Auteur Sujet: [Fictions] Au Seuil du pavé ~ Chapitre X (Partie 1)  (Lu 22960 fois)

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[Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
« Réponse #30 le: samedi 15 décembre 2007, 19:00:03 »
Ha, me voilà! En plus j'inaugure la troisième page, tadaaa! XD Eh oui, j'ai profité de mon week-end pour vous offrir une petite suite. Et pour une fois je vais pas mettre trois plombes pour commenter, le bonheur! \o/ Je sais que ça fait au moins trois semaines, mais bon... Pardonnez-moi, je me rattrappe comme je peux... Et désolé pour ces gros pâtés aussi, je vois pas comment aérer plus mon texte sans que ça ne coupe trop les scènes... ^^"

Nehëmah => Bien, si cette longueur convient tant mieux, merci encore! Bien pratique pour éviter le double post ce genre de réponse... ;)








Chapitre V: L'Absorption de l'Etoile




      Comme tout droit sortie d’un rêve, ou plutôt d’un cauchemar, la douleur vrilla ses côtes. Un contact affreusement brutal, glacé, fit écho au sang qui lui battait les tempes. Plus rien ne semblait parfaitement établi, tout semblait vaciller et pourtant… Elle ne voyait rien, sinon un noir profond parsemé tantôt de lueurs furtives, pâles comme l’espoir d’un cœur malade, qui papillonnaient un instant dans le vide avant de disparaître aussitôt, absorbées par les ténèbres. Rien ne lui parvenait, rien ne s’apparentait à quelconque chaleur qu’elle aurait pu suivre. Tout n’était plus que malaise, qu’un miasme dont la démence, l’abandon et la souffrance portaient l’odieuse couronne. Ce royaume autoproclamé régnait en une violence tyrannique, où toute certitude était rageusement opprimée. Qu’étaient devenus bonheur, passion, amitié, toutes ces choses qui vous conduisaient désormais à la potence ? Personne n’y songerait aujourd’hui, ces rébellions avaient été étouffées, écartées du pouvoir par la force depuis bien longtemps. La Vie elle-même semblait craindre cette féroce dictature, peut-être s’était-elle exilée avant qu’il ne soit trop tard ? Ceux des grands sentiments qui avaient le plus de vaillance avaient fui, suivant la frontière de l’amère folie. Les autres ? Ils avaient été bannis, éventés par une légion répondant aux noms de mensonge et trahison. L’or des temps heureux avait laissé place à un trône d’épines… Qui ne se retournait pas dans son sommeil, tourmenté par forces tortures ? Ici, un coup de fouet en valait bien un autre, aussi Raison succombait-elle rapidement sous ces cruels assauts…
      Les portes vacillent sur leurs gonds. De la poussière s’échappe des battants, trop longtemps inutilisés. Que se passait-il derrière, qui osait prendre assaut de ce solide chambranle au bois terni ? Allié ou ennemi ? Le doute est le plus souvent la cause d’une fatale erreur, et ce qui nous était promis nous file entre les doigts, telle la vie s’échappant entre nos phalanges en un filet de sang. Mais le risque n’était-il pas trop grand ? Un coup est frappé, une lame semble s’enfoncer dans sa chair. Et derrière elle, que désolations… Fallait-il hésiter ou quitter cet endroit ? Après tout, rien ne pouvait être pire. Faut-il craindre ou espérer ? Faut-il ouvrir ou garder ce que l’on possède, sous réserve du pire ? Elle tira sur ses chaînes et gémit. Le froid du métal entaillait sa peau et lui vrillait les sens.
      Deux coups cette fois, et avec quelle détermination ! Mais les portes ne semblaient pas vouloir céder. Un moment, on aurait été persuadé qu’un sauveur venait nous libérer, mais les ténèbres ne se déversent-elles pas avec plus d’aisance encore par l’entrée fatalement ouverte, trompés que nous sommes par de vaines illusions ?
      Quelqu’un tambourinait au bout du passage. Et qu’était-ce là ? Un son, une perception ? Une digue céda soudainement, une lumière filtra dans les fins interstices de la porte. Elle frôla du bout des doigts ce qu’on nommait chaleur et, s’enivrant de cette agréable sensation, le vide parut se stabiliser. Jetant des regards autour d’elle, elle reprit peu à peu des couleurs, puis en revint à cette étrange lueur. Il ne tenait qu’à elle de saisir ce qui pouvait n’être qu’un infime accès à la libération salvatrice. Si seulement elle ne tremblait pas, si seulement tout n’était pas flou, si seulement ses doutes ne revenaient pas telles des charognes se repaître du cadavre de ses espérances ! Un léger souffle lui caressa la joue, un frisson parcourut le long de son dos. La victoire semblait si proche, et pourtant si inaccessible… Hésitante, elle tendit la main vers les portes, qui parurent soudain se vêtir d’un émail plus raffiné, d’une peinture aux notes étonnamment chaudes. Fallait-il encore douter ? Un sourire effleura ses lèvres. L’Espoir succède à l’Horreur.
     
      Au loin, on perçut un cor sonnant la retraite. Les bataillons de la douleur reculaient ! Ses yeux s’animèrent de la volonté qui avait été portée jusqu’à elle. La confiance peu à peu dévalait la pente qu’avait prise la souffrance en pleine débandade, la pourchassant avec une hargne renouvelée, sabre au clair. Leur lame vermeille luisait d’un éclat fascinant sous les pâles rayons d’un soleil naissant. S’accrochant avec force à ces signes pleins de douces promesses, elle leva la tête vers le firmament, qui se recolorait peu à peu en de subtiles déclinaisons pastelles. Aspirant une goulée d’air frais, elle osa enfin s’affranchir de son esclavage.
      Elle fit un pas en avant. Ses chaînes frémirent. Elle en fit un autre, puis plusieurs. Ses entraves se brisèrent alors d’elles-mêmes, tombant sans bruit à travers le vide qui les avait créées, aussi désuètes qu’un godet d’eau versé dans un torrent tumultueux. Avec un soupir de contentement, elle avança jusqu’à la porte d’un pas encore alourdi par la douleur et s’épaula au mur robuste de ses croyances. Quel soulagement, la souffrance éprouvée depuis si longtemps, toutes ces abominations pouvaient donc être combattues ! Avec un léger mouvement du poignet, elle tourna la fine poignée de ce qui lui avait semblé tellement infranchissable, dont l’éternelle fermeture paraissait aussi inviolable qu’une barrière s’élevant à l’infini dans les hautes sphères du ciel. Des nimbes de lumière se déversèrent peu à peu comme les battants d’ébènes s’ouvraient avec une lenteur toute mesurée, tel un parent tendant les bras à son enfant mille fois chéri. L’éclat fut tel qu’elle ne voyait plus rien, complètement aveuglée par la luminescence de son noble libérateur. Mettant les bras devant ses yeux, une pointe d’angoisse refit surface un cours instant devant la puissance du phénomène, qui s’estompa peu à peu par l’effet de la chaleur qui l’envahit. Un rire cristallin s’échappa de sa gorge devant l’absurdité d’un tel doute. Non, maintenant tout n’était que pour le meilleur et plus rien ne viendrait le lui enlever, c’était une certitude absolue. Mais avant d’enfin voir ce qui l’attendait de l’autre côté, elle voulut effacer à jamais la douleur qui avait été sienne, effacer la crainte de son esprit… Elle s’arrêta un moment pour se retourner vers les ténèbres qui avaient manqué l’engloutir complètement. Tout était comme dans son souvenir : noir, glacial, dénué de toute empreinte de vie. Mais comme cela lui semblait loin ! Elle sourit à la pensée qu’elle quittait pour de bon cette amère désolation, cette infamie sans nom qui l’avait tourmentée pendant si longtemps.
      Puis elle se tourna à nouveau vers la grande ouverture, étincelante d’or et de saphirs. Son cœur ne battait presque plus, aussi serein que la surface d’un lac en une journée sans brise. Ses yeux se tintèrent d’une confiance absolue, d’une foi inébranlable. De vifs feus follets semblaient jouer dans cet océan de pureté. Souriant à la vue de ce brillant spectacle, elle se décida enfin à quitter à jamais cet endroit et bannit toutes ses vaines inquiétudes pour se fier complètement à ce langoureux serment. Le regard perdu dans le lointain, elle franchit cet accès et plongea dans un délicat ensemble de perfection, s’y abandonnant pleinement. Elle ferma les yeux et se laissa porter jusqu’à sentir la chaleur se diffuser dans chaque parcelle de son corps. Puis elle perça doucement ce cocon. Elle émergea lentement de cette sensation gratifiante, littéralement béatifiante, jusqu’à recouvrer sa plénitude. La lumière s’intensifia alors jusqu’à son paroxysme comme pour saluer une renaissance, sa renaissance. Un visage se dessina dans les cieux alors que sa conscience ressurgissait peu à peu. Un visage bienveillant, réconfortant, qui prenait pour elle une signification des plus importantes apparut. Un visage qui devint bientôt un corps en entier. La lueur la déposa dans ses bras rassurants puis commença à s’estomper, telle une mère pleine d’amour confiant son enfant à une nourrice. Elle prit entre ses mains un pan du tissu blanc ourlé d’or qu’il revêtait, contrastant avec le jais de sa chevelure, et se lova sur sa puissante poitrine. Un apaisement comme elle n’en avait jamais connu l’envahit tout entière. Rien ne semblait pouvoir perturber ces instants ; tout lui venait comme en un faible écho, qui la persuadait que plus rien n’avait d’importance sinon de s’offrir à cette magnifique sensation, à cette flamme qui lui réchauffait le cœur et l’âme…
      Oui, Aylinn se sentait si bien dans les bras de Sildinn…


      Une lumière chaude pénétra ses yeux à mesure qu’Aylinn les ouvrait. Elle avait la délicieuse impression de sentir encore les soyeux habits de son maître aux couleurs angéliques. Quelle prestance, quelle force elle avait vu briller dans ces yeux émeraude ! Et quel réconfort, quelle douceur elle avait éprouvé au contact de ces lumineux atours. Ce contraste la laissait rêveuse. Quelle chance elle avait d’être l’élève de ce tuteur si attentionné… Vraiment, elle n’aurait souhaité pour rien au monde que leur relation change, ni qu’on lui efface tous ces magnifiques souvenirs passés en sa compagnie. Et puis ce rêve… Mais en était-ce réellement un ou était-il venu lui porter secours dans ce monde d’obscurité ? Un frisson lui parcourut le dos à évoquer ce terrible lieu. Mais elle devait oublier, désormais elle était en sécurité auprès de Sildinn, blottie contre son torse. Plus rien ne pourrait l’atteindre, elle en était intimement persuadée.
      A mesure qu’elle reprenait conscience, ce monde magnifié s’estompa peu à peu jusqu’à ne devenir plus que poussière. Il lui avait laissé un grand sourire sur les lèvres, comme un cadeau lointain qui faisait écho à sa beauté passée. Un voile d’émerveillement et de mélancolie mêlés succéda à sa disparition, peut-être pour toujours. Mais cet état de contemplation évasive commença à s’effacer lui aussi alors que la réalité la rappelait entre ses serres acérées, injustement impitoyables. Encore plongée dans les vapeurs trompeuses de cette oscillation comateuse, elle ne vit pas dès l’abord qu’elle gisait à terre, sur la terre nue et dure. Elle ne vit pas ce ciel chargé de lourds nuages gris, qui semblaient stagner de façon menaçante au-dessus de sa tête. Non, elle ne vit pas la morne décadence qui l’entourait et qui la saisissait elle-même, ou du moins se refusait-elle à croire ce qui se trouvait devant elle : un tableau figé, glacé, qui lui rappelait l’atroce souffrance qui lui avait trituré l’âme pendant le court évanouissement qui avait suivi sa chute.
      Le froid la saisit, une morsure violente qui voulait la forcer à réintégrer la cruelle vérité. Bientôt, le doute l’envahit à nouveau. Puis ce fut au tour de la souffrance, implacable bourreau, de remonter tout au long de son corps. Elle voulait encore empoigner les pans de l’habit d’or, s’accrocher à l’espoir lumineux qui l’avait arraché à ses tourments, mais il s’éloignait toujours et encore. Jetant des regards affolés autour d’elle, Aylinn fut frappée par les teintes cendreuses du monde qui l’entourait. Jetée d’un endroit si brillant, un tel dénuement de vie la laissa horrifiée, totalement désemparée. Perdue dans ce monde hostile, un élan de douleur parcourut chacun de ses muscles, la plaquant littéralement au sol. Elle se sentait si seule, oui, si seule… La solitude et la souffrance l’étreignaient en leur morne cage désolée.
      Elle sentit aussi sa robe poisseuse qui lui collait les côtes, sans pouvoir comprendre comment tout ce sang avait pu maculer son habit. Elle voulut se relever, mais ses membres refusaient de bouger. Elle était prise au piège et cette fois rien ne lui semblait loin comme lors de ces songes qu’elle avait fait. Mais peut-être qu’avec volonté elle y parviendrait quand même ? Elle entreprit de se retourner laborieusement sur le ventre puis de se lever sur les coudes, tremblant misérablement sous l’effet des lames qui paraissaient s’enfoncer dans sa chair à chaque mouvement. Serrant les dents pour les oublier, elle repensa à la chaleur de la lumière qui lui avait permis de s’extirper des ténèbres. Mais à peine fut-elle remontée de quelques pouces qu’un élan de souffrance infinie lui fit regretter son audace. Ses bras se dérobèrent sous elle et elle tomba à plat ventre, sa peau dénudée râpant contre les cailloux pointus qui jonchaient le sol. Un flot de sang s’échappa de sa bouche, lui laissant un arrière-goût particulièrement amer. Les bras à demi repliés comme après une chute, Aylinn vit ses doigts fins parcourus de spasmes incontrôlables. Ne supportant pas sa propre faiblesse, ses lèvres esquissèrent un pâle sourire ; elle serra lentement son poing pour ne plus les voir trembler. Elle ne se sentait plus la force de lutter, pas qu’elle n’en avait pas la capacité, mais cette épreuve lui paraissait trop difficile à relever. Elle n’avait plus qu’à espérer et à rêver de nouveau…
      Sildinn viendrait la sauver, voici ce qu’elle se disait. Elle en était convaincue, il apparaîtrait là, derrière le tronc d’un arbre, venant vers elle de son pas toujours assuré, tel un félin minaudant devant son semblable. Il lui soufflerait qu’elle n’aurait plus à s’inquiéter, que tout serait fini. Elle sourit à cette idée. Elle n’avait qu’à attendre qu’il vienne la secourir et c’en serait terminé de ses maux. Oui, cette lueur lointaine reviendrait et tout serait à nouveau parfait, elle et son maître vivant sous le même toit, lui donnant des leçons… Elle pourrait même améliorer son chant. Plus aucun mal ne lui serait fait. Il lui semblait qu’elle était juste assoupie, et qu’il veillait sur elle avec son éternel regard bienveillant.
      Elle s’agrippa à ce mirage de toutes ses forces, alors que le monde l’entourant se faisait toujours plus froid, plus âpre. Aylinn riait des espoirs qui se moquaient d’elles. Une ombre passa sur son visage, elle tourna lentement la tête sur la gauche. Et quand elle crut tomber sur l’illusionniste, les bras grands ouverts… Elle vit.
     
