Auteur Sujet: Dans la Gueule du Loup...  (Lu 10684 fois)

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Dans la Gueule du Loup...
« Réponse #15 le: lundi 06 décembre 2010, 21:22:09 »
Wahou ! J'aime beaucoup le principe ! Et puis se baser sur L'sA, le plus original des zelda n'est pas une mauvaise idée ! J'attends la suite ! ( moi j'ai choisi de retourner à Hyrule :p )
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Dans la Gueule du Loup...
« Réponse #16 le: lundi 06 décembre 2010, 22:19:40 »
Je n'ai pas encore lu le retour à Hyrule, parce que j'espérais choisir celui à cocolint... :3
Je vais lire ça de suite, mais en soi, l'idée peut avoir beaucoup de force. Bon courage pour réussir là-dedans, tu t'es pas attelé à une tâche facile.

EDIT : lu, et ouaip, j'attends la fin Cocolintienne; je la devinais de suite plus prompte à quelque chose d'intéressant, alors qu'un retour à Hyrule était forcément un... "eh bah hop on est revenu, ouf, hein ! quelle peur quand même !", ce qui n'est pas frivole, hein, mais bien plus simple.
Alors que retourner dans ses rêves... ahaaaa, qu'est-ce que cela peut nous réserver, mh ?
Bonne idée que tu as eue là, Wolf.
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Dans la Gueule du Loup...
« Réponse #17 le: jeudi 09 décembre 2010, 19:03:32 »
Voici la suite !  ;)

Merci pour les encouragements, je le mesure en écrivant, mais en effet, j'ai pas vraiment choisi un projet aussi facile que je le croyais  ._.

Bon, on attaque le vif du sujet ! Si vous voulez, pour ce chapitre encore, vous pouvez lire chaque choix possible, histoire de voir à quoi vous en tenir, mais à l'avenir, faudra faire un seul choix, et peut-être noter votre déroulement...

Bref, j'espère que l'histoire ne va pas être amoindrie par cette expérience de narration (ça reste une fanfiction, nom de nom, faut que ça mérite d'être lu v.v ) mais dans tous les cas, je vous livrerai mes chapitres au fur et à mesure qu'il me viendront !

Bonne soirée, et bonne lecture ! :yeah:

Chapitre 3 :
Un rêve n'est jamais...

La première fois, il n'y avait eu que l'éclair.

En une seconde, Link avait senti que les choses allaient se finir pour lui. De là, il avait perdu espoir, n'attendant plus que son dernier soupir. Cette fois-ci, c'était nettement différent.

A l'instant où sa demande était sortie de sa bouche, il avait entendu un bruit pareil à un vent qui s'engouffre dans une grotte. Il n'avait pas été soufflé, mais plutôt porté, sous sa forme d'ectoplasme, à travers une distance interminable, de plus en plus vite. A force d'accélérer, il avait senti une étrange peur lui vriller les entrailles. Réflexe idiot, après tout, il ne risquait rien dans cette dimension immatérielle... Pourtant, cette angoisse l'avait fait basculer dans une douce torpeur. Et ce sentiment n'avait fait que s'amplifier, jusqu'à ce que l'Hylien s'assoupisse, de ce sommeil qui saisit les naufragés sur leurs débris ou les montagnards dans la tempête. Un dangereux sommeil... Auquel il lui fut néanmoins impossible de résister. Il sombra, ne serait-ce qu'un moment. Et aussitôt, il voulut s'en récriminer. Non, il ne fallait pas dormir ! Il rassembla ses forces et se donna un grand coup de fouet mental pour s'extraire de cet affaiblissement...

"Ah... Les cauchemars se terminent ?"

Une voix... Cette voix ?... Et cette sensation... Une sensation de... de chaleur... Et de souffrance ?! Vite, faire le point... Impossible de voir clairement... De voir... Oui, décidément, plus de doute ! Le garçon n'en revenait pas lui-même. Il était donc encore en vie !... A présent, il restait à savoir si sa requête avait été accordée...

Ses yeux se réhabituèrent rapidement à leur fonction, et l'Hylien tourna la tête à mesure que sa vue devenait plus claire. Ce mouvement lui causa un bref vertige. Aussitôt, la sensation d'une main apaisante sur son avant-bras, et ce son si doux, si apaisant :

"Ouh là ! Doucement... Tu as fait une sale chute... Il faut rester allongé..."

C'était elle. Indubitablement. Marine ! La fille... La fille de ses rêves ! Cet être irréaliste qui réunissait la grâce et la beauté de la princesse Zelda avec la simplicité et la franchise des gens du peuple... C'était elle et... Et à la fois ce n'était pas elle. Link se frotta un peu les yeux et regarda la damoiselle, juste à sa gauche.

Un seul regard balaya beaucoup de ses soupçons. Elle n'avait pas changé d'un poil. Rousse, grande, mince, une robe bleu ciel, ses yeux étaient chargés d'inquiétude mais gardaient leur côté espiègle si désarmant. Toujours aussi belle, toujours aussi attirante pour lui. Sa voix mélodieuse reprit :

"Je crois que tu n'as rien de cassé, mais c'est un vrai miracle... Est-ce que tu peux me dire ton nom ?"

Un moment, Link crut s'évanouir à nouveau. Quelle question débile ! Elle le savait aussi bien que lui, non ? Mais ce devait être un moyen de vérifier s'il n'était pas blessé à la tête... Autant jouer le jeu.

"Bien sûr... Je m'appelle Link.
-Ah ?..."

Elle ferma les yeux, se mit à sourire et ajouta :

"C'est un joli nom."

L'aventurier n'en revint pas et se recula si brutalement qu'il tomba du lit, du côté droit, et se cogna contre l'autre sommier. Tout en maudissant sa maladresse, il espéra que ce coup lui ferait recouvrer la raison. Elle ne pouvait quand même pas avoir ?!...

"Eh là, jeune homme ! Qu'est-ce que c'est que cette réaction ? Je t'ai vexé ?
-Non... Non mais... Aïe...
-Bien sûr, aïe, tu viens de te jeter par terre !...
-... Excuse-moi, c'est juste que, enfin j'ai cru que... J'ai cru que tu..."

Il chercha ses mots, mais finalement, il ne trouva rien de mieux que la plus pure franchise :

"J'ai cru que tu m'avais oublié."

Il se releva en prenant appui sur le lit, péniblement, mais finit par se rasseoir, trop faible pour tenir debout. Il ne savait pas trop si c'était à cause du choc ou à cause de sa blessure. Marine le scruta avec un air étonné, cligna deux fois des yeux, et secoua la tête.

"T'oublier ?... Mais je n'aurais jamais pu t'oublier, je ne t'ai jamais rencontré !"

Link sentit son cœur se serrer et sa tête tourner un peu. Avant même qu'elle ait pris la parole, il savait ce qu'elle allait dire, et ses mots ne firent que raviver la plus douloureuse des plaies qu'il ait reçues dans toute sa vie.

Quelle était cette... Cette farce grotesque ? Pour un peu, l'Hylien aurait pu hurler sa rage, et exiger de pouvoir revenir sur sa décision. Quel intérêt pour lui de retourner à Cocolint, si la seule personne qu'il espérait y revoir ne se souvenait pas de lui ?! Une larme salée perla au coin de l'œil droit du jeune aventurier...

"Tu... Tu es sûr que tout va bien ?"

Elle parlait maintenant comme si elle était légèrement effrayée. Link ne pouvait pas lui en vouloir, il avait eu jusque-là un comportement assez étrange. Pour donner le change, il fit semblant de se concentrer sur le visage de la jeune fille, puis balbutia :

"Ah mais non, pardon !... Je t'ai confondue avec une autre... Un vrai sosie !... J'avais pas les idées bien claires... Je suis navré de t'avoir fait peur."

Pas dupe, Marine insista :

"Ah ?... Tu m'as confondue avec ta petite amie ?
-Non, non, avec une fille que j'ai connue à Hyrule... Elle s'appelle Zelda. Vous pourriez être jumelles ! La seule différence, c'est qu'elle est plutôt blonde."

Il avait prononcé ces paroles sans hésiter, sans réfléchir. Il lui fallait paraître sincère, et dans une certaine mesure, il l'était tout à fait ; Marine et Zelda étaient vraiment semblables à s'y méprendre. La rouquine soupesa la réponse du blessé, puis haussa les épaules :

"Je suppose, oui, tu es tombé de haut, ça a dû te mettre la tête à l'envers... Eh bien, dommage pour toi, je ne m'appelle pas Zelda. Je suis Marine !"

Elle ajouta, plus curieuse :

"Mais dis-moi, d'où viens-tu ? Je ne t'ai jamais vu dans le coin... Et tu n'es pas arrivé par bateau ni rien, je t'ai trouvé dans cet état au pied d'un palmier, sur la plage... Oh, excuse-moi, tu n'es peut-être pas en état de répondre pour le moment ! Repose-toi... Je vais t'apporter de la soupe."

Elle s'éloigna vers la table pour saisir une petite marmite qu'elle alla poser dans la cheminée, se déplaçant avec grâce d'un bout à l'autre de la petite maison. Assis sur une chaise, le père de Marine, le jovial Tarkin, fixait son invité avec un mélange de suspicion et de gentillesse. Lui non plus ne semblait pas reconnaître l'Hylien, qui trouvait la situation de moins en moins drôle à chaque minute. Restait à savoir si le reste de l'île avait autant changé que ces deux-là... Oui, il faudrait peut-être aller vérifier...

D'un autre côté, la soupe était presque chaude. Sortir faire un tour, ou plutôt rester pour en avoir une assiette ?... L'estomac du garçon se mit à crier famine quand les effluves appétissantes envahirent l'endroit...

Choix : Attendre la soupe
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Faire un tour
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« Modifié: mardi 06 septembre 2011, 17:32:18 par un modérateur »

Mille mercis à Alice Lee pour la signature !
Entre ce que je dis et ce que tu entends, on risque de pas se comprendre...

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Dans la Gueule du Loup...
« Réponse #18 le: jeudi 09 décembre 2010, 19:40:54 »
Toujours aussi bon, j'ai bien aimé la détresse de Link qui se retrouve pris au piège. Il a voulu revenir, mais tout le monde l'a oublié ! Bref, on veut la suite !
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Dans la Gueule du Loup...
« Réponse #19 le: vendredi 17 décembre 2010, 00:30:15 »
Voici la suite ! :D

Sur les conseils de Synopz, j'ai retapé mon chapitre... En retirant la tirade maladroite. Faut croire que je suis pas doué pour ça !


Chapitre 4 :
Ce que tu convoites...

Quand on part à l'aventure, on dort souvent dans de bien pénibles conditions. A même le sol, dans le froid, encerclé de bêtes sauvages, le sommeil n'était pas toujours réparateur. A force d'expérimenter ces épreuves, Link avait appris à faire fi de tous ces désagréments, mais après trois mois à dormir dans un bon lit bien moelleux, il avait perdu l'habitude. La nuit n'avait donc pas été particulièrement reposante pour lui. Alors que le soleil était déjà haut dans le ciel, il se mit à bâiller bruyamment, assis sur les marches qui menaient à la butte du village. Encore engourdi, il peinait terriblement à faire le moindre geste. S'il s'était écouté, il aurait volontiers continué son repos...

Alors qu'il était bien parti pour s'assoupir, un chat roux vint vers lui en miaulant. Arraché à sa torpeur, Link regarda l'animal et crut le reconnaître. Il tendit la main, et le félin s'approcha lentement, méfiant, avant de renifler l'Hylien. Cela raviva la douleur de ce dernier. Il n'arrivait toujours pas à l'accepter. Oublié de tous. Seul. Plus seul que jamais. Finalement, il avait peut-être accepté un cadeau empoisonné en revenant sur cette île... Mais pourtant, cette situation ouvrait pas mal de possibilités. Et si c'était sa chance, sa meilleure chance pour tout reprendre à zéro, loin de tout ce qu'il avait fait, dit, ou regretté, dans le plus idyllique des cadres ?... Ou au contraire une nouvelle façon pour les dieux de le faire souffrir ? Il en avait déjà tellement bavé ces derniers temps... Il n'aspirait plus qu'à la paix...

Quand ses pensées devinrent trop amères, le garçon décida de partir les chasser en explorant les environs. La plage. Il fallait commencer par là. Comme la première fois. Il franchit d'une traite quelques centaines de mètres sans regarder autour de lui, jusqu'à atteindre le rivage. Les hauts palmiers n'avaient pas changé, ni la vue. Un splendide ciel bleu, les cris des mouettes et le bruit des vagues... Avec un pincement au cœur, Link s'avança lentement vers le pic directement en face de lui. Ce pic qui dominait la plage. D'un rapide coup d'œil, il remarqua que le rivage était toujours parcouru par les Octoroks... Cela lui rappela au plus mauvais moment qu'il était parti les mains vides. Pas d'épée, ni de bouclier... Il ne savait pas vraiment ce qu'il espérait en venant ici. Il ne risquait pas de trouver de nouvel équipement ! Il valait mieux aller en chercher au village...

