Auteur Sujet: [Fiction Collective] The Darkest Hour.  (Lu 11357 fois)

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[Darkest Hour] LA SWEET OMG CEST LA SWEET
« Réponse #90 le: samedi 07 juin 2014, 16:36:09 »
VOILA, ça m'aura pris plus de temps que prévu, mais voici une scène de saiks à la hauteur de l'ambiance de cette fic, avec de la strangulation, des bobos, des bisous, des fourmis. La base.
BONNE SWEET OMG C KI KI FÉ LA PROCHENE



Elske

       La soirée et la nuit s'annonçaient longues. Elske avait vu la journée suivant le massacre s'écouler rapidement. Tout d'abord, il y avait eu le grabuge au matin, duquel il n'avait pas compris grand chose. Syf était blessée, Ferval l'avait sauvée d'une mort certaine. C'était tout ce que son peu d'intérêt à l'égard de la situation lui avait permis d'obtenir comme information. Quant au coupable, il n'en avait que faire. Il avait peut-être déjà été retrouvé, ou l'enquête était toujours en train de se mener... Ça ne changeait rien pour lui. Il n'était pas concerné. Enfin, pas plus qu'un garde qui doit faire son boulot. Laroche était venu l'agresser sauvagement après le repas du soir, qu'Elske n'avait de toute façon pas partagé avec le reste des maraudeurs, pour lui dire qu'il monterait la garde. Cet homme avait toujours été particulièrement désagréable à l'égard du spadassin. Et Elske ne lui en voulait même pas pour ça. L'essentiel, c'était que Laroche le connaissait suffisamment bien pour savoir qu'il ne s'en serait jamais pris à une femme comme Syf, et donc qu'il avait été rayé de la liste des potentiels suspects en un clin d'œil.

       Le temps de ruminer ce peu d'informations, il sortit une poire du petit sac qui pendait à sa cuisse. Ce dernier ne contenait jamais grand chose en dehors de son argent et peut-être un fruit. Elske abaissa sa garde et sortit sa dague de son fourreau pour se couper une tranche. Un bon dîner bien équilibré et nourrissant.
       C'était la seule chose qu'il avait mangée de la journée, avec un peu de viande à midi, et de l'eau. À peine de quoi survivre. Pourtant, ça suffisait à lui remplir l'estomac et à faire fonctionner son organisme. Et Elske n'en demandait pas plus de la part de la nourriture. De toute façon, s'il se forçait à en ingurgiter davantage, son corps finirait par la lui faire rejeter. Et vomir était loin d'être son activité favorite.
       Il était en train de découper une autre tranche lorsqu'il cru entendre des bruits de respiration ressemblant à des halètements retenus. Il s'arrêta net de mâcher sa poire et leva un sourcil, tournant la tête de façon à ce que son oreille droite soit orientée vers la tente. Son ouïe et sa vue lui avaient toujours fait défaut, mais pas lorsqu'il portait toute son attention sur quelque chose.
       Préférant vérifier directement à l'intérieur de la tente, des fois que Syf ait de quelconques soucis suite à l'opération du matin passé, il en souleva le rabat et s'introduit silencieusement, au cas où elle dormirait encore. Il remarqua immédiatement la silhouette qui se tenait devant le lit de la Norske, et ses réflexes prirent le dessus sur le reste. Il avala le reste de poire qu'il avait encore dans la bouche sans faire le moindre bruit, laissa le fruit tomber par terre, et se jeta sur l'intrus. Malgré sa petite taille, il réussit à saisir le cou de l'homme, et appuya aussi fort qu'il le put sur sa gorge tout en bloquant ses bras le long de son corps. Il prit garde à éloigner la lame de sa dague de l'individu, ne se préparant à en faire usage que s'il gigotait trop. Il ne lui laissa pas trop le temps de prendre conscience de la situation et tira davantage, faisant fléchir ses genoux pour le traîner loin de Syf.
       Il n'arrivait toujours pas à entrevoir le visage de l'agresseur, et la pénombre nocturne n'aidait en rien. Il n'arrivait même pas à deviner la couleur des cheveux de l'homme qu'il privait d'air pendant qu'il se débattait autant qu'il le pouvait... et il n'avait pas l'air d'être des plus robustes des Maraudeurs non plus, physiquement parlant. Soudain, Elske remarqua qu'il agitait sa main gauche, cherchant à dessiner un claquement de doigt dans l'air, qu'il ne parvenait pas à produire à cause de la douleur qui appuyait contre sa trachée.
       Un putain de mage.
       Elske le fit rapidement basculer sur le côté gauche, l'étalant au sol sur le ventre, et plaqua fermement l'épaule droite du l'inconnu avec sa jambe. Puis il s'abaissa et appuya sur sa tête avec sa main, approchant dangereusement sa dague de la nuque du mage.

       « Martell... »
       Elske renforça son appui sur la tête du mage, agrippant fermement ses cheveux entre ses doigts frêles, les chiffonnant avec force.
       « C'est toi qui a agressé Valgardson ce matin ? » cracha Elske à voix basse, non sans cacher un petit sourire dans sa voix. Pour tout dire, il était impressionné. Il n'avait aucune idée de comment ce merdeux de rouquin avait réussi à entrer dans la tente.
       « Peut-être bien, lui répondit Martell avec tout le dédain qu'il éprouvait à son égard malgré sa position actuelle. Qu'est-ce que t'en as à foutre, t'es le petit chien de Laroche maintenant ? »
       Elske appuya davantage sur la tête du mage, lui écrasant l'une de ses pommettes contre le sol. Il venait peut-être de dessiner involontairement une vilaine égratignure sur la tête d'ange de son collègue, et ça ne lui déplaisait pas.
       « Tu ferais mieux de faire attention à ce que tu dis. Du moins, à ta place, je serais plus docile que ça. » En guise de ponctuation à sa phrase, il appuya sa dague contre la nuque de Martell.
       Le mage soupira pour garder son calme. « Bon, laisse-moi t'expliquer. Ma vie est entre tes mains. Nous avons le temps. »
       Elske tourna le visage à la fois un peu en haut et sur le côté, sans pour autant quitter Martell des yeux. Il releva légèrement sa dague, restant fermement cramponné sur sa proie pour empêcher toute ruse.

       « C'est Slate qui a essayé de tuer Syf ce matin, déclara-t-il enfin d'une voix plate. Pourquoi ? Tu te le demandes sûrement. Et moi je te poserai plutôt cette question : Pourquoi as-tu intégré les Maraudeurs ? Quel est ton but ? Pourquoi suis-tu aveuglément les ordres ? Tu comptes vivre comme un chien toute ta vie ? C'est ça ?! »
       De la colère naissait inconsciemment au fond de la voix de Martell. Il avala sa salive pour reprendre son calme, puis reprit.
       « Syf est quelqu'un qui suit les ordres sans poser de questions. Si un de ses supérieurs lui ordonnait de te tuer, elle le ferait sans une seule seconde d'hésitation. Elle est comme ça. C'est une chienne bien en laisse. »
       Du seul œil qui lui permettait de voir le visage d'Elske, il le fusilla du regard, accentuant davantage la pause qu'il laissait à son interlocuteur pour lui répondre.
       Elske laissa ruminer un instant les informations et interrogations de Martell avant de laisser ses pupilles vadrouiller sur le côté, ignorant le regard insistant du mage. Puis il étouffa un petit rire avant de poser à nouveau ses yeux froids sur le roux.
       « Ne te fais pas d'illusions. On est tous comme ça, ici. Pourquoi penses-tu que c'est elle la seule à exécuter aveuglément les ordres ? Regarde où tu te trouves : cloué au sol par un garde qui fait ce qu'on lui a demandé. Je n'ai pas vraiment d'animosité à ton égard, et pourtant, il suffit que j'appuie un tout petit peu pour décapiter ce joli minois de ton faible corps de mage de merde. Et Slate ? Assurément, il n'a pas tué Syf par plaisir personnel ou par quelconque revanche amère. Pas son genre. On est tous des ordures bonnes à courir dans la direction pointée par le doigt de Laroche. Ni plus ni moins. »
       Il adoucit son regard et s'approcha de Martell. Sa voix se baissa davantage, comme s'il lui dévoilait un secret particulièrement intime.
       « Et pourtant, ça ne m'a pas empêché d'épargner quelqu'un, hier. »
       Il se redressa à nouveau et renforça l'appui de sa jambe sur l'épaule de Martell, le faisant grimacer de douleur.
       « T'es jeune. La vingtaine, non ? J'ai déjà dix ans de plus que toi. J'ai déjà suivi des tonnes d'ordres, j'en ai déjà ignoré beaucoup d'autres. J'ai déjà tué des gens qui m'étaient plus chers que tout, et épargné d'autres dont je n'avais rien à foutre. C'est la voie que je me suis choisie, et c'est celle qu'on se partage tous ici. Si tu te sens pas capable d'avaler le peu de rancœur que t'as à l'égard de Valgardson pour une raison ou une autre, c'est qu'il serait peut-être encore temps de changer de chemin. Réfléchis-y bien. Tu es jeune. Tu as le temps. »
       Martell cracha un petit rire narquois et haineux, puis haussa un peu le ton de sa voix avant de rapidement le rabaisser, s'étant souvenu que Syf était présente, bien qu'inconsciente.
       « Tu crois que j'ai le choix ?! Changer de chemin, tu veux rire ? Tu ne connais pas les chasseurs du Conclave. Ils traquent et tuent sans relâche les mages renégats, et c'est ce que je suis à leurs yeux. Plutôt être dans une Compagnie comme celle-ci que dans la nature à la merci de ces chiens. Jamais je n'avalerai cette rancœur tu m'entends ? Syf crèvera de ma main, peut-être pas ce soir, ce sera peut-être demain, dans un mois, dans un an. La finalité sera la même. Je ne prends d'ordre que de moi-même. »
       Il pouffa à nouveau.
       « Vous êtes tous des chiens beaucoup trop tenus en laisse à mon goût. Si tu as laissé quelqu'un vivre hier, c'est que tu n'es peut-être pas complètement comme eux. »
       Elske laissa le silence régner entre eux pendant un instant, mais Martell reprit avant qu'il n'ait l'occasion de le faire.
       « Écoute, on peut s'entraider, toi et moi. »

       À cette proposition, le spadassin ne put s'empêcher de rire doucement.
       « Oh, je suis comme eux. Peut-être même bien pire qu'eux. Le seul qui doit avoir encore toute sa tête dans cette compagnie de merde, c'est Harg. Et je pèse mes mots. »
       Et Sahira, pensa-t-il amèrement.
       « Tu perds ton temps à en vouloir à Valgardson. Peu importe ce qu'il y a pu avoir entre vous. Passe à autre chose. La rancœur et le désir de vengeance n'apportent aucune satisfaction. Même si tu restes ici, apprends à chercher la paix. Sinon, tu risques de finir en proie à des cauchemars incessants, à des démons intérieurs bien plus dangereux que les chasseurs du Conclave. Tu deviendras fou. »
       Martell recracha une bouffée d'air de ses narines, cherchant à ne pas paniquer malgré la lame froide qui effleurait sa nuque.
       « Tu peux m'achever net ici, cracha-t-il après avoir dégluti, ou bien... Ou bien tu peux changer de perspective deux secondes et prendre en compte le fait que je suis un mage. C'est assez rare par ici, et mes compétences pourront sûrement t'être utile. Je ne sais pas quelles sont tes motivations, mais faire d'un mage expérimenté son allié peut s'avérer une aide précieuse par les temps qui courent. »
       Elske marqua un temps d'arrêt, relâchant son regard froid. Puis d'un seul coup, il se releva, et donna un coup de pied lourd dans les côtes de Martell, le faisant rouler au sol vers la sortie de la tente.
       Le mage se redressa en fusillant du regard Elske, se préparant immédiatement à riposter, dessinant un claquement de doigt sur sa main gauche. Le spadassin l'arrêta aussitôt, à la fois par la parole et par un sourire.
       « Ne me considère pas comme vendu à ta connerie pour autant. Ce soir je suis garde, et tu ne toucheras pas à Syf. Quant au reste de ta vie, il ne me regarde pas. Je t'ai donné un conseil. Maintenant, fais-en ce que tu veux. Par contre, ton offre, je la garde dans un coin de la tête. Parce que rappelle-toi que j'aurais très bien pu t'égorger sec. »
       Martell recula vers la sortie de la tente d'un pas peu sûr, le regard ferme. Elske plissa les yeux de malice.
       « Tu es beaucoup trop sûr de toi. »
       Le mage ne répondait toujours pas, encore prêt à devoir contrer le spadassin s'il osait s'approcher. Mais il se contenta simplement de se redresser en relevant sa main droite, pointant sa dague vers Martell.
       « Alors maintenant, bouge ton petit cul roux de là si tu ne veux pas que ta carotide pisse le sang. »
       Il n'eut pas besoin qu'on lui dise plus d'une fois. Martell avait déjà vu Elske à l'œuvre et avait conscience d'à quel point l'épéiste savait se montrer rapide lorsqu'il s'agissait d'égorger un ennemi, malgré sa petite taille. En un instant, il quitta la tente de Syf en hâte.

       Le spadassin soupira. Il tourna les yeux vers Syf pour s'assurer que cette petite discussion ne l'avait pas réveillée, puis les baissa au sol. Son regard y croisa la poire couverte de poussière et de saleté, déjà chevauchée de plusieurs parts par des fourmis.
       Bon appétit mes grandes. Vous méritez plus un dîner qu'une pourriture comme moi.
« Modifié: samedi 07 juin 2014, 16:51:32 par Yuan »

If I've been insane
My whole life well now I've changed
Into something that sees

¿¿¿

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[Fiction Collective] The Darkest Hour.
« Réponse #91 le: jeudi 12 juin 2014, 00:31:36 »
Coucou les gens ! Il est tard, et vous ne trouvez pas le sommeil ? Alors mangez un peu de bit-lit avant de retourner souffrir de la chaleur dans votre lit !



Sahira

   Il s'était immobilisé, tout d'un coup, et avait redressé la tête. Quelque chose n'allait pas ; il ne savait pas encore quoi, mais il pouvait le sentir, et son instinct ne le tompait jamais. Son regard se déporta vers la gauche, puis vers la droite ; les sens aux aguets, le cœur battant, il fit quelques pas prudents, tourna sur lui-même... Rien. Le craquement d'une brindille l'alerta soudain, mais trop tard ; avant même qu'il n'ait pu comprendre ce qui lui arrivait, une flèche le transperça.
   Sahira s'avança lentement vers la dépouille du lapin, l'absence de bruit confirmant une certaine expérience du déplacement silencieux. Elle avait visé juste, et l'animal gisait, le trait fiché en plein flanc. Elle se pencha sur lui, et retira doucement la flèche. Un coup d'oeil expert lui confirma qu'elle était encore utiliséable Murmurant une excuse silencieuse au lapin, suivi d'un remerciement, la kaharite le glissa dans le sac de toile qui battait contre sa cuisse gauche, avec les deux autres prises du jour ; encore une réussite de ce genre et elle rentrerait au campement.
   Elle avait mal dormi, comme elle s'y était attendu. Les premières lueurs du jour l'avaient trouvé agitée, énervée et en sueur, après une nuit passée à se débattre dans la toile de ses draps et de ses cauchemars ; elle s'était hâté de fuir sa tente, les ombres des enfants aux chairs carbonisées ou desséchées qui étaient venues y pleurer et le regard lourd de reproches d'une gamine aux lèvres fendues, dont elle ne connaissait que trop bien l'identité.
Et c'est ainsi qu'elle s'était retrouvé à courir le lapin. En chassant son petit-déjeuner, elle avait aussi commencé à chasser la nausée qui, souvent, accompagnait ses réveils les plus difficiles, et à aérer un peu sa conscience. La traque demandait des efforts de discrétion et d'attention qui suffisaient à éteindre ses pensées et à faire converger son esprit vers le plus primaire et de toute évidence l'un des plus importants objectifs qui soient : se nourrir. Les muscles tendus par la concentration, elle écarta les doigts, laissant sa flèche fuser avec un cri de joie vers une nouvelle proie. Un sourire de satisfaction se dessina sur ses lèvres quand un bruit mou lui apprit qu'elle avait touché au but.