      Son regard se figea, tout espoir envolé. Son sourire se transforma en tremblements. De douloureux spasmes secouèrent tout son corps, en de furieuses convulsions. Le goût amer du sang lui revint dans la bouche. L’hideuse créature venait de descendre de l’arbre, et s’approchait d’elle, semblant glisser sur l’herbe, plus sûre d’elle que jamais. Bouche bée, incapable de produire même un cri, la jeune victime la regardait avancer en de lentes évolutions. La réalité crue avait frappé au plus profond de ses entrailles. Le prédateur poussa un long cri aigu comme pour l’appuyer, puis dévoila un sourire cruel, proprement monstrueux. Ses dents luisaient en ce jour sans soleil, alors qu’Aylinn était pétrifiée, poussant seulement quelques petits gémissements apeurés. Elle détourna son regard de cette affreuse vision, cherchant un seul signe d’espoir. Elle tenta de retrouver son maître, de toucher ses habits, d’effleurer ce songe qui l’avait doucement dupée. Mais rien ne se présenta à elle, seulement ce froid qui la faisait claquer des dents, cette insidieuse terreur qui se répandait partout où elle posait les yeux. Non, Sildinn ne viendrait pas, il ne serait pas là pour la sauver…
  - Sildinn… murmura-t-elle douloureusement.
      Une larme ruissela sur sa joue, âpre caresse aussi transparente que la foi qui venait de la quitter. Tout semblait si désolé alentour. La vie elle-même avait perdu toute sa saveur devant l’horreur de la situation. Le désespoir, les regrets… Etait-ce tout ce qu’il lui restait ? Elle croisa le regard de cette aberration. Désormais, elle n’avait plus rien à perdre. Faisant fi de la souffrance qui continuait à agiter chacun de se muscles, elle entreprit de se relever. Plus aucune émotion ne transparaissait sur ses traits, un vide de sentiments s’apparentant à une mélancolie indifférente avait terni l’éclat passionné de ses yeux. Seule la peur la dictait, mais sa volonté d’en finir était d’autant plus forte. Un genou fiché au sol, elle oscilla dangereusement, mais se releva tant bien que mal. Pliée en deux sous l’effet de la douleur, elle cracha du sang à nouveau et une nouvelle larme perla à sa paupière malgré elle. Aylinn, essoufflée, ferma les yeux afin de recouvrer un calme parfait. Puis elle releva la tête, défiant son cruel ennemi du regard, qui n’était plus loin à présent. Effaçant les traînées scintillantes de ses joues d’un revers rageur de la main, elle prit deux aiguilles et en mit une dans entre ses dents. Elle était décidée, plus rien ne comptait. Le monstre réagit aussitôt et chargea aussi furieusement que la première fois, abandonnant brusquement la lenteur de ses pas. Son adversaire lança un dard qu’elle avait imprimé de la même gaine magique que celle lui ayant blessé le dos. Il traça une grande fêlure dans son masque en un crissement sinistre. La créature recula de plusieurs mètres et s’agita en tous sens, comme devenue folle. Elle cria plusieurs fois, puis prit la jeune femme pour cible d’une course effrénée. Celle-ci prit une pose résolue, poussa un profond soupir, puis serra les talons tout en tendant les bras devant elle, les paumes tournées vers le ciel. Sa grande concentration crispa les traits de son visage. Un souffle puissant se leva, contrastant avec l’apparence figée des lieux, couchant les herbes pas ondes successives. Les cheveux d’Aylinn virevoltèrent en tous ses, une goutte de sueur perla à son front : elle était consciente qu’elle utilisait ses dernières forces pour vaincre la bête. Cette dernière fonçait sur elle à toute allure, toutes griffes dehors, comme une comète qui viendrait s’écraser contre elle. Avant qu’elle ne puise l’atteindre, la jeune femme lança sa dernière aiguille enveloppée d’un manteau de vents contraires tout en restant contractée par ses efforts, les yeux clos. Sa cible n’eut heureusement pas le temps d’esquiver grâce à la magie appliquée sur le projectile et boula un peu plus loin. Mais ce temps de latence fut très court, elle repartit directement à la charge. L’air s’agitait de plus en plus autour d’Aylinn par la formidable puissance de son sort. Les feuilles d’arbres bruissaient, les branches se balançant au rythme des rafales en un murmure sauvage. Le monstre s’approchait toujours plus, si jamais elle échouait ou qu’elle n’était pas assez rapide… Elle sentit à nouveau la morsure qui déchiquetterait ses chairs. Ses sourcils se froncèrent, non, elle ne devait pas y penser ! Seul le résultat comptait !
      Plus qu’à quelque pas de sa victime, la bête exulta d’avance en un sifflement horrible, alors qu’une traînée de sang s’échappait toujours de son dos. Soudain, Aylinn rouvrit les yeux. Une flamme féroce, coléreuse, y tremblait. La détermination guida chacun de ses mouvements encore tremblants. Les jambes fendues de biais, elle recula lentement un bras derrière elle et ferma son autre poing, tendu devant elle. Une boule de vents comprimés, furieuses lames invisibles, se forma dans la paume derrière son dos.
  - Il est temps d’en finir, démon ! rugit-elle.
      La créature dévoila un autre de ses sourires déments, courant à une allure folle. Elle prit vivement appui au sol, et sauta, toutes griffes dehors. Son masque fendu semblait suinter de la lueur maladive de la lune montante, comme un insidieux poison. Aylinn sourit, son sort était enfin prêt !
  - Eì… !
      La scène sembla se suspendre dans son dernier élan. Les griffes du monstre n’étaient plus qu’à quelques pouces de son visage. Le bras de la jeune femme resté à l’arrière de son corps passa brusquement devant, les deux mains se joignirent, paumes ouvertes. Plus rien ne bougeait, tout était captivé par cet ultime instant. Sa bouche s’ouvrit en un grand « Dakh ! ». Une tempête sembla s’abattre sur la bête, qui rugit de douleur du sort naissant, tout en griffant l’épaule de sa proie, qui fut propulsée une dizaine de pas en arrière à cause de sa propre magie. Avec un sourire lointain, elle vit la réussite de son entreprise et remercia silencieusement Sildinn pour lui avoir permis d’y avoir recours. La créature, hurlant de fureur et de douleur, était piégée dans une grande sphère venteuse, parcourue de lignes invisibles de souffles acérés, qui frémissait par sa puissance juste au-dessus du sol. Le sang noir de la créature se mêla bientôt en des traces obscures à la terre et aux végétaux que cette force surnaturelle emportait avec elle. La bête braillait effroyablement, sons aigus qui perçaient même à travers les sifflements des bourrasques, jusqu’à ce que son masque fût arraché par une lame de vent magique. Il vola haut dans le ciel, avant de retomber juste aux pieds d’Aylinn, qui titubait à cause de l’énergie qu’elle avait dû déployer pour un tel sort. Les rafales cessèrent peu à peu, et il ne restait plus rien de son hideux assaillant, sinon quelques lambeaux de chair noire, éparpillés un peu partout dans la clairière.
      C’en était fini, et pourtant elle ne voulut pas lancer un regard en arrière, sentant la nausée brûler sa gorge. C’était plus qu’elle ne pouvait supporter ; ses jambes tremblaient, ne la soutenant qu’à peine. Exténuée, elle s’accrocha laborieusement au tronc d’un arbre et continua ainsi son chemin sans but, tel un spectre errant dans un cimetière. Sa robe partait en lambeaux, encore déchirée par les épines des fourrés. La gorge serrée, elle voulait s’éloigner le plus possible de ce lieu de massacre, qui fut autrefois son repaire favori pour exalter son lyrisme passionné. Tous ces souvenirs se voyaient outrageusement balayés par l’image d’un monstre sanguinaire, marque indélébile qui la hantait et qui ne la ferait plus jamais s’aventurer en cet ancien sanctuaire de charme, souillé jusqu’au moindre brin d’herbe.
      N’y tenant plus, Aylinn s’arrêta, serrant l’écorce d’un hêtre entre ses mains frémissantes. Elle réprima un sanglot et leva la tête vers le firmament. Elle vit une étoile à travers le feuillage dense du végétal, et sourit tristement à la vue de ce point lumineux solitaire, noyé par les ténèbres l’environnant. Un soupir s’échappa de ses lèvres, puis elle se détacha du tronc, vacillante. Ses genoux se dérobèrent sous elle. Elle jeta un dernier regard à cet astre aussi pâle qu’elle-même, inspira faiblement. Ses pupilles se voilèrent d’un rideau à l’opacité grandissante ; un vide s’offrait à elle, l’étreignant de ses puissants bras, contre lesquels elle n’avait plus la force de lutter. Elle se laissa prendre et s’affaissa lentement au sol, sur le dos, ses cheveux formant comme une auréole obscure autour d’elle. La tête tournée vers le ciel, ses paupières se refermèrent d’elles-mêmes. L’avilissement du corps et de l’âme lui déroba toute volonté. Elle n’avait même plus de larme pour pleurer. Doucement, les volutes ténébreuses absorbèrent l’étoile…
« Modifié: samedi 28 janvier 2012, 19:33:56 par Prince du Crépuscule »
« Les gens exigent la liberté d’expression pour compenser la liberté de pensée qu’ils préfèrent éviter. »


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[Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
« Réponse #31 le: dimanche 13 janvier 2008, 02:24:44 »
Ah ah ah ! Noys y voilà :niak:
Enfin ! Après plusieurs semaines *un mois*, voici le premier commentaire pour accompagner ce merveilleux chapitre 5 ! Oui, c'est triste... Je n'avais pas le temps jusqu'à présent, mais je pensais qu'il y aurait des lecteurs quand même pour commenter :niak:
Bref, je dois faire le chef de file... Un parasite pour dispenser la lumière salvatrice, la bonne parole... Que diable peut donc bien être cette image bizarre, issue d'un tableau de Francis Bacon dans le meilleur des cas ?
Comme je suis un excellent "intriguiste", je laisse planer le doute de la réponse (ah ah trop bien).

Sinon... Ah oui, voilà, j'étais censé commenter le chapitre, j'y suis ! Ce dernier s'ouvre donc sur des descriptions abstraites qui nous plongent dans l'esprit d'Aylinn. Des descriptions comment dire... Extatiques ! Elles se répandent, imprègnent le lecteur comme elles imprègnent Aylinn. Elles instaurent une ambiance massacre qui ne laisse aucun doute sur la situation délicate dans laquelle se trouve la jeune fille. On peut noter de très belles phrases, que je ne citerai pas car ce serait anecdotique, puisque je me vois mal faire des commentaires en disant "là on peut voir que Aylinn est très déprimée car..." :$ Ce que je trouve excellent ensuite, c'est que tu instaures un espoir, une source de lumière dans ces ténèbres, et que tu confrontes entre elles. L'ambivalence des sentiments très opposés auxquels Aylinn est en proie est très bien rendue, créant presque une guerre avec des revirements de situation, créant très bien l'illusion de pouvoir palper les doutes de la demoiselle, ses sursauts d'espoir, ses spasmes. Et petit à petit, c'est la lumière qui prend le dessus, en revêtant les trais de Sildinn, comme par magie. C'est là le hic, pourquoi ce dernier tomberait comme un cheveu sur la soupe ?
Tout simplement car c'est une illusion, pwahahaha, ben ouais, pas de lumière, seulement des ténèbres. Aylinn est condamnée, elle se trouve dans un monde empli de ténèbres, y résister c'est se les octroyer.

