Bon bon, je vais commenter vos gentils commentaires, à tous les deux! ^^ (en en attendant un autre... je m'occupe X'3)
Raphael14 => Merci infiniment pour ce commentaire, car même s'il est simple par rapport à d'autres, je peux savoir en un clin d'oeil si je suis en train de pérécliter ou non (en espérant que ça n'arrive pas... ) et ça me fait, bien sûr, extrêmement plaisir. De plus tu y glisses même quelques tournures poétiques, j'aime... =3 Que ce chapitre t'ait également plu à ce point m'encourage vivement à continuer, merci!
... Il se pourrait bien d'ailleurs qu'une surprise t'attende bientôt, je n'en dis pas plus... ^^
Ma Mini-puce => Je t'en veux énormément tu sais, plus que ce que l'univers a jamais couvé en son sein vengeur, mais pas forcément pour ce que tu crois... C'est pour m'avoir laissé seul commenter mon cher Mage Vermeil! Cruel que tu es! Ingrat! T^T *s'enfuit en pleurant*
Non, sérieusement je t'excuse va, je fais que ça en ce moment, alors un plus un de moins c'est pas ça qui va me faire passer d'une fatigue extrême à une léthargie de non-retour hein?
Bref, je te pardonne et je comprends parfaitement, je suis également surchargé en ce moment, et ça me frustre énormément... J'aimerais tant écrire plus! ^^
Eh bien, il faut que je le répète, mais tu as toute ma gratitude pour ton commentaire, qui est toujours aussi précis et enrichissant pour moi. Cela me permet notamment de savoir si j'ai fait le bon choix, et si mon "opposant" des premiers temps ne va pas revenir sur son impression première, à mon plus grand désarroi... ;p Ah, la surprise... C'est l'un de mes traits caractéristiques, attendez-vous à une tonne de surprises! Après tout, ce n'est pas pour rien qu'on me trouve si mystérieux héhé. *-*
Oh, et as toi aussi parsemé tes lignes d'élancements lyriques, est-ce que c'est contagieux? J'aime en tout cas, merci pour tout. Savoir que tu adores ce que j'écris me mets du baume au coeur en cette période de fatigue absolue.
Par contre, pourrais-je savoir où sont mes fautes? J'avoue ne pas m'être vraiment relu, mais ça m'embête, tu sais comme je suis, surtout sur ce genres d'imperfections... ^^" (sur msn si tu veux, je pourrai à nouveau être présent sous peu, c'est demain les vacances pour moi! *O*)
Oh et une dernière chose... Dans vos deux commentaires, j'ai comme l'impression que vous n'avez pas saisi la scène, à moins que je me trompe... Vous avez bien compris que c'est la même scène du combat d'Aylinn contre le "Sans-Nom" (merci mon parasite ;p) mais vécue par Sildinn, n'est-ce pas? D'où toutes ces références quand il tend son esprit et que la peau de son bras semble se déchirer, le trou noir qu'a vécu Aylinn et qui le plonge dans le plus total désespoir, etc... Et l'image angélique de l'illusion du maître est la même que dans la description dans le chapitre de la jeune mage.
Voilà je voulais juste repréciser au cas où vous n'aviez pas tout saisi (mais je me fais peut-être des idées), car je sais que ça fait longtemps que je n'avais pas posté de suite, hélas... ^^'
Sur ce, à bientôt mes chers lecteurs que j'aime! La suite pour bientôt, vous pouvez avoir foi en votre Prince du Crépuscule... ^^
Edit: Et voilà donc la suite promise (même si l'autre n'a pas posté, et j'espère qu'il se reconnaîtra, quelle honte franchement è_é), car comme on le dit si bien chose promise, chose dûe! Haha... >_> (Espérons pour vous que cette suite sera meilleure que cette blague... X'3)
Chapitre VI:
Lueurs fugaces, Ombres constantes (Seconde Partie) « Sors de là… Tu crois que je ne t’ai pas vu, depuis le temps que tu me suis ? »
Dans un furtif dévoilement de lune, Sildinn vit les fourrés remuer derrière lui. Quelle créature pouvait se débrouiller si mal pour le traquer ? Une bête curieuse, ou alors trop sûre de sa puissance pour véritablement se cacher ? Son regard se durcit. Dans tous les cas, il ne se laisserait pas abuser si facilement !
