(Et maintenant, place à l'histoire!)
Hyrule n’avait pas connu une telle paix depuis des siècles. En effet, depuis quatre ans, ce petit royaume n’avait plus été troublé par les forces du mal. Beaucoup de choses avaient changé mais, sur le fond, Hyrule restait la même. Depuis que la princesse Zelda avait atteint sa majorité, elle instaurait un grand nombre de nouveautés - au grand plaisir de son père, qui rêvait de cette période prospère depuis le début de son règne. Hyrule était devenu une terre de commerce et d’échanges, la princesse avait renoué de nombreux traités diplomatiques avec les contrés voisines. Ainsi, Bourg-Hyrule était devenu une cité diplomatique de grande importance. Le bon peuple profitait de ce temps de prospérité en multipliant les occasions de fête.
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Le petit village de Cocorico avait instauré une fête un peu spéciale pour les quelques beaux jours de la fin de l’été, après la rentrée des récoltes. Lors de cette fête, baptisée Hurlenuit, tous les villageois se retrouvent sur la place du village, autour d’un grand feu. On y dance, chante, mange et boit de bon cœur au son des violons et des flûtes. Puis, à minuit, les anciens font débuter l’épreuve de courage pour les jeunes qui veulent prouver leur valeur. Ceux-ci doivent alors se rendre dans le cimetière pour y trouver une obsidienne cachée près d’une des tombes, et cela avec la lune pour seule source de lumière. En ce soir particulier, la fête promettait d’être particulièrement exceptionnelle, les préparatifs battant leur plein afin que tout soit prêt le moment venu. De leur côté, les enfants, excités comme des puces, tentaient de s’emparer des friandises en préparation, recevant continuellement des tapes sur les doigts pour les empêcher de tout dévorer. Bottes de pailles, bougies et citrouilles ornées donnaient au petit village un aspect lugubres et inquiétant, sensation accentuée par les centaines de toiles d’araignées disposées ça et là. Une fois de plus, la population avait effectué un travail exceptionnel et était bien décidée à fêter ce jour comme il se devait.
De leur coté, les sheikahs du village n’étaient pas en reste. S’étant occupés de la petite épreuve spéciale, ils avaient changé le cimetière en véritable labyrinthe. À chaque tournant, un pantin articulé représentant un monstre augmenterait l’immersion des enfants qui devraient prouver leur courage. Aux points stratégiques, les sheikahs interviendraient, lançant leurs fameuses boules alchimiques, provoquant brumes semblables à des spectres, flash lumineux et brouillards inquiétants. Si Hurlenuit était la fête de la peur, les sheikahs allaient s’amuser autant que les enfants, si ce n’est plus.
Du côté du cimetière, les préparatifs étaient pratiquement terminés. Comme toujours, il incombait à Impa de cacher l’éclat d’obsidienne, évènement qu’elle attendait avec impatience chaque année. Cette fois encore, elle s’était présentée au rendez vous et avait caché l’éclat ; elle était désormais la seule personne à savoir son emplacement, empêchant par là les éventuelles tricheries. Ressortant du cimetière, elle croisa les deux jumelles, apprenties sheikah au service de Xefed. Discutant à voix basse, elles semblaient comploter. Impa sourit, sortit de l’ombre et se glissa derrière elles :
- Pourquoi tant de messes basses ? chuchota-elle à deux centimètres des apprenties
Ces dernières sursautèrent
- Daïzu Impa, je…nous… comment vous…
- Vous devriez prendre votre entraînement plus au sérieux, fit-elle, où est Xefed ?
- Notre Daïzu est chez elle fit la première.
- Elle ne dort pas bien, répondit l’autre.
- Des cauchemars, ajouta la première.
Hochant la tête, Impa se dirigea vers la maison de Xefed. Avant de quitter le cimetière, elle se retourna vers les deux jumelles.
- Et pas de bêtises !
Elles sursautèrent à nouveau avant de répondre en chœur :
- Non, Daïzu !
