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Bonsoir de nouveau, mes très chers spectateurs.
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Calmement, les nombreux amateurs de littérature lyrique se levèrent et applaudirent pour accueillir la seconde édition de l'émission.[/align]
Je suis très heureux de vous retrouver ce soir. Nous avions rencontré, la dernière fois, des esprits magnifiques, symbolisant des époques, des images, des êtres connus de tous et admirés de beaucoup.
Ce soir, nous continuerons, bien entendu, à vous faire découvrir des auteurs de mes goûts... et, je le souhaite mais le pense, bientôt des vôtres également...
Parfait. Mes amis, pour rester dans la poésie pure et parfaite, je vous demanderai de prendre votre respiration pour recevoir une gifle magistrale qu’est un poème long et dense, si long que je me permets de n'en citer qu'une partie, malgré tout gigantesque, grandiose et inimitable.
Que le silence soit fait…
Soleil et chair Le Soleil, le foyer de tendresse et de vie,
Verse l’amour brûlant sur la terre ravie,
Et, quand on est couché sur la vallée, on sent
Que la terre est nubile et déborde de sang;
Que son immense sein, soulevé par une âme,
Est d’amour comme dieu, de chair comme la femme,
Et qu’il renferme, gros de sève et de rayons,
Le grand fourmillement de tous les embryons !
Et tout croît, et tout monte !
[idt]Ô Vénus, ô Déesse ![/idt]Je regrette les temps de l’antique jeunesse,
Des satyres lascifs, des fauves animaux,
Dieux qui mordaient d’amour l’écorce des rameaux
Et dans les nénuphars baisaient la nymphe blonde !
Je regrette les temps où la sève du monde,
L’eau du fleuve, le sang rose des arbres verts
Dans les veines de Pan mettaient un univers !
Où le sol palpitait, vert, sous ses pieds de chèvre;
Où, baisant mollement le clair syrinx, sa lèvre
Modulait sous le ciel le grand hymne d’amour;
Où, debout sur la plaine, il entendait autour
Répondre à son appel la Nature vivante;
Où les arbres muets, berçant l’oiseau qui chante,
La terre berçant l’homme, et tout l’Océan bleu,
Et tous les animaux aimaient, aimaient en Dieu !
Je regrette les temps de la grande Cybèle
Qu’on disait parcourir, gigantesquement belle,
Sur un grand char d’airain, les splendides cités,
Son double sein versait dans les immensités
Le pur ruissellement de la vie infinie.
L’Homme suçait, heureux, sa mamelle bénie,
Comme un petit enfant, jouant sur ses genoux.
-Parce qu’il était fort, l’Homme était chaste et doux.Arthur RimbaudMesdemoiselles, Mesdames, Messieurs, voici Arthur Rimbaud !
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L‘adolescent, à 17 ans, beau et sombre, une ombre ailée dans son dos, s’approche, sans sourire mais sage et apaisant, vers le fauteuil, et s’y pose.[/align]
- Messire Rimbaud…
- Messire ?
- … pardonnez-moi, j’ai également pour vous beaucoup d’admiration, donc…
- C’est inutile, voyons. Allons, reprenez, mais sérieusement, cette fois.