Par ailleurs, je trouve que l'idée est une fois de plus excellente, car alors même qu'elle s'entend à revoir Sildinn, c'est l'espèce de créature bizarre qui se trouve face à elle, toujours aussi étrange. Ah, je crois qu'elle me fait un peu penser au Sans Nom dans Le Voyage de Chihiro d'ailleurs (j'adore le Sans Nom, il est vraiment génial :love: ). Bref, Aylinn doute, et finalement combat... Exactement dans le début du chapitre. Et ce rêve nous a appris une chose : il est impossible de se dépétrer des ténèbres. Aylinn peut faire ce qu'elle veut, résister ou non ça revient au même. Avec une grosse nuance toutefois : en résistant, elle nous offre un superbe combat, misant tout sur une magie parfaitement retranscrite, qui semble donner au vent toute sa consistance au lecteur (et donner consistance c'est pas facile si tu vois ce que je veux dire ah ah :niak: ).
Donc elle atomise vite fait bien fait le Sans Nom (remarque, c'est vrai il n'a pas de nom) et avec grâce et élégance, surtout. Enfin, ceci dit, elle a beau avoir lutté, les ténèbres sont toujours là, et en ce sens, la fin du chapitre est très réussie et confirme bien la tendance de ce chapitre, qui tend vers l'excellent en entier.
En effet, son jardin secret est bafoué, il est noir, son lieu de recueil habituel est souillé, sa personnalité, sa sensibilités profonde, tout est ravagé par les ténèbres, par le ternissement... Est-ce que sa frêle insouciance se mutera en insipide désinvolture ? Indifférence ? Va-t-elle perdre toute sa sensibilité ? Elle est définitivement métamorphosée en tout cas, si la métamorphose n'est pas achevée, au mieux elle commence.
Bref, très très bien. Un chapitre très très bien. Cela confirme ce que j'espérais tant : une Aylinn souillée, qui donnera lieu à de longues descriptions ténébreuses :$ Une nature cauchemardesque et non plus bercée par de sottes illusions...
Reste à confirmer ceci dans les chapitres suivants... Je suppose que sa prochaine rencontre avec Aylinn sera capitale : lui en voudra-t-elle ? En effet, il n'est pas venu lorsqu'elle l'a appelé... Mais pourrait-il aussi ne pas se montrer encore plus docile, toujours plus dans ses pattes, vouloir se sentir surprotégée ?
Ou peut-être d'autres choses que sont différentes de ce à quoi je pense :$

Bref, excellent chapitre, je le redis, et j'invite les lecteurs habituels à commenter, non mais oh ! :niak:

Signé : Monsieur Parasite.

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[Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
« Réponse #32 le: dimanche 13 janvier 2008, 12:53:09 »
Excuse moi, je n'avais pas vu que tu avais déjà publié le chapitre V depuis un bon moment, heureusement que Nehëmah a posté un commentaire sinon je l'aurais attendu pendant un bon moment ce chapitre.

Ce chapitre est tout bonnement une merveille à lire et je t'en félicite. Il m'a beaucoup ému, le passage dans les "rêves" de Aylinn est trés bien réalisé, je rejoins l'avis de Nehëmah consernant les sentiments qu'il a qualifié de palpable. J'ai ressenti beaucoup d'émotion, on s'inquiète et on s'angoisse du terrible sort d'Aylinn.
Le combat est aussi magnifique, la description du sort et là je rejoins encore Nehëmah est vraiment consistante et précise, on la voit exactement comme ce que tu as pu l'imaginer ( d'ailleurs l'idée de sphère venteuse me fait penser à un sort de vent de Tales of Symphonia, non? ).
J'ai hâte de voir la suite et surtout l'évolution d'Aylinn qui passe de "l'enfance" à "l'adulte".

Désolé de ne pas avoir commenté plus tôt.

Mille merci à Yorick pour la signature de Soren, à Kerberos pour l'avatar et la signature de Soren et à Krysta pour cette signature et avatar.

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[Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
« Réponse #33 le: mardi 15 janvier 2008, 16:59:27 »
bon bon, premièrement, il fallait que je m'excuse (encore é_è) pour ne pas avoir commenté plus tôt, je sais, c'est impardonnable et cela ne se reproduira plus é_è Promis  :<3:

Bon, je n'aurais pas grand chose à dire sur le chapitre en lui même, laissant quelque peu de côté l'intrigue pour se concentrer sur de l'action brute, et même là, tu réussis exceptionnellement bien :)

Tout d'abords, ce long passage intérieur relatant la déchéance puis le réveil d'Aylinn. Outre un style encore une fois irréprochable, des figures aussi grandioses que nombreuses, je regrette par contre "l'abondance" justement de ce passage. J'avoue m'y être perdu plusieurs fois. Mais bon, c'est là le seul point négatif que j'ai trouvé à ce chapitre :) Par contre je le répète, pour le texte en lui même, ça reste sublime (comme à ton habitude ^^)

Donc, une Aylinn troublée, limite délirante, qui se réveille en pleine phase neu-neu fleur bleu, pour reprendre une expression bien connue (=p), mais dont la vision du monde va rapidement tourner au gris, jusqu'à la reprise de conscience du danger, et avec s'envolent les espoirs ainsi que la présence rassurante, bien qu'imaginaire, de son maître. Un retour à la réalité brutal donc, avec une vision d'horreur, le redoutable monstre est là, plus inquiétant que jamais, s'approchant doucement pour achever ce qu'il avait commencé. En plus, il a l'air d'y prendre goût, le coquinou :niak:
Mais tout n'est pas perdu, l'espoir demeure et Aylinn se relève et fait face bravement à son destin, mettant une fois de plus en application son originale technique de combat à l'aiguille, toujours aussi efficace. L'action, une fois encore, reste très bien retranscrite, et on attend, le coeur battant, le dénouement. Dénouement qui viendra un peu plus tard et qui mettra un terme à l'existence de ce démon de bien cruelle façon (j'ai d'ailleurs cru ressentir une légère inspiration Fire Emblemesque dans ce sort, qui m'a fait penser aux sorts de vent de l'épisode Game Cube :))

Bien, Aylinn est sauvée... Mais à quel prix? Cela semble l'avoir profondément touchée, peut être trop. En gardera-t-elle des séquelles? Le doute est permis, mais espérons que ce ne sera rien de grave :niak:

Bref en conclusion encore un très bon chapitre, dont on ne peut attendre qu'une suite, rapidement postée  ;)
Un gros câlin plein d'amour à Emy pour la sign!

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[Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
« Réponse #34 le: mardi 15 janvier 2008, 19:14:37 »
Ha, eh bien, je suis bien content que vous ayiez pris le temps de commenter, moi qui croyais que mon chapitre n'était pas réussi, car trop abstrait au début, je suis ravi que ce soit justement tout le contraire! Je vous aime, mes lecteurs! :niais:

Bon... répondons à tous ces petits commentaires! (pour ne pas prendre trop de place sur le prochain chapitre fufu.) ^^

Ma mini-puce (nouveau surnom officiel estampillé "PdC"=3) => Eh oui, nous y voilà enfin! Tout d'abord, merci d'avoir commenté. Oui oui t'es un excellent "intriguiste" (ah ah trop bien XD). Sincèrement, je suis heureux que tu aies apprécié ce chapitre et cette longue description illustrative pleine de symboles et phrases poétiques pour représenter les sentiments d'Aylinn. Comme je te le disais, ce genre d'oscillations sont l'une de mes spécialités. ^^ Merci d'avoir tout détaillé comme ça, ça me permet de voir si les effets que j'escomptais ont réussi ou non, c'est très enrichissant.
Pour le "Sans-Nom" continuons à l'appler comme ça si tu le veux bien, ça me flatte énormément qu'on compare aisin mon univers à celui de Miyazaki-sama! *-* De plus ça tombe bien, puisque je n'ai pas encore de nom pour lui... Je n'en dis pas plus. Et surtout je suis ravi que mon humble fiction réveille autant de questions en toi, c'est ça qui doit me plaire le plus. J'espère que j'y répondrai dignement tout au long de mon Chant. :)

Landeroy => Mon chapitre t'a ému? Oh, merci beaucoup, c'est le plus beau compliment qu'on puisse me faire ou presque (le cadeau ultime pour moi ce serait une larme, mais je ne me fais pas trop d'illusions, quand j'aurai 70 ans peut-être? ^^') :niais: Pour le sort de Tales of Symphonia tu as parfaitement raison, c'est bien de ce sort dont je me suis inspiré (la sphère venteuse dont je ne sais plus le nom, celle que peut utiliser Génis pas si loin que ça dans le jeu, et que l'oiseau-boss du temple du vent utilise contre nous) car je le trouve très esthétique et puissant à la fois. Mais il y a aussi une légère inspiration des sorts de Fire Emblem: PoR, pour répondre à GMS, mais bien plus de ToS. ;)
Content que tu aies aimé dans tous les cas. ^^

Mon Mage Vermeil => Ah, mais comme on dit, mieux vaut tard que jamais, c'est l'une de mes devises :<3: *crève*
Tu es tout pardonné pour ce beau commentaire qui me fait chaud au coeur. Roh "grandioses", "sublime", "coeur battant" c'est trop pour si peu, je t'assure. ^^" Pour la description du début, je sais qu'elle est trop longue j'en ai conscience, mais comment dire... Je ne peux m'en empêcher, je pars toujours loin, emporté par mon inspiration =3 Enfin à force tu me connais.
Que dire à part ça, sinon que je suis encore une fois ébloui par tous ces compliments et ces questionnements, qui me poussent plus que fortement à continuer? Tu as mon éternelle gratitude. <3



Et maintenant, j'ai bien envie de vous offrir un petit texte pour vous remercier, mais j'hésite entre trois... Car pour tout vous avouer (et à ma grande honte) je n'ai même pas entamé le chapitre 6... :/  Ceci dit, je compte bien le commencer dès demain! ^^
Pour me faire pardonner, je vais vous offrir une fiction que cetains d'entre vous connaissent déjà et qui se rapporte bien au ton actuel de mon Chant de l'Ombre, mais en beaucoup plus... brutal? En fait il s'agit d'un écrit qu'on devait écrire à deux avec Red Ink, mais puisque ce dernier n'a pas fait sa partie, eh bien tant pis pour lui, je la poste! Si vous ne comprenez rien, ce n'est pas grave, ce n'est pas fait pour être compris puisque comme je l'ai dit on devait l'écrire à deux. C'est surtout pour les belles phrases. Mais finalement ça n'a pas pu se faire, car ce que vous lirez d'ici peu est assez complet et difficilement enchaînable.

Pour l'anecdote d'ailleurs je déteste écrire ce genre de choses mais bon, étrangement ça m'a fait du bien après coup. Mais j'étais tellement effrayé d'avoir écrit une telle chose que j'en tremblais. :conf:
Bref, voici l'écrit pour vous faire patienter en attendant le prochain chapitre, qui ne devrait pas trop tarder j'espère. (moi aussi je veux savoir la suite! *-* *crève*) ^^






