintenant, elle se disait qu’elle devait le réveiller, pour qu’il ait le temps de partir rejoindre ses appartements sans que personne ne puisse soupçonner qu’il avait passé la nuit avec elle, mais son sommeil serein l’en empêchait. Elle qui aurait parié qu’il aurait profité de son assoupissement pour partir sans bruit, elle était agréablement surprise de s’être trompée. D’un geste tendre, elle écarta une mèche de cheveux de son front, ce qui le fit frémir.

     Elle soupira. Les choses allaient être plus compliquées maintenant. Elle ne savait même pas ce qu’elle souhaitait réellement. Était-ce seulement l’assouvissement d’un désir ? La connivence de deux adultes enclins à passer du bon temps ensemble ? Y avait-il quelque chose de plus concret entre eux ? Désirait-elle aller plus loin ? Ce n’était pour le moment pas envisageable, pas dans leur situation professionnelle actuelle. Pour le moment, pour le reste du monde, rien ne s’était passé cette nuit et personne ne devait en douter. Elle hésita à le réveiller, pour lui demander son avis sur la question, mais se ravisa. Ce n’était peut-être pas le plus sage, ou le plus avisé, mais elle ferait comme ils avaient toujours fait, s’observer et agir quand ils atteignaient un point de rupture.

     Elle jeta un dernier regard à la fenêtre. La lune avait plongé vers l’horizon. D’un geste doux, elle réveilla son amant.

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Doutch écrit aussi, un peu...
« Réponse #6 le: lundi 16 mars 2020, 14:54:21 »
Là, c'est ma plus grande production. Très ancrée dans le monde de Warcraft, elle a pour but initial de justifier le pseudo de ma voleuse. Je me suis laissée un peu débordée par mon histoire et ait fini avec 11 pages Word... Comme pour tous les textes, si vous avez des questions sur l'univers, hésitez pas à les poser !

Remplir le Vide

   La journée va être magnifique. A travers les rideaux diaphanes de la fenêtre de ma chambre, la lumière annonce un ciel sans nuage. Je m’étire doucement, j’aime ce moment de calme, le matin, pendant lequel je peux organiser mon emploi du temps. Pas que je sois surchargée de travail, mon métier, si on peut taxer mes activités de métier, offre de nombreuses possibilités de temps libre, mais j’aime savoir à l’avance de quoi ma journée sera faite. D’ailleurs, je vais tout de même vérifier que je n’ai pas eu de nouvelle commande dans ma boite aux lettres, sait-on jamais, il y a parfois des urgences.
     Je sors de mon petit appartement, attrapant un croissant légèrement rassi au passage, et jette un œil dans la boite. Parfait. Aucun nouveau message. Donc pour aujourd’hui, rien d’autre qu’une missive à livrer, et un colis à récupérer, et je serai libre comme l’air. Libre d’aller à la réunion, et ça, rien ne peut me rendre plus enthousiaste. Je dois admettre qu’au départ, c’était uniquement pour faire plaisir à Faelos que j’y suis allée. Qu’est-ce qu’une voleuse des rues pouvait bien faire avec des mages et des érudits ? Mais ce petit malin de mage a insisté, et je ne peux rien refuser à mon meilleur ami. Et maintenant, je ne regrette pas. En plus de passer du temps avec lui, j’y ai appris deux-trois trucs bien utiles dans mon métier. Savoir se fondre dans les ombres quand on doit récupérer une commande, ça facilite bien les choses, croyez-moi !
     Mes pas se dirigent vers le quartier des nobles, c’est là que se trouvent et ma commande et le destinataire de mon message. Il est rare que Zelanis fasse appel à moi. Il faut dire que son organisation compte nombre de membres plus compétents que ma personne, mais certains clients savent qui ils sont, et éviteraient le messager s’ils le voyaient. Il faut reconnaître que certains messages des employés de Zelanis sont quelque peu expéditifs, je peux comprendre qu’on fasse le maximum pour éviter de les recevoir ! Quoi qu’il en soit, moi, je me contente de remettre un parchemin scellé au client, et c’est tout. J’ai tout à fait l’apparence de celle qui peut livrer un message anodin contre quelques pièces, et c’est même comme ça que j’ai commencé à gagner ma vie.
  Le trajet qui mène à mon objectif me fait passer devant l’établissement où travaille et loge ma mère. à cette heure-ci, tout est calme, les personnes qui fréquentent ce genre de maison viennent plutôt la nuit, et le matin, les employés dorment, le plus souvent. Il y a par contre de l’activité dans les rues, et j’entends comme toujours des remarques à mon passage, beaucoup impliquant le métier de ma mère, parfois spéculant sur mon inconnu de père. Un jour, je chercherai peut-être qui il est. Je suis certaine que maman le sait, même si elle l’a toujours démenti. J’aime imaginer que c’est un vraiment gros poisson, que le scandale éclabousserait toute la haute société, mais pour être franche, je n’ai aucune idée de qui mon géniteur peut être, et je n’ai pas envie de chercher, pour le moment. C’est plus drôle comme ça, la vérité serait sûrement trop décevante.
  J’arrive enfin à destination. La demeure de mon client est imposante, son luxe ostentatoire, trait on ne peut plus banal chez ceux de mon peuple, surtout s’ils sont nobles. C’est sans grande difficulté que je mène ma tâche à bien. Je joue mon rôle à la perfection, et l’elfe me glisse même quelques pièces de cuivre pour ma course. Je souris, feint la gratitude, sans bien sûr évoquer la somme donnée par mon employeur pour ce travail. Ce notable s’en doutera bien assez vite, une fois qu’il aura lu la missive et vu de qui elle émane. Je ne m’éternise pas, il est temps d’aller récupérer la commande. Par chance, l’appartement de la dame à qui elle appartient est à trois rues de là où je me trouve.
  Et la chance, décidément, est avec moi. Par cette journée magnifique, les fenêtres sont grandes ouvertes, mais la façade du bâtiment reste dans l’ombre. Avec ce que j’ai appris lors des petites réunions du groupe de Faelos, il m’est honteusement aisé d’entrer dans la pièce au premier étage, de prendre la bague que je suis venue chercher, et de repartir par le même chemin, sans un bruit, totalement cachée dans l’ombre. Une fois à quelques rues du lieu de mon larcin, je regarde mon butin. Une bague sans grande valeur, pour une commande de l’ordre de la vengeance sentimentale. Je me garde bien de mettre les pieds dans les gros coups, je ne voudrais pas empiéter sur les plates-bandes de Zelanis. Je n’ai aucunement l’intention de rejoindre son organisation, et je ne veux pas qu’il pense que j’essaye de le doubler sur quoi que ce soit. J’ai beau savoir me cacher dans les ombres, je ne serai jamais assez douée pour m’éviter une dague entre les omoplates !