Quand elle revint au camp, son pas était plus léger et plus assuré que quand elle s'en était éloigné, et son sac était agréablement plus lourd. C'est en sifflant, assez faux, un air qu'elle avait entendu chanter par ses compagnons lors d'une veillée -et dont elle préférait oublier les paroles – qu'elle retrouva le réseau de toile tendue. Mais son entrain s'effaça bien vite pour céder place à la méfiance quand elle se rendit compte qu'il y avait de l'agitation, chez les gars de la Compagnie.
   Un agglomérat de gens se tenait autour d'une tente, parmi lesquels la kaharite distingua un Harg visibement angoissé. A cette vue, son sourcil gauche se haussa. Harg, angoissé par quelque chose ? Et qui plus est, quelque chose qui attirait l'attention des curieux. D'autres petits groupes s'étaient formés et semblaient discuter avec véhémence de l’événement qui suscitait autant d'émoi. Elle discerna dans le fil de leurs conversations un mélange de rires gras et de jurons, lesquels exprimaient aussi bien de l'agacement que de l'indignation pure et dure.
Les yeux de la jeune femmes furent attirés par une silhouette imposante qui s'éloignait de la foule. Elle reconnut dans cet homme massif et visiblement exaspéré   le guérisseur qu'avait consulté Elske la veille, et se décida à l'aborder.
« Oï, toi, là, monsieur ! »
   Le guérisseur se tourna vers elle.
« Oui ? Qu'est-ce que je peux pour toi ?
-La vice-cap'taine s'est faites tranchée dans le lard, y z'ont fait appel au mago pour la soigner. Du bon boulot, de c'que j'ai pu apercevoir"
   Le masque de la plus pure surprise se peignit sur les traits de Sahira, lèvres entrouvertes et yeux écarquillés compris.    Voilà qui risquait de donner un goût amer au petit-déjeuner.
« Syf ? Quelqu'un s'est attaqué à Syf ? »
   Ce serait mentir que d'affirmer que Sahira avait confiance en la Norske : il fallait être aveugle pour ne pas se rendre compte d'à quel point elle était opportuniste et calculatrice, et naïf pour ne pas se méfier d'elle. Mais l'archère avait appris à respecter la force de la géante et son talent à soigner, à s'appuyer sur ses directives méticuleuses au camp comme sur le champ de bataille, et même à apprécier sa personnalité, pour  rude qu'elle puisse être. Sahira n'était, dans le fond, attachée à Syf que par les liens chaleureux du profits mutuel ; mais sa disparition ne se ferait pas sans laisser un vide dans ses habitudes, ni sans causer des remous qu'elle préférerait éviter. Alors, oui, en un sens, la kaharite était inquiète pour sa consoeur.
"Ouep, le nerveux qui trainait souvent avec elle, chais pas pourquoi il a fait ça, mais bon, pas mes affaires, et je sais pas si j'ai envie que ça le devienne. Ah ! Elle lui a fait bouffer les racines après qu'il ait à peine réussi à lui faire lécher les feuilles !... Elle l'a buté, si vous préférez !"
   Le nerveux, ça devait être l'autre encapuchonné qui l'accompagnait souvent. Slate, si sa mémoire ne lui jouait pas des tours. Un gars étrange, qu'elle n'avait pas vraiment pris le temps de connaître – pas forcément le genre auquel elle avait envie de s'attacher, d'ailleurs – et qui ne lui manquerait pas.
« Je... vois. Elle va s'en sortir, alors ? 
-Probablement, mais bon, si quelqu'un voulait sa mort, c'est bien possible qu'il ait pas été tout seul sur ce coup,donc elle en a peut être plus pour longtemps dans tous les cas. C'est peut-être bien la fin de la compagnie...C'est un bon truc pour les huiles ça, tient ! On vous envoie faire le sale boulot, et ensuite, pof, on fait disparaître ceux qui savent et on disperse les autres ! En tout cas, c'est comme ça que je l'ferais si j'devais l'faire... Enfin si j'étais comme eux ! »
   Sahira soupira. Tout ça, c'était... Beaucoup trop compliqué. Elle savait bien qu'elle devait s'attendre à ce qu'une bande de mercenaire se tire dans les pattes, mais franchement, ce genre de futilité lui semblait par trop absurde. Elle sortit une de ses prises de chasse de sa sacoche, et la brandit en direction de son interlocuteur.
« Hé, monsieur, je sais pas vous, mais à cette heure-là, j'ai comme qui dirait un petit creux à combler. Ca vous dirait de trouver un coin où se poser pour grignoter ça ? »

Hors ligne Great Magician Samyël

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[Fiction Collective] The Darkest Hour.
« Réponse #92 le: jeudi 12 juin 2014, 23:06:32 »
Hop une petite suite de l'amour et de la volupté pour introduire mon nouveau personnage, le remplaçant de Shade. Vous trouverez sa fiche complète dans le spoiler ci-dessous, je vous en conseille la lecture avant celle de la suite. Enjoy!

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______________


Locksey


   Il y a 2 ans, quelque part dans les ruines de Myzance.

   -Donne moi une bonne raison de ne pas te tuer, ici et maintenant.
   La voix profonde de sa compagne tira Locksey de sa besogne. Fronçant les sourcils avec irritation, il releva les yeux vers elle. Son irritation cependant s’envola en une fraction de seconde lorsqu’il découvrit Syf, encadrée dans l’ouverture défoncée qui constituait la seule issue du bâtiment en ruine. Elle ne portait plus son armure, et Locksey loucha une longue seconde sur le col de sa chemise, qui laissait entrevoir le renflement de ses seins lourds. Elle tenait également sa masse d’armes à la main, et bien que sa posture fût relâchée, Locksey savait qu’elle était prête à s’en servir. Elle n’aurait eu aucun remord à le tuer sur-le-champ, et elle en aurait sûrement éprouvé du soulagement et une forme de… plaisir? Peut-être.
   Cette idée plus que tout fit saliver Locksey et fit naître sur son visage ravagé un large sourire morbide, dévoilant sa dentition brisée et jaunie.
   -Il n’y en a aucune, répondit-il de sa voix éraillée. J’aurais du mourir il y a bien longtemps.
   Il porta lentement les doigts à ses lèvres, et suçota avec appétit le sang frais qui en gouttait tout en la détaillant. La lune l’éclairait par derrière, masquant ses traits dans une ombre épaisse, mais la lueur de l’astre faisait ressortir ses yeux du bleu des rivières. Locksey y vit la violence sous-jacente, cette violence crue et froide qui couvait en elle, en dessous de son masque d’érudition et de calme. Avec un frisson de plaisir, il se remémora les souvenirs de leur voyage à travers les terres désolées de l’est de l’Empire, leur rencontre avec des brigands à la frontière des Marches, et un peu plus tard, dans les ruines d’une vieille ferme.
   Oui, il se souvenait d’elle alors, tourbillon d’acier et de fureur contenue, dispensant la mort comme un paysan ensemence son champ. Belle comme la mort, mortelle comme la vie.
   Il s’arracha, à contrecœur, à sa contemplation et reprit son ouvrage.
   -Cependant, reprit-il avec un petit rire dans la voix, mort, je ne serai plus en mesure de vous payer. Et puis… Vous avez besoin de moi. Pour le moment.
   Il releva furtivement les yeux vers elle.
   -Il y a des… choses, qui rôdent par ici. Des choses anciennes, appelées par la mort et la désolation qui se sont abattues sur ces terres l’an dernier. Même vous, vous n’auriez pas l’ombre d’une chance contre elles. Mais je peux… Je peux les tenir à distance.
   Avec un frisson de plaisir, il fit glisser son couteau dans la chair, extirpant une tranche de viande sanguinolente de la jambe du cadavre allongé sur l’autel rudimentaire. Il le tint en l’air devant lui, exposant sa paume maculée à la Norske.
   -A condition, bien sûr, que vous me laissiez finir mes préparatifs, murmura-t-il dans un souffle, ses yeux exorbités sur le morceau de chair tendre et suintante.
   Les sourcils de Syf se froncèrent de dégoût, mais elle soutint son regard sans flancher. Locksey le voyait dans ses prunelles, elle avait vu des choses bien pires. Fait des choses bien pires. Mais ceci allait à l’encontre de ses convictions profondes.
   Au bout d’un court instant, elle poussa un long soupir. Elle était intelligente. Elle savait qu’il avait raison. Elle avait vu certaines choses, au cours de leur voyage. Des choses que son esprit érudit avait toujours considéré comme des fables et des mythes. Elle n’avait presque rien vu, cependant, des ombres au coin de sa vision, des bruits sourds dans les bâtiments en ruine, des silhouettes dans les brumes. Mais c’était suffisant pour instiller le doute et la peur dans son cœur. Les hommes, elle pouvait les combattre, sans problème. Mais les créatures qui peuplaient les recoins obscurs du monde, cela était une toute autre chose.
   -Tu me dégoûtes, dit-elle simplement, avant de se détourner et de s’en retourner à leur campement.
   L’espace d’un fugitif instant, un sourire triste tordit les lèvres fines de Locksey, mais aussi troublante qu’elle fût, il avait déjà oublié la Norske la seconde suivante. Avec fièvre, il souleva un peu plus le cube de chair sanguinolente, l’observant à la faveur de la lune. Puis, avec un rictus carnassier, il le goba, poussant un gémissement de plaisir lorsqu’il sentit les noires énergies de sa magie lui revenir en une vague puissante, qui le laissa fébrile et exultant.


***


   -Elle va te tuer, susurra Räj’Häl à son oreille.
   Locksey se pétrifia, ses yeux s’écarquillèrent d’horreur. De l’autre côté du feu, Syf remarqua son changement d’attitude et fronça les sourcils, mais n’émit aucun commentaire. Lentement, Locksey tourna la tête. Le vieux nécromancien se tenait à quelques centimètres de lui. Il était comme dans son souvenir, petit et maigre, sa peau sèche et fripée comme du vieux parchemin. Un sourire tranquille tordait ses lèvres fines, et ses orbites vides l’observaient comme s’il pouvait lire dans son âme.
   Locksey poussa un petit cri de terreur et se jeta sur le côté, reculant sur les fesses tout en tenant fébrilement la longue épée contre son torse.
   -Allez-vous en!, hurla-t-il. Vous êtes mort!
   -Mort?
   Le vieux démon poussa un petit ricanement tranquille.
   -Quand bien même, Willie. Crois-tu vraiment que cela serait suffisant pour te libérer de moi?
   Une sueur froide et glacée se mit à couler le long de la colonne vertébrale de Locksey. Des souvenirs remontèrent à sa mémoire, des souvenirs où cet horrible sourire tranquille se tenait au dessus de lui, tandis que les mains du vieil homme se déplaçaient sur son corps, le touchaient en des endroits impurs, maniaient les instruments.
   Il se mit à pleurer comme un enfant, de grosses larmes chaudes qui laissèrent des traces claires dans la crasse qui maculait son visage. Räj’Häl se mit à rire.
   -Elle va te tuer, répéta-t-il. Regarde la. Tu la dégoûtes. Elle ne supporte pas les gens comme toi. Elle te tuera dès qu’elle en aura l’occasion.
   -Non, souffla Locksey, bien qu’il savait dans son cœur que l’apparition avait raison. Non!, hurla-t-il en fermant les yeux.
   Lorsqu’il les rouvrit, son ancien tourmenteur avait disparu. Syf se tenait à l’endroit qu’occupait l’apparition, une seconde plus tôt. Elle avait sa hache dans les mains, et regardait Locksey avec irritation, et une pointe de peur.
   -A qui parlais-tu, sorcier?, demanda-t-elle d’une voix autoritaire.
   Locksey cligna des yeux, comme hébété, et regarda autour de lui. Il n’y avait personne d’autre qu’eux dans la clairière. Il ne voyait pas de qui la Norske pouvait bien parler.
   -Personne, répondit-il avec un sourire. A qui voulez-vous que je parle? Il n’y a que vous et moi ici.
   Syf serra le poing sur le manche de sa hache si fort que ses jointures blanchirent. Locksey sentit la violence poindre en elle, cet instant merveilleux où elle était sur le point de déchaîner sa fureur, de mettre à mort autrui. Il ferma les yeux, un sourire de plaisir tordant sa lippe. Mourir par la main de cette femme avait quelque chose de glorieux, de sexuel, dans un sens. Il sentit sa verge se durcir dans ses chausses, alors qu’il imaginait son bras se lever, puis se détendre pour lui fendre le crâne…
   -Peu importe, finit-elle par déclarer d’une voix lasse.
   Locksey rouvrit les yeux, et découvrit avec déception qu’elle reprenait sa place de l’autre côté du feu.
   -Par la Malmort, je te le jure sorcier, je chérirai le jour où je serai débarrassée de toi.
   Locksey ne répondit rien. Avec un sourire absent, il se remit à caresser tendrement le fourreau de l’épée qu’il tenait dans ses bras. Cette épée avait été le but ultime de leur voyage, l’épée ancestrale de la famille Fallcor, perdue jusqu’alors sous les décombres de Myzance, suite à l’attaque de Räj’Häl. Mais elle était en sécurité à présent. De nouveau dans la famille, avec lui.
   -Tu ne m’as toujours pas dit pourquoi cette maudite lame est si importante pour toi, remarqua la Norske de l’autre côté du foyer.
   Locksey leva les yeux vers elle, et se passa fébrilement la langue sur les lèvres.
   -C’était l’épée de mon père, mentit-il sans même y penser. Il me battait souvent avec, après l’entraînement. Elle a beaucoup de valeur pour moi.
   Il se mit à fredonner, un air dont il se souvenait vaguement. Il entendit Syf ajouter quelque chose, mais il ne l’écoutait plus. Il berça l’épée dans ses bras comme un enfant, oscillant lentement d’avant en arrière. Au bout d’un long moment de silence, que seuls les crépitements du feu venaient briser, la Norske lui tendit quelques lanières de viande séchée, prélevées dans sa besace de voyage. Locksey les accepta avec un sourire pareil à celui d’un bambin découvrant un nouveau jouet et les engloutit comme s’il n’avait pas mangé depuis plusieurs jours, alors qu’il n’avait pas très faim.
   Puis il observa Syf, son activité préférée depuis qu’il l’avait rencontrée. Occupée à piquer le feu avec une branche, elle ne s’en rendit pas compte. Locksey fut encore une fois choqué et abasourdi par sa beauté. Certes elle n’avait pas une beauté traditionnelle, et bien des hommes auraient froncé le nez devant sa stature et sa musculature d’homme, ses épaules carrées, ses cicatrices, ses sourcils épais. Mais aux yeux dérangés de Locksey, elle avait tout d’une déesse sublime. Une déesse de mort et de destruction. Il n’avait qu’une envie, dont il rêvait chaque nuit et chaque jour, qu’elle le touchât.
   Pour le tuer.
   De la bave se mit à couler du coin de sa bouche, et il se torcha du revers de sa manche. Son mouvement attira l’attention de la Norske. A son regard, mi-dégoûté, mi-empreint de pitié, Locksey comprit qu’elle n’avait aucune intention de le tuer. Ni maintenant, ni même plus tard, lorsqu’il l’aurait payée. Cette pensée l’inonda d’un chagrin intense et violent, et il se mit à pleurer à chaude larmes.
   Puis un sourire aussi soudain que perturbant y mit fin, lorsqu’il posa son regard sur le fantôme du nouveau-né qui s’accrochait au ventre mort de la Norske.
   Oui, une véritable déesse.


