(Roh, John, y'a pas tant de persos que ça! xD D'ailleurs, bientôt, il n'y aura plus que le nom de mon perso à retenir, puisqu'il se rendra en Hyrule! ;-)
Flamme: nooonnn, ne me hais pas avant même qu'on ait recommencé! xD
Sirith-Reven: Tiens, j'ai bien hâte de poster avec mon piaf et ta Kokiri... ça promet!

)
Oronas répondit à peine à la salutation mielleuse de Chopen Frieddik lorsqu’il le croisa. Le fauconnier d’âge mûr, sur lequel circulait nombre de rumeurs selon lesquelles il était sympathisant à la cause des Xerloo et Velgania, ne faisait rien pour les démentir. Et comme il connaissait l’heure où, le matin, Oronas allait rejoindre son père à l’extérieur pour s’entraîner, il ne ratait pas une occasion de lui faire subir son harcèlement tacite. Depuis une semaine, ses sourires se faisant plus élargis que jamais, Oronas devait faire preuve de grands efforts pour supporter cette moquerie. Espérant éviter de croiser Frieddik, il variait le trajet chaque matin, mais comme s’il eût des dons de divination, l’antipathique fauconnier trouvait toujours le moyen de se trouver sur son chemin.
L’odeur du dépotoir, chassant l’image beaucoup plus désagréable du visage moqueur du harceleur, fut accueillie avec un bonheur sincère. D’autant plus qu’elle eut l’avantage de le ramener à la réalité : c’était aujourd’hui que devait, après la séance d’entraînement, partir Qerdan, en compagnie d’Asbeck Whirl, son guide, garde personnel et ami, et bien sûr d’une escorte des meilleurs soldats du clan. Asbeck devait d’ailleurs les rencontrer lors de l’entraînement (Ysgorn s’était chargé de le prévenir du rendez-vous), mais Oronas doutait qu’il s’y présentât : le fauconnier guide, vivant en ermite dans un arbre creux près du pic des Vastrige, n’aimait pas tellement la compagnie de ses semblables, et retardait toute réunion le plus qu’il le lui était possible, même s’il s’agissait de son vieil ami Qerdan. Il les rejoindrait sans doute lors du départ même du chef, trop occupé à dénicher Vastrige savait quelle bête ou plante étrange…
Une fois arrivé à l’air libre, Oronas déploya ses ailes et prit son envol, vers le lieu de rencontre désigné par son père : un petit boisé où les hauts troncs dégarnis des arbres formaient une forêt d’obstacles, idéale pour rendre un entraînement, autrement plus aisé, « beaucoup plus intéressant », comme disait son père, la plupart du temps un sourire diabolique aux lèvres. D’ordinaire, la séance commençait par un combat à l’épée, suivie d’une série d’exercices visant à développer la musculature du jeune fauconnier, puis à améliorer la précision et la souplesse de son vol, qui deviendrait trop vite maladroit et lourdaud avec une masse musculaire plus importante. Suivait un autre combat, puis quelques étirements, et enfin une « baignade pour se détendre », qui était une course de natation plus qu’autre chose. Car, comme le disait Qerdan, un fauconnier qui tombe à l’eau sans savoir nager s’empêtre vite dans ses ailes et est un fauconnier mort. Seulement, pour lui, un fauconnier qui ne sait pas nager était pour lui un fauconnier qui ne le battait pas à cette fichue course… en d’autres termes, Oronas mourait chaque jour, sous les railleries de son père, déjà sorti de l’eau et à demi séché lorsque le trouvère parvenait à hisser la masse lourde d’eau de ses plumes hors de l’étang où l’épreuve se déroulait. Si seulement son père lui permettait de rétracter ses ailes… Mais il n’aurait pas le temps de le faire si une flèche le touchait au-dessus de la mer, répétait son paternel, sourd à toute protestation. S’ensuivait un troisième combat, Qerdan attendant toujours qu’Oronas baisse sa garde, ne serait-ce qu’un instant, pour le confronter.
Le fils du chef des Vastrige ne fut donc pas surpris lorsque l’éclat d’une lame vint soudain briller à quelques centimètres de son visage.
***
Sa mère lui ayant demandé de la laisser seule, Oronas décida de faire une petite promenade dans les couloirs du complexe de l’aiguille creuse pour changer ses propres idées – et tant pis s’il tombait sur Mademoiselle Derga. Comme il l’avait deviné, Asbeck n’avait pas assisté à la séance d’entraînement, mais il ne s’était pas présenté non plus lors du départ du chef du clan.