  Il est presque midi. Je prends, discrètement évidemment, un pain de manne sur l’étal d’un boulanger, et rejoins mon quartier. Au passage, je livre ma commande à l’amoureux jaloux, et avec l’argent gagné, je m’achète du poisson fumé et un peu de beurre. Ma journée de travail est terminée, et c’est d’un pas léger que je vais m’installer dans un parc, sous un arbre, pour déjeuner de truite fumée sur du pain beurré. Je savoure tout autant la nourriture que cet instant de quiétude. Et puis, j’anticipe mon après-midi. Je souris en pensant au visage de mon meilleur ami, qui, je le sais, s’illuminera de la même manière quand il me verra. Il est une des rares personnes à m’avoir prise la main dans le sac, ou plutôt, dans la poche, et contre toute attente, il en est sorti une histoire d’amitié intense. Qui aurait pu croire que ce fils de petite noblesse, mage et érudit, deviendrait aussi proche d’une fille des rues ?
  Je compte les minutes qui me séparent de la réunion. Je finis mon pain, me lève, et m’étire. Il est temps de retrouver Faelos. Je cours presque pour rejoindre notre lieu de rendez-vous, et quand j’aperçois sa silhouette au loin, mon sourire s’élargit bien malgré moi. Il m’aperçoit à son tour et me fait un grand signe de la main, et quand nous nous rejoignons enfin, il me serre dans ses bras.
- Hé, bonjour ma grande ! La matinée a été bonne ?
Il aime me taquiner sur ma taille. Au moins, être petite est un avantage dans mon domaine d’activité.
- La routine, et toi ?
- Pareil, la routine.
  Et nous éclatons de rire. Il faut dire que, quoi que nous ayons fait de notre journée, notre premier échange reste toujours le même. Puis nous nous mettons en route pour rejoindre le salon où se tient notre petite réunion d’érudits. Nous nous racontons notre matinée, et nous rions beaucoup en imaginant la tête du noble au moment où il aura lu la lettre. Arrivé devant la porte de la maison où nous nous rendons, nous saluons l’elfe qui monte la garde. Je pense qu’il ne me laisserait pas passer si j’étais seule, mais je suis avec Faelos, nous entrons donc sans souci.
  Le magistère Umbric est déjà là, et devise avec certains de ses apprentis. C’est un elfe hautain, terriblement arrogant, mais quel noble de Lune d’Argent ne l’est pas ? J’aime beaucoup la pièce où nos regroupements ont lieu. Elle est grande, mais les recoins formés par les bibliothèques la rendent intime. Parfois, le magistère, ou un autre mage de talent, fait une sorte de conférence, d’autres fois, chacun est libre d’étudier et de converser avec les autres, dans le seul but d’enrichir ses connaissances. Les gens arrivent petit à petit et la salle se remplit. Personne ne semble vouloir prendre la parole, alors je propose à Faelos de continuer à étudier un livre que nous avions commencé à lire ensemble. Évidemment, il comprend bien plus vite que moi, mais quand il s’agit de passer à la pratique, je ne suis pas si mauvaise que ça.
  Nous nous asseyons dans un recoin, sur un tas de coussins moelleux, et commençons à deviser. Autour de nous, le son des conversations forme un bruit de fond qui, paradoxalement, nourrit notre attitude studieuse. Mon ami et moi sommes comme dans une bulle, et c’est tout juste si je perçois que les voix autour de moi sont anxieuses et qu’une certaine tension règne dans la pièce. Je n’y fais pas attention, sûrement encore une bataille d’égo entre savants. Je pointe du doigt une phrase du livre, portant sur la capacité à se fondre dans les ombres, et ses dangers.
- Tiens, dis-moi, tu en penses quoi ? Où est la limite ?
Mon ami ouvre la bouche pour me répondre quand une voix forte se fait entendre, derrière la porte d’entrée de la salle, et nous pétrifie.

- Que personne ne sorte !
    Les chevaliers de sang. J’avais entendu dire que les recherches du magistère n’étaient pas très bien vues, mais je ne m’attendais pas à une descente des autorités en pleine réunion. Je m’accroche à Faelos, prise de panique. Je vois l’angoisse dans ses yeux, mais aussi la colère. Il me murmure à l’oreille.
- Reste cachée, ils ne savent pas que tu es là.
- Mais, je…
- Chut, tu es douée pour ça.
Ma voix tremble autant que mes mains.
- Et toi ?
Il se veut rassurant, mais son sourire est crispé.
- Ne t’inquiète pas. Échappe leur.
Il rive ses yeux dans les miens.
- Pour moi.
    Puis il m’embrasse sur le front, et me repousse contre le mur, avant de rejoindre les autres au centre de la salle. J’ai les yeux brouillés de larmes, j’ai peur. Mais je reste cachée dans l’ombre, comme je sais si bien faire. Pendant ce temps, les voix autoritaires des chevaliers de sang résonnent.
- Restez calmes et il ne sera fait de mal à personne.
  J’entends les mages s’indigner, niant vertueusement toute activité illégale. C’est tout juste si les elfes en armes ne leur rient pas au nez.
- Nous nous avions prévenus : plus de magie du Vide dans la ville. Magistère Umbric, sur ordre du Grand Magistère Rommath, vous et vos disciples êtes déclarés bannis de Lune d’argent. Veuillez nous suivre jusqu’aux portes de la ville sans résistance.
  Je n’en crois pas mes oreilles. Je n’imaginais pas une seconde que ces recherches pourraient avoir de telles conséquences. Mais je n’ai pas le temps d’y réfléchir plus longtemps. Le ton monte, les mages n’ont pas l’air décidés à obéir. Je ne pense qu’à rester cachée, quand je reconnais la voix qui s’adresse aux chevaliers de sang avec véhémence. Non ! Je ne peux m’empêcher de me pencher pour voir la scène, juste au moment où cet idiot de Faelos tend son bras vers l’avant pour repousser les soldats d’élite. Par miracle, je me retiens de crier, mais ce qui arrive sous mes yeux était inévitable. L’un des chevaliers, sans hésiter une seconde, jette un puissant sort de Lumière sur mon ami, qui est projeté au sol, inconscient. Le silence se fait et je me force à retourner me cacher. J’entends de nouveau les voix autoritaires dire aux mages de le porter, et de les suivre sans résistance. Après cette démonstration de force, ils obéissent. J’aurais fait pareil à leur place.
  Je reste immobile dans les ombres, et mes talents me dissimulent à la vue des elfes recherchant des mages encore présents. Les larmes coulent sur mes joues et je reste encore immobile de longues minutes après le départ des chevaliers. Cette attente est un supplice. Faelos, mon ami, comment vas-tu ? J’ai peur. Peur de le perdre. Je ne veux même pas penser à ce que peut signifier son bannissement. Quand je n’en peux plus d’attendre, je sors, me fondant dans les ombres. Qui sait, ils ont peut-être posté un garde pour surveiller la porte ?

