Auteur Sujet: L'émotion dans l'art  (Lu 5078 fois)

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Hors ligne D_Y

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L'émotion dans l'art
« Réponse #15 le: mercredi 04 novembre 2015, 21:35:58 »
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(Et quand je parle d'intentionnalité, ça peut rejoindre la volonté surhumaine dont tu parles, ou « le génie/l'inspiration », puisque je parle juste de volonté de création, de l'idée. Par ex les croquis de Cézanne pour prendre un exemple au pif, qui a un trait très libre et expressif. Ou encore l'improvisation en musique. Ça ne veut pas dire que le mec se figurait l’œuvre finie d'un bout à l'autre dans sa tête avant de la coucher sur le papier, je pense que ce n'est de toute façon le cas d'absolument aucun artiste. Mais tu te doutes que Picasso choisissait délibérément de dessiner en libérant les couleurs et les formes pour créer le cubisme ; il maîtrisait son trait à un point d'en faire ce qu'il voulait, y compris de le rendre naturel, de le lâcher, de se permettre d'être désinvolte. Ce n'est pas du hasard.)

Je n'ai pas parlé de hasard non plus. Evidemment, faire un bonhomme de neige dans son jardin ne nous fera pas devenir par "hasard" un nouveau Michel Ange. Ouais il faut déjà avoir une bonne maîtrise d'un art et pas arriver comme un vieux pet en mode "je suis un artiste :R" pour percer.
Après une bonne oeuvre c'est, comme disait Guiiil, une alchimie quasi miraculeuse. Réussir à visualiser ce que sera vraiment une oeuvre finale, c'est quand même hyper balèze, et je ne sais pas si c'est possible d'ailleurs (comme tu l'a dit toi même).
D'où ma conviction qu'il y a un petit quelque chose qu'on ne saisit pas encore (et heureusement qu'on ne le saisit pas), qui érige l'art en quelque chose de grand.

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Le « message », c'est ce que l'artiste essaye de faire passer (émission) par son œuvre (le médium) à son audience (le récepteur). La valeur que ça a (ou n'a pas) est jugeable sur ces trois critères : est-ce que l'idée valait le coup, est-ce que c'est bien mis en œuvre, et qu'est-ce que ça provoque chez l'audience (je simplifie bien sûr). Et oui, on peut ressortir l'éternel exemple du glandu qui se croit être un génie incompris mais qui produit de la merde aux yeux d'autrui (érotisation du soi à travers l'art) ou celui du Van Gogh qui a révolutionné la peinture mais tout le monde trouvait ça trop pourri (canons de l'époque qui parlent pour les gens ? audience inéduquée et ingrate ?). C'est pour ça que l'art s'ancre dans le temps et les subjectivités.
Le fait de ne pas avoir de message peut très bien être tout l'apport artistique d'une œuvre (beaucoup d'artistes modernes et contemporains ont bossé là-dessus, et l'absurde en est devenu un concept récurrent dans l'art).
Le divertissement de certaines époques peut être l'art d'autres époques. Le cinéma était au début une attraction de foire, ça a commencé à changer près de 30 ans après sa création. De même pour les jeux vidéo, on en est encore à un stade où c'est un simple divertissement, et pourtant il a été prouvé à de maintes reprises qu'il était possible de faire vivre des émotions profondes à travers ce que ce médium a à offrir (Ico, Shadow of the Colossus, Journey...).

Mais les trois critères de jugement d'une oeuvre, c'est de ta sauce ou c'est une définition commune ?

(si c'est le cas, je suis à la masse)

Parce qu'il y a de nombreuses œuvres qui n'ont pas de messages (ou du moins, moi je n'en perçois pas le message, dans toute mon intelligence limitée v.v) mais qui sont pourtant bien plus puissantes que certaines créations pompeuses. Le meilleur exemple que je peux trouver, c'est la musique, où je trouve, par essence, que telle ou telle oeuvre n'a pas vraiment de message vraiment lisible, mais où tout se joue sur la perception, et en conséquence, qui te laisse entrevoir un univers qui nous libère de nos sens communs (ouais je te répond à un point de ton avant dernier post :coffee:).
Sinon ton exemple de Van Gogh, c'est bien la preuve que la réussite d'une oeuvre ne se juge pas à la seule subjectivité des gens. Van Gogh était un étron pour la vision subjective de ses contemporains avant que son art ne soit objectivement reconnu après sa mort. Je pense pas que ce soit de l'inculture, mais plutôt que le gars était en avance sur son temps, comme les nombreux artistes qui ont vécus dans la misère et qui ont été reconnus que bien tardivement.
Le cinéma (tout comme les jeux vidéos), quant à lui, était un divertissement inutile avant de se transcender et d'être objectivement un art époustouflant. Enfin, note quand même que les films de Méliès c'était pas du divertissement moisi, et qu'également, même aujourd'hui, un divertissement bas de gamme est subjectivement reconnu par des personnes comme de la bombe, alors que mis en comparaison de vraies oeuvres objectivement réussies, ils ne valent pas un clou.

