Un chapitre de transition mais capital car il s'agit d'un chapitre charnière qui introduit la partie finale du premier livre de
Walvesblaeser. Bonne lecture à ceux qui lisent ceci.
Livre I :
Chapitre 10 : Investigations
Dès que les Agents furent sortis du palais impérial et à l’abri d’oreilles indiscrètes, Hael se retourna vers le nouveau venu. Ils s’étaient arrêtés au milieu de la place impériale encore déserte car bloquée par la neige.
Si Hael avait fait bonne figure devant l’empereur pour ne pas le froisser, il affichait désormais un tout autre visage, un visage qu’Albret lui avait déjà vu quelques jours plus tôt, lorsque le jeune mage avait été surpris par Hael avec un de ses livres à la main : une expression presque inhumaine de rage explosive comme un volcan en sommeil depuis trop longtemps. Les veines sur ses tempes et les muscles de sa mâchoire saillaient sous la peau livide tandis que de fugace éclats rougeoyants comme des braises luisaient dans ses iris.
Il s’avança vers Richard qui malgré sa taille légèrement supérieure à celle de Hael semblait s’être affaissé sur lui-même.
-Écoute-moi bien, Boucle d’or, gronda-t-il. Si Son Auguste Majesté t’as mise dans nos pattes, c’est que tu dois avoir une quelconque utilité, en tout cas je l’espère pour toi, parce que sinon il se pourrait que tu ne fasses pas de vieux os. Je dois déjà me trimbaler un boulet plus ou moins rétif à mon autorité, mais de ta part j’exige une obéissance totale, il est hors de question que je doive faire la nourrice pour un morveux supplémentaire. Maintenant que l’empereur est au courant, nous pouvons commencer à travailler sérieusement. Elérick et Laura vous ferez équipe aujourd’hui, vous allez à la pêche aux infos auprès de nos informateurs, Eulalia tu viens avec moi, nous allons nous pencher sur le cas Wenger. Il ne nous reste qu’à caser l’Inaffilié et le bleu ensemble. Albret tu lui apprends tout ce que tu sais sur la magie, vu tes connaissances ça ne devrait pas prendre trop de temps.
Hael ne laissa à personne le temps d’émettre une objection.
-Allez, au travail.
-Attends un instant, protesta Eulalia. On n’a même pas eu le temps de faire connaissance.
-Tu feras ami-ami plus tard, le boulot d’abord. Rendez-vous ce soir à l’auberge.
Avant d’avoir pu ajouter quoi que ce soit, Eulalia fut presque traînée de force par Hael qui s’éloignait vers la place de l’empereur Hadrien.
-Ne vous en faites pas, dit Laura d’un ton rassurant en tapotant l’épaule de Richard. Elérick s’est fait appelé « nounours » pendant trois mois et aujourd’hui Hael l’adore. Au début il vous déteste et vous en fait baver et après il vous adore. Bon, on va y aller Elérick.
-Ouais, approuva le colosse. J’ai pas envie que l’on retrouve nos cadavres calcinés dans une ruelle mal famée parce que l’on sera parti à la bourre.
Ils partirent à leur tour, laissant Albret et Richard seuls ensembles.
-Il semblerait qu’il ne reste plus que nous, constata le garde du ton maladroit d’une personne qui ne sait pas trop quoi dire. Je m’appelle Richard Modeg, ravi de te rencontrer.
Il tendit une main qu’Albret serra prudemment.
-Albret Rotdrache, enchanté.
-Bon, il semblerait que l’on ait un certain nombre de choses à se dire. Si on allait chez moi pour se boire un café, tu m’expliqueras tout là-bas.
Richard lui adressa un sourire engageant puis ils se mirent en route.
Ils restèrent silencieux durant tout le trajet cependant, alors qu’ils marchaient Albret observait à la dérobé le garde. Dès que celui-ci s’en apercevait et tournait son regard vers le jeune mage, il détournait les yeux. Un sourire fugitif faisait frémir les lèvres du garde et ses yeux bleus se plissaient légèrement. Albret gardait alors les yeux tournés bien droit devant lui, faisant attention où il posait le pied. Parfois il surprenait un regard curieux que Richard lui lançait. Il devait être aussi curieux d’Albret qu’Albret était curieux de lui.
Richard vivait à l’est de Keiserburg, bien loin des grandes artères qu’Albret avait fréquenté depuis son retour à Keiserburg, dans un quartier essentiellement résidentiel.
Les pubs, les petits commerces et les habitations s'entremêlaient dans un réseau complexe de petites rues pavées et de places où, en été, coulaient des fontaines et jouaient des enfants.
Le garde habitait un petit immeuble de deux étage bordant une place plantée de platane. Le rez-de-chaussé était occupé par une boulangerie et la boutique d'un apothicaire. Les appartements occupaient les premiers et deuxième étages. On y accédait par un petit escalier situé dans une ruelle exiguë située derrière l'immeuble.
