ÉCRITS ET TABLEAUX
SOMMAIRE
ÉCRITS- Le rouge à lèvres (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.0.html#msg538978)
- Princesse Mononoké (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.0.html#msg536993)
- Le squelette (1) (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.0.html#msg539661)
- Le squelette (2) (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.0.html#msg540253)
- Deux sandwichs au poulet et un café (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.0.html#msg542190)
- <3 Princesse Kaguya (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.15.html#msg553312)
- (poème) La rose satinée (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.15.html#msg555803)
- <3 Le mouton (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.15.html#msg556396)
- Le jeune toubib (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.15.html#msg558193)
- <3 Le troisième enfant (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.15.html#msg563914)
- Morceau de souffrance quotidienne (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.15.html#msg572493) (/!\ traite de la dépression)
- Morceau de mon quotidien : le trajet (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.15.html#msg573541)
- <3 Morceau de mon quotidien : le déjeuner (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.30.html#msg579443)
- Le judas (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.75.html#msg584863)
- (poème) Martinet noir (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.75.html#msg584890)
- <3 Les murmures du Printemps (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.75.html#msg585123)
- <3 La bête indésirable : Prologue et Chapitre I (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.90.html#msg586209)
- Léa (2017) (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.90.html#msg586730)
- (poème/chanson) Ne me quitte pas avant la fin de l'été (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.105.html#msg586730)
- La Sauvageonne du métropolitain (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.120.html#msg588558) [NOUVEAU]
ÉCRITS BREATH OF THE WILD- O.S introductif Breath of the Wild (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.0.html#msg535024)
- <3 Aversion viscérale (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,9652.0.html#msg582640)
- <3 Lumière endormie (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.45.html#msg581674)
- La naissance du Roi (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.60.html#msg584282)
- <3 Tir d'aile (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.75.html#msg585480)
TABLEAUX
- Cernus (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.45.html#msg583788)
- Dumoria (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.60.html#msg584501)
- <3 Le trésor de Nedrac (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.60.html#msg584724)
- Petite ruelle (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.75.html#msg585331)
- <3 Poisson-Rêve (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.75.html#msg586117)
- Yuzu & Haru (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.105.html#msg586785)
- Petites montagnes décoratives (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.105.html#msg587460)
- *Noelle cast SNOWGRAVE (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.120.html#msg587744)
- <3 Collection de miniatures (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.120.html#msg588479)
- Petite mésange (miniature) (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.120.html#msg588844) [NOUVEAU]
- <3 Bouledogue français (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.120.html#msg588900) [NOUVEAU]
BRODERIES- Paon en fleurs (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.75.html#msg585692)
- <3 Milk Bars (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,8636.105.html#msg587375)
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La chute inexorable de la pluie l'apaisait. Le son que produisait l'averse semblait ne jamais être semblable à un autre, si bien que cela en devenait une mélodie aux oreilles du jeune homme. De grandes flaques où iraient, une fois la tempête terminée, s'ébaudir les petits oiseaux, jonchaient le sol. Le ciel couvert d'imposants nuages noirs grondait et par moment, le jeune homme pouvait observer des éclairs se dessiner au loin. Ils traversaient le ciel avant de disparaître aussi vite qu'ils étaient apparus. Ils semblaient si lointain, qu'il crut un instant que jamais la foudre ne pourrait l'atteindre. Il aurait aimé admirer le paysage, mais la brume formée par cette averse l'empêchait de voir au-delà du bout de son nez. Si cette pluie ne s'était pas abattue sur eux, il se serait posté au bord de cette petite montagne qui surplombait une mince partie de la plaine, et aurait contemplé - peut-être des heures durant - les troupeaux de chevaux parcourir la vaste étendue verdoyante, les animaux sauvages qui paissaient sur le versant d'une autre montagne, le ciel noir moucheté d'étoiles. Il aurait écouté les murmures nocturnes, les grands mouvements silencieux des nuages et du vent qui s'engouffrait dans les feuilles des arbres. Peut-être se serait-il endormi par la suite, ne pouvant résister davantage à la fatigue qui l'écrasait.
Le souffle bruyant de l'un des chevaux le tira de ses pensées. Son regard se détacha de la pluie, et se reporta sur la jeune femme qui caressait sa monture à la robe immaculée. Sa main glissait sur son encolure, puis sur sa crinière. Elle arborait un air dépité, accentué par les cernes provoqués par son sommeil irrégulier et insuffisant. Tous deux ne parvenaient pas à dormir convenablement, assaillis par la crainte d'être attaqués durant leur sommeil. Près de quatre jours que l'épuisement s'était installé, ils avaient atteint leurs limites. Le jeune homme arrivait encore à lutter contre celui-ci, mais sa coéquipière manquait de tomber de fatigue à chaque instant. Heureusement pour eux, ils avaient trouvé refuge dans un tas de ruines sur le plateau d'une montagne. Ici, ils seraient en sécurité le temps d'une nuit jusqu'à ce qu'ils puissent reprendre la route jusqu'au village le plus proche. Là-bas, ils pourraient profiter d'un lit et de quelques jours de repos mérité, de même pour leurs chevaux.
« Zelda, je monte la garde cette nuit, dit-il.
- Hm ? répondit-elle, tirée de sa torpeur. Tu dois te reposer, toi aussi.
- Nous alternerons. »
Silence. Seul le crépitement du feu vint combler le calme qui venait de s'installer. Le ciel gronda, un éclair le traversa. Le jeune homme pouvait entendre d'ici les cerfs et les biches prendre la fuite, remuer la végétation sur leur passage. Ils devaient être une dizaine, tout au plus. Une nouvelle fois, le jeune homme se perdit dans ses pensées. Il ferma les yeux quelques secondes. Happé par l'épuisement, il se laissa porter par les songes. L'endroit était propice à un agréable repos. Dans un faible mouvement, il s'appuya contre le mur délabré avant de sombrer.
Les premiers rayons matinaux vinrent l'éblouir. Ils réchauffaient son corps endolori. A moitié éveillé, Link peinait à se situer. Ce ne fut qu'après une minute de flottement qu'il finit par se lever. Il était resté au même endroit, appuyé contre ce mur. Son sommeil n'avait pas été des plus réparateurs mais il avait recouvert assez de forces pour poursuivre le voyage jusqu'au prochain village. Le jeune homme s'étira, se redressa puis inspecta les environs. Le feu qui brûlait les fagots de bois il y avait de cela une poignée d'heures, était désormais éteint. Une légère fumée noire s'élevait jusqu'au plafond avant de se dissiper sous les coups du vent qui s'infiltrait. Zelda était couchée sur le flanc près du bois calciné, plongée dans un profond sommeil.
Personne n'avait monté la garde cette nuit, une aubaine qu'ils n'aient pas été attaqués ou dépouillés de leurs vivres et armes. Il en restait à peine pour subsister ne serait-ce que deux jours. Ce village, ils devaient le rejoindre de n'importe quelle manière. Le jeune homme poussa un long soupir et mit un pied hors de leur refuge de fortune. Le plateau de la montagne baignait sous la lumière du soleil matinal, l'herbe était humide et des flaques jonchaient le sol. Par moment, l'ombre d'un nuage s'y reflétait. Les oiseaux s'égosillaient dans les arbres à proximité. C'était le meilleur moment pour observer la nature se réveiller. Désireux de profiter de quelques minutes de tranquillité et de solitude, il s'installa au bord de la montagne pour contempler le ciel orangé, les chevaux sauvages en contre-bas et le versant de la montagne opposée.
Si le jeune homme avait pu choisir, peut-être n'aurait-il pas choisi cette vie. C'était ce à quoi il songeait lorsqu'il observait le monde autour de lui, lorsqu'il était livré à ses pensées. Peut-être aurait-il préféré ne pas être fils de chevalier, ne pas se préoccuper de ses responsabilités et de pouvoir les fuir rien qu'en lançant son cheval au galop à travers les plaines. Voyager dans l'insouciance avec pour seul et unique objectif : traverser la contrée à la recherche d'une réponse. Laquelle ? Lui-même l'ignorait. Une réponse, voilà tout. Peut-être serait-il parvenu à la trouver, peut-être l'aurait-il trouvé sans avoir voulu la chercher.
Plus les journées défilaient, plus il sentait Hyrule trembler sous le courroux du Fléau. Lui, n'était pas encore éveillé et espérait que jamais il ne reviendrait. Malheureusement, sa résurrection semblait inévitable, qu'importe le nombre de fois où le Héros le scellait. Jamais Link n'avait souhaité être le Héros, le destin s'était abattu sur lui sans crier gare. Tout ce qu'il pouvait faire désormais, c'était supporter.
« Nous sommes préoccupés par la même chose ? demanda une voix féminine dans son dos. »
Intrigué, il se retourna pour découvrir Zelda. Combien de temps était-il resté assis ici, à contempler le paysage ? Elle vint s'asseoir à ses côtés, posa son regard sur l'horizon avant de le reporter sur lui. Elle lui adressa un sourire harassé.
« Probablement, répondit-il.
- Tu es sûr qu'
il va revenir mais tu ne le crains pas, n'est-ce pas ? Tu ne crains rien, ni personne. »
C'était faux.
« Tu es confiant. Tu sais que tu sauras en venir à bout.
- Je n'en sais rien.
- Moi aussi. (elle marqua une pause) Je suis désolée d'avoir été aussi rustre avec toi, ces derniers temps... Je m'en excuse. »
Link se redressa. Il voulait mettre fin à cette conversation qui, dans tous les cas, n'aboutirait à rien. De toute façon, il n'avait jamais été enclin à la conversation. Zelda ne fit aucune remarque, elle s'y était accommodée au fil du temps. Elle, en revanche, demeura dans la même position, le regard rivé sur le lointain. Elle observait les biches à l'affût sur la montagne opposée. Tout était si paisible, que personne n'aurait pu croire un instant que le Fléau pouvait apparaître à tout moment. Elle était inquiète, bien trop inquiète. Ce voyage lui nouait le ventre tant l'anxiété la poignardait, mais ils réussiraient comme chaque siècle. Ils n'échoueraient pas. Ils n'échoueraient plus. Ils n'étaient plus seuls désormais, les autres Prodiges lutteraient à leurs côtés.
«
Et si tout ne se passait pas comme prévu, qu'adviendra-t-il de nous ? D'Hyrule ?, avait-elle demandé. » Il n'avait pas répondu. Sûrement s'exileraient-ils ou mourraient sur le champ de bataille, mais c'était pour cette raison que Link existait : pour les protéger ou plutôt, pour
la protéger.
« Je n'ai jamais eu besoin de toi pour assurer ma protection. »
Je n'ai pas trouvé l'inspiration pour une deuxième fiction sur Zelda, donc voici un texte que j'ai écrit il y a plusieurs mois de cela sur Princesse Mononoké. Je l'avais regardé une nouvelle fois et il m'a tellement plu, que je n'ai pas pu m'empêcher d'écrire un petit truc dessus. Rien de bien transcendant, mais j'ai bien aimé l'écrire.
Des bruits de pas lourds dans l'herbe fraîche et humide. Le frémissement des brins, le vent qui s'engouffrait dans les feuilles et faisait bruisser les arbres. L'égosillement des oiseaux, le cliquetis des sylvains qui s'étaient rassemblés. Une agréable mélodie, si douce et propice au repos qu'Ashitaka sentait son esprit empli d'une grande plénitude. La douleur s'était évaporée. Son bras semblait purifié de la malédiction malgré les plaques pourpres qui demeuraient. Ces marques qui proliféraient sur sa peau blanche et semblaient consumer sa chair. Elles devenaient redoutables lorsqu'un être pur, dépossédé de la haine se tenait face à lui.
Il se sentait léger et apaisé. Était-il de retour sur cette berge ? Près de cette étendue d'eau où s'abreuvait le précieux et admirable kami, Shishigami ? Il pouvait encore sentir la truffe chaude du Dieu sur sa blessure, son cœur repartir de plus belle tandis que son corps recouvrait peu à peu la vie. Il entendait encore ses pas sur la surface de l'eau qui formaient des ondes oscillantes.
Une imposante ombre se dessina sur son visage. Un souffle fort et bestial soulevait les mèches qui glissaient sur son front. Ashitaka entrouvrit les yeux. Cette sensation de légèreté s'envola, seule demeurait à présent la souffrance. Elle consumait ses muscles. La géante louve blanche, Moro, se tenait à quelques centimètres de son visage. Ses crocs étaient apparents, de la salive s'écoulait d'entre ses lèvres noires. Elle s'écarta lorsqu'une jeune fille lui caressa la joue. C'était San, celle qu'il avait protégé au village des forges, d'Eboshi et de ses soldats. Lorsqu'il avait été grièvement blessé, c'était elle qui l'avait apporté auprès de Shishigami. Elle vint s'accroupir près de lui, appuya son oreille contre son thorax pour vérifier si son cœur battait. Il était vivant, il le savait.
Sa respiration était faible et irrégulière, sa vision confuse. Il peinait à distinguer le visage de la princesse Mononoké, seulement ses lourdes boucles d'oreilles blanches qui pendaient à ses lobes. Ashitaka ne parvenait à mouvoir ne serait-ce qu'une partie de son bras. San s'approcha davantage, passa son bras derrière son dos pour le soulever et le presser contre elle. Son ventre se contractait et se relâchait au rythme de sa respiration, son souffle chaud venait effleurer le visage du jeune homme. Sa main droite vint retirer avec précaution les bandages usés qui recouvraient la malédiction qui proliférait. Il leva les yeux vers elle. Il pouvait distinguer son menton, sa courte chevelure brune et les mouvements qu'effectuaient son bras. Moro s'était éclipsée, laissant seule San avec le convalescent.
« Il a sauvé un humain, dit-elle avec rancœur. Pourquoi ? Tu méritais la vie, c'est ça.
- Je l'ignore... articula-t-il.
- Tu devrais le savoir, lâcha-t-elle d'un ton sec. (elle remonta sa manche) La malédiction a pris de l'ampleur. Il ne t'a pas guéri. »
Il était condamné, il le savait bien et avait accepté ce destin. Il ne craignait pas la mort. Le regard de San se reporta sur Ashitaka. Il ferma les yeux, se laissa bercer par les bruits qui l'entouraient. Des sons infimes qui se perdaient dans l'immensité de la forêt. Il sentait la présence des sylvains qui s'agitaient autour d'eux, l'agitation des autres esprits de la forêt. Il percevait les murmures de l'eau et du vent.
San lui caressa les cheveux de manière hésitante. Ses gestes étaient doux, comme elle le faisait avec les bêtes qu'elle côtoyaient. Elle portait le parfum de la forêt. Il se laissa porter par la tendresse qu'elle lui offrait. Sa présence lui était rassurante.
« Nii-san, tu ne crains pas cet endroit, hasarda la jeune fille sauvage. Les humains n'osent pas s'en approcher d'habitude. Ils sont perfides mais peureux.
- Tu es humaine...
- Je suis une louve ! s'écria-t-elle. »
Il sourit. San était fascinante. A présent, Ashitaka n'écoutait plus que son souffle. Elle s'était penchée, ses lèvres avaient effleuré son front. Son cœur tambourinait dans sa poitrine. Ses gestes se firent plus lents, plus doux. La princesse Mononoké, c'était ainsi qu'on la surnommait. Ce surnom lui allait à merveille. Elle le pressa davantage contre lui tandis que la fatigue l'emportait de nouveau.
Le jeune homme revint à la réalité. Il s'était assoupi quelques heures auparavant. Tout cela n'avait été qu'un rêve, un agréable rêve. Le soleil exposait ses premiers rayons au village des forges. Ils vinrent éblouir les habitants de cette terre. L'esprit embrumé, il se redressa et entreprit de se préparer. Il devait quitter le village, repartir en direction de la forêt. Ashitaka voulait la retrouver. L'image de cette jeune fille ne parvenait pas à se détacher de ses pensées. Elle était intrigante, magnifique et unique.
Il enfila ses vêtements lavés par les villageoises, sortit de la petite maison après avoir rassemblé ses affaires puis alla rejoindre un enclos où se trouvait Yakuru, un bouquetin roux dont l'agilité était impressionnante. Il était une monture d'exception, celle qu'Ashitaka ne quitterait pour rien au monde. Il le salua chaleureusement au travers de caresses.
Le village s'activait dès les premiers rayons du soleil. L'on pouvait déjà entendre le bruit des marteaux qui forgeaient le fer, les rires à gorge déployée des femmes et les cris des vachers. Le ciel perdait sa teinte orangée. Ashitaka décida d'équiper Yakuru en vue de son départ. Alors qu'il resserrait le harnais autour du crâne de sa monture singulière, quelqu'un vint à sa rencontre. Une charmante villageoise qui avait la tête entourée d'un turban immaculé. Elle fit glisser ses mains abîmées par le travail acharné sur la barrière de l'enclos dans un sourire.
« Vous nous quittez déjà ? hasarda-t-elle. C'est dommage. Vous nous étiez d'une précieuse aide !
- Désolé, dit-il. Je reviendrai vous voir.
- Ne distrayez pas les femmes sur le chemin. »
Ashitaka sourit, amusé puis saisit Yakuru par les rênes pour le guider hors de l'enclos. Il ne voulait pas s'attarder. Le jeune homme grimpa ensuite sur son dos sous le regard de son interlocutrice. Elle semblait inquiète de le voir partir ainsi.
« Prenez soin de vous. »
Sur ces mots, il partit au galop et dévala la pente qui menait jusqu'à la sortie du village. Il avait confié revenir un jour aux forges, avait salué brièvement les habitants avant de passer la porte qui nécessitait dix hommes à la fois pour la soulever. A l'extérieur des murs, il s'engagea sur le terrain désolé surplombé par la forêt. Une terre désolée parsemée d'arbres calcinés. C'était l'œuvre des humains. Moro et ses enfants s'y rendaient souvent, espérant pouvoir reprendre ce territoire un jour. C'était peine perdue. Les humains ne cessaient d'inventer de nouvelles armes pour repousser les bêtes. Les sangliers perdaient la raison et bientôt, la voix du seigneur Okkoto ne serait plus écoutée par ses semblables. Peut-être en serait-il de même pour celle de Shishigami. Si ce jour venait à arriver, le déferlement de haine ne cesserait de croître dans le cœur des bêtes et ses conséquences seraient dévastatrices.
Yakuru poursuivait son ascension. Le vent s'engouffra dans la tunique du jeune homme. Au loin, l'on pouvait apercevoir l'immense forêt cabalistique qui précédait cette terre calcinée. Ashitaka scrutait l'horizon, perdu dans ses pensées. Il devait retourner à ce lac, celui où apparaissait le Dieu cerf. Il y retrouverait San, il en était sûr. Si elle ne s'y trouvait pas, alors il l'attendrait à cet endroit. Des heures, des jours s'il le fallait mais il l'attendrait. Tout ce qu'il souhaitait, c'était se libérer de l'image de cette jeune fille qui occupait son esprit.
Après avoir lu tes écrits dans la fic collective j'étais curieuse de voir si tu avais écrit d'autres choses, et vu que personne n'a mis de commentaire j'ai eut envie de donner mon avis ^^
Alors déjà ton écriture est très agréable à lire, je n'ai pas vu de grosses fautes ou de coquilles (mais bon je suis pas une championne pour les remarquer :(8: ) Que soit l'ambiance de Botw ou de Princesse Mononoké je trouve que tu as réussi as la retrouver. Par exemple ton texte sur Botw me fait penser à certains passages dans les souvenirs avec la pluie, le doute sur soi-même, sur l'avenir, la menace de Ganon, ouaip je le trouve super :oui: et tant pis si tu ne trouve pas suite, il ne faut pas se forcer ! Et le second texte m'a redonné envie de regarder Princesse Mononoké, qui est pourtant le Miyazaki qui m'a traumatisé (je l'ai vu beaucoup trop jeune et j'en garde pas un très bon souvenir), il faudrait que je lui donne une seconde chance :^^:
Voilà ! Hâte de voir tes prochains écrits que se soit ici ou sur la fic collective ^^
Merci beaucoup pour ton retour, ça me fait très plaisir !
Il y a longtemps je voulais poster par ici. Semblerais que j'ai oublié de le faire. :oups:
J'avais beaucoup aimé ton début de fic sur BotW et comme l'a dit Gaellink, on retrouve bien les sentiment éprouvés dans un souvenir sous la pluie. Je trouve que Link est très bien décris et tu nous donnes un passé très intéressant qui lui va très bien. (Surtout avec la situation.)
Pour ta deuxième fic sur Mononoké, je la trouve très intéressante. J'avais vu le film il y a maintenant 5 ans, mais tu j'ai envie de le revoir. :oui:
Ta description du village des forges est plutôt bien fait. (J'avoue que j'étais tellement triste de voir le moment ou le village est incendié.)
Le rêve aussi est intéressant et je trouve que tu respecte plutôt bien l'univers. :oui:
Ça fait peut être longtemps que tu n'as pas posté ici mais j'espère que tu nous réécriras des morceaux de fic. :(8:
Salut, j'ai écrit un truc pas très long sur un rouge à lèvres.
1. Il ne lisait pas souvent des livres mais lorsque l'envie lui prenait, il achetait des petits auteurs japonais qui n'intéressaient pas grand monde. Il lisait alors quelques pages, puis finissait par le délaisser sur sa table basse, au milieu des canettes de bière vides et des mégots de cigarette. L'une des cigarettes écrasées portait le rouge à lèvres de son amie, celle qui appréciait l'inviter au café chaque jeudi matin. C'était devenu un rituel, presque une routine. Cela ne lui déplaisait pas particulièrement.
Cette cigarette à la marque de rouge à lèvres, il n'osait pas s'en débarrasser. Elle était là depuis plusieurs semaines, le filtre était encore intact ainsi que la trace rouge et raffinée des lèvres. D'habitude, il observait ces cigarettes de loin dans le cendrier du café tous les jeudis matin mais cette fois-ci, l'une était dans son appartement. Certes, il n'y en avait qu'une, mais elle était là. C'était peut-être à cause de cette trace de rouge à lèvres qu'il n'arrivait pas à terminer ce livre. Il pouvait rester une heure entière à l'observer, une bouteille de bière pour faire passer le temps, installé dans son canapé. Il le faisait souvent le soir, en rentrant du travail. Son amie, il devait l'inviter de nouveau et lui offrir une cigarette. Elle l'accepterait dans un léger sourire, elle dévoilait rarement ses dents. Non pas qu'elles étaient repoussantes, loin de là. Elles étaient blanches, alignées et bien entretenues. C'était un beau sourire qu'elle avait mais pour une raison obscure, elle refusait de l'exhiber.
Ses lèvres étaient toujours habillées de rouge car à son sens, c'était la féminité par excellence. Le rouge à lèvres devait être porté par chaque femme qui se respectait, mais il n'était pas du même avis. Un soir, il lui avait confié avoir vu des femmes tout à fait séduisantes sans ce genre d'artifice. Elle lui avait répondu que ces femmes manquaient de courage. Il ne comprenait pas son point de vue, et il s'en moquait bien. Il s'était contenté de finir sa bière sans rien dire. Elle avait fait de même, puis ils avaient changé de sujet.
Cette trace de rouge à lèvres, il la connaissait mieux que personne. La marque n'était pas parfaite. Elle était effacée et assez brouillonne. Elle était arrondie par endroit, parfois plus brute mais avec une certaine délicatesse. L'espace entre les lèvres était parfaitement reconnaissable, et l'on pouvait deviner laquelle était la supérieure et l'autre, l'inférieure. C'était une trace timide, comme si elle n'avait pas osé tâcher le filtre.
2. Un samedi après-midi, il s'était même mis en tête de retrouver la marque de ce rouge dans un magasin de produits cosmétiques. Il avait gardé une photo de la cigarette dans son téléphone, s'était rendu dans un magasin de cosmétiques du centre-ville et avait cherché parmi les rayons. Toutes les couleurs se ressemblaient sauf une : rouge vive, un rouge qui tirait vers le corail. C'était une très bonne marque, d'après une vendeuse, chère et ce rouge était réputé pour sa longue tenue. Il était doré et noir, dans un style très épuré et sur le capuchon se trouvait le signe de Chanel. Certes, il valait trente-cinq euros (ce qui était un prix non négligeable) mais il avait besoin de cette chose. Qu'allait-il en faire ? Peut-être allait-il l'offrir, ou simplement le garder pour lui. Après tout, c'était son rouge à lèvres. Il n'allait pas l'utiliser de toute façon.
Alors il était rentré avec cet achat inhabituel, puis avait rangé le rouge dans l'un de ses tiroirs. Ni plus, ni moins. C'était juste la satisfaction d'avoir cette chose en sa possession, bien qu'elle ne lui soit d'aucune utilité. De nouveau installé dans son canapé, il sortit une cigarette et tira une bouffée qu'il expulsa vers le plafond. Son regard se posa sur le livre délaissé de ce malheureux auteur japonais. Sur la couverture se trouvait un homme dans le style de l'époque, au visage déformé et au chignon qui lui donnait un air folklorique. Il était habillé d'un grand vêtement, semblable à une large veste ou sorte de kimono (il n'y connaissait rien à la culture nippone), et semblait sauter d'une grande falaise à la vue de sa position improbable. Son visage semblait torturé par une forte émotion, il semblait effrayé. Est-ce qu'il fuyait quelque chose ? Peut-être qu'il fuyait l'auteur, ou peut-être qu'il le fuyait.
Il commençait à s'ennuyer. Maintenant qu'il avait acheté ce rouge à lèvres, il avait la nette impression que cette cigarette n'avait plus grand intérêt. Il sentait comme un vide, comme s'il venait de délaisser quelque chose d'important. Il avait besoin d'autre chose. Il s'étira de tout son long, termina sa bière en quelques gorgées et alla enfiler ses chaussures, une veste puis alla faire un tour. Dehors, tout était d'un calme déconcertant. Il traversa le trottoir de son quartier vide, songeant à ce dont il avait besoin désormais. Un chien aboya de l'autre côté d'un jardin, faisant fuir des oiseaux qui s'étaient perchés sur un arbre à proximité. Ils disparurent après plusieurs battements d'ailes frénétiques, effrayés par la bête qui jappait. Il changea de direction, alla s'aventurer dans une rue traversée par des chats errants au corps svelte et aux os saillants. Personne ne venait les nourrir, on les chassait comme la peste. Des ombres noires se glissaient entre les arbres, traversaient la route comme des spectres avant de se faufiler sous les quelques voitures stationnées au bord du trottoir. Parfois, leurs grands yeux se tournaient vers lui. Certains étaient verts, d'autres bleus. Il s'arrêta un instant, les mains dans les poches, le regard rivé sur l'un des chats. Il avait les oreilles dressées, et lapait le contenu d'un soda qui s'était déversé sur le bitume. Puis, il essaya de boire ce qu'il restait à l'intérieur. Sa langue s'y glissa, la canette roula mais il n'abandonna pas.
Et si je l'invitais encore une fois ? Ce n'était peut-être pas une bonne idée. Il détestait se torturer avec des pensées futiles.
Le chat poussa un gémissement. Il s'était coupé la langue sur les bords. Vaincue, la bête prit la fuite sous une voiture et délaissa le cadavre de la canette. Il la ramassa avec indifférence. Des gouttelettes de sang bordaient le trou, s'écrasaient au fond de la canette et se diluaient avec le peu de soda qui restait. Il avait pris sa décision.
3. Un autre samedi après-midi, il décida de l'inviter boire un café. Ils se sont retrouvés à une table sur une terrasse, ont commandé deux cafés noirs et se sont mis à discuter de tout et de rien. Lui, l'avait invité uniquement pour s'assurer qu'il s'agissait bien du bon rouge. Ce n'était pas le bon. Il avait beau scruter ses lèvres, la trace qu'elles laissaient sur le bord de la tasse blanche en céramique, ce n'était pas la même couleur que le rouge qu'il avait acheté. Ce n'était pas du Chanel, ça ne tirait pas vers le corail. Il eut un sentiment de soulagement, mêlé à celui de la déception. Quoiqu'il en était, le café était insipide. Une véritable bouillie noirâtre, comme si l'on avait maltraité les précieux grains de café. La jeune femme versa de la crème dans la mixture.
« Immonde ce café, dit-elle. T'aurais pu te renseigner, avant de m'emmener dans cet endroit... Je comprends mieux maintenant pourquoi il est si peu fréquenté. Dire que j'ai payé un truc pareil.
- Je ferai attention la prochaine fois. Je voulais juste te voir, pas boire un bon café.
- Autant faire les deux, non ? On avait qu'à aller à celui du jeudi matin. Bon, sinon ça va ton boulot ? T'arrêtais pas de te plaindre, la dernière fois.
- N'importe quoi.
- Si tu te plaignais, je t'assure. »
Il haussa les épaules, répondit brièvement à sa question. Elle lui parla de son appartement, de son projet d'avoir un enfant avec son compagnon loin d'être mirifique qui était chef d'entreprise, de leur projet de mariage. Enfin, ce n'était pas lui qui voulait se marier, apparemment. Elle avait décidé de cela toute seule. Elle s'était mise à épiloguer sur le sujet qui n'avait rien de bien intéressant.
Il écoutait d'une oreille distante, l'attention focalisée sur son rouge à lèvres. Il songea à tous les rouges qu'il avait vu dans le magasin de cosmétiques la semaine dernière, mais les couleurs lui apparaissaient toutes identiques dans son esprit. Impossible de retrouver le bon, impossible d'en imaginer un de couleur différente. Celui de son amie était fin et raffiné, différent des autres, unique. Aucune femme n'avait le même. Et si une autre femme le portait, est-ce que l'impression qu'il avait de ce rouge serait le même ? Est-ce que ce serait le même rouge ?
Il délaissa son café, bien trop infect pour être bu par un humain normal. L'endroit était peu fréquenté mais plutôt bien situé. Il y avait vue sur la grande place où se rassemblaient des lycéens qui fumaient comme des pompiers ou des gens qui n'avaient nulle part où manger leur maigre déjeuner. La grande place était bordée par des restaurants blindés de monde et un bar qui fermait tôt. En hiver, une petite patinoire était installée pour les enfants. Mieux valait les observer se vautrer sur la glace devant une bonne entrecôte, plutôt que devant une mixture insipide. En clair, les terrasses de ces restaurants étaient plus attirantes.
De nombreuses personnes passaient devant eux, dont une femme qui dévisagea le café avant de tourner à l'angle d'une rue. Elle tenait un petit chien en laisse, chien qui ressemblait étrangement à une éponge. Ce devait être une sorte de caniche, la langue pendante et ses crocs jaunis à découvert. Ses petits yeux noirs brillaient sous ses poils bruns et emmêlés. Il s'étira longuement, tandis que son amie poursuivait son monologue infernal sur son compagnon. Apparemment, il venait d'Italie et était piètre danseur. Elle disait vouloir faire son mariage en automne pour une raison qui ne tenait qu'à elle.
« Invite les ours et les écureuils, dit-il en sortant des billets de son porte-feuille.
- Si seulement, répondit-elle. Tu crois que je devrais inviter ma tante ?
- La fêlée ?
- Parle pas d'elle comme ça, j'aime pas ça.
- C'est comme ça que tu me l'as décrite.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Je paye le café, vu que t'as pas l'air satisfaite.
- Encore heureuse que tu me le payes, ce sale café ! rétorqua-t-elle comme si cela était une évidence. »
Ils avaient ensuite passé le reste de l'après-midi ensemble, à se promener dans les longues rues du centre-ville. Il lui proposa de dîner à l'extérieur mais elle refusa, disant qu'elle avait d'autres choses à faire, qu'elle devait déjà être rentrée depuis longtemps. Il ignorait si c'était un mensonge. Il rentra donc dans son appartement, se prépara un malheureux dîner puis alla se coucher après deux cigarettes et une canette de bière.
Le jour suivant, après sa journée de travail, il avait repris ses recherches sur ce fameux rouge à lèvres. Recherches qui se révélèrent infructueuses, une fois de plus. Alors une fois de retour chez lui, il s'était enfoncé dans son canapé avec une cigarette, face à celle qui portait la trace du rouge et essaya tant bien que mal de continuer ce livre. Il était peu concentré, n'avait réussi à lire qu'une demie page alors il finit par le délaisser de nouveau. Peut-être qu'un jour, il arriverait à le terminer.
4. Plusieurs semaines s'étaient écoulées, et l'espoir de retrouver ce maudit rouge à lèvres l'avait quitté. Son amie, il ne lui parlait plus et ne voulait plus la voir avant un bon moment. Il avait jeté la cigarette, le livre de l'autre japonais mais avait gardé le Chanel à trente-cinq euros car, pour une raison obscure, il n'avait pas envie de s'en débarrasser. Si jamais il venait à trouver une compagne stable, peut-être qu'il lui offrirait. Cela lui éviterait de se casser la tête à trouver un cadeau.
Vint un nouveau jeudi. Le matin, il n'était pas allé au café car l'envie lui manquait. Déambulant dans les rayons du supermarché pour remplir ses placards et son frigidaire, il se surprit à penser au rayon des cosmétiques. Juste par simple curiosité, il alla jeter un coup d'œil aux rouges à lèvres. Il y en avait peu, seulement une petite dizaine et seulement trois rouges. Un foncé, un clair et un vif. Peu de chance de trouver celui de son amie, donc. Le vif était intriguant alors il le prit. Il était tout à fait classique, n'avait rien à envier au Chanel. Le prix était dérisoire, moins de dix euros.
Ce rouge ne tirait pas vers le corail, mais plutôt vers l'écarlate. C'était ce rouge là. C'était le bon, celui qu'il cherchait depuis des semaines, celui qu'il y avait sur la cigarette et la tasse de café. C'était exactement le même. Il n'avait rien de raffiné, ni d'élégant. Il n'était pas unique, ni différent. A première vue, il était grossier et pourtant, sur les lèvres, c'était une tout autre chose. Il resta ainsi à le fixer au creux de sa main. Une intense déception s'empara de lui.
Si on m'avait dit dix minutes plus tôt que je passerai dix minutes à lire un texte parlant principalement de Rouge à Lèvre avec une attention si puissante, je n'y aurais pas cru. :oups:
Tu écris vraiment bien, ton style est fluide, agréable, il est élégant et simple à la fois, je pense que t'as trouvé un bon équilibre du moins. Le rythme est régulier, on s'y perd pas, enfin pas moi en tous cas.
On s'attache assez bien au personnage, pourtant on ne sait rien de lui, pas même son nom, il a l'air complètement indifférent à tout, mais tu as géré, du coup on s'attache à lui sans avoir besoin qu'il se présente par exemple.
Très appréciable ! J'ai hâte que tu nous montres un autre de tes textes. :miou:
Je trouve cette fiction très réussi, Ney. Elle est très intéressante mais aussi déroutante. On est perdu dans un univers qu'on comprend à moitié. Je dirais que c'était comme si j'avais été dans l'esprit de cette homme.
Tu écris vraiment bien et je ne peux que t'encourager à continuer. Cette fiction est vraiment digne d'être dans un recueil de nouvelles. :oui:
(http://1.bp.blogspot.com/-X8n4a2qPFpI/VlxOsYfwGYI/AAAAAAAAIZ8/osijid8BUdc/s400/zoegif.gif)
Merci pour vos retours, vraiment ! Je ne sais pas comment vous remercier... :oups:
Salut salut !
Je rejoins les autres pour dire que ce texte sur le rouge à lèvre est superbe, toujours très bien écrit, même si on ne sait pas grand chose du personnage principal on est captivé par sa curieuse quête.
Je ne sais pas pourquoi quand j'ai lu ton texte j'ai pensé à cette vidéo, ça vient de la série Hokku, des sortes de poèmes visuels et celui-là concerne un produit cosmétique (c'est là que le lien se fait !)
En parlant de lien, voici celui de la vidéo :
http://www.youtube.com/watch?v=0Z-FTbsHpR8 (http://www.youtube.com/watch?v=0Z-FTbsHpR8)
Re.
Tous les matins, lorsque le soleil caressait l'horizon, je m'extirpais des entrailles de mon lit. Le soleil se teintait d'une belle couleur orangée, qui tirait parfois vers le rose éclatant que j'appréciais contempler accoudé à ma fenêtre, en fumant ma première cigarette de la journée. Sa timide lumière s'étendait sur le sol, comme si elle entreprenait une douloureuse ascension qui ne cesserait qu'à l'arrivée de l'obscurité. Dans ce malheureux quartier où tout semblait s'être effacé, le lever du soleil était la seule chose agréable à regarder alors j'en profitais, c'était ainsi que je débutais mes journées chaque matin. Rien de bien transcendant, en somme.
Je me préparai un café, m'habillai avec une certaine lenteur dont moi seul avait le secret et m'installai dans mon canapé, allumai la télévision et regardai les programmes diffusés en cette heure matinale. J'attendais que les magasins ouvrent afin de me rendre en ville pour remplir mon frigidaire et mes placards qui étaient restés vides depuis bien trop longtemps maintenant. Je jetai la télécommande contre l'accoudoir, baillai à m'en décrocher la mâchoire et restai passif devant une chaîne qui diffusait des actualités en permanence. Le son n'était qu'un murmure, ce qui me satisfaisait. J'allumai une autre cigarette, faute de petit-déjeuner digne de ce nom. Un café insipide, cela n'avait rien d'un petit-déjeuner. Certes, ce n'était pas une justification car il me suffisait de bouger un peu mon derrière pour aller le prendre dans le café du coin, mais je n'aimais pas m'embarrasser de choses futiles, ni trop réfléchir.
Si l'on réfléchit trop, on est malheureux. C'était ce que disait mon père, qui lui-même disait que cela servait juste à rassurer les idiots, à ne pas leur dire qu'ils étaient idiots et les conforter dans leur bêtise. Je ne savais pas quoi en penser, j'étais sûrement l'un de ces idiots et ce devait être l'une des raisons pour laquelle j'étais encore seul, perdu au beau milieu de cet appartement pourtant si petit mais qui me paraissait immense, tant il était vide et froid. Ma mère me disait aussi que j'étais un imbécile, que c'était en grande partie pour cela que j'étais célibataire. Elle avait peut-être raison, mais elle ne me fournissait aucune solution alors je n'allais pas m'amuser à en dénicher une. Je n'avais pas envie de chercher, j'avais juste à attendre que ça vienne.
A neuf heure pile, ma montre se mit à sonner, m'indiquant qu'il était l'heure de partir. J'éteignis la télévision, me délogeai du fond de mon canapé, enfilai mes chaussures et un manteau puis sortis. Comme tous les matins, je traversai les mêmes rues de mon quartier, les mains fourrées dans mes poches sauf qu'aujourd'hui, je me sentais d'une humeur plus aventurière. Pourtant, je n'avais rien fait de particulier à mon lever. Etant un homme remplit de courage et de bravoure, je décidai de prendre une autre rue.
Elle n'avait rien de bien différente des autres, si ce n'était qu'elle était plus étroite. Elle était bordée par de modestes pavillons, dont l'un des jardins abritait un chien râblé. La bête se précipita jusqu'à la palissade, la truffe plaquée contre le bois et aboya comme une alarme lorsque je foulai une mince partie de son territoire. Je l'ignorai, intrigué par une rue qui me semblait plus isolée que les autres à ce moment-ci. Une fois à l'intersection, je constatai qu'elle était déserte et encore plus étroite que la précédente. Moi-même, je me demandai comme cela était possible et pourtant, elle l'était. Peu de voitures étaient stationnées sur les trottoirs, seulement une petite dizaine. Les palissades étaient gigantesques, un calme très différent de celui que je connaissais régnait.
Intrigué, je m'y engageai. Les maisons étaient tout à fait classiques par ici, quoi qu'elles étaient moins bien entretenues que celles de quelques rues plus haut. Les aboiements du chien s'estompèrent peu à peu, puis disparurent. Je me sentis terriblement seul, voire abandonné du monde dans cet endroit. Pourtant, je me trouvai toujours dans ce même quartier alors pourquoi cette impression était si forte ? Les mains toujours au fond de mes poches, j'observai les demeures et les jardins. L'une avait les barrières recouvertes de plantes grimpantes qui masquaient la propriété, et semblaient ne pas avoir été coupées durant des années. Elles envahiraient bientôt l'intégralité de la surface, et peut-être s'étendraient-elles même jusqu'aux murs de la maison. Je me plaisais à imaginer cette maison engloutie sous les plantes.
