Bon, je sais que j'en ai fait pas mal, des versions de ce troisième tome, et que j'ai pas mal ramé, mais cette fois-ci me voilà sûr de moi. Je vais écrire celui-ci jusqu'au bout. :

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Je tiens à préciser, que comme toujours, le texte en italique = pensées du Démon.
Donc, voilà.
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Les Sceptres Oubliés
*PrologueUne Ombre surgit des entrailles de la terre.
Elle se faufila parmi les vivants, discrète, invisible à leurs yeux, se promena doucement.
La vie battait son plein dans ce village entouré par les forêts, et nul ne se doutait de ce qui allait arriver, tous souriait aux reflets dorés du soleil qui venaient caresser leur visage.
Une cloche annonça midi. Et c’est à cet instant précis que…
Massacre. Il était déjà trop tard pour tous. Bien trop tard. Les guerriers reculaient face à l’Horreur qui se tenait devant eux. Certains fuyaient même, d’autres s’étaient figé. L’Horreur les terrassait tous. Tous. Les maisons brûlaient, des fondations s’écroulaient. L’Enfer semblait s’être superposé sur le village. Les femmes, les enfants aussi mouraient. Rien ne Lui échappait. L’espoir n’existait plus. Ne restait plus que les corps mutilés d’une centaine de personnes, et les carcasses des habitations qui rayonnaient jadis.
En quelques secondes, l’Ombre avait fait du présent un passé.
Après-PrologueElle a essayé. La Nature. Elle a vraiment fait tout ce qui était en son pouvoir pour m’avoir. Elle a donné toute son âme pour mettre fin à mes jours. Et j’espérais presque qu’elle y arriverait. Je pensais que tout cela serait enfin terminé. Tout était parfait. J’étais mort sans avoir échoué. Mais de toute évidence il me reste quelque chose à faire ici, sur ces terres.
Moi, celui qu’on appelle le Démon, n’a pas fini de se venger. Et la Nature, encore une fois, pourra m’envoyer ses cinq Soldats Cardinaux. Sud, Nord, Ouest, Est, Lune… Quelle bêtise. Des adolescents pour me vaincre ? Qu’espérait-elle ainsi ? Me… Me tuer, à l’aide de gosses ! Il m’en faut bien plus pour mourir, oh oui bien plus. Alors elle s’est mise à m’attaquer directement. Un déluge, hein ? J’ai bien failli y passer. Mais ce n’était pas suffisant. Peut-être aurait-ce pu fonctionner si elle n’avait pas été rongée par sa rage destructrice… Je me demande pourquoi la Créatrice de la Vie ressent un tel sentiment. C’est étrange, mais fascinant. Et si… ? Hm, peu importe. Le temps presse, désormais. Ce n’est plus qu’une question d’heures avant que les Soldats Cardinaux ne se rencontrent. Plus qu’une question d’heures avant que mon ultime vengeance soit enfin accomplie.
Le monde a bien changé depuis le grand déluge… Hyrule s’est refondé, Termina a été oublié et est devenu une île où la végétation règne, et enfin, bien plus loin de ces deux terres… se trouve la mienne. Il n’y a que roches et sable, mais cet endroit est justement parfaitement désertique… Ici, je ne suis plus qu’une Ombre aux yeux du monde. Intouchable. Ici, je vais pouvoir accomplir… mon Ultime Vengeance !Partie I - L’Ultime VengeanceChapitre 1 : TissuDes mèches blondes se ballotaient au rythme d’une course effrénée. Fuir. Ses pupilles bleues dilatées venaient régulièrement se poser sur les gerbes de flammes qui s’échappaient de son ancien village. Cela avait été un matin normal, incroyablement emprunt d’une routine qui semblait à jamais ancrée dans sa vie. Et pourtant, deux minutes plus tôt, tout avait basculé. Tout s’était effondré devant lui, du village à sa vie.
Leyn ne savait pas s’il y avait d’autres survivants que lui et Aline, qui courait à ses côtés, mais l’espérait fortement. Si seulement il avait pu dire au revoir à ses parents… Mais il venait de les voir disparaître dans les flammes qui emportaient leur maison… Il savait qu’il n’y avait plus d’espoir de les embrasser et les enlacer à nouveau. Au moins, Aline était toujours à ses côtés. Elle était une jeune femme, sensiblement du même âge que lui, soit dix-neuf ans, qui était vêtue d’une longue robe blanche, sur laquelle tombait des cheveux bruns, sauvages. Ses prunelles vertes, souvent mélancoliques, contrastait avec ses lèvres rouges, le tout incrusté délicatement sur un visage d’ange.
