Auteur Sujet: [Débat] Le marché du travail et le chômage  (Lu 3349 fois)

0 Membres et 1 Invité sur ce sujet

Hors ligne D_Y

  • Âme sombre
  • Stratège de Din
  • Sage Goron
  • *****
  • Messages: 9908
    • Voir le profil
[Débat] Le marché du travail et le chômage
« le: mercredi 21 mars 2018, 13:38:59 »

Je lance un petit sujet sur le marché du travail actuel et le chômage (et ses différentes réformes actuelles et à venir). Je sais que plusieurs personnes sont encore au lycée, stressent pour le bac (ou le brevet pour les plus jeunes) et pour qui le marché du travail est encore une douce chimère. Mais quelques petits axes de réflexions pourraient permettre à certains de réfléchir lorsqu'ils seront sur Parcoursup.

Comme la plupart des gens se lèvent le matin pour galérer et survivre, qu'il est plus ou moins admis que notre catégorie socio-pro a une influence majeure sur notre niveau d'étude (et que la plupart des gens viennent de CSP au mieux "modestes"), que la compétitivité de notre modèle économique actuel favorise le travail aliénant et répétitif et l'écrasement des individus (on en a eu un bon exemple ici avec maintenant l'ex-job de @Krystal :8):), que les diplômes perdent en valeur du fait de l'engorgement des études sup qui fait que des niveaux bac+5 peuvent être entrainés à faire des boulots sous-qualifiés, que les recruteurs sont souvent absurdes (cercle vicieux du "vous avez pas d'expérience" qui fait qu'on est pas pris et qu'on gagne pas d'expérience pour avoir un travail qui demande de l'expérience), et qu'en plus tout ça ne va pas s'arranger à cause de la mécanisation de la plupart des emplois (bonne ou mauvaise chose ? si on perd des emplois seront nous en mesure d'en créer des nouveaux ? si oui y'aura t-il une phase de transition ? de combien de temps ? sera t-elle hardcore à vivre pour des gens qui auront l'impression de n'être plus utiles en rien) ?

Bref, partons du postulat que, généralement, un humain est obligé pour manger d'avoir un boulot qui ne l’intéresse pas (pour être poli), même en étant qualifié. Ce qui remet sur la table le débat "Un humain est-il naturellement fait pour travailler ?". Sans rentrer dans les postulats débiles du genre "vivement qu'on revienne au temps des chasseurs-cueilleurs", la question, je pense mérite qu'on se la pose.
En d'autres termes, notre confort de vie mérite t-il tant de misère ? Donner du jus au capitalisme et au consumérisme sur la vie des hommes est-il un sacrifice qui vaut le coup ? Selon Harari (l'auteur du livre "Sapiens", vulgarisateur mais que je conseille), le cercle vicieux a été commencé pendant la Révolution Agricole, qui a obligé les hommes à vivre enchainé aux champs, dépendant des saisons, qui si elles pouvaient détruire les champs condamnaient les agriculteurs et leurs familles à la famine (et souvent à la mort). Sans parler du fait que l'agriculture est un métier très difficile qui brise (c'est déjà pas évident même avec nos moyens modernes, donc le labeur exténuant dans ce domaine se calcule en millénaires). Bref à cette époque les hommes ont perdu en confort de vie car auparavant nous vivions en tribus nomades, une tempête ne signifiait pas la mort mais le déplacement, et notre survie ne dépendait pas d'heures et d'heures de travail mais de choses beaucoup plus simples, plus liées à la Nature. Le reste servait à se sociabiliser au sein de la tribu (c'est important car le travail moderne perd son aspect de sociabilité pour devenir plus compétitif).

Bon, c'était l'instant hippie, après loin de moi l'idée de dire que l'époque des chasseurs-cueilleurs est une époque bénie ; elle est bien plus mortelle et sauvage à bien des égards, mais en terme de valeurs humaines, nous ne sommes peut être pas si évolués que cela par rapport à cette époque.

******************

Maintenant le chômage.