Sans même se retourner, le menton posé sur la paume de sa main, l’illusionniste ferma un instant les yeux, puis les rouvrit lentement. Ses pupilles s’étaient teintées sur leur contour d’une étrange lueur mauve en surbrillance, s’appliquant comme un cadre délicat au vert fascinant de son regard de glace. Sans même hausser le sourcil, plein de suffisance, il souleva une masse noire des buissons, la faisant léviter au-dessus du sol. Le corps, qui passa brusquement à côté de lui, était entouré d’un halo de la même lueur surnaturelle. Le mage l’envoya heurter violemment un tronc épais en face de lui, sans que son expression ne change. La masse, assez petite –mais qu’il ne pouvait distinguer en détail à cause de la nuit, fit trembler l’arbre à son rude contact, et s’affaissa misérablement jusqu’au sol, inerte. Quelques feuilles de hêtre voltigèrent dans les airs à cause du choc, puis vinrent se déposer sur la victime du sort. Sildinn ne se fia pas à son immobilité apparente, mais était tout de même surpris qu’il n’ait éprouvé aucune résistance chez son ennemi. Ses yeux se drapèrent à nouveau de mauve. Impitoyable, il détacha le corps de la terre, et le plaqua d’un mouvement de tête contre le tronc. Que méritait donc pareil espion ? Il pouvait tout aussi bien s’agir d’un semblable de la créature contre laquelle se battait Aylinn !
L’illusionniste s’avança, d’une démarche souple mais alerte, jusqu’à la masse sombre au pied de l’arbre, tout en maintenant sa prise psychique sur elle. Il s’approcha prudemment de son détenu, couvert par le banc opaque de nuages qui voilait la lune, et s’arrêta devant lui. Un moment, il douta de l’apparence de son ennemi, qui avait une forme humanoïde. Lui qui avait imaginé toutes sortes d’aberrations, se pouvait-il que des monstres leur ressemblent autant ? Se pouvait-il qu’il se soit mépris dans sa colère ? Non, c’était sûrement encore un de leurs pièges ! Raffermissant son pouvoir, Sildinn prit le menton de son poursuivant entre ses doigts, et lui souleva implacablement la tête afin de l’étudier. Un gémissement plaintif s’échappa de la petite bouche du frêle captif. L’horreur se saisit soudain du maître; il recula, épouvanté…
Bouleversé, il lâcha sa prise sans le vouloir sur le petit corps, qui commençait à saigner. Il le rattrapa de justesse avant qu’il ne heurte le sol et le prit dans ses bras. Qu’avait-il fait ? Il s’agenouilla et caressa du pouce le petit visage imprégné de fluide vital, dont les mèches blondes voletaient au rythme du vent qui s’était levé. Chacune de ses inspirations était douloureuse, et son ventre se soulevait faiblement. L’illusionniste ferma les yeux de dépit sur ce qu’il venait de faire, et serra la victime contre lui, dont le corps chétif ne cessait de trembler.
« Tout va bien, tu n’es plus en danger… La bête est partie, je suis là. Tout va bien, Morhn. »
Le petit garçon agrippa fort le vêtement ample de Sildinn et pleura bruyamment, le visage enfoui contre le l’épaule du mage. Ce dernier se souvint soudain de ce qu’avait dit le maire alors qu’il n’écoutait plus, trop concentré à trouver ce qui lui manquait. Les paroles qu’il avait prononcées… Il aurait dû s’en rappeler ! « Il semblerait qu’un petit garçon soit encore dans la forêt, et qu’il n’est pas revenu avec ses parents des bois après qu’ils aient été attaqués par la bête. Nous ferons tout pour le chercher demain, mais c’est sans grand espoir. Au cas où, nous dirons à la famille de mentir quant à la disparition du petit Morhn, n’oubliez qu’il faut à tout prix éviter la panique. Je… »
Fallait-il qu’il soit à ce point aveuglé par sa peur pour son élève qu’il ne fasse pas attention à ce qui l’entourait ? Ses mâchoires se crispèrent.