Sanglante Déchéance




      Mes yeux exorbités fixent l’horizon avec stupeur, le soleil lentement se meurt dans son tombeau ensanglanté, érigé par ses propres rayons. Impitoyablement, je contemple son éternelle agonie et me délecte de ce spectacle majestueusement douloureux. Mon souffle semble s’affaiblir, toujours plus tendre vers un point d’inertie parfaite alors qu’une dernière tranche vermeille se fait happer par de lointaines collines. L’astre du jour, porteur d’espoir, crève encore la surface de sa mort indolente. Qu’éprouvais-je à l’instant, mélancolie ou joie ? Sur mes lèvres se dessine la courbe désabusée d’un sourire. Lui qui paraissait si fort, inébranlable, oscille sur les frêles gonds d’un mirifique souvenir. Ses pâles caresses effleurent encore ma douce peau de jeune fille, font briller une larme qui lentement s’évanouit au sol en un imperceptible bruissement, éphémère révérence. Il n’est déjà plus qu’un point rouge, gracieuse incision dans un firmament mutilé, arborant ses déclinaisons douloureuses. Les traînées scintillent sur mon visage en tremblant, une ultime fois, pour saluer son trépas. Et moi, avec lui de chuter… Oui, je connais l’obscurité...
      Je regarde encore par la fenêtre, comme si la crainte qu’il renaisse me saisissait. Ne naissait-elle pas chaque matin, cette faible lueur qu’autrefois elle admirait ? Un sourire à cette pensée. Comme tout cela paraît loin désormais… Mes réminiscences résonnent à mes oreilles comme un faible écho provenant d’un autre monde, promesse passée d’espérance, maintenant futiles. Des croyances aussi légères vacillent à chaque instant, comme ce soleil qui disparaît chaque nuit, et qui se voile dès que des nuages passent. Quelle faiblesse, que de tromperies… Comment peut-on seulement baser son existence sur pareille inconstance ? La foi qui était mienne, vigoureuse frondaison me séparant –croyais-je- de tous les périls de ce monde, raison qui me faisait lever chaque matin avec l’intime conviction qu’une vie meilleure m’attendait… N’est que pâle feuillage ! Tout juste berce-t-il la vie des naïfs encore illusionnés par ce maigre reflet de puissance, mirage s’estompant dès que le vent s’emporte ? La chute en est d’autant plus douloureuse que vous y croyiez fort… Faibles êtres… Regardez donc la nuit se lever, la lune qui se nourrit avec délice de la mort de son jumeau, voyez son sourire ironique !   
      Le monde est cruel, je l’ai appris à mes dépends… Au plus haut point de mon espoir, les rafales ont reflué, se dirigeant brutalement, juste par envie, vers un océan infini de douleur. Ces caprices régissent ce monde empli d’amertume, cette noire tempête que l’on nomme Terre. La nature, que je voyais si belle, si douce, comme un sanctuaire béni de sérénité, moi qui dansais au rythme d’une folle passion au milieu de ce sublime tableau, presque divin à mes yeux crédules… Le masque est tombé ! Oh, je sens encore vos câlineries enchanteresses, le vent me porte encore ces parfums cyniques, ces susurrants serments… Dans cet écran de fumée s’évaporent les restes refroidis d’une vie révolue, uniquement composée de rêveries félonnes. Oui, il m’arrive encore de sourire au souvenir de ce que je ressentais au travers de mes sens puérils de jeune fille innocente, ne connaissant encore rien au monde. Comme tout y était beau… Tout se parait alors de magnifiques couleurs chaudes et vibrantes, telle l’émotion m’étreignant quand je contemplais un coucher de soleil avec ignorance. Une ignorance heureuse, idiote… Cet encensoir d’où s’échappaient les lentes circonvolutions d’effluves envoûtantes, cruellement exquises, vrillait mes perception, il me poussait à croire amoureusement en des choses volages ; il gît à mes pieds en poussière… Que de larmes j’ai pleuré… Hier, ce n’étaient que langoureuses promesses ; aujourd’hui vous n’êtes plus que parjures. Maintenant, je sais…
     
      Oui je sais, j’ai révélé toute ta démence, toute ton ironie, ô vie, ô espoir ! Vous n’êtes que leurres ! Ah, je vois, tu essaies encore de m’attirer à toi, vile engeance… Que me murmures-tu donc, veux-tu que je m’empêtre à nouveau dans tes filets trompeurs, que je me laisse diriger au gré de tes fantaisies perverses ? Tu joues déjà avec tant de monde, tu brises tant d’existences… Mais tu es insatiable, je sais… Ma volonté frisonne alors que tes mains languissantes glissent le long de mon dos, aussi belles et assurées que le fiel de tes fables. Tu profites du resurgissement de ce temps passé et haï, tu t’accapares le moindre instant de regret. Oui, tu veux t’amuser encor, laisser traîner tes doigts tentateurs ou que mes lèvres embrassent tes leurres, tu souhaites t’emparer de mon corps ! Mais je ne suis plus dupe, sous tes frémissantes caresses transparaissent toute ta glaciale malveillance. Hélas pour toi, je me suis affranchie de ta folie et de ta sournoiserie sans limite. Comme j’ai pu souffrir, combien de larmes ont coulé sur mes joues pâles alors que tu vidais ma raison d’être de mes entrailles ! Ces jours-là, mes beaux cheveux blonds formaient comme un voile funeste devant mes yeux… Et c’était toi cette base, cette fondation sur laquelle je reposais paisiblement, alors que tu ourdissais déjà de me pousser aux affres d’une douleur extrême ! Tu m’as trahie, oui tu m’as déchirée ! Je te hais, je voudrais te rendre ce que tu m’as fait ! Tout ce temps d’errance, de plaintes… Combien de soupirs ai-je poussé pour cet avenir brisé ? Et tu as assouvi plus loin ta vilenie jusqu’à gratter de tes ongles ébréchés les cendres fumantes de ma vie, en un crissement atroce ! Puis, comme je ne me fiais plus au ton mielleux de ta voix, tu as voulu qu’à l’opposé je m’arrache de moi-même à mon existence, profitant de ma conscience malade. Ce jour où il m’a quittée, où cet amour m’a délaissé… Tu as voulu que je me tue, que je me jette dans un vide sans fin ! Sois maudit, je crache sur ton nom, orgueilleux sentiment !   
      Mais aujourd’hui, je ne suis plus engluée dans tes vagues sermons, qui ne valent plus rien à mes yeux. Vois comme je te souris faiblement, mes pupilles bleues s’illuminent à la lueur blafarde de la lune, ton éternelle rivale. Je savoure sa froide présence et désormais tu ne m’atteindras plus jamais. Je suis libre des chaînes de vaines croyances que tu chantes à l’oreille de tes victimes, désirant les corrompre par tes insidieux artifices. Tu m’apparais si loin… Ma vie a pris un tout autre sens, non, tu ne pourras plus jamais ne serait-ce qu’approcher de moi. La souffrance n’est plus si dure qu’en ce temps où tout s’écroulait comme un château de cartes, s’envolant dans un tourbillon de douleur que tu réduisais encore à l’état de poussière, de ta poigne hargneuse. Non, tout cela est révolu ! Et s’il m’arrive parfois de regretter le temps où tout n’était que splendeur, je me retire dès que je sens ton approche. Cette fierté, cette force que je vois déferler en moi, je la lève comme un bouclier qui te renverrait tes lâches assauts en pleine face. Que c’est bon de se sentir vivre à nouveau… Je t’ai même fait croire que tu me prendrais une fois, tu te souviens ? J’ai joué à ton propre jeu, te laissant futilement prendre de l’assurance sur ta réussite. Quel moment délicieux, tu pensais me faire danser selon ta volonté, à la mesure de tes litanies doucereuses… Et à la dernière seconde, je me suis rétractée, je t’ai brisé. Tu t’es envolé par la fenêtre en hurlant ! Un éclat de rire.
     
      Et j’ai mieux encore, regarde…
      La jeune femme, agenouillée, leva une main tremblante devant elle, un rictus dément sur les lèvres, lui déformant abominablement les traits qu’elle avait autrefois angéliques. Elle la porta à la lueur de la lune, comme brandissant un trophée. Sur son front perlaient des gouttes de sueur. D’un regard cruel, elle admira le liquide chaud qui dégoulinait le long de ses doigts fins et qui imbibait ses manches, se délectant du frisson qui lui parcourait le dos au contact tiède de ces traînées. Elle vit le reflet argenté qui tremblait dans ce ruisseau douloureux, comme ces larmes qu’elle avait depuis longtemps congédiées. Elle le trouva fascinant. Tout ce rouge, assombri par la nuit, qui suintait lentement sur le papier peint… Quelle sensation exquise, tout cela lui faisait tourner la tête de ravissement ! Passionnément, elle lécha ce liquide sur sa main, du bout de la langue, les yeux mi-clos par le plaisir que lui procurait cette expérience grisante. Renversant la tête, ses longs cheveux traînants jusqu’au sol, son corps était agité de spasmes incontrôlables. Un nouvel éclat de rire emplit la pièce poisseuse de sang, plus fou et bestial que celui d’un démon…
« Modifié: samedi 28 janvier 2012, 19:38:15 par Prince du Crépuscule »
« Les gens exigent la liberté d’expression pour compenser la liberté de pensée qu’ils préfèrent éviter. »


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[Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
« Réponse #35 le: mardi 15 janvier 2008, 20:53:46 »
Je l'avais déja lue et tu sais ce que j'en pense, plus en avance dans la nouvelle plus le rythme devient rapide et violent.

Sinon comment veux tu que je fasse la suite d'une nouvelle qui se termine aussi violemment ? T'es malin toi -_- tu m'as rien laissé sale 'goiste
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[Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
« Réponse #36 le: mercredi 16 janvier 2008, 13:40:58 »
Je viens de lire ton Chant de L'Ombre, et j'ai été passionné par cette lecture. Le vocabulaire est d'une richesse incroyable, les descriptions sublimes et d'un grand lyrisme, on voit les scènes se jouer sous nos yeux comme si on était au cinéma. De la très grande littérature, au delà de tout ce que j'ai pu lire sur ce forum. J'adore, je vénère, je recommande à ceux qui ont le flemme de lire (ils ont bien tors) et je recommencerais à lire, pourvu que le charme opère encore une fois.

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[Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
« Réponse #37 le: dimanche 20 janvier 2008, 10:38:41 »
J'ai bien aimé cette nouvelle qui est (enfin pour moi ) compréhensible. J'ai eu une sansation désagréable surtout à la fin, on se sent mal à l'aise lors de cette fin si violente et si tragique, elle traduit une sombre démence de la jeune qui résulte de la dépression de cette dernière. Je le trouve trés bien écrit et trés intéressant à lire qui change du style par rapport aux autres tout en gardant des liens avec ton style ( les métaphores et comparaisons sont sublimes ( d'ailleurs je sais maintenant d'où vient ton sous-titre MSN ^^ ). Red ink a raison comment il pourrait faire une suite d'une nouvelle qui se termine aussi sombrement d'ailleurs le texte écrit se suffit amplement.

Mille merci à Yorick pour la signature de Soren, à Kerberos pour l'avatar et la signature de Soren et à Krysta pour cette signature et avatar.

Hors ligne FitzChevalerie

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[Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
« Réponse #38 le: lundi 21 janvier 2008, 23:29:56 »
Je viens de lire Sanglante Déchance ^^.
Franchement, je suis époustoufflé par ton talent. Ton récit m'a happé avec une telle facilité ! C'est à la fois poètique et cruel. Tu utilises les bons mots au bon moment, les phrases sont bien équilibrées, portant en elles des sentiments qui nous transcendent au plus profond de notre être. Je suis subjugué par le lyrisme de ton texte, qui sent le travail abouti et même plus ^^.
Le début nous emporte doucement, nous envoûtant par ta poèsie, tes mots. On se laisse porter sans éfforts, mais voici qu'on avance de plus en plus vite, que le rythme s'accélère, que nous sombrons dans l'espèce de folie de la jeune fille. Un moment magique qui m'a laissé hâletant. Tu as si bien décrit la dernière scène que j'ai eu l'impression d'avoir devant moi la fille en train de contempler le sang sur sa main à la lueur de la lune.
Enfin, voilà, Prince, tu auras compris que j'ai beaucoup aimé !

Vico la Patate

Chez le Fitz (gallerie littéraire, garantie sans spoil ni ennui !)
Yorick est un dieu : merci pour ce magnifique kit !

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[Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
« Réponse #39 le: mercredi 06 février 2008, 22:01:34 »
Hmm... Vous devez sûrement vous demander qui poste en cette douce soirée: serait-ce un fantôme? Ou alors un esprit fiévreux? Un... Prince du Crépuscule? :conf:

*tousse* Mes sincères excuses, ô grandioses lecteurs, c'est promis plus jamais je ne me laisserai autant aller (niveau écriture je parle là XP) et ne vous abandonnerait dans le plus profond désarroi de ne pas avoir eu votre petite suite. Le pire c'est que j'avais justement pris la bonne résolution de plus écrire, quitte à me forcer un petit peu (moi qui n'écrit que lors d'exaltations particulières). Je vois... Ne faites jamais de bonnes résolutions, c'est nul! T^T
Je sais que ceci n'excuse pas mon retard plus qu'effectif (presque deux mois sans Chant de l'Ombre... ._.), mais ces derniers temps ont plutôt été chargés tant au niveau du travail, que de la maladie... Enfin, passons aux commentaires! Car je vois de nouvelles têtes ici, quel bonheur! :niais:

Red Inkounet => Faudrait t'arracher des dents pour te faire répéter toi hein? ='D non sérieusement, merci d'avoir usité de ton précieux temps pour passer ici, même si c'est pour me réprimander... Mais euh, je suis pas égoïste, je rêve au contraire d'un monde où l'on se partage tout! *en mode très crédible, si si u_u* Enfin je comprends que tu n'aie pas pu continuer, je n'ai pas laissé beaucoup de champ libre, je me suis emballé dirons-nous, pour changer. ^^
Ceci dit, j'ai peut-être trouvé la relève, qui s'est manifestée d'elle-même. A confirmer... ;)

Raphael14 => Un nouveau fan, et comment! Que de compliments, c'est un vértiable éloge que tu m'adresses là, je suis touché par un tel cri du coeur, vraiment... A savoir si je les mérite... :$ *petite voix* En tout cas je suis ravi que ça t'aie plu à ce point, et que cela t'aie charmé, quel honneur! ^^

Landeroy => (faudrait que je te trouve un petit surnom, c'est plus possible ;p) Merci à toi de commenter toujours aussi efficacement, j'aime voir ce que les lecteurs ont ressenti en me lisant, pour moi c'est l'une des choses les plus importantes. Car si vous ne l'avez pas remarqué, je suis un grand sentimental. o^^o Merci beaucoup!