  Une fois à quelques rues de la salle de réunion, je profite d’une fontaine pour me passer de l’eau sur le visage et reprendre contenance. J’inspire, j’expire. Le tout maintenant est de se fondre dans la foule, et de retrouver mon cher mage. Un rapide regard alentour me fait comprendre que ça ne sera pas compliqué. La procession de mages bannis encadrés de chevaliers de sang a attiré les badauds, et avant même de les voir, j’entends les huées. Mon cœur se serre. Comment peut-on traiter ses semblables de la sorte ?
  Je me faufile entre les gens, encore un atout à ma petite taille, jusqu’à apercevoir le groupe qui avance, résigné. Deux des mages en supportent un troisième. Mon pauvre Faelos, tu n’as toujours pas repris connaissance. Je me retiens de pleurer, j’ai peur que la foule trouve ça suspect. Quand je les vois aussi hostiles envers des gens qu’ils ne connaissent même pas, et dont ils n’ont qu’une vague idée du crime, mes mâchoires se crispent. Je les trouve encore plus arrogants et méprisants que d’habitude, et j’en viens à moi-même les mépriser. Je regarde encore une fois le corps inerte de mon ami, je cherche un moyen de pouvoir le rejoindre. Une idée fait son chemin dans mon esprit : je dois sortir de la ville avant les bannis, avant que la garde soit renforcée. Cette résolution libère en moi une vague de calme qui me submerge. Je m’éloigne de la foule et estime le temps qu’il me reste. Je décide de repasser par mon appartement. Qui sait si je ne passerai pas plusieurs nuits à la belle étoile ? Un manteau ne sera pas du luxe, non plus que quelques provisions. J’avance d’un pas rapide, un air affairé sur le visage. Tous les badauds ont les yeux fixés sur le malheureux évènement, mais je ne tiens pas à me faire remarquer. J’entre chez moi, attrape ma besace, y met le nécessaire en froissant les quelques vieux papiers qu’elle contient, ajoute une paire de couteaux pour avoir de quoi me défendre à l’extérieur et je ressors presque aussitôt. Ce n’est pas le moment de s’attarder sur des détails qui pourraient me retarder ou pire, me faire flancher. Je presse le pas vers les portes de la ville. Les bannis et leur escorte en sont encore assez loin, mais je sens les gardes comme fébriles. Ça me facilitera la tâche.
  Plutôt que de me faire discrète au risque de me faire prendre, j’opte pour l’innocence. Je prends mon air le plus candide, et me dirige vers la sortie de la cité. L’un des garde m’interpelle, et de ma voix la plus juvénile, j’annonce que je vais cueillir des plantes pour les préparations médicales de ma mère. Ma réponse laisse le premier suspicieux, mais son collègue rit, avant de lui dire de me laisser passer, tout en me recommandant la prudence face aux bêtes sauvages. Je jure de ne pas m’éloigner des murs de la ville, et sort d’un pas sautillant. J’attends d’être assez loin pour m’éclipser, et trouver un lieu d’observation adéquat. Une fois installée, je tente de me calmer. Je me demande vraiment comment ces gardes n’ont pas pu entendre mon cœur. Il battait si fort que j’ai cru qu’il allait bondir hors de ma poitrine. Les minutes passent, et avec l’attente, la peur revient. Mon meilleur ami est souffrant et je ne peux pas être à ses côtés. Enfin le groupe du magistère Umbric apparaît, et son escorte s’arrête à la porte, formant une haie elfique serrée, pour bien lui signifier qu’il n’y a pas de retour possible.

  Je suis trop loin pour bien distinguer ce qu’il se passe au sein du groupe, encore plus pour entendre quoi que ce soit, mais je ronge mon frein. Il est plus sage de suivre les mages, et de les rejoindre plus tard, lorsqu’ils auront décidé de bivouaquer. Il n’y a pas grand monde qui puisse me surprendre, mais je reste tout de même discrète, progressant en cachette au rythme des érudits traumatisés qui s’éloignent de la capitale. À un premier carrefour, quelques elfes du groupe semblent discuter vivement avec les autres, et ils prennent alors un chemin différent. Je ne m’en préoccupe pas plus et continue de suivre ceux qui s’occupent de Faelos. Lorsqu’ils s’arrêtent enfin, je me montre et les approche. Évidemment, leur première réaction est de se mettre en position de défense, alors je m’arrête, les mains en évidence. Autant les grands mages ne m’ont sûrement jamais remarquée, autant j’ai déjà discuté avec certains des moins réputés d’entre eux, il y en aura bien un qui me reconnaîtra.
- Sythel ? Mais…
Felldrin, forcément. Je remarque l’incrédulité dans sa voix.
- Mais que fais-tu là ? Pourquoi ne pas être restée en ville ?
C’est à mon tour d’être incrédule. Je le regarde, les yeux ronds, puis je tends le bras vers la forme inerte du corps de Faelos, au sol.
- Il est blessé ! Cet idiot est blessé, je ne pouvais pas le laisser. C’est mon ami.
Je sens les larmes remplir mes yeux, une boule remonter dans ma gorge.
- Peut-être même mon seul véritable ami, et tu me demandes pourquoi je suis là ? Qu’est-ce que j’en ai à faire de rester à Lune d’Argent s’il n’y est pas ?
  C’est peut-être injuste de ma part de m’en prendre à lui, mais toute la tension des dernières heures trouve enfin un exutoire, et je ne me rends même pas compte que je crie. Une fois mon sac vidé sur Felldrin, je me dirige vers Faelos et m’assieds à côté de lui. Je regarde son visage, je lui passe doucement la main dans les cheveux. Pour le moment, je ne souhaite qu’une chose, être avec lui, et qu’il le sache. Je prononce son nom doucement, plusieurs fois. Je sens qu’on me regarde, mais je n’y prête pas attention.
  Le temps s’écoule et je ne m’en rends pas compte. Mon ami ne réagit pas, pas même un frémissement au son de ma voix. Je sens alors une main se poser doucement sur mon épaule. Je me tourne et vois une mage qui me regarde d’un air grave. La peur revient m’envahir, je sais que je n’ai pas envie d’entendre ce que cette elfe vient me dire.
- Sythel, tu devrais aller manger, ou te reposer. Le sort qu’il a reçu était puissant, et il n’est pas près de se réveiller. S’il se réveille un jour.
Je la regarde d’un air ahuri, du moins, c’est ce que je suppose à son regard.
- Laisse le pour le moment, il reste de l’espoir, mais il a besoin de repos. Et toi aussi.
  Elle se relève en me prenant la main, m’incitant à la suivre. Ce que je fais. Elle a raison sur un point, je suis épuisée. Je sors machinalement mon manteau de ma besace, m’enroule dedans, et le sommeil vient me prendre avec une facilité inattendue.