Le petit corps remua contre son épaule, et éloigna son visage ruisselant de larmes. Ses blessures ne paraissaient pas trop sévères, son bras était juste entaillé. L’illusionniste ouvrit d’une main la petite sacoche accrochée à son côté, et en ressortit un tissu de bandage. Il en déchira un morceau et le serra fermement autour de la plaie, afin d’enrayer l’hémorragie. Le blondinet hoqueta, et eût un regard désespéré pour le mage.
- Maître Sildinn, enfin…
- Chut, fit ce dernier en lui intimant du regard de se taire. Attends que je finisse, Morhn. J’ai bientôt fini…
Sildinn essuya de sa manche le sang sur le visage du garçon, et soupira longuement. Malgré le mal qu’il lui avait fait, il n’avait pas le temps de s’occuper de lui, quelqu’un d’autre attendait aussi son secours. Aylinn… Le maître repoussa doucement Morhn de ses genoux et se releva, tout en invitant le petit garçon à faire de même. Ce dernier lui prit la main qu’il tendait, et se serra fort contre sa jambe une fois debout. Soupirant une nouvelle fois, l’illusionniste le saisit des deux mains par ses épaules chétives et le plaça devant lui. Il s’accroupit au niveau de sa figure et lui dit :
- Morhn, écoute, je n’ai pas le temps de m’occuper de toi. Il faut que tu retournes chez toi, auprès de ta mère. D’accord ?
- Mais, mais…
Sildinn ne lui laissa pas le temps d’achever sa phrase et tendit deux doigts en direction du front du garçon, l’effleurant légèrement. Il lui envoya mentalement le chemin à parcourir pour rentrer chez lui et lui intima par influence magique de ne jamais s’écarter de ce qu’il lui montrait, en plus de partir sur-le-champ.
- Maintenant, va, lui souffla le maître en se relevant.
Il poussa doucement le blondinet dans le dos pour qu’il avance, ce qu’il fit bientôt, sans même se retourner vers lui. Morhn s’enfonça dans les ténèbres entre les troncs resserrés des arbres, assombris par la lune couverte. L’illusionniste le suivit un moment du regard et pria pour qu’il ne lui arrive rien. Il regrettait de le faire partir sans protection, mais il n’avait pas eu d’autre choix, le petit garçon aurait été trop lent. Il releva la tête, et huma l’air. Le ciel semblait s’être encore assombri. Aylinn…
Courant du plus vite qu’il le pouvait, Sildinn se frayait tant bien que mal son chemin dans la végétation dense de la forêt. Plus on s’enfonçait, et plus les arbres étaient élancés ; les fougères recouvraient presque entièrement un antique chemin de terre, passé d’entretien depuis longtemps. L’illusionniste ne se laissa pourtant pas abattre, et cherchait à rejoindre son élève le plus vite possible, qui devait errer entre les arbres non loin de là. Apparemment, elle l’avait emporté, mais rien n’était moins sûr. Il préférait ne pas avoir la terrible vue de son élève étendue à terre, en sang, les entrailles dévorées par la bête. Et plus tôt il arriverait, mieux ce serait. Il ne devait plus être très loin de la clairière à présent, s’il se souvenait bien. Il se remémorait ce lieu charmant, baigné de soleil au milieu de chênes majestueux, se dressant comme de mystérieux garants de la sérénité de ce sanctuaire. Aylinn adorait s’asseoir sur la souche en son milieu et se laisser simplement bercer par les murmures du vent entre les branches, la peau caressée par les rayons de l’astre du jour. Lui n’y venait pas très souvent, et très vite cette trouée lumineuse était devenue le repaire aimé de son élève, qui s’y rendait lorsqu’elle voulait rester seule, ou quand l’inspiration la tenait entre ses ailes frémissantes…
Et voilà qu’il trouvait un lieu dévasté, terne et portant les stigmates du combat acharné qui s’y était déroulé. Le sang teintait lugubrement l’herbe, les arbres semblaient mornes, presque dénués de vie. Les troncs épais, autrefois barrière protectrice, ne faisaient plus qu’étouffer la beauté souillée de l’endroit. Plus rien n’avait d’harmonie, tout n’était plus que déchéance… Jusqu’à la souche, arrachée avec une barbarie aveugle, qui gisait misérablement sur le sol un peu plus loin. Plus rien ne restait du superbe sanctuaire d’Aylinn, où elle aimait tant contempler ciel et feuilles, et déclamer ses poèmes.
