Auteur Sujet: La Galerie des Concours  (Lu 2646 fois)

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Hors ligne raphael14

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« Réponse #15 le: jeudi 13 janvier 2011, 20:47:11 »
En voilà une idée qu'elle est bonne ! Plus besoin de farfouiller dans le topic du concours pour lire les textes. Tout est organisé, classé, près à être lu ! Merci qui ? Merci Prince du Crépuscule.
Hum...Bref, je crois que le message est passé.

Hors ligne Krystal

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« Réponse #16 le: jeudi 13 janvier 2011, 21:09:04 »
Veuillez pardonner par avance ma remarque quelque peu stupide mais... J'ai jamais vu un topic aussi long o.O

Sérieusement, réunir tous les textes ici est une excellente idée, ils ne seront pas perdus au moins. Et je suppose que ce topic servira à regrouper tous les textes de tous les concours qu'il va y avoir à partir de maintenant ? Oui, question bête...

PS : Sakuranbo, j'ai adoré ton dernier texte !
I can twist my head !

Le pouvoir des femmes \o/
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« Réponse #17 le: vendredi 14 janvier 2011, 16:42:05 »
Voilà, j'ai mis le topic en post-it à la place du concours. C'est au passage une très bonne idée, j'avais lu que les textes du premier tour, et je voulais poster mes avis mais je n'avais finalement pas eu le temps, je savais même pas que GMS était vainqueur :niak: (bravo à lui :niak: )

J'aimerais bien trouver un peu plus de temps pour repasser par ici, ne serait-ce qu'afin de commenter toutes les fics que j'ai en retard, mais bon, faut pas désespérer :niak:

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« Réponse #18 le: vendredi 14 janvier 2011, 19:45:40 »
Quelle bonne idée d'avoir mis les textes ici! C'était vraiment quelque chose ce concours, j'espère que le suivant sera aussi palpitant^^

Merci Krystal2 :niais: je suis contente que cette petite nouvelle t'ai plu!

Hors ligne Krystal

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« Réponse #19 le: mardi 30 août 2011, 02:11:01 »
A ce que je vois, le topic a été réparé.

Les modos s'y sont mis ou alors c'est Prince qui s'est tout tapé ?
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Hors ligne Prince du Crépuscule

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« Réponse #20 le: mardi 30 août 2011, 11:55:45 »
Nan, je suis pas une girouette moi. :roll:

C'est sûrement Yorick qui s'est tout tapé, puisque l'esclavage lui plaît tant. Bon, y a les deux premiers liens qui marchent pas et certaines balises qui se baladent encore par-ci par-là, mais dans l'ensemble je retrouve mon beau topic. A part ces foutus sauts de ligne que ce raciste de forum continue à boycotter...! *donne des coups de masse à la base de données*


...Merci Yorick. :niais:

PS : Au fait, maintenant que le topic semble à peu près remis en état, je vais changer le titre "La Galerie du Concours" en "La Galerie des Concours". C'est vrai que j'avais pensé cette galerie pour mon propre concours à la base, mais bon, y a pas de raison qu'elle reste mon apanage exclusif ! Faut juste que les futurs organisateurs (et un certain magicien *tousse*) s'en donnent les moyens, quoi. :p

EDIT : J'ai réparé les deux premiers liens et changé le titre, voili voilou !
« Modifié: mardi 30 août 2011, 12:29:24 par Prince du Crépuscule »
« Les gens exigent la liberté d’expression pour compenser la liberté de pensée qu’ils préfèrent éviter. »


Hors ligne Yorick26

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« Réponse #21 le: mardi 30 août 2011, 13:32:15 »
*Arrive essoufflé*

Bon on n'a plus qu'à attendre le mage vermeil alors ^^ ! Déjà que je l'attends pour la couronne rouge !

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« Réponse #22 le: mercredi 16 mai 2012, 13:09:20 »
Hey Prince !
Au détriment de rendre les verdicts du concours croisé, je voudrais pouvoir mettre les textes rendus ici. Je copie/colle simplement tout ce que j'ai, ou tu tiens à poster tout toi-même ?..

En attendant, je fais du copiage/collage, ça te facilitera la tâche, sûrement.

EDIT
ah vu que je suis futé j'ai pensé au fait que j'ai besoin de pas mal de postages pour tout mettre. Bon, j'attends d'tes nouvelles avant de continuer, ou voir si tu veux une mise en page particulière, etc.

EDIT2
Ah p'is je viens de me souvenir que, à la première page, tu as mis les liens vers les textes mais en url, plutôt qu'avec le système d'ancre. Si tu veux on peut retravailler ça.

Duplucky
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Duplucky, texte n°3

Notre défunt professeur d’Histoire nous a un jour raconté qu’il y a des millions d’années, les humains avaient construit une civilisation fabuleuse : chaque recoin de la Terre était recouvert par d’immenses villes. Les Hommes se déplaçaient dans des véhicules volants comme des oiseaux. Ils ne travaillaient plus, des machines les ayant remplacés et, d’après mon enseignant, ils étaient tous très gros ! Connaissant tout de la Terre, ils s’en détournèrent et portèrent leurs regards vers les étoiles, rêvant de pouvoir un jour les atteindre. Malheureusement, ils oublièrent leur propre astre. Au fil des millénaires, le Soleil se mit à enfler, d’abord lentement, puis de plus en plus rapidement. Il avala une petite planète qui s’appelait  Mercure et se rapprocha dangereusement de Venus, la jumelle de notre foyer. Notre étoile, rouge de colère, avait décidé de rappeler son existence aux humains. La température du Monde augmenta de manière significative. Les océans s’asséchèrent, les plantes agonisèrent, les animaux disparurent et l’humanité fût décimée par la canicule, la famine et le manque d’air.
Aujourd’hui, nous vivons tous dans les souterrains de ces anciennes villes, là où il y a le plus de fraicheur. Nous sommes peu nombreux et beaucoup d’entre nous meurent chaque nuit. D’ici quelques années, il ne devrait plus y avoir de survivants. Pourtant, je ne m’inquiète pas plus que ça. Je joue avec mes amis. La nuit, quand la température est au plus bas, il nous arrive de visiter ces vestiges de l’ancienne civilisation, de jouer à cache-cache dans ces vieilles tours d’acier qui touchent le ciel ou tout simplement de chercher des matériaux pour construire de nouveaux jouets. Et quand le jour se lève, nous retournons rejoindre nos parents dans nos souterrains. Mais parfois, nos parents ne nous accueillent pas. Ils restent allongés dans leurs lits et ne réagissent même pas quand nous les appelons. Quand ça m’était arrivé, ma mère et moi sommes restés à son chevet toute la journée. Elle n’arrêtait pas de pleurer et me serrait la main très fort. Des adultes nous ont rejoins et ont emmené mon père à l’extérieur. Je n’ai jamais compris pourquoi ils l’ont enterré, aucun d’eux n’a jamais voulu me l’expliquer.
Un jour, j’ai assisté à la naissance d’un bébé. Les adultes nous ont expliqués que les nouveau-nés représentaient l’espoir de notre peuple. S’ils arrivaient à les faire naitre et à les maintenir en vie, alors ces enfants incarneraient l’espoir d’une génération future et retarderaient l’extinction de toute vie sur notre chère planète. Malheureusement, il est rare qu’un bébé survive dans de telles conditions. Voilà pourquoi tous les adultes sont si gentils avec nous et cèdent à tous nos caprices. Et c’est aussi pour cette raison que j’ai perdu ma mère. L’eau est très difficile à trouver, même dans les profondeurs de la terre et est donc rationnée. Un  beau jour, j’avais fait l’erreur de sortir en pleine journée pour regarder ce ciel ensanglanté dont j’avais tant entendu parler. La chaleur était insoutenable, ma peau me brûlait et en quelques minutes, je m’étais retrouvé complètement desséché. Ma mère avait utilisé toute sa ration d’eau en plus de la mienne pour me maintenir en vie, pendant toute une semaine. Pendant tout ce temps, elle n’a rien bu et je ne l’ai jamais revue depuis mon rétablissement.
Maintenant que je n’ai plus de famille, il m’arrive souvent de m’asseoir à l’écart des autres enfants et de regarder ce ciel ensanglanté. J’ai toujours vécu dans ce monde apocalyptique. J’ai vu énormément de monde disparaitre. La fin du monde ne signifiait rien pour moi mais la perte de mes parents m’a ouvert les yeux. Tout ce qui était vivant allait disparaitre. Il n’y aura plus rien, à part les vestiges d’une civilisation disparue destinés à être engloutis par notre soleil. J’enfouis mon visage dans mes mains, tentant d’imaginer la scène, mais je n’y parviens pas. Pendant que je rumine mes pensées, ma meilleure amie s’assit à côté de moi et on commence alors à parler de beaucoup de choses. Lui parler me fait beaucoup de bien, me soulage d’un poids énorme et, au final, me fait oublier ces sombres pensées qu’un enfant de mon âge ne devrait jamais avoir. Oui, notre civilisation s’éteint petit à petit et nous devons affronter la mort chaque jour. Mais la vie que nous avons reçue est très précieuse et nous ne devons pas la gâcher à nous morfondre sur cette fatalité. Nous sommes jeunes et insouciants, vivons notre vie à fond et, le jour où la mort viendra nous prendre, nous l’accueillerons à bras ouvert.

