Auteur Sujet: La Galerie des Concours  (Lu 6854 fois)

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« Réponse #15 le: jeudi 13 janvier 2011, 20:47:11 »
En voilà une idée qu'elle est bonne ! Plus besoin de farfouiller dans le topic du concours pour lire les textes. Tout est organisé, classé, près à être lu ! Merci qui ? Merci Prince du Crépuscule.
Hum...Bref, je crois que le message est passé.

Hors ligne Krystal

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« Réponse #16 le: jeudi 13 janvier 2011, 21:09:04 »
Veuillez pardonner par avance ma remarque quelque peu stupide mais... J'ai jamais vu un topic aussi long o.O

Sérieusement, réunir tous les textes ici est une excellente idée, ils ne seront pas perdus au moins. Et je suppose que ce topic servira à regrouper tous les textes de tous les concours qu'il va y avoir à partir de maintenant ? Oui, question bête...

PS : Sakuranbo, j'ai adoré ton dernier texte !

Award #1 Award #2
Citation de: Rictus McNatret
Krystal, tu es la plus adorable pedobear du monde.

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« Réponse #17 le: vendredi 14 janvier 2011, 16:42:05 »
Voilà, j'ai mis le topic en post-it à la place du concours. C'est au passage une très bonne idée, j'avais lu que les textes du premier tour, et je voulais poster mes avis mais je n'avais finalement pas eu le temps, je savais même pas que GMS était vainqueur :niak: (bravo à lui :niak: )

J'aimerais bien trouver un peu plus de temps pour repasser par ici, ne serait-ce qu'afin de commenter toutes les fics que j'ai en retard, mais bon, faut pas désespérer :niak:

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« Réponse #18 le: vendredi 14 janvier 2011, 19:45:40 »
Quelle bonne idée d'avoir mis les textes ici! C'était vraiment quelque chose ce concours, j'espère que le suivant sera aussi palpitant^^

Merci Krystal2 :niais: je suis contente que cette petite nouvelle t'ai plu!

Hors ligne Krystal

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« Réponse #19 le: mardi 30 août 2011, 02:11:01 »
A ce que je vois, le topic a été réparé.

Les modos s'y sont mis ou alors c'est Prince qui s'est tout tapé ?

Award #1 Award #2
Citation de: Rictus McNatret
Krystal, tu es la plus adorable pedobear du monde.

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« Réponse #20 le: mardi 30 août 2011, 11:55:45 »
Nan, je suis pas une girouette moi. :roll:

C'est sûrement Yorick qui s'est tout tapé, puisque l'esclavage lui plaît tant. Bon, y a les deux premiers liens qui marchent pas et certaines balises qui se baladent encore par-ci par-là, mais dans l'ensemble je retrouve mon beau topic. A part ces foutus sauts de ligne que ce raciste de forum continue à boycotter...! *donne des coups de masse à la base de données*


...Merci Yorick. :niais:

PS : Au fait, maintenant que le topic semble à peu près remis en état, je vais changer le titre "La Galerie du Concours" en "La Galerie des Concours". C'est vrai que j'avais pensé cette galerie pour mon propre concours à la base, mais bon, y a pas de raison qu'elle reste mon apanage exclusif ! Faut juste que les futurs organisateurs (et un certain magicien *tousse*) s'en donnent les moyens, quoi. :p

EDIT : J'ai réparé les deux premiers liens et changé le titre, voili voilou !
« Modifié: mardi 30 août 2011, 12:29:24 par Prince du Crépuscule »


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« Réponse #21 le: mardi 30 août 2011, 13:32:15 »
*Arrive essoufflé*

Bon on n'a plus qu'à attendre le mage vermeil alors ^^ ! Déjà que je l'attends pour la couronne rouge !
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« Réponse #22 le: mercredi 16 mai 2012, 13:09:20 »
Concours Croisés

          Sommaire

◊ 1er Tour :

Résultats


◊ Rattrapages :

◊ Second tour :

(le concours s'est impondérablement terminé plus tôt que prévu)




Premier thème :

Intitulé "Enfance"

Comment vit-on son enfance quand, depuis sa naissance, on sait que le monde va cesser de tourner dans quelques années à peine ? Écrivez un texte à la première personne d’un jeune garçon qui sait depuis toujours que le monde touche à sa fin (les raisons sont laissées à votre discrétion : météore, guerres, épidémie, ressources…), et comment il le vit. L’enfant doit impérativement avoir moins de douze ans (la veille de cet anniversaire est acceptée), et il est interdit d’utiliser les styles épistolaire ou diariste.



Texte 3 : Duplucky

Notre défunt professeur d’Histoire nous a un jour raconté qu’il y a des millions d’années, les humains avaient construit une civilisation fabuleuse : chaque recoin de la Terre était recouvert par d’immenses villes. Les Hommes se déplaçaient dans des véhicules volants comme des oiseaux. Ils ne travaillaient plus, des machines les ayant remplacés et, d’après mon enseignant, ils étaient tous très gros ! Connaissant tout de la Terre, ils s’en détournèrent et portèrent leurs regards vers les étoiles, rêvant de pouvoir un jour les atteindre. Malheureusement, ils oublièrent leur propre astre. Au fil des millénaires, le Soleil se mit à enfler, d’abord lentement, puis de plus en plus rapidement. Il avala une petite planète qui s’appelait  Mercure et se rapprocha dangereusement de Venus, la jumelle de notre foyer. Notre étoile, rouge de colère, avait décidé de rappeler son existence aux humains. La température du Monde augmenta de manière significative. Les océans s’asséchèrent, les plantes agonisèrent, les animaux disparurent et l’humanité fût décimée par la canicule, la famine et le manque d’air.
Aujourd’hui, nous vivons tous dans les souterrains de ces anciennes villes, là où il y a le plus de fraicheur. Nous sommes peu nombreux et beaucoup d’entre nous meurent chaque nuit. D’ici quelques années, il ne devrait plus y avoir de survivants. Pourtant, je ne m’inquiète pas plus que ça. Je joue avec mes amis. La nuit, quand la température est au plus bas, il nous arrive de visiter ces vestiges de l’ancienne civilisation, de jouer à cache-cache dans ces vieilles tours d’acier qui touchent le ciel ou tout simplement de chercher des matériaux pour construire de nouveaux jouets. Et quand le jour se lève, nous retournons rejoindre nos parents dans nos souterrains. Mais parfois, nos parents ne nous accueillent pas. Ils restent allongés dans leurs lits et ne réagissent même pas quand nous les appelons. Quand ça m’était arrivé, ma mère et moi sommes restés à son chevet toute la journée. Elle n’arrêtait pas de pleurer et me serrait la main très fort. Des adultes nous ont rejoins et ont emmené mon père à l’extérieur. Je n’ai jamais compris pourquoi ils l’ont enterré, aucun d’eux n’a jamais voulu me l’expliquer.
Un jour, j’ai assisté à la naissance d’un bébé. Les adultes nous ont expliqués que les nouveau-nés représentaient l’espoir de notre peuple. S’ils arrivaient à les faire naitre et à les maintenir en vie, alors ces enfants incarneraient l’espoir d’une génération future et retarderaient l’extinction de toute vie sur notre chère planète. Malheureusement, il est rare qu’un bébé survive dans de telles conditions. Voilà pourquoi tous les adultes sont si gentils avec nous et cèdent à tous nos caprices. Et c’est aussi pour cette raison que j’ai perdu ma mère. L’eau est très difficile à trouver, même dans les profondeurs de la terre et est donc rationnée. Un  beau jour, j’avais fait l’erreur de sortir en pleine journée pour regarder ce ciel ensanglanté dont j’avais tant entendu parler. La chaleur était insoutenable, ma peau me brûlait et en quelques minutes, je m’étais retrouvé complètement desséché. Ma mère avait utilisé toute sa ration d’eau en plus de la mienne pour me maintenir en vie, pendant toute une semaine. Pendant tout ce temps, elle n’a rien bu et je ne l’ai jamais revue depuis mon rétablissement.
Maintenant que je n’ai plus de famille, il m’arrive souvent de m’asseoir à l’écart des autres enfants et de regarder ce ciel ensanglanté. J’ai toujours vécu dans ce monde apocalyptique. J’ai vu énormément de monde disparaitre. La fin du monde ne signifiait rien pour moi mais la perte de mes parents m’a ouvert les yeux. Tout ce qui était vivant allait disparaitre. Il n’y aura plus rien, à part les vestiges d’une civilisation disparue destinés à être engloutis par notre soleil. J’enfouis mon visage dans mes mains, tentant d’imaginer la scène, mais je n’y parviens pas. Pendant que je rumine mes pensées, ma meilleure amie s’assit à côté de moi et on commence alors à parler de beaucoup de choses. Lui parler me fait beaucoup de bien, me soulage d’un poids énorme et, au final, me fait oublier ces sombres pensées qu’un enfant de mon âge ne devrait jamais avoir. Oui, notre civilisation s’éteint petit à petit et nous devons affronter la mort chaque jour. Mais la vie que nous avons reçue est très précieuse et nous ne devons pas la gâcher à nous morfondre sur cette fatalité. Nous sommes jeunes et insouciants, vivons notre vie à fond et, le jour où la mort viendra nous prendre, nous l’accueillerons à bras ouvert.

Je te remercie, toi, mon amie, qui a égayé mes derniers mois de vie. Tu étais la dernière à résister à ce fléau qui a subitement anéanti les derniers d’entre-nous. Quelle était cette mystérieuse maladie, nul ne le saura jamais. Il n’y avait de toute façon plus de médecins pour la soigner. Nous avons fuis notre abri, préférant affronter la colère du soleil plutôt que contracter ce mal abject qui faisait hurler de douleur nos proches des semaines durant. Nous avons traversé cette ville fantôme qui était notre terrain de jeu, imaginant l’utilité de toutes ces structures étranges et riant aux éclats devant nos hypothèses farfelues. Puis, tu  t’es effondrée, tu as hurlée, ta peau s’est noircie. Je ne supportais pas de te voir souffrir ainsi… Pardonne-moi de t’avoir fait taire avec cette pierre… Je voulais juste abréger tes souffrances.
C’est avec ces pensées en tête que je verse la dernière motte de terre sur la tombe de ma meilleure amie. Le jour ensanglanté s’est levé, je sens la colère de notre étoile abandonnée brûler mon corps et consumer mon âme. Ce n’est même pas la peine d’envisager de chercher d’autres survivants. De toute façon, notre monde sera bientôt dévoré. Puisant dans mes dernières forces, je me retourne et lève le regard vers la cause de tous nos malheurs. Ce sera mon ultime défi : voir de mes propres yeux cette gigantesque boule de feu qui dévore la moitié du ciel. Et ce sera aussi la dernière chose que je verrai…

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Texte 1 : Emy-Lili

Le jour où mon ourson a perdu sa tête.



Il ne fait pas très beau aujourd’hui. Il fait même froid je dirais. J’enfile donc mon dernier pull. La vie n’est pas trop difficile ici. On se lève pour aller à l’école, le soir on joue.
Je me demande pourquoi on nous apprend tout ça d’ailleurs.
J’ai oublié pourquoi je trouve ça inutile …

C’est vrai, mon ourson a perdu un bras déjà !

On va à l’école, on apprend les mathématiques. Je n’aime pas ça, parce qu’on nous apprend à compter. Compter, c’est nul. La nuit, j’entend les dames du dortoir pleurer et crier: « Il ne reste que trois mois ! Compte, putain ! ».

Ca veut dire quoi « putain » ? … Mon ourson a perdu des poils sur le dessus de la tête aussi.

Papa et Maman me rappelaient souvent que je n’aurai pas de cadeau pour mes huit ans. Ils disaient ça avec un air triste. Je ne sais pas pourquoi, je m’en fiche des cadeaux, tant qu’ils sont avec moi.
Mais ils ne sont plus là, ils m’ont laissé ici.
Je me demande toujours pourquoi ils m’ont demandé d’attendre dans cette maison. Il y a plein d’autres enfants, je m’amuse beaucoup. Mais la maîtresse n’a pas l’air aussi heureuse. L’autre jour je l’ai entendu parler avec un monsieur : « C’est horrible de laisser ses gamins ici … Tout ça pour qu’ils soient « plus heureux » ? »

Pourquoi « plus heureux » ?  Je suis très heureux moi, il me manque juste mon Papa et ma Maman …
Ah et mon ourson a aussi perdu un œil. Décidemment.

Les dames qui s’occupent de nous sont vraiment très gentilles. Elles nous offrent souvent des bonbons. Elles nous disent des choses comme « Profitez en les enfants ».
Je ne comprends pas. Ce n’est pas cher des bonbons, non ? On peut en avoir souvent, enfin je pense … Peut-être qu’elles parlent du fait que je n’aurai pas de cadeaux pour mes huit ans ? Il faudrait que je leur transmette les mots de Papa et Maman, qu’elles ne s’inquiètent pas comme ça, j’en aurai d’autres des anniversaires !

Mon ourson a encore perdu un bras cet après-midi.


Et maintenant il lui manque une jambe ! Le pauvre.

Aujourd’hui, tout le monde est en colère. Les dames des dortoirs se mettent souvent à pleurer.
On n’a pas eu classe aujourd’hui. J’ai vu la maîtresse sortir. Elle a marché quelque pas dans la neige. Elle est devenue bizarre ! Elle s’est mise à hurler, très fort, à se prendre la tête entre les mains, s’écrouler par terre, sortir quelque chose de sa poche, le mettre contre sa tête et « BANG ! ». Allongée, sans bouger, sans crier, …
Elle ferait mieux de rentrer, il doit faire froid.

La directrice s’est enfermée dans son bureau, le monsieur qui s’occupe du ménage ne fait pas son travail aujourd’hui. Les rues de la ville sont vides.
Il y a un grand silence. Le seul bruit que j’entends, ce sont mes copains qui jouent dans leurs chambres.

Je suis toujours contre la fenêtre, le ciel devient sombre tout d’un coup.
Mais d’ailleurs, ça me revient …

Mon ourson a la tête décousue maintenant …

Papa et Maman m’en avaient parlé, il a longtemps, d’un gros caillou en feu.

Son deuxième œil est tombé aussi. Il est aveugle, je suis triste.

Un très, très gros caillou. Ils avaient pleuré, beaucoup.
Je ne me souviens plus quand ça devait arriver.

Il a perdu sa tête, ça y est.

Dans le ciel je vois une grande lueur rouge. Un gros trou dans le ciel.
Maintenant je me rappelle, Papa et Maman m’avaient dit que c’était aujourd’hui. Aujourd’hui, c’était le jour du gros caillou.
Je me souviens maintenant pourquoi je n’aime pas compter.
Je me rappelle maintenant pourquoi je n’aurai pas de huitième anniversaire.
Je l’ai toujours su en fait, pourquoi je n’ai pas pris plus de bonbons hier ? …

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Texte 12 : HamsterNoeliste

•Deus Sex

Il fait froid. Papa il dit que l’été est mort. J’aime bien l’été, plein de jours j’allais à la piscine, je jouais avec tous mes copains, je mangeais des glaces, parce que Maman elle aime m’acheter des glaces aux Smarties et moi j’aime les manger. Le jour de mon anniversaire, y’avait plein de copains à moi, et on a mangé presque que des glaces aux Smarties. Après on a joué dehors, parce qu’on était tout le temps dehors dans mon jardin, il faisait chaud mais on a trop rigolé. Mais Papa il dit que j’en aurais plus, des anniversaires comme ça. Papa il dit que tout va être détruit, que tout le monde va se casser la gueule et que ça sera bien fait. Des fois il crie tout seul ou contre Maman. Il crie que c’est pas la peine parce que tout va finir, que c’est pas la peine de gueuler, alors il crie contre Maman, parce que de toute façon c’est la fin du monde, que le monde il a qu’à crever à cause de la guerre, pris par les armes et les chars et plein de gros mots. Et puis à la télé ils ont dit ça aussi. À la télé ils parlent tout le temps de la fin du monde dans des films avec des gens qui crient. Comme Papa et Maman. Papa il aime pas les films comme ça, il dit que la télé dit n’importe quoi, il dit que c’est pas fait pour les gosses, en plus il me dit que ça fait peur. Alors moi je regarde pas.

Maman, avec moi, elle m’aime. Elle m’aime beaucoup ma Maman, beaucoup plus. Maman elle me dit toujours qu’il y aura pas de fin du monde, que je dois pas écouter Papa, il y aura jamais de chars et de guerre. Alors j’ai pas à avoir peur. Après, on fera plein de jeux, j’irai à l’école, j’apprendrai à lire, je suis déjà allé à l’école et j’ai eu plein de bonnes notes, alors Papa, Maman, et moi, on était contents. En plus j’aurai plein d’amis et ça sera comme à mon anniversaire. Mon anniversaire cet été, c’était le meilleur de toute ma vie.

Je m’appelle Kalvin et j’ai huit ans. Je suis né en 2012, il paraît qu’en 2012 c’était la fin du monde, mais y’a rien eu. Alors peut-être que cette année y’aura rien. Je sais pas moi. Papa il dit que c’est bientôt. Si ça se trouve, la fin du monde ça existe pas, c’est juste Papa qui fait des cauchemars ou qui lit trop de livres sur la fin du monde, parce que lui il regarde pas la télé. Moi j’aime la télé. Je regarde tout le temps Pokémon Burning Asphalt & Shining Blood New Season: Arena Champions avant l’école, comme ça Papa il me dit que ça peut compenser. À l’école, on parle pas de la fin du monde, on apprend plein de choses avec les copains et le maître et la maîtresse.

Y’a que Papa qui parle de la fin du monde. Mon Papa il crie après moi, il dit que c’est qu’avec Maman, qu’il compte plus, que c’est son problème. Papa il dit même que c’est sa faute, et que c’est tout. Si ça se trouve, y’a que Papa qui aura sa fin du monde. Mais je sais pas, il va pas mourir à la guerre, il travaille pas dans tout ça, mon Papa il travaille sur un navire dans un bureau, ou c’est ce qu’il dit. Mon Papa il m’amène toujours des jolies images de bateaux sur la mer, et de baleines dans l’océan. Il veut partir après la fin du monde sur son joli bateau pour voir la mer parce que ça sera que son problème, il parlera avec les poissons, les oiseaux, les oiseaux et les poissons, qu’ils seront ses seuls amis à lui et qu’ils vont se comprendre. Mais je sais pas où c’est l’océan. De toute façon Papa il dit que pour l’instant il attend la fin du monde. Il dit que ça va tout changer et que ça sera tant mieux. Il dit que c’est que contre lui et Maman, Maman elle dit que c’est que avec elle et Papa. Ils me disent toujours que c’est pour mon bien ou bien que c’est pas grave pour moi. Des fois faut qu’ils parlent. Mais ils crient.

Mais moi je sais pas ce que c’est la fin du monde. Peut-être que Papa et que Maman ils vont mourir, peut-être que mes copains ils vont mourir ou peut-être que je vais mourir. Même si Maman et Papa ils m’ont déjà dit que la mort, c’est pas pour moi, ou c’est que eux qui la comprennent. Mais moi, je suis déjà allé à un enterrement, quand ma Mémé elle est morte. Mais Maman elle dit que je m’en rappelle pas parce que j’étais tout petit, mais avec la musique, c’était triste alors elle a pleuré. Et mon cochon d’Inde aussi, il est mort, mais il était trop mignon. Elle s’appelait Tenshi. J’aimais toujours lui donner à manger des graines et à boire dans son petit biberon. Elle venait toujours vers moi et elle était trop douce, on aurait dit qu’il voulait me faire des câlins. Mais à la fin de sa vie, elle est partie, Maman elle m’a dit qu’elle s’était endormie très longtemps. Mais j’étais petit, maintenant je sais qu’elle se réveillera plus. J’ai beaucoup pleuré quand je l’ai enterrée dans le jardin, avec un peu de foin et un peu de sciure.
Maintenant je suis grand. Moi, je sais pas si on va pleurer lors de la fin du monde, parce qu’on dit qu’on va mourir.
Moi, je veux pas mourir. Je veux manger les tartines de riz moléculaires au Tofu préparées par Maman, et puis aller à l’école avec mes copains rigolos, et puis faire des bisous à Lola, et puis avoir des enfants, et puis devenir cosmonaute, et puis aller sur Saturne avec Lola.
De toute façon, Papa il me dit que je risque rien, que c’est pas mon problème, que je m’en foutrai. Mais je sais pas ce que ça veut dire.

En plus, on dirait que c’est demain ou la semaine prochaine, la fin du monde. On dirait que le monde il va bientôt exploser, parce que Papa a dit que ça va être terrible. Moi, ça me fait peur. Je suis peut-être tout seul, parce que mes copains ils en parlent pas. Mes copains ils disent qu’ils ont vu des trucs que dans les films, avec des bombes, des extraterrestres, des météorites, des explosions, ou des attaques de Kinder Bueno géants. Peut-être que c’est ça, la fin du monde. Peut-être que ça veut rien dire du tout. En tout cas, à la télé c’est pas comme ça. C’est toujours dans les films que Papa regarde, et Papa il dit que c’est dans peu de temps. Papa il a dit qu’il était sûr du temps, mais il voulait me le cacher. Alors, Maman, elle est gentille avec moi, elle veut pas que j’entende Papa. Alors elle me donne des bisous, pareil que quand le matin je vais à l’école. Elle me borde le soir, dans mon lit, avant de faire dodo, elle me dit « je t’aime », même des fois, je l’entends pleurer mais elle elle voulait me le cacher.
De toute façon, Papa il dit que la vie continuera pour tout le monde, il est bizarre, mon Papa. Il dit que j’aurais qu’à faire des études de droit numérique intermondialiste comme tout le monde, que j’aurai un beau diplôme électronique orné de dorures et de longs rubans pourpres comme tout le monde, que j’aurai trois enfants virgule huit comme tout le monde, que j’irai vivre en Nouvelle-Chine ou en Amérique et que je n’aurai pas d’avenir dans un bureau pour signer de la paperasse pendant soixante-dix ans, comme tout le monde. Mais moi c’est pas ce que je veux.

Ce que je veux, c’est pas la fin du monde. C’est savoir ce que c’est. Ça a pas l’air d’être la guerre. Mais c’est calme. C’est tout calme. Papa il crie plus, Maman non plus. Ils parlent plus. Je sais pas. Mais Papa, il a dit que c’était demain. Il a peut-être voulu me le cacher, mais je l’ai entendu et Maman aussi.
Demain, il va chez le juge. Ils vont divorcer.

De toute façon Papa il dit que c’est qu’une histoire de cul.

*

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Texte 18 : Kaiwatt

Lui c’est Hope, né le jour de la chute de notre civilisation, il a quinze ans. Ses parents l’ont appelé comme ça parce qu’ils croyaient que ce nom agirait comme une amulette en lui assurant un avenir meilleur, la blague ! Hope incarne tout sauf l’espoir. Il est la chandelle, la rébellion de notre cœur, l’impudente insolence qui nous transporte vers notre glorieuse chute. Il est le chef de notre petite bande, les future corpse, un nom qui résume assez bien notre façon de penser et de vivre. Un groupe de sales gamins prêts à tout pour s’amuser le plus possible dans l’optique d’une mort prématurée. On en a fait baver plusieurs avec nos jeux. Parfois on nous a chassés à coups de fusil.
Un de nos jeux préférés consiste à passer la frontière de notre campement d’une dizaine de milliers d’habitants, un des plus gros camps de survivants. Dix-mille habitants dans une cité qui en comptait près d’un million il y a seulement quatorze ans… Vous pensez bien qu’à ce stade, on ne peut plus nous mentir sur la gravité de la situation ! Elle est même désespérée, la situation. Mais il y en a qui y croient encore, comme ma mère. Je hais ma mère.
Derrière la frontière, c’est la merde il paraît. Près de la ville ça passe encore mais compter le nombre de cadavres que les éclaireurs nous ramènent suffirait à glacer le sang du plus idiot des optimistes. L’autre jour, ils ont ramené le père de Guillaume avec une jambe en moins, la plaie s’est vite infectée et il a été contaminé. Une balle dans la tête et tout était réglé mais ils l’ont fait souffrir jusqu’au bout ces abrutis. Sa femme voulait lui parler avant qu’il meure et elle s’est amenée en chouinant à son chevet. Comme si on n’en voyait pas tous les jours des trucs de ce genre. Le résultat ? Il a cédé au virus et lui à mordu le bras –il ne devait pas beaucoup l’aimer-, il a fallu le lui couper pour éviter qu’elle aussi soit réduite à l’état de bête humaine. Ouai, ouai. « Virus » et « mordu » ça fait très film de zombies comme disent mes parents –je n’en ai jamais vu mais je sais ce que c’est grâce à des revues feuilletées dans la bibliothèque que nous avons miraculeusement pu conserver- n’empêche que c’est flippant, alors la banalité du scénario on s’en tape. Encore si c’était que les humains qui faisaient ça… En fait la contamination humaine est arrivée en dernière. Au début c’était seulement quelques bestioles, les grosses bestioles. On a remarqué qu’elles étaient plus agressives mais personne ne s’est vraiment posé de questions. Mais un jour des bestioles plus petites on commencé à mordre et à bouger de façon incroyable, des herbivores. Ca a vraiment dégénéré quand certaines espèces de plantes se sont mises à pousser de façon anarchique et à se mouvoir pour aller capturer leurs proies, le premier scandale et mouvement de panique étaient dus à l’affaire d’un agriculteur étouffé par ses épis de maïs. Alors on a cherché une explication et devinez quoi ? Aller, c’est pourtant simple à trouver ! Une saleté de virus développé à la basse pour bouffer la pollution qui, au passage, est désormais le dernier de nos problèmes ! Ben bravo ! Ils auraient pu vérifier ce que ce virus faisait aux êtres vivants qu’il parasitait avant de le lâcher, hein ? Et bien ils l’avaient fait ! Mais voilà, il se trouve que les expérimentations en laboratoire n’avaient rien déterminé de dangereux à l’époque car apparemment la majorité des individus était censés résister au virus et aucun des rats testés n’avaient présenté de symptôme. Heureusement encore, sinon je ne serais pas là pour en parler. Je serais dehors en train de gambader dans la nature au milieu des autres espèces mutantes sans trop me soucier d’autre chose que bouffer et marquer mon territoire, en fait c’aurait peut-être été mieux. Mais ça c’est de l’histoire ancienne car les virus, ça mute, et maintenant quiconque est mordu un jour se met à baver et pisser partout le lendemain, charmant. Et dire qu’on m’a donné naissance en plein dans cette apocalypse, quelle irresponsabilité ! Je hais mes parents.
Passer la frontière est un vrai défi, les quelques gosses qui l’ont fait sont entrés dans la légende pour un bon moment. « Si tu passe la frontière, tu crèveras jeune mais avec des couilles ! » Si les adultes savaient ce qu’on faisait il nous fileraient de ces taloches ! Cette fois c’est mon tour. Enfin, c’est censé l’être. J’aime ce jeu mais uniquement quand je regarde les autres essayer, moi j’ai trop peur de le faire. Malgré tout ce que je peux dire ou penser sur les faibles probabilités que je survive aux cinq prochaines années, je ne tiens pas vraiment à les vérifier en prenant des risques. D’ailleurs je ne suis pas le seul, la plupart d’entre nous restent à bonne distance de la frontière. Beaucoup ont peur mais personne ne cherche à prévenir les parents, trop risqué.
Là, Hope essaie de me pousser à y aller. Lui il l’a déjà fait deux fois et il détient le record du plus grand nombre de pas à l’extérieur. Il a du faire environ cent mètres. Après tout, il a sa position de chef à tenir. J’admire beaucoup Hope, je le considère secrètement comme mon grand frère. Mais il ne le saura jamais. S’il le savait il se ficherait de moi. Il m’a appris à lire alors que mon père trouvait ça inutile, puisque de toute façon ça ne me servira à rien si je crève jeune. Hope dit que s’il doit crever jeune, il veut faire en sorte d’être le moins con possible avant de le faire. Et de toute façon, à part faire chier le monde, il n’y a rien d’autre à faire dans ce camp minable. Moi, je pense qu’il va survivre encore longtemps. C’est un battant, un modèle, il ne mourra pas si facilement. Vous l’aurez compris, c’est mon idole. Et moi je suis un lâche, je suis indigne de lui.
-   Non ! Je n’irai pas !
-   Oh que si, c’est ton tour ! T’as pas le droit de reculer, tu me représente ! Si tu n’y vas pas je te vire de notre groupe !
-   Mais non ! J’veux pas y aller ! Et puis t’as pas le droit de me virer, si tu le fais j’irai tout raconter !
-   C’est pas la première fois qu’on joue à ça et il s’est jamais rien passé. Les adultes eux ils n’arrêtent pas de sortir du camp. Alors arrête de faire ta poule mouillée ! Et je te vire si je veux !
-   Oh, c’est bon Hope. Laisse-le ! C’est qu’un bébé, il a onze ans.
-   Ok, ok Sébastien, soupire Hope. Très bien, Yves ! Si tu as tellement peur je vais y aller avant toi mais ensuite t’as intérêt à le faire ! Compris ? Je ne veux pas d'un trouillard de plus ici !
Et on le regarde. On le regarde avec admiration franchir d’un trait les cent mètres qui nous séparent de la limite, elle est bien visible car il y a une grande place vide qui nous en sépare. De l’autre coté de la place, des immeubles encore plus grands que ceux derrière nous, on nous a dit que c’était un ancien quartier des affaires. On voit notre chef ralentir un peu à la frontière, méfiant. Il semble minuscule à côté de ces gigantesques bâtiments à moitié effondrés qui le surplombent. Des  racines partent de leurs fondations comme pour les dévorer et montent jusque leurs sommets malgré la récence de leur abandon. Restes de la ô combien puissante civilisation qui prospérait encore il y a moins de quinze ans, ridicule.
Ca y est, il est de l’autre côté. Il avance, il fait trois pas. Il voit que tout va bien et accélère. Il fait dix mètres. Plus personne ne respire. Il fait vingt mètres. Guillaume tremble de tous ses membres. A vingt-cinq mètres il s’arrête. Il se retourne, quelque chose ne va pas. Hope ne s’arrête jamais avant cinquante mètres. Avant qu’on ne s’en rende compte, avant qu’il n’ait le temps de crier ou de courir, quelque chose fond sur lui et l’emporte. Il ne reste plus rien de lui, pas un membre, pas de sang, comme s’il n’avait jamais été là. Nous regardons, tétanisés, le point où il se trouvait quelque secondes plut tôt. Toujours hagards, nous nous retournons et repartons en silence vers les zones habitées. Lentement nous sortons de notre torpeur et je peux sentir sur moi le lourd regard de toute la troupe. Hope est mort, ça aurait du être moi.