Ensemble ils couraient dans une forêt dense qui les menait vers l’inconnu total. Bien sûr ils savaient qu’ils se trouvaient sur le Royaume d’Hyrule, mais où… ? Telle était la question qu’ils se posaient tout en fuyant, loin, loin du cauchemar qui avait réduit leur village à néant. Que s’était-il passé ? Eux-mêmes n’en savaient rien… D’un seul coup, d’une seule seconde, tout était devenu flammes et sang. Jamais, dans leur pacifique vie, ils n’avaient connu telle violence. Désormais ils se sentaient souillés et avaient besoin de renouveau, vite. Ils devaient trouver un endroit où, ensemble, ils pourraient recommencer une vie et oublier le passé…
Soudain, alors qu’ils commençaient à ralentir, épuisés, de légères secousses vinrent attirer leur attention vers leurs arrières. Les arbres tombaient derrière eux. Un par un, il chutaient dans un énorme fracas, et de plus en plus vite. Bientôt, ils les rattrapèrent, et Leyn eut le réflexe de sauter sur Aline pour les éloigner tout deux de l’ombre de l’énorme sapin qui s’abattait sur eux. Il se relevèrent et constatèrent que les chutes avaient cessé. Ils entreprirent de continuer leur chemin, bien que choqués par tous ces évènements, mais c’est alors qu’un arbre déjà au sol se souleva brusquement et retomba de l’autre côté. Leyn et Aline en virent distinctement la cause : un homme, se tenait là, au milieu des décombres, et semblait avoir soulevé le sapin d’une seule main. Il ne semblait être qu’une ombre, mais de sa simple présence, les deux jeunes adultes frémirent. Quelque chose n’allait pas. De cet être émanait bien trop de sentiments. Des pulsions meurtrières leur parvinrent et les tétanisèrent. Aussitôt que l’Ombre eut fait un pas, elle révéla ce qu’elle était réellement : un homme aux cheveux bruns, aux yeux d’or et qui tenait sur son dos de longues ailes. Il commença à avancer vers eux, lentement, et n’eut même pas à contourner les arbres, qui se pliaient, se cassaient sous ses pas. Plus proche d’eux il était, moins Leyn et Aline n’osaient bouger. Que leur voulait-il, eux, deux pauvres jeunes adultes qui n’avaient jamais rien demandé ? Qu’avaient-ils fait pour qu’on leur veuille du mal ? L’être qui s’avançait vers eux, c’était un vrai… Démon ! Comment auraient-ils pu l’appeler autrement ? Dans son corps d’adolescent plutôt charmant, même beau, se tenait l’Horreur même… Dans son enveloppe trompeur vivait les Enfers. Lorsque le Démon ne fut plus qu’à quelques mètres d’eux, Leyn eut une poussée d’adrénaline qui lui fit se placer devant Aline, pour la protéger. L’Horreur se figea alors à moins d’un mètre du visage du jeune homme et le contempla sans expression. Jamais les deux jeunes adultes n’avaient ressenti telle peur dans leur vie. Ils ne pouvaient même plus se mouvoir, tant l’effroi les prenait. Aline se pinçait, espérant se réveiller d’un cauchemar, mais de toute évidence, le cauchemar en question était bien réel. Paniquée, elle sortit de sa paralysie et courut dans la direction opposée au Démon. Mais celui-ci attrapa Leyn par les cheveux, et le fit voltiger sur un arbre plus loin. Alors, il s’envola, et, bien vite, rattrapa la jeune femme. Il se posa devant elle, et, toujours dans ce regard vide d’expression, empoigna sa robe et la poussa sur un arbre. Leyn qui s’était relevé, bien amoché, arriva et tenta de s’interposer, mais le Démon lui mit un violent coup de poing dans le ventre, ce qui eut pour effet de le tenir au sol, tranquille. Alors, l’être démoniaque s’approcha d’Aline, et sous le regard ébahi, révolté, du jeune homme, embrassa son cou, longuement. La femme, trop épeurée, n’osait bouger, mais un dégoût immense la prenait. Leyn tenta désespérément de se relever, mais la puissance du coup l’avait totalement sonné, et il finit par s’évanouir, la douleur étant bien trop forte.