Je changeai de trottoir, prenant celui de gauche. Pas un chat. Pas un bruit, pas même celui du vent ou un aboiement de chien. Je ne tardai pas à arriver près d'une palissade qui était plus petite que les autres. Il me suffisait de lever légèrement la tête pour pouvoir observer le jardin, ce que je fis sans aucune gêne. De toute façon, il n'y avait personne dans les environs. Le jardin n'était pas très bien entretenu, l'herbe poussait n'importe comment et était envahie par endroit de mauvaises herbes. Perdu dans un coin de ce carré de verdure, une niche dans un piteux état que l'on pouvait presque entendre se lamenter. Je me rapprochai car étrangement, cette propriété m'intriguait.
Une voix tremblante et féminine coupa court au silence pesant. Je n'avais pas compris ce qu'elle disait. Elle provenait de l'autre côté du jardin, près d'une grande baie vitrée coulissante qui devait donner sur le séjour. Une personne s'y tenait, visiblement serrée par la timidité tant elle était raide sur ses deux jambes. C'était une femme, le visage creusé par la maigreur et dont le physique m'effrayait quelque peu. Son regard était orné de lourdes cernes violacées, ses cheveux noirs rêches étaient en bataille et ses genoux cagneux semblaient faillir sous les coups du vent. Son corps squelettique flottait dans ses vêtements. Un moment, je pensais que son pantalon allait glisser le long de ses jambes tant il était large mais il tenait bon. J'ôtai mes mains de la palissade, juste par politesse.
Lorsqu'elle s'avança vers moi, je crus voir un tas d'os ambulant qui essayait tant bien que mal d'adopter un comportement humain. Je ne m'attendais pas à tomber sur une telle personne, ce qui me plongea dans un profond silence. Je l'observai simplement. Elle, et ses os. Ses mains glissèrent sur la barrière, je n'osai pas les regarder. Ses veines devaient saillir sa peau, comme elles sailliraient celle d'une vieille femme. Cela me dégoûtait, pour tout avouer. Je me concentrai sur son regard, ses grands yeux creux et enfoncés qui me dévisageaient. Un pitoyable sourire déforma son visage livide.
« Vous êtes du quartier ? demanda-t-elle.
- J'habite quelques rues plus haut. J'étais simplement venu visiter par ici, excusez-moi pour le dérangement.
- Oh, ce n'est rien ! Peu de gens passent par ici, vous savez alors un peu de visite, ça ne fait pas de mal.
- Sûrement, répondis-je simplement. »
Elle m'intriguait, à vrai dire.
« Vous habitez seule ?
- Non, ce serait terrible si j'étais seule. Il y a deux ans, j'avais un chien pour me protéger mais il est mort d'un cancer. Pauvre bête, si vous saviez à quel point je l'aimais ! Je me suis sentis complètement désemparée, j'ai cru mourir. C'était le plus tendre des chiens, je vous l'assure ! Heureusement pour moi, je ne suis pas restée seule bien longtemps. Imaginez-vous un moment quelqu'un comme moi, seul ! Ce serait terrible, terrible, terrible. »
Elle parlait avec un débit impressionnant. J'avais du mal à la suivre, comme si cela faisait des années qu'elle n'avait pas autant conversé avec quelqu'un. Mais j'avais déjà la nette impression que, si je commençais à m'engager dans une conversation avec cette femme, je n'en sortirai plus avant un bon moment. J'avais des courses à faire, moi.
« Il est tellement gentil, oh si vous savez... La première personne qui m'aime de la manière dont je l'ai toujours souhaité ! J'ai toujours rêvé d'aller en Thaïlande. C'est magnifique la Thaïlande, vous ne trouvez pas ?
- Ce doit l'être, en effet.
- Il m'emmènera en Thaïlande. Quand, me diriez-vous ? J'en sais rien, vraiment rien mais on partira ensemble. Quand j'y pense, j'ai les larmes aux yeux. »
Elle afficha un large sourire de ses lèvres blanches. Une pathétique flamme frémissait dans son regard, ce qui devait sûrement être la manifestation de son intense bonheur. Ses mains squelettiques se resserrèrent sur la palissade, son corps était secoué par des frissons. Elle était pieds nus dans l'herbe mal entretenue, en plus de porter un haut à manches courtes. Elle devait avoir froid, si peu habillée.
« Excusez-moi, je serais bien resté discuter avec vous mais je dois y aller, on m'attend.
- Vous ne dites pas ça parce que je vous ennuie ? Oh je suis vraiment désolée de vous ennuyer !
- Non, rassurez-vous. Bonne journée. »
Je m'empressai de partir, ne désirant pas être retenu davantage. Je ne me retournai pas, mais je sentais son regard peser sur mon dos. Ce poids se libéra soudainement lorsque je quittai enfin le quartier. Cela résonnait presque comme une grande liberté dans mon esprit. Là-dedans, j'avais eu la nette impression d'étouffer entre quatre murs.
Ce fut l'esprit occupé par cette étrange femme squelette que j'allai faire mes courses. J'avais la tête ailleurs, pour tout avouer alors j'avais oublié d'acheter des canettes de bière. Je ne m'en étais rendu compte qu'une fois rentré chez moi. Même si la paresse m'avait saisi lorsque je débarrassai mon sac de mes achats, je décidai tout de même de repartir à la chasse aux canettes. J'avais emprunté le chemin habituel, afin de ne pas retomber de nouveau sur elle.
Le soir-même, malgré le fait que ma journée n'ait pas été plus différente que les précédentes, je ne parvenais pas à m'endormir. Cette rencontre avait suffi à troubler mon sommeil. Je ne cessai de me tourner dans tous les sens, sur le flanc ou le dos, à la recherche d'une bonne position mais visiblement, cela semblait impossible en l'état actuel des choses. J'observai alors les volets qui remuaient légèrement sous le vent nocturne, jusqu'à ce qu'il s'intensifie. Le volet de gauche se heurta avec fracas contre la vitre. Enfin, je sentis le sommeil me gagner. Je ne tardai pas à sombrer.
Je m'étais levé plus tard. D'habitude, je me levai dans les alentours de six heures du matin pour contempler le soleil à travers ma fenêtre. Aujourd'hui, je m'étais levé à dix heures. Déjà, ça foutait tout mon planning de la journée en l'air mais je n'allais pas m'énerver pour si peu. Demain, je ferai en sorte que tout rentre dans l'ordre. Je pris mon petit-déjeuner, fumai ma première cigarette de la journée devant la télévision. Jusqu'à onze heures, j'y suis resté puis je me suis décidé à me bouger de là, surtout lorsque la voix de ma mère a résonné dans mon esprit. Elle me dirait sûrement que je n'étais qu'un imbécile à rester pourrir dans ce canapé, que je devais me dépêcher de trouver un travail et une femme. Elle m'affirmait que c'était la clé du bonheur, moi j'en étais pas sûr.
Je décidai de me rendre de l'autre côté du quartier, par simple curiosité. Peut-être qu'elle était toujours là, cette femme squelette. Elle m'intriguait davantage. Je passai de nouveau devant ce maudit chien à la truffe écrasée par la palissade qui aboyait à tue-tête, avant de me retrouver dans cette rue étroite et oppressante. Peut-être qu'il n'y avait que cette femme qui y habitait, qu'elle vivait seule dans ce coin de quartier avec son compagnon. Je n'étais même pas certain qu'il existe, ce compagnon dont elle me parlait hier.
Je m'arrêtai devant la barrière, observai la lamentable niche qui allait s'effondrer à la prochaine averse qui s'abattrait sur la ville. Je me penchai pour jeter un coup d'œil à la baie vitrée : personne ne s'y trouvait. Les rideaux étaient tirés. Peut-être qu'il était trop tard désormais, ou peut-être dormait-elle encore. J'attendis encore un peu, les mains fourrées dans les poches de mon manteau. J'ignorai pourquoi je l'attendais. Hier, je n'avais pensé qu'à une chose : partir avant qu'elle ne m'emprisonne avec ses histoires. Ce devait être parce qu'elle avait changé quelque chose dans mon quotidien, parce qu'elle m'avait marqué. J'étais encore fatigué. Ça, c'était parce que je m'étais levé tard. J'avais un rythme à suivre.
J'ignorai combien de temps j'étais planté ici, au milieu de ce trottoir à regarder le bitume. Je devais être suspect, immobile de la sorte.
« Je peux vous aider, monsieur ? »
C'était un homme qui m'avait adressé la parole. Je ne fus pas surpris. Il m'était inconnu, plutôt jeune, une trentaine d'années je dirai. Il arborait une carrure impressionnante, mais affichait un grand sourire qui traduisait une profonde gentillesse. Cela me déconcerta quelque peu.
« Non merci, tout va bien.
- Vous attendez quelqu'un ?
- Je faisais juste une pause. »
Il semblait dubitatif.
« Ah, alors bonne après-midi dans ce cas, dit-il d'un ton attentionné.
- Merci, à vous aussi. »
Je le regardai s'éloigner jusqu'à la porte d'entrée de la maison de cette femme squelette. Il extirpa un trousseau de clés de la poche de son jean, puis entra avant de refermer derrière lui avec précaution. C'était lui, son compagnon visiblement. Elle qui n'avait que la peau sur les os, avait pour compagnon un homme qui faisait le triple de sa taille. Il devait remplacer son chien, certainement.
Premier passage de la fic plutôt intéressant.
J'ai bien aimé ta façon de nous présenter l'histoire et de nous la conter. Ce personnage squelettique est très intéressant et je l'aime plutôt bien. Tu nous donnes nous à aussi, l'envie d'en savoir plus. (et puis on s'interroge sur le titre de la fic. :hihi:)
Donc bravo et hâte de lire la suite. :miou:
Lorsque je faisais les courses, je revoyais ses grands yeux globuleux dans les oranges qui se piétinaient sur l'étal. Ils n'étaient pas oranges, n'avaient même pas une légère teinte orangée et pourtant je les revoyais. Ils me fixaient, légèrement déformés par ses joues qui remontaient. Je prenais alors des pommes, ou bien des poires même si je n'aimais pas ça. Souvent, je repartais plutôt bredouille avec rien à me mettre sous la dent. Ces derniers temps, j'avais changé mes habitudes alimentaires mais il n'y avait que moi pour m'en apercevoir. Il n'y avait que moi qui pouvait me remettre sur le droit chemin, me raisonner et me dire que je devais manger mieux et plus.
Parfois, lorsque l'envie m'en prenait, je prenais un pâtisserie dans la boulangerie du coin. Avant de la dévorer, je me disais que je mangeais ce gâteau à la place de cette femme squelettique qui elle, en avait bien besoin. Je me disais qu'un jour, je devrais lui en offrir une. La pâtisserie ne faisait pas long feu, alors une fois mon ventre satisfait, je repartais. Je passais toujours dans le quartier du squelette même si cela rallongeait le trajet. Je ne savais pas, c'était devenu une habitude. En début d'après-midi, elle n'était pas là et je le savais. Elle n'était là que tôt dans la matinée, près de la baie vitrée à observer l'extérieur, sûrement à attendre le retour de son compagnon. Peut-être qu'il partait travailler, peut-être qu'il allait faire les courses, peut-être qu'il allait faire son jogging matinal. Qui sait ce que cet homme pouvait faire dès le matin.
Moi qui ne me préoccupait pas particulièrement du quotidien de mes voisins, je me surpris à vouloir en savoir plus sur ce couple atypique. Un grand baraqué d'une gentillesse si grande qu'elle en paraissait fausse et une femme mièvre avec la peau sur les os, ça avait le don de susciter la curiosité du voisinage. Ils vivaient dans une rue isolée du reste du quartier, ce qui faisait qu'on ne les voyait pas beaucoup pour ainsi dire, jamais. Le compagnon, peut-être pouvait-on le croiser au détour d'une rue mais la femme passait aussi inaperçue qu'un fantôme. L'on croirait presque qu'elle se cachait de la lumière, qu'elle évitait tout contact prolongé avec l'extérieur comme si ç'allait lui porter préjudice.
Pourtant aujourd'hui, aux alentours de treize heure trentre-cinq - car oui, j'avais bien vérifié ma montre à ce moment-là -, je l'avais vu dans son jardin. Elle était assise dans l'herbe, la mine déconfite, le regard rivé sur sa main droite qui arrachait le gazon par petites touffes. Je la regardai s'adonner à ce fastidieux travail, les mains fourrées dans les poches puis je me décidai à l'interpeller.
« C'est rare de vous voir à cette heure-ci, dis-je simplement. Que vous arrive-t-il ?
- Eh bien vous voyez, je trouve le gazon très mal entretenu... Pourtant j'ai appelé quelqu'un pour tondre cette pelouse ! Mais quel travail, voyez par vous-même. Mon compagnon le fait bien mieux que cet incompétent.
- Alors pourquoi ne pas lui avoir demandé de le faire ? Et puis, je le trouve très bien taillé ce gazon.
- Vous dites ça juste pour me faire plaisir. Je suis très déçue, vous savez... Ce gazon n'est jamais bien coupé, jamais correctement entretenu, j'ai l'impression que l'on ne veut pas de lui. Vous savez, j'aimerais avoir un beau jardin avec un nouveau chien !
- Je sais, vous me le dites à chaque fois.
- Oh, je radote, je suis désolée mais je suis vraiment déçue, vous savez.
- L'herbe repousse, répondis-je en m'approchant de la barrière. Vous devriez plutôt retaper cette niche avant d'adopter un nouveau chien et de refaire votre gazon. »
Elle cessa d'arracher la verdure, puis coula un regard vers moi comme si ce que je venais de dire était l'évidence même.
« Oh bien sûr, vous avez raison. Je devrais vous écouter plus souvent, dit-elle d'une voix morne. Vous savez, ce n'est pas ce jardin qui m'inquiète en vérité. Ça fait depuis neuf heure du matin qu'il n'est toujours pas rentré et je suis si inquiète, si inquiète, c'est horrible... Alors j'essaye de m'occuper comme je peux. La radio ne marche plus, je n'ai plus de livres à lire alors je m'ennuie terriblement.
- Vous voulez que je vous rapporte des livres ? Je peux même vous en donner, si vous voulez.
- Non. Il n'aime pas être redevable. Moins il l'est, mieux il se porte, vous comprenez...
- Ce ne sont que des livres. »
Elle fit signe de la tête qu'elle n'en voulait définitivement pas. Je n'insistai pas mais lui proposai de se redresser. Elle le fit, mais ne bougea pas de son emplacement. Comme d'habitude, elle avait oublié de se couvrir avant de sortir par ce froid. Elle ne s'en plaignait jamais, ne tremblait jamais, à croire qu'elle ne ressentait pas le froid automnal.
Le squelette avait l'air si dépité, que je n'osais pas plus le déranger. Peut-être qu'il était temps de partir, que je l'avais assez ennuyée pour aujourd'hui. Dehors à treize heure trente-cinq, ça n'avait rien de bon pour elle. Je m'apprêtai à la quitter avant qu'elle ne m'interpelle :
« J'ai... La fenêtre coulissante est bloquée, vous voyez.
- Comment ça ?
- Je suis sortie et la fenêtre s'est refermée.
- Passez par la porte d'entrée. »
Elle me parut soudain déboussolée, comme un chien délaissé par son maître. C'était vraiment une femme étrange, voire inquiétante sous certains aspects. Elle caressait nerveusement ses mains, visiblement angoissée.
« Mon compagnon la ferme toujours à clé lorsqu'il s'en va...
- Pourquoi ?
- Je dors lorsqu'il part, vous voyez et il craint que des voleurs n'entrent pendant son absence...
- C'est ridicule, il n'y a pas de voleurs dans le coin. »
Elle haussa les épaules puis se tourna vers la baie vitrée. Ses jambes squelettiques bougèrent enfin, secouant toute sa structure osseuse. Elle se dirigea jusqu'à la fenêtre coulissante et de ses doigts maigres, essaya de trouver une ouverture pour la faire glisser. Je la regardai faire sans rien dire. Je n'allais pas entrer dans son jardin.
« Attendez que votre compagnon rentre.
- Je ne peux pas, je dois rentrer maintenant ! »
Sa voix s'était soudainement emplie de panique. Elle s'acharnait vainement sur la fenêtre, tentant tant bien que mal de la faire coulisser de quelques millimètres. Je délaissai mes courses, entrai dans le jardin et lui demandai de reculer. Elle le fit et les mains sur la vitre, je poussai pour ouvrir. Je n'eus pas grand mal à libérer l'accès jusqu'au séjour.
A l'intérieur, tout était sombre bien que la pièce soit assez vide. Elle était très peu meublée : seulement un canapé, un meuble télévision où il n'y avait pas de télévision et une bibliothèque. Au beau milieu de cette pièce, ces meubles apparaissaient presque comme des choses insignifiantes. Le séjour n'était pas très grand, plongé dans la pénombre. Toutes les fenêtres étaient recouvertes de grands rideaux, comme si l'on craignait la lumière du jour. Un étroit couloir succédait au salon, menant sûrement à la cuisine.
« Merci, merci, dit-elle dans un soupir de soulagement. Mais ne restez pas là, mon compagnon vous prendrait pour un voleur et il déteste les voleurs, vous savez.
- Bonne après-midi, répondis-je simplement. »
Elle me salua avec politesse, puis je quittai la rue sans plus m'attarder. Je ne me souvenais déjà plus de la tête de ce séjour, à croire que cette pénombre qui y régnait effacait même ma mémoire. Lorsque je me suis retourné pour vérifier le jardin, la femme squelettique ne s'y trouvait plus. Les rideaux avaient été tirés, elle s'était enfermée.
Je suis allé déposer mes courses chez moi, avant de me rendre en ville pour rejoindre un ami. C'était une personne tout à fait respectable, quoiqu'un peu bourru lorsque j'y repensais. Il portait la barbe comme personne, une barbe foisonnante noire qu'il rasait uniquement quand cela l'arrangeait. Parfois elle était bien taillée, parfois elle descendait jusqu'au col de son t-shirt avec anarchie. Il aimait bien porter des tongs, il en portait lorsque les premières chaleurs débarquaient jusqu'au début de l'automne. Il y a sept ans, s'il avait pu, il serait venu à son entretien d'embauche en tongs. Cela remontait, mais je m'en souvenais encore. Depuis, il s'était trouvé un bon travail contrairement à moi.
J'ai pris un café avec lui, il m'a parlé de son voyage en Italie, de sa fille de trois ans. Il adorait l'Italie, et sa fille. Il m'a dit vouloir l'emmener à Rome, que ça lui plairait sûrement mais qu'elle était encore trop petite. Je n'y répondais pas grand chose, si ce n'était que les enfants aimaient voyager même si le tourisme ne les intéressait pas particulièrement. Il voulait m'emmener aussi, vu que je ne voyageais jamais. C'était quelqu'un de gentil avec ses proches. J'ai voyagé une ou deux fois, en Espagne et en France parce que l'on me disait que c'était très beau. On a beaucoup discuté, puis je suis reparti dans les alentours de dix-huit heure. Je n'ai pas voulu rester dîner, je n'avais pas envie de voir sa femme.
Je suis content de lire la suite de ta fic, je la trouves vraiment intrigante, tu maîtrises très bien cet aspect. Continue comme ça. :^^:
Un petit truc écrit sur le tas, rien de bien transcendant. Je ne sais pas ce que ça vaut :oups:
Peut-être que je le terminerai !
D'ici, on voyait tout. Toute la rue passante, on la voyait se profiler vers l'horizon. On pouvait observer les gens avec attention, les juger, les étiqueter sans même qu'ils ne s'en aperçoivent. C'était l'une de nos places favorites, celle qui se situait près de la baie vitrée. La petite table ronde où l'on s'installait régulièrement était contre la vitre, et n'avait pas bougé de cet emplacement depuis des années, comme si ç'avait toujours été sa seule et unique place. Avec le temps, l'on avait presque l'impression qu'une mince partie s'était confondue avec la vitre d'une transparence incomparable. Le propriétaire en prenait grand soin, toujours brillante et dépourvue de traces. Les enfants n'y posaient jamais leurs mains, comme si dans leurs esprits étroits résonnaient les douces paroles de cette baie vitrée qui leur murmurait : « Ne pose pas tes mains sales ici, je suis propre et je tiens à le rester. » Ce devait être une voix très douce, maternelle pour qu'ils lui fassent confiance avec autant de facilité. De toute façon, il n'y avait que les enfants qui faisaient preuve d'une grande candeur.
Le serveur du modeste restaurant, un jeune homme menu mais charmant, se reflétait dans cette vitre à la propreté délicate. Son reflet manquait de précision, il ne reproduisait pas tous les traits de son visage fin et triangulaire, chaque petit détail que l'on pouvait noter en l'observant même distraitement. Sa barbe n'était jamais très bien taillée, ses cheveux toujours en bataille. Parfois, l'on pouvait le voir y passer sa main pour les remettre en place. Cela ne prenait qu'une seconde. Personne ne devait le voir se recoiffer, c'était un jeune homme droit et discret. Il était toujours affairé, sans arrêt sollicité et n'avait pas le temps de converser avec nous, ou d'autres clients. Il parlait peu, l'on entendait à peine le son de sa voix dans le restaurant, seulement le timide brouhaha qui suffisait à le couvrir.
Il nous connaissait. Tous les soirs - ou plutôt devrait-on dire toutes les nuits -, il se penchait légèrement sur nous, son stylo et un petit carnet dans les mains. Il prenait les commandes et servait, il faisait les deux à la fois. Il arborait un petit sourire, celui qui faisait rougir les adolescentes, et nous demandait si nous avions fait notre choix. Toutes les nuits, nous lui répondions la même chose : deux sandwichs au poulet et un café. On consultait le menu sans le lire, on le reposait lorsqu'il approchait pour donner l'illusion que l'on ne venait que rarement dans cet endroit. Il acquiesçait et s'éclipsait. Le soir, il filait au pas de course. La nuit, sa marche était plus détendue. Le midi, il n'était jamais là. C'était un autre garçon d'une trentaine d'années qui le remplaçait, quelqu'un qui semblait assez bourru. Il portait sur son visage l'infidélité, mais nous ne saurions dire comment c'était décelable.
Peu de temps après - nous n'avions jamais compté le temps qu'il mettait -, il déposait sur notre table une assiette qui contenait deux sandwichs et une tasse de café brûlant. On mangeait, on ouvrait un livre d'un auteur classique et l'on demeurait silencieux, les yeux rivés sur les mots qui défilaient sur les pages jaunies. Le serveur passait quelques fois, on pouvait croiser son regard si l'on avait une chance aimante. Une plénitude régnait en maître dans ce modeste restaurant, isolé du reste de la nuit et prédateur de l'obscurité de par ses grandes lumières qui imprégnaient les alentours, franchissaient la fragile baie vitrée.
La porte fut arrachée de son repos, poussée par un bras fin. C'était une femme qui entrait, vêtue tout de noir et qui portait pour seule couleur, un rouge à lèvres éclatant quelque peu effacé car resté trop longtemps sur ses lèvres. Ses talons claquèrent tandis qu'elle rejoignait l'une des petites tables rondes où elle prit place, celle qui se situait derrière la nôtre, proche de la grande vitre. Elle fit du bruit, tirant la chaise, poussant la table qui percuta la vitre pour se mettre à son aise. Le bruit qu'elle produisit fut semblable à une plainte, la plainte et manifestation de la détresse de cette vitre pourtant si choyée et respectée.
Nos yeux s'étaient depuis longtemps détachés de notre lecture, l'on observait le reflet de cette nouvelle cliente dans la baie vitrée. Le rouge de ses lèvres ressortait très distinctement, contrairement à elle. On devinait juste que son regard était rivé vers l'extérieur, comme si elle espérait voir passer quelque chose ou quelqu'un au sein des lumières qui éclairaient le trottoir d'en face. Elle avait la joue écrasée contre la paume de sa main, tenant sa tête comme si elle manquait de tomber.
Le serveur vint à sa rencontre, accompagné de son charmant sourire. Il prit sa commande et d'une voix féminine sans être aiguë pour autant, elle lui répondit : « Deux sandwichs au poulet et un café. » Il acquiesça puis s'éclipsa, la laissant seule. Nous ne l'avions pas quittée des yeux, son reflet était mystérieux. Elle nous remarqua, nous regarda à travers cette même vitre. Un mince sourire, presque timide se dessina sur ses lèvres rouges. Un enregistrement des années 60 se mit à tourner dans le restaurant, le son était si infime qu'il se confondait avec le silence.
Elle fixait de ses yeux vairons notre reflet dessiné sur la vitre teinte du noir de la nuit, et ne fit aucun commentaire. Nous la regardions aussi. Elle entrouvrit légèrement ses lèvres rouges, y glissa une cigarette qu'elle alluma de la timide flamme de son briquet. Le serveur ne tarda pas à revenir, déposa la commande sur la table et se pencha légèrement vers elle pour lui dire :
« Vous ne pouvez pas fumer ici, je suis désolé.
- Vraiment ? Ce n'est pas marqué sur la porte pourtant.
- C'est un endroit public, vous n'avez pas le droit madame...
- On a jamais droit à rien dans cette ville, dit-elle en recrachant un nuage de fumée. Laissez-moi au moins fumer cette cigarette, il n'y a personne à cette heure-ci et je doute que ça dérange la table d'en face, n'est-ce pas ? »
Elle observa notre reflet, à la recherche d'une affirmation. Nous avons gardé la bouche fermée car ne voulant pas prendre part à cette discussion houleuse. La femme insista par le biais de son regard, nous nous sentîmes vite oppressés mais aucun son ne sortit d'entre nos lèvres.
« Bien, dit-elle. Apportez-moi un cendrier dans ce cas et deux sucres pour mon café. »
Le jeune homme semblait pris au dépourvu par son attitude, mais se contenta d'un bref hochement de tête avant de s'éclipser de nouveau. La femme tira une nouvelle bouffée, les yeux rivés sur les deux sandwichs coupés en deux de façon méticuleuse. Pas un seul morceau de poulet ou de salade ne dépassait des tranches de pain, ces sandwichs étaient d'une perfection sans égale.
Il revint avec deux sucres qu'il laissa sur la coupelle blanche et un cendrier. La femme y écrasa sa cigarette, avant de plonger les deux carrés dans sa boisson chaude. Elle remercia brièvement le garçon. Plus personne ne vint briser le silence nocturne, ni les bruits de pas du serveur, ni la voix fémininement grave de la cliente au rouge à lèvres, ni même le timide vinyle qui tournait sans arrêt sur lui-même, voué à répéter les mêmes mouvements circulaires tout au long de son existence. Nous bûmes une gorgée de notre café.
« La dernière fois, je me suis rendue à une exposition, hasarda-t-elle. C'étaient des petits peintres qui exposaient leurs œuvres, et je comprenais bien pourquoi ils étaient « petits ». Si peu de talent artistique dans autant d'êtres humains, c'est presque de l'art. Pas un seul tableau ne se détachait des autres, c'était d'une banalité affligeante. C'était laid, et ça n'avait aucune signification.
- Qu'est-ce que vous en savez ? »
Elle croisa notre regard à travers le reflet, puis se mit à sourire.
« Je le sais c'est tout et même vous, vous devez le savoir. Je vous emmènerai à cette exposition, vous verrez à quel point c'est vide de sens. Bruegel et Caravage me manqueraient presque, eux c'étaient de véritables artistes.
- Ce ne sont pas les mêmes époques.
- Si aujourd'hui ces oeuvres sont laides, elles le seront aussi trois siècles plus tard. La seule différence étant que les générations suivantes viendront s'extasier devant un morceau de toile mal peint, exposé comme une oeuvre d'art dans un musée.
- Peut-être qu'elles sont très bien, ces peintures et que vous ne les appréciez tout simplement pas.
- Peut-être bien mais accompagnez-moi, la prochaine fois. Vous aimez peindre, vous ? »
Nous haussâmes les épaules.
« Vous vous en foutez, tant mieux. C'est mieux de se foutre de tout. Vous mangerez vos sandwichs ?
- C'est pour ça qu'ils sont sur la table.
- Je peux m'asseoir à votre table ? »
On ne lui répondit pas et pourtant, elle nous fit signe qu'elle arrivait. On la vit se lever dans le reflet de la vitre, ses talons claquèrent de nouveau puis elle vint s'installer face à nous, n'oubliant pas de déposer sur la table son assiette de sandwichs et sa tasse de café. La silhouette fantomatique du reflet s'était désormais matérialisée en face de nous. Elle croisa les jambes. Le rouge à lèvres éclatant qui habillait sa bouche semblait nous hurler de l'embrasser, tandis que ses yeux vairons nous fixaient comme désireux de nous entendre parler. Nous n'avions rien à ajouter, alors nous bûmes notre café.
« Ça vous arrive de vous trouver beau nu dans un miroir, vous ?
- Pardon ?
- A poil devant un miroir, vous vous trouvez beau ? demanda-t-elle de nouveau. Ça m'est déjà arrivé, une ou deux fois peut-être. J'étais tellement contente que je me suis rhabillée, j'ai pris mon maillot de bain et je suis allée à la plage. Ce jour-ci, j'étais magnifique et personne ne faisait attention à moi alors à la place, j'ai bronzé. C'est malheureux, non ? Ce n'est pas tous les jours qu'on est beau et le jour où on l'est, personne ne vous regarde.
- Vraiment personne ?
- Oh, j'exagère, dit-elle dans un rire. Lorsque je suis descendue pour rejoindre la petite rue commerçante, j'ai croisé le regard d'un jeune homme installé à une terrasse, devant un cocktail. Il buvait avec ses amis, il devait être dix-huit heures. Il m'a adressé un sourire, je lui ai répondu par un sourire, bien entendu car il était mignon. Vous ne souriez pas à quelqu'un de mignon, vous ?
- Peut-être.
- Bref, figurez-vous qu'il a quitté la terrasse pour venir me voir ! J'étais surprise, c'était pas tous les jours qu'on venait me voir alors j'étais flattée, très flattée qu'on se lève pour moi. Il m'a proposé de venir boire un verre avec lui.
- Vous avez accepté.
- Non, j'ai refusé. Je ne prends pas de verre avec n'importe qui et puis, je voulais qu'il me dise que j'étais très belle aujourd'hui avant de m'inviter à boire. »
En disant cela, elle affichait un grand sourire jusqu'aux yeux. C'était une femme très étrange avec des réactions incompréhensibles, peut-être qu'elle était un peu folle.
« Il ne pouvait pas vous dire que vous étiez très belle ce jour-ci, vu qu'il ne vous avait pas vue les autres jours.
- On dit toujours à une femme qu'elle est belle avant de l'aborder, même que l'on devrait dire qu'elle est plus belle que les jours précédents. D'ailleurs, on devrait même dire aux femmes qu'elles sont belles en permanence, jusqu'à les soûler.
- Vous êtes folle.
- Tant mieux, les gens sains d'esprit sont d'un ennui mortel. Vous vous amusez plus d'un fou que d'une personne lambda, pas vrai ? Alors si vous vous amusez plus de moi, je me sentirai tout aussi flattée. »
Nous la regardions d'un air dubitatif, puis nous entamâmes notre premier sandwich. Elle regarda le sien en silence, comme si elle le dévisageait. Un combat de regards s'était déclaré entre elle et la garniture écrasée entre deux tranches de pain coupées à la perfection. Le vinyle s'était doucement arrêté, comme un guitariste qui aurait laissé sonner la dernière note de son accord.
Personne ne vint remettre un vinyle, ni même relancer la timide musique qui emplissait le modeste restaurant. Deux clients quittèrent l'établissement, leurs yeux rivés sur l'écran de leurs téléphones puis disparurent dans l'obscurité, à l'abri des lumières du restaurant. On resta sans mot dire, promenant notre regard sur les tables non débarrassées, les gens accoudés au comptoir puis sur cette femme qui s'était installée face à nous, et qui, à l'instant, venait de s'avouer vaincue. Ses yeux vairons croisèrent les nôtres un court instant, et dans un petit rire embarrassé, elle but une autre gorgée de son café.
« Il a refroidi ! Il m'en faudrait un autre, je n'aime pas le café froid sauf avec des boudoirs. Une de mes amies sait faire les boudoirs mieux que personne, lâcha-t-elle. Vous voulez mes sandwichs ? J'ai commandé la même chose que vous, en pensant que ça nous permettrait d'engager la conversation mais vous n'êtes pas très bavard.
- Non merci, ça ira. »
Elle parlait trop vite, on ne savait plus à quel sujet répondre alors on ne répondait qu'à celui qui nous convenait. On avait la mémoire courte lorsqu'il s'agissait de converser.
Y a un message caché ?
Tu es encore plus belle qu'hier Neyrin... :help:
J'aime toujours autant tes écrits, ton style, et cette histoire est bien sympathique, continue ! :oui:
Hey ! J'ai lu tout ce que tu as posté jusqu'à présent et je dois dire que ça me plait beaucoup ! Tu as une écriture belle, agréable et élégante. Tes histoires sont très prenantes même si on ne connait presque rien de ton univers, et j'apprécie suivre tes personnages - parfois étranges - même si on ne connait quasiment rien d'eux non plus.
En bref j'apprécie beaucoup ce que tu fais, j'ai hâte de lire de nouveaux textes ^^
Un petit texte sur la princesse Kaguya des studios Ghibli. <3
J'ai essayé de retranscrire la poésie du film, ce fut assez complexe. :8):
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Sous ces étoffes de soie ne se dévoilait qu'une élégance superficielle, bien loin de celle que la nature lui avait octroyée avec grâce et bienveillance. Les tissus nobles et colorés glissaient sur sa peau blanche et soyeuse et avec une certaine grâce, semblaient se déverser en une délicieuse cascade sur les planches vernies. La pureté des traits de son visage, l'éclat de son regard ébène et de ses vêtements dont chaque motif tissé reflétait une richesse d'esprit factice, ne faisaient qu'accroître cette beauté que tant d'hommes se pâmaient. Ses longs cheveux noirs, raides et parfaits, défaillaient le long de son dos de manière unique et singulière ; ils s'harmonisaient si bien avec les soies que les servantes s'accordaient à croire qu'elles avaient été faites pour cette splendeur surnaturelle. Certains admirateurs affirmaient qu'elle provenait des cieux, voire au-delà ; un endroit inaccessible aux hommes, un lieu où tout n'était que magnificence aussi bien dans l'architecture, l'art que dans les créatures superbes qui naissaient sur de mystérieux astres lointains.
C'était une jeune femme d'une beauté féerique. Ses yeux perçaient le cœur des hommes : ceux dont la flamme qui s'y terrait était flamboyante et sincère, elle les embaumait d'une douce attention pourtant frugale, mais qui donnait à chacun d'entre eux le courage de gravir les plus hautes montagnes pour espérer recevoir d'elle, un baiser ou même une caresse. Un timide sourire volé serait même, à leurs yeux, la récompense la plus délicieuse des kamis. Adulée et source de fascination, de sentiments exaltés, comment pouvait-elle seulement être ternie par le malheur ?
Le peuple racontait que jamais elle ne versait de larmes ; l'on disait que la seule façon d'attiser sa passion était de l'émouvoir en déployant sa poésie et ses talents. Ainsi, même le plus misérable des hommes pouvait espérer recevoir d'elle d'augustes larmes qui se convertiraient en un amour tendre et exceptionnel. Cela n'était que des légendes destinées à bercer le désespoir des malheureux, car seuls les prétendants nobles avaient l'autorisation d'approcher cette beauté. Ceux qui refusaient de la croire vraie parlaient d'une Ohaguro Bettari qui avait envoûté les hommes et ne se dévoilait que le jour des noces ; la plupart préférait rire d'une telle absurdité, dans la simple crainte de voir leurs fantasmes jugulés.
Sous ces merveilleux traits que l'on traçait à la jeune femme, sous ces somptueuses étoffes qui ébauchaient sa joliesse éternelle, aucun ne décelait le malheur qui ceignait son cœur. Prisonnière d'une vie noble, elle en venait à songer à cette campagne, mère de tous ses idéaux et berceau de son enfance. Chaque soir, elle était torturée par le désir de retrouver la montagne et ses richesses, d'entendre de nouveau les cris des enfants qui l'appelaient avec gaieté. À ses oreilles, lors des nuits les plus pénibles, parvenait son prénom : celui des montagnes où elle s'était vue naître. Ses songes les plus profonds lui infligeaient l'image de Sutemaru dont elle avait été arrachée.
Elle rêvait de leurs corps qui s'étreignaient, loin de la pudeur aristocratique et elle s'imaginait, durant des heures, sentir l'herbe douce de la campagne chatouiller ses pieds, glisser entre ses doigts comme des insectes. Elle s'imaginait pouvoir embrasser la cime des arbres, les oiseaux qui tournoyaient jusqu'au firmament et exultaient leur liberté au travers d'aubades mélodieuses. Lorsque la fatigue onirique se manifestait, elle se laissait choir dans cet écrin verdoyant, abritant tant de parfums vivifiants, et elle voyait s'allonger à ses côtés Sutemaru qui n'avait jamais quitté cet endroit, mais qui apprenait de nouveau à le contempler en sa délicieuse présence.
Takenoko – car c'était ainsi qu'on la surnommait lorsqu'elle était jeune enfant – rêvait encore des gracieuses rivières semblables à des lignes de pêcheur qui filaient sur la campagne ; l'eau était fraîche et lors des chaleurs estivales, les enfants y plongeaient pour se rafraîchir, s'adonner à des jeux ou bien pour imiter la pêche aux carpes. Ils brandissaient leur maigre trouvaille, un poisson frétillant de la taille d'une amande, en imaginant la plus belle carpe de tout l'archipel entre leurs mains chétives. Parfois, il leur échappait et ils arboraient des visages rouges comme l'argile, ils se déformaient de façon disgracieuse puis des larmes se déversaient en abondance sur leurs joues. Les aînés venaient les apaiser avec des rires radieux et rayonnants ; si rayonnants qu'ils pouvaient remplacer les éclats ardents du soleil.
Dans cette tendre nature, loin de la souffrance et des responsabilités, Takenoko retrouvait cette même liberté que les oiseaux, le goût et parfum acidulés des fruits, la senteur délicate et sucrée des plantes naviguant sur la brise montagneuse porteuse d'espoir. Les chants enfantins se confondaient avec ce vent timide avant d'emplir ses souvenirs comme les caresses d'une mère.
Tourne et éveille le soleil ;
Oiseaux, insectes, bêtes sauvages
Herbes, arbres, fleurs
Apporte-nous le printemps, l'été, l'automne et l'hiver ;
Le vent souffle, la pluie tombe, le moulin à eau tourne ;
Sans cesse, la vie se perpétue
Sans cesse, la vie se perpétue ;
Tourne et reviens, reviens
Passé lointain
Reviens et rends-moi mon cœur disparu
Reviens et rends-moi mon cœur disparu ;
Oiseaux, insectes, bêtes sauvages
Herbes, arbres, fleurs
Nourrissent la clémence des hommes ;
Si j'apprends que tu m'attends
Je reviendrai sur-le-champ.
Lorsque ces caresses cessaient, elle se réveillait non plus comme la jeune et insouciante Takenoko, mais comme la somptueuse princesse Kaguya des bambous graciles – car c'était ainsi qu'on la surnommait. Elle se conformait alors aux règles de la noblesse ; c'était dans cette artificialité qu'on lui reconnaissait une beauté des plus fabuleuses. L'admiration, l'amour qu'on portait à sa grâce divine ne guérissait en rien les maux qui enserraient son cœur. Elle trouvait donc un certain plaisir à retrouver son enfance dans un carré de verdure qu'elle avait entretenu à ses heures perdues ; elle aimait s'y reposer pour y admirer la vie qui s'y était créée. Certains après-midi, quand elle était condamnée à rester cloîtrée, elle conversait avec les servantes et aimait se remémorer les derniers souvenirs terrés dans son esprit. Elle usait de sa noble éducation pour porter des mots justes à ses pensées ; dans ces moments-ci, elle se sentait proche d'elle-même.
« Pourquoi craindre la tempête ? Ce n'est pas la manifestation d'un quelconque courroux, ni même la source de malheurs. Elle est vue comme destructrice, source de chaos mais moi, j'y perçois l'expression pure et simple de la nature. J'y perçois sa grâce et l'exaltation de son bonheur. On ne devrait pas craindre les éclairs qui déchirent le ciel noir et grondant, les vents violents qui rudoient les arbres ou l'averse qui peine à suivre ses mouvements impétueux. Quand ce temps se prépare, je ressens cet air lourd et pesant, comme une chaleur étouffante qui me saisit à la gorge.