___________

Les adultes constatèrent l’absence de Hope au bout de trois jours. On nous interrogea, aucun de nous ne dit quoi que ce soit. Nous ne pouvions tout de même pas leur dire qu’il était mort à cause de ce jeu stupide, quand même ? Les interrogatoires furent vite abandonnés. Il y eu de brèves funérailles, tout le monde se taisait. Hope eu le droit à une pierre tombale constituée de grandes dalles piochées sur une des places avec son nom gravé dessus. Il était au milieu de nombreuses autres sépultures anonymes. Puis la vie reprit comme si de rien n’était.

___________

Contrairement à ma mère, mon père est très franc. Il est lucide et ne me cache pas que j’y passerai bientôt. Il ne prend aucune responsabilité me concernant, c’est à se demander pourquoi il a accepté de me faire, ainsi que ma sœur. Sans doute pour pouvoir se payer notre tête. Enfin, surtout ma tête. Il n’a pas eu le temps d’attaquer l’autre. Bizarrement, il s’entendait plutôt bien avec Hope. Je crois qu’il a tout de suite compris pourquoi il s’est fait tuer et c’est pour ça que dernièrement il s’intéresse plus souvent à moi ce qui est loin d’être une bonne chose.
Mon père est un éclaireur. Il part régulièrement en chasse ou vers d’autres camps avec son fusil et quelques gars. Parfois, ils ramènent de petits groupes de survivants qui ont choisi de quitter leur village pour rejoindre un plus gros campement où ils pensent avoir plus de chances de survies. Une décision peu judicieuse étant donné que la plupart d’entre eux meurent pendant le voyage.
Les vrais souvenirs que j’ai de cet enfoiré sont aussi rares que marquants et ont tendance à effacer la présence continue de ma mère, un personnage quasi-invisible à mes yeux. Rares parce qu’il n’est jamais chez nous, même lorsqu’il n’est pas en vadrouille, marquants parce que les rares fois où il a semblé se soucier de moi étaient et sont encore les plus grosses gifles que j’aie reçues de mon existence. Comme cette fois où il me donna un revolver à l’âge de six ans, je le regardais curieusement alors qu’il me faisait pointer l’arme sur un chien. Soudain, il me hurla furieusement dessus. Instinctivement je sursautai et tirai sur le pauvre animal. Son regard passa de moi, figé, blanc d’horreur, à l’arme entre mes mains toujours tendues, puis au chien étendu, mort, et il siffla : « T’aurais pas pu faire attention ? » Mais la pire d’entre-elles remonte à l’année dernière, lorsque mon chat, Taro, s’est fait contaminé. Taro, un animal doux et inoffensif -mais qui possédait un sacré instinct de conservation- avait tué ma sœur d’un coup de griffe et lui arrachait les viscères pour s’en nourrir. Mon père débarqua d’un coup dans la pièce, arma son fusil et tira sans attendre. Puis, il saisit les deux carcasses à bout de bras et les balança au feu sans plus de cérémonie. Enfin, il se tourna vers moi alors que ma mère entrait en hurlant dans la pièce  et me dit avec son sourire en coin: « Ben dis-donc ! T’en as eu de la chance !  Sors de là le temps que ça brûle. »

___________

Après trois mois d’absence mon paternel est revenu au camp. Par miracle, on a pu en conserver la moitié, l’autre avait disparut dans l’estomac d’une bête sauvage qui l’avait surpris pendant qu’il pissait dans un fourré, l’héroïsme de cette mort restera à jamais gravé dans nos mémoires.
Apprendre la mort de mon père m’a autant choqué que voir celle de Hope. J’étais pourtant certain que ce type, parmi tous les autres, serait celui qui me survivrait le plus longtemps. Je l’imaginais en survivant solitaire se dressant sur les cadavres de ses amis et sa famille, l’air impassible, avant de retourner à la chasse avec un petit rire cynique, toujours armé de son fusil. Maintenant le voilà sur le sol, démembré, désarticulé, son fusil oublié à quelques mètres de lui et ses amis, sa famille, en train de le pleurer. Une autre de mes croyances venait de s’effondrer, la dernière.

___________

Et maintenant que dois-je faire ? Je regarde avec fascination la chose se contorsionner au milieu du salon. Elle pousse un hurlement de douleur alors que ses membres doublent de volume et que ses veines apparaissent à travers sa peau pâle et suante. Elle n’a plus rien de cette ombre constante et invisible qui me laissait indifférent. Maintenant elle peut me tuer, elle peut me détruire et d’ailleurs elle se tourne vers moi. Elle doit avoir faim, elle a pleuré toute la nuit sur le corps inerte de son époux. Maintenant elle à oublié cet époux, tant mieux pour elle et tant pis pour moi. La porte est derrière elle, si j’essaie de m’enfuir elle me sautera immédiatement dessus. Je ne puis que me recroqueviller dans un coin en espérant que quelqu’un arrive à temps ou qu’elle se désintéresse de moi.
Je recule et me cogne contre le mur, je me fige en sentant quelque chose derrière ma tête. Un fusil. Je m’en saisis mais j’hésite, j’ai peur de tirer. Je pense à ce chien, tué par maladresse. Je pense à Taro, tué par ce fusil alors qu’il aurait pu vivre si on l’avait conduit dehors. Je pense à mon père, mort pour s’être séparé de son arme quelques instants. Mon père dont le corps froid et mort repose sous une bâche dans l’attente d’un enterrement. Qu’aurait-il fait à ma place ? Bien sûr, il aurait tiré. Si je tire, finirai-je comme lui ? En bête de proie tuant pour vivre, vivant pour tuer ? Crèverai-je comme un chien, pour m’être relâché un instant ?
Je pense à ce que Hope aurait fait, Hope mort lui aussi, mort à ma place, mort comme j’aurais du mourir si tout s’était passé comme il le fallait. Si j’étais mort à sa place tout serait différent, peut-être. Mon père l’aurait pris avec lui dans l’expédition et il n’aurait pas été bouffé, peut-être. Mais c’est stupide parce que Hope est mort à ma place. Il est mort parce qu’il a pris Ma place. En cet instant fatidique où Hope est mort, il était moi. Et moi, vais-je mourir parce que je suis moi ? Hope était un battant, Hope est mort parce qu’il est devenu moi. Hope était Yves, je l’ai regardé mourir, je me suis vu mourir. Je suis déjà mort… Bien sûr qu’Yves est mort. C’était tellement évident. C’est Yves qui est mort et moi je suis Hope. Je ne peux pas être moi si Yves est mort. Je suis forcément Hope. Cette chose n’est pas ma mère, elle ne l’a jamais été. Et je suis un battant, je ne crèverai pas comme ça, je le sais.
Je lève mon fusil, j’arme et je tire.

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Texte 19 : Krystal

Aveto


   Les aiguilles de l’horloge ne cessaient de tourner, sans arrêt, émettant ce tic tac affreux que beaucoup haïssait. Moi, je m’en fichais, horloge ou pas, le temps avançait inexorablement et nous rapprochait de ce jour fatidique sans que l’on puisse y faire quoique ce soit. Et ça, tout le monde le savait pertinemment.
   Je détournai la tête et regardai ma maîtresse de CE2, qui marquait lentement des multiplications au tableau à la craie blanche. Cette dernière crissait de temps en temps, mais ce n’était pas important. Mes yeux balayèrent la silhouette de l’adulte – svelte, négligemment habillée et cheveux blonds et gras – avant d’atterrir sur la bouteille d’alcool bien en vue sur le bureau. C’était devenu une habitude, depuis quelque temps, de voir des personnes se promener avec de l’alcool sur soi. En réalité, pour certains, c’était la seule chose qui leur permettait de tenir.
   La date bien en vue écrite en rouge sur mon cahier du jour ne pouvait pas mentir. Le neuf décembre deux-mille douze. Aucun d’entre nous ne pouvait ignorer ce qui allait se passer dans douze jours très exactement.
   La fin du monde.
   Ce gigantesque cataclysme qui balaierait la Terre du système solaire. L’explosion du noyau de la planète prédite et confirmée par les plus éminents scientifiques, l’anéantissement complet de la race humaine. Notre fin. J’en entendais parler depuis que j’étais tout petit, et, à vrai dire, ce jour ne m’effrayait pas le moins du monde.
   Un fracas retentit. La maîtresse venait de s’effondrer sur le sol, tremblant et sanglotant en se recroquevillant sur elle-même. Elle marmonnait des paroles incompréhensibles et gardait les yeux grands ouverts, exorbités. Tout comme mes camarades, je n’y fis pas attention et je me contentai de remballer mes affaires avant de quitter les lieux en la laissant à son sort. Nous avions arrêté de l’aider le jour où elle failli tuer l’un d’entre nous en hurlant.
   Sifflotant, je traversai la cour de l’école et sortit dans la rue déserte, délaissée des voitures et des passants, et longeait le mur d’enceinte de l’établissement. Après quelques minutes de marche, je rejoignis la grande rue principale.
   Les magasins autrefois florissants n’étaient plus que des souvenirs. Il ne restait d’eux que des bâtiments carbonisés et des vitrines brisées. Les étalages étaient vides, pillés par des voleurs sans scrupules, et les enseignes taggués. Un spectacle désolant que j’ignorai avec brio tellement cela m’était égal.
   Je levai la tête et vis, pendu à un lampadaire, un homme inerte se balançant au bout d’une corde. Indifférent, je haussai les épaules et continuai mon chemin comme si de rien n’était. Il n’était pas rare de croiser ce genre de spectacle de nos jours, je dirais même que c’était devenu quotidien tellement les gens redoutait la venue de cette fameuse journée. Il arrivait de retrouver plusieurs corps l’un à côté de l’autre en pleine rue, abattus ou de simples suicides. Dans les morgues s’entassaient des cadavres par centaines, si bien que l’on avait arrêté de creuser des fosses communes et l’on se contentait d’entasser les gens dans les cimetières, les laissant en plein air et aux charognards.
   Je sortis de la ville et m’engageai sur une petite route de terre en trottinant, sous le soleil qui tapait plus fort que d’habitude. Ce fut en sueur que j’arrivais au bout de trente minutes à cette petite cabane de bois perdue en pleine campagne, où elle m’attendait déjà.
   Charlotte leva la tête de son livre et m’adressa un grand sourire alors que je l’arrêtai devant elle.

«  Ah, tu es en avance, aujourd’hui.
- Oui, j’ai pu sortir plus tôt aujourd’hui.
- Ce n’est pas comme si c’était encore important que tu ailles en classe. »

   Je me contentai d’hausser les épaules avant de m’asseoir à côté d’elle.
   Du haut de nos huit ans, on ne pouvait pas dire que la vie nous avait offert de meilleur jusqu’à présent. Entendant depuis toujours que le monde allait cesser de tourner le fameux vingt-et-un décembre deux-mille douze, on ne nous laissa aucune possibilité d’avenir, qu’un unique compte à rebours qui dicta la vie de beaucoup.
   Mais pas à nous.
   Je m’étais fait depuis longtemps à l’idée que j’allais mourir jeune, aussi cela ne m’affectait pas autant que certains le voudrait. Je me surprenais parfois à vouloir que ce jour n’arrive vite, rien que pour ne plus supporter le comportement invivable qu’avaient les adultes. Malgré mon jeune âge, et grâce aux événements de ces dernières années, j’avais acquis une maturité hors du commun, et je pouvais sentir quand quelqu’un me mentait ou quand quelque chose n’allait pas. Je suivais de près les rares informations à l’insu de ma mère et je regardais la lente dépravation de notre espèce, les dessins animé ne relatant plus que les sujets sur la fin du monde alors que toutes les chaînes repassaient en boucle toutes les séries existantes, plus personne n’étant là pour les gérer.
   Charlotte était orpheline. Ses parents avaient péris dans l’explosion d’un centre commercial, après qu’un fou furieux, certain de faire ça pour le bien des gens, n’ait mis le feu à quelques kilos de dynamite. Il n’était pas rare d’en trouver, bien au contraire, la seule branche qui florissait en ces temps durs était celui des armes. Jamais un trafiquant n’avait écoulé autant de marchandise qu’en ces dernières années. Les prisons étaient vides, la police absente, les fusillades et les attentats éclataient partout sans que personne n’y fasse quoique ce soit. Et cela ne choquait pas.
   Ma camarade vivait seule dans cet abri isolé de tout, se débrouillant comme elle pouvait pour survivre. Elle avait elle-même amené toutes les affaires qu’elle possédait chez elle ici et y vivait sereinement, loin de la ville et de ses ennuis.
   Au moins, ici, personne ne me tuera.
   Elle avait trouvé cette cabane quand elle était partie se promener, et était venue s’y installé après avoir compris, trois semaines plus tard, que ses parents ne rentreraient jamais plus. Je l’avais rencontré au détour d’une rue en revenant de l’école, alors qu’elle venait de voler à la seule épicerie encore debout de la nourriture pour une semaine. Je l’avais accidentellement bousculée, son butin à terre, et, pour m’excuser, je l’avais aidé à rentrer chez elle. Je venais la voir tous les jours depuis, jouer ou parler avec elle, la regarder sourire. Nous aurions la vie devant nous, elle aurait sans doute été la femme que j’aurais épousée, mais on ne nous laissait malheureusement pas cette chance.
   Quant à moi, je vivais seul avec ma mère. Cette dernière essayait vainement de nous faire mener une vie à peu près normale, saine, mais je savais très bien que c’était inutile. Elle aussi.
   Charlotte referma son livre en soupirant avant de tourner son regard azur dans ma direction.

« Il fait chaud, aujourd’hui, se plaignit-elle. Si ça continue, je vais bientôt devoir retourner en ville chercher de l’eau…
- Je viendrais avec toi, lui répondis-je. Il y a encore des gens qui se sont pendus aux lampadaires.
- Vraiment ? Il va falloir les descendre alors.
- En fait, ils ne prennent même plus la peine d’enlever les corps, ils les laissent pendus là, comme ça. Il y en a plusieurs par lampadaire, maintenant.
- C’est vraiment horrible. »

   Elle se leva et rentra pour ranger son livre avant de ressortir et de me tendre un verre d’eau.

« Quel jour on est ? demanda-t-elle faiblement après quelques minutes de silence.
- Le neuf décembre.
- Je vois. »

   Elle fut secouée d’un petit rire nerveux avant de soupirer.

« C’est affolant, comme le temps passe vite. Les journées me paraissent longues, mais pourtant, elles défilent à une vitesse incroyable. C’est comme si le temps voulait en finir avec nous.
- Ne dis pas ça, il reste encore un peu de temps. »

   Elle baissa la tête et se mit à trembler, le visage caché par ses épaisses boucles anglaises et blondes.

« Oui, profitons-en. »

   Je la quittai finalement un peu plus tard, ne m’attardant pas de trop. Je voulais rentrer chez moi avant que la nuit ne tombe. Je saluai mon amie avant de revenir en ville et de prendre la direction de mon foyer. Le soleil déclinait doucement, sa lumière virant à l’orangé et éclairant les rues. J’aurais adoré cette vision si la vision qui s’étendait devant moi ne symbolisait pas notre déchéance. De nouveaux corps s’entassaient dans un coin, je passai devant sans un regard pour eux.
   J’arrivai finalement chez moi. J’habitais un petit quartier résidentiel épargné par les voyous, qui restait assez sûr malgré la situation actuelle. La petite Clio rouge garée devant la maison m’indiquait que ma mère était rentrée, ce qui ne m’étonna pas. Je fermai la porte derrière moi et, machinalement, je montai à l’étage pour retrouver ma maman assise par terre à côté de l’entrée d’une pièce. Elle m’adresse un grand sourire quand elle me vit arriver, se mit debout et vint m’embrasser.

« Bonjour mon chéri. Tu as passé une bonne journée ? »

   Je lui répondis par un hochement de tête.

« C’est bien. Viens, on va prendre le goûter ensemble. »

   Elle me prit la main et m’entraîna en bas. Avant de disparaître dans les escaliers, je jetai un dernier coup d’œil à la porte à côté de laquelle je l’avais retrouvée. C’était la porte du bureau, là où s’entassaient tous les papiers importants et les ordinateurs, c’est aussi là que mon père allait pour travailler un peu.
   Ca faisait deux mois que papa était dans cette pièce.
   Maman ne cesse de me répéter depuis qu’il travaille dur et qu’il n’a pas le temps de nous voir, mais je sais pertinemment ce qu’il s’est passé dedans. Elle aussi. Et c’était pour cela qu’elle l’avait condamné avec de grandes planches de bois et de scotch.
   La soirée se déroula comme d’habitude. Je faisais des devoirs que je m’étais inventé pour rassurer ma mère tandis cette dernière cuisinait, nous dînâmes ensemble avant que j’aille me doucher et ensuite me coucher.
   J’avais l’impression d’être un véritable robot tellement mes soirées se déroulaient selon le même schéma. Rien ne changeait et j’avais peur que maman ne soit déstabilisé si jamais je venais à changer quelque chose. Elle croyait prendre soin de moi, mais il s’avérait que ce fusse le contraire.
   M’installant dans mon lit, je retirai ma couverture et ne conservait que mon drap que je rabattis sur moi. Il avait fait chaud aujourd’hui. Ma mère vint me dire bonne nuit et je m’endormis comme un bienheureux.
   La nuit fut rapide, sans rêve. Je me réveillai juste avant que l’on vienne me sortir du lit, réprimant un grand frisson au contact de mon oreiller froid. Je battis des paupières et me redressai brusquement alors que ma génitrice pénétrait dans ma chambre.
   Je sautai hors de mon lit et me précipitai vers ma fenêtre.

« Chouette ! m’exclamai-je en regardant la neige tomber. Je pourrais faire un bonhomme de neige aujourd’hui ! »

   Derrière moi, maman sourit. C’était si bon de faire comme si tout allait bien.

…[…]…

   Les journées s’enchaînaient et se ressemblaient toutes. L’hiver était brusquement venu s’installer et il neigeait constamment. Charlotte était obligée de faire un feu pour ne pas mourir de froid et je l’alimentais avec le bois qui s’entassait dans le garage. Ma maîtresse ne prit même plus la peine de venir nous faire classe, aussi je partais le matin de chez moi et passais la journée avec mon amie, qui appréciait grandement ma compagnie.

« Dis… »

   J’arrêtai de rouler l’énorme boule de neige qui composerait la base de notre énième bonhomme de neige et je me tournai vers ma camarade, qui me fixait.

« Qu’y a-t-il ?
- Si… »

   Elle marqua une pause, ses mains gantées se tortillant entre elles.

« Si jamais la fin du monde n’a pas lieue, tu viendras toujours me voir ?
- Bien entendu ! répondis-je précipitamment. Pourquoi ne viendrais-je plus te voir ? »

   Elle me sourit.

« Merci. »

   Nous passâmes la journée à terminer nos bonhommes de neige, tâche fastidieuse ponctuée par d’incessantes batailles de boules de neige et de rires. Au terme de la journée, nous habillâmes nos créations par des vêtements récupérés en ville puis nous reculâmes pour bien les admirer. Charlotte sautillait sur place, heureuse.

« Ils sont beaux, hein ? Regarde, là c’est moi, avec l’écharpe rose, là c’est toi avec le béret, y a mon chat Frizoute juste à côté et les deux autres… »

   Elle se calma un peu, son sourire disparaissant peu à peu de son visage alors qu’elle désignait les deux bonhommes de neige restant.

« … Et là, c’est papa et maman. »

   Elle resta immobile un instant avant de se tourner vers moi, les joues rougies et les yeux embués.

« Ils sont très beau, lui dis-je. »

   Son sourire revint. C’était le seul soleil de la journée.
   Le vingt-et-un décembre. Cette journée arriva tellement vite que je ne me rendis pas compte tout de suite que j’allais bientôt mourir.
   Ce matin là fut semblable aux autres, rien ne changeait si ce n’était que je passai la matinée chez moi, avec ma mère. Un habile mensonge comme quoi la maîtresse était absente ce matin là. Nous passâmes cette moitié de journée à jouer à des jeux de sociétés, à des jeux vidéos, nous fîmes même un gâteau ensemble, au chocolat.

« On le mangera ce soir, d’accord ? »

   J’avais acquiescé avec entrain. Je mangerais quelque chose que j’aimais en guise de dernier repas. Je partis l’après-midi et rejoignis Charlotte en ville.
   Nous atteignîmes enfin la petite cabane de mon amie. Je lâchai enfin la poignée de la petite brouette avec soulagement, frottant mes mains endolories tout en essayant de les réchauffer. Faire le trajet en poussant cette brouette dans la neige n’avait pas été une tâche facile, mais j’étais content d’y être arrivé.

« Tu es sûre ? » demandai-je une énième fois à ma camarade.

   Cette dernière se retourna vers moi, un sourire triste plaqué sur le visage.

« Oui, répéta-t-elle, je suis sûre. Tu viens m’aider ? »

   A contrecœur, je la rejoignis et nous extirpâmes ensemble ce que nous avions ramené avec tant de mal depuis la ville.
   Nous traînâmes à deux la bouteille de gaz dans la cabane que nous installâmes au milieu. Nous soufflâmes longuement après avant de nous asseoir et de discuter autour d’un paquet de biscuit comme si de rien n’était.
   Bientôt, le soleil se mit à descendre dangereusement, aussi il fut temps pour moi de partir.

« Il faut que je rentre chez moi. »

   Mon amie hocha lentement la tête et me raccompagna dehors. Nous restâmes immobiles, face à face, durant de longues minutes avant qu’elle ne décide de briser le silence.

« Eh bien, merci pour tout, me dit-elle. J’ai été heureuse de te connaître avant ce jour.
- Moi aussi. » répondis-je la voix légèrement tremblante.

   Elle me sourit une dernière fois, puis m’embrassa sur la joue.

« Adieu.
- Adieu. »

   Nous nous adressâmes un ultime signe de la main avant que je ne fasse volte-face et que je ne m’éloigne. Charlotte rentra chez elle et ferma la porte dans un claquement alors que je partais vers la ville, retenant avec peine mes larmes.
   Quelques minutes plus tard, une explosion retentit derrière moi. Je continuai à avancer, n’ayant pas le courage de me retourner et d’affronter la vision de cette petite cabane, que j’avais si souvent fréquentée, réduite en miettes. Je ravalai mes larmes et je me mis à courir le plus vite que je pus, loin de tout ça.
   Charlotte était morte, je mis du temps avant de réaliser. Elle était morte et j’allais mourir aussi, tout comme le reste de la population.
   J’aurais tellement voulu la connaître un peu mieux.
   Je rentrai chez moi juste après, je n’avais aucune envie de m’attarder en ville et de voir que le nombre de cadavres avait triplé en une journée. Sans surprise, le déroulement de la soirée ne changea pas, je me surpris même à organiser la journée suivante avant de me rappeler qu’il n’y aurait pas de lendemain.
   Néanmoins, une chose changea lors du coucher. Au lieu de me laisser me changer et me coucher seul, ma mère insista pour m’accompagner. Je ne dis rien, plutôt content de cette initiative, et entreprit de me changer. Maman m’aida à enfiler mon haut de pyjama et le mit correctement.

«  Dis maman… »
   
   Elle releva son visage vers moi, une expression interrogatrice. J’essayai d’ignorer le plus possible les horribles cernes qu’elle avait ainsi que ses traits tirés.

«  Oui, mon chéri ?
- Le Père Noël va passer cette année ? »

   Elle me fixa quelques instants avant que ses yeux ne s’embuent. Néanmoins, elle sourit tout en empêchant ses larmes de couler, son regard essayant de se faire compatissant et rassurant.