Comme vous le savez (ou pas), le gouvernement Macron a décidé de serrer la bride sur les chômeurs. Grossièrement, un chômeur sera obligé d'assister (pour ne pas dire accepter) à des entretiens organisés par Pôle Emploi. S'il ne le fait pas, Pôle Emploi le radie pendant deux mois, coupant naturellement les indemnités chômages.

Alors déjà première chose, avoir confiance en Pôle Emploi n'est pas une chose vraiment aisée, je pense que quiconque ayant un jour été en relation avec cet organisme en garde un mauvais (neutre dans le meilleur des cas) souvenirs. J'ai personnellement passé quelques temps dans quelques Pôle Emploi et ceux ci ne m'ont jamais été utile une seule seconde (je plaisante pas). Mais bref ça dépend des expériences de chacun, on va pas s'étendre là-dessus. Même si on pourrait arguer du risque qu'un chômeur bien diplômé se retrouve à être obligé de faire des entretiens pour travailler à Lidl.

Ce qui est plus intéressant au contraire est cette stratégie de répression des chômeurs.
La faille de la stratégie de Macron, c'est principalement qu'il y a un problème offre/demande. En d'autres termes, il y a littéralement pas assez de boulot pour tout le monde en France. Donc si dans un monde idéal toutes ces offres étaient pourvues, il y aurait toujours des chômeurs qui fatalement seraient privés de leurs droits. Ce qui fait qu'on enlève, plutôt arbitrairement, un moyen de subsistance pour des millions de gens (ce qui peut dans quelques cas signifier la rue).

Ça parait gros ? Ça l'est peut être, mais c'est mathématique. Admettons cependant qu'il y ait pile poil le bon nombre d'offres pour le bon nombre de chômeurs. Le chômage est à 0%, Macron est acclamé, il a réussi à faire disparaitre la pauvreté de son pays. Faire disparaître ou cacher ? Le modèle allemand nous enseigne que les taux de chômage les plus faibles sont des anomalies dans l'Histoire, et quand ce n'est pas le cas elles cachent beaucoup de misère sociale et de pauvreté (comme en Allemagne donc où les emplois précaires sont légion).

Pourquoi, dans notre pays, on charge tout sur le dos des chômeurs ? Pourquoi on a ce culte de la richesse et la haine de ce qu'on appelle "l'assistanat" de manière péjorative ? Dans une société qui produit assez de richesse pour nourrir, loger (coucou les SDF) et éduquer littéralement tout le monde, on voit un accroissement de la misère sociale, toutes les réformes honteuses creusant cette misère sont prises soit avec indifférence soit avec joie par des personnes qui en pâtissent mais qui approuvent pour des raisons obscures (et qui ont souvent des notions de politique et d'économie dans les choux, mais je fais des procès d'intention). Ne pourrait-on imaginer que les chômeurs sont volontairement présentés comme des paresseux et des assistés, voués à la pauvreté par dessus le marché, pour la seule raison de faire peur aux travailleurs, de leur faire accepter des boulots aliénants, fatigants et répétitifs, chose qu'ils n'auraient naturellement jamais acceptés si ne pesait pas au dessus de leur tête cette épée de Damoclès ?

Ou alors pourrait-on arguer que le monde du travail n'est pas vraiment adapté à l'Homme. La croissance exponentielle dans laquelle nous sommes plongé n'est pas infinie, elle s'arrêtera de gré ou de force (plus vraisemblablement de force). Outre les handicaps et problèmes physiques/physiologiques qu'il provoque, on pourrait aller jusqu'aux problèmes de la centralisation parisienne, et conséquemment du nombre d'automobiles qui sont sollicitées (= pollution = des milliers de morts par an sans parler d'autres problèmes liés à la voiture).
Mais bref sans vouloir partir trop loin, nous sommes peut être à l'aube (espérons le du moins, l'espoir c'est la seule chose qui fasse tenir) d'une révolution de pensée par rapport au monde du travail. La relation employeur > employé (travailler pour quelqu'un qui nous envoie des miettes) est assez récente dans l'histoire humaine, elle n'est pas plus éternelle que la croissance, il n'est pas impossible qu'un jour une nouvelle théorie économique pointe le bout de son nez, libérant une proportion non négligeable des humains de leur esclavage moderne.

