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Restons dans le Hors-Sujet ! [Discussions libres]
Cap:
J'ai lu, sur le moment je n'avais pas trop le temps de rédiger quelque chose. Et là, maintenant que je l'ai, je ne sais pas trop quoi dire. Surtout après la réponse de qualité de Cocotte.
Merci pour ton récit Neyrin.. C'est poignant.
Tu es sur la bonne voie. Avec ce que tu as derrière toi, c'est compréhensible que tu aies peur de rechuter. Mais je pense que tu sais mieux que quiconque la ligne à ne pas franchir, la bascule qui va te faire tomber. Tu sais exactement où elle est, et tu sais très bien quand t'arrêter pour ne pas la refranchir. Si tu t'en sens capable, c'est que tu peux le faire. Fonce !
Neyrin.:
Merci beaucoup pour tous vos gentils messages !!
Je ne pense pas que le gros de ma détresse soit derrière moi, malheureusement. Je suis toujours en dépression et je souffre toujours d'anorexie par-dessus le marché (ça va faire 5 ans). Je ne mange ni le matin, ni le midi, ou il m'arrive de ne pas manger pendant deux ou trois jours (même si ça reste rare pour ce dernier). Je mange tous les jours désormais, et majoritairement vers 17h et au dîner mais c'est toujours un calvaire psychologiquement parlant. Je me pèse tous les jours, j'étudie chaque partie de mon corps dans les miroirs, les vitres, les reflets... Plusieurs fois par heures, que ce soit dehors ou dedans. Objectivement, je pèse un poids tout à fait normal, même si je frôle un peu la maigreur. Mais mes yeux ne le voient pas.
Pour la dépression, je fais encore du mutisme, je ne peux pas rester plus de trois/quatre heures à la fac (alors que d'ici janvier, mes journées vont faire de 6h à 9h...) alors je sèche certains cours et je fais des cauchemars très traumatisants qui peuvent m'affecter la journée. Je ne peux pas tromper mon inconscient, ha ha.
Concernant mes limites, je ne pense pas les connaître véritablement. J'ai peur de refaire un burn-out, ce qui peut m'empêcher de travailler comme je le voudrais par exemple, alors que j'en ai tout à fait les ressources au moment où je veux étudier. Je sais que je ne les connais pas parce que, sous l'empire du stress et de la volonté de réussite, je suis capable de me surmener sans le savoir sur l'instant. Je me souviens, à l'époque, en période de révisions (c'est très intense les révisions, c'est 10h par jour avec petite pause-déjeuner) lorsque je ne pouvais plus travailler pendant deux ou trois jours, je ne savais pas que c'était synonyme de surmenage ; je pensais juste que j'étais flemmarde.
Le plus triste dans tout ça, c'est que je dois accepter que je suis trop faible psychologiquement pour réussir comme je le voudrais dans mes études. Vous me direz que ce n'est pas grave, que la vie ne se limite pas à trois notes sur un papier et je le sais. C'est juste que je voulais être fière de moi, je voulais prouver que moi aussi je pouvais le faire et je voulais que ma famille soit fière de moi. Je voulais aussi aider financièrement ma maman dans le futur.
Mais j'ai beaucoup de chance, et je le sais. C'est pas tous les petits copains qui seraient restés à mes côtés au moment où j'étais au plus bas et surtout, qui auraient tenu le coup et auraient été aussi patients. Y en a qui s'en vont pour bien moins que ça. C'était un quotidien très dur, où rien n'a été positif pendant environ trois ans. Toujours des messages affreux, des crises à gérer pendant qu'on regarde l'autre s'enfoncer sans réussir à le tirer de son bourbier parce qu'il ne veut pas, parce qu'il se pense condamné. Je me sens toujours coupable de ce que j'ai fait vivre à Ze, et je me sens responsable. J'aurais dû agir plus tôt, dès que la situation commençait à devenir alarmante d'autant plus que j'étais tout à fait lucide sur mon état. Tout ça, ça a laissé des cicatrices que j'aurais pu éviter si j'avais agi avant... Il a dû tout porter seul pendant longtemps parce que je n'avais jamais rien dit à ma mère avant. Toutes mes crises d'angoisse, de larmes, etc se déroulaient dans l'intimité de ma chambre, quasiment dans le silence pour qu'on ne sache pas... C'était une souffrance très personnelle au final, et je ne voulais pas y mêler ma famille parce que j'avais peur qu'elle ne comprenne pas. Lorsque j'essayais d'introduire le sujet, c'était : « Je ne comprends pas. Tu as un copain, tu es aimée et on t'aime en retour, tu fais des bonnes études, tu as des bonnes notes et tu es jeune et mignonne. Pourquoi ça irait mal ? ». Et moi-même je me demandais pourquoi j'allais mal alors que tout me souriait. Aujourd'hui encore, je me demande pourquoi je vais mal alors qu'objectivement, dans ma vie personnelle, celle qui ne concerne que moi-même, tout va bien.