« Bien sûr qu’il va passer ! Tu as été très sage, tu auras sûrement plein de cadeaux. »

   Sa voix tremblait, je l’entendais très bien. Je pouvais également discerner le mensonge qu’elle me racontait et qu’elle essayait vainement de me faire gober. Je ne pouvais pas lui en vouloir. Après tout, n’était-ce pas le rôle des parents de protéger leurs enfants ?
   Je souris à mon tour et me précipitai dans mon lit, me glissant sous mes couvertures trop fraîches. Je lâchai un petit cri à leur contact avant de m’y enfoncer davantage, battant des pieds pour les réchauffer. Maman vint après me serrer très fort dans ses bras. Elle m’embrassa le front avant de me border et de quitter la pièce en me faisant un signe de la main.
   C’était la dernière fois que je la voyais.

«  Bonne nuit, mon chéri, me souhaita-t-elle d’une voix faible.
- Bonne nuit maman. »

   Elle ferma la porte, me plongeant dans le noir, seul l’éclat de la lune m’éclairait entre les volets entrouverts. Je restai immobile de longues minutes, fixant le plafond obscur, avant de bouger et de me pencher vers ma table de chevet à côté du lit. J’en extirpai un doudou, rapiécé, un petit phoque que j’aimais plus que tout, avant de me recoucher en silence.
   A travers le mur, je pouvais distinctement entendre les pleurs de maman.
   Je me calai confortablement au creux de mon lit, serrant ma petite peluche contre moi, et fermai les yeux en souriant.
   Au loin, un grondement assourdissant résonnait déjà.

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Texte 13 : Link UHE

Maman venait de rentrer à la maison, et je me précipitai sur elle pour l'embrasser. J'étais content qu'elle rentre. Ça faisait longtemps que des méchants n'étaient pas passés, mais on ne savait jamais. Je voulais sortir dehors, c'était l'heure de la cueillette, et Maman accepta de bonne grâce. J'aimais beaucoup aller dans le jardin commun du village. Plonger dans l'air chaud et pesant, contempler les plantes qui s'épanouissaient encore ici, s'asseoir dans l'herbe, et écouter l'air vibrant. Vibrant du bruit du ballet incessant des abeilles.

   Je me levai et tint le panier pour que Maman puisse y déposer les tomates et les autres fruits qu'elle décrochait de leurs branches pendantes. Nous rentrâmes à la maison, passant devant les villageois qui gardaient le jardin. Au loin, se dressant au bout de la rue, non loin de l'entrée des gorges, un mirador imprimait sa marque rassurante. Enfin, il était un peu inquiétant aussi : s'il n'y avait pas eu de méchants, il n'y aurait pas eu de mirador, n'est-ce pas ?

   De retour dans la cuisine, je redemandai à Maman pourquoi nous devions vivre reclus, seuls dans ce petit village dissimulé au fond des gorges. Elle soupira, et, fatiguée, m'enjoignit de prendre le livre sombre posé sur la table du séjour. J'étais assez grand pour le lire tout seul, disait-elle. J'en étais conscient, mais j'aimais bien que Maman me prenne sur les genoux et me raconte l'histoire.

   Installé sur une chaise, j'ouvris le volume. Sur sa première page s'étalait une citation qui, d'après Papa, venait d'un autre très vieux livre : "Un pays beau et vaste, un pays qui regorge de lait et de miel". Puis l'histoire commençait, avec ses images et ses phrases compliquées. Mais j'arrivais à en saisir l'essentiel : elles avaient disparu en quelques années seulement, suite à diverses catastrophes et enchaînements de conséquences. Et puis, sans elles, les plantes avaient commencé à mourir. Et puis les animaux. Et puis les hommes... Nous étions peut-être le dernier village, ou peut-être en restait-il quelques autres. A l'extérieur, hors des gorges cachées aux yeux du monde, des bandes de gens survivaient. C'étaient les méchants, ils se nourrissaient des ruines de l'ancien monde, ou parfois ils se mangeaient entre eux. Ils nous auraient tués sans pitié.

   Par deux fois, il en était arrivé dans le village, mais nous les avions repoussés. Cela faisait maintenant trois ans que nous n'en avions plus vus. Peut-être étaient-ils tous morts, pensait Papa. Ou peut-être attendaient-ils leur heure, répondait Maman. Moi, je ne savais pas. Je voulais seulement continuer à jouer avec mes amis, et à passer mes après-midi dans le jardin commun, sous le chaud soleil, au milieu des plantes, des oiseaux, et des abeilles.

   Mais je sentais bien que mes parents ne me disaient pas tout. J'avais l'impression que tout ça ne durerait pas longtemps. Elles étaient en train de dépérir, les nôtres également. Elles étaient un peu moins nombreuses, d'année en année, d'été en été. Si ça continuait, le village deviendrait comme le reste : un désert mourant et vide.

   Je devins soudainement triste en pensant cela, et une larme coula sur ma joue. Maman revint de la cuisine, et me vit sangloter. Elle me demanda pourquoi, et et je lui répondis. Elle s'agenouilla auprès de moi, me prit dans ses bras, et me cajola longuement. J'enfouis ma tête dans le creux de son cou.

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« Modifié: samedi 23 juin 2012, 16:16:09 par John Craft »
Feuilles en vie

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Hors ligne Prince du Crépuscule

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« Réponse #23 le: mercredi 16 mai 2012, 16:02:09 »
Texte 17 : Lypphie

      Le soleil déclinant d’un soir d’automne voyait sa lumière tranchée net sur l’épaisse paroi de taule et de métal    qui s’élevait haute dans le ciel comme les murs d’une froide geôle  cloisonnant la cité. Ou comme un linceul de fer, l’étouffant lentement.
Je laissais là cette sombre pensée et me retournais, toujours assis sur mon perchoir en détournant les yeux du mur pour mieux contempler la ville et son ton gris dominant qui des plus hautes tours scellée aux alcôves des bas-fond semblait s’agiter en cette fin d’après-midi. Cette cité, les grands ne l’avait pas nommée, et à défaut les habitants la surnommait de toutes sortes de façon, en premier lieu la cité de l’espoir ou plutôt, celle des survivants.
      «Idiotie» pensais-je pour moi même, pas cité des survivants plutôt cité de la survivance car en haut tout comme en bas lieu, la chair y était maigre et peu mangeaient à leur faim.
Je connaissais  quelques vagues échos de l’histoire qui avait fait échoir les hommes sur cette terre morte.
Quelques anciens lors de longue veillée transmettaient aux jeunes qu’aux jours dorée de l’humanité,  ceux ou fier d’avoir vaincu le temps et la matière, ils s’apprêtaient à rejoindre leur créateur par delà l’univers, alors qu’ils armaient leurs machines incroyable s’était vus décimé. Les conteurs prenaient toujours une  voix sinistre, se relevaient d’un bond et déclamaient avec violence « C’était trop d’orgueil pour dieu, et celui-ci  d’une simple psaume fit trembler l’univers et jeta la zizanie sur nous.»
«Nous nous déchirâmes  alors dans notre trop plein de désir, et la dernière  guerres eu lieu entre les colosses de ce monde. Au fi des risques, au fi des traités on descella des pouvoirs prodigieux, il y avait le feu de la matière, celui qui tuait trois fois, il y avait les souffles insidieux qui abhorrait la vie et les tonnerres de métal qui déchiraient la chair» Alors la les conteurs, prophètes d’ici bas se tendaient de toutes leur taille pour paraitre des titans et déclamaient  avec crainte « Mais aucune de ces armes n’arrivait à combler le désir insatiable de dominer, toujours une résistance, toujours une nation parvenait à se relever dans les cendres et à détruire elle aussi un peu plus l’homme et son orgueil décadent.»
«Des hommes impies en tuniques blanches mandés par on ne sait quel tyran, s’enfermèrent alors des mois durant, dans un mausolée de métal. Il est dit qu’ils amenèrent avec eux un nombre incalculable de prisonniers de guerre hommes, femmes et enfants, que chaque jours dans leur temple l’on inoculait, étudiait, croisait des formes de vies atroces dans des corps mutilés, dont le hurlement et les âmes restaient cloitrés dans ce bâtiment, cette sinistre tombe muette.»
Celle qui se réouvrit  un jour dans un souffle putride. Alors les hérétiques aux tenues maculées de sang amenèrent dans une fiole minuscule  l’immondice qui dévorait toutes vie, la peste qui allait sceller la guerre et contenter dieu, dans la fiole minuscule se tenait une bactérie endormie qui allait dévorer le monde.» et la au sommet de leur stature effroyable, les conteurs prêchaient notre salut dans la cité de la rédemption, face à la chose.
Le fongus pensais-je amèrement. Tous l’appelaient communément le fongus cette chose...
«Et dire qu’ils pensent maintenant que de simples mur les protègeront lorsque...»
Je me relevais dans un tremblement et m’interdisait cette pensée. «Non, non»  hurlais-je à part moi même avec violence elle n’était pas de moi cette angoisse, elle m’était supposée, elle m’était contrainte, prisonnier que j’étais de ce rêve sinistre, toujours le même rêve sinistre, ce songe de malheur pourquoi me disais-je toujours qu’il était vrai?
Je calmais ma peine, je ne pensais à rien et j’observais à nouveau le ciel.
Le soleil avait maintenant presque disparu derrière les parois de la ville, je descendit du toit ou j’étais resté perché  en essayant d’oublier mon accès de panique. L’accès au réfectoire pour les jeunes n’allait pas tarder à être bloqué, il fallait que je courre si je voulais pouvoir becqueter un truc ou deux. Je m’élançais  donc sur le sol aride dans cet imbroglio grisâtre de bâtiments métalliques aux allures inhospitalières. Cette sacrée cantine se trouvait encore un peu plus loin,je dépassais encore quelques murs de taules et  manquais de me cogner contre une quelconque personne pour finalement débouler sur la place dite simplement du réfectoire. Par chance malgré l’heure les jeunes continuaient à entrer. Je couru me mettre dans la file qui correspondait à ma tranche d’âge : huit à douze ans. En me disant que d’ici quelques temps, il me faudrait changer. Douze ans, l’âge d’homme dans cette prison d’acier.
Le repas fut sans encombre, attablé avec quelques autres jeunes je dévorais ma bouillie sans prendre gare aux conversation alentours. Je ne savais pas d’où provenait notre nourriture, ayant vaguement entendu parler de quelques cultures souterraines je n’y faisait pas attention, puis je trainais à table. Je n’avais aucune, aucune envie d’aller dormir et alors que le réfectoire commençait à se vider, je sentis l’angoisse qui remontait en moi. Reviendrait t’il cette nuit?
Aurai-je un jour la paix? Quand cela arrivera t’il?

Je me retrouvais alors devant chez moi, devant le petit cube d’acier ou se trouvait mon lit perdu dans un pavillon de dizaine d’autres petits carré, un pavillon d’orphelin. Je trainais à chercher la clef qui se baladait dans l’une de mes poches, je savais que de l’autre côté de ce mur... se trouvait une pièce au plus simple mais mon lit ce soir me semblait un échafaud.
Le sommeil fut long à venir, le matelas était rêche, l’air était froid et lourd, je tournais et me retournais sans cesse partagé entre la recherche d’un sommeil réparateur et la crainte d’une affreuse vision.
Je finis par m’endormir, je le su car quand j’ouvris les yeux tout semblait éthéré devant moi, tout semblait fumée écoeurante. Je jetais un regard apeuré autour de moi, je sentais sa présence, je sentais son aura glaciale comme toutes les autres fois.
D’un coup, les murs de la pièce me semblèrent transparent, une tour immaculée d’une hauteur effroyable se dressait au loin et m’adressait dans un hululement sinistre «Il revient tu sais, il dort.» Devant la splendeur sinistre de ma vision Je voulu fuir, et cédait à ma panique je me dressais dans mon lit et me jetais sur la porte, elle céda sans effort et alors que je m’élançais  dans les ruelles un homme tomba devant moi coupant net mon élan, il tourna alors lentement vers moi son visage et je ne put retenir un hurlement d’effroi. Sa face était ravagé, dévorée par une tumeur verdâtre qui lui rongeait les yeux et s’insinuait dans les muqueuses. Il poussait un râle sonore alors que  ses orbites folles jetaient des regards implorant dans tous les sens. J’eu un haut le coeur et manquais, je laissais le cadavre à lui même et retournait en hurlant dans ma maison l’esprit nauséeux, je fermais la porte à cet univers perverti, mais mes murs n’existaient plus , aucun mur n’existait plus et dans tout le paysage je voyais se répéter le même scénario atroce d’homme agonisant au sol et se tortillant sur le sol  soumis à une peine horrible. En dernier lieu je retournais mon regard vers la blanchâtre tour, il n ‘y avait que vers elle où la  mort ne fut pas et elle semblait maintenant déclamer dans le vague « En mon sein repose la vérité car ton tour approche, ton tour approche, ton tour approche.» et l’écho de se propager dans toute la ville. Je sentais alors mon visage plier, déformé par l’atroce pression d’une tumeur bactérienne qui dévorait ma peau pour en faire son nid. Je me jetais face au sol, me mutilant le visage des mains. Je le sentais remonter lentement à travers ma gorge, descendant insidieusement dans mes poumons, je sentais ce fiel atroce sur ma langue qui continuait de monter monter monter jusqu’à...
Je  cédais prise dans un hoquet d’effroi et me réveillait en sanglot. Une fine raie de lumière passait par ma fenêtre, mon souffle était rauque et je n’entendis pas entrer quelques secondes plus tard la vieille dame qui s’occupait de ce pavillon pour gosse. Elle blottit ma tête contre sa poitrine en me sussurant des « tout vas bien» «ça vas aller» «calme toi». Je finis de tarir mes larmes, en m’abandonnant à sa rude tendresse qui pouvais-je finalement, je n’étais qu’un enfant,un marmot, rien d’autre.
Je m’agrippais fort aux bras de la nourrice, elle pensais que mon cauchemar était lié à mes défunts parents, et c’était mieux ainsi.
Je me relevais sur mon lit et elle me dévisagea d’un oeil sévère mais chaleureux. Elle me dit que les pleurs n’étais pas des manières d’homme, et que le jour ou j’affronterai mes responsabilité, il me faudrait être fier. Je ne rétorquais point, elle  pris mon silence pour un acquiescement et se leva. La raie de lumière qui éclairait ma chambre était maintenant rayon, j’allais être en retard, il fallait que j’aille travailler. Quand à ce rêve,comme à chaque fois je l’abandonnait dans un recoin, qu’il advienne ce qu’il advienne si cela advient. Je n’y peux rien, mes petits bras ne peuvent arrêter un monstre.
Je traversais la ville au petit matin en étouffant mon angoisse, en répétant dans ma tête que rien de moi même ne pouvait aller contre cela. Le même rêve depuis des années déjà, et l’angoisse restait intacte. Qu’étais-ce que cette puérilité de le prendre au sérieux?
Je continuais mon chemin jusqu’à une grosse bâtisse. C’était un dispensaire, une morgue plutôt. C’était ici que l’on foutait ceux qui succombait d’un accident de travail, les malades et les blessés en tout genre, bref ceux proche de clamser. Et moi d’aider à ranger, jeter trier, s’occuper des malades jusqu’à ce que le soleil commence à décliner, en préparant leur mort comme il se doit.
Mme Martie me reçut, la grosse infirmière jeta un regard vif sur ma mine sombre avant de me dire d’un ton clair.
«On a un décès à la neuf, ils risquent d’avoir besoin pour nettoyer après, c’est pas du joli on en avait pas vu depuis un bon moment de cette saloperie.»
Un esprit de monotonie vint mettre en suspend mon angoisse à l’attente de ces jurons quotidiens. Ici rien ne sembler pouvoir arriver, ici c’était les autres qui décédait  moi je rendais leur mort acceptable. Je pris un escalier, descendit de deux palier et m’avançait dans un couloir d’une couleur plutôt  livide. Les numéros défilait un à un à côté de moi, la un, la deux, la trois avec sa poignée cassé, la six et finalement la neuf. Je tirais la porte à moi et pénétrais dans la pièce, prêt à attendre au calme la venue  du personnel. Par curiosité je jetais un oeil sur notre macchabé. Ma main lâcha  subitement la poignée, je défaillis  devant moi allongé le corps d’un homme, le visage mutilé d’une tumeur verdâtre.
Mon esprit divaguait et me rappelait « comme hier, comme hier», j’entendais à nouveau la  voix de la tour « au sommet se trouve la vérité» ,« ton tour approche» et surtout répété amplifié, chanté par un millier de cadavre « il dort, il dort, il dort»  repris par des voix d’enfants, des choeurs de vieillards et des chants de femmes terrifiées. Je tombais à genou incapable de supporter cette cacophonie et vomissais sur les carreaux du sol. Il me semblait être hors du temps, je voyais à nouveau ce monde livide, ces monceaux de cadavres, ces ruines dévastées....Je
«Hé, Hé, gamin, Hé!»
Je repris consciences, deux gaillards vêtu de noirs étaient en train de me secouer.
J’entendis vaguement un « ça va gamin?» et l’autre à mi-voix avec un léger accent, « ça pour sur un fongus la première fois ça choque»
Je me remis sur pied et après une bonne claque dans le dos pour le jeune homme qui avait eu sa première  «sueur froide» ils me conseillèrent de retourner chez la mère Martie trouver un boulot plus à mon aise.
Je fermais la porte derrière eux, pris une nouvelle fois de nausée. Cet homme, ce visage si semblable au rêve, on aurait dit celui qui avait crevé près de l’entrée.
«Comme hier» me rappelais-je, j’allais à nouveau vomir si je restais là, je me mis à marcher.
J’arrivais devant le bureau de la bedonnante infirmière, encore tremblant. Elle me dévisagea d’un oeil sévère essayant de jauger ce qui était arrivé. Inspirant un grand coup, je lui demandait timidement : « Le...pa.. patient de la neuf, ou l’a t’on retrouvé?»  J’estimais qu’elle allait me demander les raisons de ma question se montrer suspicieuse, mais son visage s’éclaira, comme le fruit d’un heureuse déduction, pleine d’affection elle déclara  qu’elle aurait du se douter que même s’il avait décédé durant la nuit, un mort près de chez soi ne passait pas inaperçu.
Je crois que mon visage devint livide, mes jambes tremblèrent sous moi et je posais brusquement les mains sur le bureau, pour ne pas chuter, n’avais-ce été qu’un rêve?
Je restais là plusieurs minutes totalement bloqué, en me flagellant littéralement l’esprit, coïncidence, paranoïa, je revoyais le chuchotement fantomatique de la nuit qui corrodait mon esprit«il dort, il récupère.»
«Suffit!» criais-je en restaurant un certain calme intérieur, ceci n’a rien de vrai. Je me relevais droit et fit face au bureau. Mme Martie me jeta un regard inquiet, avant de me confier un travail qu’elle jugeait plus approprié vus mon état. Au premier étage les chambres des patients étaient à ranger. J’hochais de la tête et me dirigeais d’un pas que je voulais décidé vers l’escalier.
Le reste de ma journée fut plutôt sans encombre, je m’absorbais dans mon travail, je récurais telle pièce, vidait les ordures de celles-ci saluait quelques malades, la routine réconfortante revenait peu à peu en moi, j’entrais alors dans l’une des chambres de l’étage, la dernière certainement que j’aurai le temps d’arranger avant la cloche de la tambouille. Un seau remplis de chiffon et une brosse dans une main, j’ouvris la porte et posait mon barda sur le seuil saluant à la volée l’occupant du lit. Le silence fut ma seule réponse.
Soit il devait dormir.
Je me mis donc à faire mon nettoyage, poussière, luxe suprême j’allais jusqu’à ouvrir la fenêtre de cette chambre qui en possédait pour profiter de la brise du soir.
Le soleil était encore assez haut pour donner à la ville les quelques reflets irisés qui lui donnait quelques beautés.
Après quelques secondes contemplation, je refermais la vitre et allait tout de même m’enquérir de l’état du patient, la chambre ne sentait pas la mort mais en soit une simple vérification n’était pas un mal.
Je m’approchais de l’édredon poussiéreux, essayant d’entendre le souffle de la personne, preuve de vie.
Pas un bruit, j’approchais ma tête du vieux drap du coussin,toujours rien. Je poussais mon vice un peu plus loin  et me retrouvait face à face contre un visage merveilleux. La jeune femme qui reposait là devait avoir quelques années de plus que moi même, mais même ensommeillée elle restait rayonnante, des cheveux couleur de châtaignier, cascadaient autour d’un visage aux courbures fines qui se découpait avec grâce sur le drap grossier du coussin. Ses longs cils reposaient sur ces yeux clos qui encadraient un nez gracile très légèrement relevé. En regardant plus bas, la couleur profonde de ses lèvres jurait sur la blancheur de sa peau ne la rendant que plus désirable, quand au reste ma foi, les plis du tissus laissait entendre qu’elle était bel et bien femme. Ravissante était le mot, hélas évanescente l’état. Je me pris soudain d’inquiétude pour sa santé fragile et  m’inquiétais qu’il puisse lui arriver malheur. Pris par la hâte je ramassais mon matériel ménager et dévalait l’étage jusque au casier ou je laissais habituellement mes affaires. Quelques secondes après m’en être débarrassé, je remontais vers le bureau d’entrée et me composait un visage qui me semblait suffisamment neutre, innocent.
Repassant devant le bureau ou trônait l’infirmière je m’enquis à tout hasard de quoi souffrait la patiente retenue dans la chambre sept.
«Pandora» murmura d’un seul coup celle-ci étonnée, et à l’écoute de ce mot une délicieuse vague de douceur déferla sur moi. D’un air plutôt inquiet elle continua « elle est arrivée hier matin dans le même, aucune indication sur son coma, la pauvre à peine seize ans révolus.»
Plutôt que de la peine j’étais déjà rassurée que l’on ne lui est trouvé rien de grave. Je saluais alors l’infirmière et sorti de l’hôpital en direction de la place du réfectoire.
Alors que je franchissais le palier, un lourd craquement sinistre résonna derrière moi, un bruit continu qui sembla se muer en rire atroce. Je me retournais d’un seul élan et contemplais, écrasé la tour qui se dressait maintenant au travers de l’hôpital, comme une aiguille sinistre. Même hors du rêve maintenant elle surgissait, et en son coeur trônait distinctement le lit ou j’avais abandonné cette belle créature. Dans son éclat incessant la tour ne cessait de me harceler « Perçois tu ses souffrances?», «peut-tu l’en libérer» couplé d’un « Il dort, il dort en elle en s’abreuvant de sa jeunesse» avant de repartir de plus belle dans un ricanement dément elle continuait de chanter « Son mal est indolore, quand il sera là elle ne sera plus.» Atterré d’autant de messages d’horreurs et de crissements stridents je m’affaissais au sol et contemplais le sommet brumeux de l’édifice.
Alors je vis, flottant par dessus le vide, le corps inanimé de la belle, je la vis s’élever par dedans la tour à la blancheur transparente, je la sentais se muer en cette matière incorporelle, gélatineuse ses mains devenant un néant lacté qui engloutissait son corps comme un monstre avide, de tout, sauf une difformité singulière  nichée entre ses reins, un foetus immonde qui croissait en s’assimilant à sa chair, en s’abreuvant son sang, en s’appropriant peu à peu son âme.La haine jaillit alors dans le tumulte de mon être, perdu dans l’intensité du chant de la tour, j’essayais de bouger,je voulu lui crier un défi, l’ébranler l’abattre mais mon corps semblait transi,gelé, éreinté.  c’était trop de souffrance qu’une bataille comme que celle là, et l’univers opaque devint indistinct lorsque mes yeux s’emplirent de larme,je songeais à l’abîme qui remplaçait ma sourde colère.
Et mon silence semblait dire « et si c’était vrai qui pouvais-je.»
Et la réponse, insupportable réflexion ne jaillissait de moi qu’en un torrent de larme.