Voilà je m'arrête là parce que je suppose que ce pavé est une purge à lire v.v
Néanmoins j'espère avoir émis ici quelques étincelles de pensée qui pourraient porter à débat, ce que je vous invite d'ailleurs à faire :oui:
« Modifié: mercredi 21 mars 2018, 13:45:08 par D_Y »
O proud Death ! What feast is toward in thine eternal cell ?

Hors ligne Duplucky

  • Prince Zora
  • *
  • Messages: 13183
  • Dragon Gardien d'Hyrule
    • Duplucky
    • SW-8379-3575-2786
    • Voir le profil
    • http://soignies.miniville.fr/ind
[Débat] Le marché du travail et le chômage
« Réponse #1 le: mercredi 21 mars 2018, 14:58:51 »
Vos êtes à l'aube de rien du tout. Ca fait bien 4-5 ans que ça existe en Belgique (que je le subis personnellement, d'ailleurs.) et ça ne remet pas en cause le concept même du travail. Les chômeurs ont bons dos et sont la cause de tous les problèmes du pays, point barre.

En Belgique, notre Pôle Emploi national ne fait RIEN pour nous aider. Ce qu'ils demandent, c'est qu'on envoie un certain nombre de cvs par semaine et c'est tout. Osef de la pertinence de tes recherches et si par malheur, les employeurs potentiels ne daignent pas te répondre (et ils ne le feront pas), c'est toi qui te feras saquer dans tous les cas. Ils sont plus là à cultiver le chômage qu'à aider les gens à s'en sortir.

Même si je n'ai pas encore réussi à décrocher un job, ma recherche d'emploi a drastiquement progressé depuis que j'ai été exclu du système car je ne suis plus leurs lignes de conduites et je fais des trucs qu'ils ne m'auraient jamais suggérés de faire, trucs qui s'avèrent plutôt payant puisqu'à défaut d'avoir un job, je suis maintenant au moins sur une petite vingtaine de listes d'attentes, à... attendre qu'un poste se libère.

Pour moi, y a vraiment un gros soucis quelque part dans le système actuel et il est grand temps que les gens se réveillent et prennent conscience de ce qui se passe au lieu de bêler. Et Macron ne fait qu'imiter ce qu'il se fait en Belgique. Vous allez bien vous amuser, ça c'est moi qui vous le dit !

Ah et désolé, j'ai un peu lâché ce que j'avais sur le coeur du coup, j'oublie la question plus philosophique de l'homme est-il fait pour le travail ?

J'ai envie de répondre : non, juste non. Au fil des siècles, la société a développer une sorte de cage dans laquelle les gens ont été enfermés limite à leurs insu. De quel droit notre liberté dépend de notre capacité à gagner des sous ? Depuis quand on doit demander l'accord à quelqu'un d'autre pour pouvoir partir en vacances ou autre ? Et des vacances/congés limités, hein ? Je pensais qu'au bout d'un moment, on devenait adulte et on assumait nos choix, mais de ce que j'ai pu voir du temps ou on travaillait, on en est toujours au stade "maitresse, je peux avoir un jour congé, svpls ?" car l'intérêt principal de la société ce n'est ni la personne, ni sa famille, mais clairement l'entreprise qui est prioritaire. J'ai limite envie de dire que c'est de l'esclavage mais avec une carotte au bout pour éviter que le petit peuple se rebelle de sa condition. et le pire, c'est que ça marche. Dans la façon dont on vit actuellement, je ne vois aucune liberté, ou juste une liberté illusoire et les gens se complaisent dedans.
« Modifié: mercredi 21 mars 2018, 15:12:09 par Duplucky »

Hors ligne Nilezor

  • Piaf postier
  • *
  • Messages: 6330
  • Auguste de l'Empire romain d'Orient
    • chevrier.raphael
    • raphou56340
    • RaphaelChevrier
    • Voir le profil
[Débat] Le marché du travail et le chômage
« Réponse #2 le: mercredi 21 mars 2018, 20:21:07 »
Je n'ai pas vraiment le temps de participer à la discussion mais ça m'intéresse. Sur le chômage, je suis tombé hier sur un article de Marianne qui est à mon sens très juste. Je vais vous en partager une phrase : "Par un retournement d’optique imposé à force de propagande, on arrive à une situation ubuesque qui voit les premiers responsables du chômage traités comme des êtres supérieurs, des gagnants, des risquophiles, tandis que les salariés exclus de monde du travail sont sommés de rendre des comptes, de justifier de leur bonne foi et de prouver leur innocence." (https://www.marianne.net/debattons/editos/le-chomeur-individu-presume-coupable-de-ne-pas-rechercher-un-emploi)

