Auteur Sujet: Dans la Gueule du Loup...  (Lu 10684 fois)

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Dans la Gueule du Loup...
« Réponse #30 le: mardi 01 février 2011, 21:22:16 »
Ouh là... Crossover entre PH et L'sA, j'en viens à me demander si on ne perd pas un peu l'aspect d'origine de ton texte ? Le passage est assez bien mené, bien écrit mais, c'est l'idée en elle-même qui, je trouve, gâche un peu le concept de base de ta fic', qui avait comme originalité première de se concentrer sur L'sA... Après, ça reste du tout bon et, malgré le changement, j'attends la suite !
" No... don't pity me. I'm not worth it... Or maybe... you think you can save me. Will you love me...? Take care of me...? Heal all my pain...? ...That's what I thought. "



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Dans la Gueule du Loup...
« Réponse #31 le: dimanche 20 mars 2011, 21:32:52 »
Youpiiiii j'ai fini mon chapitre 8, je m'aime... \o/ Après un break de plus d'un mois, il était temps mince !

Par contre je dois annoncer, sans trop de surprises, que je cesse la parution des Crocs de Fenrir sur ce forum...  :/  Et d'une elle n'a pas assez de public et de deux j'ai déjà dû retaper plusieurs passages des chapitres déjà publiés, donc ce n'est plus tout à fait la même histoire, et... Et hum, en résumé juste parce que j'en ai décidé ainsi.

Bref, la suite !... J'essaie de donner une nouvelle dimension, j'espère ne pas trop bider.

Chapitre 8
J'ai des choses à te dire...


La place était, une fois n'est pas coutume, silencieuse. Marine se tenait accroupie contre la stèle du Coq Volant, sa lyre contre la poitrine, les yeux dans le vague, perdue dans ses pensées. Link ressentit une pointe de regret à l'idée de la tirer de cet état d'insouciance, et commença même à s'éclipser sans le vouloir. Il n'en eut pas le temps, Marine revint à la réalité dans un sursaut en lui lançant :

"Oh... Link ! Où étais-tu passé ?"

Immobilisé, Link retint un soupir de soulagement et se dirigea vers la jeune rousse, tout en répondant :

"Oh... Nulle part..."

Il n'avait pas spécialement envie de relater ses récentes aventures.

"Mais je suis content de te revoir... Je voudrais bien entendre une chanson.
-Ah oui ?... Et si je te proposais la Ballade du Poisson-Rêve ?
-Euh, très franchement... Tu n'as... rien d'autre à me proposer ?
-Pourquoi, tu n'aimes pas cette chanson ?
-Si, si, bien sûr !... C'est juste que, hum... J'aime la nouveauté..."

Pas question de dire qu'il commençait à en avoir assez de l'entendre... Marine accueillit sa demande avec une moue légèrement boudeuse.

"Bon, si tu insistes... Je te propose une autre chanson, l'Air de l'Ultime Rêverie."

Et elle reprit sa lyre, démarrant quelques accords simples, trop simples même. Puis sa voix si douce entama une ode, une poésie, toujours aussi vagues... Pour que la musique prenne son envol, sans prévenir, embarqua du même coup l'âme de Link en un autre temps. Les mots, les sons, ses doigts volant librement sur les cordes, tout se mélangeait en un instant de totale béatitude. Un instant de calme, de recherche, l'Hylien sentit son cœur battre, il n'avait pas réalisé combien il s'était emballé. Et s'ensuivit le retour de l'émotion, plus poignante, plus douce et plus amère que jamais, pour finalement s'éteindre sur les dernières notes. Le garçon en vert resta bouche bée une bonne trentaine de secondes, submergé par une brusque bouffée d'affection, un intense besoin de serrer ses proches et toutes les personnes qui lui étaient chères dans ses bras. Après tout ce temps à lutter pour sa vie, à accumuler une tension insupportable, ce morceau était beau à en verser une larme. Sans se forcer à être bon public, Link tapa lentement dans ses mains en réfrénant ses émotions.
Satisfaite, Marine fit un large sourire et relança :

"Je vois que ça te plaît...
-Beaucoup !... L'Air de l'Ultime Rêverie, hein ?
-Oui, c'est bien cela...
-La rêverie... A ce sujet, il m'arrive quand même certaines choses, je voudrais bien savoir si c'est un rêve ou non...
-Quel genre de choses ?"

Là-dessus, Link réfléchit rapidement. Il y avait bien cette histoire avec le marais et cet univers coloré, sans parler du garçon... Il aurait bien voulu en parler... De ça, ou de cet étrange Thanatos. Lui non plus, il n'était pas très réaliste. Il y avait aussi toute sa précédente incursion à Cocolint, mais ça, c'était un sujet qu'il valait mieux éviter... En fait, il en avait, des choses à raconter, et quelque part, il aurait bien besoin de s'épancher. D'évacuer. Et c'était là une occasion en or...

Choix : Parler du voyage sur le Plateau Tartare
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Choix : Parler de Thanatos
(Cliquez pour afficher/cacher)

Choix : Parler du dernier passage à Cocolint
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Choix : Garder le silence
(Cliquez pour afficher/cacher)

Alors que les deux avaient cessé de parler, un petit garçon déboula sur la place en regardant de partout, avant de foncer sur le duo.

"Monsieur ! Marine ! Au secours !
-Qu'est-ce qui se passe ?
-C'est mon frère !
-Lequel ?
-Lequel ?"

Ils avaient lancé ce mot en parfaite synchronisation. Il y avait une dimension comique, mais l'inquiétude palpable du gamin les empêchait d'en profiter. Link enchaîna :

Choix : Allons tout de suite voir ce qui se passe !
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Choix : Explique-moi ce qui s'est passé...
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« Modifié: vendredi 09 septembre 2011, 15:03:43 par un modérateur »

Mille mercis à Alice Lee pour la signature !
Entre ce que je dis et ce que tu entends, on risque de pas se comprendre...

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« Réponse #32 le: lundi 21 mars 2011, 17:36:04 »
Je n'ai pas trop d'avis sur ce chapitre, j'ai juste pris plaisir à le lire, on attend donc la suite Et pas dans un mois si possible :niak:
" No... don't pity me. I'm not worth it... Or maybe... you think you can save me. Will you love me...? Take care of me...? Heal all my pain...? ...That's what I thought. "



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« Réponse #33 le: jeudi 14 avril 2011, 16:57:41 »
C'est donc raté, ma tentative d'ajouter du son au texte pour approfondir ?

Hum, ça ne fait pas un mois.

Chapitre 9
Héros d'un temps, héros d'antan...
[/size][/b]

Sur un plan éthéré, au-delà du matériel et de l'onirique...

"Où en es-tu ?
-Nulle part, je le crains."

Trois voix qui parlaient de concert, avec une synchronisation digne d'une chorale. Trois âges différents, trois timbres différents, mais on aurait pu les croire appartenant à un seul et même être. En face, une voix sombre, presque abattue, soumise. Tous se tenaient dans cette supraexistence où l'apparence, ni même le physique ne peut se trouver, où tout n'est que pure énergie des volontés, pure fluctuations des pensées que d'aucuns nomment "esprit".
Et en cet instant, ce lieu hors des contraintes communes était un tribunal.

"Vous m'avez confié une tâche ardue, vous savez.
-Ou peut-être n'avons-nous pas fait appel à quelqu'un d'assez compétent. Nous escomptions des progrès plus significatifs. Ton protégé devrait déjà avoir compris d'où viennent les monstres qu'il a affrontés. Jusque-là, il ne fait que se complaire dans ce qui l'arrange le plus.
-Sauf votre respect, vous vous avancez beaucoup. Il a quand même...
-Silence ! Il n'a fait que ce que tu as bien voulu lui faire faire, avec toujours la pathétique conviction que tu serais là pour lui sauver la mise si besoin est. Et le plus beau, c'est que tu n'as même pas gagné sa confiance !
-Les choses ne sont pas faciles pour lui non plus. Mettez-vous un peu à sa place.
-Mais c'est ce que nous faisons depuis le début, triste sire ! Pourquoi crois-tu que nous nous donnions la peine de lui offrir cette épreuve, cette chance unique ? Pourquoi crois-tu que nous avons gardé un œil sur lui quand il a franchi les méandres du temps par ta faute ? Et pourquoi t'avons-nous convoqué ici ? Penser à lui, faire preuve d'empathie, c'est ce que nous faisons depuis le début. Nettement plus que toi."

Tout autre aurait déjà hurlé de rage, de dépit. Mais lui ne pouvait pas. Il en était incapable. Ces sentiments lui étaient inconnus, à lui qui était à peine doté d'existence.

"Je suis mal placé pour le comprendre... Vous le savez aussi bien que moi...
-Quoi qu'il en soit, il n'en ressort pas moins que tu nous as profondément déçu. Peut-être avons-nous eu tort d'entendre ta requête. Un égarement, ou un fol espoir, qui sait ?... Toujours est-il que..."

Et d'un ton sec, lourd, la voix déclama :

"Nous te retirons le droit de gérer toute cette histoire ! Désormais, c'est nous qui prenons les choses en main !"

Sur ces mots, un terrible poids s'écrasa sur l'infortuné, qui ne pouvait ni fuir ni éprouver ce qui lui tombait dessus. Il ne pouvait que deviner les entraves infligées à son âme, à ses désirs, à ses capacités. Tandis que les voix s'évanouissaient, le condamné sombrait dans une apathie mortuaire...

Dans le Village des Mouettes, un enfant d'une dizaine d'années se tordait de douleur, allongé dans son lit, le souffle court entrecoupé de râles et de délires fiévreux. Son front était couvert de sueur, et son visage était d'un rouge brique. A son chevet, sa mère se morfondait, incapable de décider ce qu'il convenait de faire. Ce fut dans ce climat de peur que déboulèrent Link, Marine et le garçon. Dès l'entrée, les jeunes gens comprirent que la situation était grave. Marine se précipita pour observer l'enfant de plus près, tandis que Link s'adonnait à son propre examen, plus en retrait. Il n'avait jamais rien vu de tel. Le gosse semblait possédé par un esprit malfaisant, qui le torturait de l'intérieur. Au bout d'un silence qui parut durer une éternité, Marine secoua la tête et murmura :

"Dans ces conditions, il ne passera pas la nuit...
-Ne dis pas ça !..."

Ce n'était pas le moment de se confondre en phrases toutes faites. Manifestement, il ne s'en sortirait pas avec un peu de repos. Il fallait de l'aide... Une personne qui s'y connaisse en médecine, en guérison, ou alors apte à traiter un tel cas surnaturel... Une idée lui traversa l'esprit, et il s'exclama :

"Et si ?...
-Hm ?...
-Je vais aller chercher de l'aide.
-Auprès de qui ?...
-Je n'ai pas le temps de t'expliquer. Je reviens tout de suite !"

Et il bondit hors de la maison aussi vite qu'il n'y était entré, dévala les escaliers quatre à quatre, longea le Bazar pour atteindre la sortie de la bourgade et escalada les rochers qui la fermaient aussi facilement que si c'était un podium avec une échelle. Sans s'arrêter, il gravit la butte juste à sa gauche, écarta tant bien que mal le rocher qui le gênait, puis reprit sa course, vers...

Choix : La sorcière
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Choix : Monique la Lunatique
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L'endroit était aussi glauque et dérangeant que dans ses souvenirs. A l'époque, il était déjà peuplé de fantômes terriblement puissants, et c'était un lieu qu'il valait mieux éviter de fréquenter. Link repensa à la force des nouveaux monstres de l'île et frémit à l'idée qu'un tel changement ait pu s'opérer ici. Mais il n'avait pas vraiment le temps de craindre pour sa vie alors qu'une autre se jouait. Prenant une grande bouffée d'air chargé de restes de cadavres, il commença à déambuler parmi les travées de tombes, tous les sens en alerte. Il passa devant chaque sépulture des environs sans que rien ne se passe, sans prendre non plus le temps de lire les épitaphes. Il continua son inspection en allant vers un autre rassemblement de pierres tombales, tout en sentant peser sur lui l'œil unique d'un fantôme. Il ne fallait pas traîner, il ne voulait pas non plus perdre son temps à terrasser le monstre spectral. Il garda son bâton à la main et fila d'une tombe à l'autre, convaincu qu'il pourrait noter le moindre changement dès qu'il aurait lieu. Mais là encore, rien, davantage de temps perdu. Link courut vers la troisième partie du cimetière, toujours sans prêter attention au spectre, et là, il sentit un mouvement dans sa main dès la première tentative. La tombe juste à sa droite réagissait à l'artefact. L'Hylien poussa un soupir de soulagement et décida de lire quand même l'inscription sur le marbre. Les lettres lui arrachèrent un cri de stupeur et le firent chanceler, les yeux exorbités. Il était sûr et certain de ce qu'il y avait d'écrit, mais il fallait croire que cela ne voulait pas dire ce que cela semblait vouloir dire. Noyé par la confusion, le garçon relut à haute voix les lettres stylisées qui composaient le message terriblement ambigu :

CI-GÎT LINK,
HÉROS D'HYRULE
POUR QU'ON N'OUBLIE PAS
CE QUI FUT ET A ÉTÉ
LA PLUS GRANDE VICTOIRE DE TOUTES

Link crut un moment qu'il allait s'évanouir. Ses aventures l'avaient confronté à de multiples expériences dérangeantes, mais jamais il ne s'était trouvé face à sa propre tombe. Il prit une nouvelle profonde inspiration et se releva, les jambes chancelantes, tout en marmonnant :

"Impossible... Ça peut pas être vrai... Je suis pas encore mort ! Il y a forcément une autre explication."