  Le lendemain ne m’apporte aucune bonne nouvelle. Faelos reste inconscient, mais il semble stable, calme. J’espère qu’il pense à moi, que ça l’aide. Les membres de notre groupe de vagabonds sont un peu désorientés, mais tout le monde se serre les coudes. Le magistère Umbric prend la parole en début d’après-midi. Il nous tient un discours un peu pontifiant sur la nécessité d’avancer dans notre recherche. Que si nous avons travaillé tout ce temps, c’est pour trouver un moyen de défendre notre terre natale.  Que ce n’est pas parce que des idiots sans vision nous ont chassé de la ville que nous n’allons pas revenir triomphants en leur montrant que nous avions raison. Il termine sa diatribe en expliquant qu’il a une piste, et qu’il pense pouvoir trouver un moyen d’accélérer notre accès à ce pouvoir phénoménal.
  Même si je ne me sens pas directement concernée, ses paroles me réconfortent. J’avais peur de me retrouver entourée de gens gémissants, regrettant leurs maisons cossues et leurs balais enchantés, mais je me rends compte à ce moment que le groupe que je fréquentais depuis quelques mois était composé de gens vraiment déterminés, et pas d’érudits dilettantes en manque de sensations fortes. Je reprends espoir pour mon ami, au sein d’un tel groupe, personne ne le laissera tomber. Je reste toute la journée à ses côtés, guettant le moindre frémissement. Ce mouvement tant attendu arrive enfin, à la tombée de la nuit. Il entrouvre les yeux et sa main serre mollement la mienne. Les larmes me montent aux yeux, je me retiens de le serrer dans mes bras. Son regard croise le mien, et je le vois sourire. Je lui souris en retour, et il fait un effort considérable pour prononcer un mot.
- routine…
Dans un sanglot, je lui réponds, comme toujours.
- Pareil, la routine.
Mais ses lèvres se tordent et son sourire devient rictus. Je l’entends murmurer mais je ne comprends pas ce qu’il dit. Sa main serre la mienne violemment, parcourue de spasmes.
- Fael, Fael, reste avec moi, s’il te plaît.
  Je remarque seulement qu’Aellina, la mage qui m’avait sortie de ma torpeur la veille, est aussi présente. Elle a l’air troublée, et pose la main sur le front de mon ami, tout en prononçant une incantation de sa voix douce. Je ne comprends pas le sens de ses paroles, mais Faelos semble s’apaiser, et replonge dans le sommeil. Je regarde l’elfe sans cesser de serrer la main de mon ami. Je la vois chercher ses mots.
- Je suis désolée, j’ai dû le forcer à se rendormir. Il est encore trop tôt pour un diagnostic fiable, mais à ce que je viens de voir, il semblerait que son esprit ait été touché par la violente attaque du chevalier de sang.
  Son ton est calme, mais je sens une colère contenue derrière ses paroles. Et je la partage. Cette agression était totalement disproportionnée face à la piètre menace que le jeune mage représentait. Les soldats étaient prêts à tuer les nôtres sans hésiter, pour une broutille. Tuer un elfe, un des leurs, comme ça, de sang-froid. Le regard que nous échangeons Aellina et moi en dit plus long qu’un discours. Je comprends enfin quelque chose qui m’avait échappé. Ces mages, ces érudits, étaient prêts à subir le bannissement pour leurs convictions. Mais pas la violence, ni surtout l’humiliation publique que Rommath et ses partisans leur ont fait subir. Mon ressentiment envers le Grand Magistère, ses gardes, et tout le peuple de Lune d’Argent qui les a soutenus augmente. Non seulement je les méprise, mais maintenant, je les hais. Je tourne la tête vers mon cher mage, et écarte une mèche de cheveux de son front.
- Ils paieront pour ça. Tous. Je te le promets.

- Méfie-toi des promesses, certaines sont difficiles à tenir.
  La voix apaisante de la mage me fait sursauter. J’avais parlé tout haut sans le vouloir. Elle continue.
- Je comprends ton point de vue, mais je ne suis pas certaine que la vengeance soit la meilleure solution. Revenir leur clouer le bec avec un pouvoir dont ils n’auraient jamais rêvé, voilà ce que j’envisage comme revanche.
Son regard se pose sur Faelos, et son visage se fait grave.
- Nous allons faire notre possible pour que notre chien fou se rétablisse, mais tant que nous errerons dans ces bois, nous manquerons de moyens. J’espère que le magistère trouvera vite ce qu’il cherche, que nous puissions sérieusement nous occuper de lui.
Puisque la vie de mon ami dépend de la réussite de notre expédition forcée, il est temps pour moi de me ressaisir et de participer à l’effort de groupe.
- Que puis-je faire pour vous aider ? Je ne suis pas vraiment une érudite, et encore moins douée pour la magie…
- Mais à ce que j’ai compris, tu es agile et débrouillarde. Je suis sûre que tu pourras participer à la bonne marche de notre campement. S’occuper du feu, de trouver de la nourriture. Les pains invoqués peuvent nous dépanner, mais nous aurons vite besoin de vrais aliments et surtout de mana. Et je te conseille aussi de continuer à étudier, tu étais plutôt douée, en tout cas, Faelos ne tarissait pas d’éloges sur toi.
  Il fait sombre et j’espère que la pénombre est suffisante pour cacher le rouge qui me monte aux joues. Même inconscient, cette espèce de petit malin est capable de me troubler. Je hoche la tête à l’intention d’Aellina. Oui, ce genre de tâche est dans mes cordes, et vu la situation, je me sentirai mieux à arpenter les bois plutôt que de veiller mon ami. Même si ça me fait mal de m’éloigner de lui, il ne faut pas que je sombre dans la mélancolie.

  Les jours passent et la routine s’installe dans notre groupe. Je m’occupe d’aller chercher du gibier, de cueillir des plantes et de remplir des outres d’eau fraîche pour que nous subsistions. Heureusement, les bois des Chants Éternels regorgent de magie, et je n’ai aucune difficulté à trouver des sources de mana pour assouvir nos besoins. J’aperçois tout de même parfois un déshérité au loin, et je frissonne. J’espère ne jamais finir comme lui, alors je redouble d’effort dans ma tâche. Nous sommes malgré tout nombreux, et le régime paraît bien frugal à nombre de nobles peu habitués à se serrer la ceinture. Mais la plupart sont bien trop absorbés par leur quête pour vraiment s’en rendre compte.
  Quand je ne suis pas dans les bois, je passe une partie de mon temps à approfondir mes connaissances et ma maîtrise de l’ombre. Je sais de mieux en mieux disparaître à la vue des gens, et j’en retire une grande satisfaction. Le reste du temps, je veille Faelos. Son état ne s’améliore pas. Il a parfois des moments de lucidité, et nous échangeons des paroles rassurantes, mais invariablement, il se met à délirer, et Aellina est forcée de le faire replonger dans le sommeil. Pendant ces phases de repos, il est généralement serein, bien qu’il fasse de temps à autre des cauchemars. Du moins, c’est ainsi que j’interprète ses froncements de sourcils, ses mouvements spasmodiques et ses gémissements. Quand ça lui arrive, je sens la panique monter en moi, telle une bête grouillante remontant mes entrailles. J’ai hâte qu’on puisse le soigner. Je ne veux pas perdre espoir, et je me raccroche au souvenir de son sourire.
  Nous suivons le magistère, selon les indications des notes qu’il a pu emmener avec lui. Après quelques jours de marche, le paysage change radicalement. Les arbres, jusqu’à maintenant luxuriants deviennent tortueux, et plus nous approchons, et plus je remarque la présence de pustules luisant sur leur écorce. Il fait de plus en plus sombre, et Umbric nous dit de faire attention, surtout à ceux qui s’aventurent en dehors de notre groupe. Je savais que la Troisième Guerre avait fait beaucoup de dégâts mais je ne l’avais jamais vu de mes propres yeux. Il nous rappelle que ces terres sont hantées, et que les morts-vivants n’auront qu’une envie, nous dévorer dès qu’ils nous verront.
  Je ne suis pas rassurée, mais ça sera l’occasion de me perfectionner dans l’utilisation de mes couteaux et de tester ma capacité à me fondre dans les ombres. Toutefois, nous nous éloignons toujours du campement en groupe, et jamais très loin. Les récoltes sont maigres, et la faim se fait vite sentir au sein des bannis. C’est surtout le manque de magie qui commence à peser sur les mages, même s’ils sont encore loin de craindre pour leur vie. Quant à moi, cet environnement sombre n’améliore pas mon moral. Mon meilleur ami ne va pas bien, et il devient de plus en plus difficile de le maintenir serein. J’essaye d’être optimiste mais c’est difficile. Alors, je passe en revue les visages des chevaliers de sang de l’escorte, puis pense très fort à Rommath. J’imagine le jour improbable où je les ferai payer pour leurs actes. Je suis toujours aussi choquée d’avoir vu que ces elfes gonflés d’arrogance n’ont eu aucun scrupule à envoyer certains des leurs à une mort lente pour une simple divergence d’opinion.