Concernant le travail, ça dépend. Ca dépend de ce qu'on entend par travail : une activité ou un emploi ? Pour la première, oui ; parce qu'un travail, dans ce sens, peut être une source de plaisir et d'épanouissement. Un travail peut alors être n'importe quelle activité, rémunérée ou non. Un intellectuel, un artisan ou que sais-je, peut aimer ce qu'il fait. Il peut le faire en tant qu'activité principale, ou bien sur son temps libre. Par contre, un emploi est plus souvent  subi. La plupart des gens n'ont pas particulièrement de plaisir à accomplir les tâches qui leur sont confiées. Dans ce cas-là, l'individu occupe cet emploi juste pour se nourrir parce que le système le lui impose.
« Modifié: mercredi 21 mars 2018, 20:27:46 par Nilezor »
“My philosophy is basically this. And this is something that I live by. And I always have. And I always will. Don't ever, for any reason, do anything to anyone, for any reason, ever, no matter what. No matter ... where. Or who, or who you are with, or where you are going, or ... or where you've been ... ever. For any reason, whatsoever.” Michael Scott.

Hors ligne Taiki

  • Piaf postier
  • *
  • Messages: 6316
    • Voir le profil
[Débat] Le marché du travail et le chômage
« Réponse #3 le: mercredi 21 mars 2018, 23:29:04 »
On blague souvent avec des amis en disant qu'on va faire l'esclave quand on va travailler.

Le problème est loin de ne se poser qu'en France, malheureusement c'est partout dans le monde comme ça.
Que l'Homme soit naturellement fait pour travailler ou pas n'est pas la question importante je pense, mais plutôt pourquoi travaillons nous ?
Pour de l'argent, pour survivre donc, mais aussi pour avoir du confort et pouvoir consommer.

Mais du coup, quelle alternative, pour survivre (un toit, un lit, de la nourriture), du confort et de la consommation (loisirs..) si ce n'est en travaillant ?
J'en vois aucune, personnellement.

J'ai beau moi même trouver que c'est un peu de l'esclavage moderne, je ne vois aucune autre solution viable à ce modèle (par contre par exemple dans ma vie je fais tout pour que dans le futur je n'ai plus à vivre du salariat, on peut travailler sans être le salarié de quelqu'un), je suis curieux de voir si vous avez des alternatives par contre.

Maintenant les vrais problèmes en France par exemple pour moi se trouvent au niveau des diplômes. On demande des diplômes pour tout et n'importe quoi.
Sauf que le diplôme ne prépare pas du tout au monde du travail, à la pratique. Je ne compte plus le nombre de cas que j'ai connu qui ont ramassé un mur dans le monde du travail. Des professeurs qui avaient beaucoup de connaissances certes mais pas pédagogue pour un sou, des comptables qui n'avaient aucune capacité d'adaptation, des contrôleurs de gestion en PLS devant la méthode de travail de leur entreprise et je suis sûr que dans tout les corps de métier il y a des cas comme ça.

Et même de mon expérience, tout ce que j'ai appris dans mes études ne m'a absolument pas aidé pour mon taf (pourtant relaté à ces études), j'ai tout appris sur le tas directement.

Après bien sûr, il vaut mieux avoir un certain bagage technique, culturel pour certains métiers, bien évidemment. Mais le diplôme reste trop surcoté à mon sens.

Sinon en soi, si quelqu'un rejette vraiment le mode de vie de "l'esclave moderne", on peut vivre au RSA+APL (cumulé on tape les 750-800€/mois) en France donc c'est possible :  avoir à manger, un toit. Par contre il faut accepter de renoncer un peu à la consommation, au confort.

Tout se paie d'une manière ou d'une autre.