Oui, forcément, mais il n'avait pas d'autre moyen de la découvrir qu'en poussant les choses jusqu'au bout. En dépit de toutes ses craintes, l'Hylien prit la petite baguette et frappa la pierre à trois reprises. Le tremblement cessa aussitôt, et le temps sembla faire de même. Plus le moindre souffle de vent, plus de fantômes qui erraient, plus rien, absolument rien. Coupé de cette inertie, Link tourna la tête, le bras toujours tendu sur la roche polie, jusqu'à ce qu'un bruit semblable à un grondement s'éleva du sol où il se trouvait. Il s'attendait à voir surgir un zombie, un squelette ou n'importe quoi du genre, ou alors à se faire aspirer par la terre, mais à la place, le monde se mit à tourner sur lui-même, de plus en plus vite. Une révolution dont Link, à présent cloué sur place, était l'axe de rotation. Quand les tours furent si rapides qu'il ne distinguait plus les formes ni les couleurs, un noir uniforme l'enveloppa, et la sensation de tournis cessa aussitôt.
Link se trouvait à présent dans une sorte d'arène, un cercle de dix mètres de terre battue entouré de ténèbres. Et face à lui, une grande caisse de bois noble, sûrement de l'acajou, frappée du sceau de l'Hyrule antique, cet aigle qui entourait de ses ailes crantées le symbole du Pouvoir d'Or. Une caisse ? Non... En fait de caisse, il s'agissait d'un cercueil. Avant même que le garçon n'ait pu s'approcher, le couvercle tomba en grinçant, et en fait, il était sûr que les choses se passeraient ainsi. A l'intérieur, un squelette parfaitement agencé et blanchi exhalait une épouvantable puanteur de putréfaction, chassée peu à peu par l'immensité de vide qui la diffusait. Dès que cette horrible odeur cessa, un gémissement à glacer le sang s'éleva et les os tremblèrent légèrement avant de s'envoler. Après avoir erré dans les airs quelques moments, il se réunirent en formant une sphère d'énergie de couleur blanche. A l'instant où le dernier os rejoignit ce vortex, il s'étira jusqu'à prendre forme humaine, cessa de briller et Link retint un nouveau cri d'horreur.
Il se tenait face à son double, son portrait craché, mais plus grand, plus mince que lui, vêtu d'un long habit blanc sous sa tunique d'un vert à peine plus clair que la sienne. Quelque part, ce double semblait plus noble, plus raffiné que lui. Il portait un bouclier au bras droit et, dans la main gauche, une épée bleue que le garçon reconnut aussitôt. Excalibur. Aucun doute là-dessus. Pour compléter le tout, l'individu avait les yeux tout à fait blancs, sans iris ni pupille. D'après sa posture, il comptait bien en découdre. Link pensa amèrement qu'il n'aurait aucune explication et tira son arme avec un certain malaise. Cela faisait deux fois qu'il affrontait une sorte de jumeau, et là encore, il ne savait pas comment le prendre. Se pouvait-il vraiment que tout cela ait un sens ?

L'affrontement débuta sur un grand coup vertical du Link aux yeux vides, bloqué sans problème par son adversaire qui répliqua aussitôt d'un coup similaire porté à deux mains après un léger pas de côté. L'assaut s'écrasa contre le bouclier, et une estocade portée sous le métal suivit cette parade, esquivée de peu par le garçon à l'épée grise. Lui aussi était plus habitué à bloquer avec un bouclier qu'avec sa lame, et manifestement, ce zombie était tout aussi rompu aux armes que lui, sinon plus. Heureusement, sa condition semblait le ralentir très légèrement, cela se ressentait à ses postures plus sûres que ses mouvements. Il y avait aussi la masse de la lame grise, qui serait un handicap si elle n'était pas sensiblement identique à celle d'Excalibur couplée au bouclier. Somme toute, ils étaient à peu près de même niveau. Plus que le talent, ce serait la première erreur correctement exploitée qui déterminerait le gagnant de ce duel. Il fallait donner des coups simples jusqu'à ce qu'une faille se présente.
Le mort-vivant continua d'attaquer avec un coup de taille, contrée par le vivant qui voulut se montrer plus fourbe en visant les jambes, mais l'adversaire esquiva d'un saut périlleux plutôt surprenant compte tenu de l'attirail qu'il portait. Grâce à la distance acquise, le bretteur voulut sauter sur le garçon et le couper en deux en poussant un cri rauque, mais là encore, c'était une attaque trop prévisible. Link leva sa lame pour parer, et la feinte marcha. Au lieu de percuter l'acier, la lame bleue décrivit un arc de cercle et contourna la lame grise pour viser le ventre. Link ne réalisa que trop tard et ne put éviter une belle entaille au flanc. Au moins, il avait réagi à temps pour entamer un recul, sans quoi il aurait été littéralement éventré. Le sang se répandit sur l'étoffe verte, tandis que la cuisante douleur lui faisait prendre conscience de la situation où il se trouvait. Ce n'était pas un duel amical mais un match à mort...
La rencontre reprit, mais Link se montrait plus prudent, porté sur la défensive. De son côté, le revenant ne prenait pas autant de précautions. Comme il était déjà mort, il avait sans doute moins d'appréhension... C'était peut-être là la seule chance de l'emporter. Sa trop grande confiance en son état. Les échanges continuèrent pendant quelques temps, un coup, une esquive, un coup, une parade, parfois deux assauts qui s'entrechoquaient, sans qu'aucun ne prenne l'avantage ni ne porte de coup décisif. Quand il estimait que la tension avait assez monté, Link commit volontairement une petite faute en négligeant son équilibre, juste le temps de se retrouver vulnérable et que son adversaire le remarque. Comme il s'y attendait, ce dernier se prépara pour un coup fatal. C'était le moment d'agir comme...

Choix : un trompe-la-mort
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Choix : un homme d'honneur
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Choix : un lâche
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L'affrontement étant terminé, l'enchantement se rompit. Le sol se remit à tourner, lentement, puis rapidement, jusqu'à ce que le cimetière réapparaisse comme si rien ne s'était passé. Sans vraiment savoir pourquoi, Link baissa les yeux. Il vit un crâne posé sur la terre qui recouvrait le tombeau. Il s'agissait sûrement de l'ingrédient nécessaire... Il s'empara de l'ossement et repartit vers son point de départ, afin de préparer la potion qui sauverait l'enfant.

Cela faisait deux fois qu'il affrontait un double... Il ne le voyait pas encore, mais il le sentait, tout cela avait un sens. Un sens qui lui serait révélé en temps utile...
Comme il fallait gérer les choses une à une, Link pressa le pas vers la sortie du cimetière.


P.S. : Synopz, si tu as un poème un peu moins quelconque que mon écrit foireux à me proposer pour l'épitaphe, je suis preneur.
« Modifié: vendredi 09 septembre 2011, 15:06:00 par un modérateur »

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Entre ce que je dis et ce que tu entends, on risque de pas se comprendre...

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« Réponse #34 le: mardi 19 avril 2011, 13:00:57 »
Bon, une nouvelle partie à ma galerie qui n'est pas vraiment amusée... On peut considérer que j'ai une dette envers Guiiil : je lui dois bien de lire ses propres textes s'il les publie.

Une nuit


Partie 1

Toutes les histoires commencent un jour. Ce n'est pas moi qui l'ai décidé ; c'est la convention. Si vous n'êtes pas contents, allez lui toucher deux mots, elle est juste sous votre braguette. Non, pas là, plus loin. Bon, cette histoire va commencer quand même. Mais moi, je ne suis pas du genre à me contenter d'une convenable convention pour connaître le contingent de connerie que vous allez lire parce que vous êtes indulgents ou que vous avez du temps à perdre. J'aimerais vous plaindre. Du reste, j'embête la convention, cette histoire ne commencera pas un jour. Si vous n'êtes pas contents, allez fumer une cigarette, ça vous détendra le temps que je finisse la mienne. Une Gauloise. Je ne sais même pas pourquoi j'ai acheté ça. J'ai demandé des clopes et le type qui avait une tête à pas fumer de tabac pour garder bonne conscience d'en vendre m'a refourgué ça. Je le sais parce que le gars avait vraiment l'air de se sentir responsable de mon cancer à venir et peut-être de ma mort. Qu'il se sente responsable de ce que j'ose même pas appeler ma vie d'abord, je lui ai fait comprendre d'un silence bien appuyé. Il a juste regardé le prix, après, je veux pas savoir. Les filtres, je les fume pas, alors il va peut-être falloir que j'entame.

Si j'avais une montre, j'aurais su l'heure, mais là, je vais inventer. Il est minuit passé. Vous voyez que je n'ai pas menti, ce n'est pas un jour, mais une nuit. L'histoire commence une nuit. Et puis j'ai aucun mal à inventer, j'ai l'horloge du rade devant moi. Ce genre de rade où on rencontre tout ce qu'on croit sorti d'un mauvais roman policier. D'ailleurs, comme vous êtes plus malins que vous n'en avez l'air, vous avez sûrement percuté le premier truc bizarre de ce récit. Mais si. Je vous ai dit que je finissais ma cigarette, et l'instant d'après je vous dis que je suis dans un bar. Cherchez l'erreur. Cette fameuse loi d'ivrogne, la loi "et vin" ou je ne sais quoi, ça vous dit forcément quelque chose. Comme quoi on peut plus fumer quand y a du monde. Eh ben je vous l'ai dit, que j'embêtais la convention ; maintenant, je le prouve. En plus je vois pas qui je vais gêner. Pas le patron qui me crache sa saloperie de havane à la figure depuis un quart d'heure. Soi-disant pour donner "un goût fumé" à mon Orangina. Brave tavernier qui tolère pas qu'on siffle autre chose que de la gnôle et des souris dans son honorable établissement de pochetrons. Ni le couple de petits vieux de vingt-cinq ans pour qui la mode de la moustache s'est terminée plus tôt que les habits de cuir et le parfum Jean-Paul Gaultier. Des petits vieux car ils sont tellement perclus d'arthrite et de rhumatismes qu'ils ne peuvent même plus s'asseoir, ce qui les contraint à boire leur kir royal debout au zinc. Bon, je dis ça, mais qui sait, c'est peut-être pas l'âge qui les met dans cet état. Mais bon, je suis pas assez curieux pour aller vérifier. Par contre, si je les avais, je donnerais bien cent euros à la lapine du fond de salle pour savoir qui de sa culotte ou de sa jupe descend le plus bas. Et encore, ça serait sa ceinture, au final, que ça m'étonnerait pas. Quoi, je suis insolent ? Sans blague. Il vous a fallu tout ce temps pour vous en rendre compte, quand même.
Je sors une pièce de métal frappée du sceau de l'industrie monétaire inféodée à l'économie capitaliste de notre glorieux pays soumis à l'autorité des consortiums de légumineux internationaux pour justifier le précieux temps que j'ai éhontément fait perdre au patron. J'ai moins de scrupules à rembourser cette dette qu'à agrandir la fortune de la misérable société qui m'a concocté cet infect élixir. Le respectable tenancier la ramasse du plat de sa main velue, d'une taille proportionnellement inverse à celle de son intérêt pour les soucis que je viens de soulever, sans proférer le moindre son qui trahirait un souhait qu'il n'a pas de me voir séjourner plus longtemps en son antre. Soucieux de lui retourner la politesse, je me lève du siège en inox véritable qui a eu le courage de supporter mes cinquante-neuf kilos et je m'éclipse à la manière qui a toujours résumée ma vie : discrètement, mais avec tous les regards braqués sur moi.

La rue m'accueille avec une trombe d'eau. Je ne relève pas ma capuche, je ne sors pas de parapluie. Ce n'est pas que je sois en manque de pépins, c'est juste que je suis en chemisette et jean. Tout ce que j'ai sur moi, ce sont mes clés, depuis que ma monnaie est allée vivre sa vie en un autre lieu. La seule idée de rester à proximité de ce trou suffit à me pousser droit vers la flotte. En moins de dix secondes, j'ai l'impression d'avoir gagné dix kilos. Un moindre mal pour mes cent soixante-quinze centimètres. Un autre que moi serait déjà en train de râler. C'est la convention : quand on est sous la pluie, on râle d'être trempé. Toutefois, la convention n'est pas obtuse et reconnaît qu'il y a d'autres situations où on râle nettement moins d'être recouvert de tissu trempé, mais c'est pas le sujet. Encore deux points que je prends de haut et de front, de front haut, et s'il est haut, il est puissant, et s'il est puissant, le peuple l'aime, c'est donc un front populaire. Je fournis les jeux de mots miteux, encore que sous cette pluie je devrais dire "moisis", mais pour les cordes, fenêtres et autres ponts, débrouillez-vous, je m'en voudrais de tout faire à votre place.
Mes pieds me portent sur plusieurs centaines de millions de nanomètres, tout en émettant un bruit caractéristiques de godasses gorgées d'eau qui m'amuse autant qu'il m'exaspère. Je traverse la route sans regarder où je vais, et ce même si mes augustes petits petons ne foulent pas les symboliques lignes blanches cautionnant cet outrecuidant comportement. Après tout, je sais pertinemment que je ne risque rien, à part de me faire faucher par une voiture valsant à quelques pauvres kilomètres heure et d'abréger ainsi mon existence d'une poignée d'années. Bagatelle que tout cela, n'est-il pas ?

Je finis par atteindre le point dont les coordonnées GPS me sont parfaitement inconnues mais qui représente en cet instant le lieu dans lequel je souhaite introduire ma modeste personne trempée, fatiguée, sale et tellement quelconque que je ne vois même pas pourquoi vous lui accordez le privilège de votre lecture. Avant de pénétrer cette demeure de douze étages de béton brut, à défaut d'autre chose, je me refuse à déroger à mon petit rituel et penche ma tête encombrée de cheveux vers la droite, sur laquelle je ne suis d'ordinaire pas plus porté que sur la gauche. Et là, mes yeux déchiffrent du mieux qu'ils peuvent, à travers les restes de cigare qu'ils ont encaissé, "Didier Limier".
Je la sens venir, votre question. Non, je ne suis pas détective. Et je ne suis pas non plus Didier Limier. Lui, c'était mon père. Moi, je me nomme Jean-Loup Voyant. Enfin, j'aimerais bien. Ça, c'est un blaze qui a de la gueule, même si on s'en fout. Mais au lieu de ça, je dois porter comme une croix le doux prénom de Guillaume. Guillaume Limier, alias Guili-guili. Une croix, je vous l'avais dit. Un patronyme que je porte par la faute de ma mère. Sous ce fallacieux et bien pratique prétexte qu'on nomme "amour" dans la vie et "rencontre fortuite" à Hollywood, un alibi qui, j'en ai toujours eu la conviction, cachait de bien moins reluisantes vérités que cela, elle s'est mariée avec le type dont vous avez lu le nom en même temps que moi. On vous a sans doute jamais dit que c'est très malpoli de lire par-dessus l'épaule des gens. Bref, elle s'est mariée, et du coup, elle a renoncé à son premier nom de naissance. Je ne sais pas quel était le nom en question et il est fort probable que je ne le sache jamais. Après trois ans de vie faussement commune, j'admets que cet humour est encore plus vaseux, cette noble dame est partie un beau matin avec cent francs en poche. Elle voulait acheter des carottes pour accompagner les oignons que son époux devait faire revenir en attendant qu'elle fasse de même... Ce fut la dernière fois que mon père voyait son visage, mais il eut le courage de dire qu'elle n'avait pas mentie : elle lui avait effectivement mis la carotte dans l'oignon. A compter de ce jour, Didier a été obligé de faire vivre le souvenir ambulant de la trahison, tout en occupant de son mieux l'appartement. On sait jamais, il aurait vite fait de s'ennuyer, ce pauvre petit appartement innocent du sixième étage de trente-huit mètres carrés.

