Chapitre 6: le Pont aux Misérables
Ils partirent très tôt, lorsque les nuages gris foncé du début de l'Aube s'annonçaient. Mornox avait prêté au quatuor des chevaux pour leurs péripéties à travers Hyrule. Il vaut mieux savoir déguerpir le plus vite possible lors d'assauts de bulblins.
Haraar se laissait bercer par les foulées de son destrier tandis que Ganondorf était loin devant, au grand galop. Ozérann avait refusé l'offre du roi de l'Aube et avait opté pour la roulade. Les gorons sont spécialistes en la matière. Link n'était même pas au galop, il marchait tranquillement, la tête baissée. Il se rendait bien compte qu'il n'aurait pas dû cacher son identité à ses compagnons. Même le vagabond, étreint d'admiration pour lui, cherchait maintenant à l'éviter. Ganondorf tournait autour des arbres à une vitesse telle que le quadrupède qu'il avait sous lui avait du mal à le suivre. Link prit un petit trop pour rejoindre Haraar, maintenant à l'arrêt.
- Je suis désolé, murmura t'il, je n'aurai pas dû me faire passer pour quelqu'un que je ne suis pas.
Haraar fronça les sourcils.
- Hum... Dit le vagabond.
Ils rejoingnirent bientôt la plaine d'Hyrule qui était, pour Ganondorf et Ozérann, une plaine de jeu immense. Sans plus attendre, le seigneur du mal lança son destrier à la poursuite du goron. Et ils tournèrent ainsi quelques minutes, jusqu'à ce que Link lève la voix:
- Il faut aller par le Pont de Misérables, n'oubliez pas.
Ozérann s'arrêta un instant, s'étira en baillant et se massa le torse.
- Ne t'inquiète pas, l'ami. On est bientôt arrivés. Tu ne veux pas passer par Toal?
Link le foudroya du regard et partit au galop, suivi de ses compagnons.
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L'Aube n'avait pas touché cette partie d'Hyrule. L'humidité et le froid qui s'échappaient du pont en fesait un endroit sinistre et lugubre, car la nuit était tombée, transformant le souffle glacial en vapeur qui générait du brouillard. L'endroit était complètement désert. Hirdùs, le fidèle de Mornox qui s'était fait très discret en survolant la plaine, prit la parole:
- Nous dormirons ici, siffla t'il, nous serons en sécurité.
- Vous rigolez? Se plaignit Haraar. Ici, des voleurs et des rénégats hylien sèment la panique!
- Justement, vous êtes protégés. C'est l'endroit où les truands sont les moins endurants. Ils viennent souvent de loin et sont épuisés dès qu'il arrivent ici. Il suffit simplement de sortir son épée au bon moment et...
Hirdùs trancha en deux le sac de provisions que le quatuor avait apporté.
- Vous avez eu la démonstration de se qu'il fallait faire en cas d'urgence. Dit il en rangeant son cimeterre.
Soudain, des pas se firent entendre et trois personnes surgirent hors de portée du brouillard. Bizarrement, elles s'inclinèrent devant les cinq compagnons.
- Je suis Ulbac, dit le premier, un grand homme aux cheveux roux et aux yeux bleus.
Et il se redressa.
- Je suis Baldac, dit le second, un paysan de taille moyenne aux cheveux blonds et aux yeux noirs.
Et il se redressa.
- Je me nomme Rasdac, dit le dernier, un serf vu ses habits, ses cheveux noirs bouclés et ses yeux verts scintillants.
Et il se redressa.
- Dites, c'est pas bientôt fini, ce manège? Rugit Hirdùs.
Les trois eurent un geste de recul.
- Ho, ne vous fâchez pas, messire, dit Rasdac, nous ne sommes que d'humbles paysans.
- Vous êtes frères, ou je me trompe? Ironisa Haraar.
- Tiens, qui voilà! S'exclama Ulbac. Haraar est de retour! On te croyait mort, avec le froid et la neige de ces derniers temps.
- Attends, la neige, ça lui a ramonné les sinus, ces quelques jours sans nourriture et dans la tempête! Ricana Baldac.
Ganondorf, Link, Ozérann et Hirdùs se tournèrent vers le vagabond.
- Vous... Vous vous connaissez? Questionna Link en regardant succèssivement les frères et Haraar.
- Si on se connait? Dit Rasdac. Nous étions des "amis" à monsieur!
- Ha oui? Fulmina le vagabond. Vous étiez toujours servi par moi quand je rammenait de la nourriture de la citadelle!
- C'est bien se qu'on disait, tu étais un ami! Récapitula Baldac.
Haraar se résigna à leur arranger le portrait, vu que Hirdùs irait tout dire à Mornox.
- Tenez, prenez un peu de nos provisions pour nous laisser tranquilles. Dit le fidèle du roi de l'Aube.
Les trois frères ne se firent pas prier. Il se ruèrent sur le sac. Très mauvaise idée. Hirdùs leur asséna un coup de poing bien placé dans la figure. Ils se retrouvaient maintenant tous les trois par terre, la tête dans les mains en gémissant. L'homme-vautour s'accroupi à côté d'Ulbac et lui murmura:
- Filez. Je ne veux plus vous voir roder par ici.
Ulbac leva des yeux suppliants vers lui, mais rien n'y fit. Il se contenta de recevoir un coup de pied, cette fois-ci. Après quelques minutes, les trois frères avaient déguerpi, laissant le calme revenir sur le pont. Mais ce calme fut de très courte durée car, surgissant fièrement du brouillard à leur tour, apparu deux soldats hylien sur leurs montures royales.
- ... Alors, je l'ai attrapé par le cou et je lui écrasé sa face sur le mur! Tu aurais dû voir ça, Attahor, c'était du pur spectacle!
- Je n'aurai pas raté ça si le roi ne m'avais pas convoqué, Sattur! Les choses ne se passent pas comme elles devraient l'être!
Il s'arrêtèrent devant les cinq compagnons et les lèvres de celui qui semblait être Attahor s'étirèrent en un large sourire.
- Ho, regarde, de la marchandise toute fraîche!
Haraar lui lança un regard noir. Ces hommes, si ils ne se défendaient pas, les vendraient au marché aux esclaves de la citadelle. Cette idée fulgurante traversa l'esprit de Ganondorf qui se rua sur les soldats. Mais un coup de garde de l'épée de Sattur l'empêcha de réaliser son double assassinat. Blessé, le seigneur du mal s'éffondra à genoux devant les rénégats qui éclatèrent de rire.
- Celui-là est bon pour le chef de l'école d'escrime! Tu as vu son épée? Dit Attahor.
Sattur acquiesa lentement, ne quittant pas des yeux Link.
- Hum... Celui-ci m'a l'air en pleine forme, tu devrais le faire livrer aux ministres, ils seront ravi d'avoir ce dur à cuire dans leurs rangs.
Link lui lança un regard emplit de haine. Les deux rénégats descendirent de leurs montures, de longs filets à la main.
Non, cette aventure ne se terminera pas maintenant! C'est hors de question!
Haraar sortit son épée et se rua sur les soldats, désarmés et surpris. Hirdùs l'imita à son tour ainsi que Ganondorf, Link et Ozérann. Les coups fusèrent de partout et bientôt les deux rénégats s'écroulèrent, assommés. Les cinq compagnons les cachèrent sous le pont, pour être sûr que le lendemain, ils ne retrouveraient pas leurs traces, malgré les protestations de Ganondorf et d'Hirdùs qui voulaient absolument les tuer.
Ils se couchèrent enfin, tranquilles pour la nuit, maintenant que les brigands ne passent plus par là qu'au lever du jour.