-Je suis désolé pour le désordre, s'excusa Richard en introduisant sa clé dans la serrure de sa porte d'entrée. Je n'ai pas pris le temps de faire le ménage ces derniers temps.
Albret craignit le pire : un célibataire de moins de trente ans, ça ne devait pas être particulièrement ordonné. L'image de la chambre chaotique de Lodd lui vint en mémoire. Mais lorsque la porte s'ouvrit sur l'appartement de Richard, Albret constata avec soulagement que la nouvelle recrue des Agents ne vivait pas dans une porcherie. Quelques moutons de poussières traînaient certes dans certains coins mais tous les meubles étaient à une place logique et à l'endroit et tout semblait à peu près ordonné.
Le premier étage était occupé par un salon et une petite cuisine regroupés en une pièce unique. Près d'une fenêtre, un fauteuil défoncé avait été installé à côté d'une petite bibliothèque et un guéridon sur lequel avait disposée une lampe. Le parquet avait été couvert d'un tapis en passablement mauvais état sur lequel avait été placé une petite table ronde entourée de quatre chaise dont une semblait plus usée que les autres ; Richard ne devait pas recevoir beaucoup de visiteurs. La cuisine se composait d'un simple fourneau, d'un évier et d'un plan de travail baigné dans la lumière qui tombait d'une fenêtre. Un étroit escalier en bois partait d'à côté de la porte d'entrée et montait à l'étage où devaient de trouver la chambre de Richard, la salle de bain et autre commodités.
-Installe-toi, l'invita le garde en montrant la table circulaire.
Albret ôta son manteau de cuir qu'il mit sur le dossier de sa chaise avant de s'y installer tandis que Richard s'activait devant son fourneau avec une cafetière métallique. Le garde disposa deux tasses face à Albret et à la place à la droite du jeune homme ainsi qu'un brioche sans doute achetée dans la boulangerie située au pied de l'immeuble. Quand la cafetière se mit à siffler, Richard vint remplir les tasses du breuvage fumant avant de prendre place à côté du jeune mage.
-Alors, tu devais me donner un cour condensé sur ce qu'il faut savoir sur la magie ? commença Richard.
-C'est exact, répondit Albret. Le problème c'est que je ne sais pas par où commencer. Que savez-vous de la magie ?
-Absolument rien.
Albret poussa un long soupir : ça promettait d'être long et fastidieux.
-Pour commencer, il faut définir un mage. Un mage est un être capable de manipuler l'énergie de son propre corps, ce que l'on appelle l'ios : l'énergie primordiale née avec l'univers. Cet ios peut servir ensuite à contrôler l'ios latent dans l'environnement du mage. Vous suivez jusqu'à maintenant ?
-Ça peut aller.
-Mais pour pouvoir utiliser l'ios latent dans la nature, le mage doit découvrir son affiliation et passer l'épreuve d'Affiliation lorsqu'il atteint la maturité nécessaire, c'est-à-dire vers l'âge de sept ans. Alors le jeune mage doit tracer les six glyphes de descellement et celle qui réagit le plus fortement est celle de l'affiliation. Un mage est alors capable d'utiliser toutes les glyphes mais entretient un lien particulier avec les glyphes de sa caste affiliée.
-Qu'est-ce-que sont ces glyphes ?
-Ah, les glyphes sont le cœur de la magie. Ce sont des symboles que le mage doit tracer avec son ios pour utiliser la magie. Ils permettent d'activer un sort. Il en existe de toutes sortes.
-Je pourrais avoir plus de précision ?
-C'est un peu compliqué, vous êtes sûr de vouloir plus d'explication à ce sujet ?
-S'il-te-plaît.
-Les glyphes se divisent en six castes : la première est la lumière, la deuxième le feu, la troisième la terre, la quatrième le vent, la cinquième l'eau, la sixième les ténèbres et à ces castes vient s'ajouter un groupe de glyphes appelés glyphes neutres. Ces derniers sont les seuls à être utilisable sans avoir passé l'épreuve d'Affiliation. Ensuite chaque caste est séparée en deux sous-groupe : les éclatantes et les illusionnistes pour la lumière, les combustibles et les explosives pour le feu, les rocheuses et les métalliques pour la terre, les venteuses et les foudroyantes pour le vent, les liquides et les glacés pour l'eau, les sombres et les hypnotiseuses pour les ténèbres. Je vous épargne les glyphes offensives, défensives, physiques, curatives et autres. Par contre ensuite les glyphes sont classées en fonction de leur puissance : les glyphes simples sont celles destinées à un usage quotidien et relativement inoffensives, les glyphes complexes demandent un niveau de maîtrise plus élevé et sont plus dangereuses, les glyphes arcaniques sont très dangereuses et demandent un niveau de maîtrise très élevé, et enfin les glyphes régaliennes. Ces dernières glyphes sont la magie très puissante dont l'empereur vous a parlé tout à l'heure. Il s'agit d'après ce que j'en sais que de sont des glyphes extrêmement dangereuses et puissantes qui on été particulièrement employé durant la Guerre Archaïque. Elles sont si dangereuses que leur usage a été prohibé et qu'elles ont été isolées dans les Chambres Glyptiques.