- Euh… euh, oui, je… pardon, je…
- Bon, faut-il que je fasse cet entretien moi-même ? Bien, je me présente : Arthur Rimbaud. Je suis un homme ayant vécu une vie peu commune, puisque, dès l’enfance, ma précocité et mes facilités incomparables à écrire étaient remarquées par tous; je récupérais quelques prix pour des compositions en latin de mon cru. J’ai toutefois eu une enfance peu heureuse : ma mère, rigide au possible, nous enferma dans une lecture biblique de la vie dès le départ de mon père. Je m’enfuis fréquemment, à partir de mes 15 ans, échouant hélas souvent mes fugues. Un an plus tard, après avoir écrit à Verlaine, celui-ci décide de m’héberger, et je ne vous cacherai pas que les fureurs de sa femme ne concernaient pas que ma présence dans sa maison… Mais alors que celle-ci semble l’abandonner, de désespoir, s’apprêtant à se donner la mort, à mon arrivée, il me tire dessus à deux reprises. Je m’éloigne alors de lui, évidemment. Dès mes 21 ans, je voyage dans le monde entier. En 1891, après mes voyages en Afrique, je me retrouve amputé d’une jambe, maladie s’étendant et devenant un cancer. J’en meurs atrocement, et suis enterré, contre mes souhaits, à la ville que j’ai toujours haïe, Charleville. Mes écrits, pouvant être à la fois poétiques, politiques, ludiques, ou mille autres adjectifs, je ne les écris que quand je le souhaite, et je ne m’étouffe pas de règles assommantes; pis, je les crée, je crée des règles et des méthodes, au point de prouver que la poésie ne s’ennuie d’aucune véritable inclinaison. Je suis mort jeune, parce que, dans ce monde, on n’est jamais célèbre si l’on finit vieux; le talent n’y a rien à voir. Et la vie est la chose la plus ennuyeuse qui pût arriver à quiconque. Je ne m’en plains pas.
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Un long silence enveloppe le studio, où John, estomaqué et admiratif à la fois, regarde alors l’adolescent se lever, puis, sortant, s’avance vers la mort en criant allons-y, sœur de charité !… puis sa voix s’éteint.[/align]
Après une orée si merveilleuse de la soirée, passons désormais à un autre domaine du lyrisme; après le vers, nous trouvons bien sûr la prose. La poésie n’est pas toujours régulée par les rimes et les pieds; et beaucoup ont su la manier à la perfection. Laissez-moi vous réciter un texte superbe…
Que le silence soit fait…
J’ai rencontré la mort.
Si je vous dis où, vous n’allez pas me croire. J’ai rencontré la mort à l’angle du boulevard Sébastopol et de la rue Blondel.
- Tu viens, chéri ?
C’était une voix presque inhumaine à force de beauté, une voix aspirante, la même sans doute qui faillit perdre Ulysse. Je freinai pile des deux pieds et me tournai vers elle. Ah là là. Ah là là là là. Je me doutais bien que la mort était femelle, mais pas à ce point. Elle avait mis ses cuissardes noires d’égoutier de l’enfer et son corset des sombres dimanches d’où jaillissaient ses seins livides et ronds comme l’Eternité. Son visage d’albâtre maquillé d’écarlate irradiait de cet ultime état de grâce enfantine nourri d’obscénité tranquille et d’impudeur insolente qui vient aux adolescentes à l’heure des premiers frissons du ventre.
- Tu viens, chéri ?
Je m’attendais à ce qu’elle ajoutât les vers qu’elle chanta naguère pour attirer le poète dans le guêpier de sa guêpière.
Si tu te couches dans mes bras
alors la vie te semblera
plus facile.
Tu y seras hors de portée
des chiens des loups des hommes et des imbéciles.- Alors, tu viens ?
- Je ne peux pas, madame. Pas aujourd’hui. Aujourd’hui ça ne m’arrange pas de mourir. C’est bientôt Noël, n’est-ce pas, comprenez-moi.
Il faut vous dire que je revenais des grands bazars voisins, les bras chargés de paquets pour les enfants. Toute la ville frémissait et trépidait de cette espèce d’exaltation électrique et colorée qui agite les familles autant qu’elle racornit les solitaires, à l’approche de Noël.
- Non vraiment, je ne veux pas mourir aujourd’hui, madame. J’ai le sapin à finir…
- Ne sois pas idiot. Viens, chéri. Si c’est le sapin qui te manque, je t’en donnerai, moi.
- Mais puisque je vous dis que je ne veux pas mourir.
- Pourquoi ?
- Pardon ?
- Sais-tu seulement pourquoi tu ne veux pas mourir ? dit encore la mort.
- Euh… je ne sais, moi. J’ai encore envie de rire avec ma femme et mes enfants. J’aime bien mon travail. Je n’ai pas fini de mettre mon bordeaux en bouteilles et j’attends un coup de fil de Maman. Et puis d’abord il faut que j’aille chercher mes chaussures chez le cordonnier de la rue des Pyrénées. Voilà.