Laroche


    Laroche se frotta la naissance du nez en contemplant le grand corps assoupi de Syf. Par la Malmort, cela arrivait au pire moment. Tandis qu’il l’observait, un étrange sentiment de peur la saisit aux tripes. Que ferait-il, sans elle, se demanda-t-il soudain. Sans sa force pour tranquilliser les autres, suivraient-ils toujours ses ordres? Cette unité avait-elle une chance, sans les muscles de la Norske, face aux missions folles que le Lieutenant ne cessait de leur attribuer?
   Certes elle n’était qu’une garce cupide, mais Laroche comprit à quel point il avait besoin d’elle. Hevenon lui avait assuré qu’elle vivrait, mais cela n’avait pas suffi à disperser la boule d’angoisse qui s’était formée dans son ventre. Lorsqu’il quitta la tente, il remarqua avec irritation, et une certaine colère irrationnelle, l’attroupement qui s’était formé autours. D’une voix grondante, il s’écria :
   -Cassez-vous! Ya rien à voir.
   Il se campa là, dardant des yeux mauvais, jusqu’à ce que le dernier des curieux s’en fût allé. Puis il alla chercher l’un de ses Maraudeurs et le planta devant la tente, pour monter la garde. Slate avait été un tueur à gage. Sa tentative de meurtre n’était pas désintéressée. Quelqu’un l’avait payé pour accomplir la besogne, et ce quelqu’un ne se satisferait pas d’un échec.
   Le vague à l’âme, il s’éloigna. Il leur faudrait attendre que la Norske reprenne conscience afin d’entamer leur voyage jusqu’au Château Lannoy. Il prit la direction de la tente d’état-major, où Vernon Lackay attendait certainement quelques explications concernant l’agitation inhabituelle qui avait dérangé le campement.


Locksey


   -Tu en es sûr, demanda Locksey sans relever les yeux, trop occupé à bouger les bras comme s’il berçait tendrement quelque chose.
   -Oui, répondit Joan en restant à bonne distance.
   Le guide était nerveux, comme toujours en la compagnie de Locksey. Ce dernier ne s’en souciait pas. Peu de gens avait les nerfs suffisamment solides pour le supporter. Leur instinct leur criait de le fuir, de la même manière que l’instinct de la biche lui crie de fuir le loup. Car Locksey était un prédateur, même s’il était vrai que sa maigre carrure et ses traits creusés comme ceux d’une goule ne le laissaient pas supposer.
   Pensivement, il détailla son guide de haut en bas, songeant qu’il ferait certainement un repas agréable. Il saliva à cette idée, pour l’oublier aussitôt lorsqu’il se rappela la bonne nouvelle que Joan venait de lui apporter. Un sourire heureux révéla ses dents abîmées et jaunies.
   -Dis moi, ordonna-t-il.
   Le guide avala sa salive. Il ne pouvait s’empêcher de se demander ce que Locksey fichait, à bercer le vide comme ça.
   -Une grande femme blonde, avec un grand bouclier et une armure. Je l’ai vue dans leur campement, à deux jours d’ici. J’ai cru comprendre qu’elle fait partie d’une unité spéciale.
   -Je vois, souffla Locksey en hochant pensivement la tête.
   Toute sorte de souvenirs et de sensations le traversèrent, et il se mit à rire doucement, puis l’instant d’après il fredonnait un air triste d’une voix distante. Joan déglutit, en proie à une peur diffuse. Seul l’argent que dispensait généreusement Locksey le forçait à rester aux côtés de ce fou dément.
   -Qu’est-ce tu comptes lui faire, appela une voix derrière le sorcier.
   Locksey la connaissait suffisamment pour ne pas avoir besoin de se retourner pour en connaître la propriétaire. Ashlyn était la première femme qu’il avait jamais tué. Une jeune soubrette qui avait essayé de le faire chanter, prétextant qu’il était le père de son bâtard. Pour une raison qui lui échappait, depuis la mort de Räj’Häl, trois ans plus tôt, elle ne cessait de le suivre, de l’importuner.
   -Tu vas la tuer, elle aussi?
   -Bien sûr que non, répondit Locksey d’une voix tranquille.
   -Elle te tuera si elle te revois, poursuivit l’apparition.
   Locksey se tourna, et l’observa un instant, un sourire dédaigneux plaqué sur le visage. Elle lui faisait pitié, cette pauvre folle, avec ses yeux tristes et son ventre ouvert, d’où s’échappaient ses entrailles. Locksey se rappelait encore le couteau qu’il avait utilisé. Un beau poignard, avec un manche en ivoire. Il avait frappé de bas en haut. Il pouvait encore sentir son sang sur ses mains.
   -Je sais, dit-il  simplement.
   -Pauvre fou, persiffla l’apparition, tout ce que tu vas réussir à…
   -ASSEZ!, hurla Locksey soudain rouge de colère. Disparais.
   Joan sursauta, et son visage se décomposa encore un peu plus. Ce n’était pas la première fois que le guide pouvait observer son employeur parler à des êtres invisibles, mais c’était la première fois qu’il s’énervait. Et cette vision attisa un peu plus la peur qu’il éprouvait pour le sorcier.
   Ce dernier soupira, son hurlement ayant fait fuir l’hallucination. Cela faisait déjà deux ans qu’il n’avait pas vu Syf Valgardson. Deux longues années, où la terrible Norske avait hanté ses rêves et ses jours. Il frémissait de plaisir à l’idée de la revoir, d’avoir une nouvelle chance qu’elle le tue.
   Joan frémit lorsque Locksey se mit à caresser le vide, au-dessus de ses jambes croisées, en susurrant tout bas :
   -Nous allons bientôt revoir ta mère, ma belle.
   Un sourire paisible sur les lèvres, Locksey continua de bercer lentement le fantôme de la fille mort-née de Syf, immobile et éthérée, dans le creux de ses bras.

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« Réponse #93 le: vendredi 13 juin 2014, 18:04:14 »
Et hop ! Une suite à moins de 24h d'intervalle !  :-*



Adwybeth

Plusieurs heures s’étaient écoulées depuis que l’ancienne duchesse avait été promptement assommée par Syf. Désorientée et la bouche pâteuse, Adwybeth mit peu de temps à reconnaître l’arrière-goût du produit qui l’avait contrainte au sommeil. La jeune femme grogna en se rendant compte que la personne servant de guérisseur au sein de cette compagnie avait des moyens des plus… expéditifs pour soigner ses patients. Elle frissonna lorsqu’elle se renduit compte que cette personne n’aurait surement guère de remords à l’achever s’il s’avérait impossible de la guérir à cause d’une blessure malencontreuse.

-Barbare ! Marmonna-t-elle en restant allongée sur son lit de fortune tout en regardant le plafond de sa tente.

Toutefois, même si elle trouvait les personnes de la Compagnie d’une impolitesse et d’une brutalité sans nulle autre pareil, Adwybeth devait bien reconnaître malgré elle qu’ils étaient plus que nécessaire afin d’atteindre son but. De plus, la duchesse était certaine que le moment venu, nombre de ses Compagnons seraient enchantés de tuer son maudit père pour peu que la rançon soit conséquente. Bien que ce soit tentant, la jeune femme savait que c’était pour le moment impensable : si elle venait à le faire tomber, il est plus qu’incertains qu’elle récupère ses biens. Sans compter qu’un autre sympathique membre de sa famille paternelle honnie pourrait prendre la place de son père et tout serait à recommencer. Alors, la duchesse attendait patiemment en tissant sa toile afin de pouvoir faire tomber tel un fragile château de cartes son père et ses relations.

Cependant, il était désormais l’heure pour Adwybeth de rejoindre ses camarades. Soupirant de désespoir, la duchesse se redressa de sa couche. La jeune femme soupira à nouveau lorsqu’elle se rendit compte que sa robe était fichue et déchirée en plusieurs endroits. Suite à ce constat, la duchesse prit le parti de changer de tenue. Avec un dégout visible, la jeune femme prit le parti d’enfiler un pantalon de cuir déniché peu de temps avant de rejoindre les rangs de la Compagnie et une chemise de lin sous son corset de cuir. En ajustant sa tenue, la duchesse se jura de faire payer son père de la contraindre à porter des vêtements si peu adéquats à son rang, quand bien même ceux-ci soient de très bonnes factures et reflètent son statut. Avant de sortir de sa tente, Adwybeth s’empara de sa dague afin de la porter à la ceinture. Aux yeux de la noble, il était tout simplement suicidaire de se balader sans armes au sein du campement. Même si elle n’était guère une combattante chevronnée et n’avait pas une carrure qui pouvait intimider, une arme au flan avait au moins le mérite de faire réfléchir avant d’engager des hostilités qui pourraient finir dans le sang.

D’un pas qui se voulait assuré et posé, Adwybeth sortit de sa tente. Néanmoins, son attention fut attirée par un attroupement d’hommes. Elle les avait déjà repérés quelques jours auparavant et la duchesse les avaient déjà classés dans la catégorie « personnes répugnantes indignes de confiances ». Son attention fut davantage prise lorsqu’elle se rendit compte qu’elle était l’objet de leurs commérages. Ses sourcils se froncèrent de dégout et de colère lorsque la duchesse comprit que leurs mains ragoutantes s’étaient égarées sur son corps lorsqu’elle était inconsciente. Son sang bouillait et réclamait vengeance. Adwybeth était parfaitement consciente de ne pas avoir la force physique pour les égorger mais il existait plusieurs manières de se venger qui était beaucoup moins en sa défaveur. Néanmoins, pour pouvoir agir, il lui faudrait trouver le moment opportun.

Soudain, une cohue indescriptible s’empara du camp. Se faisant bousculer sans mégarde par un des Compagnons, la jeune femme décida de tenter sa chance et se dirigea le plus rapidement et le plus discrètement possible vers un tonneau rempli de nourriture sans surveillance. Percevant dans le brouhaha que quelqu’un venait d’être victime d’une attaque (Adwybeth se fit alors la réflexion qu’elle aurait parié que ce genre d’évènement arriverait bien plus tôt au vu des recrues présentes au sein de la compagnie), la duchesse enleva avec précaution le couvercle du tonneau afin d’en examiner le contenu.

Adwybeth eut un mouvement de recul lorsque l’odeur du vin lui parvint aux narines. La jeune femme sourit à sa découverte. Il était répandu que la Compagnie aimait particulièrement la boisson après chaque mission, aussi, si la duchesse empoisonnait ce tonneau, il y avait de fortes chances que parmi les souffrants se trouvent les personnes ayant des gestes plus que déplacés à son égard. Même si beaucoup d’autres personnes risquaient d’être touchées par cette soudaine épidémie, on ne pourrait directement l’accuser d’empoisonnement. De plus, Adwybeth ne comptait pas les tuer même si son désir à ce sujet était grand, mais de simplement les rendre malade.

Avec des gestes sûrs, Adwybeth fouilla ses poches afin d’y dénicher une petite fiole contenant ce qu’elle désirait. Avec un sourire en versant le contenu de la fiole dans le tonneau, Adwybeth ne put s’empêcher de remercier sa bienveillante nourrice qui lui a toujours rabâché le conseil suivant : les ennemis sont partout, il peut être utile d’avoir une fiole de poison et un antidote standard dans sa poche afin de parer au pire.

Refermant le tonneau, Adwybeth s’éloigna rapidement de celui-ci tout en réfléchissant à comment éviter d’être présente au repas où se déclarait l’épidémie. L’idée de son alibi lui vient lorsqu’elle aperçut le sergent Laroche plaçait un garde devant la tente de Syf. Calmement, la duchesse se dirigea vers le garde une fois que le sergent se fut éloigné :

-Puis-je rentrer ? Demanda-t-elle poliment, sans même faire un caprice d’enfant gâtée. Je serais bien plus utile à veiller la blessée que de participer à je ne sais quelle orgie d’après massacre.

Après plusieurs minutes de discussion, la duchesse finit obtenir gain de cause. Avec un sourire victorieux, Adwybeth se précipita à l’intérieur afin de commencer sa garde.

Bien que cela ne soit guère passionnant, Adwybeth était contente de se trouver ici car son alibi serait solide lorsque viendrait le temps des accusations d’empoisonnement !

Hors ligne silver

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[Fiction Collective] The Darkest Hour.
« Réponse #94 le: lundi 16 juin 2014, 20:08:56 »
Après une longue absence, je souhaite produire de nouvelles histoires. j’espère que mon personnage ne soit pas incompatible, il m'a demandé du temps pour me décider sur mes préférences en termes d'archétypes.