  Nous nous arrêtons dans une ruine que le magistère appelle le Sanctum de la Lune. Il semble plus concentré que d’habitude, et nous explique qu’il y a dans ce lieu des indices qui nous mèneront plus loin dans notre quête. Cela signifie que nous allons probablement rester ici quelques jours, ce qui nous met à tous du baume au cœur. Certes, ce n’est pas un lieu très accueillant, mais au moins, il y a des murs, parfois même des toits, et prendre le temps de nous reposer nous fera du bien. Nous trouvons une pièce abritée où nous étendons Faelos le plus confortablement possible. J’espère du fond du cœur que quelques jours sans avancer lui feront du bien. Je ne participe pas à l’étude des rémanences magiques, évidemment, mais j’essaye de suivre l’avancement des recherches des mages. Le magistère Umbric semble satisfait des expérimentations menées ici, et ne manque pas une occasion de dire du mal de Rommath et de sa vision étriquée de la magie. Je caresse l’espoir qu’il nous annonce qu’ils ont enfin obtenu ce qu’ils cherchaient mais malheureusement, le verdict finit par tomber. Nous devons reprendre la route, pour un lieu nommé le Domaine d’Andilien, où il pense pouvoir trouver des connaissances qui nous permettront de grandes avancées.
  Le voir aussi confiant tempère mon angoisse. Mes espoirs ne sont restés que des espoirs. Mon meilleur ami ne va pas mieux. Je dirais même que son état empire. Ses moments de lucidité se font de plus en plus rares, et ses cauchemars de plus en plus violents. Je n’ose pas demander à Aellina ce qu’elle en pense, j’ai trop peur de sa réponse. Le regard qu’elle pose sur lui suffit à me serrer le cœur. Je refuse d’envisager qu’il ne guérisse pas, alors je redouble d’ardeur au travail. Nous reprenons la route, et plus nous progressons dans la forêt maudite, plus je me sens oppressée. Ce n’est que l’effet du vent, ou de mon imagination, mais les arbres alentours semblent murmurer, se mettant au diapason de mon esprit chagrin.
  Je vois bien que tout le monde est inquiet pour Faelos, mais nous sommes tous impuissant. Alors que nous avançons vers notre destination, mon ami a une crise soudaine. Elle est tellement violente qu’il tombe de son brancard. Je suis incapable de retenir mon cri, et je me précipite pour l’aider. Je cherche à le calmer, mais il se débat de toutes ses forces. Ses yeux sont fermés, ses poings crispés et il marmonne des choses que je ne comprends pas. Je lui parle, mais je le sens hors d’atteinte, je n’arrive même pas à attraper sa main tellement elle bouge. Je devine la présence d’Aellina et je me demande pourquoi elle ne fait rien. Sauf que quand je la regarde, je vois bien qu’elle fait tout son possible, sans succès. Je vois des larmes perler au coin de ses yeux, et la panique me gagne. J’ai peur, je pense que je n’ai jamais eu aussi peur de toute ma vie. Je crois que je crie, que j’appelle mon ami, mon cher ami, de toutes mes forces. Pendant des secondes qui me paraissent des heures, il se contorsionne, gémit et murmure. Je lui dis que je suis là, avec lui, qu’il ne craint rien, mais j’ai l’impression qu’il ne m’entend pas. Et soudainement, tout son corps se tend, puis retombe, inerte, sur le sol. Mon premier réflexe est de saisir son visage entre mes mains. Mes larmes coulent et inondent sa figure. Je colle mon front au sien, et lui dit que je l’aime, qu’il faut qu’il tienne, que je ne peux pas vivre sans lui. Pourquoi ne m’en suis-je pas rendue compte plus tôt ? Mon corps est secoué de sanglots, et mon amour ne réagit pas.
  Des mains très douces me touchent les épaules, puis viennent délicatement me faire lâcher son visage. Je me redresse et regarde Aellina. Ses joues sont ruisselantes de larmes. J’essaye de déglutir, mais il y a comme une boule gigantesque dans ma gorge. La mage me regarde, elle cherche à me parler, mais les mots ne franchissent pas ses lèvres. Soudainement, elle me serre dans ses bras, et dans un souffle, elle me dit que c’est fini, qu’elle est désolée, tellement désolée. Au moment où je réalise ce que signifient ces mots, j’ai l’impression qu’on a ôté un partie de moi. Il y a un vide béant à la place mon cœur, et je me sens tomber dedans comme dans un abîme sans fin. Aellina me parle, je n’entends que des murmures sans signification. Et puis, plus rien.

  Quand je me réveille, je suis allongée dans une pièce abritée. Je cligne plusieurs fois des yeux, m’habituant à la pénombre, essayant de comprendre où je suis, et pourquoi j’y suis.  Au moment où je m’assieds, une elfe rentre dans la pièce et s’adresse à moi d’une voix pleine de compassion.
- Ah, tu es réveillée. Tu devrais rejoindre les autres.
  Aellina. Le souvenir de la terrible crise de Faelos resurgit dans ma mémoire, et le manque en moi se fait ressentir avec une violence telle que je me plie en deux, prise de hoquets. Non, ce ne peut pas être vrai. Il n’est pas mort, ce n’est pas possible. La mage vient me prendre par les épaules et cherche à me réconforter. Sa présence me calme un peu, et je me relève, chancelante. Nous sortons de la pièce, et je vois qu’un campement durable a été établi dans une nouvelle ruine. D’un air hagard, je regarde sans les voir les elfes à l’air grave. Beaucoup me regardent avec tristesse et compassion. Felldrin vient vers moi et me sourit doucement.
- Je suis désolé, Sythel. Nous savons tous que vous étiez très proches, Faelos et toi. Si tu as besoin de quoi que ce soit, nous sommes là.
Je lui rends son sourire avec difficulté. Je me sens perdue, sans rien à me raccrocher. Du regard je cherche le corps de mon ami. Qu’ont-ils fait de son corps ?
- Où est-il ?
Les mots ont du mal à sortir, j’ai l’impression de croasser. L’elfe m’indique l’intérieur d’une ruine, un peu à l’écart.
- Il est là-bas. Nous n’allions pas lui rendre un dernier hommage sans toi. Nous l’incinérerons ce soir.
Je le regarde en fronçant les sourcils. Il doit interpréter mon geste comme une incompréhension car il continue.
- Aucun autre rituel n’est envisageable. Personne ne veut laisser son corps à la merci des malédictions de la région.
Je hoche la tête, et me contente d’une phrase en guise de réponse.
- Je vais le voir.