-Ces Chambres d'un groupe inconnu cherche à ouvrir pour s'emparer des glyphes régaliennes, c'est bien ça ?
-En effet. Ah, il n'existe pas forcément un glyphe pour chaque usage que l'on peut imaginer. Dans ce cas là, on doit utiliser les algorithmes glyptiques. On combine plusieurs glyphes entre eux par des processus un peu long à détailler mais le principe c'est de coordonner plusieurs glyphes pour obtenir un effet plus complexe que ce que peut nous offrir un seul glyphe.
Albret but une gorgée de café. Il avait eu le temps de tiédir durant ses explications. Richard coupa des tranches de brioche et en prit une dans laquelle il mordit pensivement.
-Je me montre peut-être indiscret de te demander ça, mais tout à l'heure ce Greif t'a appelé « Inaffilié ». Est-ce que ça veut dire que tu n'as pas encore passé ton épreuve d'Affiliation ?
Albret se figea. Il ne s'attendait pas à que le garde ait remarqué ce détail.
-Si ça te met mal à l'aise d'en parler on peut changer de sujet, tu sais, s'empressa d'ajouta Richard.
Le mage se frotta le menton avec perplexité. Si ce garde avait pu encaisser sans broncher la vérité sur l'empereur, découvrir que lui n'était pas un véritable mage ne devrait pas le choquer outre mesure.
Albret poussa un long soupir.
-Si je n'avais qu'à passer l'épreuve d'Affiliation, ce serait merveilleux, mais être un Inaffilié est quelque chose de bien plus grave. Je n'ai pas d'Affiliation, lorsque j'ai passé l'épreuve, aucune des six glyphes de descellement n'a réagit. De fait je ne peux ni développer mes pouvoirs, ni utiliser de glyphes autres que des neutres, et d'un niveau très bas. C'est à peine si je suis un mage. C'est d'autant plus frustrant que pour un Inaffilié je suis extraordinairement chanceux : j'ai des pouvoirs plus puissants que la moyenne des Inaffilié, ce qui me permet d'employer des glyphes un peu plus compliquées. En outre, car je n'ai jamais eu de famille, l'Académie Impériale de Magie ne pouvait pas me renvoyait et l'actuel directeur, Maître Faovre, m'a même pris dans sa classe de glyphie.
-Maître Faovre ? Blodérack Faovre ?
-Ah, oui c'est vrai vous devez le connaître.
-C'est un mage ?
-Un elfe, pour être plus précis. Vous ne vous en étiez pas rendu compte ? Avec la couleur de ses yeux et de ses cheveux, pourtant.
-Il était brun avec des yeux marrons, comment pouvions-nous nous en douter ?
Albret éclata de rire.
-Sacré, Maître Faovre, il a dû modifier son apparence avec quelques illusions. En tout cas, vous n'avez aucun soucis à vous faire. L'empereur a été entre de bonnes mains. Maître Faovre a été l'une des rares personnes à me traiter comme un être humain à l'Académie, et ce malgré cette malédiction qu'est l'inaffiliation. Ce n'est pas le cas de tout le monde, surtout pas de Hael. Pour lui, je ne suis qu'une gêne de plus qu'il doit supporter.
-Et il est toujours aussi aimable qu'il l'a été tout à l'heure.
-Toujours. Ça fait une dizaine de jour que je le connais et j'en peux déjà plus. Il est insupportable.
-Je n'ai pas très bien compris ce que tu venais faire avec ces Agents de l'Alliance, tu n'en es pas un, non ?
Albret rit jaune.
-Sûrement pas, qu'est-ce qu'ils feraient d'un Inaffilié ? J'étais un étudiant presque comme les autres. J'avais ma vie avec mes quelques amis, puis un soir où j'étais resté un peu tard à la bibliothèque je me suis retrouvé nez-à-nez avec Hael et son groupe qui étaient entrés de force dans l'Académie pour y dérober un livre. Je me suis joint aux professeurs pour lutter mais j'ai été enlevé par les Agents qui pensaient qu'en m'emportant ils emportaient le livre recherché avec eux. Quand ils se sont rendus compte que je m'en étais débarrassé, il était trop tard. J'ai alors été alors un peu...malmené par Hael.
Richard qui allait porter sa tasse à ses lèvres s'interrompit.
-Ils t'ont...malmené ? répéta-t-il d'un air sombre. Tu veux dire...qu'ils t'ont fait du mal ?
Ses sourcils se froncèrent et une ombre passa sur ses yeux bleus.
-Quelques coups de la part de Hael et d'Elérick, enfin heureusement qu'Eulalia était là pour calme le jeu et me rafistoler. En tout cas je me suis débrouillé pour leur fausser compagnie.
Albret avait préféré passer sous silence son altercation avec Hael, à en juger par l'expression qu'avait prise le garde à l'évocation des sévices subis par Albret, la possibilité d'un conflit assez violent n'était pas à exclure.