FitzChevalerie => Eh bien, t'as mis le temps pour repointer le bout de ton nez en ces bas lieux! Comment dire... Merci pour ces fleurs marquises, épanouies, dans leur ravissement conjuguées, exhâlant une senteur exquise, pour mon âme subjuguée! (dur d'écrire de la poésie en étant malade ^^') Cher confrère poète, je suis touché par une telle description de ma petite nouvelle. =)

Et maintenant... La suite! Eh non vous ne rêvez pas, et en plus ce n'est que la première partie du chapitre, car il se fait long et je me suis dit qu'il vaudrait mieux se replonger dans le bain tout en douceur... Ah et autre chose, pensez-vous que je devrais mettre des titres à mes chapitres? C'est une question qui me taraude en ce moment, ça pourrait rendre la chose encore plus poétique, mais je n'ai pas vraiment l'habitude de le faire à tout vous dire...
Et pour finir... Si ce chapitre vous paraît un peu minable, je viens juste de le finir, et la maladie n'aide pas vraiment. Je me décourage un peu en ce moment, je ne suis plus satisfait après le contentement des derniers chapitres. J'espère que ce ne sera pas trop mauvais quand même. .__.








Chapitre VI: Lueurs fugaces, Ombres constantes (Première Partie)




      Ses pas claquaient sur le dallage ; de lourds nuages s’amoncelaient dans un ciel morne, comme vidé de vie. Un calme oppressant s’était appesanti sur la place, précédant la terrible tempête qui menaçait de s’abattre. Seul le faible clipotis de la fontaine semblait troubler cette hostile quiétude, en un pâle murmure qui ne le démarquait en rien du silence environnant. La nature se taisait peu à peu, en un déclin éploré. Plus que jamais la solitude se faisait ressentir, jusque dans le moindre brin d’herbe, jusque sur les étals vides. Dépouillée de vie, Infelt se taisait…
      Sildinn courrait à en perdre haleine. Combien de temps avait-il douté, combien de temps était-il resté immobile, gâchant de précieuses minutes à ne pouvoir atteindre l’évidence ? Il ne le savait, mais c’est bien trop dans tous les cas. Si l’on en croyait les dires du maire, les créatures des bois ne sortaient que la nuit et la lumière semblait les effrayer, vu leur réaction devant la torche qu’avait brandie l’un des villageois avant de se faire tuer. Or, le sang d’une encre crépusculaire commençait déjà à goutter sur le parchemin obscurci des cieux… Pressant encore l’allure, l’illusionniste se déplaçait à une vitesse folle dans les rues mornes de la bourgade, comme un tourbillon de peur et de regrets mêlés. Comme il se maudissait d’avoir perdu autant de temps, au lieu de réagir tout de suite et d’aller chercher sa protégée, mystérieusement envolée depuis la matinée ! Comme s’il ne savait pas qu’elle adorait aller déclamer ses poèmes dans sa clairière adorée ! Comme s’il ne savait pas, enfin, qu’elle travaillait dur pour les vers qu’elle avait écrit en son honneur… Un mince sourire naquit sur ses lèvres quand il se remémora le soir où elle s’était endormie sur sa feuille, la plume à la main, et qu’il était allé la déposer dans son lit. Décidemment, elle était bien étourdie… oh bien sûr, il n’avait pas lu ; à peine avait-il jeté un coup d’œil, fier du peu qu’il avait volé à sa pupille, avant de retourner le support, eût égard pour son labeur, mais… Mais le sourire disparut bientôt devant l’urgence de la situation. Aylinn !
      Serrant les poings de rage devant sa lenteur, une peur indicible lui montait à la tête. Il ne savait pas dans quelle situation elle se trouvait maintenant ; le monstre la surprendrait-il alors qu’elle déclamait encore ses poèmes, enivrée par une journée passée à s’épancher amoureusement en de lyriques paroles ? Profiterait-il de son émerveillement pour la faire basculer dans l’horreur, était-il encore tapi dans les ombres, attendant le point ultime du crépuscule ? Etait-elle déjà… morte ? Sildinn s’obligea un temps à recouvrer son sang-froid, mais ces soupçons le taraudaient toujours et encore, tels des rapaces tournoyant sinistrement au-dessus de lui. Cédant à l’envie de savoir, il ralentit l’allure et tendit son esprit pour repérer un changement dans l’attitude de son élève. Craignant ce qu’il allait découvrir, son souffle s’accéléra. Mais non, apparemment il ne se passait rien d’inhabituel ; il décelait chez elle encore l’étrange sensation d’un éblouissement presque irréel.
      Pourvu qu’il arrive à temps ! Après tout, il ne savait rien de ces créatures. Etaient-elles aussi rapides et puissantes que l’avaient décrit les paysans au maire ? Leur affolement les avait peut-être dupé, la nuit n’y arrangeant rien. Il savait pertinemment que les habitants d’Infelt, bercés par une existence paisible au seul rythme de la course du soleil, avaient tendance à fabuler pour peu. Seulement, la bête avait fait plusieurs victimes, c’était indéniable.
      Bon sang, si Aylinn était attaquée, résisterait-elle avant qu’il n’arrive jusqu’à elle ?
      Le maître s’exhorta à dominer ses angoisses. Il décida de courir en direction de la forêt le plus rapidement possible, autant pour oublier ses doutes que de tenter d’arriver avant que son élève ne soit blessée. Dévalant la grand rue, ses habits claquaient de façon lugubre alors que ses cheveux bruns ondulaient derrière lui comme une traînée obscure. Il avait fallu, évidemment, que la mairie se trouve de l’autre côté du bourg ! Levant la tête de temps en temps, haletant, il surveillait la course du soleil, déjà bien trop vermeil à son goût. Il n’était même pas arrivé sur le chemin de terre séparant Infelt des bois que le dernier quart de l’astre se faisait avaler par les collines. De lourds nuages semblaient se presser en direction de la forêt, formant une masse opaque dans les cieux. Le silence s’imposa encore un peu plus.
      Sildinn maudit le soleil de se coucher si tôt alors que son élève courait un danger si grand. Mais enfin, enfin il sortait de la ville ! Maintenant, il ne lui manquerait plus beaucoup de terrain à parcourir avant d’arriver à la lisière de la forêt. Seulement, la clairière était assez enfoncée au milieu des arbres et il n’était pas vraiment sûr de la retrouver. Depuis longtemps, ce sanctuaire n’appartenait plus qu’à sa protégée. Et s’il ne le trouvait pas ? Il savait que ce n’était pas le moment de se laisser brouiller par cela, que seul le fait qu’elle survive importait, mais il ne pouvait s’en empêcher. Il voulut marmonner un juron bien senti sur le maire et ses réunions, quand il fut soudain saisi d’un long tremblement. Stupéfait, il s’arrêta de courir. Il tendit son esprit vers son élève, un sourcil levé. Plissant le front pour se concentrer un maximum, son cœur manqua un bond quand une grande terreur le submergea. Puis il lui sembla trébucher, percutant quelque chose derrière lui. S’attendant à rencontrer la terre, il se ressaisit soudain en comprenant que ce n’était pas lui qui tombait en arrière. Bon Dieu, Aylinn avait de si fortes émotions !
   
      Son professeur secoua la tête afin de rassembler ses esprits, puis repartit au pas de course. Que faisait-elle donc ? La créature devait déjà l’avoir attaquée. Heureusement, elle ne s’était pas laissée totalement surprendre. Il aurait payé cher pour régler le compte de cette aberration lui-même, si seulement il s’était réveillé un pue plus tôt. Il laissa une part de sa magie porter attention à son élève, préservant le plus gros pour ne pas se laisser influencer, risquant de cesser d’avancer sans s’en rendre compte. Les hautes herbes défilaient à vive allure devant ses yeux, flouées par l’extrême vitesse de ses propres déplacements. L’obscurité gagnait de plus en plus la plaine, la recouvrant de ses noires vapeurs, alors que le soleil en était déjà à son dernier sursaut. Plus vite, plus vite !
      Entre temps, il sentait des à-coups violents dans sa poitrine. Aylinn devait courir, mais il sentait aussi une espèce de vertige le saisir. Dans une pointe d’angoisse, il voulut voir ce qui se passait et se sentit sauter vivement avant d’atterrir sur une surface assez dure pour le soutenir, mais qui vacillait dangereusement. Il sentit sa main descendre vers sa jambe et prendre un objet fin et froid au toucher, qu’il lança rageusement… Maître Sildinn !
      Par un effort de volonté, il réintégra sa conscience propre, le souffle coupé par sa course et l’épreuve mentale qu’il subissait, afin de résister au pressant l’appel d’observer ce qui se déroulait. Sans s’en rendre compte, la jeune femme l’attirait vers elle en pensant à lui aussi fort, mais sans vraiment sentir son esprit l’effleurer. Pour couper court à ces dangereuses distractions, il rétracta complètement son esprit du combat pour ne plus s’occuper que de son propre corps. Il constata amèrement qu’il s’était presque arrêté au milieu du chemin. Relevant la tête avec un air de défi, ses yeux perçants scrutaient la forêt au travers des troncs, comme s’il cherchait à tuer le monstre d’une simple pression mentale. Non loin, un cri bestial s’éleva, déchirant l’air de ses notes sinistres.
      Pour ne plus se laisser happer par l’envie de suivre chacun des gestes d’Aylinn, l’illusionniste sépara un mince filin de son esprit qui lui permettrait de ne suivre uniquement les fluctuations d’aura magique et émotionnelles ; puis il reprit sa course, plus rapide que jamais.

      A peine fût-il parvenu à l’orée des bois qu’il sentit une vague meurtrière au loin, puis une infime parcelle de magie lui parvint, qui se déploya rageusement pour finalement disparaître. Il ne s’en inquiéta pas outre mesure et continua : son élève devait sûrement se défendre. Le soleil avait déjà disparu… La forêt était devenue menaçante, l’ombre des cimes se tordait sur un fond de lumière agonisante. Bientôt, chaque arbre, chaque brin d’herbe serait avalé par l’obscurité. Tout changeait si vite… pas un instant de répit ne leur serait-il accordé ?
      Au milieu des troncs épais et de la pénombre crépusculaire, il était difficile de retrouver son chemin. Sildinn pourtant n’hésita jamais, car un seul moment de latence pouvait sonner le glas pour son élève… et lui-même. Il avait la désagréable sensation qu’on l’épiait derrière lui, dans les fourrés. Il s’en serait volontiers occupé s’il n’avait pas eu la certitude que chaque seconde comptait. Pour le moment, il laisserait cette chose le suivre, si elle existait réellement.
     
      Soudain, il eut la vague impression qu’un grand vide s’ouvrait sous ses pieds, accompagné d’une grande terreur. Un vertige le prit, il vacilla un instant. Que faisait donc Aylinn ? Un lancement dans le bras droit lui répondit, suivi d’une douleur atroce. De rage, le maître se mordit la lèvre inférieure : d’instinct, il avait encore rapproché son attention de son élève. Dire qu’une lieue devait encore le séparer du lieu du combat ! L’impuissance avait comme un arrière-goût de désespoir, une saveur amère et terriblement frustrante… L’abattement se saisit de lui. Mais il fallait bien continuer, coûte que coûte !
      Bientôt les grands troncs ne seraient plus que silhouettes immobiles, taciturnes gardiens d’un lieu souillé. Leur présence relevait plus de la torpeur que de la vie foisonnante, et pourtant ils veillaient… Ou plutôt assistaient-ils à la déchéance du sanctuaire qu’ils regardaient stoïquement mourir… Sildinn lançait un regard à ces géants impotents quand il fut frappé par un soudain vide, plus terrifiant que la plus grande douleur de sa protégée. Il écarquilla les yeux, bouche bée, le corps tétanisé. Il ne sentait plus que son esprit, tendu vers le lointain alors qu’il courait toujours, mais qui ne rencontrait plus rien, ni émotion ni signe d’activité alentour. Il s’arrêta et contempla le ciel sans comprendre. Un frisson le parcourut de part en part alors qu’un corbeau s’élançait vers le firmament grisâtre, perdant plumes et cris dans sa vaine fuite. Plus pâle que la mort, ses mèches de jais lui tombant devant les yeux, l’illusionniste tâtait psychiquement l’espace de la bataille, dans l’espoir d’y trouver ne serait-ce qu’un infime indice de la conscience d’Aylinn. Mais il ne rencontra que néant… Le désespoir distilla ses poisons d’abattement dans ses veines. Plus aucune étincelle ne surgirait plus de la forêt, tout y était mort, jusqu’à son élève. Aylinn…
      Comme il murmurait le prénom de sa regrettée élève, son regard descendit du ciel pour se diriger vers l’endroit où il aurait dû se trouver avant que tout cela n’arrive. Un voile mélancolique ternit l’éclat de ses yeux d’émeraude, le regret le rongeait. Comme cette perte paraissait irréelle… Ils en avaient passé du temps ensemble, à faire des leçons ou simplement à parler assis dans l’herbe humide. Un sourire amer étira le coin de ses lèvres. Oui, il se rappelait chaque détail de chacune de leurs longues discussions. Souvent, ils parlaient des lectures d’Aylinn, surtout de ce qu’elle avait apprécié et avec elle, cela pouvait s’éterniser, surtout si on l’invitait à poursuivre, assis près de la rivière. Elle ne pouvait jamais s’empêcher de marquer d’un soupir chacune de ses phrases passionnées sur tel ou tel auteur, puis d’enchaîner sur une longue description de ce qui les entourait, insistant sur l’aplomb du soleil et l’étincelant cours d’eau pour finir sur Infelt et son assoupissement. Il ne put réprimer un autre sourire en la revoyant gesticuler pour lui expliquer ce qu’elle ressentait, le visage radieux. Il l’écoutait attentivement jusqu’à ce qu’il ne puisse plus éviter de rire devant le zèle qu’elle y mettait. Elle faisait semblant de s’indigner, puis ils riaient de longs moments ensemble, avant de revenir au village. Il ne comptait plus les journées complètes passées à parler de tout et de rien. Aylinn…
      Non, ça ne devait pas être ainsi, pas encore. Refusant de céder à ce que ce vide lui faisait croire, l’illusionniste nourrit la conviction que sa protégée était vivante. Tomber si vite dans le doute et les remords, cela ne lui ressemblait pas ! La détermination alluma un nouveau feu dans son regard et prit dès lors le pas sur l’abandon qui l’habitait. Il se demanda si sa pupille n’avait pas tout bêtement sombré dans l’inconscience après sa chute. Se ressaisissant, il voulut courir à nouveau, et fit une grimace. Ses jambes s’étaient engourdies… Combien de temps avait-il passé figé, à fixer la voûte alourdie de nuages ? Peu importait, la lutte reprenait…