D_Y:
Je ne voulais pas réagir parce que j'ai mes propres démons à gérer et que quand t'es en spleen t'es sans doute pas la bonne personne pour aider quelqu'un d'autre dans le même cas, mais je veux juste réagir à ça :
--- Citer ---Le plus triste dans tout ça, c'est que je dois accepter que je suis trop faible psychologiquement pour réussir comme je le voudrais dans mes études.
--- Fin de citation ---
Il n'existe pas de telle chose, l'esprit c'est pas un muscle, ce n'est ni fort ni faible. Il y a des gens qui ont vu (ou fait) les choses les plus laides qui arrivent dans notre monde et qui cochent tout aussi bien les cases "fort" que "faible" selon les critères bidons d'une échelle bidon faite par des gens qui n'ont jamais connu le malheur et pensent pouvoir créer une hiérarchie des esprits. C'est surtout vrai dans nos pays où la réussite méritocratique est très valorisée, et où être un requin pour réussir est considéré comme une bonne chose.
Aussi traditionnellement c'est le genre d'étiquette que ceux qui ont beaucoup d'ego (ou sont en sentiment d’infériorité et essayent de se gonfler l'ego tant bien que mal) donnent aux gens qui n'arrivent pas à gérer leurs addictions diverses, c'est très proche du mythe "t'as aucune volonté pour réussir à arrêter [insérer une substance ici]". Mais tu vaux mieux que ces raccourcis à la noix.
En l'occurrence t'as réussi à sortir (ou t'es en bonne voie pour sortir) d'une maladie qui donne l'impression que tu es de trop dans le monde et que l'Univers essaye de t'effacer pour réparer son erreur. Si on me demandait mon avis, je dirais que survivre à ça ne me parait pas être particulièrement de la faiblesse.
C'est pas de la faiblesse non plus de continuer les études alors que tous les signaux indiquent qu'une grande partie du problème vient de là. Tu peux dire que tu adores tes études mais de ce que je lis tu n'as rien dit de positif sur ton cursus dans tes témoignages (ici ou il y a plusieurs mois dans le topic "Pourquoi les jeunes vont mal"), au contraire tout parait être de la purge absolue, et les fois où tu commençais à te reconstruire étaient justement ceux où tu n'allais pas à la fac.
Relax ! La réussite universitaire est une source de "fierté" toute relative. Il est bien évidemment possible d'être fier de soi hors des universités, quant à rendre les autres fiers de toi, j'ai envie de dire on s'en fout un peu non ? Tu vis pour toi, pas pour eux. Il n'est pas non plus honteux de faire une pause pendant quelques temps. C'est quoi ton plan sinon, étudier pendant 15 ans non-stop puis enchainer direct avec le monde du travail ? Pas étonnant que le travail te fasse peur si tu penses que la vie est une course et qu'il faut tout faire le plus vite possible. Essaye de prendre le large un peu, de voyager (je suis parti en mode backpacker il y a quelques années quand je commençais à me sentir cassé à l'intérieur, ça ne m'a pas guéri loin de là, mais j'en garde un souvenir quasi mystique de recherche de soi), quitte à reprendre ton cursus dans quelques temps si cette branche te tient tellement à cœur. Tente de nouvelles expériences, pourquoi pas même changer de ville ? (plus facile à dire qu'à faire je sais, mais changer d'environnement ça peut aider).