A l'instant où le jeune aventurier fit volte-face pour rentrer, il entendit un son étrange. Comme le grognement d'une bête sauvage. Aussitôt, il regarda à nouveau vers l'étendue de sable... Les Octoroks l'avaient repéré. L'un d'eux commença à cracher des pierres, mais Link n'y fit pas attention. Il était trop loin, hors de portée, et il le savait. Ils le savaient aussi, sans doute. Avec un sourire sarcastique, l'Hylien continua à marcher vers la bourgade. Mais à un moment, il sentit quelque chose de visqueux s'accrocher à sa jambe. Il n'eut pas le temps de baisser les yeux, une forte traction le jeta à terre et le traîna vers la plage. Il dévala la falaise, s'écorchant terriblement sur plusieurs rochers pointus, et atterrit lourdement sur le sable chaud. Son calvaire n'allait pas s'arrêter là, semblait-il : il était toujours tracté, comme attiré par un poids tombant d'une poulie. Quand il parvint à lever la tête, il vit une gigantesque bouche bordée d'une triple rangée de dents. C'était un Octorok, mais deux ou trois fois plus grand que ses congénères, d'une couleur bleue. Cette vision suffit à le faire paniquer, et il s'empara de la longue langue gluante qui lui avait saisi la cheville. Toujours dominé par la terreur d'être dévoré, Link se mit à tirer de toutes ses forces dans l'espoir de faire céder le monstre de douleur, voire d'arracher l'appendice. Mais ce dernier était si mou et visqueux qu'il n'offrait pas assez de prise. Le gouffre béant se rapprochait de plus en plus...

Au dernier moment, alors que tout semblait perdu, un hurlement inhumain retentit. L'Octorok géant bascula en arrière et le garçon fut libéré de l'étreinte de la pieuvre. Il commença par se relever, et observa les alentours. Sept ou huit Octoroks communs se pressaient déjà autour de leur chef. Certains avaient déjà la bouche vibrante. Les pierres n'allaient pas tarder à pleuvoir. Link chercha désespérément un moyen de se défendre, et il vit, plantée dans le sable, la poignée d'une épée. Elle semblait être tombée pour sectionner la langue de l'Octorok, qui pendait encore de la cheville du rescapé jusqu'à l'objet, avec du sang violacé tout autour. Devant ce cadeau du ciel, Link bondit sans hésiter. Il aurait dû se méfier, évidemment, mais le danger était trop grand. D'une traite, il rejoignit l'objet, s'empara du manche et tira d'un coup sec. Il se retrouva avec une petite épée dans la main. La lame était de couleur noire, aussi longue que l'avant-bras, fine comme deux doigts, n'avait qu'un seul tranchant, un manche blanc et une garde étroite. Cela ressemblait plus à une décoration qu'à une véritable arme, mais c'était mieux que rien. L'Hylien se mit en garde et fixa ses adversaires, toujours figés, indécis. L'Octorok bleu poussa un grognement, que les petits monstres interprétèrent comme un ordre. Tous lancèrent en même temps leurs rochers, dans un large arc de cercle. Il serait trop difficile de les esquiver. Dans un geste stupide, Link fit valser sa trouvaille comme pour rejeter la pierre qui lui fonçait dessus. Au lieu de la dévier, il parvint à la couper en deux, brisant ainsi son impulsion et annihilant toute sa force. Les deux moitiés du projectile tombèrent sur le sable avec un bruit mat, tandis qu'une autre rocaille subissait le même sort. D'une flexion, l'aventurier évita un dernier caillou, les autres n'allant pas dans sa direction. L'offensive combinée des monstres tombait à l'eau. Deux d'entre eux se mirent à trembler, un autre sautilla de colère. Le bleu, qui semblait toujours gêné d'avoir perdu son appendice lingual, vociféra de nouveaux ordres. Aussitôt, les bestioles se retournèrent et prirent la fuite.

"Eh là ! Ce serait trop facile !"

Poussé par une rage violente, Link partit à la poursuite des pieuvres et se jeta littéralement sur l'une d'entre elles, plantant son arme jusqu'à la garde dans la chair molle. Le métal s'enfonça aussi facilement que dans du beurre, et sans prêter attention au cri de souffrance, le combattant reprit son arme en opposition de manière à sortir la lame latéralement, comme pour trancher l'ennemi en deux. Le geste ne lui coûta presque aucun effort, et le monstre s'évanouit dans un petit jet de lumière accompagné d'un bruit de déchirure. Dans son élan, Link donna un large coup de taille à un Octorok voisin. Il n'avait pas pu frapper bien fort, à peine une estafilade, et pourtant cela suffit à vaincre sa cible, qui disparut comme la précédente. Les autres n'en coururent que plus vite encore, mais l'Hylien n'en avait pas assez. Il en voulait plus. Il voulait les voir trépasser. Il voulait qu'ils payent pour sa frayeur. Il fallait qu'il les poursuive. Il recommença à courir, mais un nouveau son l'arrêta. Un son familier. Quelqu'un qui tape dans ses mains. Lentement. Suivi d'une voix grave, lugubre :

"Tellement barbare que c'en est décevant..."

Le garçon tourna la tête vers la voix, en direction du plateau, au-dessus de la plage. Il lui fallut donc lever la tête, mais ce faisant, il se retrouva avec le soleil dans les yeux, une silhouette à contre-jour. Il ne put s'empêcher de fermer légèrement les paupières, et même en mettant sa main en protection, il ne parvint pas à se protéger des rayons. Sans aucun autre recours, il cria :

"Qui es-tu ? Descends !"

La silhouette ne répondit pas, mais l'instant d'après, elle se volatilisa. Link n'en crut pas ses yeux. Il ne l'avait pas quittée du regard, et pourtant, elle venait de disparaître comme un nuage de fumée, ce qui ne fit que raviver la morsure de la lumière. Cette fois-ci, il lui fallut détourner les yeux et les cacher de ses mains, le temps que les taches de couleur cessent de danser et que sa tête lui fasse moins mal. Mais il n'en eut pas le temps, la même voix s'élevant à nouveau, beaucoup plus proche :

"C'est dur, pas vrai ?"

L'aventurier rouvrit les yeux et fit un bond sur le côté, pour s'éloigner de ce qu'il venait d'entendre. A travers les ronds rouges qui continuaient de lui obstruer la vue, il distingua son inconnu. C'était un jeune homme, mince, vêtu d'une longue veste, d'un pantalon et de chausses noirs. Aucun de ses vêtements ne portait pas la moindre trace de couleur. Ses cheveux aussi étaient noirs, courts mais soigneusement coiffés. Par contraste, il avait une peau d'un blanc laiteux, aussi tirée que celle d'un cadavre de quelques jours, avec des cernes remarquables sous ses yeux si sombres qu'on n'aurait pas pu différencier la pupille de l'iris. Difficile de remarquer davantage de détails à travers les saturations qui finissaient de s'évanouir.

"Je t'ai demandé qui tu es...
-Oh, je suis sûr que tu le sais..."

Le jeune Hylien n'avait jamais entendu une intonation pareille. Tout à la fois éplorée et ironique, elle aurait pu appartenir aussi bien à une personne en deuil qu'à un monarque puant de suffisance. A y regarder de plus près, sa posture également était paradoxale, son dos droit couplé à ses épaules affaissées ou ses pieds joints et ses bras ballants. Pour autant, il ne semblait pas porter d'arme et n'avait pas une attitude agressive. Comme pour jauger l'inconnu, Link insista :

"Comment ça, je le sais ?
-Réfléchis."

De but en blanc, le garçon fut incapable de comprendre. Puis une idée lui vint subitement en tête.

"Tu serais... mon guide ? Comme le hibou ?"

Avec un visage parfaitement neutre, impassible, l'inconnu rétorqua, plus énigmatique que jamais :

"Je le suis... Si tu veux que je le sois."

Devant ces propos, le garçon sentit sa patience arriver à la limite. Tout en serrant plus fort la poignée de son épée courte, il grinça :

"Je veux savoir ton nom !
-Et tu penses l'obtenir en pointant une arme sur moi ?"

D'abord interdit, le garçon réalisa qu'il avait effectivement levé son sabre sans s'en apercevoir, pourtant il ne l'abaissa pas et reprit :

"Qui es-tu, pour la dernière fois ?
-S'il te faut absolument un nom pour toute chose, alors... Appelle-moi..."

Il leva légèrement les bras dans un geste un peu théâtral, se mit de profil et conclut :

"… Thanatos."

Un lourd silence accueillit sa présentation. Link se sentait de plus en plus irrité par cet étrange individu, qui ne lui inspirait aucune confiance. Il reprit le dialogue, toujours le sabre au clair :

"Thanatos, hein ?... Et que me veux-tu ?
-C'est à toi qu'il faudrait poser la question, Link, héros d'Hyrule...
-Tu... Tu connais mon nom ? Tu me connais ?
-La preuve... Je sais aussi ce que tu as enduré... Ici et ailleurs...
-Je ne comprends plus rien !... Ceux que j'ai connu m'ont oublié, et toi, que je n'ai jamais rencontré...
-Cesse...
-?
-Cesse de vomir des questions. Cela ne te fera pas avancer...
-Et toi, cesse de te dérober !
-Je ne me dérobe pas.
-Mon œil !... Je te demandes des choses simples et tu me craches des charades.
-Parce que c'est là ce que tu souhaites, voyons...
-Ne te fous pas de moi !..."

Sans réfléchir, Link se jeta sur Thanatos, en position d'attaque. A environ deux mètres, il prit une impulsion et bondit pour placer un terrible coup plongeant. L'homme en noir ne se laissa pas impressionner et dégaina de sous sa veste un sabre semblable à celui de son opposant, mais doté d'une lame blanche et d'une garde noire. L'arme était si bien dissimulée que personne ne l'aurait remarquée s'il ne l'avait pas sortie. Les deux adversaires portèrent leur coup au même instant, l'un vertical, l'autre horizontal, mais le résultat fut très différent. Au moment où Link crut fendre le crâne de Thanatos mais également sentir la lame blanche lui trouer le ventre, une détonation aussi puissante qu'un coup de canon retentit, et l'aventurier sentit son corps s'envoler. Il traversa au moins dix mètres sans toucher terre et fit plusieurs tonneaux en s'écrasant sur le sable. Le moindre de ses os, le moindre centimètre carré de muscle dans toute sa ceinture abdominale l'élançaient comme s'ils avaient pris feu et il arrivait à peine à bouger. Il se releva avec une extrême difficulté, cracha les grains de sable qui s'étaient glissés dans sa bouche, et marmonna :

"Mais c'était quoi, ça..."

De son côté, Thanatos s'approcha lentement, ramassa l'épée à la lame noire qui était tombée de la main de l'Hylien au passage, et dit, de sa voix si ambiguë :

"Tss tss tss... Retourner votre sabre contre celui qui vous l'a prêté... Ne vous a-t-on pas appris les bonnes manières, monsieur le héros ?"

Et il rangea les deux armes dans leurs fourreaux, à ses flancs, cachés par les pans de son manteau, avant de poursuivre :

"Link... Retourne là d'où tu viens. Alors, tu y trouveras ce que tu convoites. Et n'oublie jamais... Que ce que tu vivras ici... Ne sera jamais que ce que tu as désiré."

Il ne s'avança pas davantage. Avant que le garçon n'ait pu demander d'explication, la silhouette noire devint légèrement floue, puis translucide, et enfin, il se dissipa comme une figure de brume. Encore à moitié avachi, Link ne put retenir un juron, puis grogna :

"Retourne là d'où tu viens ?... Ha ha, oui, je voudrais bien, pour le coup ! J'aurais jamais dû demander à revenir ici !... Retourner là d'où je viens... Hyrule ? C'est une idée ! Je vais aller demander au..."

Il leva la tête et cessa aussitôt de geindre. La montagne s'offrait à lui. Il la voyait distinctement. Mais il y manquait quelque chose d'essentiel... L'Œuf ! L'Oeuf Sacré avait disparu, et à la place, la montagne terminait sa courbe le plus normalement du monde ! Et donc, plus moyen de contacter le Poisson-Rêve... Plus moyen de quitter l'île... Mais alors... Se pourrait-il... Qu'il soit coincé à jamais sur ce rocher perdu ? Prisonnier ? Exilé ? Le poids de cette hypothèse fit craquer pour de bon les nerfs du garçon, qui tapa du poing sur le sable en laissant couler un long flot de larmes brûlantes.

Décidément... Quelle folie avait-il commise en demandant à revenir sur cette île ?

Mais rester à trépigner sur cette plage n'allait pas faire avancer les choses. Le garçon se releva, gêné par la douleur qui lui cuisait toujours le ventre et son écorchure dans le dos. Il marcha un moment sans but, puis se ressaisit en disant à haute voix :

"Autant retourner au Village des Mouettes... De toute façon, sans arme, j'ai pas trop intérêt à traîner ici."

Et il partit d'un pas vif, loin des dangers du rivage, vers la sécurité du petit hameau.

A sa propre surprise, il ne croisa aucune menace sur le chemin, comme si la terreur infligée aux Octoroks avait contaminé le moindre monstre aux alentours. Sur le chemin, Link longea la cabane de l'alligator glouton, il n'arrivait plus à se rappeler son nom, mais il choisit de ne pas faire de halte. Cela ne lui aurait servi à rien... Il termina son trajet sans tarder, sans regarder autour de lui. Dès que la bibliothèque fut visible, l'aventurier poussa un soupir. Il était revenu au village. Hors de danger. Les mots de l'homme en noir résonnèrent dans son esprit :

"Retourne là d'où tu viens. Tu y trouveras ce que tu convoites."

