[align=center]8-Prisonniers de la grotte[/align]
Link avait terriblement mal au crâne lorsqu’il reprit conscience. Tout autour de lui été plongé dans le noir, et il sentait un sol froid et dur sous ses fesses. Tâtant les parois rocheuses près de lui, il conclut qu’il était dans une caverne, sous la terre. Il portait encore ses vêtements qui ne semblaient avoir été brûlés par le feu et son sac pendait toujours à sa ceinture.
- L…Link ?
Le héros sursauta en entendant cette voix.
- A’guì ?
- Link ? C’est bien toi ?
C’était l’indigène, il n’y avait aucun doute.
- Oui, c’est moi… Sais-tu où nous sommes? demanda le garçon.
- Non. Toi ?
- Non plus.
Un silence angoissant prit place entre le jeune homme et l’autochtone. Malaisé, Link tenta de trouver une issue à la grotte. Il abandonna bien vite sa recherche. S’il y avait une quelconque ouverture vers la surface, un rayon de soleil aurait pu lui indiquer le chemin. La lumière étant inexistante en ces lieux, il ne voulait pas risquer de tomber dans une cavité et de laisser son squelette croupir tout au fond pendant l’éternité.
Une question lui venait en tête et A’guì se la posait certainement aussi : comment avaient-ils fait pour atterrir ici, au milieu de nulle part ? Le garçon se rappelait vaguement de la cérémonie de son propre sacrifice – qui n’avait pas eu lieu finalement- et du portail en flammes. Avant d’atterrir dans les braises rougeoyantes, il avait cru voir l’immense porte de marbre s’effondrer sur lui. « Peut-être suis-je mort, » songea-t-il.
Un craquement sec le tira de ses pensées. Il sentait du mouvement tout près de lui.
- A’guì, c’est toi qui bouge ainsi ?
- Non, je… suis immobile. Je croyais que c’était toi quoi t’agitais comme ça.
Link se gratta la nuque.
- Donc, nous ne sommes pas seuls…
Un frisson d’effroi lui parcourut l’échine. Il n’osait même pas s’imaginer le tas de créatures hostiles que pouvait abriter cette obscurité abyssale.
- Aïe !
Dans la noirceur, le jeune homme distingua, quoique difficilement, une masse s’effondrer sur lui. Était-ce le corps d’une chauve-souris gigantesque ou d’une bête des ténèbres? Non, ça ressemblait plutôt à celui d’un humanoïde quelconque, car le héros sentit deux mains s’agripper à lui.
- Qui êtes-vous !? s’écria une voix grave que le garçon reconnut aussitôt.
- Lu… Luryo ?
-C’est moi ! On se connaît ?
L’Hylien le lâcha. Il se tut un instant avant de grogner, reconnaissant la voix du jeune homme :
-Ah, c’est toi, misérable gamin. C’est à cause de toi que je suis prisonnier de cette grotte maudite…
-Link, qui est cet individu avec qui tu dialogues ? demanda A’guì. Je ne comprends rien de tes paroles étranges…
-Qui c’est, celle-là ? Elle ne parle pas l’Hylien, on dirait, fit Luryo en s’asseyant sur le sol rocheux.
Link ne savait plus quoi penser et son esprit était embrumé. Il se laisser lui aussi choir sur la pierre et expliqua à son adversaire sa rencontre avec les indigènes, puis l’effondrement de la porte de marbre. Le garçon était surpris que l’homme l’ait suivi jusqu’au Bosquet Sacré et même dans le torrent de flammes, mais il n’en tint aucun mot. Celui-ci s’éloigna finalement de lui et prit place contre une des parois de la caverne. Le héros en profita pour expliquer la situation à la jeune femme à la peau de macassar qui était déconcertée par le flot de paroles dans la langue étrangère entre Luryo et lui.
La fatigue commença à le tenailler. Il ne savait plus trop combien de temps s’était passé depuis sa disparition dans la porte enflammée et il avait sommeil. Pour chasser son ennui, il sortit l’Ocarina du Temps d’une besace à sa ceinture et se mit à en jouer, doucement toutefois pour ne pas déranger l’Hylien.
-C’est toi, Link, qui joues de cet instrument mélodieux ? le questionna A’guì.
Celui-ci lui répondit par la positive et elle se mit à chanter avec le garçon de sa voix angélique. Luryo, plus loin, était tombé endormi.
Lorsque le héros eut terminé de souffler dans son Ocarina, il aperçut que sa bien-aimée était tombée endormie. Il appuya sa tête contre la sienne et tomba à son tour dans les bras de Morphée.
Personne n’aurait pu imaginer que ces trois individus se retrouvent simultanément dans cette grotte, au milieu de nul part, ensemble. Le hasard peut faire de drôles de choses, quelquefois.
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9-La découverte d’un nouveau monde[/align]
Un bruit strident tira Link du sommeil. À sa grande surprise, un rayon de soleil l’aveuglait. Où était-il ? Avait-il réussi à s’extirper de la grotte ? Si oui, comment ?
Le jeune homme était couché dans l’herbe, au milieu d’une grande plaine verdoyante. Son premier réflexe fut de voir si A’guì était encore à ses côtés. Non, elle n’était pas là. Cependant, tout près de lui, une petite bête au museau pointu muni d’un groin était affalée au sol et émettait des plaintes gutturales. Le héros n’en avait jamais vu des semblables à Hyrule. C’était certainement ses gémissements qui l’avaient réveillé. L’animal semblait blessé, donc le garçon s’empressa de lui venir en aide.
Le petit marcassin – où ce qui semblait en être un – avait une patte maculée de sang. Il avait peut-être été attaqué par un autre animal ou avait tout simplement mis le pied sur des galets aiguisés. Link sortit du petit sac qu’il transportait quelques petits tissus d’un blanc uni et les appliqua sur la plaie de la créature. La bête couina de soulagement. Par chance, le jeune homme transportait toujours avec lui quelques plantes médicinales, au cas où il lui arrivait quelque chose au cours de ses aventures. C’était le moment de les utiliser.
Il sortit de sa besace les racines d’une plante aux formes étranges et se mit à les mâcher. Leur goût était pâteux mais elles possédaient plusieurs soins curatifs qui pourraient aider pour la guérison du jeune sanglier et empêcher l’infection de sa blessure. Le héros cracha la mixture gluante dans sa main et se mit à l’étaler sur la patte meurtrie du marcassin, après avoir enlevé le tissu blanc qui la recouvrait. L’animal réussit à se mettre sur pied et commença à trotter lentement dans l’herbe. Link sourit. S’il n’avait pas sauvé cette petite bête inoffensive – du moins, elle l’était pour l’instant – elle aurait certainement été la proie de charognards. Le garçon se leva et scruta l’horizon qui perdait lentement de sa teinte violacée. C’était encore l’aube et il aurait sûrement le temps de se faire un abri pour dormir avant la nuit.