-Je souhaitais rentrer à l'Académie par mes propres moyens, poursuivit-il. C'était vraiment pas loin. Seulement sur la route, j'ai fait une rencontre très déplaisante. Une jeune fille a essayé de me convaincre de rencontrer des personnes plus ou moins louches et très intéressées par ma personne. J'ai refusé, elle a commencé à se montrer plus agressive. Les Agents sont arrivés à la rescousse et ont mis en déroute la jeune fille qui s'est enfuie. Après m'avoir ramené à l'Académie, Hael a exercé un chantage passablement odieux sur Maître Faovre pour l'obliger à le laisser m'emmener avec lui ; il fallait garder à l’œil ce gosse si important aux yeux d'une organisation hypothétiquement dangereuse. De fait me voilà embarqué dans cette galère qui fleure bon les ennuis gros comme des dragons. Désolé que vous aussi vous ayez été embarqué par malheur sur le même navire que moi et, pire que tout, Hael Greif.
-Le râleur, j'en fais mon affaire. Tu peux m'en dire plus sur les trois autres ?
-Eulalia, l'elfe avec les cheveux châtains, est très gentille, très douce et si je ne l'avais pas vu combattre, je me demanderais ce qu'elle fait avec les trois autres brutes. C'est une indéboulonnable optimiste, parfois un peu niaise, mais elle cherchera très vite à devenir votre ami. Laura, la brune qui a l'air aussi commode que Hael, a très mauvais caractère et est assez agressive et sarcastique. Elle est distante et froide mais je pense qu'elle a en fait un très bon fond et derrière son apparence bourrue elle est très amicale. Elérick, le géant qui ne parle pas beaucoup, j'ai du mal à me faire une idée de lui. Il est discret, ce qui est étonnant vu sa carrure, et je n'ai eu qu'assez peu l'occasion de le côtoyer. Je ne pense pas qu'il m'aime beaucoup, sans doute parce que je lui ai donné pas mal de fil à retordre lors de l'attaque de la bibliothèque. Il n'a pas l'air d'avoir inventé l'eau chaude, Hael pense à sa place.
-Et si tu me parlais de toi ? Je peux déjà constater que la vie ne t'a pas gâté et que ça t'a endurci.
-Vous devinez bien.
-Je dois scruter les nobles qui fréquentent la cour pour déterminer s'ils représentent un potentiel danger et ça depuis une dizaine d'année, je comprends assez bien les gens. Allez ne te fais pas prier.
-D'accord, je suis Albret Magnus Rotdrache, né à Keiserburg il y a bientôt dix-huit de cela. Fils de ont ne sait pas qui, abandonné pour on sait quelle raison, quoique le fait que je sois un mage n'y soit sans doute pas étranger. Élevé jusqu'à mes cinq ans dans un orphelinat de Keiserburg que j'ai quitté quand, miraculeusement, un certain Blodérack Faovre m'a trouvé et emmené à l'Académie pour que je sois formé à la magie. La suite vous le savez, on a découvert que j'étais un Inaffilié et depuis ma vie a été infecte à quelques détails près. Elle l'est toujours d'ailleurs, elle l'est peut-être plus.
-Et cynique en plus.
-À votre tour, je ne vois pas pourquoi je devrais être le seul à parler de moi.
-D'accord, je m'appelle Richard Modeg, j'ai tout juste vingt-sept ans. Je suis né à Hesselchta et j'y ai vécu jusqu'à mes dix-sept ans. Je suis alors parti à Keiserburg pour entrer dans l'armée. J'y étais depuis à peine deux semaines quand Edvard Hasel m'a contacté pour me proposer de devenir garde du corps de l'empereur. J'ai vite compris que mon boulot consisterait à pourrir la vie de Grausam tout en veillant sur Lonan. J'ai sauté sur sur cette magnifique occasion de mettre des bâtons dans les roues de cette pourriture même si, à l'époque, cela signifiait pour moi être la nounou d'un sale gosse pourri-gâté. Dès que je suis entré en fonction je me suis rendu compte que je me trompais, tout comme mes six collègues : Lonan et Helwenn étaient loin d'être des gamins capricieux, bien au contraire. Lorsque nous sommes arrivés, nous avons tous les sept senti qu'ils avaient peur de nous, bien que Hasel avait fait attention à prendre des gardes du corps très jeunes pour installer plus aisément une relation de confiance entre eux et nous. Tous deux se recroquevillaient à notre approche comme s'ils craignaient d'être frappés. Ça faisait vraiment mal au cœur de voir autant de peur et de tristesse sur les visages de ces enfants. On ne les voyait sourire qu'à l'arrivée de Blodérack Faovre et dès qu'il partait, ils redevenaient silencieux. Il nous a fallu un peu de temps et l'aide de monsieur Faovre mais on a fini par gagner leur confiance.
Richard eut soudainement l'air nostalgique, il fixait la fond de café qu'il restait dans sa tasse d'un air rêveur.
