Auteur Sujet: Dans le cours du ruisseau  (Lu 2472 fois)

0 Membres et 1 Invité sur ce sujet

Hors ligne D_Y

  • Nunuche
  • Gardien de Farore
  • Commandant Yiga
  • *****
  • Messages: 9279
    • Voir le profil
Dans le cours du ruisseau
« le: vendredi 04 septembre 2015, 17:40:33 »
Le présent topic constitue ma première approche concrète sur le forum fiction de ce site, que j'ai souvent survolé d'un œil distrait. Certaines sources très bien informées sauront que j'ai déjà rédigé le nombre affolant de deux histoires, l'une concernant Twilight Princess, l'autre Naruto. Sachant l'aversion profonde que j'ai pour ces deux sujets à l'heure actuelle, il n'est pas bien dur de deviner que depuis ces nombreuses années, je n'ai pas cherché à réitérer l'expérience, jusqu'à ce jour.
Pourquoi ? Parce que plus je lis et découvre de nouveaux univers, plus mon imagination s'emballe. Il n'est plus du tout rare que mon esprit imagine de nouvelles histoires tellement prenantes (pour moi) que j'en ai du mal à dormir. Il ne fallait donc qu'une légère impulsion pour que j'ai la motivation d'écrire réellement quelque chose, et j'espère que cette impulsion me poussera suffisamment loin pour que ce sujet prospère et survive pendant encore longtemps.

Concernant les écrits en eux même, il faut comprendre qu'ils m'ont été inspirés par plusieurs auteurs connus, que les thèmes ne sont pas spécialement originaux, ni novateurs. Que le style ne m'est pas spécialement propre non plus. En réalité je considère cet exercice comme un entrainement, qui n'aboutira peut être pas à grand chose, mais dont la démarche est sincère. Donc si les histoires paraissent naïves ou manichéennes, c'est tout à fait normal, et c'est peut être même recherché.

Le maître mot est ébauche ;D

(je le vends peut être mal, mais bon j'ai quand même essayé de fournir la meilleure histoire que j'avais en tête à un moment t)

Je m'excuse par avance si se sont incrustées quelques vilaines fautes de syntaxe et de grammaire. Je n'ai pas appris à écrire à l'école mais par pratique, et les règles de grammaire me sont tout à fait inconnues (et plutôt barbantes). Néanmoins je ne pense pas que ça gêne énormément la lisibilité de l'ensemble.

Vous êtes en train de lire le premier post introductif, qui n'aura qu'une seule utilité, fournir des raccourcis vers chaque histoire. Sait on jamais, il se peut que le sujet fasse des dizaines de pages v.v Je le mettrai à jour, je l'espère, régulièrement, pour que la lisibilité de l'ensemble soit optimale. Néanmoins ça fait un vilain double post, mais je pense que c'était nécessaire.

Bref, rendez vous juste en dessous pour la lecture la plus affreuse de votre vie !
« Modifié: lundi 13 novembre 2017, 15:36:03 par D_Y »
O proud Death ! What feast is toward in thine eternal cell ?

Hors ligne D_Y

  • Nunuche
  • Gardien de Farore
  • Commandant Yiga
  • *****
  • Messages: 9279
    • Voir le profil
Mythopoeia DYeus
« Réponse #1 le: vendredi 04 septembre 2015, 17:54:46 »
Nova et Simurgh

      Au départ, il n'y avait que la terre, de grandes étendues de pierre, de sable et de boue, mais nul être pour y fouler le sol. Alors des Cieux vinrent les grandes fées. Elles bouchèrent les crevasses enflammées, firent couler les fleuves et les rivières, éclairèrent le ciel, et enfin ensemencèrent les sols, afin que le monde ne devienne que symphonie de couleurs.
La plus grande de toutes s'attela davantage à cette tâche que les autres. Elle s'appelait Nova, et alors que le Soleil émettait timidement sa nouvelle lumière, elle planta, dans les vallées, sur les montagnes, jusqu'aux limites du monde, et bientôt les graines devinrent de jeunes pousses, les jeunes pousses des arbres, et au bout d'un temps la forêt devint dense et profonde. Alors elle se peupla d'êtres de toutes sortes, des elfes, mais aussi des animaux, et êtres sylvains qui sautillaient de branches en branches en entonnant leurs joyeuses chansons. Ils suivaient les pas dorés de la fée, qui de sa lyre aux fils d'argent dansait et chantait, écoutait les murmures mélancoliques des arbres jeunes. De sa voix céleste elle faisait fuir tous les maux, toutes les mélancolies, et au milieu des sombres profondeur des bois, elle semblait une étoile tombée du firmament. Au milieu des étangs d'argent elle plongeait dans l'écume, nageant joyeusement au milieu des sirènes et des nymphes aquatiques.
Le coeur de la forêt était un chêne millénaire, planté alors que le monde émettait son premier souffle, que l'air était encore noir de la fureur du monde d'en-dessous. De ses racines il avait jailli avant tout autre, de sa cime il avait contemplé la naissance de ses fils et filles. Au milieu de ses hautes branches et de ses grandes feuilles habitait Nova. La joie envahissait son coeur, car surplombant sa création elle contemplait les délices de la Nature naissante, la vie galopant dans les herbes, les fougères, les buissons, les sylvains fêtant sans cesse toute chose les entourant, alors le monde était beau.

      Pourtant il arriva que des êtres nouveaux naquirent des roches et des terres boueuses, ogres, trolls et dragons qui n'aimaient pas les arbres, ni les galopantes rivières qui baignaient la forêt de leur liquide vital. Ils s'éloignèrent vers les montagnes, dans des régions plus ouvertes et plus ténébreuses, et sur leur passage déracinèrent et brûlèrent les grands troncs, témoins de la genèse du monde, réduits dans leur impuissance à des souches mortes, laissant couler jusqu'à la dernière goutte de sève salvatrice. Les dragons s'envolèrent vers les régions plus chaudes, ils s'installèrent sur des pics touchants les cieux, brûlèrent le flanc des montagnes, et creusèrent dans ces nouveaux rocs dénudés jusqu'aux racines du monde. Là ils se baignèrent dans la chaleur des enfers, éveillant quelques fois leur cœur enflammés à la surface, brûlant les airs et détruisant tout selon leur vouloir et leur méchanceté. Les ogres descendirent dans les vallées profondes, et là établirent leur immonde civilisation. Ils bouchèrent les fleuves, noyant des régions entières, et de là naquirent des marais putrides, gigantesques et mortellement dangereux. Car c'était là qu'aimaient se baigner les maudites créatures, des ogres mais aussi des êtres malfaisants, sombres esprits aimant les sombres et puantes eaux des marais.
Du haut de sa tour sylvestre, Nova contemplait ces ravages. Une grande tristesse s'empara de son âme, car elle avait vu de profondes racines arrachées sans pitié, des sylvains sacrifiés par plaisir, et alors le monde ne lui parut plus aussi beau, et enfin elle comprit que la méchanceté et la malice faisaient partie de la grande symphonie des fées.

      Car il y avait, dans le grand royaume céleste, une fée puissante, malicieuse et mauvaise. C'était la fée de la Mort, et elle regardait avec dégoût tout le beau travail réalisé par ses sœurs. Elle vivait en haut de la Tour de la Nuit, demeure immortelle et hors des esprits de chair. Elle n'avait pas été bâtie par les fées, et nul ne connaissait sa véritable provenance. Mais la Mort y avait élu domicile, surplombant les basses régions qu'elle considérait avec dédain, tissant de noirs plans pour gâcher et détruire. Nulle fée n'avait les doigts aussi fins et habiles qu'elle, de sa noire harpe elle jouait sa mélodie mortelle, et chaque être y avait sa note, car elle se plaisait à se nourrir des âmes qu'elle arrachait de l'existence, nourrissant son insatiable appétit. Mais avant tout, de ses cheveux sombres comme le néant, elle tissait des histoires sombres et mauvaises. C'était son unique plaisir, ses fresques macabres emplissaient les murs, et de ses œuvres elle influençait l'histoire du monde, choisissait les destinées selon son vouloir. En voyant les larmes d'or de sa sœur Nova, elle eut un rire glacial, déchirant le vide et brisant toute chaleur. Elle coupa une partie de sa chevelure, et alors elle pensa à de nouveaux desseins.
"Alors ton vert royaume ne sera plus que mort. Le monde alors sera plongé dans la nuit éternelle. En son noir cœur j'y établirai mon empire."