Je te remercie, toi, mon amie, qui a égayé mes derniers mois de vie. Tu étais la dernière à résister à ce fléau qui a subitement anéanti les derniers d’entre-nous. Quelle était cette mystérieuse maladie, nul ne le saura jamais. Il n’y avait de toute façon plus de médecins pour la soigner. Nous avons fuis notre abri, préférant affronter la colère du soleil plutôt que contracter ce mal abject qui faisait hurler de douleur nos proches des semaines durant. Nous avons traversé cette ville fantôme qui était notre terrain de jeu, imaginant l’utilité de toutes ces structures étranges et riant aux éclats devant nos hypothèses farfelues. Puis, tu  t’es effondrée, tu as hurlée, ta peau s’est noircie. Je ne supportais pas de te voir souffrir ainsi… Pardonne-moi de t’avoir fait taire avec cette pierre… Je voulais juste abréger tes souffrances.
C’est avec ces pensées en tête que je verse la dernière motte de terre sur la tombe de ma meilleure amie. Le jour ensanglanté s’est levé, je sens la colère de notre étoile abandonnée brûler mon corps et consumer mon âme. Ce n’est même pas la peine d’envisager de chercher d’autres survivants. De toute façon, notre monde sera bientôt dévoré. Puisant dans mes dernières forces, je me retourne et lève le regard vers la cause de tous nos malheurs. Ce sera mon ultime défi : voir de mes propres yeux cette gigantesque boule de feu qui dévore la moitié du ciel. Et ce sera aussi la dernière chose que je verrai…

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Emy-Lili, texte n°1

Le jour où mon ourson a perdu sa tête.



Il ne fait pas très beau aujourd’hui. Il fait même froid je dirais. J’enfile donc mon dernier pull. La vie n’est pas trop difficile ici. On se lève pour aller à l’école, le soir on joue.
Je me demande pourquoi on nous apprend tout ça d’ailleurs.
J’ai oublié pourquoi je trouve ça inutile …

C’est vrai, mon ourson a perdu un bras déjà !

On va à l’école, on apprend les mathématiques. Je n’aime pas ça, parce qu’on nous apprend à compter. Compter, c’est nul. La nuit, j’entend les dames du dortoir pleurer et crier: « Il ne reste que trois mois ! Compte, putain ! ».

Ca veut dire quoi « putain » ? … Mon ourson a perdu des poils sur le dessus de la tête aussi.

Papa et Maman me rappelaient souvent que je n’aurai pas de cadeau pour mes huit ans. Ils disaient ça avec un air triste. Je ne sais pas pourquoi, je m’en fiche des cadeaux, tant qu’ils sont avec moi.
Mais ils ne sont plus là, ils m’ont laissé ici.
Je me demande toujours pourquoi ils m’ont demandé d’attendre dans cette maison. Il y a plein d’autres enfants, je m’amuse beaucoup. Mais la maîtresse n’a pas l’air aussi heureuse. L’autre jour je l’ai entendu parler avec un monsieur : « C’est horrible de laisser ses gamins ici … Tout ça pour qu’ils soient « plus heureux » ? »

Pourquoi « plus heureux » ?  Je suis très heureux moi, il me manque juste mon Papa et ma Maman …
Ah et mon ourson a aussi perdu un œil. Décidemment.

Les dames qui s’occupent de nous sont vraiment très gentilles. Elles nous offrent souvent des bonbons. Elles nous disent des choses comme « Profitez en les enfants ».
Je ne comprends pas. Ce n’est pas cher des bonbons, non ? On peut en avoir souvent, enfin je pense … Peut-être qu’elles parlent du fait que je n’aurai pas de cadeaux pour mes huit ans ? Il faudrait que je leur transmette les mots de Papa et Maman, qu’elles ne s’inquiètent pas comme ça, j’en aurai d’autres des anniversaires !

Mon ourson a encore perdu un bras cet après-midi.


Et maintenant il lui manque une jambe ! Le pauvre.

Aujourd’hui, tout le monde est en colère. Les dames des dortoirs se mettent souvent à pleurer.
On n’a pas eu classe aujourd’hui. J’ai vu la maîtresse sortir. Elle a marché quelque pas dans la neige. Elle est devenue bizarre ! Elle s’est mise à hurler, très fort, à se prendre la tête entre les mains, s’écrouler par terre, sortir quelque chose de sa poche, le mettre contre sa tête et « BANG ! ». Allongée, sans bouger, sans crier, …
Elle ferait mieux de rentrer, il doit faire froid.

La directrice s’est enfermée dans son bureau, le monsieur qui s’occupe du ménage ne fait pas son travail aujourd’hui. Les rues de la ville sont vides.
Il y a un grand silence. Le seul bruit que j’entends, ce sont mes copains qui jouent dans leurs chambres.

Je suis toujours contre la fenêtre, le ciel devient sombre tout d’un coup.
Mais d’ailleurs, ça me revient …

Mon ourson a la tête décousue maintenant …

Papa et Maman m’en avaient parlé, il a longtemps, d’un gros caillou en feu.

Son deuxième œil est tombé aussi. Il est aveugle, je suis triste.

Un très, très gros caillou. Ils avaient pleuré, beaucoup.
Je ne me souviens plus quand ça devait arriver.

Il a perdu sa tête, ça y est.

Dans le ciel je vois une grande lueur rouge. Un gros trou dans le ciel.
Maintenant je me rappelle, Papa et Maman m’avaient dit que c’était aujourd’hui. Aujourd’hui, c’était le jour du gros caillou.
Je me souviens maintenant pourquoi je n’aime pas compter.
Je me rappelle maintenant pourquoi je n’aurai pas de huitième anniversaire.
Je l’ai toujours su en fait, pourquoi je n’ai pas pris plus de bonbons hier ? …

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HamsterNoeliste, texte n°12

•Deus Sex

Il fait froid. Papa il dit que l’été est mort. J’aime bien l’été, plein de jours j’allais à la piscine, je jouais avec tous mes copains, je mangeais des glaces, parce que Maman elle aime m’acheter des glaces aux Smarties et moi j’aime les manger. Le jour de mon anniversaire, y’avait plein de copains à moi, et on a mangé presque que des glaces aux Smarties. Après on a joué dehors, parce qu’on était tout le temps dehors dans mon jardin, il faisait chaud mais on a trop rigolé. Mais Papa il dit que j’en aurais plus, des anniversaires comme ça. Papa il dit que tout va être détruit, que tout le monde va se casser la gueule et que ça sera bien fait. Des fois il crie tout seul ou contre Maman. Il crie que c’est pas la peine parce que tout va finir, que c’est pas la peine de gueuler, alors il crie contre Maman, parce que de toute façon c’est la fin du monde, que le monde il a qu’à crever à cause de la guerre, pris par les armes et les chars et plein de gros mots. Et puis à la télé ils ont dit ça aussi. À la télé ils parlent tout le temps de la fin du monde dans des films avec des gens qui crient. Comme Papa et Maman. Papa il aime pas les films comme ça, il dit que la télé dit n’importe quoi, il dit que c’est pas fait pour les gosses, en plus il me dit que ça fait peur. Alors moi je regarde pas.