Guidée par mes envies, je sors dans les jardins puis je cours, encore et encore. Je laisse les vents mugissants s'engouffrer dans ma chevelure, guider mes jambes et ma course. Je laisse les gouttes caresser ma peau, la fraîcheur nocturne m'étreindre... Lorsqu'on me supplie de m'abriter, je pousse un cri éclatant qui joint le rugissement de l'orage, comme si ma joie se confondait avec celle des dieux. Je me sens libre, si libre ! Tout cela est d'une telle merveille ! Vous n'imaginez pas à quel point la nature est sublime, à quel point elle est sensuelle. Tous ces plaisirs, personne ne peut me les offrir à part elle. »
Les interlocutrices demeuraient dans un silence profond. Elles ne s'exprimaient pas, ni même par l'intermédiaire du regard ; elle se contentaient d'écouter ; à leurs yeux, la nature n'avait pas plus de valeur qu'une porcelaine chinoise dont les morceaux se seraient éparpillés sur le sol. Kaguya se levait alors, traînant les longues manches de son kimono durant cette opération et s'éclipsait pour retourner à ses occupations. Elle peignait, écrivait et elle exerçait toute sa vénusté dans des tracés. Dans ces simples lignes noires, elle pouvait discerner les sentiments qui se mêlaient dans son esprit. Si elle avait dû les décrire, elle les aurait comparé à l'agitation de la capitale ou bien aux langoureuses traversées des chats, filant comme des ombres dans les ruelles.
Il était arrivé un jour où on avait offert à la princesse un chaton qui égalait sa beauté, blanc comme neige et sur son dos, des écailles dorées, brunes et argentées qui embellissaient son regard d'un bleu éclatant et méditerranéen. On lui avait coupé la queue avant d'en faire un présent, afin qu'il ressemble à ces magnifiques mi-ké. Il n'avait pu mener une vie aussi libre que ses congénères par la faute de cette brutale amputation, mais elle se souvenait qu'il appréciait se glisser dans les jardins pour y chasser les rongeurs et insectes volants ou rampants. Il avait gardé une certaine agilité durant sa brève jeunesse, jusqu'à ce qu'il devienne nonchalant et gras, qu'il refuse de ne mouvoir plus que son oreille ou de n'ouvrir plus que sa mâchoire pour partager son haleine fétide. Il se laissait choyer par la chaleur du soleil des heures durant, sans bouger. Puis vint un jour où il disparut, sans jamais plus revenir. Sûrement s'était-il lassé de cette vie monocorde et exsangue car, disait-on, les chats seraient des enfants endormis qui ne songeaient qu'à un réveil révélant leur affranchissement.
Kaguya avait tant de fois songé à être ce chat qui se libérait de ses chaînes frivoles ; ses chaînes qui ne tenaient qu'à des conventions humaines qui lui échappaient. Il se souciait peu d'apporter le chagrin, il vivait simplement au gré de ses désirs. Elle l'imaginait filer à travers la montagne et la campagne. Elle s'imaginait dans le corps de cette bête qui s'affinait dans sa course claironnante. Elle s'imaginait dans cette vie éloignée du carcan social, dans cette sublime nature qu'aucune loi humaine ne régissait où elle pouvait hurler, courir et exprimer sa joie. Dans ces moments-là, près de sa tutrice, elle esquissait un léger sourire et riait parfois, bien que cette dernière n'ait cessé de lui dire que les nobles femmes ne riaient pas, ni laissaient entrevoir leurs dents.
C'est dommage, j'ai commencé des tas d'écrits mais tous sont inachevés... Ils ne peuvent pas encore être postés. À défaut de pouvoir les partager, je mets ce petit poème à la place qui date de quelques mois – et qui n'a pas de titre, ui ui.
C'est la première fois que je fais un peu de poésie. :8):
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Le soleil, émergeant de l'horizon
Te caresse tendrement de ses rayons ;
Peut-être as-tu cessé de ressentir
Sûrement ne désires-tu plus saisir,
Les fuites de ce maraudeur
Qui dérobe cette pudeur ;
Qu'il aime te regarder
Que j'aime te contempler !
Seulement vêtue de cette nudité
Toi, réfugiée au creux des bras de Morphée,
J'aimerais te cueillir simplement
Être le plus désiré des amants ;
Laisse-moi ravir la rose
Cette merveilleuse chose ;
Qui, satinée comme la soie,
Éclot à l'aube de mes doigts.
C'est un premier essaie très réussi Ney, avec des rimes qui rendent le tout harmonieux à lire. Sinon n'hésites pas à continuer dans la poésie, ça sera peut-être plus simple à finir que tes autres écrits. :oups:
Un texte complètement inachevé qui traîne dans mes fichiers depuis plusieurs mois maintenant.
Il n'a aucun titre mais il parle d'un mouton. Enfin, d'une sorte de mouton.
La chaleur estivale étranglait les deux silhouettes qui remuaient comme des chenilles prisonnières de leurs chrysalides. L'une se débattait, l'autre semblait lutter tel Jacob face à l'Ange ; c'était une lutte périlleuse et interminable, une nuit épuisante à supporter les affronts étouffants qui amenaient la sueur sur leurs fronts. L'indésirée s'était introduite dans cette chambre conjugale exiguë et obscure par la fenêtre ouverte, pourtant destinée à amener un peu de fraîcheur en cette redoutable saison. Les silhouettes ne cessaient de se mouvoir dans les draps imprégnés de leur sécrétion malodorante, comblant de mille joies la chaleur qui se mêlait à celle de leurs corps suintants. Épuisée, l'une finit par s'incliner, laissant sa moitié conclure l'affrontement avec leur terrible adversaire.
Elle s'extirpa du lit pour rejoindre la pièce adjacente qui n'était rien d'autre que la salle de bains, le seul endroit où elle trouverait de quoi apaiser cet organisme meurtri par la sudation. Elle croisa son reflet dans le miroir tandis qu'elle ôtait sa nuisette qui devait bien avoir vécu vingt ans désormais. Cette dernière était d'un rouge éclatant – quoique terni par les nombreux lavages – et de la dentelle ornait le décolleté, elle aussi malmenée et tirant davantage vers le gris plutôt que le blanc, malgré tous les efforts fournis par sa propriétaire pour le maintenir en bon état. La femme se glissa dans la douche et entreprit d'actionner l'eau froide ; elle la laissa parcourir son dos, ce qui lui arracha un frisson tant elle lui semblait glacée. Elle ne put tenir que de brèves minutes sous cette giboulée glaciale et une fois promptement rafraîchie, elle ne tarda pas à se revêtir pour rejoindre une fois de plus le four à pain qu'était cette chambre conjugale. Elle n'appréciait pas particulièrement de dormir aux côtés de son mari ; il arrivait même des jours où elle songeait à le mettre à la porte pour profiter d'un meilleur sommeil.
Elle prit garde à ne pas heurter son pied ou quelque autre partie de son corps contre les murs ardemment identifiables dans cette obscurité, et retourna se lover sous les draps odoriférants. Étrangement, le dos de son conjoint lui sembla poilu – il ne l'était pas pourtant. Peut-être était-ce à cause de la couette, mais cette matière lui était inconnue ; elle tenait chaud et était drue. Elle se mit sur le flanc, commença à caresser le dos de sa moitié endormie. Sa main s'enfonça dans une touffe rêche et garnie. La masse remua entre les couvertures avant de pousser un affreux bêlement qui emplit la pièce, ce qui décocha à l'autre occupante du plumard un cri terrorisé. Une tête noire d'ovidé aux petits yeux ronds et jaunes émergea.
« Dieu ! Dieu ! » s'écria-t-elle.
La bête des campagnes se débattit, les pattes prises dans les textiles et s'effondra au pied du lit dans des bêlements paniqués. La femme, tétanisée, regarda l'animal se dépétrer du piège et s'affoler dans la chambre. Elle poussa un autre cri avant de se précipiter hors de la maison, le cœur déchirant sa poitrine. Par ses égosillements, elle ameuta les demeures alentour. On se précipita jusqu'à elle en robe de chambre avec les cernes jusqu'aux commissures des lèvres.
« Mon imbécile de mari ! Le voilà devenu mouton, j'vous dis ! Mouton !
— V'là qu'elle devient folle, commenta le voisin Eugène. Il est seulement rentré ivre après le perniflard, votre zozo. Il a la piquette facile.
— Un mouton que je vous assure ! Oh ! Oh ! »
On vint la soutenir et éponger son front suintant tandis qu'elle défaillait.
« Allons, allons... dit la voisine Amandine, une charmante jeune femme. Ça vous f'ra des émotions, ma bonne. Eugène, allez donc voir ce qui se trame. Peut-être bien qu'il y a un mouton. »
Le dénommé Eugène – un homme dont le teint se faisait plus rubicond que grisonnant – entra sans concession dans la demeure qui accueillait l'ovidé sorti de nulle part. Il disparut derrière la porte et la brave Amandine qui apaisait les tremblements de sa voisine, attendit avec impatience les nouvelles. Elle aurait pu rester cloîtrée dans son séjour, profitant de la précieuse fraîcheur qui avait trouvé refuge, mais bonne qu'elle était, elle n'avait pu se résoudre à ne pas venir en aide à sa compatriote.
« Nom de nom ! C'est qu'il y a vraiment du bétail là-dedans ! » s'écria la porte ouverte.
Un affreux bêlement s'éleva puis une bête en furie se précipita dans le quartier. On poussa des cris terrifiés. Ici, on était en ville, pas au fin fond de la campagne. Le tas de laine déclencha un malaise de plus chez sa propriétaire tandis qu'il s'éclatait sur le trottoir.
Le beau petit Vincent posté aux côtés de la jeune femme, se jeta sur le mouton pour le coincer. La bestiole se laissa capturer.
« Il est bien docile, ce petit. Il est dressé.
— Moi, je reconnais ces mirettes entre mille, dit Amandine. Pas de doute, c'est Léon. »
L'épouse s'agita entre ses bras.
« Mon Léon ! Mon Léon !
— Pourquoi il est comme ça, vot' Léon ? demanda l'adonis.
— Lui pose pas de questions. Tu vois pas qu'elle frôle le coma ? »
On porta la femme jusqu'à son lit après l'avoir hydratée et débarrassée de ses vêtements détrempés. Une fois endormie — ou évanouie, on se concerta dans le jardin d'Eugène qui suait comme un bœuf. Léon s'était mis à broutailler l'herbe alentour.
« Ah là là ! J'savais que j'aurais dû rester à Paris avec mon vin blanc.
— Que le ciel ne me refile pas un type bouffi et ivrogne comme toi ! s'exclama la charmante Amandine. Plutôt finir en pâté de Léon sur le pain des militaires. »
Vincent s'agaça :
« Le problème ici, c'est le mouton.
— C'est peut-être une mauvaise farce ?
— J'crois qu'il a engrossé et qu'il est parti.
— C'est pas le genre de la maison, dit la jeune femme. C'est un fidèle. »
Excepté Eugène, ils ignoraient que Léon aimait mettre la main aux fesses des jeunes serveuses. Les clients s'étouffaient de rire quand il le faisait ; cela amusait tout le monde. Des rumeurs couraient comme quoi la belle Amandine allait travailler dans les milieux fréquentés par le mari copieusement garni de laine.
« Il est tellement fidèle qu'il est devenu du bétail. Ça ne m'étonne pas, il suit son épouse comme un vrai mouton.
— Il a mis une minette enceinte et il est parti.
— Peux pas y croire.
— On en fait quoi ? demanda Vincent.
— On va voir un médecin », proposa Amandine.
Le jeune toubib
Une nuit, j'étais venue aux urgences parce que je me sentais barbouillée, toute étrange et toute faible. Ma tête dodelinait, des petites étoiles venaient perturber ma vision et je manquais de m'effondrer chaque fois que je me levais un peu trop brusquement. Un avis extérieur m'aurait dit que ce n'était rien, qu'il aurait simplement fallu que je me couche. « Un bon sommeil, c'est la clé d'une vitalité à toute épreuve ! » me disait-on. Moi, j'avais toujours eu un bon sommeil mais je ne tenais jamais une journée complète. C'était triste, mais c'était comme ça. Le quotidien, ça se changeait pas et quand les habitudes étaient là, on peinait à s'en défaire. Bref, moi je savais que quelque chose n'allait pas. Je savais qu'il ne suffisait pas d'un petit comprimé et de quelques heures de sommeil supplémentaires.
Aux urgences, j'avais été récupérée par un jeune médecin de garde qui baillait à tout va ; je voyais plus le fond de sa gorge que son joli minois. Je lui avais expliqué mes tracas et exposé mes symptômes, puis il m'avait examinée par simple obligation. Lui, il savait que j'avais rien. « Vous mangez régulièrement ? » m'avait-il demandée. Je savais que j'étais pas très épaisse. J'avais pas su quoi répondre alors je l'avais regardé avec des yeux de merlan frit. Il m'avait sourie. Un beau sourire, je vous assure ! Il avait les cernes étendues jusqu'aux commissures des lèvres mais pour sûr, qu'il était beau et qu'il avait un beau sourire ! C'était rare, les beaux toubibs. D'habitude, c'était tout vieux, tout chauve ou tout nonchalant. 'Paraîtrait même qu'ils couchaient avec les infirmières pendant le service... Sur la table, sur le bureau, dans les petites salles chauffées entre deux opérations... Bah, fallait bien décompresser. Ils étaient toujours rattrapés par le temps, à devoir s'exécuter à la tâche sans même avoir le confort de déguster un bon café viennois. Ils faisaient comme ils pouvaient. Moi, j'allais pas leur jeter la pierre, aux toubibs, et encore moins à ce sujet-là !
Enfin enfin, ce jeune médecin de garde m'avait ensuite demandée si dans ma vie, tout se passait bien. J'avais été un peu surprise, vous pensez. Pourquoi s'intéressait-il à mon piètre quotidien de femme ? Au début, j'avais été un peu réticente mais il avait été très doux, le petit toubib au beau sourire (puis il avait de jolies mains aussi, ça se voyait qu'il était médecin !). Au fil des mots, j'avais fondu en larmes devant son minois compréhensif. Je m'en souvenais de comment j'avais tenté de m'exprimer dans cette cascade de sanglots. Il m'avait ramené des mouchoirs et un café chaud, puis dit : « Un peu de lait avec ? ». J'avais ri. Bah quoi, c'était mignon de sa part ! J'avais jamais croisé le chemin d'un homme aussi gentil. Puis moi, mon mari, il m'ennuyait alors que ça faisait que deux ans qu'on était mariés donc je l'avais embrassé, le jeune toubib mais il avait rien dit. Immobile comme une statue donc j'ai recommencé. Voilà que je m'étais prise pour les infirmières. Il avait rien dit, il s'était laissé faire (qu'il était beau ! Quelle chance !). Puis c'était agréable, puis c'était incroyable. Je faisais pas ça à mon médecin traitant, moi, celui qui me prescrivait mes antibiotiques contre mes cystites à répétition (faut dire qu'il était vieux et qu'il sentait le chamois).
Puis le jeune toubib m'avait arrêtée. Normal, normal. On faisait pas ça à ses patientes, normal, normal. « Rien de grave, vous pouvez rentrer chez vous. » m'avait-il dit ensuite, avant de me rappeler que je devais manger. Je mangeais pas beaucoup, c'était bien vrai. Il m'avait aidée à me rhabiller parce qu'il était gentil. Puis il était devenu rouge comme une écrevisse aussi. Pauvre, il avait été toute chose ! Pas étonnant. « Prenez soin de vous, madame. » puis j'avais déguerpi, parce que j'avais fait la connerie de ma vie.
"C'était rare les beaux toubibs" Non mais dis donc ! Merci bien !
@Izzy Novada et
@Moon qu'avez-vous donc à dire à cette mégère (c'est pour l'effet de style, ce mot n'est absolument pas une insulte envers toi. C'est juste le terme employé dans le script.) ?
Sinon c'est un joli texte. Un peu cliché quand même, mais joli. Mais surtout, bon sang, qu'est-ce qu'elle avait ? Pourquoi était-elle pas bien ? On ne le saura pas en définitive. Ou justement est-ce ça la connerie : être partie alors qu'il y avait quelque chose de grave ?
J'ai à dire que je pleure toutes les larmes de mon corps :'(
Quelle mégère je fais... Terrible.
Le troisième enfant
Les femmes ressentaient, durant une période plus ou moins longue, le besoin viscéral d'enfanter. Lorsque l'amour sincère naissait et perdurait, la partenaire s'imaginait étreindre un être fragile ardemment désiré, fruit d'une association entre deux amours partagées. Un être qui l'était jusque dans l'odeur qu'il portait, jusque dans le visage qu'il arborait. Quelle fierté pour une mère que d'avoir une telle merveille dans les bras ! Certaines affirmaient que tout cela n'était que sombres bêtises, comme si elles craignaient d'être réduites au même rang que les autres espèces. Une crainte d'être humiliées par le rapprochement entre l'humain et l'animal qui semblait pourtant évident ; chaque être humain suivait un instinct inhérent même s'il pouvait lutter contre par la raison. C'était d'ailleurs la raison naturellement présente qui poussait la femme à refuser de porter la vie, par simple souci de facilité. Voilà une décision bien confortable et agréable que de ne mettre au monde aucune progéniture ; c'était défier le dessein de la nature par fierté narcissique.
C'était du moins ce qu'elle pensait, cette femme qui ne pouvait porter aucun enfant dans son utérus. Tout cela restait du domaine du fantasme malgré elle. Elle se refusait à essuyer un nouvel échec ; un échec déchirant qui ne laissait pas de cicatrices. Elle était éprise d'une terrible jalousie envers les jeunes mères, enviait l'amour maternel et pur qu'elles pouvaient offrir à leur progéniture. Jamais elle ne pourrait le déployer, cet amour, et était condamnée à errer dans une frustration couplée à un profond désespoir.
« Et si j'étais maudite ? avait-elle demandé un beau matin, alors que les rayons du soleil s'étaient à peine immiscés dans la chambre.
— Ne te rejette pas la faute. Ce n'est pas une question de malédiction, avait-il répondu. Peut-être que ça finira par marcher, peut-être que nous finirons par l'avoir, notre enfant.
— Je ne veux plus souffrir.
— Alors comment faire pour te consoler ? »
Elle ignorait le potentiel remède miracle ; il avait donc dû dénicher une solution pour panser les meurtrissures de sa compagne. Les psychiatres s'étaient révélés inefficaces pour vaincre la douleur qui l'enserrait. Ne sachant que faire, il avait rapporté un chaton minuscule. Il n'espérait rien obtenir de cet animal, mais il fut comme une révélation pour sa femme. Son instinct maternel avait jeté son dévolu sur cette pauvre bête qui poussait des miaulements désespérés, secouée par la faim et l'absence de chaleur. Elle l'avait posée sur son ventre – comme on posait un nouveau-né – pour l'apaiser tandis qu'elle soulageait son estomac qui criait famine. Ce petit animal fut un moyen d'adoucir la rancœur qu'elle éprouvait envers les jeunes mères, d'adoucir la souffrance qui la poignardait. Toute son énergie avait convergé vers lui, désirant construire un lien fort entre eux et, lorsqu'il avait atteint un âge où la curiosité mordante l'emportait sur la prudence, elle l'avait surveillé comme un enfant en bas-âge.
Les chats grandissaient bien plus rapidement que les humains, ce qui apporta une forme d'angoisse chez la mère adoptive. Comment gérer un enfant qui grandissait aussi vite ? Pauvre femme qui se créait tant de soucis ! Puis vint un jour où son mari, ayant émergé du tumulte de son travail, s'attarda sur la relation qu'elle entretenait avec sa précieuse bête. Il sentait que quelque chose n'allait pas.
« C'est un chat, tu ne peux pas l'élever comme un enfant. Tu ne peux pas le considérer comme tel.
— Mais je l'aime... Je l'aime de tout mon être.
— Je ne t'interdis pas de l'aimer, répondit-il. Je veux simplement que tu prennes conscience de la réalité. »
Ils ont parlé. Beaucoup parlé jusqu'à ce qu'elle entende raison. Elle a cessé de noyer le jeune chat sous cet amour qu'il ne rendrait jamais comme un être humain et très vite, sa rancœur endormie refit surface. Elle alimentait de nouveau le quotidien de cette malheureuse femme, ne cherchant que le bonheur d'avoir une progéniture. Elle observait désormais son animal grandir de sa terrasse. Elle l'observait devenir adulte, devenir une chatte et vivre au gré de ses envies.
La mère résignée se contentait seulement de remplir ses gamelles et changer les déjections qui venaient importuner la litière, redevenue chagrinée par l'absence d'un bébé. En cette saison qu'était l'été, la chaleur emplissait le jardin et martelait les chaises en fer forgé de la terrasse, si bien que personne ne pouvait s'y asseoir tant elles brûlaient la chair. C'était d'ailleurs pour cette raison que la femme en laissait toujours une à l'ombre ; ainsi, quand l'envie de lire et de prendre le soleil la saisissait, elle pouvait s'installer sereinement, entamer sa lecture de l'après-midi et contempler le paysage qui s'étendait face à elle. Un vaste aplat verdoyant qui trouvait sa frontière grâce au champ de tournesols qui se perdait dans l'horizon. Ces tournesols se levaient fièrement, leurs pétales jaunes déployés vers l'astre incandescent qui les galvanisait et leur conférait cette splendeur que jamais personne ne nierait.
Sous ce ciel radieux et cette température étouffante qui semblait inépuisable, la chatte avait donné naissance à trois petits. C'était une femelle avec une forte corpulence, et sa prise de poids n'avait jamais inquiété sa propriétaire jusqu'à ce qu'elle retrouve des chatons dans son séjour, dont deux décédés. Le troisième – le plus frêle et portrait craché de sa génitrice – avait survécu. La malheureuse femme comprenait bien la douleur de perdre ses enfants ; néanmoins, elle n'éprouvait aucune empathie envers son animal. La jalousie s'était même amplifiée.Rien n'avait apaisé sa rancœur émergente, pas même cette représentation cornélienne donnée à ses yeux : celle d'une jeune mère, désemparée dont la langue s'acharnait sur les deux petits corps inertes dans l'espoir de leur insuffler la vie, d'entendre des vagissements félins. La malheureuse savait qu'elle souffrait du mutisme de ses chatons aux yeux clos pour l'éternité ; elle savait que ces coups de langue étaient une requête importante, voire vitale. Pour autant, la femme s'était contentée de regarder ce spectacle jusqu'à ce qu'elle se décide à prévenir son mari, lui priant de se débarrasser des dépouilles à sa place. Elle n'en avait plus le courage. Elle ne voulait plus toucher d'organismes éteints. Il s'en était occupé à contre-cœur, et ce pour le bien-être de son épouse.
Lorsqu'ils eurent disparus, la chatte protégea sa dernière progéniture comme son bien le plus précieux : une petite boule de mousse hirsute, douce et embaumée de l'odeur du lait maternel. Elle se blottissait contre le ventre chaud et secoué de ronronnements apaisants de sa mère. Sa gueule minuscule cherchait aveuglément la tétine enfouie sous un affleurement de poils grisâtres ; de ses pattes fragiles, le petit pressait le ballon tiède et duveteux pour en recueillir un nectar qui le nourrirait pendant environ un mois. La femme trouvait cela fort adorable, bien que sa rancœur ne tarissait pas à chaque regard posé sur cet être minuscule à l'appétit démesuré.
Un nouveau jour d'été, la chaleur se fit plus meurtrière encore et la terrasse était devenue impraticable. La mère abattue, écrasée par cette terrible température, se décida à aller se désaltérer. Elle ferma son livre en prenant soin d'y laisser un marque-page et alla s'hydrater. Lorsqu'elle eut terminée son breuvage, ses yeux bifurquèrent sur la couverture où reposait paisiblement le chaton fraîchement né. La chatte était sortie depuis plusieurs heures déjà, chose étrange car elle ne quittait jamais plus d'une heure sa précieuse progéniture. Pourtant, cette après-midi, il était seul, plongé dans un sommeil regorgeant de rêves qui rythmaient les mouvements de son corps minuscule.
La femme vint s'accroupir près du petit organisme torturé par une imagination en ébullition ; elle le caressa avec une douceur maternelle. Sa main se glissa sous la faible chose et la souleva pour la soupeser. Tiré de son sommeil et privé de son confort, le chaton se mit à pousser d'infimes miaulements plaintifs, à peine audibles à l'oreille humaine. La génitrice ne semblait pas les entendre non plus car le nouveau-né avait beau s'égosiller, cette dernière demeurait absente.
L'imposteur analysa la petite bête grise d'une légèreté irréelle, et dont les yeux étaient à peine entrouverts ; sûrement ne devait-il distinguer que des formes floues et abstraites. Encore, elle se demanda comment cette chose avait pu survivre tandis qu'elle la coucha sur le dos. Elle écarta ses pattes aussi rigides que des brindilles puis se mit à les plier dans le sens inverse de l'articulation, se disant qu'elles pouvaient rompre à tout moment. Les plaintes du chaton redoublèrent. Sa gueule minuscule s'ouvrit et téta le pouce de celle qui avait troublé sa quiétude. Il y mit tant de vigueur, que la malheureuse comprit qu'il était complètement affamé. Elle l'observa essayer d'extraire quelconque vivre de son doigt, en vain. Pourtant, il n'abandonna pas, mû par l'espoir de sentir un peu de lait emplir son ventre creux. Il cessa son oeuvre quelques minutes ensuite, mais demeura muet. Son corps, quant à lui, était pris de soubresauts. Le chaton agitait ses pattes tremblantes dans le vide, fantasmant le ventre chaud de sa mère gonflé de lait.
La femme enveloppa le petit être dans la couverture, l'emporta avec elle puis fit coulisser la baie vitrée qui donnait sur la terrasse en proie à la chaleur assassine. Elle y déposa son fardeau qui fut exposé aux rayons ardents du soleil. Une fois ceci fait, elle prit soin de refermer la vitre coulissante avant d'aller remplir son verre d'une nouvelle boisson sucrée. Elle vint ensuite s'installer dans une chaise et de là, elle contempla l'extérieur où la petite chose s'agitait désespérément.
J'aime beaucoup cette fiction, c'est très doux. Je reste un peu sur ma faim du coup. :(
Les petits chatons, c'est de la triche !
Souhaite ouvrir la poitrine, en arracher le cœur et en pleurer devant un monde impuissant. La souffrance n'est qu'une forme arborant plusieurs visages ; le cœur l'abrite désespérément et au creux d'un dernier espoir, il est perceptible, le dernier cri désespéré, celui qui implore à l'aide une dernière fois.
À l'arrière de la voiture, ils sont audibles les miaulements apeurés confinés dans une caisse ; ils résonnent dans les battements comme ils résonnent dans cette souffrance. Chaque inspiration est une contraction douloureuse. Chaque expiration est l'infâme tristesse qui peine à trouver forme dans les mots.
Quelle haine est réservée à cette enveloppe meurtrie. Encore un coup, encore une vie déchirée par les larmes et les ongles aiguisés comme des griffes. Sur la peau fragile, les cicatrices brûlantes se dessinent... Résonnent encore les miaulements apeurés et les hurlements du cœur arraché. Présente-le au monde, il bat encore faiblement des dernières cuillerées d'espoir. Lorsqu'il se sera épuisé sous les morsures de l'angoisse, il s'éteindra paisiblement guidé par la nuit fiévreuse de la fin. Résonnent encore les battements de ce cœur dans les cicatrices brûlantes... L'eau chaude ravivant la douleur dans le dos. Résonnent encore les appels à l'aide face aux impuissants. Résonne encore l'ultime pas dans la fièvre. Que la nuit s'achève sur une dernière pensée. Résonnent encore les éclats des moments heureux. Cicatrise la peur ; il n'entend jamais les esprits apaisés.
Bon, c'est pas l'un des textes les plus joyeux que j'ai pu lire et il est pas très agréable dans ce qu'il dit mais pourtant il est vraiment réaliste dans la description et l'explication de la souffrance. Les images utilisés pour expliquer le tout rendent le texte très intéressant et beau. Bref, c'est un très beau texte. <3
Des morceaux de mon quotidien parce que je perds l'inspiration, mais j'ai besoin d'écrire. J'espère pouvoir la retrouver un jour. Si vous le voulez, vous pouvez aussi partager des morceaux de votre propre quotidien.
Cet écrit remonte à février.
Je n'ai plus d'inspiration et cela me fait beaucoup souffrir. Où trouver l'inspiration ? Je vois des tas de choses, je m'attarde sur des tas de détails. J'observe beaucoup l'environnement autour de moi mais je n'en tire aucune inspiration. Tous les jours, je prends le bus pour me rendre à l'université. Un bus gigantesque, à accordéon, qui fait un bruit étrange. Ce bruit est indescriptible, cela ressemble à l'expiration envahissante d'un mécanisme loin de notre ère. Parfois, il semble lâcher un soupir exaspéré ; cela ressemble au soupir d'un taureau par les naseaux.
Durant le trajet, j'observe toujours par la fenêtre. Je connais le chemin par cœur et le paysage m'ennuie quelque peu. À vrai dire, je n'apprécie pas vraiment la ville. La vue se compose successivement de propriétés, de résidences, de centres commerciaux, d'un collège et de vignes. J'aime bien lorsque les vignes apparaissent car la route, peu fréquentée, s'étend et le bus s'engage en prenant de la vitesse. J'aime la sensation de vitesse.
À l'intérieur du bus, c'est chaotique. Il tremble et les pièces qui le composent, à chaque kilomètre parcouru, donnent l'impression d'être sur le point de se détacher. Une fois, j'ai entendu un passager dire à son amie que les étrangers craignent nos bus car ils renvoient un sentiment d'insécurité. Chose que je peux comprendre, mais jamais ils ne se sont détachés sur la route.
Les gens qui montent sont parfois étranges. Majoritairement, ce sont des étudiants qui s'y trouvent. Je regarde beaucoup les individus qui m'entourent, mais je ne retiens que ceux qui m'ont marquée d'une manière ou d'une autre. Aujourd'hui, une femme âgée très grosse et mal habillée — c'était un pull bleu avec des montagnes et une immense tête de loup — est montée avec son labrador noir, gros lui aussi. Sous son pantalon, on pouvait voir que la graisse de son ventre tombait jusqu'à ses cuisses et formait un amas certainement gênant. Elle peinait à marcher, tout comme son chien. Elle avait les cheveux gris en queue de cheval, un visage disgracieux et bouffi et ce qui ressemblait à des pustules ou du moins, des gros boutons sur le nez, le menton et les joues.
Hier soir, un couple à l'apparence précaire était monté. Au départ, je n'avais vu qu'un homme qui poussait un diable débordant de grands sacs plastiques. Il n'était pas entré par l'avant mais par la porte du milieu, celle destinée à sortir. Il a forcé le passage alors même que les portes se refermaient et une autre personne, plus svelte, est montée à sa suite. Ils s'étaient enfoncés dans un coin et l'homme a maugréé en se dirigeant vers le fond du bus. Seule restait cette silhouette de dos, appuyée contre le diable débordant, habillée d'une doudoune bleue. Elle avait la tête baissée et encapuchonnée ; elle semblait dans un tel malheur que son corps paraissait céder sous ce poids immense. Je l'avais regardée un moment, prise de peine pour elle. Je n'ai pas vu son visage.
Lorsque je descends à l'arrêt de l'université, je traverse une grande allée qui conduit jusqu'au premier restaurant universitaire. Les rames du tramway sont à côté ; le tramway est fluide et file comme un serpent. La terrasse qui se trouve en face du restaurant est toujours envahie d'étudiants. Les tables et les bancs sont prises d'assaut, voire les escaliers. C'est très anxiogène quand j'atteins les escaliers, de marcher au beau milieu de tous ces étudiants qui déjeunent. Je sens parfois leurs regards sur moi, alors je baisse les yeux.
Je m'ennuie à l'université. Je dois attendre que l'amphithéâtre se libère pour y accéder. Je ne sais pas quoi faire pendant ce temps. Souvent, je tourne en rond dans le campus et si j'ai la chance de croiser un ami que j'aime beaucoup, je vais lui parler. Il doit me trouver énergique.
Sur le trajet du retour, à pied pour rentrer chez moi, je traverse une rue immense composée exclusivement de propriétés. Elles sont, pour la plupart, toutes magnifiques. Certaines me sont inconnues, les murs et le portail étant trop hauts pour comprendre à quoi peut ressembler la maison. Leurs jardins arborent toujours de sublimes fleurs au printemps. Dans au moins trois d'entre eux se trouvent des magnolias de Chine ainsi que des cognassiers du Japon.
Le magnolia fait de belles fleurs ; elles sont grosses, exhalent un doux parfum et les pétales roses sont épais. Elles semblent pouvoir résister aux pluies les plus hargneuses. Le cognassier, je l'apprécie pour son tronc et ses ramifications noires de jais ainsi que ses fleurs écarlates.
Tu as beau perdre l'inspiration Ney, je trouve que c'est très agréable de nous raconter ton quotidien et qu'il t'inspire tes écrits. Après beaucoup de grands poètes racontent des moments de leur quotidien ou d'autres événements.
Je trouve le style pour nous raconter le tout, assez agréable. Je pense que tu peux continuer de t'inspirer de ton quotidien pour écrire, c'est vraiment beau dans ta retransmission. Même la description de la petite mamie à son charme. :oui:
Bonjour
@Neyrin. Je me suis inscrit sur les forums de PZ il y a peu de temps et tu ne m'as encore jamais vu (je crois) mais je tenais à commenter dans ta galerie.
Je suis désolé de savoir que tu ne trouves plus l'inspiration pour écrire. Je ne sais pas très bien quoi faire pour t'aider étant donné qu'avec le confinement, mon quotidien est le plus ennuyeux possible.
Si ça peut te consoler, j'ai lu tout tes textes (sauf celui sur la princesse Kaguya, je vais bientôt voir le film alors je préfère attendre). Tu écris très bien, tes textes sont variés et vraiment prenants, on est plongés dans tes histoires d'un bout à l'autre. D'ailleurs, l'un de tes textes m'a permis de me lancer dans une histoire que j'avais en tête depuis un petit moment mais pour laquelle je n'avais pas d'idées.
Le texte que tu as écrit est vraiment joli, j'aime beaucoup la manière dont tu parles de tout petits détails ou de choses banales en parvenant à les rendre intéressantes et à les détailler, par exemple lorsque tu parles du bus.
J'aime particulièrement le moment où tu décris les personnes qui s'installent dans le bus. Je trouve que dans des endroits très peuplés, les gens ont tendance à ignorer les inconnus, tout le monde se croise froidement, tout le monde est pressé d'atteindre tel magasin ou tel parking. Et la manière dont tu observes les gens et t'intéresses à eux, sans même les connaître, montre une grande sensibilité.
Tu arrives dans ton texte à relater des sensations et des émotions que l'on peut éprouver mais sans forcément y prêter attention, comme la lassitude ou l'anxiété.
En tout cas, je voulais te féliciter et aussi te remercier pour les bons moments de lecture que j'ai eus avec tes écrits. Bonne chance pour la suite !
Merci beaucoup pour vos retours, ça me fait vraiment plaisir !
@Anju, oui je te connais, j'ai remarqué la pluie de rubis qui s'est déversée dans ma bourse. :8): Je te remercie pour ton retour agréable... Savoir que quelqu'un s'est intéressé à tout ce que j'ai pu écrire et me complimente dessus me redonne de la motivation ! Je trouve mes histoires médiocres, sans grand intérêt vu qu'il ne s'y passe pas grand-chose, et mon style très bateau... Rien de bien transcendant en somme. Bref, merci ! <3
Coucou
@Neyrin. !
Citationj'ai remarqué la pluie de rubis qui s'est déversée dans ma bourse
Ah oui, j'ai profité de ces derniers jours pour donner des rubis aux textes que j'avais lus avant de m'inscrire.
CitationSavoir que quelqu'un s'est intéressé à tout ce que j'ai pu écrire et me complimente dessus me redonne de la motivation !
C'était le but. Je suis content si j'ai réussi à te redonner le moral. Et je le pensais vraiment.
CitationJe trouve mes histoires médiocres, sans grand intérêt vu qu'il ne s'y passe pas grand-chose, et mon style très bateau... Rien de bien transcendant en somme.
Tu as un don pour faire de la pub, tu sais ? Plus sérieusement, tu es dure envers toi-même. Tout ce que tu as écrit est excellent. Mais comme a dit un jour je-ne-sais-plus-quel-auteur, il est impossible d'être pleinement satisfait de ses textes. Je te comprend, j'ai un peu le même avis que toi sur ce que j'écris. Mais vu le temps et le travail qu'a demandé ta galerie, sache que tu as fait quelque chose dont tu peux être fière.
Salut
@Neyrin. !
Et bien je suis totalement bluffé par la qualité de ton écriture ! Tu as un style qui structure vraiment bien ton écrit et que j'apprécie énormément, il reste cohérent à travers tout ton texte , ce qui rend le tout d'autant plus agréable à suivre ! J'aime beaucoup la description de chaque élément que tu développes sa nous plonge dans le récit et à chacun des lieux j'arrivais à me l'imaginer.
Je t'encourage vivement à continuer l'écriture ! Tu as un talent intéressant à travailler je pense ;)
J'espère vraiment que l'inspiration te viendra (surtout dans ce confinement c'est le moment !)
Bonne continuation à toi, hâte de lire tes prochains écrits !
C'est déprimant, mais c'est ainsi. :8):
Moi, je n'ai pas d'idée où aller. Je ne sais pas quoi faire. Je sais que je suis encadrée dans mon existence, je ne flotte pas au milieu de nulle part. J'ai un toit sur la tête, je suis des études, je dois atteindre un objectif... Quel objectif en fait ? J'y pense souvent. Sûrement celui de boucler mes études, décrocher un diplôme et trouver un travail. Voilà. Voilà. Un objectif, j'ai trouvé. Qu'est-ce qu'il vaut ? J'en sais rien. Sûrement rien. Ce n'est pas ainsi qu'on trouve le bonheur. Un diplôme, ça ne certifie que les compétences, pas le bonheur. Mais c'est un cadre. Oui, c'est un cadre et c'est important pour savoir où on va. Y en a qui ont même pas de cadre ; ils sont lâchés dans la nature.
J'ai jamais vraiment cherché le bonheur. Moi, je vois chaque journée comme une succession d'échecs et de souffrances. Je déteste me tirer du lit. Je déteste me réveiller. À chaque réveil, j'ai un goût amer dans la bouche. Pourquoi es-tu encore là ? Mon objectif. Ah, mon objectif d'accord. Non, ce n'est même pas ça qui me force à me lever. Alors, je ne sais pas. Peut-être parce que je déteste cette sensation de bouche pâteuse après un sommeil prolongé, une sieste subite. Après, si je dors trop, j'ai affreusement mal à la tête. Ah, c'est pour ça que je dois me lever. Enfin, je suppose. Faut bien se trouver une raison, même si certains me diraient qu'il n'y a pas une raison à tout.
Je me lève à midi et des poussières. Enfin, on me lève. Je me traîne dans la salle de bains. C'est l'heure de manger. Je me passe un coup d'eau fraîche sur le visage. Encore ce même visage, cette figure interminable. Y a les yeux qui sont gonflés et rouges, ça doit venir d'hier soir. Mais doit y avoir que moi qui vois ça, personne ne me dit rien sur ma gueule. Bon, on mange quoi ? Ah oui. Je n'ai pas faim, alors pourquoi je mange. J'ai mangé. Maintenant que faire ? Retourner se coucher. Au moins, si je viens manger, on ne viendra pas m'emmerder. Personne ne viendra me reprocher d'être une loque. Je peux faire ce que je veux jusqu'au repas suivant. Jusqu'au dîner. Donc je me recouche. Une sieste d'une heure. Trop fatiguée pour faire quelque chose. En plus, j'ai la bouche pâteuse. J'attends une heure, je tue le temps sur mon téléphone. Je me rendors une heure. Ou deux. Ah, déjà seize heures. Non, ce n'est pas encore assez tard. Rendors-toi... Je me rendors. On vient me chercher, il est dix-neuf heures. À table. Mais ce soir, je n'arrive pas à me lever. J'entends les autres manger. Moi, j'arrive pas à me lever. J'écoute. On ne me reproche rien. Curieux. Alors je me rendors. Vers vingt-deux heures, je me lève pour marcher un peu. Tout mon corps me brûle. J'ai les épaules en feu, les jambes flagada. J'attends trois heures du matin. Je discute, je regarde des conneries sur mon téléphone. Parfois, on m'appelle. C'est bien quand on m'appelle, ça m'occupe. Il est trois heures, je dois aller me recoucher. Est-ce qu'on va encore me réveiller à midi demain ? De toute façon, il faut que je prenne une douche. Ça fait deux jours que j'ai pas vu le pommeau et la baignoire.
J'ai toujours le cœur qui se serre. Les yeux mouillés. C'est chiant. Dès que j'essaye d'écrire, y a les muscles de mes bras qui se contractent et mon cerveau qui se vide. J'arrive pas à écrire. Jamais. Peut-être que c'est perdu à jamais.
Un âge aussi merveilleux. Ah, on a jamais de problèmes. On a si peu à se soucier. C'est vrai. Quand on est vieux, on se dit oui c'est con, pourquoi je me plaignais alors que j'avais toute la vie devant moi. Mais quand tu ne la veux pas devant toi, juste six pieds sous terre (six feet under comme disent les anglais); que doit-on penser ?
À la télé, toujours les mêmes spots publicitaires qui se répètent en boucle. Un bruit de fond pour masquer la solitude. Je ne suis pas obligée de subir la solitude des autres. Par pitié, arrachez les fils de ce maudit appareil. Il faut apprendre à apprivoiser le silence.
Allez je partage mes passages préférés notés dans mes carnets de livres que j'ai lu
« Les morts ne sont pas effrayés. Ils ne bougent pas, ils ne disent rien. Ils ont souvent la bouche ouverte parce qu'ils sont fatigués de l'avoir fermée si longtemps. » p. 611, La Maladie de Sachs
(excellent livre, je recommande. Il faudra aussi que je lise Le Chœur des femmes)
« Mais tout comme ses fausses dents trop bien faites, ses paroles n'étaient qu'un alignement parfait d'une quelconque matière inorganique. » p. 164, Confession d'un masque
« Le pêcheur ne se contentait pas de lui dire fais comme ci, fais comme ça, il prenait sa femme par la main et l'aidait à entrer dans l'eau, jusqu'aux mollets d'abord, et jusqu'aux genoux, et puis jusqu'au ventre, et enfin jusqu'aux seins, et alors il la basculait sur le dos, soutenant ses fesses d'une main, sa nuque de l'autre, et il lui disait allonge-toi sans crainte, sens comme la rivière est solide sous ton corps, comme elle te soutient, comme elle te porte. » p. 266, Le Bureau des Jardins et des Étangs
[Texte supprimé]
Note de l'équipe - Attention, ce message n'est pas une fiction et concerne un sujet grave et sérieux.
Si vous vivez une dépression grave, vous n'êtes pas seul(e)s et pouvez suivre ce lien (https://solidarites-sante.gouv.fr/prevention-en-sante/sante-mentale-et-psychiatrie/article/que-faire-et-a-qui-s-adresser-face-a-une-crise-suicidaire) pour tout numéro utile. Je sais que ce ne sont pas des écrits de grand génie... Je ne fais que m'abrutir, de toute manière. Je ne lis plus vraiment, je n'écris plus et je regarde de la merde en boucle toute la journée sur les réseaux sociaux. Qu'est-ce que j'espère en agissant ainsi ? Puis la dernière fois, j'ai partagé des choses très déprimantes donc ça donne pas envie de lire la suite. De toute façon, je pense que c'est mieux comme cela. J'aimerais être aussi seule au quotidien que je ne le suis sur ce topic... Mais on a pas forcément tout ce qu'on veut.
Je ne cherche pas à attiser la pitié ou à obtenir de l'attention. Je raconte juste... parce que c'est mon propre topic et que je peux y faire ce que je veux tant que cela ne porte atteinte à personne. Puis je m'en fiche bien de ce qu'on peut penser de moi. Ce n'est pas comme si j'avais une quelconque image à protéger. Tout ça, c'est stupide. Non honnêtement, je m'en fiche.
J'aimerais pouvoir me bouger, pouvoir faire et accomplir quelque chose. Quelque chose de personnel, quelque chose qui me tient à cœur. Malheureusement, je pense que je ne trouverai plus jamais le courage et la force de le faire. Je ne les trouverai nulle part. J'ai déjà épuisé trop d'énergie inutilement... Je n'en ai pas à l'infini, et ça ne se retrouve pas en un claquement de doigt ou après deux mois de « repos ». Je ne vois pas l'intérêt d'être ici si je baigne dans une illusion de « progression ». Ce n'est pas parce que j'arrive à évoluer dans les études que subjectivement, je progresse. Au contraire, plus j'avance, plus je m'enfonce.
Vous pouvez lire si vous voulez, mais ne postez rien ici. Ni même ailleurs. Pas de messages non plus. Vous devez vous dire que je fantasme complètement ou que je suis égocentrique... Non, j'indique simplement. Je prends des précautions. Je ne veux répondre à rien, c'est tout.
Vous pouvez me prendre pour une folle, une idiote ou quelqu'un qui a juste disjoncté... Ça m'est égal, honnêtement. Je pense qu'on finit tous par disjoncter un jour ou l'autre... Plus ou moins longtemps ; cela dépend d'à quel point nous sommes mal au moment où ça craque, ça cède.
Parfois ça finit bien. Parfois ça finit mal.
Ce sont deux options. On peut choisir celle que l'on veut suivant notre volonté... ou du moins ce qu'il en reste. Ce ne sont pas des issues, seulement des options.
Je suis désolée d'avoir parasité la page des Messages récents.
Les œuvres de certains auteurs n'ont qu'une part fictionnelle minoritaire...
Qu'importe l'oeuvre de l'auteur, tant que ses chapitres sont aussi nombreux que la vie le permet naturellement.
Désolé, pour reprendre le film "Lego", ça fait texte de motivation sur un poster de chat... Mais je le pense vraiment.
Coucou, voici un truc long à lire. :-*
(C'est sous spoiler parce que je trouve les pages beaucoup trop grandes, le texte est étiré sur 6km)
Les heures changeaient, s'interchangeaient et se mélangeaient entre elles. Lorsque l'une se libérait, qu'elle échappait au carcan d'un temps scrupuleusement organisé, alors nous nous trouvions vite perdus. Que faire d'un temps libre que nous n'avions pas prévu ? Comment combler un temps vacant quand rien n'est à notre disposition pour ce faire ? Quelles questions ! s'exclameraient certains. Pour eux, une heure vacante n'était pas un problème ; il existait mille et une autre manières de satisfaire ce vide.
Pourtant, à ses yeux, il n'y avait rien de plus angoissant que de trouver un temps dépouillé, car dès cet instant, elle se sentait comme perdue au beau milieu de nulle part. Que devait-elle faire ? Tout ce monde autour d'elle s'affairait, allait et venait sans cesse. Tous avaient un but. Elle, désormais, devait se créer un nouveau but. Elle observa l'environnement autour d'elle : il fallait qu'elle trouve un endroit où elle pourrait trouver du calme.
Comme à son habitude, lorsqu'elle ne savait pas quoi faire, elle se postait à un arrêt de tramway et attendait patiemment son arrivée. En cette période de l'année, le froid était mordant. Certains se balançaient comme des pendules en espérant se réchauffer. Elle, elle préférait faire les cent pas de part et d'autre de l'arrêt.
Lorsqu'elle monta dans le véhicule, elle songea à ce qu'elle pourrait faire pour combler ce temps dépouillé. Déjà, le trajet jusqu'en centre-ville prendrait une bonne trentaine de minutes. Ce qui n'était pas suffisant pour la rassurer quant à la question qui la taraudait. Son corps fut secoué par un éternuement. Le rhume gagnait du terrain. Elle pensait pouvoir se préserver de la maladie durant cette saison.
Elle fut vite arrivée à destination. À l'extérieur, le déluge régnait et des parapluies de toutes sortes circulaient dans les rues et venelles. Elle songea que le monde avait perdu son visage et que, sous les affres de la pluie, il ne demeurait que des spectres grossiers déambulant. Parfois, ils se repliaient sur eux-mêmes, dévoilant un individu quelconque qui ne tardait pas à disparaître derrière une porte. Parfois, ils se déployaient fièrement et l'individu disparaissait, perdait de nouveau son identité. Tous les bruits environnants étaient guidés par les battements de l'averse ; les pas frappaient les sols et escaliers détrempés, les voitures emportaient dans leurs pneus de longs filets de pluie. Par endroit, l'eau s'était nichée dans de petits creux sur les chemins goudronnés. Le long des trottoirs coulait un fleuve de fortune qui, bien trop éphémère, ne sortirait jamais de son lit. Il se déverserait dans les bouches d'égout jusqu'à sa tarification.
Elle déploya son propre parapluie. Ainsi, personne ne pouvait la reconnaître, ni même avoir quelconque idée de son identité. Lentement, elle s'engagea dans la rue adjacente. Son estomac cria famine. Elle put désormais se fixer un but : déjeuner. Encore fallait-il qu'elle trouve un endroit calme, un endroit où elle se sente bien. Ici, les restaurants étaient étriqués, bruyants et le cadre n'était jamais des plus chaleureux. En vérité, ils étaient conçus pour les personnes souhaitant déjeuner à plusieurs et non à des individus seuls. Elle fit donc les cent pas, jetant un oeil dans chaque restaurant pour en constater l'intérieur, l'ambiance et le niveau de calme jusqu'à en trouver un, en plein milieu d'un centre commercial.
Le centre commercial, elle s'y était rabattue par dépit. Ce n'était pas l'endroit le plus accueillant avec son brouhaha perpétuel, ses lumières artificielles et ses rangées de boutiques dont rentraient et sortaient des gens par dizaine. Pourtant, elle y trouva un petit restaurant. À l'entrée, il fallait s'éclipser à l'arrière pour consommer sur place. Les lieux n'étaient pas des plus vastes mais la majorité des personnes qui déjeunaient étaient seules à une table ; un calme incroyable régnait. Une jeune serveuse lui tendit une carte et l'invita à s'installer ; elle prit place à une table près de la fenêtre, sur un canapé qui suivait le prolongement du mur. Il servait aussi à la table d'à côté où se trouvait une femme concentrée sur sa lecture.
Elle se déshabilla, ajusta sa jupe pour qu'on ne puisse pas entrapercevoir son sous-vêtement. Elle commanda une galette de pomme de terre avec de la crème et du saumon fumé. Sa voisine semblait particulièrement concentrée et imperturbable, attachée aux caractères imprimés sur le papier. Parfois, sa main passait sous sa veste et glissait sur son ventre rond. Elle était enceinte. C'avait été si bien dissimulé qu'elle ne l'avait même pas remarqué.
Elle ignorait pourquoi mais cette femme, par sa seule présence, instaurait un climat singulier qui prêtait au délassement. Sa seule présence l'apaisait, si bien qu'elle n'eut pas grand mal à relâcher toute la tension qui crispait son corps endolori. Comme par mimétisme, elle extirpa un gros livre de son sac en cuir. Tranquillement, elle l'ouvrit et laissa ses yeux se promener sur les lignes. Chaque phrase présente sur chaque page se liait à l'aiguille d'une horloge qui trottait de manière circulaire. Son avancée régulière et homogène, au rythme de la lecture, rapprochait sensiblement la galette de pomme de terre et le saumon fumé de sa future consommatrice. Si bien qu'après un bref chapitre, la concernée fut contrainte de déplacer l'ouvrage pour faire place à une assiette garnie.
Le plat était en céramique, d'une blancheur parfaite, et accueillait en son cœur un écrasé circulaire ; il dégageait une odeur de pomme de terre frite, comme un client pouvait s'y attendre. La rondeur était surmontée de tranches roses de poisson, ainsi que d'une crème fraîche mixée avec de la ciboulette. Le tout formait un parfum agréable pour les narines, éveillant un processus excessif de salivation. D'un geste sûr, elle planta sa fourchette comme dans un bifteck — à ceci près qu'elle voulait consommer le moins de viande rouge possible — et enfourna sa première bouchée. Le goût correspondait à ce qu'elle voyait, mais ne se détachait pas spécialement d'un bon plat similaire. Cela suffit néanmoins à ravir ses papilles et son estomac affamé.
Tandis qu'elle mâchait sa pitance, ses yeux se promenaient sur l'extérieur. La fenêtre donnait sur un arrêt de tramway affligeant ; il était muni d'un abri de verre décharné, de trottoirs encrassés et chargés de mégots, ainsi que d'un panneau électronique rouge affichant les horaires en temps réel. Dans cette zone, des silhouettes allaient et venaient, encapuchonnées, emmitouflées dans des doudounes ballonnées, dissimulées derrière des parapluies noirs. Il était ardu de parvenir à les individualiser, tant elles étaient indifférenciables sous ces accessoires d'une grande neutralité. De plus, elles ne restaient que trois minutes — c'était le maximum qu'elle avait compté — dans le cadre de cette fenêtre avant de disparaître, emportées par un serpent mécanique naviguant sur des rails. Cela ressemblait à un tableau vivant, encadré dans cet étroit restaurant. C'était une scène qui se répétait sans cesse, toujours de la même manière, mais avec des acteurs différents.
Elle appréciait cette idée de peinture vivante. Cela lui faisait oublier le brouhaha du centre commercial qui lui parvenait, à cette distance, comme le bourdonnement d'une abeille. Cela lui faisait aussi oublier les diverses pensées noires qui traversaient son esprit au quotidien, comme un hebdomadaire jeté à la porte de son crâne chaque matin.
Plongée dans sa contemplation, elle demeura immobile un moment, sa fourchette dans la main droite, son couteau dans la main gauche. Les teintes sélectionnées pour réaliser cette œuvre lui déplaisait. Toutes ces nuances de gris qui conféraient à la peinture toute sa substance, toute sa profondeur étaient d'une grande morosité. Si elle en avait été l'auteure, elle aurait plutôt chercher à égayer la réalité ; sûrement aurait-elle croqué la scène différemment de telle sorte à coucher des couleurs chaudes, des couleurs dans une composition qui apaisait l'esprit.
La voix de la jeune serveuse la tira de ses pensées : « Tout se passe bien, madame ? ». La concernée lui répondit par un sourire, quelque peu déconcertée par cette interaction inattendue. Cependant, elle ne dura que de brèves secondes, de sorte qu'elle pouvait recentrer son attention sur son assiette. Les saveurs n'avaient pas changé durant cette courte interruption du cours des choses.
Alors qu'elle était à peine à la moitié de son déjeuner, sa voisine en était déjà à la conclusion du sien. Une théière avec une grande tasse sur sa soucoupe, toute de porcelaine blanche, trônaient à sa table. De temps à autre, elle portait le récipient à ses lèvres, ses yeux toujours rivés sur sa lecture. Elle caressait ensuite doucement son ventre, dans un geste rempli d'amour envers son enfant à naître. À travers la barrière de la peau, sûrement devait-il ressentir cette tendresse. D'une manière ou d'une autre.
Sur ces pensées, elle passa sa serviette sur ses lèvres pour retirer le peu de crème qui s'était logé là, puis déposa ses couverts dans l'assiette. Elle régla l'addition et avant de quitter la plénitude de ce petit restaurant, hésita un instant à saluer sa voisine enceinte qui avait contribué à son apaisement. Cependant, elle ne tarde pas à se raviser ; cela aurait été embarrassant. La femme ne semblait même pas l'avoir remarquée, qui plus est.
Lorsqu'elle franchit l'étroit couloir qui menait à l'arrière des vitrines qui mettaient en valeur des pâtisseries et des sandwiches, le léger jazz du restaurant fut absorbé par le tumulte de la foule, exacerbé par les musiques populaires qui s'enchaînaient sans cesse à la radio. Elle s'empressa de se diriger vers les portes automatiques. En coulissant, le vent froid de l'extérieur s'engouffra dans le grand hall du centre-commercial. Sa tête s'enfouit dans son écharpe comme le ferait un pigeon en plein hiver pour maintenir la chaleur dans son plumage.
C'est marrant que je me plaigne du centre commercial de Mériadeck, alors que celui de La Part-Dieu est cent fois pire
Je suis contente que tu reprennes l'écriture
@Neyrin. ! :miou:
Je ne sais pas si c'est dû à ma trop grande sensibilité, mais ton texte m'a pas mal transportée entre l'anxiété au milieu de la foule et le calme dans le restaurant en face de la femme enceinte, je me suis sentie assez détendue sur la fin de ton récit malgré le retour assez froid (c'est le cas de le dire) à la réalité. Ton texte est profondément humain, j'aime la façon dont tu écris des textes captivants à partir d'un quotidien banal et monotone, ça me fait penser au texte que tu as posté il y a quelques mois. Et que c'est triste, ces individus tous semblables qui déambulent dans les rues sous la pluie !
Ah et je me permet de relever la petite remarque d'ornithologie à la toute fin, comme pour attester de l'identité de son auteur.
Au fait, j'ai réalisé que je n'avais pas encore lu ton texte sur la princesse Kaguya. Je n'ai toujours pas vu le film mais je l'ai quand même lu. Il est très beau aussi, et comme c'est un texte assez descriptif, j'ai déjà un petit aperçu de qui est Kaguya. :miou:
Je t'encourage pour la suite !
EDIT : Oh, déjà 500 posts, le temps passe vite ! :miou:
Merci pour ce très gentil retour ! *o*
Sur la première page du topic, vous retrouverez un sommaire qui répertorie toutes mes fictions et fanfictions postées jusqu'à maintenant. Peut-être que cela facilitera la lecture et la visibilité de mes textes. Mes écrits préférés sont marqués d'un « <3 ».
[Texte supprimé]
[Texte supprimé]
LUMIÈRE ENDORMIE
Lentement, la jeune femme releva la tête pour délivrer sa prière à la statue qui surplombait ce modeste lieu. Taillée avec soin dans la pierre, elle trônait au milieu d'un lac qui, la nuit tombée, révélait son caractère sacré en se saisissant du ciel sombre et maculé d'astres lointains. Il n'en reflétait qu'une partie infime, mais avec une telle exactitude que les croyants y avaient érigé une figure divine, persuadés que ce lieu était béni de toutes les grâces célestes. C'était une représentation féminine, pourvue d'ailes angéliques déployées vers l'horizon. Ses mains étaient jointes contre son cœur, ses yeux étaient clos pour ne regarder aucun fidèle et adresser sa bénédiction à tous, sans distinction particulière.
Le regard rivé sur la statue, dans une position de respect et d'obédience, Zelda achevait sa prière au sein de son esprit. Hylia n'entendait pas les voix. Elle ne percevait que les pensées. Puis, lentement, l'héritière royale glissa un pied dans l'eau. L'eau était froide, comme il était attendu lors des nuits d'automne. Elle en glissa un autre et, les dents serrées, elle entreprit d'immerger ses jambes. Sa robe blanche colla à ses cuisses et, de la même manière, les rendait apparentes. La jeune femme progressa jusqu'à la déesse puis, brusquement saisie d'une tristesse assassine, elle s'effondra dans l'eau avant de se répandre en pleurs abondants. Sa poitrine se déchirait et le faible organe qui battait à l'intérieur se disloquait.
« Ah... Hylia, qu'ai-je fait... Suis-je si peu méritante que cela ? M'en voulez-vous d'avoir été négligente envers mes devoirs ? Ah... Ah... »
Les sanglots secouaient son corps endolori. Toutes ces heures passées dans le salon religieux, avachie, accroupie, le dos courbé, les jambes serrées, le front sur les poings, la tête contre les tapis immaculés avaient affaibli ses muscles ; elle était désormais ceinte de maintes douleurs qui handicapaient sa tâche quotidienne : la prière.
« Je vous prie tous les matins, toutes les nuits depuis l'âge de maturité... Pardonnez-moi, comprenez que mes erreurs résultent de mon ignorance de jeune enfant... Accordez-moi ne serait-ce qu'une once de votre pouvoir divin, je vous en supplie... »
Elle ne put prononcer davantage de mots, rattrapée par la souffrance et le chagrin qui étouffaient ses paroles. Ces dernières demeuraient terrées au fond de sa gorge, prisonnières des émotions accablantes qui saisissaient leur élaboratrice. Chaque jour, elle s'était offerte à la volonté divine dans l'espoir, un jour, d'assister à l'éveil de son pouvoir, ce même pouvoir qui avait été accordé à sa mère défunte afin de protéger le peuple du Mal. Il était fait d'une lumière mortelle et divine, un mélange harmonieux entre l'éclat terrestre et l'éclat céleste, celui des contrées infinies. Seules les femmes d'une lignée royale — dont le sang était demeuré pur sur plusieurs générations — se voyaient offrir cette puissance protectrice. Il arrivait des jours où, noyée dans le désespoir, la princesse s'imaginait être de sang impur et que son père, Rhoam Bosphoramus, le lui cachait par crainte de la déchéance de la lignée royale actuelle. Ainsi, dans son malheur, elle s'imaginait toutes sortes de raisons à cet abandon divin et, si par pure folie lui venait l'esprit de les communiquer, elle serait sévèrement châtiée par la cour. Personne, pas même un individu de sang royal, ne pouvait émettre l'hypothèse de l'impureté d'un héritier.
Ses larmes taries, la jeune femme se redressa, ceinte par le froid. Son habit blanc détrempé collait à sa peau fraîche, et des gouttes perlaient sur son plastron en or. Elle prit quelques minutes pour réunir ses pensées, les confondre pour n'en former qu'une seule et unique, une seule pensée qui recentrerait son esprit sur son devoir princier.
« Votre Altesse Royale... » articula-t-on dans son dos.
La voix était forte, témoignant d'une volonté de porter suffisamment loin pour parvenir aux oreilles de son destinataire. Dans l'obscurité nocturne, il était compliqué de distinguer précisément de qui il s'agissait. Cependant, en devinant les traits de la silhouette, elle sut que la voix appartenait à un jeune homme vêtu d'un uniforme de la garde royale. Derrière lui se trouvaient deux montures, ou du moins deux grandes silhouettes qui s'apparentaient à des chevaux. À la distance à laquelle il se trouvait, le soldat ne pouvait voir clairement le corps de la princesse, qui se détachait faiblement du décor.
« Sa Majesté le roi a exigé votre retour dans vos quartiers. Il vous interdit désormais de vous éclipser en dehors de la citadelle à des heures irraisonnables pour une personne de votre rang.
— Ah, tu es Link. Tu es le soldat qui s'est attribué les bonnes faveurs de Père, n'est-ce pas ? Normalement, seules ma nourrice ou des servantes ont l'autorisation de me voir durant mes périodes de prières.
— Il est trop risqué pour ces dames de sortir hors du château, et particulièrement hors du château la nuit, Votre Altesse. »
Zelda se retourna entièrement. Désormais face au jeune chevalier, elle comprit qu'il la regardait. Cependant, sa stoïcité laissait deviner qu'il était happé par l'angoisse ; jamais un chevalier ne devait ainsi répondre à une personne de sang royal. Bien que la nuit apportait des voiles noirs sur les visages, les rendant confus et difficilement identifiables, la princesse percevait les émotions qui le traversaient.
« Que penses-tu de notre grande Hylia ? Et d'elle vis-à-vis de moi ?
— Sans vouloir vous manquer de respect, mon avis de simple soldat importe peu, Votre Altesse.
— Si je te le demande, c'est qu'il m'importe.
— Si vous faites référence à la puissance divine qui ne s'est toujours pas éveillée en vous, je pense que cela n'a rien à voir avec la volonté d'Hylia. Le pouvoir se trouve au sein de toutes les héritières, dès leur naissance, et il n'y a que leur persévérance qui peut le faire éclore.
— Tu ne me trouves pas suffisamment persévérante ?
— Non, Votre Altesse, je n'insinuais pas cela. Votre persévérance est grande, mais elle n'est pas encore accomplie.
— Comment puis-je l'accomplir, selon toi ? Que sais-tu de plus que les sages, toi, simple soldat ? »
Il resta interdit un moment. Il s'était figé et semblait regretter ses réponses. Pourtant, ayant compris que la princesse lui avait adressé l'ordre de communiquer avec elle, il finit par reprendre.
« Votre Altesse, je ne me trouve pas plus érudit que les sages. Avant d'entrer dans les rangs, j'étais un croyant très pratiquant et je me cultivais sur la religion hylienne. Dans les divers ouvrages, j'ai appris que les héritières du sang royal n'avaient pas toutes obtenu ce pouvoir dès l'âge de maturité. Pour certaines, cela est intervenu très tôt ; pour d'autres, très tard.
— Pourquoi ne m'a-t-on rien dit à ce sujet ?
— Pour que vous priiez davantage, et que vous ne perdiez pas foi en Hylia. »
Zelda se mura dans le silence. Ils se dévisagèrent, puis le soldat s'inclina en signe de respect. La main sur le cœur, il déclara une fois de plus qu'il devait la raccompagner dans ses quartiers avant que la lune ne culmine. Il se dirigea ensuite vers l'un des sacs sur la croupe de sa monture pour en sortir un tissu soigneusement plié.
« Votre Altesse, voici de quoi vous sécher et vous réchauffer. »
Elle fit quelques pas dans l'eau. Lents mais destinés à rejoindre la berge. Elle voulait demeurer sous la grande statue de la déesse, prier toute la nuit malgré le froid qui étreignait sa peau. Sa dévotion hurlait sa douleur dans tout son corps. Pourquoi son père était-il si méprisant ? Pourquoi la privait-il des prières nocturnes dans le lac ? Lui-même ne supportait pas l'idée que le pouvoir de son héritière ne se soit pas encore révélé.
Zelda progressa encore jusqu'à la berge. Une fois les pieds dans l'herbe, elle s'agenouilla, tremblante. Link déploya le tissu chaud sur les épaules de la princesse. Proche d'elle, il pouvait distinguer les cuisses apparentes sous la robe trempée malgré l'obscurité. Sa poitrine était soulevée par des spasmes : elle sanglotait.
« Levez-vous, il faut que vous alliez vous réchauffer dans vos quartiers.
— Je ne suis qu'une profonde déception pour Père... articula-t-elle.
— Gardez courage, Votre Altesse, répondit-il d'une voix rassurante. Vous devez vous reposer pour continuer à prier efficacement. »
(Bon tout le monde s'en fiche, mais je poste encore et encore dans l'espoir qu'on lise)
J'ai trouvé ça très bien écrit. J'étais un peu surpris que ce soit de la narration Zelda. J'avoue, je me suis dit "Je vais lire, ça fera plaisir à Neyrin." et j'étais surpris et content que ce soit du Zelda. En même temps, c'est pas comme si tu ne m'avais pas dit ton envie de développer l'histoire et l'univers de Breath of the Wild. En plus la qualité de rédaction, il n'y a pas grand chose à redire. Il y a juste une petite répétition qui m'a fait tiquer, mais à la limite, c'était dans du dialogue, donc cela peut très bien passer (— Il est trop risqué pour ces dames de sortir hors du château, et particulièrement hors du château la nuit, Votre Altesse. ).
J'ai aussi relevé deux petites interrogations/incohérences. M'étant moi-même posé des questions si j'étais bien l'enfant de mes parents et avoir souvent eu peur (sans raison) d'avoir été adopté, je me suis interrogé sur les craintes de Zelda. Et normalement, s'il y a bien un parent qui ne peut pas renier sa filiation, c'est la mère. Je crois qu'il est mentionné par Urbosa que Zelda et sa mère se ressemblent beaucoup (et c'est confirmé un peu par L'Ere du Fléau). (et que son père, Rhoam Bosphoramus, le lui cachait par crainte de la déchéance de la lignée royale actuelle. : J'aurais remplacé "son père" par "le Roi"). Autre interrogation, il me semble que chez aucune des descendantes de la lignée royale, le pouvoir divin se soit éveillé avant les 17 ans. Je ne suis pas sûr. Peut-être qu'il s'agit seulement des informations récoltées par Terrako et ne concerne que Zelda Bosphoramus Hyrule. D'ailleurs, je reviens sur le fait que le nom complet du roi comporte "Hyrule", il me semble.
Et maintenant, je me rends compte que je suis assez chiant avec mes remarques à la con. Le texte est vraiment de qualité et agréable à lire et j'entache tout ça avec des petits détails. C'est hélas souvent comme ça, on peut plus facilement s'étendre sur des remarques désobligeantes que sur les qualités. Quand le texte est bon, on ne se contente que d'un "Il est très qualitatif" ou d'un rubis. Donc excuse-moi. Encore une fois, petite surprise bien plaisante à lire. Cela m'apprendra à ne pas faire assez attention. Peut-être vais-je devoir fouiller un peu plus tes écrits.
CERNUS(https://zupimages.net/up/21/12/s3k5.jpg) (https://zupimages.net/up/21/12/qg2w.jpg)
Tableau en meilleure qualité :
(https://i.ibb.co/P5ctDYc/2394954-B-3251-45-EF-887-B-12785-E2-FD100.jpg)
Certes, c'est un topic normalement réservé à mes écrits... Mais je ne fais pas qu'écrire ! Je peins à l'huile aussi, c'est l'un de mes passe-temps préférés que j'ai pu retrouver récemment.
Cernus est mon troisième tableau et j'espère que vous arriverez à reconnaître où on peut trouver ce petit Korogu ! :-*
(https://zupimages.net/up/21/12/dx70.jpg)
Les couleurs sont beaucoup moins chatoyantes sur la photo (snif). Dans la réalité, la couleur jaune est particulièrement présente, ce qui rend la toile lumineuse. Ci-dessous, vous pourrez voir les étapes du tableau !
(https://zupimages.net/up/21/12/tigg.jpg)
J'étais impatiente de commencer donc j'ai un peu baclé le dessin huehue. Ce que je préfère, c'est peindre et non dessiner... Mais je préfère peindre ce que je dessine. J'aime quand c'est personnel de A à Z.
(https://zupimages.net/up/21/12/qsl1.jpg)
Là, j'étais pas sereine parce que c'était la première fois que je peignais un arbre. La partie gauche est particulièrement ratée, très grossière et monotone. J'étais plutôt contente de la mousse, même si je trouvais le vert trop terne. Je me suis dit que je corrigerai ça plus tard.
(https://zupimages.net/up/21/12/r0eg.jpg)
J'ai commencé les petits lampadaires haricots ! J'avais hâte de les faire, même si ça a été particulièrement compliqué de donner l'impression qu'ils éclairaient l'endroit (et c'est toujours pas réussi dans la version finale). Toujours sur la partie gauche de l'arbre, on voit que j'ai encore retravaillé.
(https://zupimages.net/up/21/12/nwi4.jpg)
Presque à la fin !! Là, je pouvais bien visualiser les défauts sur mon tableau.
Le korogu est particulièrement net par rapport au paysage, mais c'est normal. Ne voulant pas me rater (parce que ça allait être compliqué à corriger, contrairement à de l'écorce ou de l'herbe), j'ai tout fait avec mon pinceau le plus fin et j'ai été très précise, très très très concentrée. Mais personnellement, je l'aime bien comme ça. Il se détache bien, et c'est ce que je voulais.
L'eau, je l'ai faite avec un mélange (directement sur mon pinceau) de bleu clair, bleu foncé, jaune, vert et blanc. J'ai peint à grands coups de mouvements horizontaux pour qu'elle se détache bien du reste du paysage (peint avec des mouvements verticaux).
(https://zupimages.net/up/21/12/qg2w.jpg)
L'arbre ne me convenait toujours pas, alors je l'ai complètement retravaillé et j'ai adouci les couleurs. Tout est plus harmonieux et homogène, je suis très contente !
Concernant l'herbe, je l'ai complètement retravaillée aussi pour que le vert soit plus chatoyant avec un jaune plus marqué. Malheureusement, je n'ai pas acheté le même jaune lorsque l'autre est tombé à sec donc, pour les tiges et les feuilles des fleurs, je n'ai pas pu refaire le même vert... D'où le contraste entre le sol et les plantes.
Pour les feuilles, j'étais plutôt satisfaite mais j'ai quand même décidé de les repeindre. Une deuxième couche de peinture rajoute une brillance supplémentaire à la toile.
Pour les fleurs violettes, j'avais commencé par déposer grossièrement des pointes de violet/blanc/mauve et je me suis dit « Merde... J'ai tout gâché ». Puis j'ai retravaillé en ajoutant les tiges et les feuilles, et finalement ça passe. Même si, je conçois, le style des fleurs n'est pas raccord avec le reste du tableau.
Enfin, pour le korogu, j'ai fait le choix de le laisser net. Vu qu'il est petit, je n'ai pas voulu tenter de rajouter plus de nuances sur son masque pour éviter de bousiller tout mon travail. Cependant, j'ai choisi d'éclaircir son bras droit parce que, si vous regardez la photo précédente, il est trop foncé par rapport au reste de son corps. Puis, la touche finale : sa petite branche avec des baies rouges !
Et tadam ! C'est « « terminé »» (oui parce que je vois encore beaucoup de défauts, mais j'en peux plus là).
Who c'est magnifique *o*
Non vraiment je trouve le tableau vraiment super beau, il rend super bien !
C'est absolument merveilleux. :love:
Les couleurs finales, bien que meilleure en vrai apparemment, sont super chaleureuses, je suis amoureuse de cette peinture.
Oh bordel, c'est magnifique Ney. Vraiment je trouve vraiment le tableau magnifique. Le rendu final est vraiment très beau et les couleurs sont vraiment agréable (alors que c'est une photo donc ça doit être encore mieux en vrai).
Je trouve les effets de lumière vraiment bien réussi et les fleurs vraiment très jolies. Et le petit Korogu est tout mignon.
Merci aussi de nous avoir partagé les différentes étapes de la réalisation et de les avoir détaillés. Ça permet vraiment de se rendre compte de tout le travail.
Tu as passé combien de temps sur ce tableau ?
Je tiens juste à faire une dédicace à Yuzu qui m'a soutenue pendant ce dur labeur... Grâce à ses vols inopinés, elle a décoré mon tableau de quelques plumes ou pellicules que j'ai dû enlever non sans galère pour ne pas abîmer la couleur.
(https://zupimages.net/up/21/12/qr6c.jpg) (https://zupimages.net/up/21/12/71ab.jpg)
Dédicace aussi à
@Sentinelle parce que c'est en me montrant un de ses dessins (où elle jugeait l'eau ratée) que je me suis dit que j'allais faire un tableau avec de l'eau. :-*
Merci beaucoup pour vos retours !! *o* Vraiment ça me touche, ça me fait super plaisir. J'ai du mal à trouver mon tableau réussi, mais je suis contente qu'il vous plaise !! :-* J'espère avoir vite la motivation d'en peindre un autre, parce que Breath of the Wild est une source d'inspiration intarissable.
Citation de: Chompir le Mercredi 24 Mars 2021, 17:25:39
Tu as passé combien de temps sur ce tableau ?
J'y ai passé environ deux semaines, en peignant en moyenne quatre à cinq heures par jour. Sachant qu'il y a des moments où j'ai dû attendre que certaines parties sèchent (ça prend deux à trois jours), pour ajouter les fleurs par exemple.
Edit : J'ai ajouté une version en meilleure qualité sur mon post !
Le nom du topic a changé... En espérant pouvoir vite garnir le sommaire des tableaux.
Laissez tomber, tout est à jeter à la poubelle en fait...
Oh non, dis pas ça ! Qu'est ce qu'il s'est passé ?
Il est super beau ce tableau ! *o* Il retranscrit bien l'ambiance apaisante de BotW en plus. J'aime beaucoup les tons pastel et c'est toujours intéressant de voir les différentes étapes menant au rendu final.
Oh, et j'approuve totalement tes goûts en matière de décoration (de ce que je peux voir sur la première photo). :oui:
P.S. : J'attends la suite de La bête indésirable, au fait. :^^: Je l'ai beaucoup aimé mais je ne sais plus si je te l'ai dit sur Discord.
EDIT : Oups, du coup j'ai oublié de demander... qu'est-ce qu'il s'est passé avec tes autres tableaux ? Tu n'es pas satisfaite de ce que tu as fait ?
C'est pas grave si jamais t'as raté celui que tu avais commencé. Au traditionnel c'est facile de rater un petit truc et ça fout tout en l'air. Je sais pas si c'est ce qu'il s'est passé mais tu auras peut-être de nouveau la motivation d'en faire un nouveau, puisque recommencer une oeuvre d'art est en général très difficile. Mais tout n'est pas à jeter !
De plus plusieurs personnes attendent en effet la suite de tes écrits aussi, dont moi. :hap:
Désolée.
Des fois Souvent, j'ai des moments où je trouve que tout ce que je fais, c'est d'une nullité absolue. Je ne réfléchis pas avant de poster des messages dépréciatifs parce que ça me prend sur le moment. Je travaille toujours sur des écrits et des tableaux, mais c'est plus compliqué ces derniers temps vu que mon moral me joue des tours.
@Anju : Pour
La bête indésirable, je ne pense pas poster de suite. Cette histoire a vocation à devenir un roman alors si jamais j'arrive à la terminer et qu'un jour, elle est publiée (qui sait !!)... Il ne faut pas qu'on puisse retrouver le contenu du possible livre gratuitement sur Puissance-Zelda haha.
Je m'ennuyais alors j'ai écrit ces petites errances. Aucun travail dessus. Aucune retouche. Juste je me suis fait un kiffe.
ERRANCES
• La madeleine voyage jusqu'à ses lèvres. Déjà la cinquième.
• Couché, j'écoute. Comme une seconde renaissance, le rêve d'un soi oublié (parle-lui encore).
• La musique s'envole. Une impression. Comme une disparition (je te vois toujours).
• Le silence comme refuge. Muré dans l'incompréhension de ses décisions.
• Le creux de tes bras comme l'enveloppe charnelle de mes jours comptés.
• Son humeur ensevelie sous les chagrins. La part des anges s'évapore.
• Fumée. Goût cendré. Odeur froide. Les vêtements imprégnés (pense à oublier).
• La page se tourne. Deux cent quatre-vingts. Presque la fin. Pourquoi.
Je vais revenir sur le dernier (pourquoi ? parce que). Je ressens toutes les impressions qu'il y a derrière... Si les autres errances sont certainement plus jolies, c'est la dernière que je préfère car elle me fait écho à des ressentis profonds. Je pense que tous les lecteurs comprennent, mais c'est un peu comme les séries qui ont une fin... Tu te rapproches de la fin, tu as envie d'avancer, mais en même temps tu sais qu'après ce sera fini (ou qu'il faudra attendre le prochain tome). Et tu ne veux pas quitter les personnages, tu ne veux pas non plus que ça se finisse mal, mais tu ne peux pas partir maintenant. Nous sommes des victimes.
C'est trop éphémère... Trop nul les livres et les séries... v.v
Sans péridurale...
LA NAISSANCE DU ROI« Je ne vais pas y arriver ! hurla-t-elle. J'ai trop mal ! »
Le cri perça les murs de granit et d'albâtre de la cité Gerudo. Sous la chaleur écrasante de l'après-midi, les contractions avaient commencé. Le bar était traversé par une panique générale : les femmes s'activaient sous les plaintes aiguës de leur camarade. Elle avait perdu les eaux une heure auparavant, alors qu'elle était venue se désaltérer pour supporter la température. Les clientes du Philtre d'Amour s'étaient retrouvées malgré elles dans cette situation périlleuse. Les plus jeunes étaient perdues ; les plus âgées préparaient des linges et des bassines d'eau glacée.
« Calme-toi Simana. Il faut que tu gardes ton calme, autrement le travail sera inefficace. » dit Docor, sa sœur, en épongeant son front noir d'un linge humide.
Installée sur le canapé qui n'accueillait qu'un grand coussin d'assise, Simana transpirait à grosses gouttes sous les douloureuses contractions. La première heure, avait-elle dit, la douleur provoquée était soutenable. Désormais, elle ne l'était plus. Le travail devenait compliqué et épuisant. Elle commençait à perdre patience.
Furosa, la gérante, revint avec un matelas. La vieille Gerudo à l'épais chignon bardé de bijoux déposa la literie à même le sol. La doctoresse étant partie aider une autre femme qui avait perdu connaissance à l'Oasis du sud, elle devait s'occuper elle-même d'accoucher la future mère. Ce n'était pas la première fois qu'elle faisait cela. Elle poussa la table basse qui accueillait des verres d'alcool, certains vides, d'autres à moitié pleins, pour dégager de l'espace.
« Apportez les linges ici ! ordonna-t-elle. Allez, dépêchez ! Nous devons descendre Simana sur le matelas. »
Cette dernière, comme pour presser les autres, poussa de nouveaux cris de douleur. Les plus âgées s'activèrent et, en quelques minutes, les draps propres furent disposés. « Mettez-en aussi sur mes tapis. Elle a déjà perdu les eaux dessus. Je ne tiens pas à ce qu'elle aggrave leur cas », indiqua la gérante. Ensuite, les trois plus jeunes s'appliquèrent à aider Simana. La peau moite de celle-ci empêchait de la tenir correctement, si bien qu'elles furent un peu maladroites. Elles réussirent à la descendre du canapé. « Asseyez-la ! Ne la laissez pas couchée ! Vous voyez bien qu'elle souffre ! » Elles s'activèrent sous les hurlements qui s'intensifiaient. Simana bascula en avant, les yeux clos et le souffle court. « Ne la dérangez pas ! Poussez-vous toutes, vous l'étouffez. » Elles s'écartèrent immédiatement et observèrent la scène de loin en se rongeant les ongles.
Docor caressa le dos de sa sœur en adressant un regard inquiet à l'aînée des lieux. Furosa fit mine de l'ignorer, et trempa les serviettes dans la bassine d'eau froide juste apportée. Elle lui tendit le morceau de tissu trempé que l'autre saisit pour rafraîchir et nettoyer le visage de Simana ; elle cria de nouveau.
« J'ai tellement mal... ! geignit-elle en serrant les draps dans ses mains. Je vais m'évanouir avant même d'avoir vu mon enfant...
— Plains-toi, ma fille. Tu ne te plaindras plus jamais des autres douleurs par la suite. »
En contrebas, des petites filles qui s'amusaient près des échoppes se tenaient sous la fenêtre du bar ; elles étaient immobiles, semblables à d'élégantes statues en terre cuite. De l'endroit où elles se trouvaient, elles ne pouvaient apercevoir que le chignon de la gérante qui allait de droite à gauche. Toute la cité Gerudo était au courant de l'arrivée proche d'un nouveau-né, et les fillettes étaient fébriles. Les jeunes femmes, en revanche, étaient plus inquiètes à l'idée d'être un jour livrées au même sort que leur camarade.
Lorsque les plaintes de Simana furent trop intenses, Furosa entreprit de la coucher sur le dos, la tête sur les cuisses de Docor. Puis, après quelques secondes de réflexion, la tenancière lui somma de pousser avant de lui ordonner de souffler. Le rythme donné se répéta, encore et encore. Jusqu'à ce que la Gerudo soit épuisée, hurlant qu'elle souffrait trop pour continuer, le front en sueur. Toutes les spectatrices de l'accouchement — qui observaient depuis l'entrée — se crispèrent.
« Secoue-toi, Simana !! Tu veux que l'enfant meure ? Il faut que tu continues ! À trop attendre alors que le travail se fait, nous allons le perdre !
— Je ne peux pas... Je ne peux pas... rabacha la concernée.
— Tu dois continuer, renchérit sa sœur en lui épongeant le visage. Je te sais forte, alors tu peux le faire. Pense à cette petite fille que tu auras bientôt dans tes bras. »
Elle prit une longue inspiration avant de reprendre le rythme.
« Encore ! J'aperçois la tête ! »
Elle poussa encore, puis souffla.
« La tête sort ! »
Elle recommença, de toutes ses forces.
« Ça suffit ! Stop ! J'ai le bébé. »
Des vagissements emplirent le salon et la ruelle où le bar se situait. À l'entente des pleurs du bébé, les Gerudo qui suivaient attentivement la scène poussèrent des exclamations soulagées. Cependant, à la distance à laquelle elles se trouvaient, elles ne pouvaient voir le nouveau-né ; elles ne tardèrent pas à s'impatienter.
Simana s'effondra. Elle fondit en larmes, partagée entre l'épuisement et le bonheur. Docor l'embrassa sur les joues avec bonheur. Elles se regardèrent pour échanger un sourire ému. Furosa enveloppa le nourrisson d'un linge tandis qu'il vagissait toujours. Elle vint ensuite le déposer sur la poitrine de la jeune accouchée, l'air grave. Il s'apaisa lorsque sa peau entra en contact avec celle de sa mère. « Oh, mon ange... Je suis si heureuse de te voir, mon petit ange. » Elle embrassa le crâne fragile de son enfant, submergée par l'émotion. Sa sœur offrit quelques tendresses au petit en essayant de contenir sa joie. La pièce était animée par la gaieté et la tendresse, si bien que quelques femmes à l'extérieur larmoyèrent.
« C'est un garçon. »
Cela avait été dit à voix basse pour que personne ne l'entende. Un silence se jeta soudainement dans le bar. Désormais, seules les conversations des camarades excitées par l'évènement étaient audibles ; elles dissertaient sur l'avenir du nouveau-né. Le bruit régulier des fontaines de la cité se confondirent avec les discussions papillonnantes.
Furosa baissa les yeux, et entreprit de couvrir les jambes nues de la femme pour ne pas pertuber l'allégresse des unes et des autres à l'extérieur. Puis elle sectionna le cordon ombilical après l'avoir clampé.
« Q-Quoi ? » articula Simana, la voix tremblante de l'exaltation précédente.
Elle s'empressa de retirer le tissu qui protégeait le nourrisson pour regarder son sexe. Ce n'était pas une fille. Simana se sentit défaillir ; son corps affaibli fut pris de tressaillements. Catatonique, Docor était sous le choc.
« Cet enfant est maudit, ma fille. De lui se dégage la malfaisance.
— Que dis-tu ?! détonna la concernée. Mon enfant est un Gerudo, et non un monstre ! Va-t'en ! Comment peux-tu entâcher un tel moment ?! »
Dehors, les femmes commencèrent à s'agiter : une nouvelle inquiétude générale surgit suite au hurlement. La gérante se redressa dans un soupir, ramassa la bassine et s'éclipsa du salon. Elle descendit les marches de son commerce pour rejoindre les spectatrices anxieuses, et ordonna qu'on aille chercher de l'eau tiède. Deux d'entre elles s'exécutèrent, et elles revinrent au triple galop de la fontaine. Aucune n'osait poser des questions, de peur d'envenimer la situation.
Furosa ramena le contenant rempli à l'intérieur du bar. Elle le déposa dans le salon, près de la jeune mère qui pleurait silencieusement en serrant son bébé dans ses bras moites. Sa sœur affichait une mine déconfite. Les linges étaient tâchés du fait de l'accouchement. La vieille Gerudo enroula les tissus les plus sales pour les écarter. En dessous, les tapis étaient intacts.
« Donne le premier bain à ton enfant. Je vais t'apprendre. »
Simana leva un visage emplit de chagrin sur son aînée. Cette dernière lui saisit délicatement les bras pour les ramener dans une certaine position ; le bébé fut basculé sur le dos. « Tiens-le derrière la tête. Elle doit être sur ton poignet. » La main maternelle obtempéra. « Plonge-le légèrement dans l'eau. » Les jambes de l'enfant, son dos ainsi que le bas de son crâne furent en contact avec l'eau tiède. « Nettoie ses cheveux. » Sous les gestes doux, le nourrisson agita les bras et ses grands yeux noirs se posèrent sur sa mère. Elle renifla : quelques larmes coulaient encore. « Son ventre. Doucement. Ses bras. » Docor observait la scène d'un œil attentif. « Nettoie bien le cordon ombilical. Il faudra le faire jusqu'à ce qu'il tombe. » Le bain se poursuivit dans un silence parsemé de murmures. Le nourrisson ne pleurait pas.
« Tu te débrouilles bien. J'ai connu des mères empotées mais toi, tu es douce et prudente.
— Furosa... Pourquoi devais-je donner naissance à un voï ? Pourquoi est-ce tombé sur moi ?
— Tu peux élever cet enfant si tu le désires. Mais tôt ou tard, tu devras l'abandonner ou fuir avec lui. Il porte en lui une tragédie pour notre cité et pour Hyrule tout entière.
— Comment le sais-tu ?
— Ne le sens-tu pas ? »
Timidement, Docor acquiesça : elle sentait la malfaisance que dégageait le petit garçon.
« Si je refuse de l'élever, qu'adviendra-t-il de lui ?
— Je le confierai à des vaïs qui se chargeront personnellement de son sort. »
Simana se crispa. Elle sortit le nouveau-né du bain, le regarda avec tendresse et l'étreignit.
« Je ne peux pas... C'est mon petit... N'y a-t-il aucun moyen de changer cela ?
— Il porte en lui le Fléau, ma fille. Même tout l'amour du monde ne pourrait changer sa destinée meurtrière. »
Toutes demeurèrent interdites durant un long moment. L'annonce était bien trop douloureuse, bien trop lourde à porter. Un vent chaud s'engouffra dans le salon ; il remua les anthuriums qui reposaient sur les étagères.
« Si-Simana... dit la sœur d'une voix troublée. Je dois aller rassurer les vaïs et les vehvis. Elles seront heureuses d'apprendre la naissance d'un garçon. »
La concernée acquiesça. L'autre s'empressa de rejoindre ses camarades qui se rongeaient les sangs, désireuses de voir le bébé et l'état de la jeune mère. Depuis l'étage, Simana et Furosa purent entendre les explications rassurantes délivrées sous la fenêtre du bar. Il ne fallait pas provoquer la panique du peuple, et encore moins réveiller la méfiance des anciennes et de la cheffe qui s'empresseraient de sceller le sort de l'enfant.
« Je vais t'apporter des habits propres. En attendant, donne-le sein à ton petit. J'offrirai ensuite une tournée de Vaï meets Voï en l'honneur de ton accouchement. Nous célébrerons la venue de ce garçon toute la nuit. »
La vieille Gerudo se dirigea vers la salle au fond de la pièce qui renfermait certainement des vêtements de rechange, et autres matériels nécessaires. Au moment où elle s'apprêtait à franchir le seuil, la jeune femme l'interrompit.
« Furosa.
— Hm ?
— Merci pour tout. Je partirai avec cet enfant pour préserver notre cité. »
La gérante fut prise d'un pincement au cœur : elle s'était figée. Les deux occupantes se dévisagèrent un instant. Puis, lourde d'une peine soudaine, l'aînée s'accroupit près de Simana. Son regard témoignait de l'affection qu'elle lui portait. Elle posa sa main sur la sienne et la serra. Cela lui fit l'effet d'une décharge électrique.
« Simana. Ma fille. Tu es libre de tes choix. »
Rassurée de la décision qu'elle venait de prendre, elle porta son fils à son sein nu. Ses mains minuscules remuèrent, ses poings se fermèrent et sa bouche se referma sur le téton. Il semblait affamé. Tandis qu'il tétait allègrement, une bulle se referma autour d'elle. Cette bulle filtrait tout ce qui pouvait porter atteinte à son amour pour son bébé, que ce soit des paroles ou des actes. Puis leurs regards se croisèrent. Dans ses yeux, elle voyait toute la reconnaissance du futur Roi.
Dans mon brouillon, il était prévu que cette fiction soit mieux écrite... Hm. Autrement, les vaïs dont parle Furosa sont Koume et Kotake. Libre à vous d'interpréter la suite de l'histoire.
J'ai beaucoup aimé ce texte. Je trouve que tu as traité d'un sujet assez difficile. C'est compliqué car tu dois parler d'un sujet technique/compliqué et c'est un vrai exercice. Cela me rappelle ma lecture de L'argent d'Emile Zola où il s'était attelé à un sujet des plus compliqués qu'est le monde de la bourse. Je trouve que tu t'en sors à merveille. Cela aurait peut-être pu être mieux, mais vraiment c'est déjà ça.
(Non, non tout va bien dans le meilleur des mondes. :miou:)
DUMORIA(https://zupimages.net/up/21/17/1oip.jpg) (https://i.ibb.co/dP8NJVF/0-C2-CEFC2-F360-4-B72-A507-2-BB3-B9-BD6690.jpg)
(https://i.ibb.co/2dD0Rtp/243-B0-AF9-D8-B6-4-C76-9219-CDF8-F13-C7123.jpg)
Mon quatrième tableau,
Dumoria, que j'ai réalisé pour
@Ptitecocotte ! Le nom n'est pas très original certes, mais je n'arrive pas à nommer mes peintures. Il m'a pris moins de temps que
Cernus étant donné qu'il était moins technique (pas d'écorce d'arbre par exemple), mais il a été assez compliqué à boucler vu que je suis passée par plusieurs phases dépressives qui m'empêchaient de peindre comme je le souhaitais.
Le paysage est inspiré de
Breath of the Wild et les couleurs sont toutes en douceur. J'ai choisi ces tons là pour donner une impression de sérénité et de sécurité. Cependant, j'aurais aimé que le tableau soit plus fourni dans son décor. Au départ, je voulais intégrer des colonnes antiques en ruines, mais ça ne donnait rien sur le croquis. Peut-être qu'un jour, ça donnera quelque chose dans un autre tableau... qui sait.
Comme la dernière fois, vous retrouverez ci-dessous les différentes étapes de la conception du tableau.
Étape 1
(https://zupimages.net/up/21/17/dt13.jpeg)
L'étape du dessin. Ici, rien de bien compliqué : il ne m'a fallu qu'une dizaine de minutes pour le faire. Comme je l'ai dit pour mon précédent tableau, ce que j'aime c'est peindre et non dessiner. Je passe peu de temps sur cette étape.
Étape 2
(https://zupimages.net/up/21/17/car2.jpeg)
J'ai d'abord commencé par le ciel mi-crépusculaire. C'est la première fois que je le faisais, et j'ai mélangé trois teintes différentes de bleu, deux teintes différentes d'orange, du mauve et du blanc. C'était étrangement simple... Je craignais de faire les nuages, mais tout est allé comme sur des roulettes. Ils sont un peu petits, mais c'est ce qui les rend mignons. J'aime beaucoup le ciel.
Pour les rochers, j'étais d'abord partie sur un mélange de marron/blanc/jaune puis je me suis ravisée. Je trouvais ça laid, surtout que j'avais déjà tenté sur un autre tableau (en cours....) et que ça ne donnait rien du tout. Pour rester dans les mêmes tons que le ciel, j'ai donc pris du mauve. J'ai aussi ajouté des pointes de vert pour rappeler l'herbe et ne pas trop désharmoniser l'ensemble.
Pour l'herbe enfin, rien de bien complexe. J'ai pris deux teintes différentes du même vert et plus je m'éloignais vers l'horizon, plus j'éclaircissais avec du blanc et du orange pour rappeler le soleil couchant. En cours de route, je me suis dit que ce serait bien d'ajouter des brins d'herbe un peu partout. Je voulais en faire sur la totalité de la pelouse, mais on me disait que c'était bien seulement sur la moitié. Alors j'ai laissé comme ça.
Étape 3
(https://zupimages.net/up/21/17/htdl.jpeg)
Les rochers au premier plan !! Ils m'ont donnée beaucoup de fil à retordre. Si vous comparez avec le rendu final ou même avec les étapes suivantes, ils changent pas mal vu que je les retravaillais constamment. Je les trouvais trop lisses, et je les trouve toujours trop lisses... Mais je n'ai pas encore l'xp nécessaire pour les faire en relief, snif. Bref, rien de plus à dire sur ces deux là, à part que j'ai suivi la même palette de couleurs que pour ceux en arrière-plan.
Étape 4
(https://zupimages.net/up/21/17/a1fj.jpeg)
Sponsorisée par Rougier & Plé (oui, moi aussi je ne connaissais pas avant. Je ne connaissais que Cultura), je vous présente mon tableau après ajout de l'eau. Même chose que pour Cernus, j'ai pris mon pinceau et j'ai tartiné à l'horizontale plusieurs couleurs. La couleur maîtresse est le bleu ciel, évidemment, mais j'ai ajouté du vert, du mauve et du blanc.
Je ne trouve pas le grand reflet blanc très réussi, mais il ne me gêne pas particulièrement... Et vu que ça avait déjà séché, j'avais pas vraiment le courage de recommencer toute l'eau. Vous ne m'en voudrez pas. On peut par ailleurs voir que j'ai commencé Dumoria... J'étais impatiente de le faire.
Étape 5
(https://zupimages.net/up/21/17/6tk4.jpeg)
Ah là là... Dumoria. Ce que vous voyez là, c'est le Dumoria terminé mais j'ai passé beaucoup de temps dessus. Au départ, la couleur de son corps n'allait pas (trop foncé et ça cassait l'harmonie des couleurs), ni même celle de son masque feuille (j'avais appliqué un vert kaki).
Après plusieurs recherches sur mon assiette de couleurs, une crise (« Non mais c'est trop moche !! J'abandonne... ») et beaucoup de peinture perdue, j'ai fini par trouver les bons verts et les bons marrons. Je me suis appliquée toute une après-midi, très très concentrée pour ne rien rater. J'ai aussi choisi de varier les tons de ses couleurs, chose que je n'avais pas faite sur Cernus de peur de mal faire sur un si petit personnage. Je suis très contente du résultat. Je le trouve tout rondouillet et tout mignon.
Étape 6
(https://zupimages.net/up/21/17/gfwt.jpeg)
J'ai adoré faire le violon. Je n'ai pas grand-chose à dire sur cette partie, à part que je suis contente du résultat. Plus qu'à passer à son bâton ! Mais avant, il faut attendre que le reste sèche.
Étape 7
(https://zupimages.net/up/21/17/ax7r.jpeg)
Allez ouf ouf bientôt la fin... Je n'espérais plus en voir le bout. Je suis passée par bien des humeurs dira-t-on... Pour le bâton, c'était complexe parce que mon dessin avait disparu sous la couleur du rocher. J'avais quand même gardé un petit repère (le machin pas coloré sur les images précédentes). J'ai pris mes pinceaux les plus fins, j'ai serré les fesses et je me suis appliquée.
Je suis assez déçue par le résultat, je trouve que le bâton ne se détache pas bien du rocher. Je n'aime pas non plus comment j'ai fait les petites baies rouges, mais c'est comme ça dans le jeu... Y a des baies rouges.
Étape 8
(https://zupimages.net/up/21/17/7ndy.jpeg)
Les fleurs... Ah... Bon, j'ai commencé les fleurs avant le violon et le bâton, mais c'est pas important. Comme pour Cernus, j'ai pris mon pinceau et j'ai écrasé une pointe de jaune clair/jaune/blanc et de mauve/mauve clair/blanc sur la toile. Je ne les trouve pas réussies, mais je n'ai pas réussi à les faire autrement. Je ne suis pas assez entraînée...
Les feuilles étaient compliquées. J'ai appliqué la même technique, en retravaillant avec un pinceau plus fin derrière. Hm mouais, le résultat est pas convaincant non plus. Ce que j'ai beaucoup aimé faire, ce sont les brins d'herbe dans l'eau. J'en ai mis plein.
(https://i.ibb.co/dP8NJVF/0-C2-CEFC2-F360-4-B72-A507-2-BB3-B9-BD6690.jpg)
Et tadaaaaam ! Le tableau est terminé. Je ne l'aime pas trop mais l'important, c'est qu'il plaise à sa future propriétaire. Bye bye Dumoria ! Fais bon voyage. :-*
Je l'aime d'amour alors qu'il est pas encore prêt à partir de chez toi <3
Encore merciiii !
Franchement, c'est super beau, bravo ! :-o
Merci !!
C'est trop beau !!!
J'ai lu tout le processus. Il y a peut être des choses qui ne te plaisent pas, ou qui te semblent moche, mais c'est parce que tu as le regard de l'expert. Du point de vue du néophyte, c'est ultra méga stylax ! :)
Du coup tu prends les commissions ? :niak:
Citation de: Cap le Jeudi 29 Avril 2021, 10:21:07
C'est trop beau !!!
J'ai lu tout le processus. Il y a peut être des choses qui ne te plaisent pas, ou qui te semblent moche, mais c'est parce que tu as le regard de l'expert. Du point de vue du néophyte, c'est ultra méga stylax ! :)
Du coup tu prends les commissions ? :niak:
Merci !! :-* Et oui pourquoi pas, je peux prendre des commissions (bon pas beaucoup).
Olala il se pourrait que je te contacte dans un futur proche du coup :8):
LE TRÉSOR DE NEDRAC(https://i.ibb.co/DCSDmRX/0678-FE76-8-EDC-4-B08-AFF4-3-BA8-F499714-B.jpg) (https://i.ibb.co/XCN9RmJ/8947-DB07-B1-FB-440-F-9-AF0-5-B9-AD81-F08-AE.jpg)
(https://i.ibb.co/TmhkxzX/BF26-C7-B3-6-A18-4-F4-F-A882-8-AAA62-FDE163.jpg)
(https://i.ibb.co/sg6372V/E2-FD44-CB-D9-FF-4809-A29-E-51-CB11-C56-CEF.jpg)
(https://i.ibb.co/th4R2j8/E75-B0848-4-E42-4045-963-A-9859-B8-B51-DFE.jpg)
Tadam ! Mon cinquième tableau,
Le trésor de Nedrac. Après deux mois à batailler, j'ai
enfin réussi à le terminer. J'ai adoré faire à peu près tout sur ce tableau, à part le côté verdoyant qui me laisse éternellement insatisfaite. Malheureusement, je ne pense pas avoir suffisamment d'expérience pour le moment pour réussir à retravailler cette partie jusqu'à ce qu'elle me convienne ; je n'arrive pas à pointer avec précision ce qui me pose problème.
Comme pour les deux tableaux précédents, le paysage est toujours inspiré de
Breath of the Wild. Que dire d'autre... ? Je voulais absolument peindre du cobalt, du turquoise, du cyan, du vert... Tout ce que j'aime.
Encore une fois, vous retrouverez ci-dessous les différentes étapes de la conception du tableau. Cependant, il n'y a pas de commentaires sous les photos. Tout ce que je peux vous dire, c'est que j'ai bien galéré sur les rochers à gauche et sur la pelouse, mais j'ai adoré faire les cristaux et le corps de Nedrac.
Les rochers qui tombent sur l'herbe sont plus foncés pour la simple raison que je n'ai pas réussi à reproduire le même violet qu'au-dessus. J'espère que ce n'est pas trop choquant. Ensuite, j'ai encore des dernières corrections à faire (notamment les brins d'herbe qui doivent chevaucher les rochers) post-PZ, héhé.
(https://i.ibb.co/sJRPGhw/72073-B79-1-DAB-4-C52-9682-F20-AFB1-D99-D5.jpg)
(https://i.ibb.co/7Ykscwx/2-A38-D559-CD4-F-488-B-B8-ED-7-A2-DCE0-F4163.jpg)
(https://i.ibb.co/BV14Kph/EE74107-B-D2-D1-4-C97-A7-CF-8-EBBC3-B5-D99-D.jpg)
(https://i.ibb.co/phWKD3C/83-B5-EE35-CB18-4581-AAA9-05479790-DF4-C.jpg)
Aaaaaaaaah. Laisse-moi travailler !
(https://i.ibb.co/qm6Ntzb/E39-B7-D80-96-D9-4560-94-D9-044-C51-E12646.jpg)
(https://i.ibb.co/Kq0Qw7J/2-F937-F0-E-E195-41-F0-8-DE7-6-A7-F7-FADFBB3.jpg)
TADAM !!
(https://i.ibb.co/XCN9RmJ/8947-DB07-B1-FB-440-F-9-AF0-5-B9-AD81-F08-AE.jpg)
Ohlalala ! C'est de toute beauuuuté ! Franchement j'adore. Les couleurs. Ce vert bleuté, ça capte la lumière. Ouah, vraiment tout est génial.
...
...
Le tableau est cool aussi.
(PS : Tu sais ce que j'en pense, mais la version recadrée est top moumoute).
Merci ! :8):
Ne pas tomber amoureuse ne pas tomber amoureuse ne pas...
Tout est magnifique, la jolie demoiselle, la peinture, la perruche.
Sah quel plaisir un commentaire de Sentinelle :-* Merci !! <3
Tadam. Le premier texte sorti pour le concours à Quatre Mains... Hmmm, est-ce que ça intéresse quelqu'un ?
LE JUDASPetit disclaimer : le texte met mal à l'aise (c'est le but). Hé oui, il traite de sujets un peu touchies.
Une trentaine de minutes auparavant — lorsque je m'étais glissée sous la couette —, le lit était terriblement froid. Il témoignait de la solitude qui m'enserrait ces derniers jours. En général, j'installais une bouillotte à ma place — celle tout à droite, juste à côté de la table de chevet et la veilleuse — et la mettais sur mon ventre pour me réchauffer moi, ainsi que le matelas. J'aimais cette chaleur extérieure qui comblait mon corps ; elle me rappelait une présence humaine à mes côtés, comme si quelqu'un me prenait dans ses bras.
J'étais en perpétuel manque de contact, même si, depuis quelques années, j'avais préféré m'isoler. J'avais coupé le cordon avec nombre de mes amis, et ce de manière naturelle. Je n'avais rien prémédité ; cela s'était fait progressivement et personne ne semblait avoir remarqué quoi que ce soit. Personne n'avait cherché à me recontacter. Parfois, lorsque le manque se faisait particulièrement sentir, je sortais le soir, j'allais m'installer à une terrasse et je tissais des liens avec des jeunes femmes. Souvent, elles appréciaient l'individu singulier que j'étais, alors elles me proposaient de coucher chez elles pour une nuit. Puis, si elles désiraient approfondir la relation, elles finissaient par se heurter à un mur. Je craignais de m'engager dans une nouvelle relation — amicale ou amoureuse, peu importait —, alors, toujours naturellement, je m'éloignais et me renfermais pour qu'elles m'oublient. Ainsi, j'arrivais à retrouver ma solitude. Solitude que je redoutais, mais qui faisait partie de moi malgré tout.
Ce soir-là, j'avais été saisie d'une sorte de paresse fulgurante, ou d'une sorte de lassitude du quotidien. Par conséquent, il n'y avait aucune bouillotte sur mon ventre. J'attendais simplement de m'être habituée à la température désagréable qui stagnait sous la couette. J'attendais en observant le plafond que je ne voyais pas parce qu'il faisait noir : les volets étaient hermétiquement fermés. Dehors, le bourdonnement des quelques voitures qui s'aventuraient sur la route était audible jusque dans l'appartement. J'écoutais sans vraiment écouter. C'était un bruit de fond. Je me demandai si, à mon étage, tous les résidents dormaient, ou si j'étais la seule encore éveillée. Puis je laissai mon esprit flotter.
Comme une réponse à ma pensée, la lumière du couloir s'actionna. Elle glissait sous ma porte et se répandait sur le carrelage — la porte vitrée qui communiquait avec l'entrée me permettait de voir ce qu'il se passait par-delà ma chambre. C'était quelqu'un qui rentrait d'une longue soirée, peut-être.
Plusieurs minutes s'écoulèrent, mais la lumière demeurait. Normalement, elle s'éteignait automatiquement au bout d'un certain moment. De plus, elle était orangée — alors qu'elle était jaune, et j'en étais sûre —, et particulièrement forte par rapport à l'accoutumée. Les copropriétaires avaient décidé de faire changer les ampoules du couloir ? Ils avaient aussi décidé que la lumière ne s'éteindrait plus automatiquement ? Intriguée, je me tirai du lit pour me rendre dans l'entrée. Le cache du judas était relevé — je ne le baissais jamais —, alors je plaçai un œil sur la lentille.
Une jeune femme énorme et nue trônait au milieu du couloir, inondée par la lumière ardente qui tirait vers l'écarlate. Elle était assise sur la moquette dont les fibres renfermaient la crasse emmagasinée sur plusieurs années. Son corps était déformé par de gigantesques bourrelets, si bien que sa tête ne se distinguait que grâce aux longs cheveux fins et noirs qui tombaient sur ses joues enflées. Elle croulait sous une graisse profonde et mortelle ; elle peinait à respirer : son souffle était audible jusqu'à ma porte. Je déglutis avant de continuer à l'observer, poussée par une curiosité malsaine. Derrière ce judas, je me sentais inaccessible, invisible, voire inexistante. J'étais cachée comme une musaraigne sous son tas de feuilles mortes et de branchages. Comment avait-elle fait pour marcher jusqu'ici ? Ses jambes nécrosées et saturées de proéminences ne semblaient pas pouvoir la porter sur ne serait-ce qu'une poignée de mètres. Son dos était bardé de grosses ecchymoses, mais elles ne semblaient pas avoir été causées par des chocs. Une peur se mit à grandir en moi.
La grosse main boudinée s'empara d'un gâteau recouvert d'un glaçage blanc et parsemé de fruits confits. Elle amena la pâtisserie jusqu'à une petite bouche dépourvue de lèvres ; une moitié disparut sous des bruits de mastication. Puis les cheveux remuèrent et des orbites vides scrutèrent dans ma direction. Mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Je reculai précipitamment et pris la fuite jusqu'à mon lit.
L'éclairage étrange s'était évanoui : un noir profond absorbait l'appartement. J'étais sous le choc. Je réfugiai ma tête sous mon oreiller, comme pour étouffer la vision morbide qui m'avait été présentée. Je n'avais encore jamais vu de personne dans un tel état. Ce n'était pas réel, c'était impossible que cela soit réel. Je fus prise de haut-le-cœur. Je m'extirpai du coussin et mon estomac se contracta. Encore et encore. C'était douloureux. Je vomis à même le sol, le front dégoulinant d'une sueur froide.
Lorsque je cessai de trembler, j'entrepris d'allumer l'ampoule de la chambre et d'aller me débarbouiller la figure dans la cuisine — pour se rendre à la salle de bains, il fallait passer par l'entrée, et j'étais terrifiée à l'idée d'y retourner. J'actionnai l'eau chaude du robinet et me rinçai le visage pour retirer la bile qui avait coulé sur mon menton. Une fois ceci fait, je décidai de me préparer un thé vert au jasmin pour essayer de me détendre. Après avoir régurgité le contenu de mon estomac, il valait mieux que j'évite de manger. Je n'osais pas — pendant que l'eau chauffait dans la bouilloire — retourner dans l'entrée pour m'assurer que tout était rentré dans l'ordre, et que cette femme presque inhumaine avait bel et bien disparu. En fait, j'essayai de me convaincre que tout cela n'était pas vrai, seulement un mauvais rêve, tandis que je faisais infuser les feuilles séchées.
Recluse dans la cuisine, je demeurai dans un silence de mort. J'étais à l'affût du moindre bruit anormal. Il n'y avait rien. Rien ne bougeait, rien n'émettait un quelconque son. À cause de la crainte qui m'enserrait, le thé n'avait pas ce goût suave habituel : il était devenu âcre. Je ne tardai pas à le finir puis à déposer la tasse au fond de l'évier. Le tintement de la cuillère contre la faïence déclencha des pleurs lointains.
Mon sang ne fit qu'un tour. Je tendis l'oreille, les jambes flageolantes, et je perçus des plaintes. Elles ne provenaient pas de la chambre ou de la salle de bains. Elles provenaient du couloir. Je ne savais quoi faire. Je m'étais réfugiée dans ma cuisine, mais si j'y restais, quelqu'un pourrait librement s'introduire chez moi et me prendre par surprise. Quelqu'un pourrait m'agresser, me violer ou me tuer.
J'inspirai. J'expirai. Ce n'était que dans cette situation qui me semblait cauchemardesque que j'appliquais les méthodes basées sur la respiration — elles étaient censées apaiser l'anxiété. Au bout de quelques minutes, je me sentis capable de sortir de la pièce. Alors je le fis. Dans la chambre, j'entendais distinctement les pleurs du corridor. Ils ressemblaient aux miens. Je poussai la porte vitrée. Mes pieds entrèrent sur le carrelage froid. Mes oreilles étaient parasitées par les gémissements extérieurs. Le judas était face à moi. Une forme humaine s'agitait dans la lentille. J'y glissai mon œil droit, la gorge sèche.
À genoux dans le couloir sombre, une autre jeune femme était apparue. Elle sanglotait. Son visage était dissimulé derrière un long rideau de cheveux raides et, même si elle bougeait la tête à chaque spasme, il ne se dévoilait jamais. « Je ne peux plus sortir... Je suis bloquée... Je ne peux plus sortir... Je ne peux plus sortir... » articulait-elle entre ses sanglots. « J'ai l'impression d'étouffer... Ça me serre... dans la poitrine... » Elle s'effondra soudainement comme une poupée désarticulée.
Puis elle se recroquevilla, prise de panique, et haleta. Sa respiration était devenue anormale comme si elle s'asphyxiait. « Pourquoi tu m'abandonnes !? » Elle s'époumonait. Sa voix était empreinte d'une tristesse indicible ainsi que d'une colère ardente. « Pourquoi tu m'as abandonnée ?! »
Et les pleurs cessèrent. Seules quelques larmes demeurèrent au milieu d'un ton affecté.
« Mon cœur va s'arrêter... »
« Je ne vais plus pouvoir te parler... »
« T'embrasser... »
« Te câliner... »
« Te caresser... »
« Je vais mourir. »
Elle s'était immobilisée. Dans sa main, elle tenait une plaquette argentée que je n'avais pas remarquée auparavant ; elle contenait des comprimés blancs rangés en lignes, mais certains manquaient. Plusieurs se trouvaient au creux de sa paume. Son regard s'orienta vers le judas. Vers moi. Sa tête s'était tournée et deux agates abyssales brillaient à travers les mèches. Je tremblai. Je sentis que mes jambes allaient me lâcher d'un instant à l'autre. Je devais reculer. Pourtant, j'étais absorbée par les billes perçantes de l'inhumaine — car j'étais désormais persuadée que ces apparitions étaient inhumaines. Comme si j'étais la spectatrice qu'elle avait tant attendue, elle ramena sa main vers sa bouche désormais grande ouverte sous ses grands cheveux. Les médicaments furent avalés dans un silence mortifère, sans qu'elle me quitte des yeux.
La lumière du couloir mourut, emportant la scène sordide avec elle. Tout replongea dans les ténèbres comme cela aurait dû être le cas depuis le début. Je m'effondrai à genoux sur le carrelage. Que devais-je faire ? Appeler les pompiers ? la police ? Ces gens étaient-ils réellement en danger ou était-ce un canular destiné à m'effrayer ? Que voulait-on de moi ? Qu'attendait-on de moi ? Je sentis que j'avais du mal à respirer : la panique me gagnait. Je posai mon front sur le sol froid comme la mort, espérant que cela m'aide à me calmer. Rien n'était réel. C'était impossible que cela soit réel. Pourquoi me ferait-on subir de telles choses ? Si tous ces évènements étaient bel et bien les fruits de mon imagination, alors je devais être en train de dormir au fond de mon lit. Sûrement m'étais-je déjà assoupie depuis longtemps, sans même attendre de m'être habituée à la température désagréable sous ma couette. Puis, intérieurement, je me répétais une formule donnée par l'une des jeunes femmes que j'avais pu rencontrer ; elle était supposée éclaircir les esprits torturés : La face marmoréenne de l'angoisse est imaginaire ; le réel est son remède. Le seul dessein de cette phrase était d'être répétée, encore et encore, jusqu'à ce que ses bienfaits se fassent ressentir sur la personne accablée.
Malgré tous les efforts fournis pour révéler les qualités de la citation, rien n'y faisait. Évidemment. Comment cela avait-il la moindre chance de fonctionner dans pareille situation ? Tremblante, je me redressai. Ma respiration s'accélérait au fil des minutes ; je n'étais pas parvenue à l'apaiser. Mon esprit était parasité par des pensées lugubres qui se bousculaient entre elles. Si je levais la tête, je pouvais voir le judas dont aucune lumière n'émanait. Si je tendais l'oreille, je pouvais entendre des rires timides derrière la porte. Je déglutis. Jamais ce cauchemar ne trouverait une fin.
Ma gorge était terriblement sèche. Je transpirai de grosses gouttes froides. Je fis mon possible pour que mon souffle effréné ne soit pas audible par les inhumaines. J'inspirai profondément. Je devais me redresser. Je devais regarder par le judas. J'étais terrorisée, mais je devais le faire. Je devais surveiller ce qu'il se passait à l'extérieur. Alors je regardai par le judas, transie d'appréhension et de peur.
Cette fois, dans un coin du couloir, une petite fille était dissimulée dans l'obscurité. Elle était souriante — voire plutôt joviale — et riait timidement. C'était un rire enfantin, somme toute assez commun, parce qu'empreint d'innocence. Elle s'accroupit pour s'amuser à même la moquette sale. À travers la lentille minuscule, je ne distinguai pas précisément ce avec quoi elle jouait, mais cela ressemblait à une mallette de docteur écarlate. Elle l'ouvrit, fouilla à l'intérieur avec une certaine concentration pour en sortir un stéthoscope en plastique bleu qu'elle sembla présenter à la lentille. Avait-elle remarqué ma présence ? Pouvait-elle me voir comme les autres ? Mais la petite inhumaine abaissa bien vite l'instrument factice. Vu qu'elle n'avait personne à ausculter, elle entreprit d'écouter son propre cœur. Je l'observai faire, muette. Elle s'appliquait particulièrement dans sa tâche.
Puis je remarquai qu'une ombre glissait dans le dos de la fillette. Je retins ma respiration. Elle souriait toujours, apparemment peu préoccupée par cette forme étrange qui se rapprochait et qu'elle semblait pouvoir sentir. Terrifiée, je me demandai si je devais hurler ou non. Une main s'extirpa de la silhouette funeste pour se diriger entre les jambes de sa victime. Le sourire qu'arborait cette dernière s'effaça progressivement, et elle me regarda. Elle savait que j'étais là. Que devais-je faire ? La sortir des griffes de son agresseur ? Mais si tout cela n'était qu'un piège ? Si tout cela n'était pas réel ? Si tout cela était surnaturel ? Je bloquai sur cette dernière supposition. La fillette pleurait, sans détacher son regard du judas. Elle me reprochait mon inertie. J'eus un mouvement de recul.
« Ça suffit ! hurlai-je, haletante. Laissez-moi tranquille ! Laissez-moi tranquille ! »
Je me précipitai jusqu'à ma chambre, en pleurs. L'odeur qui y régnait était nauséabonde : je n'avais pas nettoyé ce que j'avais vomi à même le sol tout à l'heure. Mais je m'en moquai. Ma vision devint trouble, et je fus prise de vertiges. Je me dirigeai titubante jusqu'à mon lit et me réfugiai sous la couette froide. J'avais l'impression d'être sous un épais linceul. Je devais être plongée dans une atroce hallucination, mais peut-être que ce n'était qu'un rêve morbide. Peut-être que cela se terminerait en allant me recoucher. Peut-être étais-je schizophrène, et rien ne s'arrangerait par la manière dont je m'y prenais.
Je sentis une présence rassurante à mes côtés. Quelqu'un était dans mon lit, juste à ma gauche. Une main se glissa dans la mienne — la sensation était semblable, du moins — et une chaleur humaine traversa mon corps affaibli par la peur. Je hurlai d'angoisse. Que m'arrivait-il ? Quelle heure était-il ? Cet endroit était-il réellement mon appartement ? Je serrai la main qui n'était qu'une main, rien d'autre que la sensation d'une main. De nouveau, j'étais prise de haut-le-cœur. Je me tordis de douleur et vomis par-dessus le matelas. Encore une fois. Mais il n'y avait plus rien. Seulement de la bile jaunâtre et fétide.
Je devais me recoucher. Je devais me rendormir, ou j'allais passer la nuit à cauchemarder. Pourtant, je n'arrivai pas à détourner les yeux de la porte d'entrée. Comme je n'avais toujours pas fermé le cache, je pouvais voir qu'une lumière s'était de nouveau actionnée dans le couloir. Je devais agir.
« Laissez-moi tranquille ! m'écriai-je à pleins poumons. Qu'est-ce que vous voulez de moi ?! Que je vous aide ?! Mais je ne peux aider personne ! Vous n'avez rien à foutre dans ce couloir ! »
Cette fois, je refusai de me terrer dans mon appartement. Si je voulais que cette comédie cesse, il fallait que je prenne les devants et que je fasse comprendre que les choses avaient suffisamment duré. Je me rendis dans la cuisine pour prendre un grand couteau et, à pas feutrés, je me dirigeai jusqu'à l'entrée. Je ne devais pas regarder à travers la lentille, ou une inhumaine remarquerait aussitôt que j'étais derrière la porte. Si rien n'était réel, alors je pouvais utiliser cette arme sans crainte de conséquences. Je pouvais me défendre comme bon me semblait.