  Et j’avance d’un pas décidé vers les restes du bâtiment que Felldrin m’a montré, écartant le mage d’un geste inconscient. Il me laisse passer sans rien dire, tout comme le reste du groupe. J’entends quelques sanglots, mais je ne m’arrête pas. J’entre dans la pièce qui sert de morgue provisoire et vois mon ami. La boule que j’ai dans la gorge enfle à nouveau. Il gît sur le sol, pâle, tellement pâle. Aucun mouvement ne l’agite, aucun souffle ne soulève sa poitrine. Dans un état second, je m’assieds à côté de lui, et lui prends la main. Elle est si froide. Jamais il n’a eu les mains aussi froides. Et je reste là, mes doigts crispés sur les siens, à regarder le mur en face de moi. J’aimerais profiter de ces instants pour me remémorer les bons moments, mais rien ne vient, seulement le néant. Puis quelqu’un entre et me dit qu’il est temps. Je déglutis et me lève, incapable de fixer mon regard sur quoi que ce soit, je sors rejoindre les autres en me sentant comme une marionnette animée par une force inconnue.
  Nous nous plaçons tous devant le bûcher improvisé, et la cérémonie commence. Je me laisse porter par les voix, les chants. Je suis totalement immobile. Je regarde une dernière fois le visage de celui que j’aime et qui ne l’a jamais su. La sensation de creux grandit. Des flammes entrent dans mon champs de vision, et je suis comme hypnotisée. Plus je les regarde danser, et plus le vide en moi prend de la place. Ça en devient douloureux, je souffre mais je ne bouge pas un cil. Dans le feu m’apparaissent alors des visages. Des elfes en armure rouge et or, des elfes en train de huer, d’insulter, des elfes qui méprisent les leurs. Puis des traits bien particuliers. Un elfe d’une arrogance sans limite, sur lequel je peux poser un nom. Rommath. Mes poings se crispent, mes dents se serrent. La vague de haine qui me submerge soulage la sensation de vide. Je n’ai qu’une envie, tous les retrouver, et les tuer. Leur enlever la vie comme ils ont enlevé tout ce qui faisait la mienne. Je souffre, et je sais que c’est cette souffrance qui me donnera la force de continuer. Je l’avais promis à Faelos : ils paieront.
  Les flammes deviennent braises, et les braises cendres. Ça fait longtemps que les elfes du groupe se sont éloignés du bûcher funéraire quand je reprends conscience du temps qui passe, et de la réalité. Mes projets concernant ces monstres de Lune d’Argent nécessitent que je devienne encore plus douée que les meilleurs agents de Zelanis. Pour cela, il faut que je franchisse un pas de plus dans l’utilisation des talents que le Vide peut m’offrir. Je vais m’entretenir avec les mages, afin qu’ils m’enseignent comment améliorer ma maîtrise des ombres. La plupart sont plongés dans les recherches dirigées par Umbric, mais je trouve assez vite des personnes prêtes à m’enseigner des techniques plus approfondies. La mort de mon ami a ébranlé tout le monde, et je ne suis pas la seule chez qui le ressentiment pour les habitants de Lune d’Argent a grandi.

  La découverte de l’étape suivante par le magistère prend quelques jours, que je mets à profit pour me perfectionner, décimant la faune locale. Je ne me cache même pas derrière l’excuse de la purification de ces êtres corrompus, je sais que je ne veux qu’améliorer mes compétences d’assassin. Avant, je me hérissais à l’idée de tuer, aujourd’hui, je ne m’embarrasse plus de telles considérations. Quand je reviens au campement, je vois tout de même un soupçon de reproche dans les yeux d’Aellina, mais je ne m’en préoccupe pas. Nous repartons vers notre but, qui est proche, selon notre guide. La fameuse chose qu’il recherchait depuis tout ce temps, une faille, serait à la Flèche d’Aubétoile, à quelques jours de marche d’ici. J’ai hâte d’y être. Tout ce qui pourra me rendre plus forte est bon à prendre. Je continue à m’entraîner pendant le trajet, que ce soit en discutant de la théorie avec les érudits, ou en affinant ma pratique aux dépends du gibier environnant.
  Un soir, au bivouac, alors que le sommeil gagne peu à peu les membres de notre groupe, je suis assise près du feu, jouant machinalement avec de vieux papier sur lesquels j’avais pris des notes et qui traînaient dans ma besace. Je les plie, les déplie, et teste ma dextérité en réalisant des formes de plus en plus complexes, de plus en plus vite. Je remarque à peine qu’Aellina et Felldrin ont cessé de parler pour me regarder faire.
- Sythel ?
J’arrête mes pliages, et je secoue doucement la tête de gauche à droite. Ma voix est calme, posée, implacable.
- Il n’y a plus de Sythel. Elle a disparu. Ce qui reste ne peut plus répondre à ce nom.
Je fais tourner un oiseau en papier entre mes doigts. Le nom de cet art ancestral, ramené par un de ces mystérieux pandarens errants, il y a si longtemps, me revient. Je le trouve approprié. Je lève les yeux vers les deux elfes en face de moi.
- Il ne reste qu’Origami, capable de se plier à tout pour atteindre son but.
Aellina semble peinée, mais renonce finalement à me dire ce qu’elle avait sur le cœur. Je vois que Felldrin a posé la main sur son bras, comme pour la réconforter. Je m’adoucis un peu, ces gens ont toujours été avec moi ces dernières semaines, je n’ai aucune raison de les rejeter.
- Ne vous inquiétez pas pour moi, s’il vous plaît. Je m’en sortirai et vous devez prendre soin de vous. La faille est proche, il sera bientôt l’heure de rentrer triomphants à Lune d’Argent.
  Je suis sûre qu’ils ne sont pas dupes, mais ils feignent de croire que cette victoire m’importe autant qu’à eux. Nous discutons encore quelques temps de ce que nous allons trouver, et de comment nous profiterons de ce nouveau pouvoir pour protéger la cité et améliorer la vie de notre peuple. Puis nous finissons par céder au sommeil et allons nous coucher.