Ce qu'il convoitait... A quoi pensait-il ?

A court d'idées, Link se dirigea vers la maison de Marine, comme poussé par son inconscient. Oui, d'un certain côté, il en venait, il y avait été. Peut-être était-ce là l'endroit évoqué par ce mystérieux Thanatos ?

Mais avant de pénétrer le logis, une mélodie familière effleura les oreilles pointues du garçon. La Ballade du Poisson-Rêve... Chantée par la voix si douce et apaisante de Marine. Cette voix dont il avait eu une telle nostalgie... Il ressentit le besoin d'aller l'écouter, sans se soucier de rien d'autre. De l'écouter, et de parler avec elle, longuement, pour dissiper les doutes et les étrangetés qu'il avait pu semer la veille dans l'esprit de la jeune femme...

Entrer dans cette maison... Ou partir vers la place ?

Choix : Retourner dans la chaumière
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Suite et fin
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Partir vers la place
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Suite et fin
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« Modifié: mardi 06 septembre 2011, 17:35:20 par un modérateur »

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« Réponse #20 le: vendredi 17 décembre 2010, 16:53:48 »
étrange personnage, mais euh... Je dois avouer que la tirade qu'il fait avant de révéler son nom est assez... maladroite ?

Sinon, c'est toujours aussi bon, et tu fais toujours des chapitres encore plus courts que les miens :p

Edit : J'aime ! Je suis sentimental, moi... J'aime la complicité marine-Link !
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« Réponse #21 le: samedi 08 janvier 2011, 16:35:50 »
Bon, un nouveau chapitre de La Frontière !

... Il faudrait pas que je laisse trop pourrir Fenrir non plus, donc prochain post, une nouvelle partie !

Chapitre 5
La peur et le danger

Assis sur une marche de l'escalier menant à la Maison des Rêves, Link écoutait le coq chanter. Le soleil n'était pas encore levé, mais lui avait quitté son lit depuis longtemps. Depuis son arrivée sur cette île, il s'était passé beaucoup de choses étranges, et il s'était laissé porter par le cours des choses. Cela aurait pu se dérouler bien plus mal, mais à présent il se retrouvait au point mort, sans la moindre idée de ce qu'il devait faire. Privé des conseils du hibou, livré à lui-même, l'Hylien se sentait plus perdu que jamais. Après avoir erré par ses propres moyens à travers Hyrule et le Royaume Sombre, il se retrouvait tributaire des décisions des autres. Tout cela ne lui ressemblait pas.

"… Autant aller de l'avant... Vers la Forêt Enchantée... Je crois que je vais refaire le même chemin qu'auparavant."

Fort de sa décision, l'aventurier fixa une nouvelle fois son épée avant de se lever. Cette arme était fascinante. Outre les troubles circonstances de son acquisition, Link n'avait pas besoin d'être un maître épéiste pour comprendre que son métal était hors du commun. A la fois lourde et maniable, il avait fait quelques passes avant l'aube et jamais il n'avait ressenti une telle finesse dans les mouvements pour une si grande puissance à l'impact. Par deux fois, il lui avait semblé que l'arme aurait pu lui sauter des mains s'il n'avait pas serré la poignée de toutes ses forces. Il n'était pas sûr de pouvoir maîtriser cette arme en plein combat, mais il la rangea malgré tout dans son fourreau et partit vers l'entrée de la forêt.

Il la trouva fermée, comme toujours, par une bordée d'arbuste trop compacte pour être traversée ou contournée. Devant cet obstacle, le garçon ne put réprimer une légère crainte. Depuis sa rencontre avec cet Octorok bleu sur la plage, il n'était plus sûr de rien. Sans l'intervention de Thanatos, il serait certainement mort une deuxième fois. Si un monstre aussi redoutable devait surgir d'un buisson ou le prendre par surprise, rien ne garantissait qu'un deuxième miracle lui sauverait la mise. Pourtant, rester sur place ne lui apporterait rien. Avec un soupir mêlé de peine et d'agacement, il leva la main pour ressortir son épée et trancher la végétation, quand une voix retentit :

"Attends, Link !"

Il stoppa son geste et tourna la tête. C'était Marine qui l'interpelait. Elle se trouvait à une dizaine de mètres et marchait dans sa direction. Pendant que l'Hylien baissait la main, la jeune rousse le rejoignit en quelques enjambées. Elle poursuivit, toujours aussi souriante :

"Tu vas faire un tour dans la forêt ?
-Oui, je ne sais pas pour combien de temps j'en aurai.
-Alors sois très prudent... Ces temps-ci elle grouille de bestioles vraiment terribles, d'après Tarkin.
-Je ferai attention... J'ai l'habitude."

Il était parti pour pénétrer la canopée quand la damoiselle lui saisit le bras et insista :

"Non, attends !... Si tu dois vraiment y aller, prends au moins ça avec toi."

Elle leva le bras et tendit au jeune garçon une lanterne en fer, avec une chaîne attachée à l'anneau. Link regarda l'objet, puis s'en saisit en souriant.

"Merci beaucoup... Ça me sera très utile."

Le visage de Marine s'éclaira davantage encore, comme apaisé par la décision de Link. Son aura de bienveillance atteignit également l'aventurier, qui sentit son appréhension diminuer. Décidément, cette fille avait une influence sur lui. D'un seul regard, elle pouvait calmer ou au contraire amplifier ses émotions. Étrange relation qu'il serait intéressant d'approfondir, s'il en avait le loisir. Il sera temps d'y penser en revenant de ce bois.

"Je te dis à tout à l'heure ?...
-A tout à l'heure !"

Les deux jeunes gens se séparèrent d'un geste de la main. Link passa dans le monde extérieur, entouré et protégé par l'obscurité des branchages, enivré par les senteurs de l'humus et de la sève qui emplissaient l'air. Il n'avait pas fait cent mètres qu'il ressentait également une grande hostilité, bien plus intense qu'avant. Et l'atmosphère était trop calme, aussi. L'endroit était trop désert et silencieux. Marine avait raison, ce n'était pas juste des Moblins qui devaient traîner par là. Seule la présence d'un prédateur, voire d'un super-prédateur pouvait dégager une telle présence et chasser à ce point toute trace de vie alentour. L'expérience des situations difficiles suggérait que cette promenade risquait fort de se finir mal...

Link s'enfonça peu à peu dans la forêt obscure, continuellement sur la défensive, jetant fréquemment des regards en arrière au cas où, la lanterne clinquant bruyamment à sa ceinture. L'Hylien avait l'impression qu'on entendait ce bruit jusqu'au Village des Mouettes. Sans trop réfléchir, il se rendit instinctivement là où Tarkin se tenait le jour où un champignon l'avait changé en raton-laveur espiègle. Mais Link n'eut pas le temps de se laisser aller à la nostalgie. Il se tenait en face d'un ennemi. Un vrai, cette fois.

C'était un Moblin, armé d'une épée et d'un bouclier, plaqué contre le tronc d'un arbre. Il n'avait manifestement pas remarqué la présence du promeneur, et son attitude était étrange, comme s'il était mort de peur. Ses bras épais tremblaient tels des feuilles mortes, et il regardait tout autour de lui en permanence, les yeux levés vers le ciel, ou plus précisément la cime des arbres. Il ne semblait pas décidé à quitter le couvert des branches, et Link ne put détacher son regard de cette scène. De toute sa vie, il n'avait jamais vu de Moblin aussi effrayé, et la créature qui lui causait une telle inquiétude devait être pire que redoutable.

Finalement, leurs regards se croisèrent. Le temps sembla se figer pendant trois secondes, puis Link tira son épée d'un long mouvement, persuadé que le monstre allait le charger. Mais au contraire, ce dernier lâcha son arme et se mit à courir à toutes jambes dans la direction opposée. Le jeune garçon ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux. Encore une attitude qu'il n'avait jamais vu. Mais qu'avait-il bien pu se passer ici pour que tout soit tellement chamboulé ? L'aventurier regarda courir le bestiau mais garda son épée à la main. L'instant d'après, il entendit un bruit glissant, comme une volée d'oiseaux qui font bruisser les branches d'un arbre, et aussitôt, il vit une énorme masse noirâtre fondre sur le Moblin, qui en fut littéralement écrasé. Surpris par la violence de cette apparition, Link se remit en garde, le temps de distinguer ce qui venait d'atterrir.

C'était une gigantesque araignée noire, aux pattes lisses, avec un abdomen hérissé de pointes. Elle était largement plus haute que le Moblin, qu'elle était occupée à dévorer. Elle l'avait probablement détecté à ses mouvements, ou aux vibrations de ses pas, sinon elle s'en serait prise à Link depuis longtemps. Ce dernier, trop tétanisé pour penser, resta figé sur place, se rendant aussitôt invisible pour la terrible arachnide. Celle-ci était trop occupée à farfouiller les entrailles de sa proie pour lui prêter la moindre attention, de toute façon. Sa ripaille dura un petit bout de moment, et le spectateur assista à ce carnage avec toutes les odeurs rabattues par le vent. Il crut à plusieurs reprises qu'il allait vomir ou s'évanouir. Finalement, le monstre délaissa le cadavre, rejoignit l'arbre le plus proche et remonta à la cime, toujours fixé par le garçon au visage aussi vert que ses habits. Une fois la bestiole immobile, il recula lentement, très lentement, jusqu'à être à son tour sous un arbre, et là, il sentit un frisson le gagner, puis il vida son estomac aussi discrètement que possible, à quatre pattes et sans gémir. Puis il marmonna :

"Mais c'est pas possible... Qu'est-ce qui s'est passé ici ?"

Il se releva, les jambes tremblantes, en prenant appui sur le tronc de l'arbre, et continua :

"D'abord, cet Octorok, maintenant ça... Dans quoi j'ai encore mis les pieds, moi ?"

Son monologue s'arrêta net. Dans son dos, un crissement. Pratiquement pétrifié, l'aventurier sentit couler une énorme goutte de sueur le long de sa tempe. Il se retourna lentement, très lentement, jusqu'à voir derrière son épaule une autre araignée, plus petite mais toute aussi monstrueuse. Elle le contemplait de ses huit yeux en frottant ses mandibules l'une contre l'autre. Les deux se regardèrent un long moment, sans bouger, la chasseresse semblant se repaître de la seule terreur de sa proie.

Puis elle frappa, lançant sa patte avant droite vers le garçon qui réussit à l'esquiver instinctivement. En dépit de son apparente fragilité, le membre s'enfonça profondément dans le bois jusqu'à en être bloqué. La créature commença à tirer pour se dégager, mais l'Hylien ne lui en laissa pas le temps. Il leva son épée et trancha net la chitine et la chair, et enchaîna par un coup ascendant qui creva deux des globes oculaires de la bête. Cette dernière ne poussa aucun cri, mais elle s'élança droit devant elle pour saisir l'impudent. D'un roulé-boulé, le garçon tenta de sauver sa peau, mais la dernière patte arrière du monstre effleura sa cheville. Ce seul contact lui érafla la peau, pas suffisamment pour l'empêcher de courir, mais la douleur le cloua sur place une petite seconde. Comme il ne pouvait s'enfuir, il choisit de porter une nouvelle attaque et trancha une autre patte du monstre. Cela réduisait beaucoup sa mobilité, peut-être assez pour prendre la tangente. L'aventurier rangea son épée et commença à s'enfuir.

Comme il n'était pas question de retourner au Village des Mouettes avec une telle menace aux trousses, Link s'enfonça plus profondément encore dans la canopée, en espérant semer son poursuivant ou trouver un moyen de le terrasser. Il courut, courut droit devant lui, mais après cent mètres, il réalisa qu'il se dirigeait droit vers un précipice. Une fois qu'il aperçut ce dernier, il ne put s'empêcher de s'immobiliser. Sans la Plume de Roc, il n'avait aucune chance de le franchir !

Pourtant, le bruit et la présence de l'arachnide derrière lui ne lui laissait pas d'autre choix que de tenter sa chance. Il reprit sa course, plus vite, le plus vite qu'il pouvait, et fit un bond en extension prodigieux, toujours talonné par le prédateur. Mais en dépit de toutes les forces conférées par sa peur, il ne réussit pas à franchir toute la distance, et percuta la paroi avec le bassin. A moitié hors du trou et à moitié tombé, il s'accrocha désespérément aux touffes d'herbes, tenter de remonter à la force des ongles, sans succès. Le poids de son propre corps l'entraîna, et il chuta inexorablement. Une chute qui lui parut interminable, et qui s'acheva dans un fracas épouvantable, comme s'il avait broyé des pots en terre cuite. Déboussolé, il resta allongé un moment, jusqu'à ce que son cœur batte moins fort et qu'il puisse respirer normalement.

De nouveau calme, le garçon en vert reprit son aplomb et regarda autour de lui. Il n'y voyait goutte, l'endroit était terriblement sombre et le peu de lumière qui passait par l'entrée du gouffre n'atteignait pas le fond. Link dégrafa la lanterne qui pendait à sa ceinture. Elle ne semblait pas cassée, ni même abîmée. Le mécanisme grinça une fois, deux fois, puis la mèche s'enflamma et une lumière ocre envahit l'espace avec une odeur âcre. La première chose que le malheureux distingua fut trois serpents qui s'enfuyaient devant la soudaine luminosité, et la deuxième, qu'il s'était écrasé sur un monceau de squelettes humains. Le choc le remit sur pied en un clin d'œil. En même temps, les reptiles revenaient à la charge. A vue de nez, ils étaient au moins une douzaine.