Innocent, il l'était toujours, seize ans plus tard. En tout cas, nettement plus que moi. Rien que son paillasson était aussi propre qu'au premier jour. Chaque fois que j'y pose le pied, je sens monter la question existentielle qu'on se pose tous à des moments plus ou moins réguliers : "mais qu'est-ce que j'fous là ?". Ce qui ne m'empêche jamais de sortir la petite barrette de métal tendre, et de l'introduire dans la fente prévue à cet effet avant d'y imprimer le mouvement requis pour faire lever les entraves auxquelles elle commande. Je ne vous l'ai pas encore dit, mais je suis célibataire. J'entre dans le doux logis qui ne m'attendait pas plus qu'avant et j'embrasse le vide qu'il m'offre tout en évitant soigneusement de marcher sur l'enveloppe qui se trouve juste à l'entrée, une enveloppe aussi vierge que de l'huile d'olive. C'est nul, mais je ne vois pas à quoi d'autre je pourrais comparer en cette époque décadente. Même les pucelles ne sont plus vierges, de nos jours. Je n'ai pas besoin d'ouvrir le pli pour savoir de quoi il s'agit, et cela ne me procure aucune joie, ni peine, ni cil. Après tout, comment du papier sur lequel il n'y a rien d'écrit pourrait-il m'évoquer un stylo ? Je me rends vers la pièce à vivre, je retire mes chaussures sans me baisser, rien que du bout du pied, car je sais trop bien où elles ont traîné pour avoir envie de les toucher de mes mains. Puis je quitte le bout de coton tissé couleur vert d'eau qui a aimablement caché la partie supérieure de mon corps aussi épais qu'un bras de Chabal avant de le poser sur une chaise. Dans le même temps, je prends le peignoir qui traîne sur la patère de ma salle de bain et m'en enveloppe avant de m'occuper de cette dernière.
Par acquit d'une conscience que j'aimerais bien prétendre avoir, je la regarde sous tous les angles, mais il n'y a résolument rien d'écrit dessus. Je l'ouvre d'une main tremblante, réprime un éternuement en craignant avoir attrapé un coup de froid, ce qui coûte moins cher qu'un Pokémon, et sort plusieurs feuilles de l'enveloppe, le tout en papier. Ces billets présentent une signature que j'ai appris à reconnaître : celle qui figure au bas des biffetons de deux cent euros. J'en compte cinq, les remet dans l'enveloppe et sort la grande feuille. L'écriture m'est aussi familière que la signature des actes bancaires. Je lis le document, pousse un soupir et pose le tout sur ma table après avoir cherché un coin de libre.
Je ne suis pas détective, mais une personne s'est persuadée du contraire. Un jour où j'étais en grande difficulté financière, j'ai eu la surprise de découvrir le premier de ces plis, accompagné de la même somme et d'une lettre similaire. Nulle part mention n'était faite du nom de mon bienfaiteur. Je n'ai pas hésité un quart de seconde à employer l'argent à toute fin utile, et j'ai rempli la contrepartie telle qu'elle était décrite dans la missive. Pour cause d'incohérence temporelle, je ne peux pas écrire "dans la missive hier", mais ce n'est que partie remise. De prime abord, parce qu'il faut bien que je me rattrape, j'ai bien pensé à profiter sans rendre, je n'ai pas la mauvaise foi de le cacher ; le cacher faisant foi. Mais j'étais lié à cette malédiction, cette malédiction qui me liait à l'homme qui m'avait légué son nom et son appartement ; je suis donc devenu enquêteur presque malgré moi. Car il faut dire, même si nous n'avons jamais été proches, mon père a été un maléfiste très honnête : il m'a infligé son nom et n'a jamais pris la peine de bâtir quoi que ce soit pour mon avenir, mais en contrepartie, il m'avait laissé son logis en viager et de saines relations avec tout mon voisinage. A compter de ce jour, j'ai toujours eu à cœur de ne rien recevoir sans rien donner en retour.

Saines, ça oui. Elles ne pouvaient pas être autre chose que saines dans la mesure où les trois-quarts de mon immeuble ignoraient jusqu'à l'existence de mon géniteur, qui gagnait et laissait son refuge si ce n'est sa vie à des heures où la majorité des honnêtes gens connaissent le repos du Perrier. Je sais que cette formule n'a strictement aucun sens, mais là encore, je ne fournis pas la dose de laudanum. Bref, il m'a laissé à sa mort plus que je n'ai reçu en plus de dix ans. Son trépas remonte à mes seize ans ; aujourd'hui, j'en ai dix-neuf, et je ne lui en veux plus. Oui, au début je lui en ai voulu d'être mort, car cela détruisait notre concours pour savoir qui était le plus solitaire de nous deux. Finalement, comme j'ai fini par être au courant, et le notaire, et les flics, je me dis que j'ai gagné. Le cynisme de cette situation est la seule chose qui m'empêche de culpabiliser.
La soirée avait été assez pénible comme ça et je n'avais pas envie de pousser le vice jusqu'à ouvrir le frigo pour vérifier s'il était aussi vide que mon estomac. Et je n'étais pas assez cinglé pour décider de sortir à nouveau sous cette pluie battante comme un tambour de machine à laver avec un billet de deux cents balles dans la poche avec le vain espoir de trouver une épicerie ouverte à une heure et demi du matin. Je m'écroulais donc dans un fauteuil et écoutais le subtil murmure assourdissant des gouttes sur mes carreaux en attendant de sombrer dans le sommeil.
« Modifié: jeudi 08 septembre 2011, 17:08:14 par un modérateur »

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« Réponse #35 le: mardi 03 mai 2011, 15:57:41 »
C'est parti pour un triple post !... On démarre par la deuxième partie d'Une Nuit et mon prochain post, c'est La Frontière. Et il semblerait que si personne ne laisse de commentaires dans la journée, je devrai attendre demain pour celui-ci.

Donc, la suite, plus courte, de la nouvelle en forme d'ode au cynisme, j'ai nommé Une Nuit :


Partie 2

Y a des nuits où on a pas envie de se lever. Surtout pas quand c'est un couvercle de casserole qui vous réveille en tombant par la faute d'un courant d'air ou d'une intervention du saint esprit. Je vous passe sous silence le nombre de gros mots et autres jurons que j'ai poussés du haut de ma mauvaise humeur alors qu'ils ne m'avaient rien fait et j'en viens à l'essentiel. Il est trois heures du matin. Voilà, je crois que tout est dit. Comme je sentais que je ne me rendormirais pas, je m'étirai péniblement dans mon fauteuil tout en grelottant. J'aurais dû prendre le temps de mettre le chauffage avant de m'assoupir, ça m'aurait épargné le rhume.

Mon corps affaibli réussit à se tenir à la verticale par un quelconque miracle. Peut-être le saint esprit qui cherche à se racheter, je ne veux pas savoir. Je ne rallume pas la lumière, mais je me dirige machinalement vers le point le plus lumineux de l'appartement. La fenêtre. A travers le brouillard à moitié dissipé qui gêne toujours ma vue, je distingue qu'il ne pleut plus. Après un nouveau soupir, je serais devenu riche s'ils avaient de la valeur et que je pouvais les vendre, je déambule jusqu'à mon coin cuisine, et je bois plusieurs rasades d'eau au moins aussi froides que le freezer de mon frigo. Cette épreuve a au moins le mérite de m'extirper suffisamment des limbes pour que je puisse tâter ma chemisette. Encore trempée. Qu'à cela ne tienne, je vais d'un pas désormais parfaitement quelconque vers mon armoire. Je saisis le premier T-shirt qui me tombe sous la main. Un habit noir, un peu petit, pour aller avec mon jean bleu foncé. Pour compléter cette touche un peu moyenne, j'enfile un tricot marron par dessus mon T-shirt et une chaîne de plastique argenté aux passants de mon pantalon. Si on y ajoute les godasses imitation Converse réalisées par un artiste chinois dont le talent équivaut son jeune âge, je n'ai plus qu'à espérer ne pas croiser un miroir, sans quoi je mourrai de honte. Ou alors, ce sera pour me concentrer sur mes cheveux châtains, mes yeux verts et mes cernes si profondes qu'elles en sont devenues des cicatrices. Le reste de mon visage pâle, comme diraient les Indiens, je n'ai même pas envie de le décrire.

Par réflexe, mon regard se porte sur ma table. J'imagine que le papier est encore là. Il faut toujours s'occuper, alors j'empoche un des cinq fafs et je remets mes tatanes comme je les ai quittées. Vous pouvez pas comprendre, une relation pareille, c'est fait pour durer, même si on n'arrête pas de se quitter et de se remettre, je les aime, mes chaussures, et je pense sincèrement qu'elles m'aiment aussi. Comme il est tard, je prends aussi mon veston en jean. Je sors de ma piaule, ferme le verrou et descend les escaliers à pas feutrés. Sur le pallier, je ne peux m'empêcher de pouffer de rire, ayant commis l'erreur de repenser à cette anecdote à force d'associations d'idées.
C'est une histoire, on m'a dit qu'elle était vraie, et bien qu'elle ne me concerne pas directement, je l'ai toujours trouvée drôle. Il y a de ça quinze ans, un type a été retrouvé mort au milieu de la place Pigalle. Mort de quoi, je ne l'ai jamais su, ou alors je ne m'en souviens plus. L'enquête à l'époque a établi qu'il était un régulier des lieux, et qu'il entreprenait systématiquement les dames avec des boas à plumes synthétiques. La famille du défunt a même ajouté qu'il était chasseur à ses heures perdues. Bécasse, faisan, poule d'eau, gallinette cendrée, il avait tout connu. Il aurait même eu des démêlés avec les perdreaux, ceux qui ont des tonfas et des badges. Quelle ironie, un mec qui a joué au ball-trap avec tout ce qui a des plumes finit par crever au cœur d'une volière !
Le bitume me reçoit comme je l'avais laissé. Les environs sont silencieux, aucun bruit de voiture, ni de pluie, ni de musique. Parfois, il suffit que je mette le nez dehors pour me retrouver face à une bande de jeunes qui se croient malins parce que, tous ensemble, ils ont la moitié de l'intelligence dont ils ne peuvent pas comprendre qu'ils ne l'ont pas. Mais cette fois-ci, j'étais seul et c'était très bien ainsi. Dans ces coins qui ne dorment jamais tout à fait, la solitude est un luxe qui devient parfois un mythe. La lumière attire les insectes, et la mite est un insecte. Or, lux signifie lumière en latin... Je ne sais même plus où j'ai appris ça.

Les quelques mots de la lettre ne me sont pas sortis de l'esprit. Comme il faut toujours débuter quelque part, même quand ce n'est pas de la tarte, je me dirigeai vers un square pas trop lointain. Je ne voulais pas marcher dans les flaques d'eau mais je continuais de franchir les voies comme d'improbables rubicons des temps modernes. Le seul être que je croisais fut un chat noir qui me fixa de ses yeux jaunes. Moins farouche que pas mal de ses congénères, il me regarda passer le long du mur où il trônait sans prendre la tangente. Mes sinus me faisaient de plus en plus mal, et je ne vois pas comment je vais caler "cosinus" dans cette saleté de phrase. Avec un reniflement aussi marqué que celui d'un cocaïnomane, j'entrai sur le terrain de jeu suscité. Sur un banc, une personne dans un gros anorak noir restait si immobile qu'un passant un peu pressé ne l'aurait pas remarquée. Je m'approchai d'elle et frottai mon talon sur les gravillons, ce qui la fit lever la tête vers moi. Je fus accueilli par un reniflement d'une intensité au moins égale à celle du mien. Nous discutâmes âprement pendant un petit moment, avant de nous quitter guère plus avancé l'un que l'autre. Je n'avais pas appris ce que je voulais savoir, et il me restait encore plusieurs heures à tirer. Loin de me décourager, je repris mon chemin vers un autre de ces lieux où toujours on trouvait des gens à qui parler, à toute heure du jour ou de la nuit. Mon nouveau but était un ancien abribus, qui n'était plus desservi depuis des années, mais où je me rendais assez régulièrement. Sur le chemin, je repérai une moitié de demi-volaille, soit un quart de poulet qui avançait à vive allure pour qu'on ne remarque pas les gyrophares qui crachaient leur lueur factice. Je ne perdis que le temps de les laisser s'éloigner pour pouvoir traverser sans me les farcir, ce qui aurait pourtant été des plus naturels. J'atteignis finalement le petit abri en acier et plexiglas, occupé comme prévu par un couple de fragiles jeunes gens, accompagnés d'une ribambelle de gaillards qui se vexeraient si on leur demandait la couleur du carrelage de la douche de Fleury-Mérogis. Mon incursion sur leur petit territoire leur fit à peine lever les yeux. J'étais connu dans le coin comme le seul à pouvoir traîner dans le quartier et parler à peu près n'importe qui, sans jamais avoir de soucis. Bien qu'il me coûte d'entamer la modestie qui caractérise mon être parfait, j'attribue cette performance à mon côté profondément taciturne et ma démarche de petit garçon inoffensif.

Le gonze lâcha sa nana le temps de signifier à ses copains de rester calmes et de s'avancer vers moi, mais sans trop. Nous échangeâmes quelques mots comme d'autres échangent des Pokémons, lesquels, je le rappelle, s'attrape moins facilement que le rhume qui commençait à sacrément me gêner, bref, je reprends, nous échangeâmes quelques mots le temps de prendre des nouvelles de la santé de chacun, avant d'entamer le vif du sujet. Je ne révélai pas le but précis de ma visite et me contentai, comme un comptable, car la comptabilité se tient par des "comptes en T", de demander les renseignements qui m'étaient nécessaires. Bien qu'un peu réticent au début, le type finit par se montrer plus loquace quand je brandis mon bout de papier monnaie. Plus touché qu'un vampire par le soleil, il consentit, même en l'absence de sa gonzesse, à me dire ce que je voulais savoir. Magnanime, je poussai jusqu'à le quitter sur un sourire. Ma promenade n'était manifestement pas finie. Je savais à présent où aller précisément. Ce n'était pas la porte à côté, mais je m'y rendais nonobstant d'un pas léger, plus léger que ma tête qui me lancinait de plus en plus.

La dernière info que je pus glaner fut l'heure précise, en passant devant un horodateur, les nouveaux racketteurs qui vous disent de payer pour occuper la même terre qu'eux. Il était quatre heures trente.

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« Réponse #36 le: mercredi 04 mai 2011, 16:26:45 »
Bien, deuxième message. Donc, ceux qui veulent la suite d'Une Nuit, c'est ici que ça se passe. Ce post est destiné à La Frontière.

Chapitre 10
Vengeance !