Tranquillement, il se mit en route vers une forêt qui recouvrait un peu plus loin la plaine herbeuse, le sanglier sur ses talons. Il n’avait aucune idée de l’endroit où il se trouvait mais l’important pour l’instant, c’était de survivre. Il avait presque épuisé ses réserves en nourriture et il faudrait qu’il commence à chasser, bientôt. Mais sa principale préoccupation en ce moment, c’était de retrouver A’guì.
Plus il avançait, plus le soleil se levait et plus il faisait clair. Les rayons de l’astre lumineux l’aveuglaient toujours et sa lueur formait des ombres sur le sol. Néanmoins, Link ne se laissait pas faiblir. Lorsqu’il sentait que sa gorge devenait sèche, il prenait une gorgée d’eau dans sa gourde. Même si ses muscles étaient endoloris, il avançait à un rythme régulier.
Le héros arriva bientôt au boisé dans lequel serpentait un petit ruisseau d’eau cristalline. Le clapotis constant du liquide n’avait rien d’éreintant, au contraire, le bruit était agréable à l’oreille. Le jeune homme s’aspergea le visage et en profita pour remplir sa bouteille qui commençait à se vider. Il pénétra dans l’amas d’arbres, s’appuyant sur des branches et ou des rochers pour ne pas perdre son équilibre.
L’ombre des énormes feuillus et conifères qui formaient la forêt rendait la température plus supportable pour Link qui avait chaud dans sa tunique. Le garçon marchait lentement en regardant de temps en temps au sol devant lui pour ne pas s’enfarger dans une quelconque racine noueuse traversant son chemin. Assurément, cette sylve n’était pas très visitée ; aucune chaussée n’avait été créée pour qu’un individu puisse la traverser.
Le héros se rendit jusqu’à ce qui semblait être un petit étang. Le point d’eau était parsemé de quelques plantes, en particulier des quenouilles. Des nénuphars flottaient à la surface de l’onde calme dans une sorte de mousse verdâtre. Le jeune homme prit place sur un tronc d’arbre qui s’était écroulé au bord de l’eau et bénéficia d’un court temps de repos, avant de se lever et d’assembler un tas de branches d’arbres plus ou moins grosses pour commencer à former un abri rudimentaire. Il fallait bien qu’il se couvre pour ne pas se faire attaquer par des bêtes sauvages durant la nuit ! Link ne connaissait pas les environs et ne voulait prendre aucun risque. S’il avait choisi cette forêt comme refuge, c’est que dans la plaine, il aurait été a découvert et si un orage s’était formé dans le ciel, il aurait eu de grandes chances de se faire frapper par la foudre.
Voilà, il avait fini de confectionner sa couche rudimentaire. Elle était composée de quelques ramures de sapins et de branchettes de toutes sortes par-dessus lesquels il avait posé une mince fourrure qu’il avait dénichée dans son sac pour se donner plus de confort – il fallait avouer qu’il était toujours torse nu depuis sa rencontre avec les indigènes. Au-dessus du refuge, il avait appuyé des troncs d’arbres de taille moyenne contre un plus grand baliveau pour former une «tente» de bois sommaire. Celle-ci lui permettrait de se couvrir si la pluie tombait, la nuit.
Maintenant sa construction terminée, le héros pourrait se reposer un peu et trouver de quoi se nourrir pour les jours à venir. Il n’avait aucune idée du temps qu’il passerait dans ce monde étrange… Link entra silencieusement dans sa cabane de luxe et se laisse tomber sur le coussin dur que formait son assemblage de tissu et de bois. Le confort de cette installation n’était pas très grand, certes, mais il était tout de même acceptable. Il ferma les yeux. Même si le soleil venait tout juste de se lever, il avait déjà sommeil. Lorsqu’il était sortit de sa torpeur au milieu de la plaine, il se sentait curieusement atteint d’une grande fatigue. Le jeune homme entra dans une sorte de rêve éveillé. À demi-conscient, il vit une silhouette se dessiner dans son esprit. C’était celle de Ganondorf. Il songeait souvent à lui depuis quelque temps, il ne savait pas pourquoi. Une chose était sure, son apparition dans les cauchemars du garçon n’augurait rien de bon pour lui… Le seigneur du mal, dans son songe, s’approcha dangereusement prêt de lui. Il grogna :
- Gare à toi, je suis de retour...
À l’extérieur, le marcassin, qui avait suivi le héros durant tout son trajet dans les bois, poussa un couinement aigu avant de s’enfuir.
[align=center]10-La montagne[/align]
C’est une vibration sourde qui réveilla le jeune homme, comme un puissant bruit de pas. Le sol tremblait en secousses régulières sous lui. D’abord paniqué, il essaya de se rappeler pourquoi il se trouvait dans cette étrange tente de bois. Lorsqu’il se souvint des événements qui s’étaient déroulés la veille – notamment son passage dans l’étrange tourbillon de feu au moment de la cérémonie des autochtones – il poussa un soupir de découragement. Il n’avait donc pas rêvé tout cela… Il n’eut pas le temps de s’apitoyer très longtemps sur son sort car il dut aussitôt reporter son attention sur les tremblements de la terre qui s’approchaient dangereusement près de lui…
Link possédait toujours l’épée qui lui avait prêté la princesse à sa ceinture. Il dégaina furtivement la lame et sortit de son abri de luxe. Les sens en alerte, il regarda autour de lui. L’obscurité qui s’était levée l’empêchait de voir convenablement les détails qui l’entouraient. De tout façon, la forêt était devenue silencieuse tout à coup. Le héros n’avait tout de même pas halluciné les secousses ! Il avait la certitude de les avoir ressenties… Il attendit quelques minutes sans bouger ne serait-ce que d’un doigt. Il n’y avait plus aucun mouvement aux alentours de son camp de fortune. Le garçon dut croire qu’il avait confondu ses rêves avec la réalité.
Alors qu’il tournait le dos à l’étang, un souffle chaud sur sa cheville le fit sursauter. Ah, ce n’était que le petit sanglier qu’il avait sauvé la journée d’avant… La bête semblait paniquée. Elle bougeait frénétiquement la tête de gauche à droite et poussait des grognements comme si elle voulait lui dire quelque chose.
Danger… Il y a du danger ici…
Mais… qui avait parlé ainsi ?! Le jeune homme savait bien qu’il était venu seul dans la clairière. Du moins, il le croyait… Peut-être l’avait-on suivi lors de son trajet ?
- Hé ! Il y a quelqu’un ?
Aucune réponse. Si quelqu’un avait marché sur ses pas dans la plaine, même de loin, Link l’aurait très certainement aperçu. Il était pourtant certain d’avoir surveillé ses arrières sur le chemin qui l’avait mené ici. Personne ne l’avait talonné, mis à part… le marcassin blessé… Incrédule, il jeta un coup d’œil à celui-ci…
- C’est toi qui t’exprimes comme ça ? Non, c’est impossible. Les animaux, ça ne parle pas…
Le héros était tout de même perplexe. Qui d’autre aurait pu ou simplement voulu dialoguer avec lui ? Il se dit qu’il se poserait cette question plus tard et décida de suivre l’avertissement qu’on lui avait donné. Rassemblant ses choses à la hâte – il faut avouer qu’il n’en avait pas beaucoup avec lui – il quitta sa construction de bois et s’enfuit de la zone marécageuse.