Arrivée à la maison de Xefed, une petite maisonnette trônant dans l’un des coins les plus sombres du village, Impa s’arrêta. Depuis quelques temps, elle se faisait du souci pour son ancienne apprentie. Ses cauchemars incessants minaient ses forces en plus de lui faire broyer du noir. De plus, elle se doutait que ce n’était que la partie émergée de l’iceberg. Était-ce sa faute si son élève n’arrivait plus à dormir ? Les nouvelles responsabilités qu’elle lui avait données en étaient-elles la cause ou était-ce une simple coïncidence ? Non, sûrement pas, en tant que gardienne du temple des ombres, Xefed se débrouillait à merveille.
- Mieux que moi, souffla-elle avec un sourire.
Ne restait qu’une autre solution qui, malheureusement, n’était pas plus réjouissante que la première. Résignée, elle ouvrit la porte dans un soupir ; pour tomber nez à nez avec Xefed. Le teint livide, elle avait quelques peu grandi en quatre ans. Grandi et vieilli, pensa Impa en fronçant les sourcils. Ses cheveux, blanchis prématurément à la suite d'une mésaventure, n'avaient jamais repris leur teinte naturelle ; une mèche rousse restait le dernier témoignage visible. Encore petite pour une hyliene, elle avait pourtant mûri et n’avait plus rien de comparable avec la gamine qu’elle avait recueillie quelques années auparavant.
- Bonjour Xefed
- Bonjour, Daïzu, répondit elle de sa voix lasse
- Tes élèves m’ont dit que tu n’allais pas très bien. Tu devrais mieux les surveiller, il me semble qu’elles cherchent encore les ennuis.
- Encore, soupira-t-elle. Je suis exténuée, je dors mal, fit-elle laconique.
- Des cauchemars, demanda Impa, serait-ce les mêmes qu’il y a quelques années ?
- Toujours, soupira Xef, encore et toujours, mais ces derniers temps, ils se font de plus en plus oppressants et toujours plus nets.
- Je t’avais jadis dit que cela pourrait se produire, qu’elle pourrait refaire surface et que cela te désorienterait totalement.
- Mais pourquoi maintenant ?
Avisant soudain qu’elles discutaient sur le pas de la porte, Xefed invita Impa à entrer ; ce qu’elle refusa poliment, prétextant qu’elle avait quelque chose d’important à régler avant que la fête ne commence. Elle ajouta cependant :
- Ne t’inquiète pas pour ça, quand la mémoire revient, cela produit toujours ce genre d’effet. Essaie d’écrire ce que tu as ressenti et ce que tu as vu dans tes rêves, cela pourrait leur donner un sens et te permettre de refaire le puzzle de ta vie passée. Si tu ne désires pas t’en souvenir, alors considère simplement tes cauchemars comme ce qu’ils sont, des rêves.
Puis elle s’en fut, laissant Xefed à ses cogitations. Soudain, elle se remémora les premières paroles de son ancien maître. Ses élèves allaient encore commettre un impair.
- Pas cette fois fit-elle en partant au pas de course en direction du cimetière
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Pendant ce temps, au cimetière, les deux jeunes sheikahs tentaient de trouver l’éclat d’obsidienne qu’Impa avait caché il y a peu de temps. Infatigables, elles passaient le labyrinthe au peigne fin sans succès depuis plusieurs minutes déjà quand Ling, la moins téméraire des deux sœurs demanda :
- Tu crois qu’on a raison de le chercher ?
- Mais bien sûr, répondit sa sœur, si nous le trouvons, nos Daïzu seront enfin fières de nous
- C’est vrai répondit Ling, son moral retrouvé, mais on n’arrive à rien, elle est tellement douée.