      Souriant, Sildinn s’arrêta au centre d’une clairière balayée par les vents nocturnes. Après tout, son élève ne devait sûrement pas être morte. Qui l’avait donc formée à tous ces arts et à la ténacité qu’elle n’avait de cesse de manifester quand il l’évaluait ? Non, elle devait sûrement l’attendre, mais pour qu’il ne ressente plus rien d’elle, elle devait se trouver au bord du gouffre… Il tendit son esprit vers elle, mais encore une fois, il ne rencontra rien. Fronçant les sourcils, il se concentra un maximum avant de réessayer. Quelque chose d’infime et d’instable provenait du lieu de la bataille. Des émotions humaines, et violentes… un conflit de désespoir, à la limite des ténèbres complètes. Un combat sans merci aux portes de la vie, marqué d’un profond chagrin et d’une souffrance infinie. Sildinn s’immisça comme il le put dans cet esprit ravagé, complètement fermé au monde extérieur. Imperturbable, il ne se laissa pas refouler et descendit au plus loin dans les abysses, jusqu’à rencontrer une faible lueur qui s’essoufflait dangereusement. Il tenta de l’affermir, déversant son énergie en elle, mais elle repoussa chacune de ses tentatives brusquement, avec une terreur son nom, comme s’il la prenait d’assaut. Voyant que ses chances de la faire ressurgir à la réalité de cette manière ne la lui faisait perdre qu’encore plus, il se rétracta un moment. Il décida de modifier sa tactique. Comme elle avait toujours échoué à lui résister à ce jeu et qu’elle s’apaiserait dès qu’elle le reconnaîtrait, le jeune homme opta pour la subtilité. Souriant intérieurement, il commença à étendre sa magie par flux ténus ; il utiliserait… l’illusion.
      Il déploya son aura rassurante, entourant la frêle flamme d’espoirs lumineux. Il parsema les ténèbres d’images mirifiques dans le désir que ce pâle reflet de conscience, plus apeuré qu’un animal piégé, lui accorde sa confiance. Il était affligeant de voir ce qui restait de l’envie de vivre d’Aylinn, qui se réduisait à ce fragile îlot ballotté par un océan de tourmentes. Répandant de sublimes trompe-l’œil autour d’elle, Sildinn croyait fermement dans les chances d’éveil de son élève. Il lui murmurait des choses douces, comme à une enfant apeurée par une nuit d’orage. Pourtant elle n’osait le suivre, ses blessures étaient si profondes qu’elle ne pouvait plus croire en rien, seulement craindre. Plus subtil encore et d’une infinie compassion, il envoya dans l’esprit de sa protégée l’image d’un soleil naissant, répandant sur la plaine ses doux rayons d’ambre. La nature lentement s’éveille, sereine et douce, en une promesse de délices éternels. Dans le lointain, on voyait le scintillement d’un fleuve d’argent, langoureusement caressé par le passage du zéphyr. Une tranquille bourgade, nimbée des chatoiements de l’aurore, sommeille sur sa tendre colline, comme sur un verdoyant oreiller. Partout, fruits rouges et feuilles vigoureuses frémissent au contact de la rosée, qui perle sur leur peau sucrée. La vie reprenait lentement son cours au salut de l’astre vermeil…
      Sildinn peignait un tableau qu’il savait irrésistible pour son élève, aussi ravissant et frais que possible afin qu’elle s’éveille à lui. Il fallait à tout prix raviver ce brasier vacillant, quitte à le tromper, sans quoi il menaçait de s’éteindre à jamais. Il fit délicatement croître l’aube dans l’esprit d’Aylinn, et il sentait déjà ses hésitations se renforcer. Encouragé par un tel succès, il fit briller l’aurore plus fort, tendant une main bienveillante vers son élève. Il la sentit venir vers lui faiblement, toujours craintive. Alors qu’elle s’ouvrait à lui et qu’elle poussait les portes de son courage, il accrût son emprise sur elle et employa toute son énergie à la raffermir et à lui faire croire au bonheur, à grand renfort de lumière salvatrice. Bientôt, elle fut toute à lui, s’agrippant fermement à ses illusions et à l’espoir qu’il faisait naître en elle, qui devint alors certitude. Il se révéla à elle, lui envoyant toutes sortes d’émotions et sa propre image, dans des apprêts angéliques. Sentant que son angoisse s’était envolée, il savoura ces instants imaginaires de bonheur avec la jeune femme, la tenant irréellement dans ses bras, qui baignait dans une gratitude et un émerveillement sans limites. Peu à peu, il rompit l’illusion, puis finalement se rétracta complètement, repoussant du même coup la conscience d’Aylinn vers la surface. Ce féerique songe pouvait être aussi dangereux pour elle que de la laisser dans l’obscurité. Elle ne devait pas que rêver, la suite du combat l’attendait !
      « Et le mien aussi », murmura Sildinn en se retournant vivement...
« Modifié: samedi 28 janvier 2012, 19:39:26 par Prince du Crépuscule »
« Les gens exigent la liberté d’expression pour compenser la liberté de pensée qu’ils préfèrent éviter. »


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[Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
« Réponse #40 le: lundi 11 février 2008, 17:00:53 »
Bon je suis le premier à commenter ? Qu'elle honneur, je vais m'y mettre tout de suite.
Commençons par le style : un vocabulaire riche, un style fluide et limpide comme l'eau d'un lac. Et pourtant ce que j'ai pus lire n'avait rien d'insipide comme l'onde, au contraire ça avait beaucoup de saveur. Le lyrisme y est toujours présent, prenant les traits de Sildinn inquiet pour son élève, ou encore ceux d'Aylinn, désespérée, seule, blessée et incapable de croire de nouveau au bonheur. J'adore, je recommande et j'attends la suite avec beaucoup d'impatience pour enfin découvrir ce qui va arriver aux protagonistes de ta fiction.

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[Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
« Réponse #41 le: mercredi 20 février 2008, 17:20:28 »
Ah je commence par le même début que le ocmmentaire pour GMS : désolé de cette longue période sans commentaires :niak:
En même temps, ce qui est bien c'est que je n'ai qu'une chapitre à commenter. Heureusement, car il y a énormément de choses à dire et que je ne sais même pas si j'aurais la force nécessaire pour les énoncer. Alors s'il y avait eu trois chapitres à commenter... La mini-puce aurait court-circuité... :niak:

En premier lieu, le changement radical : Aylinn n'est plus au centre du chapitre. Enfin d'une manière, si, elle l'est, mais à travers le personnage de Sildinn.
Par ailleurs je retrouve quelque chose que j'avais dit par rapport aux premiers chapitres : la narration semble en effet s'alléger lorsque Sildinn est maître du chapitre. Ainsi, on rentre assez vite dans ses inquiétudes et bien que ça fait plusieurs semaines / mois que l'on n'en sait pas plus sur Sildinn (depuis son passage chez le maire), et bien en fait il ne s'est même pas écoulé une journée dnas la chronologie de ton univers. Le combat est ainsi laissé de côté entre Aylinn et le Sans-Nom, pour en trouver un autre : Sildinn se bat contre le temps.
La tombée du soleil, cette impression de crépuscule menaçant, tu l'as retranscrite à merveille, en effet. Sildinn lutte contre le temps, contre lui, contre le soleil, contre le crépuscule, contre son envie irrépressible de revoir Aylinn. Il s'égare parfois à trop y penser et laisse le désespoir le submerger en lui envoyant des images de bonheur, provenant directement du passé et des souvenirs de l'illusioniste. Je ne peux qu'applaudir une telle performance, tu es franchement étonnant, on pourrait penser que tu pourrais être plus indulgent avec le lecteur, dans le sens où tu le laisserais reprendre son souffle... Mais non, tu insistes bien. Chaque description, chaque phrase, chaque mot a sa place, tu les assembles avec le respect d'une certaine esthétique, portant l'élégance de tes palabres hauts dans le ciel. Cette esthétique résonne en parfaite symbiose avec un autre objectif que celui de la beauté pure et simple : celui de préserver la psychologie de ton personnage intact en l'ancrant dans une nature qui se ternit. Décidément, j'adore. La nature a tellement de charme quand elle devient grisaille...
Histoire de terminer mon commentaire sur le chapitre, je dirais que l'illusion finale laisse entrevoir la deuxième partie du chapitre qui sera basée sur un combat certainement plus concret.

Bref, tu confirmes encore une fois un talent incroyable. Quelques fautes tachent un peu l'ensemble, mais fautes d'étourderie ne tachent en rien la gloire d'un tel texte.
Vive la suite :niak:

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[Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
« Réponse #42 le: jeudi 28 février 2008, 23:58:52 »
Bon bon, je vais commenter vos gentils commentaires, à tous les deux! ^^ (en en attendant un autre... je m'occupe X'3)

Raphael14 => Merci infiniment pour ce commentaire, car même s'il est simple par rapport à d'autres, je peux savoir en un clin d'oeil si je suis en train de pérécliter ou non (en espérant que ça n'arrive pas... ) et ça me fait, bien sûr, extrêmement plaisir. De plus tu y glisses même quelques tournures poétiques, j'aime... =3 Que ce chapitre t'ait également plu à ce point m'encourage vivement à continuer, merci! 
... Il se pourrait bien d'ailleurs qu'une surprise t'attende bientôt, je n'en dis pas plus... ^^

Ma Mini-puce => Je t'en veux énormément tu sais, plus que ce que l'univers a jamais couvé en son sein vengeur, mais pas forcément pour ce que tu crois... C'est pour m'avoir laissé seul commenter mon cher Mage Vermeil! Cruel que tu es! Ingrat! T^T *s'enfuit en pleurant*
Non, sérieusement je t'excuse va, je fais que ça en ce moment, alors un plus un de moins c'est pas ça qui va me faire passer d'une fatigue extrême à une léthargie de non-retour hein? 
Bref, je te pardonne et je comprends parfaitement, je suis également surchargé en ce moment, et ça me frustre énormément... J'aimerais tant écrire plus! ^^

Eh bien, il faut que je le répète, mais tu as toute ma gratitude pour ton commentaire, qui est toujours aussi précis et enrichissant pour moi. Cela me permet notamment de savoir si j'ai fait le bon choix, et si mon "opposant" des premiers temps ne va pas revenir sur son impression première, à mon plus grand désarroi... ;p Ah, la surprise... C'est l'un de mes traits caractéristiques, attendez-vous à une tonne de surprises! Après tout, ce n'est pas pour rien qu'on me trouve si mystérieux héhé. *-*
Oh, et as toi aussi parsemé tes lignes d'élancements lyriques, est-ce que c'est contagieux?  J'aime en tout cas, merci pour tout. Savoir que tu adores ce que j'écris me mets du baume au coeur en cette période de fatigue absolue. <3
Par contre, pourrais-je savoir où sont mes fautes? J'avoue ne pas m'être vraiment relu, mais ça m'embête, tu sais comme je suis, surtout sur ce genres d'imperfections... ^^" (sur msn si tu veux, je pourrai à nouveau être présent sous peu, c'est demain les vacances pour moi! *O*)

Oh et une dernière chose... Dans vos deux commentaires, j'ai comme l'impression que vous n'avez pas saisi la scène, à moins que je me trompe... Vous avez bien compris que c'est la même scène du combat d'Aylinn contre le "Sans-Nom" (merci mon parasite ;p) mais vécue par Sildinn, n'est-ce pas? D'où toutes ces références quand il tend son esprit et que la peau de son bras semble se déchirer, le trou noir qu'a vécu Aylinn et qui le plonge dans le plus total désespoir, etc... Et l'image angélique de l'illusion du maître est la même que dans la description dans le chapitre de la jeune mage. 
Voilà je voulais juste repréciser au cas où vous n'aviez pas tout saisi (mais je me fais peut-être des idées), car je sais que ça fait longtemps que je n'avais pas posté de suite, hélas... ^^'

Sur ce, à bientôt mes chers lecteurs que j'aime! La suite pour bientôt, vous pouvez avoir foi en votre Prince du Crépuscule... ^^

Edit: Et voilà donc la suite promise (même si l'autre n'a pas posté, et j'espère qu'il se reconnaîtra, quelle honte franchement è_é), car comme on le dit si bien chose promise, chose dûe! Haha... >_> (Espérons pour vous que cette suite sera meilleure que cette blague... X'3)