Au même instant, une créature énorme émergeait de l’eau mousseuse de l’étang.
***
Le soleil se levait tranquillement. Link arriva à bout de souffle à ce que semblait être une éminence montagneuse. Des amas de pierres – certainement des restes d’éboulis - couvraient le sol rocailleux sous ses pieds. Le petit sanglier boiteux l’avait suivi pendant un bout de temps dans la plaine, maintenant une vitesse assez rapide, mais lorsque les deux compagnons étaient arrivés en territoire plus raide, le jeune homme avait décidé de le transporter dans ses bras. Il ne savait pas pourquoi, mais il éprouvait une certaine affection envers le petit animal qui le suivait toujours dorénavant. Peut-être cette créature lui serait utile à un moment donné, d’une quelconque manière ?
Le héros prit une pause sur un plateau un peu escarpé, tout près d’un précipice. Ce n’était pas l’endroit idéal pour se reposer, mais il n’avait pas trouvé un lieu plus hospitalier dans la montagne. Des galets aiguisés pointaient quelquefois à la surface du sol. En avançant, le garçon devait regarder où il posait le pied chaque fois qu’il faisait un pas. Pourquoi avait-il choisi de prendre la direction de cette élévation en quittant la forêt ? Une force mystérieuse l’avait guidé jusque-là. En jetant un rapide coup d’œil au loin, de son point de vue, Link put constater que de l’autre côté de la plaine où il s’était éveillé la veille, il y avait aussi une chaîne de montagne qui s’étendait à perte de vue vers l’horizon… Il aurait été d’un côté au de l’autre en s’enfuyant, cela aurait peu importé. De plus, une étrange fumée noire émanait du boisé où il avait établi son camp la nuit précédente. Rien pour le rassurer…
Le garçon ne s’attarda pas davantage sur la forêt qui brûlait et poursuivit sa route sur le chemin abrupt qu’il traversait. En quelques minutes, il atteignit une seconde plate-forme de la culminance rocheuse. Bénéficiant d’un autre court moment de repos, le jeune homme en jouit car la montée devenait de plus en plus ardue. Lorsqu’il aurait fini son ascension de la montagne, il devrait entamer sa descente… Enfin, sa traversée des éminences glacées terminée, il se retrouverait sûrement en sol plus stable et plat. Selon lui, la seule façon de retrouver A’guì ou un portail menant vers Hyrule était de sillonner les lieux à la recherche d’indices.
Plusieurs heures de marches passèrent sans que Link ne vît le temps passer. Il avait grignoté quelques unes de ses provisions en chemin, mais ses réserves de nourriture s’épuisaient dangereusement. Il ne lui restait plus, dans sa besace qu’il trimballait avec lui, que quelques tranches de viandes salée et des morceaux de pain séché et ranci. Il aurait dû profiter de son passage dans la forêt pour cueillir des petits fruits et chasser le gibier, mais la fatigue avait eu raison de lui. De toute façon, il ne possédait pas l’équipement nécessaire pour traquer des bêtes et ignorait lesquelles des plantes qui poussaient en bordure de la chaussée produisaient des semences comestibles.
Le cycle de jour devait être beaucoup plus rapide dans ce monde qu’à Hyrule, car le soleil avait déjà atteint son zénith et il amorçait lentement sa déclinaison. Le héros devrait rapidement trouver un endroit pour passer la nuit, que ça soit une cavité dans la pierre ou un abri naturel entre deux rochers. Ce n’était pas chose facile à faire… Les lieux hospitaliers étaient rares dans le coin. Pour empirer les choses, plus l’altitude qu’il atteignait était haute, plus la température devenait basse et plus l’air manquait. Le jeune homme s’était maintes fois durant sa traversée de la montagne. Par chance, le petit marcassin qui se tortillait dans ses bras semblait être habitué à ce genre de climat… Au moins, Link n’aurait pas à craindre pour la vie de la créature…
Tout juste avant que l’astre lumineux ne disparaisse de l’horizon, le garçon découvrit un interstice entre deux amas pierreux. C’était l’endroit droit rêvé pour s’installer pour la nuit à venir… Le héros ne se laisse pas prier et glissa dans le trou qui s’était formé naturellement. Il déboucha dans une caverne étroite où s'amoncelaient stalactites et stalagmites. L’endroit était plongé dans l’obscurité et seule une petite partie de la cavité était visible, grâce aux rares rayons de soleil qui parvenaient à y pénétrer. Chose étonnante, le sol poussiéreux était couvert de cendres noires. Peut-être étaient-ce les résidus d’un volcan maintenant éteint ? Bien que cette hypothèse était peut probable, le jeune homme s’y fit. Il se coucha à même le sol crasseux, sans couverture ni oreiller, et s’endormit aussitôt. Le bébé sanglier vint se blottir près de lui, se roula en boule puis, poussant un couinement de satisfaction, sombra lui aussi dans le sommeil.
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11-Du côté d’A’guì
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C’est la lumière éblouissante du soleil qui éveilla A’guì. La jeune indigène était couchée sur ce qui semblait être une immense feuille d’arbre repliée sur elle-même. Lorsqu’elle constata qu’elle était en fait à plusieurs mètres du niveau du sol, elle fut prise de vertige. Tout autour d’elle se dressaient des troncs d’une grandeur monumentale. Comment avait-elle fait pour atterrir ici ? Était-elle dans un songe ? Ça, elle n’en avait pas la moindre idée…
Elle sursauta en apercevant sur une branche, tout près de l’endroit où elle se trouvait, un petit singe gesticulant comiquement qui semblait la regarder avec intérêt. Le primate était tout petit. Il avait de grands yeux exorbités qui lui conféraient un air cocasse. L’autochtone reprit contenance et se mit à l’examiner avec attention. Lorsque l’animal parut remarquer qu’on le fixait, il s’enfuit à grands bonds, sautant d’une branche à l’autre jusqu’à ce qu’il disparaisse dans le feuillage dense de la forêt.
Reportant son attention sur la situation périlleuse dans laquelle elle se trouvait, la jeune femme noire tenta donc de trouver une façon de s’extirper de la feuille géante dans laquelle elle était coincée. Elle mit ses mains de chaque côté de son corps et poussa de toutes ses forces sur la membrane verdâtre. Celle-ci s’ouvrit sur elle-même, accordant la liberté de mouvement à sa prisonnière qui s’empressa de sortir du piège à la hâte. A’guì fut soulagée de constater que tous ses biens avaient été conservés durant de son transport dans ce monde étrange.