-On a vraiment été des grands frères pour eux, poursuivit-il, on a fait des batailles de boules de neige avec eux, on a descendu les escaliers en chevauchant les rampes, on a fait des parties de cache-cache dans toute l'aile gauche du palais. On leur a appris à manier l'épée pour se défendre, à nager dans les thermes du palais. Heureusement pour eux, Grausam les a toujours laissés tranquilles seuls dans leur coin.
-Mais bientôt Lonan n'aura plus besoin de votre protection, constata Albret. La Résistance va tenter de mener une action pour renverser Grausam. S'ils réussissent, l'empereur prendra en main l'état et il n'aura plus à craindre Grausam.
-Je sais, répondit le garde. Helwenn a déjà quitté le palais il y a deux ans pour aller vivre chez son grand-père maternel, le comte de la marche de Hesselchta. Je crois que, au fond, on redoutait presque ce moment. On savait bien qu'il faudrait un jour se séparer de Lonan, mais...
La porte de l'appartement de Richard s'ouvrit à la volée, faisant trembler les murs. Le garde s'interrompit, abasourdi. Un homme se tenait en contre-jour, sur le seuil. Il respirait avec force, comme s'il avait couru. Albret remarqua qu'il portait les mêmes vêtements que Richard, il reconnut un des gardes de l'empereur.
-Leosh, bredouilla Richard. Qu'est-ce que...
-Lonan nous a dit que tu partais, est-ce que c'est vrai ? Le coupa abruptement le nouvel arrivant.
-Oui, c'est vrai mais...
-Comment peux-tu faire un truc pareil ? s'emporta Leosh. On s'était promis de ne jamais laisser tomber Lonan ! On est tous tellement en pétard, tu as de la chance que ce soit moi et pas Derrilt qui sois venu, sinon il t'aurait déjà allongé un pain dans la figure.
-Si je pars, c'est à la demande de Lonan.
-On le sait. S'il t'a renvoyé c'est sûrement pour une bonne raison. Tu as dû lui faire une sale crasse...Attends...S'il te renvoie parce que tu as vendu des infos à Grausam, je te jure que te tue.
-Boucle-la, l'interrompit Richard. Si je pars, c'est parce que Lonan m'a confié une mission.
Leosh fronça les sourcils.
-Une mission, répéta-t-il comme s'il ne comprenait pas ce mot. C'est impossible, Lonan nous en aurait parlé.
-Pas cette fois-ci. Ni lui, ni moi ne pouvions vous en parler.
Le nouvel arrivant prit un air pincé.
-Ça a quelque chose à voir avec ces personnes qui sont venues avec Weseltenne, n'est-ce pas ?Tomas a décidément du flair.
-Je t'ai dit que je ne pouvais pas t'en parler, répéta Richard avec une pointe de lassitude.
-Si toi tu ne peux en parler, peut-être que le jeune homme assis à côté de toi pourras m'en dire plus.
Albret sursauta. C'était la première fois depuis le début de l'échange, que l'on s'adressait à lui ou que l'on se souciait de sa présence.
-Laisse-le hors de ça, intervint Richard. S'il faut blâmer quelqu'un, ce n'est sûrement pas lui. Peut-être aurez-vous une explication quand tout sera fini.
-Leosh dévisagea avec colère le garde et l'étudiant.
-Très bien, finit-il par lâcher. Je n'insiste pas plus. Si Lonan te fait confiance, nous sommes bien obligés de nous incliner. Toutefois, ne crois pas que cette affaire est terminée.
Le garde repartit aussi brusquement qu'il était arrivé, en claquant la porte derrière lui.
-Il n'avait pas l'air commode, constata Albret d'une voix neutre.
-Ils s'inquiètent, je pense. Ils craignent sans doute que Lonan et moi on se soit embarqués dans une sale affaire.
-S'ils savaient à quel point leurs craintes sont fondées, soupira Albret, ils ne vous laisseraient pas partir. Surtout pas avec Hael.
-Tu pourrais m'en dire plus sur lui ?
-Je ne sais presque rien à son sujet. Je sais qu'il est né à Arkhaan et qu'il y a commencé ses études à l'Académie Impériale de Magie. Il y a rencontré Blodérack Faovre, alors étudiant lui aussi, et sont devenus de proches amis.
-Tu plaisantes ? Comment un mec aussi infect que Hael a pu devenir ami avec cet ange de gentillesse ? s'étonna Richard.
-C'est étrange, j'ai eu la même réaction quand je l'ai découvert. En tout cas, dans des circonstances qui me sont totalement inconnues, Hael a quitté Arkhaan, et est allé s'installer à Finlor. Il y a terminé ses études sous la direction de Wilhelmina Young, une sorte de tyran, et a résolu un des problèmes de glyphie les plus complexes qu'il existe : la conjecture de Lehnermann ce qui lui a permis de décrocher un doctorat en glyphie. Ça ne signifie sans doute pas grand-chose pour vous mais résoudre ce problème a élevé Hael au rang de célébrité et de génie. De plus, je ne l'ai peut-être pas vu de mes propres yeux, mais je suis sûr qu'il est un mage redoutable. Peut-être pas autant que Maître Faovre mais il doit connaître toutes les glyphes arcaniques. Je crois que sur un champ de bataille, on peut faire confiance à Hael, pour le reste, je ne garantis rien.