Désolé par pareil spectacle, l’illusionniste s’avança afin de trouver son élève, qui avait sombré dans l’inconscience non loin de là. Des lambeaux sanguinolents d’une chair noire nauséabonde jonchaient la terre un peu partout, éparpillés. Au pied d’un tronc, auquel pendaient plusieurs branches, il remarqua que l’herbe était couchée, comme si elle avait été plaquée au sol par une puissance autre que physique. Voilà donc comment cela c’était passé… Son élève avait dû chuter de l’arbre et atterrir ici. Mais elle ne s’était pas brisée la colonne vertébrale grâce à un sort de vent, qui l’avait portée pour amortir le choc juste avant qu’elle ne heurte le sol. Elle avait dû le lancer par autoprotection, même si elle s’était déjà évanouie. Finalement, ses enseignements n’avaient pas été vains… Sildinn sourit malgré lui. Ensuite elle avait refait surface grâce à ses illusions, et s’était battue de nouveau contre le monstre, l’achevant par des lames de vent. A savoir pourquoi la bête ne l’avait pas achevée alors qu’elle était inerte, c’était un mystère. Mais peu importait…
Sildinn poursuivit ses recherches et la trouva un peu plus loin, évanouie au pied d’un arbre géant qui s’élançait encore fièrement vers le ciel. Sa vue le bouleversa. Ses cheveux étaient imbibés de sang et son teint frôlait la pâleur de la mort. Elle semblait presque éteinte, allongée dans son linceul verdoyant. L’illusionniste s’approcha d’elle avec une certaine appréhension, comme s’il redoutait l’inéluctable, malgré tous ses efforts et ceux de son élève pour y réchapper. A quel prix avait-elle donc payé cette lutte absurde ? Il désespérait encore plus en pensant aux séquelles que ce combat aurait laissé en elle. Comment réagirait-elle à son réveil ? Lui en voudrait-elle, le traiterait-elle de menteur ? Lui qui avait juré de la protéger toujours…
Il prit sa main, froide, inerte, délicatement dans la sienne et se mit à caresser sa longue chevelure de jais. Qui pouvait donc être assez cruel pour vouloir du mal à cette sublime jeune femme, toujours vive et joyeuse ? Il posa sa paume contre son front et la retira vivement, tant il était brûlant. Le regard empli d’inquiétude, le maître se concentra un long moment, les yeux clos, afin de connaître la gravité des blessures et la profondeur de l’inconscience d’Aylinn. Il rencontra une volonté amoindrie, mais qui résistait. Elle semblait flotter presque sereinement à l’intérieur d’elle-même, comme si la mort de la créature signifiait un retour à tout ce qu’elle connaissait. Son sommeil s’était rythmé de sursauts quand il avait pénétré son esprit, comme si elle l’avait reconnu. Il la sentait profondément triste, mais elle n’avait pas renoncé à vivre, ce qui le rassura fortement. Son coma était léger, et elle se réveillerait sûrement bientôt. Aussi Sildinn décida-t-il de se rétracter et de prendre son élève dans ses bras. Il lui sembla qu’elle ne pesait presque rien, telle une plume voletant sous une chape de plomb. Il craignait qu’elle ne se réveille trop tôt, et qu’elle ne voie son nid de merveilles dévasté. Il voulait l’éloigner le plus possible de ce lieu de cauchemar afin qu’elle en oublie la plus grande part. Il voulait lui faire fuir les dangers latents qui peuplaient partout ces lieux souillés, stigmates de son combat contre les ténèbres, et qui se heurteraient à sa volonté fragilisée. Oui, mieux valait pour elle de s’échapper, puis d’oublier…
Marchant à un rythme régulier, qui se voulait mesuré afin de ne pas secouer son élève, Sildinn vit enfin l’orée des bois, qui s’ouvrait sur les vastes plaines aux alentours d’Infelt. Que de songes avaient déjà peuplé le sommeil des enfants, rêvant d’aventures palpitantes dans ce vaste espace, portés par le vent et les rayons du soleil. Sa vue soulagea le maître, qui sût qu’il n’en avait plus pour très longtemps désormais. Il avait passé la majorité de la nuit dans la forêt, craignant pour la santé d’Aylinn, s’arrêtant sans cesse lorsqu’elle commençait à tousser violemment au moindre cahot. Cette marche saccadée l’avait exténué, et voir ces plaines lui redonnait curieusement des forces. Qu’elles étaient belles, baignées par la lueur hésitante de l’aube, qui venait saluer la journée naissante…