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Nom : Soren
Sexe : Masculin.
Ethnie : Feraldien (contrée de l'est).
Age :  17 ans.
Taille :  Moyenne.
Archétype : c'est un survivaliste qui peut être considéré comme un sorcier nécromancien aux capacités magiques capable de maîtriser les âmes par rapport à un élément corporel.
Profession : Aucune mais il possède une forme d'harmonie capable de concentrer son âme dans diverses caractéristiques. Il est incapable de maîtriser ses pouvoirs mais il peut prédire ses crises selon la nature environnante.
Trauma :
- Il a perdu le contrôle de son essence provoquant une dualité mentale, son esprit a su conservé sa raison mais il est limité par l'incapacité de maîtriser son équilibre élémentaire. Soren a vu son âme se transformer pendant une crise de concentration mineure, il perdit sa capacité à ressentir toutes ses émotions bonnes et mauvaises. Il a formé une relique en forme d'étoile capable de contenir les crises majeures mais les crises mineures s'escaladent au delà d'un contrôle individuel.
- Son grand père a tenté de le tuer.
Description physique :
- Auparavant, il avait l'apparence d'un habitant des contrées de l'est mais ses pouvoirs ont transformés de plus en plus au point où les énergies magiques vertes devinrent les sources naturelles de sa psyché. Il a maîtrisé une forme d'amélioration physique capable de contenir les forces vitales et les forces mortelles.
Etat d'esprit :
- Vide d'émotions mais il reste honnête face à énormément. Ses pulsions sont un lointain vestige mais il ne conserve aucune émotions, il a toutefois maîtrisé son intellect à un niveau où il peut restaurer certaines formes de sa personnalité. Sous son esprit initial, il adore se balader dans la nature environnante pour parler à des animaux ou des fleurs. Son attachement a produit des problèmes entre lui et sa famille mais il apprit que le don de l'étoile était le nom officiel à ceux qui utilisent la magie. En échange du contrôle, il devait abandonner la connexion des fleurs pour développer un sceau capable de contenir la reflet de son esprit. Un jour vint où son grand père a cherché à le tuer pour se venger du père mais quand le sceau se fractura  Il choisit de s'enfermer à l'intérieur de lui même jusqu'à pouvoir former un réceptacle naturel capable de retenir son pouvoir.
Biographie :
- Vers ses dix ans, Soren était un enfant heureux extrêmement émotif incapable de suivre la profession à cause de sa volonté de converser avec la nature. Sa vie était une suite d'escapade dans les forêts à jouer avec des animaux et des fleurs mais un jour vint où il entendit son grand père parler de son 'don des étoiles' comme un mal incurable. Cette révélation a déclenché une puissante exclamation pendant une autre visite dans les forêts, sa magie passait dans tous les éléments mais aucun axe ne semblait s'imposer. Pour régler l'instabilité, un alter ego se reflétait dans son âme mais il contrôlait encore son esprit à ce moment. Soren comprenait mal son élément mais il pouvait comprendre les animaux et les fleurs grâce à une forme de contact mental. pour permettre de garder sa raison, il décida de fragmenter son âme de façon à créer un alter ego emprisonné sous la forme d'une étoile. Ce choix permit de vivre de façon ordinaire pour sept ans mais son grand père devint un meurtrier durant les années où il s'occupait de lui. Quand un animal vint devant la maison, une crise de concentration permit de restaurer la caractère scellé de Soren. Après quelques jours, l'animal finit par mourrir des suites de ses blessures mais le grand père vint subitement prévenir de l'arrivée des animaux. C'est à ce moment que la scission devint permanente par le fait que son âme a reconnu ne plus être le même enfant. Il décida de combattre les animaux dans l'espoir de vaincre son alter ego scellé mais le vieil homme a tenté de le tuer. Avant même de comprendre ce qu'il se passait, les animaux étaient complétement furieux. Des images se formèrent révélant ce que le vieil homme faisait pendant son temps quand un jour il décida de tuer des gens ayant auparavant participé dans la protection des animaux de la forêt. Petit à petit, les gens commencèrent à se poser des questions sur le meurtrier de toutes ces personnes. Des théories commencérent à circuler qu'un sorcier puisse être présent dans le secteur mais la vérité était que le jeune sorcier avait depuis longtemps maîtrisé l'incarnation de son mal devenant un type de nécromancien. Lentement, les pouvoirs semblaient être capable de se manifester calmement, une magie de l'âme se renforçait abandonnant les forces éléments à celles de l'âme. Un flot d'énergies mortelles se forma autour de Soren, le grand père devenait complétement fou à cause de ses actes immoraux. Imposant à son petit fils de cesser d'aller au village. Sous la furie des animaux, la crise se libéra mais contrairement à une crise classique de la part d'un sorcier, Soren semblait créer un lien entre les animaux et le vieil homme. Sa volonté continuait d'imposer une loi de préservation entre tous les animaux jusqu'à ce que la mort réclame le vieux forestier. Une flamme chartreuse se forma, les âmes étaient entrés dans une communication invasive dans l'esprit du jeune sorcier mais il ne contrôlait pas son pouvoir élémentaire alors il invoqua les énergies de son corps à la place. De nombreux chocs mentaux et spiritueux traversèrent, le flot des âmes se répertoriait dans la sienne. En l'espace de quelques instants, le contrôle se forma mais le corps de son grand père baignait dans le sang. Son esprit a reflété les gestes de son grand pére et finit par se poignarder lui. La scission de son esprit se renforça transformant définitivement son âme à son contrôle de l'âme. Il perdit à jamais l'équilibre émotionnel mais son esprit devint aussi aiguisé que ses outils. Reprenant toute la fortune de son grand père, il décida de vendre la maison pour voyager en quête d'un moyen de contrôler son élément gravé sous la forme de son étoile dans l'épée courte de son grand père.
Entrée dans les Maraudeurs du Chaos : Quelques heures après la campagne de LaChênaie.
Liens : (je ne sais pas qui serait le plus approprié)

alors qu'en pensez vous ?

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« Réponse #95 le: lundi 16 juin 2014, 20:56:26 »
Désolé silver nous sommes déjà beaucoup à participer et je ne souhaites pas ouvrir la fiction à plus de participants pour le moment. Je dois donc décliner ta demande, mais je te remercie pour l'intérêt que tu portes à The Darkest Hour. :)

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« Réponse #96 le: lundi 16 juin 2014, 20:57:37 »

D'accord. de toute maniére, je ne sais pas si je serais aussi libre que je le souhaiterais mais je suivrais la fiction

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« Réponse #97 le: mardi 17 juin 2014, 23:36:52 »
Nob

Nob s'installa auprès du feu, rapprochant ses mains du foyer, tandis que la noire préparait le lapin. Il n'avait pas parlé naturellement à une femme depuis bien longtemps, et, s'il avait en partie rejoint les mercenaires pour trouver la femme de sa vie comme son père avant lui, il n'avait pour l'instant pas vraiment la tête à sa libido. L'heure était grave, et il le savait. Si jamais la compagnie survivait à la mort de la seconde en chef, il faudrait à cette dernière un remplaçant. Nob aurait tout donné à une époque pas si lointaine pour occuper ce poste, mais les récentes missions l'avaient particulièrement refroidi. Son épaisse carcasse pouvait encaisser beaucoup, mais son subconscient était plus fragile, il le savait. S'il devait avoir sur la conscience la mort d'un enfant ayant tout juste eu le temps de chanter la vie, il ne se le pardonnerait pas. En tout cas durant quelques jours. Il observait d'un air vide le lapin qui commençait à tourner sur le feu. Soudainement, Sahira se tourna vers lui. «  C'est quoi ton nom, au fait ? Je suppose que ça va vite te fatiguer si je t'appelle "monsieur" ou "le guérisseur", non ?
- Tu... vous... bon on va dire tu. J'm'appelle Nob Chubb, mais appelle-moi comme tu veux. »
Être arraché ainsi à ses pensées l'avait surpris, mais il parvint rapidement à se concentrer. Sentant que son interlocutrice était d'humeur bavarde, il sauta sur l'occasion, libérant ainsi son esprit de ses réflexions internes. Il ajouta : « Si la compagnie est dissoute, tu feras quoi toi ? ».
Après un bref instant de réflexion, Sahira sentit malgré elle un sourire apparaitre sur ses lèvres, et le laissa éclater en répondant d’une voix enjouée  « Ben je suppose que j'en chercherais une autre ?
- Une autre ? Et encore une autre ? Tu penses tenir jusqu'à quand ? »
Nob, tout en parlant, se pencha en arrière et se plaça les bras derrière la tête, attendant la réponse avec un petit sourire aux lèvres. « Je ne sais pas, dit-elle doucement. J'irai voir ce qu'il y a d'autres ? Je n'y réfléchis pas vraiment, en fait. Je découvre tout juste le monde, tu sais. Je saisis les opportunités quand elles se présentent... » Laissant le temps passer pour qu’elle puisse trouver tous ses mots, elle tourna la broche du lapin un peu plus lentement. « Je suis tombé sur la Compagnie alors que j'avais besoin d'une situation plus confortable que celle de vagabond, continua-t-elle, et à une époque où j'avais vraiment besoin de compagnons de voyage. Et ça m'a plu. Ca a pas toujours été aussi agréable que je l'espérais, hein. Mais, même si parfois je croque des bouts pourris, la pomme a encore du goût pour moi. Alors je continue à mordre dedans, jusqu'à ce que j'atteigne le trognon, ou qu'elle m'empoisonne. Et après ? Bah si je survis, je verrais. »
Le sourire de Nob s'effaça doucement au fur et à mesure que Sahira racontait ses aspirations. Il s'attendait à une réponse aussi vague que lui-même aurait fourni, mais, devant une si grande force, il se senti vide. Il observa le feu crépiter. Il n'avait jamais vraiment été captivé par les flammes d'un feu, mais il lui semblait reconnaitre des échos de sa mémoire dans la danse lancinante du foyer. Qu'est-ce qu'il attendait de la compagnie ? Il ne saurait le dire. Il était venu pour les femmes et la gloire, et cherchait à savoir pourquoi il passait son temps à fuir les deux depuis qu'il avait rejoint la Première... « Et toi ?
- Moi... Soupira-t-il, J'ai une armée qui m'attend si jamais j'abandonnais celle-ci, une vraie armée. Et ils seraient trop heureux d'me refiler mon poste de sergent pour m'envoyer former des jeunes crétins qui pèteront rapidement plus haut que leur cul ! Ou au pire, j'présume que j'rachèterai le champ de ma famille, pour devenir fermier comme mon père à une époque !
- Si tu as une armée qui t'attend, qu'est-ce que tu fous à te salir les mains avec cette bande d'ivrognes violents et libidineux ? »
Le ton à la fois triste et moqueur de Sahira incita Nob à afficher un air compatissant. Il leva les yeux au ciel pour se donner le temps de trouver sa réponse, puis retourna son regard sur l’interlocutrice. Un petit rire sorti d'entre ses lèvres à moitié fermées.
 « La perspective d'être toujours dans les mêmes bottes dans 30 ans, je pense ! Je suis trop gros, moche, et pas d'assez bonne famille pour espérer plus de toute manière, c'est pour ça que j’suis venu ici ! »
Son regard, qui avait déambulé sur différents éléments du camp, retomba rapidement sur Sahira. Il ne connaissait que trop bien ce regard.  « Mais t'en fais pas pour moi, je suis lucide sur c'que j'suis, et ça m'va très bien comme ça. J’suis pas mécontent de c'que j'suis, avec mes capacités et mes faiblesses !
- Je vois. »
Le sourcil légèrement haussé alors qu’elle scrutait Nob, elle ajouta : « T'as quelque chose à boire pour accompagner ? »
L'ex-sergent considéra rapidement sa fiole, contenant un alcool tenant probablement du rat fermenté. Il se leva tout en signalant qu'il allait voir ce qu'il allait trouver à coté, et tomba nez à nez avec Laroche lorsqu'il se retourna. Ses yeux foudroyèrent ceux de Nob.
« Tu as l'expérience d'un sergent, as-tu dit ? »
« Modifié: mercredi 18 juin 2014, 13:22:21 par un modérateur »

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« Réponse #98 le: mardi 24 juin 2014, 16:44:11 »
#PavayOfDoom #LaFêteDuSlip #MonCulSurLaCommode #Enjoy
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Syf


