Je lance aussi mon perso, tant qu'à être inspiré.
La ville de Varna était un lieu unique en son genre. Perdue entre deux pays, deux cultures différentes, elle en avait récupéré les aspects les plus extrêmes. Ainsi, sa population était composée d'humains et d'azurions. Toutefois, leurs modes de vie trop différents et l'influence des Frankförniens avaient brouillé les rapports entre les deux communautés. Celles-ci étaient désormais partagées entre les conservateurs, qui souhaitaient voir disparaître l'autre race et les progressistes qui prônaient la cohabitation et tentaient d'apaiser les divergences de leur mieux.
Dans une ruelle sombre, une silhouette encapuchonnée poussa discrètement la porte d'un bar clandestin et se faufila sans un bruit vers le fond de la salle. Autour d'elle, de nombreux humains discutaient et s'esclaffaient, sans prêter attention à l'arrivant. Mais en quelques instants, le silence se fit, à mesure que les regards convergeaient vers l'inconnu, qui dissimulait de moins en moins son trouble. Finalement, le patron sortit du comptoir, saisit la personne d'une main et baissa sa capuche de l'autre, dévoilant un visage glabre, ridé, des cheveux gris épars et surtout un faciès reconnaissable du premier coup d'œil. Aussitôt, le tenancier, un gaillard bien bâti, se mit à vociférer :
"Oh, tu fous quoi là ! J'veux pas d'racaille dans mon rade !
-Pardon, pardon... Je... J'ai rendez-vous avec quelqu'un ici... Je ne savais pas que...
-Mais oui, j'te crois !... Ben maintenant tu sais et tu te casses !
-Attendez !... Je...
-Personne t'attend, parce que personne aurait ramené un azurion chez moi !
-Je n'en suis pas si sûr..."
Le patron jeta un regard derrière lui. Paisiblement installé à une table, un jeune homme faisait tourner son verre dans sa main tout en le fixant d'un air narquois.
"Il a bien rendez-vous avec moi.
-Mais tu m'auras vraiment tout fait toi, Alex Baccarat ! Après les ardoises de dix mètres de long, tu me !...
-Aleph Bhakiaraa !
-M'en fous !... Bon, tu te lèves, tu fous le camp, et tu reviens plus jamais ici, sauf pour payer tes dettes."
Sur ces mots, le client quitta sa table et s'approcha des deux personnes en soupirant :
"Oh ? Et moi qui pensais offrir un verre à mon invité...
-Arrête ! Je vais vraiment finir par m'énerver là.
-Bouh, j'ai peur !"
L'instant d'après, Aleph s'écroulait, chassé par une baffe monumentale du patron, alors que tout le bar éclatait de rire.
"J'veux plus jamais te voir. Tire-toi. Tire-toi et ne reviens jamais.
-Et mes ardoises ?...
-La ferme !... C'est pour moi si tu me débarrasses le plancher une bonne fois pour toutes !
-C'est généreux de ta part..."
Toujours le sourire aux lèvres, le jeune homme se redressa et quitta l'établissement, suivi par le vieil azurion, tandis que le tenancier regagnait son zinc.
Une fois dans la rue, les deux individus commencèrent à parler tout en marchant à travers les rues :
"Aleph !... Tu as vraiment joué avec le feu sur ce coup-là.
-Mais non, mais non... La situation était parfaitement sous contrôle.
-Ah oui ?... J'ai cru que j'allais me faire tuer. Tu savais que cet endroit était... était... N'est-ce pas ?
-Bien sûr que je le savais.
-Et tu m'as quand même demandé de venir... Tout ça pour quoi, au juste ?
-Pour avoir une bonne raison de ne plus mettre les pieds dans ce boui-boui... Et noyer mes dettes au passage !
-Oui, mais si ça s'était mal passé ?
-J'y aurais réfléchi le moment venu. Depuis le temps, tu devrais savoir que tout cela m'amuse..."
Et il appuya sa réplique d'un petit rire goguenard, tandis que son compagnon baissait les yeux, amer.
"Enfin, puisque le chapitre est clos... Ta mission se déroule bien ?
-J'ai pu capter l'intérêt de quelques personnes, mais pas mieux...
-Des progrès significatifs, ou non ?
-Pas tellement... Mais la rumeur se répand...
-Il te faudrait contacter des groupes d'influence. Je n'ai pas toute la vie devant moi...
-Facile à dire !... Ces gens-là ne parlent pas au premier venu.
-Mon pauvre Tsen Xi, ton problème, ton gros problème, c'est que tu vois d'abord les difficultés avant de penser aux avantages. Si tu te donnais un peu de mal, nous serions déjà loin !"
Le vieil azurion ne répondit pas. Comme il ne comptait pas reprendre la parole, Aleph enchaîna :
"Si tu veux que les choses changent, il ne suffit pas d'adopter une attitude positive... Il faut aussi des actes... Et il faut nuire à tes ennemis.
-Aleph ! Les humains ne sont pas mes ennemis !
-Mais il y a des humains qui te voient, toi, en ennemi, comme tu as pu le constater. Et ça, personne n'y changera rien. Tu ne peux pas convertir tous les habitants de la ville à ta vision des choses.
-On ne peut pas savoir tant qu'on n'a pas essayé. Je refuse de distinguer les gens. L'égalité n'est pas une utopie.
-Je suis tout à fait d'accord..."
Il avait prononcé ces mots sur un ton glacial, lourd de sous-entendus. Tsen Xi n'y prêta pas attention et poursuivit :
"Nous avons passé un marché, et j'entends bien accomplir ma part. Avec ou sans ton aide.
-Mais je ne comptais pas rompre notre accord... On continue comme prévu, chacun de notre côté.
-Très bien... A la prochaine fois, alors."
Ils se séparèrent, chacun prenant une rue différente, et le jeune humain attendit d'être tout à fait hors de portée de vue ou d'ouïe pour éclater d'un rire sombre.
"Ah ça non, l'égalité n'est pas une utopie... C'est un pur fantasme ! Un fantasme qui n'anime que ceux qui se sentent inférieurs..."
Il reprit son souffle et poursuivit mentalement son monologue :
"Non, on ne veut jamais être égal qu'à son supérieur... Quelle belle connerie que de croire que tout le monde peut s'entendre."
Il repartit en marmonnant, le sourire aux lèvres :
"Vraiment, tout cela est si amusant..."