Qu'il les affronte ou non, Link le savait, il n'avait aucun moyen de remonter à la surface. A quoi bon lutter ? Et de toute façon, remonter, pourquoi, pour la deuxième manche contre l'araignée ? Non, trop d'adversité, il ne pouvait plus rien faire. Ce n'était plus qu'un choix entre attendre et chercher le trépas...

Choix : Accepter son sort
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Choix : Aller vers la mort
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« Modifié: mardi 06 septembre 2011, 17:37:04 par un modérateur »

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« Réponse #22 le: samedi 08 janvier 2011, 18:12:34 »
Toujours aussi bien ! Que dire de plus ?
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« Réponse #23 le: samedi 08 janvier 2011, 18:22:16 »
Le choix que tu as fait, par exemple, si j'ai écrit une bonne scène d'action, et si on a l'impression que l'histoire a un scénario global ou juste un enchaînement de chapitres ?...

Notamment, le fait de fuir devant une araignée pour tomber sur un serpent, j'ai le sentiment que j'abuse. Sans parler de Thanatos...
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Je te remercie nonobstant de ton soutien et de ta fidélité !  :D  Ainsi que tous ceux qui me lisent, évidemment ! J'irai au bout de cette œuvre quoi qu'il arrive, en tout cas !

... Allez, c'est ma journée de post, en prime on va fêter mon passage de grade avec un nouveau passage de Fenrir !

Chapitre 4-3

Dans le quartier de Fafnir, dans un petit parc, Draken était avachi sur un banc de bois, à côté de sa femme, pendant que Skadi courait à travers les arbres à feuilles larges. Le soleil baignait l'endroit, occulté par endroits par le feuillage touffu, mais le couple profitait encore de sa chaleur. Ni l'un ni l'autre n'avait prononcé un mot, chacun perdu dans cet instant fugace de sérénité. S'il avait eu le choix, Draken serait bien allé sur l'Yggdrasil, mais sa femme n'avait pas voulu en entendre parler. Trop de soldats, trop de monde, trop de risques. A la fois soumis et complaisant, l'homme avait fini par accepter.
"Skadi ! Ne t'éloigne pas trop...
-Oui, maman !"
Des cheveux noirs en bataille, hérités de son père, le visage de sa mère, la silhouette replète des enfants de son âge, Skadi était une fillette tout ce qu'il y a de commun. En fait, c'était la fierté de Draken, sa famille était parfaitement normale, ils ne pouvaient pas attirer l'attention des gens mal intentionnés. En tout cas, pas plus que la normale. Et de fait, ils n'avaient jamais été cambriolés, ni agressés, ni rien... A part quelques vols à la tire, pas de quoi se plaindre.
Souriant innocemment au ciel, Draken se mit à penser à sa promotion. Comme promis, il n'en avait encore parlé à personne, pas même à sa femme. Malgré tout, il était un peu plus impatient chaque jour. L'idée d'être reconnu pour son mérite et ses efforts, quelle gloire ! Oui, décidément, sa vie allait pour le mieux à tout point de vue.
Il rêvassait encore quand un air de violon l'arracha à ses pensées. Un artiste de rue, l'instrument à l'épaule, égrenait un morceau vif et correctement joué, une casquette aux pieds. Il maniait son archet avec aisance, mais laissait passer quelques fausses notes car il ne suivait pas au niveau des cordes. Le contremaître essaya de reconnaître le morceau, mais il n'y parvint pas. Ce devait être un morceau original. La musique était de qualité, bien qu'un peu convenue. Le violoniste manquait un peu de pratique, et on voyait que son activité ne lui faisait pas gagner de quoi vivre. Famélique, vêtu de hardes mal lavées et reprisées de partout, il avait pourtant un air apaisé sur le visage, comme s'il savourait sa musique pour lui-même plus que pour les passants. Draken l'écouta jusqu'au bout, puis l'applaudit. Le musicien fit une révérence, et Elfien tira de sa poche deux pièces de monnaie et les lança à l'homme. Celui-ci les attrapa au vol sans problème et repartit, son violon à la main. Alors que Draken s'apprêtait à repartir dans sa douce rêverie, il entendit une voix, et même s'il ne distinguait pas très bien les mots, il reconnaissait le ton. Le ton méprisant, hautain, arrogant... La réponse était désemparée, incompréhensive. Des signes qui ne trompent pas.
Draken tourna la tête et eut la confirmation de ce qu'il craignait. Une brigade de pioupious houspillaient le violoniste, le chef en particulier, les bras croisés et un sourire mauvais aux lèvres. Il était question d'amende, de trouble de l'ordre public ou d'autres inepties de ce style. Ce genre de choses n'était pas rare, l'inévitable revers de l'impunité des soldats. Draken aurait pu s'en mêler, mais ce serait vraiment une bêtise. Jamais il n'aurait gain de cause, il n'y gagnerait que des ennuis, et ce n'était pas le moment de se faire remarquer. L'incident de la confrérie était encore trop récent pour attirer l'attention de la milice. Dégoûté par son propre manque de courage, le contremaître baissa les yeux et fit de son mieux pour se désintéresser de la scène. Elfien en fit autant, tout aussi contrite et réaliste. Skadi revint vers eux, et en voyant les soldats qui harcelaient le musicien, elle ne put s'empêcher de demander à son père :
"Papa ! Pourquoi ils l'embêtent ? Qu'est-ce qu'il a fait ?
-Je ne sais pas... Et ce n'est pas mon problème.
-Mais ils ont pas le droit ! Il a rien fait !
-Peut-être, peut-être pas ! S'ils le secouent, ils ont sans doute une raison...
-Il faut leur dire d'arrêter...
-Non, Skadi ! Les soldats ont des sabres, des pistolets, ce sont eux les plus forts. C'est comme ça, on n'y peut rien.
-N'empêche que c'est pas juste.
-Sans eux, nous nous tuerions pour un bout de pain..."
Il ne le pensait pas. Vivre sans avoir peur de se faire abattre pour rien aurait certainement amélioré le confort et le bien-être des citoyens. Ça, et aussi retirer le silence juridique de Fenrir. Ironiquement, ces réunions lui avaient bien laissé une trace, une conscience politique. Mais pas question de l'exprimer à tout va. Il fallait que sa fille apprenne la crainte des autorités. A l'adolescence, à l'âge de la révolte, elle risquerait moins de s'exposer aux sautes d'humeurs des soldats si elle savait se tenir à sa place. Il était peu probable qu'en si peu de temps, cette pratique soit abrogée. L'irresponsabilité et le droit de tuer des patrouilles était valide depuis plus de cent ans ; en cinq ou dix ans à peine, ils ne seraient sûrement pas remis en cause. Il faudrait plus de vingt ans d'efforts de toute la ville pour voir aboutir une interdiction de tirer sans raison, et cela n'était pas prêt d'arriver. Trop de gens étaient tout aussi enfermés dans le compromis que Draken. Trop peu seraient vraiment motivés pour lutter et faire avancer les choses. La peur faisait partie des mœurs.
"Les soldats nous mènent la vie dure, mais si nous suivons leurs règles, ils nous évitent beaucoup de soucis. C'est leur travail."
Draken considérait que cette phrase clôturait la discussion. Skadi lui adressa un regard aussi noir que ses cheveux et repartit en haussant les épaules. Elle n'était pas satisfaite de cette position de faiblesse.
"Fichu caractère ! Je me demande de qui elle tient ça.
-Si je te le disais, chérie, tu entrerais en dépression tellement tu serais blessée..."
Elfien donna une petite tape sur la joue de son mari, qui la reçut avec le sourire.
"Il est temps de rentrer, non ?
-Tu plaisantes ? Le soleil ne se couche même pas. Tu veux avoir ta fille dans les pattes sans qu'elle soit assez défoulée ? On reste autant que possible."
Encore une fois, elle l'emportait sans combattre. Elle parlait, elle avait raison. Au moins, il savait accepter ses décisions. Il avait appris à ses dépens que c'était souvent la meilleure marche à suivre. Elfien avait presque toujours des idées judicieuses et semblait favorisée par le destin. A bien des égards, il avait de la chance de l'avoir pour épouse. Et il avait de la chance d'avoir une fille aussi bien élevée et sage que Skadi. Elle se rebiffait de temps en temps, comme tous les enfants, mais dans l'ensemble, elle suivait la plupart des ordres de ses parents et savait éviter les problèmes. Oui, décidément, Draken avait tout pour être heureux...
Et au fond de lui, il sentait qu'il lui manquait quelque chose, un petit rien de piment, d'imprévu, pour vivre pleinement. Il vivotait, certes, sans souffrance, sans frustration, mais aussi sans péril, sans mérite. Tout lui était venu et il n'avait jamais besoin de rechercher ses réussites, elles venaient à lui. Quelque part, cette facilité ne lui apportait aucune satisfaction.
Il était toujours temps de chercher une façon de combler ce manque de sensations...
« Modifié: mardi 06 septembre 2011, 17:38:14 par un modérateur »

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« Réponse #24 le: samedi 08 janvier 2011, 18:34:55 »
Tu cites le seul petit défaut de ta fic' : les chapitres sont un peu trop indépendants les uns des autres, ils faudrait lancer une trame, et la suivre ! Après, non, je ne trouve pas la scène d'action trop surfaite. ( attends, dans l'ange des ombres, au chapitre 7, Luna démonte près de 30 Sheikahs en même pas deux heures ! ). Pour le premier choix, je ne peux pas répondre: j'ai pris le deuxième :p
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« Réponse #25 le: vendredi 21 janvier 2011, 23:43:40 »
Et un nouveau chapitre de La Frontière qui marche !

Les aboutissants de l'histoire sont servis !

Chapitre 6
Je demande une preuve !

Un nouveau jour, une nouvelle chance. C'était un proverbe Hylien. Link n'y avait jamais autant réfléchi de sa vie. Ici, sur cette île infernale, chaque jour était un nouveau péril, et aussi un pas de plus, il l'espérait, vers son départ. Il avait voulu venir, il ne voulait plus que partir.

En désespoir de cause, il était retourné à la bibliothèque du village pour chercher le moindre indice qui lui indiquerait la marche à suivre. Peine perdue. Les livres étaient aussi vagues que jadis. Aucun d'entre eux ne semblait avoir changé, ne serait-ce que d'une phrase. La seule différence, c'est que le livre en équilibre sur l'étagère avait disparu. Ce fameux livre poussiéreux qui contenait les directions à suivre dans l'Œuf. Quelque part, ce dernier n'étant plus là, il était logique que ce bouquin soit absent également. Le garçon resta encore une grosse demi-heure à fouiller les divers ouvrages, en vain. Pas une ligne intéressante. Il sortit, dépité. Les deux garçons jouaient encore à la balle, comme d'habitude. L'Hylien les regarda un moment, puis se dirigea vers le centre du village, quand l'un des deux gamins l'interpella :

"Eh, Monsieur !
-Hm ?...
-Dites, vous êtes là depuis quelques jours et... On vous connaît même pas. Vous êtes qui ?
-Je m'appelle Link... Et je crois qu'il y a rien à dire de plus.
-Moi, j'ai quelque chose à dire !
-Ah oui ?
-Oui ! Si vous voulez vous faire une vie sociale, appuyez plein de fois sur Alt+F4 !
-... Hein ? Qu'est-ce que ça veut dire ?
-Ben je sais pas ! Je ne suis qu'un gosse !"

Link faillit éclater de rire. Ils n'avaient pas changé du tout. Le frère ajouta :

"L'écoutez pas, M'sieur ! Moi, j'peux vous dire que...
-Je t'écoute ?
-Émuler les jeux c'est le bien !
-Et ça veut dire ?
-Ben... N'oubliez pas, moi aussi je suis un gosse !"

Là-dessus, l'aventurier laissa échapper un rire franc, sonore, qui surprit les enfants. Ces derniers ne purent s'empêcher de le fixer avec un regard suspicieux.

"Ne vous inquiétez pas... Merci... J'avais bien besoin de rigoler..."

Et il s'en retourna vers la bourgade, avec un geste de salut. Il traîna sans but un moment, puis se trouva par hasard devant la cabine téléphonique du village. Dès qu'il passa devant l'entrée, l'appareil se mit à sonner. Link hésita, puis entra et décrocha :

"Allô ?..."

Pas de réponse. Le garçon voulut raccrocher, puis il entendit :

"Sept jours...
-Quoi ?...
-Tu vas mourir dans sept jours...
-Hein ?... Mais c'est qui ?
-Dans sept jours...
-Eh là !... C'est une blague ou quoi ?
-..."

Un silence terriblement pesant s'installa, puis une voix enjouée lança :

"Ha ha ! Mais bien sûr que c'est une blague !... T'y as cru, hein ?
-Abruti !"

Link raccrocha violemment, hors de lui, et quitta la cabine remonté. Il remonta vers la place, dans l'espoir de croiser Marine. Il longea sa maison, et atteignit son objectif, mais il n'y avait personne, à part le chat qui dormait sur la statue. Rendu à l'inaction, l'Hylien se dirigea vers le Bazar, mais il y entra à pas feutrés, tendu. A peine était-il entré que le vendeur se jetait pratiquement sur lui en criant :

"Eh, toi !"