   Syf ouvrit péniblement les yeux et exhala silencieusement lorsqu’un éclair de douleur fulgura dans son dos et son flanc. Elle était sur le ventre, et son cou tordu dans une direction depuis sans doute plusieurs heures l’élançait. Elle sentait une petite flaque de bave qui s’était formée sous sa joue appuyée contre le sol. Un peu hébétée, elle se concentra pour stimuler sa mémoire.
   Slate avait essayé de la tuer, mais l’avait payé de sa vie. Ferval l’avait soignée, ou du moins elle en avait un vague souvenir. A gestes prudents, elle porta une main dans son dos et palpa doucement la blessure. Elle sentit sous ses doigts le fil que le sorcier avait utilisé pour suturer la plaie, et jugea au toucher qu’il avait fait un travail correct.
   Lentement, elle roula sur son flanc indemne et fit jouer sa nuque jusqu’à ce qu’elle craque. Elle massa quelques instants les muscles de son cou, tout en réfléchissant. Elle n’entendait presque rien au dehors, à part peut-être les crépitements discrets de quelques feux de camp. Il devait faire nuit noire. Elle était restée inconsciente toute la journée, ou bien était-ce déjà le lendemain ? Un rapide coup d’œil autour d’elle lui apprit qu’elle était seule, et que cette tente n’était pas la sienne. Dans le noir presque complet, que seul un léger rayon de lumière filtrant du rabat venait briser, elle ne distingua rien de particulier. En tâtonnant autour d’elle, en faisant attention à ménager son flanc blessé, elle trouva les restes de sa chemise, déchirés et encore humides de sang, ainsi que sa sacoche de soin, sûrement laissée là par Ferval.
   Elle se redressa en grimaçant sur son séant, occultant avec peine la douleur qui l’élançait chaque fois qu’elle bougeait son bassin ou tordait son tronc. Elle avait connu pire, cependant. La blessure était certes profonde, et sans les soins de Ferval elle serait certainement morte d’hémorragie, mais elle s’en remettrait. Slate avait utilisé un surin, une lame courte et fine, destinée à transpercer des épaisseurs de tissu, de cuir ou de maille. L’arme n’avait pas touché d’organes, sinon elle n’aurait pas survécu. Ses muscles épais l’avaient sauvée, sans aucun doute. Ce qui n’empêchait pas la blessure de lui faire un mal de chien.
   Dans le noir, elle fouilla en aveugle dans sa sacoche jusqu’à trouver de la gaze. Puis, lentement, douloureusement, elle entreprit pendant quelques minutes de s’entourer le torse de bandages. La dernière chose dont elle avait besoin, en ce moment, était de se promener seins nus dans le camp et ainsi exciter l’imagination de ses « camarades ». Elle ne doutait pas que la nouvelle de l’attentat de Slate avait déjà traversé tout le campement de la Ière Compagnie, et cela allait très probablement porter un coup à sa réputation, et donc peut-être donner des idées à certains. Elle ne voulait pas leur procurer une tentation supplémentaire.
   Elle se remit sur ses jambes, tremblantes, après avoir passé sa sacoche en bandoulière, et le monde tangua dangereusement autour d’elle. Syf ferma les yeux le temps que son vertige s’estompât, puis tituba jusqu’au rabat qu’elle franchit péniblement. Une puanteur qui commençait à devenir familière l’agressa, et elle tourna la tête pour découvrir Ferval affalé sur un tabouret, le menton dans le creux de sa paume, visiblement assoupi.
   Elle comprit qu’il était probablement supposé monter la garde devant la tente. Et vu l’heure avancée, on avait probablement dû le tirer du sommeil pour le traîner ici.
   - Ferval, appela-t-elle doucement, ne souhaitant pas attirer d’attention indésirable.
   Elle dut l’appeler une seconde fois, plus fort, pour que le sorcier se réveille en sursaut. Il la regarda en clignant des yeux, encore hébété de sommeil.
   - Syf ! s’exclama-t-il. Vous ne devriez pas être…
   - Shh ! souffla la Norske en mettant un doigt devant sa bouche, pour lui intimer le silence. Moins fort, Hevenon.
   Elle jeta un œil autour d’elle, mais personne ne semblait avoir entendu.
   - Syf, reprit Ferval en chuchotant, un soupçon de panique dans la voix, vous ne devriez pas être debout. Votre blessure est encore fraîche, vous allez rouvrir la plaie.
   Elle balaya ses inquiétudes d’un geste de la main.
   - J’ai survécu à pire. Et de toute manière, je n’ai pas le luxe de pouvoir attendre sagement dans mon lit. Je ne peux pas me permettre d’être laissée derrière quand l’unité se mettra en route.
   - De quoi parlez-vous ? demanda le sorcier en fronçant les sourcils.
   - Une nouvelle mission, expliqua Syf d’une voix tendue en portant une main à ses yeux pour chasser un nouveau vertige. Nous allons nous séparer de la Compagnie quelque temps.
   Elle porta son regard sur le campement autour d’elle, plongé dans les ténèbres et le silence, hormis en quelques endroits où brillaient les flammes d’un feu et résonnaient les rires des sentinelles.
   - Nous devions partir ce matin, reprit-elle. Mais j’imagine que Laroche a préféré retarder notre départ, pour tirer toute cette… affaire au clair.
   Elle prit une profonde inspiration et leva les yeux vers les étoiles.
   - Quoi qu’il en soit, comme je l’ai dit, je ne peux pas être laissée derrière.
   - Pourquoi ? s’interrogea Ferval.
   - Car dans mon état, je suis comme toi, Hevenon. J’ai besoin de la protection que m’offrent Laroche et le reste de l’unité. Si je devais me retrouver seule, nul doute que celui qui a payé Slate pour me tuer en profitera pour finir le travail. Et personne ne versera une larme sur mon sort.
   Le sorcier frissonna à ces mots, mais n’objecta pas.
   - Certes, mais cela ne change rien aux faits. Vous n’êtes pas en mesure de voyager, encore moins de vous battre! essaya-t-il à nouveau, sans beaucoup de vigueur.
   Syf sourit, dévoilant ses dents blanches.
   - Ta sollicitude me touche, Hevenon, rétorqua-t-elle en faisant mine de s’éloigner, mais crois-moi, j’ai connu pire.
   - Où allez-vous ? l’appela-t-il en la suivant.
   - A ma tente, ou ce qu’il en reste. Je dois récup…
   Un grognement de douleur interrompit sa phrase, lorsque sa jambe se déroba sous elle, la forçant à mettre un genou à terre tandis qu’une nouvelle vague de souffrance irradiait dans son dos et son flanc. Aussitôt, Ferval était à son côté, le front marqué d’un pli soucieux.
   - Syf, vraiment, vous devriez retourner vous aliter, ce n’est pas…
   - Ça ira, le coupa-t-elle abruptement, entre deux halètements. J’ai simplement glissé. Je dois juste… m’habituer.
   Le sorcier la considéra un instant, le doute dans les yeux. Mais malgré son malaise, il ne voyait pas ce qu’il pouvait faire d’autre pour la convaincre de retourner sous la tente.
   - Aide-moi, lui demanda la Norske dans un souffle.
   - Que je vous…?
   - Que tu m’aides, oui. Par la Malmort, Hevenon, je ne vais pas te mordre.
   Elle souleva un bras, et, avec réticence, le sorcier le passa autour de ses épaules et aida la Norske à se redresser. Syf grogna mais tint bon, portant une bonne partie de son poids sur le jeune homme, qui tituba sous la charge, mais parvint à rester debout. Il tressaillit et ses traits se tordirent de douleur, mais il ne laissa rien franchir ses lèvres. L’érudite ne le remarqua pas, haletante, concentrée pour endiguer la douleur. La blessure était peut-être plus grave qu’elle le pensait. Mais bon sang, elle n’avait pas le temps d’attendre de se rétablir !
   Le puissant remugle qui accompagnait Ferval agressa ses narines, mais elle commençait à s’y habituer. Il lui semblait également reconnaître quelques effluves, mais elle aurait été bien incapable de les identifier. Elle crut sentir sous la peau nue de son bras, crocheté autour des épaules du frêle sorcier, quelque chose d’humide suintant de la chemise du jeune homme, mais jugea que c’était probablement sa sueur.
   - Allons-y, intima-t-elle en faisant un pas en avant.
   Sa force suffit à propulser Ferval, qui manqua de s’étaler de tout son long.
   - Faites attention, pesta-t-il après avoir poussé un juron. Si vous vous effondrez sur moi, je ne suis pas certain de pouvoir vous dégager.
   Un rire léger secoua Syf lorsqu’elle s’imagina le sorcier maigrelet mourant d’étouffement sous sa grande carcasse inconsciente.
   - Sans aucun doute, confirma-t-elle avec un sourire.
   Elle passa son bras libre dans son dos et attrapa le poignet du sorcier, le forçant à l’agripper par l’autre côté, juste sous les côtes.
   - Qu’est-ce que vous faites ? demanda Ferval d’une voix tendue.
   - Je t’aide, rétorqua Syf. Tiens-moi là, ça nous aidera à garder l’équilibre.
   La Norske sentit la prise du sorcier s’affermir timidement, puis il sembla se raidir lorsqu’il se rendit compte que seule une mince couche de gaze séparait sa paume de la peau autrement nue de Syf.
   - Qu’est-ce qui t’arrive, Hevenon ? le taquina-t-elle gentiment en se mettant en mouvement. On dirait que tu n’as jamais eu une femme dans tes bras de toute ta vie.
   - C’est que… bafouilla Ferval d’une voix blanche. C’est-à-dire que… enfin je veux dire…
   - Te fatigue pas, je te faisais marcher.
   Il faisait trop noir pour qu’elle puisse le voir, mais elle pouvait presque l’entendre rougir. Elle réprima un sourire et se concentra sur ses pas, essayant de trouver un bon rythme et un bon équilibre qui ne lui arrachait pas un élancement douloureux et qui ne risquait pas de faire tomber le frêle sorcier à chaque pas.
   Ils progressèrent ainsi en silence pendant quelques minutes, crochetés l’un à l’autre, offrant sans doute une vision des plus comiques, la géante supportée par le petit maigrelet. Ferval était sensiblement mal à l’aise et tendu, mais Syf se fichait de ses états d’âme. Elle restait concentrée, désireuse de ne pas attirer l’attention. Pour ce qu’elle en savait, Lansvald avait peut-être posté des sentinelles, guettant sa réapparition. Il pouvait y avoir un assassin derrière chaque toile de tente.
   Leur route croisa un arbre solitaire, autour duquel le campement s’était étendu. Ses branches craquaient sous le poids d’une silhouette pendue, se balançant doucement dans la brise nocturne. Ils s’arrêtèrent un instant pour le contempler.
   - C’est…
   - Slate, oui, acquiesça la Norske.
   Malgré l’obscurité, il n’était pas possible de ne pas reconnaître la profonde capuche.
   - C’est dommage, commenta-t-elle d’une voix détachée. C’était un bon élément. Mais j’imagine que tout homme a son prix.
   - Vous n’êtes pas… en colère ? demanda Ferval alors qu’ils reprenaient leur route.
   - Non. Pourquoi le serais-je ?
   - L’homme a tout de même essayé de vous tuer.
   - Oui, il l’a fait. Mais quand l’épée s’abat, qui blâmes-tu ? La lame ou le bras qui la manie ?
   Ferval médita sa réponse pendant quelques secondes.
   - Je ne comprends pas.
   - Slate était un tueur à gage, Hevenon. Un des meilleurs, si la moitié des histoires qui courent sur lui sont vraies. Il n’avait aucun intérêt à m’attaquer sans une bonne raison. Quelqu’un l’a payé pour ça. Ce n’était pas personnel. Si nos rôles avaient été inversés, je n’aurais pas hésité non plus.
   - Je vois, souffla Hevenon en frissonnant.
   Syf fronça les sourcils et l’observa un moment. Puis elle soupira.
   - Crache le morceau. Qu’est-ce qui ne va pas ?
   - Je ne sais pas, répondit le sorcier après y avoir réfléchi un instant. On a failli vous tuer, et c’est comme si cela ne vous faisait rien. Comme si c’était… normal.
   - Ho, crois-moi, cela me fait quelque chose. Mais lorsqu’on atteint mon âge, dans un métier comme le nôtre, on ne peut pas se laisser gouverner par nos émotions. Pour survivre, il faut savoir faire la part des choses. Tu ne peux pas en vouloir à un homme qui a accepté un peu d’or en échange de ta peau. Après tout, ne faisons-nous pas exactement la même chose ? Le ressentiment mène à l’amertume, et l’amertume finit toujours par briser les hommes.
   - Donc vous allez juste… prétendre que rien ne s’est passé ?
   Un sourire tordit les lèvres de Syf.
   - Non. Comme je disais, c’est simplement que tu ne blâmes pas la lame mais le bras qui la manie. Slate était une lame. Et je sais qui la maniait.
   - Vraiment ? s’exclama Ferval.
   - Oui. Slate l’a dit avant de me suriner. Il devait être certain de son coup.
   - Et vous allez le tuer ? Je veux dire, le bras qui maniait la lame.
   - Bien sûr. S’il a frappé une fois, rien ne l’empêche de recommencer. Et je ne souhaite pas mourir de sitôt. Mais chaque chose en son temps, Hevenon.
   La Norske leur imposa une halte.
   - Qu’y a-t-il ? s’enquit le sorcier, soucieux. Quelque chose ne va pas ?
   - J’ai besoin que tu ailles voir si la voie est libre, expliqua Syf. Je ne souhaite pas être vue, pas encore. Assure-toi que le périmètre autour de ma tente, ou ce qu’il en reste, soit dégagé.
   Ferval se libéra de sa prise avec des gestes lents, et la Norske posa un genou à terre, pour se ménager.
   - Va. Je t’attends ici.
   Le sorcier hocha la tête et s’éloigna rapidement en direction des tentes des Maraudeurs, reconnaissables à l’étendard qui flottait non loin. Syf attendit avec anxiété le retour de Ferval, inquiète que quelqu’un la découvre. Mais son compagnon reparut vite.
   - La voix est libre, chuchota-t-il.
   - Bien. Aide-moi à me relever.
   Ils reprirent leur lente progression, jusqu’à arriver devant la toile effondrée qui était jadis sa tente. Placide, son cheval de bât était toujours là, dormant paisiblement. Syf se fit la réflexion que le foutu animal pourrait traverser un satané champ de bataille sans broncher une seule fois. Elle se libéra de Ferval et claudiqua jusqu’aux fontes, d’où elle tira une chemise propre qu’elle enfila rapidement. Elle farfouilla ensuite dans ses sacoches et ses bourses, jusqu’à extirper un petit champignon pâle à tête ronde, qu’elle fourra dans sa bouche et commença à mâcher. Le suc libéré par la chair du champignon avait un goût abominable, mais Syf y était bien trop habituée pour encore s’en soucier.
   - Qu’est-ce que c’est ? s’enquit Ferval.
   - Un Bolet des Roys, expliqua la Norske, la bouche pleine. Un analgésique puissant, si tu arrives à survivre au goût.
   Elle avala bruyamment, puis cracha par terre. Elle patienta quelques instants, attendant que le champignon fasse effet. Bientôt elle sentit une douce chaleur se répandre dans son dos et son flanc. Elle essaya quelques pas prudents. Si la douleur était toujours là, elle était bien plus supportable. Cela devrait suffire, pour ce qu’elle avait en tête.
   - Tu sais, Hevenon, je pourrais t’apprendre, si tu le souhaites, fit-elle en observant le sorcier qui scrutait ses fontes avec curiosité.
   - Quoi donc ?
   - L’art de soigner. Les plantes, les drogues, les gestes. Si la suture que tu m’as faite en est une preuve, je pense que tu as un don naturel.
   - Vraiment ? s’étonna le sorcier.
   - Oui.
   Syf hocha la tête et lui décocha un sourire, avant de tendre la main.
   - Alors, qu’en dis-tu ? Notre unité aura toujours besoin de soigneurs, et je ne serai pas toujours là.
   Ferval considéra sa main tendue quelques instants, visiblement incertain. La Norske pouvait presque voir le conflit interne qui se déroulait en lui.
   - Je ne sais pas si c’est une bonne idée… répondit-il d’une petite voix.
   - Très bien. N’en parlons plus.
   Sans s’émouvoir, Syf se retourna, comme si l’affaire était déjà close, et s’accroupit pour soulever la toile de tente.
   - Attendez ! la rappela Ferval. Je… C’est d’accord. Apprenez-moi, s’il vous plaît.
   La Norske se tourna vers lui et hocha la tête en souriant. Ils échangèrent une poignée de main, et le sorcier grimaça sous la force de la poigne de sa supérieure. Syf était satisfaite. S’il y avait bien une chose qu’elle appréciait, c’était enseigner. De plus, le sorcier lui cachait des choses, et elle espérait bien que leurs leçons lui permettraient de percer ses secrets à jour.
   - Parfait, acquiesça-t-elle. Maintenant aide-moi à virer cette toile de là.
   A deux, et en essayant de faire le moins de bruit possible, ils repoussèrent la toile, révélant les possessions de Syf qui gisaient en-dessous. La Norske farfouilla dans ses pièces d’armure éparpillées, jusqu’à trouver ses canons d’avant-bras, qu’elle enfila.
   - Tu sais Hevenon, on peut peut-être passer un marché, toi et moi.
   - Quel genre de marché ? s’interrogea le sorcier en fronçant les sourcils.
   - Du genre, veille sur moi, et je veillerai sur toi.
   - Qu’est-ce que vous voulez dire ? Vous ne m’avez pas l’air du genre de femme à avoir besoin d’un garde du corps, si tant est que je puisse jamais être qualifié de tel, ajouta le sorcier, pince-sans-rire.
   - Non en effet, mais ce n’est pas exactement ce que j’avais en tête.
   - Soyez plus claire alors, rétorqua Ferval.
   Le sorcier semblait avoir pris de l’assurance au cours de leur conversation, remarqua Syf. Elle n’était pas certaine que la veille encore il aurait osé lui parler comme ça. Mais elle s’en fichait : avec ce qu’elle avait en tête, s’il commençait à s’endurcir un peu, c’était pour le mieux.
   - Très bien. Alors voilà, je t’ai déjà sauvé les miches une fois, lorsque je t’ai arraché aux griffes de Wintrop et ses sbires. Clairement, tu n’es pas taillé pour la guerre ou pour manier une épée. Je ne te donne pas plus de quelques secondes avant de te faire tailler en pièce si tu tombes contre un fantassin avec un peu d’expérience.
   Ferval déglutit, mais n’objecta pas.
   - Alors que moi… Disons que je me débrouille. Il arrivera forcément un temps où l’unité se retrouva dans une véritable bataille, et je ne parle pas du massacre d’hier, qui n’était rien d’autre qu’une boucherie. Non, je te parle d’une vraie escarmouche, avec des guerriers de part et d’autre, avec du bon équipement et sachant le manier. Quand cela arrivera, je garderai un œil sur toi, et tu pourras te cacher derrière mon gros bouclier, fit Syf avec un clin d’œil entendu. En échange, tu feras la même chose pour moi.
   - Je ne vois pas vraiment ce que je peux vous apporter dans une bataille, répondit Ferval. Comme vous l’avez dit, je ne sais même pas manier une épée.
   - Sur ce point nous sommes d’accord, et ce n’est pas ce qui m’importe. Tu as d’autres talents. Je vais être franche avec toi, Hevenon. Avant que Slate me surine, ce matin, j’ai rendu une visite à Telly, sur ordre du sergent. J’ai fait… poliment comprendre à Martell certaines choses. Mais c’est un satané mage, et ces gens-là ont tendance à prendre les choses trop à cœur. Il va vouloir me faire la peau à la première occasion, je te le garantis. Je l’ai vu dans ses yeux.
   La Norske jeta un coup d’œil rapide derrière elle, croyant avoir entendu quelque chose. Mais il n’y avait rien.
   - Alors voilà l’histoire, s’il tente quelque chose, je veux que tu le neutralises. Veille sur moi et je veillerai sur toi.
   - Quand vous dites neutraliser, vous voulez dire tuer, pas vrai ?
   - Tue-le, mutile-le, brûle-le, je m’en fous. Les lames et les coups, je peux gérer. La magie (Syf cracha sur le côté)… c’est ton domaine. Qu’est-ce que tu en dis ?
   - Je ne sais pas, répondit franchement le sorcier. Je ne suis pas… je ne suis pas sûr de pouvoir vaincre Telly, si les choses devaient en arriver là. Il a étudié au Conclave, sa maîtrise est bien supérieure à la mienne. Et de toute manière, vous avez été très claire la dernière fois. Je ne dois pas utiliser mes pouvoirs sans votre ordre exprès, à vous ou au sergent.
   - Oublie ça, rétorqua Syf d’un geste de la main. Veille sur moi et je veillerai sur toi. C’est le principe, Hevenon. Si les choses devaient en arriver là, tu auras ma protection. Laroche m’écoutera certainement, et ce n’est pas n’importe quel bougre qui osera s’en prendre à toi, s’il doit d’abord me passer sur le corps. Et ma protection s’étend au-delà des menaces inhérentes au métier, ajouta-t-elle.
   - Comment cela ?
   - Si j’ai bien compris, expliqua la Norske en se redressant tout en passant sa ceinture autour de la taille, les chasseurs de sorcier ont cette capacité à inhiber vos pouvoirs, à vous autres les lanceurs de sort. J’ai entendu que ça faisait plus mal que mourir de la gangrène. Mais moi, ils ne peuvent rien me faire, pas vrai ?
   Comme pour appuyer son propos, elle passa son épée courte au côté et sa masse d’arme de l’autre.