Elle-même ne savait pas ce qui l’avait poussé à pénétrer dans le tourbillon de flammes lors de l’effondrement de la porte du Sanctuaire de la forêt, pendant la cérémonie du sacrifice de Link qui n’avait finalement pas eu lieu. Elle avait suivi son instinct en posant ce geste, voyant que le sol commençait à s’écrouler tout autour d’elle. Le héros habillé en vert l’avait suivi dans le maelström. Ensemble, ils s’étaient retrouvés dans une grotte étrange avec un homme dont elle ignorait l’identité. Puis elle s’était éveillée ici, au milieu d’une sylve composée d’arbres géants. L’indigène espérait qu’il ne lui ait rien arrivé de mal par sa faute. Et puis son père… Des larmes se mirent à couler sur ses joues tandis qu’elle imaginait le pire pour lui. Il était certainement tombé dans une crevasse qui s’était formée suite au tremblement de terre qui avait ébranlé les environs de la bourgade. Sa fille espérait qu’il n’était pas mort parce qu’elle ne l’avait pas écouté quand il lui avait dit que son compagnon devait être sacrifié devant la porte de marbre. Elle lui avait désobéi, et les dieux l’avaient certainement puni. Soit dit en passant, son peuple vénérait les mêmes dieux que les Hyliens, sauf que les membres de ceux-ci leur donnaient un nom différent.
Elle essuya ses pleurs du revers de sa main et porta son attention sur le décor insolite qui l’entourait. La jeune femme à la peau d’ébène était perchée sur haute branche qui offrait un magnifique point de vue sur les alentours. La forêt s’étendait à perte de vue jusqu’à l’horizon, et elle perdait lentement de sa verdoyance pour prendre une teinte bleutée plus elle s’éloignait. Sans ambages, elle aurait de la chance si elle parvenait à retrouver Link sous ce manteau d’épais feuillage. A’guì avait devant elle un panorama exceptionnel qui lui fit peu à peu oublier ses pensées négatives. Malencontreusement, elle n’avait pas de temps à perdre si elle voulait retrouver son ami d’Hyrule. Cherchant des yeux une irrégularité de l’arbre sur lequel elle se trouvait ou une branche flexible qui lui permettrait de descendre jusqu’au sol sans danger, elle trouva plutôt une liane qui pendait juste en dessous d’elle. Elle effectua un saut et se laissa glisser sur la pousse pour atterrir agilement sur la mousse qui couvrait l’une des racines du feuillu surdimensionné. Il lui restait tout de même une bonne élévation à dévaler avant d’atteindre le sol. Elle bondit donc en se crispant et ce fut par chance une feuille géante qui amortit sa chute qui aurait presque pu lui être fatale.
Aucun sentier distinct ne semblait avait été tracé sur ce territoire qui était sûrement vierge. Qui avait bien pu grimper tout en haut de l’arbre où elle s’était éveillée et la poser à l’intérieur d’une feuille sans qu’elle ne s’en rende compte ? Était-elle plutôt tombé du… ciel? Son esprit était embrumé et elle se dit qu’elle songerait à tout ça plus tard… Elle fit quelques pas vers l’avant et prit place sur un petit rocher qui se trouvait non loin d’elle. Se mettant à observer la nature qui l’entourait, la jeune femme conclut qu’elle n’était plus à Hyrule, mais bien dans ce qui était sans aucun doute une autre dimension où se déroulaient, il semblait, des phénomènes inquiétants, et ce monde n’avait rien de rassurant.
-Mais où ai-je bien pu atterrir ? murmura-t-elle pour elle-même, inquiète.
Elle était seule au milieu d’un boisé dont elle ignorait l’existence jusqu’alors… Les plantes n’avaient rien de semblable à celles qu’on retrouvait à proximité de son village. En plus d’être couvert d’arbres monumentaux, le sol était parsemé de quelques arbustes et d’une multitude d’autres végétaux de toutes tailles. Si cela lui aurait été familier, elle aurait facilement pu trouver de quoi subsister durant quelques jours. Mais là, c’était différent… Elle ne saurait différencier un fruit comestible et un fruit incomestible ici. Pour empirer les choses, la faim lui tenaillait déjà l’estomac.
A’guì s’était levé et tentait déjà de trouver quelque chose qu’elle pourrait se mettre sous la dent, quand un bruit sec parvint à ses oreilles. C’était une sorte de cliquetis qui lui disait vaguement quelque chose… Elle se retourna vivement pour tenter de déterminer d’où provenait ce son et qu’est-ce qui l’avait produit, or tout était immobile derrière d’elle, excepté le ramure des arbres qui se balançait au gré du vent. Quelques grandes fleurs de couleurs foncées poussaient çà et là sur la terre graveleuse. Croyant que c’était simplement ses sens qui lui avaient joué un tour, l’indigène poursuivit calmement sa route vers un quelconque plan de fruits sauvages. Néanmoins, l’éclat sonore se fit entendre de nouveau, plus près d’elle cette fois. Agacée, la fille à la peau de macassar ne prit pas la peine de faire pivoter sa tête pour voir d’où émanait le chuintement. Elle aurait cependant dû, car une masse gluante la tira subitement vers l’arrière pour la projeter fermement au sol. L’autochtone connaissait les Mojo Baba, ces plantes animées qui s’en prenaient à tous les individus qui passaient à proximité d’elles, mais elle n’avait vu un végétal similaire possédant tant de fougue.
-Argh ! Lâche-moi, sale bête ! s’écria-t-elle en essayant de se libérer de son emprise.
La créature oppressait le sommet de son crâne de plus en plus fortement. Si A’guì ne se défaisait pas de l’influence de la fleur carnivore, celle-ci l’avalerait tout rond. Elle se mit à hurler. Dans un élan de rage, elle planta ses ongles dans la tige de la pousse pour essayer de la faire céder. Par malchance, le monstre était beaucoup plus vigoureux elle.
Ses pensées s’embrouillaient peu à peu. Elle perdait lentement l’usage de ses sens. L’indigène adressa une courte prière aux divinités hyliennes– dans son dialecte, appelées Dan, Fawove et Nauty - pour qu’elles l’acceptent dans l’Outre Monde, avant de fermer les yeux. La plante était en train de l’engloutir presque complètement. Elle qui avait été si forte durant toute sa vie, il fallait qu’elle meurt de cette façon ridicule…
Alors qu’elle croyait que sa vie allait prendre fin dans les prochains instants, elle se vit tirer hors de la mandibule de la créature et entendit une voix masculine lui murmurer à l’oreille :
-C’est fini maintenant…
Elle perdit conscience.