L'homme était toujours aussi chauve et semblait toujours aussi rapace. Son attitude avait quelque chose d'inquiétant. Le garçon sentit son coeur s'accélérer et ses yeux s'ouvrirent en grand alors qu'un rictus anxieux barrait son visage. Se pourrait-il ?...

"… C'est quoi ce regard ?
-Euh...
-Je voulais juste te dire... Je t'ai jamais vu, pas vrai ?
-Eh bien... Non...
-Alors je te fais un prix pour aujourd'hui ! Tout à moitié prix ! Qu'est-ce que tu en dis ?"

L'aventurier ricana. Oui, vraiment, tout le monde l'avait oublié. Tout le monde. Toutes ses actions. Et c'était bien la première fois que ça l'arrangeait. Il se tourna vers les étalages en faisant de son mieux pour paraître nonchalant. Parmi les objets disponibles, un étrange artefact retint son attention. Petit, hexagonal, de couleur bleue. Il était étrangement familier. Link compta ses Rubis. Il n'en avait plus qu'une petite dizaine. Il voulut tenter sa chance malgré tout :

"Euh, excusez-moi... Il vaut combien, ce truc ?
-Hum, laisse-moi voir..."

Le marchand l'examina de près, avec une certaine surprise dans le regard, et conclut :

"Alors là, aucune idée !... Je ne sais pas comment ça a atterri chez moi mais... Je ne peux pas te dire combien ça coûte.
-Et tel quel, vous pensez que ?...
-Laisse-moi réfléchir..."

L'Hylien attendit la réponse, mais il ne se rendit compte que bien trop tard que le commerçant comptait l'évaluer davantage selon la volonté du client que les qualités du bien. Avec un sourire plus large et plus veule que jamais, l'homme lâcha finalement :

"Pour toi, étranger, seulement deux cents Rubis !
-Hein ?... Non mais ça va pas ? J'ai pas tout ça sur moi !... Et pour un truc aussi minuscule, en prime !
-Et encore, deux cents Rubis avec les cinquante pour cent !... Si tu te décides pas très vite on va passer à cinq cents...
-Oh, minute ! Cinquante pour cent de deux cents, ça fait pas cinq cents.
-Ah mais oui, tu as raison, où avais-je la tête... Je voulais dire six cents, évidemment...
-Mais !..."

Link abandonna en voyant le regard fourbe du marchand. Il allait faire grimper les prix à chaque mot. Vaincu, il partit de l'échoppe sans un mot de plus, tandis que le vendeur lui lançait :

"Et n'oublie pas, demain il vaudra six cent cinquante Rubis !"

De retour à l'air libre, le garçon inspira plusieurs grandes bouffées d'air afin de lutter contre son envie de fracasser le premier pot venu. Malgré tout, incapable de se calmer, il se rendit d'un pas ferme vers le vaste champ d'herbes folles qui s'offrait à lui. Il sortit son épée et trancha la végétation pendant plusieurs minutes, laissant parler sa rage, jusqu'à ce que tout soit parfaitement rasé et que sa colère soit apaisée. Exténué, il s'allongea un instant et reprit lentement son souffle avant de ranger son épée dans son fourreau. Au total, il avait dû ramasser seize Rubis. Autant dire une misère. En fait, il ne savait même pas pourquoi il avait tellement envie de récupérer cet objet bleu. Il ne l'avait jamais vu et rien ne lui disait qu'il lui serait utile. C'était juste une intuition. Pratiquement une conviction. L'Hylien se redressa et déambula à nouveau vers la place, jusqu'à ce que son instinct lui dicte qu'il y avait quelqu'un derrière lui. Et sans être menaçante, ce n'était pas une présence humaine.

Le garçon glissa légèrement le pied et se retourna en un éclair tout en ressortant sa lame. Thanatos se tenait devant lui, aussi froid et insaisissable que d'ordinaire. Comme toujours, Link ne se sentait pas assez rassuré en sa présence pour se départir de sa méfiance, ni pour rengainer. Au terme d'un duel de regard, l'homme en noir entama la discussion :

"Tu l'as vu, n'est-ce pas ?
-Vu quoi ?
-Ne fais pas le malin... Je parle de cette petite relique bleue...
-Tu ne t'étonneras pas si je te réponds...

Il enchaîna d'un ton plus sec en hochant la tête pour appuyer son propos :

"Et alors ?"

Thanatos ne réagit pas à cette provocation. Impassible, il poursuivit comme si les mots de l'Hylien glissaient sur lui :

"Link... Je crois que tu ne comprends pas très bien la situation...
-C'est toi que je ne comprends pas !... Le reste est parfaitement clair.
-Je n'en suis pas sûr. La preuve... Tu ne te rends même pas compte d'où tu te trouves réellement.
-Je me trouve à Cocolint parce que je l'ai demandé. Ça te va comme réponse ?
-Pas du tout."

Il ajouta en se rapprochant d'un pas, ce qui mit Link sur la défensive :

"Tu te trouves entre la vie et la mort, et ton âme est en train de peser ce qu'elle souhaite avant de suivre le chemin qui lui sera imposé.
-Rien à faire, question charabia, tu te poses là, quand même !"

L'étrange bretteur resta immobile deux secondes, puis croisa les bras et reprit :

"Je ne suis pas venu pour ce genre de débats stériles."

Avec une souplesse et une rapidité remarquable, il glissa pratiquement sur son interlocuteur, passa contre sa garde et le percuta au plexus du plat de la main. Le coup n'était pas très puissant, et pourtant Link crut qu'il allait traverser la statue du Coq Volant avec toute la distance que cela supposait. Néanmoins, à peine avait-il été touché qu'il sombra dans une toute autre réalité. Submergé, pratiquement noyé dans des ténèbres aussi profondes que glaciales, il se sentit sombrer sur des centaines de mètres, tout en tentant de s'agripper à quelque chose, n'importe quoi, mais ses mains ne brassèrent que du vide. Du vide, il n'y avait que ça, il était même impossible de respirer. C'était différent des gaz toxiques ou irrespirables, qui gonflaient malgré tout les poumons. Ici, le garçon avait beau prendre de grands appels d'airs, sa poitrine restait plate et immobile. L'expérience était si terrifiante qu'il aurait préféré mourir sur-le-champ, mais elle ne dura qu'une dizaine de secondes. Le monde revint à lui alors qu'il s'écrasait sur un sol bien ferme et dur sur les fesses, tandis qu'un air chaud et vivifiant emplissait toute sa cage thoracique alors qu'il poussait des bruits proches d'un vagissement. Sa vue était trouble et il était passé si vite d'un froid glacial à une douce chaleur que son nez se mit à couler. Une fois qu'il fut remis de ses émotions, le garçon se releva et regarda autour de lui.

Il ne lui fallut pas longtemps pour reconnaître l'endroit où il se trouvait. Le Plateau Tartare, juste à la sortie des marais, devant la côte qui menait jadis à l'Œuf Sacré. Machinalement, Link regarda à sa droite. Pas de petit panneau. Puis il leva les yeux. La côte était toujours aussi raide, mais elle semblait mener au sommet de la montagne. Pas plus de coquille à pois roses qu'avant. Cela dit, les choses étaient claires. Si Thanatos l'avait envoyé jusqu'ici, ce ne pouvait être que pour une seule raison. L'aventurier commença à gravir le chemin étroit et difficilement praticable, s'aidant pratiquement de ses mains quand la pente devenait trop raide. Il marcha longtemps, longtemps, sans réfléchir, regardant à peine où il allait, si distrait qu'il faillit se jeter dans un immense ravin qui se trouvait à la fin du parcours.

Dès qu'il vit le gouffre, Link stoppa net sa progression, presque en tombant à la renverse. Il reprit péniblement son équilibre et contempla le fossé. Il devait faire dix mètres de long pour vingt mètres de large, il était si vaste que le soleil ne touchait pas le fond et les parois qui le longeaient s'annonçaient bien trop raides et lisses pour pouvoir le contourner d'une manière ou d'une autre. L'Hylien contempla cette cavité jusqu'à ce qu'un bruit de vent lui fasse lever la tête. De l'autre côté, Thanatos le toisait avec ses yeux chargés d'ironie autant que de tristesse.

"Tu vois, à présent ?
-Je vois un trou. Ma question n'a pas changé. Et alors ?
-Ce trou, Link, c'est le gouffre béant de ton âme. Coupée, hésitante entre l'onirique où tu te trouves..."

Il se retourna, désigna du menton le sommet de la montagne, toujours indistinct, et acheva sa phrase :

"… Et le réel d'où tu viens."

Malgré la distance qui les séparait, sa voix était aussi claire et intelligible que s'il se trouvait juste en face de l'Hylien. Il attendit un peu, puis voyant que son vis-à-vis ne prenait pas la parole, reprit :

"Prenons les choses une à une. Tu as été envoyé ici après avoir été pris dans un éboulement. Correct ?
-Euh... Oui, correct. Mais comment...
-Et généralement, un éboulement, on peut en mourir. Correct ?
-Généralement, je suppose... Enfin, comment sais-tu que j'ai été pris dans un éboulement ?
-Parce que je le sais, c'est tout.
-Tu ne peux pas être plus explicite ?
-Non. Je n'ai pas plus d'arguments à te fournir. A toi de voir si tu me crois ou non.
-Pour l'instant, je pencherais volontiers pour la seconde !...
-Nous arguerons sur ce point... Quand le moment sera venu."

Il avait levé la main pour prononcer ces mots, comme pour signifier qu'il n'était pas nécessaire d'insister.

"J'ai une dernière chose à voir avec toi... Pour l'instant..."

Si vous avez toujours la lanterne
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Dans la Gueule du Loup...
« Réponse #26 le: samedi 22 janvier 2011, 12:39:35 »
Tu commences à relier les événements entre eux, c'est encore mieux ! On ressent bien l'aspect complétement décalé de L'sA ( Appuie sur Alt f4 pour une vie sociale  8-)).
Bref, la suite, et vite !
" No... don't pity me. I'm not worth it... Or maybe... you think you can save me. Will you love me...? Take care of me...? Heal all my pain...? ...That's what I thought. "



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Dans la Gueule du Loup...
« Réponse #27 le: lundi 31 janvier 2011, 00:08:54 »
Bon, voilà la fin du chapitre 4 de Fenrir, histoire que ce soit bouclé. Pour la peine, il est à nouveau un peu long, je reconnais.

Le prochain chapitre de la Frontière est pratiquement fini, je n'ai plus que mon deuxième choix à écrire. Il sera posté ce soir, ou en fin de semaine, ça dépend.