- Bah! Avait dit ce dernier. Il nous rattrapera bien en chemin – tu connais sa phobie des grands rassemblements…
Oronas dut admettre que son père avait raison, mais il ne pouvait s’empêcher de penser au sourire beaucoup trop large de Frieddik – il se tramait quelque chose d’anormal, c’était certain… Ou était-ce simplement la nouvelle de l’échec des négociations qui réjouissait autant l’importun? Oronas se faisait peut-être des idées. Et puis, il n’était même pas prouvé que Frieddik était vraiment du côté des Xerloo – que des commérages de bonnes femmes.
- Eh bien? Tu allais passer sans me saluer?
Oronas fut tiré de ses réflexions par une voix féminine qu’il connaissait : il tourna les yeux vers Arrica, qui était penchée sur une table devant la boutique où étaient entassées les dernières créations de son père – table sur laquelle elle déposa un de ces objets bizarres que le trouvère reconnut comme étant un « récipient pour la toilette », ou quelque chose du genre – bien qu’il ne se souvînt pas à quoi pouvait bien servir ce gros bol troué muni d’un réservoir auquel pendait une chaîne – et aucun miroir, alors que forcément, pour faire sa toilette…
- Ric! Désolé, je ne t’avais pas vue… derrière ton gros truc!
La jeune fauconnière eut un air affligé et se contempla le ventre.
- Tu me trouves vraiment si grosse que ça?
- Non, pas du t… hé, attends, ce n’est pas…
- Je t’ai eu! Dis donc, ce n’était pas toi qui disais avoir des cours de rhétorique avec le chef du clan?
Boudeur, Oronas réajusta sa coiffe pour se donner une contenance. Mais Arrica ne garda pas longtemps son ton moqueur.
- Inquiet pour ton père?
- Tu n’as pas idée… et je ne te parle pas de ma mère…
- J’imagine trop bien la pauvre! Je lui rendrai visite après le travail, si ça peut l’aider…
Son ami haussa les épaules, le regard perdu dans le vide.
- Et il y a toujours ce fichu…
Il dut s’interrompre, car Frieddik, faisant une fois de plus ses preuves en matière de divination, les croisa et lui adressa un de ces sourires devenus plus insupportables que jamais. Oronas se contenta de hocher de la tête.
- … ce fichu Frieddik, reprit-il lorsque l’intéressé se fut assez éloigné, qui est beaucoup trop heureux!
- En es-tu rendu à le haïr simplement parce qu’il éprouve du bonheur? Je te connaissais plus généreux!
- Ne fais pas l’idiote, tu sais aussi bien que moi que s’il est aussi heureux, c’est que quelque chose de pas net va se passer – si ce n’est pas déjà fait.
- Je crois que tu t’en fais trop…. Tiens, ça doit être ça qui l’amuse : de te voir te torturer avec des chimères pareilles! Je reconnais qu’il n’a rien d’un saint, et justement, avec toi, il a réussi son méfait!
- Tu dois avoir raison…
Ils furent interrompus par les cris et les pleurs d’une jeune fille.
- Monsieur Elomber! C’est pas juuuuste!
Attendri plus qu’agacé d’avoir été interrompu, le trouvère se pencha pour mettre sa tête à la hauteur de celle de la fillette.
- Qu’est-ce qui ne va pas, petite colombe?
- C’est cet idiot de Nillec! (il devait s’agir de son frère) Il a jeté ma poupée dans le dépotoir!
- Ah, la cruelle farce! Comment t’appelles-tu, petite colombe?
- Arfa, sanglota la fillette, mais vous pouvez continuer à m’appeler petite colombe, c’est joli, une colombe!
- Arfa, petite colombe, je vais aller chercher ta poupée de ce pas!
Il déposa une bise sur le front de la jeune fille qui renifla un « merci » avant de s’éloigner, penaude.
- Désolé de te quitter si vite, Ric, mais j’ai une mission à accomplir pour ma dame!
- Allez, va donc, brave chevalier! Plaisanta en retour son amie.
Oronas n’était pas très enthousiaste à l’idée d’affronter la terrible puanteur du dépotoir, expérience qu’il avait déjà vécue une fois – de trop –, mais si ça pouvait le distraire un peu… Il emprunta donc le couloir idoine, et franchit la porte qu’il comparait, petit, à l’entrée des enfers d’où sortaient les monstres des légendes racontées par son père. Comme dans ses souvenirs, les parfums de décomposition étaient à peine soutenables. Des relents de chair avariée se mêlaient à l’odeur douçâtre de légumes moisis, et le bourdonnement de quelques mouches invisibles était le seul bruit audible dans le grand tube sombre. Le trouvère dut d’abord se convaincre qu’aucune de ces bêtes ailées d’était une guêpe – seules les minuscules drosophiles étaient assez petites pour s’introduire dans le dépotoir. Aussi, lorsqu’il posa la serre sur la petite corniche de laquelle descendait une échelle, l’écho amplifia tant le son produit qu’il comprit pourquoi un bourdonnement habituellement inaudible devenait en ce lieu un désagréable acouphène.