Enfin on est probablement d'accord là dessus, donc ça ira je pense v.v

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Par exemple, quand je dis que Star Wars n'est pas une œuvre d'art, c'est parce que je ne vois pas derrière de réflexion profonde, de « point de vue », d'enseignement au spectateur à travers le médium. Il n'y a pas de propos de fond, l'œuvre est. Ce qui n'est pas un mal ! On y voyage, on y passe un très bon moment et c'est grandiose.
On peut évidemment me sortir des interprétations de chaque ligne de dialogue de Star Wars pour me montrer à quel point j'ai tort et à quel point c'est super profond, mais bon, c'est comme pour tout, ça.

Si tu connais un peu Joseph Campbell et son "Héros aux Milles Visages", tu sais que Star Wars a été pensé selon des mythes anciens. On retrouve dans ces films (enfin, les trois premiers) des éléments communs aux vieux mythes, grecs notamment, qui n'ont pas plus de message ni plus de profondeur, quand on y pense, que les longs métrages de Lucas.
De plus, la saga ce n'est pas seulement des lasers qui font "piou piou", c'est aussi une histoire qui a une grande portée spirituelle et qui traite avec brio de l'équilibre et des liens entre le "bien" et le "mal" qui ne sont pas aussi manichéens qu'on ne le pense. En tout cas, c'est sur ça que repose une grande partie du succès de la saga.

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Quant au petit Bach que tu cites (j'ai pris la sale habitude de l'appeler « l'autre » Bach ), il a fait plein de trucs cools pour l'avoir écouté à plusieurs reprises, et oui, de son temps il était plus adulé que JS. Mais il faut savoir que JS Bach c'était un peu le syndrome Van Gogh : gros bide de son temps, il a fallu attendre que Mendelssohn le déterre pour qu'on redécouvre tout ce qu'il a apporté à la musique. De son temps, il était d'ailleurs dans l'ombre d'autres compositeurs allemands (Telemann) et il est mort comme une merde dans la neige :cry:

Mozart aussi est mort comme une sombre bouse v.v
Mais perso je trouve que CPE Bach c'est quand même un gros roxxor de la musique, même si ça ne vaut pas son père c'est clair, mais bizarre qu'il ait été totalement oublié.
D'ailleurs j'ai appris que plein de membres de la famille Bach étaient de gros talents. De même que la soeur de Wolgang Amadeus qui est décrite comme virtuose (mais dont on n'a plus de traces des compositions, parce que interdit pour les femmes à l'époque).

Sinon je trouve bizarre que tu soit si peu réceptive au classique, et seulement au baroque, parce qu'on trouve du bon dans tel et tel genre. Personnellement je peux m'écouter Mozart, Debussy, Bach, Chopin, Beethoven, Schubert (Ave Maria plus grande oeuvre de tous les temps d'ailleurs v.v), Strauss, Peer Gynt, ou les Carmina Burana, ce sera pareil. Toutes œuvres bien différentes, mais aussi un plaisir et une extase différents !
« Modifié: jeudi 05 novembre 2015, 01:37:44 par D_Y »
O proud Death ! What feast is toward in thine eternal cell ?

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L'émotion dans l'art
« Réponse #16 le: jeudi 05 novembre 2015, 11:41:13 »
Je pourrais répondre sur plusieurs points (pour Star Wars notamment), mais par manque de temps je tenais juste à clarifier :

Mais les trois critères de jugement d'une oeuvre, c'est de ta sauce ou c'est une définition commune ?

(si c'est le cas, je suis à la masse)

La synthétisation est un peu de ma sauce, mais pour n'importe quelle analyse d'œuvre, tu retrouveras les infos sur l'œuvre (date, auteur, autres de ses œuvres, autres œuvres de l'époque, influences, contraintes si c'était une commande, etc), un blabla sur les qualités/défauts de l'œuvre (techniques/procédés, propos, comparaison avec ce qui a été fait antérieurement etc), et si ça a bidé ou trop pas à son époque et par la suite, et pourquoi.
C'est ce qui s'utilise tout le temps en histoire des arts du moins, peu importe la façon dont c'est présenté.

Ah the ticking of the clock
And the ringing of the stocks
Are relics of our lives