- Mon pauvre garçon. Tu es lamentable. Pour la première fois de ta vie, tu as la chance de voir la mort en face, et au lieu de coucher avec moi, tu t’accroches à ton histoires de pompes même pas funèbres. Enfin, mon chéri, sois raisonnable. Regarde autour de toi. Es-tu vraiment sûr de n’en pas avoir assez de cette vie de con ?
Evidemment. Je jetai un regard circulaire sur le boulevard où la pluie glacée détrempait le trottoir gris, sale, jonché des mille merdes molles des chiens d’esclaves. Mes frères humains trépignaient connement entre les bagnoles puantes d’où s’exhalaient çà et là les voix faubouriennes et cassées des chauffards éthyliques englués à vie dans l’incurable sottise des revanchards automobiles glapissant de haine et suintant d’inintelligence morbide.
La vulgarité tragique de la vitrine du Conforama voisin me donna soudain la nausée. Trois grands nègres souillés de misère et transis de froid s’y appuyaient en grelottant dans la dignité autour des balais de caniveaux pour lesquels ils avaient quitté la tiédeur enivrante de leur Afrique natale.
A la devanture du kiosque du Sébasto, la guerre menaçait partout, la princesse de Moncul épousait le roi des Cons, le franc était en baisse et la violence en hausse, les journalistes hébétés crétinisaient au ras des perce-neige, un chanteur gluant gominé affichait aux anges un sourire aussi élégant qu’une cicatrice de césarienne ratée, le ministre des machins triomphait d’incompétence, le roi du football tout nu sous la douche crânait comme un paon mouillé ravi de montrer sa queue à tous les passants, les cervelles éclatées collées aux carrosseries racontaient en multicolore le grand carambolage meurtrier de l’autoroute : le poids des morts, le choc des autos, et la traditionnelle grognasse du mois racolait l’obsédé moyen avec ses oreilles en prothèse de lapin et ses nichons remontés, luisant de glycérine.
- Alors, tu viens, chéri ? dit encore la mort, dans un souffle infernal et brûlant qui m’envahit le cou jusqu’à la moelle. Allez, viens. Je te promets que la nuit sera longue. Je te ferai tout oublier. Tu oublieras la pluie, ta vieillesse qui pointe, les passages cloutés, les bombes atomiques, le tiers provisionnel et l’angoisse quotidienne d’avoir à se lever le matin pour être sûr d’avoir envie de se coucher le soir.
- Excusez-moi, madame, mais j’hésite. D’un côté, il est vrai que ce monde est oppressant. Mais d’un autre côté, depuis que j’ai connu ces étés lointains dans le foin, avec une mirabelle dans une main et la fille du fermier dans l’autre, j’ai pris l’habitude de vivre. Et l’habitude, au bout d’un temps, ça devient toujours une manie, vous savez ce que c’est. Alors bon, mourir comme ça, là, maintenant, tout de suite, sans cancer ni infarctus, à la veille de Noël, ça la fout mal. Avec la panoplie de Zorro et la poupée qui fait pipi toute seule dans les bras, j’aurais peur de rater ma sortie. Et puis j’imagine ma femme, en haut de son escabeau, accrochant ses guirlandes, quand on lui apprendra la nouvelle : « Madame. Soyez courageuse. Votre mari… c’est affreux. » Et elle : « Oui, c’est toujours pareil, il n’est jamais là quand on a besoin de lui, c’est toujours les mêmes qui accrochent les guirlandes. »
Alors la mort haussa les épaules et se rabattit sur un petit vieux propret qui rentrait réveillonner tout seul dans sa chambre de bonne. A minuit, il aurait rempli son verre de mousseux pour trinquer avec sa télé noir et blanc.
Elle l’a baisé à mort, à même le trottoir.
Pierre DesprogesMes chers amis, le plus grand humoriste français nous rejoint !
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Un homme timide, peu attirant mais souriant et amusé, apparaît et s’asseoit calmement après avoir serré la main de John.[/align]
- Monsieur, vous êtes pour moi le symbole même de l’humour.
- On voit bien que vous dites ça pour me faire plaisir.