Chapitre VI: Lueurs fugaces, Ombres constantes (Seconde Partie)




      « Sors de là… Tu crois que je ne t’ai pas vu, depuis le temps que tu me suis ? »
      Dans un furtif dévoilement de lune, Sildinn vit les fourrés remuer derrière lui. Quelle créature pouvait se débrouiller si mal pour le traquer ? Une bête curieuse, ou alors trop sûre de sa puissance pour véritablement se cacher ? Son regard se durcit. Dans tous les cas, il ne se laisserait pas abuser si facilement !
      Sans même se retourner, le menton posé sur la paume de sa main, l’illusionniste ferma un instant les yeux, puis les rouvrit lentement. Ses pupilles s’étaient teintées sur leur contour d’une étrange lueur mauve en surbrillance, s’appliquant comme un cadre délicat au vert fascinant de son regard de glace. Sans même hausser le sourcil, plein de suffisance, il souleva une masse noire des buissons, la faisant léviter au-dessus du sol. Le corps, qui passa brusquement à côté de lui, était entouré d’un halo de la même lueur surnaturelle. Le mage l’envoya heurter violemment un tronc épais en face de lui, sans que son expression ne change. La masse, assez petite –mais qu’il ne pouvait distinguer en détail à cause de la nuit, fit trembler l’arbre à son rude contact, et s’affaissa misérablement jusqu’au sol, inerte. Quelques feuilles de hêtre voltigèrent dans les airs à cause du choc, puis vinrent se déposer sur la victime du sort. Sildinn ne se fia pas à son immobilité apparente, mais était tout de même surpris qu’il n’ait éprouvé aucune résistance chez son ennemi. Ses yeux se drapèrent à nouveau de mauve. Impitoyable, il détacha le corps de la terre, et le plaqua d’un mouvement de tête contre le tronc. Que méritait donc pareil espion ? Il pouvait tout aussi bien s’agir d’un semblable de la créature contre laquelle se battait Aylinn !
      L’illusionniste s’avança, d’une démarche souple mais alerte, jusqu’à la masse sombre au pied de l’arbre, tout en maintenant sa prise psychique sur elle. Il s’approcha prudemment de son détenu, couvert par le banc opaque de nuages qui voilait la lune, et s’arrêta devant lui. Un moment, il douta de l’apparence de son ennemi, qui avait une forme humanoïde. Lui qui avait imaginé toutes sortes d’aberrations, se pouvait-il que des monstres leur ressemblent autant ? Se pouvait-il qu’il se soit mépris dans sa colère ? Non, c’était sûrement encore un de leurs pièges ! Raffermissant son pouvoir, Sildinn prit le menton de son poursuivant entre ses doigts, et lui souleva implacablement la tête afin de l’étudier. Un gémissement plaintif s’échappa de la petite bouche du frêle captif. L’horreur se saisit soudain du maître; il recula, épouvanté…

      Bouleversé, il lâcha sa prise sans le vouloir sur le petit corps, qui commençait à saigner. Il le rattrapa de justesse avant qu’il ne heurte le sol et le prit dans ses bras. Qu’avait-il fait ? Il s’agenouilla et caressa du pouce le petit visage imprégné de fluide vital, dont les mèches blondes voletaient au rythme du vent qui s’était levé. Chacune de ses inspirations était douloureuse, et son ventre se soulevait faiblement. L’illusionniste ferma les yeux de dépit sur ce qu’il venait de faire, et serra la victime contre lui, dont le corps chétif ne cessait de trembler.
  « Tout va bien, tu n’es plus en danger… La bête est partie, je suis là. Tout va bien, Morhn. »
      Le petit garçon agrippa fort le vêtement ample de Sildinn et pleura bruyamment, le visage enfoui contre le l’épaule du mage. Ce dernier se souvint soudain de ce qu’avait dit le maire alors qu’il n’écoutait plus, trop concentré à trouver ce qui lui manquait. Les paroles qu’il avait prononcées… Il aurait dû s’en rappeler ! «  Il semblerait qu’un petit garçon soit encore dans la forêt, et qu’il n’est pas revenu avec ses parents des bois après qu’ils aient été attaqués par la bête. Nous ferons tout pour le chercher demain, mais c’est sans grand espoir. Au cas où, nous dirons à la famille de mentir quant à la disparition du petit Morhn, n’oubliez qu’il faut à tout prix éviter la panique. Je… »
      Fallait-il qu’il soit à ce point aveuglé par sa peur pour son élève qu’il ne fasse pas attention à ce qui l’entourait ? Ses mâchoires se crispèrent.
      Le petit corps remua contre son épaule, et éloigna son visage ruisselant de larmes. Ses blessures ne paraissaient pas trop sévères, son bras était juste entaillé. L’illusionniste ouvrit d’une main la petite sacoche accrochée à son côté, et en ressortit un tissu de bandage. Il en déchira un morceau et le serra fermement autour de la plaie, afin d’enrayer l’hémorragie. Le blondinet hoqueta, et eût un regard désespéré pour le mage.
  - Maître Sildinn, enfin…
  - Chut, fit ce dernier en lui intimant du regard de se taire. Attends que je finisse, Morhn. J’ai bientôt fini…
      Sildinn essuya de sa manche le sang sur le visage du garçon, et soupira longuement. Malgré le mal qu’il lui avait fait, il n’avait pas le temps de s’occuper de lui, quelqu’un d’autre attendait aussi son secours. Aylinn… Le maître repoussa doucement Morhn de ses genoux et se releva, tout en invitant le petit garçon à faire de même. Ce dernier lui prit la main qu’il tendait, et se serra fort contre sa jambe une fois debout. Soupirant une nouvelle fois, l’illusionniste le saisit des deux mains par ses épaules chétives et le plaça devant lui. Il s’accroupit au niveau de sa figure et lui dit :
  - Morhn, écoute, je n’ai pas le temps de m’occuper de toi. Il faut que tu retournes chez toi, auprès de ta mère. D’accord ?
  - Mais, mais…
      Sildinn ne lui laissa pas le temps d’achever sa phrase et tendit deux doigts en direction du front du garçon, l’effleurant légèrement. Il lui envoya mentalement le chemin à parcourir pour rentrer chez lui et lui intima par influence magique de ne jamais s’écarter de ce qu’il lui montrait, en plus de partir sur-le-champ.
  - Maintenant, va, lui souffla le maître en se relevant.
      Il poussa doucement le blondinet dans le dos pour qu’il avance, ce qu’il fit bientôt, sans même se retourner vers lui. Morhn s’enfonça dans les ténèbres entre les troncs resserrés des arbres, assombris par la lune couverte. L’illusionniste le suivit un moment du regard et pria pour qu’il ne lui arrive rien. Il regrettait de le faire partir sans protection, mais il n’avait pas eu d’autre choix, le petit garçon aurait été trop lent. Il releva la tête, et huma l’air. Le ciel semblait s’être encore assombri. Aylinn…

      Courant du plus vite qu’il le pouvait, Sildinn se frayait tant bien que mal son chemin dans la végétation dense de la forêt. Plus on s’enfonçait, et plus les arbres étaient élancés ; les fougères recouvraient presque entièrement un antique chemin de terre, passé d’entretien depuis longtemps. L’illusionniste ne se laissa pourtant pas abattre, et cherchait à rejoindre son élève le plus vite possible, qui devait errer entre les arbres non loin de là. Apparemment, elle l’avait emporté, mais rien n’était moins sûr. Il préférait ne pas avoir la terrible vue de son élève étendue à terre, en sang, les entrailles dévorées par la bête. Et plus tôt il arriverait, mieux ce serait. Il ne devait plus être très loin de la clairière à présent, s’il se souvenait bien. Il se remémorait ce lieu charmant, baigné de soleil au milieu de chênes majestueux, se dressant comme de mystérieux garants de la sérénité de ce sanctuaire. Aylinn adorait s’asseoir sur la souche en son milieu et se laisser simplement bercer par les murmures du vent entre les branches, la peau caressée par les rayons de l’astre du jour. Lui n’y venait pas très souvent, et très vite cette trouée lumineuse était devenue le repaire aimé de son élève, qui s’y rendait lorsqu’elle voulait rester seule, ou quand l’inspiration la tenait entre ses ailes frémissantes…
     
      Et voilà qu’il trouvait un lieu dévasté, terne et portant les stigmates du combat acharné qui s’y était déroulé. Le sang teintait lugubrement l’herbe, les arbres semblaient mornes, presque dénués de vie. Les troncs épais, autrefois barrière protectrice, ne faisaient plus qu’étouffer la beauté souillée de l’endroit. Plus rien n’avait d’harmonie, tout n’était plus que déchéance… Jusqu’à la souche, arrachée avec une barbarie aveugle, qui gisait misérablement sur le sol un peu plus loin. Plus rien ne restait du superbe sanctuaire d’Aylinn, où elle aimait tant contempler ciel et feuilles, et déclamer ses poèmes.
      Désolé par pareil spectacle, l’illusionniste s’avança afin de trouver son élève, qui avait sombré dans l’inconscience non loin de là. Des lambeaux sanguinolents d’une chair noire nauséabonde jonchaient la terre un peu partout, éparpillés. Au pied d’un tronc, auquel pendaient plusieurs branches, il remarqua que l’herbe était couchée, comme si elle avait été plaquée au sol par une puissance autre que physique. Voilà donc comment cela c’était passé… Son élève avait dû chuter de l’arbre et atterrir ici. Mais elle ne s’était pas brisée la colonne vertébrale grâce à un sort de vent, qui l’avait portée pour amortir le choc juste avant qu’elle ne heurte le sol. Elle avait dû le lancer par autoprotection, même si elle s’était déjà évanouie. Finalement, ses enseignements n’avaient pas été vains… Sildinn sourit malgré lui. Ensuite elle avait refait surface grâce à ses illusions, et s’était battue de nouveau contre le monstre, l’achevant par des lames de vent. A savoir pourquoi la bête ne l’avait pas achevée alors qu’elle était inerte, c’était un mystère. Mais peu importait…
    Sildinn poursuivit ses recherches et la trouva un peu plus loin, évanouie au pied d’un arbre géant qui s’élançait encore fièrement vers le ciel. Sa vue le bouleversa. Ses cheveux étaient imbibés de sang et son teint frôlait la pâleur de la mort. Elle semblait presque éteinte, allongée dans son linceul verdoyant. L’illusionniste s’approcha d’elle avec une certaine appréhension, comme s’il redoutait l’inéluctable, malgré tous ses efforts et ceux de son élève pour y réchapper. A quel prix avait-elle donc payé cette lutte absurde ? Il désespérait encore plus en pensant aux séquelles que ce combat aurait laissé en elle. Comment réagirait-elle à son réveil ? Lui en voudrait-elle, le traiterait-elle de menteur ? Lui qui avait juré de la protéger toujours…
      Il prit sa main, froide, inerte, délicatement dans la sienne et se mit à caresser sa longue chevelure de jais. Qui pouvait donc être assez cruel pour vouloir du mal à cette sublime jeune femme, toujours vive et joyeuse ? Il posa sa paume contre son front et la retira vivement, tant il était brûlant. Le regard empli d’inquiétude, le maître se concentra un long moment, les yeux clos, afin de connaître la gravité des blessures et la profondeur de l’inconscience d’Aylinn. Il rencontra une volonté amoindrie, mais qui résistait. Elle semblait flotter presque sereinement à l’intérieur d’elle-même, comme si la mort de la créature signifiait un retour à tout ce qu’elle connaissait. Son sommeil s’était rythmé de sursauts quand il avait pénétré son esprit, comme si elle l’avait reconnu. Il la sentait profondément triste, mais elle n’avait pas renoncé à vivre, ce qui le rassura fortement. Son coma était léger, et elle se réveillerait sûrement bientôt. Aussi Sildinn décida-t-il de se rétracter et de prendre son élève dans ses bras. Il lui sembla qu’elle ne pesait presque rien, telle une plume voletant sous une chape de plomb. Il craignait qu’elle ne se réveille trop tôt, et qu’elle ne voie son nid de merveilles dévasté. Il voulait l’éloigner le plus possible de ce lieu de cauchemar afin qu’elle en oublie la plus grande part. Il voulait lui faire fuir les dangers latents qui peuplaient partout ces lieux souillés, stigmates de son combat contre les ténèbres, et qui se heurteraient à sa volonté fragilisée. Oui, mieux valait pour elle de s’échapper, puis d’oublier…