Il tint Aylinn plus fermement dans ses bras, dont la tête branlait faiblement à chacun de ses pas. L’un de ses bras pendait misérablement dans le vide, et l’autre était replié contre sa poitrine, sans force. Ses mèches noires voletaient au gré du vent, et venaient s’appliquer contre sa joue blême comme un voile fin. On aurait dit un pantin, tout fait de chair et d’os, à l’aspect presque trop vivant pour être inanimé, que tenait tendrement le marionnettiste qui l’avait façonné, avançant précautionneusement afin de ne pas l’abîmer. Chacun de ses pas les portaient un peu plus vers la paix qu’ils méritaient tant.
Soudainement, il sentit sa protégée trembler dans ses bras. Chacune de ces oscillations reflétaient encore une angoisse omniprésente et indéfectible. Sildinn vit ses paupières tressauter un long moment, après quoi un faible gémissement s’échappa de ses lèvres. Il préféra s’arrêter un moment afin qu’elle s’apaise, mais rien n’y faisait et elle s’agitait de plus en plus violemment, comme si elle tentait de s’extirper de son propre corps. Il voulut la calmer en lui murmurant des paroles réconfortantes, mais chacune de ses tentatives étaient vaines, et il n’osait plus pénétrer son esprit. Aussi, voyant que ses efforts n’amenaient aucune amélioration, il décida de reprendre la route. Au premier pas, la jeune femme émit une nouvelle plainte. Le maître ne se laissa pas inquiéter pour autant et esquissa un deuxième pas, avant qu’il ne sente les poings d’Aylinn se refermer sauvagement sur les pans de sa tunique, presque convulsivement, suivi d’une grande inspiration suffoquée. Elle posa sa tête contre son épaule, tremblante à l’extrême, les yeux écarquillés. Ses phalanges blanchirent au niveau des jointures tant elle serrait fort les habits de Sildinn. Ce dernier s’arrêta, troublé par cet éveil inattendu. Il sentait à quel point sa jeune apprentie était désespérée, et profondément marquée par les terribles évènements auxquels elle avait dû prendre part. Il se demanda sérieusement si elle allait s’en remettre et redoutait les premiers mots qu’elle prononcerait.
Comme en réponse à ses doutes, il sentit Aylinn se raidir, aussi roide et inflexible que du bois. Puis elle hurla ; un hurlement atroce, où se mêlait terreur et abandon, un hurlement aussi aigu que la douleur qui avait fouaillé ses entrailles, un hurlement terriblement long, et déchirant…
L’illusionniste plissa les yeux devant la force du cri, puis la serra fermement contre lui. Il posa son menton sur sa tête, et lui murmura doucement :
- Aylinn, c’est moi, Sildinn. Tu n’as plus rien à craindre maintenant, je suis là…
Le hurlement faiblit, comme si elle reconnaissait sa voix. Ses spasmes s’apaisèrent un peu. Puis elle se dégagea de son étreinte, les bras tendus contre son torse afin de mieux le voir. Elle écarquilla les yeux en le reconnaissant et entrouvrit les lèvres, comme si elle allait lui dire quelque chose. Ses yeux reprirent peu à peu leur forme habituelle, à mesure qu’ils s’emplissaient de larmes. Ses pupilles d’un noir profond tremblaient étrangement derrière ce rideau transparent ; on eût dit deux silhouettes d’îles indistinctes, submergées par de mélancoliques vagues. Incrédule, elle fronça les sourcils et se tint immobile, comme si elle hésitait ; au grand désarroi de Sildinn, elle ne semblait pas croire que son maître se tenait devant elle. Lui restait figé, ne sachant comment réagir. La voir ainsi, les cheveux dépareillés, tant dévastée que la fièvre lui avait arraché le pétillement éternel de son regard, l’émut profondément. Elle sonda ses yeux, minutieusement, et lâcha peu à peu ses habits. Une larme s’écoula sur sa joue, laissant dans son pâle sillage la trace humide de peurs toujours à vif.