Un nouveau jour s'était levé. Link était occupé à couper du bois à la hache pour le feu. De son côté, Marine était partie prendre des nouvelles du garçon malade. La potion ramenée la veille par l'aventurier avait fait des miracles, et en moins d'une heure, le gosse avait cessé de geindre et de remuer, bien qu'il gardait le souffle court et ses sueurs froides. Il n'y avait plus qu'à espérer que ce serait bien terminé ce matin. Ramené à une situation moins tendue, plus normale, l'Hylien commençait à se demander pourquoi il avait tellement paniqué, sur le coup. Tenait-il à ce point à ce que l'enfant survive ?... La question elle-même était stupide. Link avait été un héros, et il était toujours quelqu'un de bien. Certes, il avait occis bon nombre de créatures, mais toujours des monstres qui le menaçaient. Il n'avait jamais assassiné personne... Ni blessé qui que ce soit. En tout cas, il voulait s'en persuader. Après tout, qu'il soit sauveur d'Hyrule ou jeune homme, il n'était pas si différent... C'était peut-être la leçon à tirer de toute cette aventure...

… Ou une autre. Malgré lui, l'aventurier n'avait pas oublié qu'il avait perdu tous ses moyens face à l'Octorok géant sur la plage... Et encore après, cette araignée... Que de périls qu'il n'avait pas surmonté. Il était peut-être temps de corriger cela... Ressentir à nouveau ce flux d'adrénaline qui lui donnait la pleine sensation d'être en vie, au combat, au lieu de jouer les employés de maison. Oui... Peut-être...

"Link ! Tu rêves ?"

Il sursauta. Sans s'en rendre compte, il s'était appuyé sur le manche de la hache et avait les yeux perdus dans le vide. Marine revenait avec un panier de fruits sous le bras, son éternel sourire aux lèvres.

"Euh... Un peu, oui... Comment va le garçon ?
-Il est encore un peu patraque, mais tout s'est arrangé. Une journée de repos et il sera en pleine forme.
-Ah... Je suis soulagé de l'apprendre.
-Qu'est-ce que tu comptes faire, cet après-midi ?
-Je ne sais pas encore...
-Alors j'aurais un service à te demander.
-A savoir ?
-Tu pourrais m'accompagner au Village des Animaux ?"

Link bloqua la nouvelle.

"Quoi, comme ça ?!... Pourquoi si subitement ?
-J'ai envie d'y aller. J'ai besoin d'une raison ?
-Non, non, ce n'est pas ce que... Mais le chemin doit être très dangereux.
-C'est justement pour ça que je te demande de venir avec moi. Avec toi à mes côtés, il ne m'arrivera rien.
-Je..."

A cet instant, l'Hylien aurait voulu dire qu'il en doutait, qu'il n'était pas sûr de pouvoir la protéger contre les monstres démesurés qui rôdaient aux alentours du village. En outre, elle lui demandait un sacré chemin. Si une seule de ces aberrations survenait, il sentait qu'il serait trop pétrifié pour agir. Il n'avait plus assez confiance en lui. Se frayer un chemin parmi les Octoroks et les lanceurs de bombe, c'était une chose... Mais celle-ci...

"Il y a un problème ?"

Choix : Refuser poliment
(Cliquez pour afficher/cacher)

Choix : Demander un peu de temps
(Cliquez pour afficher/cacher)

Choix : Accepter sans atermoyer
(Cliquez pour afficher/cacher)

La prairie était aussi vaste et touffue qu'avant, mais maintenant qu'il avait quelqu'un sous sa responsabilité, l'aventurier voyait un danger derrière chaque brin d'herbe. De son côté, Marine semblait confiante, comme si elle ne voyait de quoi elle devrait avoir peur. Il firent quelques pas, sans vraiment avancer tant Link se déplaçait avec précaution. La jeune rousse finit par lui poser une main sur l'épaule en soupirant :

"Link... Attends qu'il y ait une menace avant d'être aussi tendu !"

Le jeune homme hésita, puis soupira à son tour et décida de se montrer moins fermé. Le duo continua son excursion, mais Link insista pour couper au plus court, par la butte puis en longeant la baie. Ils atteignirent cette dernière sans rencontrer la moindre résistance, ni croiser le moindre être vivant, et cette facilité n'était pas rassurante aux yeux du bretteur. Pourtant, il choisit de garder le silence. Quand les deux jeunes gens furent proches de la petite grotte qui passait sous le cours d'eau, un bruit comme un bouillonnement s'éleva. Ils cessèrent de bouger, mais rien ne s'ensuivit. Link marmonna :

"Passe devant, Marine, je te rejoins...
-Mais...
-Fais ce que je te dis ! Du moment que tu ne rentres pas dans l'eau, tu ne risques rien là-dessous."

Devant la détermination affichée de son protecteur, la rouquine finit par acquiescer et obéir. Une fois sa compagne à l'abri, l'Hylien marcha vers l'étendue d'eau et murmura, comme un défi :

"Je sais que tu es là... Sors et viens prendre ta revanche."

Un nouveau bouillonnement retentit, accompagné de grosses bulles et de remous à la surface, très près du bord. L'instant d'après, une énorme masse bleue surgissait, à une hauteur inconcevable comparé à la taille du monstre. C'était bien l'Octorok bleu démesuré qui avait failli dévorer Link sur la plage et dont Thanatos avait coupé la langue d'un coup de sabre. Il atterrit lourdement juste en face de sa proie et poussa un cri rauque de défi, accompagné d'une insoutenable haleine de poisson pourri et de terre. Avec un sourire sans joie, Link tira son épée, fit deux pas de côté et partit se cacher derrière un rocher avant de se faufiler, profil bas, entre les pierres. Le monstre avait encore bondi pour s'abattre à l'endroit précis où sa cible s'était éclipsée, mais il n'écrasa que la roche et il ne voyait déjà plus le garçon. Ce dernier, en revanche, voyait parfaitement la créature, et il cherchait où frapper, de préférence dans un angle mort. S'il s'approchait trop, il s'exposait à une terrible aspiration, ou à un coup de langue. Il était pratiquement certain qu'elle avait repoussé entretemps, mais il ne voulait pas tellement aller vérifier.
La pieuvre déambulait à travers les rochers, les renversant au passage, dégageant de plus en plus le terrain et diminuant les cachettes possibles. L'épéiste regrettait de ne pas avoir une arme de jet, ou un arc. Cela aurait facilité les choses. Mais comme il ne pouvait pas attendre indéfiniment, il décida de partir à l'assaut. Sans un mot, sans un bruit, il se faufila dans le dos de l'Octorok et sauta à son tour pour placer un coup d'épée dans une patte. Mais pour une raison inconnue, la bête fit volte-face avec un cri de surprise dès qu'il quitta terre, comme si elle avait perçu l'attaque. Un peu surpris, Link ne stoppa pas son mouvement, et le métal gris ne s'enfonça pas dans la patte mais dans l'œil de la créature. Celle-ci poussa un horrible hurlement, mais pas une goutte de sang ne jaillit de la blessure. L'Hylien retomba à terre et se précipita derrière le premier rocher venu, mais trop tard pour empêcher l'Octorok de le repérer de son autre œil. L'instant d'après, une énorme rafale de vent se leva en direction de la bête. Link comprit aussitôt : ce n'était pas le vent qui venait mais elle qui aspirait l'air. S'il faisait un seul mouvement, il risquait d'être pris dans le tourbillon...

Après que la bourrasque eût cessé, l'aventurier quitta sa couverture et franchit quelques mètres à découvert pour se planquer derrière une autre rocaille. Dans l'intervalle, il sentit la langue gluante claquer comme un fouet à quelques centimètres de sa cheville. Cet échec devait être lié à l'œil crevé de la bestiole, sinon il ne l'aurait pas loupé. C'était une ouverture, peut-être la seule occasion. Le temps qu'il ravale sa langue, il était sans défense. Sans réfléchir davantage, Link prit appui sur le rocher qu'il voulait atteindre et s'en servit pour se propulser sur la créature. Complètement prise au dépourvu, elle ne put réagir assez vite pour empêcher la lame de plonger dans son orbite. Folle de douleur, la bête remua dans tous les sens, jusqu'à ce que le garçon lâche prise et parte au loin avec une exclamation. Le monstre était désormais aveugle... Mais l'épée était restée fichée dans son corps. Et comme il l'avait déjà constaté, Link savait que la cécité n'empêcherait pas cet Octorok de savoir s'il s'approche.
La créature fit sortir sa langue sur le côté et avec un grand mouvement, elle fit partir l'appendice comme une arme sur un périmètre impressionnant. Plus dure que de l'acier, plus souple que du cuir, cette attaque fit voler en éclats plusieurs rocailles, et Link l'esquiva en tombant à plat ventre. A un millième de seconde près, il était décapité. De toute évidence, le monstre avait changé de stratégie... Et dans ces conditions, il devenait presque impossible de l'atteindre. Il couvrait un trop large rayon, et il détectait les mouvements, ce qui empêchait de le contourner. Dès qu'il repérerait sa proie, il lancerait sa langue, et s'il manquait son esquive une seule fois... Ce serait fini.

"Il faudrait que je fasse une diversion... Mais comment ?..."

Le bretteur n'eut pas le temps de passer en revue les moyens qui s'offraient à lui. Subitement, la créature tourna légèrement, pointant ses yeux morts sur sa droite. Curieux, Link regarda à son tour dans cette direction, et ce qu'il vit lui fit pousser un cri de frayeur.

Marine était en train de courir, tout en lançant des cailloux vers le monstre, pour attirer son attention. Ce dernier finit par se tourner vers elle, et Link se jeta sur le monstre qui dardait déjà sa langue en hauteur pour l'abattre sur la jeune fille. Le claquement galvanisa l'Hylien qui empoigna son arme des deux mains et l'arracha de toutes ses forces, entaillant largement la chair au passage. La bête fit un quart de tour, de manière à percuter le garçon de sa bouche proéminente et l'envoyer valdinguer, avant de relancer son appendice vers la rouquine qui courait vers le dos de la créature. Mais elle ne fut pas assez rapide pour sortir de la zone couverte par le balayage et elle se fit faucher la cheville. Tandis qu'elle s'effondrait, la créature se tournait dans sa direction et s'abaissa. Link comprit immédiatement : elle comptait aspirer sa proie.

"Pas question !... Meurs, sale bête !"

Placé juste à côté de l'orifice démesuré, l'Hylien leva son arme et poussa un grand cri tout en tranchant net les chairs et les cartilages. Rien ne pouvait résister à la terrible puissance de son coup de taille, qui fit carrément tomber la bouche du monstre. Ce dernier ne pouvait alors plus inspirer, et Marine cessa de traîner vers les triples rangées de dents. Pour en finir, Link saisit son arme en prise inversée et l'enfonça profondément entre les deux yeux. Cela atteignit le cerveau de l'Octorok, qui se figea avant de s'effondrer. Les traditionnelles détonations suivies de l'explosion retentirent, puis Link se rua vers sa protégée en criant :

"MARINE !"

Un rapide examen lui permit de dire qu'elle n'était pas blessée. Elle avait mal à la cheville, évidemment, mais elle n'était pas cassée, ni même foulée. Juste un gros bleu. Assez impressionné, Link offrit son épaule à la demoiselle et la laissa se hisser. Elle lui adressa un sourire franc, comme si elle était fière de ce qu'elle avait fait. De son côté, l'épéiste décida de garder ses appréciations et commentaires pour plus tard. Le couple repartit tant bien que mal vers la petite grotte, pourtant l'Hylien n'était pas sûr de pouvoir nager avec Marine et sa lourde épée sur le dos. Il aurait fallu un autre chemin...

"… Tiens ? C'est quoi, ça, par terre ?"

Ce seul mot fit baisser les yeux au jeune homme. A l'endroit exact où se tenait le monstre avant de disparaître, il y avait une longue lanière brune. Les extrémités étaient composées d'une sorte de boule de gelée et d'un manche noir. Et à côté de cet objet, un petit hexagone violet.
Un fouet et une Preuve. Le bretteur reposa délicatement son amie et ramassa les deux butins laissés par le monstre vaincu. Il fit claquer une ou deux fois l'arme, et chaque impact creusa un petit trou comme si la gelée avait durci pendant l'attaque. Le maniement restait assez difficile, fondamentalement différent de l'épée. Link sentait qu'il ne s'en servirait pas souvent, mais à cet instant, il savait qu'il en avait besoin.

En compagnie de Marine, le fouet à la main, le garçon se rendit au bord de la rivière qui les séparait du Village des Animaux. Sur l'autre berge, il voyait la pierre à laquelle il avait l'habitude d'attacher son grappin pour traverser plus rapidement. Sans lâcher Marine, il lança la mèche plusieurs fois, vraiment pas habitué à cet outil. Finalement, alors qu'il n'y croyait plus, la boule de gelée toucha la roche, et comme prévu, elle y resta fermement accrochée. Le garçon tira deux ou trois petits coups, mais elle ne se détacha pas. Alors, il dit à Marine :

"Grimpe sur mon dos et cramponne-toi, je crois qu'on va décoller."

La rouquine obtempéra, croisant ses jambes devant le ventre de l'aventurier et ses bras autour de sa poitrine. De son côté, Link prit les poignets de la jeune fille dans sa main libre et tira un grand coup sec sur le manche du fouet. Comme il s'y attendait, il sentit une irrésistible traction, comme si la lanière se rembobinait à partir de la pierre en les entraînant. Ils traversèrent le cours d'eau en un instant, et descendirent un peu flageolants.

"Wiouh... C'était assez impressionnant.
-C'est clair... Il est pratique, finalement, ce..."

Tout en prononçant ces mots, le bretteur fixa sa main, mais elle était vide. Le fouet avait disparu et il n'était nulle part aux alentours. Avait-il pu le lâcher pendant l'envol ?... Peu probable.

"Link... On pourrait aller au Village ?... Mon pied me fait mal..."

Quoiqu'un peu chagriné d'avoir déjà perdu cet objet étrange, le garçon décida de ne pas le chercher et de presser le pas vers le Village des Animaux, qui n'était plus qu'à quelques mètres. Il fallait prendre du repos...

Mais sans se mentir, Link exultait, il avait vaincu ce redoutable ennemi... Avec de l'aide, mais il l'avait vaincu. Il avait des moyens, des compétences, et sans jeux de mots, cet affrontement lui en apportait la preuve !
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« Réponse #37 le: mercredi 29 juin 2011, 16:23:03 »
Suite et fin d'Une Nuit ! Première fois que je mène un écrit à terme, j'espère que ce court épilogue vous plaira.


Partie 3

Vingt et un mille secondes soit trois cent soixante minutes. Tel est le temps écoulé entre le début de cette épouvantable journée et l'instant où j'approche de ma destination. Le genre d'endroits que je ne prends même jamais la peine de regarder tant leur squelette sycophante, pour ne pas dire leur ostentatoire me repousse comme un CD d'un certain opéra moderne repousse un mélomane avisé. Beaucoup auraient tout donné pour entrer, mais si on m'avait laissé le choix, la crème de la société la plus solide, car fait d'un roc fort, se serait passée de ma visite.
Tout le hall d'entrée, notez le pléonasme, me fixait de son regard discret, depuis le petit bonhomme en complet veston jusqu'à la dernière larme de son lustre pleurnichard en faux verre qui devait passer pour du cristal. Je me sentais autant à ma place qu'un trait de lait dans un pastaga. Une boisson anisée, pas un garçon de pâtes, je précise.