Chapitre 4-4

A quelques minutes du couvre-feu, le quartier de Mjöllnir était pratiquement désert, et le peu de gens qui y traînaient encore étaient surtout les moins honnêtes, les plus crapuleuses. Dans le lot, deux hommes attendaient dans une arrière-cour verrouillée. Ils avaient la clé, ou du moins son double, forgée à partir d'une empreinte de savon. Pas tranquilles, ils regardaient en permanence autour d'eux, et gardaient à portée de main de grosses barres de fer. L'un des deux tournait en rond, l'autre était assis sur une caisse en bois. Le moindre miaulement de chat errant ou grincement de porte mal fermée les faisaient sursauter. Malgré le froid de la nuit qui commençait à s'installer, ils suaient à grosses gouttes. La hantise d'être repéré par un soldat en patrouille n'était pas seule responsable de leur fébrilité...
A un moment, ils entendirent un bruit, comme un tas de tissu qui tomberait d'une fenêtre. Ils n'avaient pas besoin de se retourner pour savoir que c'était lui. Pourtant, ils lui firent face, et lui se tint dans l'ombre. Une voix grave, imposante, leur parvint à travers la pesanteur du crépuscule :
"C'est moi..."
Ni l'un ni l'autre ne prononça le moindre mot. Ils étaient bien trop terrorisés. Ils savaient parfaitement à qui ils avaient affaire.
"C'est fait. Vous avez le pognon ?"
Les deux comparses échangèrent un regard, puis celui qui se tenait debout posa son arme, le plus doucement possible pour ne pas la faire tinter, sortit de la poche intérieure de sa veste un gros porte-monnaie, manifestement plein à craquer, et le jeta vers la silhouette. Il atterrit à ses pieds, juste assez prêt pour qu'il puisse le ramasser. Mais en se baissant, il aurait exposé son visage au soleil couchant. Du pied, il ramena l'objet dans l'ombre, et ensuite, il plia les genoux et se saisit du paiement. Il compta rapidement le contenu, puis conclut avec une voix moqueuse :
"Tout y est..."
Les hommes hochèrent légèrement la tête pour appuyer cette dernière phrase. L'inconnu resta dans l'ombre, et dit, d'une voix chargée de menace :
"Personne ne m'a vu, hein ?...
-Sûr. Personne."
L'homme assis avait prononcé ces mots comme si cela lui avait coûté tout le courage qu'il avait. La silhouette répondit sur le même ton acide :
"Et bien sûr, je vous ai jamais vu.
-Parfaitement.
-Très bien..."
Il recula davantage dans l'obscurité. Les deux hommes n'essayèrent même pas de le suivre. Au contraire, ils se relevèrent et se dirigèrent vers la sortie. Ils ne semblaient pas tranquilles à l'idée de tourner le dos à leur interlocuteur et franchirent les quelques mètres aussi vite que possible, sans courir. Ils ouvrirent le cadenas qui fermait les grilles, sortirent, remirent le mécanisme, et se séparèrent. L'autre se débrouillerait bien pour sortir, tout comme il était entré.
L'homme qui avait gardé le porte-monnaie resta un moment à marcher tranquillement, puis il se mit à courir. Plus vite il serait loin du Serpent, mieux il se porterait. L'affaire était close, il était temps d'oublier tout ce foutoir. Il ne s'était rien passé. Il fallait se le répéter. Il ne s'était rien passé du tout. Oui, il s'était cotisé avec son collègue pour financer un assassinat... Mais ce vieux salaud le méritait ! Tous ces détournements pour s'en mettre plein les fouilles... Toutes ces années à se faire presser le citron pour presque rien ! Non, il n'y avait pas de raison que ce soit toujours les mêmes qui s'en sortent à bon compte ! Ce n'était qu'un juste retour des choses ! Ce n'était pas un assassinat, c'était un châtiment mérité. Le patron avait souhaité son sort. S'il ne voulait pas mourir, il n'avait qu'à cesser de traiter ses employés comme des chiens. Il n'avait qu'à prendre la menace du Serpent au sérieux. Pensait-il vraiment qu'en gardant ses relations de Draupnir dans l'ignorance, il rendrait ses manigances invisibles aux hommes de Fafnir qu'il flouait quotidiennement ? Sa suffisance avait provoqué sa mort. Non, il n'avait tué personne, il n'avait fait tuer personne. C'était un suicide. Voilà tout. Le patron à la moustache avait souhaité son sort. Il avait poussé trop loin sa chance. Et s'il ne s'était pas décidé, un autre l'aurait fait. Ça ne pouvait pas continuer éternellement. Non, pas de raison de faire un cas de conscience ! Ce n'était pas un meurtre. Il avait juste fait éliminer un nuisible. Une œuvre de salubrité publique. Un bienfait. Il pourrait très bien dormir avec ça. Enfin, il en était sûr. Ou presque. En fait, plus il y pensait, moins il en était convaincu...
Non, c'était un événement trop grave pour être oublié aussi facilement. Il lui fallait une autre dépense d'adrénaline pour passer le cap. Une visite au bordel... Non, plus les moyens, toutes ses économies y étaient passées. Pareil pour la cuite. Une bonne bagarre de rue... Pour se faire remarquer par les patrouilles et risquer que les enquêteurs fassent le lien. Merveilleuse idée. Une dispute avec sa femme ? Il n'avait pas de femme. Décidément, plus le choix, ce qui était fait était fait ; il fallait vivre et dormir avec. Les regrets s'effaceraient avec le temps, sans doute. En tout cas, pas question d'en parler à qui que ce soit. Cela relèverait également du suicide. Il allait vivre avec le pénible souvenir d'avoir causé la mort d'un homme.
Reprenant le chemin de son logis, l'homme ne put s'empêcher de trembler pendant de longues minutes. Une fois chez lui, il rassembla tout ce qu'il possédait comme alcool et but le tout en un temps record. Il finit assez ivre pour s'écrouler sur son lit et ronfler sans ruminer. La gueule de bois du lendemain lui rappellerait peut-être son geste et ses soucis, mais la douleur lui ferait penser à autre chose.
Même en faisant appel à un tiers, il avait voulu prendre une vie, il avait senti l'envie de tuer, il avait fait taire sa morale. Il était devenu aussi tueur que le tueur.

*

La nuit était presque tombée quand le lieutenant de Fenrir regagna sa place préférée, assis sur son perron, les coudes sur les genoux et des idées noires plein la tête. Toutefois, même s'il ne le savait pas encore, il allait passer une soirée bien différente des précédentes.
Il n'avait pas encore réussi à atteindre sa transe maussade qu'une paire de jeunes filles l'approchèrent. Sans réfléchir, il leva la tête et les regarda sans aménité. Leurs robes rouges et noires, leur peau hâlée et leurs cheveux noirs noués en arrière avaient un cachet particulièrement exotique. Le jeune homme ne baissa pas les yeux, et les demoiselles lui adressèrent un sourire chaud. La plus âgée des deux filles prit la parole, avec un accent gorgé de soleil :
"On ne dérange pas ?"
Il pesa sa réponse, comme s'il hésitait à les froisser.
"Non...
-Bien... Excuse-nous, mais tu es là depuis des jours et des jours, et tu n'as encore parlé à personne... On se pose des questions, dans le coin.
-J'ai envie d'être seul...
-Oui, ça, on le voit. Mais tu sais, tu devrais te lâcher un peu, aller vers les gens...
-Pas mon truc.
-On le voit aussi !... Tu as quelque chose de prévu, ce soir ?
-Broyer du noir, je suppose ?
-Raté ! Tu as de prévu que tu vas venir avec nous, on fait une petite fête et tu es invité !
-C'est gentil, mais...
-Non, non, on ne veut pas savoir, tu viens avec nous !"
Sans lui laisser le temps de répondre, les deux filles le saisirent chacune par un bras, le soulevèrent et commencèrent à le traîner. Le lieutenant se dégagea et prit une pose défensive, mais pas hostile.
"On se calme ! Et on m'explique mieux que ça. Quelle fête, en l'honneur de quoi ?"
La cadette semblait terrorisée, mais l'aînée dit, d'une voix toujours aussi chaleureuse :
"En l'honneur de la vie, du plaisir de chanter et de danser, et de partager un repas fait de tout et de rien ! C'est dans nos coutumes. On vient du Cocito."
Au vu des flammes dans les yeux de l'officier, il n'était pas plus intéressé par la fête que par les origines de ses demanderesses. On lisait sa réponse dans son attitude mieux que dans ses mots. Se raclant la gorge, la jeune fille reprit son discours :
"Écoute... On te force à rien...
-Ben voyons... Vous avez pas du tout essayé de m'embarquer de force ?
-On voulait que tu viennes à cette fête, qu'on apprenne à te connaître, que tu te détendes, et même que tu t'amuses un peu. Ma famille t'invite. Si tu ne viens pas, tu vas la vexer.
-J'en ai...
-Tu n'es pas obligé de rester ! Si ça ne te plaît pas, tu pourras repartir quand tu veux... Mais s'il te plaît, viens au moins voir ce que c'est, et présente-toi à mon père.
-Ou sinon quoi ?...
-Sinon rien. C'est une bête question de politesse."
Ce dernier mot fit fléchir le jeune homme, qui reprit une posture plus ouverte. Son regard devint moins acide, ses lèvres se détendirent. Devant ce brusque changement, la cadette esquissa un sourire, dénué de toute ironie ou moquerie. Finalement, le lieutenant croisa les bras, haussa les épaules et acquiesça.
"Très bien... Je viens.
-Parfait ! Tu nous suis ou on te guide ?"
Le jeune homme garda le silence, laissant le choix aux demoiselles. Celles-ci échangèrent un regard complice, éclatèrent de rire et commencèrent à marcher. Elles prirent plusieurs rues et allées, allant toujours plus vers le cœur de Fenrir, suivies de près par leur invité. Au fur et à mesure de leur trajet, la nuit tombait de plus en plus et les étoiles commençaient à briller dans le ciel obscur. Des odeurs de mangeaille coulaient des fenêtres ouvertes, les chiens hurlaient et beaucoup de mères s'égosillaient pour rappeler leurs enfants au logis. Le trio marcha assez longtemps, jusqu'à atteindre une place, plus grande que celle où le lieutenant végétait, aménagée à la bonne franquette. Plusieurs tables étaient dressées avec les moyens du bord, chacun ayant amené ses propres couverts. Certaines n'avaient pas de nappes, d'autres étaient terriblement bancales, et une ou deux, avec un pied cassé, étaient calées par des objets hauts et lourds comme des caisses ou des briques empilées. Les tables étaient disposées en cercle, autour d'un grand feu de bois, qui devait consommer tout ce qui traînait comme déchets à Mjöllnir ou Fenrir, chaises brisées ou conteneurs usagés. La flambée était assez impressionnante et éclairait suffisamment l'endroit pour distinguer les gens, et le crépitement ne gênait pas les conversations. Devant ce spectacle, l'invité se permit un sifflement admiratif. Tout autour de lui, des gens d'apparence rustres, vêtus de chemises blanches et de pantalons de diverses teintes, discutaient de tout et de rien. La scène dégageait déjà une impression de franche bonne humeur alors que rien n'avait commencé.
Le lieutenant n'avait pas fait un pas vers les convives que déjà, un homme bien bâti avec une impressionnante moustache se ruait sur lui en poussant forces exclamations. Pris de court, l'officier n'eut pas le temps de se dérober. L'homme le prit par les épaules, le détailla de la tête aux pieds et lui dit, toujours aussi joyeux :
"Alors, c'est toi le petit nouveau ? Tu t'es décidé à venir ? C'est bien ! Tu me fais plaisir, tu sais...
-Monsieur, je...
-Ah non, ça va pas le faire. Y a pas de Monsieur, ici ! … D'ailleurs, on va régler ça de suite. C'est quoi, ton nom ?
-... Vous allez pas le croire, mais j'ai pas de nom...
-Non, en effet, je vais pas le croire !... Allez, un p'tit surnom, sinon ça va me prendre la tête.
-Mais je...
-Si tu veux me parler, faut qu't'aies un nom ou un surnom, gamin ! Tu choisis ou je choisis ?
-Bon, je choisis... Je choisis le..."
Il allait se prononcer mais se rattrapa d'extrême justesse.
"J'allais dire une connerie ! Ça compte pas.
-Si, ça compte ! Puisque tu veux pas choisir...
-Attendez !
-Voilà, maintenant tu t'appelles gamin !
-Mais..."
Il allait protester, mais il y renonça en baissant la tête.
"Bon, j'aurais pu toucher pire... Et vous ?
-Dante ! Et ces deux charmantes donzelles sont mes filles, elles s'appellent Gualdrada et Francesca."
Le lieutenant salua d'un hochement de têtes les jeunes filles. Autour de lui, les convives s'attablaient, et certains commençaient à jouer d'un instrument de musique. L'orchestre était assez varié, de la flûte au luth en passant par des percussions ou du violon. Certains de ces objets étaient grossièrement bricolées, d'autres semblaient assez anciennes. Les musiciens se connaissaient bien et jouaient tous ensemble un morceau enjoué. Beaucoup se mirent à taper dans leurs mains pour battre le rythme, et plusieurs femmes et enfants se mirent à danser. L'ambiance devenait de plus en plus festive et même le taciturne officier était gagné par un mélange d'apaisement et d'excitation qui ne lui était pas coutumier depuis son arrivée à Fenrir. Un buffet froid était servi sur les tables, qui n'attendait que les gourmands, pourtant tout le monde se retenait. Il fallait faire durer toute la nuit. Les plats étaient surtout constitués de viande froide, de légumes en salade, de charcuterie et de purées diverses. Peu enclin à laisser son invité de dernière minute s'extasier sur la nourriture, Dante reprit son armada de questions :
"Alors, gamin, je t'ai demandé de venir, pour que tu me parles un peu de toi. Tu viens d'où ? Et pourquoi tu portes ces fringues ?
-J'ai démissionné de Siegfried il y a vingt jours... La vie que j'avais ne me plaisait plus. Je me suis dit que je m'en sortirais mieux à Fenrir, où on ne vous pose pas de questions.
-Et tu trouves rien de mieux pour t'intégrer que de ronger ton frein comme un clochard ? Avec ces trucs sur le dos, par-dessus le marché !
-Je ne savais pas par où commencer !... Et je l'aime bien, cette tenue.
-Faut commencer par aller vers les gens, tiens !... Tu sais, moi, j'ai quitté le Cocito y a quatre ans avec ma femme et mes filles sous le bras, dans une roulotte branlante. J'suis arrivé à Midgar, j'ai pas mis dix jours à être connu de tous mes voisins !... Et crois-moi, c'était pas gagné ! Y a rien qu'un gars de Midgar tienne pas plus en horreur qu'un gars du Cocito.
-Oui, je connais cette histoire... Le Cocito nous aurait volé des informations... Mais c'est du passé, tout ça !
-Oh non, c'est pas du passé ! Les gens de ce trou sont tous des tarés... A croire que votre ville, c'est l'univers, mais vous oubliez qu'il y a un monde mille fois plus grand hors des remparts.
-Vous avez sans doute raison, mais... Ce n'est pas notre faute.
-Merde, gamin, tu commences à me chauffer les oreilles ! T'es tout plat... Vide !
-Je sais... Je ne mange pas beaucoup.
-Mais non, débile ! T'es tout plat, tu te laisses aller, t'as pas de tripes... C'est le dernier qui cause qui a raison... T'attends vraiment que les gens viennent te voir, ou alors tu crois que tu peux vivre seul comme un ermite ?
-Plutôt la deuxième.
-Quelle connerie ! On peut pas vivre seul sans devenir complètement zinzin ! Faut partager les joies et les emmerdes. Une vie, c'est trop lourd pour juste deux épaules.
-C'est pas ce qu'on m'a appris...
-Ben on t'a mal appris, voilà ce que j'en dis. Mais bon, je vais pas te faire la morale toute la nuit..."
Il se tourna vers les musiciens et cria en tapant des mains :
"Oh, les musiqueux ! Jouez-moi quelque chose de plus dansant ! Et que ça saute !"
Le groupe cessa de jouer son morceau, prit un temps pour se concerter. Une femme prit des castagnettes, un luthiste changea son instrument pour une guitare, et ils commencèrent un air très vivant, très entraînant. A peine les premières mesures furent-elle jouées que le lieutenant se mit à hocher la tête et à battre du pied. Voyant cet intérêt soudain, Francesca, la plus âgée des deux filles de Dante, le prit par la main et l'entraîna vers le centre de la fête. Une fois les jeunes gens éloignés, Dante se mit à pouffer et un autre homme, plus maigre, au visage glabre, s'approcha de lui et lui souffla, dans la langue du Cocito :
"Alors, Dante, tu ne veux pas voir ta fille célibataire ?
-Fiche-moi la paix, Virgilio. Ma fille est grande.
-Tu ne devrais pas frayer avec ce gosse. Il ne t'attirera que des ennuis.
-Je fais ce que je veux ! Et il a rien de méchant !
-Oui, tu fais ce que tu veux, c'est bien ton problème. Tu devrais davantage écouter les autres, surtout quand ils savent mieux que toi. Ce type n'est pas...
-Ne commence pas à me briser les couilles ! On est là pour se marrer, pas pour se foutre sur la gueule.
-On n'est pas là non plus pour se mettre réciproquement dans la panade...
-Ne me parle plus !... Et puis va t'amuser ailleurs. Tu m'entends ? Je te chasse ! Tu ne resteras pas à cette fête.
-Tu as déjà trop bu, Dante... Tu débloques et tu te vexes pour un rien.
-Je me vexe quand un petit con vient me faire ses remarques de merde sans même me dire bonsoir. Allez, fous le camp !"
Virgilio était parti pour rétorquer, mais le regard de Dante l'en dissuada. Il haussa les épaules et s'éloigna en sifflant de dépit. Une fois loin de la fête, il se mit à rager pour lui-même :
"Ce grand niais, patriarche de la communauté... Une honte ! Ah oui, pour faire la fête, il est fort, mais on se fait bouffer le nez tous les jours par les gangs... Une honte ! Si j'étais le chef, ça ne se passerait pas comme ça."
Il erra dans les venelles et continua son monologue un long moment. Pendant ce temps, les festivités battaient leur plein, les hommes riaient de bon cœur, les femmes dansaient avec talent, plusieurs groupes discutaient de choses banales, d'autres se faisaient face dans divers tours de forces ; partout le rire le disputait à l'exercice, nulle part les soucis et la routine n'était tolérés. Autour d'une bouteille de vin rouge, le lieutenant, assis sur un banc, écoutait un ouvrier, accompagné de Francesca, de trois enfants et d'une femme enceinte.
"Donc, la machine ne tournait plus, on était bien emmerdés. Alors le chef arrive, et il fait son gros fier, à me dire "Mais laisse-moi faire ! Dans une heure, elle tourne comme une horloge, fais-moi confiance !". Bon, je retourne à mon taf... Trois heures plus tard, je revois le chef, rouge comme une pivoine, les pognes labourées, qui me lance avec un air mauvais "Je sais c'qu'il faut ! Donne-moi de la paille !". Je le regarde bizarrement..."
Il suspendit sa phrase, pour laisser à chacun le temps d'imaginer la chute. L'officier se hasarda :
"De la paille ?... Pour quoi faire ?
-Justement, c'est ce que je lui demande... Tu sais ce qu'il me répond ?"
Le jeune homme secoua la tête, imité par Francesca. L'ouvrier termina, avec tout le côté autoritaire de son personnage  :
"Ouais, je vais y foutre le feu !"
Tout le monde se mit à rire aux éclats. La jeune fille faillit s'en étouffer, et l'un des enfants tapa du plat de la main sur la table. De son côté, l'officier déchu riait à gorge déployée, mais cela sombrait un peu dans la surenchère. Quand tous furent assez calmés, ce dernier enchaîna :
"Ça me rappelle, un jour où je bossais aux cuisines à Zig-Zig..."
Le nom du quartier militaire, même familier, refroidit un peu les gens, mais il poursuivit :
"On devait fariner je ne sais plus quoi, une pâte à pain ou quelque chose du genre. On s'en foutait plein les mains, bien sûr, et le geste le plus normal, c'est de s'essuyer sur les fesses. Avec les uniformes gris, ça se voyait, je vous raconte pas !..."
Un regard circulaire pour voir si tout le monde suivait, puis il reprit :
"Pile à ce moment, une veste vient voir si on bosse bien. Il s'arrête derrière moi, et il me lance "Oh, t'as de la farine plein le pantalon !". Moi, je me retourne à moitié, je baisse les yeux, puis je le regarde bien en face et je lui lance..."
Il ouvrit grand les yeux dans une expression de surprise indignée, et finit avec une voix efféminée :
"Mais vous matez mon cul, chef ?"
Les rires reprirent, aussi chaleureux et spontanés que les précédents. Francesca manqua de tomber de sa chaise, mais l'officier la rattrapa par le bras et la remit en équilibre. A cet instant, Dante s'approcha du groupe. Il était complètement ivre, titubait et parlait étrangement.
"Alors, les jeunes... On s'amuse, hein, avec pépé Dante ?
-Oui, beaucoup, papa !
-Non, c'est... C'est pépé !
-Mais non, papa. Allez, file, y a encore du pinard qui t'attend !
-Hein ?... Où ça ?
-Cherche !"
L'homme se mit à renifler en caricature de chien, ce qui fit à nouveau s'esclaffer les spectateurs, et il repartit de son pas mal assuré vers une autre table. Francesca soupira :
"Mon père est un bon vivant, on ne s'ennuie jamais avec lui, mais j'aimerais qu'il boive moins et qu'il bosse plus..."
Personne ne répondit. Les sujets qui fâchent étaient proscrits en cette soirée. Seuls étaient admis les calembours, les anecdotes marrantes, les passions et les espoirs.
Plusieurs heures plus tard, les danses et les chants avaient cessé, pas mal de monde était rentré, et il ne restait que les plus acharnés, ou ceux qui n'avaient rien à faire dans la journée. Le quartier de Fenrir ne connaissait pas de couvre-feu, et vivait au rythme qu'il plaisait à ses habitants d'adopter.
Le dernier groupe de fêtards était sur le point de rentrer. Parmi eux, le lieutenant était un peu grisé par le vin qu'il avait bu, mais il était resté raisonnable. Pour clore leur soirée, il se servit un ultime verre de vin, le leva haut et cria pour rompre le silence :
"À la joie de vivre !"
« Modifié: vendredi 09 septembre 2011, 15:00:29 par un modérateur »