 Je me sentit projeté sans ménagement au sol, et la poussière aride s’agglutina dans mes larmes. Mes yeux irrités devinrent piquant et je clignais plusieurs fois  avant d’arriver à y voir distinctement.
L’infirmière se tenait devant moi, essoufflée. Elle se mit littéralement à gueuler «Mais que t’arrive t’il petit, je ne t’ai jamais vus si émotif en tant d’année. A peine le temps de m’enquérir d’un entrepôt qui viens de s’écrouler et je te retrouve recroquevillé sur toi même en train de suffoquer, tu es presque un adulte maintenant.»
Je me sentis envahi de honte, je tâtonnais en me relevant. La vision était trop fraîche, trop violente, trop vraie pour que je me sente d’état à bouger correctement, mais la volonté impérieuse de la femme devant moi me poussait à me redresser. Une fois ceci fait je lui adressais un regard vide, infiniment désolé. Elle se déplaça lentement jusqu’à moi et me tapota l’épaule, en me disant qu’elle en avait vus d’autres, que les changements à mon âge était légion et qu’ils étaient parfois difficile à cerner. Elle m’enjoint ensuite à me rendre au réfectoire au plus vite la cloche ayant depuis longtemps sonné, je fut trop heureux de lui obéir et  déguerpis dans une ruelle .
Les artères me semblaient soudain oppressantes, les ombres trop grandes aux coins des rues. Je courrai en voulant semer ma peine, ma peur, ma colère de peur d’être happé par un esprit vengeur, de peur de voire apparaître au détour d’un chemin, un autre cadavre hideux  voire pire son fantôme à elle, cette poupée au yeux triste qui engendrait un monstre.
Je me fustigeai contre ce monde déviant qui m’envahissait une fois encore, j’étais victime d’un traumatisme, d’un cauchemar. Ceci n’étais pas la réalité ceci n’étais pas le futur ce n’était que l’esprit morose d’un enfant dont les parents sont partis trop tôt. Rien de ceci ne se produirait.
Et pourtant tout était comme si...tout ce que je disais contre était vain.
Je me perdis enfin dans la masse de personne qui se rassemblais sur la place, et courait prendre place avec mes congénères pour le repas quotidien.
L’attente me parut démesurément longue, mon estomac me ballonnait et j’avais fort à faire pour ne pas céder à la paniquer, et ceux malgré l’écho protecteur des voix..
De ça et de là même la place commençais à se dévoiler  sous un jour affreux. Ici une femme qui passait succombait dans la nuit, étouffée par un amas globuleux, par là cet enfant qui toussait mourrait le visage tuméfié sous le regard implorant des siens, et cette jeune fille là bas ou ce grand homme. La mort semblait danser dans mon crâne,et son piétinement incessant était mes maux.
Et je continuais à voir au travers des gens le lent déroulement de leur agonie. C’était impossible,il y avait trop de peine, trop de cris je délirais..Cela ne se pouvait.Bientôt je serai admit au bâtiment C du dispensaire : l’asile, l’asile pour mon esprit à l’abri de moi même et de mes présage de faucheur. Je n’en pu plus, rien n’était plus réconfort oubli, le monde semblait de nouveau repris de pâleur. Je sortais de la file et partit en courant me réfugier dans la solitude des bâtisses.
Je marchais à vive allure en ressassant toute ma journée. Tout ceci n’avait aucun sens, j’étais surement fou, j’entendais une tour me parlait, un édifice vide et sans âme, et de ses chuchotements n’étaient que vilenie.
«Fallait t’il que je lutte?»
J’avais perdu la notion du temps en déambulant avec moi même. Le soir tombait désormais, machinalement je me dirigeais vers mon logis aspirant au repos.Je priais on ne sais quoi que mon sommeil vint réparateur que tout me laisse en paix.Sur le chemin j’évitais de croiser le regard des gens, j’épiais les ruelles, je sentais un je ne sais quel grondement monter.
Ma porte enfin, je me jetais sous mon pauvre drap, repensais à Pandora.
«Pourquoi, fallait t’il qu’elle chamboule mon coeur?»
C’était elle qui avait tout fait empirer, celle qui canalisait mon malheur.
Un son déchirant résonna alors dans l’atmosphère. Je geignais et me cachais sous mon drap, mais une volonté terrible me contraignit à me retourner. Je gémis, pétrifié par la peur une nouvelle fois, et mes yeux furent mis à nu par une effrayante lueur. Elle se tenait en haut, recouverte d’un linceul et son ventre se déformait en une fibre tumorale visqueuse,qu’elle agrippait entre ses mains et dorlotait comme un enfant. elle reposait au sommet de la tour et chérissait l’enfant comme une mère. Et la formidable tour  cell -ci crachotait, tremblait, riait, de mon dégoût devant une telle scène. «Veux-tu l’oubli»  me disait elle d’un ton intéressé, et le mot «léthé», léthé» résonnait comme une incompréhension pour moi. Pris de soubresaut je m’étendais sur mon lit, une brume blanchâtre envahissait mon regard, j’allais dormir, oublier, la peur partirait demain tout serait normal, il n’y aurait rien je ne risquais rien.
Et je croisais son regard de mère attristée, ceux de la mienne était-ils pareils?
elle était debout près de moi,elle me pénétrait de ses yeux d’ébènes, souveraine beauté, douce mélancolie ils étaient beau à en venir aux larmes mais désespéré. et une voix cristalline résonnait «M’abandonneras-tu?» et son corps parfaite souillait de cloques purulentes. Je voulu la saisir me jetais de mon lit.Pour ne cueillir que du vide.
Je me ris à rire comme un damné,calquant ma cadence sur le craquement de la tour avant de lui jeter enfin un regard de défi. Elle reposait toujours au loin finalement, maintenant allongée sur son linceul.
On ne me la prendrait pas, il me semblait avoir déjà tout abandonné,raison, espoir et ce un millier de fois, que l’apocalypse  approche mais on ne me la prendrais pas. Je me ruais hors de chez moi pris d’une fureur glaciale. Tout semblait opaque et endormis, pourtant tout pour moi respirait le souffre. Je m’élançais sur le sable dur et froid, aux confins de ma visions s’épanouissait milles scènes d’horreurs et de déraison.je voyais la maladie jaillir se répandre comme un vers insidieux. j’entendais la prière de ce qui restaient le râle de ceux qui partaient, et j’en affutait ma colère.
«Quel est le dieu qui permet cela?»
La tour trônait majestueuse, s’enracinant dans un quartier oublié de la ville. Je m’y rendais sans prêter attention aux alentours. Nulle barrière ne se dressa sur ma route, mais à chaque pas l’air devenait plus chargé, irrespirable. je continuais au pas et bientôt une porte translucide se dressa devant moi,majestueuse dans sa simplicité. Je tirais la poignée à moi et m’élançais dans l’endroit.
L’intérieur ne ressemblait en rien à tout ce que j’aurai pu imaginer. C’était un dédale d’artères de métal et de verre. A certains embranchement, on trouvait d’étranges sarcophages brisés dont les tubes déversaient désormais leur liquide sur le sol devenu puant.Ce peu de crasse ne retint pas mon attention et en commençant mon ascension je me demandais plein de furie quel vérité allais arracher à cette tour arrogante. Les couloirs s’élevaient peu à peu dans l’organisme du bâtiment, au fur et à mesure que l’on montait, l’on se sentait confronté à une étrange forme de vie, chaque couloir émettait une pulsation,devenait plus organique. L’air redevenait moite, suffocant, tout rétrécissait éclairé néanmoins par des sortes de globes protubérants.
La pente devenait de plus en plus rude,les parois glissantes, je montais en m’accrochant à des protubérances métalliques lorsque finalement j’en vis le bout. La salle dans laquelle je me trouvais était recouverte de paroi de verre, donnant vers l’extérieur sur la cité endormie, devant moi se dressait une machine odieuse, une sorte de coeur pour l’édifice qui se terminait par une large cage de verre, devant laquelle une forme se dessinait sous un linceul. Dans un souffle je couru  vers le drap, et m’agenouillait à ces côtés.
Avec une ferveur quasi-religieuse je retirais alors le tissus...
Tout sembla s’effondrer autour de moi.
Il n’y avait plus de tour, plus de pâleur, plus d’atmosphère étouffante, je me tenais à genou sur le sol métallique d’un salle resté cloîtrée des décennies durant,et je savais pourquoi. Dans mes mains je tenais le visage d’une momie aux visage dévoré d’abcès noirâtre. Je tombais en arrière en poussant un hurlement. qui mua bientôt en un fou rire machinal
Je pris la pleine mesure de ce que je savais depuis presque une décennie déjà.
Il était bien farceur ce dieu de nous avoir laissé là, de nou abandonné dans un cimetière gris comme celui-ci.
Je savais qu’il n’y avait pas de tour, il n’y avait jamais eu que ce vieux laboratoire désolé, cette antre sinistre, ce nid de malheur qui dormait depuis un temps révolu, volcan endormi autour duquel s’établissait notre village.
Je revoyais soudain des hommes en robes blanches, qui plaçait dans la cage un peu plus loin, une femme qui tentait de se débattre avec violence alors qu’on refermait sur elle un dôme vitré. J’observais sans voix  un gaz jaunâtre injecté dans ce cocon et le corps se déformer sous des déformations atroces de la chair qui suppurait de toutes part alors qu’elle se déchirait le visage en hurlant.
Je voyais des sourires dur les visages en faucille de ces scientifiques. Je les voyais partir en abandonnant à la main,ils avaient enregistré les valeurs tout était parfait. Ils laissèrent choir le sarcophage qui finit par recracher cette coquille démembrée qui avait été humaine.
Je comprenais tout alors, il n’y avait pas de cité des survivants, il n’y avait pas de cité de l’espoir, il n’y avait que le mausolée maudit ou était née le plus grand de nos maux, et ou il reposait. Nous n’étions pas les derniers héritiers d’une humanité défaillante. Nous étions les porteurs sains de notre propre trépas. Le mal qui ronge Pandora est le mal qui me ronge et est le mal qui ronge ici chacun de nous jusqu’à ce que chacun crève comme un miséreux. Il n’y avait pas de lendemain au delà des murailles, je contemplais devant moi lande dévastée par la folie des hommes. Et moi le premier de ces fous j’avais voulu défier cette destinée, défier un dieu?
 Je riais d’une joie désespérée en m’approchant et me relevant marchait comme un possédé vers l’une des vitre. Mon poing l’écrasa d’un seul coup et se macula d’un rouge vermeil. Je ne sentais même plus la douleur, je n’étais que l’hôte inutile d’un parasite immortel qu’avais-je à ressentir?

Je faisais un pas vers le vide. Devant moi se dressa alors une dernière fois l’image immaculée de cette jeune fille aux yeux clos.
Pris d’un dernier remord je lui lançait« Adieu Pandora, adieu. Tu m’as redonné le goût de vivre au moment ou je me résignais. Je te dois toutes mes souffrances mais ma seule joie aussi.»
 Dans un dernier soubresaut d’orgueil, je fis le dernier pas et basculait dans le vide,  hurlant un chagrin que je ne me connaissais pas.

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Texte 6 : Mandraganon

Je me relevais péniblement, mes jambes me faisaient affreusement mal.
Autour de moi, tout n’était que cendres, flammes et gravats. Tout était détruit.
L’air était occupé par une fumée épaisse qui me piquait les yeux

Comment ça a pu arriver ? Pourquoi c’est arrivé ? Qu’est ce qui s’est passé ?

Je ne me souvenais de rien. Je fis quelques pas en titubant, comme avait l’habitude de faire les gens qui sortaient du café en face de la maison.
Au loin, j’aperçus une carcasse métallique défoncée. Intrigué, je fis un gros effort pour me trainer vers cet objet. Au bout de quelques mètres, j’entendis des cris, des pleurs, de la souffrance.

Soudain, un homme courut dans ma direction en gémissant, il brûlait !
Il tomba tout près et me supplia de l’aider en tendant vers moi son bras mordu par les flammes. Terrorisé, je n’osais faire un pas, je ne faisais plus aucun mouvement et regardais cet homme comme on regarde un chien battu par ses maîtres. On veut l’aider mais on ne peut pas l’aider. Peu de temps après, il m’imita, il ne bougea plus, la face contre les cailloux défoncés de la route, les flammes léchant encore son corps. Je me mis alors à pleurer.

De la tristesse envers cet inconnu ? Un sentiment de culpabilité ? Ou simplement la fumée qui me brûlait les yeux ?

Je ne saurais le dire. Laissant l’homme mort sur la chaussée, j’avançais encore en direction de ce morceau de métal. Un peu plus loin, je trouvais des corps sans vie et d’autres bougeant encore, les premiers me firent pleurer, les seconds me donnèrent la nausée.
Je voulus faire une pause pour me ressaisir mais l’odeur insoutenable me fit reprendre la route. Pensant avoir vu l’horreur à l’état brut, je ne ressentais déjà plus rien en les contemplant mais on allait me montrer que j’avais tort.
J’avançais encore et toujours quand mon attention fut attirée par…


Une larme roule sur ma joue et s’écrase sur mon cahier.

Papa ! Maman !

Je fonds en larmes. Après quelques minutes, je reprends mon récit, inondant quasiment la page sous des torrents de larmes.

Je courus vers ces deux personnes allongées sur le trottoir. J’eus beau secouer ma maman, elle restait immobile, plongée dans ce profond sommeil qu’on appelle la mort. La délaissant avec peine, j’essayais avec papa. Il bougeait encore.

Miracle ?

Non, je ne l’avais retrouvé que pour le reperdre à nouveau. Me fixant de ses yeux ternes autrefois si rieurs, il me sourit (un sourire ressemblant plus à une grimace) et se détourna pour rejoindre maman dans son sommeil.


Je ferme mon cahier, cette histoire m’est trop injuste. Je savais que mes parents allaient mourir un jour ou l’autre mais je ne pensais pas si tôt.
Assis sur la statue brisée de la victoire ailée, près de laquelle j’ai trouvé ce cahier, je jette mon stylo par terre et je fixe l’horizon, seul, triste. Ouvrant et refermant machinalement l’ouvrage entre mes mains, je tombe sur un texte que je n’avais pas vu avant, ce n’était pas moi qui l’avais écrit mais sans doute le précédent propriétaire. Espérant me changer les idées, je lis.

Comme vous le savez, notre planète est en grand danger et toutes les populations de tous les continents le sont également.
L’astéroïde dont les scientifiques avaient prévu la trajectoire depuis longtemps déjà n’est plus désormais qu’à quelques millions de kilomètres de se fracasser sur la Terre et d’anéantir toute forme de vie existante sur la surface de notre planète.


Mais ! C’est vrai ! Le choc m’a sans doute fait perdre la mémoire.

Il y avait un astéroïde !

Depuis ma naissance, on en parlait qu’il allait s’écraser sur Terre, je ne pouvais pas ne pas être au courant. Cherchant des réponses à mes questions, je poursuis ma lecture.

Pour pallier à cette catastrophe, le gouvernement a donc décidé d’organiser une opération périlleuse pour tenter de sauver la planète.
Une ogive nucléaire sera donc lancée cet après-midi en direction de l’aérolithe dans l’hypothétique espoir de le détruire ou de réduire suffisamment sa taille pour qu’il puisse se désagréger entièrement lors de sa rentrée dans l’atmosphère.


Je comprends difficilement les mots utilisés dans ce paragraphe mais je réussi tout de même à cerner l’idée principale. Je trouve cette idée particulièrement débile, on la croirait sortie de la tête d’un cinéaste ou d’un navet de film américain plutôt que d’un scientifique.
Papa disait toujours que le nucléaire était trop dangereux pour qu’on l’utilise. En plus, l’opération n’a pas du marcher d’après ce que je vois. Rien n’a été empêché.
L’astéroïde nous a percuté et a tout détruit.
Bon, continuons cette lecture.

Aujourd’hui est un grand jour pour l’histoire de l’humanité car, c’est aujourd’hui que le gouvernement va lancer son opération de sauvetage de la planète.
L’ogive nucléaire, cette immense masse métallique…


C’est donc ça qui repose éventrée, un peu plus loin.

Mais que s’est-il passer ?  Pourquoi est-elle encore sur Terre ?

… est amenée sur sa rampe de lancement. Le décollage est imminent à l’instar du sauvetage de la Terre. C’est…
Un grand trait signe la fin du texte.

Pourquoi ce journaliste n’a-t-il pas fini sa phrase ? Quel évènement a pu…

C’est à mon tour de m’arrêter, je viens de repérer dans le ciel, une chose qui me fait frémir d’angoisse. Un immense caillou enflammé qui semble se diriger vers le sol.

Voilà ! Voilà la réponse à mes questions !

L’opération du gouvernement a échoué, leur engin s’est écrasé sur Terre et a explosé.

Voilà pourquoi tant de morts ! Voilà pourquoi cette carcasse éventrée ! Voilà comment c’est arrivé ! Voilà pourquoi j’étais là avec papa et maman !

Tiens ! Ma mémoire m’est revenue. Tout dans ma tête est de plus en plus clair.
Nous sommes venus voir notre dernier espoir de survie et résultat, ils ont rencontrés la mort et moi, une solitude pesante.
C’est vrai, je suis seul désormais, quelques flammes par-ci par-là, mais sinon, je suis seul avec mon livre, mon stylo et mes souvenirs.

Que faire en attendant la mort ?

Dure question que celle-ci, mais je me la pose pourtant, je ne peux rien faire d’autre que d’attendre mon heure à part écrire.

Mais écrire quoi ?

Je ne sais pas. Levant la tête vers le ciel pour trouver une quelconque inspiration, je vois cette menace, elle est toujours là, au même endroit.
En fait, elle m’est plutôt familière, cela fait 10 longues années que je vis et cela fait 10 longues années que je vois ce point lumineux dans le ciel. Elle est juste un peu plus grosse maintenant.
Papa me disait toujours que cette chose représentait « inéluctablement » notre fin et qu’elle pourrait arriver plus tôt que prévu. C’est maintenant que je me rends compte qu’il avait raison, même si je ne saisi toujours pas le sens du mot « inéluctable ».

La fumée disparaît peu à peu et je me rends compte que le jour s’est levé, sans doute le dernier jour que je passerais sur cette Terre.
Je trouve la situation étrange, je sais que le monde va s’arrêter, je sais que je vais mourir dans peu de temps et je ne m’inquiète pas plus que ça. Je n’ai aucune angoisse, j’accepte la chose avec fatalité, je ne peux pas m’y soustraire alors pourquoi est ce que j’essayerai ?
Je reste là à penser de choses et d’autres, je ne peux qu’attendre de toute façon.
Alors, j’attends. Je compte les secondes, les minutes. Dans le ciel, la chose avance, elle sera là d’ici une heure, peut être moins. Je ne sais pas.
Mon regard s’abaisse et se pose sur le clocher de l’église en face de moi qui s’élève dans le ciel, dans l’aurore.

Et la religion, que fait-elle la religion ?

Une personne toute puissante qui tire les ficelles et veille sur notre monde ?
Il m’est bien difficile d’y croire actuellement en voyant toute cette destruction, ces maisons, ces routes. Seule l’église est encore debout, cela pourrait être un signe d’une puissance supérieure, d’une protection divine pour ce lieu de culte mais je n’ose y croire, je pense plutôt à un coup du sort.

Comment un dieu pourrait-il faire souffrir ses sujets, ses adeptes alors qu’ils lui vouent un culte, qu’ils l’adorent ?

Non ! La religion est plutôt un asile. Un asile du besoin dans lequel les croyants se réfugient pour avoir l’illusion d’une autre vie après la mort, pour avoir l’impression que tout leur est dicté et qu’ils ne peuvent rien faire pour y empêcher. L’homme se repose sur la religion pour avoir un guide spirituel plutôt que d’être lui-même son propre guide. Oui, quand je contemple ce désastre, je pense que la religion n’est qu’illusion.

Le jour est bien levé désormais, la chaleur est suffocante, la mort s’approche à grand pas de moi. Plus que quelques minutes maintenant, des minutes qui vont me paraître des heures voire des jours car je n’ai plus aucune notion du temps. Je n’ai que 10 ans mais je me sens déjà vieux, toute cette journée ne fut qu’une longue et terrible souffrance qui m’a forgé, qui m’a préparé à la mort.

Tiens, mais je pense à une chose, pourquoi moi ? Pourquoi j’ai été rescapé de cette horreur pour mourir un peu plus tard ?

Je ne saurais le dire. En tout cas, je ne vais pas tarder à rejoindre mes parents dans ce long sommeil. J’ai de plus en plus chaud. Je ne pensais pas mourir aussi vite mais mon existence fut à peu près heureuse donc je ne regrette rien. La chaleur est maintenant suffocante. La terre tremble, je me dresse sur mes pieds et attends, je ne puis rien faire d’autre.

Je repense une dernière fois à mon passé et me dis qu’après tout, c’est normal de mourir, je ne suis que le dernier. Mais au fait, suis-je vraiment le dernier ?


Une incroyable détonation retentit au loin…

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Texte 5 : Mentalink

Nous sommes si peu. Si seulement il en restait plus encore sur Terre. Peut-être que tout irait mieux. Sans doute le monde reprendrait de ses couleurs. C’est comme ça depuis que je suis né. Toutes les couleurs se perdent. Toutes. On m’a souvent parlé du « vert » mais je ne sais pas à quoi ça ressemble. Du haut de mes dix ans, je n’ai pas eu l’occasion de connaître beaucoup de couleurs, la plupart ayant déjà disparu… Si seulement, si seulement les gens se rendaient compte de ce qu’il se passe. Tout est plus grave qu’ils ne le pensent. Bien sûr, nous savons, parce que nous sommes les derniers de notre « race ». Papa m’a dit qu’au tout début, les scientifiques ont étudié les yeux des gens et se sont rendu compte que cela ne venait pas de là, mais que c’étaient les couleurs qui disparaissaient réellement… fait inexplicable pour eux. Moi et ceux qui sont comme moi savent. Mais encore une fois nous sommes si peu. C’est triste. Au fur et à mesure que les couleurs se perdent, la gaieté aussi, mais surtout, les choses semblent si… mortes. Je sais que je ne devrais pas penser à la mort à mon âge. Maman me l’a interdit, elle trouve ça « vraiment stupide, et pas adapté à un petit garçon ». Mais Maman ne sait pas que je suis comme eux. Maman ne peut pas se douter une seule seconde de la force que je possède. Et ils ne peuvent pas… imaginer… une seule seconde que tous les humains, il y a des centaines d’années, savaient le faire. Mais que cette force a fini par disparaître, jugée comme « futile ». C’est à cause de ça que les couleurs se perdent. Et moi, je sais que d’ici quelques années, le monde va arrêter de tourner. Vraiment. Et surtout, je sais pourquoi. Mais ça je ne l’ai pas su tout de suite, non. Cette révélation, c’était il y a longtemps déjà… Mais je m’en souviens parfaitement…

Je n’avais que six ans à l’époque, et je me dirigeais à l’école comme tous les enfants de mon âge. En réalité, c’était ma rentrée à l’école primaire. Je me souviens que j’ai pleuré quand Maman m’a laissé devant l’école. C’est vrai, c’est plutôt angoissant la première fois… On ne sait pas trop quel professeur on va avoir, comment ça va se passer. On a peur évidemment. Je ne pouvais pas me douter que ça se passerait… comme ça. J’ai tout d’abord séché mes larmes et je suis entré, avec mon cartable sur le dos, rempli de quelques cahiers et de la trousse que Maman m’avait acheté. J’ai vu des filles passer à côté de moi et j’ai empêché un sanglot, par fierté. Puis le professeur est arrivé. Il était plutôt jeune, du genre vingt ans. J’étais un peu rassuré parce qu’il avait un visage qui inspirait plutôt confiance et puis, les gens jeunes sont plus gentils souvent. Enfin c’est ma Maman qui m’a dit ça. Que si j’étais perdu il valait mieux que je parle à des gens jeunes pour retrouver mon chemin parce que les gens jeunes sont gentils. Alors du coup j’avais complètement oublié ma tristesse. On est monté au premier étage avec le reste de ma classe et puis on s’est assis sans faire d’histoire. Le professeur Larot s’est présenté, et certains dans la classe ont pouffé et ont fait des blagues en entendant son nom. Ils disaient « le rot ». Je n’ai pas trouvé ça très drôle. Finalement le professeur a frappé un peu sa main sur son bureau et tout le monde s’est tut. Comme c’était le premier jour il a voulu faire notre connaissance, seulement voilà : on ne savait pas encore écrire, et il était difficile pour lui de demander à chacun un par un. Alors il nous a distribué des feuilles blanches et nous a demandé à tous de dessiner un arbre. J’ai trouvé cela un peu bizarre mais ça m’a plu, tandis que tous les autres grinchaient. On avait droit à tout plein de choses pour le faire : craies, feutres, crayons, gouache. J’ai décidé d’utiliser tout. Bien sûr je n’avais aucune idée d’à quoi ressemblait le vert, la couleur des feuilles et des végétaux m’avait-on dit. Alors j’ai décidé de faire les feuilles en bleu. Lorsque ça a sonné, on a rendu nos arbres et on est allé jouer dans la cour. Pour ma part je suis resté assis à ne rien faire parce que je ne connaissais personne dans l’école, enfin pas encore. Lorsqu’on est remontés et qu’on s’est assit, le professeur m’a dit qu’il voulait me voir. Évidemment comme tout enfant de mon âge, j’ai eu peur. Je me demandais ce que j’avais fait de mal. Je me suis quand même levé et puis il m’a demandé de le suivre et a dit aux autres enfants de rester sage pendant ce temps-là. On est sorti de la classe et puis on a traversé tout le couloir pour se diriger vers les escaliers. Il n’a pas parlé du tout pendant ce trajet. J’ai remarqué qu’il tenait mon dessin dans la main. Moi j’avais toujours aussi peur. Et ça a été pire quand on est carrément sorti de l’école. Je m’attendais pas du tout à ça. Et là il est arrivé devant sa voiture et m’a regardé un instant, puis s’est mit à observer les alentours avec attention. J’étais jeune, je ne comprenais pas ce qu’il faisait. Je ne pouvais pas me douter… Il m’a soudain plaqué la main contre la bouche, et m’a entouré de son autre bras, pour me jeter à l’arrière de sa voiture, puis il est rentré à l’avant et a fermé les portières. Complètement épeuré, je me suis mis à crier sans relâche jusqu’à ce que ma gorge me fasse souffrir. Il a simplement dit :
- Ça ne sert à rien, ma voiture est insonorisée.
Je me suis alors mis à pleurer. Désespéré sans doute, j’ai pensé à Maman. Je me demandais surtout ce qu’il se passait. Si j’allais la revoir un jour. Si quelqu’un allait me retrouver. C’est au bout de dix minutes de route qu’on s’est arrêté, et qu’il m’a fait sortir, mais en prenant soin de remettre sa main sur ma bouche pour que je ne crie pas. Nous étions juste à côté d’un parc, dans lequel j’allais souvent avec Papa parce qu’ils y faisaient des crêpes très bonnes. Il n’y avait personne parce que c’était un Jeudi matin. Il m’a fait passer par des allées d’arbres que je n’avais jamais empruntées et puis d’un seul coup il a bifurqué à droite. Ensuite, il m’a arrêté, et m’a attaché un bandeau autour des yeux pour que je ne puisse plus rien voir. J’ai commencé à avoir vraiment très très peur. C’était si soudain et incroyable que je me suis mis à croire que c’était juste un mauvais rêve. Il a guidé ma marche pendant quelques minutes et puis lorsqu’il a retiré le bandeau, j’ai réalisé que nous étions désormais à l’intérieur d’un bâtiment. Tous les murs semblaient être en fer ou quelque chose du genre. C’était une grande pièce circulaire avec plein d’ordinateurs, et un grand écran sur le mur au centre. Le professeur m’a laissé là et est allé parler à des gens qui se situaient devant les ordis. Alors j’ai un peu observé la salle et mon attention s’est fixée sur des affiches sur les murs. Je me souviens parfaitement de ce qu’elles disaient. Sur l’une d’elle était écrit « Le miroir flottant se souvient des brises ». Sur une autre : « Ils dansent lentement en pliant l’hommage d’un verre ». Et enfin on pouvait lire sur la troisième : « Clarifie tes leviers d’innombrables lances, je ne sens pas l’immortel télescope gris ». Ces phrases m’ont d’abord fait rire. Et puis j’ai senti quelque chose de précieux en elles. Comme si elles exprimaient beaucoup de choses.
Soudain le professeur m’a tapoté l’épaule et m’a sorti de mes réflexions encore enfantines. Il était accompagné d’un homme, plus vieux que lui. Celui-ci arborait une chemise blanche, avec une poche sur la poitrine, à laquelle pendait un stylo bille. Sa chemise rentrait dans son jean bleu ciel qui pendait sur ses baskets noires. Il souriait derrière une moustache grisonnante, et ses cheveux… semblaient manquer à l’appel. Je ne sais pas pourquoi - sans doute le sourire ? - mais il m’a semblé rassurant. Il m’a observé et puis a demandé au professeur :
- Alors, c’est ce petit bout qui a réalisé ce dessin ?
- Aussi surprenant que cela puisse paraître…, lui a-t-il répondu.
- Magnifique !
Tout curieux, j’ai simplement osé :
- Qu’est-ce qu’il a mon dessin monsieur ?
Ils ont tout les deux sourit alors je me suis dit que je n’avais plus rien à craindre. Le professeur m’a invité à m’asseoir devant un ordinateur et a ouvert un fichier texte puis m’a demandé d’écrire une histoire. L’exercice me plaisant, je me suis mis à pianoter le clavier avec joie. Lorsque j’eus fini, ils l’ont lue avec empressement, après quoi ils se sont exclamés de bonheur. J’avais pourtant simplement écrit l’histoire d’un homme qui devient de plus en plus grand, à tel point qu’il devient le porteur de la galaxie. Je devais manquer d’inspiration ce jour-ci… Quoiqu’il en soit mon texte leur a beaucoup plu. Alors le professeur Larot et son ami m’ont traîné dans une autre pièce dans laquelle se tenait une grande machine reliée à un énorme tube de verre rempli d’eau. Cette machine était reliée un ordinateur seulement.
- Vois-tu mon petit, a commencé l’ami de mon professeur, je pense que tu es au courant que le monde perd ses couleurs. Et il me semble que tu remarques aussi qu’une fois qu’il n’y aura plus de couleurs dans ce monde, il deviendra totalement triste et sans vie. Ici, nous avons compris la cause de tout cela, et nous tentons de l’empêcher. Je vais t’expliquer.
Après ces mots - je n’avais pas tout compris - il a pris mon dessin et l’a scanné sur l’ordinateur, puis a mis mon texte sur l’ordinateur également, à l’aide d’une clé USB. Et c’est après quelques manipulations de sa part sur le clavier, que j’ai vu la chose la plus merveilleuse de ma vie. Là, dans ce tube de verre sur la machine. L’eau à l’intérieur prenait une couleur que je n’avais jamais vue avant… Quelque chose de magnifique et incroyable. On m’a expliqué après que c’était du orange. Superbe. Mais j’ai commencé à avoir mal à la tête. C’était également un choc de recevoir cette couleur d’un seul coup. Je ne l’avais jamais vue. Je buvais du jus d’orange en noir et blanc. Je mangeais des clémentines en noir et blanc. Alors voir cette couleur, à six ans, c’était quelque chose de si inattendu et perturbant. Mais je m’y suis accoutumé et je la trouvais de plus en plus belle. C’est alors que le professeur Larot m’a annoncé :
- Tu ne t’en rends pas compte mais tu possèdes une force que presque personne n’a plus…
- C’est quoi ? ai-je demandé.
Il a marqué un petit temps d’arrêt, m’a regardé dans les yeux et m’a dit :
- L’imagination. Tu peux inventer des choses de toute pièce sans te référer à quelque chose que tu connais déjà. Les gens d’aujourd’hui ne savent plus faire ça. Ils utilisent leurs souvenirs la plupart du temps. C’est triste. Et les gens qui ont encore de l’imagination, comme mon ami et moi sont si rares. C’est une aubaine que je t’ai trouvé, crois-moi.
J’étais totalement surpris. Je n’étais pas sûr d’avoir tout compris bien sûr mais l’essentiel était rentré. Il a continué :
- Cette machine que tu vois là a été conçue par nos soins après beaucoup de recherches. Elle permet d’utiliser l’imagination pour faire renaître certaines couleurs disparues. Le problème c’est que ça ne dure pas éternellement. L’imagination est une énergie qui se perd très vite. Je crois que tu as vu les affiches sur les murs ? Ce sont des phrases d’imagination pure. Les mots ne cherchent pas à former un sens. Nos ancêtres appelaient cela « l’écriture automatique ».
Aussitôt qu’il eut fini sa phrase, la belle couleur orangée que je fixais toujours s’est dissipée pour laisser place à la transparence habituelle de l’eau.
- Tu vois, a-t-il constaté. On cherche actuellement un moyen de conserver les couleurs créées mais ça semble compliqué. Très franchement…
Il s’est arrêté de parler et a regardé son ami qui lui a fait un « oui » de la tête. Puis il a reprit :
- Il faut que je te dise qu’on a étudié très clairement le phénomène, et… Il est clair que lorsque toutes les couleurs du monde auront disparu… Alors celui-ci va s’arrêter, tout simplement.
Je ne m’attendais pas à quelque chose d’aussi terrible. Je pense que personne ne peut se douter. J’ai décidé d’appeler cet instant « ma naissance », parce que c’est là que j’ai réalisé la force que je possédais, mais aussi que le monde était proche de sa fin. Une fois toutes ces révélations faites, le professeur Larot m’a reconduit à la sortie, et m’a de nouveau bandé les yeux, puis m’a ramené à l’école, comme si de rien était. J’ai passé les heures et les jours suivants à penser à tout ça. J’étais effrayé à l’idée que tout s’arrête, la vie, les choses… Je ne voulais pas mourir, perdre les gens que j’aime comme Maman… C’est une période où je me suis mis à penser beaucoup à la mort, et même à en faire des cauchemars, voire à n’en plus dormir du tout… Je faisais des crises d’angoisse bien souvent en plein cours. Et puis Maman m’a pris rendez-vous avec un psychologue. Je lui ai beaucoup parlé et c’est allé mieux avec le temps.
Maintenant je suis en CM2, puisque j’ai dix ans. Et récemment je suis allé voir le professeur Larot, parce que je vais bientôt aller au collège. Je l’ai interpelé alors qu’il était dans un couloir et je lui ai demandé :
- Monsieur, vous savez l’endroit avec la machine ? Vous pourriez m’y emmener à nouveau ? J’aimerai bien revoir de nouvelles couleurs…
Il m’a fixé un instant puis a simplement dit en rigolant :
- Mais qu’est-ce que tu racontes ? Tu as beaucoup d’imagination dis moi !
Et puis il est parti.