Ferval


   La roue était-elle en train de tourner ? C’est ce à quoi Ferval n’osait encore croire. Lui qui se pensait aux abois, acculé dans la maladie, la douleur et les cachotteries, voilà qu’une porte de sortie pour le moins inattendue se présentait à lui. En une journée, il était passé du statut de sorcier douteux à celui de guérisseur improvisé, pour finir en tant que disciple et protégé du second de la formation. Vraiment, il y avait de quoi être surpris. D’abord réticent à dévoiler ses connaissances en termes de simples et de premiers soins, craintif à l’idée de devoir côtoyer la Norske de trop près, puis happé par le souvenir de son premier mentor et de ce qui en avait découlé, il avait finalement cédé. Pour le meilleur ou pour le pire, seul l’avenir le lui dirait. Cependant, de cette proposition avait surgeonné l’espoir que, peut-être, ces leçons lui permettraient enfin de le délivrer de toutes les séquelles de la fièvre.
   Désormais, la question dans la balance était d’autant plus délicate qu’elle engagerait à coup sûr son devenir au sein des Maraudeurs. S’il acceptait, il lierait immanquablement son destin à celui de Syf. Sa position était-elle si solide ? Après cette tentative d’assassinat, n’était-elle pas sur le déclin, et ne risquait-il pas de chuter avec elle ? Grâce à son appui, il augmenterait considérablement ses chances de survie sur le champ de bataille, il en avait bien conscience malgré son inexpérience totale en la matière. Il ne se ferait plus non plus rosser, et le dernier argument avancé par la géante pesait de tout son poids. Mais, d’un autre côté, cela lui ferait également gagner un ennemi déclaré en la personne de Telly, qui n’avait rien d’inoffensif. Même au meilleur de sa forme, il n’était pas certain de pouvoir tenir tête à un mage formé au Conclave. C’était même hautement improbable. Ses racines et ses insectes auraient tôt fait de finir carbonisés, et lui avec. Sa seule chance se résumait à profiter de l’environnement et à faire ployer son esprit, à pétrir cette matière abstraite et complexe que formaient les peurs et les émotions, si tant est qu’il n’avait pas reçu une formation pour s’en prémunir, mais les chances étaient si minces que…
   Ferval ferma les yeux et coupa court à ses réflexions. Son appréhension le détournait du chemin de la raison, comme cela s’était si souvent produit. Pour son propre bien, il n’y avait qu’une réponse possible depuis le début :
   - Vous m’avez convaincu. J’accepte.


Syf


   - Parfait, dans ce cas, sourit Syf en lui posant une main sur l’épaule.
   Ferval tressaillit sous ce contact, mais la Norske passa outre, s’imaginant qu’il ne devait vraiment pas avoir l’habitude d’être touché.
   - Maintenant il ne reste plus qu’une chose à faire, et nous pourrons mettre cette journée derrière nous.
   - Qu’est-ce que vous avez en tête ?
   - Je vais tuer le bras, Hevenon.

***

   - Je ne suis vraiment pas sûr que ce soit une bonne idée, surtout dans votre état, souffla Ferval.
   - Ne t’en fais pas, répondit Syf, d’une voix plus tendue qu’elle l’aurait souhaité. Même avec un bras et une jambe en moins je pourrais battre Wintrop n’importe quel jour. Fais comme je t’ai dit, et tout ira bien.
   - Et s’il me reconnaît ? s’interrogea le sorcier, de la peur dans la voix.
   Syf y avait songé, mais elle estimait que c’était un risque à prendre.
   - Il ne sait pas reconnaître sa queue de son cul même lorsqu’il est sobre, mentit-elle pour le rassurer. Crois-moi, il t’a déjà oublié.
   Ferval déglutit et hocha la tête. Il tremblait un peu.
   - Allez, vas-y.
   Après avoir pris une grande inspiration, le sorcier se redressa, quittant le couvert de la poche d’ombre dans laquelle ils s’étaient accroupis pour guetter l’emplacement de Lansvald Wintrop et ses hommes. Mais avant que Ferval ait pu se redresser complètement, Syf l’attrapa par le dos de sa tunique et le tira en arrière.
   - Attends.
   - Qu’est-ce que…
   - Shhh. Regarde.
   Syf indiqua du menton une tente devant eux, de laquelle Wintrop émergeait à pas lents. Il s’étira paresseusement, visiblement sortant tout juste du sommeil, et fit mine de s’éloigner du campement, probablement pour se soulager.
   - La chance nous sourit, Hevenon, lâcha Syf sans parvenir à réprimer un sourire. Viens.
   - Je devrais probablement vous attendre ici, essaya le sorcier.
   - Non, j’ai besoin que tu couvres mes arrières, si les choses tournent mal.

   
***

   Lansvald Wintrop s’était arrêté dans une petite clairière, située dans un sous-bois non loin du campement. Il sifflotait gaiement en urinant contre un tronc d’arbre. Syf regarda autour d’elle, mais elle ne vit rien. L’occasion était parfaite. Ferval gardait un œil sous le couvert des arbres, pour prévenir l'arrivée inopinée d’une sentinelle.
   La Norske dégaina bruyamment son épée et saisit sa masse d’arme de l’autre main.
   - Il est l’heure de mourir, Wintrop, fit-elle d’une voix calme.
   L’homme jeta un coup d’œil derrière son épaule, et un sourire fleurit sur son visage. Il se secoua rapidement et relaça ses chausses.
   - Je n’aurais pas mieux dit moi-même, Valgardson.
   Syf fronça les sourcils. Lansvald paraissait bien trop calme, compte tenu de la situation.
   - Payer Slate était une bonne idée, concéda-t-elle en faisant un pas dans sa direction. Je ne me serais jamais méfiée de lui.
   - De l’argent bien dépensé, acquiesça Wintrop en s’adossant nonchalamment contre un tronc. Mais pour être honnête, ajouta-t-il en haussant les épaules, j’avais peu d’espoir qu’il te tue, chienne. Non, t’affaiblir était plus que suffisant.
   Quelque chose siffla derrière Syf, et elle ne dut sa survie qu’à ses réflexes, lorsqu’elle fit subitement volte-face en levant son glaive. Sa lame rencontra celle d’un deuxième homme et repoussa l’assaut. Un fulgurant éclair de douleur irradia de sa blessure, lui arrachant un cri. Elle tenta de frapper avec sa masse mais, affaiblie, son coup était trop lent, et son agresseur sauta lestement en arrière. Syf tituba quelques pas en arrière, essayant de mettre de la distance entre elle et son adversaire. Mais déjà un troisième homme s’était faufilé sur son autre flanc, et une lumière rouge flasha devant ses yeux lorsqu’elle sentit un gourdin la cueillir juste sur ses plaies.
   Elle s’effondra à genoux en grognant, haletant, la peau emperlée de sueur. Son flanc n’était qu’un amas d’agonie, malgré les effets du Bolet. Elle tenta vaguement de lever son épée mais elle lui fut arrachée des mains par un coup de pied. Une poigne ferme la saisit par les cheveux et lui tira la tête en arrière, permettant à un crochet du droit de la percuter en plein visage, l’envoyant au sol du sang dans la bouche. Elle hoqueta et essaya de ramper, en proie à une panique soudaine, mais l’un des sbires de Wintrop piétina cruellement sa blessure, la crucifiant sur place.
   Elle cessa de bouger, à peine consciente. Des mains la saisirent et la remirent sur les genoux. A travers la brume rouge de la douleur, elle aperçut Lansvald qui s’approchait nonchalamment, un sourire triomphant sur le visage.
   - Tu ne peux pas savoir la joie que ta mort va me procurer, Valgardson, fit-il d’une voix doucereuse. Je vais m’appliquer, afin que ton supplice soit long et le plus douloureux possible.
   Il s’accroupit devant elle et lui saisit le menton, tournant son visage vers lui afin que leur regard se croisassent.
   - Et n’espère pas que la cavalerie arrive.
   Il indiqua un point sur leur gauche, et Syf, à moitié sonnée, aperçut un quatrième homme sortant du couvert des arbres. Il tenait Ferval, la lame d’un couteau plaquée sur sa gorge.
   - Comme tu l’as dit : « Il est l’heure de mourir, Valgardson. »
   Lansvald se releva et fit un petit signe de tête à l’attention de ses deux hommes de main. Ils la laissèrent s’effondrer dans l’herbe et commencèrent à la tabasser à coups de pied, méthodiquement.


Ferval


   Son coeur battait à tout rompre. Un homme l’avait à moitié assommé avant de le pousser vers la clairière et de lui tordre le bras dans le dos. La lame froide menaçait sa jugulaire et semblait sur le point de lui percer la peau du cou, tel un fruit mûr, à chacune de ses bruyantes respirations. Ferval haletait, terrorisé, pris par l’ultime vertige de la bête sachant sa dernière heure venue. De grosses gouttes de sueur dévalaient son front tandis que ses plaies paraissaient s’aviver une à une. Les cris sourds de Syf, les notes de souffrance modulées par ses lèvres meurtries, la percussion mate des bottes venant frapper les côtes, suivaient cette même partition terrible et violente dont il connaissait chaque mesure, chaque cadence, chaque page, qui se rejouaient en échos sur ses blessures et son corps avec l’horrible précision de la boîte à musique.
   Le sol semblait se dérober sous ses pieds et ses genoux flageolants avec toute l’ironie dont seul le sort était capable. Voir sa fortune revirer si vite, à peine le pacte conclu, à peine de nouvelles perspectives ouvertes, le jetait au désespoir. Dans son affolement, avec ce spectacle sous les yeux, et la douleur en sus, l’esprit du sorcier commençait à s’envaser dans les eaux saumâtres du délire, faisant jaillir toutes les peurs des derniers mois comme d’un tonneau percé. Au rythme du passage à tabac, son agresseur devenait un Forestier venu le pourchasser et le livrer aux chasseurs de mage qui lynchaient Syf, elle qui avait osé côtoyer une engeance telle que lui. Malgré toutes ses ruses et sacrifices, malgré son engagement, ils l’avaient rattrapé. C’était fini. Ils le donneraient en pâture au Conclave, on le pendrait, le brûlerait, le désosserait. C’était fini. Ils étaient venus pour lui, pour le sorcier en fuite, pour le meurtrier. Ou alors…
Ils étaient venus pour le cristal !
Les yeux exorbités, les larmes transies par le vent nocturne, Ferval sentit soudain avec acuité le poids familier du cristal contre son torse. On voulait le lui arracher une nouvelle fois, mais il ne les laisserait pas faire. Cherchant frénétiquement un objet, un appui, un allié, n’importe quoi qui le tirerait de ce mauvais pas, il ne rencontra rien d’autre que la nuit et Syf à l’agonie. Les termes du contrat lui revinrent par bribes au milieu de pensées confuses, et il se mit à bafouiller des paroles inintelligibles pour son agresseur.
- C’est… ton rôle… les chasseurs…
Malgré tout, Syf était son seul espoir. Il fallait qu’elle le sorte de là, elle avait promis. Elle le devait. Alors, les lèvres tremblantes, le souffle saccadé, Ferval concentra toute son attention sur elle et tâtonna fébrilement en quête de son activité psychique. Il glissa sur le visage de la Norske, pâle et grimaçant, rampa sur son front sale et sanglant, et se vissa à l’intérieur de son esprit. La souffrance et les coups le firent fléchir, mais sa panique et son désespoir étaient tels qu’il parvint à s’y accrocher tant bien que mal. Il se fixa à lui, rassembla tout ce qu’il lui restait d’énergie et projeta toutes ses forces dans le cerveau étranger, avant de s’affaisser à moitié, exsangue.