Elles reprirent alors leurs recherches. Après quelques minutes supplémentaires, leurs recherches, toujours infructueuses, les menèrent proche de la tombe sheikah, la plus grande du cimetière. Elles se retournèrent à l’appel de Xefed qui venait d’arriver à l’entrée du labyrinthe. Quelque chose dans sa voix ne laissait aucun doute sur son humeur :
- Notre Daïzu est en colère, soupira Ling
- Il nous faut cet éclat, paniqua Long, sinon nous aurons pas d’excuse.
- Mais on n’a rien fait, sanglota Ling
- On est entré dans le labyrinthe sans sa permission, expliqua-t-elle, ça et ses nuits blanches ça nous donne…
- Des lignes de formules alchimiques à recopier, soupira-t-elle en se levant. Autant arrêter les frais et aller directement s’excuser.
- Je crois que tu as malheureusement raison, soupira à son tour sa sœur.
Elles se retournèrent alors pour tomber nez à nez avec un éclat d’obsidienne géant qui semblait flotter au dessus de la tombe sheikah, légèrement placé dans l’ombre. Lentement mais inexorablement, elles avancèrent leurs mains vers la surface noir et lisse de la pierre qui semblait absorber le peu de lumière ambiante.
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Voyant que ses deux élèves ne répondaient pas à son appel, Xefed entra dans le labyrinthe. Décidément, ces deux sœurs n’étaient pas sans rappeler sa propre personne en matière de bêtises. Elles avaient cependant le don de frapper là où elle ne s’y attendait pas.
- Si je n’avais pas déjà les cheveux blancs, je dirais qu’elles me donnent des cheveux gris.
Entendant les rumeurs d’une conversation, elle mit à profit son entraînement pour se diriger dans ce dédale en direction des voix. Après quelques secondes, elle déboucha devant une scène qui la glaça d’horreur. Au dessus de la tombe des sheikah, flottant à une cinquantaine de centimètre du sol, ce trouvait un triangle d’une noirceur abyssale, la pointe dirigée vers le sol.
- Pas un triangle noir, réalisa-t-elle soudain, une triforce noire !
Se souvenant soudain de l’épreuve qu’elle avait subi dans le temple de la lumière, quatre ans auparavant, elle frissonna avant de réaliser que ses deux élèves approchaient leurs mains de la pierre.
- Ne la touchez… Tenta-t-elle de les prévenir
Mais se fut trop tard, un flash de noirceur les frappa toutes les trois au moment ou l’une des jumelle toucha la surface d’obsidienne. Et tout devint ténèbres.
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Se sentant secouée, la Sheikah se réveilla soudain. Elle était allongée sur son lit, en sueur. Avisant un garde d’hyrule, elle s’empressa de demander :
- La triforce, où est-elle ?
- Euh, fit ce dernier, eh bien, une partie est détenue par la Princesse et…
- Non, la triforce noire !
- Pardon ?
- Celle du cimetière ! Vous ne l’avez pas vue ? Il faut que j’aille prévenir Impa.
Elle se releva et tomba au sol, ses jambes refusant de la porter.
- Du calme, fit le garde, nous vous avons trouvée évanouie à l’entrée du cimetière, vous avez dormi près d’une journée, nous étions inquiets.
- Un jour, souffla-t-elle, et mes élèves ?
- Elles vont bien, ce sont elles qui sont venu me trouver, elles ne savent malheureusement pas comment elles sont arrivée au cimetière ni ce qu’il leur est arrivé ; selon elles, il se pourrait que l’une de leur boule sheikah ait mal fonctionnée.
- Possible… fit-elle en tentant de se remémorer ce qu’il venait de se passer. Mais déjà ses souvenirs commençaient à s’estomper, comme ensevelis dans une brume.
Elle prit alors un calepin et commença à griffonner quelques notes. Tout en faisant cela, elle interrogea le garde sur ses souvenirs. Quand elle eut finit, elle lui demanda :
- Au fait, quel est votre nom ?
- Tipps, Capitaine de la garde d’Hyrule
- Eh bien mon cher Tipps, pourriez vous me conduire à Impa ?
Et sur ce, ils s’en furent en direction du château.