Prenant le soin de refermer la porte de bois derrière lui, histoire qu’on ne se plaigne pas d’un excès de puanteur dans l’aile est du complexe, il bondit et se servit de ses ailes comme d’un parapente plutôt que de descendre l’échelle, qui servait plutôt à éviter aux ouvriers de faire du sur-place s’ils avaient des réparations à effectuer. Après une lente descente dans l’air chaud et pestilentiel du dépotoir, Oronas parvint au fond du tube, repérant sans mal la poupée d’Arfa, à l’effigie d’un bébé fauconnier. Il la saisit et l’épousseta un peu.
- Allez, viens par là, ta légitime propriétaire t’attend!
Il capta alors du coin de l’œil une forme étrange. Il crut avoir rêvé, mais lorsqu’il la détailla, ses soupçons s’avérèrent et il sentit son estomac faire un bond dans sa poitrine. C’était un cadavre! Pas celui d’une bête, mais celui d’un fauconnier! Le bec tenant lieu de nez ne pouvait pas tromper…
Il s’approcha, le cœur battant la chamade, faisant de grands efforts pour étouffer les protestations de son estomac. Au vu du stade de décomposition, ce corps devait être là depuis plusieurs jours – voire une semaine. La pauvre victime d’un règlement de comptes? Ses vêtements le laissaient supposer… Non, les « moins honnêtes » parmi les membres du clan Vastrige résidaient plutôt dans la falaise, pas dans l’aiguille, et ils préféraient la forêt pour régler leurs « affaires »…
Un sentiment indescriptible se mit bientôt à serrer le cœur d’Oronas. Ce profil était beaucoup trop familier… Il s’approcha encore, ses mains tremblantes serrant la pauvre poupée de la petite Arfa. Horrifié, il croisa les yeux blanchis de la charogne, encore enfoncés dans des orbites plus exposées que devinées. Alors il reconnut un détail : une minuscule entaille dans le bec du fauconnier mort, tout près de la pointe. Un second examen de la dépouille ne lui laissa aucun doute : c’était le corps d’Asbeck Whirl qu’il contemplait! Baissant les yeux sur ce qui restait de la peau de la gorge du malheureux, il aperçut des traces de strangulation, et plus bas, de coups de dague dans la poitrine – surtout reconnaissables grâces aux marques laissées sur le sternum et sur les côtes.
Le visage souriant de Frieddik lui apparut comme une vision. Il ne s’était pas trompé! Asbeck était les yeux et les oreilles de son père lors de ses expéditions – Qerdan lui-même avait dit que sans son guide, même ses meilleurs soldats ne pouvaient pas venir voir des espions bien dissimulés… On voulait tuer son père! Et Chopen Frieddik était le responsable! Oronas déploya ses ailes pour s’envoler, mais une idée le retint. C’était trop vite raisonné… Asbeck Whirl n’entrait presque jamais dans l’aiguille – Frieddik n’aurait jamais pu le convaincre d’y entrer –, et après pareille mutilation, le coupable se serait taché de sang. À moins qu’il n’ait emporté d’autres vêtements, et qu’il se soit changé dans le dépotoir… Le fils du chef chercha : rien. Et pourtant, si le corps était bien là depuis une semaine, cela coïncidait avec le soudain bonheur de Frieddik… Oui, il ne pouvait y avoir d’autre coupable. Frieddik avait du sang fauconnier sur les mains!
Frappé par une horrible idée, Oronas dut s’accroupir. Du sang sur les mains… S’il voulait dissimuler une tache de sang, l’assassin avait un autre moyen… faire passer le sang de la victime pour le sien! Il ne voulait pas y croire – c’était impossible! – et pourtant il ne voyait pas d’autre possibilité. Frieddik était beaucoup trop louche, on se serait douté de quelque chose; on l’aurait vu disparaître pendant le meurtre – lui qui aimait être toujours vu de chacun, pour leur infliger ses fameux sourires… Le jeune fauconnier regarda à nouveau les plaies. Tout concordait – le temps, le lieu, et même l’arme : une dague, laissant des empreintes identiques à celles qu’aurait laissées une dent de dodongo…
(Maintenant, plus que deux posts, et je suis à Hyrule! ^^)