Lorsqu’il se réveilla, il se trouvait seul, terriblement seul, au milieu des arbres. Il faisait nuit. Son premier réflexe fut de crier le nom de son amie, avec pour espoir de la retrouver, mais évidemment il n’eut pas de réponse. Il courut un peu partout, désespéré, mais ne retrouva rien, si ce n’est un petit bout de tissu blanc, qu’il reconnut comme appartenant à la robe d’Aline. Il le serra dans sa main, et contemplant les ténèbres de la forêt, se promit de la retrouver, quitte à y laisser sa vie.
Chapitre 2 : Feu folletLeyn, venant de perdre son amie la plus chère, errait dans les bois sombres, à la recherche de la plaine d’Hyrule. Désespéré, il tenta vainement de se faire un feu à l’aide de bâtons et de cailloux, mais lorsqu’une flamme jaillit enfin, la pluie se mit à tomber, l’éteignant aussitôt. Alors il voulut s’abriter sous un arbre, mais les branches de celui-ci, qui faisaient office de protection, tombèrent aussitôt. C’était comme si la nature ne voulait pas qu’il reste planté à un seul endroit. Comme si la forêt l’invitait à s’en aller. Alors il continua à marcher à l’aveuglette, trempé et torturé. L’image du Démon qui embrassait le cou d’Aline lui revenait en tête. Et lui n’avait rien pu faire… Il s’en voulait tellement d’être si faible. Et comme un écho à ses pensées, son ventre le fit se plier de douleur. Il souleva son haut, et contempla l’énorme hématome laissé par le Démon. Il se promit de le lui rendre également, et plus les minutes l’éloignait de cet incident, plus son sentiment de vengeance se faisait fort. Plus le temps passait, plus ses poings se serraient au souvenir du visage de l’horreur. Mais très vite, il s’adoucissait lorsqu’il repensait à Aline.
Aline… Aline et son visage d’ange, Aline et ses yeux d’émeraude, Aline et sa chevelure soyeuse, Aline et ses lèvres roses, Aline et ses courbes gracieuses, Aline et son souffle sensuel… Leyn tomba sur les genoux, épuisé moralement, et renonçant à l’idée de retrouver la plaine. Que pourrait-il faire contre un tel monstre, de toute façon ? Même armé jusqu’aux dents, il ne l’atteindrait pas. Même avec la meilleure armure du pays, ses os se briseraient au moindre contact avec le Démon. Un sentiment d’impuissance énorme le gagna, décuplé par le voile de feuilles qui recouvrait le ciel, l’écrasant et l’étouffant. Il s’allongea au milieu des herbes humides, et laissa la pluie ruisseler sur son visage tiraillé. Leyn commençait à trembler de froid, mais n’y prêtait aucune attention, trop absorbé par les évènements qui se partageaient son esprit en le tirant de toute part. Et c’est alors que, dans un demi-sommeil, une voix l‘en tira… Une voix qui semblait n’avoir aucune source.
« Ô Héros de la Lune et des temps,
Écoute donc la voix des vents :
Là où la lumière des cieux s’endort,
Sommeille l’espoir, d’un jour tromper la mort.
Là où végétal et eau ne font qu’un,
Repose l’espoir, d’accomplir ton destin.
Et au bout tu trouveras
À nouveau, ma divine voix.
Laisse-moi te guider désormais,
Hors de cette sombre forêt ».Là, devant lui, se tenait une flamme en suspension, nullement gênée par la pluie qui tombait de plus belle sur la terre devenue boue. Elle s’approcha de son visage et il ne sentit aucune chaleur. Puis, elle s’en éloigna brusquement et fit quelques fois le tour d’un arbre, l’invitant à le suivre. Leyn s’exécuta et le feu follet redoubla de vitesse, l’obligeant à courir pour ne pas le perdre de vue. La vision de cette flamme qui passait régulièrement de l’orangé, au vert et au bleu, avait quelque chose de magique au sein de ces ténèbres nocturnes. Elle était une lueur d’espoir, certes mince, pour Leyn qui continuait à esquiver racines et buissons pour la suivre. Il s’arrêta subitement, étant presque tombé dans une énorme crevasse par-dessus laquelle le feu follet était passé sans se demander si lui le pouvait. Il y jeta un caillou pour y déterminer au son la profondeur du trou, et en conclut qu’il ne valait mieux pas tenter de sauter. Plus loin, la flamme semblait l’attendre avec impatience, s’agitant partout.