Syf


   Syf sentit soudain une douce chaleur se répandre en elle, perdue quelque part dans les brumes rouges de l’agonie. Son corps n’était plus qu’un immense hématome, du moins était-ce l’impression qu’elle avait. Elle était à peine consciente, et pourtant elle ressentait cette chaleur qui grandissait, l’embrasant de l’intérieur. Comme dans un rêve, elle sentit la douleur refluer, laissant la place à quelque chose de plus sombre, de plus primal. Une rage sourde s’empara d’elle, tandis qu’elle sentait une force nouvelle, une force sauvage qui se propageait dans ses muscles.
   Elle laissa échapper un grondement de bête.
   - T’as entendu ça ? demanda l’un des sbires en s’arrêtant quelques instants. On aurait dit… comme une bête, ou…
   Sa phrase mourut dans le hurlement qu’il poussa lorsque Syf lui agrippa soudainement la cheville et serra son poing si fort que l’os se brisa. L’homme chut au sol, se tordant de douleur.
   - Qu’est-ce que…
   L’autre homme recula précipitamment, son gourdin à la main, tandis que la Norske se redressait lentement. Elle se sentait… différente. L’odeur du sang lui emplit le nez, puissante, appétissante. Elle entendait les bruits qu’émettaient les petits animaux, cachés dans les fourrés. L’un d’eux, proche, détala subitement, comme ayant ressenti la présence d’un prédateur. Syf leva les mains devant ses yeux. Ses ongles semblaient anormalement longs et aiguisés comme des griffes. Elle sentit dans sa bouche ses dents qui s’allongeaient, comme des crocs. Sa vision changea, les couleurs et l’obscurité s’estompant pour des nuances de gris qui lui permettaient de voir comme en plein jour.
   Mais le plus impressionnant était la force.
   Elle se sentait si forte. Ses muscles puissants vibraient d’énergie. Une énergie infusée d’une rage primaire, animale, qui fulgurait en elle comme des éclairs. C’était à peine si elle sentait encore la douleur, simple sensation diffuse dans un coin de son esprit. Elle ne savait plus trop ce qu’elle faisait dans cette clairière. Tout ce qu’elle savait était qu’elle était attaquée. Et qu’elle devait riposter.
   Son instinct la fit se tourner vers la proie la plus faible. Comme une bête, elle se jeta sur l’homme au sol en poussant un feulement sourd. Elle n’avait pas d’armes, mais elle s’en fichait. Elle se jeta sur lui et lui lacéra le visage avec ses ongles, éclaboussant ses mains de sang frais, insensible à ses hurlements d’agonie. Il essayait de la frapper, mais c’était à peine si elle sentait ses coups. Avant qu’elle ait pu donner le coup de grâce, le deuxième homme la frappa par derrière avec son gourdin, juste sur le haut du crâne. Elle se pencha en avant sous l’impact, mais le seul effet que cela eut fut d’alimenter sa rage.
   Elle se tourna vers son agresseur, de la bave et du sang coulant de ses lèvres retroussées sur une grimace animale, dévoilant ses crocs.
   - Par les Dieux ! s’exclama le mercenaire en reculant précipitamment, son visage se décomposant.
   D’un bond puissant, Syf fut sur lui. Elle planta ses doigts dans sa chair, assurant une prise solide tandis que sa mâchoire se refermait sur le cou du malheureux. D’une torsion puissante du cou, elle lui arracha la jugulaire. Le goût du sang, métallique, lui emplit la bouche et elle exulta. Elle lâcha sa victime, morte avant d’avoir touché le sol, et poussa un puissant hurlement de victoire.
   - Sorcellerie ! aboya quelqu’un derrière elle.
   Elle fit promptement volte-face, courbée en avant, prête à agir. Un petit homme agitait une épée devant elle, lui hurlant des choses. Elle ne le reconnut pas, mais la vue de son visage accentua sa colère, et elle poussa un profond grondement d’avertissement. Incertain, l’homme s’arrêta. Alors Syf la sentit. Sa peur. Triomphante, elle se jeta en avant, vers sa proie. L’homme glapit et lâcha son arme, avant de tourner les talons et de courir vers les arbres. Il n’avait pas fait quatre pas que Syf lui bondissait sur le dos, le faisant choir au sol et le clouant sur place par la seule force de son poids.
   - Valgardson, attends, pleura sa proie. Pitié, ne me tue pas. Je peux pay…
   Poussant un grondement, Syf lui fracassa le visage contre le sol. Puis une deuxième fois, puis une autre encore. Elle continua jusqu’à ce que le crâne de sa victime ne soit plus que de la pulpe non identifiable. Alors elle s’arrêta et releva la tête, humant l’air. Elle sentait une quatrième proie, non loin. Ses yeux se posèrent sur le dernier mercenaire. Il tenait toujours Ferval et lorsque Syf fit mine de s’approcher, il recula.
   - N’approche pas, démon ! cria-t-il. N’approche pas ou je le tue ! Je le jure, je le tue !
   Comme pour démontrer son propos, il fit couler un peu du sang du sorcier, qui tressaillit. Syf découvrit les dents et gronda de colère. Elle reconnaissait la puanteur du maigrelet. Il faisait partie de la meute. Et Syf devait protéger sa meute. Elle hurla, un hurlement bestial, primal, puis tomba à quatre pattes et se mit alors à courir, comme une bête. Face à cette vision, l’homme paniqua et jeta Ferval en avant pour tenter de la ralentir, et se détourna pour fuir. Syf sauta souplement au-dessus de la forme du sorcier couchée dans l’herbe, qui lui cria quelque chose qu’elle ne comprit pas.
   Toute son attention était focalisée sur sa proie qui courait, devant elle. Il essayait de zigzaguer entre les troncs, mais il n’avait ni la force, ni la vitesse, ni l’endurance de Syf. Syf était la prédatrice. Alors qu’elle gagnait du terrain, elle goûta à l’exaltation que lui apportait la chasse. Elle se sentait si vivante, si puissante. Rien ne pouvait l’arrêter.
   D’un bond puissant, elle percuta sa proie. L’homme roula au sol, poussant un glapissement sourd. Syf ne lui laissa pas le temps de comprendre ce qu’il lui arrivait. En une foulée elle était sur lui. Elle saisit sa tête à deux mains et effectua un mouvement de rotation rapide et brutal qui lui brisa la nuque. Syf resta un instant plantée là, pantelante, extatique, goûtant le sang sur ses lèvres.
   Puis soudain un vertige la saisit et elle chancela. Le monde tangua autour d’elle tandis que sa conscience humaine reprenait le dessus, la laissant tremblante et épuisée. Encore forte d’une vigueur surnaturelle, malgré tout, elle retourna à la clairière en petites foulées. Elle aperçut Ferval qui se relevait péniblement, et voir le sorcier raviva une flamme de colère, une colère instinctive et confuse. Lorsqu’il rencontra son regard, il pâlit de peur.
   - Syf, attendez ! Ce n’est pas ce que vous…
   Elle ne le laissa pas finir. En poussant un grondement elle le saisit par le devant de sa tunique et le souleva du sol. Elle le plaqua durement contre un tronc d’arbre, ses pieds à plusieurs centimètres au-dessus de l’herbe.
   - Syf, pitié, haleta-t-il en essayant de se défaire de la poigne de fer de la Norske. Ne me tuez pas, je vous en supplie !
   - Qu’est-ce que tu m’as fait ? souffla-t-elle, hébétée, alors que des images choquantes lui revenaient en mémoire, et que sa vision s’obscurcissait, retrouvant ses couleurs.
   - Je nous ai… sauvés, je crois, répondit timidement Ferval. Je vous en prie, ne me tuez pas…
   - Te tuer ? demanda Syf, comme si l’idée lui paraissait tout à fait choquante.
   Elle prit alors conscience de la situation et cligna des yeux. Elle avait le sentiment étrange de ne plus avoir été tout à fait elle-même, pendant quelques instants. Cependant, elle ressentait encore des sensations formidables. Le souvenir de cette force colossale qui avait été la sienne, l’exultation de la chasse, de la mise à mort.
   Elle frissonna.
   Ferval lui avait fait quelque chose, elle en était certaine. Alors que cette idée lui traversait l’esprit, elle sentit son étrange puanteur. Une partie de son esprit, toujours soumise à l’animal, l’associa à l’odeur de sa meute. Elle cligna plusieurs fois des yeux, ne pouvant détacher son regard du sorcier. Sa raison humaine et son instinctivité animale se déchirèrent en silence pendant quelques secondes. Ses bras tremblaient sous le poids de Ferval alors que ses forces l’abandonnaient.
   Elle finit par le lâcher, et le sorcier glissa le long du tronc jusqu’à s’asseoir au sol, tremblant.
   - Je suis désolé, gémit-il.
   Sa voix pathétique déclencha quelque chose chez Syf, qui ressentit le besoin de le protéger, de le rassurer. Elle ferma les yeux et exhala lentement. Le nuage de confusion qui embrouillait son esprit se dissipait petit à petit, et elle retrouvait la raison. Bon sang. Elle n’avait jamais rien vécu d’aussi… intense.
   - Ça… Ça ira, je crois, souffla-t-elle doucement en s’asseyant dans l’herbe.
   Elle frotta ses mains contre le sol, essayant d’en enlever le sang qui les imbibait. Elle cracha plusieurs fois pour évacuer celui qui infestait sa bouche et se torcha les lèvres du dos de la main.
   - Tu es blessé ? demanda-t-elle sans le regarder après une longue minute de silence prostré.
   - Non. Je ne crois pas. Et vous ?
   Syf était épuisée. Elle avait l’impression d’être passée sous une meule, chaque fibre musculaire de son corps souffrant à chaque mouvement. Mais en dehors de ça, elle se sentait… bien. Elle glissa une main sous sa chemise et palpa sa blessure. D’une façon ou d’une autre, elle avait déjà cicatrisé.
   - Non, répondit-elle, incrédule. Je crois que… Je crois que ce que tu m’as… fait, m’a aussi guérie, d’une certaine façon.
   Le sorcier eut l’air de vouloir dire quelque chose, mais il se ravisa. Syf le regarda un long moment, en proie à une foule d’émotions contradictoires. L’intensité de son regard força Ferval à détourner les yeux.
   - Hevenon, finit-elle par dire. Il ne s’est rien passé ce soir, tu comprends ?
   - Oui. Oui, bien sûr, ne vous inquiétez pas…
   - J’ai besoin que tu fasses une dernière chose pour moi.
   Le sorcier déglutit, mais hocha la tête.
   - Va me chercher une pelle.
   Lorsqu’elle fut seule, Syf leva les yeux vers les étoiles. Elle ne savait pas trop quoi penser de ce qui venait de se produire. Mais elle était certaine d’une chose.
   Par la Malmort, elle avait aimé ça.
   

Laroche


   L’aube dardait à peine ses premiers rayons lorsque Marc Laroche s’approcha de la tente où reposait Syf. C’était la mort dans l’âme qu’il s’y rendait, car il ne pouvait se permettre d’attendre une journée de plus, s’il désirait accomplir la mission que lui avait confié Lackay dans de bonnes conditions. En conséquence, il devrait laisser la Norske derrière, jusqu’à leur retour. Le sergent redoutait cette idée car il avait la sensation que sans la présence tranquillisante de la géante, sa maîtrise de son unité serait des plus fragiles, au mieux. Bon sang, il n’était qu’un soldat! Il n’avait pas reçu d’instruction pour gérer des singes verts géants de combat, des foutus mages ou des salauds de basanés sournois comme Alske (ou bien était-ce Ulske? Qu’importait.). Et il ne préférait même pas songer à Adwybeth et ses caprices. Par Merlinus, il n’était pas certain de pouvoir la supporter encore longtemps. Il n’avait absolument aucune idée de ce qui avait pu traverser l’esprit d’Arushi lorsqu’il l’avait intégrée aux rangs, mais Marc doutait qu’il puisse résister bien longtemps avant de lui passer son épée en travers du corps, surtout s’il devait la côtoyer aussi souvent que durant une mission comme celle qui s’annonçait.
   Peut-être que Nub, ou Neb il ne savait plus trop, le gros, pourrait être la solution. Il avait après tout affirmé avoir été formé au commandement, et même avoir été sergent, autrefois. Même si, Laroche devait le reconnaître, il ne savait pas trop comment un gros lard mou comme Nab pourrait discipliner une telle bande de gibiers de potence. Il poussa un soupir, probablement son trentième depuis qu’il s’était levé, une heure plus tôt.
   En arrivant à destination, il fronça les sourcils en s’apercevant que personne ne montait la garde devant la tente. Il n’avait pas organisé de tours formels, mais il avait expressément demandé à ce qu’un Maraudeur soit posté-là à tout moment. Quelqu’un allait devoir en répondre. De mauvaise humeur, il pénétra sous l’habitacle de toile et se figea en plein mouvement dès qu’il remarqua que la tente était vide. Il ne restait que la maigre paillasse sur laquelle la Norske avait été allongée, ainsi que les reste de sa chemise déchirée et souillée de sang sec.
   Un pressentiment affreux lui noua les entrailles, et il se hâta vers l’emplacement qu’occupaient les tentes des Maraudeurs, à quelques mètres de là. Sur son chemin, il entendit de faibles gémissements qui émanaient de plusieurs tentes de fantassins. L’un des soigneurs de la Compagnie lui avait indiqué, un peu plus tôt alors qu’il courrait d’un malade à un autre, qu’une subite épidémie de dysenterie s’était déclarée dans le campement. C’était également l’une des raisons qui dictaient à Laroche de ne pas retarder leur départ d’un jour de plus.
   Lorsqu’il pénétra dans le cercle de tentes des Maraudeurs, il se stoppa une fois de plus. Il dut cligner plusieurs fois des yeux pour s’assurer qu’il ne rêvait pas, car elle était là, déjà occupée à fourrer son improbable armure dans les fontes de son stupide cheval. Syf s’activait à gestes lents et sûrs, marqués par une routine familière. Elle portait déjà ses trois armes à la ceinture et avait démonté sa tente. L’étendard de l’unité, dont elle avait la charge en tant que porte-étendard, gisait au sol à côté de son imposant bouclier, enroulé et prêt au transport.
   Laroche n’était visiblement pas le seul à ne pas en croire ses yeux. Les autres membres de l’unité, occupés pour la plupart à prendre un léger déjeuner autours du feu, l’observaient avec diverses émotions. L’Ork semblait ravi tandis que Olske, Nub et la Kaharite affichaient une surprise sincère. Le mage, Tellu, pour sa part regardait la Norske avec des yeux emprunts d’une franche colère, et Laroche en déduisit qu’il n’avait probablement pas encore digéré la visite que lui avait rendue Syf la veille, sur son ordre. Le petit sorcier maigrelet quant à lui fixait le foyer des flammes en mâchonnant d’un air absent, la mine sombre. Adwybeth n’était pas visible, certainement trop occupée à se pomponner, si tant est qu’elle était déjà réveillée, ce dont Laroche doutait.
   A les voir tous comme cela réunis, il avait la sensation d’oublier quelqu’un, mais il ne sut pas dire qui.
   Il s’approcha de Syf, qui lui adressa un léger signe de tête quand elle l’aperçut.
   -Sergent, salua-t-elle lorsqu’il fut assez proche.
   -Valgardson. Je dois dire que je suis assez surpris. Je ne m’attendais pas à vous voir sur pieds de sitôt.
   -La blessure était moins grave qu’il n’y paraissait, expliqua-t-elle d’une voix tendue. Slate a raté son coup.
   Marc hocha la tête pensivement, la détaillant. Même si elle était debout, et ne semblait visiblement pas souffrir de ses plaies, le sergent remarqua qu’elle paraissait extrêmement fatiguée. Ses traits étaient plus creusés que d’habitude et des cernes inquiétantes maculaient le dessous de ses yeux, qui semblaient moins perçants qu’à l’accoutumée.
   -Je vois…
   -J’ai eu de la chance, ajouta Syf.
   Le sergent ne manqua pas le coup d’œil furtif qu’elle jeta au sorcier maigre mais ne réagit pas. Il était trop reconnaissant de sa bonne fortune pour la remettre en cause.
   -Quoi qu’il en soit, reprit la Norske en se détournant pour reprendre son ouvrage, parée au départ, monsieur. J’ai déjà briefé le reste de l’équipe.
   -Parfait, acquiesça Marc, pensif. Oui, parfait.
   Une heure plus tard, les Maraudeurs, au grand complet, laissaient derrière eux le campement de la Ière Compagnie de l’Epée et les ruines calcinées de LaChênaie. Après avoir coupé à travers champs pendant plusieurs dizaines de minutes, ils rejoignirent la route de terre qui prenait la direction du sud, vers leur destination, Château Lannoy, zigzaguant dans les grands paysages verdoyants de collines boisées du nord des Contrées de l‘Eté.
   

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« Réponse #99 le: jeudi 26 juin 2014, 17:58:07 »
Allez hop, une petite suite parfaitement inintéressante pour pas perdre le rythme.