Je m'approchais sans un bruit du petit bonhomme qui cachait de plus en plus mal son désir brûlant, non pas de m'arracher mes loques et de me faire découvrir certains mystères humains, mais de me poser une question bien formulée sur l'erreur d'aiguillage qui avait pu mener ma carcasse à cet arrêt de la pauvreté. J'aurais bien aimé le lanterner un peu, histoire de voir son visage s'éclairer d'une rouge fureur, mais dans l'immédiat, je ne souhaitais qu'une chose : retourner dans mon appartement et m'évanouir. C'est donc à regret, si ce n'est à re-marbre, que j'en venais à l'essentiel, car je ne marche ni au sans-plomb Total ni au gazole Elf. Ma question ne prit que huit mots, pourtant je ne pus retenir un petit toussotement qui suffit à faire flotter une délicieuse ambiguïté dans ma formulation. Le petit bonhomme y fut sensible puisqu'il y réagit d'un léger sursaut et d'un regard d'une ambiguïté équivalente. Il me donna ou plutôt bégaya l'information que je convoitais. Quelque part, je me disais qu'il devrait cesser de se raser le menton ; sa voix chevrotante était privée de bouc, cela aurait pu expliquer bien des choses. Je me retins pourtant de lui en faire la remarque, des pauses et des temps libres lui viendraient pour y penser tout seul.

Un escalier et un couloir, voilà tout ce qui me séparait de ma cible. Je m'y rendais comme une petite flèche, petite car j'étais toujours trop diminué pour faire mieux. Si j'avais pu, de cet état diminué, j'aurais fait le tri afin d'en retirer la nuée, je n'aurais pas perdu au change question prénom diiode, enfin hideux si vous préférez.
Un dernier obstacle de poids m'attendait. Une épreuve, et une lourde. Oui, vous avez bien lu : une porte. Le genre qui ne s'ouvre pas si on appuie sur la poignée. Sur le côté, une fente pour carte magnétique, et tac. Quelle fut ma réaction, d'après vous ? La seule qu'un garçon raisonnablement malin pouvait adopter, c'est toujours moins cher qu'un gosse. Je pris la carte magnétique en ma possession et j'actionnais le mécanisme électronique. La porte s'ouvrit dans un claquement.
Vous ignoriez que je possédais la carte ? Mais qui d'autre que vous s'est convaincu que je ne la possédais ? Vous croyiez vraiment que j'avais tout révélé de cette soirée ?
Avez-vous vraiment cru qu'à mon âge et sans revenus, je puisse totalement gérer un appartement, avec tout ce que cela engendre, tel un beau-fils, comme paperasserie et responsabilités ? Avez-vous vraiment cru que j'imaginais avoir quoi que ce soit à attendre d'un clochard sur un banc public, si ce n'est la boulette de lui chercher du suif ? Avez-vous vraiment cru que je m'étais consciencieusement soulagé de deux cent euros devant l'autre voyou en espérant quoi que ce soit d'autre que ma bonne santé en retour ? Et avez-vous cru votre viande, ou l'avez-vous cuite avant de la manger ?

Non, tout cela, vous vous en êtes vous-même convaincus, telle une femme de petite vertu qui aurait passé une bonne soirée. Vous vous êtes dit qu'une histoire pareille ne pouvait être qu'une grande aventure, à tout le moins vous en nourrissiez le fol espoir. Et malheureusement, tôt ou tard, il faut se réveiller ; la plupart des gens comme moi ne vivent qu'une vie normale, sans rien d'exceptionnel. Asocial, racketté et déprimé, le voilà, mon réel quotidien. M'avez-vous vraiment vu comme une sorte de héros marginal des temps modernes, un blasé qui dénigre ses semblables tant il a compris qu'il n'a rien à attendre d'eux ? Vous vous êtes mépris. Ce sont les autres qui n'attendent rien de moi, alors que j'aimerais tant être apprécié et compris à ma juste valeur.
Il est vrai que j'ai rejeté la dégoulinante sympathie condescendante des gens qui, en de tels moments, sont censés vous aider. Mais tous n'avaient à la bouche que des histoires d'insertion. Non pas qu'un tel événement m'eut déplu au second sens du terme, en revanche je voulais d'abord savoir ce que je voulais de moi-même avant de savoir ce que le monde voulait de moi. Je vois que vous ne me comprenez pas, rassurez-vous. Je ne me comprends pas non plus. Je ne sais pas non plus où je vais. Tous mes actes ne font que suivre la voix la plus enfouie de ma personne, mon instinct en quelque sorte.

La porte de l'hôtel de luxe s'ouvrit sur une chambre sensiblement plus grande et infiniment plus confortable que mon appartement. Elle était aussi vide que mon estomac ou un article de première page du Figaro. Personne ne m'attendait, pour ne pas changer. Le rituel mensuel reprenait. Jamais le même endroit, toujours une clé et une adresse sur un bout de papier. C'était à moi de m'y rendre dans les plus brefs délais. Et une fois de plus, j'arrivais trop tard. Celle qui m'avait laissé le pli et l'argent était déjà partie.
J'étais tellement crevé que je faillis repartir sans me poser davantage de questions, mais la faim qui commençait à me tirailler les entrailles se chargea de signaler à mon cerveau sans passer par mon nez bouché qu'il flottait dans la chambre une délicate odeur sucrée. Un regard plus appliqué me fit constater que, sur la table, une carte m'attendait, accompagnée d'une tarte aux fraises couronnée de bougies. La vingtième commémoration de mon arrivée en ce monde dont j'ai tant découvert la dureté et l'injustice. Encore une chose dont je ne me souvenais même pas.
Tout en taillant une bonne part dans le gâteau, je survolais le petit bout de carton blanc. Sept mots et une signature. Puis je mordis dans la pâtisserie et une bouffée de tristesse monta en moi pendant que la nourriture tombait dans mon ventre.

Elle ne m'a pas oublié, elle.

Je vous ai dit combien il m'avait été facile de vous convaincre que j'étais quelqu'un que je ne suis pas. Il faut dire à votre décharge que j'ai eu le meilleur des professeurs. Quand j'étais encore jeune et plus ou moins innocent, mon père m'a enseigné toutes les ficelles de cet art, en les appliquant sur son propre fils.
Peu à peu, je me suis enfoui dans ses demi-vérités et j'ai été séparé de ma mère, qui, elle, n'avait que trop compris quel genre d'homme il était vraiment. Suffisamment pour disparaître du jour au lendemain, sans un mot. Avec le recul, je comprends sa décision. La suite nous a considérablement éloignés, sans jamais nous séparer. Et le lien familial a ressuscité, comme par hasard, le jour où la mort suspecte de mon géniteur a fait la une des faits divers des journaux nationaux.
Je crois que nous avons l'un et l'autre besoin de temps, plus que quelques mois de deuil, pour surmonter tout ce qui nous est arrivé. De temps, mais aussi d'argent. Mille euros par mois pour m'aider à admettre que le mal ne régnait pas d'un bout à l'autre de la Terre et quelque part survivait la générosité et l'affection.

Une situation stable pour moi, mais j'espère qu'elle évoluera prochainement. Ce qui est sûr, c'est que je continuerai à accourir à ces lieux de rendez-vous. C'est là le défi qui m'est lancé, je dois prouver ma volonté de renouer les liens. J'ai cette volonté. Et je sais que nous nous reverrons. Un jour.

Ou une nuit.
« Modifié: vendredi 09 septembre 2011, 15:12:02 par un modérateur »

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« Réponse #38 le: vendredi 15 juillet 2011, 14:41:10 »
Allez, on se remet pour mes derniers lecteurs à La Frontière, parce qu'il y a un temps pour les breaks, et un temps pour les reprises !

Chapitre 11
Où cela me mènera-t-il ?

La nuit était tombée, fraîche et claire. Allongé sur le dos au milieu de l'esplanade du Village des Animaux, Link laissait ses idées vagabonder au gré du vent.
Il s'était passé beaucoup de choses depuis son arrivée sur cette île onirique, mais il n'avait pas le sentiment d'avoir vraiment progressé. Il avait rencontré de nouveaux monstres, il en avait vaincu un ou deux, il possédait quelques Preuves, oui, la belle affaire... Dans le fond, il ne faisait qu'aller de l'avant. La vraie question demeurait.

Si cet improbable Thanatos avait dit la vérité, il vivait peut-être ses derniers instants. Peut-être était-il réellement en train d'agoniser sur son lit, les os broyés par les rochers. Peut-être ne reverrait-il jamais Hyrule...
Hyrule... Rien que de penser ce nom fit souffler une profonde mélancolie dans le cœur du garçon. Cette vaste et verte terre, le lac Hylia, le château, si majestueux de l'extérieur, le village et tous ses gens sans histoire... Il s'était battu pour ce pays, et si ce n'était pas par héroïsme, alors il devait le dire, c'était bien par intérêt. Parce qu'il ne voulait pas voir sa terre natale détruite ou même menacée par Ganon. C'était sottise que de croire qu'on pouvait affronter tant de dangers sans une petite part d'égoïsme, sans chercher ce qui nous intéresse.
Oui, il l'aimait, sa terre d'Hyrule, et au fond de lui, il le savait, il voulait la retrouver. Mais parallèlement, il aimait aussi l'île Cocolint, et pour les mêmes raisons. Ce monde ne l'avait pas vu grandir, mais il partageait bien cette beauté, cette sérénité et ces dangers qui lui plaisaient tant.
S'il devait choisir entre ces deux endroits, s'il devait ne plus jamais revoir l'un des deux... Un cruel dilemme, qui finirait bien par survenir. Il était encore temps d'y réfléchir.

"On rêve, beau guerrier ?"

Surpris, Link sursauta et se retourna. Marine se tenait devant lui, le sourire aux lèvres, une couverture dans les bras. Sans attendre sa réponse, elle s'assit à côté de l'Hylien et jeta la couverture sur eux deux.

"Ne va pas prendre froid. La nuit n'est pas chaude...
-Merci... A propos, ta cheville ?
-Un gros bleu. Quelques jours à boiter, quelques semaines à gémir quand on y touche, et on n'en parlera plus.
-Je suis soulagé de l'apprendre..."

Euphémisme. C'était plus qu'un miracle. La langue de l'Octorok avait brisé des pierres, Link l'avait vu de ses propres yeux, et Marine avait été bien touchée par l'appendice. Elle aurait dû avoir les os brisés jusqu'au talon, ou encore le pied coupé. Qu'elle s'en tire avec un simple hématome n'était tout simplement pas normal.
Le jeune homme ne crut pas nécessaire de s'appesantir sur le sujet et tenter de détourner la conversation :

"Mais je n'ai pas vraiment envie de rentrer au Village des Mouettes. Nous avons eu de la chance, cependant, si un événement de ce genre se reproduit, tu ne pourras pas fuir et je ne suis pas que te porter sera assez. Sans compter que revenir au Village avec un monstre aux trousses provoquerait un désastre.
-Il me semble que tu occultes un certain point, dans l'histoire. C'est toi qui est allé chercher des ennuis avec cette pieuvre."

Touché. Link se gratta l'arrière de la tête avec une moue gênée et répondit :

"Hum, oui, mais... J'étais convaincu que tu ne risquais rien.
-Et toi ?
-Oh, ce n'est...
-Tu étais tellement sûr de t'en sortir ?
-...
-Link ?...
-... Pas vraiment, en fait. Mais parfois, il faut se lancer, même quand on n'est pas certain de s'en sortir."

Il ajouta, sur un ton professoral :

"Celui qui ne joue qu'avec de bonnes cartes n'est pas un bon joueur. Le bon joueur est celui qui peut gagner avec de mauvaises cartes."

Pas convainue, Marine répondit avec un air réprobateur :

"Alors, pour toi, tout ceci n'est qu'un jeu ?"

L'Hylien voulut réfléchir pour formuler une réponse correcte, mais la rouquine ne lui en laissa pas le temps. A son tour, elle enchaîna pour changer de sujet :

"Link... Il y a quelque chose dont je veux... dont j'ai besoin de te parler.
-Je t'écoute ?
-Voilà... Quand ce monstre m'a fauché la jambe et... et quand tu as raconté ta vie, le premier soir... Dans de telles circonstances, on voit sa vie défiler, des souvenirs nous reviennent dans tous les sens, pas vrai ?"

L'aventurier était mal placé pour affirmer le contraire.

"En temps normal, oui.
-Eh bien... Dans mon cas..."

La voix de la jeune fille s'était faite plus hésitante et un sanglot lui vint.

"Je n'ai pas réussi à me remémorer une seule seconde de ma vie ! C'est comme si elle avait démarré le jour où tu es arrivé sur l'île...
-Hmm ?... Allons, c'est...
-Impossible, mais c'est la vérité... J'ai beau chercher, je me souviens de t'avoir trouvé sur la plage... Et rien d'autre... Je ne me souviens pas de mon enfance, ni d'aucune...
-Marine...
-Mais le pire, Link, c'est que... Et si mon existence même dépendait de toi ? Et si je disparaissais dès que tu quitteras Cocolint ?
-Ne tire pas de conclusions hâtives, voyons.
-Link ! Cette idée me hante... J'ai peur, est-ce que tu peux comprendre ça ?"

Le garçon chercha ses mots, mais il ne trouva pas la moindre phrase correcte à dire. Même avec son propre cœur, il ne voyait pas comment réagir.
La chanteuse prit la main de l'Hylien et plongea ses yeux dans les siens, puis dit, d'une voix nettement plus posée :

"Écoute... Je voudrais que... que tu me fasses une promesse.
-Une promesse ?
-Oui... Promets-moi que tu ne quitteras pas Cocolint. Que tu resteras avec moi.
-Hein ?... Mais je ne peux pas décider comme ça...
-Je te le demande ici et maintenant ! Cette île peut nous offrir tout ce dont nous avons besoin... Elle peut s'agrandir... J'ai besoin de toi et... et tu m'auras, moi. Moi et tous les habitants... Je suis sûre que tu ne perdras pas au change avec Hyrule. Reste, Link, je t'en conjure !"

Prendre une décision aussi grave sur-le-champ ?! Elle en avait de bonnes ! Il était temps de réfléchir, et de laisser parler ses désirs réels, de rester spontané...

Choix : Je te le promets
(Cliquez pour afficher/cacher)

Choix : Je ne peux pas te le promettre
(Cliquez pour afficher/cacher)

Choix : Je refuse !
(Cliquez pour afficher/cacher)
« Modifié: vendredi 09 septembre 2011, 15:13:45 par un modérateur »

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« Réponse #39 le: vendredi 15 juillet 2011, 16:29:02 »
Ah, un chapitre de la frontière :p Que dire ? J'ai apprécié le chapitre mais pour une fois, je vais te faire le reproche qu'on me fait tout le temps : c'est bien trop court ! Quelques lignes, un choix puis fin. Je suis sur ma faim, justement ! Mais bon, on se demande ce qui arrive à Marine, parce que, ça tranche avec son caractère, mais... J'ai ma petite idée sur ce qui lui arrive ! Enfin bref, maintenant que tu m'as relancé avec ce chapitre, je vais bien devoir me remettre à l'ange des ombres !  :ash:
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« Réponse #40 le: mardi 19 juillet 2011, 14:13:09 »
Certes, mais vu ce que j'avais à dire dans ce chapitre, je voyais pas comment faire plus long sans rabâcher. :ash:  Par contre, j'ai l'impression que tu as pris le deuxième choix, je me trompe ? :niak:

Bon, je suis fou, alors un chapitre de plus ! Je vais pas tarder à atteindre la scène que je crève d'envie d'écrire depuis trois mois...

Chapitre 12
Retrouvailles

Le soleil s'était à peine levé quand Link sortit du sommeil pour s'asseoir sur son lit. Il poussa un terrible bâillement et passa une main dans ses cheveux en bataille, puis passa sa tunique avec des gestes lents. Il n'avait pas spécialement bien dormi. Sa discussion avec Marine lui revenait sans cesse en tête... Sur le coup, il n'y avait pas sérieusement pensé, mais il y avait définitivement quelque chose d'anormal dans la conduite de la jeune rousse. Plus il y réfléchissait, plus cette conviction s'imposait à lui. Restait à savoir l'origine de ce changement...
Tandis qu'il finissait de serrer son baudrier, un petit lapin entra en bondissant dans la masure. Il se précipita sur l'Hylien et se mit à crier :

"Link ! C'est terrible ! Marine a disparu !"

Le cœur de l'aventurier fit un bond dans sa poitrine. Résolument, il se passait quelque chose ici ! Rien de tout cela n'était normal !

"Disparu ? Quand, comment ?
-Je ne sais pas ! Ce matin, elle n'était plus là, et elle n'est nulle part dans le village.
-Vous avez cherché aux alentours ?
-Avec tous les monstres ?... Non, on n'a pas envie de se faire dévorer..."

Mais abandonner la chanteuse à ce triste sort ne les dérangeait pas. Telle fut la première pensée qui traversa l'esprit du jeune garçon, qu'il se garda de formuler à haute voix.

"Tu n'as vraiment pas la moindre idée d'où elle peut être ?
-D'ici, il n'y a que trois possibilités... La Baie de Martha, le désert de Yarna et les ruines du Temple.
-On peut éliminer le désert, je ne vois pas ce qu'elle serait allée faire là-bas. Trop dangereux... La Baie, passe encore, pour admirer la vue. Le Temple, je ne vois pas pourquoi elle irait...
-Vous allez tout fouiller ?
-Ça irait plus vite si tu pouvais me donner un indice, un conseil... Elle n'a vraiment rien dit à personne qui puisse m'aider ?"

Le lapin garda le silence et baissa les oreilles, signe qu'il réfléchissait. Au bout de trente ou quarante secondes, Link relança :

"N'importe quoi ! Il faut que je sache, chaque minute compte !
-Mais je cherche !... Je suis sûr que... Oui, elle a dit où elle allait, mais je me souviens plus...
-Fais un effort. Il n'y a que trois possibilités, ça devrait te revenir...
-... J'y arrive pas !"

Link sentait sa patience se tarir. Il n'avait pas toute la journée, et il ne voulait pas retrouver Marine blessée ou pire...

Choix : Brusquer le lapin pour stimuler sa mémoire
(Cliquez pour afficher/cacher)

Choix : Insister légèrement
(Cliquez pour afficher/cacher)

Choix : Lui laisser le temps de réfléchir
(Cliquez pour afficher/cacher)

L'aventurier s'empara d'une gourde d'eau et bondit hors de la maison. Il courut vers la sortie du village, bifurqua à droite et fonça droit devant lui en petites foulées. Puis il tourna à droite au coude de la rivière, longea la berge, déplaça un ou deux rochers qui le gênaient et pénétra les ruines en tournant une dernière fois à droite.
L'endroit était aussi majestueux que dans son souvenir, toute ironique que fut cette constatation. Dans son souvenir, à lui, le seul à avoir gardé la mémoire de Cocolint, à reconnaître les gens et les lieux. Le garçon se mit à marcher plus lentement, tout en observant les alentours. Il n'y avait apparemment aucun être vivant. Même les Blobs qui se cachaient dans les fissures du dallage étaient absents.
Link contourna la rangée de statues qui se trouvait au bout du chemin, marcha sur quelques mètres et s'arrêta. Il avait entendu du bruit. Un bruit léger, mais reconnaissable. Un rire, léger et innocent, amplifié par l'écho de la pierre. Ce n'était pas un ricanement ni un éclat de rire. Dans un lieu aussi froid et silencieux, c'était un phénomène inquiétant. Poussé par son expérience, il dégaina lentement son épée, essayant de rester aussi discret que possible. Le métal glissa avec un son diffus, et le rire cessa en même temps. L'Hylien jura. Il était repéré. Au diable la discrétion, il jaillit de sa cachette, l'arme levée, en criant de rage. Pourtant, il s'arrêta net dans sa course en voyant la personne au milieu des quatre statues sur la petite place.
C'était Marine, dans sa robe bleue, en train de sautiller d'une figure de pierre à l'autre, un petit air guilleret aux lèvres. Une fois qu'elle eut fini d'inspecter les effigies, elle se tourna vers son ami, et dit d'une voix éthérée avec un large sourire charmeur :

"Link... Tu es venu... Tu as su me retrouver..."

Elle s'approcha à pas feutrés. Le bretteur remarqua pour la première fois qu'elle était pieds nus, mais elle ne broncha pas en marchant sur les gravillons. La jeune rousse garda une certaine distance et reprit :

"Comme la dernière fois, sur la plage... Tu te souviens ?
-Bien sûr, comment pourrais-je... Mais attends, toi, tu te souviens ?!..."

Oui, il s'en souvenait tellement bien, de cet entretien sur la plage... Cet instant tellement magique, poétique, et chargé de promesses... Il ne risquait pas de l'oublier. Par contre, que Marine, elle, s'en souvienne, c'était inattendu. Jusque-là, elle semblait totalement amnésique de son premier voyage.

"Je m'en suis rappelé... Ce matin, en me levant, tous mes souvenirs sont revenus... Quand je t'ai trouvé sur la plage à moitié noyé, quand je t'ai accompagné au Village, quand je t'ai enseigné ma Ballade... Et quand tu m'as sauvé... Je me souviens. Et je me souviens aussi de... tout le reste..."

Elle fit un pas de plus. Elle était à portée de main. Le garçon voulut répliquer, et bégaya :

"Le reste ?... Quel reste ?
-Tout ce que j'ai pensé, et ce que je ne t'ai pas dit..."

La rouquine était de plus en plus proche. Link ne la voyait même plus s'approcher, elle était là, tout simplement. Sa main s'était inconsciemment baissée. Il n'avait même pas réalisé qu'il avait lâché son arme. Il flottait une atmosphère de totale détente, d'abandon. L'Hylien s'était rarement senti aussi apaisé. Il lui semblait qu'il pourrait accepter n'importe quoi, même la mort, dans un tel climat.

"Link... Je voudrais te demander quelque chose...
-Je t'écoute ?..."

Dès qu'il eut prononcé ces deux mots, une douleur pointa dans son cœur. Il l'avait à peine ressentie, mais cette souffrance lui fit réaliser dans quel état de béatitude il se trouvait. Et aussi où il se trouvait. Et tout ce qui lui était passé par la tête moins d'une heure auparavant. Marine sembla réceptive à ce changement, car ce fut avec une légère grimace qu'elle demanda :

"Link... Est-ce que tu m'aimes ?"

La même douleur, mais plus puissante, plus localisée. C'était comme si son muscle cardiaque avait pulsé de l'acide pendant un battement. Peut-être à cause de cette question tellement... à brûle-pourpoint ?

"Qu'est-ce qui t'arrive ? Tu ne m'as pas l'air dans ton assiette...
-Ce n'est rien... Vraiment rien..."

Il mentait. A chaque seconde, la douleur était plus forte et grandissait dans sa poitrine. Il avait déjà du mal à ne pas se tenir les côtes et à se courber en deux. Il pensait même avoir de la sueur froide plein le front.

"Ce n'est pas rien du tout ! Dis-moi ce que tu as...
-... J'ai mal..."

Mais reconnaître ce fait ne rendait la souffrance que plus pénible encore, en plus de sa progression normale. Il n'y tenait plus, il tomba à genoux et se mit à geindre. Ce n'était pas dans sa nature, il en avait vu d'autres, mais là, c'était vraiment au-dessus de ses forces. Il lui semblait que son cœur allait exploser. Chaque battement était plus atroce que le précédent...
Au prix d'un certain effort, il réussit à relever la tête et à regarder Marine. Et derrière la jeune rouquine, il distingua comme une ombre, comme une présence. Floue, mais bien présente, elle reproduisait les mêmes postures, les mêmes gestes. Cette vision lui fit écarquiller les yeux, tandis que la douleur dans sa poitrine atteignait son paroxysme.
Link crut qu'il allait s'évanouir, mais au lieu de cela, il redressa le buste malgré lui et sentit une horrible déchirure, comme si ses côtes s'ouvraient. Une masse noire jaillit de son corps, traversa le corps de Marine et s'écrasa au milieu des statues non loin. Après une ou deux secondes le regard hébété, la chanteuse s'affaissa et Link la rattrapa, parfaitement remis.
Sans lâcher la jeune fille, il regarda la masse noire, et l'identifia en un instant. Thanatos. Il ne l'avait pas reconnu parce qu'il était de dos dans son manteau, mais maintenant qu'il pouvait regarder de plus près, il voyait aussi bien sa silhouette que sa peau livide.

"Thanatos ! Qu'est-ce que tu lui as fait ? Tu l'as tuée !?
-Pas du tout ! Au contraire, je l'ai sauvée."

Sa voix était un peu différente... Plus naturelle, moins ironique, mais aussi plus faible.

"Sauvée de qui ?
-Ça."

A un ou deux mètres de lui, se tenait une flamme rougeoyante, dressée sur la pierre, avec la taille et la carrure d'un homme maigre. Thanatos lança, les mains sur les hanches :

"Tu sais que je me change en fumée... Et il n'y a jamais de fumée sans feu !
-... Hein ?
-Pars, Link. Pars vers le temple... Et emporte ton amie..."

Il ajouta, en faisant apparaître une lance d'un geste de la main :

"… Je me charge du reste !"

Un nouveau geste, et la statue qui bloquait le chemin à l'angle vola en éclat. Complètement dépassé, Link décida d'obéir et fila vers le mausolée. Au dernier moment, pourtant, il ne put s'empêcher de crier :

"Tiens le coup, je reviens !"

Et il continua sa course, le corps évanoui de Marine dans les bras.
« Modifié: vendredi 09 septembre 2011, 15:15:18 par un modérateur »

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« Réponse #41 le: mardi 19 juillet 2011, 20:25:00 »
Bon, la longueur s'améliore et, effectivement, j'ai pris le choix n°2 au précédent chapitre :p J'attends le prochain chapitre et ta fameuse scène !
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« Réponse #42 le: vendredi 22 juillet 2011, 14:26:41 »
Elle attendra encore un peu, vu la taille du truc j'ai fini par choisir de couper en deux. Rien que ce chapitre fait sept pages... :conf:  Et je l'ai écrit en une heure trois-quarts chrono. J'étais lancé, j'étais lancé ! Même avec un fusil on m'aurait pas arrêté. :ash:

Par contre, le deuxième "choix" est en fait un double choix, sauf pour la troisième hypothèse, je tiens à préciser.

Chapitre 13
Duel et révélations

Link avait couru jusqu'au Temple, sans s'arrêter, sans rencontrer d'opposition. Toutes les statues étaient restées immobiles, le chemin lui était grand ouvert et aucun monstre ne s'était manifesté. D'ordinaire, une telle facilité aurait parue suspecte. Mais en cet instant, l'aventurier pensait surtout à mettre Marine, toujours endormie dans ses bras, à l'abri.
L'intérieur de la bâtisse était tel qu'il s'en souvenait. Un escalier qui descendait de quelques mètres et des jarres sur les côtés. En revanche, la porte de la grande salle au centre était grande ouverte, et ladite pièce était vide. Pas de guerrier de pierre, ni même la moindre présence. Légèrement essoufflé, Link traversa l'endroit à pas lents, autant par méfiance que pour le plaisir de regarder la majesté des lieux. Puis il pénétra la dernière salle, la crypte obscure où il avait découvert la stèle à sa dernière épopée.
L'endroit était aussi sombre que jadis. On ne distinguait guère que les murs et les quelques marches menant à l'autel. Persuadé qu'ils ne seraient pas moins en sécurité ici qu'ailleurs, Link reposa doucement Marine, allongée sur le sol. Il enleva sa tunique et la plia en quatre pour confectionner un coussin improvisé et le plaça sous la tête de la jeune fille. Vêtu de son habit de dessous qui le couvrait raisonnablement, le garçon se mit à réfléchir. Il n'avait pas le temps de rester inactif, bien des choix s'offraient à lui. Quelle était la chose la plus urgente à faire ?

Choix : S'occuper de Marine
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Choix : Observer la stèle
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Choix : Courir aider Thanatos
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Le jeune Hylien regarda Marine se redresser lentement, une main sur la tempe, et l'aida à s'asseoir contre un mur. Le temps qu'elle se frotte les yeux, et profitant de l'obscurité, le garçon passa sa tunique en un temps record. Puis il se tourna vers la chanteuse, qui respirait lourdement, et demanda :

"Tout va bien ?... Tu as mal quelque part ?
-Non, non, mais... mais je n'y vois rien du tout...
-C'est normal, cet endroit est toujours sombre. Dis-moi, tu te souviens de ton nom ?
-Oui... Je m'appelle Marine, et toi, tu es Link... Nous sommes sur l'île Cocolint... Et nous étions partis pour le Village des Animaux.
-Ah, je vois que tout va bien alors... Quelle est la dernière chose dont tu te souviennes ? Le dernier événement ?
-Euh... Je ne suis pas sûre... Je crois que... Quand tu m'as dit de t'attendre, et que tu es parti vers la Baie. A partir de là, je... je ne sais plus ce qui s'est passé. Ou alors, des bribes... Une nuit... On discutait... Ça me semble comme sorti d'un rêve."

Apparemment, elle n'était pas totalement manipulée pendant cette période. Un peu de sa personnalité était ressortie... A moins que ce ne soit un parasitage progressif, qu'au fil des heures elle ait été de plus en plus sous l'emprise de la flamme qui l'avait possédée. Et que ce soit cette possession qui ait fait remonter ses souvenirs...
Ses souvenirs... C'était un sujet que Link n'avait pas spécialement envie d'aborder. Si elle les avait gardés, si elle se rappelait de sa première apparition et de tout ce qui s'était passé, le sujet reviendrait forcément sur le tapis, tôt ou tard. Et si elle ne les avait pas gardés, s'ils était retournés dans les limbes quand son hôte était sorti, il allait passer pour un fou.

"Link ?... Quelque chose te tracasse ?"

L'Hylien se tâtait. Fallait-il...

Choix : Dire la vérité, toute la vérité
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Choix : Dire la vérité, du moins une partie
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Choix : Mentir de bout en bout
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Tout était dit, il n'était pas nécessaire de poursuivre la discussion. Du moins pour le moment. Link se releva, et prononça sa dernière phrase :

"Je dois y aller... Surtout, ne bouge pas d'ici. A aucun prix. Tu ne risques rien et je préfère te savoir ici."

Il vit ou plutôt distingua que Marine acquiesçait, et quitta le temple en trombe, en direction de la place où Thanatos luttait encore contre la flamme mystérieuse.
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« Réponse #43 le: mercredi 27 juillet 2011, 15:06:41 »
Enfin, les deux scènes centrales de cette fiction sont écrites !
Je remercie mes lecteurs, même ceux qui ne commentent pas, de leur fidélité !


Chapitre 14
Eros et Thanatos

Il n'avait pas fallu deux minutes au jeune Hylien pour traverser l'espace qui séparait le mausolée de la place où Thanatos avait affronté la flamme étrange. Néanmoins, l'expérience de l'aventurier l'avait poussé à faire une halte juste à l'entrée de l'aire, et à écouter ce qui se passait. Le garçon s'attendait à de grands bruits de fer, à des exclamations, à des cris de rage, mais il n'en était rien. L'endroit lui semblait parfaitement calme, comme si le combat avait déjà cessé. Prudent, Link avança à pas feutrés vers l'angle, contourna le dernier pilier et jeta un regard à la place.
Il n'eut que le temps de voir une masse noire projetée vers lui qui s'écrasa contre le pilier qu'il venait de dépasser. L'apparition s'étala au sol, et l'Hylien reconnut l'homme en noir, apparemment en piteux état. Devant cet état de faiblesse, Link ne put s'empêcher de demander :

"… Tu lui mets une raclée, ou c'est le contraire ?"

Thanatos se releva, le regard figé devant lui, et répondit en maugréant :

"Repose-moi la question quand je l'aurai mise en morceaux !"

L'aventurier suivit son regard et faillit s'étrangler.
A l'autre bout de la place, presque contre les piliers, se tenait une frêle jeune fille, la quinzaine d'années, pas bien grande de surcroît. Elle portait une robe en fuseau de velours rouge foncé qui la couvrait de ses mollets jusqu'à ses clavicules, et une fine bande de tissu plus sombre longeait les bords de son vêtement épuré. Son visage fin et délicat était gêné par une longue mèche d'une chevelure de feu, trop lisse et d'une couleur trop vive pour être naturelle. Elle tenait sa mèche du revers de sa main tout aussi gracile que sa figure afin de dévisager le jeune arrivant de ses yeux noirs, aussi noirs et profonds que ceux de Thanatos. La damoiselle ne portait pas d'arme apparente, mais un curieux ruban de métal jaune lévitait autour de ses épaules, et tout le long de ce ruban, de grandes larmes de cristal bleu flottaient au gré d'un vent imaginaire.
Troublante de féminité, elle semblait parfaitement inoffensive. Link, toutefois, avait appris à se méfier des gens de cette catégorie, du temps où, dans la caverne de l'Aveugle, il avait failli être pris au piège par une fausse prisonnière. Il s'adressa à l'être sombre qui se relevait petit à petit :

"Qui est cette fille, Thanatos ?
-... C'est ma complémentaire santé... Qui manque pas d'air. Eros."

Un silence glacial se fit sentir. L'Hylien voulut le rompre, mais il ne pouvait s'empêcher d'être gêné en disant :

"… Sans T ?... Qui manque pas d'R ?... Euh, c'est censé être une blague ?"

Sur ces mots, la dénommée Eros haussa les épaules en soupirant et lança, d'une voix aussi douce et éthérée que le reste de sa personne :

"Ne t'en fais pas... L'auteur de ce ramassis de bêtises n'en est pas à son premier bide en jeux de mots."

Elle ajouta, en faisant quelques pas d'une démarche souple et lente :

"Du reste, cet individu a tout dit... Je me nomme Eros, et sur ordre d'une volonté bien supérieure à la sienne, j'ai été chargée de t'accorder mon soutien."

Sa voix se fit un peu plus dure lorsqu'elle lançant à l'attention de son adversaire :

"Mais il semblerait que nous ayons tous sous-estimé à quel point ce triste sire est têtu !...
-Vous avez surtout sous-estimé à quel point tes pratiques sont abjectes, Eros ! Je n'allais pas laisser passer cela. Peu m'importe les conséquences de mes actes."

Eros se mit à rire, d'un petit rire cristallin tout en posant sa main devant ses lèvres. Et elle prit une posture plus ouverte avant de rétorquer :

"Tu n'as donc pas changé.
-Toi non plus..."

Ils lancèrent leur dernière phrase en parfaite synchronisation :

"Tu as toujours représenté les faiblesses de l'humanité !"

Et les deux se turent, comme s'ils étaient sidérés par cette coïncidence. Après un instant de flottement, Eros répliqua, de son timbre évanescent et dans sa posture rêveuse :

"Mais oui, bien sûr... Tu es l'incarnation même de la haine et de la destruction, cependant tu n'es pas le méchant de l'histoire... Tu ne connais que la guerre, le combat et l'affrontement, tu vis dans la solitude et tu rejettes les rapports humains. Je ne vois pas quelle grandeur tu peux refléter.
-Peut-être devrions-nous parler de toi, alors ? Toi qui cherches perpétuellement à côtoyer, non, à manipuler tout le monde, pour oublier qu'en tant que toi-même, tu n'as aucune force. Toi qui cherches à toujours créer, accumuler, et même en gardant ce qui ne te servira jamais. Toi qui nies la force pour t'imaginer que tu peux t'en passer !
-Je ne me passe pas de la force ! Je la trouve simplement dans...
-Tu ne comprendras jamais la force, Eros ! Tu ne pourras jamais que l'imiter."

L'homme en noir conclut en brandissant sa lance grise à fer triangulaire :

"Vivre selon ses propres convictions, les défendre et mériter chaque minute de sa vie, voilà ce que c'est que la force ! Quand on est malheureux, on l'est bien plus à deux. C'est quand on a les muscles et les nerfs qu'on oublie la peur, même celle de la mort. C'est quand on a développé le maximum de ses capacités personnelles et qu'on a terrassé tous ses adversaires qu'on est vraiment en vie."

Eros soupira, suça son ongle et répondit, sans paraître énervée ni même tendue :

"Et quand il ne te restera plus que des cadavres à contempler, quand tu auras triomphé de tous tes ennemis, même les plus imaginaires, que te restera-t-il ? Auras-tu quelqu'un avec qui partager ta gloire, ou à qui la léguer ?... Quand on lutte seul, on meurt seul, et on sombre dans l'oubli. C'est dans le nombre et la société que l'on peut vivre en paix et oublier la mort, car il restera toujours une trace de notre vie. La violence et la solitude ne sont que des faiblesses."

Link sentait qu'il assistait à quelque chose d'irréel. La confrontation de deux êtres surnaturels, chacun étant enfermés dans des convictions trop extrêmes, trop fermées pour pouvoir se comprendre. Et en même temps, ils représentaient tous deux un aspect fondamental de l'humanité. Leur dialogue semblait très enrichissant, mais les arguments étaient tellement antithétiques que c'en était décourageant.

"Ainsi, tu restes sur tes positions, Eros. Tu maintiens que plus on est de fous, plus on rit, et que la quête du profit prime sur le gain de puissance.
-Tout comme tu restes sur les tiennes, à ce que je vois, Thanatos. Le meilleur sera le dernier en vie."

Dans ce geste qui confinait au tic nerveux, l'homme en noir posa les mains sur ses hanches, la hampe de son arme au creux du coude. Puis il secoua la tête et dit tristement :

"Dommage..."

Il saisit son arme à deux mains et se rua sur la fille en rouge. Cette dernière ne fit pas le moindre geste pour l'esquiver ou le bloquer. Ce fut son ruban orné de cristal qui se mit à bouger de lui-même pour bloquer l'attaque en réunissant ses langues sous la forme d'un écran. Le fer tinta contre le minerai, et le lancier fit un long pas en arrière pour éviter la contre-attaque, qui prit la forme d'une paire de pinces aux langues dressées pour déchiqueter. Le tout n'avait pas pris plus de trois secondes.

"Puisque tu refuses toujours d'admettre que tu es en tort, Eros, je ne vois pas pourquoi je renoncerai à ma seule et unique raison de vivre... T'abattre et mettre fin à tes délires !"

Thanatos ponctua sa dernière phrase en bondissant et en jetant son arme vers la demoiselle. Le résultat fut le même, à savoir que le cristal prit la forme d'un bouclier et stoppa l'arme de jet. Néanmoins, quand elle regarda devant elle, l'homme avait disparu. Sans s'inquiéter, elle fit tourner son arme improbable dans son dos, et lorsque l'assaillant se matérialisa pour lui tomber sur la nuque, il s'empala de lui-même sur les pics acérés qui s'étaient dressés en auréole. D'un geste brusque, le ruban tourna et chassa le corps qui glissa sur les dalles et les graviers. Il se tenait le ventre comme s'il avait été réellement transpercé, mais pas une goutte de sang ne paraissait, que ce soit sur son manteau, sur le sol ou sur les lames de cristal. Avec une voix affaiblie, Thanatos ricana :

"J'avais oublié... Tu as toujours un coup d'avance, pas vrai ?
-Pas vraiment. C'est juste toi qui est trop prévisible."

Eros regarda assez dédaigneusement la lance qui traînait par terre et lança :

"La lance de Setanta... Gae Bolg... Je ne saurai jamais pourquoi les dieux t'ont confié, à toi, une relique aussi formidable. Tu n'as jamais su en tirer profit.
-Tout comme je ne comprendrai jamais pourquoi ils t'ont confié les Arcanes suprêmes alors que jamais tu n'auras la chance de t'en servir, j'imagine."

La jeune fille soupira, un sourire apitoyé aux lèvres :

"Nous sommes tellement opposés que c'en est ridicule.
-Ne m'en parle pas..."

Et pourtant, en dépit de leur antagonisme marqué, ils partageaient apparemment un lien ténu. Comme une rivalité entre frère et sœur. L'Hylien, qui jusque-là n'avait pas perdu une miette de leur affrontement, prit le risque de s'avancer et de parler.

"Excusez-moi, votre petite discussion est passionnante, mais...
-Link, ne viens pas te mêler de ça.
-Attends...
-Non, toi, tu attends. C'est une affaire entre elle et moi... Tout cela ne te regarde pas du tout."

Il ajouta, de ce ton si ironique :

"Ou peut-être trop..."

Pour la première fois, Eros parut réagir à ces mots. Elle plissa légèrement le nez et souffla brusquement. Restait à savoir à quelle idée en particulier elle était sensible...

"Tu m'échauffes les oreilles, Thanatos. Je te rappelle que tu as été écarté de cette histoire. Tu ne devrais même pas être ici. Je suis censée prendre la relève !
-Il faut croire que l'auteur m'a à la bonne...
-Dis plutôt qu'il n'est pas foutu de tenir trop longtemps sans te faire apparaître, parce qu'il n'a aucun talent.
-Répète voir, et il t'exclura de ce torchon."

La jeune fille resta silencieuse, puis elle s'empara d'une extrémité de son ruban de métal. Au contact de ses doigts, l'arme prit une couleur plus mate tout en tombant à terre, et les langues de cristal disparurent comme un mirage. La bande s'était changée en fouet de cuir.

"C'est toi que je vais exclure de ce chapitre, et sans tarder."

Malgré tout, sa voix ne trahissait toujours pas la moindre colère et restait froide, posée. D'un ample geste du bras, elle fit lever son arme, et d'un autre, elle l'abattit lourdement sur son opposant qui l'esquiva sans problème. La mèche fit éclater la pierre en touchant le sol, et repartit dans une autre direction tandis qu'Eros faisait un mouvement aussi indolent que le précédent. Le reste de son corps se tenait parfaitement immobile, à part ses yeux qui suivaient les déplacements de l'homme en noir. La longue lanière de cuir tressé couvrit un arc improbable, passa à quelques centimètres de la tête de Thanatos qui n'avait eu que le temps de s'accroupir, et s'enroula autour d'une statue. La demoiselle ne marqua pas le moindre temps d'arrêt, donna un coup sec sur le manche et l'effigie tomba en morceaux. De son côté, l'homme au manteau s'était rué sur sa lance, l'avait récupérée et pris une posture plus défensive, plus ramassée, prêt à bondir.
L'Hylien, quant à lui, se tenait toujours dans l'angle, spectateur et témoin de ce duel hors-normes. Il avait malgré tout reconnu le fouet, celui-là même qu'il avait manié après avoir vaincu l'Octorok bleu. Cet objet appartenait donc à Eros.
Cette dernière, sous son masque d'impassibilité, continuait à faire valser son attirail mais elle semblait gagnée par l'impatience. Ses gestes se faisaient plus secs, son attitude plus agressive. Chaque claquement était plus marqué que le précédent, tandis que Thanatos évitait ses assauts aussi bien en sautant à gauche et à droite qu'en se changeant en nuage de fumée noire. Pourtant, l'allonge du fouet et l'aisance d'Eros l'empêchaient de s'approcher davantage, ce qui le cantonnait à une défense habile.
Consciente que cet affrontement ne pouvait pas les départager, Eros laissa retomber son arme et changea de tactique. Elle leva lentement le manche, et les langues de cristal réapparurent comme elles avaient disparues. Ces lames pénétrèrent dans le cuir, une à une, sur toute la longueur, et la lanière se mit à rétrécir, à gagner en rigidité, jusqu'à devenir une épée courte, de la taille d'un avant-bras, entièrement faite en cristal bleu ciel. Le lancier la regarda faire, sans profiter de l'occasion, et avec une pointe d'excitation dans le regard. Une fois l'arme complètement métamorphosée, la jeune fille pointa la lame vers lui et attendit sa réaction.
Thanatos ne se fit pas prier et fonça sur son adversaire, si vite et si brusquement qu'elle n'eut que le temps de lever son arme en défense pour empêcher un puissant coup vertical de la couper en deux, du haut vers le bas. Une fois encore, malgré son apparente fragilité, Eros maniait son épée d'une seule main et bloquait l'attaque sans effort apparent.
Le duel reprit, plus intense que jamais. La lance Gae Bolg frappait de tous les côtés, en estoc, en taille, en cercle, ne laissant aucun répit à l'épéiste qui pourtant contrait tous les assauts sans faillir ni laisser la moindre ouverture. Leur passe d'arme s'acheva quand l'homme en noir réussit à loger un coup de pied latéral à travers la garde d'Eros, qui l'esquiva en se jetant en arrière. Le lancier reprit son équilibre et fit de même pour enchaîner sur un duel de regard.
Ni l'un ni l'autre ne semblait à bout de souffle. Sur leurs visages, on lisait une sorte de frustration mêlée de joie. Ce duel revêtait une importance cruciale pour eux, comme s'il était la raison de leur existence et qu'ils voulaient vraiment en connaître l'issue finale et définitive. Dès qu'ils cessaient de palabrer, ils semblaient plus proches que jamais, unis par le même serment de détruire leur opposant. Des ennemis jurés dans toute leur splendeur.