-Je crois que tu m'as enseigné l'essentiel. Tu pourras toujours m'éclairer si je ne comprends pas un point. Avec toi, je ne risque pas d'être dévoré tout cru et sans sommation.
-Dans ce cas, mission accomplie, soupira Albret.
-Tu es donc libre jusqu'au rendez-vous de ce soir ? Que comptes-tu faire en attendant ?
-C'est une bonne question. Je ne peux pas me promener seul dans les rues de Keiserburg, Hael me tuerait.
-Tu n'es pas obligé d'y aller seul, je peux aller avec toi. Tu m'as dit que tu étais originaire de Keiserburg, c'est exact ?
Albret confirma.
-Et je ne suis jamais revenu depuis que je suis entré à l'Académie. Il y a beaucoup de choses dont je ne me souviens plus, je redécouvre la ville. Par exemple je ne suis jamais venu dans ce quartier.
-C'est parfait, je vais te servir de guide. Excuse-moi juste un instant, le temps que je mette des habits « civils » et on y va.
Richard monta à l'étage puis redescendit quelques instant plus tard vêtu d'une chaude chemise sur laquelle il avait enfilé un grand manteau de tissus épais sous lequel on pouvait à peine deviner la forme de l'épée qui pendait à son côté. Albret se rhabilla puis ils quittèrent l'appartement.
Richard fit visiter à Albret le quartier où il vivait, puis à travers les grandes rues plantés d'arbres nus et malingres, ils rejoignirent la place de l'empereur Hadrien. Richard offrit à Albret un succulent repas, quoique assez simple, dans un restaurant malgré les protestations du jeune homme. Il se remit à neiger en début d'après-midi mais ça n'empêcha pas Richard de faire visiter des quartiers inconnus à Albret.
L'ambiance aurait cependant pu être meilleure : une sensation oppressante était tombée dans les rues désertes. C'était comme si le temps s'était arrêté et que le monde mort s'était enveloppé dans un linceul de cendre glacées. Malgré son manteau, Albret sentit un froid intense pénétrer sa chaire jusque dans ses os.
De nombreux pas se firent entendre, on aurait dit une armée en marche qui, malgré l'épaisse couche de neige, faisait sonner le pavé du talon de ses innombrables bottes. Soudainement, Richard s'interrompit en plein milieu d'une phrase. Il cessa de marcher, fixa la rue déserte puis saisit l'épaule d'Albret et le poussa dans la ruelle la plus proche. Le jeune mage n'osa pas lui demander ce qu'il se passait tant l'expression du garde était sérieuse. Tout un groupe d'hommes vêtus de manteaux noirs passa devant leur refuge. Tous avaient un air sévère qui n'inspirait pas confiance, pas plus que les épées qui dépassaient des pans de leurs manteaux. En voyant le brassard bleu qu'ils arboraient, le jeune homme devina de qui il s'agissait : le Bucocit. C'était comme si une pierre était soudainement tombé dans l'estomac du jeune mage. Pour lui, le Bucocit était une sorte d'organisation fantôme que l'on ne voit pas, que l'on ne fait que deviner. Jamais il aurait imaginer voir des hommes en uniformes marcher dans la rue. La menace latente et abstraite devenait concrète et se matérialisait sous la forme de vrais corps prêt à frapper et de vraies lames prêtes à blesser.
-Qu'est-ce qu'ils viennent faire ici ? chuchota Albret.
-Ils viennent sans doute arrêter quelqu'un, répondit Richard sur le même ton.
Le groupe d'hommes se dirigea vers une porte à laquelle ils frappèrent. Personne ne vint. Ils réitérèrent les coups quelques temps après mais n'obtinrent visiblement aucune réponse. Ils entreprirent alors d'enfoncer la porte. Celle-ci ne résista pas longtemps aux assauts, la serrure lâcha. Les agents du Bucocit s’engouffrèrent dans l'ouverture béante et disparurent à l'intérieur.
-Partons, j'aimerais mieux t'épargner ce spectacle, de plus il ne fait pas bon rester dans les parages durant une arrestation, ajouta le soldat.
Albret obtempéra et suivit Richard qui s'enfonçait déjà plus profondément dans la ruelle. À peine avait-il tourné les talons, qu'il entendit des hurlements. Il plaignait celui qui devrait affronter les brutes qui venaient de d'enfoncer sa porte. Il n'osait imaginer ce qu'il allait lui arriver.