      Au milieu du cercle du monde, il y a un désert sans fin, chaud et sec, témoin de l’ancestral passage des dragons destructeurs. Plus rien n'y pousse, ni ne vit, car les charognards même n'y trouvèrent plus de nourriture. Pourtant, au fond de ce désert s'élevait un mont, et en son sommet était un temple majestueux. Ce temple honorait la Mort elle même, et pendant longtemps elle en trouva orgueil, car nulle autre fée n'était honorée de la sorte. Pourtant elle ne songea pas que les fées ne cherchaient aucun honneur. Elles ne se sentaient jamais supérieures à leurs créations, pas plus qu'une mère ne se sent supérieure à son enfant, mais elles trouvaient de la joie à voir la vie s'épanouir, plus qu'elles ne cherchaient à la soumettre.
Pourtant l'on dit que c'est au sein même de ce temple que naquirent les premiers Spectres. Ils étaient hommes, et de leurs noirs yeux imprégnés des ombres de la nuit ils contemplèrent la majestueuse stature de la Mort. A cause de leur esprit vierge de toute beauté, elle devint donc leur seule déesse, et depuis lors ils marchent à ses talons, esclaves de sa seule volonté. Âmes fantomatiques, ils découvrirent la nuit, la désolation et la mort.
 "Marchez, créatures ! Vous qui êtes nés de mon propre sein, votre destinée vous mène en des régions plus lointaines, là où vivent des êtres joyeux et libres. Joie ! Liberté ! Que de mots nobles. Mais vous, hommes nouveaux, votre liberté s'acquiera tout autrement. Ne vous mêlez en rien à des bas êtres, vous seuls vous créerez votre propre liberté !"
Ainsi, au bout d'un temps, ils se mirent en route, marchèrent des lieues et des lieues, détruisant comme leur avait enseignée leur belle créatrice. Du haut de sa montagne ancestrale, pourtant, elle songea. Que peuvent de si frêles créatures, contre des esprits puissants de fées ? Alors dans sa malice elle se rendit au cœur de la montagne, là naquit l'oiseau Simurgh, aigle gigantesque.
"Destrier maudit, ira tu voler au dessus des plus hauts nuages, côtoyer l’Éther, de ton œil vif seconder mes serviteurs ? Arrache de tes serres puissantes la vie que je t'ordonne de voler. Va ! Loin au Nord des Marais des Ogres il y a une forêt verte et luxuriante. Prend ton envol et détruit son cœur !"

      Il écouta, et de sa puissance s'arracha du flanc de la montagne. Dans le souffle de ses ailes majestueuses se formèrent de puissants ouragans. Le monde tressaillit à la puissance de ce vent, chaque être se réfugia, sentant en son âme un noir présage de mort.
____________________________________________________________

J'ai coupé en plusieurs parties l'histoire pour une question de lisibilité v.v Voyez ça comme une introduction (même si le reste ne sera pas spécialement long imo).
« Modifié: mardi 08 septembre 2015, 18:37:35 par D_Y »
O proud Death ! What feast is toward in thine eternal cell ?

Hors ligne Yan930

  • Kokiri Espiègle
  • *
  • Messages: 4053
    • Voir le profil
Mythopoeia DYeus
« Réponse #2 le: vendredi 04 septembre 2015, 18:06:10 »
Pour commencer, je dois te dire que ton écriture est extrêmement agréable à lire. Tu as un style, même les descriptions se laissent lire sans aucun soucis, bref heureusement que tu ne sois pas un Zola-like .
Tu poses déjà une base sur la genèse de ton monde, vivement de voir comment la suite va rendre.
Sinon, concernant Simurgh, il me semble que @Duplucky a affronté le miens dans pokémon XY et qu'il avait pris une belle rouste. Donc vivement la suite de son histoire
En plus, qui sait, ta fiction va peut-être remotiver des écrivains amateurs à se remettre à l'écriture.

Pour ma part, j'attends vivement le passage où tu introduis Gollum dans ta fiction !

Hors ligne thelinkdu40

  • Tokay bizarre
  • *
  • Messages: 1663
  • Ayahhh
    • SW-0961-7062-2916
    • Voir le profil
Mythopoeia DYeus
« Réponse #3 le: mardi 08 septembre 2015, 16:10:56 »
D_Y tu est fort, tu est facile à lire, les description sont très bonnes, bon voilà mon avis...J'attends la suite avec impatience.

Hors ligne Oni-Zelink

  • Jeune Mogma
  • *
  • Messages: 235
  • Watch Out! Ganon va revenir!
    • Code ami 3DS 4785-5955-4481

    • Code ami Wii U Zekroudon

    • Voir le profil
Mythopoeia DYeus
« Réponse #4 le: mardi 08 septembre 2015, 22:49:22 »
Waouh, pour une première fic, ce n'est pas mal :^^: Si tu mélanges plusieurs univers, fait attention à ne pas mettre trop de personnages, ça peut devenir mélangeant.

Bravo pour ce premier essais et n'hésite pas à continuer.
Le pouvoir des Déesses en vos mains je remets.
Que vous les fiers enfants et l'épée légendaire
Receviez de nouveau le pouvoir d'éradiquer le mal.

Hors ligne Yan930

  • Kokiri Espiègle
  • *
  • Messages: 4053
    • Voir le profil
Mythopoeia DYeus
« Réponse #5 le: jeudi 10 septembre 2015, 15:22:47 »
Si tu mélanges plusieurs univers, fait attention à ne pas mettre trop de personnages, ça peut devenir mélangeant.

Pourquoi parles-tu de plusieurs univers ? As-tu décelé différentes sources d'inspirations et si oui, lesquelles ?

Hors ligne Oni-Zelink

  • Jeune Mogma
  • *
  • Messages: 235
  • Watch Out! Ganon va revenir!
    • Code ami 3DS 4785-5955-4481

    • Code ami Wii U Zekroudon

    • Voir le profil
Mythopoeia DYeus
« Réponse #6 le: jeudi 10 septembre 2015, 22:27:59 »
Non mais le

Pour ma part, j'attends vivement le passage où tu introduis Gollum dans ta fiction !

m'a fait croire qu'il allait mélanger différent univers. :^^':
Le pouvoir des Déesses en vos mains je remets.
Que vous les fiers enfants et l'épée légendaire
Receviez de nouveau le pouvoir d'éradiquer le mal.

Hors ligne D_Y

  • Nunuche
  • Gardien de Farore
  • Commandant Yiga
  • *****
  • Messages: 9279
    • Voir le profil
Mythopoeia DYeus
« Réponse #7 le: vendredi 11 septembre 2015, 13:27:51 »
C'est du second degré, je ne mettrai pas Gollum dans l'histoire v.v
Comme tu vois c'est assez simpliste, et il ne devrait pas y avoir excessivement de personnages, à par ceux que j'ai déjà introduits, et ils se comptent sur une main.
Je ne vais pas mélanger, ni utiliser, d'univers déjà existants, même dans les histoires futures. Je n'ai pas spécialement envie de travestir des œuvres avec mon niveau d'amateur, c'est pour ça que tu ne me verra jamais faire de fic Zelda (ni Tolkien, ni quoi que ce soit), même si dans certaines cas, je peux m'en inspirer (ce qui est le cas ici, d'où la réflexion sur Gollum :R).

Merci pour les encouragements sinon, je pense écrire la suite (et fin) la semaine prochaine, et j'ai déjà une petite idée pour l'histoire suivante (qui n'aura absolument rien à voir).
O proud Death ! What feast is toward in thine eternal cell ?

Hors ligne Guiiil

  • Commandant Yiga
  • *
  • Messages: 8435
  • Tagazok !
    • Voir le profil
Mythopoeia DYeus
« Réponse #8 le: samedi 12 septembre 2015, 20:23:13 »
Au pire, tu mettras Aslan ! v.v

Je rejoins Yan, t'as un style plaisant à lire qui ne prend pas la tête ! L'histoire est simple, mais pour du format web, et pour commencer, c'est complètement l'idéal, je pense.

De fait, au plaisir de lire la suite ! :3

Hors ligne Yan930

  • Kokiri Espiègle
  • *
  • Messages: 4053
    • Voir le profil
Mythopoeia DYeus
« Réponse #9 le: lundi 05 octobre 2015, 16:45:43 »
Merci pour les encouragements sinon, je pense écrire la suite (et fin) la semaine prochaine, et j'ai déjà une petite idée pour l'histoire suivante (qui n'aura absolument rien à voir).