Link ne savait plus quoi faire. Il était comme fanatisé par ce spectacle, incapable de bouger le petit doigt.

"Jeune Hylien..."

L'intéressé sursauta. Eros venait de s'adresser à lui, directement. Il répondit, un peu gauchement, l'index sur la poitrine :

"Euh... Moi ?
-Oui, toi.
-Hé ! Ne le mêle pas à ça, veux-tu ?
-Allons... Nous n'allons pas y passer la nuit..."

Eros lâcha son arme, qui reprit son apparence initiale de ruban aux langues de cristal. Elle s'approcha lentement du garçon, en affichant l'air doux et songeur qu'elle avait au début. Une fois qu'elle fut assez proche, elle regarda Link avec une forme de tendresse. Le garçon se sentit troublé, affaibli, comme il l'avait été lors de la possession de Marine. Le monde semblait plus tranquille qu'avant. L'aventurier oublia complètement Thanatos quand la voix éthérée d'Eros parvint à ses oreilles :

"Proclame que je triomphe, Link. Proclame que moi, Eros, incarnation de l'amour et de l'association, ait triomphé de Thanatos, incarnation de la haine et de la destruction.
-Je..."

Il tentait de résister, mais il savait qu'il n'y arriverait pas. Le charme exercé était trop puissant.

"Ouvre les yeux, Link ! Je suis l'amour, crois-tu que je puisse être néfaste ? On est toujours aveugle quand on est amoureux. Mais fais-moi confiance, ouvre-toi à moi, et tu découvriras tous les bienfaits que j'ai à t'offrir..."

Elle appuya cette phrase en tendant la main et en caressant doucement la joue de l'Hylien, qui frémit à ce contact. Il sentait ses dernière forces lui échapper, et ses lèvres commencèrent à remuer...

Ce fut à ce moment qu'un froid terrible s'empara de lui. Sa vue se troubla, et un visage hideux lui apparut, accompagné d'un hurlement terrifiant. Au bord de la crise cardiaque, Link tomba à terre, une main sur la poitrine et de la sueur plein le front. Eros, quant à elle, avait reculé de plusieurs pas et retiré sa main comme si elle l'avait tendue à un serpent. Les deux tournèrent le regard. Thanatos se tenait un genou et une main au sol, le regard plus dur et fixe que jamais.

"Neuvième des treize arcanes, l'Extinction. Tu ne croyais pas que j'allais te laisser recommencer ?"

La jeune fille le toisa tandis qu'il se relevait. Elle avait retrouvé son allure éthérée, son calme évanescent.

"Tu as déjà utilisé cette technique de lâche sur la pauvre rouquine... Tu as oublié ?
-Ce n'est pas une...
-Tu prends possession des gens, tu exacerbes leurs sentiments pour les pousser à agir comme il te plaît, et tu te propages comme un virus, mais c'est tout à fait loyal ? Laisse-moi rire !
-Que je sache, toi aussi, tu en es capable ! Et c'est là notre meilleur atout.
-Jamais je ne me suis abaissé à cela, et je n'en ai pas l'intention ! Tous ceux qui ont adhéré à ma vision des choses l'ont fait de leur plein gré.
-Et tous ceux qui ont adhéré à la mienne n'ont jamais exprimé de regrets.
-Comme s'ils le pouvaient..."

Thanatos se tourna vers Link et s'exclama :

"Je te laisse en juger, héros d'Hyrule ! Est-il juste de contrôler les gens comme des marionnettes, soit disant dans leur intérêt ?"

Il ajouta, plus incisif :

"Est-ce que tu cautionnes la possession de Marine et toutes les actions qu'elle a eu sous l'influence de cette sorcière ?! Et est-ce que tu acceptes l'idée qu'elle aurait pu te contrôler à ton tour, si je n'étais pas intervenu ?"

A l'évocation de ces souvenirs, Link ne put retenir une bouffée de ressentiment. Bien sûr que non, il ne cautionnait pas cette attitude, il n'aurait jamais pu prétendre le contraire !

Le reste alla très vite. Au moment où le garçon ressassa ces idées, Thanatos tomba à genoux, fit un large croche-pied à Eros, qui s'écroula à terre, et termina en posant la main sur son torse en criant :

"Onzième des treize arcanes ! La Gueule Ouverte !"

Il se releva aussi vite qu'il s'était abaissé, la lance Gae Bolg dans les mains, comme si elle y avait toujours été. Le fer pointé vers le bas, il leva son arme, et tandis qu'Eros gigotait au sol, entravée par une force supérieure, il hurla :

"Échec et mat !"

Le fer tomba à toute vitesse, tandis que l'amour en personne poussait un cri de détresse aussi puissant que celui de son bourreau. Dans la tête de Link, une seule idée se faisait entendre...

Choix : Fais-la souffrir !
(Cliquez pour afficher/cacher)

Choix : Tue-la !
(Cliquez pour afficher/cacher)

Choix : Épargne-la !
(Cliquez pour afficher/cacher)

Choix : Je ne veux pas voir ça !
(Cliquez pour afficher/cacher)

Convaincu qu'il ne se passerait plus rien, l'Hylien fit volte-face et partit vers le mausolée. Il ne lui restait plus qu'à rejoindre Marine et à regagner le Village des Animaux en sa compagnie.
« Modifié: vendredi 09 septembre 2011, 15:22:38 par un modérateur »

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Dans la Gueule du Loup...
« Réponse #44 le: mardi 16 août 2011, 15:02:37 »
Encore un chapitre... Plutôt court, mais il était temps de m'y remettre !

Chapitre 15
Un retour pour un départ


Il s'était écoulé toute une journée depuis les événements du Temple. Une longue nuit de sommeil et plusieurs heures d'inaction avaient été nécessaires aux jeunes gens pour se remettre de leurs expériences respectives.
L'un et l'autre souhaitaient l'oublier, pour des raisons différentes, mais Link s'en rendait compte. A peine fermait-il les yeux qu'il revoyait l'instant où Thanatos avait levé sa lance, et ce qui s'était passé à ce moment. La scène tournait et retournait dans sa tête. Avait-il eu raison d'agir ainsi ?...
Il n'avait pas discuté avec Marine de cette histoire. Il aurait peut-être dû, partager leurs sentiments pour mieux en faire leur deuil. Peut-être, mais cela impliquait trop d'efforts, et pour pas grand-chose en définitive.
Garder le silence ne serait pas facile, mais c'était la meilleure façon de laisser le temps effacer cet événement de leurs mémoires.

Sur les coups de midi, Link avait quitté le Village des Animaux, suivi par Marine. Le voyage s'était déroulé sans encombres, sans un mot, presque sans un regard. Le fossé qui s'était creusé entre eux mettait l'Hylien au supplice et rendait son hésitation à crever l'abcès encore plus insupportable. Plus d'une fois, il pensa à se retourner, à saisir la rouquine par les épaules et à déballer tout ce qu'il savait. Mais il n'en fit rien et se contenta de marcher, sans s'arrêter ni se retourner. Ils arrivèrent assez rapidement au Village des Mouettes, et leur premier arrêt fut la maison de Marine.
A l'intérieur, Tarkin leur fit un rapide salut, comme s'ils ne s'étaient pas absentés plus de deux heures. L'homme devait être habitué aux escapades de sa fille, à moins qu'il ne soit simplement incapable de se formaliser pour cela. Les jeunes gens répondirent sans entamer le dialogue. Le silence restait de rigueur quand Link quitta la chaumière et se dirigea vers la place du Coq Volant. Incapable de tenir en place, le garçon vêtu de vert n'y resta pas longtemps et poursuivit sa marche vers la maison des quadruplés. Il entra sans réfléchir. Le petit n'était plus dans son lit et sa mère, assise sur une chaise, se tenait le visage dans les mains.

"Madame... Que se passe-t-il ?"

Il lui semblait qu'il n'avait pas parlé depuis des mois, à tel point qu'il s'étonna que les mots lui viennent aussi naturellement. La femme, à peine surprise par son irruption, répondit :

"C'est mon mari... Il a disparu ! Il est parti !
-Encore ?!"

Le mot était parti tout seul, et il fit tinter les oreilles de l'épouse éplorée qui leva la tête avec un regard soupçonneux.

"Encore ?... Que veux-tu dire ?
-Euh... Ce serait trop compliqué à expliquer."

En fait, il venait de s'enfoncer. Pour éviter toute autre bévue, l'Hylien tenta de changer de sujet :

"Mais vous savez de quel côté il est allé ?... Ou peut-être avez-vous une idée ? Un endroit où il aurait dit vouloir se rendre...
-Eh bien... Il parlait souvent des montagnes, ces temps-ci... Je crois qu'il a même acheté de la corde au Bazar."

Comme de juste. Link réprima un soupir de déception tant le sentiment de déjà-vu lui faisait mal. Puis il lança :

"Je vais aller le chercher. Avec juste de la corde, sans expérience et sur un coup de tête, il n'a pas pu aller très loin.
-Dans ce cas, je voudrais te donner ceci..."

La femme ouvrit plusieurs malles, fouilla dans deux ou trois étagères et secoua de nombreuses boîtes, tandis que le jeune garçon attendait tout en sentant son impatience grandir. Finalement, elle poussa un cri de joie et tendit à l'aventurier un sac de toile, apparemment rempli à ras bord. Rien que l'odeur qu'il exhalait ne laissait aucun doute quant à son contenu. Il était plein de nourriture.

"Il y a des fruits secs ou confits, de la charcuterie, du fromage et du pain blanc... Tout cela se conserve facilement. Et aussi des nécessaires médicaux comme des baumes ou des bandages. Et un rouleau de corde neuve, on ne sait jamais. Je suppose que tu ne trouveras pas mon mari en parfaite santé...
-Je vous remercie. Cela me sera utile."

Mais il garda pour lui la pensée qui lui traversa l'esprit à ce moment : s'ils avaient un tel tas de victuailles à portée de main, pourquoi le fuyard ne l'avait-il pas emmené ? Dans le fond, ce n'était qu'une autre de ces absurdités de Cocolint, ces étrangetés qui rendaient l'île aussi amusante que dangereuse mais malgré tout attachante. Il mit la besace dans son dos, la bretelle en bandoulière opposée à celle de son fourreau. Chargé comme un mulet, les pas qui le séparaient de la sortie lui semblèrent autant de kilomètres.

"Tout va bien ?
-Oui, oui, pas de problème... J'ai l'habitude !"

Il mentait. Il avait toujours préféré voyagé léger, parfois les mains dans les poches. Il se nourrissait sur la route, avec ce qu'il trouvait, voire sur le cadavre des créatures qu'il devait occire. Au pire des cas, il croyait davantage aux vertus d'une potion ou d'une fée pour lui rendre sa vigueur. Et malgré cela, il ne se sentait pas le courage de refuser l'aide de cette femme, ce témoignage de sa confiance. Il se força donc, bon an mal an, à se rendre à l'orée du village. Juste avant qu'il contourne les pierres qui en fermaient l'accès, il entendit une voix l'interpeller :

"M'sieur !"

Il se retourna. C'était l'un des quadruplés. D'après son teint un peu pâlot et sa silhouette malingre, ce devait être celui qui avait été possédé par un esprit malin. De sa voix enfantine, il demanda :

"Vous allez sauver mon papa ?
-Oui... Enfin, je vais faire de mon mieux.
-Vous savez... Avec tout ça sur le dos, je crois que vous arriverez même pas au Plateau Tartare. Vous serez mort de fatigue avant."

Link ne put s'empêcher d'éclater de rire.

"Je pense que tu as raison... Mais ta mère a insisté pour que...
-J'ai pas dit que vous devriez vous en débarrasser."

Un peu interdit, le bretteur vit rapidement où le gosse voulait en venir. Il n'eut pas le temps d'objecter, déjà le petit garçon poursuivait :

"Je vais vous aider à tout porter ! A deux, on devrait y arriver.
-Ah, mais tu oublies un détail...
-Quoi ? Vous me croyez pas capable de vous suivre ?
-Tout à fait ! Il n'est pas question que tu m'accompagnes."

Il posa une main sur l'épaule du jouvenceau, et dit d'une voix paisible :

"Je sais que tu veux faire ça pour ton père, et j'apprécie le geste, mais crois-moi, tu ne m'aideras pas. Tu risques plutôt de me ralentir.
-C'est pas seulement pour mon papa que je veux vous aider. J'ai pas oublié que c'est vous qui m'avez sauvé quand j'étais malade à crever. Alors..."

Face à l'insistance du gamin, l'ancien héros décida de faire une concession. De toute façon, il n'aurait manifestement pas lâché l'affaire avant d'avoir obtenu satisfaction.

"Entendu, petit... J'accepte que tu m'aides...
-C'est vrai ?!
-Oui, vrai de vrai... Je veux que tu..."

Choix : ...viennes avec moi
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Choix : ...veilles sur ta famille
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Choix : ...veilles sur Marine
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Choix : ... me laisses tranquille !
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L'aventurier et l'enfant se dévisagèrent encore quelques instants, jusqu'à ce que le gosse soupire :

"Bon, puisque tout est dit..."

Comme pour alléger sa peine, Link lui dit avant de partir :

"C'est mieux ainsi. Crois-moi."

Et il quitta la bourgade, enjambant les rochers qui barraient l'accès à la Prairie. L'instant d'après, il fendait les hautes herbes en direction de la butte qui devait lui permettre de longer le cimetière de la Sorcière. De là, il gagnerait l'autre champ de tombes peuplés de corbeaux. Il n'aurait plus qu'à remonter pour atteindre le Plateau Tartare, et les montagnes ne seraient plus très loin.
« Modifié: jeudi 01 septembre 2011, 15:20:14 par un modérateur »

Mille mercis à Alice Lee pour la signature !
Entre ce que je dis et ce que tu entends, on risque de pas se comprendre...