[align=center]12-Du côté de Luryo
[/align]
Luryo ouvrit les yeux. Le mince filet de lumière qui parvenait à ses yeux lui permit de constater qu’il était sur le sol froid d’une petite caverne, certainement sur le flanc d’une montagne. Rapidement, les souvenirs de la pénombre dans laquelle il s’était éveillé après avoir plongé dans la porte en flammes, en suivant Link, lui revinrent en mémoire. Où ce gamin l’avait-il encore fait atterrir ? Fulminant intérieurement, il se mit en position assise et scruta les alentours. Un petit passage menait à la surface, à quelques pas de lui. Le fourbe homme s’empressa de l’emprunter. Il eut tout juste le temps de s’arrêter devant ce qui semblait être une immense cavité dont le fond, plongé dans l’obscurité, lui était indiscernable. S’il ne l’avait pas aperçu à la dernière seconde, il aurait certainement basculé dans le vide et aurait aussitôt mis fin à sa vie en se fracassant le crâne contre les irrégularités rocheuses du trou. Son cadavre aurait croupi dans les profondeurs abyssales pour l’éternité. Il serra les dents. La seule issue qu’il aurait pu emprunter pour quitter cet endroit était impraticable. Il aurait fallu qu’il ait un grappin ou une corde pour pouvoir se balancer de l’autre côté du creux, ou alors qu’il exécute un prodigieux bond vers cet endroit d’où la lumière lui parvenait
Soupirant, il revint sur pas et s’assit sur le sol rugueux sur lequel il s’était éveillé il y avait quelques instants. Il agrippa la gourde d’eau qui pendait à sa ceinture – celle-ci avait miraculeusement survécu à son passage dans le tourbillon de feu – et la porta à ses lèvres. Après en avoir pris plusieurs gorgées, il la replaça à sa taille. Il ne restait plus que quelques gouttes dans le récipient, et Luryo n’aurait rien d’autre pour étancher la soif qu’il allait certainement éprouver dans les prochaines heures. Sur le coup, il avait oublié qu’il était dans un endroit sans issue et qu’il ne découvrirait évidemment aucune source d’onde ici, dans les entrailles de la terre, au milieu de nul part. Il ne lui restait plus qu’à dépérir silencieusement.
Le vil Hylien s’était adossé contre une paroi de la grotte et se mettait à ruminer de sombres pensées sur le sort qui l’attendait, lorsque son regard s’arrêta sur un coin plus sombre de la caverne que le reste de celle-ci. Lentement, ses yeux s’étaient habitués à l’obscurité ambiante, et il percevait de mieux en mieux les détails de ce qui l’entourait. Au début, il avait accordé peu d’importance à son milieu quand il avait trouvé l’issue vers l’extérieur qui s’était révélée vaine, puis la rage, lorsqu’il était retourné vers le lieu de son réveil, l’avait fait ignorer les irrégularités de l’excavation rocheuse qui s’étendait autour de lui. Il n’avait pas remarqué qu’un trou avait été formé dans le roc, non loin d’où il se trouvait. C’était certainement une cavité naturelle, mais peut-être menait-elle à l’extérieur ?
Luryo s’empressa de s’y rendre. Le plafond de la grotte était haut et il ne risquait de se frapper la tête contre celui-ci en marchant, même s’il se tenait bien droit. Un gros rocher dissimulait la crevasse dans la pierre. Celle-ci était assez grande pour qu’un homme puisse se faufiler à l’intérieur aisément, bien qu’il y marchât à quatre pattes. Sans réfléchir, hâté d’être à l’air libre, l’ennemi de Link se glissa dans le trou. Il était assez costaud, et devait donc mettre ses bras sous lui pour avancer dans le tunnel rocheux sans se frapper les coudes contre les côtés de celui-ci. Bientôt, il fit totalement noir et l’Hylien ne put se fier qu’aux autres sens que sa vue pour se guider. Il chemina ainsi durant quelques minutes, se tortillant frénétiquement pour franchir certains passages plus étroits que d’autres. Enfin, il déboucha sur une vaste pièce faiblement éclairée par un rayon de soleil venant d’un trou pratiqué sur le plafond en dôme de celle-ci. Mais… si cette ouverture avait été créée à cet endroit précis, c’est que quelqu’un avait percé la pierre pour laisser passer la lumière de l’astre solaire ! Il était très improbable que la nature ait formée cet orifice toute seul.
La salle était cependant vide, dénuée d’objets. Le sol était assez lisse, mais non sans posséder quelques aspérités ici et là. De gros stalactites laissaient couler des filets d’eau qui, à leur tour, créaient des stalagmites, formant d’immenses colonnes rocheuses à travers la pièce. Un petit passage était visible entre deux de ces piliers naturels. Luryo l’emprunta. Il menait dans un petit tunnel de roc. L’Hylien n’avait pas fait un pas qu’un son de crissement, semblable à un bruit de pas parvint à ses oreilles, le faisant sursauter. C’étaient certainement ses sens qui lui jouaient des tours. Autour de lui, de ce qu’il pouvait discerner dans le noir – les murs de pierre et la surface sur laquelle il marchait-, tout était normal. Il poursuivit donc son chemin sans se poser des questions. Mais le bruit se fit de nouveau entendre. Une lueur apparut soudain au bout de la galerie. C’était un éclat orangé, et sa lumière vacillait comme celle… d’une flamme. Luryo s’approcha silencieusement du scintillement insolite. À sa grande surprise, une ombre était distinguable derrière la lueur. C’était celle d’une créature de petite taille qui avait certainement une torche à la main. Le prétendant au trône d’Hyrule s’arrêta. Il ne semblait pas avoir été repéré par l’humanoïde. L’homme n’osait pas bouger. Certes, la bête à la silhouette floue aussi restait immobile. Luryo, inquiet, se mit à avancer à pas très lents vers la lumière du feu qui dansait au bout du tunnel. À son grand soulagement, il constata que ce n’était pas une quelconque bestiole qui tenait un flambeau qui en était la source, mais bien la statue d’un individu dans les mains de lequel brûlait de la résine dans un crépitement. Qui avait bien pu l’allumer ? À Hyrule, il y existait plusieurs forces aux pouvoirs inexpliqués, donc le rival de Link ne s’inquiéta pas trop de cette illumination surnaturelle. Depuis son passage dans la porte enflammée du Bosquet Sacré, plus rien ne l’impressionnait, ou presque, mais pas cette embrasement spontané d’une torche.
Une fois redevenu calme, Luryo se mit à examiner la sculpture creusée dans la pierre. Avant étonnement, il se rendit compte qu’elle représentait la déesse hylienne de la force, Din. Ce n’était pas pour rien qu’un feu brûlait au creux de ses paumes. Elle avait été façonnée dans une pierre différente de celle qui l’entourait, donc on l’avait certainement installé là dans un but précis. Ses yeux, étincelants à la lumière vacillante des flammes, étaient fait de rubis. Elle portait des boucles d’oreilles fait d’une pierre précieuse qui lui était inconnue et un pendentif incrusté d’un superbe joyau pendant à son cou. L’Hylien était un homme avare, et il ne put s’empêcher de s’imaginer la fortune qu’il pourrait faire avec ces petites gemmes, s’il retournait un jour d’où il venait et les vendait. D’ailleurs, était-il encore au royaume de Daphnes ? Ça, il n’en avait pas la moindre idée. Ce qui importait, pour l’instant, c’était de trouver une fichue issue à ce dédale rocheux. Or, le tunnel dans lequel il avait marché était un cul-de-sac. Il était coincé à l’intérieur de cette caverne et ne verrait peut-être plus jamais la lumière de soleil. La déesse lui avait-elle fourni cette lumière pour le guider vers un quelconque but ? Non, c’était impossible… N’y pouvant plus, il tendit le bras et, d’un mouvement sec, arracha l’ornement qui formait le collier de la divinité.