Maman, avec moi, elle m’aime. Elle m’aime beaucoup ma Maman, beaucoup plus. Maman elle me dit toujours qu’il y aura pas de fin du monde, que je dois pas écouter Papa, il y aura jamais de chars et de guerre. Alors j’ai pas à avoir peur. Après, on fera plein de jeux, j’irai à l’école, j’apprendrai à lire, je suis déjà allé à l’école et j’ai eu plein de bonnes notes, alors Papa, Maman, et moi, on était contents. En plus j’aurai plein d’amis et ça sera comme à mon anniversaire. Mon anniversaire cet été, c’était le meilleur de toute ma vie.

Je m’appelle Kalvin et j’ai huit ans. Je suis né en 2012, il paraît qu’en 2012 c’était la fin du monde, mais y’a rien eu. Alors peut-être que cette année y’aura rien. Je sais pas moi. Papa il dit que c’est bientôt. Si ça se trouve, la fin du monde ça existe pas, c’est juste Papa qui fait des cauchemars ou qui lit trop de livres sur la fin du monde, parce que lui il regarde pas la télé. Moi j’aime la télé. Je regarde tout le temps Pokémon Burning Asphalt & Shining Blood New Season: Arena Champions avant l’école, comme ça Papa il me dit que ça peut compenser. À l’école, on parle pas de la fin du monde, on apprend plein de choses avec les copains et le maître et la maîtresse.

Y’a que Papa qui parle de la fin du monde. Mon Papa il crie après moi, il dit que c’est qu’avec Maman, qu’il compte plus, que c’est son problème. Papa il dit même que c’est sa faute, et que c’est tout. Si ça se trouve, y’a que Papa qui aura sa fin du monde. Mais je sais pas, il va pas mourir à la guerre, il travaille pas dans tout ça, mon Papa il travaille sur un navire dans un bureau, ou c’est ce qu’il dit. Mon Papa il m’amène toujours des jolies images de bateaux sur la mer, et de baleines dans l’océan. Il veut partir après la fin du monde sur son joli bateau pour voir la mer parce que ça sera que son problème, il parlera avec les poissons, les oiseaux, les oiseaux et les poissons, qu’ils seront ses seuls amis à lui et qu’ils vont se comprendre. Mais je sais pas où c’est l’océan. De toute façon Papa il dit que pour l’instant il attend la fin du monde. Il dit que ça va tout changer et que ça sera tant mieux. Il dit que c’est que contre lui et Maman, Maman elle dit que c’est que avec elle et Papa. Ils me disent toujours que c’est pour mon bien ou bien que c’est pas grave pour moi. Des fois faut qu’ils parlent. Mais ils crient.

Mais moi je sais pas ce que c’est la fin du monde. Peut-être que Papa et que Maman ils vont mourir, peut-être que mes copains ils vont mourir ou peut-être que je vais mourir. Même si Maman et Papa ils m’ont déjà dit que la mort, c’est pas pour moi, ou c’est que eux qui la comprennent. Mais moi, je suis déjà allé à un enterrement, quand ma Mémé elle est morte. Mais Maman elle dit que je m’en rappelle pas parce que j’étais tout petit, mais avec la musique, c’était triste alors elle a pleuré. Et mon cochon d’Inde aussi, il est mort, mais il était trop mignon. Elle s’appelait Tenshi. J’aimais toujours lui donner à manger des graines et à boire dans son petit biberon. Elle venait toujours vers moi et elle était trop douce, on aurait dit qu’il voulait me faire des câlins. Mais à la fin de sa vie, elle est partie, Maman elle m’a dit qu’elle s’était endormie très longtemps. Mais j’étais petit, maintenant je sais qu’elle se réveillera plus. J’ai beaucoup pleuré quand je l’ai enterrée dans le jardin, avec un peu de foin et un peu de sciure.
Maintenant je suis grand. Moi, je sais pas si on va pleurer lors de la fin du monde, parce qu’on dit qu’on va mourir.
Moi, je veux pas mourir. Je veux manger les tartines de riz moléculaires au Tofu préparées par Maman, et puis aller à l’école avec mes copains rigolos, et puis faire des bisous à Lola, et puis avoir des enfants, et puis devenir cosmonaute, et puis aller sur Saturne avec Lola.
De toute façon, Papa il me dit que je risque rien, que c’est pas mon problème, que je m’en foutrai. Mais je sais pas ce que ça veut dire.

En plus, on dirait que c’est demain ou la semaine prochaine, la fin du monde. On dirait que le monde il va bientôt exploser, parce que Papa a dit que ça va être terrible. Moi, ça me fait peur. Je suis peut-être tout seul, parce que mes copains ils en parlent pas. Mes copains ils disent qu’ils ont vu des trucs que dans les films, avec des bombes, des extraterrestres, des météorites, des explosions, ou des attaques de Kinder Bueno géants. Peut-être que c’est ça, la fin du monde. Peut-être que ça veut rien dire du tout. En tout cas, à la télé c’est pas comme ça. C’est toujours dans les films que Papa regarde, et Papa il dit que c’est dans peu de temps. Papa il a dit qu’il était sûr du temps, mais il voulait me le cacher. Alors, Maman, elle est gentille avec moi, elle veut pas que j’entende Papa. Alors elle me donne des bisous, pareil que quand le matin je vais à l’école. Elle me borde le soir, dans mon lit, avant de faire dodo, elle me dit « je t’aime », même des fois, je l’entends pleurer mais elle elle voulait me le cacher.
De toute façon, Papa il dit que la vie continuera pour tout le monde, il est bizarre, mon Papa. Il dit que j’aurais qu’à faire des études de droit numérique intermondialiste comme tout le monde, que j’aurai un beau diplôme électronique orné de dorures et de longs rubans pourpres comme tout le monde, que j’aurai trois enfants virgule huit comme tout le monde, que j’irai vivre en Nouvelle-Chine ou en Amérique et que je n’aurai pas d’avenir dans un bureau pour signer de la paperasse pendant soixante-dix ans, comme tout le monde. Mais moi c’est pas ce que je veux.

Ce que je veux, c’est pas la fin du monde. C’est savoir ce que c’est. Ça a pas l’air d’être la guerre. Mais c’est calme. C’est tout calme. Papa il crie plus, Maman non plus. Ils parlent plus. Je sais pas. Mais Papa, il a dit que c’était demain. Il a peut-être voulu me le cacher, mais je l’ai entendu et Maman aussi.
Demain, il va chez le juge. Ils vont divorcer.

De toute façon Papa il dit que c’est qu’une histoire de cul.