- Si-Sildinn…
Ce fût à peine un souffle. Sa bouche se mit à frémir, puis elle resserra sa prise sur les pans de la tunique et enfouit brusquement son visage contre la poitrine de son précepteur.
- Je suis là Aylinn, je suis là. Tu n’as plus rien à craindre… tout est fini…
De bruyants sanglots commencèrent à monter dans les airs. Sildinn sentit bientôt ses larmes chaudes mouiller son vêtement. Attendri et triste à la fois, il se remit à caresser ses cheveux, que chatoyaient les ardentes couleurs de l’aurore. Elle se calma un temps, et relâcha ses muscles crispés ; puis ses pleurs reprirent de plus belle, âpres et désespérés. Ses tremblements l’agitèrent de nouveau, incontrôlables. Elle secoua la tête contre lui, et haleta :
- Pou-Pourquoi ?... Pourquoi ?
Les yeux dans la vague, ses larmes roulaient lentement, jusqu’à tomber silencieusement à terre. Ces deux simples mots heurtèrent profondément Sildinn, qui suspendit sa caresse. Aylinn fut prise d’une quinte de toux qui l’ébroua tout entière, puis elle eut une convulsion particulièrement violente. Elle poussa un hoquet et son corps se détendit étrangement dans les bras de son maître, comme une bulle qui venait d’éclater. Son bras décrivit un arc de cercle avant de pendre dans le vide, sans vie. L’inconscience venait à nouveau de la happer…
Sildinn fut aussi décontenancé que lors de son brusque réveil, et resta un moment sans bouger. Puis il serra les mâchoires, affligé par ce que cette lutte féroce avait laissé chez son élève. Une larme coula dans les cheveux d’Aylinn. Elle n’avait donc pas oublié… Il poussa un long soupir et leva les yeux vers les maisonnées endormies d’Infelt. Tout était si calme, comme si rien ne s’était réellement passé. Si tout pouvait être si simple… Il tourna son regard vers l’aube, qui ne cessait d’imposer un peu plus son règne resplendissant sur la nuit. Cette lueur d’espoir l’adoucit et lui rappela dans le même temps qu’il lui restait un bout de chemin à parcourir, avant de laisser sa pupille recouvrer sa pleine vitalité. Cette simple manifestation de la nature, immuable et belle, ranima sa volonté ébranlée. Il releva la tête et se remit à marcher, toujours plus vaillamment, toujours plus proche de son but.
Sildinn ressemblait à l’un de ces guerriers mus par une détermination d’acier, à laquelle répondait l’éclat ravivé de ses yeux d’émeraude. Sa démarche était sûre, résolue ; rien ne semblait pouvoir l’arrêter avant qu’il ne parvienne à destination. Il avançait sans obstacles, Aylinn dans ses bras. Au fond, derrière les vertes collines, l’aube aux myriades de teintes échauffées perçait un ciel sans nuage. A chacun de ses pas, la vie s’éveillait un peu plus au jour à peine éclos, tel un bouton de rose déjà rougi par son imminente et prometteuse floraison. Bientôt il arriverait au doux berceau de leur existence tant de fois partagée, et le jour renaîtrait, pour les siècles des siècles…
Enfin, il était arrivé à Infelt…