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« Modifié: samedi 23 juin 2012, 16:10:26 par Prince du Crépuscule »


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« Réponse #24 le: samedi 23 juin 2012, 14:50:20 »
Texte 15 : Nehëmah

Lorsque la pluie de mai viendra

Le bout de pixels s'effondre. Terrassé par un ennemi que le side scroll n'a certainement pas prévu et qu'il est impossible d'imaginer à moins de connaître par coeur les patterns de l'IA. Ecrites en lettres sanglantes et accompagnées d'une voix digitalisée, la mention game over s'affiche à l'écran.
Je donne aussitôt un coup dans l'écran en me déversant de toute ma rage.
« Mais quel jeu de merde ! Ca fait depuis des années que j'essaye de le terminer et je n'y arrive toujours pas ! »
Je me rends alors compte que je n'ai pas besoin d'en parler à haute voix. Ce jeu est véritablement de la merde, injouable, d'une difficulté aberrante, aux concepts archaïques... Je ne peux pas me contrôler quand j'y joue, et je ne peux pas m'empêcher d'y jouer. En même temps, ça fait depuis tellement longtemps que les jeux vidéo ont disparu... J'ai juste trouvé une vieille borne dans la ville, désormais déserte. Plus personne ne vient, et je ne sais toujours pas ce qui se passe. Je me promène à mon gré, je fais ce que je veux et la liberté est un concept qui m'apparaît concret.
Maintenant que j'ai fait mes crédits du jour, je vais tenter de me trouver un peu à manger, des trucs colorés et sucrés si possible. Car la couleur et le sucre c'est la vie, ça pétille, et la ville est tellement morte que quand je mange coloré, ça rend un peu de vie à tout ce qui m'entoure. Je n'ai juste qu'à m'imaginer que des gens sont là, et je suis presque certain qu'ils existent.
« Bonjour Jérémy, me lance d'ailleurs le barman.
-Un coca et une petite pochette de M&M's, chef ! »
Je me lève de ma chaise et je vais me servir. Il reste encore plein de réserves, et j'ai l'impression qu'il en restera pour toute ma vie. Je regarde à l'intérieur du bar et j'analyse. Mêlées aux senteurs sucrées, je ne vois que des vitres vieillies par le temps, et je reconnais l'odeur du jaunâtre. Il y a quelque chose d'âcre, quelque chose qui m'évoque la poussière. C'est une odeur rassurante, une odeur qui me rappelle que je suis à l'abri quand il pleut ou quand le soleil est trop cruel.
Quand j'y repense c'est vraiment bizarre. Les gens sont partis d'un coup, je ne sais même plus quand c'était, et je ne sais même plus pourquoi. Pourquoi ils sont partis et pourquoi ils m'ont laissé. Ma maman et mon papa faisaient-ils partie de ces gens-là ? Même cela je ne m'en souviens plus. La serveuse m'accoste à ce moment.
« Guillaume, tu as encore grandi ! me dit-elle. Tu vas bientôt avoir dix ans, quel grand garçon !
-Oui, c'est demain ! »
C'est vrai, j'avais oublié que demain c'était mon anniversaire ! Je sais pas quel cadeau m'offrir. D'ailleurs, je me dis que c'est la coutume, mais rien ne m'oblige à la respecter. Et puis je me demande pourquoi le barman et la serveuse m'appellent par des noms différents. Est-ce que papa et maman avaient pas envie que je m'appelle pareil ? Je me pose peut-être trop de questions, mais il n'y a qu'elles qui m'occupent l'esprit. Je décide de profiter du ciel dégagé pour aller un peu m'amuser dehors et faire un peu d'exercice.
Je sors du grand bâtiment et c'est un autre univers qui se profile. Une ville, un ciel clair, des nuages qui se laissent docilement porter par le vent. Une brise d'air souffle dans les arbres, et alors ils se mettent à chanter de jolies comptines. Plus loin, j'entends un jerrican qui se renverse, résonnant sur le bitume. Je m'attends à attendre un chat miauler, mais rien ne vient. Pas de bruit, rien ni personne ne répond à l'impatience du jerrican et soudain je me demande quel est le bruit d'un chat qui miaule.
Je me laisse porter par mon corps, je me mets à courir vers un endroit, je sais pas lequel. Peu importe. Je cours tant que je peux, car ce sera bientôt terminé et je le sais depuis le début. Je profite de l'instant présent, je cours, je me sens vivant et libre, j'imite un chat qui miaule. Ouaf ouaf ! Je me dis que ce n'est pas authentique.
J'arrive tout essoufflé devant une balançoire. Je m'installe dessus et je plie mes jambes : la machine se met en marche. Je vais de plus en plus vite, l'air sur mon visage, l'air dans mes cheveux, les guilis au ventre, je vais bientôt toucher le ciel et soudain je saute ! Je me rattrape plutôt mal, mais je m'en fiche pas mal. Je lâche juste un petit « Merde » de circonstance et je pars ailleurs. Je boite quelques pas, puis j'oublie la douleur, j'oublie hier et je ne pense pas à demain.

Le bout de pixels s'effondre. J'y étais presque ! J'avais enfin dépassé cet ennemi ! Il m'a fallu du temps pour le battre ! Pour me souvenir qu'il était là ! Et pour me faire penser à réagir à sa présence ! Et voilà, je perds contre le boss de fin !
Je suis tellement en colère que je sors, j'entends à peine la serveuse me souhaiter que j'ai encore grandi et que je vais bientôt avoir onze ans.
Dehors, il fait trop chaud. Les nuages ont déserté à leur tour la ville, et je ne vois qu'un ciel bleu, infini, découpé par les silhouettes de la ville ; les poteaux, les grands immeubles et les monuments historiques qui ont perdu toute leur histoire. La voûte céleste est écrasante, et le sol projette de violentes bouffées d'air chaud. Je fais quelques pas en observant le phénomène : j'ai l'impression que ce conflit muet est un conflit universel, qui menace de détruire toute vie sur terre. Seul, piégé entre les deux, je suffoque, et je trouve rapidement la piscine, encore entretenue comme si on l'entretenait tous les jours.
L'eau est l'élément parfait. Il possède la couleur du ciel, et l'attraction de la terre. Lorsqu'on est sur la terre, on est au fond d'un gigantesque bocal, on regarde toujours vers le ciel en se demandant s'il s'agit d'une véritable surface, et dès que les deux grondent et se défient durant des après-midi de canicule, alors la pression augmente au fond du bocal. Mais le souci réside précisément dans le fait qu'on soit au fond du bocal ; l'élément aquatique, quant à lui, produit un doux effet de flottement qui élève l'âme. Parfois, c'est en réfléchissant de la sorte que j'imagine tous les habitants disparus à la mer. Je crois qu'ils sont partis pour de grandes et longues vacances au bord d'une grande et longue plage.
Alors que mes pensées flottent à mon image, je me souviens que la fin arrivera bientôt. C'est prévu. Je ne sais pas quand ni comment, mais j'angoisse dans ces moments. J'ai du mal à le retranscrire car ça ne me concerne pas aujourd'hui, ça ne me concernera que demain. Aujourd'hui, l'angoisse que je ressens est abstraite et surtout dominée par ma capacité à la contenir. Depuis le temps que je suis tout seul dans cette ville, je me suis habitué à me rassurer seul, à survivre dans un univers figé, où le temps ne passe que pour moi et pour tout ce qui m'entoure. J'essaye de me rappeler les raisons du départ de mes voisins, de mes semblables, mais je ne trouve rien. Parfois, je me dis que le départ à la plage est une idée enfantine et que je ne suis plus un enfant, parfois je me dis que ce n'est pas une si mauvaise idée.
Comme je flotte, mes soucis s'évadent. Je n'ai pas besoin d'oublier hier et je ne me rappelle plus de demain. Ce sera bientôt fini, je ne sais ni quand, ni pourquoi, ni comment, mais seules mes sensations de l'instant comptent.

Le bout de pixels s'effondre enfin ! C'est au terme de si longues années que je réussis enfin ce jeu ! J'ai tué le boss de fin, à moi la liberté ! J'ai même l'impression que quelques personnes sont revenues pour partager ma joie !
« Tu sais, Alexandre, c'est demain ton anniversaire tu auras douze ans, déclare la serveuse. Tu auras douze ans et alors tout cessera d'exister. »
Je me rappelle enfin de l'importance de demain et je n'oublierai plus jusqu'à la fin tout ce que j'ai pu faire la veille. Je réclame gentiment un peu de coca au barman mais il me répond qu'il ne reste plus rien. L'abondance est terminée, je dois enfin me métamorphoser et grandir, mais je ne pourrai point le faire : demain je cesserai d'exister.
Je pense que demain je partirai à la plage et je m'en irai flotter docilement. Je retrouverai alors les gens qui ont disparu de ma ville, et peut-être qu'un nouvel habitant me remplacera et continuera d'exister à travers ce monde illusoire. Il fera peut-être des jeux vidéo, il fera peut-être de la balançoire, peut-être de la piscine et sortira peut-être sous la pluie.
Je pousse la porte et je me prépare à affronter l'averse. Les nuages sont revenus, gris, menaçants. Ils créent une atmosphère hors du temps, mais je me dis que n'importe quel climat peut créer une atmosphère hors du temps, le véritable moyen de la créer, c'est tout simplement une ville sans personne pour la parcourir.
Le bitume déverse son amertume dans mes narines ; la chaleur qu'il avait accumulée se refroidit, s'évapore et monte dans les airs. Je m'avance d'un pas, et je m'initie à ma dernière douche. En quelques minutes, je suis définitivement trempé et je continue d'avancer. Il ne fait pas froid, j'ai juste la sensation d'être définitivement au fond de la piscine, dans une ambiance de mélancolie poignante. Je me dirige enfin à ma maison, celle où je vivais il y a tellement longtemps. Je traverse les rues tel un fantôme qui ne se soucie des murs et des frontières. Je flotte oui, je ne marche plus vraiment. J'arrive à la fin de mon existence, c'est bientôt, mais il n'y a que maintenant, à l'instant, immédiatement, tout de suite, que je m'en rends compte. Avant, ça n'avait pas d'intérêt, demain ça n'en aura plus.
Je laisse glisser quelques larmes. J'étais bien ici. Abondance, plaisir, solitude. Lorsque je serai parti, tout retournera au blanc et deviendra un infini immaculé, un monde des peut-être et des possibles qui m'aura oublié à son tour. Comment cela va-t-il se passer ? Deviendrai-je une carcasse puante ? Ferai-je partie d'une infinité d'oubliés ? Est-ce que ce sera douloureux ?
Je prends une grande inspiration, bruyante ; je prends une bouffée d'air, mais je l'expire aussitôt, laissant fuir mes pleurs. Je ne veux pas les prendre avec moi, les laisser eux aussi dans l'instant présent.
Je pousse la porte de chez moi, rien n'a changé. Je suis une présence qui dérange l'imperturbabilité du lieu. Je suis trempé, et je me sèche enfin. La pluie m'a vidé de ma chaleur, mais je la récupère enfin. J'existe, dans ce lieu, dans ce moment. Dans quelques phrases, j'aurai disparu. Mais je peux encore raconter des choses, j'ai encore des choses à dire.
Le lit m'attend, impavide. Je m'apprête à me coucher, à me blottir dans ma propre chaleur, mais je dois réfléchir encore un peu. Là, ici, j'existe, pourtant je pense que je vais me réveiller enfin, je vais quitter cette existence pour en rejoindre une autre, dans des formes qui n'auront plus de lien avec la présente. Je vais devenir abstrait, je me détacherai de tout, d'ici. Des souvenirs resteront, gravés dans cet infini, inscrits par la pensée. Mes doutes, mes questions et mes sensations seront à jamais la preuve que cet endroit a existé, et moi aussi, l'espace d'un instant.
Je regarde l'heure. Il est 23 h 59, j'ai encore le droit d'exister pendant une minute.

Du vide. Je sens que je retourne au blanc.


J'entends des enfants qui s'amusent, le sable chaud, le roulement des vagues.





Je suis à la plage.








C'est la fin du monde.

















.


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Texte 14 : Great Magician Samyël

Freedom Call



Il viendra, je le sais.
Quand je regarde par la fenêtre, je vois des gens dans les rues, des femmes, des enfants qui jouent, d’honnêtes travailleurs. Les parcs sont fleuris, les fontaines ne cessent d’envoyer leurs jets harmonieux. Au-delà des remparts, les champs sont fauchés par les paysans en prévoyance de l’hiver à venir. Le fleuve glougloute joyeusement en scintillant sous la caresse du soleil.
Comment imaginer que tout ceci est sur le point de disparaître? Je ne le peux ; je ne le veux. J’ai cette certitude dans mon cœur : il viendra.
-Princesse, veuillez cesser de rêvasser, et reprenez votre ouvrage.
C’est ma vieille gouvernante qui m’arrache à mes pensées. Je ne l’aime pas trop. Elle est laide et sa voix est trop autoritaire. Je préférais l’ancienne, mais elle est partie dans son village natal quand elle a appris que l’Ennemi s’en approchait. Elle n’est pas revenue. Elle ne reviendra pas.
-Pardonnez moi. J’étais distraite.
-Je l’ai bien vu, me réprimande la vieille harpie. Que cela ne se reproduise plus. Ce n’est pas digne d’une Princesse.
-Oui, madame.
J’ai envie de hurler. Je me retrouve là, à broder des blasons sur des vêtements pour enfants alors que, à quelques dizaines de lieues à peine ser Lancelme livre une bataille cruciale contre l’Ennemi. Pourquoi devrais-je prétendre que tout va bien, alors que, au contraire, rien n’a jamais été aussi tragique?
Le peuple -mon peuple!- a peur, et au lieu d’être avec eux, au lieu de les rassurer, de les préparer au mieux à cette épreuve que la Trinité nous envoie, je dois rester cloîtrée à la citadelle et broder de stupides blasons!
-Pensez vous que ser Lancelme… commencé-je.
-Je ne pense rien, et vous non plus, m’interrompt aussitôt la gouvernante. La guerre n’est pas du ressort des jeunes filles ou des gouvernantes. Laissez cela à sa Majesté votre Père et à ses conseillers militaires ; et veuillez tenir votre rang.
-Oui madame. Pardonnez moi.
Si l’Ennemi ne nous tue pas, ce maudit protocole, lui, le fera! Et peut-être de façon plus insidieuse et démoniaque!
Deux longues heures supplémentaires de broderie se sont écoulées avant que je n’obtienne le droit de prendre congé. A la citadelle, il règne un climat de peur presque palpable. Les courtisans et les dames de compagnie continuent de faire des courbettes, mais leurs sourires ne sont plus aussi éclatants, et les lueurs dans leurs yeux ont pris une teinte légèrement angoissée. Tout le monde sait que l’Ennemi approche, et si ser Lancelme devait revenir vaincu - et je prie la Trinité tous les jours que cela ne se produise pas-, alors il n’y aurait pour le Royaume aucun espoir. Nous finirons tous asservis, réduits à accomplir les moindres désirs de sombres maîtres maléfiques.
Je tremble rien qu’à cette idée. Ce serait tellement affreux! Et tous ces pauvres gens qui trouveraient la mort!
J’en étais là de mes réflexions, parcourant d’un pas lent et réservé un couloir de l’aile royale, quand j’entends un vacarme assourdissant, et des cris, en provenance de l’allée centrale. Je sais que ce n’est pas digne d’une Princesse, mais je relève ma robe et me hâte. Mon cœur bat la chamade ; j’ai comme un mauvais pressentiment. Ô mères bienfaitrices, faites que rien de terrible ne se soit produit!
Le Hall est dérangé par une foule de valets et d’hommes en armes -certains couverts de sang!- affolés. L’un des serviteurs m’aperçoit et s’approche en prenant un air horrifié.
-Princesse!, m’apostrophe-t-il. Vous ne devez pas rester là! C’est terrible! Retournez dans votre chambre, c’est la volonté de sa Majesté.
-Que se passe-t-il? Quelle est donc la raison de tout ceci?
-C’est le sieur Lancelme, votre grâce. Il… Ho c’est terrible! Terrible!
-Quoi donc? Où est-il?
-Avec sa Majesté dans la salle du trône. Mais vous ne devez pas y al… Princesse! Revenez!
Je ne l’écoute pas et je m’élance, aussi vite que ma stupide robe me le permet, le long du grand tapis rouge. A chaque foulée mon cœur se fait un peu plus lourd. Quelque chose s’est passé. Je n’ose pas trop y songer, mais pourtant je sais déjà quelle terrible fatalité nous frappe.
Les deux gardes en faction ont l’air indécis lorsqu’ils me voient arriver comme une furie.
-Ouvrez!, leur crié-je avec suffisamment d’autorité dans la voix pour qu’ils s’empressent aussitôt.
La salle du trône est lugubre, et les nombreux braseros qui y brûlent ne suffisent pas à réchauffer l’atmosphère. Deux haies de soldats et de chevaliers, certains blessés, encadrent la dépouille d’un homme en armure qu’on a déposée sur le dos les pieds face au trône, avec les bras croisés sur la poitrine, l’épée calée entre les poings. Mais il manque la tête. Un rond de chaire parfait et sanglant me fait face, et me stoppe dans un hoquet d’écœurement.
Père est présent. Il est assis sur son royal siège et je ne l’ai jamais vu aussi livide. Ser Fandral se tient à son côté, la mine défaite.
-… été brave, Votre Majesté. Le plus brave d’entre nous. Il a chargé avec le courage de cent hommes et nous étions derrière lui. Mais l’Ennemi… Nous avons été submergé. Au cœur de la bataille, le Seigneur Noir en personne est apparu. Ser Lancelme, la Trinité le garde, n’a écouté que son courage et s’est lancé à son assaut. Hélas il… Il n’était pas assez… fort. Aucun… Aucun d’entre nous ne l’était, votre Majesté.
-Et pourtant, vous êtes là, entends-je Père dire, comme dans un rêve, avec une pointe de reproche et de colère dans la voix.
-Oui, votre Majesté… Je… Pardonnez moi votre Majesté.
Ser Fandral s’agenouille alors, et je le vois éclater en sanglot.
-Votre Majesté me pardonne! Le Seigneur Noir! Il me tenait à sa merci. Mais il m’a épargné pour… Pour que je vous amène la dépouille de notre bien aimé ser Lancelme. Ho! Je n’ai plus d’honneur, et je ne mérite pas votre clémence. La Trinité me pardonne.
Ser Fandral dégaine sa dague de ceinture, et sous mes yeux, sous les yeux de l’assemblée, s’ouvre le gorge d’un coup précis. Le sang commence à s’écouler en cascade vermeille sur les marches du trône. Je manque défaillir. Père, lui, n’accorde même pas un regard à ser Fandral qui périt à quelques centimètres de lui, à peine. Il n’a d’yeux que pour la dépouille décapitée de ser Lancelme.
Dans la panique générale, et alors qu’un chevalier m’ayant aperçue essaie de me sortir de la salle, Père se lève de son trône. Le silence revient. Tous nous sommes pendus à ses lèvres. Quelque part, je sais que ce qu’il va dire maintenant scellera notre destin.
-Ser Lancelme… Ser Lancelme est mort, commence-t-il d’une voix tremblante. Je le considérais comme mon propre fils. Il était le meilleur d’entre nous… Et pourtant, il a failli. Si Lancelme lui-même n’a pu défaire l’Ennemi, qui le pourra? Personne. Il n’y a plus rien à faire, si ce n’est prier. La Trinité nous a abandonné, mais… peut-être entendra-t-elle nos prières. En ce qui me concerne, je vais me retirer dans la grande chapelle, et prier pour notre salut. C’est tout ce qu’il reste à faire.
Alors Père descend de son trône et se dirige, fébrile, vers la porte de service. On dirait un vieillard. Je sens des larmes monter.
-Non c’est faux!, crié-je tandis que mon chevalier essaie à nouveau de me faire quitter les lieux.
Le reste des hommes présents se retournent vers moi, des mines hagardes et perdues peintes sur leurs visages crayeux. Père ne s’arrête qu’un trop bref instant, pour me jeter un regard lourd de désappointement. Mes larmes ruissèlent tout à fait à présent.
-La Trinité ne nous a pas abandonné!, crié-je sans retenu, luttant contre ces bras forts qui me soulèvent du sol. Il viendra! Il viendra! Je le sais! Il viendra! Il faut lutter!
Quelques paires d’yeux me suivent tandis que les lourdes portes se referment sur moi.
Pourquoi m’écouteraient-ils? Je ne suis qu’une petite fille.
Et je dois tenir mon rang.