  Nous marchons encore quelques jours dans la forêt hostile. Je passe beaucoup de temps à chasser. Les murmures du vent dans les arbres sont de plus en plus entêtants, mais j’arrive à les ignorer. Ils passent à travers moi sans que j’y fasse attention, tant je suis concentrée sur mon apprentissage. Et puis un matin, nous arrivons dans une vaste clairière au centre de laquelle se dresse une tour majestueuse. Nous sommes enfin à la Flèche d’Aubétoile. Le magistère Umbric est au comble de l’excitation, parle de grandeur, de puissance. Il touche à son but, et son enthousiasme est contagieux. Nous allons enfin obtenir ce pourquoi nous errons depuis tout ce temps. La promesse qui nous a été faite est là, à notre portée.
  Je suis avide de cette puissance, j’en ai besoin pour être capable de mener ma tâche à bien. Je regarde faire les mages alors qu’ils cherchent le passage. Quand l’un d’eux pousse un cri de triomphe, j’accours. Ils se mettent à plusieurs pour faire apparaître une sorte de portail violacé. L’effort qu’ils fournissent est grand, mais ça en vaut la peine. Je regarde mes compagnons de route, et vois leurs visages exaltés. Certains montrent pourtant quelques signes de peur. Il faut dire que la force inconnue qui émane de cette faille a de quoi faire dresser les cheveux sur la tête. Malgré son sourire, je vois bien qu’Aellina se tord les mains. Si seulement elle avait eu accès à ce pouvoir pour soigner Faelos. Avant de nous permettre de traverser, Umbric nous fait ses dernières recommandations. De ne pas avoir peur, et surtout, de ne pas se laisser submerger par ce que nous pourrions entendre. Il nous met en garde sur la capacité du Vide à nous tromper, et nous rappelle que nous sommes là pour absorber sa puissance, et non lui obéir.1
  Nous traversons le portail à la suite du magistère, et nous nous retrouvons sur un autre monde. Tout est sombre, la lumière, dorée chez nous, est ici d’un mauve foncé, et je sens un frisson remonter le long de ma colonne vertébrale. Mais les mages sont déjà affairés, car pas très loin de là se trouve une sorte de boite en lévitation. Elle luit elle aussi de cet éclat mauve, et je me demande si c’est l’objet qu’ils cherchaient depuis tout ce temps. Il faut croire que oui, car Umbric nous dit de nous tenir prêts. Il va ouvrir la boite, et libérer son pouvoir pour que nous l’absorbions. Je suis un peu crispée, mais je suis prête. Depuis des jours j’ai soif de cette puissance, il est normal d’avoir le trac au moment crucial, non ?

  Ce qui m’arrive alors est abominable. Au moment où le pouvoir est libéré, je puise dedans. Tout d’abord, je sens la force couler dans mes veines, et nourrir mon besoin de vengeance. Pour la première fois depuis des jours, je me sens bien, entière. Mais très vite, je suis envahie par une sorte de cri. Mais un cri tangible, qui s’insinue dans tout mon corps. J’entends des voix qui hurlent, des gémissements de douleur, des cris de souffrance. Et au travers de tout ça, des murmures, des murmures incessants. Je veux me plaquer les mains sur les oreilles pour que ce bruit cesse mais je ne sais même pas si je suis capable de bouger. Je lutte de toute mon âme pour repousser les voix. Je n’ai plus aucune notion du temps, je sais seulement que si elles me submergent, je sombrerai, et jamais je ne pourrai venger Faelos. Alors je me bats, je me repasse les visages des elfes que j’ai promis de tuer pour raffermir ma détermination. C’est efficace, mais mon esprit finit par s’épuiser. J’atteins mes dernières forces quand soudain, les voix se taisent. Brutalement, je sens que je tombe au sol. La douleur physique me fait étrangement du bien. Depuis que la boite avait été ouverte, j’avais perdu tout contact avec mon corps, et je suis incapable de dire combien de temps ça avait duré.
  Je suis exténuée. Je reste prostrée au sol, à tenter de retrouver mon souffle. Puis j’entends des voix, non plus des murmures, mais une voix féminine, qui discute avec quelqu’un dont la voix m’est familière, mais pourtant différente. J’ouvre les yeux et me redresse. Umbric parle avec une haute-elfe, mais je ne sais pas si la lumière de cet endroit me joue des tours, car le magistère a la peau violacée. Alors que je reprends mes esprits, je vois que la plupart des bannis font de même. Et comme le magistère, leur teint a changé. Je regarde mes bras et comme j’aurais dû m’y attendre, ma carnation n’est plus la même, mes cheveux ne sont plus de ce châtain clair qui dorait au soleil, mais d’un bleu-violet profond. Mon attention se reporte sur Umbric et l’elfe qui l’accompagne. Il a attendu que nous ayons tous repris connaissance pour prendre la parole.
- Mes amis, tout d’abord laissez-moi vous présenter Alleria Coursevent, dont vous avez certainement déjà entendu le nom.
  Effectivement, je suis étonnée de me retrouver en si célèbre compagnie, et les hoquets de surprise autour de moi indiquent que je ne suis pas la seule. Je reste coite et écoute la suite du discours.
- Je tiens à m’excuser auprès de vous, j’étais certain d’être capable de maîtriser ce pouvoir mais sans son intervention, nous serions tous aujourd’hui soit morts, soit des pions au service des Puissances du Vide. Dame Coursevent sait contrôler cette force, et elle accepte de nous enseigner comment.
Il laisse alors la parole à l’elfe. Je suis encore sous le choc de ce que mon esprit a subi, écouter monopolise toute mon énergie.
- Oui, je peux vous apprendre à faire taire les murmures. À faire en sorte que les ombres vous servent, plutôt que ce soit vous qui les serviez. Ça demandera des efforts, et de la discipline, mais si vous êtes arrivés jusqu’ici, c’est que vous en êtes capables.
Le magistère reprend la parole, du ton déterminé de celui qui a pris une décision importante.
- Lune d’Argent nous a tourné le dos. Aujourd’hui, nous avons vécu une nouvelle naissance, il est donc temps pour nous de suivre un nouveau chemin. Il est temps de donner notre loyauté à Alleria, et donc… à l’Alliance.

  Cette annonce me laisse de marbre. Peut importe l’Alliance, ou la Horde, tant que je peux mener ma tâche à bien. J’éprouve mon nouveau pouvoir au bout de mes doigts. Je sens une nouvelle puissance couler dans mes veines, mais quand je la sollicite, j’entends comme des murmures dans les recoins de ma tête. Bien, je vois où est le danger, j’apprendrai à fermer mon esprit pour tirer un maximum de bénéfices de cette énergie. Je parcours les autres du regard. Je me rends compte que nous sommes moins nombreux que lorsque nous sommes entrés dans la faille. Une partie d’entre nous n’a pas résisté, et ce constat ravive ma souffrance. Cette douleur est mon moteur, et si une larme coule sur mes joues quand je me rends compte qu’Aellina est au nombre des disparus, ce n’est qu’une pierre de plus qui s’ajoute au mur de ma détermination.
  L’apprentissage et la maîtrise de notre nouveau don nous prennent quelques semaines, mais enfin, les murmures ne me perturbent plus. Les rares fois où je les entends, je ne les écoute pas. Le jeu en valait la chandelle, je ne me suis jamais sentie aussi forte, aussi puissante. Alleria nous dit alors qu’il est temps d’aller à Hurlevent, pour prêter allégeance au roi des humains, et de fait, à l’Alliance. S’il faut en passer par là pour être libre d’arpenter Azeroth, ma foi, pourquoi pas. Elle ouvre un portail, et nous nous retrouvons devant une petite maison entourée de verdure. Je suis distraitement la cérémonie un peu pompeuse pendant laquelle Umbric se plie servilement devant les dirigeants de l’Alliance. Il faut reconnaître une chose, son échec à maîtriser seul le Vide l’a rendu moins arrogant.
  Une fois nos serments faits, nous sommes libres d’aller dans la ville comme n’importe lequel de ses citoyens. Je me dirige vers l’ouest, et me retrouve en haut d’une falaise qui surplombe le port. L’air marin gonfle mes poumons, et le vent fait voler mes cheveux. Je regarde l’horizon, ma tâche ne fait que commencer, et j’ai hâte de m’y mettre.