En bref pour ma part tu as le choix. Tu regardes quelques mois/années en arrière et tu essayes de voir les moments où tu te sentais apaisée, et ceux où tu étais dans la pire anxiété. A partir de là tu essayes de cultiver ces moments apaisés, et d'éviter comme la peste les autres. Ne pense pas à l'argent, au travail, à la retraite, aux diplômes, à la fierté qu'aurait ta famille de te voir avec un petit bout de papier, où que sais-je encore de choses impersonnelles ou froides du monde. Si je ne me trompe pas tu es une créative, tu dois développer ton imagination. Surtout pas mettre autant d'ardeur à une branche qui assèche les âmes. Je ne dis pas que tu ne dois pas penser à ton avenir et foutre en l'air toutes tes études, bien au contraire, ce sera un passage sans doute obligatoire à un moment ou à un autre. Mais tu es super jeune. J'ai une décennie de plus que toi, pas bien plus avancé niveau études, mais je suis bien content de ne pas m'être obstiné il y a 10 ans à la fac. Entre temps j'ai baroudé, tâté le terrain, et aujourd'hui mes choix de vie m'ont mené à une branche qui me correspond plus, et qui me sera très certainement plus bénéfique à l'avenir que si je m'étais accroché comme une moule à son rocher à mon premier choix post-bac, même si encore aujourd'hui je ne considère pas plus l'université comme une fin en soi.
Bref moi je pense qu'on devrait rendre obligatoires les pauses entre le bac et les études. Ou pendant une licence et un master v.v A mon sens quiconque a besoin de se chercher soi-même à un moment ou à un autre, de faire un petit travail d'introspection et de lâcher un peu du lest. On est jeunes on a pas que ça à foutre d'étudier non stop jusqu'à nos 30 ans non plus. Enfin bon voilà ce que je te dis ne reflète que mon expérience. J'ai repris des études tardives mais entre temps j'ai pu faire des expériences très variées et enrichissantes à leur manière (à savoir cuisinier au McDo/gendarme/libraire/procrastinateur dépressif qui n'a même pas droit au chomedu) et ça m'a permis d'affiner ma vision du monde mais aussi de "cultiver" mon imagination (comme je te disais plus haut) en me laissant le temps d'ingérer une quantité non négligeable de livres qui m'ont permis de faire des études, où je ne me sens pas forcé et où j'ai des facilités dans certaines matières (tout le contraire d'il y a 10 ans). Je sais pas ce que l'avenir me réserve mais en tout cas je sais qu'il m'arrive des choses que j'étais loin d'avoir prévues, et qu'en toute probabilité il devrait t'arriver la même chose si tu lâches un peu les amarres et que tu te laisses voguer sur un océan où toi, et pas les autres, tu te sens bien :miou:
Neyrin.:
Merci beaucoup @D_Y d'avoir pris le temps de répondre !
C'est très gentil de ta part d'avoir pris le temps de me lire. J'aime beaucoup ce que j'étudie mais je déteste la manière dont on me fait étudier, et c'est là toute la différence. Selon moi, je n'aurais pas tenu trois ans si la matière m'était totalement inintéressante et qu'elle me laissait indifférente. En revanche, je trouve qu'en France, on traite très mal les étudiants. Simple exemple, pourquoi nous retire-t-on une semaine de vacances alors que nous avons besoin plus que tout de cette semaine en plus pour nous reposer ? C'est très précieux, une semaine de vacances. Nous n'avons deux semaines qu'aux périodes de Noël et Nouvel An, mais c'est réservé aux révisions des partiels. En comparaison, en Belgique (j'ai rencontré des étudiants Erasmus belges du côté flamand), les étudiants bénéficient d'une semaine de repos après les partiels du premier semestre. Une semaine, ce n'est pas grand-chose mais je trouve ça très bien déjà ; ça permet de se reposer et de souffler un peu avant que le deuxième semestre ne commence et qu'on se remette dans le bain. Ici, en France, on ne peut pas se reposer. C'est travail, travail, travail et retravail.