***


Le Royaume brûle.
Quand je regarde par la fenêtre, je vois des flammes noires et terribles qui ravagent la lande, progressant petit-à-petit vers la cité. Les femmes, les enfants et les honnêtes travailleurs ont déserté les rues et les parcs. De basses rumeurs effrayées sourdent des logis verrouillés.
Des bandes de pilleurs parcourent la basse-ville, quittant la cité le dos chargé de butin, fuyant l’Ennemi qui chaque jour s’approche. Il n’y a personne pour les arrêter. Les rares miliciens à ne pas avoir déserté ont été appelés à la citadelle pour préparer la défense.
Le Roi mon Père n’a toujours pas quitté la grande chapelle. Il se terre comme un lâche, refusant d’affronter l’ennemi et de prendre ses responsabilités de monarque. Le Haut-Chambellan a pris la régence avec une bravoure que je ne lui aurais jamais crue.
Quant à moi…
Je brode.
Des stupides blasons.
Alors que le Royaume, mon Royaume, est mis à feu et à sang. Alors que l’Ennemi n’est plus qu’à quelques jours de nos murailles. Je ne veux pas céder au désespoir, mais c’est dur. J’aimerais tant qu’on me laisse me rendre utile.
-Assez!, crié-je, un peu malgré moi.
Dans un geste d’humeur je jette mon ouvrage au sol et me lève d’un bond colère, me dirigeant à la fenêtre.
-Princesse? Qu’est-ce que ceci?, gronde ma gouvernante.
-Cessez, rétorqué-je sèchement. Comment voulez-vous que je reste ainsi assise à faire vos stupides besognes alors que mon Royaume brûle, que mon peuple a peur et que l’adversaire se fait chaque jour plus menaçant?
J’ai l’impression que quelqu’un chose en moi a cédé. La colère me submerge presque. Une colère que j’avais accumulée depuis quelques temps, une colère contre mon père, contre ma gouvernante, contre le protocole, contre moi-même.
Sourde aux appels et aux menaces, je m’enfuis de ma chambre, courant dans les couloirs sans prêter attention aux regards étonnés que me jettent servantes et courtisans.
-Princesse?
Je m’arrête, hors d’haleine. C’est une voix que je connais, une voix chaude et amicale. C’est dame Myri, qui me fait signe de la rejoindre dans sa chambre. Jetant un œil de droite et de gauche pour m’assurer que la vieille harpie ne m’a pas suivie, je me hâte et dame Myri referme promptement derrière moi.
Myri est une jeune femme de haute-naissance, de neuf ans mon aînée. Elle est très belle, avec ses longs cheveux de feu et ses grands yeux bleus. Mais les derniers jours ont été éprouvants pour elle. Ser Lancelme était son promis, et sa mort brutale et horrible a durement éprouvé cette pauvre Myri. Elle me paraît amaigrie et pâle.
-Où donc courrez-vous ainsi? Vous avez défait votre coiffure, me sermonne-t-elle en replaçant d’un geste gentil quelques mèches de mes cheveux.
-Je… je ne sais pas… pas trop, confessé-je en reprenant mon souffle. J’imagine que… je voulais fuir cette abominable sorcière… qui me sert de gouvernante.
-Vous êtes vraiment incorrigible, Princesse. Ce ne sont pas des choses qui se font!
-L’Ennemi emporte le protocole!, m’écrié-je. Ne voyez-vous pas? L’adversaire se fait chaque jour plus fort, chaque jour plus proche! Et nous restons là, à nous soucier de règles idiotes. Nous devrions agir.
Un pauvre et maigre sourire étire fugitivement les lèvres de ma compagne.
-Agir… Lancelme aussi, voulait agir. Et maintenant, il est mort.
Je me mords la lèvre, me flagellant moi-même pour ma stupidité.
-Pardonnez moi, dame Myri. Je ne voulais pas raviver d’aussi durs et récents souvenirs.
-Ce n’est rien. Je… Je pense moi aussi qu’il faudrait agir. Mais…
Elle hésite ; détourne les yeux.
-Mais que faire? Lancelme n’a rien pu faire, et la Trinité sait qu’il était d’un courage exceptionnel et d’une habileté sans faille. Peut-être… Peut-être que votre Père a raison. Qu’il ne reste plus qu’à prier.
-Non!, m’écrié-je en me relevant d’un bon du divan sur lequel nous sommes assises.
Je fais quelques pas, hors de moi.
-Non! Je ne peux me résigner à attendre l’inéluctable, sans rien faire. Je refuse!
Les bras croisés, je n’ose me retourner pour la regarder, de peur de voir se refléter dans ses yeux une fatalité que je ne pourrais supporter. Soudain, elle m’étreint par derrière, ses bras me serrant tout contre elle. Je sens son souffle chaud sur mon cou, son odeur de fleur.
-Myri? Que faites-vous?
-Princesse, susurre-t-elle à mes oreilles. Ne voyez-vous donc pas? Il n’y a plus d’espoir. Nous sommes déjà vaincus, déjà morts. Nous sommes tous morts avec mon Lancelme…
-Myri, pour l’amour de la Trinité, reprenez-vous! Et veuillez cesser ce comportement.
Sourde à mes ordres, elle resserre, au contraire, sa prise.
-Princesse, ma Princesse… La Trinité nous a abandonné. Il n’y a plus d’espoir. La lutte est vaine. Profitons du peu de temps qu’il nous reste.
Je me raidis lorsque je sens sa main descendre lentement le long de ma jambe, pour remonter le bord de ma robe.
-Mais enfin! Que faites-vo…
-Chhhhh!, siffle-t-elle pour me faire taire.
Elle me tourne pour que je lui fasse face. Il y a de la folie dans ses yeux. Elle me fait peur. J’essaie de reculer, mais elle est plus grande et plus forte ; elle me retient solidement. Puis soudain elle approche son visage du mien. Lentement, comme dans un rêve. Ses lèvres rencontrent les miennes dans un souffle transi.
-Arrêtez! Lâchez-moi! Laissez-moi tranquille, me débats-je de toute mes forces.
Mais il n’y a pas grand-chose à faire. J’ai beau crier, personne ne vient.  Les gardes ordinairement en faction ont été réaffectés ailleurs. Myri me propulse sur le lit, et avant que je n’ai le temps de rien, elle est sur moi, me chevauchant, plaquant mes bras contre les draps.
Myri me susurre des mots d’amour et de tendresse pendant qu’elle me besogne, et encore et toujours lorsqu’elle me force à lui rendre ses étreintes. Mais c’est « Lancelme » qu’elle murmure d’une voix enfiévrée pendant qu’elle pille ma dignité, ses mains implacables ne laissant à mon corps aucun répit, aucune intimité, insensibles à mes pleurs et mes suppliques qui se tarissent petit à petit.
Je n’ai que onze ans et j’ai déjà connu l’amour charnel.
Je ne sais pas si cela est digne d’une Princesse.

***

J’erre, hagarde, dans les rues.
Quand je regarde vers le ciel, je ne vois que de noirs nuages de chaos qui contemplent le monde d’en dessous avec mépris et dédain. Les femmes, les enfants et les honnêtes travailleurs jonchent les pavés de leurs cadavres frais et sanglants.
La cité brûle. Le rempart est tombé. Cela a été plutôt rapide, tout compte fait. L’Ennemi s’est répandu dans les artères comme une coulée de métal en fusion, pillant, incendiant, violant, tuant, assassinant. Les défenseurs ont rapidement reflué vers les remparts intérieurs de la citadelle.
Mais pas moi. Moi je suis restée dans la basse ville. Je suis restée avec mon peuple. C’est le devoir d’un souverain. Du moins, je le pense. Si j’avais tenu le rang, je serai à l’heure actuelle en train de broder des blasons, encore et encore, volant quelques regards apeurés vers les fenêtres, pour contempler la destruction de ma cité et de mon royaume.
Autours de moi tout n’est que bruits, cris, agonie, feu et fumée, odeurs de sang, de métal et de mort. Des silhouettes grotesques et difformes vont et viennent dans la brume enfumée, n’ayant visiblement que faire de moi. Le tonnerre gronde, quelque part au dessus.
Père avait peut-être raison. La Trinité nous a réellement abandonné.
Où que mon regarde se porte, je ne vois que mort et désolation. Avons-nous, dans notre arrogance vaine, offensé les saintes mères? Est-ce là notre punition? Quels sont nos crimes?
Je ne comprends pas.
Je sais que le Royaume est tombé à la seconde où l’Ennemi a pénétré nos murs. Mais je n’arrive pas à réellement en prendre la mesure. Tout a l’aspect d’un terrible cauchemar, duquel je vais me réveiller d’une minute à l’autre.
Mais pourtant, plus le temps avance, plus mes pas me poussent, inexorables, vers des scènes toujours plus horribles et maléfiques, plus la réalité devient tangible. Des larmes ruissèlent sur mes joues ; je ne les sens même pas. Je perçois vaguement les hordes impies qui se répandent partout, donnant la chasse aux fuyards, éventrant les murs des logis pour débusquer les pauvres malheureux qui se cachent, tremblants de terreur devant leur mort en marche.
Je ne comprends pas.
Soudain, Il est là, devant moi. L’Ennemi. L’Adversaire. Le Seigneur Noir. C’est un amas de ténèbres, dont exsude un mal plus maléfique que les plus noirs abysses. C’est une montagne en marche ; une montagne à face de porc. Sur son visage déformé par la vilénie luisent deux yeux rouges, deux puits de pure noirceur incandescente.
Je tremble, manque de défaillir, mais pourtant je me tiens là devant lui. Je tiens le rang. Je suis la dernière princesse du Royaume.
Je sens une goutte d’eau s’écraser sur ma joue. Comme en transe, je tends la main devant moi. Un étrange triangle bleuté luit sur le dos de ma main.
L’Ennemi fait un pas vers moi, grondant comme un chien.
Il n’est pas venu.

Le Héros n’est pas venu.

Les Déesses ont abandonné Hyrule.

Et soudain, il se met à pleuvoir.

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Texte 2 : Syndrome

Le soleil orangé se reflétait sur les ondes d'un étang calme et silencieux. Seul le clapotement de ma ligne était distinguable. C'était la cinquième fois
de la semaine que je sortais pêcher au bord de ce plan d'eau, situé au cœur d'un bosquet à la sortie est de la ville. Chaque soir, le soleil se couchait
vêtu d'un voile orange, qui s'assombrissait de jour en jour, ce qui inquiétait de plus en plus les habitants, ils ne savaient pas quelle était la raison
de ce déclin de la couleur de l'astre tumultueux. Mais moi je savais, je savais ce qui se tramait. Le vent m'avait murmuré d'un souffle que le monde allait
mal. Depuis ce jour, ma vision du monde avait changé, je ne regardais plus de la même façon les oiseaux qui se posaient sur les câbles électriques, les chiens qui
aboyaient après les chats, les poissons qui vaquaient dans l'eau froide et sombre. Les arbres mourraient, les lacs se vidaient, les mers se déchainaient.
Depuis ce jour, je savais que la Terre allait s'arrêter.

Mes parents avaient étés assassinés 3 ans auparavant. Ils étaient des acteurs reconnus et sortaient fréquemment dans des soirées de riches. Leur célébrité commençait
a gêner et à énerver, au cours d'une soirée, 3 malfrats ont fait un carnage sanglant et ont tuer la plupart des invités. J'avais 9 ans quand ce drame est arrivé.
J'ai été placé dans un orphelinat. Je me faisait frappé par les autres enfants, et on me maltraitait chaque jour. C'est au bout de 6 mois que j'ai décidé de fuir cet
enfer. Depuis ce jour, je vis seul au milieu de ce bosquet, emmitouflé dans une couverture que j'avais piqué à l'orphelinat. Je vis seul.
Est-ce que c'est normal pour un enfant de 12 ans de vivre seul ? Dans la foret ? Est-ce grave pour un enfant de 12 ans d'être destiné à une mort prématuré ?
Est-ce grave pour un enfant de 12 ans d'être le seul à savoir que la Terre va s'arrêter ?
Je pourrais le dire aux adultes pour les prévenir, mais qui me croirait ? Qui pourrait croire un gamin de 12 ans qui vis seul dans un bosquet ? Je m'accorde à dire
qu'il n'y a aucunes réponses a ses questions. Alors j'ère seul, silencieusement, consciencieux d'une fin imminente et inévitable.

Les jours passés, je suis parvenu à oublier cette fatalité, mais aussi à oublier la vie. Je me retrouve donc coincé entre la vie et la mort, sans y songer,
coincé entre l'éveil et le sommeil. Je flotte dans les reflets d'un étang plein de vie, mais aux couleurs de mort. Mes pensées s'entremêlent dans un flot
de sentiments sans nature au goût amer.

La fin était prévue depuis le début, mais une fin muette et sournoise survient et nous prends à la gorge, sans pour autant prévenir de sa venue. Mais je suis
le seul à y songer, le seul à y réfléchir, le seul à subir cette fatalité omniprésente qui m'entraine et me guide vers un horizon corrompu.
Alors je pêche, en souvenir de mon début de vie passé, et en l'espoir d'un futur accomplis mais imaginaire. Je pêche en quête de sortir de ce petit étang,
les dernier restes d'une vie endormie pour toujours.

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Texte 10 : Synopz

«  On m’a appris une comptine, quand j’étais petit,
Une comptine qui arriverait en vrai pendant ma vie
Ça parlait de fin des temps ou quelque chose comme ça
Quelque chose qui serait très bientôt là….

Maman m’a toujours chanté cette histoire,
En me disant qu’il ne faudrait pas de peur mais de l’espoir.

Elle me disait que c’était un gentil et marrant jeu,
 Qu’elle serait avec moi, qu’on serait tous les deux
Et que je devrais être un gentil garçon, sage et fort.
Au fond de moi, je savais qu’elle avait un peu tort…

Mais, à ma maman, je n’osais pas le lui dire,
Parce que tout le monde parlait de ce jeu à venir.

Je ne comprenais rien à rien, ça parlait d’une grande maladie
Qui vous prenait même au fond de votre lit.
Et du coup il y avait des chutes de ministères,
Des conflits armés ou de méchantes guerres.

Je ne comprenais vraiment pas tout,
Même presque rien du tout.

À l’école, des grands m’avaient raconté,
Que le monde allait s’arrêter de tourner,
Que les humains avaient tout déclenché
Et qu’une bizarre de grippe faisait que tout le monde y passait.

Mais, moi, je ne les ai pas crus,
Parce que maman m’avait dit « Ne les écoutes plus ! »

Puis, un beau matin où il faisait bien soleil,
Juste à peine après mon réveil,
Maman est arrivée, un peu énervée,
Elle m’a habillé et le jeu a commencé…

Elle a continué à me dire que c’était un gentil et marrant jeu,
Qu’elle était avec moi, qu’on était tous les deux.

Alors, main dans la main avec ma maman,
On a marché pendant très, très longtemps.
Les grosses voitures ne roulaient plus,
Il y avait beaucoup de grandes personnes dans les rues.

On est arrivé devant une longue queue,
Et on a attendu, attendu en tremblant un peu.

Puis là, des messieurs nous ont fouillés,
Ils nous ont tous piqués,
Ils ont dit que c’était pour contrôler la maladie,
Pour qu’on reste tous en vie.

Et on s’est installés avec Maman,
Dans une grande cave, pendant longtemps.

Et là, j’ai passé pleins de longs, longs jours,
À longtemps, attendre, attendre notre tour
Pour pouvoir être mis loin en sécurité,
Comme les grands messieurs nous disaient
 
Et je voyais tous les autres gens,
Qui partaient lentement.

Maman m’a dit qu’ils faisaient tous semblants,
Que c’était le jeu, que ça ne durerait qu’un temps.
Ma vue a commencé à être un peu bizarre,
Je voyais en plein jour comme dans le noir.

Maman continuait à me dire que c’était le jeu,
Qu’elle était avec moi, qu’on était tous les deux.

Ma tête est finalement devenue toute brûlante,
Maman me borde, m’embrasse, elle est apaisante.
Elle-aussi commence à se sentir mal, et il n’y a pas que nous deux.
Mais, elle continue à dire que c’est un jeu.

Ce soir, tout  autour de moi est noir, je ferme les yeux.
Maman dit que ce n’est qu’un jeu. »

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Texte 9 : Wolf

Enfance


J'avais trois ans quand je l'ai compris.

Le monde tel que nous le connaissons s'est créé des bases. Des bases qui tomberont en morceaux, tôt ou tard, quand la révélation sera faite pour tout un chacun.

Ces bases, oh, j'y ai cru, à m'en crever le cœur. J'y croyais, au début de ma vie. Je pensais que, oui, ces valeurs qu'on voyait affichées de partout avaient un sens, une portée, et qu'elles soutiendraient les gens autour de moi.

Pourtant, tout a changé un jour. Lequel exactement, je ne sais plus. Mais ces événements resteront gravés dans ma mémoire, jusqu'à... jusqu'à je ne sais pas quand. Peut-être les oublierai-je, comme on oublie ses clés en rentrant de vacances. J'étais bien petit, un enfant de trois ans. Un enfant qui aimait, qui adorait sa mère. Ses câlins, ses mots doux et ses tendresses me suffisaient, et je n'en avais jamais assez. Mais je me rendais bien compte, petit à petit, ces gentillesses se faisaient de plus en plus rares.

Et puis vint ce jour. Ce jour fatal, maudit, qui continue de me hanter, des années après. Ma mère était sur le canapé, ou sur une chaise, je ne sais plus. Je me souviens que je suis allé vers elle, pour quémander son affection. Tout d'abord, elle m'a ignoré. Ensuite, comme je ne renonçais pas à tirer sur sa jambe ni à répéter les mêmes mots désordonnés pour attirer son attention...

"Du large, le morveux !"

Sur ces mots, son pied me repoussait au loin, et je tombais presque à la renverse. À cet instant, je ne comprenais pas ce qui m'arrivait. Une vague de tristesse m'envahit tandis que la douleur s'irradiait dans mon corps, et je me mis à pleurer. Ce nouvel élan de faiblesse n'arracha que soupirs et mépris à ma mère, qui détourna le regard. Comme je ne cessais pas de geindre, elle finit par se lever, et quitta la pièce, sans se retourner, sans me parler. Je restais là, seul, à me répandre en lamentations. Peu à peu, je regagnais mon calme et me contentait de hoqueter bruyamment. Alors, une voix rauque et fatiguée s'éleva, toute proche. Bien que je ne me souvienne plus des mots exacts, il y en a au moins un qui n'a jamais quitté mes souvenirs.

Apocalypse.

Ce jour devait prendre une signification encore plus dramatique pour moi. C'était la dernière fois que je voyais le visage de ma mère. Je n'ai jamais su pourquoi, mais elle quitta notre maison ce jour-là et on ne la revit plus une seule fois. C'est alors que la vérité m'apparut. La seule vérité que je pouvais admettre alors. Ma mère ne m'aimait plus, et peut-être même ne m'avait-elle jamais aimé.

À partir de là, ma vision des choses s'est transformée. Je voyais autour de moi cette notion omniprésente, cette idée tellement simple, qui se résumait en cinq lettres et prenait autant de formes qu'il n'y avait de gens. Moi, j'avais appris, j'avais compris à quel point cette notion était ridicule, qu'elle ne sauverait pas le monde, qu'elle ne le gouvernait pas et que ceux qui y croyaient devaient vivre, tôt ou tard, cette même épreuve. Cette même "apocalypse", un mot qui vient du grec pour "révélation" comme je l'ai appris. L'Apocalypse, j'ai aussi appris que c'était la fin du monde, la destruction. Alors, quand les gens vivront tous ensemble cette même révélation, le monde sera détruit, si j'ai bien compris ? Leur tour viendra, tout comme moi, ils comprendront à quel point leur joli mot ne rime à rien. Et alors, tout sera fini.

Cette si belle notion, cet idéal sublime, tout en beauté et en noblesse... L'amour. Ah, qu'est-ce qu'on en entend parler, de partout, à la télé, dans les livres, dans les chansons. Personne ne dira qu'il ne fait pas bon "aimer" autant de gens et de choses que possibles. Et ceux qui le font sont rejetés par ces fanatiques qui croient en un monde d'amour. J'ai mis bien des années à le comprendre, et c'est à l'âge de huit ans que j'ai enfin compris ce que je pensais vraiment, au bout de cinq années à pleinement m'en convaincre, sans le soutien de mes amis et des enfants de mon âge. Toute ma réalité et toutes mes idées partaient d'un constat simple, que j'ai découvert à travers les livres et les émissions de télé. J'ai beaucoup réfléchi là-dessus pendant que les autres garçons tapaient dans un ballon ou agitaient une manette.

L'amour, le vrai, tel que tout le monde en parle, n'existe pas. Il n'est qu'un passage, un souffle, plus ou moins long, mais jamais éternel. Si l'amour était si beau et parfait, alors ma mère n'aurait pas disparue ce jour-là, le divorce n'existerait pas, tous les polars de TMC ne graviteraient pas autour d'une femme morte pour avoir été aimée par son mari ou un autre et tous les épisodes de Plus Belle la Vie ne parleraient pas du trente-sixième amoureux d'un personnage. Soyons logiques. Alors, quelques soient ses qualités, jamais l'amour ne portera le monde, et surtout pas vers des horizons où il fait toujours beau, où tous les jours sont chauds.

D'ailleurs, à propos de "jours chauds", comment ne pas parler de Noël. Cette fête où on entend sans arrêt les mêmes refrains "paix et amour sur la Terre" ou encore "aimez-vous ce soir et tout au long de l'année". Offrez-vous des marques d'amour, réunissez-vous autour d'un repas chaud, fait avec amour. Amour, amour, amour, tout n'est qu'amour en ce jour saint. Oui, mais cette fête, elle demande beaucoup d'argent. Si l'amour est alors payant, on sait tous que l'argent ne fait pas le bonheur, et donc, l'amour ne fait pas le bonheur. C'est tellement simple, pourquoi personne ne l'a encore compris ? Pourquoi croire que cet amour payé rendra heureux ? Au mieux, il fait plaisir un soir, une semaine, mais il ne s'étend pas davantage. Si l'amour de Noël était aussi splendide qu'on le dit, il nous tiendrait chaud au cœur pour toute la vie, et non pas un peu chaque année.

J'ai eu bien d'autres "révélations". Mais la plus importante de toutes était aussi la plus douloureuse. Cette révélation, c'est que, quand les adultes comprendront enfin que l'amour n'existe pas, et que tout ce qu'on leur raconte depuis des dizaines d'années est faux, alors, que se passera-t-il ? Ce sera comme un pull qu'on aurait mis à l'envers pendant très longtemps, pour ensuite réaliser qu'il se porte en fait dans l'autre sens. Pourrait-on s'y faire ? Pas sûr. Il serait tellement plus facile de jeter le pull et d'en acheter un autre, en regardant bien cette fois comment il faut le mettre. Voilà exactement ce qui arrivera au monde. Il va être bon à jeter. L'Apocalypse, la révélation qui entraînera la destruction du monde. Oui, tout sera détruit. Les chansons, les films, les livres, les séries, la publicité et tous les messages, tous ces mensonges n'existeront plus. Il faudra tout refaire.

Ce sera la fin d'un monde pourri, un monde qui autorise les femmes incapables d'amour à engendrer des fils pour ensuite les abandonner sans vergogne. Et alors, un nouveau monde se créera peut-être, ou alors il restera à l'état de ruines. Si ce nouveau monde apparaît, alors je voudrais bien un monde où l'amour est vu pour ce qu'il est : une illusion, un plaisir de quelques temps, mais pas plus. Et la seule chose qui comptera vraiment, ce sera la force. La vraie, celle qu'on se trouve soi-même, qu'on ne partage pas et qu'on développe pour ne jamais être surpassé. C'est comme ça que je vis, et je m'en porte bien. Je suis en vie, et personne ne vient m'embêter avec la haine et encore moins l'amour.

Quand j'en parle autour de moi, tout le monde me dit que je devrais essayer l'amour avant de juger. On me dit que je parle de ce que je ne connais pas, à partir de quelques mauvaises expériences en croyant que c'est une généralité. Alors, quand je réponds, parce que le plus souvent je ne vois pas l'intérêt, je réponds simplement que j'en ai bien assez vu pour savoir que l'amour, non, ce n'est pas cette merveilleuse explosion de fleurs roses tous les jours. L'amour n'apporte que la tristesse, et si ça se trouve, cette simple pensée m'évitera de vivre la fin du monde. Je ne serai pas détruit comme les autres quand les gens découvriront que l'amour c'est mal, puisque j'en suis déjà convaincu. Et mon père aussi l'a bien compris, puisque, depuis toutes ces années, il m'a soigneusement tenu à l'écart de ce poison qu'est l'amour, pour que je ne revive pas cette désillusion qui m'a déjà détruit une fois.

Aujourd'hui, j'ai douze ans. Le monde bâti sur ce faux amour a vécu jusque-là, il s'en sort bien. Quelque part, j'en suis content, parce que ça me permet de manger encore des sucettes en chocolat et de bâtir des tours en Lego pour les faire tomber d'un petit coup de pied. Ça m'amuse, il faut des heures pour bâtir quelque chose de fragile comme tout et même pas une seconde pour tout casser. Un peu comme ce monde d'amour. Ces petits plaisirs, il faut que j'en profite. Peut-être qu'il n'y en aura plus quand les gens vivront leur "révélation". Oui, peut-être que les bonnes choses disparaîtront à ce moment.

Il faudra que je partage mes idées avec des gens qui pourront me comprendre et être d'accord avec moi, quand je serai plus grand. Il faudra qu'on fasse tout notre possible pour que les choses se passent plus en douceur. Si j'arrive à convaincre les adultes, au moins un peu, que leur société basée sur l'amour est fausse et qu'il faut qu'ils le comprennent, alors peut-être que les conséquences seront moins graves. Ce ne sera pas une "révélation" mais une "compréhension".Peut-être que le monde ne sera pas détruit, juste un peu secoué. Et on gardera les sucettes en chocolat, et tout le reste, dans un nouveau monde plus... plus... dans un monde meilleur. Voilà une phrase que j'aurais voulu éviter. Le monde pourra être meilleur, oui, mais seulement si je parviens à empêcher le pire. Et je ne pense pas que ce soit possible. Les gens ne sont même pas capables de s'entendre sur qui doit prendre les décisions, alors comment pourraient-ils écouter quelqu'un qui vient dire qu'ils se trompent depuis des dizaines d'années et que tout doit être arrêté pour revenir à la case départ ?

Mais bon, gardons les doutes et les craintes pour plus tard. Pour le moment, continuons d'observer, et attendons. Attendons de pouvoir faire notre possible pour que le monde quitte les chemins de l'amour et réalise qu'on est toujours, toujours seul au final.

Le monde attendra-t-il, ou mourra-t-il avant ? Je ne le sais pas, et j'avoue que j'ai peur quand j'y pense. Et si les gens comprennent trop tôt, trop vite ? La "révélation" se fera et tout sera détruit. Je ne veux pas mourir. Je veux que le monde continue d'exister, je veux que les gens y vivent encore. L'amour n'est pas leur sauveur, je ne les aime pas mais pourtant, je ne veux pas qu'ils meurent. Que c'est compliqué ! J'ai encore le temps d'y penser. J'espère. Je vais continuer d'y penser, et comme tout le reste, je finirai par comprendre. J'ai tout mon temps. Mais le monde l'aura-t-il, lui ?... Non ! Comprendre d'abord ce que je pense, et ensuite le monde... S'il est encore là. Ah ! Mais que c'est compliqué tout ça !

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« Modifié: samedi 23 juin 2012, 16:07:28 par John Craft »
Feuilles en vie

"A writer is a person for whom writing is more difficult than it is for other people" Thomas Mann

Hors ligne Prince du Crépuscule

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« Réponse #25 le: samedi 23 juin 2012, 14:51:20 »
Rattrapages :

En vous inspirant de ces œuvres, écrivez un texte mettant en scène ces images. Le thème est parfaitement libre tant que la création est reconnaissable dans l'écrit que vous rendrez.