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Dans la Gueule du Loup...
« Réponse #28 le: lundi 31 janvier 2011, 00:58:49 »
J'ai lu les quatre premiers chapitres de La Frontière, et j'adore!  :<3:  J'ai toujours adoré les "livres dont vous êtes le Héros" et de voir que tu as repris ce concept, je trouve ça génial! En plus de ça, j'aime ton style d'écriture, et ton scénario est vraiment très intéressant.
Tu viens de te faire une nouvelle fan! :niais:
Il est tard, donc j'arrête pour aujourd'hui, mais je reprendrai ma lecture demain :3 Bonne nuit les petits...  :baille:

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Dans la Gueule du Loup...
« Réponse #29 le: lundi 31 janvier 2011, 01:25:39 »
Merci, sakuranbo ! Ca me fait plaisir de te compter parmi mes lecteurs/lectrices ! :D

Bien, je me suis suffisamment motivé pour boucler un nouveau chapitre !... Là, on peut le dire, c'est plus que des risques que je prends... J'espère que ça vous plaira ! :$

Chapitre 7
Tu es l'ennemi !

Au pied du Mont Tamaranch, le Héros d'Hyrule s'était accroupi le temps de faire le point sur tout ce qu'il venait d'apprendre. Ainsi, il était reparti pour une quête d'objets légendaires, qui conditionnait son retour en Hyrule. Jusque-là, rien que de très banal. Mais les mots de son étrange guide résonnaient dans sa tête, obstinés, déformés.

"Ton âme sera pesée... Lorsque toutes les Preuves seront réunies... Le chemin s'ouvrira."

"Ton prochain Défi se trouve ici, sur le Plateau Tartare."

Sur le plateau Tartare... Oui, mais où ? Il était si vaste et si petit à la fois !... Assez vaste pour que ce soit pénible de chercher et trop petit pour considérer la tâche comme impossible. Et les endroits à visiter ne manquaient pas. Mais par où commencer les recherches ?... La cachette des Moblins, peut-être ?... Ou le Photographe... Le cimetière, trop loin, il est hors du plateau. A force de se creuser la tête, Link en venait à se demander s'il avait vraiment envie de trouver ce fameux défi. Cela revenait à entrer dans le jeu de cet individu, et cette seule idée avait quelque chose de révoltant.

L'Hylien commença à errer à travers le Plateau, étrangement désert, tout en cogitant. Dans le fond, pourquoi détestait-il à ce point l'homme en noir ?... Il lui avait sauvé la vie plusieurs fois, et il valait mieux le compter en allié qu'en ennemi. Et malgré tout, il ne lui inspirait qu'une profonde méfiance, voire de l'antipathie. C'était un phénomène au-delà de toute logique, qui relevait de l'intuition. Peut-être était-ce une sorte de mauvais pressentiment ?... Et par contraste, plus il rejetait Thanatos, plus il brûlait d'envie de rester auprès de Marine. Un jeu de répulsion et d'attraction. Ce qu'il éprouvait pour l'un, il compensait avec l'autre. Encore un détail sur lequel il ferait bon réfléchir, plus tard, quand l'occasion se présentera.

Au cours de ses déambulations, Link passa sans y faire attention près du petit point d'eau qui surplombait l'entrée de la caverne des Moblins. Cette vue lui fit réaliser à quel point il avait soif. Le trajet à travers les ténèbres l'avait complètement déshydraté. Pourtant, il n'était pas encore assez assoiffé pour boire l'eau d'une mare croupie. Alors qu'il délaissait l'endroit pour poursuivre sa marche, il entendit un bruit léger, comme un clapotis. Surpris, et légèrement inquiet, il se retourna. Le même bruit s'éleva à nouveau. Il venait manifestement de l'étang. Link se mit à réfléchir. Valait-il mieux s'approcher pour voir ce qui pouvait provoquer ce son dans une eau stagnante, ou s'éloigner en prévision de ce qui pourrait surgir ?... Au bout du compte, le garçon s'accrocha à l'idée qu'un si petit point d'eau ne pouvait pas abriter une trop grosse bête, et se rapprocha prudemment. Une fois au bord de la mare, il jeta un oeil, aussi penché que possible. Rien de suspect, il ne voyait pas vraiment à travers l'eau verdâtre, mais elle était juste assez claire pour distinguer une ombre, s'il y avait eu quelque chose. Le bruit lui-même s'était tu depuis que l'aventurier était revenu à la lisière de l'étang... Comme si ce qui l'avait provoqué l'avait vu venir... De plus en plus intrigué, l'Hylien posa un pied dans l'eau pour regarder de plus près. Décidément, il n'y avait rien... Convaincu qu'il perdait son temps, il voulut repartir et prit appui sur son pied au sec pour extirper sa botte de la boue. Mais sa jambe resta fermement ancrée dans le sol mou. A cet instant, l'Hylien sentit qu'il avait commis une erreur.

Alors qu'il n'exerçait aucune pression, son pied s'enfonça de plus en plus dans ce qui semblait être une vase particulièrement dense. Paniqué, l'aventurier redoubla d'efforts, s'aida de ses bras, mais il était toujours happé. Son pied rentra tout entier, suivi par sa cheville, et quand il fut englouti à mi-mollet, il n'eut d'autre choix que de glisser au sol sous peine de voir son autre jambe se briser. Une fois étalé, son cauchemar n'en fut que plus rapide, et il fut vite avalé jusqu'au genou tandis que son pied libre touchait à son tour le bourbier maudit et se faisait absorber à son tour. Son honneur n'y tenant plus, Link se mit à hurler au secours et se retourna pour planter ses ongles dans la terre ferme, espérant ralentir son trépas. Mais cela ne freina pas son calvaire et ne servit qu'à lui faire mal aux mains, le sol était trop sec et dur pour offrir une prise correcte. Comme si elle gagnait en puissance à chaque centimètre carré de chair, la vase l'attirait plus vite à chaque seconde, il était déjà enfoncé jusqu'au bassin, et l'instant d'après, la moitié de son corps se débattait toujours à l'air libre. Finalement, alors que ses côtes commençaient à disparaître, Link décida de changer de tactique. Puisqu'il ne pouvait pas s'extraire de ce piège, autant s'y précipiter et affronter ce qui l'attendait à l'intérieur. Il se remit sur le dos et cessa de se débattre. Aussitôt, comme si elle captait son abandon, la vase renforça son emprise et l'engloutit totalement en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire.

L'Hylien se retrouva enfermé dans une gangue de vase molle, lourde et étrangement chaude. Il ne voyait rien, il était même incapable d'ouvrir les yeux, et une fois de plus, il ne pouvait absolument pas respirer. Confiant malgré tout, le garçon ne pouvait s'empêcher de croire que tout ceci avait un sens. Il ne pouvait plus qu'espérer qu'il ne se trompait pas et qu'il ne venait pas de se jeter dans un piège grossier. Après trois ou quatre secondes d'attente, la boue sembla s'alléger, de sorte que le prisonnier puisse remuer les bras, et encore davantage, jusqu'à devenir aussi légère que de l'eau. Gagné par le réflexe de tous les noyés, Link se mit à nager frénétiquement, les yeux fermés, vers le haut, vers ce qui lui semblait être le haut. Il finit par traverser une surface et sortit la tête, inspirant au même moment une grande bouffée d'air marin.