*

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Kaiwatt, texte n°18

Lui c’est Hope, né le jour de la chute de notre civilisation, il a quinze ans. Ses parents l’ont appelé comme ça parce qu’ils croyaient que ce nom agirait comme une amulette en lui assurant un avenir meilleur, la blague ! Hope incarne tout sauf l’espoir. Il est la chandelle, la rébellion de notre cœur, l’impudente insolence qui nous transporte vers notre glorieuse chute. Il est le chef de notre petite bande, les future corpse, un nom qui résume assez bien notre façon de penser et de vivre. Un groupe de sales gamins prêts à tout pour s’amuser le plus possible dans l’optique d’une mort prématurée. On en a fait baver plusieurs avec nos jeux. Parfois on nous a chassés à coups de fusil.
Un de nos jeux préférés consiste à passer la frontière de notre campement d’une dizaine de milliers d’habitants, un des plus gros camps de survivants. Dix-mille habitants dans une cité qui en comptait près d’un million il y a seulement quatorze ans… Vous pensez bien qu’à ce stade, on ne peut plus nous mentir sur la gravité de la situation ! Elle est même désespérée, la situation. Mais il y en a qui y croient encore, comme ma mère. Je hais ma mère.
Derrière la frontière, c’est la merde il paraît. Près de la ville ça passe encore mais compter le nombre de cadavres que les éclaireurs nous ramènent suffirait à glacer le sang du plus idiot des optimistes. L’autre jour, ils ont ramené le père de Guillaume avec une jambe en moins, la plaie s’est vite infectée et il a été contaminé. Une balle dans la tête et tout était réglé mais ils l’ont fait souffrir jusqu’au bout ces abrutis. Sa femme voulait lui parler avant qu’il meure et elle s’est amenée en chouinant à son chevet. Comme si on n’en voyait pas tous les jours des trucs de ce genre. Le résultat ? Il a cédé au virus et lui à mordu le bras –il ne devait pas beaucoup l’aimer-, il a fallu le lui couper pour éviter qu’elle aussi soit réduite à l’état de bête humaine. Ouai, ouai. « Virus » et « mordu » ça fait très film de zombies comme disent mes parents –je n’en ai jamais vu mais je sais ce que c’est grâce à des revues feuilletées dans la bibliothèque que nous avons miraculeusement pu conserver- n’empêche que c’est flippant, alors la banalité du scénario on s’en tape. Encore si c’était que les humains qui faisaient ça… En fait la contamination humaine est arrivée en dernière. Au début c’était seulement quelques bestioles, les grosses bestioles. On a remarqué qu’elles étaient plus agressives mais personne ne s’est vraiment posé de questions. Mais un jour des bestioles plus petites on commencé à mordre et à bouger de façon incroyable, des herbivores. Ca a vraiment dégénéré quand certaines espèces de plantes se sont mises à pousser de façon anarchique et à se mouvoir pour aller capturer leurs proies, le premier scandale et mouvement de panique étaient dus à l’affaire d’un agriculteur étouffé par ses épis de maïs. Alors on a cherché une explication et devinez quoi ? Aller, c’est pourtant simple à trouver ! Une saleté de virus développé à la basse pour bouffer la pollution qui, au passage, est désormais le dernier de nos problèmes ! Ben bravo ! Ils auraient pu vérifier ce que ce virus faisait aux êtres vivants qu’il parasitait avant de le lâcher, hein ? Et bien ils l’avaient fait ! Mais voilà, il se trouve que les expérimentations en laboratoire n’avaient rien déterminé de dangereux à l’époque car apparemment la majorité des individus était censés résister au virus et aucun des rats testés n’avaient présenté de symptôme. Heureusement encore, sinon je ne serais pas là pour en parler. Je serais dehors en train de gambader dans la nature au milieu des autres espèces mutantes sans trop me soucier d’autre chose que bouffer et marquer mon territoire, en fait c’aurait peut-être été mieux. Mais ça c’est de l’histoire ancienne car les virus, ça mute, et maintenant quiconque est mordu un jour se met à baver et pisser partout le lendemain, charmant. Et dire qu’on m’a donné naissance en plein dans cette apocalypse, quelle irresponsabilité ! Je hais mes parents.
Passer la frontière est un vrai défi, les quelques gosses qui l’ont fait sont entrés dans la légende pour un bon moment. « Si tu passe la frontière, tu crèveras jeune mais avec des couilles ! » Si les adultes savaient ce qu’on faisait il nous fileraient de ces taloches ! Cette fois c’est mon tour. Enfin, c’est censé l’être. J’aime ce jeu mais uniquement quand je regarde les autres essayer, moi j’ai trop peur de le faire. Malgré tout ce que je peux dire ou penser sur les faibles probabilités que je survive aux cinq prochaines années, je ne tiens pas vraiment à les vérifier en prenant des risques. D’ailleurs je ne suis pas le seul, la plupart d’entre nous restent à bonne distance de la frontière. Beaucoup ont peur mais personne ne cherche à prévenir les parents, trop risqué.
Là, Hope essaie de me pousser à y aller. Lui il l’a déjà fait deux fois et il détient le record du plus grand nombre de pas à l’extérieur. Il a du faire environ cent mètres. Après tout, il a sa position de chef à tenir. J’admire beaucoup Hope, je le considère secrètement comme mon grand frère. Mais il ne le saura jamais. S’il le savait il se ficherait de moi. Il m’a appris à lire alors que mon père trouvait ça inutile, puisque de toute façon ça ne me servira à rien si je crève jeune. Hope dit que s’il doit crever jeune, il veut faire en sorte d’être le moins con possible avant de le faire. Et de toute façon, à part faire chier le monde, il n’y a rien d’autre à faire dans ce camp minable. Moi, je pense qu’il va survivre encore longtemps. C’est un battant, un modèle, il ne mourra pas si facilement. Vous l’aurez compris, c’est mon idole. Et moi je suis un lâche, je suis indigne de lui.
-   Non ! Je n’irai pas !
-   Oh que si, c’est ton tour ! T’as pas le droit de reculer, tu me représente ! Si tu n’y vas pas je te vire de notre groupe !
-   Mais non ! J’veux pas y aller ! Et puis t’as pas le droit de me virer, si tu le fais j’irai tout raconter !
-   C’est pas la première fois qu’on joue à ça et il s’est jamais rien passé. Les adultes eux ils n’arrêtent pas de sortir du camp. Alors arrête de faire ta poule mouillée ! Et je te vire si je veux !
-   Oh, c’est bon Hope. Laisse-le ! C’est qu’un bébé, il a onze ans.
-   Ok, ok Sébastien, soupire Hope. Très bien, Yves ! Si tu as tellement peur je vais y aller avant toi mais ensuite t’as intérêt à le faire ! Compris ? Je ne veux pas d'un trouillard de plus ici !
Et on le regarde. On le regarde avec admiration franchir d’un trait les cent mètres qui nous séparent de la limite, elle est bien visible car il y a une grande place vide qui nous en sépare. De l’autre coté de la place, des immeubles encore plus grands que ceux derrière nous, on nous a dit que c’était un ancien quartier des affaires. On voit notre chef ralentir un peu à la frontière, méfiant. Il semble minuscule à côté de ces gigantesques bâtiments à moitié effondrés qui le surplombent. Des  racines partent de leurs fondations comme pour les dévorer et montent jusque leurs sommets malgré la récence de leur abandon. Restes de la ô combien puissante civilisation qui prospérait encore il y a moins de quinze ans, ridicule.
Ca y est, il est de l’autre côté. Il avance, il fait trois pas. Il voit que tout va bien et accélère. Il fait dix mètres. Plus personne ne respire. Il fait vingt mètres. Guillaume tremble de tous ses membres. A vingt-cinq mètres il s’arrête. Il se retourne, quelque chose ne va pas. Hope ne s’arrête jamais avant cinquante mètres. Avant qu’on ne s’en rende compte, avant qu’il n’ait le temps de crier ou de courir, quelque chose fond sur lui et l’emporte. Il ne reste plus rien de lui, pas un membre, pas de sang, comme s’il n’avait jamais été là. Nous regardons, tétanisés, le point où il se trouvait quelque secondes plut tôt. Toujours hagards, nous nous retournons et repartons en silence vers les zones habitées. Lentement nous sortons de notre torpeur et je peux sentir sur moi le lourd regard de toute la troupe. Hope est mort, ça aurait du être moi.

___________

Les adultes constatèrent l’absence de Hope au bout de trois jours. On nous interrogea, aucun de nous ne dit quoi que ce soit. Nous ne pouvions tout de même pas leur dire qu’il était mort à cause de ce jeu stupide, quand même ? Les interrogatoires furent vite abandonnés. Il y eu de brèves funérailles, tout le monde se taisait. Hope eu le droit à une pierre tombale constituée de grandes dalles piochées sur une des places avec son nom gravé dessus. Il était au milieu de nombreuses autres sépultures anonymes. Puis la vie reprit comme si de rien n’était.

___________

Contrairement à ma mère, mon père est très franc. Il est lucide et ne me cache pas que j’y passerai bientôt. Il ne prend aucune responsabilité me concernant, c’est à se demander pourquoi il a accepté de me faire, ainsi que ma sœur. Sans doute pour pouvoir se payer notre tête. Enfin, surtout ma tête. Il n’a pas eu le temps d’attaquer l’autre. Bizarrement, il s’entendait plutôt bien avec Hope. Je crois qu’il a tout de suite compris pourquoi il s’est fait tuer et c’est pour ça que dernièrement il s’intéresse plus souvent à moi ce qui est loin d’être une bonne chose.
Mon père est un éclaireur. Il part régulièrement en chasse ou vers d’autres camps avec son fusil et quelques gars. Parfois, ils ramènent de petits groupes de survivants qui ont choisi de quitter leur village pour rejoindre un plus gros campement où ils pensent avoir plus de chances de survies. Une décision peu judicieuse étant donné que la plupart d’entre eux meurent pendant le voyage.
Les vrais souvenirs que j’ai de cet enfoiré sont aussi rares que marquants et ont tendance à effacer la présence continue de ma mère, un personnage quasi-invisible à mes yeux. Rares parce qu’il n’est jamais chez nous, même lorsqu’il n’est pas en vadrouille, marquants parce que les rares fois où il a semblé se soucier de moi étaient et sont encore les plus grosses gifles que j’aie reçues de mon existence. Comme cette fois où il me donna un revolver à l’âge de six ans, je le regardais curieusement alors qu’il me faisait pointer l’arme sur un chien. Soudain, il me hurla furieusement dessus. Instinctivement je sursautai et tirai sur le pauvre animal. Son regard passa de moi, figé, blanc d’horreur, à l’arme entre mes mains toujours tendues, puis au chien étendu, mort, et il siffla : « T’aurais pas pu faire attention ? » Mais la pire d’entre-elles remonte à l’année dernière, lorsque mon chat, Taro, s’est fait contaminé. Taro, un animal doux et inoffensif -mais qui possédait un sacré instinct de conservation- avait tué ma sœur d’un coup de griffe et lui arrachait les viscères pour s’en nourrir. Mon père débarqua d’un coup dans la pièce, arma son fusil et tira sans attendre. Puis, il saisit les deux carcasses à bout de bras et les balança au feu sans plus de cérémonie. Enfin, il se tourna vers moi alors que ma mère entrait en hurlant dans la pièce  et me dit avec son sourire en coin: « Ben dis-donc ! T’en as eu de la chance !  Sors de là le temps que ça brûle. »

___________

Après trois mois d’absence mon paternel est revenu au camp. Par miracle, on a pu en conserver la moitié, l’autre avait disparut dans l’estomac d’une bête sauvage qui l’avait surpris pendant qu’il pissait dans un fourré, l’héroïsme de cette mort restera à jamais gravé dans nos mémoires.
Apprendre la mort de mon père m’a autant choqué que voir celle de Hope. J’étais pourtant certain que ce type, parmi tous les autres, serait celui qui me survivrait le plus longtemps. Je l’imaginais en survivant solitaire se dressant sur les cadavres de ses amis et sa famille, l’air impassible, avant de retourner à la chasse avec un petit rire cynique, toujours armé de son fusil. Maintenant le voilà sur le sol, démembré, désarticulé, son fusil oublié à quelques mètres de lui et ses amis, sa famille, en train de le pleurer. Une autre de mes croyances venait de s’effondrer, la dernière.

___________

Et maintenant que dois-je faire ? Je regarde avec fascination la chose se contorsionner au milieu du salon. Elle pousse un hurlement de douleur alors que ses membres doublent de volume et que ses veines apparaissent à travers sa peau pâle et suante. Elle n’a plus rien de cette ombre constante et invisible qui me laissait indifférent. Maintenant elle peut me tuer, elle peut me détruire et d’ailleurs elle se tourne vers moi. Elle doit avoir faim, elle a pleuré toute la nuit sur le corps inerte de son époux. Maintenant elle à oublié cet époux, tant mieux pour elle et tant pis pour moi. La porte est derrière elle, si j’essaie de m’enfuir elle me sautera immédiatement dessus. Je ne puis que me recroqueviller dans un coin en espérant que quelqu’un arrive à temps ou qu’elle se désintéresse de moi.
Je recule et me cogne contre le mur, je me fige en sentant quelque chose derrière ma tête. Un fusil. Je m’en saisis mais j’hésite, j’ai peur de tirer. Je pense à ce chien, tué par maladresse. Je pense à Taro, tué par ce fusil alors qu’il aurait pu vivre si on l’avait conduit dehors. Je pense à mon père, mort pour s’être séparé de son arme quelques instants. Mon père dont le corps froid et mort repose sous une bâche dans l’attente d’un enterrement. Qu’aurait-il fait à ma place ? Bien sûr, il aurait tiré. Si je tire, finirai-je comme lui ? En bête de proie tuant pour vivre, vivant pour tuer ? Crèverai-je comme un chien, pour m’être relâché un instant ?
Je pense à ce que Hope aurait fait, Hope mort lui aussi, mort à ma place, mort comme j’aurais du mourir si tout s’était passé comme il le fallait. Si j’étais mort à sa place tout serait différent, peut-être. Mon père l’aurait pris avec lui dans l’expédition et il n’aurait pas été bouffé, peut-être. Mais c’est stupide parce que Hope est mort à ma place. Il est mort parce qu’il a pris Ma place. En cet instant fatidique où Hope est mort, il était moi. Et moi, vais-je mourir parce que je suis moi ? Hope était un battant, Hope est mort parce qu’il est devenu moi. Hope était Yves, je l’ai regardé mourir, je me suis vu mourir. Je suis déjà mort… Bien sûr qu’Yves est mort. C’était tellement évident. C’est Yves qui est mort et moi je suis Hope. Je ne peux pas être moi si Yves est mort. Je suis forcément Hope. Cette chose n’est pas ma mère, elle ne l’a jamais été. Et je suis un battant, je ne crèverai pas comme ça, je le sais.
Je lève mon fusil, j’arme et je tire.

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Krystal, texte n°19

Aveto


   Les aiguilles de l’horloge ne cessaient de tourner, sans arrêt, émettant ce tic tac affreux que beaucoup haïssait. Moi, je m’en fichais, horloge ou pas, le temps avançait inexorablement et nous rapprochait de ce jour fatidique sans que l’on puisse y faire quoique ce soit. Et ça, tout le monde le savait pertinemment.
   Je détournai la tête et regardai ma maîtresse de CE2, qui marquait lentement des multiplications au tableau à la craie blanche. Cette dernière crissait de temps en temps, mais ce n’était pas important. Mes yeux balayèrent la silhouette de l’adulte – svelte, négligemment habillée et cheveux blonds et gras – avant d’atterrir sur la bouteille d’alcool bien en vue sur le bureau. C’était devenu une habitude, depuis quelque temps, de voir des personnes se promener avec de l’alcool sur soi. En réalité, pour certains, c’était la seule chose qui leur permettait de tenir.
   La date bien en vue écrite en rouge sur mon cahier du jour ne pouvait pas mentir. Le neuf décembre deux-mille douze. Aucun d’entre nous ne pouvait ignorer ce qui allait se passer dans douze jours très exactement.
   La fin du monde.
   Ce gigantesque cataclysme qui balaierait la Terre du système solaire. L’explosion du noyau de la planète prédite et confirmée par les plus éminents scientifiques, l’anéantissement complet de la race humaine. Notre fin. J’en entendais parler depuis que j’étais tout petit, et, à vrai dire, ce jour ne m’effrayait pas le moins du monde.
   Un fracas retentit. La maîtresse venait de s’effondrer sur le sol, tremblant et sanglotant en se recroquevillant sur elle-même. Elle marmonnait des paroles incompréhensibles et gardait les yeux grands ouverts, exorbités. Tout comme mes camarades, je n’y fis pas attention et je me contentai de remballer mes affaires avant de quitter les lieux en la laissant à son sort. Nous avions arrêté de l’aider le jour où elle failli tuer l’un d’entre nous en hurlant.
   Sifflotant, je traversai la cour de l’école et sortit dans la rue déserte, délaissée des voitures et des passants, et longeait le mur d’enceinte de l’établissement. Après quelques minutes de marche, je rejoignis la grande rue principale.
   Les magasins autrefois florissants n’étaient plus que des souvenirs. Il ne restait d’eux que des bâtiments carbonisés et des vitrines brisées. Les étalages étaient vides, pillés par des voleurs sans scrupules, et les enseignes taggués. Un spectacle désolant que j’ignorai avec brio tellement cela m’était égal.
   Je levai la tête et vis, pendu à un lampadaire, un homme inerte se balançant au bout d’une corde. Indifférent, je haussai les épaules et continuai mon chemin comme si de rien n’était. Il n’était pas rare de croiser ce genre de spectacle de nos jours, je dirais même que c’était devenu quotidien tellement les gens redoutait la venue de cette fameuse journée. Il arrivait de retrouver plusieurs corps l’un à côté de l’autre en pleine rue, abattus ou de simples suicides. Dans les morgues s’entassaient des cadavres par centaines, si bien que l’on avait arrêté de creuser des fosses communes et l’on se contentait d’entasser les gens dans les cimetières, les laissant en plein air et aux charognards.
   Je sortis de la ville et m’engageai sur une petite route de terre en trottinant, sous le soleil qui tapait plus fort que d’habitude. Ce fut en sueur que j’arrivais au bout de trente minutes à cette petite cabane de bois perdue en pleine campagne, où elle m’attendait déjà.
   Charlotte leva la tête de son livre et m’adressa un grand sourire alors que je l’arrêtai devant elle.

«  Ah, tu es en avance, aujourd’hui.
- Oui, j’ai pu sortir plus tôt aujourd’hui.
- Ce n’est pas comme si c’était encore important que tu ailles en classe. »

   Je me contentai d’hausser les épaules avant de m’asseoir à côté d’elle.
   Du haut de nos huit ans, on ne pouvait pas dire que la vie nous avait offert de meilleur jusqu’à présent. Entendant depuis toujours que le monde allait cesser de tourner le fameux vingt-et-un décembre deux-mille douze, on ne nous laissa aucune possibilité d’avenir, qu’un unique compte à rebours qui dicta la vie de beaucoup.
   Mais pas à nous.
   Je m’étais fait depuis longtemps à l’idée que j’allais mourir jeune, aussi cela ne m’affectait pas autant que certains le voudrait. Je me surprenais parfois à vouloir que ce jour n’arrive vite, rien que pour ne plus supporter le comportement invivable qu’avaient les adultes. Malgré mon jeune âge, et grâce aux événements de ces dernières années, j’avais acquis une maturité hors du commun, et je pouvais sentir quand quelqu’un me mentait ou quand quelque chose n’allait pas. Je suivais de près les rares informations à l’insu de ma mère et je regardais la lente dépravation de notre espèce, les dessins animé ne relatant plus que les sujets sur la fin du monde alors que toutes les chaînes repassaient en boucle toutes les séries existantes, plus personne n’étant là pour les gérer.
   Charlotte était orpheline. Ses parents avaient péris dans l’explosion d’un centre commercial, après qu’un fou furieux, certain de faire ça pour le bien des gens, n’ait mis le feu à quelques kilos de dynamite. Il n’était pas rare d’en trouver, bien au contraire, la seule branche qui florissait en ces temps durs était celui des armes. Jamais un trafiquant n’avait écoulé autant de marchandise qu’en ces dernières années. Les prisons étaient vides, la police absente, les fusillades et les attentats éclataient partout sans que personne n’y fasse quoique ce soit. Et cela ne choquait pas.
   Ma camarade vivait seule dans cet abri isolé de tout, se débrouillant comme elle pouvait pour survivre. Elle avait elle-même amené toutes les affaires qu’elle possédait chez elle ici et y vivait sereinement, loin de la ville et de ses ennuis.
   Au moins, ici, personne ne me tuera.
   Elle avait trouvé cette cabane quand elle était partie se promener, et était venue s’y installé après avoir compris, trois semaines plus tard, que ses parents ne rentreraient jamais plus. Je l’avais rencontré au détour d’une rue en revenant de l’école, alors qu’elle venait de voler à la seule épicerie encore debout de la nourriture pour une semaine. Je l’avais accidentellement bousculée, son butin à terre, et, pour m’excuser, je l’avais aidé à rentrer chez elle. Je venais la voir tous les jours depuis, jouer ou parler avec elle, la regarder sourire. Nous aurions la vie devant nous, elle aurait sans doute été la femme que j’aurais épousée, mais on ne nous laissait malheureusement pas cette chance.
   Quant à moi, je vivais seul avec ma mère. Cette dernière essayait vainement de nous faire mener une vie à peu près normale, saine, mais je savais très bien que c’était inutile. Elle aussi.
   Charlotte referma son livre en soupirant avant de tourner son regard azur dans ma direction.

« Il fait chaud, aujourd’hui, se plaignit-elle. Si ça continue, je vais bientôt devoir retourner en ville chercher de l’eau…
- Je viendrais avec toi, lui répondis-je. Il y a encore des gens qui se sont pendus aux lampadaires.
- Vraiment ? Il va falloir les descendre alors.
- En fait, ils ne prennent même plus la peine d’enlever les corps, ils les laissent pendus là, comme ça. Il y en a plusieurs par lampadaire, maintenant.
- C’est vraiment horrible. »

   Elle se leva et rentra pour ranger son livre avant de ressortir et de me tendre un verre d’eau.

« Quel jour on est ? demanda-t-elle faiblement après quelques minutes de silence.
- Le neuf décembre.
- Je vois. »

   Elle fut secouée d’un petit rire nerveux avant de soupirer.

« C’est affolant, comme le temps passe vite. Les journées me paraissent longues, mais pourtant, elles défilent à une vitesse incroyable. C’est comme si le temps voulait en finir avec nous.
- Ne dis pas ça, il reste encore un peu de temps. »

   Elle baissa la tête et se mit à trembler, le visage caché par ses épaisses boucles anglaises et blondes.

« Oui, profitons-en. »

   Je la quittai finalement un peu plus tard, ne m’attardant pas de trop. Je voulais rentrer chez moi avant que la nuit ne tombe. Je saluai mon amie avant de revenir en ville et de prendre la direction de mon foyer. Le soleil déclinait doucement, sa lumière virant à l’orangé et éclairant les rues. J’aurais adoré cette vision si la vision qui s’étendait devant moi ne symbolisait pas notre déchéance. De nouveaux corps s’entassaient dans un coin, je passai devant sans un regard pour eux.
   J’arrivai finalement chez moi. J’habitais un petit quartier résidentiel épargné par les voyous, qui restait assez sûr malgré la situation actuelle. La petite Clio rouge garée devant la maison m’indiquait que ma mère était rentrée, ce qui ne m’étonna pas. Je fermai la porte derrière moi et, machinalement, je montai à l’étage pour retrouver ma maman assise par terre à côté de l’entrée d’une pièce. Elle m’adresse un grand sourire quand elle me vit arriver, se mit debout et vint m’embrasser.

« Bonjour mon chéri. Tu as passé une bonne journée ? »

   Je lui répondis par un hochement de tête.

« C’est bien. Viens, on va prendre le goûter ensemble. »

   Elle me prit la main et m’entraîna en bas. Avant de disparaître dans les escaliers, je jetai un dernier coup d’œil à la porte à côté de laquelle je l’avais retrouvée. C’était la porte du bureau, là où s’entassaient tous les papiers importants et les ordinateurs, c’est aussi là que mon père allait pour travailler un peu.
   Ca faisait deux mois que papa était dans cette pièce.
   Maman ne cesse de me répéter depuis qu’il travaille dur et qu’il n’a pas le temps de nous voir, mais je sais pertinemment ce qu’il s’est passé dedans. Elle aussi. Et c’était pour cela qu’elle l’avait condamné avec de grandes planches de bois et de scotch.
   La soirée se déroula comme d’habitude. Je faisais des devoirs que je m’étais inventé pour rassurer ma mère tandis cette dernière cuisinait, nous dînâmes ensemble avant que j’aille me doucher et ensuite me coucher.
   J’avais l’impression d’être un véritable robot tellement mes soirées se déroulaient selon le même schéma. Rien ne changeait et j’avais peur que maman ne soit déstabilisé si jamais je venais à changer quelque chose. Elle croyait prendre soin de moi, mais il s’avérait que ce fusse le contraire.
   M’installant dans mon lit, je retirai ma couverture et ne conservait que mon drap que je rabattis sur moi. Il avait fait chaud aujourd’hui. Ma mère vint me dire bonne nuit et je m’endormis comme un bienheureux.
   La nuit fut rapide, sans rêve. Je me réveillai juste avant que l’on vienne me sortir du lit, réprimant un grand frisson au contact de mon oreiller froid. Je battis des paupières et me redressai brusquement alors que ma génitrice pénétrait dans ma chambre.
   Je sautai hors de mon lit et me précipitai vers ma fenêtre.

« Chouette ! m’exclamai-je en regardant la neige tomber. Je pourrais faire un bonhomme de neige aujourd’hui ! »

   Derrière moi, maman sourit. C’était si bon de faire comme si tout allait bien.

…[…]…

   Les journées s’enchaînaient et se ressemblaient toutes. L’hiver était brusquement venu s’installer et il neigeait constamment. Charlotte était obligée de faire un feu pour ne pas mourir de froid et je l’alimentais avec le bois qui s’entassait dans le garage. Ma maîtresse ne prit même plus la peine de venir nous faire classe, aussi je partais le matin de chez moi et passais la journée avec mon amie, qui appréciait grandement ma compagnie.

« Dis… »

   J’arrêtai de rouler l’énorme boule de neige qui composerait la base de notre énième bonhomme de neige et je me tournai vers ma camarade, qui me fixait.

« Qu’y a-t-il ?
- Si… »

   Elle marqua une pause, ses mains gantées se tortillant entre elles.

« Si jamais la fin du monde n’a pas lieue, tu viendras toujours me voir ?
- Bien entendu ! répondis-je précipitamment. Pourquoi ne viendrais-je plus te voir ? »

   Elle me sourit.

« Merci. »

   Nous passâmes la journée à terminer nos bonhommes de neige, tâche fastidieuse ponctuée par d’incessantes batailles de boules de neige et de rires. Au terme de la journée, nous habillâmes nos créations par des vêtements récupérés en ville puis nous reculâmes pour bien les admirer. Charlotte sautillait sur place, heureuse.

« Ils sont beaux, hein ? Regarde, là c’est moi, avec l’écharpe rose, là c’est toi avec le béret, y a mon chat Frizoute juste à côté et les deux autres… »

   Elle se calma un peu, son sourire disparaissant peu à peu de son visage alors qu’elle désignait les deux bonhommes de neige restant.

« … Et là, c’est papa et maman. »

   Elle resta immobile un instant avant de se tourner vers moi, les joues rougies et les yeux embués.

« Ils sont très beau, lui dis-je. »

   Son sourire revint. C’était le seul soleil de la journée.
   Le vingt-et-un décembre. Cette journée arriva tellement vite que je ne me rendis pas compte tout de suite que j’allais bientôt mourir.
   Ce matin là fut semblable aux autres, rien ne changeait si ce n’était que je passai la matinée chez moi, avec ma mère. Un habile mensonge comme quoi la maîtresse était absente ce matin là. Nous passâmes cette moitié de journée à jouer à des jeux de sociétés, à des jeux vidéos, nous fîmes même un gâteau ensemble, au chocolat.

« On le mangera ce soir, d’accord ? »

   J’avais acquiescé avec entrain. Je mangerais quelque chose que j’aimais en guise de dernier repas. Je partis l’après-midi et rejoignis Charlotte en ville.
   Nous atteignîmes enfin la petite cabane de mon amie. Je lâchai enfin la poignée de la petite brouette avec soulagement, frottant mes mains endolories tout en essayant de les réchauffer. Faire le trajet en poussant cette brouette dans la neige n’avait pas été une tâche facile, mais j’étais content d’y être arrivé.

« Tu es sûre ? » demandai-je une énième fois à ma camarade.

   Cette dernière se retourna vers moi, un sourire triste plaqué sur le visage.

« Oui, répéta-t-elle, je suis sûre. Tu viens m’aider ? »

   A contrecœur, je la rejoignis et nous extirpâmes ensemble ce que nous avions ramené avec tant de mal depuis la ville.
   Nous traînâmes à deux la bouteille de gaz dans la cabane que nous installâmes au milieu. Nous soufflâmes longuement après avant de nous asseoir et de discuter autour d’un paquet de biscuit comme si de rien n’était.
   Bientôt, le soleil se mit à descendre dangereusement, aussi il fut temps pour moi de partir.

« Il faut que je rentre chez moi. »

   Mon amie hocha lentement la tête et me raccompagna dehors. Nous restâmes immobiles, face à face, durant de longues minutes avant qu’elle ne décide de briser le silence.

« Eh bien, merci pour tout, me dit-elle. J’ai été heureuse de te connaître avant ce jour.
- Moi aussi. » répondis-je la voix légèrement tremblante.

   Elle me sourit une dernière fois, puis m’embrassa sur la joue.

« Adieu.
- Adieu. »

   Nous nous adressâmes un ultime signe de la main avant que je ne fasse volte-face et que je ne m’éloigne. Charlotte rentra chez elle et ferma la porte dans un claquement alors que je partais vers la ville, retenant avec peine mes larmes.
   Quelques minutes plus tard, une explosion retentit derrière moi. Je continuai à avancer, n’ayant pas le courage de me retourner et d’affronter la vision de cette petite cabane, que j’avais si souvent fréquentée, réduite en miettes. Je ravalai mes larmes et je me mis à courir le plus vite que je pus, loin de tout ça.
   Charlotte était morte, je mis du temps avant de réaliser. Elle était morte et j’allais mourir aussi, tout comme le reste de la population.
   J’aurais tellement voulu la connaître un peu mieux.
   Je rentrai chez moi juste après, je n’avais aucune envie de m’attarder en ville et de voir que le nombre de cadavres avait triplé en une journée. Sans surprise, le déroulement de la soirée ne changea pas, je me surpris même à organiser la journée suivante avant de me rappeler qu’il n’y aurait pas de lendemain.
   Néanmoins, une chose changea lors du coucher. Au lieu de me laisser me changer et me coucher seul, ma mère insista pour m’accompagner. Je ne dis rien, plutôt content de cette initiative, et entreprit de me changer. Maman m’aida à enfiler mon haut de pyjama et le mit correctement.

«  Dis maman… »
   
   Elle releva son visage vers moi, une expression interrogatrice. J’essayai d’ignorer le plus possible les horribles cernes qu’elle avait ainsi que ses traits tirés.

«  Oui, mon chéri ?
- Le Père Noël va passer cette année ? »

   Elle me fixa quelques instants avant que ses yeux ne s’embuent. Néanmoins, elle sourit tout en empêchant ses larmes de couler, son regard essayant de se faire compatissant et rassurant.

« Bien sûr qu’il va passer ! Tu as été très sage, tu auras sûrement plein de cadeaux. »

   Sa voix tremblait, je l’entendais très bien. Je pouvais également discerner le mensonge qu’elle me racontait et qu’elle essayait vainement de me faire gober. Je ne pouvais pas lui en vouloir. Après tout, n’était-ce pas le rôle des parents de protéger leurs enfants ?
   Je souris à mon tour et me précipitai dans mon lit, me glissant sous mes couvertures trop fraîches. Je lâchai un petit cri à leur contact avant de m’y enfoncer davantage, battant des pieds pour les réchauffer. Maman vint après me serrer très fort dans ses bras. Elle m’embrassa le front avant de me border et de quitter la pièce en me faisant un signe de la main.
   C’était la dernière fois que je la voyais.

«  Bonne nuit, mon chéri, me souhaita-t-elle d’une voix faible.
- Bonne nuit maman. »

   Elle ferma la porte, me plongeant dans le noir, seul l’éclat de la lune m’éclairait entre les volets entrouverts. Je restai immobile de longues minutes, fixant le plafond obscur, avant de bouger et de me pencher vers ma table de chevet à côté du lit. J’en extirpai un doudou, rapiécé, un petit phoque que j’aimais plus que tout, avant de me recoucher en silence.
   A travers le mur, je pouvais distinctement entendre les pleurs de maman.
   Je me calai confortablement au creux de mon lit, serrant ma petite peluche contre moi, et fermai les yeux en souriant.
   Au loin, un grondement assourdissant résonnait déjà.

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Link UHE, texte n°13

Maman venait de rentrer à la maison, et je me précipitai sur elle pour l'embrasser. J'étais content qu'elle rentre. Ça faisait longtemps que des méchants n'étaient pas passés, mais on ne savait jamais. Je voulais sortir dehors, c'était l'heure de la cueillette, et Maman accepta de bonne grâce. J'aimais beaucoup aller dans le jardin commun du village. Plonger dans l'air chaud et pesant, contempler les plantes qui s'épanouissaient encore ici, s'asseoir dans l'herbe, et écouter l'air vibrant. Vibrant du bruit du ballet incessant des abeilles.

   Je me levai et tint le panier pour que Maman puisse y déposer les tomates et les autres fruits qu'elle décrochait de leurs branches pendantes. Nous rentrâmes à la maison, passant devant les villageois qui gardaient le jardin. Au loin, se dressant au bout de la rue, non loin de l'entrée des gorges, un mirador imprimait sa marque rassurante. Enfin, il était un peu inquiétant aussi : s'il n'y avait pas eu de méchants, il n'y aurait pas eu de mirador, n'est-ce pas ?

   De retour dans la cuisine, je redemandai à Maman pourquoi nous devions vivre reclus, seuls dans ce petit village dissimulé au fond des gorges. Elle soupira, et, fatiguée, m'enjoignit de prendre le livre sombre posé sur la table du séjour. J'étais assez grand pour le lire tout seul, disait-elle. J'en étais conscient, mais j'aimais bien que Maman me prenne sur les genoux et me raconte l'histoire.

   Installé sur une chaise, j'ouvris le volume. Sur sa première page s'étalait une citation qui, d'après Papa, venait d'un autre très vieux livre : "Un pays beau et vaste, un pays qui regorge de lait et de miel". Puis l'histoire commençait, avec ses images et ses phrases compliquées. Mais j'arrivais à en saisir l'essentiel : elles avaient disparu en quelques années seulement, suite à diverses catastrophes et enchaînements de conséquences. Et puis, sans elles, les plantes avaient commencé à mourir. Et puis les animaux. Et puis les hommes... Nous étions peut-être le dernier village, ou peut-être en restait-il quelques autres. A l'extérieur, hors des gorges cachées aux yeux du monde, des bandes de gens survivaient. C'étaient les méchants, ils se nourrissaient des ruines de l'ancien monde, ou parfois ils se mangeaient entre eux. Ils nous auraient tués sans pitié.

   Par deux fois, il en était arrivé dans le village, mais nous les avions repoussés. Cela faisait maintenant trois ans que nous n'en avions plus vus. Peut-être étaient-ils tous morts, pensait Papa. Ou peut-être attendaient-ils leur heure, répondait Maman. Moi, je ne savais pas. Je voulais seulement continuer à jouer avec mes amis, et à passer mes après-midi dans le jardin commun, sous le chaud soleil, au milieu des plantes, des oiseaux, et des abeilles.

   Mais je sentais bien que mes parents ne me disaient pas tout. J'avais l'impression que tout ça ne durerait pas longtemps. Elles étaient en train de dépérir, les nôtres également. Elles étaient un peu moins nombreuses, d'année en année, d'été en été. Si ça continuait, le village deviendrait comme le reste : un désert mourant et vide.

   Je devins soudainement triste en pensant cela, et une larme coula sur ma joue. Maman revint de la cuisine, et me vit sangloter. Elle me demanda pourquoi, et et je lui répondis. Elle s'agenouilla auprès de moi, me prit dans ses bras, et me cajola longuement. J'enfouis ma tête dans le creux de son cou.

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« Modifié: mercredi 16 mai 2012, 13:31:14 par John Craft »
"You don't use science to show you're right, you use science to become right" Randall Munroe
"A writer is a person for whom writing is more difficult than it is for other people" Thomas Mann
Citation de: Tate
John Craft est admirable et parfait et le plus beau et musclé et qu'il a pas une petite bite du tout!

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« Réponse #23 le: mercredi 16 mai 2012, 16:02:09 »
Salut John !

Ok pour les textes de ton concours. Après tout, ce topic sert à ça ; ce serait dommage de ne plus l'utiliser. ;)
Pour la mise en page, fais comme bon te semble, tant que c'est clair et lisible. La présentation que j'avais utilisée était juste commode pour moi, étant donné que j'avais fait à peu près la même chose pour mon propre concours. Donc y a pas de souci si tu fais autre chose.
Peut-être que ce serait plus agréable si on postait que 4 textes par message, par contre. Et puis, pour que les lecteurs s'y retrouvent, ce serait p'tèt bien de rappeler les thèmes du concours, aussi. Du genre en mettant deux-trois lignes avant chaque fournée de textes (les fournées correspondant aux différents tours de ton concours). Je sais pas ce que t'en penses.

Quant au système d'ancre, je l'avais bel et bien utilisé pour les textes de mon concours, tu peux vérifier. Il m'avait d'ailleurs bien fait rager au changement de version, puisque les balises étaient parties en vrille. Je sais pas si tu t'en souviens. A moins que j'aie pas bien compris le problème...?

Ah par contre ça m'arrangerait qu'on fasse ça demain, si t'y vois pas d'inconvénient. Là j'ai pas mal de boulot. Tu pourrais faire ça tout seul, certes, mais ce serait dommage que des posts osef viennent s'insérer entre les textes pour te permettre de poster à nouveau. ça ferait cracra. :niak:

« Modifié: mercredi 16 mai 2012, 17:39:12 par Prince du Crépuscule »
« Les gens exigent la liberté d’expression pour compenser la liberté de pensée qu’ils préfèrent éviter. »