Harg

   La situation s’était finalement arrangée, malgré la perte de l’ami Capuche. Au moins, la Grande Vieille était de nouveau en pleine forme et l’ordre avait été donné de partir quelque part pour faire quelque chose. Une petite balade champêtre, en somme, l’occasion de rejoindre des forêts et des grandes plaines bien plus agréables que le campement de la compagnie, où n’importe quelle bâtisse menaçait de s’écrouler au moindre faux pas.
   Naturellement, une balade n’avait pas que des avantages, cela voulait aussi dire des réserves beaucoup plus limitées de nourriture et de boisson. Mais Harg n’allait pas jeuner, ça il n’en était pas question, dusse-t-il chasser jour et nuit et traîner son propre poids en gibier lors du voyage. Par chance, leur itinéraire ne semblait jamais passer trop loin d’une forêt, source presque inépuisable de viande et de bois de cuisson, et c’est lors d’une pause qu’il décida de tenter sa chance, faute d’une activité plus intéressante. Il n’était pas fatigué de toute façon, et puis personne ne semblait fâché de le voir partir.
   Il était plus facile de chasser seul, puisque les animaux ont peur des autres choses vivantes. Moins il y de choses vivantes, plus les chances de réussites étaient grandes, à moins que ces choses ne soient du gibier. Il fallait ensuite trouver un endroit idéal, comme un ruisseau où les bêtes pouvaient venir s’abbreuver, puis attendre. Mais pas n’importe comment. Après tant d’année de vagabondage en solitaire, Harg avait aussi remarqué que les animaux n’avaient pas peur des arbres ou des pierres, ou encore des buissons, et cela ouvrait plusieurs possibilités. Monter dans un arbre pouvait être une bonne solution pour à la fois se cacher de la vue des proies, tout en les repérant plus facilement, et se cacher dans un buisson en était une autre, mais il fallait dans tous les cas masquer sa propre odeur, qui pouvait facilement trahir la position d’un chasseur en fonction du vent. Il suffisait pour ça de se frotter le corps avec les plantes les plus odorantes possibles.

   Le problème de l’odeur étant déjà réglé, l’Ork se mit en quête d’un cours d’eau et tomba assez rapidement sur un maigre ruisseau longé de rochers moussus, tout juste assez profond pour y plonger les pieds. La zone était une quasi-clairière, et ne présentait pas d’arbre assez solide pour soutenir sa carcasse, la technique du buisson était donc préférable. Il choisit alors le plus touffu parmi ceux qui se trouvaient à proximité, et tira très fort, jusqu’à le déraciner. Rester caché était une chose, mais encore fallait-il attraper la proie et pour ça, s’approcher un maximum de l’endroit où elle pourrait être.
   Suite à quelques ajustements, il parvint à camoufler la majeure partie de son corps en restant accroupi, sa couleur de peau naturelle aidant à le rendre moins visible dans cet amas de feuilles et de branches. Et il attendit. Pas trop longtemps, bien sûr, il ne fallait pas se retrouver abandonné par ses compagnons, mais l’attente était une composante essentielle de la chasse. Les arbres ou les buissons passaient leur existence entière à attendre, c’était d’ailleurs pour ça que les animaux n’en avaient pas peur puisqu’ils ne représentaient pas un danger. Le secret était donc d’imiter le plus strictement possible une plante, en ne bougeant pas un orteil, en respirant le moins d’air possible. Il fallait, momentanément, devenir une plante. Une plante avec des yeux, et un bon odorat.

   Une proie potentielle approcha. C’était une biche, ou une chevrette, ou peut-être un daim. Harg n’arrivait jamais à retenir la différence qui n’était franchement pas flagrante, et cela n’avait pas beaucoup d’importance. En tout cas, cette bête-là n’avait pas de bois. Comme prédi, elle était venue ici pour boire l’eau du ruisseau, une eau relativement claire comme on en trouve parfois en terrain mi-terreux mi-rocheux, et après quelques lampées, se tourna vers le buisson frauduleux. L’odeur lui plaisait-elle ? L’Ork aurait eu de la chance en choisissant les plantes odorantes. La proie s’approcha lentement, puis sembla hésiter et s’arrêta. Oh non, elle n’allait pas s’enfuir si près du but, c’était le moment d’agir, de ne plus être un simple buisson innocent, mais un prédateur plus vif et plus puissant que son futur repas.
   Harg bondit hors de sa cachette, effrayant la bête par la même occasion, et se jeta de tout son poids sur elle, la manqua de peu, mais parvint tout de même à saisir l’une de ses pattes dans son énorme poing. La suite était alors un jeu d’enfant, il suffisait de serrer fermement et tirer. L’Ork, d’un geste expérimenté, saisit la tête de l’animal qui se débattait d’une main, et mordit sa gorge le plus fort qu’il le pouvait avant de la déchirer. Une fois vidé de son sang, il était étrangement possible de garder le gibier plus longtemps sans tomber malade au moment de le manger, d’où l’intérêt de lui ouvrir la gorge, pour ensuite le transporter la tête en bas.
   Fier de lui, Harg retrouva rapidement ses compagnons en suivant la forte odeur du magicien nauséabond, des dizaines livres de viande sur l’épaule, laissant derrière lui une trainée de sang frais.

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« Réponse #100 le: jeudi 03 juillet 2014, 01:11:12 »
Bon, ça fait toujours pas avancer le scénario, mais ça fait une suite. Naze, mais une suite.



Sahira

Pour l'heure, leur mission avait des allures de promenade digestive. Ils n'avaient encore rencontré aucun pépin, et l'archère se pris à apprécier la douceur de l'air et les verts chatoyants qui l'environnaient. Ce n'était pas dans le Kahari que l'on pouvait se gorger la vue de telles couleurs, ni profiter d'un temps aussi clément. Là où les dunes brûlantes lui avaient fait vivre un enfer où s'étaient côtoyés, pour la torturer, la chaleur des jours et la froidure de la nuit, les tempêtes de sable suffocantes, la faune hostile, la fuite des autochtones aux mœurs peu appréciables et, surtout, la difficulté de se procurer de l'eau, des vivres et des soins, les terres boisées des Contrées de l’Été  offraient des températures douces, des parfums végétaux aussi nouveaux que délicats et une abondance de gibier, ruisseaux et plantes utiles. Les orages les plus rudes et les pluies les plus harassantes avait pour elle quelque chose d'enivrant, et elle avait des vêtements pour la protéger des coups bas de la météo.
Et puis, la kaharite était bien plus en sécurité auprès de la Compagnie que de son peuple. Quand bien même les mercenaires pouvaient être rudes et faire montre d'une audace souvent déplacées envers elle, il y en avait qu'elle avait appris à apprécier, et même certains auxquels elle avait accordé sa confiance... Elske, par exemple, lui en semblait digne. Quand aux autres... Sahira pouvait toujours les remettre à leur place, verbalement ou, quand les circonstances l'exigeaient, un peu plus physiquement. Elle n'avait pas complètement baissé sa garde, non, elle ne le pouvait toujours pas ; mais maintenant qu'elle pouvait rendre le coup, un poids énorme qu'elle avait longtemps porté sur ses épaules lui semblait maintenant envolé. La peur n'a plus le même poids, dès lors que l'on peut l'affronter. Oui, ça devait être ça. La peur qu'elle avait appris à porter.

Naëlle ne connaîtra jamais ça. Sentir son fardeau qui s'allège, pouvoir échapper à ses craintes autour d'un bon feu ou sous les rayons dorés du soleil. Oublier le malheur en mordant dans un cuissot sanguinolent de viande, ou s'enivrer en riant des plaisanteries des autres... Ca lui serait pour toujours étranger. Jamais elle ne goûterait à ce que Sahira découvrait comme étant la véritable vie. A ce quelque chose d'étrangement grisant, qui donnait un sens à toutes les tripes déversées et à tous les bûchers funéraires, aux sourires et aux larmes et à a sueur déversée. Au sang qui coulait. Le vie, cette aventure atroce et pleine de bonnes surprises. Naëlle ne saura jamais ce que ça pouvait être. Elle n'en connaîtra jamais que le mauvais visage. Celui brûlé par le soleil, amaigri par la faim et desséché par la soif.
Parfois, quand la Compagnie approchait un village, Sahira regardait les habitants profiter d'une existence paisible. Elle se rappelait avoir vu des mères prendre la main de leurs filles, et les promener fièrement le long des chemins poussiéreux. Des sourires naissaient parfois sur les lèvres juvéniles et rendaient les visages potelés magnifiques. Sahira ne tiendra jamais la main de Naëlle pour lui offrir une ballade sur des sentiers verdoyants ou le long des étals colorés du marché...

Il y avait quelque chose derrière eux. Quelque chose qui les suivait, ce qui était déjà inquiétant. Quelque chose qui avançait au pas de course, ce qui était alarmant. Si elle avait pris le temps de humer l'air, elle aurait pu ajouter à toutes ces informations : quelque chose qui puait le sang. Ce qui n'aurait fait que confirmer l'urgence de vérifier de quoi il s'agissait.
Prestement, la kaharite retira son arc d'autour de son torse maigre, attrapa une flèche, l'encocha, et se retourna, prête à viser, menacer et éventuellement anihiler la menace qu'elle sentait approcher. Tout ce qu'elle vit, ce fut Harg qui se précipitait vers eux, portant de la viande fraîchement tuée sur le dos. Elle haussa un sourcil surpris, vérifia d'un coup d'oeil qu'il n'était pas suivi, puis remit sa flèche au carquois.
La kaharite n'avait même pas remarqué que l'ork n'était pas avec eux. Elle devinait bien qu'il avait dû profiter de leur dernière halte pour aller se chercher quelques friandises en forêt, et elle s'en voulut de ne pas avoir noté un détail pareil. Sahira avait peut-être encore plus mal dormi qu'elle ne le pensait, dernièrement... Et dire qu'elle s'était tacitement portée volontaire pour assurer l'arrière-garde. L'archère s'en voulut pour sa négligence et son manque d'attention. Encore heureux que ses sens soient assez affûtés pour lui éviter de plus mauvaises surprises.
L'approche du géant vert lui fit d'ailleurs songer que son odorat l'était peut-être un peu trop, affûté. Outre ses prises aux effluves carnées, Harg lui-même dégageait un parfum assez... fort.
« Hey, l'ork, qu'est-ce que tu nous ramènes ? » le héla-t-elle.
Elle n'avait pas vraiment pris le temps de parler à Harg, depuis son arrivée dans la Compagnie. A part les habituels ordres jetés vite fait pour le guider quand il en faisait un peu trop à sa tête, les jurons quand ils manquaient de vous tuer et les remerciements quand il vous proposait des vivres, les mercenaires ne lui disaient pas grand-chose, pour la plupart. L'archère faisait partie de la plupart, et encore, elle n'avait jamais ni échappé à un accident mortel, ni partagé son repas. C'est très récemment, même par rapport au peu de temps qu'il avait passé en tant que mercenaire, qu'elle avait appris qu'il pouvait converser, et puisque la chasse pouvait leur offrir une bonne base de dialogue, elle comptait en profiter pour bavarder un peu avec le colosse. C'est pourquoi, son cri lancé, elle avait ralenti le pas pour qu'il puisse la rattraper. Enthousiaste, l'ork lui répondit :
« Viande ! Peut-être biche, peut-être pas. Viande qui se mange, oui ! »
Sahira jeta un œil à l'animal. Il avait la gorge ouverte, ce qui était astucieux puisque ça permettait au sang de s'écouler, et donc une meilleure conservation de la viande. Et dire qu'il y en a qui le pensait stupide... Et dire qu'elle en avait fait partie.
« Ca m'a l'air d'une biche, ouais. Ou d'un truc du genre. J'arrive pas trop à différencier les bestiaux du coin, encore. »
Elle jeta un œil à l'attirail de Harg, haussa un sourcil et demanda :
« Mais tu lui as ouvert la gorge avec quoi ? Tu n'as pas de couteau sur toi.
-Dents ! Servent à ça. Dents utiles, couteau pas trop.
-Oh. »
A ne surtout pas oublier : mieux valait se méfier de la dentition d'un ork. Il y en avait quelques uns qui finissaient parfois esclaves, quand les kaharites parvenaient à les capturer vivants, une tâche ardue pour une revente souvent difficile. Elle comprenait maintenant pourquoi certains d'entre eux avaient la mâchoire bloquée avec autant d'application.
« Et hum... Tu utilises quoi pour chasser ? Des cailloux ?
-Avec plantes !
-... Hein ? Comment ça, avec des plantes ? Quelles plantes ?
-Buissons ! Gros buissons. Je devenis buisson, avec odeur aussi, puis quand viande approche, je saute. ! »
L'emploi du verbe attraper laissa l'archère s'imaginer le colosse jaillir d'un fourré pour empoigner sa malheureuse proie, avant de lui déchiqueter l’œsophage d'un grand coup de chicot . Une vision qu'elle devinait plutôt proche de la réalité. Un frisson mêlé d'horreur et d'admiration lui parcourut l'échine. Elle imaginait sans mal la frayeur de l'animal en voyant son garde-manger se transformer en un gigantesque prédateur capable de l'abattre sans arme. Avec juste un minimum d'astuce et sa force brut.
Sahira savait qu'il était fort. Incroyablement fort. Tout le monde l'avait deviné, et c'est pourquoi beaucoup préféraient éviter de rester trop près de lui. Apprendre qu'il pouvait se montrer discret et un minimum malin le rendait d'autant plus inquiétant. Mais, aussi, plus intéressant.
« Bah dis-donc. T'es un grand chasseur, toi, hein ? Tu le fais souvent, ça ? Chasser. »
Quelque chose qui devait être un sourire fendit la grande face verte de Harg.
« Manger bon, surtout viande. Chasse donne beaucoup viandes pour moi et copains ! »

Les copains. Manger avec les copains. C'est vrai que c'était l'un des aspects de la Compagnie qu'elle appréciait le plus. Partager le fruit de sa chasse et les provisions communes avec cette société de brutes épaisses, qui se serraient les coudes pour continuer à vivre. Et qui se donnaient des coups de couteaux pour la même raison... Elle-même chassait beaucoup, et s'était faites quelques rares mais fidèles compagnons autour d'une bonne grillade et de quelques conversations chaleureuses. Quelques ennemis, aussi. Les aléas d'être une femme dans un milieu guerrier. Il lui avait fallu apprendre accueillir les invités non-désirés. Et à porter, parfois, l'oreille arrachée à un imbécile autour du cou, attaché à un lacet, comme un avertissement.
Elle avait fini par s'adapter à ce milieu nouveau, aussi versatile que grisant. Par s'y tailler une réputation, trouver ses repères, noter qui était de bonne compagnie, qui ne l'était pas, et à qui elle pouvait se fier complètement. Bien peu de monde répondait au dernier critère, d'ailleurs.

« Moi aussi, je chasse. Avec ça, tu vois. »
Ce disant, elle tendait le bras qui tenait son arme.
« C'est une autre technique. Pas du tout la même que la tienne, hein ? Et grâce à mon arc, je peux attraper des lapins. C'est pas très gros, hein. Mais je ne suis pas sûr de pouvoir porter des trucs aussi lourds que ça, moi. » dit Sahira en pointant du doigts la charogne qui pendait dans le dos de l'ork. Lequel répondit par un très sage :
« Lapin tendre. Bien pour matin. »
« Modifié: jeudi 03 juillet 2014, 01:21:31 par un modérateur »

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« Réponse #101 le: samedi 19 juillet 2014, 16:44:35 »
Yo les bros, je poste juste pour vous indiquer que j'ai commencé à poster sur mon topic une petite nouvelle qui met en scène Syf et Locksey, si cela vous intéresse. Ca se passe par ici.

Aussi, il se peut que je suite bientôt pour relancer la machine, sauf si quelqu'un souhaite suiter avant. Faites moi signe! :) Bonne journée.

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« Réponse #102 le: samedi 11 octobre 2014, 01:17:22 »
MARTELL

martel senerva é brula toulmonde avan de devenir le métr de feraldia
qq anné plus tar il eu plein de bébé avec soren le perso de silver qui a survéku o flame, le chaos et le néant partou

FIN

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« Réponse #103 le: samedi 11 octobre 2014, 13:25:09 »
Cette conclusion me paraît des plus acceptables, bien joué Taiki. :oui: