Auteur Sujet: Mary Skelter : Nightmares  (Lu 823 fois)

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Mary Skelter : Nightmares
« le: mardi 29 mai 2018, 21:57:05 »
Bon, il est temps de C/C mon dernier message sur les discussions libres JV pour étoffer ce que j'y disais. v.v

Pour m'occuper dans le train, j'ai téléchargé Mary Skelter : Nightmares, un jeu exclusif Vita (mais porté sur le PS TV, pour ceux qui l'ont), développé par Compile Hearts et édité par Idea Factory. Ceux qui savent à quoi s'affairent ces studios en temps normal ont déjà arrêté de lire, car leur public de prédilection, ce sont les mâles otakus frustrés sexuels qui n'ont qu'une notion très limitée de la psyché humaine, et féminine en particulier. Leur licence la plus célèbre à ce jour, c'est probablement Hyperdimension Neptunia, réputée aujourd'hui encore, envers et malgré ses multiples remakes et reboots, pour être l'une des pires séries de RPG de la 7G. Vous êtes encore là ?...

A la question "ce jeu classé 16+ pour des raisons évidentes est-il susceptible de me plaire", je réponds qu'il y a un test facile à passer pour avoir une réponse préliminaire : regardez son opening. Si vous le vomissez avant même de l'avoir fini, pas la peine de lire davantage. Sinon, il y a une chance.



L'histoire commence par une structure minéro-organique tombée un jour sur Terre en forant un trou d'une profondeur insondable. Ce trou s'est propagé jusqu'à devenir une ville, voire un pays entier souterrain, nommée la Jail. Les humains y sont enfermés et torturés à longueur de journée par leurs geôliers, les Marchens, parce que reasons. Le joueur incarne Jack, un jeune garçon prisonnier de la Jail en compagnie de son amie d'enfance Alice, une fille étrange qui a toujours été en décalage avec son univers. Libérés par le Petit Chaperon Rouge, armée de ciseaux géants (toute référence à un loup éventré est la bienvenue), les deux jouvenceaux partent en quête d'évasion de la Jail. Ils seront rejoints par Blanche-Neige armée de pommes-bombes à poison, l'archère évanescente Belle au Bois Dormant, Poucelina la magicienne, et j'en passe.

Les contes sont exploités dans leur version originale, pas dans leurs adaptations Disney. Cela change pas mal de choses.



Le jeu est un dungeon-crawler à la première personne. La réalisation technique avec ses nombreuses animations est plutôt dans le haut du panier ; l'esthétique, quant à elle, tire sur un macabre tartiné avec un goût parfois douteux (notamment ce sang censuré en rose fluo déjà rencontré dans DanganRonpa). Le joueur arpente des étages remplis de pièges et de mécaniques, dont certaines nécessitent les aptitudes des héroïnes. Par exemple, Alice place des Rabbit Holes qui permettent de rentrer au QG, Chaperon cisaille ce qui peut l'être, Raiponce lance ses cheveux pour attraper les coffres. Toutefois, le level-design préfère clairement la quantité à la qualité, avec des étages qui font presque tous la taille de l'Alaska pour très peu de pièges.

Cette approche se justifie par l'un des aspects les plus originaux du jeu : la Murder Hunt, sorte de version ultra-hardcore des FOE de Etrian Odyssey. A certains étages traîne un monstre immortel et surpuissant, le Nightmare. S'il vous détecte, il vous poursuivra sans répit, jusqu'à que vous soyez sorti de sa "zone de chasse". Il est possible de l'affronter, mais cela ne sert qu'à le stun un petit moment. Histoire de rajouter du délire, vous n'avez accès ni à la map, ni au menu, ni aux aptitudes de vos héroïnes, ces phases sont en temps réel, et les combats aléatoires ne s'arrêtent pas pour autant ! Dans ces conditions, ce fameux level design anarchique devient une tannée sans nom !



Comme beaucoup de jeux du genre, la difficulté n'est pas à plaindre... sur les trois premiers chapitres. Les combats "f*** you" mathématiquement ingagnables n'y sont pas impossibles, les ennemis ne font pas semblant de cogner, et j'en passe. Mais dès le chapitre 4, le challenge fait une chute en piqué pour sombrer sous la barre de l'incompétence dès le chapitre 5. Cela se doit notamment à un élargissement des skills et classes qui permettent très facilement de casser le jeu.

Car s'il y a bien un domaine où Compile Hearts brille de mille feux, c'est bien la conception de battle system. Ils savent mélanger à la perfection l'ultra-classique (tour par tour, attaques, sorts, 5 éléments) et la prise de tête (gestion du Sang, de la Corruption et des actions spéciales de Jack) mais aussi forcer le joueur à changer progressivement ses habitudes à mesure que les possibilités se dévoilent (classes alternatives, équipement, propension au sweep ou au tactique...). Si vous gérez bien votre combat en exploitant toutes les faiblesses, vous profiterez du mode Massacre qui amplifie les dégâts et soigne l'attaquante. Si vous gérez mal, vos donzelles passent en mode Skelter, encore plus puissant, mais qui attaque sans distinction amis et ennemis.


Après, comme prévu de la part du studio IF, on est quand même face à un jeu japanisant au dernier degré, rien que l'opening donne une très bonne idée du niveau de weeabisme à craindre. Mais ça, on peut le pardonner, voire s'y habituer. Par contre, là où ça ne passera pas pour tout le monde, c'est que vos héroïnes sont pas mal sexualisées, tendance harem. Leur personnalité dans l'histoire assume sa catégorie (l'amie d'enfance amoureuse transie, la loli tsundere, la noble qui se la pète à mort, l'enfant sauvage...) et, comme de juste, un Jack con comme un balai, mais vous pouvez "développer votre relation" dans un style vraiment gênant. Le chara design, dans la même ligne, démarre par un rendu très "anime moyen" mais les classes alternatives frôlent souvent le mauvais goût.


pour le contexte, je le laisse à votre imagination

Dans l'ensemble, Mary Skelter est un jeu frustrant, bourré d'idées et de potentiel, mais qui ne le tire jamais à fond. Sur base d'un univers intéressant et d'un gameplay qui ne l'est pas moins, une "oeuvre" assez bien pensée, nous sommes contraints de nous viander régulièrement sur un "jeu" plutôt foiré entre un level indigent, un challenge très mal équilibré (mais moins cruel que d'autres D-RPG comme, à tout hasard, Etrian Odyssey), une traduction anglaise pas parfaite et un contenu sexuel qui peut mettre mal à l'aise le public occidental. Difficile de recommander ce jeu à corps et à cris tant il nécessite un contexte particulier pour être apprécié, ou même supporté.

Pourtant, pour ceux qui auront la volonté de lui laisser sa chance, au détour d'une promo si besoin est, ils découvriront probablement le jeu le plus accessible et le plus fun que Compile Hearts ait conçu, agrémenté d'une exclusivité Vita qui rend plutôt honneur à ce support si mal-aimé. A bons entendeurs...

edit : pour les non-possesseurs de Vita, le jeu vient d'être annoncé sur PC.

http://www.rpgsoluce.com/news/Mary-Skelter-:-Nightmares-17349.htm
« Modifié: jeudi 28 juin 2018, 16:13:31 par Suijirest »

Mille mercis à Yorick26 pour la signature !