Au même moment, les globes oculaires de la statue se mirent à briller d’un éclat aveuglant, comme si elle prenait vie. Apeuré, Luryo tomba à genoux et, tremblant, posa le bijou devant la sculpture qui allait peut-être bientôt s’allumer. Il bredouilla :
- Je… je suis désolé ! Je… ne voulais pas profaner votre représentation ! Je vous en prie, ne me faites pas de mal ! Pitié…
Sans vraiment s’en rendre compte, accroupi, il reculait, s’éloignant lentement de la dame en pierre au regard rutilant, dont les yeux devenaient de plus en insupportables à regarder, ce dont l’ennemi de Link se garda bien de faire. Et puis, tout d’un coup, il entendit un cliquetis, et le sol se déroba sous lui.
Il était tombé dans un trou sorti trou droit de nul part. Lorsqu’il avait pris la direction de la lumière au bout du tunnel, il avait bien vite remarqué que le sol parsemé de roches de différentes grosseurs était stable et assez régulier, et qu’il ne courait pas le danger de basculer dans une quelconque cavité dissimulée quelque part. Maintenant, Luryo, dont tout d’abord la chute avait été verticale, se voyait glisser dans un passage qui prenait une inclinaison de plus en plus horizontale. La descente dura un long moment. Enfin, l’Hylien déboucha sous ce qui semblait être une cascade et atterrit… dans l’eau, dans une grande éclaboussure. Il cala pendant un court moment, mais remonta vivement vers la surface de l’onde en agitant ses jambes. Lorsqu’il émergea, il constata avec soulagement qu’il était à l’extérieur. Un rayon de soleil atteignant ses yeux affaiblis par l’obscurité le confirma. En quelques coups de brasse, il atteignit le bord de la source dans laquelle il avait plongé. Une brise chaude soufflait, faisant flotter ses longs cheveux noirs derrière lui. Ses habits ne mettraient sûrement pas beaucoup de temps à sécher. Il jeta un coup d’œil rapide autour de lui. Une forêt luxuriante s’étendait aux alentours de la chute, celle-ci puisant son giclement tout en haut d’une immense montagne au sommet couvert de glace. C’était à l’intérieur de celle-ci que l’homme s’était retrouvé à son éveil. Il régnait alors dans la grotte une froideur glaciale. Était-ce aussi là-dedans qu’il avait rencontré Link et une jeune femme au dialecte bizarre ? Le héros avait paru s’entendre étrangement bien avec cette demoiselle… La connaissait-il déjà ? Peut-être que Luryo avait tout simplement rêvé cette rencontre biscornue ? Il n’en avait aucune idée…
Maintenant assis aux abords du trou d’eau, il faisait défiler dans son esprit les événements qui s’étaient succédés depuis le début de la Chasse aux gemmes. Tout d’abord, il avait été surpris par les soldats de la princesse alors qu’il s’apprêtait à attaquer son ennemi à la tunique verte. On l’avait amené devant celle-ci. Or, pour une raison inconnue, Zelda l’avait laissé poursuivre sa recherche des globes vitreux. L’Hylien s’était empressé d’aller rejoindre Link et le prendre discrètement en filature. Il voulait voir si la fille de Daphnes prenait un parti pris pour le garçon, en lui donnant des renseignements sur l’emplacement des cristaux convoités des prétendants au trône. Luryo s’était retrouvé au Ranch Lon Lon et l’avait vu échanger quelques mots avec la fille de son propriétaire. Le jeune homme avait donc pris la direction du village Cocorico, puis de la cité Goron. Finalement, il s’était dirigé vers la Forêt Kokiri, où son opposant n’avait jamais voulu aller. Peut-être s’était-il aperçu que le fourbe individu le suivait et voulait le mettre en déroute ? L’homme ne s’était pas laissé impressionné par la pénombre mystérieuse qui couvrait ce boisé magique. Le gamin l’avait conduit dans un petit village où, semblait-il, tous les habitants étaient des enfants. Il avait pénétré dans les Bois Perdus, était finalement arrivé au Bosquet Sacré puis… était disparu. Luryo s’était aménagé un camp de fortune à proximité du gigantesque chambranle de marbre qui avait été installé dans la clairière. La porte qui y était incrustée semblait mener sur nul part. Jusqu’au premier retentissement de la cloche annonçant la fin de l’épreuve, au moins, le vil personnage voulait faire certain que le héros ne trichait pas. Avant que les deux autres tintements ne se fassent entendre, il aurait certainement le temps de trouver une ou deux des perles qu’il recherchait. Presque une journée avait passé avant qu’une troupe indigène arrive près de la construction géante. Sur une modeste table qui avait été posé devant les battants de pierre, on avait installé… Link ! Ses poignets avaient été liés au meuble rudimentaire à l’aide de racines végétales. L’ami de la princesse avait certainement été capturé par ces individus à la peau noire. Luryo avait frétillé de joie en s’imaginant le sort qui lui était réservé. Il serait certainement sacrifié lors d’un de ces barbares rituels que font les sauvages, en de rares occasions. La lune était bien ronde dans le ciel. Un bourreau s’était avancé vers le gamin. Il serait bientôt hors d’état de nuire aux projets de l’Hylien. Son temps était compté. Au grand désarroi de l’homme, alors qu’il allait assister à son exécution, une étrange mélodie s’était répercutée jusqu’à ses oreilles. Celui qui était supposé le décapiter s’était tourné vers la source de ce bruit. Le temps qu’il se rende compte de la disparition de sa victime, celle-ci était déjà loin de lui. Luryo l’avait vu s’enfuir dans le bois dense sans qu’il ne puisse rien faire. Il était furieux… L’ennemi du héros n’avait pu essayer de concevoir à qui appartenait la voix féminine qui avait chanté que le sol s’était mis à trembler sous lui. De ses propres yeux, il avait vu la colossale porte qui surplombait la forêt commencer s’écrouler sur elle-même, et un tourbillon de feu s’était formé en son centre. Ne suivant que son instinct, il avait plongé à l’intérieur, suivant Link qui avait fait de même. Un peu plus tard, il s’était réveillé dans une étrange caverne complètement plongée dans les ténèbres, puis dans une autre faiblement éclairée.