Il fallut un long moment à Albret pour se remettre de la scène à laquelle il venait d'assister : voir des agents d'une police politique spécialisée dans l'espionnage d'une population déjà suffisamment éprouvée par la sévérité du régime pénétrer de force chez une personne pour la priver de sa liberté de façon sans doute arbitraire avait de quoi marquer un esprit. Albret tentait de refouler toutes les questions sur l'inconnu arrêté par ces brutes, mais plus il essayait de les oublier, plus elles occupaient ses pensées. Que pouvait bien avoir commis comme forfais pour avoir le droit à une arrestation aussi violente ? Quel ignobles traitements allait-il subir ? Comment allait-il finir ses jours ?
-Je suis navré que tu aies vu ça, finit par dire Richard après un silence embarrassé.
Ils étaient de nouveau sur une grande artère, mais Albret perdu dans ses pensées ne l'avait pas remarqué.
-Tu n'as jamais connu la dureté impitoyable du régime de la Régence, d'après ce que j'ai compris. Il est regrettable que tu découvres la cruelle réalité de cette manière.
Il passèrent devant une affiche de propagande représentant Vlad Grausam au balcon du palais impérial, les bras grands ouverts comme pour étreindre une personne. Sur un fond bleu était écrit en blanc « Le Régent œuvre pour le progrès et la grandeur du peuple Arkhaanais ». Albret ne put retenir un sourire moqueur, l'image rendue par l'affiche était tellement peu naturelle qu'elle suintait la propagande à peine masquée. C'était tellement grossier que l'on aurait dit une caricature.
-Tiens, je pensais que Grausam avait fait enlever toutes ces affiches, dit Richard. Il trouvait qu'elle faisait pas assez « authentique ». Il a fait arrêter le portraitiste ; « diffusion d'une image irrespectueuse de la personne du Régent ». De drôle de bruits résonnent dans les couloirs du palais.
Le sourire éclatant du Régent perdu au milieu de sa barbe grise comme un croissant de lune au milieu du ciel nocturne était trop large pour paraître réaliste, ses yeux noirs plissés par son sourire factice ne pouvaient mentir et disaient toute la cruauté qui l'habitait, tout comme la sécheresse de son corps annonçait l'aridité de son âme. Ses cheveux gominés, aussi gris que sa barbe mais mêlés de fils ébènes faisaient même trop policé pour être vrai. Jusqu'à sa veste azur scintillante de décorations et dont les plis étaient d'une netteté presque austère, tout semblait trop beau pour être vrai.
-Que va-t-il arriver à celui ou celle que les Bucocit s'apprêtaient à arrêter ? demanda Albret en restant les yeux fixés sur l'affiche.
-Il ou elle sera traîné de force au siège du Bucocit, comme chaque personne qui tentera de s'opposer à eux. Ensuite cette malheureuse personne sera interrogée par les Agents.
Albret soupçonnait Richard d'édulcorer ses explications en remplaçant « torturée » par « interrogée ».
-Ensuite, elle finira à Botomtêr, aux mines.
-Où elle mourra, acheva sombrement le jeune homme.
Richard acquiesça silencieusement.
Albret et Richard arrivèrent à l'auberge alors que soleil se couchait derrière le couvercle de nuages bleutés et que les premiers réverbères s'allumaient. Elérick et Eulalia étaient déjà arrivés et se morfondaient dans le salon qui leur était réservé.
-Vous en faites une tête, remarqua Albret en enlevant son manteau. La journée n'a pas été bonne ?
-Affreuse, répondit sombrement Eulalia tandis qu'Elérick restait silencieux et fixait le feu de cheminé, affalé dans un fauteuil. Le Bucocit rôdait partout en ville, on a faillit se faire pincer deux fois. A cause d'eux, on n'a pu rencontrer que la moitié de nos contacts et ils ne nous ont rien appris de très intéressant. Hael va être furieux et c'est sur nous que ça va retomber.
-Pourquoi devrais-je être furieux ? demanda Hael alors qu'il entrait à son tour dans le salon, suivi par Laura.
-Le Bucocit est partout en ville.
-On avait remarqué, grommela Laura. On s'est fait contrôler au moins trois fois. Ils doivent se douter que quelque chose se prépare et traquent les membres de la Résistance.
-Dans ce cas, ils peuvent chercher longtemps, assura Richard. Ça m'étonnerait que la Résistance fasse des erreurs à un moment aussi crucial, si tout se passe bien, dans moins de deux mois, nous serons débarrassés de Grausam.
-En tout cas, on a perdu énormément de temps à les éviter et nous n'avons pu parler qu'à la moitié de nos contact.
-Et qu'avez-vous appris ? s'enquit Hael avec un calme assez étonnant.
-Plusieurs de nos informateurs nous ont signalé un type assez louche qui parlait avec un accent rôhlmois prononcé. Vers le mois de septembre, il a fait la tournée des bouquinistes de la ville y compris ceux du marché noir, il a demandé à chaque fois des livres traitant de la ville d'Ishtar et de la région de Néancart. Depuis il n'est réapparu qu'il y a environ...
-Deux semaines, acheva Laura.
-Comment le savez-vous ? demanda, interloqué, Elérick.