La seule "libération" de l'esclavage moderne que je vois c'est l'avènement du machine learning, des contrats intelligents et de l'intelligence artificiel. Le tout automatisé, autonome. Qui remplacera l'homme d'abord dans les métiers les plus simples (dans l'administratif, la manutention, la vente pour ce que j'ai en tête là) puis petit à petit dans des métiers de plus en plus techniques. C'est plus de la science fiction pour moi ça, c'est véritablement ce qui nous attend.

Et je pense qu'à ce moment là on devra forcément avoir un revenu universel. Mais il y a du chemin encore pour arriver à là, et beaucoup vont pâtir des premiers métiers qui vont disparaître je pense, ça va provoquer maintes crises à n'en pas douter.

On a aussi un "problème" qui n'a pas été évoqué, c'est la génération qui a 50-60 voir 70 ans actuellement. Ces personnes là ont tout eu, relance de l'économie après la guerre, un marché immobilier peu cher, un taux de livret A à 8% (sisi), pouvoir trouver un travail sans trop de difficultés sans même avoir de diplôme et la possibilité de monter les échelons d'une entreprise et donc se faire une carrière.
C'est super pour eux, je ne veux pas critiquer sur ce point, c'est tant mieux. Mais ils ne se rendent pas compte de la difficulté des jeunes d'aujourd'hui, et le problème c'est très souvent c'est cette génération qui est au commande d'un pays. Il y a donc ce conflit générationnel "va travailler, achète une maison", sauf que les conditions ne sont pas les mêmes. Alors certes notre génération a plus de liberté, de confort de part les nouvelles technologies et compagnie mais en contrepartie... Ils s'en foutent de vendre une maison 10x le prix acheté il y a quelques dizaines d'année à un jeune qui va s’enchaîner à 20 ans de crédit à travailler.

La vision de Dup' est assez puéril je trouve. T'es dans un contexte professionnel, aie un peu de bon sens. Imagine toi employeur, et ton salarié te dit "ouais je pars en vacance demain pendant 3 mois a+ ah et n'oublie pas de me payer". On pense toujours côté salarié mais il faut aussi penser à l'employeur qui a un business à gérer. Je dis pas qu'il a tout les droits loin de là, je défend rarement les employeurs d'ailleurs, mais sur ce point là wtf ? Evidemment qu'il est normal de demander si on peut prendre des congés, il doit s'organiser en conséquence (après s'il refuse c'est une autre histoire, ça craint déjà plus), de même que la limite des 5 semaines de CP est normale, on est déjà un des pays qui a le plus de CP, l'employeur/la caisse de CP nous paie je le rappelle pendant les congés payés, l'argent sort pas par magie.

Concernant le chômage, ça c'est une autre histoire mais je ne me prononcerais pas trop dessus.
Je réagirais juste au "culte de la richesse et la haine de l'assistanat", souvent dans la vie de tout les jours, j'ai plus vu l'inverse en vérité. Tout le monde semble détester ceux qui réussissent dans la vie ici. Je pense qu'il est normal de promouvoir la réussite plutôt que l'assistanat en tout cas. On va pas glorifier les glandeurs non plus.
Par contre tout les chômeurs ne sont pas des profiteurs (padamalgame tout ça) et en faire pâtir ceux-ci je suis d'accord que ça craint.
« Modifié: mercredi 21 mars 2018, 23:31:45 par Taiki »

Hors ligne D_Y

  • Âme sombre
  • Stratège de Din
  • Sage Goron
  • *****
  • Messages: 9908
    • Voir le profil
[Débat] Le marché du travail et le chômage
« Réponse #4 le: jeudi 22 mars 2018, 00:03:31 »
@Taiki Ah mais mon but sur ce débat n'est pas de trouver une alternative viable. Si j'étais suffisamment intelligent pour révolutionner notre modèle économique j'aurais fait l'ENA ou Polytechnique je serais pas en train de poster sur PZ.
Après le fait que personne n'y ait pensé ne veut pas dire que c'est impossible. Qui aurait cru il y a un peu plus d'un siècle que le capitalisme aurait pris cette tournure ? Pas même Adam Smith je suis sûr. Bien sûr comme c'est parti il y a peu de chance que ça change demain mais avec le réchauffement climatique, les futures grandes migrations, la surpopulation, la mécanisation du marché, la mutation est en marche qu'on le veuille ou non (que ça évolue en bien ou en mal c'est une autre histoire par contre).