  Adieu, Sin’doreis. J’ai une promesse à tenir.

   1 NdlA : j'ai pris quelques libertés avec le scénario en jeu de recrutement des elfes du vide. De toute façon, tout le monde sait que d'un point de vue lore, les elfes du vide ne sont qu'une grosse blagounette de Blibli, donc ça n'a pas vraiment d'importance, non ?

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« Réponse #7 le: lundi 16 mars 2020, 15:00:22 »
Ce texte a pour vocation, au sein de mon groupe RP, de faire un rappel sur une menace qui plane sur mon personnage, et qui avait été résolue il y a déjà un bout de temps, mais qui, semble-t-il peut rebondir à tout moment.

Pendant ce temps

   La pièce était sombre, mais un peu partout étaient disposés comme négligemment des cubes desquels émanait une lueur violette. La seule véritable source de lumière provenait d’un étrange dispositif en anneau, qui crépitait d’énergie arcanique, du moins, c’est ce que supposait l’homme qui venait d’entrer dans la salle. Avec le temps, il s’était habitué à l’atmosphère de cet endroit, mais les premières fois, il avait senti tous les poils de son corps se hérisser. Il avança d’un pas sûr jusque devant le grand portail, et attendit en silence que la communication s’établisse. Il connaissait assez bien son employeur pour savoir qu’il n’avait pas intérêt à montrer la moindre faiblesse, aussi resta-t-il de marbre quand l’énergie afflua dans le dispositif et qu’une image holographique de son interlocuteur apparut. Ce dernier prit la parole avec une voix dont les échos semblaient se perdre dans le lointain.

- Bonsoir, cher collaborateur. Quelles sont les nouvelles pour que vous demandiez une entrevue avant la date prévue ? Mon temps est précieux, faites vite.
   L’homme se racla la gorge, et mit toute l’assurance dont il était capable dans sa réponse, même s’il savait qu’elle déplairait.
- Bonsoir, Prince-Nexus. Il s’est passé énormément de choses depuis notre dernier entretien, et je crains que ce rapport soit plus complexe que les précédents. Je serai bref, néanmoins.
   Il inspira, remettant ses pensées en ordre. Il s’était préparé, mais un faux-pas pouvait toujours arriver.
- Lors de notre dernière rencontre, je vous signalais que l’individu sous surveillance était en préparatif de déménagement. Comme toujours avec cette personne, la surveillance est très délicate, d’autant plus avec les événements politiques qui sont survenus sur notre planète. J’ai pu assez facilement tracer ses mouvements et suivre son ordre qui est parti s’installer dans le Nord du continent, même s’il est devenu très délicat d’installer un mouchard dans leur nouveau bastion. La sécurité au sein du groupe a fortement augmenté, en réponse à leur installation dans un milieu hostile, mais j’ai pu suivre de loin notre sujet, comme convenu.

   Il marqua une légère pause. Son interlocuteur restait de marbre, si tant est qu’on puisse suivre les expressions d’un être fait d’énergie.
- Il y a eu quelques complications lorsque le sujet a participé à la bataille pour la reprise de Lordaeron, j’ai craint de le perdre, mais il s’en est sorti. En revanche, conséquence de cet acte de guerre, le sujet a ensuite passé beaucoup de temps hors de son bastion, et j’ai dû le faire suivre par des moyens plus traditionnels, ce qui s’est avéré difficile tant le groupe était sur ses gardes. Je n’ai cependant pas remarqué de comportement suspect pendant cette période. La seule véritable chose dérangeante a été le rapprochement de notre sujet avec un individu capable de détecter notre mouchard avec plus d’aisance que la plupart des autres, et notre incapacité à limiter ce rapprochement.
   L’image du Prince-Nexus sembla froncer les sourcils ou l’équivalent. Mais il resta coi, attendant la fin du rapport. L’homme face à lui luttait pour garder contenance. Il espérait que l’odeur de transpiration qui émanait de lui n’était pas transmise par la projection.
- J’ai reprogrammé le mouchard de leur bastion pour qu’il reste à plus grande distance qu’avant, afin d’éviter tout risque, entrainant malheureusement une perte d’information que j’ai estimée moins grave que de se faire découvrir. J’ai donc compris trop tard que leur ordre partait en camp d’entrainement dans la nature, dans une des îles de l’archipel où ils avaient séjourné auparavant. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé pendant cette quinzaine de jours, mes efforts de recherche pour les retrouver ayant été vains.
   Il ne put s’empêcher de parler plus vite, malgré ses efforts pour se calmer. Il sentait la sueur perler sur son front. Le pire était encore à rapporter.
- Heureusement, le sujet est revenu à son bastion, certes blessé mais en vie. Il semblerait néanmoins qu’il ait profité de ce temps hors de vue pour encore plus se rapprocher de l’individu problématique. J’ai craint un moment qu’il apprenne à repérer lui-même le Vide et les Ombres, mais il ne semble pas enclin à suivre cette voie, en tout cas pour le moment. Mais ce n’est pas pour cette raison que j’ai tenu à vous faire mon rapport en avance, Prince-Nexus. Le véritable problème, c’est que j’ai perdu contact avec le mouchard.

   L’image de l’étherien se raidit, on pouvait sentir une certaine tension monter dans la pièce. L’homme s’empêcha de regarder vers les cubes violets, et resta droit pour terminer son rapport.
- Il y a eu un événement étrange, après quelques jours où tout le personnel du bastion semblait anormalement sur les nerfs. J’ai subitement perdu le contact, mais j’ai eu le temps de percevoir comme une puissante poussée ténébreuse juste avant la coupure. Il se peut que quelque chose ait surpassé notre contrôle sur la créature. J’ai pensé que vous deviez être prévenu le plus vite possible.
   Il se tut, attendant droit comme un i, les mains dans le dos, la réaction de son employeur. Celui-ci semblait plongé dans une grande réflexion. Il prit finalement la parole, après quelques minutes de silence.
- Oui, vous avez bien fait de me prévenir. Il se passe bien des choses sur Azeroth à l’heure actuelle, mais je suis surpris que des répercussions aient eu lieu en cet endroit éloigné.
   L’homme fut soulagé d’apprendre qu’il n’avait pas dérangé son employeur pour rien, et sut ne montrer aucune réaction quant aux connaissances qu’il pouvait avoir des événements survenus sur la planète.
- Je compte sur votre ingéniosité, mais il faut que nous gardions impérativement un œil sur le sujet. Puisqu’il est exclu de faire usage d’un nouveau mouchard pour le moment, je laisse libre cours à vos compétences pour la mise en place de la surveillance. Si un nouvel événement de même ampleur devait se reproduire, contactez-moi immédiatement.
- Oui, Prince-Nexus.

   L’homme salua l’image, qui disparut sans attendre. Il se détendit, et sentit le bout de ses mains trembler. Les choses s’étaient plutôt bien passées, il s’était attendu à pire. Du moins, jusqu’à la sentence finale. Il resta là, plongé dans ses pensées. Il fallait trouver un moyen d’espionner le sujet, sans se faire remarquer, mais il avait l’impression que cela dépassait ses compétences. Néanmoins, il était inconcevable qu’il n’obéisse pas à son employeur. Petit à petit, une idée audacieuse germa dans son esprit.