Ensuite, oui j'adorerais sincèrement prendre une ou deux années où je ne me consacre qu'à ce que j'aime. J'adore sincèrement la peinture, c'est ma raison de vivre désormais et même si je suis loin d'être Delacroix ou Monet, j'ai une aisance avec le pinceau telle que j'ai l'impression que je n'ai pas l'impression que c'est moi qui peins parfois. C'est très libérateur, ça me soulage et ça m'apaise énormément. C'est pour ça que ça a été aussi salvateur... Mais voilà, le seul problème c'est : où je trouve l'argent pour ne me consacrer qu'à moi-même ? Où je trouve l'argent pour voyager ? Pour me reposer ? Pour m'instruire ? Lorsque j'ai quitté la fac, j'ai dû rester dans le cursus pour préserver ma bourse et pouvoir vivre. C'est le seul frein. C'est l'argent. Il est hors de question que je retourne vivre chez ma mère, qui plus est. Même si je l'aime énormément, c'est là-bas que j'ai vécu mes pires moments, elle est elle-même en dépression et puis je suis pas mal traumatisée depuis qu'un de mes voisins m'a stalkée dans ma chambre pendant des mois y a deux/trois ans de ça ( :hap: ), ce qui l'a amené devant la justice parce qu'il a commis l'acte de trop une nuit :hap:. Je crache sur ce sale type qui a contribué à mon état déplorable durant ma première année de fac d'ailleurs.
D_Y:
Je te dis juste comment je vois les choses, je n'ai pas de solution miracle à te proposer, déjà parce que ce ne sont pas vraiment des solutions (plutôt des baumes apaisants, au mieux), et aussi parce que tu es dans le même état d'esprit que quand on avait parlé il y a plusieurs mois, à savoir penser qu'il n'y a aucune alternative possible, que t'es bloquée sans aucune possibilité de dévier même légèrement de ton chemin (qui m'a l'air assez étroit, soit dit sans vouloir t'offenser).
Et c'est ok, le sentiment d'inéluctabilité est commun chez les dépressifs, et hélas j'ai peur que personne ici n'y puisse grand chose. L'essentiel c'est bien que tu sentes au fond de toi que tu fais les bons choix de vie.
Mais si je devais quand même, hypothétiquement te donner des idées, je te dirais probablement qu'il existe bien évidemment des moyens de se faire de l'argent sans compter sur les minables bourse du Crous. Cela implique certes de faire des choses un peu ingrates mais ça te donnerait déjà plus de libertés pécuniaires, y compris pourquoi pas de voyager. Soit dit en passant de nos jours on peut voyager avec un budget très modeste, en sacrifiant un peu de confort (avion low cost + auberge de jeunesse et roule ma poule !). Tu vas devoir mettre les mains dans le charbon mais crois moi que tu en ressors grandi. Il y a aussi le service civique dont Chomp a parlé récemment et qui semble rémunéré et formateur.
Quant à l'instruction, à l'heure d'Internet où tu peux regarder gratuitement des cours de Harvard ou d'Oxford, je dirais que c'est assez accessible.
Dans ce scenario hypothétique je te dirais aussi de te rapprocher des associations étudiantes de ta fac, cela doit certainement exister, et la plupart des facs se préoccupent de la santé mentale de leurs élèves.
De plus, personnellement, en lisant tes messages, j'hume à plein tarin un profil parfait pour une école d'art ou affilié. Mais ce n'est peut être que moi...
Je laisse aussi hypothétiquement cela ici : https://pvtistes.net/le-pvt/
Maintenant tu auras très certainement envie de répondre point par point et faire une liste de "pourquoi ça, ça, ça et ça, c'est impossible", et certaines de ces raisons seront probablement valables. Mais ce n'est pas vraiment mon point, et ce n'est pas spécialement important non plus. Tout ce que tu dois savoir c'est que tu es à un carrefour de choix, une vie ne se trace pas à 20 ans, pas plus qu'à 60, et le passé, aussi douloureux soit-il, ne va pas tracer ton chemin à ta place. Il peut te déterminer et te faire pencher dans tel ou tel sens, mais tu restes maitresse à bord et les possibilités existent. Avant de songer à faire quoi que ce soit, il me semble important que tu te mettes à la méditation, que tu réflèchisses profondément aux portes qui sont devant toi (car elles sont là que tu le veuilles ou non, tout ce qu'il faut pour les ouvrir, c'est un peu de courage) et peut être à ce moment là tu pourras dire que tu es certaine de ne pas faire d'erreur en choisissant le style de vie qui est le tiens.
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