- N… non, non, pas du tout ! Ce texte, que je viens de réciter, je l’ai véritablement appris par cœur !
- Je vois que vous avez du temps à perdre. Mes textes n’ont rien de génial. Ils font rire ma femme et mes gosses, et quelques copains. C’est tout. Mais j’en suis content quand même, justement parce qu’ils font rire ma femme et mes gosses. Si ma fille n’avait pas ri de mes textes, je les aurais sûrement jamais montrés.
- Je.. je vois…
- Vous savez, je me moque du cancer, dans certains passages… Le plus amusant, c’est que j’en suis mort !
Il rit; John, lui, sourit en hésitant entre le suivre en ignorant le macabre de la situation ou à rester indifférent.- Ce qui devait être le plus drôle, c’étaient ces bonnes âmes qui hurlaient : "haha, ça lui apprendra à se moquer des cancéreux ! Ils en riait, maintenant il en est mort, c’est l’ironie !" Eh bien, mesdames, soyez-en sûres : si je le pouvais, j’en rirais encore !
- Euh, b… bien, bien… Dites-moi, que pensez-vous de l’humour d’aujourd’hui ?
- Ce que j’en pense ? Ca ne changera pas grand-chose d’en parler, mais bon… Je pense que les gens sont des larves. Aujourd’hui, tout le monde suit tout le monde, personne ne cherche à innover. On fait des amalgames, on imite, on se vautre dans l’admiration béate sans réfléchir au sens et aux conséquences que ça aura. On préfèrerait manger de la merde si tout le monde le faisait. Attention, je dis pas que c’était mieux avant : en tous temps, l’Homme était assez con pour moutonner plutôt que pour se mettre en avant et utiliser sa cervelle.
-… c’est… c’est un discours plutôt pessimiste…
- Mais bon Dieu, quand on voit les guerres, les morts, les famines, les extrémistes, toutes ces conneries causées juste parce qu’un type a pas pu tirer sa femme un soir, et que, par dépit, il a inventé la bombe atomique… je suis un misanthrope complet, mais ce n’est pas ma faute, monsieur. Les humains me facilitent pas la tâche.
-… vous… est-ce que vous auriez un message d’espoir pour nos lecteurs ?
- Un message d’espoir ? Oh oui, bien sûr. Mes chers amis, aujourd’hui, dites-vous que les produits mortels et indolores s’achètent dans les supermarchés les plus proches pour presque rien ! Alors vous pouvez vous débarrasser de tous vos soucis en un instant !
se retourne vers John J’imagine que ce n’est pas ce que vous espériez…
- Je… j’espérais avant tout un message de votre part; j’ai une attention trop subjective en buvant vos paroles pour les critiquer…
- Ce n’est pas méchant, mais ce n’est pas futé…
- Je le sais bien, mais que voulez-vous. Quand on a de la passion pour quelqu’un, comment se permettre de la remettre en question ?
- Vous n’avez pas tort. Allez, écoutez, j’aimerais beaucoup discuter, mais, vous savez ce que c’est, les factures à payer, le gaz pour mes voisins Juifs, les farines animales pour les p’tits Saoudiens…
- Oui, bien sûr, eh bien… eh bien dans ce cas, je vous en prie, j’espère vous revoir bientôt…
-
le regardant un instant, puis partant d’un rire franc Je vous le souhaite pas, je vous le souhaite pas !
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Alors, s’éloignant, il rejoint les autres dans la cape de la Mort, et s’y évanouit silencieusement…[/align]
Hum, bien… Nous allons ainsi terminer avec, à mes yeux, un extrait d’un des textes les plus magnifiques, parfaits, géniaux qui aient jamais été engendrés par l’être humain…
Que le silence soit fait...
LE BRET stupéfait Hein ? Comment ? Serait-il possible ?…
CYRANO avec un rire amer Que j'aimasse ?…
changeant de ton et gravement J'aime.
LE BRET Et peut-on savoir ? tu ne m'as jamais dit ?…
CYRANO Qui j'aime ?… Réfléchis, voyons. Il m'interdit
Le rêve d'être aimé même par une laide,
Ce nez qui d'un quart d'heure en tous lieux me précède;
Alors, moi, j'aime qui ?… Mais cela va de soi !