Tu sais te faire prier, toi, @D_Y

Hors ligne D_Y

  • Nunuche
  • Gardien de Farore
  • Commandant Yiga
  • *****
  • Messages: 9279
    • Voir le profil
Mythopoeia DYeus
« Réponse #10 le: dimanche 28 février 2016, 21:42:07 »
Ça y'est, la "semaine prochaine" est passée depuis longtemps, et toujours pas de texte en vue... Manque de motivation ou manque d'idée ? Un peu des deux, peut être.
Quoi qu'il en soit j'ai quand même fini la deuxième partie, qui est assez différente de comment je m'imaginais la fin de l'histoire il y a quelques mois. Je préviens tout de suite que certains élements du premier texte sont passés à la trappe, et même l'histoire, rattachée à coup de bouts de ficelle est sans doute incohérente entre la première et la deuxième partie (mais pas trop j'espère). On s'en fout au final (enfin moi je m'en fous en tout cas), parce que les idées me sont venus presque spontanément, et que de toute façon, cela représente plus un exercice pour moi qu'une volonté de faire une véritable "fic" cohérente et crédible.
Désolé s'il reste quelques fautes, je suis franchement pas un grammairien de talent... Et aux quelques courageux qui traînent ici et qui lieront mon texte (deux choses qui, l'une et l'autre, sont totalement hypothétiques v.v), je serais content de lire vos avis


___________________________________________________


   Jamais tempête ne fut plus violente et impétueuse que celle que Simurgh souleva de la majestueuse puissance de ses ailes démesurées. L’Univers lui-même semblait se déchirer, des plus hautes orbes étoilées jusqu’aux entrailles brûlantes du monde. A qui était témoin de la terrible commotion, le bruit étourdissant était semblable aux plaintes de nuées d’esprits, fantômes d’un passé lointain, lorsque le monde était encore jeune, enfermés dans les profondes cavernes par les fées créatrices, alors craintives des maux que pourrait engendrer la maudite progéniture. Imaginez ! Cavernes profondes, grandes comme des mondes, perpétuellement léchées  par les flammes brûlantes et les vapeurs bouillantes de profondeurs plus immenses encore. La tristesse de ces essaims maudits est mêlée à la colère d’une injustice pesant sur leur cœur, telle une montagne posée sur les épaules d’une jeune lavandière.
Ainsi s’ouvrirent les crevasses et les gouffres, autrefois plaine verdoyante ou lac d’un bleu azuré, lorsque les vents déchaînes ouvrirent un passage vers la prison de ces esprits aveuglés par la vengeance. Tous les insectes de l’existence, unis par le mouvement, formant un monstrueux nuage au vrombissement déchirant l’air de ses milliards d’ailes, ne suffiraient pas à décrire l’essaim des démons qui se déversèrent ce jour dans l’air. Ils restent pourtant cachés des yeux des mortels, seul don d’une Nature elle-même effrayée par les terreurs du monde d’en-dessous. Ils sont pourtant là, murmurant aux oreilles des êtres les choses qui mènent à la désolation et à la mort, car pour la Mort ce sont les alliés les plus fidèles qu'il soit. Rongés par une existence infinie de souffrances et de douleur, ils obéiront toujours à Celle qui, enfin, pourra leur apporter la fin des misères, leur dissolution dans le Néant.

   Cependant, au-delà des gouffres noirs de l’Ether, des fées, qui sont à nous ce que nous sommes au bêtes rampantes, des intellects vastes au-delà de tout entendement mortel, dressaient lentement et sûrement des plans pour la reconquête de notre monde. Les plaintes de Nova, la plus grande des leurs, les transperçaient comme des flèches. Elles ne trouvaient ni réconfort dans les douceurs des cieux éthérés, ni en plongeant, pleines de douleurs, dans les océans du Chaos, où tout sentiment se perd dans la confusion et le désordre de tous les éléments de l’Univers s’entrechoquant.
Car elles avaient créées le Monde, dans une union qui n’aura plus jamais lieu, tant elles avaient mis de pouvoir dans ce qui était leur perfection, et ne pouvaient se résoudre à abandonner une telle œuvre. Mais elles portaient davantage leur courroux envers leur sœur la Mort, pas seulement pour ses méfaits sur la Terre, mais parce qu'elle avait amené la discorde entre elles.
Lorsque la Terre était encore nue, que les premières pousses germèrent à la lumière du Soleil et de la fraîche rosée naissante, la Mort, encore appelée Merrigane par ses semblables en ces temps reculés, quitta le groupe alors formé pour s’aventurer dans les contrées inexplorées. Son cœur ne penchait pas encore vers de mauvaises intentions, car nul esprit n’est mauvais de nature, mais le devient lorsque le désir jette son ombre sur la raison. Elle erra pendant plusieurs âges, bien que ce temps parût éphémère aux fées, pour qui le temps suit son cours autrement que pour les mortels. Elle fit le tour de la sphère, du septentrion au midi, de l’orient à l’occident, explorant les grottes et la surface des eaux stériles. Dans sa curiosité naïve et insouciante, elle forma des notes de sa harpe, alors consciente que sa propre volonté lui faisait elle-même créer. Elle commença à dédaigner ses semblables, elles qui jouaient de concert, chacune noyant sa personnalité propre dans la création impersonnelle. Elle était sa seule maîtresse.
Elle ne vit pas, du moins ne compris pas tout de suite, les ravages que son esprit solitaire fit au départ. Elle passa dans certaines régions, sa mélodie fut une symphonie de notes graves, et elle créa les vents arides, qui desséchèrent le monde et firent les déserts brûlants. A d’autres endroits, elle joua une note plus aiguë, et sous ses pieds légers se forma la glace mordante, création dont elle est la plus fière, tant elle prend plaisir à danser dans la neige éphémère, à l’éclat lunaire, et à errer dans les grottes glacées et pures. Elle planta de même des plantes fabuleuses aux couleurs chatoyantes, mais au toucher piquantes et empoisonnées. Elle fit sortir des bêtes au pelage soyeux et à la majesté inégalée parmi les êtres vivants, mais aux dents et aux griffes acérées, aux instincts gorgés de l’odeur du sang versé. Elle voulut contempler ses innocentes créations du haut du firmament, et pour qu’elle puisse voler, elle libéra les puissants zéphyrs. De la plus douce brise, ils se changèrent vite en puissants ouragans et en tornades, lacérant les plaines fraîchement fleuries et les forêts plantées par Nova.
Elle revint parmi les fées éprise de la fierté que connait tout créateur dont l’esprit a jeté sur une toile vierge la beauté d'une peinture immortelle. Mais, lorsqu’elle se posa enfin, elle vit le paradis autour d’elle. Tout ce qu’elle avait elle-même engendrée lui parut gris, fade et laid, en comparaison de ce qu’elle contemplait. Elle voyait de larges oiseaux de toutes les couleurs chanter du haut des cimes d’arbres d’un vert éclatant, qui tendaient leurs branches vers la lumière dorée de l'astre solaire. A ses pieds s’écoulaient les eaux remplies de poissons majestueux, nageant dans les ondes lapis-lazuli.
Les fées étaient sur une plaine verdoyante, se reposant de leur labeur, dansant au milieu des herbes hautes. Certaines goûtaient les fruits savoureux qu’elles venaient de planter, d’autres chantaient de leurs douces voix, tandis que certaines nageaient dans les lacs miroitants, trouvant le repos et le calme dans le silence des abysses, alors douces, et non peuplées de créatures malfaisantes.
« Merrigane », dit Nova, « La nuit va bientôt faire tomber son voile sur le monde, et la lune nouvellement créée nous éclairera de sa douce lumière argentée. Joins toi donc à nous, regarde la douce ondée de cet étang au loin, va y plonger, il a été fait pour que tous les maux s’évanouissent des esprits fatigués. Ou bien grimpe en haut de ce chêne, de son sommet tu pourras contempler le monde s’endormant tandis que la Nuit ferme les yeux de tous les petits êtres nouvellement créés. »
Cependant, tandis que les yeux de Merrigane se remplissent de larmes, qu’elle se désole de n’être pas restée parmi elles, ses propres créations se joignent au tableau ainsi peint. Il y eut d’abord les cris des bêtes affamées, qui résonnèrent dans les songes des fées endormies, obscurcissant alors leurs doux rêves idylliques. Puis la grêle, mêlée aux vents violents, glacèrent les entrailles de celles qui, peu de temps auparavant, laissaient libre cours à la magnificence de leur chant et de leur danse. Enfin, les typhons soulevèrent les étendues marines, asséchant les coraux et les algues, arrachant de leur repos sacré les nymphes endormies.
Toutes étaient prises d’un violent courroux, tant le désordre nouveau jetait le monde dans un chaos inattendu. Ce fut le désordre qui s’immisça dans leur cœur qui mena à la Discorde. Chacune se mit en marche pour stopper et détruire les belles œuvres de Merrigane. La puissance ainsi déployée pour les contenir déchira les airs, détruisant, du moins pervertissant les belles choses conjointement faites par les fées. Il y avait Nova, maîtresse des forêts, mais aussi Lae, chevauchant son cerf doré, Idaline, reine des étoiles, puis Uranie, qui souffle aux oreilles des oiseaux leurs chants mélodieux. Mais encore Edmé, Calixte, Jacinta, Panayotis, Sosha, qui, dans leur détresse, voulant protéger ce que chacune avait insufflé à cette création féerique, négligeaient celles des autres, de sorte que tout fut corrompu. Au milieu de la tempête, Merrigane, sentant sur elle le poids d’une colère qu’elle n’avait pas voulue, courbée par la honte, se tenait les oreilles devant le vacarme, les larmes coulant comme la sève d’un arbre au cœur fendu.
Lorsque la Création Originelle ne fut plus qu’un champ de ruine, ombre de ce qu’elle fut jadis, les fées se tinrent au-dessus d’elle. Les fées colériques peuvent prendre les formes les plus effrayantes, qu’aucun poète mélancolique, à l'esprit macabre, ne peut imaginer dans son esprit. Elles sont comme le sombre pic qui se détache d’un blizzard mortel. Quiconque reçoit la sentence de ces juges divines est déchiré, comme un fin voile de lin dans l’ouragan.
Elle fut bannie dans les limbes, dans les Ténèbres Lointaines. Elle était unie avec la Mort elle-même, car la première elle en sema les graines, et le fruit qui en sorti lui revint de droit. Bannie, elle vola vers les lointaines ténèbres, vers la Tour de la Nuit. Le cœur plein d’une colère brûlante, elle commença à tapisser sa demeure de fresques sinistres, tenant entre ses doigts désormais livides et fins comme des pattes d’araignée le destin de toute chose. Du sommet de sa tour, elle chantait des complaintes propres aux cauchemars et à toute chose diabolique. Elle se revoyait, dans la jeunesse éternelle de sa beauté féerique, parcourir les champs éclatants de la Terre neuve. Alors, submergée par la douleur de ce passé perdu, elle bandait son puissant arc, et tirait de noirs dards dans les cœurs des créatures vivantes du monde. Ainsi devenait-elle moins solitaire dans les profondeurs de la Nuit, lorsqu'elle accueillait les âmes déchirées par la douleur et la damnation.