Une fois assuré d'être en vie et hors de danger, l'Hylien ouvrit les yeux et regarda autour de lui. Il faillit s'évanouir de stupeur. Il se trouvait bel et bien en haute mer, mais c'était bien la mer la plus improbable qu'il avait jamais vue. Opaque, d'un bleu uniforme, trop vif pour être réel, il ne distinguait pas le bas de son corps sous l'eau, et de petites lignes cunéiformes apparaissaient ça et là pour former des vaguelettes. Le ciel, d'un bleu plus clair mais tout aussi vif que celui de la mer, était parsemé de nuages blancs au tracé pas naturel. L'endroit évoquait un dessin d'enfant, absolument pas la réalité, et quand Link regarda à nouveau ses mains, ses propres couleurs, il fut convaincu d'avoir basculé dans un tout autre univers, différent du sien.

Mais même si ce nouveau lieu devait être enfantin, l'aventurier n'en était pas au moins en pleine mer, épuisé d'avoir lutté contre la vase, et il sentait bien qu'il n'allait pas tarder à sombrer définitivement. Il avait du mal à surnager. Le poids de son épée n'arrangeait pas les choses. D'habitude, les Palmes lui donnaient la force nécessaire pour garder la tête hors de l'eau, mais ici, sans aucun objet pour l'aider, ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne se noie... Il ne voyait rien, pas le moindre bout de planche auquel s'accrocher, pas de bateau pour le secourir... Un sommeil trompeur s'empara de lui, et il s'endormit malgré lui.

A peine eut-il sombré dans les limbes qu'il s'efforça de se reprendre, et il s'éveilla au milieu d'une cale de bateau. D'abord surpris, il regarda autour de lui. L'endroit avait ce cachet, cette débauche de couleurs et ces lignes trop droites... Il n'était pas revenu à Cocolint. Il était toujours dans ce monde étrange. Une fois cette information acquise, il s'inquiéta de son sort. Du premier regard, il remarqua que ses pieds étaient liés par une corde étrangement grosse pour ligoter un corps. Il remua les mains. Elles étaient solidement attachées. Par précaution, tout son torse était également enserré dans cette même corde grotesque. Mais comme il ne sentait pas la moindre gêne dans son dos, il conclut qu'on lui avait pris son épée. Et d'après la sensation étrange de ses oreilles, il n'avait sans doute plus son bonnet sur la tête. Les choses s'annonçaient mal. Il avait donc été fait prisonnier, et pour de vrai, cette fois-ci.

Avec tout le calme dont il pouvait disposer dans cette situation, il tenta de faire glisser ses liens, de défaire les noeuds, de passer ses bras sous ses jambes, de se remettre debout, mais il ne parvint qu'à se chauffer douloureusement la peau. Les entraves s'avéraient bien plus tenaces que prévu. Ce monde avait peut-être une apparence enfantine, mais ses périls n'imitaient guère cet aspect. En outre, il ne pouvait pas avoir été attaché aussi solidement par miracle. Il y avait forcément un être, ou plusieurs, qui l'avaient jeté à fond de cale. Ils allaient peut-être revenir. Link commença à avoir vraiment peur. Et ce sentiment se renforça subitement quand il entendit un bruit de pas par-dessus les grincements du bois de la coque. A l'autre bout de la pièce, une myriade de petits êtres se dirigeaient vers lui en sautillant et en poussant de petits cris aigus.

Link les distingua rapidement. De petits diablotins sombres, dont le corps avait une moitié noire, et l'autre moitié rouge, verte ou bleuâtre. Leurs apparence était des plus surréalistes, leurs jambes si courtes qu'elles semblaient incapables de supporter le poids de leur corps, leurs ventres ronds auraient dû les tirer en avant tels des culbutos et leurs bras minces ne présentaient même pas assez de muscles pour tenir leurs armes. Ils étaient une petite dizaine, armés de harpons, arboraient de larges sourires sadiques et encerclaient leur prisonnier, ou, plus précisément, leur proie. Tels des garnements, ils commencèrent à agacer, à piquer ou à érafler le visage de l'Hylien du bout de leurs lances, jouant effrontément avec la nourriture et poussant de petits cris à chaque geste. Leur victime ne souffrait pas réellement de leurs traitements, mais leur insistance et son impuissance le mettaient au supplice. Au bout d'un temps, ils firent perler le sang, et tous s'arrêtèrent, comme surpris par le phénomène. Aucun d'eux ne semblait comprendre ce qu'était le liquide rouge qui suintait du corps de leur nouveau jouet, et après s'être regardé mutuellement, en quête de décision, ils revinrent tous en même temps à leur cible et recommencèrent, encore plus acharnés, à leur détestable torture. Comme gagnés de frénésie, ils ne tentaient plus d'irriter mais bien de blesser le pauvre garçon. Ce dernier, n'y tenant plus, finit par pousser un cri de rage et tenta de toutes ses forces de rompre ses liens. Il n'y serait normalement pas parvenu, mais les petites créatures avaient donné par mégarde tant de coups de piques sur les cordes qu'il réussit à faire craquer les fibres de la corde, et de ce fait, à libérer son torse.

Cet accès de colère effraya les diablotins qui reculèrent de plusieurs mètres, juste le temps pour l'aventurier de passer ses mains sous ses pieds et de chercher le nœud qui lui paralysait les chevilles. A peine l'avait-il trouvé et défait que les créatures repartaient à l'attaque, mais c'était déjà trop tard. A nouveau libre de ses mouvements, Link esquiva chacun des assauts désordonnés aussi aisément qu'il aurait évité un chien se jetant sur lui. Pour libérer ses mains, il entreprit de couper ses liens avec les dents, mais la situation n'était pas assez favorable. A la place, voyant l'un des monstres se jeter sur lui la fourche en avant, il bloqua le coup avec ses poignets attachés. L'estocade n'était pas assez forte pour lui entailler les mains, mais elle avait sérieusement abîmée la corde. Au même moment, un autre coup, de taille cette fois-ci, venait sur sa gauche. Il para de la même façon, ce qui fragilisa encore plus les fibres. Il continua à esquiver et parer les assauts, ce qui n'était pas si facile à cause du nombre d'ennemis présent, jusqu'à ce que l'entrave soit coupée en deux et qu'il puisse retrouver l'usage de ses mains.

Quand ils virent que leur prisonnier s'était complètement détaché, les diablotins restèrent cois une poignée de secondes, puis ils se mirent à fulminer. Tous ensemble, ils se lancèrent à l'assaut, et Link n'eut aucun mal à éviter leur tentative par trop désunie. Dans le fond, ce qui l'avait sauvé jusque-là, c'était bien leur absence totale de coordination ; chacun agissait seul, sans réfléchir, sans appui. S'ils s'étaient coalisés, épaulés, aucun doute, il serait déjà mort. Après son esquive, l'Hylien était dans le dos d'un monstre, trop ouvert pour ne pas en profiter. Sans se retenir, il plaça un grand coup de pied circulaire, si puissant qu'il fit exploser la créature dans un panache de fumée violette. Ce n'était pas le bruit de déchirure qu'il connaissait, mais ce n'était pas si foncièrement différent que ça. Les autres monstres ne semblèrent pas s'émouvoir du sort de leur compagnon, mais Link n'attendit pas leur réaction. Il reposa le pied à terre, juste à côté d'un autre diablotin, s'abaissa autant que possible sur ses appuis, et plaça un grand coup de poing dans la poitrine du petit être bondissant. Il disparut dans les mêmes conditions que son prédécesseur. Un troisième tenta d'embrocher le combattant en passant dans son angle mort, mais il commit l'erreur de pousser son cri avant de placer son attaque. Dans un réflexe foudroyant, Link se ramassa sur son genou avant dans un grand mouvement de balayage, ce qui fit trébucher deux bestioles et fit tomber l'autre dans le vide. Sans pitié, l'Hylien se rua sur la créature à terre et l'écrasa de sa botte. Ce seul coup suffit à la désintégrer. Déjà trois d'éliminés. Oui, vraiment, leur seul avantage venait de leur nombre. Même pas besoin d'épée pour les vaincre !

Une tentative supplémentaire, un monstre s'était encore lancé sur lui, son harpon levé, comme pour le couper en deux. Cruel à son tour, le garçon l'évita facilement et lança son bras sous la gorge du diablotin, presque sans force, juste pour lui faire faire un soleil. Le corps minuscule fit trois tours sur lui-même et s'écroula au sol dans ce fameux nuage violet. Dans la foulée, le lutteur abattit son poing serré sur la tête d'un autre monstre, mais cette fois-ci, il y mit toute sa puissance. Le coup traversa le corps du démon, fatal. Réduit à la moitié de leurs effectifs, les autres monstres commencèrent à douter de leurs chances de victoire. Ils tremblaient de tous leurs membres et leurs sourires s'étaient effacés. Finalement, ils jetèrent leurs armes et prirent la fuite, d'une course parfaitement ridicule. Link pensa les poursuivre, mais il y renonça. Ils n'en valaient pas la peine... Il y avait mieux à faire, rechercher ses biens, son épée et son bonnet...

Alors que l'Hylien se tournait vers une grosse caisse de bois, un cri bref, aigu transperça l'espace, accompagné d'un bruit d'implosion. Le duo se répéta trois, quatre fois, puis ce fut un vrai cri de guerre qui précéda la détonation. Distrait, le prisonnier délaissa un moment son inspection, puis il se reprit et souleva rapidement le couvercle. Il y trouva bien son arme et son couvre-chef, mais il ne se saisit que de la lame grise qu'il posa aussitôt contre son flanc, prêt à dégainer. Quelque chose s'approchait. Quelque chose de vert, de petit, et de tout aussi disproportionné que les diablotins, suivi par une étrange boule de lumière jaune. Pourtant, cette apparition lui arracha une exclamation de surprise, vite imitée par le nouveau venu. Bien entendu, il fallait franchir l'écart considérable d'apparence, mais les deux garçons étaient étrangement semblables. Vêtus de verts, blonds et armés d'une épée. En revanche, l'inconnu semblait jeune, très jeune même, et son épée ressemblait plutôt à une machette, courte et large, là où celle du héros d'Hyrule était longue et moins épaisse. Il avait également un bouclier, d'une taille plus raisonnable que celle de son arme. Les deux garçons semblaient aussi sidérés l'un que l'autre, incapables de faire le moindre geste ou de prononcer le moindre mot. Insensible à l'ambiance pesante qui s'était installée, l'étrange luciole commença à débiter un flot incroyablement dense de paroles. Link tenta de l'écouter, mais elle parlait une langue différente, qui ressemblait à de l'Hylien sans en être, comme un jargon ou un patois. Mais l'aventurier s'intéressait nettement moins à cette petite lumière qu'au bretteur qui l'accompagnait. Comme ils ne pouvaient pas rester éternellement à se regarder dans le blanc des yeux, ce qui aurait été facile au vu de la taille des prunelles du gamin, l'Hylien dit :

"Euh, hum... Bonjour..."

La fée se remit à parler dans son dialecte, mais le freluquet resta parfaitement silencieux. Son regard se durcit et il se mit dans une posture basse, prêt à passer à l'attaque. Pour ne pas entrer dans un conflit inutile, Link insista en agitant les mains :

"Eh là, du calme !... Je ne veux pas me battre. Je veux seulement qu'on discute un peu !..."

Mais l'enfant ne semblait pas vraiment décidé à établir le contact. Il tira son épée et son bouclier et se renferma dans une posture plus défensive que jamais. Après tout, Link ne pouvait pas lui en vouloir, avec son apparence, il devait passer pour un monstre hideux auprès de ce gosse ! Il fallait marquer des points... Prouver sa bonne foi... Il posa lentement son épée au sol en parlant doucement :

"Là... Tu vois, je ne te veux aucun mal... Laisse-moi t'expliqu... Hééé ?"

Tout ce que voyait le jeune inconnu, c'est que son adversaire avait bêtement baissé sa garde, et que c'était une occasion en or pour passer à l'attaque. Bien plus vif et précis que les petits démons, il avait tenté une attaque sautée que l'Hylien n'avait pu éviter que d'extrême justesse, et il avait été légèrement entaillé à l'épaule. Or, s'il n'avait pas du tout évité le coup, il aurait probablement eu le crâne ouvert en deux. Ce gamin ne rigolait pas. Encore hésitant à brutaliser un enfant, Link se contenta de lui saisir la tunique pour l'envoyer au loin. Il y arriva sans problème, le petit étant aussi léger qu'il en avait l'air. Ce geste lui fit gagner les précieuses secondes nécessaires pour récupérer son épée et la tirer de son fourreau avant de se mettre en garde.

Maintenant... Il fallait décider comment aborder ce combat. Comment considérer cet adversaire ?...

Choix : C'est un gosse !
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Choix : C'est une menace !
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« Modifié: mardi 06 septembre 2011, 17:41:46 par un modérateur »

Mille mercis à Alice Lee pour la signature !
Entre ce que je dis et ce que tu entends, on risque de pas se comprendre...