Alors Elle s’y met déjà. Peu importe, je les laisserais aller jusqu’au bout, puisqu’ils ne sont que moucherons de toute façon. Quel mal pourraient-ils me faire ? Ils n’oseraient même pas me faire front, à l’heure actuelle. Quoiqu’il en soit, je sens que je vais encore bien m’amuser… J’adore ces idiots, ils sont très utiles à m’occuper.Leyn contourna la crevasse et rejoignit le feu follet qui s’éloigna aussitôt. Tandis qu’ils poursuivaient leur course, Leyn repensa aux mots de la voix : « Là où la lumière des cieux s’endort »… Sans doute était-ce le soleil dont elle parlait, et donc… L’est, puisqu‘il s‘y couche. Mais que pouvait bien être l’endroit où « végétal et eau ne font qu’un » ? Mais surtout, elle l’avait appelé « Héros de la Lune et des temps ». Qu’est-ce que cela signifiait ? Il n’en savait rien mais, au-delà de son envie de retrouver Aline, sa curiosité le poussait à avancer. Enfin, la flamme s’arrêta, et l’invita à continuer tout droit sans elle. Sans même attendre un remerciement, et sans dire au revoir, elle disparut. Leyn continua donc son chemin et fut frappé de stupeur lorsqu’il quitta enfin les bois. Il imaginait bien sûr le monde grand, mais pas gigantesque. Son imagination n’avait pas su retracer la réalité. La plaine s’étendait à perte de vue, et lui semblait magnifique, à lui qui n’avait jamais rien vu d’autre de sa vie que son village et sa forêt. La lune se couchait droit devant lui, lui indiquant donc la position de l’Est. Le matin se leva doucement, et Leyn commença à se sentir un peu seul, sans guide. Mais aussitôt, la voix se fit entendre :
« Ô Héros de la Lune et des temps,
Voici à nouveau la voix des vents :
J’entends là ta concevable détresse,
Et te guiderai comme les trois déesses.
Ton corps n’est que fatigue et douleur,
Et explique ta peur…
Tu es loin du repos cependant,
Qui pourtant, grandement s’étend,
En une merveilleuse citadelle,
Loin de toutes les querelles…
Héros si tel est ton souhait,
Ce lieu je t‘indiquerais ».Leyn pensa « je veux bien », et aussitôt la flamme se matérialisa devant lui. Elle lui indiqua une direction sous forme de flèche qu’elle réalisa en s’agitant rapidement, et disparut aussi subitement. De toute évidence il n’était pas seul dans cette histoire. Il était curieux quant au pourquoi de cette aide, et à qui appartenait réellement cette voix, mais n’hésita pas à suivre le chemin qu’elle lui avait conseillé.
C’est une honte qu’elle fasse ça… Une honte pour elle. Elle se souille toute seule, fait comme si elle leur attachait une quelconque importance, tout ça pour espérer avoir sa vengeance sur moi. Mais elle ne m’aura jamais, parce que je l’ai déjà vaincu. Elle n’est plus rien à mes yeux qu’une insecte… Et je vais le lui prouver !Alors que Leyn marchait toujours, un soudain tremblement de terre le fit chanceler, puis tomber. Du sol s’échappa une main aux ongles pointus qu’il reconnut aussitôt. Et puis suivi de la main, un bras. Puis un visage… celui du Démon. Il sortit totalement, et contempla Leyn avec un grand sourire. Ce dernier tremblait d’effroi, mais tenait fortement à sa vengeance. Alors, il se mit à courir vers lui, et lui asséna un coup dans le ventre, de toutes ses forces. Mais le Démon ne cilla même pas. Il ramena son bras derrière lui, et avec violence, l’abattit en direction du visage de Leyn. Instant de flottement. Quelque chose s’était dressé entre eux… Le feu follet ! Il avait encaissé le coup du Démon, mais celui-ci, ne se laissa pas surprendre, et appuya plus fort. La flamme commençait à vaciller.
« Héros, je ne résisterais pas longtemps,
Fuyez, vite, allez-vous en,
Avant qu’il ne vous tue ».Mais Leyn refusa de laisser son compagnon dépérir ainsi. Il attrapa une pierre pointue, et l’enfonça dans le bras du Démon qui forçait toujours pour faire céder le feu follet. Surpris, l’Horreur s’arrêta net, et considéra un instant Leyn, puis la blessure qu’il lui avait fait. Alors, il éclata de rire, et lança :
- Toi, faire couler mon sang !?