   Cependant, le monde ne redevint jamais comme il le fut lors de la grande Création. Les choses mauvaises créées par Merrigane subsistèrent, mais les fées y ajoutèrent, autant qu’elles le purent, quelque chose de leur propre esprit commun, nuançant le froid mordant et les chaleurs infernales. Mais jamais les forêts ne devinrent aussi luxuriantes, les lacs et les fleuves aussi beaux, que lors de l’Aube du Monde.
Ce faisant, soignant la Terre comme elles le purent, Nova leur dit :
« Séchez vos larmes, mes sœurs. Mon cœur me dicte que le cataclysme et la perte de notre semblable étaient inévitables. Peut-être sommes toutes marionnettes de quelque puissance plus forte encore que la nôtre. Même les fées ne connaissent pas tous les secrets de l’Univers qui nous entoure. Il est plus vieux que nous. »
« Mais souvenez-vous toutes », répondit Jacinta, « Comment était beau le paradis que nous avions formé sur cette sphère déserte. Et maintenant les êtres qui la fouleront sont tous condamnés à errer dans la noire demeure de Merrigane la traîtresse ! Notre impuissance face au destin des races mortelles me remplit d’une colère que je n’aurais jamais imaginé éprouver. A quoi bon être fée si nous sommes condamnés à observer une telle injustice sans pouvoir y faire ingérence ? »
« Ne la nomme pas traîtresse ! », cria Edmé, « Souvenez-vous lorsque, toutes, nous nous éveillâmes dans l’Asphodèle, au milieu des explosions célestes. Je vis Merrigane s’éveiller en même temps que moi, ne sachant ce qu’elle était, où elle était, ni ce pourquoi elle existait. Nous partagions les mêmes sentiments mélancoliques. Nous avons parcourues le Firmament telles deux étoiles filantes, entraînées dans un merveilleux ballet cosmique, tant nous étions joyeuses d’Être.  Souvenez-vous des chants harmonieux, faisant vibrer les voûtes étoilées, quand elle faisait glisser ses beaux doigts sur les cordes de sa harpe, et que toutes nous dansions sous les accords, suivant sa douce voix mélodieuse. »
« Edmé, Jacinta, toutes les autres, écoutez-moi. », dit Nova d’une voix emplie de tristesse. « Les choses sont car elles étaient destinées à l’être. Ce destin nous ne l’avons pas choisi, notre volonté est pliée par quelque chose de plus grand que nous, de même que nous même plierons les volontés et choisiront les destins d’êtres futurs. Je sais maintenant, du moins je le pense, que la condition mortelle n’est pas une finalité, et qu’elle est nécessaire dans l’existence d’un être. Où vont les esprits, lorsqu’ils quittent leur corps de chair, je l’ignore, et il me parait que Merrigane elle-même ne le sait point. Allons ! La Terre est désormais faite. Toutes nous voyons les choses qui l’habiteront, choses bonnes ou mauvaises. Nous avons été naïves, pensant que nous créerons un havre de paix inaltérable. Mais les épreuves existent désormais, formées dans le tumulte qui s’est joué dans ces plaines terrestres, dans la commotion qui a fait trembler les étoiles. Mon rôle maintenant est de demeurer ici, de panser les plaies et d’attendre que l’orage s’abatte sur ce monde. Il viendra un jour, car Merrigane ne restera pas inactive. Toutes, vous m’aiderez dans cette tâche, car vous êtes mes plus fidèles compagnes. Lorsque les minces fils de la paix terrestre glisseront de mes doigts fatigués, vous serez à mes côtés, me soutenant afin que ne vacille pas la beauté intérieure de ce monde. Tel est notre destin déjà fait. »