Ce n'était ni un souffle, ni des pleurs, ni des rires qui étaient audibles. C'étaient des grattements. J'inspirai silencieusement pour rassembler mon courage. Il fallait que je le fasse. La peur s'était bien trop propagée dans mon esprit pour que je la laisse encore gagner du terrain à cause d'une autre apparition. La face marmoréenne de l'angoisse est imaginaire ; le réel est son remède. Je saisis la poignée. La face marmoréenne de l'angoisse est imaginaire ; le réel est son remède. Je préparai mon couteau face à l'imposteur. La face marmoréenne de l'angoisse est imaginaire ; le réel est son remède. Je demeurai statique durant quelques secondes. Il y eut d'autres grattements. Puis un poing frappa violemment à la porte. Sans crier gare, je l'ouvris et brandis mon arme. J'ignorai si cela allait suffire à rétablir la sérénité dans ce couloir, et plus particulièrement près de mon judas, mais il était trop tard pour y penser. Je ne voyais que la poitrine de l'inhumaine qui me faisait face. Elle était plate. J'avais plus de chance d'atteindre le cœur. Alors, envahie de peur, de colère et de fatigue, je poignardai avec rage l'organe fragile.
Une giclée écarlate m'éclaboussa le visage. L'imposteur gisait au sol. Je lâchai mon couteau. Je vacillai tantôt à droite, tantôt à gauche. Si je n'allais pas me recoucher, j'allais m'évanouir à même le sol.
J'attendis d'avoir retrouvé un semblant de conscience pour retourner me cloîtrer entre mes quatre murs. Puis j'allais me faire un thé vert au jasmin. Et lorsque je l'eus fini, je me recouchai. Je sentis cette main chaude qui s'enlaçait la mienne. Je me rendormis, nullement perturbée par les cris humains qui résonnaient à l'étage.
Petit poème écrit à l'arrache en trente minutes pour évacuer l'angoisse liée à l'anniversaire qui approche (toujours dur dur de vivre les années qui passent).
Hier, j'ai retrouvé un petit martinet inerte sur mon balcon. Il était mort. Je ne sais pas ce qu'il lui est arrivé... Peut-être qu'il s'est cogné contre un mur ? En tout cas, il était magnifique. Je n'en avais jamais vu d'aussi près, sûrement parce que ces oiseaux ne se posent jamais (ils peuvent voler pendant dix mois sans interruption !!).
MARTINET NOIR
Étendu sur l'herbe factice, ventre à plat,
Je te vois
Qui es-tu ? D'où viens-tu ?
Tu es inerte, tu ne bouges plus
Les ailes repliées, la queue ciselée
Petit bec noir et yeux renfoncés
Comment es-tu arrivé ici ?
Qu'est-ce qui t'a ôté la vie ?
Un accident, certainement
Je ne t'ai pas entendu te heurter,
Te blesser, et trépasser
Je me sens coupable,
Dissipée et incapable
Subtilisation de ton âme
Par le destin infâme
Pourquoi ne s'est-elle pas échangée ?
Avec la mienne, lasse et fatiguée
Toi, pauvre martinet
Tu possédais la liberté
L'innocence
Et l'inconscience
Ce que j'aurais pu te restituer
En échange d'une spiritualité
L'esprit loin de la fin
Contrairement au mien
Penchée sur la rambarde
Prête à laisser
Ce qu'à toi, on t'a retiré
Suis-je seulement légitime
dans mes convictions intimes ?
La douceur de ton plumage
Sous mes caresses sages
Je vais t'offrir dès à présent
Une chose qui, pour toi,
n'a nulle autre semblant
Une fleur d'orchidée
Simplement pour t'honorer
Toi, qui a perdu la vie
À ma place, sans l'avoir choisi
Je les vois, les tiens
Tournoyant dans le ciel
Sans craindre les lendemains
Te cherchent-ils désespérément
Comme une mère cherche son enfant ?
Petit oiseau sauvage,
Je me souviendrai
Lorsque je regarderai
Tes compagnons proches des nuages
Le destin qui t'a sacrifié
Pour me sauver de l'imminence
D'un trépas
préparé sans clairvoyance
Tadam. Le deuxième texte pour le concours à Quatre Mains ! Ce deuxième texte correspond à la deuxième manche, et nous devions intégrer un troisième personnage inédit dans le texte de notre binôme. Nous devions réécrire l'histoire avec le point de vue de ce personnage fraîchement créé. J'ai trouvé le thème plaisant, et je me suis bien amusée avec le texte de
Doutchboune (ma binôme), Le temps des murmures (https://docs.google.com/document/d/1OwcSILgBO13NEzU0yDyogIFc0BydYYIdx60JzFbIf3E/edit). Je vous invite à aller le lire !
Idem, allez lire Émanation (https://docs.google.com/document/d/1tYHCMgNiM2EFHurgDdm1yZZ5xgQ-Jid_452dJpMJVAA/edit?usp=sharing), le texte de Doutch basé sur le mien de la première manche,
Le judas. C'est de la balle ce qu'elle a écrit.
LES MURMURES DU PRINTEMPS Les murmures du Printemps (https://docs.google.com/document/d/1mgjbFE_1_zndHGCockYzRuYcKhWqpmKK6J78uog8fic/edit?usp=sharing) sur Google Docs. C'est plus agréable à lire comme ça, je pense.
P. Avant que l'Hiver ne parvienne à trouver le repos, nous nous croisions dans une danse où se mêlaient le vent rude et la brise tiède. Nous nous balancions, nous nous entrelacions afin de trouver un commun accord, afin qu'il accepte de me céder sa place dans le calendrier des saisons. Les êtres humains avaient, certes, une date bien définie pour m'accueillir — le 20 mars —, mais la transition n'était pas aussi nette que présentée. Je devais me lier avec l'Hiver, supporter son corps froid contre le mien avant que je puisse déployer mon essence dans la nature. Alors, chaque année, doucement, je l'accompagnais dans son antre rudimentaire pour le couvrir de son drap blanc lorsque notre ballet prenait fin. C'était seulement à ce moment-ci que je pouvais baller de tout mon soûl, seul, autour des arbres qui bourgeonnaient, des fleurs qui n'osaient se dévoiler, des feuilles qui peinaient à verdir et des animaux qui hésitaient à nourrir leur fourrure des agréables rayons du soleil. Je soufflais dans les branches pour réveiller la brise revigorante qui faisait remuer les battants des fenêtres et soulevait les cheveux longs. C'était la saison du renouveau, et je l'incarnais.
Tandis que je m'adonnais avec plaisir à ma tâche, je remarquai que, dans un parc proche d'une université, isolé dans une petite ville, un jeune homme se délectait de mon œuvre. Je l'observai avec attention : il contemplait les fleurs roses et blanches des magnolias et des orangers, toutes fraîchement écloses. Je remuai les parures des rameaux de mon souffle ; il caressa les joues de l'humain d'une tendresse à laquelle je ne m'attendais pas. Pourquoi avais-je été d'une telle douceur ? Je me dis que cela était peut-être un signe, un signe envoyé par la Nature elle-même. Sûrement me disait-elle : « Ne cherche plus. » Pourtant, à chaque période de mon entrée en ce monde, je devais chercher inlassablement. Encore et encore jusqu'à trouver la perle, celle qui accepterait de se confondre avec ma grâce pour l'éternité.
Plongé dans ma réflexion, je ne m'étais pas aperçu qu'il s'enivrait de la fraîcheur du temps. J'étais troublé de voir un tel individu, tant touché par mon travail et surtout, tant touché par mes premières esquisses. Lentement, il se dirigeait vers la sortie du jardin, poussé par mes soupirs qui s'engouffraient dans son dos. J'eus peur qu'il ne revienne pas ; j'avais le pouvoir de faire renaître la flore, mais pas de pister chaque être vivant qui s'entichait de mon labeur. Alors, comme je le faisais pour enjôler les bêtes qui n'osaient pas sortir de leur terrier, je chantai. Les oreilles humaines ne devaient percevoir que de faibles murmures, des murmures qui paraissaient lointains ; les animaux, eux, entendaient distinctement mes paroles : ils étaient davantage liés à la Nature que les hommes ne l'étaient. J'espérai que ma comptine le pousse à revenir me voir. Lorsqu'il fut sorti, je le suivis sur la moitié de son trajet. Puis je finis par me lasser, car les rues goudronnées ne m'intéressaient pas, quand bien même quelques pissenlits avaient réussi à pousser dans les fissures des trottoirs. Il disparut derrière un bâtiment en pierre. Cependant, je ne devais pas trop m'attarder au même endroit ; j'allais retarder ma venue sur d'autres territoires et empêcher l'uniformisation de la saison.
***
P. J'avais parcouru l'Espagne. J'avais déployé les fleurs des quatorze mille orangers de Séville et adouci les températures par ma fiévreuse brise qui balayait les caprices hivernaux. À Madrid et alentour, j'avais pansé les arbres rudoyés par la neige et offert des bourgeons gonflés d'espoir, si bien que les abeilles et autres insectes attirés par les parfums s'étaient laissé guider par les effluves. Mon travail avait réjoui bien des espèces en ces lieux, et je me sentais transporté par l'ivresse. Je dansais autour des grands arbres fruitiers et mes mouvements me rappelaient les ballerines qui performaient tout en légèreté avec un immense tissu. Puis je me mis à souffler sur la flore chargée de pollen et d'arômes séduisants afin de les entraîner dans les vents. C'est alors que je sentis à nouveau la présence de l'humain là où je l'avais découvert. J'ignorais comment je pouvais la percevoir alors que je n'étais pas concentré sur ce dernier, mais je supposais que la Nature m'intimait que je devais saisir chaque occasion d'entrer en contact.
Élégamment, comme sur la pointe des pieds, je me glissai d'un territoire à l'autre, puis dans l'enceinte de ce petit parc garni d'une si belle végétation. La journée commençait à peine pour les êtres diurnes : le bleu du ciel se confondait avec un orange et un rose crépusculaires. Au loin, des nuages menaçaient de voiler le firmament avant même que le soleil n'ait pu exhiber ses rayons. J'aurais aimé les chasser, mais je n'étais pas responsable du temps.
Le jeune homme marchait sur le même chemin poussiéreux, mais je le sentais quelque peu exténué. Je lui murmurai donc une chanson qu'il apprécierait certainement, et je le vis fermer les yeux. Ses cheveux courts frémissaient sous la brise fraîche, et ses oreilles avaient rougi. Je fus étonné de voir pareil phénomène sur un humain, alors je poursuivis ma prestation. Acceptera-t-il une rencontre ? Il devait être comme les autres : effrayé par le moindre évènement qui paraissait surnaturel. Mais la Nature me sommait de continuer, alors je levai les bras comme un chef d'orchestre pour guider le vent. Il s'engouffra dans les branches des magnolias et des pétales se détachèrent, tournoyèrent et devinrent semblables à une neige fine de début d'Hiver. « Hiver ! Est-ce toi qui me colles à la peau ? » m'exclamai-je sur le ton de la moquerie. « Nullement... Nullement... » répondit-il en bâillant. Somnolent comme il était, il n'allait pas tarder à s'endormir jusqu'à sa prochaine intervention. Je n'insistai pas.
Je reportai de nouveau mon attention sur cet être émerveillé par mon travail, puis sur les pétales qui virevoltaient. Il était capable de les percevoir, contrairement à moi qui étais invisible à ses yeux. Je me disais alors que ces choses, si fragiles et éphémères étaient-elles, pouvaient devenir d'importantes messagères. Une idée venait de germer dans mon esprit. Je devais réunir dans celles-ci tous les éléments qui pourraient convaincre ce jeune homme de ne faire qu'un avec ma grâce, de me perpétuer au fil des siècles. Dans chaque petite partie des fleurs, je plaçai un souvenir de ce parc. J'avais traversé bien des époques, et si l'humain aimait tant cet endroit, alors il aimerait toutes ces images envoyées. Les pétales ne tardèrent pas à se transformer en des centaines de petites lumières, similaires à des éclats de miroir réfléchissant la lumière. Peut-être serait-il tenté de les attraper, et je l'espérai.
Pourtant convaincu que cela l'attirerait, je remarquai qu'il s'en allait à bon pas vers l'université. Frustré, je balayai tout ce que j'avais créé. Où allait-il ainsi ? Il avait plus intéressant à faire que d'admirer mon œuvre ? Il n'y avait rien de plus désolant que la vie humaine ! Au fur et à mesure qu'il s'éloignait, la Nature me rappelait sans cesse que je risquais de le perdre, lui, la perle, et cela m'irritait. « Allons bon, tais-toi ! Ne vois-tu pas que j'essaye de trouver une solution ? hurlai-je pour la faire taire. Je ne suis pas demeuré, ou du moins pas encore. » Elle s'était tue. Cela était inutile de me houspiller de la sorte, parce que j'étais certain que l'humain allait revenir. Ce court spectacle ne l'avait pas laissé insensible.
J'étais bien trop tourmenté pour faire bourgeonner les arbres et fleurir les prairies de l'autre côté de la Méditerranée. J'étais resté sur le territoire, aux alentours du parc, et j'inspectai chaque carré d'herbe pour m'assurer que toutes les pousses étaient sorties de terre, et que les fleurs s'ouvraient. Entre-temps, le ciel s'était couvert d'un épais voile gris ; je voulus sermonner l'Éther de me faire pareil affront, mais je me ravisai. Je ne pensais pas que le temps affecterait la venue du jeune homme, d'autant plus qu'il semblait emprunter ce chemin pour retourner dans sa demeure.
Certain qu'il allait arriver d'un moment à l'autre, je remplis les pétales un à un de souvenirs et, comme en réponse à ma conviction, il apparut. Il venait de franchir le portail. Je fis soudainement lever le vent — plus frais qu'à l'accoutumée — pour offrir la même scène qu'il y a quelques heures. De nouveau, les fleurs se disloquèrent pour former cette neige printanière. Il s'était immobilisé, absorbé par ce que je venais de concevoir. Il s'approcha à petits pas, et sembla chercher ce que mes créations reflétaient. Puis, le jeune homme enfouit précipitamment sa main dans la poche de sa veste et fouilla à l'intérieur avec frénésie. Il en extirpa un téléphone portable avec lequel il composa un numéro, les doigts tremblant d'excitation ; un grand sourire béat ornait son visage. Que faisait-il ? Il devait regarder dans les pétales : j'avais tant à lui montrer.
« Margot ! Tu es là, super, dit-il dans le vide. Il faut que tu viennes tout de suite ! C'est incroyable ! (Il marqua une pause.) Viens vite ! Je ne sais pas combien de temps ça peut encore durer. C'est tellement extraordinaire, si tu savais ! Il faut absolument que tu voies ça.
» Au parc, tu sais ! Le truc dont je t'avais parlé à la réunion. Allez, viens vite. Il ne faut pas rater ça. »
Et il rangea son téléphone. Je ne voulais pas qu'il enjoigne quelqu'un d'autre à venir dans cet endroit. Il s'agissait d'une rencontre entre nous, et seulement entre nous. L'humain revint à sa contemplation ; les éclats s'agitaient autour de lui, ne réclamant qu'à être saisis et découverts. Il leva légèrement les bras, les paumes vers le ciel, et son sourire s'agrandit davantage. Probablement devait-il apercevoir subrepticement les images qui lui étaient destinées. « Si tu te joins à moi, tu pourras voir le monde, les endroits que tu aimes comme j'ai pu les voir depuis la naissance de l'Homme », dis-je. Il ne comprenait pas ce que je lui murmurais, mais s'il se concentrait suffisamment, il le pourrait.
Alors que je le sentais se rapprocher de ma grâce, une autre personne apparut. C'était une jeune femme à la tête ronde et aux taches de rousseur. Elle se plaça à côté de lui avec un regard interrogatif. Je me sentis offensé et humilié qu'elle vienne ainsi marcher sur mes plates-bandes, et surtout qu'elle dénigre ainsi mon œuvre en considérant son semblable comme un idiot.
« Ah, Margot. Tu as fait vite ! Parfait.
— Joël, tout va comme tu veux ? On avait rendez-vous ce matin. C'est pas dans tes habitudes d'être en retard, et encore moins de poser des lapins.
— Mais tout va bien ! Simplement... Tu ne trouves pas ça magnifique ? fascinant ? intrigant ? »
Les deux humains se regardèrent. J'étais dans une telle colère de la voir en ce lieu que je décidai de la chasser ; jamais elle ne verrait ce que je promettais à celui que j'avais choisi. Je fis monter le vent avec rage. Il affola la chevelure de l'intruse et, dans les rafales, je glissai un chant discordant qui la pousserait certainement à déguerpir.
« Eh bien... La brise fait voleter quelques pétales de fleurs, oui, mais je ne vois rien de bien exceptionnel.
— Comment peux-tu ne pas les voir ? »
Sur ces mots, le jeune homme se mit à sauter gaiement en faisant de grands gestes avec ses bras. Puis il se mit à jubiler, le poing fermé : il avait attrapé l'un des pétales scintillants. « J'en ai eu un ! » s'exclama-t-il. Je scrutai la scène avec fébrilité. Ses doigts se déployèrent pour révéler l'un de mes nombreux souvenirs ; un petit bijou au creux de la paume de la main d'un être mortel. De nouveau, un sourire béat décora son visage tristement humain tandis qu'il collait le bout de son nez à ma création. À l'intérieur, il voyait l'allée de ce même parc où il se tenait, bordée d'arbres feuillus, et un immense soleil éclatant dominait le ciel de ce début d'été. Les bancs qui trônaient sur les bords du chemin étaient faits d'un fer forgé élégamment décoré, et les promeneurs arboraient des tenues anachroniques. Les femmes portaient des robes longues, étaient tirées à quatre épingles et un couvre-chef habillait leur coiffure soignée ; les hommes, quant à eux, agissaient nonchalamment dans un costume sur mesure avec un fedora sur la tête.
La dénommée Margot, qui s'était penchée pour voir ce que mon choisi voyait, eut un mouvement de recul : elle était loin d'observer la même chose que lui. J'avais fait en sorte qu'elle ne voie rien d'autre que le chaos et la désolation, comme j'avais pu les voir depuis que j'étais arrivé sur Terre. Ses jambes s'étaient mises à flageoler, sa respiration s'était accélérée et ma mélodie dissonante achevait la construction progressive de la peur dans son esprit. Son visage était devenu d'une surprenante pâleur. Je ris, remerciant l'Éther d'avoir participé à cette situation cauchemardesque par les nuages menaçants qui planaient au-dessus des petits crânes des hommes.
Alors que je m'attendais à ce qu'elle prenne la fuite, terrorisée, l'humaine saisit l'avant-bras droit de mon élu, puis le gauche. Et comme le faisaient les enfants quand ils voulaient décrocher les fruits des arbres, elle se mit à le secouer. Encore et encore. Elle n'obtint aucune réaction de sa part. « Évidemment ! me disais-je. Il n'est pas fou. Il voit seulement la plus belle des promesses ! » Mes notes aux allures de malédiction commençaient à s'infiltrer dans les tympans de la jeune femme. Elle plaqua ses mains sur ses oreilles dans un geste désespéré. Ce n'était pas de cette manière qu'elle s'isolerait de mon affreux chant ; elle finit par le comprendre et quitta le parc d'un pas pressé sans même adresser un mot à son compère.
Je jubilai tout en regardant le jeune homme qui s'extasiait. J'incrustai pléthore de souvenirs dans ces pétales délicats ; plus il les contemplait, plus je sentais que je pouvais l'atteindre. Il n'était pas encore en mesure de comprendre ce que je lui disais, mais s'il continuait à absorber son esprit dans mes œuvres fragiles, alors il serait en mesure de n'écouter que ma voix. Il serait purgé de la futilité de l'existence humaine et rejoindrait ma grâce pour l'éternité.
Absorbé par mon choisi, j'en oubliais tous les impératifs qui m'incombaient en ce début de saison. Cependant, ce n'était pas la première fois que le printemps se faisait désirer ailleurs et qu'il tardait à se manifester dans d'autres régions. La Nature me sermonnait. Je l'entendais mais je la repoussais, lui disant que j'avais bien plus important dans l'immédiat que de m'occuper des fleurs dans la rase campagne italienne. N'était-ce pas elle qui avait insisté pour ne pas laisser fuir cette perle ? Je ne faisais qu'appliquer ses conseils.
Jusqu'au coucher du soleil, l'humain s'était émerveillé de ma neige printanière avant que plusieurs de ses semblables, affublés d'un épais costume noir, ne le fassent sortir du parc et ferment les grilles. Il était resté penaud, les mains fermement agrippées aux barreaux, à regarder les magnolias. « Allons, allons, inutile d'arborer pareille mine. Bientôt, nous serons ensemble », dis-je. Mais il ne percevait pas la douceur florale de ma voix.
Les poches remplies de mes pétales, il finit par partir. Je le suivis jusqu'à l'endroit où il nichait, un modeste appartement comme j'avais pu en croiser lorsque je faisais fleurir les jardinières sur les balcons. Une fois arrivé, il prit juste le temps d'ôter ses chaussures et de fermer la porte d'entrée avant de se jeter sur la chaise de son bureau. Il alluma une lumière jaune, puis étala toutes ses trouvailles sous l'ampoule qui chauffait. Plus aucun souvenir ne s'y reflétait, et je sentais une immense tristesse le saisir à la gorge. Il demeura immobile à fixer les restes de fleurs, espérant sûrement que de nouvelles images se manifestent, mais mes capacités n'étaient pas infinies. J'avais épuisé tous mes souvenirs pour combler ses désirs. « Que dirais-tu de me rejoindre, moi ? Je suis à l'origine de tout ce que tu as pu voir. » Comme il avait relevé la tête, je supposais qu'il percevait mes murmures. De quelle manière ? Je l'ignorais. « Je te sais émerveillé par tout ce que je t'ai révélé. Tout cela, tu pourras t'en délecter jusqu'à la fin si tu te joins à ma grâce. » Il m'entendait. Il se mit à balbutier des paroles incompréhensibles, partagé entre deux sentiments contraires. J'aurais tant aimé m'ouvrir pour le recueillir, comme ici, sur cette Terre, lorsqu'un parent ouvrait les bras pour étreindre son enfant. J'aurais tant aimé l'appréhender sur-le-champ, mais il me fallait encore attendre quelques heures.
« Qu'as-tu compris en observant tous mes souvenirs fascinants ? Que la vie humaine n'a que peu de valeur ? Vos moments de bonheur sont toujours éphémères. Vous travaillez, vous vous épuisez à la tâche pour ne rien gagner. Aucune gratitude, aucune reconnaissance. Vous mourrez dans l'anonymat et si peu de vos semblables vous regrettent.
» Moi, je suis regretté de tous lorsque je m'éloigne. Aussi bien des hommes que des animaux. Qui donc voudrait que les beaux jours meurent ? Que les fleurs se fanent et que le froid s'installe ? Si toi, simple être soumis à la mortalité, tu me rejoignais, tu découvrirais une éternité dans l'extase. Je te ferais voir tant de merveilles, car chaque saison est différente. Je ne vois pas les siècles s'écouler. Je ne suis pas soumis à l'angoisse du temps, à l'angoisse de l'aiguille d'une horloge comme vous l'êtes vous. »
Le jeune homme demeura silencieux, les yeux écarquillés. Il ne me cherchait pas du regard ; il savait que j'étais invisible. Je le trouvais d'une grande intelligence.
« Te confondre avec ma grâce est un véritable privilège. Peu d'êtres vivants entendent mes murmures et reçoivent mes propositions... Le Printemps te propose de vivre dans ce que vous appelez l'ataraxie. Il ne te manque que quelques pas pour l'atteindre.
— Comment l'atteindre... ?
— Il faut que demain, dès l'aube, tu t'immerges dans le lac de cet endroit que tu chéris tant. Tu dois te laisser couler, doucement, la bouche ouverte. N'aie crainte : je serai là pour te cueillir. Tu sentiras ma douce chaleur contre ta peau glacée, et tu oublieras. Tu oublieras tout jusqu'à ton prénom.
» Lorsque ton corps me percevra, tu seras apaisé. Tes yeux se fermeront et je t'embrasserai. Je t'embrasserai comme aucune amante n'a pu t'offrir de baisers. À cet instant, nous serons réunis dans ma grâce, et tu verras, je te l'assure, toutes les merveilles du Monde. »
Voilà ! Le prochain post sera un tableau. J'ai hâte. :-*
PETITE RUELLE(https://i.ibb.co/Y3yfDyX/CA988-AC9-6-AC0-47-C7-A7-DE-9910-E2855-D5-C.jpg) (https://i.ibb.co/hX2y414/4-D6-D50-E1-1-D77-4-A36-8166-1-E412535-C9-FF.jpg)
(https://i.ibb.co/8D5D37d/4083-C625-61-A5-4-C55-AF8-D-BC557-DF5-F3-C1.jpg)
Nouveau tableau :
Petite ruelle ! Il s'agit d'un cadeau pour l'anniversaire de ma mère qui arrive prochainement. Il reste plus qu'à attendre qu'il soit complètement sec pour l'emballer dans le joli papier cadeau que j'ai choisi. :-*
J'aurais aimé le peaufiner, peindre une deuxième couche sur le côté gauche du tableau (les habitations), ainsi que sur les escaliers... Mais par manque de temps, je n'ai pas pu. Je décolle de chez moi dans quelques jours, le tableau doit être emballé et il met plusieurs jours à sécher ; je ne peux donc pas faire des retouches de dernière minute.
Sinon dans le décor, le petit ours polaire est en laine cardée et fait par ma mère il y a des années. C'est pour ça qu'il a perdu une oreille et une patte. Plus jeune, je me suis prise d'affection pour ce petit ours et ma mère n'a jamais compris pourquoi (elle est comme moi : elle trouve que ce qu'elle créé, c'est moche).
J'ai beaucoup beaucoup beaucoup galéré sur ce tableau. Un mois pour le faire ! C'était chaud. Je n'ai jamais dessiné de bâtiments, je suis nulle en perspective, je n'ai jamais peint de chat, etc. Bref, je me suis lancée un gros défi. Comme d'habitude, je ne suis pas très satisfaite du résultat... Mais je ne suis pas Léonard de Vinci. Je suis débutante, il faut que je sois plus indulgente envers moi-même.
Toujours, vous retrouverez ci-dessous les étapes commentées de la conception du tableau.
Étape du crayonné
(https://i.ibb.co/c3ps094/AAE8-CC0-A-F053-4-D33-A19-C-EB168-E7-DA5-ED.jpg)
Rien de bien intéressant ici, si ce n'est que ce crayonné m'a pris plus de temps que les précédents. J'ai bien galéré pour la perspective, mais j'ai beaucoup aimé dessiner le chat. J'avais très hâte de le peindre !
Étape 1 (voire plus)
(https://i.ibb.co/R3R18VR/9-E97-F7-C2-F58-C-4-B73-A8-D2-E557-DF8001-E7.jpg)
J'ai bien évidemment commencé par les escaliers et le mur du haut, celui en arrière plan. Après que tout ça ait séché, je me suis attaquée à la maison sur la gauche. Elle m'a donnée pas mal de fil à retordre parce que c'est compliqué de faire des traits droits avec un pinceau... J'ai donc pris une règle dont l'état laissait à désirer (Maped toute cassée sortie des tréfonds de la trousse collégienne de Zelink) pour tenter de peindre ça correctement.
Étape 2
(https://i.ibb.co/ZY4gWWV/CD02-F19-D-B053-4-C02-82-D9-E7-F7-A2-F86-C04.jpg)
Bon, c'est pas glorieux. J'étais clairement en souffrance sur le côté gauche. Le tuyau brun partait en n'importe quoi, le bas de la première maison avait un gros trait blanc pas droit qui me soûlait (que j'ai fini par enlever), la peinture était sale... Elle avait ce rendu « brouillon » et « sale » parce que déjà, j'avais acheté de l'huile fine et non extra-fine (l'huile fine étant de bien moins bonne qualité), ce qui faisait qu'elle ne prenait pas. Je ne pouvais pas la travailler, elle se faisait la malle à chaque coup de pinceau et laissait apparaître le blanc de la toile en-dessous. Ajouté à cela le fait que pour corriger mon travail et retirer la peinture qui ne voulait pas se soumettre à mon bon vouloir, j'essayais de la retirer délicatement avec du papier mais ça laissait des petits résidus blancs. Bref, une catastrophe. On voit d'ailleurs les dégâts sur la maison du côté droit qui a bien pâti de mon agacement à grands coups de Sopalin.
Puis, après une heure de galère, j'ai affublé mon œuvre de charmants compliments : « C'est de la merde ». Ah là là là, c'est beau l'autodépréciation légèrement exagérée :hap:.
Étape 3
(https://i.ibb.co/3mLrdJX/31870-A2-A-C3-FF-4-DB9-AD22-CC2-D6-CF73-FD3.jpg)
Ah ! Je commençais à y voir plus clair.
J'ai donc, comme dit précédemment, retiré ce trait blanc bizarre au bas de la maison à droite. Après être passée à Rougier & Plé (ptn c'est super cher là-bas), j'ai acheté de l'huile EXTRA-FINE (!!) et j'ai pu peindre sereinement la maison côté droit. J'ai retravaillé le tuyau côté gauche et je l'ai affiné pour mieux me repérer...
Étape 4
(https://i.ibb.co/ctctZRF/BE0-DCB92-D0-FB-4-AC2-A62-D-FB0-AABAA7-E7-F.jpg)
J'ai peint le tuyau qui traverse la maison côté droit. J'ai aussi repeint cette dernière. Je l'ai beaucoup retravaillée.
J'ai fait le toit tuile (?) côté droit où est accroché le lampion. J'ai kiffé le faire ; j'aime bien le rendu.
Étape 5
(https://i.ibb.co/wY3J64L/423-D6240-C35-F-4-F02-A830-73078794505-B.jpg)
J'ai fini la maison côté droit. Je la trouve sympathique ! Le tableau commençait à prendre forme, même si j'étais encore pleine de doutes quant aux choix des couleurs. J'avais peur que cela soit trop terne.
Étape 6
(https://i.ibb.co/N9PrNtr/C44-A00-A9-6613-49-F0-A693-EC7-EF560-C4-C7.jpg)
J'ai fait le sol ! J'avais essayé une première fois, mais c'était très laid. J'ai attendu que la première couche sèche pour repasser par-dessus et sur la photo, c'est la deuxième couche.
J'ai apporté aussi plusieurs corrections qui ne sautent pas aux yeux. Néanmoins, on arrive mieux à situer les tuyaux côté droit. Enfin !
Étape 7
(https://i.ibb.co/52GzprG/44-A03-D44-3-A4-E-4-E3-B-A77-B-79-D9647352-A7.jpg)
Le chat !! Je me suis beaucoup appliquée dessus (pendant une heure et demi, je pense). Je suis très heureuse du résultat. J'ai envie de le câliner.
Étape 8
C'est la tadam final (voir au début du post). J'ai ajouté de la végétation pour trancher avec les couleurs chaudes et ternes de la ruelle... Je suis assez déçue par ma mousse/mon lierre, j'ai l'impression d'avoir gâché le tableau. MAIS BON. Ah oui aussi, pour les puristes du japonais : le kanji sur le lampion ne veut rien dire.
Vraiment super joli, ta mère a de la chance de recevoir un cadeau pareil !
Honnêtement, pour quelqu'un qui a pas l'habitude, tu t'en sors bien avec la perspective. Et même si ça t'a pris du temps, et que ce fut compliqué, les maisons rendent bien, je trouve.
Et ce chat est tellement choupi mignon qu'on a envie de lui grattouiller le ventre !
Bravo en tout cas, tu progresses à chaque toile, ça fait plaisir à voir.
Merci beaucoup, ça me fait super plaisir !!
C'est superbe ! Le tableau avait une ambiance un peu lugubre dans certaines étapes, et le résultat final est totalement différent et coloré, j'imagine que c'était le but recherché, et ça rend très bien. Bravo Neyrin. :miou:
Merciiiii *o* <3
Une fiction qui traînait depuis un moment dans mes fichiers Google Docs. J'ai réussi à la terminer récemment : une vague d'inspiration m'a traversée ! Je précise que dans cette histoire, le peuple Piaf ignore que l'humain qui est à l'origine de l'apaisement de Vah'Medoh est Link. Il n'est qu'un banal voyageur à leurs yeux, et le responsable de la régularisation de leur situation est Teba, l'héritier du Prodige Revali. Bonne lecture !
TIR D'AILETir d'aile (https://docs.google.com/document/d/1EejU9CL_njX_O9VF8_7BIsjgwals-lZzN2B4GHCMorU/edit?usp=sharing) sur Google Docs. Je recommande plutôt de lire sous ce format.
Sous l'effet de plusieurs détonations, les résineux des montagnes se délestaient des oiseaux qui y avaient trouvé refuge. Un essaim de petits volatiles traversa le ciel brumeux sous les yeux ébahis d'un jeune voyageur. Quelques heures plus tôt, il avait déposé ses bagages au relais des Piafs et laissé son cheval aux bons soins de la palefrenière, le temps de recouvrer ses forces. Il mangeait silencieusement autour du wok qui accueillait un repas chaud et réconfortant avant d'être interrompu par ces bruits inhabituels.
Il se redressa, sous le choc, délaissant son bol garni du déjeuner copieux pour rejoindre le gérant du relais. La région n'était pourtant pas réputée inhospitalière depuis l'apaisement de la créature divine Vah'Medoh, qui par le passé, dissuadait tout étranger de fouler les terres tabantiennes. Le gérant, accoudé sur son comptoir, observait la scène avec un certain détachement : il devait s'être accommodé de ces perturbations qui paraissaient quotidiennes.
« Que se passe-t-il ?! D'où viennent ces explosions ?
— Ce sont des flèches explosives, m'sieur, répondit-il dans un soupir. C'est des hyruliens qui les envoient à destination des Piafs. Ils leur mènent la vie dure mais nous, nous ne pouvons rien faire, vous comprenez ? Ce sont des barbares. »
Le ciel fut constellé de petites déflagrations écarlates aux sons caractéristiques du danger. Les chevaux et les ânes se mirent à hennir et à braire. La palefrenière essaya tant bien que mal de calmer les bêtes paniquées. Les nouvelles flèches explosives éclatèrent dans l'épaisse fumée que les défuntes avaient formé avant elles. Puis, une silhouette aux grandes ailes déployées surgit du nuage noir : un Piaf.
Véloce et acrobatique, il esquivait la pluie de dards explosifs dirigée à son encontre. Il s'éloignait du village Piaf, certainement pour protéger les siens. La valse périlleuse se poursuivit durant plusieurs minutes avant que les premiers signes de faiblesse apparaissent : il volait de plus en plus bas. Alors il bifurqua vers les hautes montagnes d'Hébra. Dans cet endroit hostile pour les humains, il serait compliqué pour ses agresseurs de le poursuivre. Cependant, ces derniers ne comptaient pas laisser leur cible s'extirper de la bataille ; les flèches mortelles abondèrent de plus belle. Dans le chaos fumeux et rouge, il était impossible de distinguer la silhouette de la victime. Quelques secondes plus tard, un corps émergea de la nuée ; il chutait. Derrière le jeune voyageur, des exclamations paniquées fusèrent. Le Piaf disparut derrière les monts enneigés.
Le jeune voyageur ramena ses longs cheveux blonds en queue de cheval, fit sortir sa monture de l'écurie et s'empressa de la seller et l'harnacher. Il devait réagir. S'il ne venait pas en aide au blessé, jamais celui-ci ne s'en sortirait dans la région glaciale d'Hébra. Son plumage, bien que très épais, ne suffirait pas.
« Vous n'allez pas y aller ! interjecta la fille d'écurie. Vous allez vous faire tuer par ces bandits ! Et il est... probablement décédé à la suite de cette terrible chute...
— Non, il n'est pas mort, répondit-il. En revanche, si personne ne lui vient en aide, il succombera au froid et aux blessures. Tenez. »
Il déposa vingt rubis dans le creux de la main de la petite femme. Ils étaient destinés à payer les soins qu'elle avait prodigués à son cheval épuisé. Ensuite, il referma sa bourse en tirant sur les cordelettes, mit un pied dans l'étrier pour se hisser sur la selle et partit au galop. Les occupants du relais le regardèrent partir, étonnés. Personne n'avait encore osé secourir une victime de ces criminels, et encore moins un humain.
Tandis qu'il galopait sur les chemins poussiéreux au milieu des sapins, il songea à ce qui avait pu se passer entre le moment où Tabanta avait retrouvé sa tranquillité suite à son intervention contre Vah'Medoh, et le moment où des hyruliens s'étaient mis en tête de semer la terreur parmi le peuple Piaf. Lorsqu'il fut proche des montagnes, il tira légèrement sur les rênes pour que sa monture trotte et qu'il puisse enfiler sa tunique duveteuse. Il fourra sa tenue hylienne dans les sacs accrochés à la selle, adressa quelques caresses à l'encolure de son compagnon de voyage et repartit.
Après deux heures de trajet, le cheval finit par fouler le sol enneigé d'Hébra. Le froid se faisait de plus en plus mordant au fur et à mesure que les deux compères s'engouffraient. Le jeune homme ramena sa capuche fourrée de plumes sur sa tête pour se protéger.
Ils progressèrent difficilement dans l'épaisse couche de neige jusqu'à ce que, arrivé à une certaine distance, l'animal ne puisse plus avancer ; il s'enfonçait dans la profonde couverture blanche, pesant bien trop lourd pour avancer aisément dans ces conditions. Le voyageur décida de faire marche arrière et de laisser sa monture dans un endroit sûr et abrité — dans la cavité d'une montagne — afin de reprendre son ascension. Il récupéra les bottes adaptées, des gants et des flèches de feu dans ses bagages. Ces dernières serviraient au cas-où il se perdrait et devrait camper ; il devait impérativement avoir de quoi faire un feu rapidement.
Il reprit ses recherches, épuisé. Le vent glacial l'affaiblissait. Plus le temps passait, plus il s'inquiétait de l'état du blessé qui était livré à lui-même depuis plusieurs heures maintenant. De plus, la brume s'intensifiait et le ciel crémeux de la région ne laissait pas voir le soleil, seule lueur d'espoir, seul guide dans cet endroit hostile. Puis il perçut des mouvements.
Dissimulé dans le brouillard, le Piaf était difficilement discernable malgré son plumage brun. Le voyageur fut rassuré de le voir ainsi à l'abri des regards ; cela réduisait considérablement les chances que ses agresseurs ne le retrouvent. Les plus zélés trouvaient le courage de s'aventurer dans le désert glacial pour traquer leur victime jusqu'à ce que la dernière goutte de sang soit versée. Il progressa jusqu'au blessé, non sans mal compte tenu de l'épaisseur de la neige. Ce dernier avait remarqué sa présence. Lorsqu'ils furent face à face, une flèche était dirigée droit vers le crâne du jeune homme. Ils se dévisagèrent.
« Je ne suis pas un de ces criminels, dit-il calmement. Je m'appelle Link, je suis un hylien et je suis venu vous porter secours. S'il vous plaît, acceptez mon aide. »
Afin de corroborer ses dires, il glissa des mèches derrière son oreille gauche ; il dévoila la forme pointue de cette dernière sous le regard ébahi du Piaf. Ce dernier baissa son arc tout en gardant un œil méfiant sur cet inconnu.
« C'est surprenant de voir un hylien vivant, ou du moins un qui traîne dans la région. Je pensais que toutes les lignées royales et bourgeoises avaient été décimées par le Fléau.
— Elles l'ont été. Je suis le dernier survivant, mais je ne me souviens de rien.
— C'est impossible. Les hyliens n'ont pas une longévité supérieure à un siècle. Comment pouvez-vous être le dernier ? »
Link lui adressa un sourire qui eut l'effet de balayer la méfiance du blessé. Celui-ci sembla s'ouvrir davantage, comprenant que, de toute manière, il ne pouvait s'en remettre qu'à cet inconnu pour survivre.
« Je m'appelle Fikk, messire Link.
— Je vais vite vous ramener. Vous devez être gelé. Où avez-vous été touché ? »
Le dénommé Fikk extirpa ses pattes ensevelies sous la neige. Les plumes de sa cuisse droite étaient calcinées et la peau était à vif. La blessure avait l'air particulièrement douloureuse ; le Piaf devait terriblement souffrir, mais il ne laissait rien paraître. Pour soulager la brûlure, il avait recouvert ses jambes de l'épaisse poudreuse.
« Mon cheval n'est pas loin. Je peux vous ramener au refuge de Selmie. Elle y laisse régulièrement des vivres et de quoi prodiguer les premiers soins. En attendant que vous puissiez voler de nouveau, il est plus prudent de rester caché à Hébra.