En plus des 60aires comme t'as dit, le vrai problème pour notre génération je pense aussi qu'on est pile poil entre le travail traditionnel et le travail mécanisé. Apprendre à programmer par ex à l'école serait une piste pour nous préparer à ça pour l'avenir, malheureusement une minorité de notre génération sait coder alors que ce sera sans doute une compétence capitale avec les machines (je ne pense pas me tromper en disant cela). Quand cela arrivera (et je suis d'accord avec toi que ça arrivera tôt ou tard) il y aura du monde sur la touche, qui se retrouveront au chômage sans compétence particulière et qui seront bloqués soit entre les emplois vraiment dégradants, soit les emplois qui demandent un minimum de compétences.
De plus avec la mondialisation galopante, la maitrise des langues étrangères devrait être une priorité mais là-dessus no comment dans notre éducation actuelle...

Sinon je trouve que la mentalité "il faut promouvoir la réussite plutôt que l'assistanat" est le pire blocage qu'on puisse faire pour le revenu universel. Tu l'as dit toi même gagner de l'argent est le noeud du problème, pourtant tu cites le revenu universel qui va contre l'idée de travail aliénant et pénible, et pour plus de liberté individuelle. C'est bien qu'on a les idées pour faire un monde fonctionnant à l'argent sans les (gros) défauts actuels. Quant à garder notre confort actuel, j'ai aussi envie de dire que le confort est pas mal relatif, certes on ne vit pas comme des esclaves d'égypte antique mais c'est pas Byzance non plus pour la plupart d'entre nous.

Le principal soucis avec notre économie actuelle c'est que les idées les plus sociales sont entièrement contre intuitives. Le revenu universel, par exemple, a du mal à passer en travers de la gorge parce que ça nous donne l'impression que tout le monde va quitter son boulot pour vivre pépère à jouer à la console toute la journée. Les études réelles sur le RU montrent que contrairement à cette idée reçue, le revenu est totalement bénéfique pour notre économie car il pousse à consommer, d'une, et de deux les gens qui le touchent sont, paradoxalement, plus enclins à travailler ! La pauvreté et la pression constante des fins de mois difficiles ont l'effet psychologique de rendre contre productif et moins rationnel. A contrario le revenu universel permettrait non seulement de favoriser la consommation, augmenter l'éducation dans les milieux les plus pauvres (ce qui serait la meilleure façon de créer des entrepreneurs en devenir et donc de l'emploi), mais même motiverait chacun à s'investir pour davantage faire d'effort sur ce qui plait réellement (et donc le but ultime : faire des métiers épanouissants).

Après c'est l'idée ça, on est pas à l'abri de voir une large partie de la population ne rien foutre, mais en théorie le revenu universel se finance de lui même sur le long terme (par des moyens détournés), donc économiquement il n'est pas une aberration. Et là où je veux en venir c'est que le chômage marche à peu prés de la même manière : il permet de consommer et est, à terme, bénéfique à l'économie et à la société. Réprimer le chômage est une aberration économique. Le clivage vient du fait qu'il y a, basiquement (trés basiquement même car le chômage est psychologiquement très dur à vivre et beaucoup essayent de s'en sortir comme ils peuvent), des gens qui se cassent le cul, et d'autres qui en profitent. Culturellement on préfère privilégier ceux qui se cassent le cul plutôt que ceux qui en profitent (je dis pas que c'est anormal), sauf que le système qui fait se casser le cul aux gens est quand même une sacrée purge dans la plupart des cas. Donc, au lieu d'accepter la réalité du monde contemporain tel qu'elle est, je pense que nous sommes capables de faire changer les choses en bien. Il y a de fortes chances qu'il y ait toujours un clivage riches/pauvres, c'est quelque chose d'assez universel dans les sociétés modernes (seules sont épargnées les tribus encore sauvages), mais on peut rendre plus vivable la pauvreté cela dit, on en a largement les moyens.