Texte : Mandraganon

----NUIT DU DERNIER JOUR----
12 Heures restantes
-« Allez, allez ! La porte Est ! Allez-y, madame, vous pourrez ainsi atteindre la grande Baie et fuir Termina.
La jeune femme me regarda dans les yeux et me dit :
- Désolé mais je ne peux pas partir mon petit, je... j’attends quelqu’un
Sa voix cristalline s’éteignit dans un souffle et une larme roula sur sa joue. En contemplant son visage si beau et si parfait, je ne pus m’empêcher de recueillir cette larme sur mon doigt en la rassurant :
-Ne vous inquiétez pas, il serait fou s’il ne venait pas, vous êtes si……
Soudainement, elle m’embrassa avec ferveur et essuya ses larmes. Comme remise de ses peines par mes paroles, elle se redressa et parti en direction de l’auberge de Bourg-Clocher en balbutiant des mercis. Je regardais, déboussolé, sa frêle silhouette disparaissant à l’encoignure d’une rue quand une main se saisit de ma manche.
-Hé, Jim, tu rêves ?
Je me retourne et me retrouve face à Ivan et Benoît, mes deux amis.
-Non, ça va, je ne rêve pas…, mentis-je, Vous en êtes où des sauvetages ?
-Les quartiers Nord et Est ainsi que le lavoir sont déserts, chef.
Chef… J’aimais tant cette appellation… Et oui, j’étais le chef des Bombers, notre fière confrérie de justiciers. Nous avions perdus deux membres qui sont partis se réfugier avec leur famille dans des contrées lointaines mais même à trois nous défendions toujours notre cause : la justice.
-Hé, chef, m’apostropha Benoît en me tirant de ma rêverie, On fait quoi maintenant ?
En soupirant, je lui répondis
- Quartier Ouest et nous finirons par le Quartier Sud.
-Oui, chef, répondirent en chœur mes deux amis.
Nous marchâmes alors jusqu’au quartier Ouest sans dire mot. Quand nous fûmes arrivés, nous n’y trouvâmes personne. La petite place était vide, elle, qui, autrefois, était si joyeuse, si dynamique. Je n’entendis pas un seul bruit, c’était une atmosphère lourde et effrayante. Nous parvînmes au centre de la petite place quand j’ordonnai à mes compagnons d’aller vérifier les stands de jeu et le milk-bar, je vérifierai pour ma part la mairie et l’auberge.
-Chef, t’es sûr qu’on doit rester ici ? Moi ça me fait un peu peur quand y’a personne.
-Ivan ! C’est notre ville ou non ? Nous avons juré de servir la justice et de veiller au maintien de l’ordre dans cette ville. Dans NOTRE ville.
-D’accord, mais c’était juste pour avoir …ton avis, chef…c’est…c’est tout.
-Bon, allez vérifiez ce que je vous ai demandé et on se retrouve ici, d’accord.
-Oui, chef, me répondirent ils ayant repris leur entrain habituel.
Je les vis s’éloigner pour accomplir leurs tâches respectives quant à moi, dans un silence presque religieux, j’ouvris la porte de la mairie, les horaires d’ouverture étaient bien évidemment dépassés mais aucune opposition ne se manifesta. J’entrai dans le hall, personne, la secrétaire était partie, je jetais un coup d’œil dans le bureau et les appartements du maire pour établir le même constat. Retournant dans le hall, j’aperçus sur un guéridon, une photo. Un simple portrait qui attira immédiatement mon attention. La jeune et belle fille que je venais de croiser était en robe de mariée au bras d’un élégant jeune homme : le fils du maire. C’était donc lui qu’elle attendait ? Mais il était parti avec ses parents depuis au moins 2 jours, il ne reviendrait sans doute pas. Sans vraiment m’en rendre compte, j’enfouis la photo dans ma poche et, peiné pour la jeune fille, je sortis de la mairie. De retour sur la place, je regarde machinalement l’horloge du bourg.

Plus que huit heures…

Je courus en direction de l’auberge et tournai la poignée, pénétrant dans la bâtisse.
Derrière le comptoir, personne, les chambres du bas étaient vides de même que les toilettes et la réserve. Jetant un coup d’œil aux cuisines, je remarquai qu’elles étaient vides. C’était vraiment déprimant, plus personne, nulle part. Pour finir mon inspection, je montai à l’étage. Arrivé sur le palier, j’entendis un sanglot étouffé derrière une porte. Je restais quelque temps devant la porte, n’osant l’ouvrir quand, poussé par la curiosité (et surtout déduisant qui se trouvait derrière), je l’ouvris.
J’entrai alors dans une chambre sombre, pas de torches aux murs, juste une bougie posée sur une table de nuit. Les sanglots baissèrent d’intensité et un visage baigné de larmes m’apparut, c’était bien elle. Elle sourit en me voyant et tenta de refouler sa peine avec difficulté.
-Que fait tu là ?, me demandas t’elle.
-Je fais une ronde avec ma bande pour voir si tout le monde est parti.
-C’est une idée fixe, ma parole, dit elle accompagnant son propos d’un petit rire peu convainquant.
Je lui souris. Elle me sourit. Gêné, je mis mes mains dans mes poches  pour arrêter de les tortiller dans tous les sens. Dans ma poche, mes mains rencontrèrent la photo. La photo !
Mon sourire s’effaça, la mariée le vit immédiatement et me demanda ce qui n’allait pas. Je déglutis.
-Votre…, commençais-je.
Il fallait lui dire mais je ne pouvais pas, elle avait confiance en lui, elle l’aimait. Elle ne croirait jamais qu’il ait pu la trahir.
Je ne pouvais pas et je ne pus pas. Ma phrase resta inachevée. Je me maudissais de ne pas lui dire la vérité mais au fond de moi, je me comprenais de ne pas la lui révéler.
-Non, rien, excusez moi, madame.
- Tu vas rester ici jusqu’à l’apocalypse ? Me questionna-t-elle.
-Je… oui madame. Moi et mes amis allons rester. Bourg-clocher est notre ville et jamais nous ne pourrions nous permettre de la laisser.
-Vous êtes bien braves, toi et tes compagnons…
-Vous êtes sûre de ne pas vouloir quitter la ville, madame.
-Non, je ne peux pas.
-Et s’il ne venait pas…
-Il viendra, j’en suis sûre.
-Bien comme vous voudrez madame…
Quand j’eus disposé d’elle, je fis demi-tour et m’approchais de la porte
-Au fait, je m’appelle Anju, fit-elle, m’arrêtant dans mon acte.
Anju, un nom aussi beau qu’elle…
-Et moi, c’est Jim, au revoir madame Anju.
Sans plus de politesse, j’ouvris la porte et sortis. Après avoir refermé soigneusement la porte, je m’assis à même le sol devant celle-ci.
Pourquoi, pourquoi je ne lui ai rien dit ? Je lui dis, je ne lui dis pas, je fais quoi ?
Désabusé, je me levais et descendis les escaliers en proie au doute.
Je sortis de l’auberge et rejoignit mes amis.
-En route pour le Quartier Sud, les gars.
Ils l’ont bien vu que quelque chose n’allait pas mais en bons copains, ils ne m’ont pas questionné.


Le quartier Sud était déjà plus animé que les autres quartiers : un garde patrouillait.
-Monsieur, vous vous en allez ou pas ?
-Non, mes petits bonhommes…
Je lui jette un regard sévère.
-hum… messieurs... hum… je reste ici, c’est mon devoir de protéger la cité.
-Pareil pour nous, fit Benoît, on protège notre ville
Le garde lui lança un coup d’œil amusé avant de reprendre son sérieux de garde.
-Il reste une demi-heure, les enfants, soupira-t-il.
Nous nous tûmes, tous les quatre, l’air grave.
-M’en fous, j’ai pas peur de mourir, fit Benoît.
Une bourrade dans les côtes et il fut rappelé à l’ordre. Nous attendions encore quand Anju paru au bout d’une ruelle, un enfant dans les bras. Je courus vers elle
-Mais qu’est qu’il fait là, d’où sort-il ?
-Il était devant la porte de la poste, je n’allais pas le laisser tout seul ce petit, dit-elle en s’attendrissant sur le poupon.
-Mouais, fis-je, si vous voulez, vous vous en occupez, madame Anju ?
-Bien entendu, Jim.
Je rougis jusqu’aux oreilles avant de repartir vers mes camarades.
Plus que cinq minutes.
-Et c’est qui elle ? me demanda Ivan.
-Madame Anju, lui répondis-je.
-Anju…FEU !, plaisanta-t-il.
Une claque derrière la tête lui fit comprendre que je n’avais pas du tout apprécié la boutade.
-Ho, ça va, te vexes pas, elle t’a tapé dans l’œil ou quoi ?
Je sortis mon lance-pierre et posai une pierre sur la tête d’Ivan.

[Description image]
Soudain, le soleil pointa à l’horizon et le ciel s’embrasa, le garde était pétrifié contre un bâtiment, Madame Anju serrait le poupon contre sa poitrine en pleurant, elle venait de comprendre qu’il ne viendrait pas. Derrière nous, une flamme tomba sur une petite échoppe qui se mit à brûler, un homme en sortit, apeuré, et courut vers la sortie. Ivan boudait les bras croisés tandis que Benoît regardait les flammes tomber du ciel en tendant un poing vengeur vers celui-ci. Et moi, le lance-pierre abaissé, je pleurais en regardant les flammes, en regardant la fin.
[/Description image]

Tant d’erreurs en quelques heures…

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Texte : Emy-Lili

http://img703.imageshack.us/img703/6844/concours1q.png

Voyage sans titre.

En cet après midi parfaitement ordinaire, les ténèbres ont décidé de dérouler leur tapis.

Mère innocente qui regarde à peine inquiète, des nuages de velours plongeant sur elle. Des enfants d’abord curieux, puis pris d’une peur excitante.
Le ciel gronde, l’air s’électrise.
De sa maisonnette, la grand-mère tricote. La voûte bleue devenue souillée par ces brumes de mort, ne fait que se rapprocher inexorablement. Dans une embrassade presque envoutante, la grand-mère est happée par cette masse funeste.
Enfants toujours curieux deviennent méfiants. La vue des plantes pétrifiées les terrorise. Les pommiers laissent échapper leurs fruits, les rosiers ne retiennent plus leurs parures et l’écorce des châtaigniers tombe comme de la peinture écaillée.
Mère d’abord innocente devient affolée. Elle sent des vapeurs fétides entrer en elle. Elle respire cette atmosphère maligne et entend s’estomper les cris des animaux, cherchant à se débattre dans ce marécage noirâtre.
Enfants paniqués. Ils se cramponnent à leur mère. Elle ne trouve rien de mieux qu’une main sur leur tête. Les larmes lui échappent, les frissons galopent sur sa peau, elle peut deviner que près d’elle, la mort lève sa faux.
Une brume malsaine lui frôle le bras et plus loin, une mer charbonnée et opaque s’approche d’elle. Ses enfants crient leur détresse, consolée par une main agrippée dans leurs cheveux.

Une ombre généreuse les englobe.
Une matière doucement hérissée vient les caresser. Un voile de sable noir vient les enfouir, les recouvrir. Les enfants sont perdus dans cette immensité ténébreuse. Leurs têtes sont devenues insensibles à la main faussement rassurante de leur mère. Ils ne la sentent même plus près d’eux. Les deux bambins sont légers, mais ont le cœur lourd. Portés par cette eau à la fois glaciale et étouffante, leur souffle se coupe.
Le premier garde les yeux ouverts, fasciné par ce vide presque palpable qui l’enveloppe. Le deuxième préfère écouter le silence turbulent de cette mort bien étrange.
Un voyage bercé par des vagues de chagrin et de noirceur, une houle les emporte bien loin du rivage du réel. Ils sont seuls à présent, se laissant guider par une ombre leur tenant la main. Dans cet espace inanimé, un dernier battement de cœur résonne et trois vies se figent.

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Texte : Duplucky

http://img263.imageshack.us/img263/6223/linketganondorftww.jpg

La princesse Zelda baignait dans son sang qui se mélangeait à l’eau de l’océan, le regard vide. Pendant que Link détournait l’attention de Ganondorf, elle lui avait tiré une flèche de lumière dans le dos. Fou de rage, ce dernier avait fait un bon prodigieux pour atterrir devant la fille de l’ancien roi d’Hyrule  et, d’un coup vif, lui avait tranché la gorge avec l’une de ses deux sombres épées. La jeune fille, tentant désespérément de colmater sa blessure avec ses doigts, s’était effondrée sur le sol inondée et avait agonisé pendant de longues minutes sous les yeux horrifiés de son ami.
La veille de cette terrible journée, Link avait été nommé Héros du Vent par le souverain du Royaume englouti. Il avait réussit à rassembler tous les morceaux de la Triforce et avait vaincu les terrifiants temples du Vent et de la Terre, ainsi que leurs monstrueux gardiens. Du haut de ses douze ans, il pouvait se vanter d’avoir défié nombre d’ennemis et déjoués de nombreux pièges. Il avait même réussit à libérer les jeunes filles capturées par le Seigneur du Malin. Malgré tout cela, il n’avait jamais été confronté à  ce genre de situation. Son amie venait de se faire tuer devant ses yeux. Il n’avait rien pu faire pour la sauver, tout s’était passé si vite. Il regarda le sombre homme se retourner lentement vers lui, le visage déformé par un horrible sourire. Ses yeux de braises étaient fixés sur le jeune garçon qui sentit son corps trembler. C’était la première fois qu’il était confronté à la mort, qu’il se rendit compte qu’il n’était pas invincible et cela le terrifiait.
Le champion de Din leva ses deux épées vers le ciel. Link brandit son bouclier et se cacha derrière. Aucun des deux ne bougea, tandis que les trompes d’eau continuèrent de se fracasser sur le sommet de la tour noire. Il fallait en finir au plus vite, les deux adversaires le savaient. Le vœu de l’ancêtre de Zelda s’était réalisé, l’ancien royaume déchut allait disparaitre et s’ils ne se dépêchaient pas, les deux derniers élus le suivraient. Et soudain, Ganondorf fondit sur Link qui eut tout juste le temps de parer sa première attaque avec son bouclier, avant de riposter d’un coup de la mythique épée de Légende, seule arme capable de terrasser le sombre Gerudo. Il avait visé la tête de son ennemi, mais ce dernier para l’attaque sans aucune difficulté avant de répliquer une nouvelle fois. Cette fois-ci, ce fût au tour de Link de parer l’assaut avec sa lame mais la puissance du porteur de la Triforce de la force le jeta à terre. Il en profita pour tenter d’asséner le coup de grâce à ce misérable insecte vert mais ce dernier, plus vif qu’il ne l’eut cru, se releva en faisant pivoter son épée d’un mouvement circulaire. Son attaque blessa Ganondorf au poignet, l’obligeant à laisser tomber l’une de ses épées dans l’eau.
Le champion de Farore n’en revenait pas, il avait réussit à blesser le prince sombre. C’était donc possible de le vaincre. Sa peur laissa place à cette excitation qui lui nouait l’estomac lorsqu’il avait affronté tous ces monstres. Après tout, le Gerudo n’était rien de plus qu’un autre monstre à vaincre, d’ailleurs beaucoup moins impressionnant que Gayla ou même le Roi Cuirasse. Link chargea donc son adversaire avant qu’il ne puisse se remettre en garde. Ce fût son ultime erreur. Il lui avait prouvé qu’il était capable de faire des mouvements étonnamment vifs pour sa carrure et il le lui prouva une fois de plus. Tandis que l’épée de Légende lui trancha le flanc, Ganondorf attrapa la gorge de Link avec sa main blessée et planta d’un geste vif son épée dans le ventre de l’enfant qui ne comprit jamais ce qui s’était passé. Il regarda le vieil homme d’un air ébahit et la dernière  chose qu’il vit fût ce visage verdâtre arborant un sourire carnassier. Puis il fût jeté non loin du corps de la championne de Nayru où il expira son dernier souffle.
Ganondorf   leva sa tête vers l’océan et se mit à rire d’un rire démoniaque. Il se mit à hurler, seul, au sommet de cette sinistre tour à moitié engloutie.
-« Vois, vieux fantôme ! Vois comment j’ai vaincu tes deux champions ! Tu ne peux plus rien contre moi ! Si je ne peux régner sur Hyrule, alors je réduirai les habitants des mers à l’esclavage ! Je les ferai souffrir pour te faire payer cette idiotie ! Culpabilise, oui, culpabilise pour avoir sacrifié ces deux enfants inutilement. Et que cette culpabilité te ronge éternellement ! »
Telles furent les paroles du Seigneur du Malin avant qu’il ne quitte la tour, sa main droite posée sur sa robe humide, là où il avait été blessé par ce misérable vermisseau qui avait eu l’indécence d’imiter le style vestimentaire de ce valeureux guerrier qui jadis l’avait enfermé hors du temps et de l’espace. Le vainqueur de cette terrible bataille avait atteint le hall de son château et commença à descendre les marches menant au passage de la forteresse maudite, menant au monde du dessus. Soudain, une colonne s’effondra et il tomba à plat-ventre entre deux volées de marches. Il tenta de se relever mais la douleur le maintint au sol. Et tandis qu’une colonne s’écroula devant la porte, lui interdisant l’accès à la liberté, il vit Daphnès Nohansen Hyrule apparaitre devant lui.
-« Crois-tu vraiment avoir gagné, Ganondorf ? » Commença-t-il, le visage emplit de colère. « Tu as peut-être assassiné ces pauvres enfants. Mais jamais, je ne te laisserai retourner sur les mers ! Ils se sont bien battus et je ferai tout pour que leurs efforts ne soient pas vains ! Tu n’as plus d’échappatoire,  monstre abject ! Tu disparaitras avec moi, avec eux et avec Hyrule ! »
Puis le fantôme du roi s’estompa, laissant le dernier champion des Déesses seul. Il ne pût rien faire d’autre que maudire cet homme et ces enfants et hurla de rage. Il continua encore de crier, lorsque le château s’effondra sur lui-même, le réduisant à tout jamais au silence.
Loin, très loin au-dessus des flots, une grand-mère serra sa petite fille contre son cœur, heureuse de la revoir en vie. Elle pria pour que son frère soit lui aussi sain et sauf. Un marin vida son verre de bière d’une traite et se mit à chantonner, assit au comptoir d’un bar, tandis qu’un mendiant tenta péniblement de rassembler les cochons d’un homme d’allure patibulaire pour tenter de gagner des rubis pour nourrir sa fille. Un jeune homme s’ennuyait, assit sur son escalier à écouter les commères colporter des rumeurs, tandis qu’un homme joyeux serrait la main de celle qu’il aimait et avait une pensée pour ce jeune garçon qui l’avait aidé à révéler ses sentiments, avant de disparaitre aussi vite qu’il était apparut. La vie était redevenue calme et joyeuse sur Mercant’île. Et personne ne savait que cette paix était due à deux enfants qui avaient sacrifiés leurs rêves, leurs désirs et leurs avenirs…

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« Modifié: samedi 23 juin 2012, 16:14:11 par Prince du Crépuscule »


Yuan du pays de l'amûr tûjûrs

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« Réponse #26 le: samedi 23 juin 2012, 14:53:10 »
Second thème :

Intitulé "Musique"
Il vous est demandé d’écrire une musique avec des mots. Très ouverte, cette épreuve vous laisse l’interprétation de cette consigne. Cela peut apparaître dans le style, l’histoire, la mise en forme, etc. Toutefois, il est interdit de faire entrer en scène un instrument de musique ou une partition musicale dans le texte, et ce même de façon anecdotique. Une introduction par l’auteur présentant certains détails ou références est autorisée s’il la considère nécessaire, dans un souci éventuel d’intelligibilité ou d’interprétation.



Texte Mentalink

C’est un concours. Il te reste peu de temps, et tant de choses à faire. Peu de temps et tant à faire…

Temps et tant de tempêtes, ce temps qu’il me reste s’écoule et s’élance vers le reste de l’Univers. Les mots qui défilent doucement, lentement, s’ancrent en moi, comme je les encre dans le temps. Ces mots doux comme soie, ils me hantent et s’en vont, je les entend si je ne les vois. Liés ils forment ce son, cette musique où je me noie.
Tant et temps de tempête, je voudrais juste cette danse, celle qui me fait bête, animal, passions et transe. Jetons-nous, ensemble ce soir, dans cette explosion de mots, où je ne dois plus voir, plus que toucher cet écho. Mais pas un seul de ces doux ne me vient, ni hier, ni ce soir, ni demain. Il est trop tard déjà, le temps m’échappe, s’enfuit dans le corridor divin.
Tant et tant de tempêtes, rien n’est jamais venu, j’ai voulu l’enlacer, mais le temps s’est envolé…

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Texte Mandraganon

Dans les bras de Morphée, au milieu d’une forêt
Et ces feuilles de feu qui partout m’entouraient
Une si douce brise agitait mon bonnet
Dans un si grand silence que rien ne troublait
Quand un doux chant, mes oreilles, envahit.


-Jeune assoupi parmi les bois
Brise tes chaînes et rejoins-moi
Oui, beau jeune homme, lèves toi
Et rejoins-moi, et rejoins-moi.


Sortant de ma torpeur, guidé par cette voix
Cette voix cristalline et si belle de surcroit,
Je me levais ainsi, me demandant pourquoi
Pourquoi l’on m’appelait avecque tant d’émoi ?
Quand, venant de la sylve, la voix reprit.


Ô  grand héros, oui, je t’attends
Mets-toi en marche et rejoins-moi
Suis les oiseaux, suis leur chant
Et rejoins-moi, et rejoins-moi


Ajustant ma tunique, sous ses grands végétaux,
Je cherchais de l’oreille, le chant de ces oiseaux
Quand se posa devant moi, un bel étourneau
Qui entonna ainsi son air le plus beau.
Seul dans la sylve, je le suivis.


Héros du temps, je suis ici
Approche vite et rejoins-moi
Et notre idylle n’est pas finie
Oui rejoins-moi, oui rejoins-moi.


Laissant là, mon oiseau, je me précipitais
Dans une clairière verdoyante, je la trouvais
Si pure, si belle, si parfaite, encore elle l’était
Depuis tant d’années que je la recherchais…
Elle qui était toute ma vie.


-Enfin nous voilà réunis
Je te rejoins et rejoins-moi
Comme lorsque, nous étions petits
Oui, rejoins-moi, oui, rejoins-moi


Et nous continuâmes à fredonner cet air
Seul vestige d’un passé trop longtemps oublié
Cette unique mélopée faisant vibrer l’air
Et qui était si cher à Saria mon aimé
Saria, ma verte, ma vie, ma mie.

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Texte Emy-Lili

Mélodie d'une mémoire et d'un corps.

Bim bam baloum.
Je peux sentir le rythme me posséder. Le son des basses font vibrer ma cage thoracique.

Bim bam baloum.
Tout autour danse et chante. Les mélodies viennent tournoyer sous mes oreilles.
L'air siffle et ma peau frissonne.

Bim bam baloum.
Chant lancinant qui me remémore bien des choses. J'entend d'ici les conversations. Je peux percevoir des voix. Les tonalités se mélangent, la musique module et oscille entre les graves et les aigus.

Bim boum badam.
Mes yeux virevoltent et mon corps vole en éclat dans ce fracas, dans ce brouhaha. L'atmosphère se fait vibrante, tous les objets semblent résonner en coeur, formant comme l'écho d'un orchestre boisé jouant à l'unisson.

Bim boum badam.
Durant cette valse grisante, mes chaussures crissent sur le parquet vernis.
Des pas vifs et secs se dirigent vers moi. Dans un élan crescendo, un homme attrape mon bras encore grésillant.

Bim boum boum.
Mes yeux se fixent, la musique se fige. J'écoute ce silence turbulent et je laisse mes membres frêles trembler en réponse à mon esprit assourdissant.

Boum boum boum.
L'ambiance est piquante, l'air mordant. Mon coeur s'emballe et mon corps exalte à l'écoute de ce son sourd et profond.
J'ai retrouvé celui qui fait trémuler mon âme et agite mes sens dans une violente berceuse.

Boum boum boum.

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Texte HamsterNoeliste

*

•Alpha & Omega

Nota : La version de cette musique qui correspond au rythme de la lecture doit être jouée pendant votre lecture du texte. Elle est la seule piste nommée ainsi que l'on trouve dans le film, replacée dans son contexte. Je ne force pas votre rythme de lecture ; mais lorsque j'ai essayé afin d'établir une moyenne, il devait être un peu plus rapide que la moyenne. N'hésitez pas à relire sans la musique ou plus lentement  pour pouvoir analyser plus en détail.


Les bureaux de verre et d’acier ne surplombaient rien d’autre qu’une désolation. Ils le regardaient livré à leur jugement. Ses crevards étaient peut-être là, à recompter leurs verres, leurs armes, ou leurs cris, à ne vouloir même pas crever la bouche ouverte dans les ruines de leurs illusions, tout ce qu’il leur voulait. Le peuple ne pouvait pas l’ignorer, les voitures voyaient ce qu’elles voyaient, la foule s’attroupait, les chiens n’assumaient pas ce qu’ils avaient crevé, tous, tous les vautours venaient montrer du nez un homme qui avait peur de se retourner après avoir dormi sur ce qui était avant.
Ce qui était, il ne s’en souvenait plus. Ce qui restait, il en avait peur. Que des ruines quand il se retourna enfin. Que des planches de bois brûlées, des tables craquées, des cadavres d’alcool et des peaux mortes d’hommes, de femmes, d’enfants. Que des livres tombés, des poussières de couvertures, des pages arrachées, des lettres perdues.
Il n’attendait pas ça. Non. Il voyait de ses yeux vides, il n’y avait plus rien, ce n’était pas qu’un rêve, il ne voulait pas le savoir et pourtant le savait, il aurait voulu hurler. Ce n’en était pas encore décidé, les ombres qui alimentaient leur morne quotidien lui auraient dit. Il voulut hurler à la face de la foule de la force des ses larmes et de ses cris. Rien.
Il n’y avait rien qui quittait ses tripes. Il était vivant dans une ville dont il avait peur, au milieu d’une foule oppressante qui ne faisait rien là. Personne ne criait, personne n’entendait. Il était écrasé par une peur d’être seul et entouré de tous, réalité quelconque, sans aucun souvenir. Que des ruines, et lui. Il attendait.
Encore. Il attendait de s’éveiller, pour se consoler, ou de s’endormir, pour espérer. S’il n’y avait plus rien, si plus rien ne restait, si personne ne vivait, s’il croyait que rien n’était réel. S’il n’avait plus à voir que les yeux crevés, que les rêves perdus, que les Songes d’une nuit d’été embrasés dans leur lit. S’il le pouvait encore, il n’avait plus qu’à croire. Ou bien, il lui semblait, qu’à se souvenir.

Il se souvenait. Il avait voulu, parce qu’il était jeune, espérer encore en la littérature, les livres, les brouillons, et les poètes maudits, il avait dès ses premiers printemps ouvert, entre deux ruelles et trois planches de bois, sa bibliothèque, celle qui laissait la ville en dehors du tumulte, celle qui préservait les feuilles écrasées par une société qui le rendait fièrement misanthrope jusqu’aux veines. Et il espérait. Au début, elle vivait, chantait-il autour de voix douces de femmes, de verres d'absinthe, de menthe à l’eau et de senteur de Fleurs du mal. Au début, ils lisaient, ensuite, ils écrivaient. C’était ce qu’il voulait, qu’ils soient un, deux, vingt, cent ou des millions, ainsi rien n’était mort. Enfin, ils oubliaient.
C’étaient les mêmes qu’il voulait réunir pour découvrir cette vie qui brûlèrent un soir les sols par l’eau-de-vie, qui nourris par la folie mirent à sac les pages, abattirent les planches, broyèrent les tiroirs, violèrent les femmes saoules en déchirant leurs seins, achevant le reste sur les hommes et les enfants, et défoncèrent les portes en croyant aux conquêtes.
Il avait vu les corps. Il les avait vu, impuissant, prisonnier, brûlés par ce qu’il restait. Il avait vu les bras survivre aux agresseurs, les filles résister aux pulsions décharnées, il les avait vu tous jusqu’au dernier. Il avait vu les derniers livres brûler leurs derniers mots, les dernières illusions crever jusqu’à ses yeux. Que des derniers feux de la violence.
Que de la culture perdue qui jouait une partie qui n’en finissait pas. Réduit à un jeune patron de café vivant ses dernière heures. Il subissait sa perte, celle de ce qu’il voyait, jusqu’à être réduit à en fermer les yeux ; les hurlements de foule, les senteurs de whisky, le goût de la folie, et les copeaux de bois qui le heurtaient aux jambes. Il les avait vus tous. Il n’oubliait rien. Il devait fermer les yeux. Il ne pouvait pas les rouvrir. Mais il ne rêvait pas.