— Vous êtes quelqu'un de bon, messire, confia-t-il. Votre bonté me rappelle une rencontre que Teba, l'héritier de notre Prodige Revali, m'avait partagé. Un humain l'a guidé pour sauver notre peuple du courroux de Vah'Medoh.
— Les humains avec un bon cœur sont si rares que cela ?
— Je le pense malheureusement, messire. Ils ne portent en eux que haine et vengeance. »
Sur ces mots, Link entreprit de passer l'aile de Fikk derrière son épaule. Doucement, il le redressa. Puis ensemble, l'un clopin-clopant malgré l'aide de l'autre, ils partirent en direction de la monture qui n'attendait que le retour de son propriétaire.
***
Le refuge de Selmie était un modeste chalet, néanmoins bien bâti par son auteure pour résister aux tempêtes et aux températures les plus extrêmes. Il était rare de la rencontrer dans sa propre bâtisse ; elle était la majorité du temps sur les sommets pour s'adonner à sa passion : la glisse sur bouclier. Dans son carnet exposé sur son bureau, elle avait noté les grottes de la chaîne d'Hébra dans lesquelles elle se terrait pour passer ses nuits dans les montagnes cruelles. Il arrivait parfois que les rares voyageurs de la région hostile parviennent à la croiser chez elle, et elle était toujours ravie de discuter avec une nouvelle âme.
Link fit entrer Fikk. L'intérieur de la demeure était froid et plongé dans la pénombre. Personne n'était venu ici depuis longtemps ; les meubles semblaient figés sous une fine couche de glace. Ils foulèrent les peaux de bête qui jonchaient le plancher, puis l'hylien aida son compagnon à s'installer sur le lit avec une couverture en mohair avant de déposer ses armes, son bouclier et l'arc du Piaf près de l'entrée. Celui-ci le remercia avec beaucoup de gratitude.
« Je vais allumer un feu. Cela nous réchauffera. »
Sur ces mots, il s'approcha de la cheminée faite de grosses pierres glaciales. La personne précédente avait remis des bûches fraîches et s'était débarrassée de celles carbonisées ; le jeune homme apprécia cette attention portée aux futurs voyageurs, ou juste au confort de Selmie. Quelques minutes plus tard, des flammes crépitèrent dans l'âtre et éclairèrent chaleureusement la pièce. Puis il fouilla dans le coffre près du bureau pour dénicher du nécessaire aux premiers soins avant de rejoindre le Piaf qui prenait sa douleur sur lui-même.
« D'où venez-vous, messire ? Si je puis me permettre.
— Je l'ignore, répondit Link en s'occupant de la brûlure. Étant hylien, je pense que je viens du centre d'Hyrule, ou peut-être de Necluda. Il paraît que le village d'Elimith abrite les descendants des anciens habitants de la grande citadelle.
— Les rumeurs courent vite à travers le pays. Si un hylien était né dans un village, même de l'autre côté d'Hyrule, toute la population le saurait. Comment votre mère a-t-elle pu dissimuler si parfaitement votre venue en ce monde alors même que le Fléau sévissait déjà ?
— Je n'ai pas de souvenirs de mon passé. Peut-être suis-je né à Elimith ou à Cocorico, peut-être m'a-t-on abandonné pour me protéger et me cacher aux yeux de tous. Mais changeons de sujet.
— Messire, je suis navré si cela a réveillé en vous de funestes souvenirs. »
Le jeune homme ne se réjouissait pas particulièrement à l'idée de mentir, mais il avait l'intime conviction qu'il devait le faire pour se préserver. Personne ne devait savoir qu'il était le Héros en personne, celui qui sauverait la contrée de son malheur séculaire ; il avait déjà bien trop à porter ses épaules, et il était donc inutile de l'achever avec une pression extérieure qui accompagnerait son devoir.
Il avait constaté des gelures sur les extrémités des doigts de Fikk, mais il ne pouvait rien faire à part bander ces zones pour les protéger ; un médecin du village Piaf sera plus à même de les traiter correctement. Une fois ceci fait, il entreprit la préparation d'un repas frugal. Ils devaient se sustenter avant de quitter Hébra pour retourner à la plus clémente Tabanta. Dans une corbeille près de la cheminée, quelques maigres morceaux de viande et des petits légumes congelés avaient été gracieusement laissés. Fort heureusement, à cause des températures négatives, la nourriture avait l'air bien conservée et propre à la consommation. Link installa une marmite au-dessus du feu qui avait pris de l'ampleur depuis, et déversa les pauvres vivres. Ils ne tardèrent pas à exhaler une odeur agréable.
« Que s'est-il passé ? Pourquoi le peuple Piaf est-il si violemment agressé ? »
Le voyageur trancha l'étrange silence qui s'était installé dans le chalet. Le blessé poussa un profond soupir.
« Depuis que Teba est rentré au village, notre peuple a pu progressivement se redresser. Vah'Medoh s'était apaisée grâce à lui, mais aussi grâce à un humain. Il devait avoir le cœur tout aussi bon que le vôtre, messire (il marqua une pause, plongé dans une réflexion). La créature divine a désormais son bec pointé vers le ciel, ou plutôt vers le château de feu sa Majesté. On dirait qu'elle cherche à défier le Fléau. Qu'en pensez-vous ?
— Je pense qu'elle cherche à protéger votre peuple.
— Je le pense aussi, dit-il, apparemment soulagé de sa réponse. Excusez-moi messire, je me suis égaré... Je disais que notre peuple a pu se redresser. Jusqu'alors, nous étions forcés à demeurer au sol pour ne pas être attaqués arbitrairement.
» Cependant, depuis quelques temps, des hyruliens, des barbares, sont apparus sur les terres de Tabanta. D'après certains voyageurs, ils cherchent à fuir Akkala qui commence à être gangrenée par le Mal.... Simplement, nous habitons déjà sur les terres fertiles et près des lacs poissonneux. Ça ne leur a pas plu. Ils se sont donc mis en tête de nous chasser pour récupérer nos richesses. Depuis, nous sommes quasiment réduits à la même situation qu'à l'époque de Vah'Medoh. »
Sa voix s'était légèrement déformée. Link se détacha quelques instants du contenu de la marmite, et vit que ce récit semblait être douloureux pour son conteur. Il attendit qu'il puisse reprendre, demeurant respectueusement silencieux.
« D'abord, ils ont cherché à nous piller en prenant d'assaut le village, reprit Fikk. Ils nous prenaient pour un peuple primitif, sans moyen de défense efficace. Les mâles Piaf et moi-même, nous avons lutté pour les repousser, pour protéger nos familles. Il y a eu des morts.
» Après cet incident, ils n'ont plus cherché à s'attaquer directement au village. Ils s'attaquent désormais aux nôtres qui ont le malheur de quitter nos lieux, même pour quelques minutes. L'un de nos enfants, Pellume, a été sauvagement tuée alors qu'elle s'amusait au-dessus du lac... (il retint ses larmes). De la même manière qu'ils m'ont blessé à la jambe, ils l'ont assaillie de flèches explosives.
— Que la paix soit sur elle car Hylia la protège, dit le jeune homme, profondément ébranlé par cette histoire. Je prierai en sa mémoire.
— Je vous remercie, messire.
» Depuis ce terrible meurtre, nous sommes contraints de limiter nos déplacements aussi bien dans le ciel que sur la terre ferme. Nous ne pouvons sortir que de nuit, car les humains n'y voient rien dans le noir. C'est la seule période où nous pouvons chasser, mais toujours avec prudence. Il y a des guetteurs hyruliens même la nuit. »
Avec une grande cuillère creuse, Link remplit des bols en bois du repas qu'ils allaient entamer. La nourriture était fumante et même si elle n'était pas abondante, elle ouvrait l'appétit des deux âmes qui occupaient le refuge. L'hylien déposa le contenant sur les genoux de Fikk qui le remercia, les larmes aux yeux. Il déplaça ensuite la chaise du bureau pour s'installer face au Piaf en proie à sa souffrance.
« Mon peuple est transi de haine, et moi le premier d'entre tous. J'aimais Pellume comme ma propre fille, comme un père.
— Pourquoi, malgré tous ces dangers, vous vous êtes aventuré dans le ciel en pleine journée ?
— Je l'ignore, messire. Peut-être voulais-je retrouver un semblant de liberté, sentir de nouveau le vent dans mes ailes et le soleil réchauffer mes plumes.
— Comment comptez-vous affronter ces ennemis ? osa-t-il demander.
— Pour l'instant, nous agissons avec lâcheté pour les effrayer. Certaines nuits, lorsque les guetteurs s'aventurent trop près du village, nous les tuons en guise d'avertissement. Cela les tient un peu éloignés, mais pour combien de temps ? Bientôt, ils viendront pour nous arracher à Tabanta. Nous craignons le bain de sang.
— Quelle terrible situation...
— Oui, messire, répondit-il gravement avant d'avaler une bouchée de viande. Mais grâce à votre bonté et à votre courage, j'ai survécu. Grâce à vous, je vais pouvoir rentrer au village et combattre aux côtés des miens. Nous les chasserons, et nous y parviendrons si nous essayons de reprendre le contrôle de Vah'Medoh. »
Le jeune homme afficha une mine étonnée. Il s'empressa de la refreiner pour ne pas éveiller des doutes concernant son identité : seuls la famille royale, le Héros et les Prodiges en savaient beaucoup sur le contrôle des créatures divines. Link avait déjà essayé, après avoir apaisé le gigantesque oiseau mécanique, de s'approcher de lui ; il avait été violemment repoussé, car les sursauts de l'âme de Revali le protégeait assidûment.
« Mais Vah'Medoh n'appartient-elle pas à votre Prodige ?
— En effet, messire. Mais Teba est l'héritier de notre Prodige Revali et peut-être qu'il pourra prendre le contrôle de la créature. Peut-être qu'elle l'acceptera.
— Alors les créatures n'ont bien qu'un seul maître, dit-il pour feindre son ignorance.
— Tout à fait, messire, mais nous n'excluons pas l'espoir d'un nouveau maître pour elle. »
Link acquiesça, puis ils finirent de manger leurs bols respectifs. Le feu qui crépitait dans l'âtre avait désormais complètement réchauffé l'endroit ; aucun des deux compères ne grelottait à présent. Ils se sentaient apaisés, bien que la menace des agresseurs de Fikk n'était pas encore devenue un lointain souvenir.
Lorsqu'ils eurent fini, le voyageur débarrassa. Dehors, la nuit était tombée ; les épais nuages gris qui couvraient le ciel à longueur de temps empêchaient le soleil et la lune de guider les individus à travers les montagnes. Il regarda un instant par la fenêtre même s'il ne voyait que l'énorme couverture de neige.
« Fikk, il faut que vous vous reposiez. Je vais faire le guet, annonça-t-il.
— Il faut aussi que vous dormiez, messire Link. Et à mon humble avis, ces barbares ont déjà lâché l'affaire. Ils me pensent mort de froid après avoir été affaibli par mes blessures.
— S'ils passent devant le refuge de Selmie, je ne donne pas cher de notre peau.
— Ils ne s'aventurent pas dans les alentours. Hébra est trop rude pour eux : ils ne risqueraient pas leur vie pour un Piaf condamné. Croyez-moi, vous pouvez vous reposer. Nous sommes en sécurité à Hébra, et surtout en ces lieux perdus.
— Si vous le dites... Alors je vous fais confiance. »
Le blessé lui répondit par un faible sourire, puis ils préparèrent leurs couches pour la nuit. Étant donné que les Piafs ne dormaient pas avec des couvertures, Fikk entreprit de retirer ces dernières pour les donner au jeune homme. Celui-ci les installa par terre, sur les tapis en fourrure, et prépara soigneusement son lit de fortune près de la cheminée. Sa peau fragile supportait particulièrement mal les températures négatives de la zone, même s'il était vêtu d'une tunique duveteuse conçue par le peuple des volatiles. Link songea que son compagnon n'avait même pas prêté attention à ce détail. Peut-être qu'il se disait que cela n'avait pas d'importance, qu'il s'était déjà rendu au village Piaf par le passé et qu'il n'était pas nécessaire de le souligner. Après tout, de nombreux voyageurs demeuraient nomades pendant une bonne partie de leur existence, et arpentaient Hyrule jusqu'à la connaître comme le fond de leur poche ; ils revenaient donc souvent dans les mêmes villes et villages.
Le jeune homme plaça son épée, son carquois et ses flèches près de lui dans le cas où des agresseurs viendraient les surprendre dans la nuit. Il se glissa ensuite sous les édredons, et expira profondément pour tenter de se détendre. Il comprit que sa journée avait été une source considérable d'angoisse.
« Que la nuit vous soit agréable, messire Link. »
Le concerné se tourna vers le blessé : il avait la tête reposée sur l'oreiller, et affichait un visage reconnaissant.
« À vous aussi, Fikk. »
PAON EN FLEURS
(https://i.ibb.co/kGR6HFB/6-FACF43-A-97-EF-438-D-A8-DD-2036-F177-DAA1.jpg) (https://ibb.co/j8cZ6Ff)
Tadaaaam ! Ma toute première broderie qui vient du kit DMC « Paon en fleurs ». L'oiseau et les fleurs sont faits avec du point de croix, les tiges et les petites décorations sur les plumes en point arrière, et l'œil et la crête en point de nœud.
Ma grand-mère m'a offert ce kit pour mon anniversaire — c'est-à-dire début juin — et je l'ai commencé une semaine après. Je l'ai fini en un peu plus d'un mois. Je suis contente d'avoir voulu m'essayer à la broderie. Quand je me sens mal, cela permet d'apaiser mon anxiété et de repousser de plusieurs heures une crise imminente.
Il y a quelques défauts mais globalement, c'est réussi ! D'ailleurs, ça m'a tellement plu que je suis déjà sur un autre projet de broderie. J'ai hâte de vous le montrer (si je le réussis...). :-*
Pas d'étapes commentées pour la broderie : ce ne serait pas très intéressant. Tout ce que je peux vous dire, c'est que c'était long et ces derniers jours, je n'ai fait que broder (du matin au soir quoi). Les autres doivent me trouver bizarre ha ha. C'est pas habituel de voir quelqu'un sortir une broderie pour s'occuper.
Moi je trouve que pour une première c'est très réussi, j'aime beaucoup, hâte de voir les prochaines...
J'aime beaucoup la broderie en tant que passe-temps. J'ai des périodes où j'ai envie d'en faire tout le temps ! Du coup j'ai acheté un tableau complet (assez grand) qui va me durer toute ma vie x)
La tienne est très jolie ! J'aime beaucoup les couleurs, et s'il y a des défauts, en tout cas sur la photo ça ne se voit pas ^^
Hâte de voir la prochaine :D
POISSON-RÊVE(https://i.ibb.co/Vq8nhck/4-D305030-4-F45-4813-BAC8-CD47-AE9033-E3.jpg) (https://ibb.co/JsP6bwS)
Poisson-Rêve, 20×20, peinture à l'huile, toile en linMon dernier tableau qui n'est autre que le
Poisson-Rêve ! Il m'a pris environ une semaine et demie en comptant le temps de séchage entre chaque partie du personnage. En vacances, c'est compliqué de peindre étant donné que je bouge à droite à gauche (étudiante fauchée, on connaît) ; mon travail risque de ne pas être sec avant de repartir pour ailleurs et, de toute façon, le matériel (chevalet, pinceaux, toiles et tubes de peinture) pèse lourd dans la valise avec le reste de mes affaires — sachant que mes oiseaux et leurs petits bagages m'accompagnent partout ! Bref, ça explique pourquoi il n'y a pas eu de peinture durant un bon mois.
Le
Poisson-Rêve est un cadeau pour
Zelink, mais pas seulement. Il y a quelque temps, j'ai eu un déclic (et pas des moindres) qui a été particulièrement dur à digérer. Durant cette période, j'écoutais beaucoup la
Ballade du Poisson-Rêve (https://youtu.be/XQRA8t6WpBA) et j'ai eu envie de le peindre, puis de l'offrir pour marquer mon passage à autre chose, à un quotidien qui lutte véritablement contre la dépression. Jusqu'à ce jour, je n'avais jamais vraiment voulu sortir de cette dernière puisque je ne me connaissais que dans cet état. Cependant, en parallèle de cet évènement, la peinture m'a aussi beaucoup aidée à comprendre que j'étais bien autre chose que ça. :miou:
(https://i.ibb.co/NCZNd8t/867299-BC-8524-40-EC-A593-BBD5-CB5-A40-AE.jpg) (https://ibb.co/6wgt73r)
(https://i.ibb.co/QP1XFVj/13-D5520-B-8149-44-B6-B03-B-CCCFE9-C2-E14-B.jpg) (https://ibb.co/0CdQjLV)
(https://i.ibb.co/HVMQT34/68807-C26-DC82-4236-B809-FBE045-CE0-A0-D.jpg) (https://ibb.co/pxspj5w)
Ci-dessous, je vous mets le crayonné.
(https://i.ibb.co/553X4qk/7-C380-F8-D-C874-4-FE7-A9-F0-B689702-F071-D.jpg) (https://imgbb.com/)
Sans déconner, il est vraiment magnifique ! :miou:
Et ça me fait chaud au cœur pour ce passage à autre chose, même si je sais pas comment le dire, je suis pas douée pour ce genre de discours.
Merci beaucoup !! <3 J'y ai mis beaucoup de cœur !!
Il est magnifique ! Et en plus tu l'as signé :8):
Ce fond couleur lin lui va très bien en plus.
Je suis ravie de revoir un de tes tableaux ! Le poisson-rêve est super beau et je trouve que le matériau de la toile le met bien en valeur. <3
Mais c'est trop beau, c'est juste magnifique, et le fond couleur lin c'est juste une idée génial ça lui ajoute une aura, ça le met en valeurs, c'est top.
Merci beaucoup pour vos commentaires !! C'est encourageant. :-*
Tadam ! Voici mon projet de roman. Je me suis arrêtée sur
La bête indésirable, j'avais envie d'aller plus loin avec elle. Mon projet est déjà apparu plusieurs fois sur mon topic, et il est visible dans mon sommaire sous les noms
Couple étrange hors du réel,
La bête indésirable et
La bête indésirable (2), mais ils en seront retirés pour que ne demeure que ce post-ci. Là, vous avez la vraie version que je compte envoyer à une maison d'édition... (un jour j'espère...)
Je vous poste le Prologue et le Chapitre I pour
glaner des avis ! C'est super important pour mon projet, pour savoir si c'est bon à jeter à la poubelle ou non. :oups:
- Pour l'histoire, c'est un jeune couple un peu étrange qui vit reclus dans les montagnes, comme seul au monde. Tous les matins, à l'aube, un troupeau de moutons en piteux état vient paître dans les environs. Le jeune homme dit y apercevoir une bête qui ne ressemble à rien qu'ils ne connaissent, et affirme qu'elle n'a ni pattes, ni oreilles, ni yeux, ni forme. Selon lui, elle semble représenter une menace. La jeune femme, elle, ne voit rien à part le bétail et progressivement, une discorde va s'installer entre les amoureux. Donc toute la question du roman est : qu'est-ce que la bête indésirable ?
Le côté insouciant et un peu cucul la praline du couple est voulu. :oups:
LA BÊTE INDÉSIRABLEPROLOGUELe prologue est l'extrait
Couple étrange hors du réel. Il a subi quelques modifications depuis.
Violente et impétueuse, l'averse fouettait leurs corps exaltés. Elle semblait leur sommer de déguerpir de ces lieux. Mais ils se moquaient éperdument de ses sermons et, comme pour la provoquer davantage, ils couraient comme des animaux qui venaient de recouvrer leur liberté. Têtus comme ils étaient, même les pires intempéries ne sauraient faire cesser leurs infantilités.
C'était une zone isolée qu'ils parcouraient avec tant d'enthousiasme, un petit coin de campagne au cœur de la ville, un grand carré de verdure ponctué de jeunes arbres inconnus et de cyprès. En son centre se dressait un somptueux cèdre bleu qui faisait rougir les esprits fébriles ; il savait protéger du soleil, de la chaleur écrasante, de la pluie et du vent. C'était un grand protecteur qui, de nos jours, n'exerçait plus sa suprématie que sur ce terrain monotone.
Leur course effrénée prit fin non loin de son pied. Éssoufflés, ils tombèrent de concert dans l'herbe détrempée et s'y couchèrent sur le dos, leurs cœurs battant à tout rompre. La pluie tombait sur leurs visages suintants ; leur sueur se mêlait aux gouttes fraîches. Une fois leurs esprits retrouvés, ils s'adressèrent un regard et il l'invita à le rejoindre près de lui. Ses vêtements sentaient la résine. Ils restèrent ainsi, à sentir la pluie se déverser sur leurs corps fatigués et à écouter les rafales, la colère du temps.
« J'adore l'impétuosité de l'averse. J'adore le grondement de l'orage. » dit-elle.
Il passa sa main sur son visage pour se débarrasser de l'eau et de la sueur, puis fit de même avec celui de son amie. L'averse s'était quelque peu calmée, même s'il semblait encore trop tôt pour affirmer qu'elle s'était affinée.
« J'aime le grondement de l'orage, sa complémentarité avec l'averse. Tous deux semblent exprimer leur souffrance et leur colère. Ils sont tellement sincères dans leurs ressentis.
— Ils souffrent, c'est ce que tu te dis ?
— Oui.
— N'importe quoi. »
Ils se regardèrent. Son visage avait été investi par la pluie, si bien que les gouttes formaient une acné transparente et envahissante. Des petits boutons singuliers qu'elle s'amusait à percer avec son index. Il lui embrassa la paume de la main. Une palombe pénétra dans leur refuge, nullement admonestée par la pluie. Elle progressa avec une certaine assurance sur le tapis de verdure sans même se soucier de leur présence. Sûrement étaient-ils invisibles dans leur quiétude.
« J'en ai assez de mes vêtements trempés, reprit-elle. Regarde cet oiseau, son plumage est étanche et il ne craint pas la pluie.
— Que comptes-tu faire ? Te laisser pousser les plumes ?
— Non. Je me disais que notre peau aussi est étanche et qu'il suffirait qu'on retire nos vêtements pour ne plus craindre les intempéries. Comme cet oiseau. »
Il ne répondit pas. Elle ignorait ce qu'il pensait à ce même moment, mais cela lui était bien égal. Elle insista pour que les bras cessent d'emprisonner ses mouvements, puis s'écarta pour se redresser. Elle alla se rendre sous le cèdre qui la protégeait de l'averse avant de se déshabiller.
Tout d'abord, elle se libéra de son haut. Elle entreprit de retirer son maillot de corps, et son soutien-gorge. Tout lui sembla bien plus léger : le poids des vêtements détrempés n'était plus. Elle eut froid aux seins parce qu'ils n'étaient pas habitués à être ainsi exposés à l'air libre. Ensuite, elle retira ses chaussures de cuir et ses chaussettes. Elle poursuivit avec son pantalon en coton, mais décida de garder son sous-vêtement. Elle demeura ainsi sous le grand arbre qui épargnait son corps nu de la pluie et des rafales. Au loin, elle vit son ami se redresser et se mettre à rire.
« Que fais-tu ? Tu comptes imiter les palombes ? Envole-toi maintenant ! Je veux voir ça !
— Arrête de te moquer de moi. Déshabille-toi aussi, tu verras comme c'est confortable.
— Laisse-moi te rejoindre, alors. Essore tes vêtements et étends-les sur une branche, qu'on puisse se rhabiller ensuite. »
Elle s'effectua. Il s'empressa de la retrouver, se dévêtit à son tour et garda son caleçon. Ses vêtements aussi furent essorés, puis étendus. Il l'embrassa tendrement sur le front, tandis qu'elle observait leurs hauts et leurs bas ballotants. Ils étaient tant trempés que les gouttes qui s'en échappaient ressemblaient à des larmes lentes portefaix d'un grand chagrin.
« Tout de suite, on se sent plus libre, dit-il. Que dirais-tu si on faisait le tour du parc ? Tu me poursuivrais et devrais essayer de me rattraper.
— Je veux bien que l'on fasse le tour, mais la pluie est plus forte maintenant.
— Le mal est déjà fait. Nous allons attraper froid. Nous allons mourir d'une maladie stupide.
— Si le mal est déjà fait alors je te laisse fuir. Je te donne de l'avance. Je te poursuivrai ensuite. »
Il s'élança, sans attendre un quelconque signal, hors de la chrysalide protectrice du grand cèdre et se mit à suivre un chemin prédéfini dans son esprit. Il passa sous les jeunes pins maritimes et lorsqu'il s'apprêta à atteindre le chêne, elle se mit à sa poursuite. Elle le coursa ainsi, pendant une bonne dizaine de minutes, sans parvenir à le rattraper car elle craignait de tomber. L'herbe était glissante du fait de la pluie. De plus, un peu de boue avait commencé à trouver refuge sous leurs pieds.
Quand ils furent épuisés de cette poursuite véhémente, il lui fit signe de le rejoindre sous leur grand refuge. Leurs affaires ballottaient toujours comme des peaux de serpent abandonnées. Ils restèrent en sous-vêtements, l'un contre l'autre et il se saisit du morceau de tissu le moins trempé pour la sécher. Par moment, il lui embrassait les épaules mais elle n'y répondait pas. Elle se sentait lourde, quelque peu fatiguée comme si toute cette frénésie avait absorbé son existence.
« Regarde-toi ! Maintenant que je t'ai séché les cheveux, tu ressembles à une petite sauvage. »
Voyant qu'elle ne réagissait pas, il glissa ses doigts dans ses cheveux pour les démêler. La petite sauvage ne devait pas tant lui plaire que cela. Ce fut une tâche ardue ; il peinait à défaire les nœuds qui s'étaient solidement formés dans la tignasse brune. Ses mains descendaient jusqu'à sa nuque comme les gouttes de pluie froides qui la paralysait.
Attendant patiemment que son ami ait fini son ouvrage, elle remuait la terre meuble avec son pied droit. Une primevère se trouvait non loin de ce dernier ; elle aussi appréciait la protection du gigantesque cèdre. Il faisait bon vivre dessous. L'exposition au soleil était modérée, il y régnait une douce fraîcheur et une terre humide propice au développement de la végétation. Les minuscules fleurs jaunes formaient un ensemble de petites clochettes qui s'ouvraient comme des gramophones. Elle les effleura tendrement comme une main hésitante caressant un chien inconnu.
L'averse avait cessé mais les nuages noirs demeuraient. Animés par une certaine détermination, ils semblaient vouloir dissimuler quelconque vérité en couvrant le ciel, entravant par la même occasion le chemin des rayons solaires jusqu'aux corps imbibés et apathiques.
« Rhabillons-nous et rentrons, dit-elle. J'ai froid et j'en ai assez de jouer les palombes au plumage étanche.
— Ce serait embêtant que des gens nous voient ainsi.
— Ils ne savent pas ce que c'est de s'amuser. »
Ils se revêtirent. La sensation des vêtements froids et mouillés sur leurs peaux leur fit l'effet d'une décharge glacée. Elle aurait préféré rester nue. Son corps s'était habitué à la température extérieure et la fraîcheur de la pluie.
CHAPITRE IPlein de trous et de petites crevasses, l'étroit chemin fait de pierres jaunies donnait bien du mal aux chevilles les plus fragiles. Il était entouré de vastes prés fleuris qui ne trouvaient leur fin que dans les pinèdes qui les succédaient, et semblait être la seule manifestation humaine qui n'eût jamais existé au beau milieu des grandes montagnes. Le couple progressait aisément sur le passage sinueux : il avait l'habitude de l'emprunter, alors il ne tarda pas à atterrir dans une plaine envahie par les herbes hautes. La maison aux murs délavés se détachait dans le lointain.
La terre fraîchement mouillée exhalait une odeur d'humus et de lichen — comme dans la forêt à une poignée de kilomètres de là — que la jeune femme affectionnait particulièrement.
« Ça sent bon, dit-elle.
— Quoi donc ?
— Ce qui nous entoure. Tu es tellement habitué à ces parfums que tu ne les sens plus ?
— Je ne sens rien à part les dernières traces de la pluie. »
Ils avançèrent tant bien que mal en levant leurs jambes, faisant attention à ne pas faire accidentellement un pas dans un trou ou un terrier ; ils veillèrent aussi à ne pas exciter les abeilles qui butinaient ça et là.
« J'aimerais qu'on aille au lac ensemble la prochaine fois. » poursuivit la jeune femme pour animer la marche.
Son compagnon ne l'avait pas entendue, et même si cela avait été le cas, il ne semblait pas disposé à converser. Sûrement était-il fatigué par l'après-midi agitée qu'ils venaient de passer. Elle s'accommoda de ce calme imposé, et comprit que parler n'était pas nécessaire pour que le retour soit agréable. Ils firent ainsi le reste du chemin avant de se retrouver face à la demeure où ils nichaient.
Perdue dans les hauteurs, elle ne souffrait d'aucun vis-à-vis, ni de nuisances sonores, olfactives ou visuelles : tout n'était que paix et silence. Aux alentours, la verdure avait été rasée afin de pouvoir se promener pieds nus. Il arrivait parfois que du bétail s'aventure dans les environs, et vienne paître ; cet entretien non sollicité évitait bien des efforts au couple.
Lorsqu'épuisés, ils pénétrèrent dans le salon, ils s'effondrèrent dans les fauteuils. Le crépuscule et ses teintes rosées s'étaient déjà installés. Dans le cadre de la fenêtre, le ciel aux allures oniriques apparaissait comme un tableau soigneusement exposé dans la pièce. Les jeunes gens ne dirent mot et demeurèrent ainsi, affalés, les jambes dépliées, jusqu'à que l'un d'eux commence à somnoler.
« Tu ne veux pas une infusion avant de t'endormir ? D'habitude, tu ne piques pas du nez avant de l'avoir bue.
— Ah oui, je veux bien. »
Il sauta du siège pour empoigner la bouilloire. Il la remplit à ras-bord, se disant que l'eau servirait pour le lendemain matin, puis l'actionna. Un léger sifflement s'échappa de l'appareil.
L'eau bouillonna avec ardeur et un cliquetis résonna, signifiant qu'elle était prête. Le jeune homme approvisionna une tasse aux motifs félins, y glissa un sachet de thé et donna le tout à la jeune femme.
« Merci. »
Elle observa les arômes se répandre ; cela ressemblait à de la peinture mal mélangée. Un souvenir fugace de sa mère qui peignait de modestes tableaux lui revint. Comme pour chasser cette mémoire envahissante, elle souffla sur la boisson pour en éloigner la vapeur.
« Si la pluie ne s'était pas arrêtée, j'aurais aimé qu'on reste là-bas toute la journée, confia-t-elle. J'aurais aimé qu'on coure jusqu'à la tombée de la nuit.
— Nous n'avons pas le droit d'être nus à la vue de tous. Nous aurions pu avoir des problèmes.
— N'importe quoi ! C'était comme si nous étions en maillot de bain. »
Il n'insista pas et se rendit dans la cuisine, visiblement lassé de la discussion. Sûrement comptait-il préparer le dîner avant que l'un des deux ne s'endorme le ventre vide. La jeune femme but son infusion ; elle appréciait sa saveur acidulée et printanière. Dans quelques mois, lorsque l'automne arrivera, elle optera pour des parfums comme la cannelle ou l'écorce d'orange.
Dehors, la verdure alpine était tourmentée par les légères bourrasques. Les renouées, les pissenlits et les centaurées frémissaient sous les à-coups venteux. La pièce était traversée par le vent des hauteurs, un vent tiède qui faisait voyager les effluves reculés. Les partenaires ne frissonnaient pas sous les courants d'air ; ils les accueillaient avec bienveillance. Le seul bruit qui comblait le silence était le jeune homme qui, à quelques mètres de son amie, manipulait les casseroles et les couverts en inox.
« Tu veux que je mette un peu de musique ? demanda-t-il.
— Non, je trouve qu'on est bien comme ça.
— J'aimerais un peu de musique tout de même.
— Quel intérêt de me demander mon avis dans ce cas ?
— Pour savoir si tu voulais en profiter, toi aussi.
— Tu connais ma réponse. »
Finalement, le quémandeur s'accommoda du concert des ustensiles, des couvercles et du gaz sur le réchaud. Il déposa une poêle sur le feu, et y lâcha deux pièces d'agneau enduites d'huile d'olive et d'herbes qu'il laissa dorer avant d'éplucher des carottes fraîches. Sa compagne se réjouit des odeurs alléchantes qui excitaient son appétit.
« J'adore manger ce que tu prépares ! (
elle s'étendit telle une chatte dans le fauteuil.) Tu cuisines beaucoup mieux que moi.
— Peut-être parce que tu n'aimes pas cuisiner.
— Bien sûr que si. J'aime cuisiner les légumes du jardin. »
Son interlocuteur haussa les épaules. Il entama la découpe en rondelles puis, ceci fait, inclut sa préparation dans la poêle avec la viande qui prenait ses couleurs. Le futur dîner chanta gaiement durant une bonne vingtaine de minutes et fut ensuite mis dans des assiettes. La jeune femme déposa sa tasse à même le sol lorsque son ami vint lui donner sa part ; elle le remercia d'un léger baiser sur les lèvres.
Installé confortablement dans le salon, le couple mangea avec envie l'agneau aux carottes fumantes jusqu'à satiété. La vaisselle fut laissée par terre, et le jeune homme invita sa bien-aimée à prendre place sur ses genoux. Il glissa ses bras autour de sa taille puis reposa sa tête entre ses omoplates.
« Tu songes parfois à quitter cet endroit ? hasarda-t-elle.
— Je m'y suis habitué. Je m'y sens seul, mais je m'y suis habitué.
— Tu n'es pas seul. Nous sommes deux.
— La première chose et la dernière chose que je vois de mes journées, c'est ton visage. Ça ne m'ennuie pas, mais je me sens seul dans cet endroit. Il n'y a personne d'autre que nous.
— Nous aurions dû croiser des passants tout à l'heure : ils auraient appelé la police et tu te serais senti moins seul. »
Elle sentit son compagnon sourire sur la peau de son dos : ses lèvres douces s'étaient légèrement arquées. À l'extérieur, les renouées, les pissenlits et les centaurées frémissaient toujours mais les deux amoureux, eux, se figèrent comme des statues de cire. D'un air mélancolique, la jeune femme observa la nature qui s'exprimait à travers la fenêtre ; la terre était bossue et de grandes montagnes verdoyantes s'élevaient de part et d'autre de la lande. Ces dernières, somptueuses et étrangement accueillantes, résultaient de la fureur divine qui avait sévi sur le territoire bien des siècles plus tôt. La fille aimerait, un jour, se défouler de tout son soûl sur les versants avant de se baigner dans l'eau fraîche des lacs en altitude. Elle n'attendait que l'approbation de son ami pour le faire.
Il l'embrassa tendrement sur la nuque. Le contact des lèvres chaudes eut l'effet d'un narcotique, si bien qu'elle commença à somnoler. Tous les deux portaient toujours l'odeur de la terre détrempée, de l'écorce mouillée et du cèdre — les parfums s'emmêlaient et s'enlaçaient. Il n'y avait qu'au cœur de la nature que leurs peaux pouvaient s'imprégner de ces émanations. Puis, l'esprit imbibé de ces pensées suaves, le sommeil finit par la gagner. Sa respiration se fit plus lente, s'accordant ainsi avec celle de son partenaire.
J'Up... :help:
Pardon j'ai été très peu présente sur PZ récemment, j'ai failli rater ce post. Le pwasson reyv est superbe sur ta peinture, ça donne envie de te commissionner. :oups:
Le chapitre 1 est également très bien mais je ne suis pas très douée pour donner des avis sur l'écriture, hélas, si ce n'est que j'ai personnellement apprécié.
Merci beaucoup pour ton commentaire jechial je commençais à désespérer !! Je peux prendre des commissions mais avec la fac, je garantis pas qu'elles soient effectuées dans les plus brefs délais. :oups:
Déjà, je m'excuse, j'ai mis trop de temps à répondre. Ma période de rentrée a été plus prenante que prévu, et j'ai encore un peu de mal à sortir la tête de l'eau. Mais ce matin, j'ai pris le temps de lire ton texte, et j'ai beaucoup apprécié. J'ai préféré le chapitre 1 au prologue, qui est aussi très bien, mais je trouve, un peu moins accessible. Je dois reconnaitre que j'ai dû relire parfois une tournure pour comprendre à qui correspondaient certains pronoms (et pour un j'avoue que j'ai toujours un peu de mal, ici : "Une fois leurs esprits retrouvés, ils s'adressèrent un regard et il l'invita à le rejoindre près de lui." avec le "il" et le "le", à moins que ce soit une coquille et que ce soit "la" et que l'homme du couple invite sa compagne à le rejoindre)
Reste que c'est vraiment très joli, avec une sorte de bonheur, mais tellement mélancolique, que ça en devient gênant. C'est aussi peut-être mon état d'esprit du moment qui veut ça aussi, je ne sais pas, j'ai un peu tendance à voir les choses en noir... Je suis pas super douée pour faire critique littéraire, pardon.
@Doutchboune Non, non je la trouve très bien ta critique, et même très intéressante ! J'aime beaucoup avoir le ressenti des lecteurs, quels sentiments ils éprouvent vis-à-vis du texte, etc. C'est vrai que le prologue est assez étrange, et je l'aime bien pour ça... Mais je vais effectivement le réécrire, parce que j'ai déjà eu la critique des tournures trop complexes ou encore des pronoms mal employés. Il faut que je me penche plus dessus mais je suis plus concentrée sur les autres chapitres sinon j'ai juste l'impression de stagner au même point.
C'est-à-dire « gênant »? Dans le sens où tu as l'impression d'être beaucoup trop dans l'intimité des protagonistes, ou que ça te renvoie trop à tes propres faiblesses et sentiments ? Ensuite, je ne pense pas que ce soit juste ton état d'esprit du moment. C'est mon état d'esprit qu'on lit là-dedans, et j'y relate une sorte de bonheur fantasmé qui n'arrivera jamais, d'où la mélancolie... :oups:
En fait ce que je trouve gênant, c'est que le bonheur a l'air d'être faux, d'une certaine manière. Je ne dis pas qu'il n'est pas réel, mais il est trop construit pour être honnête, j'ai envie de dire. Comme forcé. D'ailleurs, on a l'impression (enfin, j'ai l'impression) que l'homme du couple n'aspire pas vraiment à la même chose, mais suit tout de même (par amour, pour faire lui faire du bien à elle).
L'intimité ne me gêne pas, j'aime beaucoup quand les textes entrent dans l'intimité des personnages, ressentir leurs émotions. J'écris peu, mais j'aime essayer de faire ressentir les choses quand je le fais (quant à dire que j'y parviens, c'est une autre histoire !). Non, là, c'est ce côté bonheur calculé qui me met d'une certaine manière mal à l'aise, mais je vois du coup ce que tu veux dire avec ce bonheur fantasmé, et pourquoi moi je le ressens comme étrange. Peut-être parce que moi, j'ai cessé d'imaginer un véritable bonheur, entier et plein, même fantasmé, et que le voir ailleurs me rend triste, je ne sais pas. C'est difficile à expliquer.
Pour ton prologue, j'aime beaucoup son côté étrange, je le redis^^
@Doutchboune Leur bonheur est irréellement parfait pour que le retour à la réalité soit un peu plus violent. :oups: Disons qu'ils vivent hors du tout, hors du temps, hors de la vie telle que nous la connaissons et vu qu'ils sont complètement isolés du reste du monde, ils se sont créés une bulle de bonheur qui n'est pas possible, en réalité. Ce sera l'un des aspects du scénario d'ailleurs (avec le fait que le jeune homme n'aspire pas à la même chose, parce qu'il est préoccupé par quelque chose qui le tire du bonheur caricatural qu'il vit avec sa compagne. Elle se force à l'instaurer, finalement), mais il faut attendre l'arrivée de l'élément déclencheur pour ça. Le but, c'est aussi que ce soit assez irréaliste et onirique puis que peu à peu, la frontière entre le réel et l'onirisme devienne compliquée à déterminer.
D'ailleurs, à l'époque, le titre du prologue était « Couple étrange hors du réel » et c'était aussi le sentiment que je voulais donner : un bonheur très exagéré avec des personnages qui semblaient très innocents et insouciants au premier abord, presque naïfs. Après c'est sûrement confus dans mon texte... Mais j'espère que par la suite, ça se démêlera. Enfin surtout, j'espère que le début ne décourage pas la lecture. On me dit souvent (et je l'applique au quotidien) que lorsque je choisis un livre, il faut que je lise la première page et si j'ai envie de la tourner, c'est qu'il faut que j'achète le bouquin. C'est compliqué à appliquer s'agissant de l'écriture du texte parce que je ne sais pas si les gens auront envie de tourner la page...