En plus du chômage, je vois le relogement des SDF comme idée contre instinctive. On ne veut surtout pas donner un logement gratos à un SDF alors qu'à la rue, celui ci coûte plus cher (en frais d'hôpitaux par ex) que si on lui donnait un appart comme ça, sans contrepartie. De plus cela lui permettrait de reprendre pied et de chercher un travail, ce qui serait sur le long terme largement bénéfique à la société. Mais on ne le fera jamais car on vit dans une méritocratie absurde et que les mentalités qui semblent couler de source sont vraiment très difficiles à changer.

@Duplucky Mon passage "à l'aube de..." ne ciblait pas nous les français mais l'humanité en général qui serait à l'aube de révolutionner son mode de vie. J'imagine bien qu'on a pas le pire système de chômage du monde et qu'on a rien inventé.
« Modifié: jeudi 22 mars 2018, 02:53:49 par D_Y »
O proud Death ! What feast is toward in thine eternal cell ?

Hors ligne Duplucky

  • Prince Zora
  • *
  • Messages: 13183
  • Dragon Gardien d'Hyrule
    • Duplucky
    • SW-8379-3575-2786
    • Voir le profil
    • http://soignies.miniville.fr/ind
[Débat] Le marché du travail et le chômage
« Réponse #5 le: jeudi 22 mars 2018, 13:04:13 »
@Taiki le congé est juste un exemple. Si tu veux un autre exemple, prenons la vie de famille. Je vois bien plus mon neveu que ses parents parce que je suis chômeur. Trouves-tu ça normal qu'un fils ne voit presque pas ses parents à cause du travail ? Pourtant, ils ne sont pas spécialement irresponsable. (Enfin si, pour l'un d'entre eux, mauvais exemple mais osef) Mais ils n'ont pas le choix d'aller bosser à 6h du mat pour ne revenir du boulot qu'à 19-20h et ce tous les jours.

Que le patron ait son entreprise à gérer, je peux le concevoir. Mais on en est au stade où il s'imisce tellement dans la vie de ses employés qu'eux ne peuvent plus vivre, si ce n'est que pendant une durée très limitée (5 semaines sur 50, ouaaaah, c'est énorme !) Après ça, quand tu seras retraité, tu seras trop usé pour faire tout ce que t'auras toujours voulu faire dans ta vie mais que tu n'auras jamais pu car t'auras travaillé comme un goret pour essayer de joindre les deux bouts.

Ne pas trouver d'alternative ne veut pas dire devoir accepter ce qu'on nous fait subir actuellement pour autant, je trouve.

@D_Y Dans ce cas, qu'est-ce qui te fais supposer que c'est le cas ? Moi, j'ai plus l'impression que les gens n'ont plus de cervelle et font leurs tâches en mode automatique, complètement soumis à leurs conditions de vie. 

Hors ligne D_Y

  • Âme sombre
  • Stratège de Din
  • Sage Goron
  • *****
  • Messages: 9908
    • Voir le profil
[Débat] Le marché du travail et le chômage
« Réponse #6 le: jeudi 22 mars 2018, 18:03:00 »
@Duplucky J'ai déjà donné quelques petits élements de réponses au-dessus. Aussi sur le fait qu'aucun modèle économique n'est vraiment éternel et que notre système actuel est fatalement voué non pas tant à disparaitre, mais à muter. Le fait que le monde du travail actuel soit considéré comme une belle daube par des gens comme toi ou moi prouve que les gens ne vont pas à la tâche sans réfléchir mais peuvent se questionner sur leurs conditions de travail (allez soyons fou, jusqu'à la condition humaine même). Même ceux qui s'en accommodent ont l'air de voir qu'il y a un malaise palpable.

Après je suis pas devin je sais de quoi l'avenir sera fait, mais comme on est incapables de prévoir comment sera le monde dans 10 ans, je peux je pense m'aventurer à dire qu'il y aura du changement (en bien ou en mal, j'ai pas d'avis sur cette question par contre). Même les plus grands empires ont chuté, je vois pas pourquoi l'occident serait immunisé au changement.
O proud Death ! What feast is toward in thine eternal cell ?