-On en a également entendu parler, expliqua Hael. Un homme assez grand, entre vingt-cinq et trente ans, des cheveux noirs bouclés, mi-longs, le teint légèrement hâlé, un petit bouc et une cicatrice sur une des tempes. Il a également cherché des renseignements sur Pindare Wenger à la bibliothèque de l'Université. Son accent et sa demande étaient assez inhabituelle pour que la bibliothécaire le remarque et s'en souvienne. En plus, il était accompagnée d'une fille à l'allure très étrange. Pour reprendre l'expression de la bibliothécaire, on aurait dit une poupée de porcelaine venue d'un autre monde.
-En baratinant un peu la bibliothécaire, on a réussi à lui arracher le plus intéressant, poursuivit Laura. Après leur avoir annoncé qu'elle n'avait aucune référence au nom de Wenger, ils ont parlé d'une vente aux enchères de livres rares qui doit avoir lieu à Botomtêr dans quelques jours.
-Que des gens aussi bizarres aient été à la recherche de livres traitant comme par hasard d'Ishtar et de Wenger, juste avant la tentative d'effraction de la Chambre d'Ishtar, c'est impossible que ce soit une simple coïncidence, renchérit Eulalia. Ce sont obligatoirement ceux que nous cherchons. J'imagine que notre prochaine étape est Botomtêr.
-En effet, dès demain, nous partirons pour Keiserhafen où nous prendrons un bateau jusqu'à Kongeswinder, ensuite nous prendrons le train jusqu'à Botomtêr. La vente aux enchères est dans cinq jours, nous devrions arriver juste à temps.
Après avoir exposé le programmes des jours suivants, Hael se tourna vers Richard.
-Alors Boucle d'or, j'espère pour vous que vous avez été mis au niveau en ce qui concerne la magie.
-Albret m'a mis au courant de l'essentiel, confirma le garde.
-Et il vous a parlé de la possibilité pour vous d'utiliser la magie.
Richard lança un rapide regard d'incompréhension vers le jeune mage puis retourna les yeux vers Hael.
-Je n'en ai pas souvenir, répondit-il.
Hael se tourna à son tour vers Albret, l'air exaspéré.
-Je pensais t'avoir demandé de le briefé, seras-tu un jour capable de faire correctement ce que l'on te demande ou bien prends-tu plaisir à me rendre dingue ?
-Je ne lui en ai pas parlé car je ne le jugeais pas pertinent, répliqua sèchement l'intéressé.
-Tu n'as pas à juger si ce que je te demande est pertinent ou non, tu le fais, un point c'est tout. Donc pour que vous nous soyez un tant soit peu utile, je vais vous équiper d'un sort. Vous savez vous battre, j'imagine.
-Je peux me vanter de savoir assez bien manier l'épée.
-C'est toujours ça de pris. Elérick, ramène-toi, tu vas me servir d'exemple pour l'explication.
Elérick rechigna à obtempérer mais il finit par s'y résoudre. Pendant que Hael expliquait comment il avait augmenté la force d'Elérick, Eulalia et Laura s'étaient approchées.
-Dis-nous, Albret, toi qui a passé la journée avec le nouveau, comment tu l'as trouvé ? demanda Laura
-Plus avenant que toi, la première fois que je t'ai parlé, répliqua le jeune homme avec un sourire.
Laura éclata de rire.
-Ouais, donc il a réussi l'exploit de t'être sympathique. C'est bon signe.
Laura s'éloigna pour aller écouter l'exposé de Hael, pouffant toujours de rire.
-Je te tire, mon chapeau, Albret. Tu t'es attiré l'amitié de Laura et ce n'est pas facile, lui murmura Eulalia.
-Il m'a suffit de parler à son estomac.
-Ça explique pas mal de choses.
-C'est bon, vous avez compris ? Interrogea sèchement Hael quand il eut achevé ses explications.
-Moyennement, répondit Richard.
-C'est pas grave, on vous a pas mis dans cette équipe pour votre intelligence.
-Trop aimable, commenta Eulalia.
-Vous m'amènerez votre épée et un gantelet pour que je les équipe de glyphes, vous pourrez alors vous la raconter avec un petit tour de passe-passe.
Le lendemain, les voies de tram avaient été dégagées et on pouvait de nouveau circuler en ville, même si les flocons continuaient de tomber sur les îles du Silbermark. Les Agents et Albret prirent le tram jusqu'à la Grande Porte de Keiserhafen où ils montèrent dans une diligence en partance pour le port. Ils montèrent dans le premier navire en partance pour Kongeswinder qu'ils trouvèrent, impatients de se lancer à la poursuite de ceux qui menacent Aatar.
***
-Ils approchent.
-C'est bien ce que nous voulions, n'est-ce-pas ? Les faire venir à nous. Nous aurons tout ce dont nous avons besoin sous peu.
-Il ne faudra pas oublier de remercier notre généreux donateur.
-Ne t'inquiète pas pour ça, il sera prochainement grassement remercié. Les autres y veillent, c'est bien la seule chose pour laquelle ils sont bons.
-L'heure de la confrontation arrive à grands pas.