Un cri perçant retentit de la forêt, derrière Luryo, le tirant de ses pensées. Il était vraiment tombé dans la lune ! Vivement, il se retourna pour voir qui avait poussé le hurlement. Un peu plus loin, entre les immenses arbres qui formaient la riche jungle, une silhouette diffuse semblait se débattre avec une plante semblable à celles qu’ont les Mojo Baba. Tout courant, l’Hylien se dirigea vers l’individu en détresse. En quelques enjambées, il l’avait déjà atteint. Une jeune femme à la peau d’ébène était presque engloutie par un immense végétal carnivore. Dégainant le petit glaive qui pendait à sa ceinture – celui-ci avait été conservé lors de son voyage dans ce monde mystérieux – il trancha la tige de la fleur animée. Sa tête, dans les teintes de bleu, tomba lourdement au sol. Il dégagea le corps inerte de l’indigène de la gueule du monstre, avant de lui souffler à l’oreille que tout était fini.
Un déclic se fit dans son esprit. La fille du chef de la tribu autochtone n’était nulle autre que celle qui avait chanté au Bosquet Sacré, certainement dans le but de sauver Link, et celle qui était atterrie dans la grotte avec lui et le héros.
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13-Du côté d’A’guì et de Luryo[/align]
C’est avec un mal de tête épouvantable qu’A’guì se réveilla. La femme à peau noire se mit en position assise et posa les mains sur ses tempes. La migraine atroce qui la tenaillait ne lui permettait pas de la permettait de se concentrer sur d’autre chose que son mal. Elle resta ainsi immobile durant plusieurs minutes. Enfin, la douleur se dissipa. Elle leva les yeux pour constater avec étonnement qu’un charmant jeune homme la regardait fixement de ses yeux sombres. Tout d’abord, elle fut soulagée, car elle n’était pas la seule dans ce monde mystérieux peuplé de créatures touts aussi étranges les unes que les autres. Mais depuis combien de temps l’observait-il ainsi avec intérêt ? L’indigène se trouvait encore dans l’immense jungle dans laquelle elle avait atterri il y avait peu de temps. Combien de temps s’était écoulé depuis qu’elle s’était réveillée dans l’immense feuille repliée sur elle-même au faîte d’un arbre ? Elle n’avait plus aucune notion du temps. Justement, que faisait-elle là, installée sur la souche d’un gigantesque tronc qui était certainement mort il y avait très longtemps ? Elle se rappelait qu’une immense fleur bleue carnivore l’avait gobée lorsqu’elle avait passé à proximité de celle-ci. Après, plus rien. Elle avait certainement perdu conscience après qu’une voix lui est murmurée quelque chose à l’oreille. Mais… c’était certainement celle de ce garçon !
Un long silence s’insinua entre les deux individus. L’homme semblait trouver la timidité de l’indigène amusante, car un demi-sourire se dessinait sur ses lèvres. L’autochtone, par contre, était très embarrassée. C’est son regard énigmatique et perçant qui la clouait sur place. A’guì sentait qu’il avait quelque chose d’attirant, et elle ne pouvait s’empêcher d’arborer une mine gênée en le voyant.
Luryo trouvait aussi que la demoiselle à la peau de macassar était séduisante. Il n’était jamais vraiment tombé amoureux, et ce n’était pas maintenant qu’il allait commencer, se disait-il. Mais il éprouvait un certain malaise en la voyant. C’était un sentiment nouveau pour lui, il ne savait décrire ce qui l’habitait. Il ne connaissait presque rien aux femmes. La mère de l’Hylien était morte juste au moment où celui-ci naissait, donc il n’avait jamais vraiment eu d’autre représentation féminine que sa seule et unique sœur Loja, qui avait vécu au milieu d’une famille composée uniquement de mâles. Celle-ci avait rapidement quitté la maison pour aller rester avec son amant, car elle avait déjà atteint l’âge de la majorité au royaume de Daphnes. Soit dit en passant, il était le dernier né des cinq enfants, bien sûr, car sa génitrice s’était éteinte en le mettant au monde.
Cessant de contempler le joyau que la nature avait placé sur son chemin, le prétendant au trône d’Hyrule se décida à rompre l’absence de paroles échangées. D’une voix chevrotante, il bégaya :
- Bonjour, je… euh… je m’appelle Luryo.
Il n’avait jamais aussi manqué d’assurance de toute sa vie. Ses mains étaient moites. Nerveusement, il chassa une mèche de cheveu rebelle qui lui tombait devant les yeux. L’indigène affichait un faciès hébété. Les paroles de l’Hylien étaient complètement incompréhensibles pour elle. Ce dernier se rappela qu’elle ne parlait pas le même dialecte que lui. Il l’avait entendu parler avec Link dans la grotte obscure où il s’était retrouvé avoir plongé dans le maelström, au Bosquet Sacré. Comment le gamin avait-il pu apprendre cette langue biscornue ? Comment avait-il rencontré cette autochtone ? Il l’ignorait. Pour l’instant, ce qui importait pour lui, c’était de ne pas paraître idiot devant une femme.
La demoiselle à l’épiderme d’ébène ne l’observait plus. Elle fouillait maintenant dans un petit sac de cuir qu’elle portait au niveau de la taille. Elle sortit une petite fiole contenant un liquide sombre et opaque de la besace, ainsi qu’un objet qui ressemblait drôlement à un pinceau. Sous les yeux ahuris de Luryo, elle s’approcha de lui et… lui fit signe d’enlever son chandail ! Interdit, il s’exécuta quand même. L’autochtone plongea son instrument semblable à une brosse dans la mixture insolite qui se trouvait dans le flacon et se mit à dessiner une série de symboles mystérieux sur son torse.
- Mais qu’est-ce que… ? bredouilla-t-il.
Toutefois ravi de la proximité de la jeune femme, il la laissa finir son travail. Ensuite, elle rangea soigneusement ses choses dans sa petite sacoche.
- On se comprend mieux désormais, non ? fit A’guì d’une voix cristalline, un sourire accroché aux lèvres.
L’homme reconnut tout de suite la voix de la fille, l’ayant entendu dans la grotte sombre lorsqu’elle parlait à Link. Or, cette fois là, elle parlait un dialecte totalement différent du sien. Ahuri, l’homme mit un peu de temps avant de comprendre que c’était grâce aux dessins qu’elle avait dessinés sur son corps qu’ils pouvaient maintenant communiquer entre eux. Comment la jeune indigène avait-elle exécuté ce prodige ?
- Je voudrais te dire merci, ajouta-t-elle. Merci de… m’avoir sauvé la vie…
La fille à la peau de macassar conservait un accent qui n’avait rien d’Hylien. Luryo répliqua :
- Ce n’est rien ! Je t’ai entendu crier et… et je suis venu à ton secours. N’importe qui t’aurait venu en aide dans de pareilles circonstances.
A’gu’ì plissa les yeux avant de demander :
- C’est toi qui étiez dans la grotte plongée dans le noir et qui adressiez la parole à Link, non ?
- Oui, c’est bien moi…
- Moi-même, j’ignore comment nous avons fait pour nous trouver les trois dans cet endroit ténébreux et ensuite… ici. Je me demande bien où est le garçon aux vêtements verts et aux oreilles pointues comme les tiennes. Je commence à m’inquiéter pour lui…
Sa curiosité l’emportant sur sa discrétion, l’Hylien la questionna :
- Comment… comment as-tu rencontré Link ?