Sa voix surprit Leyn : elle n’avait rien de monstrueuse, mais n’était qu’humaine, presque enfantine. Il ne répondit pas cependant, et recula de quelques pas, tout de même intimidé par l’effroi que le Démon inspirait. Ce dernier prit une profonde inspiration, et répéta :
- TOI, faire couler MON SANG !?
Sa colère se sentait tant à travers l’air ambiant que Leyn ne put s’empêcher de reculer encore.
- As-tu seulement une idée de qui je suis, stupide humain … ?
Cette fois-ci, il répondit :
- Le salaud qui détient mon amie.
Le Démon baissa la tête et émit un rire plus bas, avant de dire :
- Bien sûr… Aline… Une superbe jeune femme.
Leyn sursauta vivement à cette phrase, et très vite la rage grimpa en lui. Il était fiévreux désormais, et n’avait plus qu’une envie : le tuer. Cependant il tenta de se contenir et lâcha :
- Dis-moi où elle est.
- Qui sait… ?
Cette-fois ci il ne put plus se contrôler. Leyn leva le poing à nouveau, que le feu follet entoura, puis l’enfonça dans le crâne du Démon, dont la mâchoire craqua. Ce dernier releva la tête, et lui aussi ressentait de la rage désormais. Comment ces deux êtres pouvaient lui faire face ainsi ? Lui, le Démon qui avait jadis réduit le Royaume d’Hyrule à néant… Comment était-ce possible qu’on lui fasse front ? Il hurla alors :
- Voyons ce que tu sais faire contre ça !
Il enfonça alors son bras dans le ventre de Leyn, qui se déchira. Sa main ressortait de l’autre côté. Il ramena son bras, et le Héros tomba sur le sol, inconscient. Du sang coulait à flot, se mêlant à la rosée du matin. Le Démon s’approcha de son oreille et y glissa :
- Tu vas rejoindre tes deux ancêtres maintenant, stupide humain.
Alors, dans un geste théâtral, il déplia ses ailes, et s’en alla loin dans le ciel.
Chapitre 3 : Ténèbres- Apporte-lui de l’eau, s’il-te-plaît, demanda une voix de femme.
- Pas de soucis, répondit une autre voix, celle d’un homme.
- Merci.
Leyn ouvra doucement les yeux, et sa vision floutée lui permit de distinguer une femme penchée sur lui, brune à la peau pâle. Dans un semi-coma, il lâcha :
- Aline… ?
Il se rendormit aussitôt.
Deux roses noires, doucement se balancent au gré de la brise. Elle se percutent souvent, comme si elles se combattaient, ou s’embrassaient. La terre sur laquelle elles semblent être plantées ressemble à du sable, où à une énorme masse de poussière. La vision de ces deux végétaux inattendus est apaisante, réconfortante. Mais soudain, l’une des deux devient blanche, et de ses pétales s’échappe d’énormes flopées de sang.
Leyn s’éveilla à nouveau, secoué par ce rêve dérangeant. Il respira longuement, et cette bouffée d’air lui permit de prendre conscience de l’énorme douleur qui le tiraillait au ventre. Celui-ci était totalement transpercé. Comment avait-il pu survivre… ? Allongé sur un lit, il observa un instant la pièce dans laquelle il se trouvait. Au centre se tenait une petite table ronde, sur laquelle était déposé un papier. Leyn se leva tant bien que mal, surpris par lui-même de sa vivacité anormale. Il s’approcha de la table et découvrit que le papier n’était autre qu’une carte, qu’il n’arrivait cependant pas à identifier. Elle représentait une sorte d’immense île, mais sans plus de précision. On y voyait ni constructions, ni paysages naturels. Leyn reposa la carte, soupira, et s’accouda au rebord d’une fenêtre, à travers laquelle il contempla le soleil couchant. Depuis combien de temps dormait-il ? Il laissa tomber sa tête dans ses mains, et des flashs lui revinrent… Ses parents criant au secours, brûlés par les flammes… L’horrible démon embrassant le cou de la fille qu’il aimait… La main du même monstre qui le transperçait littéralement… Quelque chose n’allait pas. Il devrait être mort, mais au lieu de ça, il se retrouvait ici à se morfondre. Il inspecta encore sa blessure, et y découvrit avec surprise le feu follet, logé là. Était-ce… cette chose qui lui permettait de ne pas mourir ?
Je me demande ce qu’elle aurait fait s’il était mort. Mais elle le maintient en vie désormais… amusant ! Je ne pensais pas qu’elle se rabaisserait à ce point. Elle qui était si vaillante avant. Qui n’avait même pas hésité à les détruire, pour me faire face… C’est pitoyable. Serait-ce une… gentille ? Le genre de personne qui pense que les bons sentiments sont plus forts… ? Je ne veux pas y croire, ça serait vraiment dommage. Elle doit cacher quelque chose. Ce n’est pas possible autrement. Dire qu’elle ne les considérait que comme des jouets, et maintenant… Elle les protège…
Certes, elle change de corps tous les cent ans, mais… C’est en finalité la même personne chaque fois. La même conscience. Que se passe-t-il ? Et pourquoi ne s’avoue-t-elle pas vaincue ? Je me doutais qu’elle essaierait de me rendre la tâche plus compliquée… Mais sincèrement, à ce train là… Le temps qu’ils arrivent jusqu’à moi mon Ultime Vengeance sera accomplie depuis longtemps, bien longtemps.
Nature, l’étau se resserre ! Fais de tes jouets des démons de puissance, ou achève-les avant que je ne m’en charge !Alors que Leyn commençait à se perdre dans de sombres pensées, quelqu’un pénétra dans la pièce. C’était une femme assez grande, qui semblait approcher de la cinquantaine, en témoignait son visage fatigué. Elle le regarda un instant avec une évidente surprise inscrite dans son regard aux pupilles noires. Elle tenait dans ses mains un plateau de bois sur lequel étaient disposés nourriture et boisson. Elle s’exclama :
- Tu es debout !?
Leyn n’osa pas répondre tout de suite, et posa ses yeux sur la flamme qui le tenait en vie. Ne la voyait-elle pas ? Il s’exprima enfin :
- Je vais bien, madame.
Comme elle restait coi, ébahie, Leyn enchaîna :
- Où sommes-nous ?
Elle s’empressa de lui répondre :
- À deux kilomètres de la Citadelle d’Hyrule… Je pense que vous devriez vous allonger un petit peu…
- Je vais bien, répéta-t-il.
- Je ne suis pas médecin, mais, il me semble que vous devriez… vous êtes surhumain ! lâcha-t-elle.
- Madame je vous remercie infiniment pour votre aide. Mais il me faut rejoindre la Citadelle. Pouvez-vous m’indiquer la direction à prendre ?
- Bien sûr… Je vais vous montrer.
Elle l’invita à sortir de la petite maison et lui indiqua la route à emprunter. Leyn la remercia encore et se mit en chemin.
Je dois bien admettre une chose… Je l’ai attaqué deux fois, et deux fois j’ai été proche de la mort. Je me suis même cru définitivement mort la seconde fois. Si… Si elle n’avait pas perdu toute raison, elle aurait pu mettre fin à mes jours, vraiment. Mais le corps n’était pas prêt, était trop faible. Ça lui est monté à la tête, et elle a fait n’importe quoi. Elle a déclaré avoir détruit mon âme, mais elle s’est trompée, éprise de folie. Ma chère âme m’a retrouvé, et nous voilà à nouveau, prêts à l’affronter une bonne et dernière fois. La Nature… Quelle idiote.Leyn, après quelques minutes de marche, atteignit enfin la Citadelle, dont l’immensité et la beauté le frappèrent. Il y entra, s’attarda quelques instants sur les étalages diverses, avant de se rendre compte que chacun le dévisageait. En effet, il n’était pas courant de croiser quelqu’un dont le ventre était transpercé. Leyn songea à s’acheter de nouveaux vêtements pour cacher la blessure, mais se rendit vite compte qu’il n’avait pas d’argent. Il flâna donc quelques temps dans les rues, contemplant avec émerveillements les bâtiments qui lui semblait complexes, jusqu’à ce qu’un homme l’interpelle. La trentaine, il était squelettique, très grand, et arborait un long chapeau noir.
- Monsieur, monsieur… Vous me semblez… intéressant, déclara-t-il, en regardant sa blessure. Je pensais que nous pourrions… faire affaire !
- Comment cela ?
- Que diriez-vous de jouer les bêtes de foire ? Je demande aux gens de payer pour voir « l’homme invincible », et vous, vous montrez votre ventre… Croyez-moi, nous pouvons faire beaucoup d’argent, ensemble…
- Je veux la moitié des gains, répondit Leyn immédiatement.
- Oh, bien sûr, bien évidemment ! dit l’homme.
Soudain, la voix de la flamme se fit entendre :
« Ô Héros de la Lune et des temps,
Il te faut faire attention.
Ici l’Homme n’est pas innocent,
Et le profit seul est son ambition.
Continue donc ton chemin,
Vers ta grande destinée,
Ignore cet homme malsain,
Et cours vers ton épopée ».Leyn, regarda alors le squelette vivant droit dans les yeux, puis le contourna. Mais l’homme l’interpella à nouveau, étonné par son comportement. Tout deux étaient dans une petite ruelle sombre, où personne ne semblait passer. Leyn se retourna, lui lança un regard noir, et détourna la tête. Mais l’homme s’avança alors vers lui, et posa une main sur son épaule pour l’arrêter. Leyn abattit alors son poing sur son maigre visage, et il tomba à terre aussitôt, inconscient. Le Héros de la Lune considéra avec attention sa propre main… depuis quand était-il aussi fort ? Il se baissa et fouilla l’homme. De ses poches il retira beaucoup d’argent. Il s’enfuit rapidement, avant que quelqu’un ne les remarque, et fila chez le premier couturier pour s’acheter une simple tunique, agréable pour se déplacer. Enfin, il s’acheta une lame, puis se rendit dans une auberge. Il paya pour rester une nuit, grimpa jusqu’à sa chambre et s’endormit peu de temps après.
Une vague gigantesque se dirige vers un navire. Deux personnes le dirige, mais l’un se met à courir à l’avant du bateau, et s’entaille soudainement la poitrine. La vague disparaît alors. Le navire s’échoue sur le sable. Devant une immense forêt, une forme non-distincte tient dans ses bras celle de celui qui s’est donné la mort. Longtemps ils restent ainsi, et puis le mort est finalement laissé là, sur l’herbe. L’autre s’enfonce dans les bois. Le mort ouvre les yeux.
Leyn se réveilla, en sueur. Encore un étrange cauchemar… Il se frotta les yeux, s’étira, et se demanda où se rendre ensuite. La flamme lui répondit aussitôt :
« Ô Héros de la Lune et des temps,
Écoutez pour la seconde fois,
La voix des vents :
Là où la lumière des cieux s’endort,
Sommeille l’espoir, d’un jour tromper la mort.
Là où végétal et eau ne font qu’un,
Repose l’espoir, d’accomplir ton destin.
Et au bout tu trouveras
À nouveau, ma divine voix. »Leyn se mit alors en quête d’une carte du Royaume, pour être sûr de savoir où se rendre, bien qu’il sache déjà dans quelle direction aller : l’ouest. Il en trouva une dans un magasin, qu’il acheta et examina. Bien comme il le pensait, la description du lieu faite par le feu follet correspondait à un marais. « Là où végétal et eau ne font qu’un ». Il prit l’initiative de rester une journée de plus dans la ville, pour la visiter de fond en comble : il passa dans chaque ruelles, entra dans chaque magasin, prit même un verre dans une étable, et s’approcha du Château. Lorsque le soleil commença à se coucher, il alla sur le chemin du retour pour se rendre à l’auberge. Mais alors qu’il était en route, il entendit un soudain « C’est lui ! » et se retourna. L’homme qu’il avait frappé hier se tenait derrière deux gardes de la ville, armés de lances. Ceux-ci se dirigèrent vers Leyn rapidement, pour l’arrêter. Il tenta de s’enfuir, mais deux autres se trouvaient derrière lui. N’ayant plus le choix, il dégaina la lame qu’il avait récemment acheté. Mais il était entouré de quatre lances pointées sur lui, ce qui le mettait en mauvaise posture. Il baissa donc son arme, résigné. Déjà, les soldats s’avançaient vers lui, prêts à l’arrêter. Alors, il allait finir en prison, pour avoir agressé et volé un homme, et avoir levé sa lame contre des gardes ? C’était là sa quête ? Alors jamais il ne retrouverait Aline ? Aline… Il y avait elle, perdue quelque part, captive de cet horrible démon, et il y avait ses parents, injustement décédés dans le massacre de la même créature. Sous les flammes s’étaient évanouis toute son enfance, tous ses espoirs, sa joie de vivre, sa naïveté. Sous les flammes avaient péri ses amis, ses parents, son village… Tout ce qu’il avait toujours connu avait disparu en l’espace de quelques heures, le laissant à l’inconnu total. Et ces idiots qui n’avaient jamais connu l’horreur comme lui l’avait vécu, essayaient maintenant de l’arrêter… ? Il n’en était pas question. Leyn cria de rage, et abattit son épée directement dans l’estomac du soldat le plus proche de lui. Les autres, tétanisés, ne réagirent pas immédiatement. Le sang se répandait sur le dallage de la Citadelle. Leyn profita de la stupeur des gardes pour s’enfuir. Il couru à toute vitesse et rejoignit vite la sortie de la ville.
… C’est… Intéressant. Jamais ils… Oh, je crois que je vais m’amuser avec ceux-là ! Mais, depuis quand ont-ils cette profondeur ? Ils ne sont pourtant que des objets ! Je me sentirais presque coupable d’avoir réduit son ancienne vie en cendres ! Bien sûr, non, mais je ne le pensais pas capable de tels sentiments. Eux qui d’habitude ne font qu’agir pour le bien, rien que pour le bien. Et là… Il vient de tuer par colère et souffrance. Mais que fait la Nature ? Essaye-t-elle de faire d’eux des humains pour mieux me vaincre ? Dans ce cas, c’est une erreur de sa part ! Parce que, cette horreur en eux… Je vais m’en servir.Leyn s’éloigna le plus possible de la Citadelle et trouva finalement une grotte à la base de la chaîne de montagnes d’Hyrule. Il s’y recroquevilla et jeta son épée tâchée de sang sur le sol rocailleux. Que venait-il de faire… ? Tout son corps tremblait. Il avait froid, et chaud. Des nausées le prenait. Il venait de tuer un homme, qui ne faisait que son travail. Depuis quand était-il capable de choses pareilles ? La mort de son enfance l’avait vraiment changé, l’avait rendu plus violent. Ce sentiment de vengeance qui grandissait en lui depuis ce jour était effrayant, horrible. Mais il en ressortait quelque chose… d’exaltant. Cette attirance pour les ténèbres qui grandissaient en lui lui faisait peur. Un « Héros », lui… ? De tous les Héros dont il avait entendu parler, en vrai où dans les légendes, tous étaient des êtres formidables, sublimes. Mais lui n’avait rien de formidable. Lui était un meurtrier, épris de vengeance. Lui avaient les mains souillées du sang de quelqu’un d’autre. Il s’allongea en position fœtale, et ses pupilles se posèrent sur l’obscurité de la grotte. Le regard vide, il resta ainsi des heures durant, ignorant la nuit, son froid et ses bruits inquiétants. Lorsque le soleil se leva, éclairant la totalité de la caverne, Leyn se remit sur ses deux pieds. Il frotta ses yeux fatigués, et réalisa qu’il ne pourrait jamais retourner dans la Citadelle. Epuisé, il se rendit à la petite maison de bois où il avait été accueilli deux jours plus tôt. En ouvrant la porte, la femme aux cheveux noirs le découvrit, pâle et éreinté. Elle l’invita à entrer et le conduit jusqu’au même lit où il avait dormi. Leyn ferma les yeux, et très vite, trouva le sommeil.
Un homme… un enfant… quelqu’un tout du moins, marche dans une forêt. Il semble sur ses gardes. Dans sa main droite, une épée, déjà salie. Une jeune femme aux cheveux d’émeraude et aux yeux de même couleur, vient à sa rencontre. Elle échange quelques mots avec lui, et soudainement, se fait transpercer de son épée. L’homme-enfant s’enfuit, mais est alors attaqué par tous les animaux de la forêt. Il chute, et se retrouve encerclé. Mais il ne compte pas se laisser faire. Il avance malgré les morsures et les piqûres des bêtes, et la femme aux cheveux verts réapparaît alors, intacte. Elle lui dit quelque chose, et les animaux cessent de l’attaquer et retournent à leurs activités.
Leyn se réveilla une nouvelle fois en sursaut. Il ne se posa pas de question sur son étrange rêve et se leva. Il prit alors dans ses mains la carte du territoire inconnu qui se trouvait toujours sur la table ronde. Il la compara avec celle d’Hyrule, qu’il avait acheté, et constata qu’elles n’avaient rien à voir… Se pourrait-il que, derrière l’océan, se cache un autre royaume ? L’idée lui plut. Mais ce n’était pas là sa quête. Il lui fallait retrouver Aline, et se venger une bonne fois pour toute du Démon. Peu importe combien les ténèbres devaient lui prendre, il était prêt à tout donner. Du moment qu’il était vengé.