Il ouvrit les yeux. Il soutenait le présent. Il était regardé par la réalité, par le peuple dans lequel les fous étaient peut-être, par ceux qui aimaient le spectacle de l’homme désœuvré. Ils le voyaient jouer. Ils le regardaient perdre. Ils le voyaient tourner sur lui-même, encore et toujours, dans une histoire dont il n’était  même pas le héros.
Il était soudain retombé dans une réalité. Perdu parmi les perdus. Soumis à la nature qu’il avait voulu haïr. Alors peu importe ce qu’il avait fait, peu importe ce qu’il ferait, puisque son passé était déjà perdu, puisqu’il n’y avait pas d’avenir. Mais il n’était plus temps de se complaindre sur ses illusions perdues, de vomir ses regrets, ou de pleurer sur les perdus. Ça y est ; il s’était réveillé sur ses ruines, il le savait déjà. S’ils l’avaient torturé, s’ils avaient tour à tour craqué les verres sur son crâne, s’ils l’avaient jeté dehors, s’ils avaient éraillé vingt ou cent livres déjà vieux, peu importe. Il ne pouvait oublier, il ne pouvait espérer, il en était plus que fier. Il voulait seulement faire subir à la foule toute l’indifférence qui habitait ses veines. C’était sa vengeance. La vengeance qu’il adressait à sa résignation ou à sa soif d’attente. Désormais. La haine qu’il vouait à son public ou à ses meurtriers. Maintenant. La folie issue de son passé ou venue par son présent. La folie.
Il courut dans la foule, il revint sur ses ruines. Il fermait les yeux. Il les ouvrait. Il pleura. Encore. Il clignait devant la foule. Son temps était suspendu, son propre corps l’écrasait. Il finit par sombrer sur le sol, s’écroulant face à aux champs de la folie, allongé dans la ruine. Il imaginait venir de nouveau dans un café tout neuf. Il ouvrit sa porte. Il sentit une feuille.

Il rêvait enfin, allongé, livres ou ruines, la société le regardait encore. Du haut des bureaux de verre et d’acier.

*

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Texte Kaiwatt

   Eurêka ! Après vingt longues années de recherches acharnées, il avait réussi ! Sur l'écran que ses yeux reflétaient défilait l'algorithme réunissant toutes les connaissances musicales au monde, tout cela pour créer la mélodie parfaite. Celle qui enivrerait tous les cœurs.
   Dans un élan d'orgueil, Hartleck se félicita, celle fois ça allait marcher ! Il était vraiment le plus grand génie de tous les temps ! Et bientôt plus personne n'en douterait ! Dans un froncement de sourcils, Hartleck se souvint avec amertume des réactions qu'avaient suscitées ses recherches. « Inutile ! Stupide ! Impossible ! » Combien de fois avait-il entendu ces mots ? Et de la part de ses frères en premier ! C'étaient pourtant leur mère qui lui avait donné ce goût pour la musique. Tout petit, il aimait l'écouter échauffer sa voix avant ses concerts et souvent il jouait à taper sur l'argenterie, avec des morceaux de bois ou des couverts, comme sur un xylophone.
   Mais tout ça était du passé ! Pour le moment, le plus important était ce magnifique algorithme. Pourquoi un algorithme ? A vrai dire, Hartleck ne s'en était pas toujours servi mais au fur et à mesure qu'avançaient ses recherches il se rendait compte que certaines notes, lorsqu'elles étaient placées ensembles, étaient plus appréciées par l'oreille humaine que d'autres. Peu à peu, il pu identifier ces combinaisons et créer un modèle mathématique afin de calculer le meilleur assemblage possible. Merveilles que sont les mathématiques !
   Oh, avant d'en arriver là il avait essuyé de nombreux échecs. Aucun ne fut inutile mais ses assistants, découragés, le quittèrent un à un. Misérables lâches ! Il était vrai que ces recherches ne furent pas sans risque. Bien entendu il y avait la part considérable de travail et d'investissement qu'elles demandaient, un tel travail qu'il avait finit par couper les ponts avec le reste de la société ce qui lui avait valu le sobriquet de « vieux fou obsédé par sa fausse musique ». Ces misérables avaient osé insulter son travail ! Mais en fait le vrai danger venait de la musique elle-même. Quand la musique s'approche du parfait, elle entraine des réactions intenses et parfois dangereuses. Une belle musique vous donnait envie de pleurer ? De rire ? De voyager ? Une musique visant le parfait pouvait vous rendre malade, vous assommer, vous assourdir et plus encore !

   La première catastrophe et véritable avancée du laboratoire Harleck eu lieu au bout de cinq ans de recherches. Lui et ses cinq assistants (le professeur Audor, un homme sévère et grincheux, mademoiselle Jeanne Lune, une femme au caractère d'acier, et sa sœur la magnifique et voluptueuse Marie Lune, Pantin Prebeck, un jeune diplômé de l'Université des Grands Arts de la Science et de la Technique du Mât des Hauts-Bois -il ne cessait jamais de s'en vanter- et le petit Albert qui le suivait partout) écoutaient du vieux Jazz des siècles précédents quand tout à coup Hartleck eu un coup de génie. Il attrapa quelques instruments de mesure (Vous ne croyiez tout le même pas qu'Hartleck ignorait la chimie ?), deux ou trois soufflets et un tas d'objets qui n'avaient rien à voir avec des instruments de musique (« La musique, ce n'est pas des instruments ! C'est un cœur, c'est une âme ! ») et appela les autres à le suivre dans la pièce insonorisée. Il emporta avec lui de vieilles bandes magnétiques qui servaient à une époque à enregistrer de la musique ainsi qu'un lecteur qu'il avait fabriqué lui-même de toute pièce et qui pouvait lire plusieurs bandes, disques, clés USB à la fois. Il cria énergiquement à Albert de prendre toutes leurs notes, toutes leurs recherches sur les réactions humaines aux sons et se mit à écrire frénétiquement sur les murs des instructions rédigées, très précises, sur ce qu'il voulait :
« C'est là que tu feras tomber le vase et que Jeanne chantera le premier couplet de la chanson de... Et surtout n'oubliez pas de faire... Pas besoin d'instrument ! Les instruments sont dans vos cœurs ! Écoutez ! Ce couvercle fait un son si vrai, bien plus vrai qu'une cymbale ! »
   Le professeur Hartleck prépara tout puis installa chacun avec ses notes. Il mit vite fait un cache-oreille sur les têtes de chacun :
« On ne sait jamais ! Ça pourrait être dangereux ! Bien sûr que tu vas y arriver, la musique se sent à travers le corps, tu peux y jouer sans l'entendre ! A vrai dire, pour ce que je cherche, entendre la musique t'empêcherait de jouer correctement !»
   Tous suivirent ses instructions avec plus ou moins d'enthousiasme. Albert s'y mettait avec joie, Marie et Jeanne avec attention, Audor en grognant mais il grognait toujours. Pantin, lui, avait plus de réticences. Il trouvait Hartleck un peu fou sur les bords et commençait à en avoir marre de ses « coups de génie ». Après plusieurs essais ratés, Hartleck arrêta tout le monde avec un grand sourire. Il pris son appareil et s'enferma seul dans son bureau pendant plusieurs heures pour faire quelques réglages sur les fréquences, quelques modifications et quelques nettoyages de sons parasites. Une fois tout réglé il sortit et brandit fièrement un disque :
« Ceci, mes chers assistants, c'est le fruit de nos cinq années de travail ! Le premier pas vers la mélodie parfaite ! »
   Il alluma le disque. Une cacophonie épouvantable en sortit. La musique, car oui c'était bien une musique, hurlait dans les oreilles comme si toutes les notes, tous les sons, voulaient y pénétrer, comme si tout était joué juste au niveau des tympans. Il y avait de tout, la voix à peine reconnaissable de Jeanne hurlait comme un violon mal accordé, le verre brisé sonnait comme d'innombrables clochettes qu'on frapperait contre un mur. Hurlant de rage, Pantin se saisit d'une chaise et brisa l'appareil :
« Vous vous fichez de notre gueule ? Vous avez failli nous rendre sourds ! Je ne resterai pas un instant de plus avec vous espèce de vieux fou ! Je savais que j'aurais dû prendre ce poste à la capitale ! »
   Hartleck ne répondit pas. Il le laissa partir en courant et baissa la tête d'un air désolé :
« Tu n'as pas compris, Pantin. »

   Deux ans après cet incident, après beaucoup de larmes, Albert devenu jeune homme partit poursuivre ses études dans une région voisine. Sa mère ne voulait plus qu'il fréquente Hartleck, ayant souvent entendu les rumeurs qui circulaient sur sa folie.
   Quelques jours après, le laboratoire fit sa deuxième avancée. Mais la musique obtenue était si triste qu'elle faisait pleurer tous ceux qui l'écoutaient. C'était une musique douce et enfantine composée à partir de sons clairs et frais. Une pierre qui tombe à l'eau, des rires d'enfants qui jouaient dans la rue, des oiseaux qui sifflaient comme de nombreuses flutes. Comment un tel mélange pouvait être si triste ? Les sœurs Lunes quittèrent le groupe. Elles s'étaient rappelées de tout de qu'elles avaient quitté, de tout ce qu'elles regrettaient :
« Nous sommes désolées, nous ne pouvons pas rester. »
   Et Hartleck les regarda partir sans un mot :
« Vous n'étiez pas prêtes mais je ne peux pas abandonner. Ce n'est pas encore parfait, loin de là. »

   Après trois ans de stagnation, Audor vint chercher Hartleck :
« On m'a proposé un poste à l'Université. J'ai une famille à nourrir, ma femme vient de perdre son travail, je ne peux plus rester ici.
Alors toi aussi tu t'en vas ? Siffla le vieil homme.
Comprenez-moi, j'ai besoin de ce poste. Je resterai avec vous jusqu'à la fin du trimestre mais après je m'en irai.
Tsss ! Je te trouve bien patient avec moi, pour le gros ronchon que tu es ! »
   Et le dernier assistant d'Hartleck s'en-alla. Les dix années qui suivirent furent pénibles mais Hartleck ne se relâchait pas, jamais. Sa volonté était de fer et il poursuivait ses recherches en sifflotant les chansons de sa mère. Mais maintenant ces lngues années de dur labeur étaient terminées.

   Avec une pointe d'appréhension il se demanda s'il avait vraiment réussi, si ses espoirs ne seraient pas une nouvelle fois déçus. Il se gifla intérieurement. Il n'allait pas abandonner maintenant ! Pas après tous ces sacrifices ! Tous ces efforts ! Il lança le programme et attendit que l'ordinateur calcule. L'attente fut insoutenable, le silence le le plus total se faisait dans la pièce. Agacé, Hartleck pris son carnet et commença à noter, son crayon crissa contre le papier. Jeudi 5 octobre 2250, aujourd'hui le professeur Hartleck découvre l'algorithme de la mélodie parfaite. Voir si réglages à faire.
   Soudain l'ordinateur s'arrêta. Le cœur d'Hartleck fit un bond dans sa poitrine. Il fixa l'écran noir, horrifié. Il resta quelques secondes stupide, sans rien faire, à se demander s'il allait devoir recommencer. Il essaya de se rassurer en se disant que ses notes n'étaient pas perdu, qu'il pouvait simplement tout reprogrammer.
   C'est alors qu'un son se fit entendre, et Hartleck compris. Il avait réussit. La musique l'emportait avec elle, elle le baladait sur la Terre entière. Il entendait tout, les chants de sa mère. La pluie battante sur les toits de la ville comme des baguettes qui frappent des tambours mais aussi d'autres sons. Des sons inimaginables pour un être humain et pourtant des sons si vrais, à la base de tout, que l'on entend partout. C'était la vraie musique. Hartleck pleura. C'était la vraie musique. La seule, l'originelle. La musique de la vie.
   La dernière note retentit et avec elle le dernier battement de cœur du vieux professeur.

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Texte Link UHE
   Ce texte est sans doute un peu bizarre. Malgré le retard, j'ai essayé de prendre le temps de l'écrire convenablement, mais je ne préjuge pas du résultat – ça, c'est le boulot du jury. Bon par contre, c'est court.
   La présence de la musique se ressent dans certains passages, des petites allitérations émaillent le texte, et quelques jeux de mots plus ou moins bons et plus ou moins bien dissimulés le ponctuent.
   En ce qui concerne le récit lui-même, je ne sais pas vraiment de quoi il parle : y a -t-il un quelconque rapport avec le premier morceau que je propose ? Ou est-ce mon personnage du premier texte de ce concours, qui, une fois adulte, quitte sa communauté en dépérir pour un extérieur inconnu ? Ou, simplement, ce que votre imagination vous laissera découvrir ? A vous de voir.
   En ce qui concerne la musique, j'ai deux précisions à apporter : premièrement, la présence de la conque ne déroge pas aux règles du concours, puisqu'elle n'est présente qu'en tant que coquillage, sa fonction musicale étant totalement laissée de côté. Il s'agit plutôt d'une discrète référence aux coquillages de Link's Awakening. Quant aux musiques écoutées durant l'écriture, il y en a principalement trois, dont voici les liens :
http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=JC5lNq_byig (Vallée Gerudo, CD du concert des 25 ans de la série, présente dans l'édition collector de Skyward Sword. C'est de la belle – l'édition, et surtout la musique.)
http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=GmX6HMT9PcE&feature=related (J'avais envie d'explorer un peu de chant religieux avec des violons et de belles voix, aujourd'hui.)
http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=74d3gWJOV-4&feature=related (Et aussi de chant grégorien, allez savoir pourquoi.)
Le jury n'est absolument pas obligé d'écouter ces musiques durant la lecture. Cela dit, je vous les conseille tout de même pour leur beauté.




Dans la grotte chutaient les gouttes d'eau, une à une.
   Lui errait dans les ténèbres, se heurtant aux stalagmites sans comprendre, une angoisse sourde vibrant en lui sans qu'il parvienne à s'en défaire. Allons ! C'était pourtant possible ! Un peu de courage, se dit-il, mais où était passé son courage ? Laissé en arrière ?
   Nouveau choc avec une roche quelconque – ah tiens, non, c'était un beau coquillage, et quelle conque ! Il savait les reconnaître au toucher, il l'avait appris longtemps auparavant. Elle rejoignit l'intérieur de sa besace.
   Poursuivant ses errements, il s'aperçut que des fantômes le suivaient. Probablement des fantômes hante-errements. Rien de grave si lui ne demeurait pas trop longtemps dans la grotte, mais c'était un risque – et il fit dans le noir une tête d'enterrement.
   Même un peu désespéré comme il l'était, il remarqua avec amusement que les espaces spéléologiques dans lesquels il était perdu se suivaient, comme une succession de pièces – et il se cogna. Sonné et trébuchant, il maudit sa distraction qui l'avait fait tâter trop tard, puis repartit, toujours tâtonnant.
   Lassé de la boue, lassé de la nuit, lassé de n'être pas enlacé, lassé de l'avancée si pénible, et de sa peine si peu audible – car là où il se trouvait, qui l'entendrait ? –, il pensa à se laisser mourir là. A quoi bon ? Rien ne...


   Soudain, au détour d'une roche déchirée, étirée par l'érosion des ans, se faufila un filet lumineux; l'âme de l'homme l'y amena, laminant ses morbides angoisses et le menant à des larmes d'espérance qu'il ne pensait pas verser un jour.
   S'approchant, il gratta, creusa, et finalement déblaya un passage. Fallait-il le prendre ou rester dans la grotte ? C'était rester qui n'était pas sage, aussi se glissa-t-il dans l'étroite ouverture, cet exit exigu.
   Au-dehors l'accueillit un soleil d'or, éblouissant, insurmontable pour les yeux, car rien n'est pire pour la rétine que la routine, n'est-ce pas ? et ces longues heures passées au sein des ténèbres l'avaient accoutumé.
   Cependant, notre homme n'avait pas dérivé vers la nyctalopie, et devant lui s'étalait une étendue inattendue, désert poussiéreux, pierreux et caillouteux, aux lignes de montagnes floues s'estompant au loin dans la brume de chaleur.
   Le sable fatigué glissait mollement sur ses bottes tout aussi fatiguées, les recouvrant d'une poudre rougeâtre qui passait en murmurant. De temps à autre, de grandes rafales balayaient le sol nu et désolé. Désolé de quoi, d'ailleurs ? De n'avoir pas su maintenir la vie ? Le bruissement du vent sur lui chantait peut-être une complainte de terre mourante, ou peut-être se lamentait-il de la gloire passée de cet espace vide, cette aire de désert où ne demeurait plus que la triste, sèche, crue et rocailleuse friction de l'air contre la pierre.
   Au loin se dressait, silencieuse dans l'atmosphère qui ne vibrait plus, dilatée par l'écrasante présence d'un soleil étouffant, une ancienne tour, témoignage de l'abandon du lieu.

   Lui, debout au sortir de sa caverne, anfractuosité misérable recroquevillée sur sa propre pénombre, sur son propre silence, contemplait tout cela, faisant la sourde oreille aux appels de la grotte qui lui disait de revenir parce que c'était trop dangereux. Bah, tout l'était, de toute manière. Il n'avait qu'une envie : explorer, atteindre cette tour, connaître les secrets de ce désert même s'il devait y laisser la vie, courir au loin, dévaler la vallée et se retrouver auprès d'un lit de rivière à sec, reste chuchotant d'anciennes chutes.
   Puis, quoi faire ? Grimper sur un promontoire rocheux, s'asseoir et écouter paisiblement les ruines du monde exhaler leur souffrance désormais muette. Entendre le silence de la terre s'insinuer jusqu'aux tréfonds de son esprit et susurrer son abattement devant la fin de toutes choses. Ou méditer et essayer de savoir si la vie, cette vie calme mais chantante et rieuse qu'il avait connue, pourrait un jour revenir là.
   L'important était de faire entendre un autre son de cloche, et par sa présence même dans ce reg inégal, il y parvenait. Lui était encore là, était en vie, était la vie, et bien qu'il n'eût personne autour de lui à qui le prouver, il tenait à ce que cela fût clair aux yeux du monde. Il ne se sentait plus errant, mais vagabond. Les fantômes avaient disparu, peut-être serait-il suivi par des vagues à bonds, à présent ? Peu de chances, l'eau était absente du lieu.




   La région entière s'est muée en une vaste étendue désagrégée sur laquelle seul le vent garde prise, sifflant sa morne mélancolie sans fin. Il n'y a plus rien d'autre, sauf, au loin, un point noir qui avance. Et, comme dans le désert, résonnent en lui les derniers échos d'un monde mourant. Sauf que lui en a conscience. Air et sol se mêlent, odieux dans leur acharnement à n'être que vapeurs du passé; mais lui se mêle aux dieux qui ont foulé ces terres.

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Texte Krystal

Tempête


   Il adorait les tempêtes.
   Non pas parce qu’il pleuvait, non pas parce que les éclairs choisissaient ce moment pour déchirer le ciel, mais parce que le vent qui soufflait dépassait ses propres limites. Difficile de ne pas s’émerveiller quand on voyait ces violentes bourrasques se heurter aux vitres qui tremblaient dangereusement, on avait l’impression que les murs bougeaient tellement la puissance de l’élémentaire était colossale. Une force invisible, mais redoutable, une arme absolue capable de se glisser n’importe où sans qu’on ne la remarque. Nombreux étaient ces petits courants d’airs frais qui s’infiltraient chez nous par un minuscule trou invisible à l’œil nu et qui venaient nous chatouiller la nuque afin de nous faire frissonner. Personne n’était capable d’arrêter cette force de la nature, personne n’y était jamais arrivé. Mais ce n’était pas pour cela que l’on ne pouvait pas la dompter.
   Vaati scrutait l’extérieur avec intérêt. Cela faisait longtemps qu’il attendait une tempête de cette envergure, et depuis qu’il avait vu ces imposants nuages noirs venir vers lui il y a quelques jours, il ne tenait plus en place. D’où il était, il avait déjà senti le vent se lever, les branches des arbres s’agiter soudainement et l’air devenir plus lourd que d’ordinaire. Déjà, il savait que cette tempête serait grandiose.

Le vent souffle, infatigable, créant son chemin entre les nuages.

   Cloitré dans sa demeure depuis sa cuisante défaite contre Link, il passait ses journées à lire ou à faire toute autre activité toutes plus insignifiantes les unes que les autres. Il s’ennuyait ferme, et rien qu’à la pensée de l’arrivée de cet orage, il avait l’impression que le temps ralentissait de plus en plus, le narguait. Mais elle était enfin là.
   Leelas se posa sur l’épaule du démon. Une petite chauve-souris au corps arrondis et aux ailes pointues, n’ayant qu’un seul et unique œil grenat. Un être issu du mage après une expérience ayant mal tournée. La petite bête se nicha dans le cou de son Maître et émit une sorte de râle, montrant ainsi son contentement.
   Un éclair fendit les cieux, le tonnerre fit trembler les murs et le flash éblouit le jeune homme. Leelas sauta de l’épaule du démon et voleta en tournant dans la pièce. Souriant, Vaati se leva, empoigna son chandelier et, lentement, sortit de la pièce.

Il ne sait pas où il est, mais il sait où il va.

   Il descendit les escaliers qui le menaient à son hall et, délicatement, posa son candélabre sur l’un des rares meubles de la maison. Lentement, il revêtit sa cape violacée et mit son cher bonnet qu’il positionna correctement dans le miroir brisé qui lui faisait face. Enfin habillé, il caressa sa petite création avant de souffler les bougies, plongeant la pièce dans l’obscurité, seuls les éclairs apportant un semblant de lumière.
   La créature tournoya autour de son Maître avant d’aller se poser sur le rebord d’une fenêtre plus loin, s’installant confortablement dans le repli d’une veste laissée à l’abandon. Elle ne sortira pas.

Choisissant son moment, il tombe soudain.

   Vaati ouvrit l’entrée et s’engouffra dehors avec empressement, la porte claquant derrière lui. Il n’eut qu’à faire quelques pas à l’extérieur pour se trouver au cœur de cet événement météorologique et en ressentir toute sa puissance. Il s’arrêta, savourant la sensation de ses cheveux s’envolant au gré du vent, et sauta, tout simplement. Une violente bourrasque souffla précisément à ce moment, emportant le jeune démon avec elle. Elle le précipita dans le vide.

Chutant vers les abîmes, il n’a pour sentiment que l’allégresse.

   Loin de s’en soucier, le mage ferma les yeux afin de percevoir ce merveilleux sentiment que lui procurait sa chute libre. Il fendait le vent en deux, ce dernier s’infiltrant dans sa tunique et son bonnet, et le faisait frissonner d’un plaisir insoupçonné. Il se remit d’un coup debout, fixant le fond du gouffre qui se rapprochait dangereusement.

Il remonte brusquement, et tourne.

   A quelques centimètres du sol, il utilisa sa magie pour se propulser vers le haut. Il gravit la montagne sur laquelle il habitait aussi vite qu’il en était descendu, et vint se poser sur un nuage qu’il traversa. Il se remit à chuter, mais ne s’en soucia pas, préférant croiser les bras derrière la tête et se laisser aller. Il fit en sorte d’atterrir couché sur un deuxième nuage qu’il ne traversa pas, et de se laisser doucement emporter. Après quelques minutes, le nuage se dissocia et il tomba. Encore.
   En pleine chute, Vaati se mit à tourner sur lui-même, créant autour de lui un tourbillon qui grossit de plus en plus. Il se mit brusquement à pleuvoir, les nuages et les éclairs se concentrèrent dans la tornade du démon, plus puissante à chaque seconde qui passait. Elle éclata finalement à une centaine de mètres du sol, au pied d’une image colline parsemée d’arbres, et le mage en sortit en riant.
   Puis, il se mit à danser.

Au milieu de ce chaos, la valse débuta.

   Pas à pas, le démon gravit la colline, tournoyant sur lui-même, ses pieds tapant le vide qui le projetait encore plus haut. Le vent allait et venait dans ses vêtements et le portait vers le haut, toujours vers le haut, encore plus haut. Sa cape enroulait autour de lui avant de se dérouler aussi sec. Ses bras bougeaient dans le sens des bourrasques, ses jambes l’emmenaient là où l’élémentaire se dirigeait, et ce sans qu’il ne regarde.
   Il avait une entière confiance.
   Les arbres se rapprochèrent, et Vaati zigzagua entre eux avec grâce, se posant enfin sur la terre ferme dont il soulevait des nuages de poussière tellement il tapait avec force.

Entre les arbres, les feuilles virevoltant.

   Les parterres des feuilles mortes se soulevèrent et s’envolèrent, alors que le mage sautait et repartait dans les airs. Il prit appui sur les branches d’arbres et se projeta vers les nuages une nouvelle fois. Il était trempé, l’eau dégoulinait de ses vêtements et coulait le long de sa peau, ses cheveux restaient collés à son visage et il se sentait plus lourd de qu’habitude. Mais il s’en fichait.
   Le sang frappait ses tempes et lui donnait un rythme, la pluie formait un bruit de fond et les éclairs finissaient le tout. Cette tempête aurait pu en effrayer beaucoup, mais pour lui, c’était son moment.
   Il recommença à tourbillonner avant de toute faire éclater en riant aux éclat. Quelques acrobaties achevèrent son ballet .

Il danse au son de ce silence qui reste sa seule musique.

   Il se posa lentement sur la cime de l’arbre le plus haut d’entre tous et ouvrit les bras en grand.
   La masse cotonneuse et noire se fissura d’un coup et laissa passer un unique rayon de soleil qui éclaira le démon. Ce dernier lâcha échapper un dernier rire avant de fermer les yeux tandis que la pluie s’atténuait. Ce moment de liberté n’avait duré que peu de temps, mais bien assez. Il avait oublié sa défaite l’espace de quelque temps, il avait oublié sa miséricorde qui lui reviendrait pourtant en pleine figure d’ici peu, mais il s’en fichait.
   Il était heureux. Et c'est ça qui comptait le plus.

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« Modifié: samedi 23 juin 2012, 15:55:59 par John Craft »
Feuilles en vie

"A writer is a person for whom writing is more difficult than it is for other people" Thomas Mann