L’indigène lui raconta brièvement comment une troupe de guerriers de sa tribu dirigée par son père avait trouvé le héros à proximité de l’immense chambranle qui dominait les Bois Perdus. On l’avait amené à la bourgade. Après un bref entretien avec le père de l’autochtone, le garçon avait voulu s’enfuir du village. On l’avait vite rattrapé et amené de force devant un autel sacré pour que les divinités le débarrassent des mauvais esprits qui habitaient son corps. Pour l’empêcher de décamper de nouveau, on l’avait solidement attaché avec des liens. Il s’était vite calmé. Ce n’était non pas à cause de l’influence que les personnages célestes exerçaient sur lui, mais bien parce qu’il avait un plan en tête, ce que la jeune dame ignorait. De toute manière, Link avait oublié ses idées d’évasion apercevant la demoiselle à la peau noire, qui l’avait en quelque sorte envoûté. Le jeune homme avait appris qu’il devait être sacrifié devant la gigantesque porte le soir venu, car une prophétie, celle «de Hulma » selon ce qu’il avait pu comprendre, en disait ainsi, et la tribu indigène était très vouée à sa religion. Il s’était tout d’abord révolté, mais lui et A’guì avaient préparé un plan de fuite. La fille, même si elle avait ensorcelé le pauvre adolescent, tenait à ce qu’il reste en vie. Au moment où il allait être décapité, elle avait chanté de sa plus belle voix. Le héros avait profité de l’inattention de son bourreau pour quitter la table qui était supposé être son lit de mort et se cacher dans la végétation environnante. À son grand désarroi, le sol s’était mis à trembler et des crevasses s’étaient formées autour de lui. Étaient-ce les déesses qui étaient en colère ? Nul ne le savait. Les colossaux volets de pierre s’étaient ouverts dans un bruit assourdissant. Des flammes s’étaient mises à tourbillonner au milieu du chambranle qui semblait donner sur nul part. Ne suivant que son instinct – car elle voyait bien que la palissade dans laquelle était incrustée la porte était sur le point de s’effondrer -, l’autochtone s’était jeté à l’intérieur, suivie de Link et enfin de Luryo qui n’avait vu que le garçon se précipiter dans le maelström. Tous trois avaient perdus conscience et l’avaient repris dans un endroit dépourvu de lumière.
L’Hylien était suspendu aux lèvres de l’indigène. Il comprenait maintenant mieux les circonstances des derniers instants qu’il avait vécus dans le royaume de Daphnes. Le héros était donc certainement lui aussi en quelque part dans ce monde étrange. Malgré lui, même s’il l’haïssait, il espérait que le gamin revienne indemne à Hyrule, car sinon on porterait assurément le blâme de sa disparition sur lui et on l’enverrait aux cachots, s’il revenait au Château. Il songea au récit que la jeune femme à la peau de macassar venait de lui faire. Il avait apprit des choses qu’il ignorait jusqu’alors, mais plusieurs questions lui demeuraient cependant en tête. Il posa la première qui lui vint à l’esprit :
- Qu’est-ce donc cette «prophétie de Hulma » dont tu m’as parlée ?
Les deux individus étaient maintenant assis sur un petit rocher. Après l’avoir libéré de l’emprise de la plante carnivore en abattant celle-ci, Luryo avait amené la jeune dame près de la chute du haut de laquelle il avait plongé dans le point d’eau en émanant de la montagne d’où venait sa source. C’était là qu’elle s’était éveillée après être revenue à elle.
La fille répondit à la question que l’homme avait posée antérieurement :
- Cette prophétie a été écrite – car oui, mon peuple pratique l’écriture depuis longtemps- par un très ancien oracle qui habitait notre petite cité à ses débuts. Cette personne était l’un des premiers habitants de la bourgade. Autrefois, nous étions un petit peuple nomade qui vient de très longtemps. Nous avons parcouru une longue route dans les Bois Perdus. À un moment donné, nous avons atteint ce que vous appelez le Bosquet Sacré. Peu de gens connaissent l’existence de cet endroit mythique mais surtout dangereux, excepté quelques personnes, notamment des gens de l’entourage de la princesse, car, bien sûr, Daphnes est mort depuis quelques temps. Tu te demandes certainement d’où je tiens tous ces renseignements. Notre tribu possède plusieurs objets anciens, dont des globes de cristal qui nous permettent de voir au-delà de notre territoire. Malheureusement, je ne l’ai pas avec moi.
Elle marqua une courte pause avant de poursuivre :
-Pour revenir au sujet initial, mes ancêtres sont un jour arrivés à la clairière à proximité de laquelle nous nous sommes installés par la suite. Parmi ces voyageurs se trouvait le vénérable oracle Hulma. C’était le chef de la cohorte. Plusieurs le vénéraient. En quelques mots, sa prophétie disait qu’un jour, «quand celui-ci qui tentera de détruire la Porte viendra, il sera décapité devant celle lorsque le soleil disparaîtra». Je ne crois pas à toutes ces balivernes, donc j’ai aidé Link à s’évader… Et si elles se révélaient vraies, mon père a certainement mal interprété l’augure.
Le héros avait vraiment vu la mort de proche. Luryo songea aux paroles que A’guì venaient de prononcer avant de la questionner de nouveau :
- Est-ce vous qui avez bâti l’immense porte de pierre au Bosquet Sacré ?
- Bien sûr que non ! Une journée, nous nous sommes éveillé, et cette colossale construction surplombait la forêt. La vieille, elle n’y était pas. Aucun mortel n’aurait pu concevoir un objet aussi formidable en moins d’une nuit. Ce sont certainement les déesses qui nous ont offert ce cadeau.
- Vous… vous priez aussi Din, Farore et Nayru ?
- Évidemment ! Ce sont les grandes créatrices du monde ! Comment ne pouvons-nous pas leur vouer un culte ?
- Je croyais qu’elles avaient simplement créé Hyrule.
- Le monde est plus vaste que vous ne le pensez. Heu… je ne t’ai pas encore demandé ton nom. Qui es-tu ?
L’Hylien se présenta. Une foule d’interrogations se bousculait encore dans son esprit. Maladroitement, il demanda :
- Pourquoi… pourquoi n’avons-nous jamais entendu parler de votre tribu ?
Aguì sourit. Elle répondit :
- Ce n’est pas que nous ignorons l’existence des Hyliens, bien au contraire, mais nous nous faisons assez discrets, il faut avouer. De plus, peu de gens s’aventurent dans les Bois Perdus, et encore moins au Bosquet. Veux-tu que je t’éclaircisse sur un autre point, Lu… Lieuro ?
- Luryo, la corrigea-t-il en ne pouvant s’empêcher de sourire à son tour. Oui, j’ai dernière question : m’aurais-tu envoûté par hasard ?
- Non, pourquoi ?
L’homme s’approcha doucement d’elle et posa un baiser sur ses lèvres.