   Ainsi donc, alors que les hommes apparurent, crachés par le désert, Merrigane, contrôlant subtilement les minces fils de leurs volontés, plongea le monde dans le déclin. Les haches et les forges dévastèrent les forêts, dénudant la surface de la Terre. Il y eut des guerres, et de tels maux que les cavernes de la Mort se remplirent, et vomirent les âmes damnées qui se mêlaient aux essaims d’esprits démoniaques qui emplissaient d’un bourdonnement sinistre la voûte du Ciel.
Des générations entières se succédèrent dans cette atmosphère de mort, qui parût aux hommes aux sens corrompus tel un doux parfum. Cependant Simurgh déchirait les nuages comme une flèche à travers la douce ondée d’un étang. Il dominait les volontés affaiblies et meurtries de cette race maudite, engendrée pour apporter la misère. Lui-même créait de tels cataclysmes, que des paysages entiers étaient décimés comme des feuilles mortes emportées par le vent.
Les fées contemplaient le sinistre spectacle, prêtes à partir en guerre dans une terrible fureur. Les arcs étaient bandés, les boucliers parés, les armures brillantes étaient telles des constellations dans les ténèbres de l’Espace. Pourtant, pendant longtemps, elles restèrent immobiles, calmes avant la tempête furieuse, car Nova, leur reine, leur avait donné l’ordre de ne pas agir.
La forêt avait reculée jusqu’à ne former qu’un petit bois, entourant le chêne qui était sa demeure. Les oiseaux, les bêtes et les sylvains étaient tous partis, annonciateurs de la fin d’une ère de paix au sein de la nature luxuriante. Seule était restée Nova, îlot au milieu de l’orage annoncé il y a bien des âges. Elle voyait les cités fumantes, alimentées par le brasier de bois et de feuilles. Elle voyait de puissantes armées, recouvrant les champs et les plaines grises comme une maladie. Les dragons et les trolls, libérés de leurs entraves, décimaient les peuples. Les marécages s’avançaient dans les paysages jadis fertiles, et les grands cracheurs de feu carbonisaient tout ce qui était vivant, dans leur fureur inextinguible. L’aigle noir Simurgh, jetait son ombre sur ce spectacle désolé, annonciateur de fin du monde.
Nova pleurait à n'en plus finir, car toute douleur éprouvée par la terre était tel un poignard brûlant planté en son cœur. Mais elle avait la conviction qu’elle devait rester jusqu’à la fin. Car elle avait l’intention de rejoindre Merrigane, de trouver une mort qu’elle savait avoir provoquée lorsque, jadis, elle avait jeté un courroux immérité. Cela était son destin.
Le premier écho qu’elle en eut fut le tremblement des fondations de la terre, et la tempête provoquée par le battement des grandes ailes de l’Aigle. Autour d’elle, tout était feu dévorant. Le chêne de la forêt était tel un phare au milieu d’un océan déchaîné, vestige d’une époque révolue. Simurgh se posa lourdement sur ces plaines infernales, indifférent aux flammes léchant ses flancs surnaturels.
« Ô Fée des Forêts, la Mort te salue ! », dit-il de sa lourde voix d’outre-tombe, chargée des plaintes des âmes de ses victimes innombrables. « Regarde autour de toi, faible divinité, esclave de la destinée ! On te vante parmi les cieux, dit-on, comme la plus grande de ta féerique lignée. Contemple donc ton échec, et voit comme la Mort ma maîtresse domine l’Univers. »
« Ô toi, Oiseau de Malheur, destrier de l’Enfer », répondit Nova d'une voix ferme, « ce que tu contemple en même temps que moi, ce chaos dont tu n’es toi-même, non l’instigateur, mais l’esclave d’une volonté plus puissante que la tienne, n'est pas une fin ! Le monde n’est pas perdu, il n’est qu’une poussière parmi les grandes créations de l’Univers. L’orgueil te fait croire que ta puissance fait de toi un roi, mais tu as l'insignifiance d’une brise.
Sache donc que les fées, et non moi seule, sont les gardiennes de cette terre maltraitée. Même lorsque je serai déchirée par ton bec, que les derniers vestiges de ma création auront quittés l’atmosphère rendue impure par les cendres et les noires fumées, toi et les tiens seront pourfendus. Mais, tandis que ton esprit mauvais sera puni par ta reine, dans ses geôles désolées, le mien s’élèvera là où ni toi ni aucun vivant ne peux l’imaginer. De là, les fées parcourront les cieux, soufflant à ceux qui resteront, droit et honnêtes, à la surface des cendres refroidies, leurs bonnes volontés. Le monde renaîtra, sa beauté s’élèvera davantage encore que lorsque, en des temps reculés, nous avions jetés ses fondations, lorsque Merrigane, qui ne t’avait pas encore arraché des caveaux de l’inexistence, était à nos côtés. Quant à moi je serai morte. Ne te réjouis pas vite à l’idée ! Car lorsque je serai amenée par des mains invisibles vers la Tour de la Nuit, ta reine aux cheveux noirs comme l’abime ne sera pas heureuse de me voir. Tu ne resteras pas à nos côtés lorsque ce moment arrivera, car la bataille sera terrible, les cieux seront déchirés, les débris s’éparpilleront dans l’Ether comme une armée de comètes flamboyantes, les confins même de l’Univers trembleront face à la puissance du choc. Et même toi, tu auras peur. Enfin, lorsque les cieux embrasés redeviendront ténèbres, elle et moi nous nous tiendront au sommet des pics de l’Asphodèle, environnées par le Chaos. Ce ne sera pas un combat inutile, Simurgh Aigle Noir, car Merrigane ne sera plus la Mort punitive, mais la Mort libératrice, comme l’Univers lui-même, tirant les fils de la destinée, l’aura souhaité depuis si longtemps. Alors moi qui suit la Vie, et elle qui est la Mort, joueront de nos instruments à l’unisson, la joie jaillira comme une grande explosion, utilisant la tristesse accumulée depuis si longtemps comme combustible, illuminant les pavés du grand chemin de l’existence ! Toi-même, Simurgh, tu fouleras ce chemin bienheureux, car tu es né d’une volonté méchante, qui se repentira lorsque l’heure viendra. Ainsi Merrigane fera de même pour toutes les âmes qu’elle a condamnées, brisant les barreaux de la prison dont elle est si farouche gardienne. »

   Ainsi la prophétie sortie de la bouche de Nova, depuis si longtemps muette. Mais Simurgh crut en son cœur que ces paroles avaient toute la fausseté d’une âme désespérée, désireuse d’échapper à la mort douloureuse. Ce fut lui qui, dans un grand élan de colère et de fureur, faucha la reine fée comme un épi de blé. Le chêne fut déraciné dans sa majestueuse puissance, mettant à bas ce qui était désormais un vestige de la grande Création passée.
Ce fut au moment où l’Aigle pris son envol vers les hauteurs glacials, que Lae la chasseresse détendit la corde de son arc. Le dard fit flamboyer tout le Ciel, la lumière engendrée fut telle, que le Soleil en comparaison parût une ombre fantomatique. Il vint se planter dans le cœur de Simurgh, qui dans son dernier éclair de vie connut, enfin, la peur prédite par Nova. Le choc de sa chute fit s’écrouler les puissantes montagnes, et souleva les océans bouillants. Les dragons eux même tremblèrent du haut de leurs sommets calcinés, et partirent se réfugier au cœur des montagnes. Toutes les civilisations humaines, élevées dans le culte de la Mort, virent les vagues nouvelles s’abattre sur les continents. Alors Merrigane, dans sa subtile cruauté, coupa les liens qui la liaient à sa volonté, et ils virent alors comment elle s’était joué d’eux, comment ils étaient les outils d’un pouvoir de destruction, tandis que la peur, qu’ils ignoraient alors, serrait puissamment leur cœur, devant la perte inévitable de leur corps et la damnation de leur âme. Stupides esclaves !

   Cependant, tandis que Merrigane tissait sa toile maîtresse, narrant ce qu’elle pensait être la fin des temps, le début de son règne sur les âmes perdues, il resta quelques vivants à la surface du monde. Les premières choses qu’ils virent ne fut pas la désolation causée par le cataclysme céleste. Car devant eux se tenaient Lae, Uranie, Idaline, et toutes les autres fées du Firmament, exceptée Nova.
« Soyez heureux, hommes, d’êtres debout devant nous, car cela signifie que vous avez le cœur bon, et vous méritez d’être les premiers d’une digne race. », leur dit Sosha. « Contemplez le fruit d’une confiance mal accordée, vos pères l’ont payés en ce jour mauvais. Mais séchez vos larmes, car tant que nous serons à vos côtés, les rivières et les fleuves s’écouleront de nouveau, frais et purs comme jadis. Les bois et les forêts repousseront, chargés des senteurs et des fruits qui feront votre survie.
Lorsque votre vie finira, que votre âme chancellera sous le poids de nombreux printemps, vous mourrez. Ne tremblez pas ! Vous ne vous noierez pas dans les ténèbres, mais vous serez libérés des chaines charnelles, votre esprit s’élèvera vers les champs des étoiles, là où les fées joyeuses chanteront et danseront pour accueillir votre esprit reposé. »
Les fées leur confièrent d’innombrables pousses d’arbres et de fleurs, et leur enseigna la fragile symbiose qu’il existait entre les hommes, les animaux et la nature elle-même. Les générations d’hommes qui suivirent louèrent ces nymphes rédemptrices, et le monde redevint beau, comme l’imaginèrent Nova et ses sœurs il y a bien longtemps.

   Ô Muse, laisse imaginer aux simples mortels quelle lutte il y eut entre la Vie et la Mort, dans les ténèbres glacées du gouffre de l’espace. Je vois en songe les fées tomber vers les étoiles brûlantes, mêlant leurs ailes. Dans les nébuleuses aux couleurs infinies, leurs épées argentées s’entrechoquant dans une explosion de lumière aveuglante.
Que dirions-nous, si nous étions témoins du combat ? Nos sens limités nous préservent d’un tel spectacle, ils sont un don de la nature protectrice, un bouclier protégeant notre raison fragile. Peut-être, lorsque mon âme libérée parcourra le chemin au milieu des champs étoilés, je contemplerai au loin les monts d’Asphodèle, là où siégeront la Vie et la Mort, lorsque les fondations de l’Univers ne seront plus ébranlées par la bataille, et que je verrai, côte à côte, les fées réconciliées.
« Modifié: dimanche 28 février 2016, 21:54:16 par D_Y »
O proud Death ! What feast is toward in thine eternal cell ?

Hors ligne D_Y

  • Nunuche
  • Gardien de Farore
  • Commandant Yiga
  • *****
  • Messages: 9279
    • Voir le profil
Dans le cours du ruisseau
« Réponse #11 le: lundi 13 novembre 2017, 15:38:30 »
Du coup je poste ici ma fic pour le NaNoWriMo 2017 :oui:

(Cliquez pour afficher/cacher)

(Cliquez pour afficher/cacher)

(Cliquez pour afficher/cacher)

(Cliquez pour afficher/cacher)
O proud Death ! What feast is toward in thine eternal cell ?

En ligne Chompir

  • Grand guerrier Piaf
  • Stratège de Din
  • Chef Skimos
  • *****
  • Messages: 3106
  • Piaf dans l'âme
    • Code ami 3DS 4914-4674-5458

    • Code ami Wii U chompir

    • SW-4357-7164-4611
    • Voir le profil
    • Forums de Puissance Zelda
Dans le cours du ruisseau
« Réponse #12 le: lundi 13 novembre 2017, 23:33:09 »
Sympa de poster ta fic pour les NaNo. (surtout que je savais même pas que tu avais une galerie :oups:)
J'ai pas encore lu tout ton dernier chapitre mais j'aime vraiment beaucoup l'histoire, en plus tu écris d'une façon très digeste ce qui est vraiment super. Je penses que je lirai tout une fois qu'elle sera fini. (ou alors quand j'aurai du temps à ne pas savoir quoi en faire. :hihi:)
Merci à Haine et Jielash pour le kit. <3

Hors ligne D_Y

  • Nunuche
  • Gardien de Farore
  • Commandant Yiga
  • *****
  • Messages: 9279
    • Voir le profil
Dans le cours du ruisseau
« Réponse #13 le: dimanche 03 décembre 2017, 19:32:18 »
J'ai fini le Nanowrimo avec 3 jours de retard :oups:
Je vais pas trop m'étendre dessus parce qu'il n'y a pas grand chose de particulier à dire. Celui qui se croit malin à comprendre les références, c'est un génie :8):

_________________________________________________________________

[Note sur la présente traduction]

L’éditeur souhaite attirer l’attention du lecteur sur la singulière difficulté qui apparut au regard de cette partie du témoignage de la sorcière.. Au commencement de cet ouvrage, il parut clair à tous qu’un rassemblement cohérent des notes de l’auteure serait particulièrement complexe, étant bien entendu que les conditions de rédaction de ce texte admettaient un désordre de pensées et une urgence à terminer le travail commencé. Cependant, pour une raison que nous ignorons toujours et que nous ne découvrirons sans doute jamais, la présente partie du journal fut écrite en araméen, langue que nous avons eu toutes les peines du monde à traduire. Le très respecté professeur Schwob, de l’Université de Zurich, prit la peine d’étudier le manuscrit et de le traduire en allemand moderne, abandonnant par la même le style épistolaire, par pure raison de commodité. Malgré la somme de travail fourni, de nombreux points du texte sont toujours flous, et les réponses à ces mystères resteront à jamais enfouis avec la mémoire de la jeune femme. Le lecteur tirera ses propres conclusions quant à la complexité de l’esprit et la folie humaine. Puisse ces questions lui faire pardonner les erreurs inhérentes à la traduction.


I.      

Epsilon était étendue à l’ombre des aulnes, cependant que le pâle soleil perçait l’horizon dans les ombres de la Nuit. Était-ce un ouvrage de Tacite, Euripide, ou Platon, qui gisait à ses côtés, abandonné comme nourriture aux vers ? Que lui importait la Connaissance ? Les réponses, quelque force mauvaise lui murmurait à l’oreille lorsqu’une question lui venait à l’esprit. Il ne lui semblait pas alors que le savoir put avoir un coût, et qu’elle en paierait le prix pour l’éternité. L’aurait-elle su que même alors, jamais elle n’aurait voulu se détourner du Savoir. Ce prix, elle l’aurait volontairement payé, comme Eve le paya à l’aube du monde pour l’humanité entière. C’était, semblait-il, profondément humain d’être insouciant, car nous suivons l’exemple de nos parents, ainsi donc, pourquoi être rongé par le remord, quelle que soit notre action ? Ce livre posé à ses côtés, ce n’était qu’un embrun ; elle, elle aspirait à plonger dans les profondeurs de l’Océan. 

Cette heure précise où le jour et la nuit se côtoient et s’embrassent, où l’un meurt et l’autre renait, l’étrange sort le museau de son terrier, le normal va se coucher, et la nuit devient le berceau de toute la féérie qui dort sous nos pieds. Il y a plus de merveilles dans les profondeurs du monde qu’il n’y a d’étoiles dans l’univers, est-ce le fruit de nos imaginations, ou quelque monde caché à nos sens ? L’esprit d’Epsilon était plein de cette pensée fugitive : l’imagination est-elle moins réelle que la matière ? Selon quelle loi ? Si tel était le cas, l’irréel serait-il si désagréable, propre à être fui ? Ô doux rêveur, celui que les réalistes traitent de fuyard et de déserteur, soit fier de tes voyages sur les terres des merveilles, ils valent mieux que les voyages dans les ruelles grises de Londres.
Derrière elle, un bruissement et un craquement se firent entendre au milieu des arbres. Elle voyait une ombre, certes effrayante à cette heure tardive du jour, qui néanmoins l’emplie de curiosité. Elle reconnut de suite un singe avec qui elle était familière, l'ayant étudié sous tous les angles, c'était un orang-outang de Bornéo ou de Fidji, à moins que ses sens de sorcière ne soient trompés par quelque maléfice chrétien. Un orang-outang en pleine forêt prussienne, c'était chose singulière. Mais celui-ci avait eu beaucoup de chance d’être parvenu jusqu’ici, car il fait trop chaud dans les tropiques, l’air des montagnes de Bavière est plus rafraichissant. Depuis sa plus tendre enfance, Epsilon pensait qu’il n’y avait nul vent qui pouvait rivaliser avec celui de Bavière ; c’était comme chevaucher Joran lui-même, et contempler de ses flancs les tréfonds de l’âme et de l’univers. Il est vrai que n’importe quel humain est fier du vent qui souffle entre les poutres de sa maisonnée, mais qui pour rivaliser avec le vent de Prusse ? Le camarade singe pourrait départager, le voyage depuis Bornéo ayant dû être fort long, il avait sans doute vu le monde et ses merveilles, peut-être même avait-il voyagé dans les grottes et les gouffres souterrains. Si tel était le cas, qu'il parle ! les plus grands sages, s’ils sont sédentaires, ne sont plus que des enfants, de qui l’avis ne compte plus guère.
« - Sœur, dit le singe, il est grand temps de partir.
- Partir ? répondit Epsilon sans s'étonner de discuter avec une bête, partir où ? Je suis trés bien ici, ma mère la Lune n’est pas encore apparue, et j’attends avec impatience que l’air me glace le sang, les os, et enfin le cœur. Mais dit moi, quel est le vent le plus réjouissant,  le Joran ou l’Alizée ?
- Sœur, dit le singe sans tenir compte de la question, l’endroit où nous allons est plus glacial que le lit de Perséphone. Si tu te hâtes, tu deviendras glace avant que la Lune ne se lève, ou bien je veux devenir poux moi-même ! »

L’orang-outang se mit à détaler dans les fourrés, et bien qu’Epsilon soit ennuyée à l’idée de quitter sa sombre clairière, elle se mit à courir derrière lui, l’air frais emplissant ses poumons de goudron, le crépuscule lui donnant des ailes noires, qu’elle perdait à l’aube. Mais pourquoi se hâter ? Sûrement un tel froid, s’il était aussi rude que promis, devait être tout aussi froid dans une minute, une heure, une semaine. Pourquoi ne pas y aller dans un millénaire ? Tout réflexion faite, un froid mortel pouvait être un frein à son existence, auquel cas elle préfèrerait courir sur un glacier, car il y avait moins risque de mort, et cela, elle n’hésiterait pas à le dire au singe bruyant et insolent, car elle avait remarqué qu'il lui parlait à elle, humaine, comme si elle était sa subordonnée ! Il était clair que cette victime de l’évolution ne comprenait pas sa place dans le monde du vivant. La sottise du singe était telle qu'il ne comprenait pas qu’il ne suffisait pas seulement de parler, pour être inclus dans le rang des sages humains, et il ne fallait pas moins qu'une humaine pour lui rappeler sa place sur le globule de la Terre.
Mais non ! Un froid brûlant doit être une prouesse digne de l’enfer, et ce singulier guide doit être le seul à en connaitre le chemin. Ainsi il faut tâcher à ne pas le froisser, au moins le temps d’arriver jusqu’à cet endroit. Seulement après avoir atteint notre but, nous nous permettons de dire nos quatre vérités à ceux qui nous ont aidés, c’est ce que tout être vil apprend en ce monde, et la vilenie et la seule vertu qui compte. Sur le cœur d’une sorcière, la glace fait le même effet que l’opium sur l’esprit d’un esclave. Maudit singe, de n’être pas venu plus tôt ! Auquel cas le besoin de geler aurait été assouvi depuis bien longtemps, et le temps présent aurait été une orgie de glace et de neige.

II.

Au bout d’un instant, qui aurait pu être des minutes, mais tout aussi bien des heures (quel farceur est celui qu’on appelle Temps ), ils arrivèrent au bord d’une rivière. Ce n’était pas une rivière d’eau fraiche, prenant sa source dans les sommets des montagnes, mais sa surface était noire et pâteuse, et un courant faible comme un soupir faisait avancer le cours du liquide à l’allure d’un chien malade. Non qu’un chien malade se traine plus lentement qu’un chien en pleine santé ; la maladie est plus prompte à vivifier l’esprit conscient de n’avoir pas profité de son existence, et ainsi à le pousser jusqu’aux retranchements de son être. Mais cette rivière ! c’était de la mort liquide, cousine de la peste, inexorable dans son cheminement vers l’infini et l’oubli.
« -Brah, gémit le singe, toujours aussi poisseuse. N’avance plus ! se noyer dans l’onde aqueuse est un agréable rêve, par rapport à mettre le pied dans ce liquide ci.
- Qu’est-ce donc ? Il me semble entendre l’écho de quelques rires émanant de son lit ? On la croirait habitée par les sirènes, et si je ne m'abuse, il s’y joue un grand carnaval avec danse, trompette, et tout ! On m’a déjà décrit telle fête, organisées par Belzebuub lui-même.
- Elle est habitée, mais pas par les sirènes. Ce que tu contemple est un affluant du Léthé. Les nageuses que tu entends ne savent pas chanter, seulement pleurer. Ce sont des âmes damnées ; elles ignorent d’où elles viennent, ce qu’elles sont, où elles vont, certaines même passeront l’éternité entières perdues dans cette onde. Quant à ces rires que tu prends pour des rires de fêtes et de carnaval, ce sont des soupirs et des pleurs. Tes sens de sorcière ne font plus la différence entre soupirs et rires.

Le singe se permettait de moquer Epsilon ! Elle, incapable de voir les subtilités du monde ? Il finira bouilli en chaudron, pour cette insolence. Telle était sa sentence, et s’il avait un peu d'esprit, jamais il ne se serait permis de se moquer d'une sorcière, ainsi, c'était sa faute à lui, nullement à elle. Mais voici qu’il y avait quelque chose de changé en ce monde qu’elle n’était, après tout, plus sure de savoir interpréter comme il fallait. A ses pieds ne se tenait plus le Léthé, mais une herbe grasse, et levant les yeux, perçant les ténèbres, elle vit qu’ils se trouvaient sur une lande venteuse et humide.
Le froid ! Ce vent glacial balayait ses bras nus. Cependant, elle n'en frissonnait toujours pas, décidément, celui-ci était toujours bien trop tiède pour son âme.

Soudain, au loin, une meute de loups faisait entendre son cri en harmonie. C’était un chœur noble, tiré de l’aube du monde. Au pied des montagnes, lorsque le royaume des ombres envahissait le jour, que le feu n’était encore que trop timide, que les ancêtres des hommes se réunissaient en troupe pour chasser des animaux plus forts qu’eux, alors une hymne similaire perçait le voile du silence, le noir devint plus noir, et le peur fondait sur le cœur des chasseurs comme un hibou s’abattant sur une souris. Au fil du temps, que les humains prirent confiance en leur esprit, qu’ils s’entourèrent de bois et de pierre, et que les cercueils ne furent plus réservés seulement aux morts, le cri des loups n’effrayait plus que les brebis. Là, sur cette plaine, il en était autrement. La Nature n’avait reculé devant rien, les âmes solitaires, perdues dans le vide des landes, que voyaient elles dans l’écho de ce chant, si ce n’est la Mort elle-même, avançant inexorablement, alliée de la nuit, fidèle aujourd’hui comme depuis l’aube des hommes ?
A cela Epsilon n’y pensait guère. Elle avait oublié en un clignement d’œil sa rancune envers l’orang-outang, car grâce à lui, elle passerait la nuit avec les loups, et quelle récompense, quel bonheur !
«- Assez ! lui cria le singe en lui coupant la route. Tu as les jambes d’une frêle humaine, à la première embardée, dès la première chasse, le plus vieux loup de la meute te passera devant comme un éclair. C’est indigne d’une servante du Pandaemonium. »
Epsilon montra ses dents et cracha à l’adresse du singe, telle une chatte accolée au mur, prise au piège par des lévriers assoiffés. « Esclave d'un macaque, pensa-t-elle. Moi qui ait conclu un pacte avec les enfers pour acquérir la Liberté, voici qu’un singe me tient par le bout du museau."

III.   

Poussée par un instinct qu’elle ne comprit guère, elle suivit le singe sur une distance qu’elle ne put évaluer, tant ses pensées étaient tournées vers les loups, qui s’éloignaient davantage à mesure que les deux êtres s’avançaient vers un obscur but. Elle se les imaginait se lamenter de la voir s’éloigner, elle leur maitresse. Des hurlements perçants donnaient matière à cette supposition, et plus elle avançait, plus fort était son désir de se retourner et de courir vers eux jusqu’à perdre son souffle. Tout à coup, des tréfonds de son esprit, il lui semblât judicieux de réfléchir à une recette pour une potion lui permettant d’aller à deux endroits à la fois. C'était, pensait-elle, le meilleur moyen pour que le singe ne se courrouce pas et pour qu'elle puisse s’allonger au milieu des fourrures des loups, là où se trouvait sa destinée en cette nuit précise. Nombreux savants et philosophes ont discuté sur la folie et sur les désirs, sur la force poussant nos volontés à réaliser une action plus qu’une autre, sur la rationalité de nos choix, puis sur le calcul que, par nature, nous faisons, nous animaux mathématique, pour déterminer nos récompenses, ou à l’inverse nos punitions, qui les unes ou les autres, suivent toutes nos décisions. Cet instinct mathématique manquait chez les fous, et les personnes saines admettent elles mêmes qu’il arrive souvent que l'algorithme qui leur fit prendre telle décision fâcheuse, celui-ci était fort peu rigoureux, comme il arrive souvent avec les formules complexes qui ponctuent la vie de tous, même de nos génies. De la même manière, Epsilon effectuait ce calcul rationnel à la manière pythagoricienne qui était la sienne.

Alors donc, une moitié d’elle pourrait-être en Mongolie, dans le désert de Gobi, en Arabie, ou en Ethiopie ! Là elle pourrait faire quelque méfait qui rende fiers les habitants des vallées infernales. L’autre moitié, quant à elle, vagabonderait dans les bois, cueillant les baies, les plantes venimeuses, recueillant la bave des crapauds, gobant les œufs des oiseaux.
Mais ce serait ridiculiser la nature, comprit Epsilon avec tristesse, un peu de frustration et pas mal de désespoir. Qui craindrait une moitié de corps ? La moitié de Néron aurait fait hurler de rire une fillette peureuse, pourquoi en serait-il autrement avec son corps à elle ? Pourtant, elle voulait être une sorcière redoutable, dont le souvenir ne pourrait être effacé dans les siècles à venir.
Aussi, être rationnel, c’était penser à l’habit, et l’habit compte autant dans la terreur que l’esprit du tyran. Elle le savait, les vêtements sont faits pour des corps entiers, et un corps divisé, c'est un corps mathématiquement instable. Avec un peu de dextérité, l’on peut faire telle chose ici, telle chose là, et ainsi l’habit serait adapté à l’usage de la division. Il faudrait pour cela une grande intelligence, hors la division du corps admet la division du cerveau, et un cerveau non entier équivaut à une tête vide, et la bêtise, on la réserve aux gens du commun, non pas aux sorcières.
« - Et les chaussures ? dit le singe. Un jour, on menace le cordonnier de damnation, il travaille jour et nuit pour faire des chaussures de princesse, et le moment venu, on lui demande de livrer un soulier à la moitié, un soulier à l’autre. Autant le damner tout de suite, à moins que la perspective de l’impossibilité de la tâche soit en soi un intérêt pour telle requête. Dans ce cas, c’est voyager sans chaussures, et cela est aussi sot que d’avoir une moitié de cerveau seulement. Il pourrait louer un âne, mettre la chaussure dans un paquet soigneusement emballé, et la laisser à la charge postière. Mais alors ? Quel facteur viendrait se perdre à chercher une moitié de sorcière, avec sous le bras un paquet indiquant « A la moitié droite d’Epsilon, quelque part au milieu du Tibet, sans doute avec des lutins » ?

Epsilon était très vexée que le singe se permette de lire son esprit et de reprendre le fil même de ses pensées les plus secrètes, surtout par rapport à une question d’une telle importance. Elle dut reconnaitre toutefois qu’il avait raison, et de fait, oubliant les loups, le vent, la nuit, la Lune, le chagrin qu’elle ressentit soudainement emplit son âme. Elle se sentait ridicule d’avoir inventé une potion qui n’existait pas, ridicule d’avoir dérangée cordonniers, facteurs, lutins, tout ça parce qu’elle était égoïste, et se croyait seule au monde. En conséquence, et le plus naturellement du monde, constatant que le résultat de son équation de rationalité était un échec, elle s’accroupit, enfouit sa tête entre ses genoux, et se mit à pleurer abondamment, tellement que Noé lui-même aurait été surpris devant l’abondance de ses larmes.
« - Allons, dit le singe, à quoi servent les larmes sinon à énerver les joues sur lesquelles elles coulent ? »
Ce singe était bien évidemment stupide. Il était trop terre-à-terre pour comprendre que les émotions des primates, si grossières, si brouillonnes, sont incomparables à l’insondable abime dans lequel nagent les âmes des sorcières.
« - Quels sont les chagrins des sorcières, alors ?», demanda l’orang outang, si impatient de s’instruire.
Et voici, en substance, quel était le récit plein de profondeur qu’elle fit au singe envoûté.

IV.   

Il y avait en Afrique une étoile qui tient le Soleil en esclave, qui illumine la nuit comme la reine des astres, qui enseigne aux autres étoiles à briller. Pour y parvenir, un voyageur téméraire, et quelque peu poète, doit remonter le fleuve Congo, faire son chemin à travers les feuilles, les forêts sauvages, tuer ou prendre le risque d’être tué par les tribus, les animaux mangeuses d'hommes et les maladies. Cet enfer terrestre ne débouche pourtant sur rien, ni diamants, ni joyaux, ni même mémoire plus belle qu'à l'arrivée, car la mort environnante empoisonne les souvenirs des aventuriers. Il y a toujours là-bas une cabane, faite de planches pourries et de cordes fragiles, un de ces logis si rustre qu'un sauvage même préférerait le toit solide de la voûte céleste. C’était l’antre d’Epsilon. Lorsqu’elle fut lasse des marécages de Prusse, elle prit soin de voyager pendant des mois et des années, courant, marchant, rampant, voguant, vers les terres australes, cachée des yeux des bêtes nocturnes. Nul ne sait comment elle y parvint, ni même ce qu’elle fit pendant son voyage, quelle route elle prit, et pourquoi elle choisit le voisinage du fleuve Congo parmi toutes les rives inconnues du monde.
Ce qu’elle y fit, nul ne le sait à part elle. Cependant, par une quelconque ruse de son esprit, elle répandit la pestilence dans la région. Comme une goutte d’encre troublant la clarté de l’eau, la région où elle prit demeure se vida rapidement de toute forme de vie. Les sources s’asséchèrent, les animaux moururent, les indigènes partirent vers d’autres régions, et ceux qui restèrent attrapèrent la maladie, ou périrent de faim. Ils commencèrent à parler de cette femme que certains d’entre eux avaient entrevue pendant leurs chasses désespérées. Elle était une « thakati », dans son ombre suivaient la mort et la désolation.

Des chercheurs d’Angleterre, attirés par la singularité des phénomènes sévissants dans cette région, vinrent en expédition. La plupart, bien faibles, ne survécurent pas au voyage, et les survivants tous les jours furent tentés de rebrousser chemin. Cependant ce génie, qu'on appelle "science", embaumant de ses vapeurs les yeux des aventuriers, les firent continuer leur route, pourchassant autant la gloire que la richesse, autant en récompense de leur peine que pour honorer la mémoire de leurs frères disparus. Arrivant à leur but, ils n’y restèrent que peu de temps, ayant gagné la confiance des indigènes restants, écrivant quelques journaux, qui cependant ne revinrent jamais en Angleterre, car alors s’abattit sur eux une épidémie de choléra, qui ne laissa nul survivant si ce n’est un.
Ce Matthew n’était pas vieux, mais, fiévreux, il était voué à la mort, marchant au hasard sous le soleil brûlant, au milieu des fourrages de la savane. Ses camarades étaient tous morts, les cabanes étaient désertes, et partout soupirait l’inéluctable destin. « Ô chère mère, se disait-il, que mon souvenir soit un baume à votre cœur. » Il pensait à ses parents, à ses deux sœurs, enfin à toute sa famille, et au seuil de la mort, il ne pensait plus qu’à l’inutilité de sa quête. Qui apprendrait de leurs recherches en Afrique ? Qui se souviendrait d’eux ? Qu’avaient-ils même trouvés ? Il ignorait tout cela. C'est alors qu'il vit l’antre d’Epsilon, qui parut à ses yeux malades un palace du Hampshire. Chancelant, suant, crachant, il en passa le seuil, et devant l’effroi l’emplissant, il ne pria que pour atteindre plus vite la demeure des trépassés.
« -Etais-ce moi ? demanda Epsilon au petit singe, ou l’imminence de la mort qui l’emplit de tant de peur ? »
Toujours est-il que, quelle que soit la raison, cette peur infinie, insupportable à la compréhension humaine, était pour elle comme du miel, et elle sut. « C’est cela qu’on nomme l’amour ! »
Matthew mourut, bénissant cette mort comme une nouvelle naissance lorsque, enfin, vint son dernier souffle. La sorcière ne vit nulle différence, le corps mort restât au milieu de la cahute, le temps –ce passeur de mort- fit son affaire, et il ne resta bientôt plus que le crâne seul de ce savant anglais, de son vivant si instruit, si athlétique, lui qui aurait pu gagner une place de haute estime dans la société anglaise. Plût au ciel qu’il fut resté chez lui, qui sait comment aurait été sa vie dès lors ?

La nuit, la cabane n’était allumée que par une unique bougie, et par la lueur d’une pipe, dont la fumée, rejetée entre les lèvres de la sorcière, embrumait l’atmosphère comme un cimetière. Elle aimait tenir entre ses doigts le crâne à l’éternel sourire, et elle souriait à pleines dents à son tour. Elle se demandait pourquoi la nature nous avait doté d’une chair qui pouvait paraitre si misérable, si pathétique, si triste, tandis que le squelette, et précisément le crâne humain, étaient éternellement joyeux et gais. Les libellules et les moustiques emplissaient l’univers du dehors, mais au-dedans, Epsilon, étendue sur le sol ne pouvait quitter des yeux son amant. La voici, elle, loin de toute civilisation, chassée de tout confort terrestre, que le destin avait uni à Lui, ce doux crâne. Qu’elle ferme les yeux, et elle se voyait dans le tombeau, et alors que c’était reposant ! Ô douce nuit, quelles danses et quels chants doivent résonner entre tes murs ! Ma vie se tient comme une paille au milieu du Nil, mais que cette existence est fragile en vérité, et quelle vanité de vouloir tenir bon jusqu’au crépuscule de l'univers ! Que je meurs, et que mon ombre s’envole vers mon bel étranger, que je l’étreigne comme l’araignée enserre la mouche prise au piège.

"Ainsi, dit la sorcière à l'orang-outang, voilà la source du fleuve de mes larmes, car quelle histoire est plus tragique que celle d'Epsilon et de son amant, son étoile, qui brille toujours en Afrique, qui attire ses propres rois mages de dessous la terre ? Elle brille et je me tiens, sur la plaine venteuse d'un monde qui m’écœure, au côté d'un homme !"
O proud Death ! What feast is toward in thine eternal cell ?