      Marchant à un rythme régulier, qui se voulait mesuré afin de ne pas secouer son élève, Sildinn vit enfin l’orée des bois, qui s’ouvrait sur les vastes plaines aux alentours d’Infelt. Que de songes avaient déjà peuplé le sommeil des enfants, rêvant d’aventures palpitantes dans ce vaste espace, portés par le vent et les rayons du soleil. Sa vue soulagea le maître, qui sût qu’il n’en avait plus pour très longtemps désormais. Il avait passé la majorité de la nuit dans la forêt, craignant pour la santé d’Aylinn, s’arrêtant sans cesse lorsqu’elle commençait à tousser violemment au moindre cahot. Cette marche saccadée l’avait exténué, et voir ces plaines lui redonnait curieusement des forces. Qu’elles étaient belles, baignées par la lueur hésitante de l’aube, qui venait saluer la journée naissante…
      Il tint Aylinn plus fermement dans ses bras, dont la tête branlait faiblement à chacun de ses pas. L’un de ses bras pendait misérablement dans le vide, et l’autre était replié contre sa poitrine, sans force. Ses mèches noires voletaient au gré du vent, et venaient s’appliquer contre sa joue blême comme un voile fin. On aurait dit un pantin, tout fait de chair et d’os, à l’aspect presque trop vivant pour être inanimé, que tenait tendrement le marionnettiste qui l’avait façonné, avançant précautionneusement afin de ne pas l’abîmer. Chacun de ses pas les portaient un peu plus vers la paix qu’ils méritaient tant.
      Soudainement, il sentit sa protégée trembler dans ses bras. Chacune de ces oscillations reflétaient encore une angoisse omniprésente et indéfectible. Sildinn vit ses paupières tressauter un long moment, après quoi un faible gémissement s’échappa de ses lèvres. Il préféra s’arrêter un moment afin qu’elle s’apaise, mais rien n’y faisait et elle s’agitait de plus en plus violemment, comme si elle tentait de s’extirper de son propre corps. Il voulut la calmer en lui murmurant des paroles réconfortantes, mais chacune de ses tentatives étaient vaines, et il n’osait plus pénétrer son esprit. Aussi, voyant que ses efforts n’amenaient aucune amélioration, il décida de reprendre la route. Au premier pas, la jeune femme émit une nouvelle plainte. Le maître ne se laissa pas inquiéter pour autant et esquissa un deuxième pas, avant qu’il ne sente les poings d’Aylinn se refermer sauvagement sur les pans de sa tunique, presque convulsivement, suivi d’une grande inspiration suffoquée. Elle posa sa tête contre son épaule, tremblante à l’extrême, les yeux écarquillés. Ses phalanges blanchirent au niveau des jointures tant elle serrait fort les habits de Sildinn. Ce dernier s’arrêta, troublé par cet éveil inattendu. Il sentait à quel point sa jeune apprentie était désespérée, et profondément marquée par les terribles évènements auxquels elle avait dû prendre part. Il se demanda sérieusement si elle allait s’en remettre et redoutait les premiers mots qu’elle prononcerait.
      Comme en réponse à ses doutes, il sentit Aylinn se raidir, aussi roide et inflexible que du bois. Puis elle hurla ; un hurlement atroce, où se mêlait terreur et abandon, un hurlement aussi aigu que la douleur qui avait fouaillé ses entrailles, un hurlement terriblement long, et déchirant…
      L’illusionniste plissa les yeux devant la force du cri, puis la serra fermement contre lui. Il posa son menton sur sa tête, et lui murmura doucement :
  - Aylinn, c’est moi, Sildinn. Tu n’as plus rien à craindre maintenant, je suis là…     
Le hurlement faiblit, comme si elle reconnaissait sa voix. Ses spasmes s’apaisèrent un peu. Puis elle se dégagea de son étreinte, les bras tendus contre son torse afin de mieux le voir. Elle écarquilla les yeux en le reconnaissant et entrouvrit les lèvres, comme si elle allait lui dire quelque chose. Ses yeux reprirent peu à peu leur forme habituelle, à mesure qu’ils s’emplissaient de larmes. Ses pupilles d’un noir profond tremblaient étrangement derrière ce rideau transparent ; on eût dit deux silhouettes d’îles indistinctes, submergées par de mélancoliques vagues. Incrédule, elle fronça les sourcils et se tint immobile, comme si elle hésitait ; au grand désarroi de Sildinn, elle ne semblait pas croire que son maître se tenait devant elle. Lui restait figé, ne sachant comment réagir. La voir ainsi, les cheveux dépareillés, tant dévastée que la fièvre lui avait arraché le pétillement éternel de son regard, l’émut profondément. Elle sonda ses yeux, minutieusement, et lâcha peu à peu ses habits. Une larme s’écoula sur sa joue, laissant dans son pâle sillage la trace humide de peurs toujours à vif.
  - Si-Sildinn…
      Ce fût à peine un souffle. Sa bouche se mit à frémir, puis elle resserra sa prise sur les pans de la tunique et enfouit brusquement son visage contre la poitrine de son précepteur.
  - Je suis là Aylinn, je suis là. Tu n’as plus rien à craindre… tout est fini…
      De bruyants sanglots commencèrent à monter dans les airs. Sildinn sentit bientôt ses larmes chaudes mouiller son vêtement. Attendri et triste à la fois, il se remit à caresser ses cheveux, que chatoyaient les ardentes couleurs de l’aurore. Elle se calma un temps, et relâcha ses muscles crispés ; puis ses pleurs reprirent de plus belle, âpres et désespérés. Ses tremblements l’agitèrent de nouveau, incontrôlables. Elle secoua la tête contre lui, et haleta :
  - Pou-Pourquoi ?... Pourquoi ?
      Les yeux dans la vague, ses larmes roulaient lentement, jusqu’à tomber silencieusement à terre. Ces deux simples mots heurtèrent profondément Sildinn, qui suspendit sa caresse. Aylinn fut prise d’une quinte de toux qui l’ébroua tout entière, puis elle eut une convulsion particulièrement violente. Elle poussa un hoquet et son corps se détendit étrangement dans les bras de son maître, comme une bulle qui venait d’éclater. Son bras décrivit un arc de cercle avant de pendre dans le vide, sans vie. L’inconscience venait à nouveau de la happer…
      Sildinn fut aussi décontenancé que lors de son brusque réveil, et resta un moment sans bouger. Puis il serra les mâchoires, affligé par ce que cette lutte féroce avait laissé chez son élève. Une larme coula dans les cheveux d’Aylinn. Elle n’avait donc pas oublié… Il poussa un long soupir et leva les yeux vers les maisonnées endormies d’Infelt. Tout était si calme, comme si rien ne s’était réellement passé. Si tout pouvait être si simple… Il tourna son regard vers l’aube, qui ne cessait d’imposer un peu plus son règne resplendissant sur la nuit. Cette lueur d’espoir l’adoucit et lui rappela dans le même temps qu’il lui restait un bout de chemin à parcourir, avant de laisser sa pupille recouvrer sa pleine vitalité. Cette simple manifestation de la nature, immuable et belle, ranima sa volonté ébranlée. Il releva la tête et se remit à marcher, toujours plus vaillamment, toujours plus proche de son but.
      Sildinn ressemblait à l’un de ces guerriers mus par une détermination d’acier, à laquelle répondait l’éclat ravivé de ses yeux d’émeraude. Sa démarche était sûre, résolue ; rien ne semblait pouvoir l’arrêter avant qu’il ne parvienne à destination. Il avançait sans obstacles, Aylinn dans ses bras. Au fond, derrière les vertes collines, l’aube aux myriades de teintes échauffées perçait un ciel sans nuage. A chacun de ses pas, la vie s’éveillait un peu plus au jour à peine éclos, tel un bouton de rose déjà rougi par son imminente et prometteuse floraison. Bientôt il arriverait au doux berceau de leur existence tant de fois partagée, et le jour renaîtrait, pour les siècles des siècles…
      Enfin, il était arrivé à Infelt…
« Modifié: samedi 28 janvier 2012, 19:41:34 par Prince du Crépuscule »
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[Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
« Réponse #43 le: samedi 01 mars 2008, 00:56:38 »
C'est en ces jours sombres que je vois une lumière pointée. L'étoile du soir perd de sa lueur, et je perds peu à peu mon coeur. C'est en ces heures sombres que me parvient ton texte, réconfort d'heures éprouvantes. Oui, on va dire que déjà ma disposition pour l'accueil de ce texte est parfaite : plus dépressif que jamais, mais également plus déterminé. Mes nombreux amis me redonnent espoir ; comme tu n'es pas présent sur msn (bouh le menteur qui m'avait dit qu'il se connecterait plus souvent u_u), et bien ton texte m'aura permis de soutien pendant au moins un petit moment de ma soirée.

Ben oui, car mine de rien, on a beau avoir l'impression de porter sur soi toute la misère du monde, on se sent quand même chanceux quand on regarde le destin de ce pauvre Sildinn. Ou encore d'Aylinn. Ou, même, de ce pauvre petit Morhn. Oui, donc car ce petit Morhn, au départ, on croit que c'est un monstre. D'acord. Après, on pense que c'est Aylinn, car ce sale garnement est un "humanoïde" et que le seul humanoïde après qui court Sildinne c'est son disciple, et la tragédie se trouve dnas le fait qu'on croit qu'il va maltraiter sa protégée involontairement ! Fichu Morhn ! Plus tôt il sera sorti de la forêt et mieux ce sera. Heureusement, Sildinn est un vrai guide routier !

Il retrouve donc les pistes de sa disciple, la retrouve, plus morte que vivante. Premier détail intéressant : lorsqu'il se rend compte qu'elle est brûlante il s'inquiète. Bon, il est vrai que sa main est froide et que la jeune fille semble porter en son sein vie et mort, ce qui perturbe le maître. Mais qu'elle soit brûlante connote aussi son désir de vivre, à travers la fièvre et cette chaleur doit par ailleurs motiver le maître à sortir son élève du merdier dans lequel elle se trouve.

Donc je poursuis dans mon commentaire décousu, en particulier pour parler de cette phrase : "on eût dit deux silhouettes d’îles indistinctes, submergées par de mélancoliques vagues."Cette phrase est absolument parfaite. Cette métaphore... Je ne sais pas si c'est mon état d'âme qui fait que je trouve cette phrase parfaite mais elle m'émeut profondément. J'aurais été un tout petit peu plus sensible et j'aurais veresé la larme, considère donc que c'est un compliment très haut. (en même temps en écoutant la BO de Mulholland Drive et dans mon état d'esprit, les ravages ont déjà fait le plus gros boulot, et la brèche est ouverte dans la muraille). Donc, en gros je me pose vraiment la question, te fais-je un commentaire bien sensé ou un épanchement de mes états d'âme ? Je suis un peu désolé de te faire ce coup là, mais pour l'instant les deux se rejoignent un peu...

Tout ça pour en venir à l'"éveil". La tension de Sildinn, qui craint les premiers mots, est palpable. Finalement, ces mots manquent peut-être d'impact, même si je ne sais pas ce qu'elle aurait pu dire de plus pour mieux appuyer son traumatisme. Ptêtre que la simplicité du "pourquoi" était la meilleure solution, en effet, m'enfin je suis sûr qu'il y avait ptêtre plus adapté, nan ? M'enfin en tout cas, la détresse du couple est palpable, notamment lors de la comparaison avec les maisons. Ceci dit, le matin les accompagne, et donc l'espoir.

Bref, tout ça pour dire que l'on ne sait au final pas grand chose encore dnas cette histoire ! Ca fait sûrement quelques chapitres que je le dis, mais tu décris énormément, tu approfondis des personnages, on sent qu'il y a une réelle volonté de poser le cadre, et je crois qu'on peut pas développer davantage (du moins, si, je sais que tu en serais sapable u_u mais ce ne serait sûrement que des confirmations sur ce que l'on sait déjà :niak: ).
Par conséquent, je parie sur un chapitre ou deux décrivant la récupération d'Aylinn et/ou de Sildinn, ptêtre un chapitre sur un conseil avec maire et consors, et je pense qu'ensuite tu veux ptêtre nous plonger pour de bon dans l'intrigue et nous expliquer la nature de cette histoire d'effroi qui est arrivée à Aylinn !

Avec toutes mes excuses pour ce commentaire qui se veut, avant toute chose, sincère.

Signé : Monsieur Parasite.

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[Fictions] Au seuil du pavé ~ Chap. V
« Réponse #44 le: mercredi 05 mars 2008, 20:38:45 »
Bon à mon tour de faire un commentaire qui sera assez bref :
Comme d'habitude j'adore ce que tu as écrit et je prend autant de plaisir à te lire. Les pérégrinations de Sildinn dans cette forêt hostile et angoissante autrefois le sanctuaire des doux chimères d'Aylinn sont parfaitement retranscrit. On s'inquiète pour Sildinn tout comme lui à propos d'Aylinn, ainsi on voit pour la première fois Sildinn dans une nouvelle perspective que le personnage au sang-froid. D'ailleurs il manque de tuer un pauvre enfant accablé par la crainte d'une perte plus que terrible.
Après quelques péripéties il la trouve entre la vie et la mort, s'ensuit alors une course contre ce lieu morbide et souillé qui semble apporter un funeste souffle. A l'aube, Aylinn renait dans un monde qui s'assombrit tel un voile opaque qui dévie le bonheur, elle se retrouve au proie de la terrible souffrance qu'est le déchirement de son âme et cœur. Elle n'avait connu que joie et oisiveté et elle se retrouve plonger dans l'horreur. Au fond, aurait-il valu qu'elle survive de ce combat féroce ? Ne va-t-elle souffrir au point de détester au point de détester le monde et son maître ou au point de se donner la mort ? Ainsi la prédiction de Sildinn à propos de son romantisme se révèlerait vrai, son "romantisme la perdra".

Mille merci à Yorick pour la signature de Soren, à Kerberos pour l'avatar et la signature de Soren et à Krysta pour cette signature et avatar.