J'aime -mais c'est forcé !- la plus belle qui soit !
LE BRET La plus belle ?…
CYRANO Tout simplement, qui soit au monde !
La plus brillante, la plus fine,
avec accablement la plus blonde !
LE BRET Eh ! mon Dieu, quelle est donc cette femme ?
CYRANO Un danger
Mortel sans le vouloir, exquis sans y songer,
Un piège de nature, une rose muscade
Dans laquelle l'amour se tient en embuscade !
Qui connaît son sourire a connu le parfait.
Elle fait de la grâce avec rien, elle fait
Tenir tout le divin dans un geste quelconque,
Et tu ne saurais pas, Vénus, monter en conque,
Ni toi, Diane, marcher dans les grands bois fleuris,
Comme elle monte en chaise et marche dans Paris !
LE BRET Sapristi ! je comprends. C'est clair !
CYRANO C'est diaphane.
LE BRET Magdeleine Robin, ta cousine ?
CYRANO Oui, -Roxane.
LE BRET Eh bien, mais c'est au mieux ! Tu l'aimes ? Dis-le-lui !
Tu t'es couvert de gloire à ses yeux aujourd'hui !
CYRANO Regarde-moi, mon cher, et dis quelle espérance
Pourrait bien me laisser cette protubérance !
Oh ! je ne me fais pas d'illusion ! -Parbleu,
Oui, quelquefois, je m'attendris, dans le soir bleu;
J'entre en quelque jardin où l'heure se parfume;
Avec mon pauvre grand diable de nez, je hume
L'avril, -je suis des yeux, sous un rayon d'argent,
Au bras d'un cavalier, quelque femme, en songeant
Que pour marcher, à petits pas, dans de la lune,
Moi aussi j'aimerais au bras en avoir une,
Je m'exalte, j'oublie… et j'aperçois soudain
L'ombre de mon profil sur le mur du jardin !
LE BRET ému Mon ami !…
CYRANO Mon ami, j'ai de mauvaises heures !
De me sentir si laid, parfois, tout seul…
LE BRET vivement, lui prenant la main Tu pleures ?
CYRANO Ah ! non, cela, jamais ! Non, ce serait trop laid,
Si le long de ce nez une larme coulait !
Je ne laisserai pas, tant que j'en serai maître,
La divine beauté des larmes se commettre
Avec tant de laideur grossière !… Vois-tu bien,
Les larmes, il n'est rien de plus sublime, rien,
Et je ne voudrais pas qu'excitant la risée,
Une seule, par moi, fût ridiculisée !
Edmond RostandMesdames, mesdemoiselles, messieurs, M. Rostand !
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Un homme s'avance alors sur la scène, et dans un élan, repousse les photographes et les caméras; inquiet, il regarde de tous côtés, puis, apercevant la Mort, accourt vers elle et l'enlace.[/align]
... Mes amis, il semble qu'entre notre époque et ses heurts, et le retour aux bras froids de l'Eternité, ce grand homme a préféré s'évanouir dans l'oubli... Alors que nous ne l'oublierons jamais.
Mes très chers spectateurs... Il est temps pour moi de vous laisser.
Cette longue émission s'achève, pour la joie de certains, le repos d'autres et la déception de quelques uns... hum, pas de moi, je suis payé ni plus, ni moins, donc...
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Une voix chuchota, derrière : "Attendez, il est payé ? Ce serait bien le premier par ici..."; un bruit de poignard suivit cette remarque désobligeante.[/align]
Hum... Eh bien, malgré tout, mon vœu est que ce soir, de nouvelles âmes lyriques soient nées, que la beauté des vers soient parvenues à vous émouvoir, et qu'en tout temps, le chant qui résonne à la lecture de ces splendeurs résonnera toujours à vos oreilles, comme une douce litanie sifflée comme une berceuse...
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Dans une lenteur dramatique et apaisante, les lumières et le rideau s'abaissèrent, sur un John fringant et souriant, éreinté mais joyeux...[/align]