Edit : C'est intéressant ce que tu me dis parce que tu as mis le doigt sur une sensation que je voulais transmettre au lecteur, ou du moins que je voulais faire transparaître dans mon texte. En fait, mon « souci » (on va dire) c'est que, lorsque j'imagine un écrit et lorsque je le mets en forme, j'ai les ressentis mais je n'ai pas l'idée formée dans mon esprit (ça sonne très étrange dit comme ça). J'ai le scénario en tête mais pour ce qui est du reste, je me mets réellement dans la peau des personnages ce qui fait que je ne sais pas où j'en suis vis-à-vis d'eux une fois que j'en sors.
Ce que j'essaye de dire, c'est que je fonctionne beaucoup au ressenti lorsque j'écris et ce sont souvent les lecteurs qui mettent le doigt sur ce que j'ai créé. À ce moment-là, je me rends compte qu'ils ont mis des mots sur ce qui, au départ, n'était qu'un sentiment qui me guidait.
Edit² : Merci beaucoup pour ton retour en tout cas ! Ces deux chapitres ne sont que des prototypes, et ça me permet de pointer les défauts et de retravailler tout ça tranquillement. :-*
Texte qui date de 2017, légèrement retouché mais il est brut de mon adolescence. Il explique mon obsession pour le rouge à lèvres, mais aussi pour les traces de rouge à lèvres sur les filtres de cigarette (c'est très précis).
LÉA
« Je vais me changer, il fait trop chaud dans ces fringues. »
Elle chût sur son lit. Il abritait une pléthore de vêtements éparpillés ça et là, formant ainsi une curieuse créature qui s'apparentait à une longue chevelure dépeignée. Au beau milieu de ce chaos de textile — composé exclusivement d'affaires de jeune femme —, se trouvait un chandail bleu marine à la coupe masculine. C'était celui de son petit copain. Elle m'avait confiée qu'elle aimait s'endormir avec car il portait son parfum. Elle repoussa le pull jusqu'à son oreiller, et s'empara d'un body noir qui convenait davantage à la température printanière du début d'après-midi.
« J'ai du gras sur le ventre, ça fait petite brioche. Ne regarde pas, s'il te plaît. »
Sur ces mots, elle se libéra de son jean et de son haut dans lequel elle commençait à transpirer. Elle prit soin de déposer le vêtement sur son ventre qui, en effet, abritait un peu de graisse. Ce léger bourrelet était d'autant plus mis en valeur par la culotte rouge où il avait l'air de se sentir à l'étroit.
Je me retournais pour ne pas l'embarrasser davantage, et respecter ce complexe dérisoire qui nous empêchait d'être face à face le temps d'un bref changement de tenue. Ainsi, je me retrouvais face à un grand miroir qui pouvait contenir le reflet d'une personne toute entière. Outre le mien qui n'était pas d'un grand intérêt, le miroir renvoyait aussi celui de la jeune femme derrière moi, installée sur son lit, qui retournait son body noir afin que l'étiquette soit à l'intérieur. Je fis mine de regarder les breloques qui traînaient sur le bureau adjacent pour ne pas éveiller quelque soupçon et, du coin de l'œil, j'observais mon amie se changer.
Jamais encore je n'avais pu la voir ainsi, en sous-vêtements, et cette première fois risquait très certainement d'être la dernière. Je me sentais quelque peu gênée, moi, encore habillée, de m'adonner à pareille observation. Pourtant, mon esprit semblait réticent à l'idée de détacher mon regard du corps féminin qui se mouvait dans ce grand miroir.
Je l'avais toujours admirée. Au fond, sûrement désirais-je lui être semblable, ou du moins lui ressembler en quelques points. Elle avait un visage carré aux traits – certes – durs, mais affinés par ses cheveux ondulés qui caressaient ses épaules. Ils arboraient une teinte se rapprochant du châtain, pimentée par de timides reflets blonds. Il fallait être particulièrement attentif pour les remarquer, mais surtout porter une admiration toute particulière à la personne concernée. C'était dans cette minutieuse observation que l'on pouvait démasquer cet amour inavoué que je lui portais.
Outre cela, elle avait toujours des sourcils parfaitement épilés et nets ; jamais elle ne laissait un poil intrusif détruire l'harmonie de son travail. Pourtant, elle estimait nécessaire de les dessiner davantage pour qu'ils soient d'une perfection plus grande encore, sans pour autant qu'ils ne fassent artificiels.
Toujours à travers le miroir, je dérobais mon regard sur ses yeux. Ils étaient vairons — l'un bleu et l'autre marron —, et il n'y brillait jamais une lueur froide ou désabusée. Le plus souvent, ses yeux parcouraient sans relâche les lignes imprimées des livres, ou bien l'écran de son téléphone dont elle ne se séparait qu'à de rares occasions. Ses lèvres, quant à elles, étaient d'une belle simplicité. Cependant, comme si leur propriétaire ne les trouvait pas à son goût, elle les habillait tous les matins d'un rouge qui leur donnait une forme pulpeuse, réveillant une soudaine envie de les dévorer par la même occasion. Lorsqu'elle portait une cigarette à ses lèvres, une trace grasse écarlate teignait le filtre.
Mon amie se redressa. Elle glissa ses jambes dans son vêtement, et enveloppa le haut de son corps à l'intérieur. Il était quelque peu décolleté : on pouvait deviner la naissance de sa petite poitrine potelée. Son regard se porta sur mon reflet dans le miroir, comme si elle cherchait à savoir si je l'observais subrepticement. Honteuse, je fis lamentablement mine de m'intéresser aux ouvrages éparpillés ça et là parmi les feuillets de cours et les crayons Bic. Il y avait une sélection intéressante d'auteurs ; elle appréciait beaucoup la littérature, et ce depuis qu'elle était petite. De fait, c'était une jeune femme particulièrement cultivée qui, à seize ans, savait manier la langue française bien mieux que n'importe qui partageant notre âge.
J'enviais sa culture, son talent et ses résultats remarquables sur ses bulletins scolaires. Quelle chance elle avait d'être ainsi ! Sûrement n'y prêtait-elle pas attention, tant cela faisait partie intégrante d'elle-même. C'était ainsi. Elle était ainsi, et peut-être devait-elle envier d'autres jeunes personnes pour leur intelligence autant que je l'enviais.
« Tu as lu tous ces bouquins ?
— Une partie, oui, dit-elle. Je relis souvent les mêmes livres, en vérité. En ce moment, je lis Marguerite Duras mais je ne suis pas sûre qu'elle soit sur le bureau. »
J'acquiesçai, puis me retournai. De nouveau, nous étions face à face. Je ne la quittai pas des yeux pour autant, comme si j'étais inassouvie. Mon amie avait fini de se changer ; elle avait revêtu un jean qui se mariait de manière sûre avec la couleur noire de son body. Elle croisa son image dans le miroir, passa brièvement ses doigts dans ses cheveux pour les discipliner, saisit son sac à la volée et fourra un paquet de Benson & Hedges à l'intérieur.
« Bon, j'ai rien mangé... C'est pas grave, j'irai grignoter un truc quelque part. De toute façon, on va bientôt être en retard. Tu viens ? »
Je demeurai immobile au milieu de la chambre. Je n'avais pas envie de la quitter, car il était peu probable que j'ose y remettre les pieds un jour. Je voulais qu'elle reste dans cette pièce, assise sur son lit à me raconter toutes ses aventures nocturnes avec ses différents partenaires.
« Hm, j'arrive. »
YUZU & HARU(https://i.ibb.co/xz8hZvy/349-B9-EC4-651-B-448-A-83-AC-44448-BCF9-A4-F.jpg) (https://imgbb.com/)
Yuzu & Haru, 20×20, peinture à l'huile, toile en lin
(https://i.ibb.co/kX90X88/E1422-BF7-1-C3-E-450-E-96-FF-0-D40-DC0987-E7.jpg) (https://imgbb.com/)
Un petit tableau de
Yuzu et Haru ! Il m'a pris quelques heures en vérité, même si ça fait deux à trois semaines qu'il a été commencé. Je l'ai fait pour ne pas délaisser la peinture durant mes études. Les deux années précédentes, j'avais délaissé toutes mes activités par manque de temps mais maintenant que j'ai commencé la peinture, j'en suis addicte et je ne peux plus m'en passer.
Je ne suis pas très fière du résultat. Je trouve Yuzu ratée, mais j'en ai un peu marre de ce tableau donc je vais le laisser tranquille. Peut-être que je retravaillerais ses yeux et son bec, un jour. Si elle est grosse, c'est parce qu'elle gonfle ses plumes : les oiseaux font ça avant de s'ébrouer ou lorsqu'ils vont faire leur toilette.
En attendant, j'ai un nouveau projet de tableau sur Deltarune (assez ambitieux au regard de ma noobitude en peinture) et j'ai bientôt fini ma deuxième broderie. Pour cette dernière, ça fait depuis juillet que je suis dessus et j'espère pouvoir bientôt vous la partager.
(https://i.ibb.co/xLv6PmQ/4-DB7-B15-E-EB63-4138-8-C74-6-C4802312958.jpg) (https://imgbb.com/)
(https://i.ibb.co/5jy5JBZ/557-F9-F8-E-45-D6-4854-9-E8-C-3-F3498-E4607-D.jpg) (https://imgbb.com/)
(https://i.ibb.co/SPvrmrQ/76-AF607-A-B020-4147-B843-9-A04-A06-C2587.jpg) (https://imgbb.com/)
Splendide ! On sent bien un effet plume duveteux tout doux !
Elles rendent super bien en peinture ! Ces deux beautés méritaient bien un tableau à leur image. Et au contraire je trouve Yuzu super réussie et moelleuse.
Elles sont trop belles ! Elles rendent super bien, elles ont l'air toutes douces. Les détails et les effets dans le plumage sont superbes !
Merci pour vos retours !! <3 Je me rends pas forcément compte du résultat final vu que je le vois tous les jours et que je le connais par cœur.
Une chanson écrite en trente minutes. J'aimerais savoir jouer du piano pour composer la musique.
Ne me quitte pas avant la fin de l'été
Lorsque l'été prend fin
Que les oiseaux repartent au loin
Je repense à ses yeux verts
À ses paroles mensongères
Que je pensais sincères
Je suis le laissé-pour-compte
Celui qu'on laisse sans aucune honte
Elle s'excusait, d'une voix pleine d'effroi
Mais à aucun moment, elle n'a pensé à moi
Et je me souviendrai de ce baiser volé
Ne me quitte pas avant la fin de l'été
Les draps portent encore nos odeurs
J'entends encore ton rire enjôleur
Le printemps marque le temps de la fin
Février, mars, avril, mai, juin
Dans la douleur, je vois les mois défiler
Et toujours, je rencontre le mois de mai
Matinée extatique, date fatidique
Ce n'était pas une illusion d'optique
Elle était tombée paisiblement
Dans les bras de Morphée, silencieusement
Sous la couette, une chaleur douce
Disparue dans un dernier souffle
Sa silhouette m'apparaît
Chaque année revient mai
Et je me souviendrai de ce baiser volé
Ne me quitte pas avant la fin de l'été
Les draps portent encore nos odeurs
J'entends encore ton rire enjôleur
Février, mars, avril, mai, juin
Dans la douleur, je vois les mois défiler
Et toujours, je rencontre le mois de mai
MILK BARS(https://i.ibb.co/j6DcGfq/DBD0764-F-A599-4098-B81-D-E5-F4-B83-DF3-DD.jpg) (https://ibb.co/3rcDWdV)
(https://i.ibb.co/znW3912/5-B6-E780-A-F96-E-4235-B2-CF-341-A82-F436-CB.jpg) (https://ibb.co/Vj0FndC)
(https://i.ibb.co/s1FDT7x/A4-B3-D94-A-4-CDC-47-C5-A4-B4-0925-B6-E07337.jpg) (https://ibb.co/kDhrLZb)
Le fil doré que j'ai utilisé pour faire les décorations sur la bouteille ! C'est assez compliqué à utiliser, étant donné que ce type de fil s'abîme très vite. Il faut être délicat.
Tadam ! Mon deuxième projet de point de croix, et il s'agit du logo de
Yorick pour le podcast
Milk Bars de
Zelink et
Linkondo. Si vous voulez découvrir ou redécouvrir
Milk Bars, je vous invite à cliquer par ici (https://forums.puissance-zelda.com/index.php/topic,9307.0.html) (big up à l'œuf de Pâques de l'année dernière qui est resté là).
Je l'ai commencée en juillet 2021 et je l'ai finie il y a deux mois, donc en novembre 2021. Autant vous dire que ça a été trèèèès long et que je pensais ne jamais en voir le bout. :8): La majorité de la broderie est en
point de croix et pour le reste, c'est-à-dire l'écriture, les ondes et les décorations sur l'étiquette de la bouteille, c'est en
broderie traditionnelle.
Ci-dessous, comme d'habitude, je vous mets le processus. J'ai eu la flemme de remettre les images à l'endroit, vous ne m'en voudrez pas. L'essentiel, c'est que vous saisissiez comment j'ai procédé.
(https://i.ibb.co/tDZVwxz/B81-E8-E23-7-E24-4074-8657-918-BD0-CF0614.jpg) (https://ibb.co/sq58p6C)
(https://i.ibb.co/Bn1YwM6/66954389-7-F6-E-45-E7-AEFC-1-F9-C420-CFC83.jpg) (https://ibb.co/J3hSCJp)
Là, j'ai un peu commencé à faire le fond pour me repérer sur ma toile. Du jaune clair et du blanc sur toile blanche, c'est pas facile.
(https://i.ibb.co/J5HB44M/A3-E23841-8195-4-CB9-A513-219-FE56-F1-D13.jpg) (https://ibb.co/9sW8LLC)
(https://i.ibb.co/wNjh9rg/A03-BF9-E0-21-B1-483-C-9-EB1-05483954-A7-AF.jpg) (https://ibb.co/LzHdLhR)
Pour l'écriture, on peut voir que j'ai utilisé une craie pour dessiner les lettres et pour ensuite broder par dessus.
(https://i.ibb.co/XZmgMmc/1-D0-CA227-117-A-4789-A509-F9-BF103-E2-DEA.jpg) (https://ibb.co/wNDXjD5)
À ce stade-là, j'étais loin d'être au bout de mes peines. ll n'y avait rien de plus ennuyeux que de remplir le fond... Je passais une journée entière pour au final, pas remplir grand-chose. C'était très long et frustrant.
Hâte de vous partager de futurs projets. :-*
PETITES MONTAGNES DÉCORATIVES(https://i.ibb.co/wMC2Kzn/34-A6-E20-C-947-D-4-CC3-B2-AA-C5-B273843-B80.jpg) (https://ibb.co/Qrnx6KW)
Des
petites décorations sur le thème de la montagne (et Dieu sait que je l'aime, la montagne). L'avant représente un paysage, l'arrière une fleur avec son nom. C'était très minutieux à faire, j'ai beaucoup aimé. Rien de bien folichon, d'autant plus qu'elles étaient toutes censées être finies avant Noël... Tant pis.
Ma préférée, c'est celle avec les moutons. Elle n'est pas sans rappeler quelque chose... :oups:
AVANT
(https://i.ibb.co/mt1Bpzn/6927-F840-5-AC4-4262-91-A8-B562-E2-BC7227.jpg) (https://ibb.co/7V8zhy3)
ARRIERE
(https://i.ibb.co/7bRqnHM/BAB31340-9-D6-F-4-A49-81-A0-FD57-E99529-AA.jpg) (https://ibb.co/XV3q790)
AVANT
(https://i.ibb.co/YRzsbS2/E50-DBED6-5595-418-A-BAD9-AD09-C04114-D6.jpg) (https://ibb.co/0DgbQLq)
ARRIERE
(https://i.ibb.co/64v7cK1/E2873-C43-7-F8-A-4055-ADC1-048-ADAF9-BEA0.jpg) (https://ibb.co/SKQ4Dkd)
AVANT
(https://i.ibb.co/QD9s6rJ/60418259-6-C4-B-4-B81-AE65-CD08-C071-C3-A2.jpg) (https://ibb.co/0sqPfhn)
ARRIERE
(https://i.ibb.co/nM1h7Bw/B5-F60-EA1-5-F98-4191-BA23-046342-BBCAAC.jpg) (https://ibb.co/ch8z6wy)
AVANT
(https://i.ibb.co/Czfpqg1/1-B186-E1-F-DE58-4-EFC-B85-D-E52-D1235-A382.jpg) (https://ibb.co/wRfZTV0)
ARRIERE
(https://i.ibb.co/JsBJ7RC/C65-E3116-DF3-A-4-E65-B236-82-DC25-FE9491.jpg) (https://ibb.co/71YmWJb)
La taille des petites décorations par rapport à ma main. :8):
(https://i.ibb.co/J2YCDcq/2-B28-DEBC-7-B46-47-D5-B3-C6-B91894365451.jpg) (https://ibb.co/S0kJF6c)
Olala ! J'imaginais ça beaucoup plus grand avant de le voir dans ta main ! Ca a du être hyper minutieux, franchement chapeau ! C'est très joli :miou:
Merci beaucoup ! Je m'armais de deux pinceaux très fins et de patience. :oui:
C'est super joli, et vu la taille, oui, chapeau pour la minutie ! :miou:
C'est super joli en effet et j'aime beaucoup l'idée de peindre des fleurs correspondant à l'environnement à l'arrière !
Merci beaucoup !! Et t'as compris que les fleurs étaient celles sur les paysages, je pensais que personne ne se ferait la réflexion ! *o* J'aurais aimé en faire des jaunes (première et dernière décos) mais la couleur est semi-opaque, donc ça se travaille très mal à moins de faire plusieurs couches. C'est pour ça que je me suis rabattue sur les fleurs bleues ou roses.
En fleurs jaunes tu as pourtant bien fait de jolis boutons d'or, non ? Une fleur des montagnes que j'aime beaucoup qui pourrait te plaire c'est le Millepertuis.
Le jaune sur un fond vert, ça passe encore. Mais si tu observes bien, tu vois que le jaune laisse apparaître le vert parce qu'il est très peu couvrant. Sur un fond blanc, le jaune ne se voit quasiment pas, il se fait encore plus la malle et donc c'est très dur de travailler les ombres, la profondeur, etc.
*NOELLE CAST SNOWGRAVE(https://i.ibb.co/gmfs9kY/2037-E0-E5-C067-417-A-AE96-34-D4-E19746-AA.jpg) (https://ibb.co/Dzv3W0d)
La qualité de la photo est plutôt médiocre...
(https://i.ibb.co/4Yzg3d8/Processed-with-MOLDIV.jpg) (https://ibb.co/Sdb7Grt)
(https://i.ibb.co/1zVsF4p/F446-D463-C0-AF-4-C8-F-BD0-E-52-C0401-D4-BBE.jpg) (https://ibb.co/TWXK9Nn)
(https://i.ibb.co/FWp00rz/905-ECEDE-3-BDE-4766-B10-D-AD201-FF90-D8-B.jpg) (https://ibb.co/z5d77MZ)
Un projet qui traîne depuis un petit moment — depuis décembre pour être précise — que je n'ai fini que récemment pour diverses raisons. Il s'agit de
Noelle Holidays du jeu Deltarune, la suite d'Undertale de Toby Fox, durant la route
Snowgrave où le joueur ordonne à celle-ci d'exécuter l'attaque du même nom. Ce personnage n'est pas le plus apprécié visiblement, à part par une certaine communauté (hm hm [furries]) mais je ne l'ai découvert que bien plus tard. :oups:
Le sujet du tableau est très précis, je ne pense pas que beaucoup de gens ont la référence mais ce n'est pas grave ; je me suis fait plaisir, c'est l'essentiel. Même s'il reste coloré, ce tableau là se démarque de mes « œuvres » précédentes par son côté plus inquiétant... J'aime bien, j'ai tenté autre chose finalement.
En-dessous, vous retrouvez le processus commenté (ah le retour du commenté !!). :-*
(https://i.ibb.co/GC6MbtG/50-C5-F69-C-0-D45-4-BB9-BFC7-29-E5-E164-CF95.jpg) (https://imgbb.com/)
Sur mon dessin de base, la main droite de Noelle avait une position différente. C'est parce que j'avais pris comme référence une position de danse. On m'a dit que c'était bizarre, alors je l'ai modifiée.
(https://i.ibb.co/wc9NCbd/B4-E5-A588-D941-4-A86-85-AA-081949074-B20.jpg) (https://imgbb.com/)
(https://i.ibb.co/qRNkTPN/57099-DB7-56-C5-404-C-8758-EC6-E4-BE5-F100.jpg) (https://imgbb.com/)
Main très moche et mal dessinée... C'est pas grave, elle me servait juste de base pour la suite. D'ailleurs, au départ, on peut voir que la robe était toute simple (normalement, la robe de Noelle est longue avec des manches et une capuche).
(https://i.ibb.co/7pj5Y9m/65-C5-EA54-8-ACB-4192-B7-B8-1-D6-D6-E00-F872.jpg) (https://imgbb.com/)
Travail du fond. J'ai réparti selon mes envies du bleu bleu, du bleu clair, du turquoise et du blanc... Ça m'a pris plusieurs heures, j'avais mal à la main à la fin.
(https://i.ibb.co/1Rn7MwR/AE410-DE5-317-A-4584-ACE9-3-A7-E719-D70-F6.jpg) (https://imgbb.com/)
Ouf fini !! C'est redondant de faire des fonds.
(https://i.ibb.co/JqR9hcB/AC06-ABFC-BB73-4056-BAC0-39070-DA666-F7.jpg) (https://imgbb.com/)
Là, j'ai commencé à faire la tête et les cheveux. J'étais pas très sûre de moi parce que je n'avais jamais peint des cheveux de ma vie jusqu'à ce jour.
(https://i.ibb.co/C2Qr6Qm/DB775-CE7-6-CE3-4-FA8-BE4-E-80-A8-D12880-E0.jpg) (https://imgbb.com/)
Pas trop mal les cheveux pour une débutante.
(https://i.ibb.co/Lv50dYx/35-DBD2-AA-A844-4310-9-D85-6-B1-CD089-B3-D2.jpg) (https://imgbb.com/)
Gros bond dans le temps : j'ai entamé la robe où j'ai rajouté un col roulé, mais c'était super moche. J'ai fini par l'enlever pour y mettre une sorte de col à dentelles plus délicat. Ensuite, je trouvais le vêtement fade avec aucun dynamisme donc je l'ai plusieurs fois retravaillé pour arriver à quelque chose qui me satisfaisait.
(https://i.ibb.co/pW6dW3b/AACF8-E0-E-40-E8-4-ABF-919-E-B0-DFFC276-B81.jpg) (https://imgbb.com/)
De nouveau, un gros bond dans le temps. C'est le visage final de Noelle que vous voyez là mais avant, j'en avais fait un premier qui était juste affreux. :8): Et vu que je suis particulièrement sensible à l'échec (ça me renvoie instantanément à tous mes échecs passés), j'ai abandonné pendant plusieurs semaines le tableau. Quand je m'y suis remise, j'ai enfin pu faire une tête correcte.
(https://i.ibb.co/Gd7jHWL/E888-E5-F6-65-AF-46-E5-9-A66-434-C69-BB4254.jpg) (https://imgbb.com/)
Enfin, j'ai décidé de rajouter au dernier moment des stalactites sinon le tableau faisait vide. Ce ne sont pas les stalactites les plus réussies, mais ça fait le job je trouve lol. Zelink m'a ensuite donné l'idée de mettre du sang sur celle avec la main pour amplifier l'effet de la bague (la Thorn ring qui est l'objet à équiper au personnage pour qu'il puisse effectuer l'attaque Snowgrave...).
COLLECTION DE MINIATURES(https://i.ibb.co/Z8JcgBL/1-F80573-C-2-CD1-48-BE-A889-BF278-BD4-C235.jpg) (https://ibb.co/4Tf4S8m)
Une petite
collection de miniatures peintes sur des supports en bois de 4 centimètres de diamètre, et à la peinture à l'huile. Dans l'ordre :
Pont japonais et nymphéas de Claude Monet, une carpe koï avec des paillettes dorées — mais elles ressortent grises sur la photo, ce qui est dommage —, un petit oiseau avec marqué « oiseau » en japonais (tout simplement), un léopard couché dans un arbre et enfin, un chat dans un style estampe japonaise.
(https://i.ibb.co/26jgW8p/A3-B4307-C-0027-4789-8-AB0-5-E3-E4836015-F.jpg) (https://ibb.co/YWtpPDV)
Pour vous donner une échelle, histoire que vous ayez une idée de la taille.
(https://i.ibb.co/tLq0rJY/1050-C9-A9-2-FCB-4-F26-B179-D6-F2-A618491-D.jpg) (https://ibb.co/PDc2H61)
(https://i.ibb.co/fryJNcv/9-F2-E8-E7-C-CA2-D-415-B-B523-679483-CB751-A.jpg) (https://ibb.co/c2Zq8mL)
(https://i.ibb.co/zh7Bhzy/92298636-C773-4815-B401-990048283-A52.jpg) (https://ibb.co/Fb0ybFS)
(https://i.ibb.co/tq9Y1yp/D805-C891-A7-AD-456-B-BB71-50-EB5-B571781.jpg) (https://ibb.co/9b7ydRH)
(https://i.ibb.co/tQJm44m/AA34-E6-AA-E932-475-C-818-D-D60856854503.jpg) (https://ibb.co/zQ4nrrn)
C'est toujours aussi beau ! Gros faible pour le léopard dans l'arbre :3
Et du coup, j'ai peut-être raté un épisode (désolée si c'est le cas), mais ça avait donné quoi l'entreprise pour les cadrans de montres ?
Ça a été décalé à demain, le 10 mai du coup !! :niak: Les employées étaient trop dans le rush les semaines précédentes, et donc elles ne pouvaient pas m'accorder de temps.
LA SAUVAGEONNE DU METROPOLITAIN1
Un vent gondolé s'extrayait de la bouche de métropolitain comme la profonde expiration d'un géant. Il surprenait les indécis, les rêveurs et les non initiés lorsqu'ils descendaient les escaliers, mais jamais les coutumiers ; il s'évanouissait, une fois la descente vers le sous-sol terminée, pour laisser place à un air lourd et comprimé. Pour pénétrer en son sein, il ne suffisait pas de dévaler des escaliers partiellement défoncés : il fallait détenir un sésame fait de papier à l'impression rouge. Petit et rectangulaire, sa vocation était de s'introduire dans une fente d'une même couleur que sa robe, d'en ressortir dans un cliquetis qui précédait le rabattement des portes durant quelques secondes, le temps que l'individu s'engouffre dans l'étroite ouverture et s'éloigne vers les quais souterrains. Il arrivait que des personnalités dépourvues de sésame — des fraudeurs — violent ce système en bloquant les portes pour accéder au corps même du métropolitain, et cela agaçait particulièrement une personne qui ne supportait pas que l'on entache les règles qui régnaient en cet endroit.
Cette personne, c'était une femme ni trop grosse, ni trop maigre dont les cheveux ne tombaient ni trop bas, ni trop haut. Elle n'était ni trop bizarre, ni trop normale. Elle était un juste milieu de l'humain, de sorte qu'elle était invisible au milieu de ses semblables. Elle était intellectuellement et physiquement invisible ; personne ne prêtait attention à son existence comme elle ne prêtait attention à l'existence de personne. C'était une chair parmi des chairs, un corps malodorant qui suaient parmi d'autres corps malodorants qui suaient. Tous les jours, son sésame rabattait violemment les portes dans un cliquetis accompagné d'un signal sonore, puis elle se dirigeait sur les quais pour attendre. Attendre un grand serpent blanc, endommagé par le temps, qui glissait sur des rails comme du savon sur une faïence trempée. Lorsqu'il ralentissait, il produisait un crissement fort désagréable puis, une fois brusquement arrêté, tout son bagage intérieur — c'est-à-dire principalement des voyageurs — bringuebalait. Les portes coulissaient avec vacarme et là, un flot d'inconnus se déversait sur les quais et si quelqu'un avait le malheur de se précipiter dans le wagon avant le vidage complet de celui-ci, il était emporté par la vague humaine. Inutile était de lutter : personne ne s'écarterait, et tous forceraient le passage. C'était le même effet que les pôles positifs de deux aimants qui s'abhorraient réciproquement, qui jamais ne souhaitaient se rencontrer et, avec force, se rejetaient l'un l'autre.
Dès qu'elle était vidée, la rame enflait de nouveaux voyageurs et dans un son strident, les portes se condamnaient. Chacun se retrouvait prisonnier dans une capsule étouffante au beau milieu d'autres prisonniers silencieux. Pas une voix ne s'élevait car personne, semblait-il, ne souhaitait être individualisé. Le véhicule démarrait et en quelques secondes, était lancé à pleine vitesse dans les couloirs noirs des souterrains. Les wagons étaient pourvus de fenêtres, mais cela n'avait pas grande utilité car à l'extérieur, tout était d'un noir profond et abyssal. Si profond et si abyssal que les éclairages blafards de la rame faisaient des vitres des miroirs approximatifs où tout un chacun pouvait observer les autres, sans que ces mêmes autres ne le sachent. Les bancs et sièges arboraient des renflements de textile dont les fibres renfermaient une crasse emmagasinée sur plusieurs années, une crasse qui provenait des culs sales qui s'y posaient, des vêtements souillés, des bagages encrassés qui avaient roulé, traîné et noyé dans la boue urbaine, des sacs de courses alourdis par des bouteilles de lait percées, des boîtes d'œufs cassés et des briques de soupe perforées. L'aspect de ces sièges n'avait rien d'attrayant, sinon tout de repoussant et pourtant, les gens s'asseyaient. Les très mauvais jours, il arrivait qu'une vomissure aux couleurs chaudes tapisse le sol, qu'elle infeste les lieux d'une odeur nauséabonde mais que personne ne semblait la fuir, et même que certains usagers s'en accommodent en s'y installant non loin. Sûrement devaient-ils se dire : « Une place est une place, et je ne la céderai pour rien au monde ». Du moins, c'était ce que cette femme s'imaginait. Sinon comment serait-il possible que des individus, pourtant dégoûtés par ces fluides humains, supportent une telle nuisance olfactive ? Au sein du métropolitain, il semblait que tout un chacun s'oubliait, mettait un certain confort à l'écart et ne relevait pas, de quelque manière que ce soit, les pollutions urbaines qui dégradaient l'espace public.
Dans sa course linéaire, unique et sans déviation, le grand serpent mécanique produisait un bruit insupportable pour les tympans fragiles ou désaccoutumés. Le moteur vrombissant mêlé au frottement du vent entre le véhicule et les parois du tunnel en étaient les responsables. Outre son vacarme, ce jour-ci, le métropolitain accueillait des profils que la citadine se réjouissait d'avance de déchiffrer. Les têtes semblaient s'être multipliées par dizaine et formaient comme un champ de maïs sous serre dont elle avait décidé d'être le céréalier. Cependant, aucun épis ne se démarquait particulièrement des autres tant ils étaient nombreux. Elle décida de descendre au prochain arrêt avec quelques autres usagers, puis s'installa sur l'un des sièges métalliques qui longeaient le mur du quai. Les silhouettes quelconques se dirigeaient toutes vers la sortie indiquée par une flèche verte providentielle, tandis que d'autres arrivaient vers elle pour monter dans le prochain train. Leurs regards se croisaient parfois parce qu'elle les étudiait sans gêne ; c'était toujours eux qui baissaient les yeux les premiers.
Les voyageurs défilaient et tous sortaient de voitures bondées. La femme dût attendre une bonne trentaine de minutes avant d'estimer qu'elles étaient ni trop vides, ni trop pleines pour se laisser engloutir par la bête longiligne. À l'intérieur, les gens étaient bien moins compressés et la vue n'était pas obstruée par des boules chevelues en tout genre. À quelques centimètres d'elle, un couple, jeune et de bonne famille, se tenait debout. Le conjoint s'agrippait à la barre d'une main, et retenait sa compagne par la taille de l'autre. Dans un élan de galanterie, peut-être lui épargnait-il un intime contact avec les bactéries qui envahissaient ce point d'accroche. Puis il lui caressa superficiellement le dos (il semblait que le gros manteau qu'elle portait ne lui permettait pas de sentir avec précision les gestes de son compagnon), et l'embrassa. Elle n'y répondit pas ; elle ignorait que beaucoup de filles rêvaient d'être à sa place et que par respect pour ses comparses, elle devait absolument répondre à cette marque d'affection. Pourtant, rien de plus ne se produisit. Cela eut le don d'agacer l'observatrice de cette scène. Ils descendirent à Charles de Gaulle.
De cette manière, la vision de la femme se dégagea. Elle s'aperçut qu'elle était face à un petit garçon à la chevelure châtain qui imbibait son gâteau sec de salive. Il ne semblait pas décidé à le croquer, et sa mère ne semblait pas décidée à lui en donner un autre. Alors il faisait profiter ses papilles de chaque molécule de sucre qui composait cette friandise avant que celle-ci ne se désagrège dans sa bouche. Elle trouva cela fort dégoûtant, car l'enfant traînait ses mains sur les sièges crasseux et tenait sa confiserie dans l'une ou dans l'autre. Ce n'était plus seulement imbibé de bave, mais aussi de toutes sortes de bactéries !
Elle finit par détourner son regard, fatiguée et lassée de son après-midi dans le métropolitain ; il fallait rentrer désormais. Alors elle quitta le véhicule lorsqu'elle fut à son arrêt, franchit les escaliers qui la conduisit à la surface et se retrouva sous un ciel maussade. Les rues empestaient la pollution ; l'air était étouffant d'une autre manière à l'extérieur. La citadine extirpa ses clés de la poche de sa veste puis, après un peu de marche, parvint jusqu'à son immeuble. Une fois rentrée dans son petit appartement du cinquième étage, elle s'effondra sur son lit sans même se déshabiller. Rapidement, le sommeil la gagna et ses rêves se composèrent de quais souterrains et de transports en commun.
Très jolie la collection de miniatures !
J'ai lu le dernier texte, intriguée par le titre. J'aime bien l'idée derrière cette description détaillée du métro, il y a un certain contraste entre des parties qui poétisent certaines actions/scènes, et des moments plus crus. C'est particulier mais intéressant.
La narration me semble un peu balancer/être un peu vague entre un narrateur omniscient et le point de vue du personnage que l'on suit.
PETITE MÉSANGE(https://i.ibb.co/Xs723zh/F577-A681-54-BC-4-B9-B-82-A3-36-CB3223-BEB8.jpg) (https://imgbb.com/) (https://i.ibb.co/LYLW8WN/62-DFBFE7-1738-49-F0-804-B-830-D39-D6-AA19.jpg) (https://imgbb.com/)
(https://i.ibb.co/pfWgDc5/D85-D13-D8-38-BC-4047-A2-FD-1-BD8-EA1-C9-CC5.jpg) (https://ibb.co/m9vmskg)
Une
petite mésange toute simple pour l'anniversaire de ma maman dans quelques jours. Comme pour les miniatures précédentes, elle est peinte sur un support en bois de 4 centimètres de diamètre, et à la peinture à l'huile. Quelques nouveautés cependant : j'ai appliqué les conseils donnés par les miniaturistes que j'avais rencontrés. J'ai donc poncé mon bois pour le lisser et retirer les aspérités, j'ai travaillé avec des pinceaux extrêmement fins (ce sont, en réalité, les pinceaux les plus petits du marché coupés aux ciseaux pour qu'il ne reste presque que quelques poils) pour être encore plus détaillée et précise, et j'ai mélangé ma peinture avec un médium à peindre (ce que je ne faisais jamais jusqu'à présent :hap: bravo le veau). Bref, voilà.
À venir prochainement j'espère, un grand tableau et une broderie pas folichonne.
C'est encore une fois très beau et très détaillé !
As-tu senti une différence en appliquant les conseils que tu as reçus ? (que ce soit en travaillant ou sur le résultat final)
Merci ! <3 Et oui, j'ai constaté des différences clairement. Vu que mon bois était lisse, il absorbait moins la peinture et c'était beaucoup plus simple pour mettre la couleur. Ensuite, vu que le médium à peindre fluidifie la peinture et la rend plus brillante, c'était aussi beaucoup plus simple pour la travailler. :8):
Pour les pinceaux aussi, ils sont beaucoup plus fins donc c'est super pour faire les yeux ou les petits détails comme les poils et les plumes. Je les utilise même pour les grands tableaux maintenant, et y a pas photo.
BOULEDOGUE FRANÇAIS(https://i.ibb.co/2khWCm4/17-E6-DCAB-5-CF2-456-A-B506-A6-B70266-CBB9.jpg) (https://ibb.co/jrfbQBX)
(https://i.ibb.co/mBnmtnr/DB63-A14-B-83-AB-4-ED4-AF3-E-0-CF1693466-B1.jpg) (https://ibb.co/Sxk20kD)
(https://i.ibb.co/nf16yBw/934562-E8-0-FB1-4443-9-DD3-22823217-AD3-D.jpg) (https://ibb.co/xGgXbY2)
(https://i.ibb.co/LrZJfGh/2-C8-DF834-7878-4-BD8-892-A-ADC4-C3450-B74.jpg) (https://ibb.co/3vCMHJY)
Un
bouledogue français à la peinture à l'huile sur un carton toilé de 24 x 33 centimètres. Il ne reste plus qu'à attendre qu'il soit extrêmement sec pour le vernir ; ça le protègera et ça lui donnera plus de brillance.
Les plus connaisseurs d'entre vous sauront d'où vient exactement le modèle. :oups:
(TR) THÉRAPIE BRÈVE
Je vois cette pendule dorée sous cloche, dont les boules tournent successivement dans un sens puis dans l'autre avec un silence et une légèreté déroutants.
Je vois la table basse en bois foncé avec un plateau en verre.
Je vois, sur cette même table, la petite statuette noire d'une femme recroquevillée sur elle-même, la jambe repliée contre sa poitrine et la tête reposant sur son genou, la serviette en papier carrée et orange dont les bords sont abîmés, cornés à cause de l'eau qui les a déformés, cette petite bouteille en verre à bouchon mécanique, ces deux verres aux côtés concaves et violets soigneusement posés sur cette serviette.
Je vois, par terre, cette corbeille en osier qui n'est ni ronde, ni ovale et dont je me suis souvent questionnée l'utilité.
Je vois le fauteuil de bureau sous le porte-manteau, dont l'ensemble est recouvert d'un épais tissu orange avec des éléphants indiens ; celui en tête de file a le corps emporté par une énorme couture et n'a plus qu'une seule patte arrière visible, mais qui semble indiquer le chemin aux deux éléphants qui lui succèdent.
Je vois les portes de placard blanches coulissantes, et les rails argentés au sol qui m'évoquent ceux de la chambre où j'ai vécu ce qui m'a amenée dans cette pièce.
Je vois les rideaux rouges qui ne sont pas symétriquement ouverts derrière vous, et votre regard qui semble chercher où mes yeux se posent au moment où vous me parlez.
Je vois le purificateur d'air en plastique blanc qui dénote dans cette pièce aux tons chauds, mais que vous avez dû mettre pour apaiser certains patients hypocondriaques ; il s'allume tantôt en bleu, tantôt en rouge.
J'entends la sonnerie du téléphone dans une autre pièce, sans pouvoir déterminer laquelle car je ne connaissais que celle-ci. Puis je vous entends me dire : « Ne vous déconcentrez pas. La sonnerie vous gêne ? ».
Je me rappelle me demander s'il existait un bureau où sonnait ce téléphone. Puis si c'était ici que vous viviez, avec votre cabinet uniquement séparé par cet étroit couloir aux murs vierges.
Je vois l'étroit couloir aux murs blancs.
Je vois cette entrée où, en face de la porte, se trouve une commode blanche habillée d'un grand tableau encadré.
Je vois, posés sur la commode, les deux petits chats en porcelaine au regard singulier, côte à côte et orientés vers le couloir.
Je vois la sonnette jaunie à ma gauche.
Puis je vois ce siamois, qui s'est invité dans votre jardin, me considérer avec appréhension et prendre la fuite. Tout comme j'aurais aimé le faire à ce moment-là, mais vous me rappeliez toujours qu'il était temps d'affronter les fantômes.
(Merci beaucoup docteur de m'avoir sauvée.)